OEUVRES COMPLÈTES D’HIPPOCRATE. I. MPREHERIE MOQUBT ET COilP', RUE DE 1,4 HARPE, 90. OEUVRES 34859 COMPLÈTES D’HIPPOCRATE, TRADUCTION NOUVELLE AVEC LE TEXTE GREC EN REGARD, COLLATIONNÉ SÜR LES MANUSCRITS ET TOUTES LES EDITIONS; ACCOMPAGNÉE D’UNE INTRODUCTION, DB COMMENTAIRES MÉDICAUX, DE VARIANTES ET DE NOTES PHILOLOGIQUES; Suivie d’une table ge'ne'rale des matières. Par E. LITTRE. TOME PREMIER 3 4 8 5 9 Totç tôv ftaXatüv àvàpwv ôpAüaai •Ypau.ftacr.. Gal- A PARIS, CHEZ J. B. BAILLIÈRE, LIBRAIRE DE L’ACADEMIE ROYALE DE MEDECINE, rue de l’école de medecine , 17; A LONDRES, CHEZ H. BAILLIÈRE, 219 REGENT-STREET. 1839. A LA MEMOIRE DE MON PÈRE MICHEL-FRANÇOIS MORT LE 20 DÉCEMBRE 1827. MALGRE LES OCCUPATIONS LES PLUS DIVERSES d’une VIE TRAVERSÉE , IL NE CESSA DE SB LIVRER A L’ÉTUDE DBS LETTRES ET DBS SCIENCES , ET IL FORMA SES ENFANTS SUR SON MODÈLE. PRÉPARÉ PAR SES LEÇONS BT PAR SON EXEMPLB , j’AI ÉTÉ SOUTENU DANS MON LONG TRAVAIL PAR SON SOUVENIR TOUJOURS PRÉSENT. J’AI VOULU INSCRIRE SON NOM SUR LA PREMIÈRE PAGE DE CB LIVRE, AUQUEL DU FOND DE LA TOMBE IL A EU TANT DE PART, AFIN QUE LE TRAVAIL DU FERE SB FÛT PAS OUBLIÉ DANS LE TRAVAIL DU FILS, ET QU’UNE PIEUSB ET JUSTE RBCONNAISSANCB RATTACHAT L’OEUVRE DU VIVANT A l’uéritagb DU MORT. CE LIVRE AURA ATTEINT MA FLUS HAUTB ESPERANCE, S’IL n’est PAS INDIGNE DE l’humble MAIS VÉNÉRABLE MÉMOIRE A LAQUELLE JE LE CONSACRE. PRÉFACE Le travail que j’ai entrepris sur les livres hippo¬ cratiques , est triple ; il a fallu revoir le texte . re¬ faire la traduction , et donner une interprétation médicale. J’avais cru, en me mettant à l’œuvre, que la première partie de ma tâche serait peu laborieuse ; je n’ai pas tardé à être détrompé. Le texte d’Hip¬ pocrate , depuis l’état où Foes l’a laissé , n’avait été l’objet que de révisions très-partielles , et il y restait un grand nombre de passages plus ou moins altérés. Pour les discuter en connaissance de cause , et pour y remédier autant que faire se pourrait , j’ai collationné soigneusement les manuscrits de la Bibliothèque Royale de Paris ; ce travail a été fort long, mais il m’a fourni d’excellents résultats. Les variantes, tant celles que m’ont donnéès les manuscrits collationnés par moi , que celles qui sont fournies par les autres éditions, ont été placées au bas des pages. Toutes les fois que le cas m a paru l’exiger, j’ai discuté, avec plus ou moins d é- tendue, les raisons qui m avaient fait adopter telle ou telle leçon. Le dialecte , dans lequel sont écrites les œuvres VIH PRÉFACE. hippocratiques , est une difficulté dont la solution a embarrassé tous les éditeurs ; j’y ai trouvé , à mon tour, bien des sujets d’incertitude , et je suis loin de croire que j’ai , en tout point, saisi la juste me¬ sure et le vrai caractère de Tionisme d’Hippo¬ crate. Cependant , j’ai posé, dans un appendice à l’Introduction, certaines règles qui m’ont semblé les plus générales. J’ajouterai ici que l’ionisme hippo¬ cratique, tel qu’il est donné par les manuscrits, m’a paru être indécis dans quelques particularités , et varier d’un livre à l’autre. Aussi , ai-je pris le parti de ne pas admettre un ionisme général pour toute la collection des livres hippocratiques , mais d’écarter certaines formes ioniennes > de tout traité où les manuscrits ne présenteraient pas d’exemple de ces formes. Dans les cas où, conformément au système que j’ai adopté sur l’ionisme d’Hippocrate , j’ai changé la leçon donnée par les manuscrits , j’ai noté, et le changement que j’ai fait, et la leçon des manuscrits. De cette façon, les personnes qui s’oc¬ cupent de la dialectologie auront , malgré la modi¬ fication introduite par moi , la lecture même des manuscrits, et seront en état de discuter, par elles- mêmes, les conclusions que j’ai prises, et de les rec¬ tifier là où il en sera besoin1. Les avantages considérables que m’a fournis, pour la correction du texte, la collation des manuscrits de la Bibliothèque Royale de Paris, m’ont fait com- 1 M. de Sinner, si versé dans tout ce qui concerne la philologie grecque , a bien voulu m’aider de ses lumières pour la correction du texte. Sa révi¬ sion attentive et ses conseils, dont je le remercie ici , ont été une garantie pour moi, ci en seront une pour le public. pbéface. IX prendre qu’il serait important de posséder:' aussi la collation de tous les manuscrits renfermés dans les diverses bibliothèques publiques de l’Europe. Par ce moyen, la critique philologique aurait sous la main tous les éléments essentiels à la discussion; ce que peuvent donner les manuscrits, serait connu et apprécié, et l’on mesurerait mieux ce qui reste pèr^- mis à la conjecture. Aussi je n’aurais pas hésité, si ma position personnelle me l’eût permis, à me procu¬ rer les variantes fournies par toutes les bibliothè¬ ques. J’ai réparé , autant que faire se peut, cette lacune, en consignant les variantes qui ont été pu¬ bliées dans différentes éditions, et qui ne m’étaient pas données d’ailleurs , par les manuscrits ici à ma disposition. Mon but a été de mettre les œuvres hippocra¬ tiques complètement à la portée des médecins de notre temps, et j’ai voulu qu’elles pussent être lues et comprises comme un livre contemporain. Deux difficultés principales s’y opposaient : la première gi¬ sait dans des théories antiques, qui , depuis long¬ temps, ont cessé d’être familières aux esprits, et dont l’intelligence est nécessaire pour l’intelligence d’une foule de passages; la seconde étaitdans l’emploi d’une ancien ne langue médicale ou les mots ont quelquefois une acception mal déterminée , et quelquefois aussi une acception trompeuse, attendu qu’ils ont changé de signification en passant dans le langage mo¬ derne. Pour remédier à la première difficulté, j’ai, en tête de chaque traité, exposé, dans un argu¬ ment, ce qui peut être nécessaire à l’intelligence x PRÉFACE. de ce traité; pour remédier à la seconde, j’ai pré¬ cisé, autant que la nature des choses le permettait , le langage antique, et dans ce but, il a fallu sou¬ vent essayer un diagnostic rétrospectif, qui n’est pas entouré de moindres obscurités que le diagnostic au lit du malade. « On pourra demander, dit Grimm dans la pré¬ face de sa traduction allemande d’Hippocrate , à quoi servent des versions en langue vulgaire, puis¬ qu’on en a tant en. latin. Mais qu’on se rappelle que la version latine est rédigée à son tour en une langue morte, qu’ainsi elle est doublement difficile à entendre, et qu’elle n’en reste pas moins une tra¬ duction.... En effet, elle est souvent plus obscure que l’original même ; chaque nouveau traducteur porte, dans le latin, qu’il ne sait que comme langue morte, ses idiotismes particuliers,de sorte qu il nous faudrait presque apprendre sa langue maternelle pour comprendre suffisamment son latin. C’est une des raisons pour lesquelles Calvus, Foes et Vander Linden traduisent différemment dans beaucoup de cas où cependant leur texte n’est pas différent. C’est encore pour cela que l’on accuse certains auteurs de l’antiquité de renfermer bien du fatras ; car en se laissant montrer le vieux médecin grec à tra¬ vers un latin qu’on n’entend qu’à demi, on a à lutter à la fois contre l’obscurité de l’original et de la traduction. » Grimm a raison : ce n’est pas trop de toute la clarté de nos langues modernes pour faire comprendre un auteur comme Hippocrate. En PRÉFACE. XI général , plus un auteur est ancien , plus il est difficile ; la pensée et l’expression chez les mo¬ dernes et dans l’antiquité ont de grandes différen¬ ces; ces différences qui, à une simple lecture, ne semblent quelquefois que peu tranchées, deviennent visibles dans le travail de la traduction, et l’on est souvent très surpris de voir que tel passage, que l’on juge clair et bien compris tant qu’on ne fait que le lire, devient obscur et embarrassé quand on se met à le traduire. Rendre la clarté à ces mor¬ ceaux, lumineux pour les anciens, obscurs pour les modernes , est une des difficultés les plus réelles et les moins soupçonnées de toute version d’un livre antique, et mainte traduction, qui a d’ailleurs du mérite, vient échouer contre cet écueil. J’ai essayé, dans une Introduction r, de discuter les principales questions que soulève la critique des ouvrages d’Hippocrate ; cette Introduction est de¬ venue un livre, et il ne m’est plus resté, dans le premier volume, qu’un petit nombre de pages dis¬ ponibles pour recevoir le commencement de l’édi¬ tion que j’ai entrepris de donner au public. Le lecteur s’étonnera peut-être qu’un travail pure¬ ment préliminaire occupe tant d’espace; mais la nature même des choses l’a commandé. En effet, la collection des livres dits hippocratiques est un amas incohérent où il est très difficile de se reconnaître 1 Cette introduction doit beaucoup aux observations critiques, pleines de goût et de justesse, de mon frère, Barthélemy Littré, qu’une mort préma¬ turée et cruelle vient de m’enlever au moment où je corrigeais ces der¬ nières feuilles. XII PRÉFACE. de prime-abord. On y trouve des doctrines diffé¬ rentes , des ouvrages incomplets, des traités mu¬ tilés, des livres qui ne sont que des extraits d’autres livres, des notes sans suite, des répétitions, enfin un désordre qui semble inexplicable et qui rend une lecture suivie, à vrai dire, impossible. Je me suis demandé comment il se faisait que la collec¬ tion hippocratique se présentât à nous dans un pareil état, et la réponse à cette question m’a en¬ traîné à des recherches et à des développements étendus, mais, on le voit, indispensables. Je n’ai pas l’intention d’énumérer ici les résul¬ tats du travail critique auquel je me suis livré sur l’authenticité des différentes parties de la collection hippocratique. Je veux seulement prévenir le lec¬ teur sur quelques changements matériels que pré¬ sente mon édition. Ayant découvert, dans la Biblio¬ thèque Royale de Paris, une traduction latine iné¬ dite du traité des Semaines , j’ai reconnu que la plus grande partie de la 8® section des Aphorismes y avait été prise; j’ai reconnu de plus qu’un long morceau de ce traité avait été inséré dans la com¬ pilation intitulée des Jours critiques. En consé¬ quence , j’ai pu supprimer, de mon édition, la 8e section des A phorismes et l’opuscule des Jours critiques , et rendre au traité des Semaines tout ce qui en avait été distrait. Un travail comparatif d’un autre genre m’a ap¬ pris que le traité de la Nature des Os n’était pas autre chose, don plus, que la réunion de fragments dispara tes, qui même nVtaientpas tous pris à la Col- PRÉFACE. XIII lection hippocratique. J’ai donc encore supprimé cette compilation, dont les diverses parties se re¬ trouvent en leur lieu et place. J’ai séparé le 1er et le 3e livre des Épidémies des cinq autres , parce qu'ils ont un caractère dif¬ férent, et que les critiques anciens se sont accordés pour les attribuer à Hippocrate. Enfin j’ai distribué les quatre livres des Ma- ladies, autrement qu’ils ne le sont dans les éditions, parce que, malgré les numéros qu’ils portent, ils ne se suivent ni se rapportent, tous les quatre, les uns aux autres. J’ai séparé aussi le premier livre des Prorrhéliques , attendu qu’ils n’ont rien de commun que le titre. Néanmoins j’ai conservé les dénominations an¬ ciennes, afin de ne porter aucun désordre dans les désignations et les citations. « La critique et l’interprétation , a dit le célèbre Heyne, en annonçant le 2e volume des Mémoires de 1 Institut national de France , ne sont, à pro¬ prement parler, rien de plus qu’un moyen d’obte¬ nir la correction et le vrai sens d’un texte. La cri¬ tique s’arrête du moment que ce but a été atteint. Mais for mer l’esprit et le goût à l’aide des Anciens, en tirer, pour son profit, des connaissances précieuses, et faire servir, avec un juste sentiment de l’appli¬ cation, ces connaissances à l’utilité du temps pré¬ sent , ce sont là des motifs et un attrait impé¬ rissable qui toujours nous exciteront à l’étude de l’antiquité. » L’intérêt et l’avantage que procure un livre XIV PRÉFACE. venu de l’antiquité , sont toujours dans le rappro¬ chement que l’esprit fait entre la science moderne et la science antique. Or, ce rapprochement ne peut naître qu’à certaines conditions, qui se trouvent ou dans le lecteur lui-même, ou dans la manière dont le livre ancien se présente à lui : dans le lecteur, quand ses études lui ont ouvert l’entrée des doc¬ trines de l’antiquité; dans le livre même, quand ces doctrines y ont reçu une élaboration qui les mette en harmonie avec la pensée moderne , de sorte qu’on puisse y pénétrer, pour ainsi dire, de plain pied. C’est sous la direction de cette idée que j'ai exécuté mon travail sur Hippocrate ; car il s’agit de faire saisir le lien entre le présent et le passé, et de rendre, par le rapport qui s’établit entre l’un et l’autre, les choses antiques aussi intelligibles que les choses modernes; et, si j’ai senti combien il était difficile d’atteindre complètement ce but, j’ai du moins essayé d’en approcher autant que mes forces me l’ont permis. Quand la pensée antique et la pensée moderne se trouvent ainsi en contact, elles se fécondent l'une l’autre ; il n’est pas, je l’ai senti moi-même, d’exer¬ cice plus salutaire que de méditer, avec les grands esprits des temps passés, sur les doctrines, sur les observations, sur la marche delà science, et c’est dans ce sens que j’ai pris pour épigraphe un mot de Galien plein de profondeur : « Familiarisez-vous avec les livres des anciens hommes.» 25 Décembre, 1838. TABLE DU TOME PREMIER. DÉDICACE. VI PRÉFACE. Vn INTRODUCTION. 1 “Chapitre 1er. Coup-d’œil sur la médecine avant le temps d’Hippocrate. 3 Chap. II. Vie d’Hippocrate. 27 Chap. HI. Des livres qui portent le nom d’Hippocrate. 44 Chap. TV. Témoignages sur Hippocrate et ses écrits entre l’époque où il a fleuri et celle de l’établissement de l'école d’Alexandrie. 66 Chap. V. De la transmission des livres hippocratiques et de la série des commentateurs de ces livres dans l’antiquité 80 Chap. VI. Des différentes listes des écrits hippocratiques. 1 33 Chap. VH. Des éléments de la critique hippocratique dans l’antiquité et de leur valeur. 1 54 Chap. VIH. Examen des ouvrages modernes où l’on traite ex professo de l’histoire des livres dits hippocratiques. 169 Chap. IX. De quelques points de chronologie médicale. 200 Chap. X. Des rapports qui unissent certains livres de la col- lection hippocratique. 242 Chap. XI. De la publication de la collection hippocratique. 262 Chap. Xn. De chacun des livres de la collection hippocratique en particulier. 292 Chap. XIH. Exposé sommaire de la doctrine médicale d’Hip¬ pocrate. 440 Chap. XIV. Remarques sur le caractère médical et le style d’Hippocrate, 465 Appendice à l’introduction. 479 § I6r. Du dialecte des livres hippocratiques. Ibid. § H. Du texte et des éditions de la collection hippocratique dans l’antiquité. 502 5 DI. Notices des manuscrits de la collection hippocratique. 51 1 TABLE- XVI § IV. Des éditions et traductions complètes de la Collection hippocratique. 540 OEUVRES D’HIPPOCRATE. PREMIÈRE CLASSE , TRAITÉS QUI SONT D’HIPPO¬ CRATE. 555 Argument du traité tde l’ancienne médecine. 55G De l’ancienne médecine. 57 0 FIN DE LA TABLE. INTRODUCTION. Les livres médicaux qui sont arrivés jusqu’à notre temps sous le nom d’Hippocrate , appartiennent-ils tous véritable¬ ment à ce médecin? Dans le cas de la négative , quel est l’au¬ teur, ou quels sont les auteurs dont les productions pseudo¬ nymes ont été conservées dans la collection hippocratique? A quelle marque peut-on distinguer les écrits qui sont réelle¬ ment l’œuvre d’Hippocrate, de ceux qui ne sont pas de lui? Quelle classification doit-on introduire dans cette masse de livres, si on parvient à établir qu’ils dérivent de sources différentes? Comment s’est-il fait que des écrits aient reçu faussement le nom d’Hippocrate, et aient été publiés sous ce titre? A quelle époque peut-on faire remonter la publication de cette célèbre collection? A-t-elle vu le jour du vivant d’Hippocrate lui-même , ou n’a-t-elle été livrée à la publicité, dans sa forme actuelle, qu’un assez long temps après sa l TOM. I. 2 INTRODUCTION. mort? Quel est, déduction faite des livres qui ne sont pas de lui, le véritable système de ce médecin ? De quelle manière son système se rattache-t-il aux doctrines plus anciennes , et quels fruits immédiats a-t-il portés? Enfin , que sait-on de po¬ sitif sur la biographie d’Hippocrate lui-même , au milieu de toutes les fables dont sa vie a été le texte? Et quelles notions certaines pouvons-nous nous faire de sa méthode , de sa ma¬ nière de voir et de son caractère médical? Ce sont là les questions ( et chacune d’elles en renferme plusieurs autres) que je me propose de traiter dans le long travail auquel je donne le titre à" Introduction , et que je sou¬ mets ici au jugement du lecteur. Plus j’ai avancé dans la tra¬ duction delà co^ction hippocratique, plus j’ai compris la nécessité de discuter soigneusement toutes ces questions. Elles sont préliminaires , il est vrai; mais elles n’en sont pas moins essentielles; et, au milieu des difficultés de l’édition nouvelle que j’ai entreprise, je ne me suis senti quelque sû¬ reté, que du moment où j’ai eu approfondi les problèmes de critique littéraire et médicale que je viens d’énumérer. CHAPITRE PREMIER. Lorsqu’on recherche l’histoire de la médecine et les com¬ mencements de la science, le premier corps de doctrine que l’on rencontre, est la collection d’écrits connue sous le nom d’œuvres d’Hippocrate. La science remonte directement à cette origine et s’y arrête. Ce n’est pas qu’elle n’eût été culti¬ vée antérieurement, et qu’elle n’eût donné lieu à des produc¬ tions même nombreuses -, mais tout ce qui avait été fait avant le médecin de Cos a péri. Il ne nous en reste que des fragr- ments épars et sans coordination -, seuls , les ouvrages hippo¬ cratiques ont échappé à la destruction 5 et, par une circon¬ stance assez Singulière , il existe une grande lacune après eux, comme il en existait une avant eux : les travaux des médecins, d’Hippocrate à l’établissement de l’école d’Alexan¬ drie, ceux de cette école même ont péri complètement, à part des citations et des passages conservés dans des écrivains 4 INTRODUCTION. postérieurs ; de telle sorte que les écrits hippocratiques de¬ meurent isolés au milieu des débris de l’antique littérature médicale. Cet isolement les agrandit encore et leur donne un lustre et un intérêt particuliers ; ils en ressortent davan¬ tage aux yeux du spectateur qui contemple les ruines de l'intelligence; comparables aux édifices qui restent seuls de¬ bout au milieu des cités anéanties , et qui paraissent d’au-, tant plus grands et plus majestueux que les rues et les places qui les entouraient ont disparu. Quand même les écrits d’Hippocrate n’auraient pas d’au¬ tre avantage que d’occuper la première place dans l’ordre chronologique de la médecine , ils exciteraient la curiosité de l’homme qui veut s’instruire dans l’ancienne science des peuples. Mais bien d’autres mérites appellent notre attention. Ils ont été placés trop près de l’origine des choses , pour ne pis avoir un type qui n’a plus dû se reproduire dans. le cours du temps ; ils ont exercé une trop grande influence sur les destinées de la médecine pour ne pas recéler des sources de savoir qui ne sont pas encore épuisées; ils ont été trop étudiés pour ne pas mériter d’être étudiés encore. Moins que jamais, il est permis à la médecine d’oublier son passé; de s’enfermer exclusivement dans le domaine de l’observation contemporaine ; de sacrifier au présent les expériences qui ont été faites , les enseignements qui ont été donnés , les pensées générales qui ont été disséminées dans les œuvres des gé¬ nies éminents; de laisser dans l’obscurité tant de faits pa¬ thologiques qui , produits une fois , ne doivent plus peut-être se reproduire ; de négliger tant de points de vue que le cours des choses toujours divers a présentés; enfin, de renoncer à l’intelligence de la loi qui a présidé au développement in¬ térieur d’une science aussi ancienne et aussi vaste. L’existence isolée de la collection hippocratique au com- MÉDECINE AVANT HIPPOCRATE. 5 mencement même de l’histoire de la médecine, a fait croire que.cette science ne datait réellement que de l’époque et des travaux d’Hippocrate. C’est une erreur : cette collection a été précédée d’une longue période d’efforts et de recher¬ ches qui n’ont point été stériles , et elle a recueilli des hérita¬ ges dont il n’est pas impossible de retrouver la trace. Il im¬ porte donc de montrer qu’Hippocrate, son école et leurs livres sont venus dans des temps d’activité scientifique , et qu’il y avait eu avant eux d’autres écoles et d’autres livres. Les sources de la médecine grecque dans l’âge qui a été immédiatement antérieur au célèbre médecin , sont au nom¬ bre de trois. La première est dans les collèges des prêtres- médecins qui desservaient les temples d’Esculape, et que l’on désignait sous le nom d’Asclépiades; la seconde, dans les philosophes ou physiologistes qui s’occupaient de l’é¬ tude de la nature , et qui avaient fait entrer dans le cadre de leurs recherches l’organisation des corps et l’origine des maladies-, la troisième est dans les gymnases où les chefs de ces établissements avaient donné une grande attention aux effets, sur la santé, des exercices et des aliments. Il faut examiner successivement ces trois éléments du développe¬ ment médical dans l’ancienne Grèce. La médecine égyptienne était exercée par des prêtres ; elle appartenait à une certaine fraction de la classe sacerdo¬ tale. Il en fut de même dans l’organisation primitive de la Grèce , qui reçut de ses premiers instituteurs , les Égyptiens, un établissement social long-teipps marqué du sceau de sa première origine ; et là, comme sur les bords du Nil, les prê¬ tres se chargèrent du soin de la santé des hommes. Des deux côtés l’art s’enferma dans les temples, se communiqua aux initiés, fut caché au vulgaire, et se lia par sa position même à une série d’idées et de pratiques plus ou moins superst itieuses 6 INTRODUCTION. Le dieu de la médecine était Esculape , venu , comme tous les dieux def Olympe grec, des régions de l’Orient. La my¬ thologie le faisait fils du Soleil. Cette généalogie , sans doute , n’est pas moins symbolique que la personne même du dieu , et Pausanias 4 raconte qu’un Sidonien , qu’il rencontra dans le temple d’Esculape à Ægium , lui dit que ce dieu est la per¬ sonnification de l’air nécessaire à l’entretien de la santé de tous les êtres, et qu’ Apollon, qui représente de son côté le so¬ leil , est dit, avec raison, le père d’Esculape, puisque son cours détermine les différentes saisons et communique à l’atmosphère sa salubrité. Le culte d’Esculape remonte dans la Grèce à une haute antiquité 5 ses fils Podalire et Machaon sont comptés, par Homère , parmi les héros qui assiégèrent la ville de Troie; et c’est à ces deux personnages qu’on at¬ tribuait l’introduction du culte d’Esculape dans la Grèce. Les mythologues prétendent que Machaon le porta dans le Pélo- ponèse, et Podalire dans l’Asie-Mineure. Le plus ancien tem¬ ple passait pour être celui de Titane près de Sicyone, et Xénophon 1 2 rapporte que, selon un antique usage, des mé¬ decins suivaient l’armée lacédémonienne en campagne, et se tenaient auprès du roi sur le champ de bataille. Ces méde¬ cins ne pouvaient être que des serviteurs d’un des temples d’Esculape 3 que possédait Lacédémone. Dès la plus haute antiquité, il se fonda dans la Grèce un grand nombre de ces Jsclépions* qui s’ouvrirent pour le ser¬ vice du dieu et le service des malades , et qui disséminèrent , avec son culte , la pratique de l’art. Ces temples étaient en 1 Liv. vu, Achaïe chap. 22, t. 4, p. 192, Ed. de Clavier. 3 De républ. Laced. cap. 15. 3 Toû 0sdu SouÀoi , comme les appelle Pausanias. ; ’AcxXïjnetov, temple d’Esculape. MÉDECINE AVANT HIPPOCRATE. 7 même temps des écoles où l’on s’instruisait dans la science médicale, et les plus connus à cet égard , dans les temps qui précédèrent immédiatement Hippocrate, furent ceux de Cyrène, de Rhodes, de Cnide et de Cos. Les écoles de Rhodes et de Cyrène s’éclipsèrent de bonne heure , et il ne reste aucun monument médical que l’on puisse y rapporter. Mais celles de Cos et de Cnide acquirent beaucoup d’illustration , et elles ont joué un grand rôle dans la médecine. L’école de Cnide doit être nommée d’abord 5 car c’est d’elle qu’est sorti le premier livre que nous puissions attribuer avec quelque sûreté aux Asclépiades ; et l’mi des plus impor¬ tants écrits d’Hippocrate est dirigé contre ce livre , intitulé : Sentences cnidiennes L Le plus ançien des Asclépiades cnidiens que l’on con¬ naisse est Euryphon , contemporain d’Hippocrate , mais plus âgé que lui. Regardé comme l’auteur des Sentences cnidiennes , il est cité par Platon le Comique; ce poète, introduisant Cinésias au sortir d’une pleurésie, le repré¬ sente maigre comme un squelette; la poitrine pleine de pus, les jambes comme un roseau, et tout le corps chargé des eschares qu’Euryphon lui avait faites en le hrûlant 2, Cette mention d’Euryphon par un poète contemporain, est la preuve qu’il jouissait alors d’une réputation populaire. Il est encore cité par Rufus , par Cœlius Aurélianus et par Galien 5, qui dit même qu’on lui attribuait quelques- 1 XI Kvtoiai yvcopiat. * Msxà xavxa os Eùayopou 6 ttcüç êx îrXsupfxtooç Kivrjotaç axe as ■ X0s, airuoç (sp. tcuoç?) xaXapuva cxéXrj cpopcov, çôo'/jç irpo^r/îç , paç xsxaupivoç ■jrXstaxaç u-jt’ Eùpucpwvxoç. Gai. t. v, p. 522, Basil. 3 Tom. v, p. 45, Basil. 8 INTRODUCTION. uns des traités compris dans la collection hippocratique * . Dès le temps d’Hippocrate il y avait eu deux éditions des Sentences cnidiennes; ce qui prouve les méditations de l’auteur et le progrès du travail. Le fond du livre avait été conservé , mais il y avait eu des retranchements, des additions et des changements. « Les médecins cnidiens avaient publié, dit Ga¬ lien, de secondes Sentences cnidiennes , et c’est de ce livre qu’Hippocrate dit qu’il avait un caractère plus médical 2. » Cet écrit, actuellement perdu, a subsisté long-temps, et Galien l’avait encore sous les yeux. Les Cnidiens divisaient les mala¬ dies en un très-grand nombre d’espèces ; ainsi ils admettaient sept maladies de la bile, douze maladies de la vessie , quatre maladies des reins, de plus quatre stranguries, trois tétanos, quatre ictères, trois phthisies; car ils considéraient les diffé¬ rences des corps, différences variables suivant une foule de circonstances, et ils laissaient de côté la ressemblance des dia¬ thèses observée par Hippocrate 5. L’école de Cos n’était pas, à cette époque, élevée au- dessus de sa rivale 5 car elle n’avait point encore produit Hippocrate. A part les aïeux de ce médecin que l’on dit avoir pratiqué la médecine dans l’île , on ne rencontre mentionné que le nom d’un médecin de Cos-, il s’appelait Apollonidès. Cet Apollonidès se trouvait à la cour du roi de Perse, Ar- taxerce Ier. Mégabvze, un des grands seigneurs de cette cour , ayant été grièvement blessé dans un combat , fut sauvé à force de soins par ce médecin4. Apollonidès eut une fin tra- Ouo osa ooxsî [iiv EùpuçSvTOç eïvat, cpspssai os iv toïç 'Itc- 7roxp&:ouç. Gai. t. 16,p. 3, Ed. Kiilm. a T. v, p. 58, Basil. 3 Gai. t. v, p. 59, Basil. 4 Kai pioÀtç ttoXXt, iïrijxeXsta TrspiGtoÇerai ’AttoXXodviSou iaxpoû tou Kwou. Ctesias sxtwv nepstxwv, p. 11, Ed. Henr. Steph. 1557. MÉDECINE AVANT HIPPOCRATE. 9 , gique ; il lia une intrigue amoureuse avec une princesse per¬ sane, sous prétexte de la guérir 5 celle-ci, sur le point de mourir , révéla tout à Amistris, sa mère, et mère d’Artaxerce, laquelle , après avoir tourmenté Apollonidès pendant deux mois , le fit enterrer vivant le jour où sa fille expira. Autant donc que nous en pouvons juger, l’école de Cos entra plus tard que l’école de Cnide dans la carrière des pu¬ blications. Les malades qui venaient se faire traiter dans les temples avaient l’habitude d’y laisser quelques mots qui exprimaient leur reconnaissance envers le dieu, et qui carac¬ térisaient la maladie dont ils avaient été délivrés. « Le tem¬ ple d’Épidaure, dit Strabon 1 , est toujours plein de malades et de tableaux qui y sont suspendus , et dans lesquels le trai¬ tement est consigné. Il en est de même à Cos et%à Tricca. » Les prêtres recueillaient ces notes -, du moins nous pouvons le croire pour ceux de Cos 5 car les Prènotions Coaques de la col¬ lection hippocratique ne sont sans doute qu’un recueil de pa¬ reilles notes. On y voit que l’école de Cos attachait une importance par¬ ticulière à reconnaître les caractères communs des maladies , c’est-à-dire les symptômes qui annoncent les efforts de la nature , et à distinguer les crises (le mot lui appartient peut- être) et les jours critiques. Telle était la direction où l’école de Cos était placée au moment où Hippocrate y commence son noviciat médical. Le malade qui venait chercher du soulagement dans les Jsclépions était d’abord soumis à quelques préliminaires qui, sous un appareil religieux, l’obligeaient à des jeûnes prolon¬ gés , à des purifications , à des ablutions et à des onctions de toutes sortes. Ainsi préparé , il entrait dans le temple f Lib. vin, p. 560, Basil. 1549. 10 INTRODUCTION. et il y passait la nuit 5 c’est ce qu’on appelait V incubation. Aristophane , dans sa comédie de Plutus , en fait une description très plaisante. Mais pour les malades c’était quelque chose de sérieux. Pendant la nuit le dieu leur ; apparaissait et leur prescrivait les remèdes nécessaires. Le lendemain le malade racontait sa vision , et était soumis en conséquence au traitement ordonné. Les Asclépions étaient généralement placés dans une contréë saine , dans un site riant; un bois sacré les entourait toujours, de sorte que toutes les conditions de salubrité et d’agrément s’y rencontraient. Ces bois , du moins pour l’ile de Cos , étaient formés d’arbres de haute futaie; car Turullius, lieutenant d’Antoine , coupa celui de Cos pour en construire une flotte L Les prêtres médecins allaient-ils exercer leur ministère en dehors des temples ? Schulze admet la négative ; mais cet ex¬ cellent historien de la médecine me paraît n’avoir pas donné autant d’attention qu’il en donne ordinairement aux faits consignés dans les livres : l’exemple d’Hippocrate est décisif dans cette question; il appartenait, dans le sacerdoce médi¬ cal , à une famille illustre qui se disait descendue d’Esculape ; nul n’était donc plus que lui lié par tous les usages, par toutes les règles qui dirigeaient la pratique de l’art parmi les prê¬ tres-médecins. Néanmoins il parcourut comme médecin pé- riodeute ou ambulant différentes parties de la Grèce, et il y exerça la médecine ; il ne peut donc y avoir aucun doute sur ce point : les prêtres des Asclépions , qui traitaient les mala¬ des dans leurs temples , allaient aussi les traiter au-dehors. Ils ne faisaient, au reste, que ce que faisaient de leur côté 1 Præfectus M. Antonii, Turullius , cum apud Coos cverso Æsculapii luco classem fecisset, eodem postea loco a militibus Cæsaris est interfectus. Lact., de Orig. err. lib. MÉDECINE AVANT HIPPOCRATE. 1 i les prêtres-médecins de l’Égypte. Hérodote nous montre ces médecins égyptiens établis à la cour du roi de Perse , Da¬ rius, fils d’Hystaspe. Il y avait des asclépiades à Rhodes, à Cnide , à Cos *, il y en avait à Athènes; au milieu de leur temple se trouvait une source thermale. Platon parle souvent des asclépiades athéniens , et il le fait en termes qui prouvent qu’ils s’étaient acquis une réputation d’élégance et de bon goût dans la ville de Minerve *. En un mot, il y avait des asclépiades partout où un temple d’Esculape avait été fondé. Que faut-il entendre par cette dénomination? Formaient-ils une famille réelle , ou simplement Une corporation qui se re¬ crutait par voie d’initiation? Il est certain que quelques-uns d’entr’eux, en se donnant ce nom, prétendaient indiquer leur généalogie , et ils se disaient descendants d’Esculape par Podalire ou Machaon. Galien 1 2 3 nous apprend que Ctésias, as- clépiade de Cnide, était parent d’Hippocrate, et il nous dit ailleurs5 que, la branche des asclépiades de Rhodes s’étant éteinte , l’école de cette île tomba avec eux. Ces remarques pourraient faire croire à l’existence d’une famille réelle , mais dans le fond il n’en est rien. H se peut que parmi les prêtres qui desservaient les Jlsclépions quelques-uns se transmissent en effet de père en fils la science médicale , et , formant ainsi dans le sein de la corporation une vraie famille , prétendis¬ sent reporter leur origine aux temps mythologiques. La famille d’Hippocrate était sans doute dans ce cas ; mais c’était une prétention particulière des Nebrides (nom qu’on lui don¬ nait aussi en raison d’un de ses aïeux). Le reste des asclé- 1 Toù; xoa^oùç ’AffxXv57rtaSaç. De republ. fib. i. t. 5. p. 108. Ed. Tauclm. 2 T. v, p. 652, Basil. 3 T. iv, p. 35, Basil. 12 INTRODUCTION. piades avait été recruté par voie d’association et d’initiation ; on en a une preuve manifeste dans 1 e Protagoras de Platon1. Socrate demande à un des interlocuteurs de ce dialogue ce qu’il se proposerait s’il allait étudier la médecine sous Hippo¬ crate de Cos 5 l’autre répond que ce serait pour se faire mé¬ decin. On devenait donc médecin dans les écoles des asclé- piades , sans tenir à aucune famille sacerdotale. D’ailleurs , comment aurait-il pu se faire que le nombre très considérable d 'Asclépions répandus dans tous les pays de langue grecque fussent desservis par les membres d’une seule famille ? . Les asclépiades formaient donc une corporation qui, dans un temps reculé, avait eu le privilège exclusif de la pratique médicale , mais qui, vers le temps d’Hippocrate , commençait à le partager avec une foule d’autres concurrents*, il est pro¬ bable que pendant le long espace de temps où ils existèrent seuls, ils en avaient été fort jaloux. Isidore 2 3 dit : «Esculape « ayant été tué d’un coup de foudre , on rapporte que la mé- « decine fut interdite, l’enseignement en cessa avec son au- « teur, et elle resta cachée pendant près de 500 ans, jusqu’au « temps d’Àrtaxerce , roi des Perses. Alors elle fut remise en « lumière par Hippocrate descendu d’Esculape, et né dans « 111e de Cos. » Schulze 5 donne une éxplication ingénieuse du récit mythologique où l’on représente Esculape foudroyé pour avoir enseigné la médecine aux hommes-, et il pense que les prêtres qui desservaient ces temples exprimaient par ce symbole l’obligation de renfermer la science dans l’enceinte sacrée , et de ne pas la jeter dans les mains profanes du vul¬ gaire. 1 T. 2, p. 159, Ed. Tauclm.v 5 De origin., iv, cap. 5. 3 Historia medicinæ , p. 252. MÉDECINE AVANT HIPPOCRATE. 13 Ainsi , dans le siècle qui a précédé immédiatement Hippo¬ crate , on peut se faire une idée de l’activité médicale qui ré¬ gnait dans les Asclépions et parmi les asclépiades : traitement des malades dans les temples et hors des temples 5 relation, sur des tablettes, des principaux accidents et des moyens de traitement 5 recueil de ces notes; publication de livres ( Sentences cnidiennes) ; et déjà traces d’un double système; l’un qui consistait à noter tous les symptômes, et à en faire presque autant de maladies distinctes; l’autre qui recherchait ce que les symptômes avaient de commun comme indices de l’état des forces et du cours de la maladie. Mais le temps ap¬ prochait où rien ne devait empêcher la médecine de sortir du fond des temples, et de prendre un développement plus vaste au milieu d’une société qui , de tous côtés , se précipitait vers la science. En dehors du sacerdoce médical il s’opérait le plus notable des changements, et une science, créée par d’autres mains que les siennes, l’entourait de toutes parts et le débordait. Il s’agit des premiers philosophes grecs et de leurs travaux. C’est là, en effet, la seconde source de la médecine grecque au temps d’Hippocrate , et immédiatement avant lui. Ces an¬ ciens philosophes avaient pris la nature pour objet de leurs études ; et presque tous avaient composé des livres sous ce titre; tels sontMélissus, Parménide, Empédocle, Alcméon, Gorgias et bien d’autres4. Ces livres ont péri; il n’en reste * Ta Y“P TSv -roxXattoV a-avra irspl çuorswç iTriysypaTCTat , tcc MeXicrsou, zct naptxevfôou, xà ’EpttsSoxXsouç , ’AXxpauovoç ts xal FopYtou , xal npoSixou, xal twv aXXtov a7cavTcov. Gai. t. 1, p. 56. Ed. Basil. Tous ces écrits sont antérieurs à Hippocrate ; quelques- uns, par exemple, ceux de Mélissus, de Gorgias et de Prodious, étaient en prose. Je consigne ici cette remarque pour réfuter Sprengel ,qui, dans son Apologie d’Hippocrate , dit que ce mé- INTRODUCTION. 14 que de courts fragments-, néanmoins on peut apprécier les questions qui ont été traitées et les recherches qui ont été en¬ treprises. Les philosophes de cette époque faisaient entrer dans le cercle de leurs spéculations l’organisation des ani¬ maux et les maladies qui affligent l’espèce humaine. C’est seulement de leurs travaux dans ce genre qu’il peut être ici question. La plus importante des écoles philosophiques pour la méde¬ cine est celle de la Grande-Grèce. Alcméon, de Crotone, s’était livré à la dissection des animaux. Suivant lui, ce n’est pas le blanc de l’œuf, c’est le jaune qui nourrit le poulet 5 ceux qui ont pensé le contraire se sont laissé induire en er¬ reur *. Il admet que la santé est maintenue par l’équilibre des qualités, telles que le chaud, l’humide, le sec, le froid, l’amer, le doux; et la domination d’une de ces qualités en¬ gendre la maladie2. Sprengel 3 pense que cette théorie ne peut appartenir à Alcméon , attendu que la considération des qualités élémentaires est d’une philosophie postérieure. Or il est certain que plusieurs des philosophes anté¬ rieurs à Hippocrate , ou ses contemporains , ont admis ces qualités. decin, élève seulement delà nature, n’avait rien pu apprendre dans une littérature beaucoup trop pauvre. Sprengel se sert de cet argument, qui, comme on voit, n’a point de base, pour discuter l'authenticité de quelques écrits hippocratiques. Avant de donner une date récente aux propositions philosophico-médicales que la collection hippocratique renferme, il fout étudier attentivement les fragments des monuments antérieurs. 1 Aristote, de la générât, des anim., liv. ni, chap. 2. * Plutatch. Phys. Phil. decret, liv. v, chap. 30. Stobée, dis¬ cours 99, p. 542. 3 Histoire de la médecine, t. 1 , p. 250. MÉDECINE AVANT HIPPOCRATE. J 5 Suivant Philolaüs, pythagoricien qui a composé un Traité sur la nature , il est quatre organes principaux : le cer¬ veau, le cœur, l’ombilic et les parties génitales. A la tête ap¬ partient l’intelligence, au cœur l’âme sensible, à l’ombilic l’enracinement et la germination , aux parties génitales l’é¬ mission de la semence et la génération. Le cerveau est le principe de l’homme, le cœur celui de l’animal, le nombril celui du végétal , les parties génitales celui de toutes choses 1 . Cette opinion est remarquable parce qu’elle admet certains degrés dans la vie, des êtres : d’abord l’existence commune à tous, et qui consiste dans la procréation; ensuite l’existence des plantes ; puis celle des animaux qui se distinguent par une âme sensible ; enfin la vie de l’homme caractérisée par la raison. Tous ces degrés de l’existence vivante sont telle¬ ment ordonnés , que le plus élevé contient tout ce qui consti¬ tue les degrés inférieurs. Il serait facile de voir dans ce frag¬ ment de Philolaüs un germe de la grande idée des anatomistes modernes qui cherchent à démontrer l’uniformité d’un plan dans le règne animal. A l’école philosophique des Pythagoriciens se rattache l’é¬ cole médicale de Crotone en Italie. On ne voit nulle part qu’il y ait eu dans cette ville un Asclépion , ni par conséquent des asclépiades. Hérodote , qui , exilé dans la Grande Grèce , composa son histoire à Thurium, dans le voisinage de Cro¬ tone , nous apprend que, de son temps , l’école médicale de cette ville était la plus célèbre. H place au second rang celle de Cyrène , en Afrique , de laquelle nous ne savons rien autre chose, et qui n’a rien produit ou dont il n’est rien resté. A cette époque la réputation des écoles de Cos et de Cnide n’a¬ vait pas attiré l’attention de l’historien , et Hérodote n’en dit 1 Theologumena arithmetices A, p. 22. H) INTRODUCTION. pas un mot. Les Pythagoriciens avaient eu pendant long¬ temps leur principal siège à Crotone; ils s’étaient livrés avec beaucoup de succès à l’étude de la nature, et ils sont pro¬ bablement les premiers qui aient cultivé l’anatomie en disséquant les animaux -, il n’est pas étonnant qu’il se soit formé parmi eux , et sous l’influence de leurs doctrines , une école médicale qui a jeté un vif éclat. Celle de Crotone est donc tout à fait' en-dehors delà médecine sacerdotale des yfsclépions, et elle eut à ce titre une grande influence sur le développement de la . science. A un autre titre encore elle mérite d’être notée ici : c’est que ses doctrines ont été une source où Hippocrate a puisé abondamment, et que, par lui, elles ont exercé un grand empire dans le monde médical. C’est ce que je ferai voir quand j’aurai montré ce qui, dans la collection hippocratique, appartient réellement à Hippocrate. De l’école de Crotone était sorti le médecin Démocède, qui, pris par les Perses à Samos, guérit Darius d’une entorse dangereuse, et se concilia la faveur de ce prince, inutilement traité par les médecins égyptiens. Galien 4 , qui donne le nom d’école d’Italie à celle qui s’était formée à Crotone et parmi les Pythagoriciens, y com¬ prend les travaux qui sortirent de la Sicile et d’Agrigente. Empédocle , qui était de cette ville, naquit l’an 504 avant J.-C. H a joui parmi ses contemporains d’une grande ré¬ putation. H avait écrit un poëme sur la nature , dont il reste un assez grand nombre de fragments , et qui contenait des explications physiologiques sur la formation des animaux. Un autre poëme , intitulé : Discours médical (tarpixo? Xoyoç) , avait été composé par lui. Malheureusement ses écrits n’exis¬ tent plus. Il se livra aussi à l’étude de l’anatomie; il décou- 1 T. iv, p. 55, Basil. MÉDECINE AVANT HIPPOCRATE. 17 vrit le labyrinthe * de l’oreille qu’il regarde comme l’organe essentiel de l’audition. Il attribuait la différence des sexes à la prédominance du froid ou du chaud dans les parents ; la ressemblance des enfants avec l’un ou avec l’autre, à la plus grande quantité de fluide séminal que fournissait le père ou la mère. Suivant lui, la diminution de chaleur produisait le sommeil , l’extinction causait la mort. Il faut remarquer qu’Empédocle connaît déjà les qualités élémentaires, le doux, l’amer, l’acide, le chaud, et qu’il les fait intervenir dans sa physique 2. Il est cité dans le Traité de V ancienne médecine. Cette citation manque dans toutes les éditions. Je l’ai resti¬ tuée, en comblant une lacune de plusieurs lignes , à l’aide d’un manuscrit non consulté. Au nombre des contemporains d’Empédocle est un médecin nommé Acron, duquel on raconte qu’il chassa une peste d’A¬ thènes , en faisant allumer de grands feux dans cette ville. La meme fable a été répétée pour Hippocrate. Les livres d’ Acron se sont perdus de très bonne heure. Il paraît qu’il s’était tenu plus que les autres à l’observation pure et simple des phénomènes. C’était peut-être ce qui l’avait mis peu en renom auprès des philosophes , qui aimaient tant à donner et à recevoir des explications. La secte empirique, née long-temps après Hippocrate , a voulu se rattacher à Acron. Suivant Suidas, il avait composé en dialecte dorien un livre sur la nourriture salubre 5. Une philosophie, dont Anaximène de Milet est l’auteur , place la cause de toutes choses dans l’air. Cette opinion a t Ko/XuoSt,? '/p'vôpoç. Plut, deplac. phil. liv. A, chap. 16. * ‘ïiç yXuxù [asv ykjyl> fj-apirre, Tuxpov o -rrixpov opousev, ’OEo S’ I-tz <3çi i s6t), 0s?p.ov 8’ Itto^susto ÔsppuT). ? ïïepi TpXe6o7caXi/î. Erotien. 3 De divin . 2, 64. MÉDECINE AVANT HIPPOCRATE. 21 mes qui les composaient , et qui étaient ennemis de la nature humaine. Cette hypothèse n’a rien de fondé en soi ; mais elle prouve que Démocrite avait conçu dans toute leur importance les grands phénomènes morbides auxquels il avait consacré un ouvrage. On sait que beaucoup de modernes les ont attri¬ bués à des mouvements intestins du globe terrestre. 4° Des causes touchant les animaux , 3 livres. Démocrite, dit Ammien Marcellin, 27,4, a examiné avec les anatomistes les entrailles des animaux ouverts , pour enseigner de quelle manière la postérité pourrait remédier aux douleurs in¬ ternes. 5° Le pronostic*, 6° De la diète , ou le livre diététique , ou la sentence médi¬ cale ,* 7° Sur la fièvre et sur ceux qui toussent par cause de ma¬ ladie ; 8° Un livre sur Y Eléphaniiasis , et un autre sur les mala¬ dies convulsives. Ces ouvrages lui sont attribués par Cœlius Aurelianus. La revue rapide que je viens de faire du peu que nous sa¬ vons sur les travaux médicaux des anciens philosophes mon¬ tre qu’ils se sont occupés de la dissection des animaux , de la. recherche des causes des maladies , et qu’ils ont essayé d’im¬ porter, dans cette étude, des doctrines correspondantes à celles qu’ils admettaient dans leurs philosophies. Us ont plus cultivé le côté général que le côté particulier de la médecine. Mais c’est cette invasion même de la philosophie dans tous les arts qui forma le premier fonds de l’esprit scientifique parmi les Grecs; et puis, il est aisé de voir que les philoso¬ phes ne s’étaient pas bornés à de pures théories , et qu’ils avaient porté, aussi loin qu’il était possible alors, le soin de l'observation directe et de la recherche des faits. Leurs écrits 22 INTRODUCTION. avaient déjà popularisé une foule de notions médicales; et l’on pourrait montrer, le livre d’Hérodote à la main, histo¬ rien et tout-à-fait étranger à l’art de la médecine, que la nomenclature des maladies existait avant Hippocrate et ses disciples, que lui et eux n’y ont rien innové, et qu’ils se sont servis d’une langue faite par d’autres que par eux. Le troisième élément de la médecine grecque à cette épo¬ que est dans les gymnases et dans les travaux de ceux qui dirigeaient ces établissements. Les Égyptiens avaient défendu la gymnastique de la palestre ; ils pensaient que des exercices quotidiens de ce genre procuraient aux jeunes gens, non pas la santé, mais une force peu durable et qui les laissait très exposés aux maladies4. Les Grecs, au contraire, se livrèrent avec passion à la gymnastique. Des établissements étaient ou¬ verts où l’on enseignait les divers exercices. Les hommes qui y étaient préposés agrandirent insensiblement le cercle de leurs connaissances et de leurs pratiques. Hs s’habituèrent à traiter les fractures et les luxations qui survenaient fréquemment dans les palestres. Iccus de Tarente donna une attention particu¬ lière au régime alimentaire ; et cette partie, étudiée avec soin? prit un grand développement. On rechercha quels étaient les aliments qui contribuaient le plus à l’acquisition des forces; on distingua les modifications qu’il fallait apporter dans la nourriture suivant l’âge et la constitution; on s’habitua à re¬ connaître les changements qu’amène dans l’apparence exté¬ rieure un écart du régime habituel. En un mot, l’état de santé fut l’objet d’une observation minutieuse qui , on peut le dire, ne contribua pas peu à enrichir la médecine grecque et à lui donner le caractère d’unité et de généralité qui la dis¬ tingue. « Diod. Sicul., lih. 1,p. 75, Ed. Wechel. MÉDECINE AVANT HIPPOCRATE. 23 Ce n’est pas tout : Herodicus de Selymbria (on ne sait si c’est le même que Hérodicus, frère de Gorgias) appliqua la gymnastique au traitement des maladies. Jusque-là cet art n’avait été cultivé que pour former des militaires ou des athlètes. Hérodicus, qui était lui-même maître de gymnas¬ tique et d’une constitution maladive, entreprit de se fortifier par l’application régulière des exercices. H faisait faire de très longues courses à ses malades; par exemple, il les faisait aller d’Athènes à Mégare et revenir sans se- reposer. C’était surtout au traitement des maladies chroniques qu’il se con¬ sacra. H paraît que les asclépiades ne traitaient guère que les plaies et les maladies aiguës. C’est du moins ce que dit Pla¬ ton; et en -reprochant à Hérodicus de prolonger la vie des gens valétudinaires et de leur faire ainsi une longue maladie, au lieu de les laisser à la nature qui les délivrerait prompte¬ ment de leurs maux par la mort 1 , il lui adressa un blâme là où nous ne pouvons voir, qu’un éloge. Cette application de la gymnastique au traitement des maladies eut une grande influence sur la médecine antique. Beaucoup de malades dé¬ sertèrent les Jsclépions et allèrent se faire soigner dans les gymnases ; et les médecins grecs prirent l’habitude d’étudier les effets des exercices, de les admettre dans le cercle de leur thérapeutique, et de les prescrire d’une manière conforme à l’art dans une foule de cas. Telles sont les trois sources (temples d’Esculape, écoles philosophiques et gymnases) qui alimentèrent la médecine dans le courant du 5e siècle avant J.-C. Dès cette époque , on le voit, il existait une masse considérable de notions et de travaux très divers; travaux et notions qui concouraient pour fournir à la fois l’étude de la maladie dans les Jsclé- 1 De la re'publiq., liv. in, p. 406. Ed.Henr.Steph. INTRODUCTION. 24 I pions , l’étude de la santé dans les palestres, et l’esprit de gé¬ néralisation dans les livres des philosophes. Dans ce concours est tout le fond de la médecine telle qu’elle se développa sous Hippocrate , ses contemporains et ses disciples. Cmde note les symptômes, et y attache tant d’importance que de chacun, pour ainsi dire, elle fait mie affection à part -, Cos les examine sous le point de vue particulier des indications qu’ils donnent sur le progrès de la maladie , et sur les efforts de la nature -, Crotone et Agrigente dissèquent les animaux. Les philoso¬ phes introduisent dans la médecine les systèmes variés qu’ils se sont faits sur l’ensemble des choses. L’eau , l’air , le feu , la terre , servent à expliquer la composition du corps , comme celle du monde. Les qualités élémentaires prennent place à côté des éléments-, etl’heureux mélange des uns ou des autres constitue la santé. Ces conceptions se lient avec une facilité merveilleuse aux considérations sur l’influence des saisons } et l’étude de la gymnastique , notant l’action , sur le corps humain , de l’alimentation et des exercices , fournit des don¬ nées positives qui unissent la santé à la maladie. Ainsi venait à maturité un grand système de médecine où toutes les par¬ ties se tiennent par une connexion intérieure , où toute la science de la maladie est comprise dans la considération si¬ multanée des influences générales du monde extérieur, des influences particulières du régime, et des lois qui régissent les efforts et les crises de la nature , système qui est do¬ miné lui-même par les idées générales que les philosophes avaient mises dans le domaine commun. J’ai fait d’avance une esquisse de la doctrine d’Hippocrate •> car son mérite dans la science, la raison du haut rang qu’il y occupe, la cause de la puissance qu’il y a exercée , tout cela est dans la force des anciennes doctrines qu’il embrassa, développa, soutint avec talent, employa avec bonheur et transmit pleines MÉDECINE AVANT HIPPOCRATE. 25 de vie, de force et de profondeur à la postérité. Une illusion, causée par l’éloignement des temps, a fait souvent regarder Hippocrate comme le fondateur de la médecine; il n’en a été que le continuateur, comme on le .voit par ce qui précède, mais un continuateur capable de féconder ce qui existait avant lui. En lisant ses écrits on reconnaît que les doc-, trines qu’il y expose ne sont point de sa création , et partout on sent qu’il pose le pied sur un terrain ancien et solide. Cette vieille médecine, plus vieille qu’Hippocrate , s’était donc constituée à la fois par l’empirisme des prêtres-méde¬ cins et des gymnastes , et par les doctrines des philosophes qui avaient commencé l’étude de la nature. C’est là ce qui en fit , dans ce temps reculé , la force et l’originalité ; c’est là ce qui , tout en l’attachant à l’expérience et à la réalité , la pénétra de ce souffle scientifique qui porta les Grecs si loin et si haut. Sans doute l’empirisme des Asclépions et la phi¬ losophie des sages venaient d’une source commune et sor¬ taient l’un et l’autre de l’antique Orient -, mais ces deux éléments ne s’étaient pas encore rencontrés de la même façon. Sans doute les doctrines primitives des plus anciens philosophes grecs tiraient leur origine des mêmes tem¬ ples qui avaient donné le modèle delà médecine sacerdotale des asclépiades; mais en Egypte tout était resté séparé et immobile , en Grèce tout se mêla et devint vivant. Les vieilles doctrines cosmologiques entrèrent dans l’étude empirique des faits et y portèrent le sceau de la recherche scientifique; les faits à leur tour et l’empirisme entrèrent dans ces doctri¬ nes, en déplacèrent incessamment l’horizon, et leur don¬ nèrent peu à peu des assises devenues ainsi inébranlables. L’intervalle où cette métamorphose s’opéra est important non seulement dans l’histoire de la médecine , mais aussi dans l’histoire de l’humanité tout entière; car, à vrai dire INTRODUCTION. c €st là que le temps antique finit, et que le temps moderne commence ; l’ère de l’antiquité se ferme quand les choses sor¬ tent des castes et des temples. CHAPITRE IL Un nuage est jeté sur la vie d’Hippocrate , et il ne faut pas nous en étonner. Plus de vingt-deux siègil nous séparent de lui. H appartient, il est vrai, au début démette période où la Grèce, commençant à se couvrir d’une moisson de plus en plus abondante de livres dans tous les genres, sentit s’ac¬ croître le désir, avec les moyens, de conserver ses pro¬ ductions littéraires-, aussi de ce temps nous est-il resté bien plus de monuments et de témoignages que des temps anté¬ rieurs. Mais néanmoins l’on sait quelle destruction les révo¬ lutions, les incendies, la barbarie ont faite de ces fragiles manuscrits que l’ea reproduisait avec tant de peine, de len¬ teur et de dépenses. La littérature contemporaine d’Hippo¬ crate a éprouvé des pertes immenses ; quelques écrits privilé¬ giés ont surnagé, et c’est à eux seuls que l’on peut demander des renseignements bien rares , mais du moins positifs , sur 28 INTRODUCTION. la vie de l’illustre médecin de Cos. Toutes les autres traces en ont disparu 5 et depuis long-temps des fables, s’emparant du nom d’Hippocrate, en ont fait le texte de récits qui ne peuvent supporter l’examen de la critique. L’incertitude manifeste qui reste sur les circonstances de la vie d’Hippocrate s’est nécessairement étendue à ses écrits. Onn’a plus su ni à quelle occasion, ni dans quel lieu, nià quel âge il les a composés , ni quel titre il leur a donné. Tous les documents ont manqué; et quand la collection qui porte son nom, et qui est arrivée jusqu’à nous, a été examinée par les critiques de l’antiquité , ils n’ont pu s’empêcher de recon¬ naître qu’elle était évidemment mêlée , et que tout ne pouvait pas appartenir à Hippocrate. Les critiques modernes ont ra¬ tifié cette sentence ; mais le triage, déjà difficile dans l’anti¬ quité, l’était devenu bien davantage; car, dans l’intervalle, une multitude de monuments qui jetaient quelques lumières sur les points obscurs de la critique hippocratique avaient été détruits. Ainsi dans l’histoire du médecin de Cos il ÿ a deux parties à considérer : l’histoire de sa vie et celle de ses écrits. Elles s’appuieront mutuellement ^ et ce que l’on gagnera pour l’une fortifiera nécessairement l’autre. L’histoire littéraire nous intéresse certainement plus que la biographie propre¬ ment dite; il nous importe plus de connaître ce qu’il a écrit que ce qu’il a fait, les livres qu’il a composés que les détails de son existence journalière. Cependant on aimerait sans au¬ cun doute à savoir où cet illustre médecin a pratiqué son art, à quels malades il a porté secours , quels élèves ont écouté ses leçons, quel caractère il déployait, soit comme praticien, soit comme professeur. Sur tout cela , nul détail n’a été conservé, et la biographie manque complètement. Mais une por¬ tion de ses livres a échappé à la destruction ; et quand j’aurai indiqué avec évidence les écrits qui, dans la collection, lui vie d’hippocraxe. 29 appartiennent , il sera possible d’en tirer quelques notions sur sa personne ; elles ne seront pas sans intérêt , car elles ne se¬ ront pas sans certitude. Avant tout, fixons l’époque, la patrie, la profession d’Hip¬ pocrate d’une manière incontestable. Ce n’est pas à ses bio¬ graphes qu’il faut demander des renseignements qui empor¬ tent la conviction du lecteur. Us sont séparés de lui par un trop grand intervalle, pour qu’on puisse s’en rapporter à eux sans un examen préalable. Pour prouver l’existence d’un homme qui a vécu dans un temps si éloigné, il faut des té¬ moignages contemporains, ou du moins une tradition in¬ dubitable de témoignages qui remontent jusque-là par une chaîne non interrompue. A cet égard, nous avons sur Hip¬ pocrate tout ce que nous pouvons désirer , témoignages con¬ temporains et tradition de témoignages. Je réserve pour un autre chapitre l’examen de cette tradition ; et ici je veux seu¬ lement rapporter les paroles d’un homme qui a vécu en même temps que lui, qui l’a admiré et cité, et qui peut-être l’a connu personnellement. Je parle de Platon. On lit dans le dialogue intitulé Protagoras : « Dis-moi, ô Hippocrate, si tu voulais « aller trouver ton homonyme, Hippocrate de Cos, de la fa¬ it mille des asclépiades, et lui donner une somme d’argent « pour ton compte; et si l’on te demandait à quel person- (c nage tu portes de l’argent, en le portant à Hippocrate , que « répondrais-tu? — Que je le lui porte en sa qualité de médecin, a — Dans quel but? — Pour devenir médecin moi-même1.)) Ce 1 c'Q<77rsp av si Iirsvosiç -rrapà tov «raurou ôp.fa>vu{iov eXO&v 'Ir^o- xpatr, , tov Ktpov, tov t&v ’Aa-xXr^iaowv, apyuptov teXsïv ôirsp eau- tou uic-âov ixeivü), si Ttç ce 7ipeT0, sors pot, piXXsiç tsXsïv, w 'Ir- TCOxpaTsç , cl7nroxpaT£t picGov àç t£vi ovrt; t i av aTOXpivu»; Eïtcov £ > thèques de cette île, précise la date davantage, et dit qu’il naquit l’année indiquée ci-dessus, sous le règne d’Abriadés. le 26 du mois Agrianus , et il ajoute que les habitants de Cos font à cette époque des sacrifices à Hippocrate. Ce mois Agria¬ nus est le seul que l’on connaisse du calendrier des habitants de Cos, et l’cn ne sait à quelle saison il répond. Cette date n’est sujette à aucune contestation. On le dit fils d'Héraclide et de Phénarète, petit-fils d’un autre Hippocrate; cela est VIE d’hippocrate. 35 sans doute vrai; mais la généalogie qui le rattache à Podalire de la guerre de Troie, à Esculape, à Hercule, est évidemment controuvée. La voici telle qu’elle est donnée par Tzetzès : Esculape , père de Pcdalire, père de Hippolochus , père de Sostrate, père de Dardanus , père de Crisamis, père de Cléo- myttadès, père de Théodore, père de Sostrate H, père de Crisamis n , père de Théodore n , père de Sostrate in , père de Nébrus , père de Gnosidicus, père d’Hippccrate I , père d’Héraclide, père d’Hippocrate n, qui est le célèbre mé¬ decin. Dans cette liste, Hippocrate est le 17e descendant d’Escu- lape. Soranus dit qu’il en était le 19e descendant -, et il ajoute qu’il rattachait aussi son origine à Hercule, à partir duquel il était le 20e. Ainsi la liste qu’avait consultée Soranus por¬ tait deux degrés de plus. Si on compte 33 ans par génération, on aura pour 17 générations 561 ans 5 mais il en faut retran¬ cher 33 pour la vie d’Esculape *, ce qui réduit le compte à 528 ans, lesquels ajoutés à 460, époque de la naissance d’Hippo¬ crate, donnent pour la prise de Troie ou pour l’époque de Podalire, 988 ans avant J.-C. Cette date est plus récente que celle qu’admettaient la plupart des chronologistes grecs. La seconde liste donnerait pour la prise de Troie 1054 ans avant J.-C. Ces listes ne concordent ni l’une ni l’autre avec la généalogie des Héradides qui régnaient à Sparte. Suivant la tradition, Léonidas, qui mourut aux Thermopyles, fut le 21e descendant d’Hercule; et il était encore antérieur à Hippo¬ crate de plus d’une génération. Je n’ai rapporté ces détails que pour montrer l’incertitude de ces listes du moment où l’on essayait de les reporter dans l’âge héroïque ; mais pour cet âge seulement; car une liste copiée par Ératosthène a dû avoir de l’authenticité; et, le témoignage de Platon prouvant qu’Hippocrate était un asclépiade, il faut croire qu’elle a été 36 INTRODUCTION'. conservée, d’une façon ou d’autre, comme appartenant à une famille illustre de Cos, qui desservait VJscléjpion de cette île , et qui, comme toutes les familles sacerdotales anciennes , se disait issue du dieu lui-même. Par sa descendance prétendue d’Hercule , Hippocrate était supposé avoir des liens avec les rois de Macédoine. Il eut pour fils Thessalus et Bracon I, pour gendre Po- lybe. Thessalus, médecin du roi de Macédoine Archélaus , eut pour fils Gorgias, Hippocrate DI et Dracon II. Dracon II eut pour fils Hippocrate IV qui fut médecin de Roxane, femme d’Alexandre le Grand , et qui mourut sous Cassandre, fils d’Antipater 5 cet Hippocrate IV eut pour fils Dracon ni, qui fut aussi médecin de Roxane. Ici ,.ce semble, il y a de la confusion dans les dires de Suidas qui nous a conservé tous ces noms des descendants du célèbre médecin de Cos. H faut ajouter que , suivant Galien , Dracon I eut un fils appelé Hippocrate A ; ce qui complique encore cette généalogie. Sui¬ das cite un Thymbrée de Cos et de la même famille; mais il ne spécifie pas autrement sa parenté avec le grand Hippo¬ crate; ce Thymbrée eut deux fils, tous deux appelés Hippo¬ crate (ce qui semble bizarre) , et -mi font le cinquième et le sixième Hippocrate de sa liste. Praxianax est encore nommé par lui comme étant du même lignage , et comme ayant eu un fils qui est Hippocrate VH. Les listes généalogiques avant et après Hippocrate prouvent qu’il était resté des traces au¬ thentiques de sa famille. Les auteurs qui, dans l’antiquité, se sont occupés des livres Intitulés hippocratiques, ont fait mention des uns ou des au¬ tres de ces descendants d’Hippccrate. Ses deux fils, Thessalus et Dracon , ont surtout été vantés comme des hommes d’un 1 OsccaXoç xat Apaxcov wv ixacspot iraAtv TmroxpdTSiç lyévvr,- (rav. Comm. dehumor. t. 16, p. 5,Ed. Kuhn. VIE d’hippocrate. 37 grand mérite ; et on a attribué à l’un ou à l’autre quelques- uns des écrits dont l’authenticité paraissait la plus douteuse. Galien se sert souvent de leur nom pour expliquer les inter¬ polations qu’il suppose dans les écrits hippocratiques; c’est encore à eux que , suivant lui , est due la publication d’écrits qui ne sont qu’un recueil de notes laissées par Hippocrate sans ordre, ni forme, ni rédaction. Polybe, son gendre, a eu aussi beaucoup de réputation-, et, quant à lui, sa participa¬ tion à la collection hippocratique est certaine -, je le ferai voir quand je rapporterai le passage qu’en cite Aristote. Les critiques anciens ne nous ont pas fourni les moyens de découvrir si c’est sur des preuves écrites ou simplement par tradition qu’ils ont admis que les descendants d’Hippo¬ crate avaient publié des ouvrages médicaux. Aucune trace de ces livres ne se trouve dans la littérature grecque-, les titres n’en existent nulle part. Les auteurs qui leur attribuent de telles compositions, ne disent pas que ces compositions aient été citées par quelqu’un des médecins qui ont vécu ou du temps de ces descendants d’Hippocrate ou peu après eux. La plupart des écrits composés dans cette période ont, il est vrai, péri, et ceux qui ont péri contenaient peut-être des détails sur les livres des descendants d’Hippocrate ; mais cela devient douteux quand on songe que les écrivains postérieurs qui ont tenu les œuvres de Dioclès, de Praxagore, de Philotimus, de Dieuchès , tous contemporains de l’un ou de l’autre de ces hippocratiques, ne s’appuient jamais d’au¬ cune de ces autorités, qui ici seraient décisives. Suidas, en nommant chacun de ces descendants d’Hippocrate, ajoute ; il a écrit sur la médecine. Si l’on veut ajouter foi à une énonciation aussi vague, il faut supposer, attendu que ces derniers hippocratiques touchent au temps de la fondation d’Alexandrie, il faut supposer, dis-je, qu’avec leur nom un 38 INTRODUCTION. souvenir se garda de livres composés par eux , livres qui n’étaient peut-être jamais sortis de l’enceinte d’une école, et dont la trace était perdue. C’est une raison de plus pour croire que quelques-uns de ces écrits, ayant changé de nom d’auteur pour en prendre un plus précieux et plus estimé, au moment où les rois d'Egypte et de Pergame' fondèrent leurs grandes bibliothèques, existent encore dans la collec¬ tion hippocratique, comme Font pensé Galien , Dioscoride le jeune, et plusieurs autres critiques de l’antiquité. On dit qu’Hippocrate mourut dans la ville de Larisse, en Thessalie, à l’âge de 85 ans, de 90 ans, de 104 ans, de 109 ans. Il est probable que cette progression croissante d’un âge qui reste incertain , est due à la tradition qui , à mesure qu’elle s’est éloignée , a attribué une vie de plus en plus longue à un aussi illustre médecin. H fut enterré entre Gyrton et Larisse dans un endroit où des écrivains posté¬ rieurs ont assuré qu’on montrait encore son tombeau ; et l’esprit inventeur des Grecs se plut à dire que long-temps ce tombeau avait été le séjour d’un essaim d’abeilles dont le miel avait des vertus pour guérir les aphthes des enfants. Les historiographes d’Hippocrate disent qu’il eut pour maîtres d’abord son père Héraclide, puis Hérodicus de Se- lyinbrie et Gorgias de Leontium. Rien ne combat, mais rien non plus ne garantit ces circonstances. Us ajoutent qu’il quitta sa patrie et alla exercer la médecine dans différentes villes de Thrace. Cela est, à la vérité, concordant avec les renseigne¬ ments que fournissent les écrits de ce médecin, mais en a été probablement tiré. Ce qui est très douteux , c’est qu’il ait été appelé par Perdiccas II, roi de Macédoine, et qu’il ait joui au¬ près de ce prince, d’une grande faveur. Perdiccas mourut en 4 1 4 avant J.-C. Hippocrate avait alors 46 ans-, ce n’est donc pas vie d’hippocrate. 39 dans les dates qu’est la difficulté. Mais on le fait venir avec Euryphon le médecin cnidien , et cette association, comme le dit M. Hecker, dans son Histoire de la médecine , tient déjà du roman. Ensuite on prétend qu’Hippocrate découvrit que la maladie de Perdiccas était uniquement causée par l’amour secret qu’il ressentait pour une concubine de son père. Cette histoire ressembleà celle d’Erasistrate, qui découvrit aussi une maladie causée par l’amour. Seulement il faut remarquer dans le récit une différence qui prouve que l’histoire a du moins été forgée avec adresse. Erasistrate reconnut la maladie du jeune prince en lui tâtant le pouls en présence de la femme qu’il aimait : les historiographes d’Hippocrate disent qu’il porta son diagnostic d’après les seuls changements de l’extérieur du roi; il ne connaissait pas Part d’explorer le pouls , et c’au¬ rait été commettre une erreur de chronologie médicale , que de lui faire tâter l’artère du roi Perdiccas. Ce qui rend cette histoire suspecte, c’est sa ressemblance avec celle d’Erasis¬ trate , c’est la présence d’Euryphon , c’est surtout la date moderne des biographes qui la racontent. Beaucoup d’autres fables ont été racontées sur Hippocrate, et il faut ranger dans cette catégorie les services qu'il rendit à la Grèce pendant la peste. dite d’Athènes; son refus d’aller servir le roi de Perse ; et son entrevue avec Démocrite. Ces fables ne s’appuient sur aucun témoignage de quelque valeur; et sans doute , si on pouvait en suivre la filiation , on verrait qu’elles vont toujours en grossissant à mesure que celui qui les rapporte s’éloigne davantage de l’époque où vivait Hip¬ pocrate. On en a la preuve dans les récits au sujet du rôle qui lui est attribué dans la peste. Soranus prétend que , cette mala¬ die ayant envahi le pays des Illyriens et des Péoniens, les rois de ces peuples l’invitèrent à venir auprès d’eux; qu’Hip- 40 INTRODUCTION . poerate , ayant appris des ambassadeurs quels vents ré¬ gnaient surtout dans leurs contrées, refusa d’accéder à leurs demandes 5 mais qu’ayant conclu de leurs réponses que la peste allait venir dans l’Attique, il prédit l’arrivée dé ce fléau, et dispersa ses élèves dans les villes de la Grèce. Yarron1 fai¬ sant allusion à un pareil récit, dit : « Le médecin Hippocrate « n’a-t-il pas, dans une grande peste, sauvé non un seul 1116, et en ordonnant de suspendre partout des couronnes.de fleurs odorantes. Actua- rius4 va plus loin; il connaît l’antidote dont Hippocrate se servit pour guérir les Athéniens, et il en donne la formule ; et un manuscrit latin de la bibliothèque royale (n° 7028), en¬ core plus précis, assure qu’Hippocrate, venu à Athènes, re¬ marqua que les forgerons et tous ceux qui travaillaient avec le feu, étaient exempts de la maladie pestilentielle. H en con- 1 De re rust. 1 , 4. a Histoire natur. 7, 57. 3 Tetrab. % serm. i, cap. 94. ■i Mctb. med. 5, 6.- vie d’hippocrate. 41 dut qu’il fallait purifier par le feu l’air de la ville. En consé¬ quence il fit faire de grands tas de bois qu’on incendia ; l’air étant purifié , la maladie cessa, et les Athéniens élevèrent au médecin une statue de fer avec cette inscription : A Hippo¬ crate , tiotfe sauveur et notre bienfaiteur. Je ne sais d’où viennent ces amplifications au manuscrit , dont l’écriture est fort ancienne. H est très facile de montrer que tout cela n’est qu’un tissu de fables. Thucydide, qui a donné une admirable descrip¬ tion de la peste d’Athènes , ne fait aucune mention d’Hippo-* crate, ni de ses services 5 il dit même formellement que tout l’art des médecins échoua contre la violence du mal , et qu’ils en furent les premières victimes. Ce silence de Thucydide sur Hippocrate dans une maladie qui fut un événement his¬ torique, est décisif, et prouve que le médecin de Cos ne fit rien de ce qu’on lui attribue en cette circonstance. Mais le récit porte en lui-même les preuves de sa propre fausseté. Hippocrate est né en 460 , la peste éclata à Athènes en 428 , il n’avait donc que 32 ans. A cet âge il ne pouvait avoir en¬ core acquis la réputation que la légende lui suppose , et sur¬ tout il ne pouvait avoir ni fils , ni gendre , à envoyer dans les differentes villes de la Grèce. De plus la légende intervertit complètement la marche de l’épidémie 5 elle la fait venir par l’Illyrie, la Thessalie, et la Béotie jusque dans l’Attique. Or Thucydide dit formellement qu’elle se déclara d’abord dans le Pirée, et quelle venait de l’Ethiopie. H y a là contra¬ diction évidente avec le fait; mais quand même nous n’au¬ rions pas ces preuves pour démontrer la fausseté d’un pareil récit, le caractère même des épidémies nous empêcherait de l’admettre. Nous savons par une expérience récente que ces grands fléaux ne se laissent pas détourner par l’art humain 5 et les feux allumés dans Athènes ne pouvaient pas avoir plus 42 INTRODUCTION. de puissance contre l'épidémie , venue de loin , qui la désola, que la médecine contemporaine n’en a eu à Paris contre le choléra, parti des bords du Gange. Tout récit où l’on attri¬ bue à l’art médical le pouvoir d’arrêter de tels ravagés, nécessairement est mensonger. Maintenant que devient l’autre forme de la légende où Hip¬ pocrate refuse à Artaxerce son secours contre la peste? Je ne veux pas entrer ici dans une discussion détaillée des Lettres et des Discours qui forment un appendice de la collection hippocratique. Comme tous les récits sur le rôle d’Hippocrate dans la peste d’Athènes , sur l’invitation d’ Artaxerce, sur le refus du médecin de Cos , sur son entrevue avec Démocrite, sur la guerre faite à l’îlede Cos par les Athéniens, n’ont pas d’autres garants que ces Lettres et Discours , j’en examine¬ rai plus loin l’authenticité. Seulement je déclare d’avance que ces pièces sont toutes apocryphes. Il m’a suffi ici d’appe¬ ler l’attention du lecteur sur le témoignage de Thucydide, qui montre qu’Hippocrate n’a joué aucun rôle particulier dans la grande fièvre qui ravagea la Grèce et surtout Athè¬ nes. Les Lettres et Discours renferment des preuves intrin¬ sèques de supposition ; ce sera le lieu de mettre ces preuves en évidence quand je discuterai un à un les écrits qui entrent dans la collection hippocratique. Tzetzès prétend qu’Hippocrate, bibliothécaire à Cos, brûla les anciens livres des médecins 5 Andréas, dans son livre sur la tradition médicale , dit que c’est à la bibliothèque de Cnide qu’il mit le feu*, et Yarron, à ce que rapporte Pline *, avait écrit qu’Hippocrate, ayant copié les observations de ma¬ ladies que l’on conservait dans le temple de Cos, l’incendia. Tous ces récits, dus à des écrivains très-postérieurs $ n’ont aucun fondement-, et les Grecs n’auraient pas souffert que; 1 Ilist. nat. 29, 1 . ' ■vie d’hippocrate. ' 43 l’incendiaire d’un temple enseignât tranquillement la méde¬ cine, comme nous le représente Platon, seul croyable en ceci. Strabon, le géographe, nous a conservé une tradition qui est bien plus concordante avec tous les faits connus d’ail¬ leurs, et qui a tous les caractères delà probabilité. «On rap- (c porte, dit-il, qu’ïïippocrate s’exerça particulièrement sur « le régime dans les maladies en étudiant les histoires de « traitement qui étaient déposées dans le temple de Cos4. » Tout porte à croire que le recueil de ces histoires existe en¬ core, et qu’il constitue ce qui est connu dans la collection hippocratique sous les titres de Prénotions coaques et de 1er livre des Prorrhétiques. Il n’est pas besoin de dire que toutes les représentations qui ont été faites de la figure d’Hippocrate sont idéales; les statues n’ont été des portraits que long-temps après lui. Les artistes anciens se sont accordés pour le représenter la tête couverte , tantôt du pileus, tantôt des plis de son manteau. L’antiquité, on le voit, avait déjà perdu les moyens de faire une biographie détaillée d’Hippocrate. Mais quoiqu’il y ait là une lacune que désormais rien ne peut plus combler , cependant il en reste assez pour apprécier le rôle qu’a joué Hippocrate et la place qu’il a tenue. Praticien, professeur , écrivain, il a joui de l’estime de ses contemporains ; descendu d’une famille qui faisait remonter son origine jusqu’à l’âge héroïque, il lui a donné plus de gloire qu’il n’en avait reçu ; attaché à une corporation qui desservait un temple d’Escu- lape, il a fait prévaloir l’école de Cos sur toutes les écoles médicales qui l’ont immédiatement suivie; et, debonne heure, ses écrits étaient médités et cités par Platon. 1 Geograph. xiv, p. m. 657. CHAPITRE III. DES LIVRES QUI PORTENT LE NOM d’hIPPOCRATE. Nous possédons sous le nom de livres d’Hippocrate une masse très considérable d’écrits. C’est la réunion de ces écrits que j’appellerai pour abréger Collection hippocratique. Le premier coup d’œil montre qu’ils ne ferment ni un ensemble, ni un corps, et qu’on y chercherait vainement l’œuvre d’un homme qui aurait travaillé sur les différentes parties de la médecine. Les traités non seulement ne se supposent pas l’un l’autre, mais encore ils présentent les plus grandes dispa¬ rates. Les uns sont des écrits complets en eux-mêmes; les autres ne sont que des recueils de notes qui se suivent sans avoir aucun lien entre elles, et qui sont quelquefois à peine intelligibles. Quelques-uns sont incomplets et mutilés ; d’au¬ tres forment dans la collection totale des séries particulières qui appartiennent à la même pensée et à la même main. En un mot, pour peu qu’on réfléchisse au contexte de ces nom- LIVRES HIPPOCRATIQUES. 45 breux écrits, on est conduit à penser qu’ils ne sont pas d’un même auteur. Cette remarque a de tout temps frappé ceux qui se sont occupés des livres hippocratiques , et dès l’époque même où on les commentait dans l’école d’Alexandrie, on disputait déjà sur leur authenticité. La confusion manifeste qui y existe nécessite l’intervention de la critique ; mais aussi ia date reculée de la composition de ces écrits et l’absence de témoignages rendent un tel travail extrêmement épineux. Si les difficultés étaient déjà si grandes et les doutes si auto¬ risés dans l’antiquité , que doit-il en être de nos jours, et pour nous qui, depuis le temps des commentateurs alexandrins et de Galien, avons fait tant de pertes en livres de tout genre? Beaucoup de travaux ont eu pour objet l’histoire littéraire des écrits hippocratiques; beaucoup d’hommes éminents se sont livrés aux recherches que cette histoire réclame; et ce¬ pendant maintes questions restent encore indécises, et des divergences très considérables entre les critiques, sur l’au¬ thenticité d’un même écrit, montrent que l’on manque d’un point stable de départ, et de documents qui soient autre chose que des conjectures. J’essaierai de résoudre quelques-unes de ces questions, et de lever quelques-uns de ces doutes; non que je me flatte d’avoir dissipé toutes les obscurités du sujet ; mais aidé des travaux de mes prédécesseurs dans ce genre d’explorations, j’espère faire dans mon temps ce qu’ils ont fait dans le leur, c’est-à-dire avancer d’un pas l’histoire litté¬ raire d’Hippocrate, et la laisser plus éclaircie que je ne l’ai reçue. Cette histoire, manquant presque complètement de données qui lui soient propres et qui soient de son époque, a besoin , pour se soutenir, de réunir une foule de matériaux épars. Elle exige donc une construction laborieuse; et le dévelop¬ pement, pour être clair et convaincant, est tenu de passer OTRODÜCTIOX. 46 par une série de recherches et de déductions qui vont au but, il est vrai, mais qui y vont d’une manière détournée. Le premier travail à faire est de prendre connaissance de la collection elle -même, et d’examiner quels renseignements on en peut tirer sur les questions qui sont à résoudre. Il faut la feuilleter page par page, et lui demander quel état de la médecine elle représente > quels travaux elle indique, quels noms elle cite , à quels pays elle se rapporte , et quelles traces évidentes elle porte d’une collaboration multiple. L’époque qui sépare le temps où a fleuri Hippocrate, du temps où Éra- sistrate et Hérophile devinrent à Alexandrie les chefs de la médecine, c’est-à-dire un espace d’environ 130 ans, est une de celles sur laquelle les documents et les livres nous man¬ quent le plus. Les oeuvres qui forment la collection hip¬ pocratique ont dû être composées dans cet intervalle; leur examen intrinsèque nous fournira des notions que nous ne pouvons nous procurer par aucune autre voie. Prouvons avanttoute chose que la Collection hippocratique renferme des fragments qui y figurent dès les premiers temps, mais qui, incontestablement, ne sont pas d’Hippocrate. J’en ai deux exemples irrécusables. Le premier est relatif à un pas¬ sage sur l’anatomie des veines qu’on lit dans le Traité de la nature de l’homme. Ce traité a été cité par tousles commen¬ tateurs comme faisant partie de la Collection hippocratique. Le passage en question est textuellement rapporté par Aris¬ tote ( Histoire des animaux , Iiv. ni, chap. 4),* et Aristote dit que ce morceau est de Polybe. Or, en ce point, l’autorité d’Aristote prévaut sur toute autre, et manifestement sur celle d’Érotien et de Galien. Polybe, gendre d’Hippocrate, de¬ vait être exactement le contemporain de Platon, par consé¬ quent "vieux quand Aristote était jeune. Ainsi le témoignage de ce dernier est irrécusable , d’autant plus qu’il était très livres HIPPOCRATIQUES. A7 éclairé et très versé dans la connaissance des livres scientifi¬ ques. Il n’a pas pu commettrela grossière méprise d’attribuer à Polybe ce quiétait d’Hippocrate; il connaissait bien Hippocrate, qu’il cite dans un de ses ouvrages. Là où il rapporte le long passage de Polybe sur la dissection des veines , il discute avec beaucoup de soin une question d’anatomie; et, à côté de Polybe, il cite sur le même sujet un passage de Syennési^de Chypre , dont le nom ne nous a été conservé que par lui , et un passage de Diogène d’Apollonie. Ainsi Aristote seul nous a appris un fait sur lequel toute la littérature antique a gardé le silence, à savoir qu’un morceau dù à Polybe se trouve dans la Collection hippocratique. D’où vient ce silence? et comment Aristote a-t-il seul connu cette particularité? En traitant, dans le chapitre YII, de la forma¬ tion de la Collection, j’expliquerai ce point important de l’his¬ toire des livres hippocratiques. Le morceau de Polybe n’est pas le seul qui , dans la Col¬ lection hippocratique , n’appartienne pas à Hippocrate. Je ne parlerai pas ici du fragment de. Syennésis de Chypre qui est inséré dans le Traité de la nature des os ; car , comme je le ferai voir plus loin, ce traité n’en est pas un, et il ne doit pas subsister. Celui qui me reste à citer est un fragment d’Eury- phon qui se trouve presque mot à mot dans le Deuxième livre des maladies * . L’identité de ces deux fragments est évidente, 1 Voici le passage du traité hippocratique : HsXty) voïïaoç. Dupe¬ ra; çr,poç xat çppt£ oXXote xat aXXoxe, xat T7)V xetpaXàjv àXyeet. Kal Ta G'jzki'f/yz oouvr, sys i. Kat Iptiet yokr^ . Kat oxav ôSuviq s yrt , où Suvaxai evopav , aXXà (SapuvsTat. Kat -fj yaoryip <7xXr,pà] y ivexat. Kat v) ^potr, toXiSvv; , xat va ÿ'et'Xea, xat twv ocpOaXuwv va Xeuxà , tzz\ tSva. Kat Içopa àç âyyô uevoç. ’Eviots xat t^v ypo(r,v usTaëaXXst, xat ex ‘JceXtSvoü uiro^Xtopoç y tverat. Voici le passage d’Euryplion dans Galien, t. 5, p. 456, Ed. Bas. : ïïsXtaç Trupexoç tcyet xat 48 • XKXaODCCTION. et comme Euryphon est antérieur même à Hippocrate , c’est à lui qu’il faut en rendre la propriété. Toilà un premier point établi : il existe dans la collection hippocratique des morceaux qui sont attribués à Hippocrate , mais qui, de toute certitude, appartiennent à d’autres écri¬ vains. Ainsi s’ouvre la porte aux conjectures qui sont auto¬ risées à étendre , bien au-delà des deux ouvrages cités plus haut, le cercle des compositions pseudo-hippocratiques, d’au¬ tant plus que la Collection tout entière est une réunion d’é¬ crits simplement juxta-posés, sans aucune liaison intérieure. H est donc permis de croire que beaucoup d’autres livres sont, à tort, décorés du nom du chef de l’école de Cos. Cela sera plus loin examiné avec détail. H me suffit dans le com¬ mencement d’avoir établi le fait sur deux exemples irrécu¬ sables. Les renseignements que l’on trouve dans la Collection sont de différents genres. Beaucoup se rapportent à la pratique des autres médecins, et l’on y voit des critiques sur les moyens qu’ils emploient, sur leurs diagnostics, sur leurs pro¬ nostics, sur leurs opinions théoriques. Il faut donner les prin¬ cipaux exemples. L’auteur du Quatrième livre des maladie dit 1 que les anciens médecins se trompaient surtout sur la connaissance des jours ; car ils purgeaient leurs malades dans les jours impairs , et les faisaient périr. Le même 'écrivain Ppoypcos aXXors xat ocXXots, xat ty)v X£ ^Tl T£ £tat ■> xai 0ia £V oÏoigi aripLaivoudi te xal SuvavTat. p. 476, Ed. Frob. 3 m?\ toutwv (Ya*nXicooéb)v) h aXX a> Xo^cp yerpâJiG-nu. P* Ed. Frob. 4 ’AXXa TOp\ tû'jtojv iv zolai ypovîotai xaxà rvsutxova voffqpaatv £i- p^ïîxat. p. 484, Ed. Frob. INTRODUCTION, point d’où elles partent, et l’action qu’elles exercent 1 , d’en¬ trer dans des détails sur la nature de l’intestin et de l’abdo¬ men tout entier , sur les voyages et les distensions de la ma¬ trice2. Toutes ces promesses ont été sans doute remplies ; ces écrits ont été composés et ont servi à renseignement de la médecine dans les écoles de Cos. Mais ils n’èn ont pas dépassé l’enceinte , et au moment où le zèle de recueillir des livres se développa , au moment où l’on s’occupa de les multiplier , ceux-là n’existaient plus. Il en faut dire autant des traités composés par l’auteur du Second livre des prorrhêtiques : ni l’ouvrage sur les collec¬ tions purulentes du poumon ( pour parler le langage médical de cette époque s), ni celui sur les maladies aiguës4, ni celui qui concernait les fièvres nées spontanément et sans causes évidentes5, et qui comprenait sans doute aussi l’exposition des crises 6 , ni celui sur les diverses espèces d’ophthalmie 7, ne sont parvenus jusqu’aux commentateurs de l’école d’A¬ lexandrie. C’étaient là des traités considérables sur des ques- 1 Al 8k cpXsêwv xat àpTTjptMv xoivamàt Iv ê-rspai Xôyco SsSrjXtoaov- v aï- p. 485, Ed. Frob. s Kat xaxà ty)v tou ivrépou ouatv xat xa Ta tt,v tt*ç çup.7taarç xoiXtrjç, xat xaxà toc? twv ôarepétov 7rXavaç xat ijuvTaataç • aXXà 7rsp\ {xêv TOuTtov iTeptoôt Xoyoç serrai fjSeXepiffpivoç Toïat vûv Xsy otis- votatv. p, 49% Ed. Frob. 3 Arrsp Trspl Ttov ijjtjcutriv fypaepov. p. 416, Ed. Frob. 4 °A Iv Totctv oçefft vouertiptaotv fypa^a. p. 418, Ed. Frob. 5 Qç Iv Total 7rupeT0tat Siaysycarrrat , Totatv avs» rrpo çàaswv lu.- cpavswv yivo4usvoiai. p. 41 8, Ed. Frob. At 8s xptatsç wç Iv' TOtat 7rupsT0tatv eypat^a. p. 420, Ed. Frob. 7 ^ twv ocpÔaXpuwv, a>ç otaysyparrrat I©’ exot- xTr,ct. p. 420, Ed. Frob. LIVRES HIPPOCRATIQUES. 57 tions importantes de théorie et de pratique. On a, dans cette énumération de titres, l’énumération de grands travaux aux* quels se livra l’antique médecine. Tout ce qui fut fait alors composerait une bibliothèque 5 nous n'en avons que des feuil¬ lets dépareillés. L’auteur du Traité des affections, faisant, de son côté, de fréquents retours sur ses propres compositions, nous apprend quels étaient les sujets qui occupaient la médecine d’alors. Il avait composé des traités spéciaux sur les collections puru¬ lentes du poumon , sur les phthisiques , sur les maladies des femmes1, sur les yeux2, sur la fièvre tierce et la fièvre quarte 3. Mais le livre qu’il cite le plus souvent, et auquel il renvoie incessamment ses lecteurs , est un livre de pharma¬ cologie. A la plupart des maladies qu’il énumère , il ajoute qu’il faut donner le remède comme il est prescrit dans le Traité des remèdes 4. De pareils traités ont toujours été né¬ cessaires à l’exercice de la médecine ; et ils ne manquaient pas à cette époque. L’auteur du Traité des affections internes fait aussi quelques allusions à un livre semblable 5. L’auteur du Quatrième livre des maladies , qui se cite sou¬ vent lui-même ( et nous possédons plusieurs de ces traités cités, les livres de la Génération , de la Nature de V enfant , et des Maladies des femmes), fait allusion à un écrit sur la 1 IIXr)v 7cep\ itATruwv xat çOtvovctûv xat twv yuvatxstwv. T aura foc p ywpiç Ysypotysrat. p. 184, Ed. Frob. a nXrjV ôçOaXpitov lau-a 81 tSCcoç ysypà^srat. p. 180, Ed. Frob. 3 Atari 81 ô TptTaîoç xal ô TSTapxaïoç êTsptoQt p.ot ygypaTTrat. . p. 182, Ed. Frob. 4 AtSovat &TEp iv tt} çapp.axt'Ctût Ysyparrcat. p. 1 80. Ed. F rob. 5 IL'vav otoovat â xat tw (rrpayyouptwvTt. p. 196, et ailleurs. 58 INTRODUCTIONS . peripneumonie qui n’a pas atteint l’époque de la fondation de l’école alexandrineL Le Traité de la naissance à sept mois est mutilé , la fin manque; l’auteur devait écrire sur les corps; il l’annonce mais cela a péri 2. L’auteur du Traité de la nature humaine annonce qu’ii expliquera les périodes des jours critiques5, et qu’il a ex¬ pliqué ce qui a rapport à chaque âge , à chaque saison , à chaque constitution et à chaque maladie 4. Dans le livre qui est intitulé Du médecin , et qui est relatif surtout à la chirurgie, il est question de plusieurs écrits éga¬ lement perdus dès la plus haute antiquité. Ce sont : un livre sur les médicaments qui ont la propriété de procurer la ma¬ turation5, un livre sur les caractères des ulcères6, et un livre sur la chirurgie militaire 7. Enfin, l’auteur de l’opuscule sur l’Art renvoie ailleurs l’exa¬ men d’une question de philosophie sur ce qui, dans les noms et les idées des choses, est l’œuvre de l’esprit humain ou l’empreinte même de la nature 8. 1 KaXXtov Si jj.01 Tcspt toutou Iv T?j ‘jrepwrXeuftavwi SeS^XtoTai. p. 177, Ed. Frob. 2 Ta yàp IttI ciwpiaffi tocSs ypdtyw. p. 46. Ed. Frob. 3 Trjv Ss Tcspiooov atjQiç çpacw tJjv twv ^jxspswv. p. 22, Ed. Frob. 4 QcTzsp fjiorxal iraXat etp^Tat Trpoç ixdoTaç twv ^Xtxtewv xa î tSv ôps tov xat twv toe'wv xai twv vo'owv. p. 22, Ed. Frob. 5 Ta os IxTTg^at Suvafxsva éptaXwç Iv iTepoiç sipvjTai. p. 14, Ed. Frob. 6 Toutwv Iv STepoiç <7r,txsîa SeSîîXwrai. p. 14, Ed. Frob. 7 Dept os toutswv airavTwv ( les blessures par armes de guerre ) Iv ÉTspotç Ysypapiptivov lartv. p. 14, Ed. Frob. 8 Efept piv ouv toutwv, et yé tiç [A?] txavwç lx twv sïp^pievwv |uv- t-/î, réellement du temps où tous les indices la reportent. 1 Sophista. t. 2 p. 22, Ed. Tauch. a De republ. 3, t. v,p. 106. Ed. Tauch. 3 MaXa to Taç ttoXXïç uyeiaç A.7rapsaTov TOiTSppia* voaoç yàp F etTwv ôpioTOij^oç IpetSst. Agam. 995 et sqq. A Tim. t. vu, p. 95. Ed. Tauch. DES PLUS ANCIENS TÉMOIGNAGES. 69 Sur la môme ligne vient-un second témoignage aussi rap¬ proché du médecin de Cos, d’autant plus important, qu’il porte sur ses opinions médicales et sur sa pratique , et que ceux de cette nature et de ce temps sont plus rares : c’est celui de Ctésias. Ctésias, plus jeune qu’Hippocrate, était un asclépiade de Cnide $ il accompagna l’expédition de Cyrus-le-Jeune , et resta prisonnier dix-sept ans en Perse-, ses connaissances médicales lui acquirent la faveur d’Artaxerce. Il a écrit une histoire de la Perse et un livre sur l’Inde. Il est aisé de voir par ses écrits qu’il avait l’habitude de s’occuper de su¬ jets médicaux. En lisant un extrait de ses livres, que Pho- tius nous a donné , on retrouve les mêmes fermes médi¬ caux que dans les livres hippocratiques. Quelques critiques ont prétendu que le mot muscle (pSç) qui se trouve dans certains livres hippocratiques est une preuve que ces livres sont apocryphes , attendu qu’il appartient à l’école d’Alexan¬ drie , et que les anciens désignaient les muscles sous le nom de chairs. L’argument est mauvais-, car Ctésias s’est servi de ce mot en racontant la mort de Cambyse, qui, dit-il, se blessa à la cuisse dans le muscle *. Oribase 2 nous a conservé de lui uii fragment singulier sur l’usage de l’hellébore. « Du temps « de mon père et de mon grand-père, dit Ctésias, on ne don- « nait pas l’hellébore, car on ne connaissait ni le mélange, ni « la mesure , ni le poids suivant lesquels il fallait l’adminisr- « trer. Quand on prescrivait ce remède, le malade était pré- 1 ’Acpixop.evoç zïc, Ba&Awva xa't S«ov IjuXdpiov [xa/ccipa Siarpi- 69; ç yaptv Tzaki tov p.r,pov elç tov [xüv. Ce mot ne peut appartenir à Photius, qui abrège Ctésias ; à une désignation vague de 1 auteur original, l’abréviateur n’aura pas substitué une désignation précise. 3 ’larpuçtov cuXXoywv fbêÀiov r, . INTBODUCTIOiS . 70 « paré comme devant courir un 'grand danger. Parmi ceux «qui le prenaient, beaucoup succombaient, peu guéris- « saient; maintenant l’usage en paraît plus sûr. » J’ai rapporté ce qui précède^pour établir la compétence médicale de Ctésias. Soit qu’il ait composé sur la médecine des écrits depuis long-temps perdus , soit (ce qui est plus vraisemblable) qu’il n’ait publié que ses ouvrages histo¬ riques, toujours est-il qu’il a parlé à diverses reprises des objets de ses études et de sa profession. Galien , sans indi¬ quer auquel des ouvrages du médecin cnidien il empruntait sa citation , nous a conservé une opinion émise sur Hippo¬ crate par Ctésias. « Ctésias de Cnide , le premier , dit-il dans « son Commentaire sur le traité des articulations , et après « Ctésias plusieurs autres, ont critiqué Hippocrate pour la « réduction de l’os delà cuisse, et ont prétendu que la luxation « se reproduisait aussitôt après1.» Ces paroles de Galien sont bienbrèves, mais elles n’en sont pas moins précieuses. Ctésias , quoique bien plus jeune qu’Hippocrate, a été son contempo¬ rain ; il a pu le voir et le connaître 5 car Cnide est très voisine de Cos 5 il a appartenu à une école rivale; et le seul mot que nous connaissions de lui est une critique d’Hippocrate. H est peu de remarques aussi importantes pour la critique d’Hippo¬ crate que ces lignes que Galien a jetées dans un de ses Com- mentaires. Ce qui manque dans l’intervalle qui sépare le médecin de Cos de l’école d’Alexandrie, ce sont surtout des souvenirs de ses ouvrages. Un reproche comme celui que Ctésias adresse à Hippocrate est la preuve la plus manifeste 1 Ka~£yv(oxaiXtvo; te ô Tapavxtvoç xat CH- paxXEtSrjÇ (lisez xat *Hp. ô Tap.) 0sïov CursXaêov to Xotpuxov tocOoç oià tov Xoiptov Ix Oeou Soxeïv stvat. ‘O 8s Esvocpwv, ô Ilpa^ayopou yvo3pi> Loq, ©s tov Içt] to twv xptatptwv fjaspwv ysvoç. KaOccTTEp yàp , o'/jat, tolç iv 7rsXàysi ^EijjiaÇouÉvoiç ot Atooxoupot çavsvTEç «OTYjptav I— upspoufft 0£ot ovrsç, touto xat ai xptaiptot 1) pipai yevoptsvai. IIoa- Xaxtç yotp cwTTjptav ^vsyxav. Ms. 2255. Glose placée en tête du traité de la maladie sacrée. Je crois que ce sont là les seules lignes que nous possédions de Xénophon de Cos. Il ne faut pas confon¬ dre ce Xénophon avec celui dont parle Tacite Ann. XII, 62: Xe- nophontem cujus scientia ipse (Claudius) uteretur, eadem fa- milia ( 'asclepiadarum ) ortum. O SÈ to t5v xpiaipuov yévoç r)uspwv eî-wv sîvat Osïov , iauTOu Ti toxÔoç cop.oXoyvjo'Êv • ou ptrjv TincoxpaTouç ys tt;v yvwur,v eoei^ev. t. v, p. 120,, Ed. Basil. DES PLUS .ANCIENS TEMOIGNAGES. 77 On pourrait concevoir quelque doute en voyant que Xéno- phon dit seulement que les jours critiques sont divins ; mais quand il s’agit d’indiquer l’opinion de Callimaque , de Bac- chius, de Philinus, d’Héraclide de Tarente, que l’on sait d’ailleurs être des commentateurs d’Hippocrate, le glossa- teur ne s’exprime pas d’une autre façon ; il dit que, suivant ces critiques, la peste est divine , rapportant ainsi briève¬ ment l’interprétation qu’ils donnaient du mot divin dans Hippocrate; et Galien , disant que cet auteur a exprimé son opinion , mais n’a pas éclairci la pensée d’Hippocrate , donne à entendre qu’il y avait une relation quelconque entre le pas¬ sage d’Hippocrate et l’explication de Xénophon. Il y a lieu , peut-être , à invoquer encore en faveur d’Hip- pccrate le témoignage de Mnésithée d’Athènes. Ce médecin a joui d’une grande réputation dans l’antiquité. Son époque n’est pas connue d’une manière très précise; cependant on croit qu’il a été postérieur, de peu , à Praxagoras. Les pa¬ roles de Galien (le lecteur en jugera) me semblent indiquer que Mnésithée avait parlé d’Hippocrate: « L’homme de l’art « l’emporte sur l’homme étranger à la médecine, parce qu’il « sait de combien la santé s’éloigne de la maladie. Hippocrate, « le premier, a touehé ce sujet. H a été imité par tous « ceux qui l’ont suivi et qui ont compris ses livres ; et parmi « eux était Mnésithée d’Athènes, homme versé dans toutes « les parties de la médecine L » Si Mnésithée n’avait pas mentionné Hippocrate, Galien s’exprimerait-il ainsi? Le médecin athénien avait, le premier, établi un système noso- 1 HX.SOV 0£ Tl XaV TOUTCp TWV V Ô TE^VITTJÇ £^£l. Kal TITO 7c>iov ; lîriroxpaTTjÇ ptiv xal touto îrpwroç aravrwv, <&v igjaev, yéypa- çev uraavT'GavTO os Iirl orXÉov twv fier’ auTov 8a oi twv ixstvou cuv- vjxav YP*[AfAaTO>v, o)v sTç xal Mv^giGsoi; 5 ’A(fr)vatoç, avr,p Ta te aXXa ixavbç ravTa rà tt-ç riyyr^ xtX. t. A, p. 197, Ed. Basil. INTRODUCTION. graphique; il disait que la médecine a pour objet de con¬ server la santé et de guérir la maladie; elle conserve la santé par les semblables, et elle guérit la maladie par les contraires Récapitulons brièvement ce qui vient d’être dit plus haut, et remontons la chaîne de la tradition qui n’est interrom¬ pue nulle part. Cent vingt ans environ après Hippocrate, Hérophile l’interprète à Alexandrie, où ses écrits sont ar¬ rivés ; un de ses disciples , Dexippe , est cité comme écrivain médical ; Aristote le nomme une fois , mais il le connaît si bien qu’il lui donne le nom de Grand. Dioclès de Caryste est familier avec ses écrits, et en fait usage pour les critiquer quelquefois, comme nous l’apprend un scoliaste , pour les imiter souvent, ainsi que le dit Galien. Platon cite, en deux endroits, l’asclépiade de Cos avec les plus grands éloges; et un médecin de Cnide, Ctésias, contemporain de Platon, lui reproche une pratique chirurgicale , qui est celle de l’auteur du Traité des articulations. On voit que l’existence littéraire d’Hippocrate est établie sur de bons documents, et il est indubitable que nous possédons de lui beaucoup , si , de lui , beaucoup a péri. Ainsi , dans l’âge qui a suivi Hippocrate , son nom a été plusieurs fois cité par des témoins irréprochables. Rappro¬ chons de ces noms les noms de ceux qui , ayant vécu dans l’âge antérieur à Hippocrate lui-même , se trouvent rappelés dans la Collection hippocratique. Ce sont : Méiissus dam le Traité de la nature de l’homme , Prodicus et Pythoclès dans les Épidémies, Empédocle dans le Livre sur l’ancienne méde¬ cine , Homère dans le Traité des articulations , et le Livre 1 TVjV Ocv uystocv «puXaTTct oià twv ôfxoïwv, tt;v Sè votrov dvatps- îiè: twv ivavrtW Dietz, Schol. in Hipp. t. 1 , p. 259. DES PLUS ANCIENS TÉMOIGNAGES. 79 des sentences cnidiennes combattu dans le Traité du régime des maladies aiguës. Si nous exceptons Pythoclès , homme tout-à-fait inconnu , et Homère , source commune où les Grecs puisaient depuis long-temps, on ne voit que des noms fort anciens. Prodicus et Mélissus sont contemporains de Socrate; Empédccle est plus vieux; le Livre des sentences cnidiennes , déjà publié deux fois , est attribué à Euryphon , qui est antérieur à Hippocrate. J’ajouterai que le Traité de V ancienne médecine reproduit avec une fidélité fort grande les opinions d’Alcméon , philosophe pythagoricien , dont l’é¬ poque est très reculée. Ainsi, toutes les citations faites dans les écrits hippocratiques sont prises à une littérature anté¬ rieure. Ce fait est important dans l’histoire de ces écrits, et il corrobore toutes les preuves que nous avons de leur an¬ tiquité. Si nous passons de ceux qui sont cités dans la Collection hippocratique à ceux qui citent Hippocrate, nous trouvons, dans l’âge qui suit immédiatement, Platon et Ctésias; eux étaient jeunes lorsque Hippocrate était vieux. Un peu plus tard,Dioclès et Aristote appuientde leur témoignage son nom qu’ils invoquent. Ainsi les auteurs dont il est question dans quelques-uns des traités hippocratiques , et les auteurs qui nomment le médecin de Cos , constituent deux limites entre lesquelles est placée son époque. Si tout renseignement nous manquait d’ailleurs, cette considération nous suffirait seule pour que nous missions cette époque à sa véritable date, et l’on arrive, par ce détour, à confirmer ce que les biogra¬ phes bien postérieurs, Eratosthène, Soranus de Cos et d’au¬ tres, nous ont appris sur le temps où il a fleuri. CHAPITRE Y. DE LA TRANSMISSION DES LIVRES HIPPOCRATIQUES ET DE LA SERIE DES COMMENTATEURS DE CES LIVRES DANS l’ ANTIQUITÉ. Les conquêtes d’Alexandre, les communications multi¬ pliées qui s’établirent entre la Grèce et l’Orient , la fondation d’Alexandrie en Egypte , la formation des grandes biblio¬ thèques, dans cette ville et à Pergame, produisirent, dans les relations littéraires, une révolution comparable, quoi¬ que sur une moindre échelle , à la révolution causée par la découverte de l’imprimerie. La littérature médicale ne s’en ressentit pas moins que les autres branches des connaissances humaines; et les productions qu’elle avait mises à la lumière dans les âges précédents, acquirent une publicité bien plus grande. Cela est manifeste pour les livres hippocratiques ; en effet, ce qui manque surtout à ces livres, dans la période com¬ prise entre Hippocrate et la fondation d’Alexandrie , c’est une publicité véritable et étendue. Peu de gens les possèdent , peu en font mention, et ils restent renfermés entre un petit nombre demains, parmi ses élèves et parmi ses descendants. Le public qui les connaît est fort restreint ; les copies sont très peu nombreuses; la circulation est très limitée; les biblio¬ thèques publiques n’existent pas où l’on puisse les aller con¬ sulter ; l’accès de ces livres est fermé à la plupart des écri¬ vains. Il ne faut donc pas s’étonner qu’ils aient été rarement SÉRIE DES COMMENTATEURS. Si cités. De là aussi les chances de destruction, si nombreuses pour des livres dont il existait si peu de copies; de là la perte de tant d’ouvrages de l’école de Cos, dont j’ai relevé les mentions dans la Collection hippocratique , et qui ont péri avant d’être multipliés et répandus; de là enfin les facilités qu’ont trouvées les vendeurs de livres , lorsque les rois d’ɬ gypte et de Pergame payèrent au poids de l’or les manuscrits précieux, à intituler, comme ils le voulurent, un écrit bien antérieur sans doute à la vente même , mais n’ayant reçu encore aucune publicité, et à y mettre un nom qui en aug¬ mentait considérablement la valeur. Il n’en fut plus de même dans l’âge qui suivit la mort d’Alexandre. Les livres, par cela seul qu’ils se multiplièrent, prirent une forme plus certaine, qui permettait bien plus difficilement les substitutions de noms et l’interpolation de nouveaux écrits dans une collection déjà existante. La Col¬ lection hippocratique (car c’est uniquement d’elle qu’il est ici question) se trouva, par les travaux des commentateurs, fixée, et fermée à toute invasion de traités qui n’auraient pas reçu , à ce moment , le certificat de leur origine. Dès lors la transmission en fut régulière; les commentateurs se suivi¬ rent sans interruption. C’est cette transmission des textes et cette série de commentateurs qu’il faut étudier 4. S’il était vrai que Dioclès de Caryste eût commenté un des écrits d’Hippocrate, ce serait le plus ancien des auteurs qui ont écritsurce sujet. Àckermann, dans l’excellente notice qui fait partie delà Bibliothèque grecque de Fabricius, donne Dioclès, MantiasetPhilotimus comme les commentateurs du Traité de 1 Ce sujet a déjà été traité par Preu , sous ce titre, De inter- pretibus græcis Hippocratis ; je n’ai pu me procurer cette dis¬ sertation. TOM. i. 6 INTRODUCTION. 82 V officine du médecin. C’est une erreur : Dioclès, non plus que Mantias et Philotimus , n’a point commenté ce Traité, et les passages de Galien, sur lesquels Ackermann s’appuie, ont été mal interprétés: ce médecin dit seulement que Dioclès, Philotimus, Mantias1 avaient composé un livre sur le même sujet et portant à peu près le même titre. Ce livre de Dioclès est cité, par Érotien, sous le titre de Traité sur V officine du médecin 2. Érotien en tire l’explication d’un mot (iy.6rtv ), qui est dans le Livre des articulations : ce qui prouve que l’on s’est servi , il est vrai, des textes de Dioclès pour expliquer cer¬ tains mots difficiles , mais que ces textes étaient, non dans un commentaire sur des livres hippocratiques, mais dans des trai¬ tés composés parle médecin deCarystesur différents points de l’art médical. On peut affirmer que Dioclès n’a pas été com¬ mentateur d’Hippocrate-, car ses commentaires, s’ils avaient existé, auraient été cités par quelques-uns des commenta¬ teurs postérieurs. Mais il avait écrit plusieurs livres qui avaient des conformités, soit pour le style, soit pour e sujet, avec quelques livres de la Collection hippocratique : tels sont le Traité de V officine du médecin et celui des bandages , qui présentaient de grandes ressemblances avec le livr hippocratique Des articulations ; tel est encore un Traité d, pronostic, qui avait aussi beaucoup emprunté au livre d’Hip¬ pocrate sur le même sujet. 1 vAf*stvov Ss y,v Hsp'i twv x0ai, xaGa-rrs : ifvioi to AtoxXsouç i'jriypaooixri, xat «hiXortaou xaiMâvxtoir ysypacpo- yàp xai touto>v Ttov àvûpôov sïç rJ|V auTv;v uiro'0£v EGTtv 'HpooiXoç ô Bax^eîoç, ‘HpaxXsfôïjç te xal Zevijtç OÎ IpWTSlplXOÊ. * Hist. med., p. 382. 3 P. 32, Ed. Franz : 'HpocptXoç cuvcovujaov 6eIç tô aXusiv t5 ttXx- vatXivoç jaovov axpiêtoç. Erot. p. 0% Ed. Franz. aaër,v. p. 86, * Érotien, p. 16, Ed. Franz. SERIE DES COMMENTATEURS. 89 un lexique commode des termes difficiles de la Collection hippocratique. Il donna plus d’attention que n’avaient fait ses devanciers, à l’explication médicale, mais il paraît qu’il ne fut pas très heureux dans la partie philologique de son travail 5 et, à cet égard , ses interprétations furent peii estimées dans l’antiquité.. Galien nous apprend4 que ce médecin considérait le Traité des humeurs comme ap¬ partenant à un Hippocrate autre que le grand Hippocrate, celui qui est l’auteur des Aphorismes ,* remarque qui nous fournit en même temps la preuve que le commentateur at¬ tribuait les Jphorismes à Hippocrate. Deux commentateurs seulement , dit Galien 2 , avaient compris, dans leur travail, la totalité des œuvres hippocra¬ tiques : c’étaient Zeuxis et Héraclide de Tarente, tous deux de la secte empirique. Xous venons de vpir , en effet , que Hérophile et Bacchius n’avaient commenté que certains traités 5 que Xénocrite , Bacchius , Philinus et Glaucias n’avaient composé que des lexiques interprétatifs des mots difficiles 5 or , des lexiques ne sont pas des commentaires 5 tfnais compilés , comme ils l’avaient été, sur toute la Collec¬ tion hippocratique, ils n’en prouvent pas moins l’existence de cette Collection pour le temps de Glaucias , de Philinus v de Bacchius et de Xénocrite. Du temps de Galien les commentaires de Zeuxis étaieB peu lus , et ils étaient devenus rares 3. On trouve, dans^B témoignages de deux interprètes, aussi anciens que Glaucias et Zeuxis , une preuve que le texte hippocratique est depuis long-temps dans l’état où nous le connaissons. Glaucias, 1 Comm. sur le Traité des humeurs , p. 2, Ed. Kuhn. 1 Galien, t. v, p. 662, Ed. Basil. * Galien, t. v, p. 4\ 1, Ed. Basil. INTRODUCTION. 90 ne pouvant donner une explication satisfaisante d’un pas¬ sage du Sixième livre des épidémies , ajouta une négation. Zeuxis lui reproche de n’avoir pas saisi le sens de ce pas¬ sage, et d’avoir inutilement introduit une correction vio¬ lente et arbitraire -, mais, par sa correction même, Glaucias constatait la leçon que porte encore le texte, de sçrte que cette phrase était écrite dès ce temps là comme elle l’est aujourd’hui * , remarque importante pour l’authenticité des textes. Le Troisième livre des épidémies présente , à la fin de l’histoire de chaque malade , des Caractères qui ont été ajoutés à une époque inconnue. Ils ont occupé plusieurs commentateurs ; Zeuxis y avait pris une peine par¬ ticulière , et avait relevé les erreurs des autres 2. Le plus célèbre des commentateurs d’Hippocrate est Hé- raclide de Tarente., car il fut en même temps un grand mé¬ decin. Le temps où il a vécu n’est pas exactement connu , cependant il est postérieur à Bacchius. Ses travaux s’étaien ; étendus à presque toutes les branches de la médecine , mais il s’était surtout adonné à l’étude de la matière médi¬ cale et de la botanique, et il disait que les médecins qui font des traités sur cet objet sans être versés dans la con¬ naissance des simples, ressemblent aux crieurs publics qu proclament le signalement d’un esclave fugitif sans l’avoh jamais vu. Il se livra à des travaux d’érudition sur Hippo¬ crate , et il avait composé un commentaire en plusieurs livres , qui s’étendait à tous les écrits portant le nom du médecin de Cos. La perte de ce commentaire est très regrettable à cause de la vaste étendue des connaissances de ce médecin et de l’esprit judicieux qu’il montra dans ses écrits. Il fau' * Galien, t. v, p. 471 , Ed. Basil. a Galien, t. v, p. 456, Ed. Basil. SÉRIE DES COMMENTATEURS. 91 remarquer que Héraclide rejette comme apocryphe le traité des humeurs *. Zénon , de la secte hérophilienne , passait pour un mé¬ decin habile,. mais pour un mauvais écrivain 1 2. Il composa un commentaire sur le 3e livre des Épidémies 3 4, il consacra aussi un livre tout entier à l’interprétation des Caractères de ce même 3e livre. Apollonius, empirique, y répondit par un livre plus gros encore. Zénon ne se tint pas pour battu , et répliqua par un nouvel ouvrage. Cette querelle continua même après la mort de Zénon -, et Apollonius Biblas composa, sur le même sujet, un nouveau traité, où il assurait que, ni l’exemplaire trouvé dans la bibliothèque royale d’Alexan¬ drie, ni celui qui venait des vaisseaux*, ni l’édition donnée par Bacchius ne portaient les Caractères tels que Zénon les avait indiqués. Ainsi, l’interprétation de caractères énigma¬ tiques et d’une origine douteuse , occupa long-temps les médecins alexandrins qui se livraient à la critique littéraire. C’est dans le même intervalle de temps que viennent une foule de commentateurs d’Hippocrate, sur lesquels on sait peu de choses, tels sont : Callimaque, de la secte hérophi¬ lienne, cité, par Erotien, parmi les commentateurs d’Hippo¬ crate 5 , et qui avait écrit un livre sur les couronnes qui cau¬ sent des maux de tête 6 5 Épicéleustus de Crète, qui fit un 1 Galien, Comment, sur le Traité des humeurs, t. xvi, pag. 1 , Ed. Kiilin. * Noîfcai [i£v îxavoç, ypotyai 8s àxovoç. Diog- Laert. p. 251 . Ed. H. Steph. 3 Galien, t. v, p. 4-10, Ed. Basil. 4 J’expliquerai plus loin ce quêtaient ces exemplaires des vais¬ seaux. 5 Érotien, p. 8, Ed. Franz. 6 Pline, xxi, 5. tKTRODCCTION. 92 abrégé des explications de Bacchius et qui les mit en ordre * -, Apollonius Ophis, qui en fit autant 2 ; Dioscoride Phacas, qui combattit ses prédécesseurs, dans un traité composé de sept livres 3 5 Lysimaque de Cos, qui, après avoir compris tout le commentaire d’Hippocrate en un seul livre, en adressa, sur le même sujet, trois à Cydias hérophilien , et trois à Démétrius Euphorion, qui le suivit et qui com¬ menta Hippocrate en six livres 5 5 Héràclidè d’Ervthrée, qui avait écrit au moins sur le 3 e Livre des épidémies, surles Carac¬ tères et sur le 6e il avait été l’un des plus célèbres disciples de Chryserme 7 ;"Epiclès, postérieur à Bacchius et qui, ayant dis¬ posé son commentaire par ordre alphabétique, affecta une vaine brièveté8; il est cependant cité plusieurs fois par Érotien : Euryclès , qu’ Erotien nomme une fois 9, et qui avait expliqué le Traité des articulations ; Philonidès de Sicile, dont Érotien nous a conservé l’explication du mot Üépoèpoç, mot qui, sui¬ vant ce médecin, du reste inconnu, signifie rougeur qui se manifeste au dehors 10 ; Ischomaque , Cydias de Myîasa 1 1 el I Érotien, p. 8, Ed. Franz. 3 Ibid. 3 Ibid. 4 Ibidem. Lysimaque est cite' dans les Gloses de Nicandre au sujet de la plante appelée oopuxvtov, et il y est appelé Aucyipta^oç c cI-7nroxpaTetoç, p. 55. 5 Érotien, p. 12. 6 Galien, t. v, p. 412 , p, 442 et p. 515, Ed. Basil. 7 Galien, t. iu, p. 48. s Érotien, p. 16. 9 Érotien, p. 508. 10To ytvouevov ipuQr^aa. Érot. p. 144. Ed. Franz. II Érotien, p. 192. Cet Ischomaque serait-il le même que Histo- maque dont Soranus parle et qui avait écrit un traité intitulé de la Secte dJ Hippocrate ? SÉRIE DES COMMENTATEURS. 93 Cinésias 1 2 3 4, tous trois cités une fois chacun dans le Glossaire d’Érotien ; Démétrius , l’épicurien , dont Érotien nous a conservé l’interprétation de deux mots®, et remarquons que ces mots se trouvent dans les Prénotions coaques , et que Démétrius avait commis une grossière erreur en réunissant xXavycoSsa et ouuaza, qui, dans la phrase hippocratique, ne se rapportent pas l’un à l’autre -, Diagoras de Chypre, cité aussi une fois par Érotien 3 5 le poète-médecin, Nican- dre de Colophon en Ionie, prêtre du temple d’Apollon à Claros, et qui vivait dans le second siècle avant J.-C. ; il avait paraphrasé en vers le Pronostic d’Hippocrate , et sans doute gâté , dans ses hexamètres , la précision du lan¬ gage hippocratique sans y avoir substitué aucun talent poé¬ tique. Rien ne nous est parvenu de ce poëme didactique : et nous y avons peu perdu. Nicandre avait aussi composé un Glossaire (YIûggou) de trois livres au moins *, où il avait ex¬ pliqué des mots hippocratiques. Érotien le cite quelquefois 5. Enfin, nous arrivons à un commentateur dont il nous est resté quelque chose, c’est Apollonius de Cittium, qui a vécu dans le 1er siècle avant J.-C. Il était disciple d’un certain Zopyre , qui pratiquait la chirurgie à Alexandrie et qui sui¬ vait les préceptes d’Hippocrate pour les fractures et les luxa¬ tions 6. Cela prouve ( ce qui résulte , au reste , de tant de com- 1 Érotien, p. 518. 2 Page 196. KXayvoùST] oapÆTa. 3 Page 506. 4 NfxavSpoç ô ijtOTroioç iv rXtoactov. Athén* VH, p. SS8. 5 ’AôsXyviTai • TxtxW-ç, ixÔXi'êr/rat, ôçxat iïtxavSpoç i^yslxat. p. 732 . 6 Scholia in Hipp. Edit. Dietz, 1. 1, p. 2. INTRODUCTION. 94 mentateursdéjà cités) que l’autorité d’Hippocrate était grande à Alexandrie 5 déjà , pour Apollonius , Hippocrate est le divin. Ce médecin avait composé un Traité en dix-huit livres qui combattait un ouvrage en trois livres d’Héraclide deTarente, ouvrage qu’Héraclide avait lui-même adressé au livre de Bae- chius. Hn’enfautnullementconclurequ’ Apollonius deCittium ait été contemporain d’Héraclide deTarente, qui, dans le fait, lui était antérieur. Erotien cite une interprétation d’Apollonius sur un mot qui se trouve dans les Prénotions coaques , dans le premier livre des Prorrhétiques et dans le septième livre des Épidémies *. H ne nous reste rien de ce grand travail, à moins que le petit commentaire sur le Traité des articulations n’en soit un fragment. C’est ce commentaire seul qui est arrivé jusqu’à nous; il a été publié, pour la première fois, en grec par M. Dietz. H est curieux , à ce titre , que de tous les mo¬ numents de ce genre c’est le plus ancien que nous possédions. Apollonius y avait joint des figures qui représentaient les •manœuvres de la réduction; il accuse Bacchius d’impéritie 1 2 3 *: il cite un certain Hégétor, chirurgien d’Alexandrie 5, à qui il reproche de n’avoir pas compris le texte d’Hippocrate su la réduction de la cuisse. Hégétor soutenait que la rupture du ligament rond du fémur empêchait l’os réduit de rester dans la cavité cotyloïde. A ce propos, Apollonius déclame contre 1 K^aYY£uûoç ~apaû£§o)x«Giv , aXXayôtrz SsiÇo (u.£V. p. 208, Ed. Franz. IXXROJDCCTIOX. 100 quelque copiste qui s’est cru fort habile, et qui n’a été qui! maladroit. Heringa 1 , qui a discuté ce point de critique , a fait clairement voir que l’ordre d’Érotien avait été celui-ci ■ après avoir dressé sa liste des écrits hippocratiques , le com¬ mentateur a pris, dans le traité porté le premier sur cette liste , tous les mots qu’il voulait expliquer ; il eü a fait autant pour le second , et ainsi de suite jusqu’au dernier. De cetir façon, le lecteur voyait, d’un seul coup d’œil, à quel trait le mot expliqué appartenait , et Érotien échappait ainsi au reproche adressé par lui à Glaucias, lequel avait noté exac¬ tement à chaque mot les trait^bfcp^qnçt se trouvait , mais avait ainsi grossi consi<^p^epenfrsqrî- ouvrage. Dans l’état où nous avons maintenant Iq^s^^pmen , il n’est pas possible, dans un grançl no^p^^^dej-kpporter le mot interprété à l’écrit hippocratiÿif ^ufl-vient) Plusieurs ex¬ pressions, dont Érotien4onnéi’e^|)lieatiortSë se retrouvent pas dans la Collection hippocrat|4ù^eüë?quy nous la possé¬ dons. Sans doute quelques-üns 'de, .çe^np^s appartiennent aux écrits perdus d’Hippocrate ; mai^ ^certainement , l’ab¬ sence de la plupart est du fait des copistes qui ont souvent substitué les gloses mises en marge au mot hippocratique ancien et plus obscur ; les manuscrits en fournissent plusieurs exemples. D’Erotien à Galien , c’est-à-dire de l’an 50 à l’an 150 aprte J.-C. , nous rentrons dans une période où les commentateurs d’Hippocrate ont complètement péri. Cependant cette époque n’a pas été improductive sur le sujet qui m’occupe en ce mo¬ ment, et plusieurs médecins ont travaillé à l’explication du texte hippocratique. Remarquable influence de ces livres qui se trouvent placés à l’origine de l’histoire et de la science : * Obs. p. 5, seq. SÉRIE DES COMMENTATEURS. 101 tous les âges en reprennent l’interprétation, et tous y trouvent de quoi alimenter la méditation, de quoi fortifier l’intelligence. Sabinus a été un des commentateurs d’Hippocrate les plus distingués de cette période. Galien le cite souvent, tout en en faisant la critique ; mais, dans son Traité sur ses -propres ouvrages , il lui rend plus de justice, et il dit que Sabinus et jfiufus d’Éphèse (ces deux noms sont presque toujours réunis par Galien) avaient mieux compris que la plupart des autres commentateurs la pensée d’Hippocrate 4. Sabinus tendait généralement à trancher dans le vif et à changer du tout au tout les leçons qu’il né pouvait pas comprendre. Galien en rapporte plusieurs exemples; ainsi, on lit dans le Sixième livre des épidémies deux mots obscure, V ardeur brillante (^wpacijLa Xaarpov); Sabinus, ne les comprenant pas, lit: Couleur brillante (^ptoua Xaa-pov) 2. Ce qu’il a fait de plus singulier dans ce genre est, peut-être , le changement qu’il a introduit dans un passage du Traité de la nature de Vhomme. L’auteur hippocratique a dit : Je soutiens que V homme n’est composé uniquement ni d’air, ni d’eau , ni de terre , ni de toute autre chose. Sabinus avait transformé ce passage de la manière suivante : Je soutiens que Vhomme n’est composé ni d’air, comme Anaximène le prétend, ni d’ eau , comme le dit Thalès, ni de terre , comme V assure Xenophane dans un de ses écrits 3. Il est difficile de juger, d’après le texte de Galien, si c’était la plus inexcusable des additions, ou une simple explication intercalée sous forme de paren¬ thèse. En général, les explications de Sabinus paraissent avoir eu quelque chose de subtil et de bizarre; ainsi, voulant interpréter les mots respiration élevée ( 1 Tome îv, p. 370, Ed. Basil. a Galien, t. v, p. 462, Ed. Basil. 3 Galien, t. v, p. 4, Ed. Basil. 102 ÎM'RODOCTIQN. acTEtopov ) , il dit que la respiration est ainsi appelé parce qu’elle se fait du bout des narines, Finflammatio; obstruant le calibre de la trachée-artère, et l’attraction d<. l’air ne pouvant plus se faire dans l’intérieur du poumon Ce que disait Sabinus sur les urines huileuses n’était pa:i plus heureux. « Les substances huileuses sont, dit-il , l’ali- ypaÇOVTOÇ |A£V , &Ç CDTjCTlV, I^yvfasiç KotVTÛU. TOU c - oaaxoXou. Gai. t. y, p. 252, Ed. Basil. SÉRIE DES COMMENTATEURS. 107 « porte celle de votre fièvre ■*. » Quintus fut expulsé de Rome par les intrigues des autres médecins 5 on l’accusa de tuer les malades 5 mais Galien assure qu’il avait excité une jalousie telle , par sa supériorité dans l’art du pronostic, que ses collègues se liguèrent contre lui et le forcèrent à déserter la capitale 1 2. Il s’était formé plusieurs écoles différentes qui avaient leurs théories, et qui jugeaient Hippocrate d’après ces théories mêmes. C’est ce qui irrite souvent Galien contre les écrivains appartenant à la secte des empiriques , ou à celle des méthodiques, ou à celle des pneumatiques. Quintus avait, comme on vient de le voir, opposé sa doctrine à celle d’Hippocrate; Lycus de Macédoine, son disciple3, fit de même. H avait commenté les Épidémies 4 , les Aphorismes 5, et le Traité des humeurs 6. On voit, par les citations de Ga¬ lien, que Lycus avait critiqué l’histoire d’un malade du Troisième livre des épidémies , en y opposant certains pas¬ sages des Prorrhétiques et un aphorisme ; c’est un des com¬ mentateurs que Galien traite le plus mal. « Qui supporterait, À xal çpXséwV xat àpTTipiSv àpx^v Iv 8k t£ TptTOI T^Ç ’ÀvaTOpLTjÇ t5v fXeêcav àpriaai poi xoXacai tyjv dbraiSeuffi'av aoToiï Xo- yoit; Tptr/vxipoiç &v oux eï9i « * Tome IV, p. 066, Ed. Basil. * Tome v, p. 44 % Ed. Basil. 3 Tome v, p. 4To, Ed. Basil. SÉRIE DES COMMENTATEURS. I2l (( Autre est l’enseignement, dit-il ailleurs 4, que l’on donne « directement sur un sujet ; autre est celui qui a pour objet « l’explication d’un texte : dans le premier cas, il suffit d’ex- « poser les choses telles qu’elles sont ; dans le second , il faut « d’abord connaître l’opinion de l’auteur ancien. Ce n’est « donc qu’après une étude préliminaire qu’on peut écrire le « commentaire. Le sens du texte étant une fois déterminé , « reste à examiner s’il est conforme ou non à la vérité. » On voit par ces citations que Galien avait parfaitement compris les devoirs d’un médecin critique , et qu’il avait fait une part aux recherches historiques que réclamaient la per¬ sonne et les écrits d’Hippocrate; une part à la correction du texte ; une part enfin , et la plus grande , à l’explication mé¬ dicale. Aussi ses commentaires offrent une source précieuse de renseignements qui aident beaucoup à comprendre les écrits hippocratiques. On ne peut trop faire usage des con¬ seils, des corrections et des explications d’un homme qui se donnait le soin de consulter les manuscrits, qui avait à sa disposition d antiques bibliothèques , maintenant anéanties , qui possédait de très grandes connaissances dans la philoso¬ phie et les sciences , et qui est resté un maître dans la méde¬ cine. Le défaut de ses commentaires est non pas tant la pro¬ lixité , comme on l’a souvent dit , que le désir de soutenir ses propres théories à l’aide des écrits hippocratiques. Aussi néglige-t-il, dans ces écrits, les théories qui ne concordent pas avec les siennes , et il exalte outre mesure celles qui , comme la doctrine des quatre humeurs, forment la base de son propre système. Un autre défaut, c’est qu’il est extraor¬ dinairement avare d’observations , de faits particuliers et de descriptions de maladies. Nous goûterions davantage les dé- 1 Tome v, p. 597, Ed. Basil. 1NTRODCCTION. 122 veloppements sur ses théories, s’il y avait joint, comme Hip¬ pocrate dans les Épidémies , l’histoire d’un certain nombre de ses malades. Galien répète à diverses reprises4, qu’Hippocrate ne s’est pas occupé des maladies en historien, comme Thucydide de la peste d’Athènes. Il assure que l’auteur athénien n’a écrit que pour le vulgaire, et n’a dit que des choses sans portée scientifique. Je ne puis nullement partager l’opinion de Ga¬ lien. La description de Thucydide est tellement bonne qu’elle suffit pleinement pour nous faire comprendre ce que cette ancienne maladie a été 5 et il est fort à regretter que des médecins tels qu’Hippocrate et Galien n’aient rien écrit sur les grandes épidémies, dont ils ont été les spectateurs. Hip¬ pocrate a été témoin de cette peste racontée par Thucydide , et il ne nous en pas laissé de description. Galien vit égale¬ ment la fièvre éruptive qui désola le monde sous Marc- Aurèle, et qu’il appelle lui-même la longue peste. Cependant excepté quelques mots épars dans ses volumineux ouvrages, excepté quelques indications fugitives, il ne nous a rien transmis sur un événement médical aussi important , à tel point que, si nous n’avions pas le récit de Thucydide, il nous serait fort difficile de nous faire une idée de celle qu’a vue Galien, et qui est la même (comme M. Hecker s’est attaché à le démontrer 2) que la maladie connue sous le nom de Peste d’Athènes. C’était une fièvre éruptive, différente de la va¬ riole, et éteinte aujourd’hui. On a cru en voir des traces dans les charbons (ofvôpaxeç) des livres hippocratiques. Galien est le dernier des grands médecins de l’antiquité ; il s’en trouve après lui d’estimables, mais ils ne sont plus 1 Tome v, p. 652, Ed. Basil. 1 De Peste Àntonianâ. SÉRIE DES COMMENTATEURS. 123 créateurs, et les meilleurs d’entr’eux luttent en vain contre la décadence de la science. Les commentateurs qui vien¬ nent après lui, nousintéressent beaucoup moins que ceux qui l’avaient précédé. D’une part, ils s’éloignent de plus en plus de l’ancienne médecine 5 les livres disparaissent par les in¬ cendies, par les guerres; on néglige de les recopier tous; les sources deviennent moins abondantes , les documents moins authentiques; de sorte que nous trouvons dans les commentateurs récents peu de renseignements qui ne soient pas déjà dans les commentateurs anciens, et surtout dans Galien. D’une autre part , l’originalité leur manque gé¬ néralement; leur admiration pour l’auteur qu’ils com¬ mentent, croît avec leur impuissance; et les explications médicales qu’ils donnent, sont, comme les renseignements historiques qu’ils contiennent, inférieurs à ce qui provient d’une plus haute antiquité. Je m’étendrai donc peu sur ces commentateurs , qui d’ailleurs ne sont pas très nombreux. Nous ne savons rien sur Domnus et Attalion cités comme commentateurs des Aphorismes dans le commentaire attribué à Oribase i. Ce dernier ouvrage , comme on l’a démontré, porte à tort le nom du célèbre médecin de l’empereur Julien; il présente des traces évidentes d’une époque postérieure, et n’a jamais été écrit en grec. L’auteur réel en est ignoré. Au reste ce commentaire, à part la pré¬ face qui contient quelques renseignements curieux, est tout entier consacré à des explications médicales dont la valeur n’est pas très grande. D’après le témoignage de Suidas , Philagrius avait aussi écrit sur Hippocrate. Ce médecin fut connu par un grand 1 Oribasii comm. in Apborismos Hippouratis, p. 8, Basileæ 1555. 124 INTRODUCTION. nombre d’écrits dont quelques fragments nous ont été con¬ servés. Théophile cite deux passages, relatifs aux Aphoris¬ mes, du commentaire de ce médecin , auquel il donne le nom d’ambulant ou de périodeute i. Dans le premier il s’agit de l’aphorisme relatif à l’emploi du froid : « J’ai rencontré , dit « à ce sujet Philagrius, un malade ayant une intempérie « chaude, ardente de la tête. Ayant employé plusieurs re- « mèdes froids, je n’obtins aucun amendement; plus tard je « lui rasai complètement les cheveux, et je lui appliquai de la .« neige sur la tête. De cette façon, l’intempérie fut éteinte , « et je le guéris de son mal. La neige est un moyen que l’on « peut employer dans ces cas. 2 » Ailleurs Philagrius, arrivé à l’aphorisme où il est question de la guérison de l’ophthalmie par le vin pris à l’intérieur , s’étend longuement sur les qualités que doit avoir le vin employé contre les inflammations de l’œil, indique qu’on se servira de vin blanc doux, jeune, et ajoute que, si le malade a la tête susceptible, on coupera le vin avec de l’eau 3. Gésius est un autre commentateur des Aphorismes d’Hip¬ pocrate, ou du moins il les expliquait à ses élèves. Dans le dernier aphorisme de la deuxième section il est dit : qu’une grande taille va bien à la jeunesse, mais se déforme dans un 1 'O Ss §-/] xai Çeoucav ûuaxpaatav Iv t?) xeoaXvj , xai TtoXXoïç ^uypoïç ^oriô^aact ypr(cp0r) ytvdpLgvov. Schol. in Hipp. t. n, p. 465, Ed. Dietz. 2 Post base legite Hippocratem atque Galenum latinâ linguâ con- versos. De Div. Lect., cap. 31, p. 341, in-f\, Parisiis, 1579. . TOM. 1. 9 |30 INTRODUCTION. encore et qui , étant entre les mains des médecins, peuvent être facilement consultés. Cette liste , outre les renseignements qu’elle fournit sur l’étude des livres hippocratiques, sur les hommes qui s’y sont livrés, sur la transmission des doctrines, cette liste , dis-je , donne une solution positive de deux questions capitales dans toute la critique des écrits qui portent le nom d’Hippocrate. Ces deux questions sont : la détermination de la date la plus ancienne à laquelle on peut reporter la Collection hippocra¬ tique telle que nous la possédons encore , et l’authenticité générale de ces textes dans leur transmission depuis cette date jusqu’à nos jours. Xénocrite de Cos avait expliqué les mots les plus difficiles de cette Collection ; Bacchius, après lui , en avait fait autant 5 Philinus avait combattu Bacchius, et Philinus avait été au¬ diteur d’Hérophile. Ce que nous savons de ces explications ( on le verra dans le chapitre suivant) montre qu’elles avaient porté sur l’ensemble des livres hippocratiques. Ainsi, Xéno¬ crite étant antérieur à Bacchius , non seulement les succes¬ seurs d’Hérophile, mais encore ses contemporains , ont tra¬ vaillé sur l’ensemble des livres dits d’Hippocrate. Ce résultat, obtenu par des recherches directes , concorde d’une autre part avec une phrase jetée en passant par Galien , où ce médecin dit que, dès l’époque d’Erasistrate, la dernière partie du traité du Régime dans les maladies aiguës était jointe à la première1. L’époque de là publication de la Collec¬ tion hippocratique est donc forcément reportée au temps même où ont vécu Hérophile et Érasistrate, c’est-à-dire à ce qu’il y a de plus antique dans la fondation des études de mé¬ decine et d’érudition à Alexandrie. * T. v, p. 89, Ed. Basil. SÉRIE UES COMMENTATEURS. 13 1 Une aussi longue série de commentateurs, qui commence à Hérophile, trois cents ans avant J.-C. , et qui se termine plusieurs siècles après, montre que l’art de la critique a em¬ brassé, dans l’antiquité, toutes les parties qui sont de son ressort : corrections du texte hippocratique ; discussions sur l’authenticité des écrits; et explications sur les théories mé¬ dicales. A nous, qui venons si long-temps après eux, l’intelligence des doctrines est plus facile que la connais¬ sance des caractères qui font l’authenticité de tel ou tel écrit. Cette lacune dans nos moyens d’exploration donne une importance d’autant plus grande à tout ce qui a été sauvé de la critique ancienne , livres, jugements, conjec¬ tures, indices fugitifs, mentions rapides, allusions et cita¬ tions que l’on voudrait plus développées, mais que l’on chercherait vainement ailleurs. Malheureusement ces écri¬ vains ne* nous ont mis que dans un petit nombre de cas en état d’apprécier les motifs qui déterminaient leur opinion sur la légitimité ou l’illégitimité des différents écrits de la Collection hippocratique. Si , dans ce qui nous reste d’eux, nous trouvions leurs jugements plus souvent motivés, cela seul nous communiquerait une partie des notions qui leur étaientencore accessibles, etquiont cessé de l’être pour nous. Malgré cette insuffisance, leur succession si bien suivie, leurs travaux si multipliés, leurs esprits si divers, leur polémique si rive , sont autant de gages et d’assurances pour la critique moderne pendant toute la période de temps qu’ils embras¬ sent. On ne peut nier , après cet exposé, que, toutes les fois qu’ils s’accordent sur un point , leur opinion devient d’un grand poids; car ils ont beaucoup examiné et beaucoup dé¬ battu. Ilrésulte encorede la suite non interrompue des com¬ mentateurs dont je viens de faire passer la revue au lecteur, que les textes des livres hippocratiques sont étudiés, inter- 132 INTRODUCTION. prêtes et fixés dans leur ensemble depuis une antiquité qui ne remonte pas à moins de trois cents ans avant J.-C. ; que chacun de ces commentateurs a donné, pour l’époque où il a vécu, une sorte de copie légalisée des livres hippocrati¬ ques ; que par conséquent ces textes , sauf les erreurs des copistes, ont une incontestable authenticité, même dans ce qu’ils ont de plus obscur et de plus incomplet. Ce n’est pas la moins importante des conclusions que j’ai voulu tirer de l’énumération exacte de tant de livres qui ont presque tous péri, de tant d’écrivains dont il ne nous reste que des men¬ tions fugitives. CHAPITRE VI. SES DIFFÉRENTES LISTES DES ÉCRITS HIPPOCRATIQUES. II existait dans l’antiquité des tables ou listes qui , soit qu’elles fussent destinées à un auteur unique , soit qu’elles s’étendissent à toute une branche de littérature, contenaient l’indication des livres. Galien fait mention d’une liste sem¬ blable, et en parlant d’un ouvrage (le Traité des Glandes )1, que nous possédons encore, il ajoute , pour en confirmer l’il¬ légitimité , que ceux-mêmes qui ont composé les tables n’en ont pas parlé 2. Si un de ces index était parvenu jusqu’à nous, il nous offrirait certainement des renseignements pré¬ cieux-, et quand même il se bornerait à une sèche nomencla¬ ture, il nous apprendrait encore quelle était, au moment où il avait été composé , la liste des écrits admis comme hippo¬ cratiques. A défaut d’un tel document , il faut réunir et com¬ parer les indications qui sont éparses dans différents auteurs. Si l’on se rappelle ce que j’ai dit dans le chapitre iv , où j’ai rassemblé lesplus anciens témoignagessur Hippocrate, on comprendra qu’il serait inutile de chercher, dans l’intervalle qui a précédé l’établissement des grandes bibliothèques et de l’érudition alexandrine , une trace suivie des écrits hippo¬ cratiques. Si l’on rapproche de cette donnée celles qui ont été fournies par le chapitre précédent, où l’on a vu que les tra- 1 nept àSsvwv ou^oueXujç. 1 OùSs toÙç xi'vcKxaç ■jrô'.vfravteç ïsact to 8të).tov. T. v, p. 591. Ed. Basil. lNTRODCCflOX. 134 vaux sur l’ensemble de la Collection ne remontent pas au- delà deXénocrite et d’Hérophile, on trouvera, dans ce double résultat, la preuve qu’il n’est pas possible d’étendre, sur toute la Collection , des lumières qui manquent absolument et qui sans doute ont manqué dès le moment même où les œuvres hippocratiques, multipliées par la copie, acquirent beaucoup plus de publicité qu’auparavant.Ce sont deux faits connexes, et sur l’interprétation desquels je reviendrai dans un des cha¬ pitres suivants, à savoir que , d’une part, jusqu’à un certain moment, la plupart des écrits dits hippocratiques ont été peu connus , peu répandus, n’ont passé que dans un petit nombre de mains , ce qui est prouvé par la rareté des citations dans les écrivains contemporains ou immédiatement subséquents, et que, d’une autre part, la Collection hippocratique paraît subitement, formée complètement et livrée à l’interprétation des commentateurs avec toutes les incertitudes qui régnent sur ses origines, et toute la confusion que j’y ai déjà signalée ‘et que j’y signalerai encore un peu plus loin. Laissons donc provisoirement de côté la première époque, qui embrasse environ cent trente ans, laissons de côté la recherche des causes d’incertitude , et de l’état de confusion où cette Col¬ lection s’est trouvée dès les premiers temps, et examinons à l’aide de l’ancienne exégèse dont les livres hippocratiques ont été l’objet, quels parmi ces livres ont fait , dans l’anti¬ quité, partie de la Collection , suivant quel ordre ils ont été rangés, combien nous en avons perdus, et combien, chose singulière ! nous en avons de plus. Cette étude préliminaire est indispensable pour la solution des questions ultérieures; elle donne des renseignements positifs, elle établit le canon de la Collection hippocratique pour une époque certaine ; c est un point fixe de plus dans une région difficile à re¬ connaître. LISTES DES ÉCRITS HIPPOCRATIQUES. 135. Que , dès l’antique période des premiers commentateurs , les livres hippocratiques aient existé sous forme de collec¬ tion , c’est ce qu’il est possible de faire voir. Quand Érotien et Galien nous apprennent que Xénocrite, que Bacchius , Philinus et Glaucias (ce sont là les plus anciens) ont expli¬ qué les mots obscurs de ces livres, ils ne font aucune réserve pour tel ou tel traité comme ayant été exclus du travail de ces interprètes; évidemment, tout ce que Galien et Érotien connaissaient y avait été compris. La même remarque s’ap¬ plique à Héraclide de Tarente et à Zeuxis, qui n’avaient pas rédigé des glossaires hippocratiques, mais qui avaient com¬ menté toutes les œuvres d’Hippocrate. Toutes les œuvres d’Hippocrate, dans la bouche d’Érotien et de Galien , signi¬ fient celles qu’ils connaissaient, celles où Glaucias, Philip nus, Bacchius et Xénocrite avaient déjà éclairci certaines difficultés de langage. Il serait aisé , si on avait sous les yeux les œuvres de ces critiques, de savoir quelle était, de leur temps, l’opinion la plus générale sur le canon hippocratique. Mais, de ces tra¬ vaux, qui nous seraient si utiles, rien ne nous reste que des lambeaux épars. Je ne puis donc donner ni l’avis de Bacchius , ni l’avis d’Héraclide ou de Zeuxis , sur la totalité delà Collection. Seulement je. noterai tout ce que, à divers titres, nous savons sur l’existence, sous le nom d’Hippo¬ crate , de tel ou tel traité , à l’époque reculée qu’ici je con¬ sidère. Hérophile avait commenté le Pronostic; c’est le plus an¬ cien commentateur que nous connaissions ; je ne dis pas glossographe, car Xénocrite est à peu près son contempo¬ rain. Pour cette date éloignée, qui atteint les premières années du troisième siècle avant J.-C., la liste se borne à cet ouvrage , car du travail de Xénocrite il ne nous a été con- 136 INTRODtCTIOÎï. servé qu’un mot, et ce mot, comme je l’ai déjà dit (p. 86), se trouve appartenir au Pronostic. Le choix fait par Hérophile porterait à croire que le Pro¬ nostic jouissait, dans les anciennes écoles médicales, de plus d’autorité et de réputation que les autres livres hippocratiques; et je montrerai plus loin ( remarque qui vient à l’appui ) qu’Erasistrate y a fait sans doute allusion, en disant, à propos de l’urine noire, qui est de fâcheux augure, que cela est écrit dans des signes. Quoi qu’il en soit, il est bon de noter , pour l’histoire de la Collection hippocratique , que le seul livre qui ait été commenté au début des commentaires médicaux sur Hippocrate , est le Pronostic : d’autant plus que ce traité a des liaisons intimes avec d’autres traités dont l’authenticité sera démontrée dans le chapitre xi ; de telle sorte que la critique détermine, de différents côtés à la fois , ses recherches et ses résultats. D’après les renseignements fournispar Érotien etparGalien , on reconnaît que Bacchius avait travaillé sur le Pronostic sur la 7e section des Aphorismes * et sans doute sur les Aphorismes tout entiers-, sur le Ier livre des Prorrhéti- ques 3 ; sur le Ier y le me, le vie livres des Épidémies 1 * 3 4, par conséquent sur les sept livres -, sur le livre des Plaies de la tête 5: sur le traité de l’Air, des Eaux et des Lieux (cela ré¬ sulte d’une explication donnée par son abréviateur , Épiclès, 1 Érot., Gloss., p. 32, Ed. Franz. 1 Érot., Gloss., p. 54, Ed. Franz. — Gai., t. v, p. 528, Ed. Basil. 3 Érot., Gloss., p. 40, Ed. Franz. 4 Érot., Gloss. ,-p. 522 et 582, Ed. Franz.— Gai., t. v,p.442, Ed. Basil. 5 Érot., Gloss., p. 104, Ed. Franz. LISTES DES ÉCRITS HIPPOCRATIQUES. 137 sur un mot de ce traité 4); sur le livre du Régime dans le s- maladies aiguës 2 5 sur le traité des Articulations 3 ; sur le traité des Instruments de réduction, avec Y Appendice que Galien appelle des Veines (itspi çXsëSiv ) et qui figure aujour¬ d’hui dans le prétendu traité de la Nature des os h \ sur le livre de Y Officine du médecin 5 ; sur le traité de la Maladie sacrée 6; sur le traité de la Nature de V enfant \ on le conclut d’une explication de son abréviateur Épiclès) 7; sur le livre des Humeurs 8; sur le livre de l'Usage des liquides 9; sur le livre des Lieux dans l’homme 40 ; sur le premier livre des Maladies 41 . Un mot pourrait se rapporter à l’opuscule sur le Cœur 5 mais dans Érotien et dans Bacchius le mot cité est Xccirrouffa , et dans le traité du Cœur on trouve seu¬ lement Xàirrsi 5 de sorte qu’il est douteux que la citation se rapporte réellement à ce petit livre sur le Cœur 42 . Ces indi¬ cations sont tirées , soit de l’existence des commentaires de Bacchius sur certains traités (Galien nous apprend qu’il n’a¬ vait pas commenté toutes les œuvres dites hippocratiques 4S), soit des explications qui faisaient partie de son Glossaire , et 1 Kavoviat. Érot., Gloss., p. 210, Ed. Franz. 2 Érot., Gloss., p. o 10, Ed. Franz. 3 Érot., Gloss., p. oô4, Ed. Franz. 4 Érot., Gloss., p. 156 et 242, Ed. Franz. 5 Érot., Gloss., p. 152, Ed. Franz. — Gai., t. v, p. 662, Ed. Basil; 6 Érot., Gloss., p. 62, Ed. Franz. 7 Érot., Gloss., p. 248, Ed. Franz, 8 Érot., Gloss., p. 72, Ed. Franz. 9 Érot., Gloss., p. 64, Ed. Franz. 10 Érot., Gloss., p. 68, Ed. Franz. 11 Érot., Gloss., p. 164, Ed. Franz. 12 Érot., Gloss., p. 242, Ed. Franz. 13 Tom. v, p. 662, Ed. Basil. INTRODUCTION. 138 que l’on reconnaît appartenir à des livres déterminés de la Col¬ lection. Mais Érotien nous a conservé l’interprétation de bon nombre d’autres mots qui sont communsàplusieurstraitésàla fois, et dont je n’ai pas , en conséquence, fait usage. Ainsi il ressort clairement de ces lambeaux du Glossaire deBacchius, qu’il avait eu, sous les yeux , d’autres livres hippocratiques que ceux qui sont seuls mentionnés dans le relevé ci-dessus. C’est une remarque qui vient confirmer directement l’argu¬ ment indirect que j’avais tiré du silence d’Erotien et de Ga¬ lien pour prouver que Bacchius avait connu tout ce qu’ils connaissaient. Deux explications de Philinus se rapportent, l’une au Pronostic1 * 3 4, l’autre au livre des Articulations 2 6, On trouve la preuve que les traités des Humeurs 5 , de Y Usage des liquides * , que le Ier et le VIe livres des Épidé¬ mies 5 et le livre des Articulations 6 avaient fourni des con¬ tributions au Glossaire alphabétique composé par Glaücias sur l’ensemble des livres hippocratiques. Glaücias avait pro¬ bablement composé, outre cet ouvrage, des commentaires spéciaux sur quelque traité. On peut le conjecturer du moins pour le 6e livre des Épidémies , dont Galien dit que les pre¬ miers commentateurs avaient été Zeuxis , Héraclide de Ta- rente, Héraclide d’Érythrée, et, avant eux, Bacchius et Glaücias7. Il en faut dire autant du livre de Y Aliment, 1 Érot. Gloss., p. 52, Ed. Franz. * Érot. Gloss., p. 86, Ed. Franz. 3 Gai., t. xvi, p. 1, Éd. Külin. 4 Érot., Gloss., p. 64-, Ed. Franz. 5 Érot., Gloss., p^ 322, Ed. Franz. — Gal.,t. v, p. 442, Ed. Basil. 6 Érot. Gloss., p. 72, Ed. Franz. ' Tom. v, p. 422, Ed. Basil. LISTES DES ECRITS HIPPOCRATIQUES. 139 auquel ce médecin avait consacré un travail particulier1. Des citations prouvent que Zeuxis avait compris, dans son commentaire général, au moins les me et vie livres des Épi¬ démies 2 , le traité des Humeurs 5 , celui des Lieux dans F homme *, le Ier livre des Prorrhé tiques 5, la 7e section des aphorismes*, le livre sur F Officine du médecin’1. Galien a conservé des traces des commentaires d’Héra- clide d’Érythrée sur le me et le vie livres des Épidémies 8. Des grands travaux d’Héraclide de Tarente qui avaient embi-rassé l’ensemble de la Collection hippocratique, j’ai relevé la mention de ses explications sur le livre des Hu¬ meurs' 9, sur un aphorisme qui est dans la 7e section10, sur le le me et le vie livres des Épidémies 11 , sur le ive livre des Épidémies 12, sur le Ier livre des Prorrhé tiques1*, sur le traité des Articulations u , sur le livre de Y Officine du médecin 15 , 5 Galien, t. vi, p. -297, Ed. Chartier. I Gai., t. v, p. 411 et 442, Ed. Basil. 3 Gai., t. xvi, p. 1, Ed. Kiihn. Érot.. Gloss., p. 214, Ed. Franz. 5 Gai., t. xvi, p. 636, Ed. Kiihn. 6 Gai., t.v, p. 528, EJ. Basil. " Gai. , t. v, p. 662, Ed. Basil. 8 Tome v, p. 412 et p. 442, Ed. Basil. 9 Gai., t. xvi, p. 1, Ed. Kiihn. 10 Gai., t. v, p. 528, Ed. Basil. II Gai., t. v, p. 415 et p. 442, Ed. Basil. 11 Érct., Gloss., p. 328, Ed. Franz. — Ce commentaire e'taitau moins en deux livres ; car Erotien cite le second. ,3 Érot., Gloss., p. 248, Ed. Franz. !4 Gai., t.v, p. 655, Ed. Basil. — He'raclide, qui avait commenté tout Hippocrate, avait cité ce traité dans son quatrième livre des Moyens thérapeutiques externes ( Iv tco Tsrdprw twv Ixtoç Ospa- TrsuTtxSv) .C’est cette dernière citation que Galien nous a conservée, ,5 Gai., t, v, p. 662, Ed. Basil. }40 INTR0BECS10N. sur l’opuscule de l’art *, sur le livre de V Aliment*. Puisqu'il avait commenté la 7e section des Aphorismes , il est bien en¬ tendu qu’il avait commenté'cet ouvrage tout entier. Au reste, cela est dit formellement ailleurs. Galien , dans son com¬ mentaire sur le livre de 1 ’ Aliment , rapportant un aphorisme, dit qu’Héraclide avait commenté cet aphorisme ainsi que tous les autres1 * 3 4 5. Je n’insiste là-dessus que pour montrer que les lacunes laissées entre les renseignements venus d’une si haute antiquité peuvent, dans maintes circonstances , être comblées avec certitude. Cydias de Mylasa 4 et Ischomaque 5 s’étaient occupés de l’ouvrage sur les Maladies des femmes. Le traité des Plaies de la tête avait été interprété par Eu- phorion 6 et par Lysimaque de Cos 7 ; il est question des ex¬ plications de Philonidès de Sicile sur le Ier et le vie livres des Épidémies 8, qu’il avait sans doute embrassées dans un travail complet. Démétrius, l’épicurien, avait commenté les Prénotions coaques 9. Philon-le-J uif cite le traité des Semaines. Celse. s’appuie de l’autorité du ve livre des Épidémies 10 ; 1 Érot., Gloss., p. 574, Ed. Franz. a Gai. Comm. in lib. de Alim., t. vi, p. 257, Ed. Chartier. 3 Eîç ôv ( àcpopi<7uov ) xaôàirsp xai etç tou ç aÀÀouç oaravTaç ecriv aùrou, t. vi, p. 258, Ed. Chartier. 4 Érot., Gloss., p. 192, Ed. Franz. 5 Érot., Gloss., p. 192, Ed. Franz. 6 Érot., Gloss.-, p» 104, Ed. Franz. ' Érot. , Gloss., p. 104, Ed. Franz. 8 Érot., Gloss., p, 558 et 144, Ed. Franz. 9 Érot., Gloss., p. 196, Ed. Franz. 10 Page 495, Ed. Targa, Patav. 1769. LISTES DES ÉCRITS HIPFOCRATIQDES. 141 et, lorsqu’il dit qu’Hippocrate a placé la cause de toute ma¬ ladie dans les esprits \ il fait une évidente allusion à l’opus¬ cule sur les airs (irspi 7rv£ut/.aT(j)v ). Sans donner une liste complète des ouvrages que tel ou tel critique a regardés comme faisant partie de la Collection hippocratique, les indications disséminées et fugitives que j’ai rassemblées sous les yeux du lecteur, montrent que cette Collection existait dès lors dans tout ce qu’elle a d’essentiel. Les titres de certains traités n’y figurent pas ; mais ce n’est point une raison pour croire qu’ils n’aient été ni connus, ni commentés à l’époque deBacchius, de Glaucias, d’Héraclide de Tarente et de Zeuxis; car les listes complètes des ou¬ vrages admis et expliqués par ces auteurs, ne nous sont pas arrivées, et nous n’en possédons que des fragments. D’ail¬ leurs il est facile de voir que beaucoup de traités se supposent mutuellement. En sachant que Bacchius, par exemple, a commenté la 7e section des aphorismes , nous pouvons en conclure évidemment qu’il a commenté l’ouvrage tout en¬ tier. La certitude ne sera pas moindre quand nous affirme¬ rons que ses travaux sur les traités que seuls nous trouvons cités, prouvent l’existence de travaux semblables sur la plupart des traités qui sont mentionnés par Érotien et par Galien. Un exemple montre clairement comment les renseignements que nous possédons démontrent l’exis¬ tence de commentaires sur un beaucoup plus grand nombre d’ouvrages que ceux qui ont été rapportés un peu plus haut. Un mot d’Érotien nous apprend que Bac¬ chius avait commenté le traité de la Nature de l enfant ; mais ce traité lui-même est une suite du traité de la Gé- 1 Omne vitium...... Targa , Patav. 1769. si in spiritu, ut Hippocrati. p. 4, Ed. INTRODUCTION. 14*2 nération , et certainement Bacchius avait connu l’un puis¬ qu’il avait connu l’autre. Quand on rencontre la preuve qu’un commentateur a expliqué une expression du me livre des Épidémies et une expression du vr, il est indubitable que ses explications s'étendaient aux sept livres. Le même raisonnement s’applique à toutes les lacunes importantes que préséntent les indications réunies sur les travaux cri¬ tiques des plus anciens commentateurs. Ainsi, depuis l’âge d’Hérophile et d’Érasistrate, se déroule une série non interrompue de travaux qui ont pour objet Hippocrate, et la collection qui porte son nom. Elle est cons¬ tituée dès lors; et cependant ses imperfections , son désor¬ dre, ses obscurités et ses incertitudes exercent, dès lors aussi, toute la sagacité des critiques. Cette remarque est donc digne d’attention, et je la consigne ici comme une date importante dans l’histoire de cette Collection. Aupa¬ ravant on connaît, on cite plusieurs ouvrages d’Hippocrate, et on ne connaît , ni ne cite l’ensemble des œuvres qui ont été rassemblées sous cette commune appellation. Depuis , elle est établie d’une manière irrévocable dans ses parties essentielles ; les critiques y ajoutent ou y retranchent , selon leur propre jugement, mais ils en consacrent en même temps, par leurs travaux, l’existence, la composition et la tradition. Visiblement, elle a été formée, en tant que Col¬ lection , au moment où la fondation des grandes bibliothè¬ ques publiques développèrent le goût des livres et de l’éru¬ dition. Du reste , à ce point d’histoire littéraire , qui mérite plus qu’une indication passagère, un chapitre spécial est réservé. Érotien est le premier dont il nous reste une liste complète. Il importe de la rapporter ici puisque c’est le plus ancien monument de ce genre qui nous ait été conservé , et de la LISTES DES ÉCRITS HIPPOCRATIQUES. 143 comparer aux indications tirées des sources antérieures. Il y admet le Pronostic ; le 1er et le 2e livres des Prorrhé tiques, en ajoutant qu’il prouvera ailleurs que cet ouvrage n’est pas d’Hippccrate ; le traité des Humeurs ; le traité des Airs ; de la Nature de l’homme , dans lequel est sans doute compris , comme c’était l’usage dans les éditions de l’antiquité , l’opus¬ cule sur le Ré gime des gens en santé ; de la Maladie sacrée ; des Lieux et des Saisons; des Fractures ; des Articulations; des Ulcères; des Blessures et des traits; des Plaies de tête; de Y Officine du médecin; des Instruments de réduction; des Hè- morrhoîdes'et des fistules; des Maladies, deux livres; delà Ti¬ sane ,-des Lieux dans l’homme; d es Maladies des femmes, deux livres-, de Y Aliment; des Femmes stériles; des Eaux; les Apho¬ rismes; les Épidémies , sept livres; le Serment; la Loi; de Y Art; de Y Ancienne médecine; le Discours d’ambassade et le Discours de supplication. Comparons cette liste avec ce que nous savons des listes dressées par les commentateurs précédents. Erotien en ex¬ clut réellement les Prorrhétiques par la remarque qu’il joint en les y inscrivant; néanmoins les anciens, Bacchius en- tr’autres , connaissaient les Prorrhétiques, du moins la partie qui porte dans nos éditions le titre de Premier livre , et qui est très semblable aux Prénotions de Cos. En second lieu , il admet, comme vraiment hippocratique, le traité des Hu¬ meurs contre l’opinion de Glaucias et d’Héraclide, qui regar¬ daient ce livre comme provenant di’une autre source. En troisième lieu, il exclut les Prénotions coaques, qui avaient été admises par Démétrius l’épicurien. En quatrième lieu , le traité des Semaines, cité par Philon-le-Juif comme une autorité hippocratique , ne figure pas dans le catalogue d’Érotien. En cinquième lieu , il ne mentionne pas le traité qui, dans nos éditions , porte le dire de Premier livre des INTRODUCTION. 144 maladies , et qui avait été cité par Bacchius. Ce sont là les seules différences que , vu l’insuffisance des notions possé¬ dées sur les travaux des anciens commentateurs, nous puis¬ sions signaler avec certitude. Il est inutile d’établir aucune comparaison entre la liste d’Érotien et les listes précédentes dans le but de voir ce que la première a de plus que les se¬ condes , car de celles-ci nous ne possédons que des frag¬ ments qüi ne permettent aucun rapprochement de ce genre. D’Érotien à Galien il se trouve un grand nombre de com¬ mentateurs dont les œuvres ont totalement péri. Comme leurs témoignages n’ont plus la même importance que ceux des commentateurs antérieurs à Érotien , comme aussi leurs indications , que j’emprunterais à Galien , ne nous appren¬ draient rien de plus que ce que nous apprend cet écrivain lui-même, je me bornerai à réunir les mentions que le mé¬ decin de Pergame a faites des livres hippocratiques. Il avait consacré un ouvrage spécial à la critique de ces livres , ou¬ vrage qui a malheureusement péri, et dont rien ne peut compenser la perte. Il y avait sans nul doute donné le cata¬ logue de tous les traités qui figuraient dans la Collection hippocratique à un titre ou à un autre. Dans l’absence de ce catalogue , je vais réunir tout ce qui , dans les volumineux écrits de Galien, se rapporte aux recherches dont je m’oc¬ cupe en ce chapitre. II est inutile que je répète à propos de Galien la liste don¬ née par Érotien ; je me contenterai, pour abréger, de si¬ gnaler les différences. Galien a cité tous les livres énumérés dans le catalogue d’Érotien, à l’exception d’un seul, qui est celui sur les Blessures et sur les traits. Il a en sus (et c’est sans doute le même sous un autre nom) il a en sus un traité sur les Blessures dangereuses'. Il a nommé de plus que lui : les Prénotions de Cos , que des critiques antérieurs à Érotien LISTES DES ÉCRITS HIPPOCRATIQUES. 14;» ont mentioimées , mais que celui-ci a exclues de sa liste 5 le traité des affections internes ; le traité des Affections ; le traité d es Chairs ou des Principes ; le traité des Semaines -, le traité du Cœur , ainsi que cela résulte d’une citation où il n’en rapporte pas le titre , mais où il y emprunte un long passage ; le traité des Glandes , qu’il déclare apocryphe; les opuscules sur la Naissance à sept mois et à huit mois-, le traité du Ré¬ gime -, le traité des Songes. Erotien n’admet dans sa liste que deux livres des Maladies , qui sont le second et le troisième de ceux qui portent ce titre dans notre collection ; Galien , qui nous apprend que ce nom avait été donné aussi aux trai¬ tés sur les Affections, en cite trois qui répondent au premier, au second, au troisième de ceux que nous possédons. Je n’ai trouvé dans Galien aucune trace de celui que nos éditions appellent le quatrième. En revanche, il nomme à diverses reprises un traité qu’il désigne sous le titre de livré des Ma¬ ladies, le petit, et que nous avons tout à fait perdu. On voit, par ce rapprochement , combien les auteurs dans l’antiquité ont varié sur le catalogue des livres hippocrati¬ ques. Si nous avions conservé un plus grand nombre de ces commentaires, nous aurions, sans aucun doute, à constater bien plus de divergences. Ce que je viens de montrer suffit pour attester toutes les difficultés qui entourent l’histoire de la collection dite des œuvres d’Hippocrate. Erotien ne nous donne nulle part les motifs de ses jugements sur les diffé¬ rents livres de sa liste; Galien est un peu plus explicite; ce¬ pendant il n’entre jamais avec détail dans la discussion de l’authenticité de tel ou tel livre. Quelquefois (et cela est déjà précieux) il constate l’unanimité des critiques à admettre un ouvrage comme légitime ou à le rejeter comme illégitime. Plus souvent il rapporte les assertions des critiques, aux¬ quelles il joint les siennes , mais sans motiver avec quelque TOM. 1. 10 INTRODUCTION. 146 soin les unes et les autres. Les indications de Galien, rap¬ prochées de la liste d’Érotien , et placées en regard des frag¬ ments recueillis dans les œuvres, aujourd’hui perdues, des critiques antérieurs, tels que Zeuxis, Héraclide de Tarente, Glaucias et Baechius, ont du moins cela d’avantageux qu’elles reportent, toutes, la diffusion des livres hippocratiques à l’époque que j’ai déjà fixée, c’est-à-dire à celle où le zèle de l’érudition se développa à Alexandrie avec la fondation des bibliothèques. H est même possible de retrouver, dans les critiques postérieurs, des traces qui prouvent que les cri¬ tiques antérieurs ont aussi connu les écrits rejetés du canon hippocratique d’Érotien. Ainsi ce dernier a admis , dans son Glossaire, des mots qui n’appartiennent à aucun des traités inscrits dans sa liste, et qui se trouvent dans d’autres trai¬ tés qu’il en a écartés. Le mot ty6ur,v , qui se lit dans le frag¬ ment sur Y Exsection du fœtus, est dans le Glossaire-, et deux mots dont l’un esL du traité des affections internes, et l’autre de notre 1er livre des Maladies, y sont expliqués, quoique le catalogue d’Érotien ne fasse mention ni du fragment sur Y Exsection du fœtus, ni du livre des Jffections internes, ni de ce premier livre des Maladies. Cela s’explique : Erotien puisa largement dans les ouvrages de ses devanciers, c’est de ces ouvrages que se sont glissées, dans son Glossaire, des explications qui appartiennent à des traités auxquels il a re¬ fusé le droit de bourgeoisie dans son catalogue, mais qui figuraient dans le catalogue d’autres critiques , puisqu’eux avaient cru devoir en interpréter certaines expressions dif¬ ficiles. Ainsi tout cela s’appuie réciproquement $ les commenta¬ teurs se tiennent-, et à partie traité des Glandes, que Galien assure n’être cité par aucun critique, par aucune table, et que cependant il attribue aux hippocratiques posté- LISTES DES ÉCRITS HIPPOCRATIQUES. 147 rieurs1, tous sont acceptés comme transmis par la tradition, et escortés, dès l’origine que j’indique , de tous les témoignages nécessaires. C’est à cette masse d’écrits, venant tous d’une source obscure dont on perd la trace en entrant dans les temps antérieurs à l’établissement des écoles d’Alexandrie , c’est à cette masse d’écrits, dis-je, qu’ensuite la critique s’applique, et sur l’authenticité desquels elle porte des juge¬ ments très différents. De là les divergences dans les listes. J’insiste avec soin sur cette double circonstance que , d’une part, les critiques de l’antiquité, les uns par les autres, font remonter l’ensemble de la Collection hippocratique jusqu’à l’intervalle qui précède les écoles d’Alexandrie, et que, de Fautre part, ils ne s’en divisent pas moins sur l’arrêt parti¬ culier qu’il convient de rendre concernant chacun de ces livres. Évidemment ils étaient placés, au fond, dans la même situation que le critique qui vient si long-temps après eux glaner dans le même champ. Ils reconnaissaient bien que la Collection hippocratique appartenait à l’intervalle de temps que j’appellerai anté-alexandrin ; mais quand il s’agissait de se prononcer sur l’authenticité de chaque traité en parti¬ culier , c’était sur d’autres motifs qu’ils se décidaient 5 ce sont aussi d’autres motifs qu’il faut chercher pour nous dé¬ cider dans la même question. Après Galien, les commentateurs et les témoignages per¬ dent beaucoup de leur intérêt. Palladius et Étienne, com¬ mentant, l’un le traité des Fractures , l’autre le Pronostic, désignent plusieurs écrits qu’ils regardent comme étant d’Hippocrate; mais ils ajoutent qu’ils ne savent de quel Hippocrate, qu’il y en a eu quatre, l’un fils de Gnosidicus , l'autre fils d’Héraclide , l’autre fils de Dracon , l’autre fils de Thessalus. ' Twv vsWT$ptov 'IinroxpaTsuov. T. v, p. 591, Ed. Basil. introduction. 148 Il est difficile île se faire une idée de la manière dont la Collection hippocratique était distribuée du temps de Suidas. Yoici les paroles de cet écrivain : « Les livres d’Hippocrate « sont connus de tous ceux qui s’occupent de médecine... (c Nous citerons les principaux. Le premier est le Serment ; « le second enseigne le Pronostic -, le troisième contient les « Aphorismes, qui dépassent la portée de l’esprit humain j le « quatrième est Y Hexacontahiblos ( appelé ainsi parce qu’il (( est composé de soixante livres) , ouvrage aussi célèbre « qu’admirable, et qui embrasse toute la science et toute la <( sagesse médicales. » Je ne sais à quoi répond au juste cet Hexacontahiblos -, sous ce titre sont compris sans doute la plupart des livres que nous possédons encore. Une indication plus précieuse est fournie par Démétrius Pépagomène dans son petit traité de la Goutte. II y cite des passages du livre que nous appelons dans nos éditions le Qua¬ trième des maladies , et qui, exclu de là liste d’Érotien , n’est pas non plus mentionné par Galien. H ne me reste plus, pour terminer ce travail, qu’à comparer avec ces différentes indications fournies par les anciens le canon hippocratique tel qu’il se trouve dans nos livres im¬ primés. Nous avons plus et nous avons moins que ces listes, c’est-à-dire que des traités qui y sont dénommés ne sont pas parvenus jusqu’à nous, et que d’autres traités qui figurent dans notre collection n’y sont pas indiqués. Nous avons de moins (tout cela sera prouvé dans l’examen particulier de chacun des livres hippocratiques) le traité des Blessures et des traits , le traité des Plaies dangereuses, le traité appelé par Galien le livre des Maladies , le petit , enfin le traité des Semaines. C’est là tout ce qui nous manque ; et encore j’ai rendu à la lumière une traduction latine de ce LISTES DES ECRITS HIPPOCRATIQUES. 149 dernier traité, laquelle pourra, jusqu’à un certain point, suppléer à la perte de l’original. Nous ayons en plus : l’opuscule Du médecin -, celui sur Y Hon¬ neur j les Préceptes ; le livre des Crises-, celui des Jours cri¬ tiques j de la Superfétation $ de la Dentition -,■ de la Nature des os j des Maladies des jeunes filles -, de la Nature de la femme ; de la Hue-, de V Exsection du fœtus mort -, de Y Ana¬ tomie -, la huitième section des Aphorismes ; le fragment des Médicaments purgatifs . Ce n’est pas une petite singularité que d’avoir plus de traités hippocratiques que n’en a connu l’antiquité. J’y reviendrai ailleurs ; je dirai seulement d’a¬ vance que les uns sont des fragments d’ouvrages véritable¬ ment anciens dont les auteurs sont tout à fait inconnus , et que les autres ne sont que des centons faits avec les livres hippocratiques à une époque comparativement très mo¬ derne. La Collection hippocratique ayant prêté à tant de diver¬ gences dans les jugements que les critiques en ont portés, il n’a pu, non plus, y avoir déréglé fixe pour Parrangemenl dont chacun l’a crue susceptible. Cela devait être, et cela est en effet. Mais ces différences se sont étendues aux traités eux-mêmes en particulier -, et ils ont été diversement coupés, et réunis dans les éditions qu’en ont données les critiques de l’antiquité. Galien nous apprend qu’au traité de la Nature de l’homme la plupart des éditions joignaient un opuscule sur le Régime des gens en santé ( -s pi StatTr.ç Syteiv^ç) *, et dans son commentaire il se conforme à cet ordre. Il est tout à fait pro¬ bable que, dans la liste d’Érotien, sous le titre de la Nature de l’homme, il faut aussi entendre le morceau sur le Régime des gens en santé . Mais dans toutes nos éditions (et elles ont eu des manuscrits pour modèles) ces deux écrits sont séparés l’un de l’autre. En rapportant plus haut que Bacchius avait 150 INTRODCCTION. connu le livre de la Nature de V enfant , j’ai ajouté que sans doute il avait connu celui sur la Génération , qui y tient 5 j’é¬ tends cette remarque à Érotien, qui, sous ce titre de livre sur la Nature de V enfant , a , je pense , compris aussi le livre de la Génération. La division de ces deux livres est tout à fait arbitraire. Dans quelques éditions de l’antiquité, le livre des Frac¬ tures et celui des Articulations formaient un seul traité, qui portait le titre commun de traité sur Y Officine du médecin (Ka-r’ ÎYJTpetOv). Un morceau que Galien cite quelquefois sous le nom de Description des veines (Ilspt çXeêGv) se trouvait, de son temps et du temps des commentateurs les plus anciens , joint au livre des Instruments de réduction. Aujourd’hui il est placé à la fin du livre qui , dans nos éditions , porte le titre de livre sur la Nature des os. Galien nous apprend que Dioscoride fut le premier qui dé¬ plaça un morceau du 3e livre des Épidémies , morceau qui jusque-là avait été mis à la fin , et que cet éditeur remit avant la série des seize derniers malades. La plupart des édi¬ tions modernes ont suivi l’ordre indiqué par Dioscoride. Dans les manuscrits et dans les premières éditions, le traité de l’^ir , des eaux et des lieux a été l’objet de l’erreur la plus grossière en ce genre. Il a été coupé en deux parties, dont l’une porte le véritable nom , et dont l’autre est placée à la suite du traité sur les Plaies de tête ; dans quelques ma¬ nuscrits même , cette dernière fait un livre à part sous le nom de traité du Pronostic des années (rapt Trpoyvwaewç ItSv). Je n’ai rappelé ce fait que pour signaler l’incroyable désor¬ dre que des copistes sans intelligence introduisaient souvent dans les livres, et pour justifier le parti pris par Dioscoride. Les titres des livres n’ont , de leur côté , rien de fixe. D’a- 151 LISTES DES ÉCRITS HIPPOCRATIQUES. tord ils ne sont nullement le fait des auteurs qui ont com¬ posé l’ouvrage. Les écrivains dont les œuvres entrent dans la Collection hippocratique, n’ont pas souvent nommé leurs propres livres. On a vu combien de ces traités nous avons perdu, et il n’est plus possible de reconnaître si la citation énonçait un véritable titre, ou bien une indication du sujet du traité. Dans les cas où les renvois se réfèrent à des trai¬ tés encore existants, le renvoi désigne le livre tout autre¬ ment que par le titre qu’il porte aujourd’hui. Ainsi l’auteur du traité sur les Maladies des femmes , y citant (page 231, éd. Frob.) celui sur la Nature de l’enfant , désigne ce der¬ nier sous le nom de traité sur la Formation , ou ailleurs (p. 245) un peu autrement, sur la Nature de l’enfant dans la génération1. Et réciproquement dans ce dernier traité (p. 31) nommant celui sur les Maladies des femmes , il an¬ nonce ce qu’il dira Iv toïot yuvaixetotat voua^jxaci , tandis que dans notre liste le titre est seulement rapt ^uvat xeuov. Ces faits prouvent que les titres des livres n’y ont pas été mis parles auteurs eux-mêmes. Il ne faut pas s’étonner s’ils ont présenté tant de différences. Le traité que Galien cite sous le nom de livre sur V Air, les Eaux et les Lieux , porte , dans Érotien , le titre de livre sur les Lieux et les Saisons , et, dans Athénée, le titre de livre sur les Lieux 2. Ce que Galien appelle sur l’usage des Liquides , Érotien et Athénée l’appellent des Eaux . Le traité des Chairs ( rapt aapxo.v) est aussi appelé des Principes (raptàpxSv). Quelques-uns avaient appeléle 6e livre des Épidémies , Constitutions de Thessalus 5. Le traité que nous appelons le premier livre des Maladies , ‘ ’Ev t9j epuca ou h t^ y evéca tou nouMov tou iv to'xw. - Page 46, Ed. J. Casaubon, 1597. 3 Gai., t. v, p. 442, Ed. Basil. 152 INTRODUCTION. Galien l’appelle , quelquefois, simplement livre des Maladies: d’autres fois , il ajoute qu’on lui donne à tort le titre de pre¬ mier : notre deuxième est appelé premier par Érotien , et par Galien premier livre des Maladies , le grand-, notre troi¬ sième est appelé second par Érotien, et par Galien deuxième livre des Maladies , le petit. Notre livre des affections internes porte les différents noms de livre grand des Affections , livre sur les Collections purulentes de la poitrine , deuxième livre , le plus grand , sur les Maladies. Au reste, ces désignations étaient si variables et si confuses , que, pour ces traités , Ga¬ lien transcrit souvent la première ligne afin qu’on sache positivement celui qu’il cite. Le traité du Régime dans les maladies aiguës est appelé par Érotien livre sur la Tisane -, par d’autres, livre contre les Sentences cnidiennes ,* par d’autres , livre sur le Régime ou, comme dit Cœlius Aurelianus, Diæteticus. Le traité que nous appelons sur le Régime portait, dans l’antiquité, deux titres différents , suivant qu’on en considérait à la fois les trois livres., eu seulement les deux derniers : dans le premier cas, il étaitintitulé livre sur la Nature de l’homme et sur le Ré¬ gime, et, dans le second cas, livre sur le Régime i. La division en chapitres ou en livres est aussi l’œuvre des éditeurs et non des auteurs eux-mêmes. Rufus avait divisé les Aphorismes en trois sections , Soranus en quatre, Galien a suivi la division en sept, qui était probablement la plus ancienne. Etienne nous apprend que c’est Galien qui a par¬ tagé le Pronostic en trois sections. Apollonius de Cittium avait partagé le traité des Articulations en trois parties; Ga¬ lien l’a partagé en quatre. Les anciens livres, tels qu’ils étaient sortis des mains des auteurs, ne portaient aucune Gai., t. iv, p. 206, Ed. Basil. LISTES DES ÉCRITS HIPPOCRATIQUES. 153 de ces divisions 5 il n’y avait, comme dit Palladius, que celles qui résultent du sens et du passage d’un sujet à un autre. Si les titres des traités eux-mêmes ne viennent pas des écrivains originaux, à plus forte raison les intitulés des cha¬ pitres et des divisions ne sont pas non plus leur ouvrage. Ga¬ lien, arrivant, dans son commentaire sur le 3e livre des Épi¬ démies , au passage où Hippocrate décrit une constitution pestilentielle, dit que plusieurs manuscrits portaient en titre seulement Constitution ; que Dioscoride avait mis dans son édition Constitution chaude et humide ,* et que d’autres exem¬ plaires n’avaient aucune espèce d’intitulé *. Tous ces détails, que j’ai réunis avec soin, montrent que la Collection hippocratique, lorsqu’elle fut livrée au public, n’avait ni un ordre établi, ni des titres fixes, ni des divisions incontestables , que ce furent les éditeurs qui successivement l’arrangèrent et la distribuèrent suivant leur propre juge¬ ment, et que, dès lors, elle manquait d’une authenticité suffisante pour que la main des arrangeurs ne s’y immisçât pas , avec raison , avec utilité sans doute , mais souvent aussi avec arbitraire. 1 Gai., t. y, p. 41 B, Ed. Basil. CHAPITRE VII. DES ÉLÉMENTS DE LA CRITIQUE HIPPOCRATIQUE DANS l’aNTIQUITÉ ET DE LEUR VALEUR. Les commentateurs des œuvres hippocratiques ne remon¬ tent pas , on vient de le voir, plus haut que le commence¬ ment des écoles à Alexandrie, plus haut que Xénocrite et Hérophile. Avant eux , il n’y a que des témoignages rares , soit sur un petit nombre d’écrits particuliers d’Hippocrate , soit d’une manière générale sur les travaux de ce médecin comme écrivain et professeur. Cependant les critiques an¬ ciens, placés devant cette masse confuse de livres qui est la Collection hippocratique, se sont efforcés de trier le vrai du faux, et de faire la part d’Hippocrate et des autres méde¬ cins dont les œuvres sont cachées dans cette Collection. Il importe donc d’examiner quels éléments de critique ils pos¬ sédaient pour prononcer un jugement sur la légitimité ou l’il¬ légitimité de tel ou tel traité. Car souvent je m’appuierai de ces jugements , et je ne puis le faire avec sûreté qu’autant -que j’aurai déterminé d’avance quelle valeur ils ont , quelle confiance ils méritent. Si de cet examen il résulte qu’ils ont manqué de bases , et qu’ils ne reposent que sur des conjec¬ tures sans consistance , il ne faudra pas y attacher plus d’im¬ portance qu’à des hypothèses qui laissent une pleine liberté aux appréciations de la critique moderne. Si , au contraire . il est positif que nos devanciers, Grecs et Latins, ont possédé des documents maintenant perdus, propres à jeter de la lu¬ mière sur plusieurs difficultés qui nous embarrassent au- ÉLÉMENTS DE LA CRITIQUE ANCIENNE. 155 jourd’hui , il faudra accorder à leur opinion une grande attention. Je montrerai en rapportant l’histoire du 3e livre des Épi¬ démies que , dès les temps les plus anciens , les commen¬ tateurs n’avaient plus aucune lumière à tirer de l’examen des manuscrits touchant la légitimité ou l’illégitimité des différentes parties de la Collection hippocratique. Il n’y avait plus aucun autographe à consulter. La Collection, en bloc, était dans la circulation ; et il ne restait plus de ca¬ ractères d’authenticité que pour les livres que l’on savait, de science certaine, par une voie ou par une autre , avoir été publiés dès le temps môme d’Hippocrate. Tout le reste était livré à la discussion des critiques. Les discussions, en effet, n’ont pas manqué, mais le temps nous les a toutes enlevées. Érotien avait discuté l’au¬ thenticité des Prorrhétiques , et on peut croire qu’il avait traité de chacun des écrits hippocratiques en particulier. C’est du moins ce que donnent à entendre quelques mots de sa pré¬ face, par lesquels il renvoie le lecteur à ses explications de cha¬ que partie1, surtout si l’on rapproche ces mots de. ce qu’il avait promis sur les Prorrhétiques, et sur un autre point que j’ai cité plus haut (page 99). Cette dissertation serait pour nous très intéressante, mais il n’en existe plus aucune trace. Galien avait composé un livre spécial où il examinait les titres d’authenticité de chacun des écrits de la Collection hippocratique. Ce livre a complètement péri. Dans ceux de ses Commentaires qui nous ont été conservés, il s’occupe uniquement du coté médical des livres hippocratiques, et ce n’est qu’en passant qu’il nous parle des doutes exprimés sur tel ou tel livre , et de l’origine qu’on attribuait à telle ou tclla ’Ev trj xa-à (xlpoç IÇïjyV jœi, p 6, Ed. Franz. 156 INTRODUCTION. production. Son ouvrage de critique littéraire sur la Collec¬ tion hippocratique serait pour nous aujourd’hui une mine précieuse de renseignements. Sa riche érudition s’y serait répandue avec abondance ; et, dans les cas mêmes où la cri¬ tique moderne ne pourrait en adopter tous les jugements , elle trouverait, dans ce livre, des recherches , des citations, des documents qui l’éclaireraient et lui permettraient d’avoir une opinion indépendante de celle de l’illustre médecin de Pergame. L’histoire de la Collection hippocratique n’a pas fait de perte plus sensible. Ainsi tout ce que l’antiquité avait composé ex-professo sur la critique des œuvres d’Hippocrate a disparu. Ce qu’il faut maintenant, c’est rechercher, autant qu’il est possible, les éléments qu’elle avait à sa disposition. Dans les écrits des commentateurs, nous rencontrons des jugements nombreux, souvent fort différents-, mais ces jugements ne sont jamais motivés, ou ils ne le sont que très-insuffisamment. Ces mo¬ tifs, que nous ne lisons nulle part, nous en découvrirons les principales bases, si nous particularisons les documents que les anciens ont pu et dû consulter pour se faire une opinion sur la légitimité ou l’illégitimité des traités qui constituent la Collection hippocratique. Ces documents peuvent, en ce qu’ils ont d’essentiel , être rapportés à trois chefs : le premier est l’existence , soit de traditions, soit de quelques monuments qui constataient l’existence des fils et des élèves d’Hippocrate, et leur qualité d’auteurs médicaux 5 le second est la masse de livres relatifs à la médecine, antérieurs et postérieurs à Hippocrate; le troi¬ sième est un ouvrage dans lequel un disciple d’Aristote avait résumé l’histoire médicale jusqu’à son époque. Au temps des plus anciens auteurs qui ont commencé à écrire sur les œuvres d’Hippocrate , il restait certainement ÉLÉMENTS DE LA CRITIQUE ANCIENNE. 157 des traditions, vagues, il est vrai, et incertaines , sur les mé¬ decins qui avaient contribué à former cette Collection. On ne peut guère expliquer autrement cette concordance des critiques à donner comme auteurs d’un certain nombre de traités, les fils, ou les petits-fils, ou le gendre d’Hippocrate. Les noms des fils d’Hippocrate et de ses descendants, que Sui¬ das et d’autres rapportent avec l’indication peu précise qu’ils avaient écrit sur la médecine, ont été pris sans doute dans la liste d’Ératosthène. Mais Eratosthène lui-même , ou les te¬ nait de la tradition, ou les avait puisés dans quelque docu¬ ment aujourd’hui détruit. Quant aux renseignements sur la collaboration des fils et des descendants d’Hippocrate, je ne puis les attribuer qu’à des traditions qui s’étaient conservées dans les anciennes écoles médicales antérieures à celles d’A¬ lexandrie et dePergame; caron n’en rencontre aucune trace écrite ; un manuscrit latin (n° 7028) que j’ai déjà cité (p. 40), dit que parmi les descendants d’Hippocrate il y eut Thessa- lus, Dracon, Hippocrate le jeune, desquels les livres n’ont pas été connus ( quorum libri non apparuerunt ). Cela est très vrai : nulle parties critiques n’appuient leurs dires sur des témoignages, des citations ou des livres de ces hippocra¬ tiques ; et toujours ils se fiornent à des allégations qu’ils rap¬ portent sous la forme de ouï-dires. Je pense donc qu’il s’agit dans tout cela , non pas de documents écrits, mais de tradi¬ tions qui s’étaient transmises aux plus anciens commenta¬ teurs, et que leurs successeurs avaient enregistrées vague¬ ment telles qu’ils les avaient reçues. Uneremarquefortifiesingubèrementcettemanièrede voir : c’est qu’en effet il se trouve, dans la Collection hippocratique, un morceau qui, ainsi que nous l’a appris Aristote, est vérita¬ blement de Polybe , gendre d’Hippocrate ; et cependant les critiques et Galien lui-même, qui attribuent certains écrits à INTRODUCTION. 158 Polybe, n arguent jamais delà citation parfaitement positive d’Aristote, et semblent l’ignorer ou n’en pas faire compte; de sorte que c’est, à vrai dire, indépendamment de l’autorité du chef du péripatétisme qu’ils assignent une certaine colla¬ boration dans la Collection hippocratique à Polybe. Peut-être même, au moment où Xénocri te et Bacchius tenaient la Col¬ lection hippocratique et le livre de la Nature de l’homme qui porte le nom d’Hippocrate , et qui est de Polybe; peut-être, dis-je, à ce moment, Y Histoire des animaux , où Aristote rapporte la citation de Polybe, n’était pas encore parvenue à Alexandrie : car la collection des œuvres du philosophe n’a été publiée que par Apellicon, postérieurement au temps des premiers commentateurs hippocratiques. Cette dé¬ monstration ainsi donnée par un témoignage évident pour un écrit et pour un auteur, fortifie les autres assertions touchant la coopération des fils et des petits-fils d’Hippocrate, et porte à croire que les traditions d’après lesquellesles com¬ mentateurs ont parlé, reposent sur un fait très-véritable, sans mériter peut-être, dans le détail, une grande confiance. Je veux dire qu’on peut admettre avec sûreté que des descendants et des élèves d’Hippocrate ont certaines de leurs œuvres ca¬ chées sous le nom de leur maître au milieu de la Collection , mais qu’on ne peut de même admettre que tel ou tel écrit ap¬ partient plus particulièrement à Dracon, à Thessalus, ou à tout autre membre de la famille. Les anciens critiques ont émis des opinions très diverses sur l’attribution, à tel ou tel fils ou descendant d’Hippocrate, des différents écrits qu’ils ont supposé n’être pas de ce mé¬ decin. Je crois utile de rapporter leurs principaux dires à ce sujet; car il est certain qu’au moins un de ces hippocra¬ tiques ( Polybe) a un de ses livres cachés dans la Collection, et il est extrêmement probable qu’il en est de même pour ÉLÉMENTS DE LA CRITIQUE ANCIENNE. 159 plusieurs autres médecins de la môme famille et de la môme école. Suivant Galien, le 5e livre des Epidémies est, non du célèbre Hippocrate, fils d’Héraclide, mais d’un Hippocrate plus récent , fils de Dracon; le 2e, le 4e et le 6e sont, dit-il , d’après les uns, de Thessalus, d’après les autres, du grand Hippocrate lui-même, mais seulement un recueil de notes non rédigées , que Thessalus, voulant que rien ne se per¬ dît, réunit toutes ensemble, et publia après la mort de son père 1 2 3 4. Suivant Dioscoride, l’auteur du livre des Maladies qui dans nos éditions porte le titre de Premier , appartenait à Hippocrate , fils de Thessalus 2. Le traité de la Nature de V enfant a été attribué à Polybe, disciple d’Hippocrate 5. L’opuscule du Régime des gens en santé a été attribué à Polybe 4 , à Euryphon , à Phaon , à Philistion , à Ariston 5 , et à Phérécyde 6, tous auteurs ou plus anciens qu’Hippocrate ou ses contemporains. Le traité du Régime (en 3 livres) était refusé à Hippocrate, et attribué aux mêmes, Philistion, Ariston, Phérécyde 7, et encore à Philétas 8. Le livre des Jffectionsé tait, suivant quelques-uns , non d’Hippocrate, mais de Polybe, son disciple 9. 1 Tome ni, p. 182, Ed. Basil. 2 Galien, t. v, p. 456, 3 Galien, t. i, p. 214. 4 Galien, t. v, p. 29. 5 Galien, t. y, p. 45. 0 Galien, t. v, p. 302. " Galien, t. v, p. 502. s Galien , t. iv, p. 206. 9 Galien, t. v, p. 502. INXRODCCTIOjy. 160 Glaucias , et Artémidore Capiton pensaient que le traité des Humeurs , qu’Héraclide de Tarente et Zeuxis rejetaient complètement du catalogue des œuvres hippocratiques, était d’un des Hippocrates postérieurs1. Les anciens commentateurs ont admis que, parmi les écrits de la Collection hippocratique , les uns sont des recueils de notes ( u7ro!xvr'u.aTa) prises par l’auteur lui-même pour son instruction ou pour la préparation d’autres ouvrages, et que les autres sont des livres achevés et destinés à la publication («ruYYpauuaxa). Galien dit en différents endroits que les nctes, les livres hypomnématiques , pour me servir de l’expression ancienne , ayant été trouvés après la mort d’Hippocrate par son fils Thessalus, celui-ci les réunit, les coordonna , et les publia en y ajoutant du sien. Que certains livres soient un recueil de notes, de souvenirs non destinés à la publication, c’est ce que prouve l’examen le plus superficiel de la Collec¬ tion hippocratique-, quant au fait de la publication par Thes¬ salus , fils d’Hippocrate, c’est ou une supposition des com¬ mentateurs pour expliquer cette publication , ou une tradi¬ tion conservée. Galien a énoncé cette opinion particulièrement à propos du 11e livre des Epidémies , du vie , et du traité de Y Officine du médecin ; et, rencontrant, dans ce dernier livre, la répétition d’un passage, il remarque que ce livre a été pu¬ blié après la mort de l’auteur, et que les copistes ont l’habi¬ tude de transcrire, dans le corps de l’ouvrage, ces répétitions, que l’auteur n’avait écrites que pour examiner laquelle des deux façons de dire il préférerait quand il en viendrait à une rédaction définitive *. Par mes recherches sur les commentateurs anciens, je 4 Galien, t. xvi, p. 1 , Ed. Kiihn. 1 Tome v, p. 697, Ed. Basil. ÉLÉMENTS DE LA CRITIQUE ANCIENNE. 161 suis arrivé à montrer d’une manière irrécusable que la Col¬ lection hippocratique existait dès le temps d’Hérophile , et qu’il fallait par conséquent reporter au-delà de cette époque même la composition des divers ouvrages qui en font partie. Je suis bien aise , puisque l’occasion s’en présente ici , de rappeler que telle a été aussi l’opinion de Galien et des autres critiques de l’antiquité. Ainsi, le médecin de Pergame , an¬ nonçant qu’il examinera ce qui est dit sur la dyspnée dans les livres hippocratiques , déclare qu’il n’exclura pas de cet examen les ouvrages qui n’appartiennent pas à Hippocrate, attendu que ceux-là mêmes sont ou de Thessalus , ou de Po- lybe, ou d’Euryphon , tous auteurs qui ne sont éloignés ni du temps ni de l’école hippocratiques. C’est à ce résultat en effet qu’aboutissent tous les dires des critiques de l’antiquité : un livre qu’ils refusent à Hippocrate lui-même est toujours attribué à quelqu’un plus ancien que la fondation des écoles à Alexandrie. Soranus de Cos , nous dit le biographe d’Hippocrate, avait fouillé les bibliothèques de cette île pour y chercher des do¬ cuments sur l’illustre médecin dont il avait écrit la vie. Il y trouva la date précise dè sa naissance. Je rappelle ce fait uni¬ quement pour montrer qu’il pouvait y avoir là encore quel¬ ques traces, soit d’Hippocrate lui-même, soit de sa famille, qui avait occupé un rang si honorable dans Cos , et qui ap¬ partenait au service du temple d’Esculape. Mais nous savons seulement que Soranus y trouva une date. Un autre écrivain a dû fournir des renseignements sur Hippocrate , sa famille et ses ouvrages : c’est Macarée. Il avait composé une histoire de Cos, qu’ Athénée mentionne à diverses reprises 1 . Aucun auteur de l’antiquité ne cite, que je sache, Macarée au sujet 1 Mootapsuç Iv Tpmp Ktoaxwv , p. 262 et 629. TOM. I. 11 introduction. 162 du médecin qui fut une gloire de File de Cos. Cependant on ne peut guère douter qu’il n’en ait parlé. Mais on a une mention bien plus précise et bien plus au- thentique, sinon sur Hippocrate, du moins sur les aselé- piades de Cos et de Cnide. En parlant, dans le chapitre n, de la généalogie d’Hippocrate, j’ai rappelé qu’elle avait été donnée par Ératosthène, le plus ancien auteur, à notre con¬ naissance, qui eût écrit sur cette généalogie 5 mais en même temps j’ai fait remarquer que, copiée par le savant astro¬ nome d’Alexandrie , elle devait avoir quelque fondement. Or Photius, dans le bien court extrait qu’il nous a con¬ servé de Théopompe, nous a indiqué une des sources ou Ératosthène a dû puiser. Théopompe, historien célèbre dont les livres ont malheureusement péri, a vécu du temps de Démosthène et d’Aristote; il avait quarante-cinq ans vers l’époque de la mort d’Alexandre. H est donc peu éloigné d’Hippocrate lui-même. Or dans son douzième livre il avait , en parlant des médecins de Cos et de Cnide, expliqué com¬ ment ils étaient asclépiades, et comment les premiers des¬ cendants de Podalire étaient venus de Syrnos1. Cette indica¬ tion , intéressante pour l’histoire de la famille d’Hippocrate , montre que la généalogie copiée par Ératosthène reposait sur des documents empruntés à des écrivains qui étaient bien plus voisins de l’époque du médecin de Cos, et par consé¬ quent plus sûrement informés. La mention des médecins de Cos et de Cnide faite dans une grande histoire comme celle de Théopompe, témoigne de l’importance qu’avaient prise, et ces établissements mé¬ dicaux, et les hommes qui y présidaient. 1 nepi fs twv b Kio xai Kvtow larptov, wç ’ÀcxÀyi7ctaoai , xa'l wç zk Supvou ot TrpSVroi àcptxovxo àTcoyovoi HoSaXstpwu. Phot. , Bibl. , p. 205, Ed. Hoeschel. ÉLÉMENTS DE LA CRITIQUE ANCIENNE. 163 Je regarde ce titre d’un chapitre de Théopompe comme capital dans l’histoire d’Hippocrate. Voyez en effet comme toute cette histoire s’enchaîne : Platon , disciple de Socrate, désignant Hippocrate, l’appelle fils des asclépiades de Cos ; Théopompe, historien, contemporain d’Aristote, traite, dans un paragraphe spécial, des asclépiades, médecins de Cos et de Cnide *, Ctésias, médecin de Cos, asclépiade aussi, est connu d’ailleurs; de telle sorte que Platon , Ctésias et Théo¬ pompe forment une chaîne, sans interruption, de témoigna¬ ges qui, commençant à Hippocrate lui-même , vont jusqu’à Àlexandre-le-Grand , et certifient, pour toute cette période , l’existence des asclépiades, médecins de Cos, et la place qu’occupe Hippocrate dans cette famille. Les plus anciens manuscrits dont les commentateurs fas¬ sent mention, sont ceux que renfermait la Bibliothèque royale d’Alexandrie. Galien, malgré toutes ses recherches, n’en a jamais pu trouver qui remontassent à cette époque ; encore moins a-t-on pu voir ces membranes, ces feuilles de papyrus, ou ces tablettes1, sur lesquelles on a prétendu qu’Hippocrate avait déposé ses pensées, et lesquelles, a-t-on dit, furent livrées à la publicité par ses descendants. On montrait, du temps de Pausanias , dans le temple d’A¬ pollon à Delphes, une statue en bronze représentant un ca¬ davre humain déjà ancien, entièrement dépouillé de chairs, et où il ne restait plus que les os 5 les Delphiens disaient que c’était une offrande d’Hippocrate le médecin 2. Au reste , cette statue était bien plus ancienne que Pausanias; car elle joue un rôle dans l’histoire de la guerre sacrée, où Philippe , père d’Alexandre , s’immisça. 1 AtcpOépaiç ri ^dpzctiç t SsXtoiç. Gai., t. v, p. 461, et alibi. 2 Pausanias , Phocic. 22. INTRODUCTION. 164 Une autre source de renseignements précieux venait des écrits médicaux antérieurs ou immédiatement postérieurs à Hippocrate. Les écrits antérieurs sont ceux d’Alcméon , de Diogène d’Apollonie, de Démocrite, de Prodicus, d’Épi- charme, d’Euryphon. Toute cette littérature est anéantie 5 mais si nous l’avions encore , s’il nous était possible d’étu¬ dier ces monuments plus anciens qu’Hippccrate lui-même , nous y trouverions très certainement des termes de compa¬ raison et des rapprochements , nous comprendrions ce qui a été imité par les hippocratiques, et nous arriverions à fixer avec beaucoup de précision une généalogie des observations et des théories médicales telles qu’elles se comportent dans la Collection. Maintenant, supposons que nous possédons tous les écrits composés dans l’âge qui a suivi immédiate¬ ment Hippocrate , c’est-à-dire les livres deDicclès, dePraxa- gore, de Philotimus , de Dieuchès. Nous trouverons, dans cette nouvelle série de productions , des termes de compa¬ raison , des rapprochements, mais qui seront dans un ordre inverse de ceux dont il a été question pour l’autre série , c’est-à-dire que les comparaisons et les rapprochements, au lieu de descendre vers Hippocrate, remonteront vers lui. De cette façon , on enfermerait, entre deux limites fixes et rap¬ prochées, toutes les œuvres dites hippocratiques , et on par¬ viendrait, en un bon nombre de cas, à porter un jugement très précis à l’aide des lumières qui borderaient les deux côtés de la voie où l’on passerait en revue les écrits hip¬ pocratiques. Tour à tour imitateurs et imités , emprunteurs et prêteurs, ces livres se trouveraient naturellement mis à leur place; et tout ce qui, dans cette collection, échapperait a l’une ou à l’autre de ces limites, serait dès lors frappé d’un caractère incontestable d’illégitimité. Nous n’avons aucune preuve que les critiques et ccmmen- ÉLÉMENTS DE LA CRITIQUE ANCIENNE. 165 tateurs anciens se soient livrés à cette méthode de recherches et de comparaisons avec toute la rigueur dont elle est sus¬ ceptible, ni qu’ils en aient tiré tous les résultats qu’elle peut fournir. Mais toujours est-il qu’ils ont possédé, tenu, cité tous les livres tant antérieurs qu’immédiatement postérieurs à Hippocrate , que j’ai énumérés plus haut. Et s’il est croya¬ ble qu’ils n’ont pas poussé avec toute la précision et la clair¬ voyance nécessaires leur examen de la légitimité ou de l’il¬ légitimité des livres hippocratiques en particulier, cependant la présence des écrits médicaux qui limitent la Collection en arrière et en avant, étant un fait incontestable, a dû exercer de l’influence sur les jugements qu’ils ont portés. Quand même ils n’auraient pas étudié avec tout le soin possible les termes de comparaison qui étaient à leur disposition , ces termes existaient , et donnaient aux opinions des critiques une direction qui , pour être irréfléchie , n’en a pas été moins réelle. Cette direction nous manque complètement, vu la perte que nous avons faite de tant de monuments médicaux : c’est une raison de plus pour peser avec attention les juge¬ ments des anciens commentateurs ; car nousretrouvons, dans les considérations que je viens de rappeler , la preuve que leurs dires n’ont point été dénués d’autorités. De ces auto¬ rités rien ne nous reste, sinon la certitude qu’elles ont existé pour eux , qu’elles ont été consultées par eux , et qu’elles ont influé plus ou moins directement sur les opinions qu ils se sont formées de l’authenticité de tel ou tel livre hippocrati¬ que. Cela suffît pour assurer grandement à son tour la cri¬ tique moderne, qui sait alors qu’elle peut, au moins dans de certaines limites , accorder créance à son aînée. Il ne me reste plus qu’à mentionner un seul livre. Mais ce seul livre est, par sa date et par son sujet , le complé ment le plus précieux et le plus utile pour l’histoire de INTRODUCTION. 166 la Collection hippocratique, qu’aient pu avoir les renseigne¬ ments divers que j’ai énumérés plus haut. Il a été possédé par l’antiquité, et, si nous le possédions, ce serait un tré¬ sor d’éclaircissements concernant les livres qui portent le nom d’Hippocrate. Galien ne nous en a conservé que l’indi¬ cation 5 mais cette simple indication mérite d’être examinée avec soin. « Si vous voulez connaître les opinions des an- « ciens médecins, dit Galien 1 , vous n’avez qu’à lire les livres « de la Collection médicale attribués à Aristote, mais qui sont « reconnus pour avoir été composés par Ménon, son disciple ; « aussi quelques-uns leur donnent-ils le nom de Livres méno- « niens. Il est évident que ce Ménon, ayant recherché avec « soin les anciens livres médicaux conservés de son temps , « y a puisé les opinions de leurs auteurs ; mais il n’a pu con- « signer, dans son ouvrage , les doctrines renfermées en des « livres qui avaient été détruits, ou qui , bien qu’existant en- « core, n’avaient pas été vus par lui. Tous ne trouverez, dans « cet ouvrage deMénon, aucun médecin qui, de la bile jaune « ou de la bile noire , ou du phlegme , fasse l’élément uni- « que du corps humain. Plusieurs médecins, même après « Hippocrate, paraissent admettre, comme élément unique « en nous, le sang, auquel ils attribuent la première forma- « tion de l’embryon, son accroissement dans la matrice, et « son développement complet après la naissance; maisHip- « pocrate a écrit que quelques-uns pensaient que le corps « humain était ou tout bile , ou tout phlegme, et il ne se se- « rait pas exprimé ainsi, s’il n’y en avait pas eu de son temps, « ou avant lui, qui eussent émis cette opinion. » Si ce livre était parvenu jusqu’à nous, ou si Galien l’avait discuté pour établir ce qui, en fait de doctrines, était le 1 Tome v, p. 4, Ed. Basil. ÉLÉMENTS DE LA CRITIQUE ANCIENNE. 167 propre d’Hippocrate , nous aurions certainement des rensei¬ gnements d’une grande précision sur l’antiquité médicale en général, etsur Hippocrate en particulier. Un livre aussi ancien que celui de Ménon, disciple d’Aristote, trancherait un grand nombre de questions sur l’époque de telle ou telle décou¬ verte, de telle ou telle théorie, éliminerait d’un seul coup tout ce qui est postérieur à ce philosophe, et nous donnerait des notions précises sur l’intervalle de temps qui s’est écoulé entre Hippocrate et l’école péripatéticienne. Le sujet même du livre de Ménon irait droit à notre but et nous fournirait les plus précieux matériaux pour une histoire de la méde¬ cine jusqu’au temps d’Aristote, c’est-à-dire, pour une de celles où les documents sont les plus rares et les plus incer¬ tains. J’ai réuni, dans ce court aperçu, ce que les critiques an¬ ciens possédaient et ce que nous ne possédons plus, pour la décision des questions relatives à la légitimité ou à l’il¬ légitimité de tel ou tel écrit de la Collection hippocratique. Pour nous , en effet, les traditions recueillies encore au temps d'Hérophile , de Xénocrite, deBacchius, sont anéanties, et la valeur n’en peut plus être appréciée*, lamême destruction a frappé la littérature médicale avant et après Hippocrate , et les points les plus importants de comparaison nous ont été enlevés 5 enfin, un traité d’histoire de la médecine, le pre¬ mier sans doute qui ait été composé et qui remonte jusqu à un élève d’Aristote, a disparu avec tant d’autres monuments de cette haute antiquité. Les anciens critiques ne nous ont pas appris quel usage ils ont fait de ces éléments de discus¬ sion 5 mais j’ai tenu à les réunir sous un seul coup-d œil , afin d’assurer la critique antique avant de passer à la critique moderne, qui, pouvant peut-être plus que son aînée, ne peut cependant rien que par elle. INTRODUCTION. 168 La mention du livre de Ménon , quoiqu’elle ne nous donne aucune notion directe, nous fournit un argument indirect d’une grande force touchant l’antiquité des écrits hippocrati¬ ques. Tout ce que les anciens critiques, tels que Galien, Éro- tien, et les commentateurs d’Alexandrie, s’accordent à placer avant la fondation du péripatétisme , doit nécessairement être admis comme réellement antérieur à Aristote -, car on avait, du temps de ces différents critiques, le livre même d’un disciple de ce grand philosophe pour contrôler les as¬ sertions qui auraient attribué aux écrits de la Collection hip¬ pocratique une antiquité trop reculée. Ce n’est donc pas sur de pures conjectures , sur des traditions incertaines , sur des données sans fondement que les anciens se sont accordés à fixer l’époque de la composition des principaux écrits hip¬ pocratiques vers le temps d’Hippocrate lui-même , ou vers celui de ses fils et petits-fils 5 ils avaient, dans l’ouvrage de Ménon, un point solide où la critique pouvait s’établir. Quoi¬ que ce point nous manque , rappelons-nous qu’il a existé pour eux , et cette considération , digne de toute l’attention de la critique moderne , jettera une certaine lumière sur des questions obscures. CHAPITRE VIII. EXAMEN DES OUVRAGES MODERNES OU l’oN TRAITE EX PROFESSa DE D’HISTOIRE DES LIVRES DITS HIPPOCRATIQUES. Les doutes soulevés par les critiques anciens au sujet de tel ou tel traité, dit hippocratique, ont été recueillis par les critiques modernes qui ont composé des dissertations spé¬ ciales sur ce point d’histoire littéraire. Leurs travaux ne peuvent être négligés dans cette introduction. Il faut que je m’étaye de leurs recherches, que je m’éclaire de leurs idées i que je constate la méthode qu’ils ont suivie , et la limite où ils sont arrivés, et que j’essaie d’améliorer la méthode et de reculer la limite. Je ne suivrais pas la ligne la plus droite, et le lecteur n’aurait pas la vue la plus nette de mon tra¬ vail, si je n’exposais pas sommairement ce qu’ont fait, en ce genre, mes devanciers. Les deux premiers qui se soient occupés de ce point de critique sont Lémos et Mercuriali. Louis Lémos 1 s’appuie uniquement sur les dires de Galien , et il n’a pas d’autre avis que celui du médecin de Pergame ,• c’est là la seule hase de sa critique. Le style et la force des pensées , qui sont bien quelquefois invoquées par Lémos , ne sont qu’un argu¬ ment très accessoire pour le médecin espagnol. Ce serait un progrès pour lacritique que de quitter l’appréciation unique du style pour examen intrinsèque des témoignages. Alais , dans f^^^de Lémos , ce n'est pas de propos dé- 1 Judicium operum*tnagni Hippoeratis. Salmanticæ, 158-4-.. INTRODUCTION. 170 libéré que cette règle de critique , à laquelle les écrivains pos¬ térieurs se tiendront surtout, est laissée de côté, mais c’est parce qu’il juge Galien un guide infaillible, et qu’il pense que le témoignage de ce médecin suffit pour trancher toutes les questions que soulève l’examen de la Collection hippo- cratiqiie. L’ouvrage de Lémos est un travail moins étudié et moins in¬ dépendant queceluideMercuriali.Ce dernier4 divise en qua¬ tre classes les écrits dits d’Hippocrate : la première comprend ceux qui portent le caractère de sa doctrine et de son style ; la seconde, les ouvrages qui ne sont composés que de notes prises par lui pour mémoire , écrites sans correction, et publiées par Thessalus, son fils, ou par Polybe, son gendre, ou par d’autres disciples, et dans lesquels se trouvent des interpo¬ lations étrangères â Hippocrate lui-même 5 la troisième classe est celle des livres qui n’ont été pas été composés par Hi]>- pocrate * mais qui sont l’œuvre de ses fils ou de ses disciples, et qui représentent plus ou moins exactement ses dogmes et sa doctrine j dans la quatrième sont rangés les écrits qui sont tout-à-fait en dehors de l’école hippocratique. Mercuriali s’ap¬ puie, avant toute chose, pour partager les livres hippocrati¬ ques en classes , sur le style d’Hippocrate , et sur sa manière d’écrire. Les anciens ont attribué à Hippocrate une phrase ho¬ mérique, la promptitude à forger les mots nouveaux , et une habileté particulière à approprier à son objet les locutions vul¬ gaires. Mercuriali reconnaît, dans les œuvres de ce médecin, trois modes d’exposition : l’un est une narration continue comme dans le livre des Eaux , des Airs et des Lieux, dans le traité. du Régime des maladies aiguës^Ê^œ consiste en sentences séparées, comme les Aphor^^^Bt Pronostic , 1 Censura operum Hippocratis. TRAVAUX MODERNES SUR LES LIVRES HIPPOCRATIQUES. 171 le livre de V Aliment ; le troisième enfin tient des deux autres, comme le livre de la JVature de l’homme. La première des con¬ ditions du style d’Hippocrate, suivant Mercuriali , est la briè¬ veté jointe à l’obscurité ; mais Mercuriali se contredit immé¬ diatement, car il dit que, si Hippocrate se montre clair et pro¬ lixe dans quelques traités comme dans celui des Eaux , des Airs et des Lieux , c’est parce que son sujet exigeait ce genre de composition. Ainsi la règle de critique de Mercu¬ riali tombe de son propre aveu ; et le signe donné pour dis¬ tinguer les écrits authentiques fait défaut dès le premier abord. La seconde condition , c’est que les sentences d’Hip¬ pocrate, bien que concises et incomplètes, n’en sont pas moins marquées du cachet de la vérité , et qu’il n’est pas un mot de lui qui soit écrit en vain ; il est évident qu’une pareille indication laisse la critique dans le plus grand vague. La troisième condition de la composition d’Hippocrate est la gravité qui se fait voir non-seulement dans le sujet lui-même, mais encore dans les phrases , les mots et leur arrangement. Telles sont les trois conditions qui ont servi à Mercuriali pour distinguer les écrits propres à Hippocrate de ceux qui lui sont étrangers. Une pareille critique repose sur des fon¬ dements incertains : rien n’est sujet à controverse comme les arguments tirés de la gravité du style et de sa concision. D’ailleurs, il y a là une pétition de principes ; car, avant de de dire que tel style appartient à Hippocrate , il faut prouver que les ouvrages où l’on croit , à tort ou à raison , recon¬ naître ce style, sont réellement de l’auteur auquel on les attribue. Yoici la liste écrits que contiennent les quatre classes de Mercuriali %e, le traité de la Nature de l’homme; des Airs , des EauifceMes Lieux; les Aphorismes ;le Pronos¬ tic ; les Épidémies; le traité du Régime dans les Maladies aiguès, 172 INTRODUCTION. jusqu’à la partie qui concerne les bains; des Plaies de tête ; des Fractures ; des Articulations ; de V Officine du médecin; des Instruments de réduction ; de V Jliment-, des Humeurs ; des Ulcères. 2e classe : le traité des Lieux dans l’homme; le livre des Airs ; le livre de la Naissance à sept mois et à huit mois ; de la Nature des os . 3e classe : le livre des Chairs ou des principes • de la Génération; de la Nature de l’enfant; des Affections; des Affections internes; des Maladies; delà Nature de la femme; des Maladies des femmes ; des Femmes stériles; de la Superfétation; des Maladies des jeunes filles; de la Ma¬ ladie sacrée ; des Hémorrhoïdes ; des Fistules ; du Régime des gens en santé ; les trois livres du Régime ; de l’usage des Li¬ quides ; des Crises ; des Jours critiques ; les Prorrhétiques . les Prénotions coaques ; le traité des Songes. 4e classe : le Serment -, les Préceptes ; la Loi ; de Y Art', de Y Ancienne médecine -, du Médecin; de V Honneur ; de V Exsection du fœtus-, de Y Anatomie ; du Cœur; des Glandes ;de la Denti¬ tion; de la Vue ; les Lettres. Je joins ici un jugement , peu connu aujourd’hui , qui fut porté sur le livre de Mercuriali , dans le temps même où il parut, par Jean Costei, professeur au lycée de Bologne. Costei écrit au célèbre Ulysse Aldrovande 1 : « Celui qui a « écrit récemment Y Examen des livres d’Hippocrate , très « savant Aldrovande, reçoit toute mon approbation, et je ne « puis assez admirer avec quelle facilité il débrouille une « masse de livres si confuse et si variée. D’abord , séparer « les principes conformes aux doctrines d’Hippocrate , de <( ceux qui sont contradictoires, ce n’est, certes, ni une Joannis Costei Laudanensis, in lyceoV'Tîbçoniensi medicina piofessoris clarissimi , Miscellanearum disscptatjonum decas prima Patavii, 1658. TRAVAUX MODERNES SUR LES LIVRES HIPPOCRATIQUES. 173 « petite entreprise, ni l’œuvre d’un homme qui ne serait « pas versé dans toutes les parties de l’art médical, et qui « ne se serait pas long-temps familiarisé avec les écrits de « cet auteur ; puis comprendre quels ouvrages sortent de «l’école d’Hippocrate,’ exige beaucoup de travail ; enfin « reconnaître quels sont ceux qui portent l’empreinte de la main du maître, c’est le plus grand effort de l’esprit le « plus sagace et le plus exercé. Si j’ai fait quelque progrès dans l’étude des livres hippocratiques , j’ose dire que notre a auteur seul jusqu’à présent, ou bien a touché le but même, < ou du moins en a été le plus près. « Mais, sur cet objet, il n’est pas étonnant que les avis « soient partagés-, et, puisque vous me demandez mon opi- « nion , il est un point sur lequel j’ai toujours été et je suis encore en suspens. Je ne me souviens pas avoir lu dans « aucun auteur qu’Hippocrate ait , de son vivant , publié au- « cun de ses ouvrages 5 entre les raisons qui portent à croire c qu’en effet il n’a rien publié lui-même, la plus forte est « peut-être que, dans ceux-mêmes que tous regardent comme « authentiques, certaines parties s’éloignent de ses doctrines, « de l’aveu même de Galien 5 d’autres sont d’une obscurité « excessive , d’autres sont répétées dans les mêmes traités « et dans des traités différents, d’autres enfin sont sans ordre, « sans lien, et composées tout-à-fait contre les bennes règles « d’écrire, qu’un si grand homme n’a certainement pas igno¬ rées. Il est donc probable que des livres qui n’étaient ni convenablement rédigés, ni achevés, n’ont pas été publiés « par lui-même. (( Ces raisons portent à conclure que les livres de la pre¬ mière et de la seconde classe sont du même ordre. Je donne un complet assentiment à la composition de la troisième classe telle que notre savant auteur Fa présentée INTRODUCTION. 174 « avec une très grande pénétration. Cependant, je consigne- « rai ici ce que j’ai pensé, à diverses reprises, des Prénotions « coaques. Que ce livre ne soit pas d’Hippocrate, c’est ce que « prouve le témoignage de Galien et d’autres. J’ai souvent « hésité de savoir s’il est antérieur ou postérieur à Hippc- « crate. Galien dit, il est vrai, que tout ce que les Préno- « tions coaques et les Prorrhétiques contiennent de véritable, « a été pris aux Aphorismes , au Pronostic et aux Épidémies . « Cependant si , comme la raison le veut, les choses sont ensei- « gnées dans un meilleur ordre par eelui qui écrit en dernier « lieu, l’ordre qui règne en certains passages du 1 Pronostic, des « Prorrhétiques et des Aphorismes, meilleur que dans les « Prénotions coaques, ferait croire, si l’autorité de Galien ne « s’y opposait, qu’elles sont plus anciennes qu’Hippocrate, t7tffxü) yevotASva xaxà to t(h'tov twv Eti- OTjaiwv. T. v, p. 174, Ed. Bas. INTRODUCTION . 184 J’ai signalé ces erreurs de mes prédécesseurs ,'non pour abaisser leur travail et élever le mien mais pour montrer que dans un champ neuf d’observations tout est difficulté. Quand le eadre est tracé et rempli, il coûte peu de le rectifier. M. H. F. Link1 a pris, pour discuter l’authenticité des écrits hippocratiques , la voie ouverte par Sprengel. La base d’où part sa critique, est la considération des théories que renfer¬ ment ces écrits ; il distingue autant de classes différentes qu’il reconnaît de doctrines , prétendant que des doctrines con¬ tradictoires ne peuvent appartenir au même écrivain. De plus, il les compare aux doctrines philosophiques qui y cor¬ respondent, et, de cette comparaison, il tire une sorte de chronologie relative d’après laquelle il place tel écrit avant tel autre, et après Platon ou Aristote. Ce mode de critique est certainement un point de vue nouveau, et il offre des considérations qui ne doivent pas être négligées. M. Link se montre très difficile sur les livres hippocratiques, et, au contraire de ses prédécesseurs qui sont pleins d’enthou¬ siasme pour ces écrits, et qui accueillent, avec une grande facilité, des témoignages incertains pourvu qu’ils soient favo¬ rables, il est animé d’un scepticisme inexorable devant le¬ quel la personne d’Hippocrate est presque effacée, ou qui du moins ne lui laisse qu’un vain nom sans une œuvre ef¬ fective. « Quand on jette un regard rapide sur les écrits « hippocratiques , dit le critique allemand , on se demande « quel est cet Hippocrate ? Si on parle de l’auteur du traité v, Xsytov ràç ivav- TtoTr/raç . oTov Xeuxov, piXav* fXuxi) , 7rixpov àyaQov, xaxov* luxpbv, {xsya. Metaphys. i, 5. 2 Auo SI Irspoç et7tàv, uypov xoci ^r,pov^ Osppibv xatap.êavôvx Hippocrate appelle .en effet lés hémorrhagies éruptions de sang ( aqxocToç tsç )-r et, dans tous les passages où il en in¬ dique l’origine, il ne parlé que des veines, par exemple , pour l’hémorrhagie rénale, pour l’hémorrhagie pulmonaire, pour l’hémorrhagie anale. Le témoignage de Cœlius Aurér- lianus prouve qu’Euryphon attribuait l’hémorrhagie aussi bien aux artères qu’aux veines. Cela montre encore qu’Eu¬ ryphon croyait les artères pleines de sang , et que les hip¬ pocratiques les croyaient pleines d’air. 1 Alii verô eruptiones, ut Hippocrates, Eurypho; sed Hippo¬ crates, solarum venarum ; Eurypho vero, etiam arteriarum. Morb. chr- , lib. n, c. 10. DE QUELQUES POINTS DE CHRONOLOGIE MEDICALE. 207 Ainsi yoilà quatre faits qui se corroborent mutuellement , et qui prouvent tous que la distinction des artères était connue bien long-temps avant Praxagore , car elle existe dans les livres d’Aristote , dans le traité des Articulations antérieur àDioclès, dans Diogène d’Apollonie, et dans Euryphon , antérieurs à Hippocrate. Le fait établi, il est encore quelques conséquences impor¬ tantes à en tirer. La mention des artères n’est point isolée dans le traité des Articulations , elle se trouve encore : dans le traité des Chairs ou des Principes ; du Cœur ; dans la pre¬ mière partie du prétendu traité de la Nature des os ; dans la dernière partie qui était intitulée, dans les éditions de l’anti¬ quité, des Pleines , et qui faisait un appendice du livre des Instruments de réduction -, dans le traité de Y Aliment-, dans le Ie livre des Épidémies ; dans le 4e livre; enfin dans le 7e. Ainsi, quoiqu’on en dise, cet emploi était fréquent. Il faut maintenant rapporter les principaux passages : « De la veine cave èt de Y artère , dit l’auteur du traité des • « Chairs, sortent d’autres veines qui se répandent dans tout « le corps 4. » Ainsi voilà des veines qui naissent de l’artère. C’est de cette façon qu’ Aristote donne constamment le nom de veine à l’aorte ; et l’auteur du traité des Chairs dit de même; «Deux veines. creuses sortent du cœur, appelées « l’une artère , l’autre veine cave 2. » Ce qu’ Aristote nomme aorte est ici appelé artère. Dans le fragment sur les reines, qui termine le prétendu traité dè la Nature des os, on lit :• « La veine principale qui 1 ’Àtto t5Îç cpXeêoç xai â-rb-zr^ aprvjpr/jç aXXat f’Xsësç èayi- cuivai e?ç\ xatà irav *co <7uÀeéwv atixop^oïscüv -jrsXtwatsç. P. 502, Ed. Frob. 3 Karà rauraç os tocç çXsêaç xat Icayoasôa ro irouXu tou 7rvsuaatoç. aurai yàp ruuswv elctv àvaîcvoal tou ocopiaTOç, rov r,£pa iç aoaç sXxouoat, xai èç ro cwtxa ro Xoitcov ô^sTsuouffai. P. 124, Ed. Basil. ^ To Trvsuu.a.... Epysrai.... ro £s lui rov 7rvsuuov C’est là le dernier terme de cette doctrine sur les communautés de la trachée, du cœur, des artères et des veines. Les uns pensaient que l’air allait rafraîchir, les au¬ tres, qu’il allait entretenir la chaleur innée. Des opinions pareilles peuvent surprendre quand on ne se reporte pas à l’époque où elles ont été conçues. Pourtant elles méritent plus d’être comprises qu’on ne le croirait d’abord; elles ne sont point fondées en fait, il est vrai , et ne dérivent point d’une observation rigoureuse des phénomènes , mais elles ont leur origine dans une sorte d’intuition qui manque rarement de profondeur ; et , à cet égard , il y a une grande distinction à faire entre ces idées en tant qu’elles sont primitives, ou qu’elles sont reçues de 1 T. iii, p. 155, Ed . Basil. DE QUELQUES POINTS DE CH UON'OLOGIE MEDICALE. 2 15 seconde main. Primitives, elles ont l’intérêt d’indiquer la première impression que fit sur l’esprit humain une certaine observation de la nature. Secondaires, cet intérêt est perdu, et il n’y reste plus ordinairement que ce qu’elles contenaient d’erroné. Ainsi, que les anciens philosophes et médecins de la Grèce, sanspresqu’aucune physiologie, conçoivent d’une certaine façon l’usage de l’air dans la respiration , c’est un point de vue qu’il faut chercher à comprendre. Mais qu’É- rasistrate, savant anatomiste, défende leur opinion, et em¬ ploie, pour la soutenir, une science qui du moins leur man¬ quait, on ne peut plus y voir qu’une erreur sans portée et sans instruction. L’idée primitive des philosophes et méde¬ cins grecs se réduit à ceci : L’air est nécessaire à la vie, et l’animal le respire sans cesse; cet air, pour que la vie se maintienne, doit être incessamment porté dans toutes les parties du corps par les vaisseaux. Les anciens se sont trom¬ pés sur le mécanisme de ce transport; mais se sont-ils beau¬ coup trompés sur le fond même de la question? n’est-il pas vrai qu’avec le sang, un élément de l’air, sinon l’air tout entier , est sans cesse distribué à toutes les portions de l’or¬ ganisme? et n’a-t-il pas pour objet d’alimenter la chaleur innée , comme le voulait Hippocrate? Il est un autre point de l’histoire médicale qui peut servir à la critique des écrits hippocratiques : c’est l’opinion que les anciens se sont faite de l’origine des vaisseaux sanguins. Cette question a beaucoup occupé l’antiquité; elle avait , en effet , une grande importance dans l’ancienne physiologie. La circulation n’était pas découverte; quelques esprits seu¬ lement la pressentaient; et, de toute part, les natura¬ listes s’efforçaient de désigner le lieu précis d’où les veines devaient provenir. Galien avait placé l’origine des veines dans le foie, des artères dans le cœur , et celle opinion pré- INTRODUCTION. 216 valut long-temps après lui ; mais elle fut un choix que fit le médecin de Pergame entre plusieurs hypothèses qui avaient été proposées; le foie, le cœur, les méninges, la tête, le ventre, une grosse veine, avaient été, à différentes reprises et par différents auteurs, considérés comme le point de dé¬ part des vaisseaux sanguins; et même une idée bien plus profonde et bien plus juste avait été , dès une antiquité très reculée, consignée dans quelques-uns des écrits hip¬ pocratiques , à savoir que les vaisseaux sanguins forment un cercle, et n’ont point de commencement; mais cette grande et belle idée avait été repoussée dans l’ombre, à la fois par les hypothèses diverses qui supposaient un com¬ mencement aux veines (je me sers du langage ancien), et par les travaux anatomiques plus exacts qui avaient mieux montré le tracé des vaisseaux sanguins. Dionysius d’Ægée , dans son livre intitulé les Filets ( A.- xTuaxa), où, en cent chapitres, il exposait le pour et le contre des doctrines médicales, donne un résumé des opinions sur l’origine des vaisseaux sanguins. Ce résumé, dont je me" sers d’autant plus volontiers qu’il provient d’un écrivain an¬ cien, mettra le lecteur au courant de cette discussion. Yoici le titre des chapitres qui sont relatifs à ces questions, seule chose que nous ayons conservée de son ouvrage. « Le cœur « est le commencement des veines. — Le cœur n’est pas le « commencement des veines. — Le foie est le commence- quel qu’il fût, ap- « partenait à toutes les artères 2. » Et ailleurs 5 : « Le pre- « mier de tous ceux que nous connaissons, Hippocrate, a « écrit le nom du pouls, et il ne paraît pas avoir ignoré; l’art « de s’en servir; mais il n’a pas généralement cultivé cette 'c partie de l’art. » Ainsi l’opinion de Galien est que , si Hippocrate a eu la notion du trouble qu’éprouve le pouls dans les maladies , il n’en a eu qu’une connaissance bornée, et n’en a fait presque aucun usage. Consultons maintenant la Collection hippocratique , et voyons si les détails qu’elle fournit coïncideront avec ces dires des anciens critiques. Les passages qui se rappor¬ tent aux pulsations des vaisseaux y sont peu nombreux. En voici les plus importants : « Les veines présentent des battements autour de l’ombilic ; dans les fièvres les plus ai¬ guës, les pulsations sont les plus fréquentes et les plus for¬ tes Chez Zoïle, le charpentier, les pulsations furent trem- 1 Tome v, p. 164, Ed. Basil. * Tome xvi, p. 503, Ed. Kuhn. 3 Tome m, p. 8, Ed. Basil. 4 Epid., 4, p. 550, Ed. Froben. de quelques points de chronologie médicale. 227 blantes et obscures 1 11.— Si les veines des mains battent , si le visage est plein et les hypochondres tendus , la maladie dure long-temps 2. — Chez Pythodore , les pulsations ne ces¬ sèrent pas de se faire sentir 3. — Les veines des tempes bat¬ taient 4. — Les artères des tempes battaient 5. — Le vin pur, bu en plus grande quantité que d’habitude, produit le batte¬ ment des veines (tcxXuo'v) , la pesanteur de tête et la soif 6. — Pulsations qui viennent frapper la main avec faiblesse 7. — Il faut brûler les veines derrière les oreilles jusqu’à ce qu’elles cessent de battre 8. — Les veines se soulèvent.et battent dans la tête9. — Les veines se tendent et battent 10.— Les tempes sont le siège de pulsations “.—Deux veines, qui battent tou¬ jours, traversent les tempes *2. — Dans les fièvres, les batte¬ ments de la veine située au col et la douleur en ce point se terminent par la dysenterie “.—Les fébricitants qui ont de la rougeur au visage, une forte douleur de tête, et un battement dans les veines, sont pris le plus souvent d’hémorrhagie u. » Toutes ces citations montrent que les hippocratiques ont su 1 Epid., 4, p. 550, Ed. Froben. 2 Epid., % p. 518. 3 Epid., 7, p. 552. 4 Epid., 7, p. 564. 5 Epid., 7, p. 356. 6 De Diæt. in acut., p. 572. 7 DeMorb. mtil.,2, p. 268. 8 De Morb. . 2, p. 142. 9 DeMorb., 2, p. 145. 10 De Morb. 5, p. 158. 11 De Morb., 5, p. 159. 12 De Loc. in bom., p.64. 13 Præn. coac., p. 427. *4 Præn. coac., p. 427. INTRODUCTION. 228 quelesveines, comme ils disaient ordinairement, battaient, et qu’ils ontexaminé quelquefois ces pulsations; mais elles mon¬ trent en même temps que ces observations étaient dans l’en¬ fance ; et il n’v a rien là qui offre l’indice d’une sphyg- mologie quelque peu étudiée. Galien a parfaitement re¬ présenté cet état des connaissances médicales en disant qu’Hippocrate ne paraît pas avoir ignoré l’art de se servir du pouls , mais qu’il ne l’a pas cultivé. Un seul passage, que je vais citer, doit sans doute faire exception. H est dit dans le 2e livre des Prorrhétiques : « On « se trompe moins en tâtant le ventre et les veines qu’en ne « les tâtant pas *. » Il est difficile de ne pas voir , dans cet at¬ touchement des veines, une indication de l’habitude de con¬ sulter le pouls dans les maladies, et par conséquent de la sphygmologie. Et, chose remarquable, cet argument, qui signale , dans un traité de la Collection , un fait étudié après le temps d’Hippocrate, tombe sur un livre que tous les critiques de l’antiquité se sont accordés unanimement à re¬ garder comme n’étant pas du célèbre médecin de Cos. Le 2e livre des Prorrhétiques est déclaré étranger à Hippocrate par Galien , par Érotien , et, disent-ils, par tous les autres : ils ne nous ont pas donné les motifs de ce jugement ; il n’en est que plus intéressant de trouver , par une voie indépen¬ dante , des motifs qui confirment leur arrêt. Quelques mots me suffiront maintenant pour achever cette question de la sphygmologie. Hérophile avait écrit un livre sur le Pouls 2 ,• et il contribua beaucoup à développer T *E7tstTa TTjct jrspci ^auffavxa t5;ç yasxpoç te xat xwv 'facov sgtiv s^araTÔctTÔat vj jxrj ^aucavxa. P. 414, Ed. Frob. ’Ev apx,? '"K HeplcçoypwSv TtûaypLaTSiaç. Gai., t. in, p. 50, Ed. Basil. DE QCELQOES POINTS DE CHRONOLOGIE MEDICALE. 229 cette étude. Ce fut lui qui, donnant un sens fixe au mot acpuy- ;jl oç, et appliquant, sans équivoque, ce nom aux battements qui se font sentir dans les artères durant tout le cours de la vie1, mit un terme à la confusion dans les termes et dans les cho¬ ses. Praxagore, son maître, à qui on attribue l’invention de la sphygmologie, avait pensé que la pulsation (ffcpuyprfç), la palpitation (rafyîo'ç), le spasme et le tremblement étaient des affections des artères , et ne différaient que çar la force 2 3 ; doctrine erronée qu’Hérophile combattit au début de son livre sur le Pouls 5 ; ainsi il s’était occupé de la recherche du pouls, mais en y mêlant des choses hétérogènes. Praxagore avait-il été précédé dans cette étude? Voici ce que dit Ga¬ lien : <( Ægimius d’Élée a écrit un livre sur les palpitations « (ïlepi xaXjjwôv), où il traite du pouls. Ce livre est-il d’Ægi- « mius? Ægimius est-il le premier qui ait écrit sur le pouls? « Ce sont des questions dont je laisse la discussion à ceux qui « veulent s’étendre sur de pareilles recherches4. » Ainsi, dans l’antiquité, des critiques donnaient à Ægimius la priorité touchant la composition d’un livre sur le pouls, que ce mé¬ decin appelait palpitation , comme Hippocrate dans le traité du Régime des maladies aiguës ; mais la chose était douteuse. En résumé, ce n’est guère au-delà de Praxagore qu’on peut faire remonter le premier traité de sphygmologie. Ce¬ pendant, nous l’avons vu, Hippocrate avait remarqué le pouls avant Praxagore, et il n’est pas le seul. Aristote l’a connu : « Toutes les veines , dit-il , battent ensemble, parce 1 d>cavsrat yip ô avr,p oôtoç &raTa isolgi ol IiriueXouusvot. DE QUELQUES POINTS DE CHRONOLOGIE MEDICALE. *233 par lés âges antérieurs à Hippocrate; que la physiologie gé¬ nérale, que l’anatomie, que la pathologie , que l’hygiène avaient été cultivées long-temps avant lui 5 qu’ Alcméon, Em- pédoele, Anaxagore, Diogène, Démocrite avaient écrit sur la nature que les écoles médicales de Crotone et de Çyrène étaient célèbres quand celle de Cos ne l’était pas encore -, qu’une énumération des maladies avait déjà été tentée par les médecins de Cnide; qu’Eiiryphon traitait la pleurésie par la cautérisation avant Hippocrate ; qu’avant lui encore, Hé- rodicus avait exposé avec détail le traitement des maladies 1 ; enfin y et c’est peut-être ce qu’il y a de plus fort à dire en faveur de l’antiquité de la médecine grecque , que la langue technique était déjà créée, et que le médecin de Cos n’y a rien innové. Il en est de la connaissance des nerfs comme de celle du pouls. Les hippocratiques les ont indiqués vaguement, sans se rendre un compte exact de la nature de ces organes. Ils confondaient , il est vrai , sous le nom de nerfs (vsûpa) , la plupart des parties alongées en forme de cordes , quoi¬ qu’ils eussent aussi le mot tendon (tevcov) 5 mais ils avaient remarqué d’autres parties très sensibles auxquelles ils avaient donné un nom analogue à celui des tendons (to'voi 2). Yoici les passages : « Les canaux étendus dans la concavité Y<*>ç acpaviaôsv, lijurcaTcu. Coac. 4-18 prop. Ces termes, on le voit, sont identiques. Cette identité' se reproduit très souvent ; dans quelques cas exceptionnels il y a des différences notables, qui consistent surtout en additions et développements. 246 INTRODUCTION. de Cos comme un recueil dont le fond a été formé par le 1er livre des Prorrhètiques , et que des observations subsé¬ quentes, plus nombreuses et plus détaillées, sont venues grossir. Quoi qu’il en soit, les passages répétés textuellement dans l’un et l’autre de ces livres , prouvent que l’auteur de l’un a eu l’autre sous les yeux ç cela est incontestable. Maintenant, dans quel rapport les Prénotions de Cos (je ne parlerai que d’elles, puisqu’elles renferment presque en¬ tièrement le 1er livre des Prorrhétiques ) se trouvent-elles avec d’autres livres de la Collection hippocratique ? Ce rap¬ port, très singulier , a été mis dans tout son jour par M. Er- merins. Il résulte manifestement des comparaisons établies par le médecin hollandais que l’auteur du Pronostic a con¬ sulté les Prénotions de Cos , et qu’elles forment la base prin¬ cipale de son livre. L’identité des principes, la similitude des propositions, et la conformité des expressions, ne laissent au¬ cun doute à cet égard. Mais d’un autre côté , comme le Pronostic est un traité accompli, où toutes les règles de la composition sont observées, comme les différentes parties du sujet sont enchaînées l’une à l’autre , et forment un tout, comme le livre a un préambule qui y introduit et une péro¬ raison qui le clôt , il est impossible de ne pas admettre que l’auteur qui l’a composé se soit servi des Prénotions de Cos comme de matériaux. En effet, de propositions décousues , on peut faire un livre, en remplissant les lacunes, en élaguant l’inutile, en coordonnant l’ensemble; mais d’un livre bien fait , on n’ira jamais tirer des propositions décousues, établir des lacunes , détruire l’arrangement, intervertir l’ordre des idées, et mutiler la rédaction. Les Prénotions de Cos ne sont Pas un extrait du Pronostic ; car elles n’en suivent pas l’ordre . et enferment une foule de choses étrangères, à ce traité. RAPPORTS ENTRE CERTAINS LIVRES HIPPOCRATIQUES. 247 Elles sont une composition tout à fait indépendante, dont le caractère est la réunion d’une série de propositions qui sont relatives aux présages dans les maladies, mais qui ne sont pas rangées systématiquement. Au contraire, l’auteur du Pro¬ nostic a systématisé son sujet, et il a pris, dans ces proposi¬ tions, ce qu’il a jugé convenable, élaguant le resté, ajou¬ tant du nouveau, et disposant le tout suivant un plan régulier. En un mot, ce qui prouve que les Prénotions de Cos ne sont pas extraites du Pronostic , c’est qu’elles con¬ tiennent plus de choses et des choses différentes; ce qui prouve qu’elles ont servi de matériaux au Pronostic , c’est que les propositions particulières des Prénotions de Cos , qui n’en ont point de générales, sont les éléments des proposi¬ tions générales du Pronostic , qui n’en a pas de particulières. Ce rapport du particulier au général entre les Prénotions et le Pronostic est très remarquable, et il est décisif dans la question de savoir lequel de ces deux livres est postérieur à l’autre. ' Tel n’a pas été, je le sais, l’avis de Galien, qui a dit : « Celui qui prendra toutes les propositions des Prorrhétiques « comme des règles générales, tombera dans de graves er- « reurs. Il en est de même de la plupart des propositions que « contient le livre des Prénotions de Cos. Quelques passages « des Aphorismes , du Pronostic et des Épidémies , y sont in- Deuxième phrase : « Celui « qui est capable de concevoir de quel prix la santé est pour « les hommes, doit savoir se secourir dans ses maladies par « son propre jugement1. » Ces deux phrases n’ont, comme on voit, aucun rapport entre elles; la première décrit une certaine affection du cerveau; la seconde contient un conseil aux gens éclairés sur la nécessité d’apprendre à se donner eux-mêmes quelques secours dans leurs maladies. Ces deux phrases n’ont aucun rapport, non plus , avec ce qui les pré¬ cède, et elles terminent ainsi brusquement l’opuscule du Régime des gens en santé. Galien , qui l’a commenté , arrivé à ce passage dit : « On a soupçonné, avec raison , l’authen- « ticité de ces deux phrases; quelques-uns même les con- « damnent absolument, et assurent qu’elles ne sont pas de « Polybe, et encore moins d’Hippocrate. Le commencement, « où l’auteur dit que les maladies qui proviennent du cer- « veau amènent l’engourdissement et la strangurie , est tout « à fait confus. Ce ne serait pas plus véritable quand même u l’on penserait qu’il s’agit , non dé toutes les maladies « du cerveau, mais de celles-là seules qu’un écoulement 1 Page 27, Ed. Frob. RAPPORTS ENTRE CERTAINS LIVRES HIPPOCRATIQUES. 255 v d’eau et de phlegme par les oreilles et les narines ferait « cesser. Car cela n’arrive ni toujours , ni môme le plus « souvent1. » J’ai rapporté le commentaire de Galien pour montrer que ces deux phrases, quelque incohérentes qu’elles soient , ont la même place et la même rédaction depuis la plus haute antiquité. Car Galien , en en signalant les vices , ne dit pas qu’elles soient une interpolation faite depuis le commencement des commentaires sur la Collection hippo¬ cratique. Elles existaient dans les mêmes termes dès le temps de Bacchius. J’ai encore rapporté le passage de Ga¬ lien pour un autre motif, c’est pour faire voir qu’il n’a pas indiqué la particularité la plus remarquable de ces deux phrases. La première se trouve textuellement dans l’intérieur du 2e livre des Maladies 2; et, ce qui prouve qu’elle a été copiée sur le 2e livre des Maladies , c’est que, dans ce livre, elle est suivie d’autres phrases qui complètent le tableau de la maladie en question. La seconde, qui commence par ces mots : l'homme qui est capable , etc. , est la première phrase du traité des affec¬ tions 3. Ainsi voilà deux phrases sans liaison l’une avec l’autre , sans liaison avec ce qui les précède, lesquelles se trouvent appartenir à deux traités différents. Comment expliquer une telle singularité? Est-ce le commencement d’une table où l’on indiquait les ouvrages par leurs premières lignes ? cela veut-il dire que le 2e livre des Maladies et le traité des affections sont du même auteur que l’opuscule sur le Régime 1 Tome v, p. 37, Ed. Basil. * Page 142, Ed. Frob. . 3 Page 179, Ed. Erob. INTRODUCTION. 256 des gens en santé? n’y faut-il voir qu’un indice de cette opi¬ nion qui se confirme de plus en plus dans mon esprit, à sa¬ voir que nous n’avons dans la Collection hippocratique , à part quelques livres bien conservés, que des débris, des ex¬ traits , des fragments de grands travaux sur la médecine? Le deuxième livre des Maladies a. un double commence¬ ment. Après une exposition d’un certain nombre de maladies de la tête 4 , le même sujet est repris avec le titre : Maladies qui naissent de la tête 2, à peu près dans les mêmes termes, mais avec un peu plus de développement, et c’est au début de ce second commencement que se trouve la phrase qui est placée à la fin de l’opuscule du Régime des gens en santé. N’est-ce pas là encore une preuve de ces destructions que j’ai signalées , un reste de ces ruines devant lesquelles je suis demeuré bien des heures en contemplation assidue, espérant qu’un détail inaperçu me révélerait l’ordonnance de l’édi¬ fice auquel elles ont appartenu? Je ne parlerai pas ici des nombreux passages qui sont si¬ multanément répétés avec les mêmes termes dans les diffé¬ rents livres des Épidémies; je ne parlerai pas non plus de répétitions analogues, mais moins nombreuses, qui sont entre ces mêmes livres des Épidémies et les Prénotions de Cos. Je me bornerai à quelques exemples. H est dit dans le traité de la Nature de l'homme 5 « Les <( maladies qu’engendre la plénitude sont guéries par l’éva- « cuation-, celles qu’engendre l’évacuation, par la pléni- « tude. » Cela se trouve avec les mêmes termes dans les Aphorismes , uc section 4. 1 Page UO, Ed.Frob. Nouffot at à-ro tt-ç xeoaXî;; yivouevcu. P. 142, Ed. Frob. 3 Page 22, E<1. Frob. 4 Page 591, Ed. Frob. RAPPORTS ENTRE CERTAINS LIVRES HIPPOCRATIQUES. 257 Dans le morceau qui, portant autrefois le titre de Ilspl oldwj , faisait partie du traité des Instruments de réduction , et est , dans les éditions modernes , placé à la fin de la com¬ pilation intitulée de la Nature des os, on lit#en parlant des yeines : «. Dans un cercle tracé, un commencement ne se « peut trouver 1 * 3 4. » La même phrase est dans le traité des Lieux dans l’homme 2. • Il est dit dans le traité des Airs , des Eaux et des Lieux : « Le sperme provient de toutes les parties du corps , sain des « parties saines., malade des parties malades 3. » Cette phrase est textuellement reproduite dans le livre de la Maladie sacrée*. On lit dans l’opuscule sur YUsage des liquidçs : « L’eau « chaude a les inconvénients suivants pour ceux qui en usent « souvent : elle produit le relâchement des chairs , l’impuis- « sance des ligaments , l’engourdissement de la pensée , des « hémorrhagies, des syncopes; et ces accidents vont jusqu’à a la mort; l’eau froide produit des convulsions, des té- « tanos, des lividités et des frissons fébriles 5. » Tout cela se troiive dans les Aphorismes , section y 6. De même on lit également, dans l’opusculé sur V Usage des liquides et dans la même section des Aphorismes , les lignes suivantes : « Le «.froid est l’ennemi des os, des dents, des tendons, du cer¬ veau , de la moelle épinière; le chaud èn est l’ami. » 1 Page 61 , Ed. Frob. ’ Page 65, Ed. Frob. 3 'O yàp yo'voç TtavVa^o'ÔEv IpysTai , â~6 te twv uytvipwv oyi-^po; tou scüxaTo;, dhcd te twv vos spwv voscpoç. P. 77, Ed. Frob. * 'ûç ô yovoç Ipyerai 7ravTO0sv tou gwu.«to<;, â~6 ts twv uyi^pwv , aTo te TWV vocspwv vosepo;. P. 1 25, Ed. Frob. 5 PageUp Ed. Frob. « Page 596, Ed. Frob. TOM. I. 17 258 INTRODUCTION. « Dans les tumeurs désarticulations, dans les tumeurs « goutteuses sans plaies, et la plupart des convulsions spas- <( modiques , l’eau froide jetée en abondance fait suer , atté- (c nue et endort la douleur, un engourdissement léger est un « remède à la douleur. » Cela se trouve dans l’opuscule de T Usage des humides , p. 1 1 3, et dans les Aphorismes, sect. v, p. 396.*' Toute la fin de ce même opuscule, à part les deux der¬ nières lignes (p. 1 14 ), se trouve dans les A phorismes, sect. v. p. 396. Un long morceau commençant par ces mots : toîîiy !v Tîiat irsptoSoifft, et finissant par ceux-ci : *a\ p£ovteç ) les révisaient et en donnaient leur opi¬ nion. Les livres jugés bons étaient mis à part avec le titre de livres de la petite table1. Il est fâcheux que nous ne sachions 1 Ta tx tou [xixpou rivaxiStou. Gai., tome m, p. 1 81 , Ed. Basil. 278 INTRODUCTION. pas quels étaient les ouvrages de la Collection hippocratique auxquels les honneurs de la petite table avaient été accordés. Rien de plus ancien n’est su touchant les manuscrits d’Hippocrate. On voit donc sans peine maintenant ce qui embarrassa les critiques , même les premiers venus et les plus voisins des sources. Car ce qui était arrivé pour le 3e livre des Épidémies , était aussi arrivé pour les autres traités de la Collection hippocratique : on les trouva dans les biblio¬ thèques , comme dit Apollonius Biblas. Quand il fallut trier cette masse de livres , il advint que pour quelques-uns, soit qu’ayant circulé antérieurement, ils eussent été cités, soit que, de toute autre façon , leur authenticité fût recon¬ nue , on eut la certitude qu’ils appartenaient véritablement à l’auteur dont ils portaient le nom. Ainsi, pour n’en donner qu’un exemple, l’exemplaire que les Athéniens remirent à Ptolémée de leurs trois tragiques, était manifestement au¬ thentique , et là-dessus il ne pouvait y avoir le plus léger nuage. Mais quand quelqu’une des marques décisives qu’il est facile de supposer, faisait défaut, la critique n’avait plus que des conjectures pour se guider. Finalement, en huitième lieu, quelques écrits hippocra¬ tiques , écrits en très petit nombre autant que nous pouvons le savoir, avaient eu une publicité avant la formation de la Collection elle-même. Le chapitre IY, où j’ai réuni tous les témoignages sur Hippocrate, le montre; Platon, Ctésias, Dioclès, Aristote, ont tenu, consulté, cité des livres d’Hip¬ pocrate lui-même ; Aristote a cité un livre de Polvbe. Le fait est donc incontestable; et aussi c’est dans ce fait, c’est-à- dire dans la publicité d’un certain nombre d’écrits du vivant même d Hippocrate et de Polybe , ou immédiatement après leur mort, que l’antiquité a vu la meilleure preuve de l’au¬ thenticité de certains ouvrages contenus dans la Collection. PUBLICATION DE LA COLLECTION' HIPPOCRATIQUE. 279 « j\T,y a-t-il pas eu, dans les lettres profanes, dit Saint-Au- (( gustin1, des auteurs très certains sous le nom desquels des ouvrages ont été publiés, puis rejetés, soit parce qu’ils ne « concordaient pas avec les ouvrages qui leur appartenaient incontestablement , soit parce qu’ils n’ont pas mérité, dans « le temps où ces auteurs ont écrit , d’être répandus et d’être transmis à la postérité, ou parles auteurs eux-mêmes, ou par leurs amis ? Et , pour omettre les autres, n’est-il pas vrai que, sous le nom d’Hippocrate, médecin très célèbre, des livres ont paru qui n’ont pas été reçus par les médecins? Il « ne leur a servi de rien d’avoir une certaine ressemblance K dans les choses et dans les mots avec les écrits véritables 5 « car, comparés avec ces écrits, ils ont été jugés inférieurs , et ils n’avaient pas été reçus comme siens dès le temps même où ses autres livres devenaient publics. » Tout le reste demeure frappé d’un caractère d’incertitude. Un livre de l’antiquité prend une complète authenticité sur¬ tout du moment où il est cité et commenté. Or, les grandes bibliothèques publiques, avec leurs catalogues , avec l’érudi¬ tion qu’elles favorisèrent, avec les commentaires qu’elles fi¬ rent naître , furent une nouvelle ère pour la consécration des livres. Galien accuse parfois les faussaires d’Alexandrie d’avoir altéré les œuvres hippocratiques: Galien se trompe 5 c’est auparavant qu’elles ont été altérées , si vraiment elles font été, et c’est depuis la fondation des bibliothèques qu’elles ont été mises à l’abri des interpolations et des sub¬ stitutions de noms. En effet , du moment qu’un livre fut déposé dans une bi¬ bliothèque où chacun pouvait le consulter, du moment qu il 1 Contra Faustum Manichæum , 1. xxxm, G , p. *9ô , t. vi , Ed. Frob. 1556. INTRODUCTION. 280 eut été le sujet de commentaires, il se trouva bien mieux ga¬ ranti contre des altérations préméditées. Et Galien lui- même le constate dans sa polémique contre les éditeurs qui changeaient témérairement les vieilles leçons qu’ils ne pou¬ vaient interpréter; il ne manque pas de leur objecter qu’il faut bien reconnaître l’authenticité du texte, puisque ce texte a été lu delà même façon par Héraclide, par Glaucias, par Apollonius , par Bacchius. En un mot , tant que les livres restaient cachés , hors de la circulation , il était facile d’en changer le titre , d’y ajouter des portions hétérogènes, de substituer un nom d’auteur à un autre ; et c’est ce qui arriva sans nul doute lorsque les grandes bibliothèques publiques s’ouvrirent, et appelèrent de toutes parts les livres qu’elles payaient fort cher. On se mit à l’œuvre : les uns forgèrent des livres , les autres effacèrent les véritables noms et, à la place, en inscrivirent d’autres qui se vendaient à un plus haut prix. Mais il n’est pas moins vrai que , du moment que ees livres, tels quels, furent arrivés dans ces bibliothèques, ils ne furent plus sujets ni à changements, ni à substitutions. Etre placés dans ces dépôts publics, ce fut pour eux un cer¬ tificat d’authenticité, qui se transmit de siècle en siècle , de catalogue en catalogue , de commentaire en commentaire. Cela est tellement positif, que la Collection hippocratique (puisqu’ici il n’est question que d’elle) ne subit pas une seule altération depuis cette époque, et que Galien l’a connue telle que l’avaient connue les plus vieux commentateurs , tandis que, durant les temps antérieurs au premier dépôt dans les bibliothèques d’Alexandrie, elle avait été manifestement interpolée, puisqu’on y trouve un écrit qui est de Polybe, suivant le témoignage d’Aristote, seul décisif en ceci. Je ne prétends pas dire que , du moment que les bibliothèques pu¬ bliques furent ouvertes , les apocryphes devinrent impossi- • PUBLICATION DE LA COLLECTION HIPPOCRATIQUE. 281 blés 5 l’histoire littéraire serait là pour me réfuter 5 et ils ne sont pas impossibles même aujourd’hui, bien qu’ils soient rendus bien plus difficiles par tous les moyens de vérification que nous possédons. Je veux seulement dire que le dépôt dans les grandes bibliothèques mit des entraves à ce genre de contrefaçon ; que la circonstance que des livres restent long-temps célés au public , et entre les mains d’une famille, d’une école , d’une secte , est la circonstance la plus favora¬ ble pour qu’on les interpole , pour qu’on y ajoute, pour qu’on en retranche , pour qu’on change les noms 5 et le fait est , pour la Collection hippocratique, qu’elle ne changea plus de¬ puis le premier moment où elle fut formée, jusqu’à Galien. J’ai montré qu’elle a changé un peu de Galien jusqu’à nous, c’est-à-dire qu’il y est entré un certain nombre de morceaux peu importants et inconnus à l’antiquité : c’est qu’en effet , dans cet intervalle, les bibliothèques brûlèrent bien des fois, les livres redevinrent rares, la culture des sciences s’affaiblit notablement, et alors il s’introduisit , sans autorité, dans la Collection hippocratique, des morceaux dont nous consta¬ terons aujourd’hui l’illégitimité, justement parce qu’ils n’ont pas figuré dans les anciens dépôts publics , parce qu’ils n’ont pas été expliqués par les commentateurs , parce qu’ils n’ont pas été mentionnés par les auteurs qui se sont succédé dans l’intervalle. Ainsi donc , résumant tout ce qui vient d’être dit , rappe¬ lant que la Collection hippocratique ne remonte pas , dans sa forme actuelle , au-delà d’Hérophile , qu’elle présentait dès lors tout le désordre qu’elle a présenté plus tard , que les premiers critiques n’ont pas pu mieux que les autres assigner la part de chaque auteur dans cette masse de livres-, que par conséquent la publication s’en était faite sans qu’il restât des indices suffisants pour décider ces questions 5 qu’elle porte , 282 INTRODUCTION. en elle-même, la preuve que les traités qui la composent- ne sont pas contemporains, et embrassent un laps de temps assez considérable ; qu’elle contient des livres qui sont de Polybe et non d’Hippocrate-, qu’elle renferme des notes, des extraits, des fragments que nul auteur n’aurait publiés-de son vivant; je conclus 1° que cette Collection, après être res¬ tée long-temps dans des mains médicales, était tombée en la possession de gens qui n’avaient plus connaissance ni de l’origine détaillée des livres, ni de ;leur valeur; 2° qu’ils savaient seulement qu’elle provenait des hippocratiques; 3° que la publication s’en est faite peu de temps après l’ou¬ verture des grandes bibliothèques à Alexandrie. Les résultats auxquels j’arrive paraîtront peut-être bien précis sur un sujet qui est enveloppé de tant d’obscurité. Mais il faut considérer qu’ils sont donnés par l’examen com¬ paratif de toutes les circonstances, auxquelles on ne peut sa¬ tisfaire que de cette façon. J’ai marché pas à pas, et j’ai tenu à montrer que la liaison des faits et une induction attentive pouvaient mener fort loin dans la recherche de détails dont l’ensemble a péri , mais dont il reste çà et là quelques traces. Maintenant cette méthode rigoureuse n’acquerra-t-elle pas quelque force , si je montre qu’en faisant ainsi , d’après un petit nombre de données éparses et fugitives, l’histoire de la Collection hippocratique, j’ai reproduit, dans tout ce qu’elle a d’essentiel, l’histoire de la publication d’une autre collection non moins fameuse, de celle des œuvres aristotéliques? Ceci vaut la peine d’être exposé de plus près ; car il y a là une comparaison qui aide à tout comprendre. « Nélée, dit Strabon *, hérita de la bibliothèque de Théo- « phraste, où se trouvait aussi celle d’Aristote. Aristote l’a- ! LibAin, p. 60S. PUBLICATION DK LÀ COLLECTION HIPPOCRATIQUE. 283 a vait léguée à Théophraste, comme il lui confia la direction t( de son école $ Aristote , à notre connaissance , est le prê¬ te mier qui ait rassemblé des livres , et il apprit ainsi aux rois u d’Égypte à composer une bibliothèque. Théophraste trans- « mit sa bibliothèque à Nélée, qui la fit porter à Scepsis , et « la laissa à ses successeurs, gens sans instruction, qui gar- « dèrent les livres renfermés sous clef, et n’y donnèrent au- ic cun soin. Plus tard , quand on apprit avec quel empresse¬ ment les rois descendants d’Attale et maîtres de Scepsis « faisaient rechercher des livres pour former la Bibliothèque de Pergame, les héritiers de Nélée enfouirent les leurs dans un souterrain. L’humidité et les vers les y avaient «gâtés, lorsque, long-temps après, la famille de Nélée « vendit à un prix fort élevé tous les livres d’Aristote et de Théophraste à Apellicon de Téos; mais Àpellicon était « plus bibliomane que philosophe. Aussi, dans les copies nou- « velles qu’il fit faire pour réparer tous les dommages.que u ces livres avaient soufferts , les restaurations ne furent pas heureuses, et son édition fut remplie de fautes. Les an- « ciens péripatéticiens , successeurs de Théophraste , n’a- « vaient eu à leur disposition qu’un petit nombre d’ouvrages « d’Aristote , et principalement les exotériques; ils ne purent « donc travailler sur les textes eux-mêmes, et furent réduits « à des déclamations sur des propositions. » Remarquez combien ces détails coïncident minutieuse¬ ment avec ceux auxquels je suis arrivé sur la Collection hippocratique par la seule voie de conséquence et de raison¬ nement La masse des livres aristotéliques , comme la masse des livres hippocratiques, a été complètement ignorée du public pendant un laps de temps ; un petit nombre de livres aristotéliques, comme un petit nombre de livres hippocra¬ tiques, ont été dès l’origine dans la circulation et y sont res- 284 INTRODCCTIOÏ*. tés. La Collection aristotélique , comme la Collection hippo¬ cratique , a fait soudainement son apparition au jour de la publicité. Celle d’Aristote était restée enfouie entre les mains de gens ignorants à qui ces livres étaient arrivés par la cir¬ constance fortuite d’un héritage ; ils n’avaient aucune notion détaillée de ces livres 5 ils ne connaissaient pas l’origine pré¬ cise de chacun d’eux ; ils ne savaient s’ils étaient tous d’A¬ ristote, ou si quelques-uns étaient l’œuvre de Théophraste , de Nélée, de tel autre disciple inconnu du chef de l’école péripatéticienne. Néanmoins ils ont tout vendu au riche Apellicon sous l’appellation commune d’Aristote, sans s’in¬ quiéter des apocryphes qui pouvaient s’y trouver, et sans se soucier des embarras qu’ils allaient donner aux critiques. Qu’ai-je dit pour Hippocrate ? la Collection hippocratique , quoique composée de parties hétérogènes, n’a-t-elle pas reçu un nom commun ? cette collection n’a-t-elle pas paru tout à coup dans le monde littéraire? avant elle, n’est-ce pas un fait que peu de livres hippocratiques seulement étaient connus du public? quelle ressemblance plus minutieuse peut- on trouver? et les circonstances de la formation de la col¬ lection aristotélique coïncidant si exactement avec les circon¬ stances de la formation de la Collection hippocratique , ne confirment-elles pas tout ce que j’ài cherché à établir dans ce chapitre? Qu’on suppose un moment que le récit que nous a trans¬ mis Strabon ne fût pas arrivé jusqu’à nous , et que nous fus¬ sions sans renseignement sur le mode de publication des œuvres aristotéliques. En voyant qu’un petit nombre de ces livres seulement est cité avant le temps d’ Apellicon , n’au¬ rions-nous pas conclu que la collection dès lors n’était pas publique? En la voyant constituée immédiatement après cette époque, n’aurions-nous pas conclu que c’était alors qu’elle PUBLICATION DE LA COLLECTION HIPPOCRATIQUE. 285 était entrée dans le domaine public? En l’étudiant et en re¬ connaissant qu’elle contient des livres qui ne sont pas d’A¬ ristote, d’autres qui sont dans le plus étrange désordre, n’aurions-nous pas conclu qu’elle n’avait pas été livrée telle qu’elle était sortie des mains du philosophe, et que les dé¬ tenteurs, à quelque titre qu’ils le fussent, avaient vendu un fonds de bibliothèque, et non l’œuvre d’un homme? et en apprenant que les plus anciens critiques hésitaient sur les caractères d’authenticité , n’aurions-nous pas conclu que l’incertitude tirait sa source du fait même qui avait donné publicité à la collection, sans donner, en même temps, sur les divers écrits, des renseignements que les derniers pro¬ priétaires n’avaient plus ? De ce fait que la formation de la Collection hippocratique est postérieure à Aristote, de cet autre fait, qu’elle est anté¬ rieure à Hérophile, je suis autorisé à placer cette formation dans l’intervalle qui sépare Aristote d’Hérophile , et proba¬ blement au moment où le premier Ptolémée fonda la biblio¬ thèque d’Alexandrie, bibliothèque qui prit de si grands ac¬ croissements sous Ptolémée Philadelphe et sous Ptolémée Évergète , et qui, excitant la rivalité des rois de Pergame , fut cause de l’invention du parchemin. C’est vers l’an 320 avant J.-C. , que Ptolémée fils de Lagus établit sa bibliothè¬ que $ c’est vers l’an 300 qu’Hérophile a particulièrement fleuri comme médecin et comme écrivain ; et de son temps la Col¬ lection était formée et publiée. Cés deux faits établissent , avec une approximation suffisante, la date delà publication de la Collection hippocratique. D’un autre côté , si l’on se rappelle que l’examen intrinsèque de la Collection nous a conduitsà placer la composition des plus récents traités vers le temps d’Aristote et de Praxagore , si l’on se rappelle encore que les derniers hippocratiques ont pratiqué la médecine INTRODUCTION. 286 auprès de Roxane, d’Antipater et de Cassandre, on sera porté à admettre que cette illustre famille s’est éteinte vers cette époque même-, que les débris de sa bibliothèque ont été, peu d’années après , vendus par ceux qui en étaient devenus possesseurs ; et que c’est ainsi que la Collection hip¬ pocratique est entrée dans la publicité, avec toutes les traces du désordre et de la mutilation , et sans critérium qui pût assigner à chaque livre l’auteur dont il émanait. Ce n’est pas une date positive que je fixe ici ; c’est une date approximative. Les derniers hippocratiques sont du temps d’Alexandre et d’Antipater*, les derniers livres de la Collection sont du temps de l’enseignement d’Aristote: et la Collection apparaît formée du temps d’Érasistrate, d’Hérophile , de Xénocrite , de Bacchius. Par conséquent on a un intervalle que l’on peut alonger ou rétrécir , et qui comprend soixante , cinquante ou quarante ans. Il y a donc ici une double approximation : celle où je suppose que les travaux des hippocratiques se sont arrêtés , et que leur famille s’est éteinte , et celle où je suppose que la Col¬ lection a été publiée, et connue dans son état actuel. Ni l’une ni l’autre date n’est fixée ; mais l’une et l’autre ont des limites au-delà desquelles on ne peut les porter. Ainsi la pu¬ blication de la Collection ne peut être dite plus moderne qu’Hérophile , Érasistrate et Philinus ; la composition de certains écrits, et l’époque de certains hippocratiques ne peuvent être plus anciennes qu’ Aristote. Je prie le lecteur de bien distinguer ici entre ce qui estfait positif et ce qui est hypothèse de ma part. Il est certain que la Collection comprend des écrits d’Hippocrate, dePolybe et d’autres hippocratiques postérieurs ; il est certain que cette Collection renferme en elle-même, soit par la mention d’ou¬ vrages qui n’existent plus , soit par la présence d’extraits , PUBLICATION DE LA COLLECTION HIPPOCRATIQUE. 287 de notes et d’abrégés , la preuve qu’elle a subi une longue élaboration et des remaniements qui coïncident avec l’existence d’une- série dé médecins hippocratiques ; il est certain que, par une troisième coïncidence, les notions anatomiques et physiologiques qui y sont consignées mon¬ trent un développement et embrassent un laps de temps qui va depuis Hippocrate et Polybe jusqu’à l’époque de l’ensei¬ gnement d’Aristote et de Praxagore 5 il est certain que les commentaires s’arrêtent à Bacchius , Philinus , Xénocrite et Hérophile, et que par conséquent là aussi s’arrête la con¬ sécration de l’existence de cette Collection dans son ensem¬ ble; il est certain encore que dès lors le désordre qu’elle présente existait, et que ces premiers commentateurs avaient perdu les moyens de reconnaître le véritable auteur de cha¬ cun des traités. Yoilà les faits positifs. Yoici l’hypothèse : j’ai supposé , pour expliquer ces faits, qui doivent être tous admis simulta¬ nément, que la bibliothèque des hippocratiques, dont la fa¬ mille était venue à s’éteindre, avait passé, mutilée, tronquée, dépareillée , dans les mains de possesseurs qui n’en avaient pas la connaissance détaillée , et de là dans le domaine pu- blic. Comme les derniers hippocratiques et leurs derniers livres atteignent l’époque d’Alexandre et d’Antipater, d’A¬ ristote et de Praxagore , j’ai supposé que la publication de la Collection devait être postérieure. Comme elle est connue , citée, commentée par Hérophile, Xénocrite, Philinus et Bacchius, il a fallu non plus supposer, mais admettre qu’elle leur était antérieure; c’est ainsi que j’ai déterminé les deux limites entre lesquellesj’ai placé lapublication. Enfin, comme à ce même temps les grandes bibliothèques d’Alexandrie se sont ouvertes , comme Ptolémée filsdeLagus, peu après la mort d’Alexandre , a fondé la sienne, beaucoup augmentée INTRODUCTION. 288 par son successeur Ptolémée Philadelphe, et comme cette fondation et cet agrandissement des bibliothèques sont jus¬ tement du temps d’Hérophile, de Xénocrite, de Philinus et de Bacchius, j’ai pensé que la publication avait été déter¬ minée par l’ouverture de ces grands dépôts de livres. C’est là une hypothèse , je le sais, et je la donne aussi pour telle -, cependant elle me paraît approcher beaucoup de la certitude. Elle résulte tellement de la nature des choses, que Galien , sans en faire un système explicite comme je l’ai fait moi-même , en a cependant admis toutes les données fondamentales. 11 pense que certains livres de la Collection sont de Thessalus, de Polybe, d’Hippocrate, fils de Dracon, et de ceux qu’il appelle les asclépiades postérieurs 5 c’est ad¬ mettre , comme j’ai fait , dans cette Collection , une collabo¬ ration d’auteurs qui sont postérieurs les uns aux autres ; il pense que certains traités ont été augmentés, arrangés par les descendants d’Hippocrate ; c’est admettre, comme j’ai fait, des remaniements dans ces traités restés entre les mains des médecins héritiers de leur illustre aïeul ; enfin il pense que le zèle des Ptolémée pour les livres a déterminé , non seulement la publication des livres hippocratiques, mais encore les additions, aux vrais traités d’Hippocrate, de ces parties qu’il regarde généralement comme dues à quelqu’un des hippocratiques 5 c’est admettre que les publicateurs pos¬ sédaient ces fragments des livres des hippocratiques. Ainsi Galien a été tellement dominé par les conditions du pro¬ blème, qu’à son insu, pour ainsi dire, il a posé toutes les bases de la solution. En effet, il n’y a , ce me semble, que deux manières de concevoir la formation de la Collection hippocratique : l’une est celle que je viens de proposer j l’autre, qui n’en est qu’une modification , consisterait à supposer que les livres PUBLICATION DE LA COLLECTION' HIPPOCRATIQUE. 289 qui la constituent étaient épars dans diverses mains , qu’ils sont arrivés de différents côtés dans les bibliothèques avec le nom d’Hippocrate , lequel y avait été mis par les vendeurs pour que, le prix fut meilleur, et que là ils ont formé cette collection considérable où les critiques ont ensuite es¬ sayé de porter l’ordre. Ce qui m’empêche d’adopter cette opinion, ce sont les rapports qui unissent ces livres entr’eux, les communautés de doctrines , les passages copiés l’un sur l’autre, les citations de livres perdus, la présence de frag¬ ments, de notes, d’extraits : toutes choses qui me paraissent exclure la dissémination dé ces livres entre des mains di¬ verses. Avec ces conditions, on doit admettre qu’ils ont été élaborés dans un même foyer; car, on n’y reconnaîtrait pas toutes ces liaisons , s’ils provenaient de médecins qui n’au¬ raient pas eu des rapports et d’enseignement et de tradition les uns avec les autres; on n’y trouverait pas non plus des notes décousues et des morceaux sans rédaction véritable , siThessalus, Dracon, Hippocrate IH, Hippocrate IY et les autres les avaient composés pour les publier ; et il n’a guère été possible d’y inscrire le nom du grand Hippocrate, que parce que les pièces qui sont dépourvues de toute rédaction étaient des papiers conservés sans nom d’auteur. C’est ainsi que les extraits du livre de Polybe ont été gardés, puis ont été publiés comme appartenant à Hippocrate , le livre lui- même ne s’étant conservé nulle part , pas même dans la bi¬ bliothèque d’Aristote. On est donc toujours forcé d’en re¬ venir à ce point, à savoir que la publicité des livres hip¬ pocratiques, à part sans doute quelques traités, a été ex¬ cessivement restreinte avant la fondation des bibliothèques , et que le désordre primitif où s’est trouvée cette Collection dès le temps des plus anciens critiques , annonce bien plutôt une réunion de livres et de papiers qui , étant restés long- 19 TOM. I. INTRODUCTION. 290 temps dans l’usage d’une famille, y ont été plus ou moins abrégés, dépareillés et mutilés, que la réunion , dans la bi¬ bliothèque d’Alexandrie , de traités qui , ayant été publiés au fur et à mesure de leur composition , se seraient ainsi trouvés entre les mains de possesseurs divers. Si l’on avait, d’une part, la liste exacte des livres hippo¬ cratiques compris dans l’exemplaire de la Collection qui , suivant Apollonius Biblas, se trouvait dans la Bibliothèque royale d’Alexandrie, et, d’autre part, la liste exacte des livres hippocratiques apportés par les Navires , on pourrait avec probabilité considérer ceux-ci comme représentant les traités qui avaient joui d’une certaine publicité, et ceux-là comme représentant les livres venus directement de la famille des hippocratiques. En définitive, tout ce qui , de la Collection hippocratique, se trouve authentiquement consacré par les travaux des anciens critiques , réunit un tel ensemble de conditions qu’il est difficile d’en concevoir la publication autrement que d’une manière analogue à celle dont Strabon nous a con¬ servé le récit pour la collection aristotélique. Prosper Martian dit, dans la préface de son Commentaire sur Hippocrate : « Si tous les livres appéiés hippocratiques ne « sont pas d’Hippocrate , par quel hasard ont-ils reçu son ractère du style. J’ai rangé ces quatre règles d’après l’importance que je leur attribue. La première dépasse toutes les autres en auto¬ rité; j’y subordonne les trois dernières. Ces règles ainsi po¬ sées, ce n’est plus mon propre jugement , ce sont elles qui décident si un livre doit être considéré comme appartenant à Hippocrate. Mon goût particulier n’a plus rien à faire dans cette détermination ; mon choix est contraint. Il y a tel écrit que volontiers j’aurais attribué à Hippocrate, par exemple, le traité du Régime ( -epl oiai-r/^, en trois livres); mais tous DE CHACUN DES ÉCRITS DE LA COLLECTION HIPPOCRATIQUE 29$ les critiques anciens l’ayant rejeté, je me suis vu obligé, par la règle même que j’ai posée, de le rejeter aussi. Je partage tous les écrits de la Collection hippocratique en onze classes. ln classe.— Écrits qui sont véritablement d’Hippocrate. IIe classe. — Écrits de Polvbe. IIIe classe.— Écrits antérieurs à Hippocrate. IYe classe.— Écrits qui , dépourvus d’une autorité suf¬ fisante pour être attribués à Hippocrate, portent le cachet dô l’école à laquelle il appartenait. Ve classe.— Livres qui ne sont qu’un recueil de notes, d’extraits. YIe classe.— Livres qui, étant tous d’un même auteur, forment une série particulière dans la collection hippocra¬ tique. Cet auteur n’est pas connu. Ync classe.— Un seul traité auquel un témoignage d’Aristote s’applique peut-être. YHIe classe. — Traités postérieurs à Hippocrate, com¬ posés vers le temps d’Aristote et de Praxagore. IXe classe.— Série de traités, de fragments, de compi¬ lations, qui n’ont été cités par aucune critique de l’antiquité. Xe classe.— Notice des écrits que nous avons perdus, et qui faisaient partie, dans l’antiquité, de la Collection hip¬ pocratique. XIe classe.— Pièces apocryphes. PREMIÈRE CLASSE. livres qui sont d’Hippocrate : De Y Ancienne médecine ; le Pronostic ; les Aphorismes ; les Épidémies, 1er et 3e livres ; du Régime dans les maladies aiguës ,* des Airs, des Eaux et des Lieux; des Articulations ; des Fractures -, des Instruments de réduction; des Plaies de tête ; le Serment ; la Loi. TOM. I. JNTRODOCTIOX. 294 De l’ancienne médecine1. Quoique, par toutce qui pré¬ cède, j’aie préparé des ressources pour la discussion de cha¬ cun des écrits de la Collection hippocratique en particulier, cependantil me reste quelques questions épineuses à traiter; je commence immédiatement par la plus laborieuse de tou¬ tes. La solution que j’en donne est un des résultats nouveaux de mon travail d’introduction, et un de ceux qui ont vive¬ ment excité mon intérêt. Car, croyant retrouver ici ce que Platon avait admiré dans Hippocrate, je me suis complu à rechercher la trace d’une communication entre ces deux grands esprits, presque contemporains. La plupart des critiques modernes, Mercuriale Gruner, s’accordent à regarder le traité de X Ancienne médecine comme n’appartenant pas à Hippocrate , et comme étant postérieur à ce médecin. Au contraire, Erotien, parmi les critiques de l’antiquité, attribue cet écrit à Hippocrate lui-même. Mais son témoignage est le plus ancien que nous possédions à cet égard, et l’assertion d’un écrivain qui a vécu plus de quatre siècles après le médecin de Cos ne suffirait pas, en l’absence de toute autre, pour entraî¬ ner la conviction. Aussi, manquant de renseignements qui dépassent l’époque d’Erotien, et ébranlé par les objec¬ tions des critiques modernes qui rejettent du canon hip¬ pocratique le traité de X Ancienne médecine , j’étais long¬ temps resté dans le doute ; et, quoiqu’une lecture attentive et répétée me prouvât que ce traité renfermait une doctrine identique à celle de l’école de Cos, et tenait par une foule de points à plusieurs autres écrits véritablement hippocratiques, quoique j’y retrouvasse les préceptes les plus dignes d’admi¬ ration sur 1 art d’observer en médecine, et les principaux 1 Hepi àpyatr<; Vptx^ç. DE chacun des livres hippocratiques en particulier. 295 traits du système d’Hippocrate lui-même, je n’osais , sur de pareilles présomptions , me mettre au-dessus de l’avis de mes prédécesseurs, ni prendre , sans une plus ample certitude , un parti qui aurait toujours pu être taxé de conjecture ha¬ sardée. D’ailleurs, il entre dans les règles de critique que je me suis faites , de chercher d’autres preuves d’authenticité que celles qui résultent de l’examen du style , ou même de l’examen des pensées et des doctrines , et d’être surtout sa¬ tisfait lorsque j’ai rencontré quelque témoignage qui se rap¬ proche du temps même où a vécu Hippocrate. Or, j’ai découvert , je pense , en faveur du traité de V An¬ cienne médecine , un de ces témoignages décisifs qui, une fois reconnus , ne laissent plus de place pour aucun doute : c’est celui de Platon. Ce philosophe cite , à différentes re¬ prises et toujours avec éloge , Hippocrate nominativement ; et le soin même qu’il a d’invoquer l’autorité du médecin de Cos, montre qu’il était familier avec ses écrits. On lit dans le Phèdre : « Socrate.— Penses-tu qu’on puisse compren- « dre, jusqu’à un certain point, la nature de l’àme, sans étu- tc dier la nature de l’ensemble des choses? Phèdre. — Si l’on en croit Hippocrate, le fils des Asclépiades, on ne peut « comprendre même la nature du corps sans celte méthode. <( Socrate. — C’est très bien, mon ami, qu’Hippocrate s’ex- «. prime ainsi. Mais , outre Hippocrate , il faut interroger la « raison , et examiner si elle s’accorde avec lui. Phèdre. — Sans doute. Socrate. — Yois donc ce que Hippocrate et c la raison pourraient dire sur la nature. Quel que soit 1 ob- « jet dont on s’occupe , n’est-ce pas de la manière suivante <( qu’il faut procéder : examiner d’abord si l’objet sur lequel « nous voulons nous instruire et instruire les autres, est sim- « pie ou composé ; ensuite, dans le cas où ü serait simple , « considérer quelles sont ses propriétés , quelle action il 296 INTRODUCTION. « exerce sur les autres substances , ou quelle action il en re- « çoit $ enfin, dans le cas où il serait composé , en compter « les éléments , et faire , pour chacun de ces éléments, ce « qui avait été fait pour l’objet simple, c’est-à-dire, l’étu- « dier à l’état actif et à l’état passif K . » J’ai transcrit ce long morceau de Platon parce qu’il est indispensable pour juger la discussion dans laquelle je vais entrer. Pesons d’abord exactement les éléments de la ques¬ tion , et voyons ce que comportent les termes dont s’est servi le philosophe athénien. Platon ne nous donne pas le titre d’un écrit d’Hippocrate ; il ne dit ni ne fait entendre que son allusion soit tirée de quelque livre qui ait été intitulé sur la Nature de V homme ; il se borne à rappeler qu’Hippocrate a exprimé l’opinion qu’on ne peut bien étudier le corps , sans embrasser l’étude de la nature dans sa généralité. H ne faut donc pas chercher, dans le passage de Platon, l’indication d’un titre d’ouvrage. Je ne connais, sur ce point littéraire, que deux opinions , celle de Galien , qui assure que Platon a voulu citer le traité de la Nature de Vliomme , et celle de quelques modernes qui 1 XQ : ty’ujfTj!; ouv tpuatv açttoç Xdvou xaTavor;<7ai otei ouvaTov et- vai avsu t 5;? tou é>Xou «puascoç * <1>AI : Et uiv ‘IirrroxpaTSt ts tw twv AcxX/yrctaotov ôsï Tnrs(6sa6at , oùSs ttsoi GwpiaTOç avsu t9;ç ulsôooou rauTTjÇ. XQ : KaXcoç yàp, to ÉTatpSjXéyst. Xpvj jisvrot, -rcpo; tw xparst tov Xdvcv IçeTaÇovTa, cxoxeetv sï ouptîpcovsï. d>AI : dE»vîjxt. XQ : f° "°'-vuv ^£Pl çdaswç cncdrsi t( ttots Xsyst ‘iTTroxpa-r/jç ts xat 6 aXrr ÔTjçXoyoç. Ap ouX Sos jrpv) otavosïaôai rspl ôtououv ousswçj TîpSxov f/iv , a-Xouv r, iroXustoéç i «épuxCV, % -0 Tt xaOstv &7ro' tou. Platon , tome vin, p. 62 , Ed. Tauchn. DE CHACUN DES LIVRES HIPPOCRATIQUES EN PARTICULIER. 297 pensent que le livre d’Hippocrate auquel le philosophe athé¬ nien fait allusion, est perdu , et l’est depuis une époque an¬ térieure à Galien. Cette discussion est de la plus haute im¬ portance dans l’histoire littéraire d’Hippocrate; en effet, il s’agit, dans la liste fort restreinte des écrits authentiques, de retrouver un traité dont Platon a invoqué l’autorité. Galien a prétendu que le passage du Phèdre se rapportait au traité de la Nature de V homme, et c’est son grand argu¬ ment pour soutenir l’authenticité de cet écrit. « Tous les mé- « decins , dit-il , excepté un petit nombre , croient que le < raité de la Nature de l’homme est d’Hippocrate. Platon « lui-même a connu ce traité. Car on lit dansle Phèdre: Pen- <( ses-tu qu’on puisse connaître quelque peu la nature de Vâme sans connaître celle de Vuniversalité des choses ? s’il « faut croire Hippocrate , fils des Asclèpiades , on ne peut « pas même connaître le corps sans cette méthode. Après ce « passage , ceux qui parlent au hasard , doivent rechercher dans quel livre d’Hippocrate est consignée la méthode que <( loue Platon ; et ils verront qu’elle ne se rencontre dans « aucun autre livre que dans celui sur la Nature de Vhom- me*. » On voit quel est l’argument de Galien : la méthode attribuée par Platon à Hippocrate ne se trouve dans aucun livre de la Collection , excepté ce traité ; donc il est celui au¬ quel Platon fait allusion. D’abord remarquons, ainsi que je l’ai déjà dit plus haut , qu’il ne s’agit pas dans le passage du Phèdre d’un titre de livre. Par conséquent il importe peu que le traité où Galien croit retrouver l’allusion de Platon, soit intitulé sur la Nature de Vhomme. Le médecin de Pergame ajoute que la méthode louée par Platon est observée dans ce traité ; cela est vrai jusqu’à un 1 Gai., tome v, p. 2, Ed. Basil. 29S iMKODücriox. certain.point-, mais, n’en déplaise à Galien, cela est vrai aussi pour d’autres traités, où l’auteur énumère les éléments con¬ stitutifs du corps humain. Et d’ailleurs , il ne s’agit pas uni¬ quement dans le passage du Phèdre de cette méthode ; mais il s’agit aussi de l’opinion d’Hippocrate sur la nécessité d’em¬ brasser la généralité de la nature pour étudier convenable¬ ment le corps. Or, rien de cela ne se lit dans le traité que Galien avait pris sous sa protection -, et la seule phrase un peu générale que ce traité renferme est celle où l’auteur dit : « Ceux qui sont habitués à entendre sur la nature de « l’homme des raisonnements qui dépassent les relations de « cette étude avec la médecine , ne seront pas satisfaits de « mon discours *. » Or, il n’v a rien là qui rappelle , même de loin, le passage de Platon. Parmi les critiques modernes, ceux qui, ne suivant pas aveuglément Galien , ont voulu comparer eux-mêmes le Phèdre et le traité de la Nature humaine , se sont convain¬ cus que ce passage et ce traité n’ont rien de commun. Mais ils n’ont pas étendu plus loin leurs recherches, et ils ont ad¬ mis que le livre d’Hippccrate auquel Platon faisait allusion , avait péri dès avant Galien. Mais cette conséquence est-elle juste ?je ne le pense pas ; et je vais essayer de le démontrer au lecteur. On voit que , depuis Galien , ce point d’histoire littéraire n’a point sérieusement occupé les critiques; c’est une raison de plus pour que j’en discute minutieusement tous les éléments *, et peut-être en résultera-t-il la preuve qu’une étude attentive des textes peut encore , même après les excellents travaux de nos devanciers, jeter un jour inat¬ tendu sur des questions qui avaient été abandonnées. OffTiç t/.sv suoQsv àxousiv Xe yovtwv apupl tt;ç \ 304 on tire les conséquences scientifiques qui en découlent : as¬ surant que c’est là la seule voie, la seule méthode, comme dit Platon, qui puisse donner des notions positives sur le corps. Toute la portée de la pensée d’Hippocrate est dans son opposition avecla doctrine des philosophes qui voulaient qu’on étudiât l’homme en soi , pour en déduire , dans le cas particu¬ lier de la médecine , les règles de l’art. Hippocrate s’arrache à cette doctrine; et il demande que les études, au lieu de par¬ tir de l’homme, y aboutissent. La différence est capitale; elle a frappé Platon. Aussi il répète , à son tour , qu’il faut étuçlier l’âme dans tous ses rapports avec le reste de la na¬ ture pour en avoir une conception juste et complète , et il ajoute que cette méthode doit d’autant plus être suivie à l’é¬ gard de l’àme , que le corps , moins difficile à connaître, ne peut cependant , au dire d’Hippocrate, être , sans elle , ni étudié convenablement, ni connu, ni apprécié. Le philosophe a appliqué à la psychologie l’idée profonde et étendue à la fois que le médecin s’était faite de l’étude de la physiologie. Et dans Hippocrate , ce n’est pas une pensée fortuite , jetée en passant dans le cours d’un livre, car ce livre tout entier est une longue polémique contre les philo¬ sophes et les médecins de son temps. H met sa doctrine en relief, et l’on conçoit d’autant mieux qu’elle ne soit pas restée inaperçue de Platon; car elle est fondamen¬ tale, exprimée avec- gravité, et d’un ton propre à attirer l’attention. Elle secoue tout le dogmatisme qui reposait sur la considération de la composition hypothétique du corps humain , et déclare hardiment qu’il faut renoncer à étudier le corps en lui-même; qu’il faut y voir, non un point de dé¬ part, mais un centre, et en chercher la connaissance aussi bien dans l’action du reste des choses que dans sa propre DE CHACUN DES LIVRES HIPPOCRATIQUES EN PARTICULIER. 305 constitution. C’est une pensée analogue à celle que Bacon a exprimée en disant que personne ne peut découvrir la nature d’une chose dans cette chose elle-même, mais que la re¬ cherche doit s’étendre à des objets plus généraux. Il y a en outre, dans ce passage, un sentiment profond de la réalité des choses, et , par conséquent, la haine des hy¬ pothèses gratuites. Evidemment, Hippocrate a compris que les propriétés du corps vivant ne pouvaient être déduites, à priori , des suppositions qui 'avaient été faites sur la consti¬ tution présumée de ce même corps, mais qu’elles devaient être trouvées , expérimentalement, à posteriori, par l’exa¬ men des actions que chaque chose produit en Iui(S,Tt *©’ iy.Ssrou sxacro) GuaSr'aîTat). Il ne veut pas que, pour appren¬ dre la médecine, on apprenne ce qu’est l’homme suivant la érection philosophique d’Empédocle et des autres 5 mais il veut que, pour apprendre ce qu’est l’homme, on étudie quels' sont les rapports du corps vivant avec les aliments, les boissons, et tout le genre de vie 5 et c’est de cette façon , dit-il , qu’on apprendra ce qu’est l’homme , et par quelles causes il subsiste (avôpcoTroç ri è( rct, xal 81 o?aç atxtaç ytvsTai). Fermeté et rectitude admirables d’un grand esprit qui ne se laisse séduire par aucune fausse hypothèse, et qui , captivé par la contemplation delà nature, recommande de l’inter¬ roger, et non de la deviner. J’ai prévenu, dès le commencement, en disant que la cita- tion de Platon n’est pas textuelle, une objection que l’on est disposé à faire en voyant que les expressions du philosophe : la nature de V ensemble des choses tou #Xou çusew;) ne se trouvent pas dans le passage du livre de l 'Ancienne médecine auquel, suivant moi , le Phèdre fait allusion. C’est ici le mo¬ ment d’y revenir; car, au point où la discussion est arrivée, on comprendra sans peine que Platon n’a nullement cité les 20 TOM. INTRODCCTIOX. 30G propies termes d’Hippocrate. Dans le Phèdre , Socrate, après avoir dit que Périclès devait sa supériorité comme orateur aux leçons d’Anaxagoré , qui l’avait entretenu des phéno¬ mènes de la nature, ajoute que la haute éloquence ne peut guère se passer de la contemplation de ces merveilles. Il compare alors l’art de la parole à la médecine, disant que , de même que la nature du corps doit être connue du méde¬ cin ,' de même la nature de l’âme doit l’être de l’orateur , si l’un et l’autre veulent exercer leur art avec des lumières meilleures que celles de l’empirisme et de la routine. Puis i! demande à son interlocuteur si l’on peut comprendre la nature de l’àme sans celle de l’ensemble des choses. On voit que ses idées se suivent, et que ce sontAnaxagore et Périclès qui lui ont suggéré son opinion sur l’éloquence, et, par un enchaî¬ nement naturel, sur l’étude de l’âme. Phèdre lui répond que l’étude même du corps n’est possible que d'après cette mé¬ thode , si l’on en croit Hippocrate. C’est donc une méthode seulement, et non une expression du médecin de Cos , que Platon cite, méthode qui consiste à ramener l’étude de toute chose vers le corps humain pour en comprendre la nature. Or que trouvons-nous dans le passage de Y Ancienne méde¬ cine? une méthode, et justement la méthode indiquée par Platon. Ainsi le philosophe athénien n’a pas emprunté ces mots : la nature de Y ensemble des choses , à Hippocrate-, le texte même le montre; et les propres paroles de Platon , et le sens qu’elles renferment, tout concourt pour rapporter le passage du Phèdre au traité de Y Ancienne médecine. Une difficulté reste encoreàlever dansle passage de Platon. Il en est des recherches delà critique comme des recherches de la médecine légale. Il faut noter toutes les circonstances: les plus petites, les plus insignifiantes au premier abord , < ; même les plus inexplicables, donnent, si l’on parvient à en DE CHACUN DES LIVRES HIPPOCRATIQUES EN PARTICULIER: 307 déterminer avec exactitude les tenants et les aboutissants , des clartés tout à fait inattendues sur l’objet caché que l’on essaye de découvrir. J’ai donc pensé que ce qui , dans le texte de Platon, faisait difficulté, devait non seulement s’ex¬ pliquer, mais encore tourner à la confirmation du point d’histoire littéraire que j’avais établi plus haut. La difficulté gît dans ces paroles de Platon : vois donc ce qu’ Hippocrate et la raison ‘pourraient dire sur la nature ( 2xorst zi ttot£ Xéyet 'iTTroxpa-rz-ç zz xai ô àX7)0r,ç ) : à la suite de quoi , Platon expose comment on doit étudier la na¬ ture d’un objet quelconque. Or ce détail n’est pas, textuelle¬ ment du moins, dans le traité de F Ancienne médecine ; c’est un fait, et loin de le nier , je le constate. Si donc ces mots : ixo— £i zi —ors Xfj'ct 'IirjroxpaTTjÇ zz xai ô aXr,0-/jç Xayoç ) annon¬ cent une citation textuelle d’Hippocrate, comme cette citation ne se trouve ni dans le traité de V Ancienne médecine ni ail¬ leurs, tout ce que j’ai établi tombe, et nous avons perdu le livre auquel Platon fait allusion. Mais je maintiens que ce n’est pas une citation textuelle, et je vais le démontrer par le passage même de Platon. Il y a dans ce passage trois points : 1° la méthode d’Hip- p :crate;2° l’intention de soumettre cette méthode au juge¬ ment de la raison -, 3° l’annonce de ce que diront Hippocrate et la raison. Ainsi ce que vont dire Hippocrate et la raison , est ce jugement même porté sur la méthode. Par là Platon indique que ce développement, qu’il attribue simultanément à Hippocrate et à la raison , n’est pas du médecin de Cos, mais que c’est lui, Platon, qui examine et juge la valeur de la proposition d’Hippocrate. C’est pour répondre à cette pensée de Platon que j’ai tra¬ duit : vois donc ce qu’ Hippocrate et la raison pourraient 'ire sur la nature. Cette traduction fait sentir que ce qui va INTRODUCTION. 308 être dit est, non pas une citation d’Hippocrate , mais un dé¬ veloppement de sa pensée. Tous les traducteurs que j’ai consultés ont rendu autre¬ ment ce membre de phrase $ ils ont mis : vois ce que disent Hippocrate et la raison. Cette traduction ne répond pas au sens même du texte, et donne du louche à tout le morceau ; en effet , elle porte à croire que ce qui va être dit est tex¬ tuellement emprunté à Hippocrate*, alors il est impossible de comprendre comment Platon , qui veut soumettre une pro¬ position d’Hippocrate au jugement de la raison, cite Hippo¬ crate lui-même en garantie. En effet, on a négligé une petite observation grammati¬ cale qui aurait pu remettre sur la bonne voie. Le Grec ne dit pas : Tl Xéyst 'I^TTroxpaT^ç xz xai 5 àXrfir^ Xôyoç , mais : xi xzoxz Xeyet. Il y a là une nuance qui n’a pas été saisie. La particule explétive n’est jamais inutile ; parfois, il est vrai , la distinc¬ tion est si fugitive, qu’une traduction l’omettra sans incon¬ vénient, mais d’autres fois elle ne peut être négligée impu¬ nément ; ici elle donne à la phrase une signification dubitative dont il faut tenir compte, et que j’ai indiquée dans ma tra¬ duction en disant : vois donc ce qu> Hippocrate et la véritable raison pourraient dire sur la nature. De cette façon , ce qui va être dit est simplement un développement de la proposi¬ tion d’Hippocrate, une explication de la méthode, explication que la raison approuve et confirme. La nuance que je si¬ gnale ici n’est même pas aussi délicate qu’elle le paraît au premier abord. En effet, du moment que l’attention est ap¬ pelée sur ce point, on reconnaît qu’il y a une difficulté in¬ aperçue des traducteurs, mais difficulté réelle, pour savoir comment Platon entend soumettre la méthode d’Hippocrate au jugement de la raison , tout en invoquant simultanément le témoignage d’Hippocrate et de la raison. Mettez : vois ce DE CHACUN DES LIVRES HIPPOCRATIQUES EN PARTICULIER. 309 que disent Hippocrate et la raison, Ja difficulté est palpable, et le sens est troublé. Mettez : vois ce que pourraient dire Hip¬ pocrate et laraison, le sens est net, et tout se lie et s’explique. Ce n’est pas tout : le passage de Platon ne devient clair et intelligible que par le passage d’Hippocrate. En effet , écar¬ tons pour un moment le souvenir de la doctrine du médecin, et. considérons en lui-même le raisonnement du philosophe. Il commence par poser qu’on ne peut connaître l’àme ou le corps sans l’étude de l’ensemble des choses. H faut s’arrêter à cette pensée, qui est pleine de grandeur, et essayer de la comprendre , sans tenir aucun compte du commentaire qu’y joint Platon. Le sens le plus naturel qu’elle comporte paraît être que, l’âme et le corps étant des parties d’un grand tout, la connaissance du tout est indispensable à la connaissance des parties. C’est la première interprétation qui se présente à 1 esprit. Mais de quelle manière Platon commente-t-il lui- même cette pensée? Suivant lui, cela veut dire que, pour étudier la nature d’une chose, du corps ou de l’âme, par exemple , il faut rechercher si elle est simple ou composée , et quelles sont les actions qu’elle exerce ou qu’elle reçoit. La pensée et le commentaire sont fort éloignés l’un de l’autre ; étudier l’ensemble des choses pour connaître la nature d’un objet, et étudier les actions que cet objet exerce ou reçoit , ne semblent pas deux propositions dérivées l’une de l’autre par un enchaînement immédiat. L’étude de l’ensemble des choses ne peut signifier l’étude des actions qu’exerce ou que reçoit un objet , qu’autant que cette doctrine est expliquée. Or, rien de plus clair que cette explication, du moment qu’on a lu le livre de Y Ancienne médecine. Du temps d’Hip¬ pocrate , on prétendait qu’il n’était pas possible de connaître la médecine sans savoir ce qu’était l’homme. Hippocrate ré¬ pond à ceux qui avaient cette opinion : « Je pense , au con- INTRODUCTION. 310 zaûrr^ tt,v j-o'9sgiv uTToOepivcp, comme Hippocrate dit uttoôhgiv gçuhv aù- teo'.Giv uttoGsjasvoi ; mais je ferai remarquer que la polémique instituée par Hippocrate contre les sophistes et les médecins est bien véritablement relative aux questions qui s’agitaient de son temps. Il combat, on vient de le voir, quelques points de philosophie que Platon fait combattre à Socrate dans le Sophiste. De plus il attaque l’application, dans la médecine , des doctrines de l’école d’Élée , et plus particulièrement de Zénon , qui supposait que toutes choses étaient constituées par le chaud, le froid, le sec et l’humide.'Le dialogue le So¬ phiste a quelques analogies avec le traité de Y Ancienne mé- ’ Otto (roi 6spptov xat pov r( ttvs ouo toioutm tsc ~avr sïvaî iXT£..... Tome ii, p. 41 , Ed. Tauch. * 'Oxogoi. ... uro'Osctv otptctv aursotatv ôitoOep.evot iw xô^tù 6sp- aov, r, -huypov , r, 6ypov, vi ^pbv, rt akX 8 xt av êÔî'Atootv.... vr.v ioyry zîr^ cthlr^ toîgiv àv&p«7:otGi xwv vo-jawv zt xat tou 6«va'xou xat tzôîgi rr,v aùxr|V, tv rt Svo 7tpo9su.6vot. De \ et. Med., p- 4 , Ed. Frob. INTRODUCTION. 312 decine; et je suis porté à croire qu’Hippocrate a été, ici, mis à contribution par Platon. Dans ce traité, Hippocrate dit qu’il faut expliquer aux gens ignorants en médecine les maladies qu’ils éprouvent , et qu’on s’écarte de la réalité quand on ne sait pas se faire comprendre d’eux 4. Cette idée est certainement singulière. Mais Platon , en plusieurs endroits de ses ouvrages , dit la même chose : « Le médecin, s’enquérant auprès du malade ' PARTICULIER. 313 lien résulte que ce livre est un des plus authentiques que nous possédions ; la citation de Platon étant rapportée à sa véritable place, il ne reste plus aucun doute sur un écrit que le disciple de Socrate a tenu dans ses mains, a lu et a loué. Platon n’a pu en cela ni se tromper, ni être trompé. Gruner a remarqué que l’auteur du traité de Y Ancienne Idecine s’appuyait, dans toute son argumentation, sur une d ctrine qui admettait des humeurs multiples dans le corps humain, telles que l’amer, le doux, l’acide, le salé, l’astrin¬ gent , etc. , et que cette doctrine était celle d’Alcméon, phi¬ losophe pythagoricien qui a fleuri au moins 70 ans avant Hippccrate 4. « Alcméon , dit Plutarque 2, attribue la con¬ servation de la santé au mélange égal des qualités, l’hu¬ mide, le chaud, le sec, le froid, l’amer, le doux , etc. ; la maladie , à la domination d’une d’entre elles 5 car il pense que la prépondérance exclusive de l’une d’elles détruit la santé. » La doctrine et lés mots d’Alcméon se retrouvent dans le traité de Y Ancienne médecine ; c’est au juste mélange de ces qualités que l’auteur de ce traité attribue la conser¬ vation de la santé ; c’est dans la prédominance de l’une qu’il [ ice la cause des maladies -, il se sert, comme Alcméon, du mot ouvctjueç pour les dénommer. Gruner, qui regarde le traité de Y Ancienne médecine comme n’appartenant pas à Hippo¬ crate et comme lui étant très postérieur, voit, dans cet em- 1 : unt de doctrine et de langage, fait à un auteur aussi ancien qu’ Alcméon , un moyen pris par le pseudo-Hippocrate pour 1 Vers l’an 500 avant J.-C. VXxaattov t5;ç fiiv vyzictç gtvai (ruvsxTiXTjV tsovoixiav twv ouvâ- -'-ov, Gy pou , ôspjAOu, Sjvjpou , , îrtxpou, yXuxg'oç , xalxwv Xoi- ~~v • TT(v 5’ Iv aüxotç aovapyt'av, vo'ffou -otr,Tixr'v • cpOopOTTOiov yàp :/.rc£po’j (Aovap/tav. Plut. DePlac. Philos., tome Y, p. 514, Ed. Tauclin. INTRODUCTION. 314 se donner un yemis d’antiquité. Mais il était bien plus na¬ turel de croire qu’un écrivain qui empruntait ainsi au phi¬ losophe pythagoricien sans le nommer, était lui-même fort ancien, et qu’Hippocrate s’autorisait d’Alcméon comme Pla¬ ton s’autorisait d’Hippocrate lui-même. Au reste, en démon¬ trant que Platon avait connu le traité de X Ancienne méde¬ cine , j’ai expliqué la conformité qui se trouve entre ce traité et des livres antérieurs , et je lui ai rendu sa place entre Alc¬ méon et Platon. Je viens, par des témoignages extrinsèques, au milieu desquels domine celui de Platon , de défendre l’authenticité du livre de Y Ancienne médecine ; mais ce livre ne doit pas être considéré isolément; il faut maintenant l’examiner du point de vue du reste de la Collection; car, si, comme je le crois, les témoignages que j’ai réunis sont assez puis¬ sants pour décider la question d’authenticité , ce livre doit , à son tour, porter des caractères intrinsèques qui le met¬ tent en accord avec d’autres livres que l’antiquité a regardés comme étant véritablement d’Hippocrate. Je ne parlerai ici ni de la doctrine de la coction, ni de celle des crises, ni de celle des jours critiques, doctrines dont l’auteur du livre de Y Ancienne médecine fait la base de la science et qui sont fondamentales dans tout le système d’Hippocrate; elles ont été professées depuis lui par ses disciples. Mais j’insisterai sur des connexions plus étroites. Ainsi il est dit dans le livre de Y Ancienne médecine : *l7rnoxpxT£ç ; ô xaïïxoç Stivi Ït.z-zxi Çéc iç, oià xr4v roidxr4Tâ r~; SÀTjÇ, xat ctyoç, açopr4xov , xat ày pur via, xat xi xoiauxa, oxa ev piièxxtv, Insixsxxepoç Stà xr4v xwv auxxoïytov wpav Ixxtv, &zt tzxvtx "2 xocxà eTTixeivsxai , Tj £v xâ> yetgMVi , r4vixa xo cçoSpov xyç xtvr'- ; xoXaÇexat, xai xo opiu.lt àaêXuvExai , xai xo Sko v voxr,aa rtméy- xtpov xaOtcxaxai, Schol. in Hipp., Ed. Dietz, t. il, p. 526. TOM. I. 21 INTRODUCTION. 322 <( Ces écrivains pensent que les maladies sont aggravées par <( les circonstances semblables , amoindries par les circon- (( stances contraires , d’autant plus qu’Hippocrate a dit lui- (c même que les contraires se guérissent par les contraires. « Jls pensent que la fièvre ardente qui naît dans l’hiver est « plus facile à guérir que celle qui naît dans l’été *.» Le traité des Semaines, dont j’ai exhumé une vieille traduction latine, et dont un fragment est inséré dans le livre prétendu hip¬ pocratique des Jours critiques ( p. 388, Ed. Frob.) , a cette phrase : « Le signe le plus important de guérison est que « la fièvre ardente, ainsi que les autres maladies, ne soit pas <( contre la nature 5 le second , c’est que la saison elle-même « concourre à combattre la maladie; car, en général, la « constitution de l’homme ne surmonte pas la puissance de « l’ensemble des choses 1 2. » L’aphorisme en question, qui est le 33e de la 11e section, esl ainsi conçu : « Dans les maladies, le danger est moins grand « pourceux chez qui la maladie a des conformités avec la n;;- « ture du corps, avec l’âge, avec la constitution, avec la saison, « que pour ceux chez qui la maladie n’a aucune conformité « de ce genre3. » Dans la proposition d’Hippocrate, il n’est pa< 1 To S’ IvavTtov utto AtoxXiouç EiprjTat xàv tm Ilspt lëcotxac: , UTroXaëo'vTwv , ô; E?pr-ai,?wv ypx-iavTwv àvSpSv, aura îrapoluVEcOz: ptsv u— 0 twv ôaouov Ta yoar'aaxa , Xuscôat ck utto twv Ivavr'oov, E7TE10T, irpoç aùxou to~ 'ErTroxparouç xà Ivav-ia twv Ivavxtwv lâuxra. Noai'souaiv oOv èy ystjuSvt cuaravra xauaov euiaroTspov eTvat toj xaTa to espoç. Tome v, p. 247, Ed. Basil. 1 aVIsyidrov Totvuv cr^oslov Iv tcioi {jleaXodsi twv xaavoVrwv cacôat, eav pr, Trapà tpuaiv r, 6 xaû Erotien regarde ce livre comme étant d’Hippocrate, et fine fait aucune distinction. Athénée as¬ sure que plusieurs en regardaient la moitié comme illégi¬ time, et quelques-uns même le tout 2. Bacchius en avait ex¬ pliqué des mots dans son lexique ; par conséquent, dès lors, ce traité était considéré comme hippocratique ; mais on peut remonter encore plus haut. En effet, Galien , parlant de la partie qu’il regarde comme illégitime, dit : « Si ce morceau « n’est pas d’Hippocrate , il est cependant fort ancien 5 car , « dès le temps d’Erasistrate , il était réuni à la partie légi- ~*~ Xxtov Youvecrtv, to; xa-ra touç Epastcrparou ypôvouç 750?) irpo ax.zï'sbv’. tco vvr^up. Tome v, p. 89, Ed. Basil. 4 Galien, t. v, p. 47, Ed. Basil. DE CHACUN DES LIVRES HIPPOCRATIQUES EN PARTICULIER. 329 disciples Apollonius et Dexippe , qu’il dit avoir fait fabri¬ quer des vases de la contenance de la sixième partie d’une cotvle , et de n’en avoir accordé qu’un ou deux aux ma¬ lades . Pour confondre la malveillance qui cite Apollo¬ nius et Dexippe sans avoir un écrit d’eux à montrer , et qui n’écoute pas Hippocrate lui-même, il suffit de citer quelques phrases du traité du Régime dans les maladies aiguës 4. » (Le sixième d’une cotyle est un cyathe , xûaôo? , et représente 0,045 du litre (Voyez Saigey, Métrologie, p. 34). Dans la pharmacie, une cuillerée à bouche représentant une demi-once de liquide, la sixième partie d’une cotyle équi¬ vaudra à un peu moins de trois cuillerées). La dernière portion de ce traité est une composition ancienne ; car , dès le temps d’Érasistrate , elle était réunie à la première, qui est authentique. On ne peut donc con¬ cevoir comment Érasistrate a osé se moquer d’Apollonius et de Dexippe, et de leurs vases de cire ( T. v, p. 89 ). » Ces passages seraient sans doute fort clairs , si nous avions > us les yeux ceux du livre d’Érasistrate auxquels ils font allusion. Mais, les œuvres du médecin d’Alexandrie étant perdues, ils deviennent très obscurs, car ils sont pour nous ce qu’est une conversation dont on n’entend qu’un des inter¬ locuteurs , l’autre étant hors de la portée de notre oreille. Ce qui ressort des citations précédentes , c’est que Galien , accusant Érasistrate d’avoir fait un reproche injuste à Hip¬ pocrate , ne rapporte les reproches que comme adressés à Apollonius et à Dexippe. Si Érasistrate n’avait parlé que de ces deux médecins, comment Galien se serait-il imaginé que ces deux noms n’étaient qu’un couvert sous lequel l’illustre mé¬ decin d’Alexandrie dirigeait ses attaques contre Hippocrate? Galien, t. v, p. 85, Ed. Basil. 330 INTRODUCTION. Et non seulement Galien avait cette opinion , mais elle était partagée par les érasistratéens et par ceux qui disaient qu’Hippocrate faisait mourir ses malades de faim4. Évidem¬ ment il y avait, dans le traité sur les Fièvres, quelque chose de plus que la mention d’Apollonius et de Dexippe. Hippocrate y a dû être désigné nominativement , ainsi que le traité du Régime dans les maladies aiguës. Voici comment je conçois que cette désignation y était exprimée : Érasistrate, passant en revue les médecins qui , dans les fièvres , avaient conseillé les régimes les plus opposés , depuis ceux qui con¬ damnaient leurs malades à une abstinence complète, jusqu';! Pétronas, qui les gorgeait devin et de viande 2 , a dû dire , en parlant d’Apollonius et de Dexippe, qu’ils étaient les dis¬ ciples d’Hippocrate et imbus des préceptes contenus dans le traité du Régime dans les maladies aiguës ; il a ajouté qu’ils faisaiènt mourir leurs malades d’inanition, et s’est moqué des petites mesures qu’ils avaient imaginées , et qu’ils pres¬ crivaient si parcimonieusement dans les affections fébriles. C’est ainsi que Galien a pu dire qu’Érasistrate, tout en atta¬ quant Apollonius et Dexippe , avait réellement attaqué Hip¬ pocrate lui-même, et le traité du Régime dans les maladies aiguës. C’est ainsi que les érasistratéens ont pu accuser le médecin de Cos de tourmenter ses malades par une absti¬ nence trop dure. Avec cette explication, tout devient clair. Erasistrate dénigre Hippocrate, mais il ne fait de reproche direct qu’à Apollonius et à Dexippe-, il n’a aucun livre de ces 1 'DoTTcp raXiv oi Xiuoxtoveïv auTov etîrovTsç. Galien, t. v, p. 50. Ed. Basil. AlsXôcOV Yocp £V TW TTpOîlpTj USVO) {îléXuo TOUÇ EVOCVTttoTaTOUÇ OC^Oi- Yaïç èir\ to>v TrupsTrovxwv ^pwaevouç îaxpouç, touç te aaxpaîç àffi- Tiaiç xoera~ovoùvTaç tovjç xaavovraç , xat üsTpwvav tov xpsa te xat oTvov otSovra. Galien, t. v, p. 40, Ed. Basil. I>E CHACUN DES UVKES HIPPOCRATIQUES EN PARTICULIER. 331 médecins à montrer, et cependant il les représente comme ’ s disciples fidèles de leur maître, et ridiculise leur pratique. Au lieu de citer Hippocrate lui-même, il les cite, et ici Galien joute qu’il suffit, pour le confondre, de recourir au traité même d’Hippocrate $ ce qui n’aurait aucun sens , si ce traité et Hippocrate n’étaient pas compris, d’une façon ou d’autre, dans la censure dirigée contre les deux disciples. Plus loin , il remarque que la fin, apocryphe suivant lui, du livre du Régime dans les maladies aiguës , était, du temps d’Érasis- irate , jointe à la partie authentique , et après cette remarque s’écrie : On ne peut concevoir V audace d’ Érasistrate , qui se ^ que des petites mesures d? Apollonius et de Dexippe. Quelle liaison y a-t-il entre ces deux phrases, à moins qu’on ne suppose, comme je l’ai fait plus haut, un passage d’Éra- ■- strate où il était dit que ces deux médecins observaient les maximes du traité du Régime dans les maladies aiguës. Alors Galien a raison d’accuser de' mauvaise foi Érasistrate, qui s’obstinait à faire remonter à Hippocrate la responsabilité de la pratique de deux disciples , et ne voulait pas discuter le texte même du médecin de Cos. Quoiqu’il en soit à cet égard, il demeure constaté que non seulement ce traité a été connu comme hippocratique par Bacchius, mais encore qu’il existait à Alexandrie dès le temps d’Érasistrate , et que ce médecin l’avait critiqué d’une façon ou d’autre. Les témoignages antérieurs manquent, il est vrai; mais ceci admis, allons plus loin. L’auteur de ce traité ne combat-il pas pas les médecins cnidiens qui don¬ nent un nom de maladie à chaque symptôme? l’auteur du Pronostic ne déclare-t-il pas formellement s’abstenir d’énu¬ mérer des noms de maladie, disant que les signes généraux de pronostic suffisent à son but? n’est-ce pas une polémique cachée contre les Cnidiens? et les deux livres n’appartien- ISTRODCCTIO»'. 332 nent-ils pas à la même pensée et à la même main? n'y a-t-il pas, comme je l’ai remarqué au sujet du traité de F Ancien ; médecine , des conformités frappantes entre ce livre et celui du Régime dans les maladies aiguës ? Tout cela ne forme-t-il pas un corps de doctrine, un ensemble où les choses se tiennent, et qui, s’appuyant, par le livre de V Ancienne méde¬ cine, sur Platon, acquiert, de la sorte, la plus incontestable authenticité? Quant à la partie que Galien juge apocryphe , il faut auss: la considérer, sinon comme telle, du moins comme des notes non rédigées. Dans tous les cas, ces deux portions, unies ensemble depuis une si haute antiquité , ne peuvent pas être séparées , et je les publierai comme on les trouve dans toutes les éditions. Des Airs, des Eaux et des Lieux i. Ayant montré par tant de témoignages concordants que les Aphorismes, le Pro¬ nostic, et le {eet le 3e livre des Épidémies, sont des livres vrai¬ ment hippocratiques , j’ai établi un point de départ fixe , un terme de comparaison qui nous donnera plus de certitude là où les renseignements seront plus vagues. Le traité des Airs, des Eaux et des Lieux est dans ce cas; toute l’antiquité le recon- naîtpour authentique; Galien et Érotien l’affirment; et, comme Épiclès , abréviateur de Bacchius , en explique un mot, ce livre a été connu aussi des plus anciens critiques d’Alexan¬ drie. Mais à ce terme les témoignages nous abandonnent ; je crois cependant que l’examen intrinsèque prouve que ce livre appartient réellement à Hippocrate. L’auteur du Pro¬ nostic dit que les remarques qu’il fait sont applicables à la Hspt aspojv, uoartov xat tottcov . — Autres titres de ce livre : Ilîpt roriov xat wpwv , Érotien ; Ilspt to~mv , Athénée, p. 46, Ed. Casaab. ; Iïspt yocrnov xat totciov, Palladius, Coinm. in Libr. de Fract. ap. Focs. , p. 147, Scc{. vi. DU CHACUN DES LIVRES HIPPOCRATIQUES EN' PARTICULIER. 333 Scythie, à la Lybie et à Délos. L’auteur du traité des Airs , 7 es Eaux et des Lieux a recueilli ses observations dans la Scythie, la Lybie, et dans la Grèce, tant asiatique qu’euro¬ péenne. Or, comme le Pronostic est d’Hippocrate, le traité des Airs , des Eaux et des Lieux est sans doute de lui. De plus les concordances de ce livre avec les Aphorismes et les Tr et 3e livres des Épidémies sont si nombreuses, que évi¬ demment tous ces ouvrages appartiennent au même auteur. On trouve dans Aristote un véritable résumé de ce traité : Les peuples qui habitent les climats froids, les peuples d’Europe sont en général pleins de courage-, mais ils sont certainement inférieurs en intelligence et en industrie 5 et , s’ils conservent leur indépendance, ils sont politiquement indisciplinables, et n’ont jamais pu conquérir leurs voisins. En Asie, au contraire , les peuples ont plus d’intelligence, d’aptitude pour les arts , mais ils manquent de cœur , et ils restent sous le joug d’un esclavage perpétuel. La race grecque, qui, topographiquement, est intermédiaire, réunit toutes les qualités des deux autres. Elle possède à la fois l’intelligence et le courage4.)) On est disposé à croire qu’ Aristote avait sous les yeux le traité des Airs , des Eaux et des Lieux, quand il écrivit ce passage. Des Articulations 2. Voyons quels sont les témoigna¬ ges sur ce livre. Galien n’élève aucun doute sur son au¬ thenticité j Érotien l’a inscrit dans sa liste 5 Bacchius et Phi- linus, élèves d’Hérophile, en avaient expliqué des expres¬ sions dans leurs commentaires. Ainsi, dès l’origine , il figure dans la Collection hippocratique. Mais, plusieurs critiques • Pol., t. 11, p. 41 , trad. de M. Barthele'my-Saint-Hilaire. Pa¬ ris, 1857. » ITepl apOptov. IN'TRODCCTION'. 334 modernes en ayant attaqué la légitimité, cela ne suffirait pas pour les convaincre, et il faut chercher des preuves, s’il en est, qui se rapportent à une période antérieure. Ctésias, dans un passage que j’ai cité plus haut, p. 70, blâme une pratique chirurgicale d’Hippocrate , prati¬ que qui se trouve dans le traité des Articulations. Les termes même dont se sert Galien sont significatifs. Il dit que le premier qui critiqua Hippocrate au sujet de la réduction de la cuisse, fut Ctésias ; ce mot le premier prouve que sa remarque n’est pas faite à la légère , et que Ctésias avait été explicite. Ainsi il est certain que Ctésias avait censuré un précepte de la chirurgie d’Hippocrate, que ce précepte se trouve dans le traité des Articulations , et que les critiques anciens ont rapporté la censure à ce même traité. Yoilà un premier point important pour l’histoire litté¬ raire d’Hippocrate. Second point, qui ne l’est pas moins : on lit dans le traité des Articulations : attacher V échelle à une tour ou au toit d'une maison L « Dioclès, copiant ce « passage, dit Galien , a écrit dans son livre des Bandages : « attacher l'échelle à une tour ou toit d’une maison 2. » Galien, on le voit, pènse que Dioclès a copié sa phrase sur celle d’Hippocrate, et remarquons qu’il avait sous les yeux et le livre d’Hippocrate et celui de Dioclès , ce qui donne un grand poids à son opinion. Cette comparaison nous manque , il est vrai $ cependant, en rapprochant les deux phrases l’une de l’autre, on reconnaît sans peine qu’elles sont calquées Av saxe iv rr(v xXijxaxa y, Trpcç Tupaiv -riva u'i/r^v y, Trpoç eti- rwfia oucou. P. 485, Ed. Basil. 2 Kat ô A-.oxXr.ç Kapusrioç, tocuttjV T7]v-vûv stprJtuivr4v Xs|iv rrapa- opaÇwv Iv tw Hep! êiziSaeptov (StêXtw , xcct3c tovoe tov Tp&rov eypa- <|/£v avsXxeiv Se t r(v xXtjxaxa ?rpoç Trupyov y, oîxtaç asro'v. T. v, p. 61 5, Ed. Basil. DE CHACUN DES LIVRES HIPPOCRATIQUES EN PARTICULIER. 335 Tune sur l’autre, et de plus il est visible que celle de Dioclès est postérieure à celle du traité des Articulations. En effet, Hippocrate s’est servi d’un mot devenu obscur Tupciç, telle¬ ment que les commentateurs ont cru devoir l’expliquer. Ainsi Bacchius avait dit dans le premier livre de son ouvrage in¬ titulé les Dictions, que ce mot signifiait une tente, une tour, ■:i créneau 4. Or, Dioclès remplace le mot rupctç par le mot rrjp yoç, plus usité ; et cette remarque, toute délicate qu’elle est, ne laisse, ce me semble, aucun doute sur la question de savoir si Dioclès a emprunté sa phrase au traité des Ar¬ ticulations. Ainsi voilà une phrase que Galien assure avoir été copiée par Dioclès dans le traité des Articulations ; voilà de plus un précepte chirurgical qui, imputé comme une erreur à Hippocrate par Ctésias , se trouve dans ce même traité. En outre, toute l’antiquité l’a regardé comme authentique, et deux disciples immédiats d’Hérophile l’ont commenté. H est certes difficile de renverser un pareil ensemble d’arguments qui tous reposent sur des témoignages directs, et de ne pas croire que le livre des Articulations est vraiment d’Hippo¬ crate. Il ne faut , en effet , rien moins que de tels arguments pour dissiper les préjugés soulevés par plusieurs critiques mo¬ dernes, entre autres par Gruner, par Sprengel et par Grimm2. On a assuré que la connaissance des artères et des veines impliquait une date postérieure à Hippocrate ; j’ai rappelé (p. 205) que les artères avaient été nommées par Euryphon plus vieux que lui; on a prétendu que le mot muscle était des 1 ’Ev a, cxt^vt, , r, rupYoç, $1 irpoua^wv. Érot., Glossaire , p. 364, Ed. Franz. * Bd. 111 , S. 565. 336 INTRODUCTION. écoles anatomiques d’Alexandrie ; j’ai fait voir qu’il était dans Ctésias. Gruner, dans sa Censure des livres hippocratiques , p. 181, et Sprengel, dans son Apologie d’Hippocrate, ont cru trouver une contradiction entre un passage du traité des Airs , des Eaux et des Lieux où l’auteur parle des femmes guerrières des Sauromates, et un passage du traité des Articulations où l’auteur traite de fable le récit des Ama¬ zones. Le fait est qu’entre ces deux passages il n’y a aucune contradiction , car il n’v a aucun rapport. Le livre des Airs , des Eaux et des Lieux parle des femmes sauromates qui vont à la guerre et qui s’atrophient une des mamelles , afin d’avoir les mouvements plus libres 1 -, ce que l’auteur rapporte comme une observation véritable ; et le livre des Articula¬ tions parle des Amazones, qui désarticulent les membres in¬ férieurs des hommes, dans leur enfance, afin de prévenir toute révolte de leur part ; ce que l’auteur rapporte comme un récit fabuleux 2. On voit donc que celui qui cite l’obser- vati üi des femmes sauromates, a bien pu traiter de fable le conte des Amazones. M. Lebas ( Monuments d’antiquité fi¬ gurée recueillis en Grèce par la commission de Morée, l cahier, p. 65) dit en expliquant les détails du bas-relief qui , dans le temple de Phigalie, représentait la défaite des Amazones : « Le plus grand nombre ont la poitrine entière- « ment cachée, quelques-unes ont le sein droit découvert: « aucune ne l’a mutilé, bien qu’on ait prétendu que l’un et « l’autre usage était propre aux Amazones, en ce qu’il per- « mettait de se servir plus facilement de l’arc. Cette mutiii- « tion n’a pour elle que l’autorité de quelques auteurs au « nombre desquels on est surpris de rencontrer Hippocrate 1 Page 78, Ed. Frob. 1 Page 490, Ed. Frob. DE CHACUN DES LIVRES HIPPOCRATIQUES EN PARTICULIER. 337 {De Aere et Lotis). Elle n’est indiquée par aucun des nom¬ breux monuments d’antiquité figurée que j’ai vus. » Or, Hippocrate attribue cette mutilation , non aux Amazones, mais aux femmes sauromates. Je suis satisfait d’avoir lu, dans 3M. Lebas, que les anciens monuments (le temple de Phi- galie avait été bâti 430 ans avant J.-C.) ne représentaient pas les Amazones avec la mutilation du sein ; Hippocrate n’est pas en désaccord avec eux là-dessus. Seulement il est proba¬ ble que le passage du livre des Articulations où il est parlé des Amazones qui luxent les membres des garçons , et le passage du livre des Airs, des Eaux et des Lieux , où il est dit que les femmes sauromates s’atrophient une mamelle, ont été con¬ fondus et ont donné lieu à l’erreur de croire que les mytho¬ logiques Amazones se mutilaient ainsi ; erreur dont les écrits d'Hippccrate ont été peut-être l’occasion , mais dont ils sont aussi exempts que le temple antique de Phigalie. De plus, en admettant avec les critiques modernes nommés plus haut, que le traité des Articulations contient des no¬ tions anatomiques plus avancées qu’on ne peut le supposer pour le temps d’Hippocrate , à quelle époque placer la com¬ position d’un tel livre ? Ces notions anatomiques si avancées, on les attribue à l’école d’Alexandrie; et cependant deux dis¬ ciples d’un chef de cette école, Philinus et Bacchius , n’hé¬ sitent pas à regarder le traité des Articulations comme l’œu¬ vre d’Hippocrate. Si ce livre renferme des notions qui ne peu¬ vent appartenir qu’aux anatomistes alexandrins , Philinus et Bacchius se sont laissé tromper par un ouvrage qui a été fabriqué, pour ainsi dire, sous leurs yeux. On ne peut donc, en aucun cas , le regarder comme post-alexandrin. Tout cela constitue un ensemble de preuves qui me pa¬ raissent valoir une démonstration; et, conformément aux règles que je me suis faites, et d’après lesquelles je regarde TOM. I. 22 INTRODUCTION. 338 comme prépondérants les témoignages plus anciens que la fondation des écoles alexandrines, je n’ai pu m’empêcher d’attribuer à Hippocrate le traité des Articulations. Des Fractures j. Quoique je regarde le traité des Ar¬ ticulations comme la suite de celui des Fractures , j’ai d’a¬ bord parlé de celui-là , parce que Galien nous a conservé des témoignages qui manquent sur celui-ci. Maintenant, pour montrer l’authenticité du traité des Fractures , il suffira de faire voir qu’il forme un tout avec celui des Articulations. Galien s*est chargé de ce soin, aussi je me contenterai de le traduire 2 : « J’ai dit dans le commentaire sur le traité des « Articulations qu’il est une suite de celui des Fractures; 1 2 3, qui se trouvent soixante et une ligne plus bas dans l'édition in-folio de Froben. Cette différence vient-elle de la volonté des éditeurs postérieurs , ou bien du fait même de la publication primitive ? Des Songes s. Cet opuscule est évidemment la suite du traité du Régime , par conséquent tout ce qui a été dit de l un 1 Tome iv, p. 506, Ed. Bas. - Gai., t. iv, p, 506, Ed. Bas. 3 lïspl evyTtvtwv. 358 INTRODUCTION. s’applique à l’autre. Le traité du Régime est un de ceux d la Collection où la fin est le mieux marquée. La portion qui est relative aux songes ( Hsp'i Ivurvwov) se termine par ime formule qui est réellement la clôture de toutle traité.« Celui. « dit l’auteur, qui observera ce qui est écrit, jouira de L « santé pendant tout le cours de sa vie 5 car j’ai tracé, au- « tant qu’un homme peut le faire, les règles du régime, « avec le secours des dieux L » Des affections 1 2. Érotien ne cite pas ce traité 5 Galien en parle quelquefois, mais il dit qu’il n’est pas digne d’Hip¬ pocrate ; cependant il ajoute qu’il contient beaucoup de choses utiles 3. Ainsi , le seul témoignage explicite de l’antiquité qui soit arrivé jusqu’à nous est défavorable à l’authenticité de ce livre. Remarquons en outre que le silence d’Érotien est aussi une condamnation ; et cependant ce critique a été bien plus facile que sévère dans l’appréciation des titres de chacun des écrits qu’il a admis dans sa liste. Après ces préliminaires, il est évidemment impossible que nous reconnaissions le livre des Affections comme une production d’Hippocrate lui- même, quoique ce soit un abrégé bien fait et rapide d'un? foule de notions médicales. Des Affections internes4. Ce traité, qui n’est pas cité par Erotien, l’est plusieurs fois par Galien, qui nous apprend qu’il portait différents titres 5, et, pour qu’il n’y ait aucune 1 louTotct xsvoç , wç YsypaTTra* , uyicdvst tov (8tov * x*\ îÜpr- TQtl JAOt OtaiTOC, OUVOTOV S’jpstV avôstOITOV OVTSC, TOÏCt 0zr~7' ‘ P- 100, Ed. Frob. 2 Iïcp'i Tradwv. 3 T. V, p. 64, Ed. Bas. 4 Ilspt TGÙV SVTOÇ Tza Q5v. 5 To fttyccXov —gpt îraôtôv * to asT^ov Trspi rraGcov , Trsp't ia—J. .. Tomev .p. cOôet p. 614, Ed.Bas. En outre, dans son GÏossair > . DE CHACUN DES LIVRES HIPPOCRATIQUES EN PARTICULIER. 359 confusion sur des livres qui ont des titres analogues, Galien en cite la première ligne, laquelle est en effet le commence¬ ment du traité que nous possédons aujourd’hui. L’absence du témoignage d’Érotien, l’affirmation de Galien que ce livre n’est pas d’Hippocrate, nous empêchent également d’hésiter sur le rang où nous devons mettre le traité désaffections in¬ ternes ; Foes l’a attribué à Euryphon, médecin cnidien. Au¬ cun renseignement n’autorise à en indiquer, d’une manière aussi précise, l’auteur. Des Maladies ,1,2, 3 4. Nous possédons quatre livres des Maladies , mais ils ne font pas tous les quatre suite l’un à l’autre, ils n’ont pas été admis dans leur ordre actuel par les critiques anciens, et le quatrième appartient mani¬ festement à une série différente, ainsi que je le dirai plus ' m. Érotien n’en cite que deux ; Cœlius Àurelianus n’en aimet aussi que deux. Galien en nomme, non-seulement quatre, mais cinq ; et les quatre qu’il nomme ne répondent pas à ceux qui sont arrivés jusqu’à nous. Là est la difficulté, examirions-la de plus près. D’abord quels sont les deux livres des Maladies qu’Ero- tien a insérés dans son catalogue des livres hippocratiques ? Ce sont ceux qui, dansnos éditions, sont appelés le deuxième et le troisième. Cela résulte de différentes preuves. Cœlius Aurelianus cite deux fois le 2e livre 2 : or ses deux citations se trouvent dans notre troisième ; Érotien explique des mots pris dans notre deuxième et notre troisième; cette circon-. 'stance, rapprochée des témoignages de Cœlius Aurelianus, Galien le cite souvent sous le titre de To Ssu-rspov. xspi voucwv to uaÎ^ov , aux mots aXotra, avO(vr,v , aviopvt us le titre de livre des Eaux. Mais cette probabilité est une certitude. En effet , Athénée dit : « Dans le livre des Eaux , Hippocrate appelle eau potable la bonne eau * .» Le traduc¬ teur latin de l’édition d’ Athénée que j’ai sous les yeux a a rendu cette phrase par ces mots : « Libro de aquis opti- mam esse, statuit multo exercitatam. » Je ne sais d’où il a pu tirer un pareil sens. Mais le fait est que le texte d’ Athé¬ née est altéré, et qu’il faut lire totiixov au lieu de TOXyxip.ov. En effet, ce passage se rapporte à la première ligne du livre de Y Usage des liquides , où il est dit sous une forme très con¬ cise : « Eau potable. Eau salée, la mer. L’eau potable est la meilleure pour tous les usages d’une officine de médecin 1 2. » Ainsi la correction du texte d’ Athénée 3 montre que le livre appelé par quelques-uns, dans l’antiquité, des Eaux , est le même que le livre que d’autres intitulaient et que nos édi- 1 Ev tw flapi uoàxojv 'Irrroxpax?;? xaÀsï xo Octop ttoXu- T'.aov (rroTtiiov ). Deipo. , u, p. 46, Ed. Casaub. : "Vcwp ttotov aXuupov , QaXasca • ttotov usv xax’ ïr^petov xpa- x.rrov. P. 1 12, Ed. Frob. 3 La correction de twXuxiuov ne m’appartient pas. Elle est due à Casaubon , et , depuis lui, elle a cté introduite dans les éditions d’Athénée. XKTBODCCTXON. 372 tions intitulent encore de Y Usage des liquides. Il en résulte aussi que les mots expliqués par Érotien que nous retrt i- vons dans le traité de Y Usage des liquides appartiennent l - réellement à ce livre. J’ai fait voir ( p. 257 ) que cet opuscule , de même que ce¬ lui des Humeurs , est composé en partie de fragments pris à différents livres , encore existants, de la Collection hippo¬ cratique. C’est donc une compilation, mais c’est du moins une compilation fort.ancienne. Érotien nous a conservé l'explica¬ tion d’un mot par Glaucias ( aîôoXixeç ) , d’un autre mot per Bacchius (aldvr^iç), et ces deux mots ne se trouvent que dans ce traité ; ainsi le livre de Y Usage des liquides a figuré dans la Collection hippocratique dès le temps des premiers commen¬ tateurs, et il nous reste comme une de ces anciennes compi¬ lations qui ont précédé même rétablissement des écoles alexandrines. Les écrits qüe j’ai réunis ici à cause de la similitude J leur composition, et dont j’ai fait une classe à part , ne sont . il est vrai, que des notes , des extraits et des abrégés; m, is ils sont particulièrement intéressants, parce qu’ils nous < conservé des traces des anciens travaux de l’école de Cos et d’Hippocrate. En effet, en les comparant avec d’autres éeri:> de la Collection hippocratique, il a été facile de s’assurer qu’ils contenaient beaucoup de passages textuellement co¬ piés sur d’autres livres que cette Collection renferme; et cela même a été de quelque utilité, car on a pu entrevoir com¬ ment une portion de cette Collection s’est formée. Jlais ces opuscules de la Cinqu ième classe ne con tiennent pas seulem e : des passages copiés sur d’autres livres; ils contiennent aussi de longs morceaux qui ne se trouvent pas ailleurs, et des DE CHACUN DES LIVRES HIPPOCRATIQUES EN PARTICULIER. 373 extraits d’ouvrages qui n’existent plus. J’ai rassemblé, dans le chapitre 3e de cette Introduction , l’indication de tous les tra¬ vaux qui sont mentionnés dans la Collection hippocratique et qui avaient péri dès avant l’établissement des bibliothèques alexandrines. Si maintenant on rapproche ces pertes nom¬ breuses que l’antique littérature médicale a faites, des opus¬ cules mutilés et des fragments qui constituent cette cinquiè¬ me série , et dont la composition appartient justement à une époque que j’appellerai, pour abréger, anté-alexandrine, on pensera sans peine que ces opuscules, ces fragments, nous représentent quelques, débris d’une médecine qui avait oc¬ cupé un grand nombre d’intelligences et produit une masse considérable d’ouvrages importants. SIXIEME CLASSE. Je place ici une série de traités qui sont du même auteur, et cet auteur est antérieur à Aristote : de la Génération ; de la Nature de l'enfant $ des Maladies ( 4e livre ) ; des Ma¬ ladies des femmes ; des Maladies des jeunes filles ; des Fem¬ mes stériles *. Ces six traités sont du même auteur, et ils forment ainsi une série spéciale de la Collection hippocratique. C’est ce qu’il est très facile de démontrer. D’abord il est évident, à la simple lec¬ ture, non seulement que les traités de la Génération et de la Nature de l'enfant sont du même auteur, mais encore qu’ils ne forment qu’une seule et même composition , et qu’ils sont la suite l’un de l’autre. Ce traité de la Génération n’est pas fini, puisqu’il s’arrête à ces mots: « Je reviens au sujet 1 Ils pi yovv-ç. — üep'i ousio; •rcatStou.— Ilsp'i vouûwv to tstzotov. — ITspl *jvwaix£twv a , 8'. — Hep! -apOeviwv. — ITspi àçdpwv. INTRODUCTION. 374 « qu’une digression m’avait fait quitter1. » Et ce sujet es . repris dans le traité de la Nature de V enfant. L’auteur d * ces deux traités y annonce qu’il expliquera dans son livre sur les Maladies des femmes , comment la suppression des règles dérange la santé des personnes du sexe. Cela serait une indication déjà suffisante. Mais, en lisant les Maladies des femmes , on y trouve trois renvois au traité de la Nature de F enfant , deux sur la sécrétion du lait , et un sur l’écoule¬ ment des règles. Ces trois passages sont dans le traité auquel l’auteur se réfère, de sorte qu’il ne peut rester aucun doute sur l’origine de ces compositions médicales. On y apprend en même temps que l’auteur avait donné au traité sur la Na¬ ture de V enfant mi autre titre. Car ce livre est cité , par l’auteur lui-même, de la façon suivante: Sur la Nature ou sur la formation de F enfant dans la naissance 2. C’est le titre que les Arabes lui donnaient 3, ce qui montre de l’exac¬ titude. A la fin du 4e livre des Maladies , on trouve un passage d’où il résulte que l’auteur de ce livre est aussi celui des Maladies des femmes. On lit dans ce quatrième livre : « Une « hydropisie se forme dans la matrice . J’en ai parlé dans 7to’j ziacai iç robe Sauru- Xo’jç twv ttocojv xat twv ysipwv, xat —ayvzarai pt Jv etatv al iv z~ cwaaxt oXsëeç , aî Iv xvj xsoaX^. P. oo, Ed. Frob. * Ttp uiv cri ziu-zzi f, xapSt7] Trriyr, izzi P. 166, Ed. Frob. 3 Ei autr(ç ( xopoiTjÇ ) ezaysïai cpXiêeç xstvouartv , xat crpcr/iat xz- Xeotxsvat . xat x:tu.rXaa£vat xeïvat ty; xecpaXîj xott x« Gtoaaxi ct- ooaciv Iv zdy_ei. Page 168, Ed. Frob. DE CHACUN DES LIVRES UIPPOCRATIQCES EN PARTICULIER 377 dan9 la cuisine grecque), traversait le poumon et ne l’obs¬ truait pas *. Or, cette même objection contre l’opinion du passage des boissons dans le poumon , opinion qui appar¬ tient non seulement à Platon, mais aussi à Dioxippe l’hippo- cratique, à Philistion de Locres , et qui était vulgaire dans la haute antiquité, cette objection, dis-je , se trouve avec des termes semblables dans Je 4e livre des Maladies. On y lit : Un homme buvant du cycëon, ou une bouillie faite avec la farine , ou tout autre chose semblable , s’il en arrivait une partie dans le poumon, nous pensons qu’il ne survivrait que bien peu de temps2.» Il y a, entre le passage de l’auteur hip¬ pocratique et celui d’Érasistrate , une ressemblance éviden¬ te , qui ne me paraît pas pouvoir tenir à une coïncidence for¬ tuite; et, comme les livres que je considère en ce moment , ont été attribués par l’antiquité à Hippocrate ou à Polybe, et, par conséquent, placés d’un commun accord bien avant Éra- sistrate , il faut admettre que le médecin alexandrin a eu sous les yeux les livres de l’auteur hippocratique. Les questions qui touchent à la critique littéraire des œu¬ vres dites d’Hippocrate , sont enveloppées de tant d’obscuri¬ tés et de doutes que je ne néglige aucune occasion de faire remarquer tout ce qui, par des concordances tout-à-fait inattendues , donne un haut degré de sûreté aux détermina¬ tions essentielles de mon travail. Or, ce rapprochement d’E- rasistrate avec l’auteur hippocratique fournit deux de ces 1 Tôt» 7rX.supt.ovoi; Xswu xcci tojxvou TtavTGnratn ysyovotoç , ttmç tc cov xuxemvi îrtvojxevov ocXoitov ôiéieurt, xai oùx ivia/srat} tout*, yàp ’EpzsiGTpaTOç àpOcoç rrpoç aù-ov (IIXaTWva) ^Trop^as. Plutar. Symp. lib. Yn, quæst. 1, t. iv, p. 545, Ed. Tauch. * El TIÇ XUXSÜSva "17-57} 7} aXrçTOV IcpOoV £o Je n’ai pas besoin de faire remarquer que les mots dans la phrase d’Aristote sont mal arrangés, et que la génération d’un en¬ fant mâle est due à la ligature du testicule gauche , et vice versa. Au reste, Plutarque a entendu ce passage comme je l’entends; il appelle l’auteur Ciéophanès, et il le cite d’après Aristote 2. Un passage tout semblable se trouve dans le traité de la Superfétation ,* on y lit : « Si l’on veut engendrer « un enfant femelle , il faut lier le testicule droit aussi forte- ci ment qu’on pourra l’endurer ; si , un enfant mâle , le tes- « ticule gauche 3. » Ce rapprochement autorise à croire que 1 IlapaTîXr^twç os Tweç-raraiffusvoiTOurotç état xai Xé^ouatv to; t; . ôsljiov opyiv aTroSouasvoiç tj tov àpccrspov «ruuêacvet toïç éyeuouttv ap^evoroxeîv r\ OrjXuTOxeîv * outco vàp 5 Ascocpàvr,; eXsy ev. De Gener. anim. L. IV, c. i. KXsoOavTjÇ , ou ptiavr/rai ’Api<7TorsXr,ç, toc jj.sv (ap£eva) ex ~:Z Seçtou ôic jptou, Ta §’ ix àpiorepou. De Placit. pliilos., lib. v, t. v, p. 501 , Ed. Tauch. Oxav Se OîjXu pouXrjTat yeveaGai , tov opyiv tov oeçtov chiooî DE CHACUN DES LIVRES HIPPOCRATIQUES EN PARTICULIER. 38l le traité de la Superfétation est de Léophanès lui-même , ou tout au moins qu’il contient un fragment de cet écrivain, antérieur à Aristote. C’est par Aristote que nous savons qu’un livre, attribué à Hippocrate par les écrivains posté¬ rieurs, appartient à Poïybe. Pourquoi une même erreur n’aurait-elle pas été commise? et pourquoi ce qui , au té¬ moignage du même Aristote , est de Léophanès, n’aurait-il pas aussi reçu ce nom d’Hippocrate, père commun de tant d'oeuvres médicales ? H y a, dans ce même opuscule, un passage où l’auteur conseille une expérience pour savoir si une femme pourra concevoir, expérience qui consiste à placer au col de la ma¬ trice un pessaire odorant, et à constater, au bout d’un cer¬ tain temps, si l’odeur est parvenue jusqu’au haut du corps *; si l’odeur y vient , la femme est apte à concevoir. Aristote , de son côté , dit qu’on reconnaît la fécondité des femmes par des pessaires odorants , dont l’odeur s’élève dé bas en haut jusqu’à l’haleine 2. Bien d’autres rapprochements pourraient être faits entre cet opuscule et les livres d’Aris¬ tote, rapprochements d’autant plus permis que le philosophe a consulté et cité les écrits de Léophanès. Au reste , je n’ai tenu à mettre en relief la citation de Léophanès par Aristote, et à lui attribuer un livre de la Col¬ lection hippocratique, que pour mieux montrer combien il y a de rapports entre cette Collection et les œuvres d’Aris¬ tote; car, même en laissant de côté cette conjecture au su- u>; av iLolirrca xa\ ârii'/s- çaévov SSwp uxotxetvat îrteîv ( pro Troieîv ) et Bo'.rfi, cite xuavôi ypwarct ÿjxocaç , etxs fxtX-ctp , evr’ eù0 ioiç cçài-aç àvorcejxotç, eupr'ceiç xe^pwcpivov xov Trveujxova. De Dogra. Hipp. et Plat. lib. IX , 1. 1, p. 529, Ed. Basil. * ’Af/oü Bï xt^ exouc toç twv tpXeêtov atopLaxcc t^cti xoiXit^iv aa- v'.oî6î”xactv, [LoXOaxà, çrlpa'r((oûsz , â xXr(i'ïxexai oèv ouaxoc. Page 55, Ed. Frob. 5 nsplxpoaîiç. * In Lib. de Aliment. Comm. IY, 56, p. 297, t. vi, Ed. CbarL INTRODÜCTIOX. 384 Les témoignages antiques sont donc incertains; mais l’exa¬ men intrinsèque du livre suffit pour montrer qu’il a été composé à une époque postérieure à Hippocrate. Le cœur y est indiqué comme la racine des artères; le foie, comme celle des veines. Cette anatomie ne permet pas de placer la com¬ position de ce livre avant Aristote ; d’est un livre à mettre à côté du traité du Cœur. Des Chairs *. Ce traité, qu’Érotien n’a pas cité dans son catalogue, est mentionné à diverses reprises par Galien, et avec des jugements divers ; mais on ne peut douter qu’il ne soit postérieur à Hippocrate. En effet , il y est dit positi¬ vement que deux veines, appelées l’une artère, l’autre veine cave 2, naissent du cœur; proposition qui empêche d’en supposer la composition antérieure à Aristote. Dans quelques éditions, on en met à part la fin sous le titre de traité sur la Vie humaine ( ILpl aïwvoç ) Il est une circonstance particulière à noter, c’est que l’auteur raconte, dans des termes à peu près semblables , une histoire touchant une courtisane, qui se trouve déjà dans le livre de la Génération $ seulement il l’amplifie, et ajoute qu’il a été très fréquemment témoin d’observations pareilles; il a donc copié cette histoire, et il est postérieur à l’auteur du livre de la Génération . Des Semaines 3. Philon le juif, Galien, Pollux et quel¬ ques autres citent un traité sur les Semaines, Ils pl Igoo, aac , qui faisait partie de la Collection hippocratique telle qu’on la possédait depuis l’école d’Alexandrie , et qui ne se trouve plus dans la collection telle que nous la possédons. C'es! 3 mpl capxSv. 1 Auo ystp sïci xoîXat oliësç utzo t5;ç xapStr,ç, t?) uev ou voua ip- &, xo&ri fXèl. P. 40, Ed. Frob. 3 ffepl lêoouaccov. DE CHACUN DES LIVRES HIPPOCRATIQUES EN PARTICULIER. 385 un livre perdu comme tant d’autres; cependant on lit , dans le catalogue des manuscrits latins de la Bibliothèque royale, l’indication d’un volume qui renferme entre autres choses le traité en question, indication répétée par la Bi¬ bliothèque grecque de Fabricius, édition de Harles, tom. 2, p. 595. Ce volume , tout en latin , est le n° 7027; il est in-8°, intitulé De physicâ (de la médecine ), sur parchemin , d’une écriture fort ancienne , sans pagination. Il con¬ tient : - 1° Un fragment du traité sur la Nature de Vhomme. A la fin on lit : Explicit Ypocratis de natura humana. 2° Incipit liber Ypocratis ad Mœcenatem salutem. A la fin on lit : Explicit de natura generis humani.- 3° Incipit liber Ypocratis de aeribus et de locis et de aquis. 4° Incipit Ypocratis de septemmadis. A la fin on lit : Ex¬ plicit Ypocratis de septimadis. 5° Lib. Y. Incipit liber Péri diatis ( üepl oia frçç ) ipsius Ypocratis. C’est la traduction du premier livre de la Diète. 6° Commentaria Jporismorum. Le livre Péri diatis est indiqué comme le cinquième mor¬ ceau. Ainsi il ne manque dans ce volume que le commence¬ ment du traité de la Nature de Vhomme. Je n’ai à m’occuper ici que du traité des Semaines. Il est écrit dans un latin extrêmement barbare et à peine intelligible, ainsi qu’on en jugera par quelques citations que j’en donnerai plus loin. La première chose à faire était de sa- v; ir si le texte que j’avais sous les yeux était bien la traduc- iion du traité perdu. Pour cela je n’avais qu’à vérifier si les citations qu’en rapportent les anciens auteurs s’y retrouvent. Cette vérification démontre l’authenticité de cette traduction ignorée. Je vais mettre sous les yeux du lecteur, en suivant l'ordre chronologique, les passages des auteurs de l’anti- TOM. I. 25 ljNïAODüCXlON . 386 quité qui ont cité le traité des Semaines , et les passages cor¬ respondants du manuscrit 7027. Le premier est Philon le juif, qui vivait au commence¬ ment du premier siècle de l’ère chrétienne. Cet auteur, après avoir résumé l’opinion d’Hippocrate sur la vie , cite textuel¬ lement le passage du livre où cette opinion est consignée. « Dans la nature humaine, il y a sept saisons que l’on appelle « âges : le petit enfant, l’enfant, l’adolescent, le jeune homme, « l’homme fait, l’homme âgé, le vieillard. L’âge du petit en- « fant est jusqu’à sept. ans, époque d’une dentition nouvelle 5 « de l’enfant, jusqu’à la production de la liqueur spermatique, (c deux fois sept ans 5 de l’adolescent , jusqu’à la naissance « de la barbe, trois fois sept *, du jeune homme, jusqu’à Pac¬ te croissement de tout le corps, quatre fois sept ; de l’homme « fait, jusqu’à quarante-neuf ans, sept fois sept 5 de l’homme « âgé, jusqu’à cinquante-six, sept fois huit. A partir de là « commence la vieillesse *.» Voici maintenant le texte du manuscrit 7027 : « Sic au- « tem et in hominis natura septem tempora sunt, ætates « appellantur : puerulus, puer, adulescens, juvenis, vir, « junior senex. ( H faut lire : junior senex, senex*, le tra¬ ct ducteur n’a pas su rendre autrement irpzaëurr^ , yspwv). « Hæc sunt sic : puerulus usqué ad septem annos in dentium 1 Aî'ysi 8’ outcoç * Iv àvQpwxou çutjgt êxrà Itaftv tSpai, aç xaXsouai, xaiSi'ov, iraîç, ustpaxiov , veaviaxoç, àvrtp , xpsGêuTY.ç, yéptov. Kal 77a 10 10 v jxev itrriv a y pic, î~rà stûv , oâovxtov IxêoXrç • 7raîç o’à^pi yovîjç extpuàioç , irrzà (Il faut lire Iç roc, comme je le di¬ rai plus bas ) 8tç h rra- jxsipaxiov S’a^pt ysvstou "Xocjyca crtoç, Iç xarpiç STira* veavtdxoç 8’a^ptç auç7;crioç oXou tou owtxaroç Iç rà rszpdxi; S7rr a* àW;p 8’à^ptç ivoç 8sovtoç xsvrrçxovTa, Iç roc sxraxiç Irrâ * xpsaêuTTjÇ o’ay pi xsvT7jxovTa , Iç Ta Ixraxiç ôxtco. T<> 8’ IvtsuÔsv ylpwv. Philon, ïlspt Kocaôxouaç , p. 17. DE CHACUN DES LIVRES HIPPOCRATIQUES EX PARTICULIER. 387 <( inûmitationëm -, puer autem usque ad seminis emissionem, « quatuor decim annorum , ad bis septem. Adulescens au- « tem usque ad barbas , unum et viginti annorüm , ad ter « septem usque ad crementum corporis. Juvenis autem con- <( summatus in XXXV. annorum, quinque septenos; vir « autem usque. ad XL et YIIII ad septies septem 5 junior « vero senex LX et ÏII et in YIIÎI ebdômadis. Exinde « senex. » Ces deux passages ont été évidemment pris au même traité. Les différences qu’ils présentent dérivent surtout des erréurs du copiste du manuscrit latin, peut-être aussi de leçons diverses d’un même texte-, et l’on peut penser que le traducteur , qui fait commencer la vieillesse à la 63e année, a eu so üs les yeux .un meilleur exemplaire que Philon , qui la fait commencer à la 56e année. Pollux, qui cite ce morceau, s’éloigne également de la traduction latine que je viens de rapporter, et de la citation de Philon. Pollux vivait sous Commode et était à peu près contemporain de Galien. Il ne reproduit pas le texte hippo¬ cratique ; il eh donne seulement le sens. Il dit que, suivant Hippocrate , le cinquième âge est de 28 à 35 ; le sixième , de 35 à 45 ; le septième, de 42 à 49 ( Onomast . II. 1. ). Ce qui, dans la citation de Philon, est appelé TrpscêuTjqç, est appelé ysfwv dans Pollux, et vice versâ. Au reste , il est évi¬ dent que ce dernier a mal rapporté les paroles de l’auteur hippocratique; car la vieillesse ne peut commencer à la 42e année , ainsi que Pollux le fait dire , par son arrange¬ ment, à l’auteur du traité des Semaines. Galien pensait que le traité des Semaines n’appartenait pas à Hippocrate-, cependant il le cite plusieurs fois. Yoyons si les citations de Galien se retrouvent dans le traducteur latin : « Ceux qui partagent l’année en sept saisons, dit le INTRODUCTION’ . 388 « médecin de Pergame, étendent l’été jusqu’au lever de Si- « rius, et , de là jusqu’au lever d’Arcturus, ils font la saison « des fruits. Les mêmes autéurs divisent l’hiver en trois par- « ties : la partie intermédiaire enferme le solstice ; en deçà -<( se trouve le temps de l’ensemencement ; au-delà celui de .« la plantation : car ce sont là les noms qu’ils donnent à la « première et à la troisième parties de l’hiver. Dans le traité « des Semaines , qui est attribué à Hippocrate, on trouve « l’année partagée en sept; l’automne et le printemps n’ont « subi aucune division ; mais l’hiver est coupé en trois , et « l’été en deux4. » On lit dans le. manuscrit 7027 : « T-empora autem annua- « lia septima : sunt autem hæc, sementatio, hiems , plan¬ te tatio, vera- estas, autumnus, post au.tumnus. » Ce texte se rapporte évidemment à la division de l’année en sept parties,. dont parle Galien, Mais deux fautes, dues, l’une au copiste, l’autre au traducteur, l’obscurcissent. Il faut le res¬ tituer. D’abord, il est clair qu’au lieu de vera estas , on doit lire : ver , æstas. C’est là une faute de copiste. Quant au traducteur , voici ce qui l’a embarrassé : dans cette division de l’année en sept, l’été était partagé en deux saisons. Ga¬ lien a dit le nom de ces deux saisons dans le passage que je 1 Kat osoi tov iviau-ov stç £' Tsavouotv wpaç, a/ pi jjlsv invzolr^ tou xuvoç ixTstvouffc to ôspoç, IvtsûQsv os pij^ptç àp/.TOu^ou t ry oerto- pav. Ot o’auTOt xat tov ysiutova Tpiy?) Tepivouat, ascov [xsv aurov TTOtOUVTSÇ TOV TTcpt TOCÇ TpOTtàç ypOVOV * TOUÇ S’IxaTSptoôSV TOuSs, G7Z0- pTjTOv pLsv 7rpo56sv , ©uxaMav os tov Irspov * auTOt yàp outwç ovoaa- souot* xat jxsvtoi xàv tw Hspt 'EêooptaScov 'LrjroxpaTouç S7TtYpacpo- [xsvw ^léÀtü) Sivjpr^jLsvov Iotiv supsîv tov Ivtauxov sïç il rrà, tou piv pa. Or, l’automne se dit en grec pov. Cette coïncidence a embarrassé le traducteur, qui a mis grossièrement autumnus , post au- tumnus. Il faut donc lire tout ce passage de la manière sui¬ vante : « L’année est divisée en sept parties, qui sont : l’en- « semencement, l’hiver, la plantation , le printemps, l’été, « la saiscn des fruits et l’automne.» Ce qui est, en tout point, concordant avec le passage, cité plus haut, de Galien. Hippocrate ayant dit, dans un aphorisme, que les ma¬ ladies sont moins dangereuses lorsque la nature en est conforme à la saison, Galien observe dans son Commentaire , t. v , p. 247 , Ed. Bas. , que : « le contraire est soutenu par « Dioclès et par l’auteur du traité des Semaines , qui pré- a tendent que les maladies sont aggravées par les circon- « stances conformes à leur nature, et diminuées par les « circonstances contraires. » Ceci est un peu obscur; je vais l’éclaircir. La fièvre ardente ou causus , par exemple , était, d’après la doctrine hippocratique,, une maladie moins dangereuse ên été , où la saison était conforme aux symp¬ tômes mêmes qui la caractérisent , qu’èn hiver. Dioclès de Caryste'et l’auteur du traité des Semaines professaient une doctrine opposée : suivant eux , la fièvre ardente était plus facile à guérir en hiver qu’en été, parce que, dans cette dernière saison, elle empruntait des forces aux circonstances atmosphériques. Cette dernière opinion est textuellement dans le manuscrit 7027. On y lit : « Nihil molestum si non te tempus ipsum ipsis ægritudinibus colluctetur. Plerumque « enim non obtinet nalura hominis mundi virtutem. » C’est-, à-dire : <( Bien ne sera fâcheux si la saison ellermême n’est « pas l’auxiliaire des maladies. Car, en général , la consti- INTRODUCTION. . 390 « tutioû humaine ne peut triompher de la force de l’en- « semble des choses. » On voit que Galien a bien cité , et que notre traducteur a reproduit , dans son latin barbare, le texte de son auteur d’une manière reconnaissable. Il avait même un texte correct sous les yeux , ainsi que je vais le faire voir. La phrase citée plus haut a été, avec un autre long morceau du traité des Semaines, insérée (je le dis ici par anticipation ) dans le livre des Jours critiques , compilation formée avec des lambeaux d’ouvrages hippo¬ cratiques, et entr’autres de celui-là -, mais elle y a été in¬ sérée différemment suivant les différentes éditions. Dans quelques-unes, celle deFroben entr’autres, p. 388, elle est ainsi imprimée : làv a?jrzri ts rL wp'/j -zoi vQUTR01>üCTION. 392 ment difficiles, par inseparabilis solitas ; la traduction n’est pas élégante , mais elle est fidèle. Il y a encore deux passages où Galien , sans citer le traité des Semaines , y fait cependant allusion. On ne pouvait s’en apercevoir qu’en ayant le traité sous les -yeux.- > 5° Le vertige, la crainte de la lumière, une somno- tom. i. 26 INTRODUCTION. 402 « lence profonde avec une grande chaleur , indiquent que « tout espoir est perdu. » « go Le malade qui ne connaît pas, ni n’entend, ni ne « comprend , est perdu. » « 7° Tous ces signes deviennent manifestes chez ceux « qui vont mourir; et le ventre se gonfle et se remplit « d’air. » « 8° Le terme fixé pour la mort arrive quand le feu , qui « constitue l’âme, monte au-dessus de l’ombilic et dans les « régions supérieures au diaphragme , et quand tout l’fiu- « mide est consumé. La chaleur étant accumulée dans les « organes nécessaires à la vie, et le poumon et le cœur « ayant perdu toute leur humidité, l’air de la respiration « entraîne en abondance la chaleur qui avait consolidé tou - « tes choses ensemble. L’âme, en partie par les chairs , en « partie par les ouvertures de la tête qui nous font vivre, « s’échappe du domicile du corps , et abandonne ce simu- « lacre froid et mortel à la bile, au sang, à la pituite et à la « chair. » Ces propositions sont dans le traité des Semaines ; elles y sont même rangées dans le même ordre ; mais elles n’y sont pas tout-à-fait contiguës, et sont plus ou moins séparées par d’autres phrases. « 1° Hæc quidem in febribus et in acutis morbis ostenr « dunt mortem et vitam. » « 2° Testis dexterinfrigida tus, introretractus, mortale. « 3° Ungues curvati et lividi facti, aut nigri aut russaei , « valde mortale 5 et digiti frigidi et nigri facti et curvati valde “ maxime mortem ostendunt. » « 4° Hoc autem, labia frigida et pendentia, propinquat « mori. » « 5° Hoc autem, quod tenebras appetunt et hommes DE CHACUN DES LIVRES HIPPOCRATIQUES EN PARTICULIER. 403 aversati, et non patientiam sustinens, sed silentium « appetens, et vigilans labore multo et gravide possessus, « sine spe. « Ce passage s’éloigne davantage du passage correspondant dont j’ai donné la traduction plus haut. Cependant on trouve dans le grec et le latin la preuve qu’ils se rapportent au • même original.En effet, «toxoomwv , répond à tenebras appé¬ tit • aTOGvpscpotAsvQç , à homines aversati ; xocts^ojasvqî, à gravide possessus, et àvsXirtsTo;, à sine spe. Le texte grec, tel qu’il a été conservé, est un abrégé, un extrait, où des mots de l’original ont été retranchés; cela est évident par les phra¬ ses qui se trouvent entre ces soi-disant aphorismes dans la traduction latine, et qui ont été omises. « 6° Hoc autem , non agnoscens, neque audiens, neque « intelligens, valde mortale est. » « 7° Morituris autem omnibus hæc manifesta fiunt om- « nia 5 et ventres dissolvuntur, distenduntur et inflantur. » « 8e Definitio autem mortis hæc est ; cum enim calor ani- « mæ, undique ex corpore adducens humorem, ascenderit « ad superiora thoracis, et exusserit quod omne humoris « constitutum est 5 non enim aliud corpus frigidat; et pulmo « et cor humorem consumpserit , de vapore infusione facta mortalibus îoeis , exhalat caloris spiritus et pergit illuc « unde constitit , in aerem ,■ aliud per ea quæ in capite sunt « respiramina quæ de vita yocantur. » Certes, le traducteur latin s’est très mal tiré de tout ce pas¬ sage » à la vérité , assez difficile ; mais il n’en est pas moins eertain qu’il a donné assez exactement, quoique sans y rien comprendre , la traduction du texte grec , sauf les dernières lignes. Elles manquent dans le texte latin, soit qu’elles n’appartiennent pas à l’original grec, soit, ce qui est plus probable, que le traducteur ou le copiste les ait omises. INTRODUCTION. 404 Parmi les aphorismes de la huitième section, ceux que j’ai cités sont les seuls qui se retrouvent dans le traité des Semaines. Les autres aphorismes de cette section proviennent d’une source qui m’est inconnue , et qui l’était aussi à Ga¬ lien; car c’est indubitablement à ceux-ci qu’il a fait allusion dans le passage rapporté un peu plus haut. Ces aphorismes ajoutés, qu’il avait vus dans quelques exemplaires, étaient les aphorismes qui n’ont pas été pris dans le traité des Se¬ maines ; car, s’ils eussent été ceux que j’ai cités et qui font partie de ce. dernier traité, il n’eût pas gardé le silence sur cette circonstance 5 il eût remarqué qu’ils n’étaient qu’un centon d’un livre connu-, que, par cette raison , ils ne pou¬ vaient être considérés comme des aphorismes , et que cette addition était le fait de quelque copiste maladroit. Une considération peut encore appuyer ce que je viens de dire : c’est que les aphorismes empruntés au traité des Semaines ne se rencontrent que dans un très petit nombre des manu¬ scrits grecs qui se trouvent dans les bibliothèques , tandis que les autres aphorismes de la huitième section ont été ad¬ mis généralement par les copistes. De ce fait il faut con¬ clure , d'abord que les copies que nous avons des œuvres d’Hippocrate, ont été faites, pour la plupart , sur les exem¬ plaires qui, comme nous l’apprend Galien, présentaient l’addition de quelques aphorismes; en second lieu, que cette addition a été plus tard augmentée de quelques cen- tons pris dans le traité des Semaines ; ce qui a produit dans les manuscrits deux éditions du texte hippocratique, l’une, plus ancienne et plus multipliée , ne contenant que les apho¬ rismes surnuméraires déjà connus de Galien ; i’autre, plus moderne et plus rare, enrichie, dans la pensée du compi¬ lateur, d’un fragment du traité des Semaines. Aucun éditeur n’a pu dire ce qu’étaient ces aphorismes DE CHACUN DES LIVRES HIPPOCRATIQUES EN PARTICULIER. 405 faux; car l’explication manquait, et elle ne pouvait être fournie que par un hasard qui ferait retrouver le texte ori¬ ginal ou une traduction comme celle que renferme le ma¬ nuscrit 7027. Gorter ( Medicina Hippocratica , p. 886) dit qu’on ne sait si ces aphorismes appartiennent à Hippocrate ou ont été supposés par quelque autre; mais que, comme les anciens ont été attachés superstitieusement au nombre sept, il est probable qu’un huitième livre des Aphorismes n’a pas été composé par Hippocrate. D’abord, rien n’autorise à croire que la division des Aphorismes en livres remonte jusqu’à Hippocrate lui-même ; ensuite il est prouvé par le fait que le plus grand nombre de ces aphorismes faux a été extrait d’un autre traité. Lefebvre* de Yillebrune, dans son édition des Aphorismes , les omet complètement , se con¬ tentant de remarquer, p. 343, qu’il les a négligés comme inutiles et absurdes, avecMeletius, Philotheus, les Arabes et plusieurs Grecs. Cependant il a examiné le manuscrit 7027, mais il n’a pas regardé le traité des Semaines. « Les « aphorismes renfermés dans la huitième section , dit Bos- quillon dans son édition française, p. 201 , sont la plu¬ part ou faux, ou écrits d’une manière inintelligible, ou « ils sont la répétition de sentences qui se trouvent expri- « mées beaucoup plus clairement dans les autres ouvrages « du père de la médecine ; ils manquent dans les manu- « scrits les plus anciens ; ceux dans lesquels ils se trouvent « paraissent être du commencement du xve siècle. Sur vingt que j’ai collationnés, un seul donne dix-huit apho- « rismes à cette section. » La remarque de Bosquillon est juste 5 le seul manuscrit qui contienne, parmi les -apho¬ rismes faux , ceux qui sont empruntés au traité des Semai¬ nes , est le numéro 2146 de la Bibliothèque royale. Aussi je pense que ces aphorismes ont été ajoutés à une époque ré> 40Ô INTRODUCTION. cente , et que le texte grec du traité des Semâmes a été perdu depuis peu de temps, et, pour ainsi dire, au moment ou il touchait au port , et où il allait , pour ne plus périr , être recueilli par l'imprimerie. Berends ( Lectiones in Hip - pocratis Aphorismos , p. 7 ) attribue les aphorismes faux à un imposteur du nombre des sophistes. Le fait est que l’im¬ posteur n’est qu’un compilateur maladroit qui a extrait , sans en avertir, quelques sentences d’un livre aujourd’hui perdu , et que le sophiste prétendu, c’est-à-dire l’auteur du traité des Semaines, t st un médecin postérieur à Hippo¬ crate , mais assez ancien pour avoir été cité comme une au¬ torité par Philon le Juif. Enfin , le dernier traducteur des Aphorismes , M. Dézeimeris, qui les a rangés, avec beau¬ coup de sagacité , dans un ordre méthodique, reconnaît, à la vérité, que la huitième section tout entière est une addi¬ tion moderne mais il n’a aucune donnée sur l’origine des aphorismes qui la composent. Ainsi l’examen de la traduction latine que renferme le manuscrit 70*27, restitue à un ancien livre hippocratique des fragments qu’on rejetait comme sans valeur et venant d’une source ignorée, et fournit un nouvel exemple de la ma¬ nière dont les copistes de manuscrits faisaient des compila¬ tions. Galien, qui, ainsi que- je l’ai rapporté plus haut, cite plu¬ sieurs fois ce traité, ne manque jamais de déclarer qu’il le regarde comme faussement attribué à Hippoerate. Je ne sais pas si, pour prononcer ce jugement, Galien avait d’autres raisons que l’examen des pensées, des doctrines philosophi¬ ques et médicales , et du style qu’on remarque dans le livre des Semaines. Toujours est-il que ce seul examen suffirait pour faire suspecter grandement l’authenticité de ce traité. En effet , l’hypothèse , si opiniâtrément poursuivie , de l’in-* DE CHACUN DES LIVRES HIPPOCRATIQUES EN PARTICULIER. 407 fluence du nombre sept 5 des exemples , ou subtils ou insi- gnifians , invoqués en faveur de cette opinion ; une théorie philosophique qui fait, du principe vital, un mélangedu chaud élémentaire et du froid élémentaire *, une doctrine médicale qui applique à la génération des fièvres la théorie philoso¬ phique , et rattache toutes ces maladies à des changements primordiaux survenus dans la constitution du principe vital; une vue toute contraire à la vue d’Hippocrate , concernant l’influence des saisons sur les maladies; tout cela confirme ce que Galien a dit du traité' des Semaines , et ne permet guère de douter que ce livre ne soit la production d’un au¬ teur autre qu’Hippocrate , et de plus, beaucoup postérieur à ce médecin. C’est ce que je vais essayer de montrer par quelques arguments qui fortifieront l’assertion de Galien , mais qui seront pris à des considérations'autres que cel¬ les qui résultent de l’examen des doctrines et du style. Je veux dire que je vais essayer d’entrer un peu plus avant dans cette discussion de critique et d’histoire littéraires. L’auteur du livre des Chairs ( IIspl capxwv ) , après avoir dit que les enfants changent de dents à sept ans, ajoute : C’est une nécessité de la nature ; j’expliquerai ailleurs « pourquoi ces phénomènes sont. régis par le nombre sept. » T9-ç Sè çucioç t>jV àvayx-/;v , Sion Iv liera roursuv Ixacra Stotxeirat, iyà çp&rw Iv <&Wv ( Hipp., Ed- Froben, pag. 44). Ce pas¬ sage me paraît contenir une allusion au traité des Semaines , qui, en effet , explique comment la nature impose à toute chose la règle du nombre sept : allusion qui devient incon¬ testable par le rapprochement de la citation suivante. Après avoir parlé de l’âge de sept ans et de celui de quatorze, l’auteur ajoute que le corps croît jusqu’au troisième septé¬ naire, dans lequel commence l’adolescence, et jusqu’au quatrième et au cinquième, et que, dans le quatrième sep- 408 INTRODUCTION. ténaire , naissent , à la plupart des hommes , les deux dents qu’on appelle dents de sagesse (P. 42, Ed. Frob.). La divir sion de la vie en semaines d’années, admise ici, est la même que celle du livre des Semaines. Si, cette indication première étant donnée , on examine les deux traités , on y trouve développée une théorie toute semblable. Dans les deux, le nombre sept joue un rôle principal ; dans les deux, le chaud élémentaire est considéré comme le grand auteur de toute chose ; dans le traité des Chairs , cette théorie est appliquée à la production -des parties et des organes du corps; dans le traité des Semaines , à la production des fiè¬ vres. Donc ce dernier livre est, comme celui des Chairs , auquel il tient, d’une date postérieure à Aristote. Il y est dit que le feu porté aux régions les plus' élevées du monde est appelé par les anciens Y éther. Kal ovo^vat uot ayro ooxeoocTtv oliraXatot aîOspa ( Page 39, Ed. Frob.). Aristote nous apprend que c’était le nom qu’Anaxagore donnait au feu. « Anaxagore, dit-il, emploie mal le mot éther : il s’en « sert pour désigner le feu. » ’Ava£cqopa<; $s xaTocxs7pr(Tai tw ovûaprct TouTto où xotXSç. ’OvouaÇei yàp.atOlpa àvx.t Trupoç ( Du ciel , Jib. i, 1. 1 , pag. 435, Ed. Duval). C’est donc , sans doute, à Anaxagore que L’auteur du livre des Chairs fait allusion , c’est Anaxagore qui y est appelé ancien; or, Hippocrate ou un contemporain d’Hippocrate n’aurait pas pu donner cette qualification au maître de Périclès et de Socrate. Après avoir fixé la limite au-delà de laquelle on ne peut pas reculer le traité des Semaines , il faudrait aussi détermi¬ ner un minimum d’antiquité pour l’époque de sa composi¬ tion. Qu il soit fort anciefl, c’est ce qu’on ne saurait révoquer en doute en voyant que Philon, qui vivait au commence¬ ment du premier siècle de l’ère chrétienne , l’attribue à Hip¬ pocrate. Ainsi dès-lors l’origine en était douteuse, et ce li- DE CHACUN DES LIVRES HIPPOCRATIQUES EN PARTICULIER. 409 vre remontait, avec tout ce qu’il y a de supposé dans la Col¬ lection hippocratique, à un temps qu’on ne pouvait plus préciser. Cependant j’ai remarqué plus haut que, suivant Galien , quelques philosophes voulaient y voir la source du dogme des’ stoïciens suivant lequel l’âme recevait une dou¬ ble nourriture par l’inspiration de l’air et par l’ingestion des aliments. En conséquence de l’antiquité réelle du livre et de cette observation , on pourrait admettre qu’il a été écrit avant l’époque de la fondation de l’école stoïcienne. Résumons en quelques mots les résultats de cette disser¬ tation : 1° Le traité des Semaines , perdu eu grec, existe dans une traduction il a été cité par différens auteurs anciens , depuis Philon jusqu’à Moschopoulos ; 2° Galien , qui est une grande autorité en cette matière , l a regardé comme faussement attribué à Hippocrate : l’exa¬ men du livre lui-même confirme cette opinion 3° Le livre des Semaines est un traité des fièvres fondé sur deux opinions qui ont la prétention de tout expliquer, à sa¬ voir que les choses naturelles sont réglées par le nombre sept, et qiie le principe vital est un composé du chaud et du froid élémentaires , dont les variations constituent les affec¬ tions fébriles $ 4° Ce traité est du même auteur que le livre des Chairs et probablement aussi que le livre du Cœur ; 5° Deux morceaux assez considérables, l’un inclus dans le traité des Jours critiques , l’autre formant , en grande partie, la huitième section des Aphorismes , appartiennent à ce traité. Rien , jusqu’à l’examen du livre des Semaines , n’avait pu faire soupçonner ce fait ; 6° Nous possédons en grec , et comme spécimens de l’ori¬ ginal, les deux morceaux désignés ci-dessus -, le passage cité INTRODUCTION. 410 par Philon ; quelques expressions détachées et une phrase entière rapportées par Galien ; enfin la phrasé qu’Aétius a conservée. Le dialecte est ionien ; le style, autant qu’on ên peut juger par ces fragments , a de la récherche et de l’ob¬ scurité , sans manquer cependant d’une certaine élégance. Prédictions, 2e livre 1 . Ce 2e livre est un traité très mé¬ thodique, très bien rédigé sur la connaissance du pronostic -, c’est certainement un des livres les plus remarquables de la Collection hippocratique. Cependant , d’un commun accord , les critiques anciens l’ont rejeté. Érotien , dans sa préface 2, a annoncé en termes exprès qu’il prouverait que le Prorrhé- tique , livre 1er et 2e, n’est pas d’Hippocrate; ce qui s’appli¬ que sans doute aux deux livres , peut-être aussi au deuxième seulement. Galien se joint à l’opinion de ceux qui pensaient que ce livre n’appartenait pas au médecin de Cos 3. Ainsi, en aucun cas, il n’est permis à la critique moderne, contradictoirement à des jugements aussi formels, déranger le deuxième livre des Prorrhétiques parmi les œuvres d’Hip¬ pocrate. Les éléments d’une discussion approfondie man¬ quant, il faut s’en rapporter aux critiques anciens , qui les ont eus à leur disposition. Cela admis , j’ai cherché si , en l’absence des motifs de ce rejet, qui ne nous ont pas été transmis , il serait possible de découvrir quelque raison dont la conséquence fût la même, c’est-à-dire qui montrât que le 2e livre du Prorrhétïque n’est pas d’Hippocrate. On y trouve le passage suivant: « En touchant le ventre et les veines, 1 npOp^TlXOV, ji'. 1 Hpop^Ttxov , a' xai ji', w; oux e<7rtv 'IirrroxpaTOuç , h aXkon Ssi'Çopev. P. 22, Ed. Franz. ' 3 Kat txoi Soxotsv opôwç evtot twv îaxpcûv, cuxiri sïvat xcov yviq- cw*)v iTnroxpaxouç ptêXuov aùro, xat upoffrjxovTw; aTCOtp^vacrôxi. T. ni, p. 454, Ed. Bas. DE CHACUN DES LIVRES HIPPOCRATIQUES EN PARTICULIER. 41 1 le médecin court moins risque de se tromper qu’en ne les touchant pas 4.» Cela semble être une claire indication du pouls; et , comme le pouls n’a été appliqué à la connaissance des maladies que du temps de Praxagore , cette indication place le second livre des Prédictions après le temps d’Hip¬ pocrate, et l’ôte à ce médecin, comme l’ont fait les critiques anciens, remarque qui confirme leur jugement, ou plutôt qui emprunte une grande force à leur jugement. Il est difficile de comprendre comment le 2e livre des Prorrhétiques et le l€r, si différents l’un de l’autre, ont été joints ensemble; l’un est un livre rédigé avec non moins de méthode que d’élégance , l’autre est une suite de proposi¬ tions décousues , et où Galien a même signalé un bon nom¬ bre de locutions vicieuses ou hasardées. Néanmoins ces deux livres, on le voit par la citation d’Érotien que je viens de rapporter, ont été fort anciennement réunis l’un à l’autre, avec le titre de premier et de second. Un passage de Galien fait voir que ce deuxième livre portait aussi le titre de : livre des Prédictions le plus grand 2. Des Glandes 5. Il n’y a rien à objecter contre l’arrêt porté par Galien sur cet opuscule. Le médecin de Pergame, dans son commentaire sur le- traité des Articulations, ve¬ nant à l’endroit où l’auteur promet un livre sur la Texture des glandes , déclare que celui qui existe actuellement est l’œuvre non d’Hippocrate , mais des hippocratiques posté¬ rieurs *, et qu’il n’est cité par aucun des anciens , ni par ' 1 ’E-irsiTa TT-GI xepct ^auffavxa yacrpo; ze xat twy ©Xséwv v-scov la-civ IçaTtaxac-Oat rt [xr] t|/auist) à la cavité articulaire de V omoplate ; dans le mê¬ me traité Hippocrate s’en sert pour désigner l’expérience, « quand il dit : Cet art s'acquiert , non par le raisonnement seulement , mais aussi par la pratique {b^îkir). Ce mot se « trouve dans le traité des Saisons et des Lieux. » Comme le mot ôaiXiT] se lit dans l’opuscule intitulé du Médecin ( Pag. n , lig. 37, Ed. Bas.), Eustache croit que la première citation s’y rapporte. D’abord il faut remarquer que, dans le passage de l’opuscule du Médecin , ôtxiXtr, n’a pas précisément le sens indiqué par Erotien; secondement une autre remarque ne permet pas d’admettre qu’il s’agisse ici de ce petit livre. Éro- tien dit : « Dans cet endroit 6kuiXw) signifie les habitudes de l’homme.» On sait qu’il avait interprété successivement tous les mots, jugés par lui difficiles, de chacun des livres hippocratiques, et qu’il avait suivi l’ordre indiqué dans sa liste. Quand il dit dans cet endroit , il veut donc exprimer qu’il s’agit d’un des traités qu’il a énumérés dans son catalogue , et du traité même dont il interprète les mots à ce moment. Or, comme il n’a pas relaté lé livre du Médecin dans sa liste, ce ne peut être ce livre qu’il désigne en disant en cet endroit. H est vrai qu’on rencontre dans son Glossaire quelques mots appar¬ tenant à des traités qu’il n’a pas jugé à propos de mentionner dans sa liste; mais alors il ne dit pas en cet endroit ; car ces expressions annoncent qu’il parle d’un des traités admis par lui. Ainsi , ce n’est pas à l’opuscule sur le Médecin que le mot caOdr„ dans sa première signification, a été pris par Erotien ; il l’a été, je pense, au traité désirs, des Eaux et des Lieux , qu’il appelle des Saisons et des Lieux. Ce mot ne s’y trouve plus, il est vrai, mais beaucoup de mots expliqués par Galien ou Érotien ne se rencontrent pas, non plus, dans la Collection hippocratique, ayant été expulsés par des gloses et des erreurs de copiste. Le mot oixetr,?, expliqué immédiatement avant ôjxt- INTRODUCTION. 41 4 Mr), appartient au livre de la Nature de V enfant ; et ce livre est , dans la liste d’Érotien, placé immédiatement aussi avant le livre des Airs , des Eaux et des Lieux , de sorte que, suivant l’ordre d’Érotien , après un mot du livre de la Nature de V en¬ fant , on doit attendre un mot du livre des Airs , des Eaux et des Lieux . ’ËvOaos signifie donc : dans ce dernier traité ; Érotien a pris môme soin qu’on ne s’y trompât pas, en ajou¬ tant, après l’article assez long consacré à ôjxiXit) : « Ce mot « est dans le livre des Saisons et des Lieux Dans le silence des anciens commentateurs il n’est pas possible de se faire une idée sur l’origine de l’opuscule du Médecin . L’auteur, après avoir dit qu’il était nécessaire à un chirurgien militaire de suivre les armées pour apprendre à connaître et à traiter les blessures, ajoute : « Tout cela a « été traité dans d’autres écrits 4. » Or, la Collection hippo¬ cratique a contenu jadis un livre de chirurgie militaire inti¬ tulé des Traits et des Blessures. Ce livre, que Galien pen¬ sait n’être pas d’Hippocrate , est aujourd’hui perdu. Entre le sujet de ce livre et le passage de l’opuscule du Médecin , il y a évidemment un rapport ; mais il faudrait posséder le traité des Traits et des Blessures pour savoir s’il serait pos¬ sible de rattacher ces deux livres l’un à l’autre. De la Conduite honorable K Cet opuscule n’a en sa faveur le témoignage d’aucun ancien commentateur. Il se termine par une phrase toute semblable à celle qui ter¬ mine le Serment. C’est le seul lien par lequel cette petite composition se rattache au reste de la Collection hippocrati¬ que. Bernard, dans une lettre à Reiske 5 , essaie de prouver Ilepi Ss toutIü)v a7càvTtov iv ItÉûoiç yerpauuévov £. 428 INTRODUCTION. crate , et se rappelant seulement qu’on disait que lé peuple d’ Athènes avait rendu un décret en sa faveur , a introduit la mention de ce, Décret dans une lettre qui, si elle avait été véritable, aurait été écrite avant le Décret. Autre contradiction non moins manifeste : dans la Lettre que Pætus écrit à Arlaxerce, il est dit qu’Hippocrate a déjà été honoré des dons des Athéniens à l’égal d’Hercule et et d’Esculape pour les services qu’il leur avait rendus. Dans le Décret il est dit que les Athéniens accordent à Hippocrate certaines fav.eurs éminentes et des honneurs pareils à ceux d’Hercule, parce qu’il a préservé la Grèce de la peste et re¬ fusé les dons du roi de Perse. Si les Athéniens l’ont récom¬ pensé pour avoir refusé les dons du barbare, il ne pouvait avoir reçu la récompense des Athéniens au moment où il fai¬ sait ce refus. La méprise du faussaire est évidente , il est im¬ possible de ne pas en être frappé. Les inadvertances de celui qui a rédigé la légende d’Hip¬ pocrate touchant son rôle prétendu dans la grande fièvre qui dévasta la Grèce, ne permettent pas de douter le moins du monde que toute cette histoire ne soit controuvée. Ce sont des preuves positives, toujours plus décisives que des preuves négatives. Mais , quand ce récit aurait été arrangé de manière qu’il n’y subsistât aucune de ces contradictions palpables qui en font toucher au doigt et à l’œil la fausseté , comment pourrait-on le concilier avec le dire de Thucydide, qui assure que tout l’art des médecins fut impuissant? et de quoi les Athéniens auraient-ils eu à remercier Hippocrate, lorsqu’on lit dans le même Thucydide : « L’hiver suivant la « maladie reparut à Athènes -, à la vérité, elle n’avait jamais « complètement cessé, mais il y avait eu un relâchement. « Cette seconde invasion ne dura pas moins d’un an -, la « première en avait duré deux ; de sorte qu’il est vrai de DE CHACUN DES LIVRES HIPPOCRATIQUES EN PARTICULIER. 429 dire que rien nç porta un plus rude coup à la puissance des Athéniens. Il ne périt pas moins de 4400 hoplites des cadres et 300 cavaliers 5 et, du reste de la population, un « nombre incalculable (L.3,p. 232, Wechel 1594).» La popu¬ lation militaire d’Athènes ne montait guère qu’à 20000 hom¬ mes 5 la population totale de la ville, libre et esclave, a été évaluée à environ 400000 âmes ; de sorte que, si la perte a été aussi considérable sur le reste de la multitude que sur les hommes en état de porter les armes , il faut évaluer à plus de 80000 le nombre des victimes de la peste. On voit, comme ledit Thucydide, que l’art des médecins fut complètement impuissant. La maladie suivit les Athéniens au siège de Po- tidée, et y décima leur armée. A plusieurs reprises, Thucy¬ dide fait mention de ce grand désastre, et, quand il repré¬ sente la prospérité d’Athènes au commencement de la guerre du Péloponèse, il remarque que la ville était pleine de force et n’avait pas encore été en proie à la maladie L Rien n’est donc mieux établi que la . fausseté de toute cette histoire concernant Hippocrate et le roi des Perses ; cependant on ne peut nier qu’elle ne soit fort ancienne. L’an¬ tiquité s’est complue à forger un assez grand nombre de ces épîtres, et Hippocrate n’a pas été l’unique sujet de pareilles compositions apocryphes. La plus ancienne mention que j’en connaisse , se rapporte au temps de Caton l’ancien. Plutar¬ que raconte que ce Romain, ayant entendu parler du refus fait par Hippocrate de secourir les Barbares , dit que tous les médecins grecs avaient fait un pareil serment , et il dé¬ fendit à ses enfants de les employer jamais1 2. Les Lettres 1 ’AxU.3cÇoUOT,Ç T7JÇ 7TOÀSOÙÎ XCCl OUTTU) VîVOCVjXutaÇ. L. II, p. 119. 2 Kat tov TiwcoxpaTOuç , wç Üoixev , àxr.xofo; Xo'yov , Svetrs, tou aeyaXou fJaffiXswç xaXoüvroç outov Itti ttoXXoîç tici TctXotvrotç, oux INTRODCCTIOX. 430 étaient déjà forgées à cette époque , et l’on peut admettre sans peine qu’elles l’étaient depuis long-temps. Une autre remarque confirme l’antiquité de ces pièces, mais sans en confirmer l’authenticité. Il est dit dans le Décret des Athé¬ niens : Les enfants des habitants de Cos auront la permis¬ sion d’entrer dans les gymnases comme ceux des Athé¬ niens * . Or, dans les temps postérieurs , dit M. Boeckh, dans sa collection des inscriptions grecques, les enfants des étran¬ gers honorables , établis à Athènes, obtenaient cette faveur sans un décret particulier-, mais plus anciennement, elle ne s’accordait que par privilège aux étrangers. On peut croire que le rédacteur de ces pièces, exact en ce point, si ignorant sur le reste, était quelque Athénien qui connaissait les lois de son pays. 2° La seconde série contient tout ce qui concerne la pré¬ tendue folie de Démocrite , sa conversation avec Hippocrate et la correspondance qui s’établit entre le philosophe et le médecin. Cela est aussi apocryphe que l’histoire concernant les présents du roi de Perse ; car, dans la Lettre d’Hippo¬ crate au peuple d’Abdère , il est fait mention de cette cir¬ constance 5 et la fausseté de ce dernier fait, que j’ai démon¬ trée plus haut , entraîné la fausseté de toute la correspon¬ dance relative à Démocrite. L’un et l’autre récit ont été pui¬ sés à une même source , à des contes populaires que l’ima¬ gination de quelque auteur s’est complue à mettre en oeuvre. Maintenant si on entrait dans l’examen détaillé de ces Lettres , on y reconnaîtrait, de toutes parts, des inadver- av ~ot£ ^apêâpoiç 'EXXrçvœv xoXepuotç iau-côv Ttapacyeîv , tkz^t jto> vov #pxov sLat toûtov ïaTpœv ôbravTtov, xal TiapsxeXsusTO cpuXarTS(r6a> 7Ô) Tcatoi ramas. Plut: Cat. maj., t. ni, p. 280, Ed. Tauchn. 1 K*1 sÇetvai toïsi Koxov iraiatv scprjêsiklv Iv ’Afbfratç xa9stT£3 -aicrlv ’Aôr/vaitov. DE CHACUN DES LIVRES HIPPOCRATIQUES EN PARTICULIER. 43i tances qui trahissent une composition apocryphe. Et je veux signaler encore quelques détails par où le faussaire s’est dé¬ masqué , en cherchant à mettre davantage leur authenticité à l’abri de la critique et du doute. Il cite, à diverses reprises, par leurs titres, le Pronostic , le traité sur la Maladie sacrée , celui sur la Tisane , le Prorrhétique , le livre des Maladies des femmes, le 5e des Épidémies. On pourrait m’accuser de pétition de principe si , pour montrer la fausseté des Lettres , je me servais de la démonstration où j’ai établi que quel¬ ques-uns de ces traités ne sont pas d’Hippocrate ; mais je re¬ marquerai que nulle part, dans la Collection hippocratique , il n’y a de citations pareilles par les titres mômes. Ce soin a été étranger aux auteurs hippocratiques -, ils désignent les écrits auxquels ils se réfèrent , par le sujet, non par le titre. Mais le rédacteur de ces récits a cru faire merveille que de nom¬ mer, dans une prétendue lettre d’Hippocrate, plusieurs des livres qui à tort ou à raison lui étaient attribués. Et remar¬ quez encore ceci : tous les critiques anciens ont pensé que les deux livres des Prorrhétiques n’étaient pas d’Hippccrate ; la plupart ont regardé le 5e des Épidémies comme ne lui ap¬ partenant pas non plus. Or , qu’y aurait-il de plus authen¬ tique que ces livres , si mention en était faite par Hippo¬ crate lui-même dans une lettre à Démccrite ? H est donc de toute évidence que dans l’antiquité aucun critique n’a cru sérieusement à l’authenticité de ces lettres. Une autre remarque, plus délicate peut-être, mais non moins probante , ressort de l’examen de ces lettres. L’io¬ nisme n’y est pas semblable à celui d’Hippocrate. Ainsi on y lit : IGoù’JfjLasa j or ce mot appartient à l’ionisme d’Héro¬ dote. Le rédacteur a cru bien faire en prenant les formes ioniennes les plus tranchées, sans se douter que l’ionien d'Hippocrate n’était pas exactement celui d’Hérodote. Il a 432 INTRODUCTION'. été , dans l’usage du dialecte , plus rigoureux que le méde¬ cin de Cos*, son archaïsme a dépassé les limites; il a fait comme un homme qui , écrivant de nos jours dans le style du 16e siècle, y mêlerait des formes usitées seulement dans l’époque précédente. Arétée , qui a écrit en ionien dans un temps où les grammairiens seuls s’en occupaient , a commis de perpétuelles fautes de ce genre. 3° La courte Lettre d’Hippocrate à son fils Thessalus, ne porte en soi rien qui en démontre la fausseté ; mais, à côté de tant de pièces apocryphes, il est permis, sans encourir le reproche de sévérité, de ranger également cette lettre dans la même catégorie. Ajoutons qu’Érotien , qui ne pèche pas par un excès de rigueur dans la formation de sa liste des ouvrages qu’il re¬ garde comme véritablement d’Hippocrate , ne dit pas un mot des Lettres. 4° La Supplication adressée aux Thessaliens 4 et le Dis¬ cours d’ambassade 2 forment la dernière série de ces pièces ; elles sont relatives à une seule et même affaire, la guerre des Athéniens contre l’ile de Cos. Dans la première, Hippo¬ crate implore le secours des Thessaliens en faveur de sa patrie-, dans la seconde, Thessalus son fils prie les Athé¬ niens de ne pas persévérer dans leurs desseins hostiles. Il faut remarquer qu’une histoire analogue est attribuée, dans Suidas, à Dexippe ou Dioxippe de Cos, disciple d’Hippocrate. Ce médecin, appelé par Hecatomnus roi de Carie, pour guérir ses enfants, MausoleetPixodare, qui étaient dans un état désespéré , ne se rendit aux prières de ce prince qu’à la condition qu’il cesserait la guerre con¬ tre les habitants de Cos. Nous avons déjà vu que les biogra- ’ETTlêcOpltOî. HpgijêsUTtXOÇ. DE CHACUN DES LIVRES HIPPOCRATIQUES EN PARTICULIER. 433 phes d’Hippocrate ont raconté touchant un amour secret du roi de Macédoine Perdiccas , une histoire toute semblable à celle qui est rapportée touchant Érasistrate et Seleucus. Les légendes aiment ces répétitions. La Supplication et le Discours d’ambassade se supposant l’un l’autre, la fausseté de l’un entraîne la fausseté de l’au¬ tre. Or, il est vrai que la Supplication aux Thessaliens ne contient rien qui trahisse le faussaire 5 mais le Discours Æ ambassade fait mention des services rendus par Hippocrate à la Grèce, de son refus de secourir laPéonie et l’IUy- rie, par où venait la peste, de l’envoi de ses disciples dans les différentes provinces , du triomphe qu’il obtenait sur l’é¬ pidémie à mesure qu’il arrivait dans les villes, enfin du conseil salutaire qu’il donna à Athènes. Or, nous savons par Thucydide qu’aucun médecin ne fit rien à Athènes contre la peste. L’âge d’Hippocrate ne lui permettait pas d’avoir des disciples et surtout des enfants qu’il pût envoyer dans les différents pays. Rien n’est plus fabuleux que de présen¬ ter un médecin comme réprimant, dès qu’il paraît, une maladie aussi violente. L’auteur du Discours fait venir la peste del’Hlyrie, parla Béotie; or, Thucydide dit positive¬ ment qu’elle venait de l’Éthiopie, et qu’elle envahit l’Attique parle Pirée. Enfin, Thessalus assure qu’il alla dans le Pé¬ loponnèse s’opposer aux progrès de la peste 5 or, ce môme Thucydide nous apprend qu’elle pénétra à peine dans cette partie de la Grèce4. Ainsi, partout l’auteur de ces deux piè ■ ees est en contradiction avec la vraisemblance, l’histoire et les faits. Cependant il n’est pas le môme que celui qui a composé 1 ’Eç jjlev ITeXorôvvrjfrov oyx soîjXOsv, 8 ti xai a^tov Xdyo-j. Lib. II, ch. 54. TOM. I. 28 INTRODUCTION'. 434 la correspondance avec Artaxerce ou avec Démocrite. Car il n’est pas question, dans la Supplication et le Discours d’ambassade , de la demande du roi des Perses , ni de la ré¬ ponse d’Hippocrate. Ce sont les rois des Péoniens et des Illy- riens qui sollicitent le secours, et c’est à eux que le médecin de Cos adresse son refus. Le conte populaire est ici autre¬ ment présenté 5 le style en outre est différent; et il paraît que, dans l’antiquité, ces pièces ont eu plus de créance ; car Éro- tien les cite comme étant d’Hippocrate, et Varron en a fait usage. Ainsi , chose qui est assez curieuse pour l’histoire des légendes sacrées ou profanes et à laquelle on n’a pas pris .garde, la légende relative au rôle d’Hippocrate dans la peste, est véritablement double ; d’un côté il est mis en rapport avec les rois des Péoniens et des Illyriens , de l’autre avec le roi de Perse ; et ces deux versions d’un môme conte traditionnel n’en ont pas moins été rapprochées l’une de l’autre î Cependant il paraît qu’Érotien en avait re¬ connu l’incompatibilité; car, admettant le Discours d’ambas¬ sade , il a exclu de sa liste les Lettres où interviennent Ar¬ taxerce et Démocrite. En définitive, rien de plus certain que la fausseté de ces deux Discours ainsi que des Lettre ‘^et du Décret qui sont relatifs à Hippocrate. TABLEAU SERVANT DE RÉSUMÉ. Première classe. Ecrits d’Hippocrate : de Y Ancienne médecine ; le Pronostic ; les Aphorismes ; les Épidémies , 1' et 3e livres ; du Régime dans les maladies aiguës; des Airs, des Eaux et des Lieux ; des Articulations; des Fractures; des Instruments de réduction; à ce traité était joint dans l’an¬ tiquité un opuscule sur les veines ( ns pl ©)Æv), dont j’ai DE CHACUN DES LIVRES HIPPOCRATIQUES EN PARTICULIER. 435 parlé à propos du livre de la Nature des os ; le Serment ; la Loi. Deuxième classe. Écrits de Polybe : de la Nature de l'homme ; du Régime des gens en santé. Troisième classe. Écrits antérieurs à Hippocrate : Pré¬ notions de Cos ; 1er livre du Prorrhétique. Quatrième classe. Écrits de l’école de Cos, de contem¬ porains ou de disciples d’Hippocrate : des Ulcères ; des Fis¬ tules et des Hémorrhoïdes ; du Pneuma ; des Régions dans l'homme; de Y Art ; du Régime et des Songes; des Affections; désaffections internes; des Maladies , 1er, 2e et 3e livres $ de la Naissance à sept mois ; de la Naissance à huit mois. Cinquième classe. Livres qui ne sont que des extraits ou des notes : Épidémies , 2e, 4e, 5e, 6e et 7e livres -, de Y Of¬ ficine du médecin; des Humeurs; de Y Usage des liquides. Sixième classe. Traités qui , appartenant à un même auteur, forment une série particulière dans la Collection : de la Génération; de la Nature de Y enfant; des Maladies , 4e livre *, des Maladies des femmes; des Maladies des jeunes fil¬ les; des Femmes stériles. Septième classe. Écrit appartenant peut-être à'Léo- phanès : de la Superfétation. Huitième classe. Traités qui , soit parce qu’ils contien¬ nent la connaissance du pouls, soit parce qu’ils admettent le système d’Aristote sur l’origine des vaisseaux sanguins dans le cœur , soit parce qu’ils ont été déclarés postérieurs aux autres parles critiques anciens, doivent être regardés comme les plus récents dans la Collection hippocratique : du Cœur; de Y Aliment; des Chairs; des Semaines; Pror¬ rhétique , 2e livre 5 des Glandes ; un fragment compris dans la compilation intitulée de la Nature des os. Neuvième classe. Traités, fragments ou compilations 436 INTRODUCTION. non cités par les critiques de l’antiquité : du Médecin ; de la Conduite honorable; les Préceptes; de Y Anatomie; de la Dentition ; de la Nature de la femme ; de Y Excision du fœ¬ tus; 8e section des Aphorismes ; de la Nature des os; des Crises; des Jours critiques; des Médicaments purgatifs. Dixième classe. Notice des écrits perdus : des Blessu¬ res dangereuses; des Traits et blessures; le 1er livre des Ma¬ ladies le petit. Onzième classe. Pièces apocryphes : Lettres et Dis¬ cours. Le tableau qui précède est le résumé d’un long travail au¬ quel le lecteur a assisté , et dont le but et le résultat sont une classification des œuvres renfermées dans la Collection hip¬ pocratique. Quelques mots suffiront maintenant pour faire comprendre ce que j’appellerai le système de ma classifi¬ cation. Tout mon système consiste à avoir essayé de ranger, sui¬ vant les auteurs et suivant les temps, les différents livres de la Collection. Le premier point fixe à trouver, dans un as¬ semblage de traités qui portent le nom d’Hippocrate , a été de reconnaître ce qui devait être considéré comme apparte¬ nant à Hippocrate lui-même 5 cela fait , une comparaison des livres de ce médecin avec certains livres de la Collection, a montré que, parmi ces derniers, les uns étaient antérieurs à Hippocrate puisqu’ils avaient servi de matériaux à quelques- uns de ses ouvrages, et les autres, postérieurs, puisqu’ils en présentaient des lambeaux et des extraits textuels. De là sont nées des catégories très distinctes et très na¬ turelles. Le même système m’a conduit à mettre à part un livre que le témoignage d’Aristote attribue positivement à Polybe, et un autre livre qui peut-être doit , par une raison sembla- DE CHACUN DES LIVRES HIPPOCRATIQUES EN PARTICULIER. 437 ble, être regardé comme venant de Léophanès. Enfin, dans cette recherche des auteurs différents de la Collection hip¬ pocratique , il a été facile de reconnaître une série considé¬ rable d’ouvrages qui appartiennent à un môme homme, et cet homme, qui n’est pas Hippocrate, est d’ailleurs inconnu. Hors de ces classes se sont trouvés beaucoup de livres ; et là il a bien fallu laisser incertain ce qui n’était pas suscepti¬ ble d’une détermination précise ou seulement probable, et attribuer en bloc à l’école de Cos , aux disciples d’Hippo¬ crate , bon nombre de traités qui portent des traces incon¬ testables de doctrines communes et à peu près contemporai¬ nes. Cette classe est, si je puis ainsi parler, un résidu réfrac¬ taire aux moyens d’analyse que j’ai employés; et la seule communauté qui réunit ces livres et qui m’a déterminé à en faire une catégorie à part, c’est l’impossibilité où j’ai été de leur assigner une époque, un auteur, en un mot, un carac¬ tère qui eût quelque précision. Mais là où j’ai reconnu des marques incompatibles avec l’époque môme d’Hippocrate, là où il‘a été démontré que les auteurs étaient des médecins appelés par Galien hippo¬ cratiques postérieurs, là, dis-je, j’ai trouvé une raison dé¬ cisive de faire une classe séparée ; la différence de date a motivé suffisamment une pareille distinction. Il ne m’est plus demeuré alors qu’un certain nombre d’o¬ puscules qui avaient tous une condition commune, c’était de n’avoir été mentionnés par aucun des critiques anciens qui sont parvenus j usqu’à nous. Je ne pouvais faire autrement que de les réunir ensemble ; car ce silence des anciens critiques prouvait qu’ils ne les avaient pas estimés ou qu’ils ne les avaient pas connus. Un examen attentif m'a montré que ccs deux propositions étaient véritables à la fois : parmi les opus¬ cules en question , les uns sont véritablement antiques , mais 458 INTRODUCTION. Érotien et Galien, par une raison ou par une autre, n’en ont fait aucune mention, et les autres ont été ignorés d’eux, puisque ce sont des compilations rédigées postérieurement avec des lambeaux hippocratiques. Si j’ai mis à part les écrits perdus, c’est qu’il n’y avait aucun moyen de les discuter, et qu’il est commode pour le lecteur de les avoir tous réunis sous un même coup d’œil. Enfin , personne ne s’étonnera que j’aie séparé toutes les pièces non médicales et manifestement apocryphes. On voit que , dans cette classification , rien n’est donné à l’arbitraire , tout repose sur un point essentiel , et , ce point admis, le reste en découle par voie de conséquence : c’est qu’il existe, dans la Collection, certains livres qui sont d’Hip¬ pocrate lui-même , et qu’il est possible de désigner positive¬ ment ces livres. Il a donc été de la plus haute importance pour toute cette œuvre de critique, de déterminer à quoi ré¬ pond le témoignage de Platon , de trouver celui de Ctésias, d’enregistrer ceux de Dioclès etd’Hérophile. En effet, la part d’Hippocrate étant faite , on obtient sur le champ le moyen de reconnaître parmi la Collection quelques écrits qui lui sont antérieurs , et d’autres qui lui sont postérieurs. Quand il n’est pas possible d’assigner l’auteur, c’est beau¬ coup de pouvoir assigner une date relative. En effet, la clas¬ sification que j’ai tentée offre, par l’arrangement seul , un tableau qui embrasse les temps immédiatement antérieurs à Hippocrate , et qui s’étend après lui jusqu’à l’époque d’Aris¬ tote. Cela est un résultat inattendu et certainement avanta¬ geux de cette classification. De la sorte, la Collection hippocratique prend une phy¬ sionomie nouvelle et plus régulière. Ce qui est vraiment d’Hippocrate est mis en première ligne 5 c’est la partie la plus solidement établie, et tout le reste s’y appuie. En même DE CHACUN DES LIVRES HIPPOCRATIQUES EN PARTICULIER . 439 temps on voit ce qu’a été la Collection hippocratique dans l’antiquité ; on reçonnaît les pertes que nous avons faites , on distingue les livres que les anciens critiques n’ont pas cités ; et en même temps elle se trouve purgée de plusieurs com¬ pilations qui n’y ont pas été comprises jadis et qui ne méri¬ tent pas d’être conservées. C’est beaucoup de pouvoir élimi¬ ner avec sûreté ces ; lices qui la déparent. En définitive, par ce dernier travail sur chacun des livres de la Collection hippocratique , travail (fui est un des résul¬ tats principaux de mon Introduction , et qui a donné pour terme la classification ici présentée, il demeure établi que la Collection est un débris précieux de la plus antique méde¬ cine grecque; que plusieurs mains y ont coopéré $ que des époques rapprochées, mais différentes, y sont représentées; et que, toute déduction faite , elle renferme des livres mar¬ qués d’une empreinte de génie assez rive, et d’un caractère d’authenticité assez certain pour que la postérité connaisse et admire Hippocrate dans ses oeuvres. CHAPITRE XIII. EXPOSÉ SOMMAIRE DE LA DOCTRINE MEDICALE d’hIPPOCRATE. / Si je m’étais engagé dans la recherche et l’exposition de la doctrine médicale d’Hippocrate , avant d’avoir travaillé à reconnaître ce qui lui appartient en propre dans la Collec¬ tion, il m’aurait été très difficile de donner une idée claire de cette ancienne doctrine, et le lecteur lui-même ne serait pas parvenu à suivre des propositions qui se seraient ou heurtées par leur contradiction ou mal coordonnées à cause de leur iricohérenpe. On aurait eu, ici l’hypothèse des quatre humeurs , là celle du chaud et du froid élémentaires, ailleurs celle du pneuma, sans qu’il eût été possible de trou- ver, entre ces différentes conceptions de la plus vieille mé¬ decine grecque , une liaison qui, dans le fait , n’existe pas; car elles appartiennent à des systèmes différents. Par des témoignages et des raisonnements que j’ai avec soin enchaînés les uns aux autres, mais qui n’ont rien emprunté à ce qui aurait pu être considéré comme système d’Hippocrate, je suis arrivé à signaler, dans la Collection, un certain nombre d’écrits que je regarde comme siens. Or, par une coïnci¬ dence que j’ai déjà plusieurs fois retrouvée et qui confirme en dernier lieu les résultats de mon travail , il advient que ces livres, désignés comme étant d’Hippocrate d’après des motifs étrangers à l’examen de la doctrine, présentent un ensemble où une seule pensée règne , où tout se lie et où 1 on ne remarque ni disparate, ni incohérence, ni contradic¬ tion. A ce point, les longues recherches que j’ai entreprises DE LA DOCTRINE MÉDICALE d’hIPPOCRATE. 441 reviennent, pour ainsi dire, sur elles-mêmes et forment un cercle-, et je puis, en détournant le sens d’une phrase d’un auteur hippocratique , dire au sujet de cette concordance des arguments : une circonférence étant tracée, le commen¬ cement ne peut être trouvé i. II est donc possible de résumer les principes de l’ancienne médecine d’Hippocrate. J’excluerai de l’objet de cette expo¬ sition l’anatomie et la physiologie. Ces deux parties de la science médicale étaient, à cette époque, encore trop igno¬ rées pour que les médecins eussent sur ce sujet autre chose que des idées vagues, bien que parfois profondes, mais dont l’appréciation m’entraînerait trop loin de mon sujet. Que la médecine d’Hippocrate ait fait une large part à la théorie , qu’elle se soit livrée à la recherche des causes et des explications, qu’elle ait mérité le nom de dogmatique que l’antiquité a donné à son école et à ses successeurs im¬ médiats, c’est ce dont on ne peut douter quand on lit ce passage de Platon : « La médecine recherche la nature du - sujet qu’elle traite, la cause de ce qu’elle fait, et sait ren¬ dre compte de chacune de ces choses 2. » Il est facile, à l’aide des idées théoriques consignées dans les écrits que la critique admet comme appartenant réellement à Hippocrate, de remplir ce programme indiqué par Platon. Dans la médecine antique, un premier point à considérer est l’opinion sur les causes des maladies. Hippocrate recon¬ naît deux ordres principaux de causes , et il leur attribue la génération des affections pathologiques. Le premier ordre 1 KuxXou YpcccpsvToç àpy^ ou x eôpKbi. De loc. in hom., p. 63, Ed. Frob. l 'H $’ tarpucr, , Xéy «v , o~i ^ jxèv toutou ou ôîpa:rsust, xai T7jv uuitv eoxs—ai, xat rr,v aiTi'av àv irparrei, xat Xoyov ïyti toutwv lxa les évacuations alvines, la respiration, etc. Toute étude de pathologie est , à la vérité, fondée sur une comparaison de l’état de santé avec l’état de maladie , mais toute étude de ce genre n’est pas conduite sur le plan que suivi t l’école de Cos. Cette école conçoit tout ce qu’elle sait des fonc¬ tions dans leur jeu régulier, comme un ensemble, et lecom- \ pare en bloc à ce qu’elle observe sur l’homme malade ; et de \ cette comparaison résulte, pour elle, un tableau plutôt qu’une | énumération des symptômes; une étude de l’homme tout ( entier, plutôt qu’une étude d’un organe lésé ; une recher- | che des souffrances et des efforts des grandes fonctions, ; plutôt qu’une recherche des altérations cachées de quelqi: viscère ; un aperçu de la condition générale du patient plu¬ tôt qu’un aperçu de la condition particulière d’un appareil , d’une membrane, ou d’un tissu. Je ne loue pas l’école de Cos d’avoir ainsi agi, cela était inévitable à l’époque où elle était placée ; je ne blâme pas les modernes de s’appesantir sur le diagnostic lccal , car sans cela il n’y a pas de précision DE LA DOCTRINE MEDICALE d’hIPPOCRATE. 459 possible. Mais ce que je signale comme un trait de génie . dans l’ancienne médecine des Hellènes, c’est qu’ils aient eu une puissance de généralisation assez grande pour édi¬ fier, avec les données qu’ils avaient , un système qui contînt ces données, qui en fût le lien logique et qui constituât une_science. Et ici je ne prête pas à Hippocrate et à ses maîtres des intentions qu’ils n’aient jamais eues , seulement je rends plus saillant, par l’analyse, ce qui est caché dans la synthèse de leurs conceptions. En effet, cette théorie que j’expose, Hippocrate l’a eue tellement , qu’il l’a défendue contre les médecins cnidiens, à qui il reproche de multiplier les es¬ pèces dans les maladies , et de négliger l’état général 5 il l’a eue, puisque tout son livre du Pronostic est l’exposition de ce qu’ont de commun les maladies aiguës , et qu’il le ter¬ mine en disant qu’il n’y faut pas regretter le nom des ma¬ ladies qui ne s’y trouvent pas inscrites, attendu que ce qu’il a exposé s’applique à toutes les affections qui ont la même marche; il Ta eue , enfin, puisque les histoires par¬ ticulières qu’il a consignées dans ses livres des Épidémies sont rédigées d’après cette règle même. Hippocrate est le premier qui nous ait transmis des his¬ toires particulières des maladies : exemple remarquable qui n’a pas été assez imité dans les âges postérieurs à lui. Ces histoires ont un cachet spécial, et on les a vantées bien souvent sans comprendre l’esprit qui en a dicté la ré¬ daction. Elles sont le produit direct du système qui avait fait un tout de la médecine antique, le résultat de cette pro¬ gnose qué j’ai expliquée. En effet qu’y Yoit-on ? Si on les juge avec nos opinions sur le mérite d’une observation particu¬ lière , on les trouvera très défectueuses, car les signes qui caractérisent une maladie y manquent ; on n’y trouve nul 460 1HTRODDCTIOX. détail sur la série des symptômes et des accidents par les¬ quels le malade a passé , et c'est tout au plus si , en rappro¬ chant quelques indications éparses , et en interprétant quel¬ ques symptômes notés dans un autre dessein , on peut par¬ venir à donner un nom moderne à la maladie traitée par Hippocrate. Mais, si on les juge avec les opinions antiques , tout devient clair, et on n’y trouve plus qu’une application rigoureuse de la prognose, du système qui faisait le fonds de cette médecine. Tout ce qui a trait surtout aux caractères -d’une maladie particulière , aux symptômes locaux , aux lésions d’un organe, est omis, parce que, au point de vue hippocratique, cela n’a qu’une importance secondaire. Mais : le régime habituel , ou les écarts de régime qui ont précédé la maladie, les évacuations critiques ou non critiques, les jours où elles surviennent, l’état de la respiration, delà sueur , de l’urine , sont notés avec une exactitude parfaite 5 de sorte qu’en réalité, dans l’observation hippocratique, la maladie particulière disparaît et fait place au tableau gé¬ nérai de la souffrance et des efforts des grandes fonctions. H serait certainement curieux et utile de rechercher dans l’histoire de la science, comment les diverses doctrines mé¬ dicales ont influé sur le mode de rédaction des observations. Nous en avons un exemple frappant sous les yeux. La mé¬ thode numérique de M. Louis a changé, pour tous ceux qui s’en servent, et, on peut ajouter, pour ceux aussi qui ne s’en servent pas, le plan d’après lequel les faits particuliers sont décrits. Cette influence du système médical sur la des¬ cription , n’est pas moins marquée dans les Épidéi ies d’Hippocrate. Là il s’abstient de nommer les maladies, d’en exposer les symptômes caractéristiques -, il se renferma scrupuleusement dans les limites de la prognose $ en un mot fl exécute avec fidélité ce qu’il annonce dans un autre de DE LA DOOTKIKE MEDICALE d’hïPPOCRATE. 46l ses écrits, et cette idée est pour lui un point tellement fon¬ damental que, dans le Pronostic , il se justifie de n’avoir pas nommé un plus grand nombre de maladies particulières et assure qu’il suffit à son plan d’en avoir rassemblé les signes communs. Quelqu’opinion qu’on ait *de la méthode de M. Louis, il est certain qu’elle répond au besoin que la mé¬ decine moderne éprouve de plus en plus de s’enfoncer dans le détail de l’observation. On peut donc prendre sa manière d’exposer l’histoire d’une maladie comme représentant l’esprit qui dirige aujourd’hui l’étude médicale , de même- que les histoires particulières qu’on lit dans les Épidémies portent le sceau de la doctrine d’Hippocrate. Ce rapproche¬ ment seul suffit pour caractériser l’une et l’autre époque. Autant ce que les maladies ont de spécial et de distinctif est cherché et expliqué par le médecin moderne ; de manière qu’on puisse diagnostiquer avec précision l’affection par¬ ticulière , autant ce qu’elles ont de commun occupe le mé¬ decin ancien , de manière que l’affection particulière fasse place à l’étude de l’état général. De la thérapeutique d’Hippocrate, nous ne possédons que le livre sur le Régime dans les maladies aiguës. Là en¬ core c’est l’idée de coction , de crise , c’est la considération de l’état général, ou, en d’autres termes, la prognose qui 'enseigne quand et comment on doit se servir, soit du régime alimentaire , soit des exercices , soit des remèdes pour traiter les maladies. Elle contient la thérapeutique gé¬ nérale, c’est-à-dire la formule de toutes les indications qui font que le praticien n’emploie ni au hasard , ni sans but dé¬ terminé les moyens qu’il a à sa disposition. Une thérapeutique ainsi fondée cherche donc à se fendre compte du motif qui la fait agir , du résultat qu’elle veut atteindre , du moment qu’il importe de, choisir, de la crise qu’il faut ou seconder ou 462 INTRODUCTION . imiter : elle répond à la définition que Platon a donnée de . la médecine de ce temps , et que j’ai rapportée quelques pages plus haut. Au point de vue de la prognose , l’étude de la santé , de la maladie et du traitement formait un tout fort simple. Érasistrate rapporte (Gai., t. v,p. 40, Ed. Bas.) qu’un cer¬ tain Pétronas, postérieur de peu à Hippocrate, s’avisa de traiter les fébricitans par l’usage du vin et des viandes. Cer¬ tes ce Pétronas n’était pas de l’école de Cos*, jamais la doc¬ trine hippocratique n’aurait permis une si grave aberration ; elle avait trop étudié l’homme sain , l’homme malade, et les efforts de la nature dans les fièvres, pour supposer qu’un pareil traitement pût jamais avoir des résultats avantageux, et qu’un pareil essai dût jamais être tenté. La prognose, telle qu’elle l’avait fondée et enseignée, la prémunissait contre les écarts dangereux d’un aveugle empirisme. Pétronas s’était dit grossièrement: peut-être le vin, les viandes guéri¬ ront les fièvres 5 qui sait? essayons. Une telle expérimen¬ tation faisait violence à toutes les règles de la prognose. H faut sans doute pardonner aux hippocratistes leur ad¬ miration pour la grande école qui a donné une base à la science, et pour le grand homme qui en a été l’interprète. Cette unité qui apparaît dans la conception de la plus antique médecine grecque, a quelque chose de singulièrement beau ' et remarquable -, d’autant plus qu’elle ne s’est plus retrouvée, ou du moins que les systèmes qui ont eu la prétention de remplacer Phippocratisme, n’ont jamais eu ni autant de consistance, ni autant de durée, ni, il faut le dire, autant de valeur intrinsèque. En effet , les systèmes se sont ap¬ puyés sur Yhypothèse , et Hippocrate s’est appuyé sur la réa¬ lité . Ici encore, ce sont les propres termes d’Hippccrate que j’emploie. Ce qu’ij combat dans le traité de Y Ancienne DE LA DOCTRINE MÉDICALE d’«IPPOCRATE. 463 J médecine, c’est l’hypothèse (&so0ec^; ce qu’il recommande, ! c’est la réalité, l’étude des faits (to lov). On le yoit donc, la méthode antique d’Hippocrate et la méthode moderne ne diffèrent pas dans leur essence , car elles sont l’une et l’autre la méthode expérimentale. Hippo¬ crate , comme nous, a voulu qu’on observât la nature, et, comme nous , il s’est servi de l’induction pour agrandir le champ de ses observations et trouver un lien entre les faits particuliers. Mais il admet que ce lien est l’étude des signes communs des maladies, et sur cette étude il établit, sans hésiter, sa pathologie générale. Mais nous, nous sommes arrivés à ce point que les signes communs qui suffisaient à Hippocrate, ne suffisent plus pour diriger le médecin dans le vaste domaine des phénomènes pathologiques. Si nous remplissions à la lettre le programme hippocratique, si nous relevions les signes communs et rien que ces signes dans toutes les maladies , nous obtiendrions un résultat si réduit, nous descendrions à une généralité si éloignée qu’il n’en sortirait aucun fruit pour la théorie et la pratique. Qu’ar¬ rive-t-il donc ? C’est que nous nous enfonçons, chaque jour davantage, dans les détails, dans l’observation locale, dans les recherches de plus en plus ténues et minutieuses. Hippo¬ crate, par la nature de ses connaissances, a été tenu à la su¬ perficie du corps malade. La médecine moderne a pénétré dans l’intérieur; et cette pénétration, si je puis ainsi parler, dans l’intimité des organes et des tissus, a été le travail des siècles qui nous séparent d’Hippocrate. Le médecin de Cos expose , dans son Pronostic , les com¬ munautés des maladies , c’est-à-dire la valeur de l’état général du malade; dans ses Épidémies , il retrace ce qu’il a observé, c’est-à-dire ces communautés mêmes; dans son livre du Régime des Maladies aiguës , il apprécie la thérapeu- INTRODUCTION. 464 tique d’après la règle qu’il a posée dans le Pronostic , et suivie dans les Épidémies. Le traité de Y Ancienne médecine combat les hypothèses, en appelle uniquement aux faits observés, et déclare que le corps vivant doit, pour être connu , être étudié dans ses rapports avec ca qmJjentoure. Voilà donc toute la doctrine d’Hippocrate exposée dans ses livres mêmes. 5a méthode est expérimentale , sa théorie médicale repose sur l’idée du développement régulier et des communautés des maladies ; enfin, ce que j’appellerai sa philosophie ou sa métaphysique , consiste dans l’idée qu’il se fait du corps vivant , lequel , suivant lui , subsiste par ses rapports, et doit être étudié -dans ses rapports avec le reste des choses. Cette pensée du médecin grec, complètement opposée à celle des philosophes contemporains , qui cher¬ chaient à connaître le corps vivant en soi, est essentielle¬ ment relative à l’hygiène et à la pathologie. Elle fut sans doute le fruit de ses vastes connaissances dans ces deux branches de la médecine; mais, en retour, elle lui fit com¬ prendre l’impuissance et le vide de l’hypothèse, et il put pro¬ clamer dans son livre de Y Ancienne médecine qu’il n’v avait pour l’avancement de cette science qu’une voie, et que cette voie était celle du raisonnement fondé sur l’expé¬ rience. On ne s’étonnera pas qu’en terminant ce court exposé de la doctrine d’Hippocrate , j’aie rappelé les livres qu’elle a surtout inspirés. Car ces livres, appartenant à une même pensée , doivent être d’une même main , et cette main est celle d’Hippocrate. La confirmation, par cette voie, de tous les résultats de mon travail est tellement frappante' que je n’ai pas voulu la laisser inaperçue du lecteur. CHAPITRE XIV. REMARQUES SUR LE CARACTERE MÉDICAL ET LE STYLE d’hippocrate. Hippocrate a fleuri à l’époque la plus brillante de Ja civi¬ lisation grecque , dans ce siècle de Périclès qui a laissé d’im¬ mortels souvenirs. H a vécu avec Socrate, Phidias, So¬ phocle, Euripide, Thucydide, Aristophane, et il n’a pas été indigne de cette haute société. Lui aussi a partagé le sentiment qui pénétrait alors les Hellènes, enorgueillis de leur liberté , enthousiasmés de leurs triomphes , épris de leurs belles créations dans les arts , dans les lettres et dans les sciences. Voyez dans le traité des Eaux , des Airs et des Lieux , avec quelle fierté le Grec triomphe du Barbare, l’hom¬ me libre du sujet soumis à un maître, l’Européen vainqueur de l’Asiatique partout vaincu sur terre et sur mer. Se peut-il trouver un sentiment national plus fièrement exprimé que cette supériorité de race que le médecin de Cos attribue à ses compatriotes? Plus on pénètre le sens des écrits d’Hippo¬ crate, et plus l’on s’identifie avec le fonds et la forme de ses pensées; plus aussi on comprend l’aflinité qu’il a avec les grands esprits ses contemporains, et plus l’on est persuadé qu’il porte comme eux la vive empreinte du génie grec. Quelque silence qu’Hippocrate ait gardé sur lui-même, dans ses écrits , cependant il est possible , avec un peu d’at¬ tention, de démêler quelques-uns des traits qui ont composé le caractère scientifique de cet homme remarquable. Ses li¬ vres sont semés de réflexions qui montrent que son esprit avait été constamment occupé et du souvenir de sa propre tom. i. 30 V ^gg INTRODUCTION . pratique et de l’examen de celle des autres médecins. Visi¬ blement il avait beaucoup médité sur la médecine, et en bon nombre de passages l’on rencontre de ces observations qui , sans rentrer positivement dans le cercle de la pratique mé¬ dicale , sont dues aux réflexions de celui qui enseigne, et font réfléchir ceux qui lisent. Je pourrais en citer plusieurs exemples , je me contenterai d’en rapporter un seul, parce que j’y joindrai les justes remarques qui ont été suggérées à Galien , et qui développent l’idée même que je me fais de la tournure d’esprit d’Hippocrate. Ce médecin a dit dans le 1er livre des Épidémies: «Le praticien doit avoir deux objets « en vue , être utile au malade ou du moins ne pas lui nuire. Ce sont là de graves et modestes paroles où l’on découvre, quand on les creuse , un sens profond et un utile enseigne¬ ment. Au reste , il faut laisser parler Galien qui a été frappé, lui aussi, de la remarque jetée par Hippocrate dans le cou¬ rant de son 1er livre des Épidémies. « Il y eut un temps, dit— « il 1, c\ù je regardais ce peu de mots comme indignes d’Hip- « pocrate ; il me semblait d’une évidence manifeste que le » devoir du médecin est de travailler à soulager le malade « ou du moins de ne pas lui nuire. Mais, après avoir vu plu- « sieurs médecins célèbres blâmés à juste titre pour ce qu’ils « avaient prescrit, saignées , bains, purgatifs, vin, ou eau « froide , je compris qu’Hippocrate avait éprouvé de pareils « mécomptes , lui , comme bien d’autres de ceux qui pra- « tiquaient alors. Depuis ce temps, j’ai jugé qu’il ne fallait « pas seulement, en prescrivant un remède important , sa- « voir jusqu’à quel point le malade y trouverait du souîage- « ment ; mais je n’ai jamais rien administré sans avoir pris « garde à ne pas lui nuire, dans le cas où la prescription « manquerait son but.Quelqucs médecins, semblables à ceux 1 T. v, p. 570, Ed. Basil. CARACTÈRE MEDICAL ET STYLE d’hIPPOCKATE. 467 qui lancent les dés, prescrivent des traitements qui , s’ils « échouent, sont très funestes aux malades. Ceux qui com- « mencent l’étude de la médecine croiront , j’en suis certain, «comme j’ai cru jadis, que ce conseil, être utile ou du « moins ne pas mire , est indigne d’Hippocrate ; mais les praticiens, je n’en suis pas moins sûr, en comprendront ; toute la portée , et, si jamais il leur arrive de faire du mal à « leurs malades par l’administration intempestive de quel- v que remède actif, ce sera surtout alors qu’ils concevront « le sens et la gravité de l’avertissement qu’Hippccrate leur « a légué. » Le chef de l’école de Cos rappelle fréquemment à la mé¬ moire des médecins les devoirs qu’ils ont à remplir, et les règles d’attention, de soin, de prudence que leur impose leur profession à l’égard des malades. H a complètement ex¬ posé son sentiment sur cetimportant objet en ce peu de mots ; « L’art médical a trois termes : la maladie , le malade et le « médecin. Le médecin est le serviteur de l’art ; et, avec « le médecin, le malade doit combattre la maladie4. » Ail¬ leurs il dit : h~ : ~ . Progn., p. 401, Ed. Basil. 3 Ou ptovov xwv xaavovxtov àe\ çatvsxat xr,Soptevoç 6 'Itxtox : - x-/;?, àXXà xat xtov taxpSv , wç àvsyxA^xot piv àet rrapa xotç xau- vouotv toaiv , suSoxiptwort oè xà -xXetcxa. Gai. , t. v, p. 651 , Ed. Basil. 469 CARACTÈRE MEDICAL ET STYLE d’hIPPOCRATE. genre qui se trouvent fréquemment répétées dans les œuvres d’Hippocrate, sont tellement d’accord avec le Serment qu’el¬ les forment un nouvel argument en faveur de l’authenticité de cette pièce. Le même esprit y respire ; le même senti¬ ment y domine ; et, si les raisonnements que j’ai apportés plus haut pour faire admettre la légitimité du Serment , n’ont pas toute la rigueur qu’on peut désirer , ils acquièrent, ce me semble, beaucoup de force quand on a , sous les yeux, réuni en un seul faisceau , tout ce que Hippocrate a dissé¬ miné dans ses ouvrages sur les devoirs des médecins et sur la considération qu’il leur importe , en pratiquant ces devoirs , d’attirer à leur profession. Gelse a vanté la probité scientifique d’Hippocrate, dans une phrase brillante qui est gravée dans tous les souve¬ nirs *. Je ne m’autoriserai pas de ce témoignage; car le fait que Celse invoque est dans le 5e livre des Épidémies; et ce livre forme un de ces recueils de notes qu’on ne peut pas attribuer à Hippocrate avec quelque sûreté. Mais la liste même des observations qu’il nous a transmises dans le 1er et le 3e livres, prouve qu’il n’a pas tenu à cacher ses re¬ vers, et à ne citer que ses succès ; il a enregistré avec can¬ deur les malheurs qui lui sont arrivés; le nombre des morts qu’il rapporte en fait foi. C’est le même sentiment de pro¬ bité qui lui inspire la plus vive répugnance pour tout ce qui sent le charlatanisme. Cette réprobation éclate dans une foule de passages. Je n’en citerai qu’un parce qu’il demeure applicable à tous les temps et à tous les pays. Hippocrate, après avoir dit que l’intérêt du malade doit passer avant 1 A. suturis se dcceptum esse Hippocrates mémorisé prodidit , more scilicet magnorum virorum el Odnciani magnai uni rerum lia- bentium. Ccls. VIII, 4. 470 INTRODUCTION. toute chose, ajoute : « Quand il existe plusieurs procédés, il « faut employer celui qui fait le moins d’étalage ; quiconque « ne prétend pas éblouir les yeux du vulgaire par un vain « appareil, sentira que telle doit être la conduite d’un homme « d’honneur et d’un véritable médecin 4. » La haine qu’Hippocrate ressentait et exprimait à l’égard des charlatans, est très comparable à la haine qui animait Socrate, son contemporain, contre les sophistes. Le méde¬ cin et le philosophe poursuivent d’une égale réprobation ces hommes qui abusaient de la crédulité populaire pour ven¬ dre, les uns une fausse médecine, les autres une fausse sa¬ gesse. Non-seulement Hippocrate flétrit les manœuvres des charlatans, non-seulement il prévient le public contre les ar¬ tifices de ces gens qui en font leur dupe , mais encore il pré¬ munit de toutes ses forces les véritables médecins contre toutes les tentations qu’ils pourraient avoir de se laisser al¬ ler à l’emploi d’un charlatanisme plus ou moins innocent ; il les tient en garde contre cet écueil ; il ne veut pas que leur conduite en ait la plus petite apparence; il leur recom¬ mande , avant tout , ce qui est simple , droit et honnête. H fallait véritablement qu’Hippocrate eût été blessé du spec¬ tacle donné par l’effronterie des charlatans et par la cré¬ dulité du public, pour insister auprès des médecins ses élè¬ ves avec tant de force , non pas seulement contre l’emploi d’un charlatanisme honteux, mais encore contre toute con¬ duite dont le soin exclusif ne serait pas d’en écarter jusqu’à l’ombre la plus légère. La guerre aux sophistes faite par So¬ crate, la guerre à l’esprit de charlatanisme faite par Hippo 1 El cl TroTXoîa’t xpOTTOlfflV OlQV TE El7j UytÉoCÇ TtOlEElV , TOV ào/\6~ tsitov y pïj aipc£<îOai. Kai avopayaO ixwtepov tguto xat Tsyvixco- Tîpov, #ST'.Ç p.7) E7T’.0'J(X£S« ^T]fX0c'.5É0Ç X».€$TJ^17)Ç . De ArliClîl. , D. 500, Ed. Basil. CARACTÈRE MÉDICAL ET STÏLE d’hIPPOCRATE. 471 craie, sont de la môme époque et portent le même caractère. Hippocrate nous présente le premier exemple que nous connaissions de la polémique médicale. Le livre de Y An¬ cienne médecine est un livre polémique en grande partie: son traité du Régime dans les maladies aiguës s’ouvre par une discussion contre le livre des Sentences cnidiennes. Je ferai ailleurs l’histoire de ce débat, et j’y exposerai les points de philosophie médicale auxquels il touchait. C’est un su¬ jet intéressant d’étude que de se rendre compte des divi¬ sions scientifiques qui ont occupé nos prédécesseurs; et la querelle de Cos et de Cnide, d’Hippocrate et d’Euryphon, est importante et parce qu’elle est la première que nous connaissions, et par le fonds même qui la constitue. On trouve , dans les écrits d’Hippocrate , une foule de passages où il critique des procédés particuliers employés par. des médecins de son temps, dans le traitement de différentes affections. Il a assez réfléchi sur les choses pour ne pas accepter sans jugement les traditions du passé, ou les exemples de ses confrères; il a assez d’expérience personnelle pour s’être fait une opinion indépendante sur les principaux points de la médecine ; et il s’exprime avec une juste autorité sur ce qu’il approuve ou ce qu’il con¬ damne. Hippocrate est essentiellement praticien ; si en médecine il ne connaît que l’art , du moins il veut que l’art soit traité scientifiquement, c’est-à-dire qu’en toute occasion on y ap¬ plique l’attention et le jugement *. Quand il recommande de chercher la solution de certains problèmes de médecine, ce sont des problèmes relatifs au genre de régime qu’il convient ‘ ’Efiot Ô’avSava asv Iv x? zir/yn r.ç>ovt/w xov vmv. De Dicet. in acut p. 368, Ed. Bas. INTRODUCTION. 472 de prescrire aux malades dans les affections aiguës 4 ; et, s’il loue la seconde édition des Sentences cnidiennes d’être un .. peu plus médicale que la première 2 , c’est parce qu’elles en¬ trent davantage dans la pratique, et qu’elles sont plus ap¬ propriées à l’usage du médecin. Pour lui, la médecine est toujours l’art 5 ce qu’il veut, c’est porter la lumière dans les observations recueillies ; d’est saisir les principes généraux qui guideront la pratique du médecin, et donner à Y art une assise scientifique : c’est ainsi qu’il s’élève à la science. Son mérite est grand d’avoir su se renfermer dans cet ordre d’i¬ dées ; Y art était encore trop près de l’empirisme dont il sor¬ tait, pour avoir des prétentions plus hautes que celles qu’Hip- pocrate lui attribue *, et ce médecin avait l’esprit trop judi¬ cieux pour regarder comme un guide sûr la spéculation physiologique qui occupa tous les philosophes de son temps, et pour se jeter dans le champ vide des hypothèses. Celse a dit qu’Eippocrate , le premier , sépara la méde¬ cine de la philosophie 3. L’assertion de l’auteur latin mérite une rectification. Ce que je viens de dire de la tendance es¬ sentiellement pratique et médicale qui se révèle dans les écrits d’Hippocrate, est véritablement conforme aux dires de Celse. Cependant, il faut remarquer que le livre des Sen¬ tences cnidiennes est antérieur au médecin de Cos, et que ce livre, bien loin de faire de la médecine une branche de la philosophie, s’attachait à diviser, en plusieurs espèces, cha- MaXa aèv oùSs rpoêaXXecQai Ta TOtaura Çr,T^ aara clôtcrjxivoi etatv ot tripot* ïutoç cl ou os rpoêaXXo'usva su piaocsTce.. De Diœt. in acut. , p. 068, Ed. Basil. ’IïjTpixwTepov os Tt s7«;X6ov. De Diœt. in acut. , p. 568, Éd. Basil. 3 Priraus quidem ex omnibus memoria dignis , ab studio sàpien- tiæ disciplînam banc separavit. Lib. 1, in Proœm. CARACTÈRE MEDICAL ET STYLE d’hIPPOCRATE. 4?3 que maladie suivant une méthode qu’Hippocrate n’approuve pas , mais qui devait être très éloignée des grands systèmes de physiologie philosophique du temps. Ainsi la médecine et la philosophie n’étaient pas confondues par Euryphon. D’un autre côté, Socrate, un peu plus vieux que le médecin de Cos, avait nettement séparé la philosophie de la méde¬ cine , qu’il regardait , avec les mathématiques , comme inu¬ tile à un philosophe. De plus , dans aucun écrit d’Hippo¬ crate on ne trouve cette séparation exprimée formellement -, et il faut admettre qu’elle s’est faite sans effort à une époque où les sciences naturelles se dégageaient peu à peu des anti¬ ques philosophies qui les avaient toutes absorbées dans leur sein-, et où la philosophie elle-même, par la voix de Socrate, circonscrivait avec plus de sévérité son propre domaine. Galien dit en plusieurs endroits qu’Hippocrate est, dans la plupart de ses écrits, d’une excessive brièveté *. Cette re¬ marque, pour être vraie, doit être restreinte aux livres tels que le traité des Humeurs , le traité de Y Miment, le traité de Y Officine du Médecin , et quelques autres qui ne sont, à vrai dire, qu’un recueil de notes non rédigées. Les véritables écrits d’Hippocrate, ceux sur lesquels s’accor¬ dent tous les témoignages, par exemple le Pronostic , le 1er et le 3e livré des Épidémies , le traité des Airs, des Eaux et des Lieux , n’ont rien de cette excessive brièveté dont on a fait quelquefois un attribut d’Hippocrate. Le développe¬ ment, au contraire, y est ample et complet. Certains critiques blâmaient Hippocrate d’avoir forgé des mots difficiles à comprendre : « Si, répond Erotien 1 2, 1 'IffjtoxpotTjç aèv Iv toïç icXelffTOil Ttov éocutoû GUYvpapjAaTOJv fipa^tiXoyoç wv. Tom. iv, p. i 1 , Ed. Basil. 2 Page 4, Ed. Franz. INTRODUCTKMï. 474 « il était le seul ou le premier qui eût fait des mots , « on lui reprocherait peut-être avec raison cette affectation 5 « mais les anciens avaient l’habitude de telles compositions, « ainsi qu’on le voit dans les auteurs de la Comédie anti- « que, dans Démocrite, pour les philosophes, dans Thucy- « dide et Hérodote, pour les historiens, et dans presque « toute la série des vieux écrivains. Pourquoi donc repren- « dre dans Hippocrate ce qui est autorisé dans tous les aü- « très? D’autant plus qu’il a été homérique dans sa phrase, « habile à composer des mots, savant dans l’art de rendre sa « pensée et de choisir les termes les plus convenables parmi « ceux que l’usage a consacrés. » L’antiquité a beaucoup admiré le style d’Hippocrate. Les grammairiens les plus distingués ont commenté ses œuvres, et les anciens critiques lui ont accordé , on le voit , qu’il pos¬ sédait un tour et une phrase homériques. Je ne contredirai pas en ceci les anciens , qui ont toujours voulu rattacher à Homère ce qui était grand et beau dans leur littérature ; mais j’ajouterai quelques considérations qui me paraissent plus directement applicables au style d’Hippocrate. Pour peu qu’on s’occupe d’études littéraires, on reconnaît combien les écrivainsd’une même époque, quelques sujets qu’ils traitent, portent un air de ressemblance et de confraternité : fades non omnibus una, Nec diversa tamen. H nous reste les écrits d’un des plus illustres contemporains d’Hippocrate, où la justesse de cette observation me semble tout à fait vérifiée. Thucydide a vécu, a écrit en même temps que le médecin de Cos : plus j’ai médité sur le style de l’un et de l’autre, et cherché à en pénétrer les procédés, la forme et le sentiment, plus aussi je me suis convaincu qu’il existait entre ces écri¬ vains une étroite affinité qui dérivait de cette loi, que les au¬ teurs d’un meme temps puisent tous à la source commune CARACTERE MEDICAL ET STYLE d’hIPPOCRATE. 475 de pensées, d’expressions et de style, qui abreuve toute une époque. Aussi est-ce à Thucydide qu’il faut comparer Hip¬ pocrate : des deux côtés un langage grave, un style plein de nerfs , une phrase qui dit beaucoup , et un usage de la langue, qui, bien que très travaillé, est cependant moins assoupli que dans Platon.Hippocrate, quoique maintenu dans une exposition médicale par cette rectitude du goût grec qui ne manque jamais d’approprier les mots aux choses , sait donner du relief et de la couleur à ses peintures. Ces mé¬ rites de style s’effacent dans une traduction 5 mais ceux A qui la langue grecque est familière, se complairont à étu¬ dier cet antique et pur modèle, sentiront comment l’io¬ nien, flottant et naïf dans Hérodote, est devenu grave et précis dans Hippocrate, admireront sa phrase claire bien que pressée, ornée bien que sévère, simple bien qu’élégante, et se persuaderont par l’exemple même du père de la mé¬ decine que le langage de la science a ses règles et ses beau¬ tés qui mettent aux œuvres éminentes le dernier trait de l’excellence. On a beaucoup écrit sur Hippocrate, et on pourra encore beaucoup écrire. Les compositions capitales que l’antiquité nous a léguées, ont cela de caractéristique que l’étude ne s’eu épuise jamais , et que la science* à chaque progrès qu’elle fait, les aperçoit d’un nouveau point de vue et sous un autre jour. Les travaux de nos prédécesseurs sur ces vieux mo¬ numents ne nous dispensent pas de les .examiner pour no¬ tre propre compte ; car pour nous il y a là aussi une abon¬ dante récolte de faits , de pensées , d’indications qui nous se¬ ront utiles pour mieux comprendre notre médecine actuelle. H m’importe de résumer ici en quelques mots ce que j’ai dis¬ persé dans le courant de cette Introduction, et de rappeler brièvement les principaux avantages que procure l’étude des 476 INTRODUCTION. vieux maîtres de l’art. Demander à cette étude un résultat immédiat, pratique, palpable, si je puis m’exprimer ainsi, comme celui que procure un livre moderne sur tel ou tel point delà science, ce serait lui demander tout autre chose que ce qu’elle peut donner , ce serait en méconnaître la véritable utilité. On ne doit pas aller, là, apprendre la médecine ; mais, quand on est pourvu d’une instruction forte et solide, il faut y chercher un complément qui agrandisse l’esprit, affermisse le jugement, et montre, dans la tradition de la science, le travail des générations successives, leurs erreurs et leurs succès, leur faiblesse et leur force. On y puise re¬ connaissance pour les efforts de nos devanciers, assurance dans les efforts actuels ; car, c’est surtout alors que l’on sent que la science n’est jamais ni un fruit spontané, ni la créa¬ tion d’une époque ou d’un homme, mais un héritage que nous avons reçu et que nous transmettrons. Deux choses surtout sont à considérer quand il s’agit de recommander l’étude des vieuxlivres et des vieux temps. Us fournissent à la fois des faits et des doctrines : des faits sans lesquels l’enseignement serait incomplet, des doctrines sans lesquelles nous n’aurions qu’une vue fausse delà culture de la science. S’il est vrai que les maladies chan gent suivant les cli¬ mats: si ces modifications frappent de plus en plus les esprits par leur importance pratique et doctrinale à mesure que la civilisation s’étend sur les points les plus divers du globe; iL n’est pas moins vrai que les siècles présentent aussi de grandes différences dans leur physionomie pathologique , et que certaines affections s’en vont, tandis que de nou¬ velles arrivent sur la scène du monde. Le choléra indien nous en a fait faire à nous-mêmes une rude et récente expé¬ rience. Hippocrate, dans son large et ingénieux système, a comparé les âges de la vie humaine aux saisons de l’an- caractère médical et style d’hippocrate. 477 née. Si j’osais l’imiter, je comparerais les âges de l’histoire de rhumanité aux climats de la terre. Les uns comme les autres ont leui’s maladies propres , leur pathologie spéciale. Or ce n’est, que dans les auteurs , vieux témoins de ces phénomènes passés qui ne doivent peut-être plus se repro¬ duire, ce n’est que dans les livres, 'fidèles dépositaires de ces antiques observations, que le médecin -peut les cher¬ cher , les étudier, et arriver à concevoir un ensemble de la pathologie dont le petit horizon qu’il embrasse ne lui don¬ nerait qu’une faible idée. Si par l’étude le médecin doit se faire cosmopolite, par l’étude il doit aussi se faire contem¬ porain de tous les âges. Là il prend connaissance de mille faits qui, sans cela, lui seraient à jamais inconnus; et ce voyage dans le temps ne lui sert pas moins que ne lui servi¬ rait un voyage à travers les continents et les mers. Yoilà pour les faits 5 voici pour la doctrine : l’homme qui réfléchit sur lui-même et sur sa conduite passée trouve un grand enseignement pour sa conduite future , et dans ce qu’il a fait de bien , et dans ce qu’il a fait de mal. De même la médecine ne peut revenir sur son passé sans y recueillir des leçons pour son avenir. Celui qui explorera avec des lumières suffisantes l’histoire des théories et de la pratique de nos prédécesseurs rencontrera des sources fécondes de savoir. L’étude de l’antiquité ne doit être abordée qu’avec des connaissances telles qu’on en profite. Là l’ordre logique est de commencer non par ce qu’il y a de plus vieux , mais par ce qu’il y a de plus récent. Quand on s’est pénétré de la science contemporaine, alors il est temps de se tourner vers la science passée. Rien ne fortifie plus le jugement que cette comparaison. L’impartialité de l’esprit s’y développe ; l’incertitude des systèmes s’y manifeste ; l’autorité des faits s’y confirme, et l’on découvre, dans l’ensemble, un enchaî- 478 INTRODUCTION. nement philosophique qui est en soi une leçon. En d’autres termes , on apprend à connaître , à comprendre , à juger. Dans les œuvres d’Hippocrate bien des germes ont été déposés qui ont reçu un grand et fécond développement ; bien des choses ont été dites, qui, depuis, n’ont plus été répétées avec le même sens et la même grandeur. Et lors¬ que le père de la médecine commence ses Aphorismes , en disant : La vie est courte , Vart est long , V occasion fugitive , V expérience trompeuse , le jugement difficile , qui ne se sent transporté dans un autre ordre d’idées que celui auquel nous sommes habitués? qui n’entend là un autre langage que celui qui retentit chaque jour à nos oreilles? qui ne croit lire, dans cette sentence , à moitié grecque et à moitié orientale , l’inscripüon monumentale inscrite .au frontispice de la médecine , au moment où les portes en sont ouvertes par une main puissante? APPENDICE A ■ L’îjî T R C D U C 7 1 0 N. si-. Du dialecte des livres hippocratiques. Quelque étranger que cet objet soit aux études médicales qui con¬ stituent la partie essentielle de mon travail sur Hippocrate, je ne puis cependant me refuser à consacrer quelques pages à cette recherche. Il m’importe de donner, de mon auteur, un texte aussi correct qu’il me sera possible; et cette correction embrasse non seulement tout ce qui peut éclaircir le sens , mais encore tout ce qui rend au style sa pureté native. Hippocrate était dorien : pourquoi a-t-il écrit en ionien? L’Ionie avait de bonne heure fourni des écrivains et des savants ; une bran¬ che de la plus ancienne philosophie grecque est appelée branche ionienne. Naturellement les Ioniens écrivirent dans le dialecte qui leur était familier. Cette habitude se perpétua ; et presque tous les philosophes, excepté les Doriens de la Grande Grèce et de la Si¬ cile, employèrent le dialecte ionien. C’est de ce dialecte que se sont servis Anaxagore , Parménide , Démocrite , Mélissus , Diogène d’Apollonie. Il ne faut pas chercher d’autre raison de la préfé¬ rence que le dorien Hippocrate donna à l’ionien. On a raconté , il est vrai , qu’il l’employa pour complaire à Démocrite. Mais en cela il ne fit que se conformer à un usage qui prévalait de son temps. L’ionien, dans la période qui a immédiatement précédé le brillant développement de la gloire littéraire d’Athènes , était la langue de la philosophie et de la science. Avant d’essayer de décider quel a été véritablement l’ionien d’Hippocrate, il faut rechercher ce que les critiques grecs ont dit sur ce sujet. On a vu , dans le chapitre consacré aux commenta- 480 APPENDICE A L’INTRODUCTION'- teui’S , que plusieurs avaient compose' un lexique des termes les plus difficiles employe's dans les livres hippocratiques. De ces ter¬ mes difficiles , les uns étaient des mots vieillis et tombés en dési > tude; mais d’autres étaient des locutions particulières aux Ioniens. Ainsi Bacchius nous apprend que le mot -^o-ratvta est ionien et si¬ gnifie tout ce qui se donne en aliment ou en boissons. Le grammai¬ rien Xénocrite, un des plus anciens glossateurs d’Hippocrate , avait dit que le mot d&Xoçaaffeiv signifie , chez les Ioniens , non pas un dérangement de la parole, mais un trouble de l’intelligence ; ce sont là des remarques qui s’appliquent à des locutions locales, et non à l’ensemble de l’ionisme d’Hippocrate. Artémidore Capiton, dans son édition si goûtée par l’empereur Adrien, avait supprimé l’ionisme au moins dans plusieurs cas. « Qu’il soit permis à chacun , dit Galien 1 , de suivre l’orthogra; h « qui conviendra } les uns écrivent osrjît , par trois syllalms; les « autres 6xoe- 1 Tom. V, p. 442, Ed. Basil. * Tom. V, p. 525, Ed. Basil. DIALECTE 481 rait d’une grande utilité' pour toutes les questions relatives à cet objet. En l’absence d’un document aussi précieux , il ne nous reste que l’opinion de Galien, qui est que cet ionisme se rapproche, en certains points, du dialecte attique. Il ne fa ut pas, suivant Galien lui-même, chercher dans Hippocrate le pur ionisme d’Hérodote. Cette conclu¬ sion ressortira également de l’étude du texte des livres hippocra¬ tiques. Venons aux temps modernes. Les éditeurs, Aide, Comarius, Mer- curiali. Focs, Chartier, Mack, Van der Linden, Kübn se sont conten¬ tés de reproduire le texte des manuscrits avec toutes les irrégularités; de sorte que leurs éditions laissent intactes tou tes les questions de dia¬ lectologie. Presque à chaque ligne on rencontre des exemples de ces variations; je n’en citerai qu’un ou deux, et seulement pour montrer qu’en ceci les éditions n’ont pas d’autre valeur que les manuscrits. On trouve dans le livre de X Ancienne médecine : Aide, jflpwvTcci, p. 2, verso, 1. 1 7, et ^psovvat même page, 1. 45 ; même irrégularité dans l’édition de Baie, p. 4, 1. 44 et p. 5, 1. 25; dans celle de Mercu- riali, IVe classe, p. 18,1.11, et p. 19, 1.55 ; dans celle deFoes,Ire sec¬ tion, p. 9,1. 8, et p. 10, 1. 7; dans celle de Van der Linden , p. 15, 1. 8, et p. 17, 1. 6; dans celle de Mack, tom. I, p. 17, 1. 5, et p. 18, 1. 25 ; dans celle de Kühn, 1. 1, p. 25, 1. 7, et p. 25, 1. 18. Tandis que le datif pluriel de l’article est le plus souvent votai , on rencontrera, dans presque toutes les éditions, à la même place voïç. Ainsi on lit encore, dans le traité de V Ancienne médecine , toîç dxououai : dans Aide, p. 2, verso, 1. 25; dans Froben, p. 5, 1. 4; dans Mercuriali, IVe classe, p.18, 1. 27 ; dans Foes, Ire section, p. 9, 1. 21 ; dans Van der Linden, p. 15, 1. 52; dans Mack, t. I, p. 17, 1. 22; et dans Kühn, 1. 1, p. 24, 1. 2. Je n’ai réuni ces particu¬ larités que pour montrer que toutes les éditions se sont copiées l’une l’autre jusque dans les plus petits détails au sujet des io¬ nismes. Et, à leur tour, elles représentent très exactement l’état des manuscrits. Ainsi le premier ypSvTai est dans tous les manuscrits de la Bibliothèque Royale, les seuls que j’ai pu consulter, excepté dans 2255, qui a ypswvrai; le second ^péovvat est dans tous les manuscrits ; toîç dxoüouat est également dans tous les manuscr'is que j’ai eus sous la main. TOM. I. 51 482 appendice a l’introduction. Voici ce que pense Heringa de l’orthographe suivie par les éc - teurs d’Hippocrate : « L’orthographe qu’ils ont adoptée est partout « inconstante. Ainsi, dans le traité des Airs , des Eaux et des « Lieux , pag. 586, 1. 39 (Ed. de Foes), on lit oiwrpsçgroi, et « à peu de distance Sucrpsçexai ; 1. 27, cu-pcoci'et; p. 294, L 12, « cupirifést, mais 1. 18, Ijupinféei; p. 287, L £uvt se trou¬ ve; je dois ajouter que le manuscrit 2146 est très récent (du .16° siècle) et qu’il fourmille de fautes; on y trouve constamment çu- crt oç pour cpuaioç et cpuorjaç pour cpuataç , et de meme dans tous les mots de la même déclinaison. C’est manifestement une faute qui dérive de l’iotacisme. On ne peut donc en aucune façon s’autoriser du manuscrit 2146 pour introduire la forme îp^v. Il n’y a plus , à ma connaissance , qu’un autre endroit où cette forme se rencontre dans les manuscrits , c’est dans le manuscrit 2255. On y lit, de la 486 APPENDICE A L’INTRODUCTION, façon suivante, Ja première ligne du 5e livre des Épidémies : ÏIu- 6 ico vio; » . J’ai rétabli le double ionisme ^eyadsa. Cæt. i^yzQri (Ib., p. « 1 51). » Aucun exemple , dans les manuscrits hippocratiques, de jjuyaQo; pour tAÉyEÔoç. « J’ai rétabli l’ionisme oOpoç. Cæt. #poç (Ib., p. 152). » « J’ai rétabli l’ionisme oupsa. Cæt. opr, (Ib., p. 152). » « J’ai rétabli , d’après 2146, Aid., Bas., l’ionisme àvaTtXifceoiKrt. Cæt. âva7z\xG qsvEi cuv s®71 Awpieuç, itoXecdç Si K5. -El. Var. hist. IV, 20. Aryouci Si Awpisx ovrx brrwcpacrrv, àXX’cuv x« tco Ar j. cxp-Tcu x*ftv vç ia£i yavr, ouyypsc^xt tx vrflfpaufwrra. 490 APPENDICE A L’INTRODUCTION. « férence même d’auteurs qui n’appartenaient pas à cette fraction « du peuple grec. Déplus, Arétée, imitant le style d’Hippocrate et « d’Homère , ressemble à Hippocrate comme un fils à son père , « non-seulement par l’esprit et la doctrine, mais encore par lelan- « gage; et c’est aussi, je pense, pour la même cause , que, bien que « Cappadocien , il s’est servi du dialecte ionien, voulant, même en « cela , se conformer à l’image du père de la me'decine. Enfin, le « grammairien Grégoire de Corinthe assure qu’ Hippocrate l’a par- « ticulièrement employé *. Aussi ai-je pense' que, partout où j’avais « remarque' l’usage d’une forme ionienne dans Hippocrate, je devais « corriger tous les autres endroits où cette forme ne se trouvait pas. « Non point que j’aie prétendu, recherchant toutes les formes ionien- « nés employées à toutes les époques de l’antiquité par tel ou tel « écrivain, les introduire de force dans le texte hippocratique; mais « j’ai eu la confiance que les hommes doctes qui depuis long-temps « voudraient être sortis de ces écueils, me sauraient gré d’avoir ré- « formé le texte sur ce modèle. J’étais entre la crainte et l’es- « pérance, ne sachant si ceux qui sont compétents en cette matière « jugeraient que j’ai bien ou mal fait , lorsque Coray m’a rassuré « par son livre que j’ai cité dans ma préface ; j’ai donc suivi un sa- « vant si illustre, aimant mieux errer avec lui qu’acquiescer, par « une paresse peu honorable, au silence honteux que beaucoup ont « gardé sur cet objet. » Le principe général de M. Dietz a été de rétablir systématique¬ ment, dans tous les mots, la forme ionienne, pourvu qu’il en eût trouvé quelque exemple dans lesr livres hippocratiques. « rtyvsxat ; la forme attique, usitée par les écrivains attiques , « dans laquelle le y est intercalé, a été restituée par moi partout « dans ce verbe et dans le verbe ytyvwcrxw de même famille ( Ib., « p. 107). » « Aût9] : les pronoms et les adjectifs pronominaux sont écrits par « les Ioniens avec l’intercalation d’une voyelle , quand la terminai- « son est longue, orthographe que reçoivent les mots xevsoç, àSsX- « cpioç , etc. , et les substantifs appelés rapiexTixà ( Lobeck, ad. 1 Ks'xf/irat û’aù-rÿ ( xÿ laSt ) Ôp.ïipoç.,... xat brawtoa-nK o iarpo'î. Page 629. DIALECTE 491 Phiyn. , p. 167); les ayant trouvés quelquefois dans Hippo¬ crate, et fatigué de l’irrégularité de nos imprimés, j’allais écrire « tous ces mots de la même manière. Plus tard je me suis repenti « de l’avoir fait. Si un jour, par la collation soigneuse de tous les « manuscrits, je vois moyen de décider cette difficulté, je recom- - mencerai volontiers tout ce travail, comme Pénélope sa toile (Ib., « p. 1 07). » ITouXXà : j’ai partout rendu à Hippocrate la forme ionienne de ce mot, laquelle, tout compte fait, j’ai trouvée être même plus fré- « quente que la forme vulgaire ( Ib., p . 1 1 9). » « : Lobeck ( ad Phryn. , p. 1 4 ) , a exposé disertement - combien il y a eu de différences chez tous les écrivains sur l’or- ; thographe de ce mot, ainsi qued’a^piç, et sur l’addition du sigma, « et combien cette question a été débattue dans les chaires des gram¬ mairiens, et il a rapporté quelques exemples de l’un et de l’autre usage pris dans Hippocrate. En effet, Phrynichus , p. 14, s’ex¬ prime ainsi : Me^piç et ajynç avec le sigma sont d’un mauvais ■' usage ( aooxtua ) ; dites pi^pt et a^pt. Cette règle a été obser¬ vée dans un manuscrit florentin très bon et très ancien qui contient « des livres chirurgicaux de Soranus et d’Oribase de la Collection de ïsicétas; l’éditeur Ant. Cocchi( p. 146, Florent. 1754, fol. ) en fait la remarque. Je conserverai la leçon des livres, pour qu’on ne me reproche pas d’avoir, par une obéissance aveugle pour « les grammairiens, chassé de force ce sigma (Ib., p. 125). » « Ojx aira£ : j’ai ainsi écrit , et dans deux mots rapprochés l’un de l’autre et dans les compositions ; car, dit Grégoire de Co- « rinthe, p. 195 , les Ioniens aiment les ténues (Ib. p. 125). » « Ouv : le wv d’Hérodote est complètement étranger à nos livres « d’Hippocrate ( Ib., p. 158). » « ’Epyacpivouç : c’est l’usage des Ioniens de supprimer les aug- ments (Ib.‘, p. 150). » rGeutxova : j’ai conservé à Hippocrate cette forme, quoi qu’aient dit de cette orthographe les grammairiens modernes et les éditeurs de plusieurs écrits ( Ib., p. 171). » S*ij*7-ïa : en plus de quarante endroits les livres hippocratiques conservent cette orthographebeaucoup plus que pour les autres mots 492 APPENDICE A L’iNXRODUCTION'. « de cette espèce, ôspacTnjw] , dont j’ai à peine trouvé dix exemples, « àyprfiw , de Artic., p. 81 9 ( Ib., 175). » A ce résumé des principaux travaux qui ont eu pour objet la res¬ tauration de l’ionisme de la Collection hippocratique, je joins l’opi¬ nion d’un homme fort versé dans toute la science de la grammaire grecque , sur les efforts des auteurs qui, comme Arétée, Arrien, ont essayé d’écrire en ionien long-temps après que l’ionien était un dia¬ lecte mort ; ce jugement n’est pas étranger aux modernes qui ont voulu appliquer à la Collection hippocratique un ionien que j’appellerai systématique. « Un mauvais désir d’imitation a produit Tpooütxa dans Lucien , « De Dea Sjt. c. §0, et il ne faut pas le changer avec Reitz en « TptôjAa. On ne peut dire jusqu’à quel point ont perdu leur peine « ces écrivains postérieurs qui ont essayé de ressusciter l’ionisme, «je parle de Lucien, d’ Arrien , de l’auteur de la vie d’Homère, « d’ Arétée, etc. Ces auteurs ont mêlé, sans aucun choix, les formes « des poètes épiques, d’Hérodote, d’Hippocrate , duquel le dialecte « diffère, beaucoup et dans des choses importantes, de celui d’Hé- « rodote, et les opinions des grammairiens, de sorte que leur style « n’a aucune couleur originale. Lucien a dit Tptoüjxa , séduit par « l’analogie du mot Owütxa • se souvenant d’avoir lu dans Hérodote « pvéaç, il n’a pas craint d’écrire le pluriel jxvseç; ecsvat, frosrai, « Xtacsro, cpôsy^aTO, ep.4uevœt, d7rpT]XTO'.o , Sotà, fjgXioç , Tcavrect, « I8sX7j<7t sont des formes épiques; î^to , épî), ia opéyç sont desimi- « tâtions d’Hippocrate ; xépaa , ârpsyJei , cpaeivsxai , i-zspssrat, tcu, « £7t'it^ç n’ont qu’unefausse apparence d’ionisme. Lucien a misheau- « coup de formes vulgaires , ©9opa , toiSSe ; et xéscxai , et xecrto que « l’on lit plusieurs fois au singulier , sont des inventions des gram- « mairiens , qui , avec une grande sagacité, ont, d’un commun ac- « cord , déclaré que les terminaisons passives aval et ato sont du « singulier , et qui, les rencontrant toujours du pluriel dans Ho- « mère, ont appelé à leur secours une forme pindarique ( Struve, « Quaestionum de dialecto Herodoti specimen III, p. 2). » Je viens de mettre sous les yeux du lecteur la série des opinions que l’on s’est faites de l’ionien des écrits hippocratiques. Les édi¬ teurs des œuvres complètes se sont conformés aux manuscrits , et DIALECTE 493 ils en ont reproduit toutes les irrégularités. Heringa, le premier , choqué de ces variations fréquentes dans Forthographe des mêmes mots, indique, en quelques lignes, le vice des éditions, et propose d’y remédier en réformant l’ionisme des livres hippocratiques sur celui d’Hérodote. C’était un système qu’il proposait, système, il faut le dire, qui ne reposait pas sur une étude assez attentive des feils , mais gui n’en fut pas moins adopté, et même exagéré par Co- ray dans son édition du traité des Airs , des Eaux et des Lieux. M. Dîetz, en publiant le livre de la Maladie sacrée , se conforma aux principes admis par Coray ; cependant , en avançant dans son travail, il conçut quelques scrupules sur le dr oit que pouvait avoir un éditeur , à faire de si notables changements , et il se réserva d’examiner plus à loisir les manuscrits pour résoudre les difficultés que présente l’ionisme des livres hippocratiques. Enfin, M. Struve, dans un travail spécialement destiné au dialecte d’Hérodote , a été frappé des différences que cet ionien offre avec celui d’Hippocrate, il a signalé les inconvénients du systèmede Coray j il a fait voir com¬ bien il était peu sûr de suivre en cela les traces de ceux qui tardive¬ ment ont écrit en ionien, comme Arétée, Arrien, Lucien ; il a mis à découvert les erreurs commises par ces ionisants qu’on pourrait appe la* posthumes; et il a fait comprendre la nécessité de ne s’en rap¬ porter là- dessus qu’à une comparaison minutieuse et étendue de; manuscrits. Je n’ai pu collationner que ceux qui sont dans la BibUothèqui Loyale à Paris. Néanmoins, l’étude que j’ai faite à ce sujet, m’a con¬ vaincu qu’en prenant l’édition de Froben ou celle de Foes, et en 3 faisant le compte des formes ioniques qui s’y rencontrent , on ob¬ tiendrait un résultat que l’examen des manuscrits ne modifierait qui peu sensiblement. Car, je l’ai déjà dit, ces éditions ne suivent au¬ cun système , et reproduisent les leçons telles qu’elles les ont trou vées dans les manuscrits sur lesquels elles ont été faites ; et , à leu tour, les manuscrits se copient avec une bien grande fidélité, sau les erreurs, et sauf encore les cas où un manuscrit est la copi d’une édition différente dans l’antiquité. Tel est le cas du manu scrit 225 3 avec tous les autres manuscrits. Les grammairiens grecs postérieurs ont fait quelques remarque 494 appendice a l’introduction. sur les ionismes d’Hippocrate : Grégoire de Corinthe, de Dialectis , dit : « Les Ioniens résolvent les génitifs pluriels féminins j pour « oijptov , @r,ëSv , tojXwv , ils disent : wpstov , 07]êsci>v et miXewv. Ho- « mère : âç eïirtov, ttuXêwv èZiotrvzo; et Hippocrate : al p.sTaêoXai « tôûv àpetov, TtxToucji voo7ip.aTa. » Et ailleurs : « Non-seulement « aux datifs pluriels féminins ils ajoutent un iota comme aux datifs « pluriels masculins, mais encore dans la diphthongue at , ils chan- « gent a en iq, comme Hippocrate: iv ypovir^t XstevTsptr^tv « ô^upsypuir; ImyevouevY] , 7rpoa6ev jrJ) yevopiviq, «nqfAetov âyaQov. » Et ailleurs : « Nous avons dit plus haut que les Ioniens écrivaient « et disaient ocpsoç et woXtoç; maintenant nous disons que les Ioniens « et particulièrement Homère emploient les génitifs communs de ces « mots, comme ê\ àypou vooçi ttoXioç; et Hippocrate : utto «pOictoç « eyouivto otap^oia ImyevojAevrj , ôavaaiaoç. » Et ailleurs : « Les Io- « niens disent Tauvsiv pour Tstxveiv. Hérodote dans le 2e livre : « touç îepsaç touç Iv AtyoTTiw avXXé^avTûcç tz dvxaç pticouç ôtavajxvsiv , « et Hippocrate : va 6 ; o-java 2 ; atei 5 ; àet 1 ; Xi7jv 1 5 ; Àtav 1; oüv16. ' ' Sur les verbes en aw, j’ai remarqué sStywv 1 fois; IStysi 1 ; èctya et ses composés 5; Statvav 1 ; xotaac:0xt 1; IxoiuSto 4 ; âppqro 1. ,T’ai trouvé tous les comparatifs en wv contractés. IïXsiooç 6 fois; uetÇouç 4 ; xaxtw 1 , etc. J’ai trouvé ^taSa 4 fois, uXrjïàSoç 2; ïrXeiaSoç 1 ; cr^eîov, vuvaixsîoç, êope’.oç , sans rr J’ai remarqué que SÙh, lorsqu’il se trouve devant une voyelle, perd toujours son a , remplacé par une apostrophe. Le travail de comparaison que je viens de soumettre au lecteur, je l’ai fait également pour plusieurs autres traités; mais, dans une édition d’Hippocrate, œuvre qui doit être surtout médicale, ü n’y a pas autantde place qu’on pourrait le désirer pour des questions pu¬ rement philologiques. Je m’abstiens donc de rapprocher les compa¬ raisons que j’ai faites sur le livre de l’^rf, sur le Pronostic , sur le traité des Airs , des Eaux et des Lieux , et sur quelques au¬ tres; et je me contenterai de remarquer ici les principaux carac¬ tères du dialecte d’Hippocrate. 1». Le datif pluriel des noms de la 2e déclinaison est en et. 2°. Le datif pluriel des noms féminins est le plus souvent en 7 7i et quelquefois en atei. 3». Le génitif pluriel féminin de la 1 « déclinaison est en sW 4o. L’ti est substitué à l’a dans les mots comme xapSt’r, , etc. 5°. Il l’est aussi dans les mots comme îr/rpoç, etc. 6°. Hippocrate dit pouvez au lieu de jwv 0;, et voucoç au lieu de vo'soç. , T*. 11 dit U et non pas eiç, $v et ses composés, et non pas fjLvjxoç vougou , Dioscoride lisait : Outoi yàp Gavarov gtj- paivouatv , n (aîjxoç vo'gou. Galien ne blâme pas çette leçon, il se con¬ tente de faire observer que, bien que plus brève que la précédente, elle présente le même sens. Mais elle est étrangère au texte qu’ont suivi nos éditions imprimées. Autre exemple, que j’ai noté ici en passant, quoiqu’il appartienne à la question précédente. Ainsi , en résumé , les rapprochements que je viens de mettre sous les yeux du lecteur, prouvent qu’il y avait dans l’antiquité un texte de la Collection hippocratique, généralement suivi ; que c’est à la reproduction de ce texte que les copistes se sont surtout attachés; qu’après la découverte de l’imprimerie, les premiers éditeurs, hé¬ ritiers naturels des anciens copistes , l’ont recueilli fidèlement , et qu’il figure aujourd’hui dans nos livres imprimés. C’est dans ses commentaires, riches de tant de savoir, que Ga¬ lien nous a fourni ces renseignements intéressants ; il est même pos- TEXTE ET ÉDITIONS ANTIQUES. 507 sible de noter quelques circonstances de plus sur l’état du texte de la Collection hippocratique dans l’antiquité. On a tu par ce qui précède que le texte adopté par Galien pour son commentaire est généralement conforme à celui que nos édi¬ tions imprimées représentent ; cependant cette conformité n’est pas absolue, et j’ai relevé quelques différences qui prouvent que l’édi¬ tion suivie par Galien , quoique se rapprochant beaucoup de celle de nos livres imprimés, n’est pas identiquement la même. Galien, dans son commentaire sur les Aphorismes, lit l’aphorisme 42 de la 4e section de la manière suivante 1 * : Iïuperol ôxo'croi ity] oiaXst-ovrsç xrX.; et, alléguant ailleurs acet aphorisme, il le cite dans les mêmes termes. Or, dans nos livres imprimés , on lit oî rcuperot , avec l’ar¬ ticle de plus j le reste est semblable. L’aphorisme 55 de la 4e sec¬ tion est, dans le texte de Galien : ISpSrreç Tmpsraivovrt 3 4. Dans nos éditions imprimées on lit Tmperafvouatv au lieu de xopsraivovri. Ces deux variétés de lecture se trouvent aussi dans certains manu¬ scrits : oî manque dans les manuscrits 2255 et 221 9 de la Biblio¬ thèque Royale de Paris j et Tnjpsraivovri est dans les manuscrits 1297, 2219 et 2256. Dans son commentaire sur le 1er livre des Épidémies . il lit un passage relatif aux urines ainsi qu’il suit : OuSs xa6 tordus va, ouSl ôçtordusva, rt ou txp& , xat wuà xat xaxoc, tà Si ucptoratreva xat xaxtcra raura iravra * . On lit de même dans le manuscrit 2235, excepté la fin qui est : Ko» rot uotordptsva- xdxtota raura Trdvrcov. Mais nos livres imprimés ont : OuSsv xa- Qtrrattsva, oùS5 ucptorausva , ouSs rs~aivouEva, rt opuxpà, xat xaxà, xat wuà và ucptorausva • xaxiora Se raura rcavra. On voit , entre ces deux textes, quelques différences dignes d’être notées. Je n’irai pas plus loin dans cette comparaison du texte suivi par Galien et du texte suivi par nos éditions imprimées p elle suffit pour montrer que ces deux textes, quoique très voisins, offrent ce- 1 Tome v, p. 276, Ed. Basil. * Tome v, p. 380, Ed. Basil. 3 Tome v, p. 274, Ed. Basil. 4 Dans l’édition de Baie , que j’ai sous les yeux , ratura navra ont été placés dans le commentaire de Galien ; mais évidemment ces mots appar¬ tiennent au texte même d’Hippocrate. 508 APPENDICE A L’iNTRODUCTION. pendant des divergences; qui prouvent que l’e'dition antique que Ga¬ lien avait sous les yeux n’est pas l’édition antique qui a servi d’ori¬ ginal aux manuscrits copiés dans nos livres imprimés. Troisième question. — J’ai rappelé que Galien citait souvent, à côté de la leçon qu’il adopte, des leçons, souvent très divergen¬ tes, qu’il dit se trouver dans d’autres exemplaires que celui qu’il suit. J’ai montré aussi que dans nos éditions imprimées ces leçons divergentes n’ont pas été admises. Mais ne nous en reste-il rien , et de ces exemplaires ( dvriypaça ), dont Galien fait souvent men - tion, n’est-il arrivé jusqu’à nous aucune copie ? Galien, dans son Commentaire sur le livre des Humeurs , explique un passage diffi¬ cile qui est ainsi conçu dans son texte : Ot uxo7rroi tottoi ô-nroSeçd- |X£vot 7rova) Bapsi 7] aXXft) Tiv! {iuovTai , œXXoïciv at xotviovtat *. Ce texte est conforme à celui de nos éditions imprimées. Galien ajoute qu’il est écrit autrement par Rufus d’Éphèse, autrement par Sa » binus, autrement encore par Artémidore, surnommé Capiton 1 2. Sa- binus avait formé une seule phrase de ce passage. Artémidore avait écrit y) aXXorai xaxà xàç xotvamaç. La leçon de Sabinus étant une affaire de ponctuation, les manuscrits ont peu d’autorité sur ce point. Quant à celle d’ Artémidore Capiton , on n’en trouve de traces ni dans nos éditions imprimées ni dans les manuscrits que j’ai pu con¬ sulter. Il n’en est pas de même de celle de Rufus. Rufus dit qu’il avait trouvé dans les anciens manuscrits : *A>Xou Torou -r&rot foroSslà- ftsvot \ 7:ov(j) 7) a XXw Tivi puovxai • a)X oTai xoivwviat , et il joi¬ gnait ces derniers mots à la phrase suivante 3. Cette leçon ne se lit ni dans nos éditions imprimées , ni dans les manuscrits que j’ai con¬ sultés, excepté dans le manuscrit 2255 , ouïe texte se rapproche beaucoup de la leçon de Rufus. En effet, ce manuscrit porte r 1 Tome XYI, p. 469, Ed. Kuhn. 1 ÂXkcù' -yàp g: xaxà rov Pcütpc'j ?ov Èçsatev , â&Xw; Si et irept tov 2aêï- vov , xa.t âXXtü? îrâXtv Aprepu&opoç , o èmxX7j0stç ©v , rypa^ev. Tome XVI, p. 474, Ed. Kühn. 3 O uiv -yap froüçoç çr,tr.v g’jtg) èv tgïç TvxXa'.Gtç àvTVypâœetî e&ptmseaOxi». Tome XVI , p. 474, Ed. Kühn. TEXTE ET ÉDITIONS ANTIQUES- 509 aXXou totto'j ot T07roi O'jTOt os?jàu.svoi*/j TTOvw vj Bapst r, aXXw CW ^uovcai, aXXotfftv at xoivomai. Il est évident que le manuscrit 2255 repré¬ sente ici un de ces anciens exemplaires où Rufus avait lu la variante qu’il avait rapportée. Ce manuscrit ne contient malheureuse¬ ment qu’un assez petit nombre des livres de la Collection hippocrati¬ que , mais.il me serait facile de réunir ici une foule de leçons , quel¬ ques-unes très importantes , lesquelles s’écartent considérablement du texte de nos imprimés ; et notez qu’elles n’ont rien de commun avec les corrections d’Artémidore Capiton et de Dioscoride. Il me paraît donc que le manuscrit 2255 est le représentant de ces antiques exemplaires que Rufus avait consultés; et, à cause des différences grandes et importantes qu’il présente en plusieurs en¬ droits avec le texte ordinaire, je le rapproche de ces autres exem¬ plaires que Galien cite fréquemment et qu’il met en regard du texte suivi par lui dans ses commentaires. Galien, après avoir rapporté les leçons de Rufus, d’Artémidore et de Sabinus, ajoute : « Quant à nous, ayant déjà expliqué le sens, « nous n’avons rien de plus à dire sur la lecture ancienne de ce « passage *. » On pourrait croire par là qu’il attache peu d’impor¬ tance à l’assertion de Rufus, qui disait avoir trouvé la leçon par lui adoptée , dans des exemplaires anciens. Mais, puisqu’il est vrai que le manuscrit 2253 présente une leçon voisine de celle de Rufus, il faut admettre ou que ce manuscrit a été copié d’après une édi¬ tion, faite par Rufus, des œuvres d’Hippocrate, ou qu’il a été copié d’après quelqu’un de ces anciens exemplaires allégués par Rufus comme son autorité. Or, cette dernière opinion me paraît de beau¬ coup la plus probable; car le texte de 2253, quoique ressemblant à celui de Rufus , présente cependant des différences , et ces dif¬ férences, ne permettant pas de croire que ce texte ait été copié sur celui de Rufus , annoncent que nous avons, dans la leçon du manu¬ scrit 2255, une très vieille lecture que Rufus avait modifiée lui- même ou dont il avait trouvé une variante. Ces différences prou¬ vent encore que la leçon du 2255 n’a pas été prise par le copiste 1 èasT; rry svvotav r,Br, sppwiVEuâç fpaœrî oô$èy irXéov eîxsïv. Tome XVI, p. 474, Ed. Kuhn. 510 APPENDICE A L’INTRODUCTION, dans le commentaire de Galien sur le livre des Humeurs , ni, delà incorporée dans le manuscrit ; supposition qui d’ailleurs serait de'mentie par l’e'tude du manuscrit 2255, lequel, présentant de très notables divergences avec le texte ordinaire de nos imprimés , en présente par conséquent avec le texte, peu different, qui a e'te' adopte' par Galien. Ce détail donne un intérêt et une importance particulière au ma¬ nuscrit 2255, lequel se trouve ainsi, dans les bibliothèques moder¬ nes , le représentant d’un ancien exemplaire de la bibliothèque de Rufus, homme, dit Galien, qui s'efforcait toujours de conserver les anciennes leçons Enrésumé, il résulte de tout ce qui vient d’être exposé et discuté dans ce paragraphe, 1 ° que, dans l’antiquité, il y avait un texte latin de la Collection hippocratique lequel paraît avoir été plus générale¬ ment adopté; 2° que ce texte est, au fond, celui sur lequel Galien a composé ses commentaires , et celui qui a été reproduit par la plu¬ part des copistes pendant le moyen âge , et, de là, dans nos éditions imprimées; 3° que cependant le texte de nos éditions et celui qui a été suivi par Galien, présentent quelques diversités qui , sans être très considérables, annoncent deux éditions antiques mais peu diffé¬ rentes du texte de la Collection hippocratique, et que celle qui a été transcrite par les copistes du moyen âge et par nos éditions impri¬ mées, n’est pas celle que Galien avait sous les yeux ; 4° que les édi¬ tions deDioscoride et d’Artémidore n’ont laissé aucune trace dans les textes qui sont arrivés jusqu’à nous; 5° qu’à côté du texte sur lequel Galien travaillait quand il rédigeait ses commentaires , à côté du texte très semblable à celui-là qui est reproduit dans nos livres im¬ primés, à côté des éditions d’Artémidore et de Dioscoride, il se trouvait des exemplaires qui contenaient des différences de lecture importantes et très notables, et que de ces exemplaires nous avons un représentant dans le manuscrit 2255. Âvr.f «puXâacEiv uiv àet 'jretpwasvoî îraXatàç Tome v, p. <88, Ed. Basil. MANUSCRITS 511 § III. Notice des manuscrits de la Collection hippocratique. Les manuscrits, e'tant arrives , par une transmission directe , de main en main et de copiste en copiste, depuis la haute antiquité' jusqu’au temps présent, sont les pièces originales et authentiques qui servent nécessairement de base à l’édition originale d’un auteur ancien. Tant que toutes les variantes qu’ils offrent avec les éditions imprimées, n’ont pas été recueillies minutieusement et publiées , il faut toujours que la critique y aille demander des rectifications, des corrections, des conjectures. C’est à causede leur indispensable utilité quej’en donne ici une notice quelque peu détaillée. Cette notice ne comprend que les manuscrits delà Bibliothèque Royale de Paris; j’ai pu les consulter à loisir, grâce à l’esprit libéral qui préside à ce grand établissement, et à la bienveillante complaisance des hommes savants qui le dirigent. J’ai rangé les manuscrits , en commençant par les plus anciens, d’après l’ordre chronologique, c’est-à-dire, d’après le siècle que leur écriture annonce. Pour cela j’ai suivi les indications que les bibliothécaires ont placées en tête de chaque volume. Là où ces indications n’ont pas porté l’âge du manuscrit , je n’ai pas essayé d’y suppléer , étant trop peu versé dans la paléographie pour le faire avec quelque sûreté. Les numéros sont ceux que les manuscrits ont dans le catalogue de la Bibliothèque Royale. X' SIÈCLE. N° 2253. Galeni varia opuscula quorum index præponilur. Codex membranaceus decimo sæculo scriptus. ln-4°. Ce volume, qui porte le nom de Galien, ne contient de cet auteur qu’une portion du traité sur l’ Usage des parties. On n’y trouve pas non plus la table annoncée. Les pages ne sont pas numérotées. Tout le reste est de la Collection hippocratique, et renferme : 512 APPENDICE A L’INTRODUCTION. Ktoaxat îtpoYvwffstç. Les Prénotions de Cos , incomplètes dans presque tous les manuscrits, sont complètes dans celui-ci. Ilcpi 7rrt<7av7}ç. IJspl yy\iMV. ÏIspl uypwv /.p^toq. ’E'jciêwp.ioç. Hsp\ ik/yr&. IIsp\ çuctoç àv9pw7rou. Sous ce titre est compris aussi l’opuscule irspl StatTTjÇ uyist^ç, qui, dans l’antiquité, était le plus souvent réuni au livre de la Nature de l'homme. Ilepl çucSv. Ile pl toto*>v vwv xa z avOpcoirov. üspl àp^awjç tr(Tptx^ç. ’ETciorjputôv a’ .Le premier livre des Épidémies est, sans interrup¬ tion, suivi de la première phrase du 5e livre. Mais là le copiste s’est arrêté brusquement, probablement parce que l’original était mutilé en ce point • et , fatigué de sa besogne, il a témoigné ainsi sa satis¬ faction de l’avoir achevée : ’Apwijv, -reXoç a ùv ©sto vvjç SsXtou. c,£2ct:sp £evoi ^atpoociv t£sîv ■rearpiSa, oovtoq xal oi Ypacpovreç £t- êXotou (sic) tsXoç. Ao£a tw $e(£am vo ©coq. ’Au/rçv. TeXoq ouv Osw toÎj et Xo*pu ’EttiStipuSv. No 2142. Codex chartaceus , in-4° , decimi quarti saeculi • Hippocratis opéra , præfixo ad ilia dictionario alphabetico. Ce manuscrit est de deux mains, dont l’une est beaucoup plus an¬ cienne que l’autre. La plus ancienne m’a paru avoir une grande analogie avec celle du manuscrit précédent $ la plus récente est sans doute du 14e siècle. J’ai noté de laquelle des deux mains est cha¬ que traité. ImtoxpaTouq aTtav-ra. As^txov raXr4vou,f. 1 , recto j main récente. iTncoxpavouç yévoç, f. 12, recto $ id. *Opxoq, f. 1 2, verso ; id. Notxoq, f. 1 3, recto • id. - Ilepl Ts^vr,? , f. 1 ô, verso ; id. ïïspt àp/at'rjç tTjvpixriç, f- 17, recto 5 id. MANUSCRITS. 513 IlapayyEÀtat, f. 23, verso ; id. Ilepi eùff^rjjjLOffuvr,!;, f. 25, verso ; id. Ilepi aiTï]ç ê£étov , f. 502, verso ; main ancienne jusqu’au folio 509 y à partir de là, tout le reste du manuscrit est de la main récente. Ilepi çuatov, f. 51 9, recto. MoyÀtxov, f. 522, recto. Ilepi ôoreiov spuaioç, f. 528, verso. Ilepi dyfAwv, f. 355, recto. Kav’ î'/jTpelov, f. 547, recto. Ilepi l^xaTa-rou^ç Ipêpüo u, f. 550, verso. Commencement : Ilepi OS TCÜV U.7] xtX. ITspt yuvatxeuov, deux livres, f. 541 , recto. Ilepi âcpdpiov, f. 406, verso. Ilepi l7rtxu7-(7ioç, f. 415, verso. Ilepi STrcap^vou, 420, recto, n epl dxrap^vou, f. 422, recto. Ilepi TrapOeviwv, f. 423, verso. TOM. I. 33 514 APPENDICE A i/lNTRODCCTION. TTsp! yuvaix£tt]Ç cpucrtoç, f. 424, recto. ÏTspt IyxaTaToaviç‘-7taiû''ou, f. 441, recto. Commencement : ’Eyxa- TaT0UL7)V xtX. IIpop^jTixo'ç, deux, livres, f. 442, recto. ÏIspl cuptyywv, f. 456, recta. Ilept aîp.op£oi£cov, f. 458, recto. Kwaxai — poyvcocstç, f. 459, recto j elles sont incomplètes. 'Emo^ai'ai, sept livres, f. 466, recto. ’E7rtv j^piqarioç. IIspl xptcetoç. ’Aooptaptoi. Il pOVV 6)7T txov . IIspl twv sv xstpaX9) TpoiaaTtov. 520 appendice a l’introduction. Iïepl 7tpoyvw<îev , xal TfiXstoüv— toi eirl tc5v ’ETaS^puSv to eëSoaov. ’Ecrt Se ô xaTccXoyo ç ocutwv ye- ypap.aévoç Iv tw tIXsi tou jiiéXi'ou. ’Ev SI T7j apy^ tou (jtëXiou IotI 6 Xowroç crtva| ottioç av eupotç pacrzct t3cç Trop’ cI™oxpaTSt cjpuoixotç aoQsvstaç , xaô’ â sîp^xap.£v Iv tw a’ tojjwd • outoç SI Icriv ô Seuve- poç. Etal 51 xal eTturroXal oùtou. ITi'va£, f. 1 . IIspi ciamr-ç o£ét*>v, f. 12. Iïepl (pucrwv, f. 55, verso. MoyXtxov, f. 41 . Iïepl ooTeoùV ©uotoç, f. 51 .. Iïepl àyawv, f. 57. Kot’ trjTpeiov, f. 78. Iïepl lyxaTOTotA^ç epiêpuou, f. 82, verso. Commencement : Iïepl oe twv ar, xtX. Iïepl yuvaixeûov, deux livres, f. 85. Iïepl açopcov, f. 158, verso. Iïepl e7rixu7"(7toç, f. 170, verso. Iïepl l7TTotpîvcov, f. 177, verso. Iïepl oxTajAr'vwv, f. 180, verso. Iïepl TrapÔevttov, f. 1 82, verso. Iïepl t^ç yuvaixeiaç ©uoioç, f. 1 85. Iïepl lyxaTa-oar.ç "atowu, f. 205, verso. Commencement : ’Eyx*- TOTOIA^V xtX. ÎIpopp7]Ttxoç Xoyoç, deux livres, f. 207, verso. Iïepl Gupiyycov, f. 251, verso. Iïepl aîaop^oiowv, f. 254, verso. Kwaxal Trpoyvwaeiç, f. 256. MANUSCRITS. 521 5E7ri3r,jAiMv sept livres, f. 256, verso. ’EitkttoXsu, f. 563. Ce manuscrit, en deux tomes, est le plus complet que la Biblio¬ thèque Royale de Paris renferme. On y trouve plusieurs traités qui manquent dans tous ou presque tous les autres. N° 2140. Tn-folio. Codex non omnino vêtus, sat bonae notæ, quarto decimo sæculo scrîptus. ‘I-rroxpaTouç Xe^ixov, f. 1 . C’est un abrégé de celui de Galien. pxoç, f. 8. Nojaoç, f. 8, verso. Ilepi T£-/vr,ç, £ 10, verso. Ilepi ap^atr,; f. 1 5. IlapayygXiai, f. 19. Ilepi sufr/^uoffuv/iç, f. 20, verso. Ilepi (fuatoç àvOpoùxou, f. 22, verso, y compris l’opuscule Ils pl otai-njç uytstv^ç. Ilepi yov5;ç, f. 28. Ilepi (putrtoç îraiStou, f. 50. Ilepi dpQpcov, f. 58. Ilepi ^ujjlcov, f. 62, verso. Ilepi vpocpîjç, f. 65. Ilepi iXxtov, f. 67. Ilepi tepî;? vov, f. 1 5. ‘'Opxoç, f. 14. No'ptoç, f. 14, verso. Hspl T£yvr,ç, f. 15. mp\ àp-/air,ç îii)Tpix5jç, f. 19, verso. napay^eXiat, f. 28, verso, nepl euayripioouvrjç, f. 51 . nsp't ouatoç àv0pcü7rûu, f. 54, y compris üspi Siarojç uytsiv^;. nsp't yovîîç xat 7:310 tou çuctoç, f. 45. nsp't cpuatoç 7ratoiou, f. 46, verso. * nsp't apôpwv, f. 58. nsp't /uaiov, f. 96, verso. nsp't Tpoçîjç, f. 100, verso. nsp't IXxSv, f. 1 02, verso. nsp't tspvjç vooou, f. 1 08, verso. nsp't voutrwv, quatre livres, f. 116, verso. ns pl TtaOtov, f. 175. nsp't T60V Ivxoç 7Ta0WV, f. 1 88, VCISO. Hsp't StatT7]<, trois livres, f. 217. nsp't èvu7rvtwv, f. 247, verso, nsp't ctytoç, f. 251 , verso, nsp't xptaipttov, f. 255. Acpopiaaot , f. 255. MANUSCRITS. 525 ÏIpoYvoJdTtxov, f. 268, verso. ITepl SiatTTjÇ oçétdv, f. 277, verso. Hepl çusSjv, f. 298. MoyXtxôv , f. 505. Hspl forécov fuaio ç, f. 512. Hept ayawv, f. 51 7, verso. Kax’ t7)TpsîoVj f. 356, verso. Hep\ lyxavaTo^ç laêpuou, f. 54-0. Commencement : ÜHpl Ss «rwv xtX. Ilepl yuvaixatov, deux livres, f. 54-1 . Ilepl «çopcov, f. 409. Hepl Iurtxuïfaioç, f. 420, verso. Ilepl êmatÀ-r^ov, f. 426, verso, üept oxTajATivou, f. 429. Ilepl roxpOevuov, f. 430, verso. Hepl yuvaixetr,? epustoç, f. 451 , verso. Ilepl lyxaTaToarîç mttSiou, f.452, verso. Commencement : ’Eyxa?- TaToarjv xtX. IIpop^rjTtxoç, deux livres, f. 455, verso. Ilepl cupiyycùv, f. 475. Hepl aîfxop^ofàtov, f. 476. Kipaxal irpOYvujœtç, f. 477, verso ; mutilées au même endroit que les autres. ’EmàTjULiwv, sept livres, f. 487. ’ExioroXat, f. 573. ’E'Jtt&op.toç, f. 587. npeffësuttxoç, f. 587. N° 2552. Galeni et Hippocratis opuscula varia, quonirn index initio codicis præponitur. Codex chartaceus, quarti decimi sæculi, sat male scriptus. Ce volume, qui porte sur la couverture : ’Ex t<3v tou TaX^vou p, renferme, non pas les traites textuels d’Hippocrate et de Galien, mais seulement des extraits fort courts de chacun de ces traites ; de sorte que ce manuscrit est de très peu d’importance pour la collation des textes. Je ne note que ce qui est relatif à Hippocrate. APPENDICE A L INTRODUCTION. 526 Ilspl Te/vr.ç, f. 204. Ilspl àp^ai'vjç irjTptx^ç, f. 204, verso. ITapayysXiai, f. 205, verso. ITspt i\)ç. Xofio;.— ’Acpo- ptv, f. 210, verso. ITspt yuvatxstVjÇ çuutoç, f. 21 1 . Ilept oSovTosutaç, f- 227, verso. IIspl tottwv tcov xav’ av0pa)7tov, f. 228, verso. TuvaixEtcov, deux livres, f. 241 , verso. IIspl yuvatxstwv , rl IIspl dbopcov, f. 307, verso. IIspl IyxaTa'ro;ji5;ç TratStou, f. 51 8. IIspl tTjTpou, f. 518, verso. IIspl xptsstov, f. 52l . IIspl xapStrjÇ, f. 524, verso. IIspl capxwv, f. 526. IIspl aosvwv ouXojxsXtrjÇ, f. 531 . IIspl àvaTotxî-ç, f. 538, verso. TExurroXal , f. 559. Aoy[xa ’AôrjVattùv, f. 347. IIpsffêsuTixdç, f. 598. N° 2148. Iq— folio. Hippocratis et Galeni quædam. Codex cliartaceus sexti decimi saeculi. "Opxoç, f. 1 . ÎSo'fMÇ, f. 1. IIspl xéyyrfo f. 1 . IIspl vouccov, quatre livres, f. 7, sans titre. IIspl xaôwv, f. 26, verso. IIspl tSv Ivtoç Traôüîv, 1. 50. verso. IIspl StatTTjÇ vpsTç Xoyoi, f. 59. IIspl svu7rvttov, f. 48, verso. IIspl ctytoç, f. 49, verso. IIspl xptctptwv, f. 50. Ilepl^StatTrjÇ 6% stwv, f. 50. IIspl (Tuptyytov, f. 56, verso. 552 APPENDICE A L’iNTRODCCTION. Ilspt aiu.op£oîStov, f. 57. üep'i f^xiov, f. 57, Terso. Ilept îcpîjç vocou xaXeoptévïiç, f. 59, verso. Ilspt TToSaypwvrcùv, f. 61 , verso. En voici les premiers mots , °Ogoi ptev r, ygpovTeç vj rcsp'i TOtctv apôpotctv I-rmoptouaTa syowjiv xtX. Ce fragment est un morceau du 2e livre des Prorrhêtiques , p. 417, Ed. Froben. N° 2550. Petit format. Cedex cbartaceus sexli decimi sæculi. Hippocratis Aphorismi. — Prognosticon. N° 2147. In-folio. Codex cbartaceus sexti decimi sæculi. 'iTTTTOxpaTouç ?j IloXuêou pta6r,Toy Ilspt p£Vtov xaGaponriva xal xeyvr,? {3»0oç , Kai voû icXarucpiov xal Siavoiaç yuctv , Ka'i twv cpuffixwv àxpiêeîç ôecopiaç ‘iTnroxpaTou; Oaujxa^s tou Kcooo , lève , sOç ’Acpoptapiouç IxTiOci; coç xavovaç, - Kai otov àpyàç tavpix^ç xal vojjlouç , •Trjv ~acav cuveraljev iv toutoiç 'zk/yry , Ko<7u.7]caç aurV Oaufiacrat; Teyvoupyiatç, Kai ouvayaywv xal «ruvappio'aaç aovoç TV TCp'tV àxaxTtoç , àaacpcoç iyycticuivry. ’IcoàvvrjÇSYpa^s. 'Hncoxpatouç ’Açopiapiôv Tfxrjaa xpwvov. Ce n’est qu’un fragment. N° 225g. In-4°. Codex chartaceus vêtus. ’Aoopio-txot. N° 2248. In-folio. Nicetæ collectio. Codex chartaceus spissus, scripturâ veteri, sat eleganti. ‘iTntoxpa-rouç xav’ IvjTpeïov, f. 18. Ilepl àyp.5v, f. 23, verso. Ilepl apôptov, f. 51 , verso. Ilepl t5v iv xecpaXîî TptopuxTwv, f. 105, verso. MoyXtxov, f. 117. Ilepl doréiov cpuaioç, f. 1 28. Ce manuscrit contient des figures de bandages. N° 2247. In-folio. Codex chartaceus recenti manu scriptus. Ilunc codicem cardina- lis Rodulphus misit Francisco Primo. Collectio variarum operationum chirurgicarum ex variis aueto- ribus compacta a Niceta, continens capita dxviii. 'I-Trxoxpa-Guç Kax’ irjTpeïov, f. 1 3. Ilepl àyp itov, f. 1 6. Ilepl apôptov, f. 55. MANUSCRITS 535 Ilept Tiüv Iv xsçaXîî TpwfxaTWv, f. 75, verso. MoyXtxov, f. 79, verso. IIspi oaxeeov cpuatoç, f. 82. Ce manuscrit contient des figures de bandages. MANUSCRITS SANS DÉSIGNATION D’AGE. No 1885. In-folio. Codex chartaceus. Atàa<7xaXta xat cpiXooocpta xôjv xat cocpcoTaTtov ap- yttTpwv (sic), xoü ts 'Y~oxpaxou<; (sic) , xat TaX^voû tou auxo:p.ot- ttjtou -rrspt Ttov Tsccapwv croiysuov, f. 55, verso. ’Apx^l gtjv ®£C~J *Y“P* 'Dnroxpaxouç npo-p/coffrixov, f. 67. ’Apyr] oùv @sS) aytto twv Acpopiapuov TîTicoxpaTOuç , f . 74, verso. Ce sont des fragments des sept sections. ’Acpoptaptoi, f. 89. Le commencement de la première section manque; un commentaire y est joint: le dernier aphorisme com¬ menté est: Toïç ato tract v toîç uypàçsyoua’t toc; càpxaç Xtptov epLXotetv. N° 56. In-4o. Codex chartaceus. el7T7roxpaTouç TrpoYvcodTtxov, f. 1 7. TînTOxpaTouç cùpoptjpof, f. 50. En face des Aphorismes on voit une figure d’Hippocrate avec cette inscription : O&toç i< mv 6 ôau- aafftwxaToç ‘YïroxpaxrjÇ ; le reste n’est pas lisible. KecpoXaix xr/ irepl StaiTr,? ollewv TTnroxpaTouç, f. 55. IlauXou ’Eytvtxou (sic) Ix tou el7nroxpaTouç xat FaXvjvoü IxXoya t TT sp\ CpÀEÉjOTOpttWj L 96. No 2219. In-folio. ’Acpoptcptot. Ils sont mutilés, ils commencent: Oc ôyutvà ia. cto- aaxa I^ovxeç iv x9;oi çap[i.ax£tr,(7t. N® 2516. In-folio. Codex chartaceus. ’Acpoptcptot, f. 9, verso. Ils sont accompagnés d’un commentaire très bref. Il y a aussi des fragments du Pronostic . 536 APPENDICE A l/lNTRODCCTIOX. N° 2258. Petit format. ’AçpOplff[fcOt. •N* 2224. Ce manuscrit ne contient ( f. 13, verso ) que quelques fragments des Aphorismes. N° 2257. In-8°. Aphorismes avec un commentaire, f. 1 . Fragment des Aphorismes avec le commentaire de Galien , pag. 120. Pronostic avec le commentaire de Galien. 2166. Prorrhe'tique, premier livre avec le commentaire de Galien. #*■2219. In-folio. Codex chartaceus. Collectanea medica, et nonnulla physica ex variis aüctoribus. ‘iTnroxpavouç ’Acpopuiuoi , f. 74. Mutiles ; ils commencent par : CK ôyietvà va «oja ara eyovreç; et ils ne sont pas terminés. ÏIpoyvtooTixov, f. 103, verso. Fragment. N° 205, Supplément. In-folio. Codex chartaceus. *l7nroxpcçrouç I— taroXai', f. 54. N° 1760. In-4°. Codex scriptus manu Michaelis Suliardi. ’EncTToXat ’Apra£sp£ou xal 'iTnroxpà-rouç î^-rpou Ktoou. N* 2894. In-folio. Codex bombycinus. Etcictoat] l7nroxpaTOuç ttûoç IÏToXsp.aIov pact/ia 7tepi xava- <7X5uï]ç avOptoîTou, f. 534. Premiers mots : 2uv£s avov. c, bm. ôpxo;. d, ÉTEpoç opxc? e, voaoç bror. f, ors pl t ix'rr,ç. g, IIcpl àpyatr,; wirpucî;. h, î~. napa-^sXiat. i, Ilepl eùayjn- p.o’jgeg>; [in marg. Toüto IIcX’jSov Etvot çraiv c r«Xr,vo?.] o, ïmz. Hep! o6gîo; otokSigu , rroc TCeP’- nXocoetoç àvOpwroco. p, br IIcp’. âpôpwv. q, Ilep'. yuu.ë>v. r, îlesc .p o©r.«. s. 540 APPENDICE A e’intRODDCTION. S 4. Des éditions et traductions complètes de la Collection hippocratique. Je termine Y Appendice à l’Introduction par la notice des édi¬ tions et traductions complètes delà Collection hippocratique j je les ai rangées par ordre de date. Hippocratis Coi medicorum omnium longe principis octoginta Dept sXxwv. t, Ilepl Esprç vo'ffou. u, üspl voatov irp^Tcv, w. vouccov |J', -iz. voua, •y', ÏIspl v. v, Îîttt. mpl iraôwv. x, hrir. Ilspt rêôv svtgç -Traôüv. y, mp! *7*pcÔTGV* nepl 8taurr,s &EÛTEpOV , StatTT-tXGÇ r. 2, Ilôfl IvU îTVttOV. [Inc. Ilspt Ss tôv Texpwptcov]. aa, î-~. IIspl cytG?. bb, Il3pl xptaûjuov. cc, Î7T77. àv àvôpwîr tov , va aura oiatTtopivotGt te xat 7Tpoccpspoo.£vc/ic7iv , a-rcsp uytatvovTsç strôtouat xat 7Civouv après p.aXicrra. D’où vient cette addition sans autorité ? De ce que Cornarius, embarrassé par cette phrase entièrement alté¬ rée, en effet, dans les imprimés et dans les manuscrits, a cru devoir ajouter pulmo dans la traduction latine. De là, Vander Linden l’a fait passer dans le texte grec. Les notes auraient sans doute exposé ses raisons. Hippocratis Coi et Claudii Galeni Pergameni dp^iarpSiv opéra. Renatus Charterius Vindocinensis , plurima interpretatus , universa emendavit , instauravit , notavit, auxit , secundum distinctas medi¬ cinæ partes in XHI tomos digessit et conjunctim græce et latine primus edidit. Lutetiæ Parisiorum , apud Jacobum Villery. 1679 15 vol. in-f°. L’édition de Chartier est très-incommode à cause du nombre des volumes et du mélange des livres d’Hippocrate avec ceux de GalieD ; mais du reste elle m’a semblé mériter plus de faveur qu’on ne lui en 550 APPENDICE A I.’ INTRODUCTION, accorde ordinairement. Chartier a rapporté un grand nombre de variantes prises dans les manuscrits conservés à la Bibliothèque Royale de Paris. Je joins Ici, sur les éditions gréco-latines et latines que je viens de passer en revue, l’opinion d’un critique très-habile, M. Struve, qui pense que le texte et la traduction avaient, malgrétantde travaux, besoin d'être soumis à une révision attentive. « Quo tandem animo ferendum est, in omnibus Hippocratis operibus interprètes ita turpiter sese gessisse,ut nostrorum temporum medicis , qui plerumque graeca vix attigerunt, ubi éx latina Hippo¬ cratis interpretatione sapere coguntur, semper metuendum sit, ne longe aliud inde proférant quam quæ princeps ille medicorum in animo habuerit. Non hic loquor de locis corruptis , quorum multo plures quam quis credat apud scriptorem huDC , dignissimum sane qui accurâtiore tandem cura perlustretur , etiamnum supersunt. Yerum etiam in apertissimis eos ita falli potuisse non excusandum est (Halbjcehrige Nachricht von Ostern bis Michaleis , \ 81 8). Les œuvres d’Hippocrate traduites en français, avec des remar¬ ques, et conférées sur les manuscrits de la Bibliothèque du Roi, Pa¬ ris 169T, âtorn. in-lâ. Cette traduction n’est pas achevée. Dacier, qui en est l’auteur n’e'taDt pas me'deein, n’était pas compe'tent de ce cote', mais il l’était beaucoup pour tout ce qui regardait le grec ; aussi sa traduction et quelques notes qu’il y a jointes méritent d’être consultées. Ta TîncoxpaTOUç axravTa. Hippocratis opéra omnia cum variis lectionibus non modo hue usque vulgatis, verum ineditis potissimum, partim depromptisex Cornarii et Sambuci Codd. in Caesar. Yindobonensi Bibliotheca hactenus asservatis et ineditis, partim ex aliis ejusdem bibliothecæ mss. libris, ac denique ex Mediceis Laurentianis mss. Codd. collé- ctis j quarum ope sæpenumero graecus çontextus fuit restitutiis. Ac¬ cessit index Pini copiosissimus cum tractatu de mensuris et pon- deribus. Studio et opéra Stephani Mackii ,Elisabethæ Christinæ aug. ÉDITIONS ET TRADUCTIONS COMPLETES. 55 1 aulæmedici.Yiennæ Austriæ ; ex typographiaKaliwodiana, 1745, 2 vol. in-f°. Cette e'dition est restée inachevée et fort loin encore de son ter¬ me. C’est, pour l’exécution typographique et le papier, la plus belle de tontes celles des œuvres d’Hippocrate. Mais ce n’est pas son seul mérite; en effet Mack a eu à sa disposition les manuscrits de la Bi¬ bliothèque Impériale de Vienne ; aussi trouve-t-on , dans son e'di¬ tion, certaines choses qu’on chercherait vainement ailleurs. Il s’est servi (voyez sa préface ) de deux exemplaires venant, l’un deSam- bucus, et l’autre de Comarius. Lambecius ( Commenlar . Biblio- thecæ Vindobonensis , L. VI , 4 54-) dit du premier : « Johannes quidemSambucus, anno1561 ,incredibili cura ac studio in margiiTe Codicis Aldini adjunxit aliquot mille varias lectiones manuscriptas ex pervetusto quodam codice manuscripto Tarentinoet exalioquo- damcodicemanuseriptoFontemblensi,necnon exexemplari quodam, excuso quidem, sed plurimis locisRomæ correcto; quas ipse ibi sum- mopere commendat tanquam saluti hominem nonparum necessarias futuras. » H dit de l’exemplaire de Cornarius : « Exstat quoque in eadem Bibliotheca Augusta aliud operum Hippocretis exemplar, a Jano Comario Basileæ anno 1 558 græce in-folio editum, in cujus ~ margine itidem plurimæ exstant variæ lectiones manuscriptæ ; de quibus ipse Cornarius ibi propria manu scribit, se eas non exigtfa im pensa sibi comparasse.» Outre ces exemplaires enrichis de va¬ riantes, Mack trouva, dans la Bibliothèque Impériale de Vienne, plusieurs manuscrits ; il les dit excellents ( optimæ notæ ) ; mais il n’a pas pris le soin de les décrire. Ilrapporte, dans sa préface, quel¬ ques exemples où, à l’aide de ces manuscrits, il a pu restituer des passages très altérés, et sur lesquels les manuscrits des autrès bibliothèqués ne fournissent aucune lumière. Cela prouve la né¬ cessité d’une collation complète des manuscrits de toutes les bi¬ bliothèques, et cela rend en même temps l’édition de Mack pré¬ cieuse pour un éditeur des œuvres d’Hippocrate. Hippokrates Werke aus dem Griechischen übersetzt, und mit Erlæuterungen von D. Johann Friederich Karl Grimm. Altenburg, U vol. in-1 2. ài>2 APPENDICE A i/lNTRODUCTION. Le 1 cr volume est de 1 781 , le 2e de 1 784, le 5e de 1 785 , et le 4e de 1792. Cette traduction est très estimée en Allemagne ; quoique conduite assez près de sa fin, elle est malheureusement restée inachevée. Elle est enrichie de notes fort savantes sur differents points et no¬ tamment sur l’ancienne matière médicale. Grimm, en e'tudiant son auteur pour en donner une explication qui le satisfit et qui satisfît le public, avait eu occasion de reconnaître combien il e'tait néces¬ saire, mais en même temps combien il était difficile de travailler le texte, tout en travaillant la traduction. Il dit dans sa Préface :«. Une revue générale et critique des nombreux manuscrits d’Hippocrate manque, et l’on ne sait lequel présente le texte le plus pur , et exige le moins de restaurations faites avec le secours desautres. Le manuscrit et l’imprimé d’Asulan ( Aide ), bien qu’ils soient un des plus suivis et qu’ils servent de base aux corrections, n’ont pas ce¬ pendant, cela est aujourd’hui prouvé, cet avantage par dessus les autres textes. Je doute aussi que l’on soit près d’arriver à ce but demandé par la critique; car il n’y a qu’un petit nombre d’hommes qui songent à cet auteur, et ceux-là, pour la plupart, vivent loin des grandes bibliothèques et sont dépourvus des moyens nécessaires. Ajoutons que corriger tous les livres qui portent le nom d’Hippo¬ crate, dépasse les forces d’un seul homme. Ainsi, à l’égard de l’é¬ tude critique du texte, Hippocrate est réellement eu arrière de beau¬ coup d’autres anciens auteurs.» Traduction des œuvres médicales d’Hippocrate sur le texte grec de Foes. Toulouse, 1801 , 4 vol. in-8°. Gardeil (c’est l’auteur de cette traduction) s’est servi du texte de Foes ; sa traduction ne va par conséquent pas au delà des mérites de ce texte, que j’ai apprécié. Elle est aussi tout-à-fait dépourvue du style et du coloris qui sont remarquables dans quelques-uns des li¬ vres hippocratiques. Néanmoins, elle est certainement préférable aux traductions latines qui l’ont précédée. h ondation de la doctrine d’Hippocrate d’après le texte, par M. le Chevalier de Merey. Paris 1 812 et années suivantes. ÉDITIONS ET TRADUCTIONS COMPLETES. 553 Sous ce titre, M. de Mercy a publié une édi tion gréco-française des œuvres d’Hippocrale. Il ne m’appartient peut-être pas de dire ici mon opinion sur cet ouvrage. Tou usfàXoo I-TTOxpaxouç aTravTa. Magni Hippocratis opéra omnia. Editionem curavitD. Carolus Gottlob. Kuhn, professor physio- logiæ et pathologiæ in litterarum universitate Lipsiensi publicus ordinarius. Lipsiæ 1825, 5 vol. in- 8°. Le texte est celui de Foes, la traduction est celle de Foes; de sorte que cette édition n’a pas d’autre avantage que d’avoir mis Foes sous un format plusccmmcde. Mais, d’un autre côté, les notes de Foes sont supprimées, et le lecteur qui n’a entre les mains que cette éditionne comprend plus comment il se fait que dans certains endroits la tra¬ duction dise «tout autre chose que ce que dit le texte grec.M.Kühn a mis, en tête de son édition, qui n’est qu’une réimpression de Foes, la notice d’Ackerman sur Hippocrate, et il l’a accrue de quelques remarques. Tellessont les éditions et traductions complètes des œuvres d’Hip¬ pocrate; j’indiquerai, à chaque traité, les éditions et traductions par¬ ticulières. Plusieurs éditions avaient été promises et n’ont jamais été exé¬ cutées. George Seger en avait annoncé une, dont le spécimen seul a paru (voyez Jo. Molleri Hypomnemataad Alb . Bartolinum de scriplis Danorum, p. 225 ). D. G.Triller a travaillé, une grande partie de sa vie, à préparer une édition d’Hippocrate; il n’en a paru, comme spécimen, que l’o¬ puscule sur V Anatomie. Fr. CliftOD, qui voulait donner une édition des œuvres d’Hippo¬ crate d’après un nouveau plan et une nouvelle méthode, n’a rien publié (voyez Hist. litterar.Angliœ, vol. 3, n° 15, et Commère, litterar. Norimberg. 1 752, hebd. 50 ). Mais il y a surtout deux hommes dont il est bien à regretter que les promesses n’aient pas été tenues. Le premier est Coray'; il suffit de dire que l’Europe savante ne jugeait personne plus capable que lui de remplir une pareille tâche. Le second est M. Dietz, jeune mé- 554 appendice a l’introduction. decin allemand qui, après avoir publie' uue édition du traité de la Maladie sacrée comme essai de ses forces, put, à l’aide d’une mission du gouvernement prussien, visiter les principales biblio¬ thèques de l’Europe. Il y avait recueilli une masse considérable de matériaux, il avait consulté les manuscrits les plus divers, il avait publié la collection des commentateurs grecs d’Hippocrate dont quel¬ ques-uns étaient inédits, et, toutes ces richesses laborieusementamas- sées, il comptait les employer à donner d’Hippocrate une édition qui fût neuve par la forme et par le fond. Une mort prématurée a anéanti toutes ces espérances. FIN DE L’APPENDICE. innciPATcrs AIIANTA. OEUVRES D’HIPPOCRATE. PREMIÈRE CLASSE. TRAITÉS QUI SONT D’HIPPOCRATE. IIspl àpyatvjç tï]Tpix5]ç. — De l’ Ancienne me'decine. Ilspt aspwv, uSaTtov, totccov. — Des Airs, des Eaux et des Lieux, npo-p/üxmxov. — Le Pronostic. Ilepl StaixTjç o|sojv. — Du régime dans les maladies aiguës. ’E77t$rl4ui5v a xai y'. — Épidémies, 1 er et 5e livres. ÜEpt t5v Iv xEçaX5] Tpoù pLctTco v . — Des plaies de tête. Dsp! ayacov. — Des fractures. Ilepi apôpwv. — Des articulations. MojAtxov. — Des instruments de réduction. tfOpxoç. — Le serment. Noptoç. • — La loi. nEPI APXAIH2 IATPIKH2. DE L’ANCIENNE MÉDECINE. ARGUMENT. Le livre de Y Ancienne Médecine contient à la fois une po¬ lémique , une méthode et un système ; c’est ce qui m’a dé¬ cidé à le mettre en tête de ce que je regarde comme les ceuvres propres d’Hippocrate ; car, placé ainsi, il forme une sorte d’introduction, d’autant meilleure et plus fidèle qu’elle est due à l’auteur lui-même et qu’il ne s’y mêle rien d’é¬ tranger. Je vais examiner successivement sur quoi porte la polémi¬ que, quelle est la méthode, en quoi consiste le système. La polémique est dirigée contre ceux qui, posant d’abord une hypothèse, en font dériver, comme d’une seùle cause , l’origine de toutes les maladies- Expliquons cela davantage. JDu temps d’Hippocrate, les médecins admettaient le chaud, ou le froid, ou le sec et l’humide, dans le corps humain; c’était leur hypothèse: et, cela fait, ils faisaient dériver toutes les maladies ou du chaud ou du froid, ou du sec, ou de l’humide. J’ai eu déjàl’occasion de m’expliquer, dans l’Introduction, p. 192, sur ce qu’il faut penser de ces qualités; et ici je dirai seulement que les anciens médecins qui attribuaient à une seule d’en- tr’elles toutes les maladies, ne faisaient pas autre chose que ceux qui, parmi les modernes , ont attribue toutes les maladies soit au genre nerveux, soit aux altérations du sang. Hippocrate les combat par une double argumentation , l’une particulière, l’autre générale. L’argument particulier est celui-ci : un homme épuise par un mauvais régime, le guérirez-vous par le chaud, ou le 558 de l’ancienne médecine. froid, ou le sec, ou l’humide ? Non , vous le guérirez peu- un bon régime, sans savoir dire quelles sont les quedités qui dominent dans les substances réparatrices que vous lui administrez. De plus, quand vous prescrivez une substance à un malade , pouvez-vous dire qu’elle soit simplement chaude, ou froide, ou sèche , ou humide, et n’est-elle pas douée d’une foule d’autres propriétés efficaces ? Il est donc vrai que votre hypothèse est en contradiction avec les faits. Mais elle ne l’est pas moins avec la philosophie de la science, et c’est là l’argument général. Nul, dit Hippocrate , n’est autorisé à placer la médecine sur une hypothèse quelle qu’elle soit ; car la médecine a des faits positifs desquels il faut partir de préférence à toute supposition. Hippocrate ne permet l’hypothèse que là où les observations directes man¬ quent, et il cite pour exemple les objets célestes ouïes objets cachés sous la terre. Alors , retraçant l’enchaînement même de l’expérience médicale, et y rattachant la sûreté delà science, il reprend de haut le commencement de la médecine, il montre qu’elle a des analogies avec les améliorations que l’alimentation primitive des hommes reçut dans le cours des siè¬ cles ; puis il expose comment se révélèrent les mauvais effets delà nourriture dansles maladies; et enfin il enseigne comment la médecine proprement dite est née de cet ensemble d’obser¬ vations réelles et positives, découverte si belle et si utile qu’on a cru devoir la consacrer en l’attribuant à un Dieu. Cette vue de la naissance de la médecine est fondée sur de très an¬ ciennes idées. Ainsi Isocrate dit en parlant des Égyptiens : « Ils ont inventé la médecine pour le soulagement des hom¬ mes , non cette médecine qui use de remèdes périlleux, mais celle qui se sert demoyensaussi sûrs, dans leur emploi, que notre nourriture quotidienne, et qui est si avantageuse que les Egyptiens sont, de l’aveu de tous, le peuple le plus sain et vivant le plus long-temps (1).» Strabon parle de même delà Isocr.' in laude Bosiridis. ARGOMEXT. 559 médecine des Indiens, laquelle a recours le plus souvent, non aux médicaments, mais à l’alimentation (1). C’est dans cette masse d’expériences, c’est dans ce passé tout entier qu’est posée la base de la médecine ; c’est de là qu’il faut partir sous peine de s’égarer. Une hypothèse sub¬ stituée à la réalité que l’on possède ici , est une déviation de la vraie route , et une erreur capitale, qui change une science véritable en une spéculation vide et sans fondement. Hippocrate va jusqu’à dire que par une autre méthode il est impossible de rien trouver , n’admettant pas que l’on puisse trouver quelque chose si on s’appuie sur une hypothèse , et croyant que séparer des faits la science, c’est la séparer de sa racine et la frapper de stérilité. Hippocrate appelle nouveaux les systèmes qui cherchaient, dans un élément unique , ou le jeu régulier de la vie ou les altérations de la maladie ; en effet ces systèmes prove¬ naient de l’influence de l’école d’Elée. Xenophane, Parménide, Zenon , Mélissus avaient soutenu que l’univers forme une immense unité; Zénon même avait introduit, dans sa physi¬ que, les quatre qualités du chaud, du froid, du sec et de l’hu¬ mide. Ces philosophes étaient antérieurs à Hippocrate ; leur doctrine influa, comme cela arrive toujours, sur la médecine ; et le temps nécessaire pour que cette influence se fit sentir, expli¬ que comment Hippocrate signale la nouveauté des opinion s qui importent, dans la patholo£jie*Vidée systématique des Eléates,et veulent rattacher à une seufe cause l’origine de toutes les ma¬ ladies. Le gendre d’Hippocrate, Polybe , combat en physiolo¬ gie une doctrine semblable et il remarque expressément que soutenir l’unité de composition du corps , c’est justifier la doctrine de Mélissus (2). En faisant la critique de ceux qui , de son temps , prétendaient ramener à une ou à deux causes l’origine de toutes les mala¬ dies , Hippocrate a condamné d’avance tous les systèmes qui 1 P. 677, Basil., <549. 1 Tcv MsX'cao’j Xerycv cpficüv. Pag. 20, Ed. Frob. DE L ANCIENNE MEDECINE. 560 reposent sur une base semblable. Ses arguments , dirigés contre des médecins disciples de la philosophie d’Elée , por¬ tent, dans la série dessiècles, contre les Pneumatiques, qui pla¬ çaient les maladies dans le pneuma , contre les Méthodiques, qui les attribuaient au laxümetaustrictum ; contre les Iatro- chimistes, qui en accusaient ou la fermentation, ou l’alcalinité, ou l’acidité ; contre ceux enfin qui les imputaient à Fin citabilité ou à l’irritation. Dans tous ces systèmes, en effet, on part d’une hypothèse: c’est qu’il n’y a dans le corps que la propriété d’après laquelle on systématise toute la pathologie; or, l’hypothèse est trompeuse, ditHippocrate , elle éloigne des réalités , etil ajoute qu’elle est même inutile dans une science qui a des faits pour point dedépart. Stalil a répétéavecune grande justesse, après Hippocrate : « Debet ante omnia medica pathologia occupari, circa res veras qua vere sunt et existunt ( Stahl , p. 442 ). La méthode d’Hippocrate ressort immédiatement de sa po¬ lémique ; avant tout , il veut que la médecine s’étaie sur les observations , sur les faits , sur ce qu’il appelle la réalité , mais ce n’est pas tout , et là ne se borne pas la règle qu’il impose. Les observations , les faits , la réalité sont bien sans doute ce que chacun voit et éprouve (1) } mais le domaine en. est encore plus étendu , et la tradition de la science fournil; des observations , des faits , une réalité qu’il faut prendre eu considération et développer par un sage emploi du raisonne¬ ment, Xoyujiaw 77f-ocr'xovTt, Certes , il est impossible d’avoir une vue plus nette et plus étendue de l’étude de la médecine. Yoilà la méthode d’Hippocrate ; voici son système. Il vit dans le corps humain , pendant la santé et pendant la mala* 1 A ce sujet je ne puis m’empêcher de signaler uue nouvelle resseim blance de Platon, avec l’auteur du livre de l’Ancienne Médecine. Hip pocrate y dit qu’il ne faut pas s'écarter de la réalité ( àîTGTeuI-saôai tc: sovtc;). Platon dit de même, que l’être qui pourrait se dépouiller dej sens et de tout le corps pour n’user que de l’intelligence , rencontre rait plus que tout autre, la réalité ( 6 rsy^ojAsvoç rcÿ ovroç, Phædon, t. 1 p. 114, Ed. Tauchn.X RGCMENT. 561 die , les humeurs se modifier et se lier, par leurs modifica¬ tions mêmes, aux conditions de ces deux états. Il en conclut que la santé est maintenue par lè juste mélange des humeurs, et que la maladie est produite par leurs inégalités. Il admit encore , attendu le changement de ces humeurs , qu’elles su¬ bissent une coction qui les fait rentrer dans leurs justes li¬ mites. Enfin, le temps étant unë condition nécessaire du développement pathologique , il essaya de constater la règle des crises et des jours critiques. Tel est son système; mais, remarquons-le bien, il n’a cru, dans tout cela, faire aucune hypothèse ; car il appelle hypo¬ thèse ce qui est une pure conception de l’esprit, sans démon¬ stration possible ; et lui , il s’appuie sur des faits et des observations dont il pense faire un légitime usage. Le temps, qui a passé sur sa méthode sans l’altérer , n’a pas respecté son système. J’ai parlé ailleurs, en général, de la pa¬ thologie humorale , de la coction et des crises (1), et je retrou¬ verai plus loin l’occasion d’en examiner certaines applications particulières. Seulement jeferai remarquer qu’flippocrate a es¬ sayé d’ajouter, à sa doctrine des humeurs, quelques notions sur l’influence de la structure des organes. Mais là l’imper¬ fection des connaissances de son temps ne lui a pas permis de s’élever à des considérations étendues ; et, en comparantle * Voyez à ce sujet le livre de M. Houdart , intitulé : Etudes his¬ toriques e l critiques sur la vie et la doctrine d’ Hippocrate, Paris 1836. M. Houdart combat, avec beaucoup de vivacité, les points principaux du système hippocratique. Il a très bien saisi le caractère pronostique de ce système , caractère qui a déterminé la rédaction des histoires particulières des Épidémies. Il a traité, avec une grande liberté d’esprit, toutes les fables dont on a orné la vie du médecin de Cos ; enfin , quoiqu’il ne se soit occupé qu’en passant de l’authenticité des différents écrits de la Collection hippocratique, il a reconnu et montré, comme avait fait avant lui M. Ermerins dans sa Thèse, que les Prénotions de Cos ont servi de matériaux au Pronostic d’Hippocrate. On voit que le livre de M. Houdart est un ouvrage où j’ai puisé des idées et des démonstrations qui m’ont instruit. TOM, I. 56 562 de l’ancienne médecine» peu qu’il en dit, avec les longs détails qu’il donne sur les mouvements des humeurs , on voit combien l'observation de ces mouvements avait été plds cultivée par les anciens méde¬ cins que l’observation des organes. J’ai recherché à quels systèmçs antérieurs pouvait se ratta¬ cher le système d’Hippocrate, et' il m’asemblé que l’idée fonda¬ mentale provient d’Alcméon , et par conséquent dérive d’une source pythagoricienne. En effet, avant qu’Hippocrate ne prétendît que le juste mélange des qualités , ouvaaisc , est la cause de la santé, et leur dérangement la cause de la maladie, Alcméon avait dit : « Ce qui maintient la santé , c’est l’égale répartition des qualités , Suvccjjlswv , de l’humide , du chaud , du sec, du froid, de l’amer, du doux et des autres ; la domi¬ nation d’une seule d’entre elles produit les maladies , et cette domination est Jdélétère (1). » Ce système est exactement ce¬ lui d’Hippocrate ; le sens et même les expressions sont sem¬ blables. Le juste mélange , la crâse , l’isonomie , la symétrie et l’harmonie, étaient, dans le fond, des doctrines pythagori¬ ciennes. Philolaus, autre pythagoricien , avait dit de la façon la plüs générale, que, les principes des choses n’étant ni sem¬ blables ni homogènes * il était impossible qu’ils fussent or¬ donnés , si l’harmonie ne les pénétrait de quelque manière que ce fût (2). Ce principe, dans son application particulière à l’organisation du corps , s’est traduit par l’harmonie , par la symétrie , par le juste mélange des humeurs. L’harmonie , dans le langage pythagoricien , était synonyme de symé¬ trie (3). Du moment que la doctrine d’Hippocrate est ainsi rattachée à un philosophe pythagoricien , il n’est plus éton¬ nant d’y trouver les nombres jouissant d’une grande im- 'Plut. De plac. phil., v, 30. È-îteI Bé TE àpx<ù Wîrîj?xGV «{Mitai cùî’oaoçuXot ècüaax , à&iva rov riv av xai aùraTç y.o c^t.ôt-u.ev, ei p.r, âpu.cvta Ers*jivsT0, «rtv. âv Tporw êyé- VSTO. Stob. Ecl., 1, p. 460; BœcklCPhilol. , n°. 4. 3 Tà; ouatosTpiaç a; xa't xpu ov-a? y.aXsT (nyôa^opaç). Plut, de plac. phil., 1,3. ARGUMENT. 561 portance. De là la recherche attentive des jours critiques, et les calculs qu/Hippocrate , en divers endroits de son livre, a fondés sur cette considération. Galien assure que la prio¬ rité de la doctrine de la crâse appartient à Hippocrate ; en céla il se trompe , nous venons de le voir , mais il ajoute que cette doctrine distingue Hippocrate d’Empédocle , et que ce dernier, attribuant, il est vrai, la composition de notre corps et de tous les corps situés autour de la terre aux mêmes quatre éléments, V attribue, non au mélange de ces élé¬ ments, mais à leur juxtaposition dans leurs parties les plus ténues (1). Hippocrate différait donc d’Empédocle en un point essentiel. De là vient la réprobation dont il l’a frappé dans une phrase du traité de Y Ancienne médecine , phrase qui manque dans tous les imprimés , et dont je dois l’importante restitution à un manuscrit. C’est dans le cours de l’exposition de son système que , s’interrompant tout-à-coup , il consigne Une grande pensée , qui est le résume de toute sa philosophie sur la science de la vie, à savoir, que, pour étudier le corps humain, il faut l’é¬ tudier dans ses rapports avec toute chose. Cette pensée a été relevée et citée par Platon , et c’est sous l’inspiration du phi¬ losophe et du médecin que Pascal a dit: « Les parties du inonde ont toutes Un tel rapport et un tel enchaînement l’une avec l’autre , que je crois impossible de connaître l’une sans l’autre et sans le tout. » Les philosophes et médecins combattus par Hippocrate, étudiant le corps humain en soi, déduisaient tous les chan¬ gements qu’il subit de la considération d’une seule propriété ; et ils tiraient cette déduction en vertu d’une doctrine assez semblable à celle de certains médecins de nos jours qui ont expliqué toutes les maladies par les lésions anatomiques. Au contraire , Hippocrate regarde le corps vivant comme une sub¬ stance dont les propriétés ne peuvent être déterminées à prio¬ ri , ni en vertu, disait -il alors, de la composition du chaud j * T. V, p. 8, Ecl. Basil. 564 -PE jl’ancienne médecine. du froid, du sec ou de l’humide, ni en vertu, aurait-il dit de nos jouis , de la texture des parties. Les chercher de cette façon , c’est les chercher par une mauvaise route ; et ces pro¬ priétés ne se laissent pénétrer que par une expérimentation générale qui constate quels efléts la substance vivante reçoit de chaque chose. La connaissance de ces effets constitue la connaissance du corps humain. C’est là ce que j’appellerai le 'vitalisme d’Hippocrate , vitalisme qui, prenant la vie comme une chose positive et l’être vivant comme une substance , en recherche les rapports d’action et de réaction avec les divers objets de la nature; vitalisme qui restera éternellement vrai à côté de tous les travaux qui ont pour but et ont eu, il faut ajouter, pour résultat de jeter, par l’examen de la formeetde la texture, une grande lumière sur certains phénomènes de l’organisme. A mesure que l’explication avance, la vie recule, elle s’échappe, et à jamais demeurera insaisissable; de sorte que nous devons toujours considérer l’être qu’elle anime, comme un corps doué de propriétés qu’il s’agit d’étudier par l’expé¬ rience , comme un corps duquel il faut apprendre , ainsi que le dit Hippocrate, comment il se comporte à l’égard de cha¬ que chose. Or, c’est ce que rien au monde ne pourrait faire deviner à priori. Qui, pour me servir d’un exemple choisi par Hippocrate lui-même , aurait prévu , en recherchant l’or¬ ganisation du cerveau, que le vin en dérange les fonctions? Et à qui encore la connaissance anatomique du corps humain aurait-elle appris que les miasmes marécageux produisent une fièvre intermittente? C’est ici le lieu de remarquer ( car Hippocrate lui-même me conduit à cette remarque, qui ne me semble pas sans importance ) que la physiologie se compose de. trois parties essentielles : la première est l’étude du développement de l’être depuis la fécondation jusqu’à la mort; la seconde -est l’étude du mécanisme des fonctions; la troisième est l’étude des effets que l’organisme , en tant que substance vi¬ vante , éprouve de toutes les choses avec lesquelles il se trouve ARGUMENT. 565 en rapport. Ces trois parties ont été très inégalement traitées ; en général , les modernes ont donné une attention particulière à la seconde. Les recherches anatomiques et les expériences physiologiques ont produit de très grands résultats et éclairé le jeu de plusieurs fonctions qui étaient restées un mystère pour nos prédécesseurs. La première partie , c’est-à- dire le développement de l’individu depuis le commencement jusqu’à la fin de la vie, a commencé à être traitée avec tout le soin qu’elle mérite , et elle forme une longue et admirable section du grand ouvrage de M. Burdach (1). Mais la troi¬ sième partie n’a pas encore obtenu autant de considération ; elle appartient plus directement à l’hygiène et à la patholo¬ gie, et elle a appelé plus que les autres l’attention d’Hippo¬ crate et des anciens en général. Le livre de Y Ancienne Médecine , si remarquable par la rec¬ titude du jugement et par la profondeur des pensées , ne l’est pas moins par la beauté et l’excellence du style ; là , la forme est en tout digne du fond. Les périodes , généralement lon¬ gues , sont construites avec une régularité parfaite ; les membres de phrase s’y balancent et s’y complètent de manière à satis¬ faire aussi bien l’oreille que l’esprit ; l’expression , pleine de justesse et de clarté, est toujours grave et ferme ; et cependant elle se colore d’intervalle en intervalle, de façon qu’on recon¬ naît l’écrivain qui, maître de son sujet et de lui-même, s’arrête dans les limites tracées par un goût naturel. C’est certainement un beau morceau de la littérature grecque ; et ce traité est un modèle achevé de la discussion scientifique sur les points généraux et élevés de la médecine. Peut-être était-il difficile de reconnaître ces mérites dans les précédentes éditions , telles qu’elles donnent le traité de X! An¬ cienne Médecine : c’est un des livres qui ont le plus souffert de 1 Traité de physiologie , considérée comme science d'observation, trad. de l’allemand , par A. J. L. Jourdan , Paris, 1837 — 1839 , 8 volumes in 8°. DE L’ANCIENNE MÉDECINE. 566 la négligence des copistes , et c’est aussi un des livres où la collation des manuscrits m’a permis d’apporter les change¬ ments les plus considérables, et, j’ose dire, les plus heureux. J’ai pu remplir des lacunes, rendre clairs des passages ou très obscurs ou absolument inintelligibles , rétablir la régu¬ larité des phrases troublée en plusieurs endroits , et publier, au lieu d’un texte interrompu çà et là par des taches , par des omissions, par des altérations de toute nature, un texte épuré où tout marche et se suit sans difficulté. Il n’y a guère que deux ou trois points où les manuscrits m’ont fait défaut, et où j’ai eu recours aux conjectures. Ceux qui compareront le texte vulgaire avec celui que j’ai imprimé , et qui jetteront un coup-d’œil sur les variantes que j’ai recueillies et discutées reconnaîtront les améliorations importantes que le livre de Y Ancienne Médecine doit à une collation exacte des manus¬ crits. En résumé, le livre de Y Ancienne Médecine donne une idée des problèmes agités du temps d’Hippocrate , et de la manière dont ils étaient débattus. 11 s’agissait, dans la plus grande généralité de la pathologie , de déterminer la cause des maladies ou, en d’autres termes, de poser les bases d’un système de médecine. Certains médecins disaient que cette cause, étant une, résidait dans une propriété unique du corps, propriété qu’ils spécifiaient. Hippocrate répétait qu’en fait, cela était en contradiction avec l’expérience , quen principe une hypothèse était suspecte et stérile , et qu’il n’y avait de sûreté que dans l’étude des faits et dans la tradition de la science qui y ramène. Ainsi, quatre cents ans avant J.-C. , on es¬ sayait de rattacher toute la médecine à une seule propriété hy¬ pothétique , comme on l’a essayé de nos jours ; mais cette propriété était ou le chaud , ou le froid , ou l’humide , ou le sec. Quatre cents ans avant J.-C. , un esprit sévère et éclairé combattait de telles opinions au nom de l’expérience, montrait que les causes des maladies ne pouvant pas se ramener à une seule , le champ de la pathologie générale était bien plus ARGUMENT. 567 vaste qu’on ne croyait ; et formulait ce que l’observation lui avait permis de conclure; mais sa conclusion n’embrasse guère que le trouble dans le mélange des humeurs , que leur coc- tion et leurs crises. Depuis lors , la méthode de ceux qu’Hip- pocrate avait combattus, et la méthode d’Hippocrate, l'hypo¬ thèse et l’observation se sont perpétuées, ainsi que le témoigne l’histoire de la médecine ; mais ce ne sont plus ni l’ancienne hypothèse, ni l’ancienne observation. Il est certainement instructif d’étudier, dans le cours du temps, les problèmes tels qu’ils ont été posés, et les discussions qu’ils ont soulevées. On le voit , la science antique a de grandes ressemblances avec la science moderne; dès l’époque que nous sommes forcés de regarder comme l’aurore de la médecine , dès les premiers monuments que nous possédons, les ques¬ tions fondamentales sont débattues, et les limites de l'esprit hu¬ main sont touchées. Mais en dedans de ces limites, la science trouve, dans une immensité inépuisable de combinaisons, les matériaux qui la font grandir ; et il est impossible de ne pas reconnaître que , sur un sol et avec les aliments que lui four¬ nissent les choses et l’expérience , elle se développe en vertu d’un principe interne de vie, qui réside dans l’enchaînement nécessaire de son développement successif. Bibliographie. Le traité de F Ancienne Médecine a été l’objet des publi-r cations suivantes : Zvingerus l’a publié, dans sa collection, avec le texte grec, des variantes et une traduction. C’est une fort bonne édition Il y a joint un commentaire difficile à lire à cause de la, forme tabellaire. Gorræus a donné (in-4° 1544), avec la traduction latine, le texte grec ; c’est encore un bon travail. Cornarius l’a publié en latin (Basil. 1543 in-4°). 568 DE I.’ ANCIENNE MEDECINE. Euseb. Schenk, Disserta tio de iis quæ Hippocrates tradidit in proœmio de veteri medicina, 1619 in-4°. Je n’ai pas vu cette dissertation. Ex libris Hippocratis de nova et prisca arte medendi deque diebus decretoriis epitbomæ Michaelis Angeli Blondi. Romæ 1545. C’est une simple traduction des traités de l 'Art et de Y Ancienne Médecine , traduction qui m’a paru mauvaise. Fl. Sclrayl pro veteri medicina , Lugd. Bat. et Amstelod. apud Gaabesquios. 1670, in-24- C’est une polémique en la¬ veur de Sylvius , où l’auteur s’appuie beaucoup du livre de veteri medicina. In Hippocratis librum de veteri medicina Lucæ AntoniiPor- tii Neapolitani paraphrasis, Romæ, 1681. C’est une traduction très libre où l’auteur a introduit quelques développements. Il pense que la doctrine qu’Hippocrate expose dans ce traité est celle de Démocrite. J’ai fait voir qu’Hippocrate avait emprunté à Alcméon une de ses notions fondamentales sur la santé et la maladie. Divers traités sur les panacées, ou remèdes universels, sur les abus de la médecine ordinaire , avec une traduction d’Hip¬ pocrate de la cause des maladies , et des avis de Van Helmont sur la composition des remèdes , par Jacques Massard , doyen du collège des médecins de Grenoble, de l’académie royale des nouvelles découvertes de médecine, à Paris. 2e édition. Ams¬ terdam, 1686, in-24. L auteur qui intitule le traité de Y Ancienne Médecine traite de la cause des maladies et de V ancienne médecine , dit p. 87, dans un court préambule : « Hippocrate a composé ce « traité de 1 ancienne médecine contre certains novateurs de « son temps qui établissaient pour la cause des maladies le « chaud et le froid , le sec et l’humide , et par ce faux prin- « cipe , renversaient le fondement de l’ancienne médecine. Ce ARGUMENT. 569 « grand homme combat cette erreur dangereuse , et fait voir « que le fondement de la médecine doit être sensible , qu’il « faut juger des aliments et des remèdes par le rapport « qu’ils ont avec la nature et suivant les biens et les maux « qu’on en reçoit, et non pas sur des suppositions imaginaires, « comme faisaient ces nouveaux auteurs. Il prouve que les « aliments ne profitent ou n’incommodent pas en tant que « chauds et en tant que froids , mais par le rapport qu’ils ont « avec la nature et suivant les biens et les maux qu’on en « reçoit, Suit la traduction , où l’auteur a supprimé plusieurs pas¬ sages. Jo. Henr. Schulze, De medicovehementer laudari digno ad Hippocratem de veteri medicina, Halæ , 1755, in-4°. Je n’ai pas vu cette dissertation. EGEPI APXAIH2 IHTPIKH2. 1 . 'O/ocot 1 iizsr/s.iorpca icepl îrjTptxîiçXéyetv rj ypâcpsiv, ôxoôeortv 3 «Tïtidtv aoxioKJtv u~o0|[asvoi tw Xovm, ôspaov, ^'J7.pov > r, uypov , rj Çrjpov , ri 8 àXX’ 8 xt àv lÔlXwaiv ,* Iç ppayv ayovxsç, r^v apyàiv ty;ç atTtrjÇ TotfTtv avOpwxo'.fft 5 xwv vouuwv ts xai tou 0avaxou , xat Tract T7jv auTerjV , Iv rj 8uo 6 TtpoOsaEvoi 5 Iv ttoXXoîci p-èv xat oict Xe^ouai xaxacpavisç slqlv aaapxavovxEÇ* 7 piaXtaxa §s a^tov f/.su.^ac0at, 8 oxt apupl Teyvr,ç ioua7]ç , f, 9 ypsovxai te ttovxsç l~t xoïct ueyicxoici xal Ttpioci uaXioxa xoùç dyaôoùç yeipoxsyvaç 10 xat SrjUtoupYOuç. 11 Eicl S « 8y]u.toupYOt, ot ulv 13 cpXaûpot , ot os lî troXXov otacpspovxsç * é>xsp, et ad) trçv zi iTjTptXT] oXwç, ,5 p.r.o’ iv aùxÉr, ecxsttto, 16 [X^o’ eupotxo u/^osv , ou x av r(v , dXXà toxvxeç *7 av 8aotwç auTS7]Ç axstpot xe xal 18 àvcTTiorr'uovcç r.cav, *9 xat xuyv) av xavxa toc twv xaavovxwv 30 8twxsexo. jSuv o’ouy ouxwç lys i, aXX’tScnrsp xal3,'xwv aXXwv 33 xs- Nota. — Il est évident ( et le lecteur s’en convaincra facilement s’il suit ces variantes) que le n° 2253 représente une édition différente de celle qu’ont suivie nos autres manuscrits , et par conséquent les imprimés. Il est certain aussi qu’il contient une foule de leçons qui comblent des la¬ cunes , rétablissent le sens et fournissent d’excellentes corrections. En ou¬ tre, il est le plus ancien de tous ceux qui sont à la Bibliothèque royale de Paris ; et je donnerai la preuve, dans le courant do ces variantes, qu’il est différent, non seulement de nos manuscrits de Paris, mais encore de tous ceux que les éditeurs précédents d’Hippocrate ont consultés. En consé¬ quence, je lui donnerai souvent la préférence. rMsv 2255. — 3 stùxcl aùxcT; 2253. — 8 SX>A xi 2141. - âXXo xi $ T vÔsX. 2253. — * Iv (Bpa^sT 2*4-1. — sxS>v etxcüom. 2253.- ccùttv omnes ; ionisme restitué d’après la règle générale posée dans l’Appendice. — 6 ÙT. 00. 2253. — 7 Sic 2255. - u.âX\ov \ulg. et al. codd. — 8 Sic 2253. 5xi abest in vulg. et al. codd. - Le sens marche mieux avec, que sans 5xt ; on sous-entend àaaoxâvouœ. Foes traduit : « Àrtis tomine reprehendendi sunt. » - àvxt pro àp/pt 2*43. — 9 XpîWxai 2253. - xpwv- DE L’ANCIENNE MÉDECINE. 1 . Tous ceux qui , de vive voix ou par écrit , ont essayé de traiter de la médecine , se créant à eux-mêmes , comme base de leurs raisonnements , l’hypothèse ou du chaud , ou du froid , ou de l’humide , ou du sec , ou de tout autre agent de leur choix , simplifient les choses , et attribuent , chez les hommes , les maladies et la mort à un seul ou à deux de ces agents , comme à une cause première et toujours la même mais ils se trompent évidemment dans plusieurs des points qu’ils soutiennent : d’autant plus blâmables qu’ils se trom¬ pent sur un art qui existe , que le monde emploie dans les choses les plus importantes , et honore particulièrement dans la personne des artistes et des praticiens excellents. Il y a , on le sait , de bons et de mauvais praticiens ; or cette dis¬ tinction serait impossible , si la médecine n’était qu’une hy-r pothèse , si elle n’avait rien observé ni rien trouvé ; tous y seraient également inexpérimentés et ignorants ; et le hasard seul réglerait le sort des malades. Mais cela n’est point ; et, si , dans les autres arts , les artistes diffèrent beaucoup en- tr’eux et par la main et par la tête , il en est de même dans la médecine. De ce fait palpable , j’ai conclu qu’elle n’a au- -v. vulg. et al. codd. — 10 Sic 2255. - x. 8, om. in vulg. et al. codd.- Ces mots semblent nécessaires à cause de la reprise : état £è cïr.u. — 11 Ei- c'.v 2255. — 11 œaüXci 2255. — ,8 'ttoW.wv 2255. — ttcXu vulg. et al. codd. — 7ïo XXâv me paraît indiquer la véritable leçon, ttcXXov ; on trouve, a la page suivante, ireXXbv âtaosfoucn. — îclz pixr, 2141. — 15 ur,âèv v 2145. — 33 tîjcvwv erauSv 2253. 572 de l’ancienne médecine. yvxwv ?racscov oî Sï-pt toupyol 1 ttoXXov àXkr^koiv Stxc&spouTi xarJc ystpa xai xavà yvwar,v , outoj * or; xat exi Î7]Tptxr;ç. Ato oux * r^iouv syioys xsvî;<; auTsr.v uttoQscioç SeecQat, ma-sp Ta dbavsa ts xat Ax~o- peoptsva * Tes pt wv dvayxr, , îyv Tt? s exiystpor/j Xsystv , uttoGsgtsi 6 ype- £cr9ai* 7 oTov Trspt tôîv ptsTswptov rt z wv u~o y9;v 8 sï Xsyot Tt? xat yivioïxot àç syst, ou~’ av auTsw 9 tw XéyovTt outs toïciv dcxououct ûr(Àa av sorj, eits *° àX^Osa icrtv site trrç * où yacp sgti ~po? 8 zi y prt 1 1 £7ravcvsyxanrra sïosvat to oacps?. 2. ’Ir,Tptx7Î S$ 12 îravTa TaXat uïrapyst, xat ap-yr, xat ôSoç supr^asvr,, xxô’ 13 xat Tae&pïiasva TtoXXaTôxatxaXw? tyovTa gupr^ai Iv ttoXXw ypovw, xatTocXonrà supsô^dETai^v Tt? txavo'? ts 14 Iwv xat tx supy- }A£va sioojç, Ix tgutswv Spucousvoç os zavza 1 5 aroêaX&Jv xat aTrocoxtaaoa; ravia, Itsoy) ôow xat STspm cyraaTt ,6 iîriysipsst ÇrjTsetv, xat *7 çvyrst Tt suprtxsvai, Içr/Trar^Tat xat I|a— ataTat" âouvaTov yap. At’ â? os dvayxa? 18 douvaTOV, lyco 19 ‘Tcsip^coptat s~t- cstçat, Xsycov xat 20 Sstxvuç t^v Tsyv/jv 21 o Tt lortv. 'Ex Ss toutsou xavacpavs? s<>Tai dàuvara 22 lovTa aX/io? ttw? 23 toutswv s&ptcxsôat. MaXtora 24 §s ptot ooxsst 7rspt Taurr,? ostv XsyovTa ty;? zlyyrfr yvmarà» Xsystv 25 TOtot oyaoVpctv. 26 Où yàp rapt 27 aXXou tivoç outs ÇtjtÉsiv 7rpov auTol outoi vocsouot 28 ts xat ravsooffiv* aÙToùç ptsvouv Ta ctpstov ’9 aursojv — aOr'- 'IIgXgv 2144. — 20m. 2U5. - Sè 2255. - tt? ante ittû. 2145. — 3 T?. aÙTTv éy. xatvr? u~c0. 2253.- xatvr? 2145. corr. 2145. -aù-rr? 2255. - aÙTcv 2141, 2144. - ÿsîcôat omnes. — * dïrGppsc'uevx 2255. — 5 i-nyziari Tt 2253. - èîrt/stpetT 2140 , 2143, 2145 , 2142*. - Fortè Èrrt- X£t?37 ? 3n notis Foes , Zving. in marg. — 6 ^pxcQat 2255. £p£~ omnes. — 9 Sic 2253, 22 55,21 45, 21 41 ,2145.- tô> om. in vulg.-roï? pro TGtotv omnes. — '‘’àXTÔT 2253. — 11 âvsvsyxavra 2255.- s-^avsyxavra cod. S. apud Foesium. — 12 ttsD.. îravr. 2255.-— 13 xat om. 2255. - Démétrius Pepagomène, qui cite cette phrase dans son livre Sur la Goutte , p. 56, cite ainsi : và et? zry larptXTv eûpTjAs'v* GîôXXa stot xat xaXà sv îrcXJ.ô) -/pc'vco , xat và Xct— à sv»- pOrGcvrat.— 14 m omnes, tguts'wv omnes. — 15 àm ëa>X.av 2253. - a~c~ Xa€û)v 2142 , 2145, 2255 _ *6 Sic 2140, 2141, 2255, 2145, 2145. — i-r.iyr.zv. Çr/rstv 2255. - lîa^stss'stv Çtts'ei vulg. - Çr-sct 2145. - La le¬ çon que j’ai adoptée est aussi celle que suit Démétrius Pepagomène, qui cite de l’ancienne médecine. 573 cun besoin d’une supposition vide, comme les choses oc¬ cultes et douteuses , pour lesquelles , si on veut en discourir , il faut nécessairement se servir d’hypothèse : par exemple , dans les dissertations sur les objets célestes ou souterrains , quand même celui qui parle prétendrait savoir ce que sont ces objets, ni lui, ni ceux qui écoutent, n’auraient aucune évidence de la vérité ou de la fausseté des assertions ; car toute vérifi¬ cation est impraticable. 2. Mais la médecine est , dès long-temps , en possession de toute chose ; en possession d’un principe et d’une méthode qu’elle a trouvés : avec ces guides , de nombreuses et excel¬ lentes découvertes ont été faites dans le long cours des siècles, et le reste se découvrira , si des hommes capables , instruits des découvertes anciennes, les prennent pour point de départ de leurs recherches. Mais celui qui , rejetant et dédaignant tout le passé , tente d’autres méthodes et d’autres voies , et prétend avoir trouvé quelque chose , celui-là se trompe et trompe les autres ; car cela est impossible , et cette impossi¬ bilité , je vais essayer de la démontrer par l’explication même de ce qu’est la médecine. Il en résultera la preuve que rien ne peut se découvrir si ce n’est par cette route. Sui¬ vant moi , celui qui veut discourir sur l’art médical doit surtout s’attacher à dire des choses connues du vul¬ gaire ; car les discours et les recherches d’un médecin n’ont pas d’autre objet que les maladies dont chacun souffre et est affligé. Sans doute , les gens ignorants en médecine ne peu¬ vent , dans leurs maladies mêmes , savoir ni comment elles naissent et finissent, ni par quelles causes elles croissent et cette phrase p. 56. — «? Sic 2140, 2141, 2255, 2145, 2145, 2142. - çûasi 2255. vulg. - çrc: Démétrius Pepagomène, loc. cit. - ç-joasi ex manuscript. ap.Foesiura.-è'S’jswf/a'. 2255. — ,8&jvo.tov 2255. — *9 Sic 2255.- -rrîtfâc. vulg. et al. codd. — 20 «rt&etxrjov 2255. — 21 Srt 2255. -toutou omnes. — 22cvt. om. in vulg. et al. codd. — • 29 .a S’tatTs'tovrs 2255, 2142, 21 45.- xcct’ âW.a JtatTwaÉvotç. vulg. — \>y.. aXXà xat ëg0. te xaixtv.jxal t’ oàà’ â ^latTCtw'/rat £uvs®spsv cod. S. ap. Foesium. — StaiTÉovTat Aid. ; cette leçon , qui est la bonne et qui aurait dù mettre les éditeurs sur la voie , est appelée -vicieuse par Mack, dans son édition d’Hip¬ pocrate, t. I,p. 18. — 23 Çuvsçspèv 2253. — 24 Sic 2143, 2141, 2140, 2255, 2145, 2142, Ald.-xal uv, sine si 2253. -sine xat vulg. — 22xat ante Irspa cod. F. ap. Foes. — 26Sic2145, 2255, 2145, 2142, 21 41 .-toutov 2255,-deest in vulg.- {JsÀTiMv 2145, 2140, 2142. - Toute cette longue phrase, parfai¬ tement claire de la manière que je l’ai imprimée, ne l’est nullement dans le texte de Foes. Ce qui fait l’obscurité de ce dernier texte, c’est qu’il n’a pas d devant tcïc. xaiAvouct , et qu’il a /.ar aXka. SïatTwuivoi; au lieu de r’ôXXa Sta’.TÉovTai.Aussi traduit-il : « Quin etiam alia victus ratio contulis- set nisi essent alia meliora » ; membre de phrase qu’il m’est absolument im- de l’ancienne MÉDECINE. 575 diminuent ; mais il leur est facile de comprendre îce qui est trouvé et expliqué par d’autres ; car ce n’est pas autre chose pour eux que se rappeler , en écoutant le médecin , ce qu’ils ont éprouvé. Celui qui , s’écartant de leurs notions , ne les mettra pas dans une telle disposition d’esprit , s’écartera aussi de la réalité des choses. Tout cela prouve que la médecine n’a pas besoin d’hypothèse. 3. Dans l’origine , cet art n’aurait jamais été ni trouvé ni même cherché (car le besoin ne s’en serait pas fait sentir), si les hommes avaient été soulagés , malades , par le boire , le manger et le reste du régime dont ils usaient bien portants , et s’il n’y avait eu quelque chose de mieux à famé. Mais la nécessité même força les hommes de chercher et d’in¬ venter l’art médical ; car ils s’aperçurent que le régime de la santé ne convenait pas à la maladie , pas plus qu’il n’y con¬ vient aujourd’hui. Bien plus, en remontant dans les siècles passés , je pense que le genre de vie et de nourriture dont , en santé , on use dé nos jours , n’aurait pas été découvert , si l’homme , pour son boire et son manger, avait pu se contenter de ce qui suffit au bœuf, au cheval , et à tous les êtres en de¬ hors de l’humanité, à savoir des simples productions de la terre, des fruits, des herbes et du foin. Les animaux s’en nour¬ rissent , s’en accroissent , et vivent [sans être incommodés et possible de comprendre. J’ai suivi, dans toutes les restaurations de ce passage très altéré, le texte de 2255. Seul, il m’a semblé réunir toute la véritable leçon , dont les autres manuscrits ne contiennent que des portions plus ou moins mutilées, ainsi qu’on peut le voir par les variantes. Il faut mettre, entre deux virgules ou entre deux parenthèses, cù£iv -yacp aù-rî;; ISei, qui est une phrase incidente; -pàtp indique en grec la parenthèse. De cette façon le sens est clair ; la phrase, quoique longue, est régulièrement construite; et, outre l’appui qu’il trouve dans les leçons estropiées des autres manuscrits, le texte du n° 2255 porte en soi cette garantie, c’est qu’il donne une par¬ faite lucidité à un passage tellement embrouillé qu’il n’a pas été éclairci par un homme aussi habile que Foes. — *7 cc’jtvî2255. — î8 ta-fucr,v 214t. - Èwotr.eev 2255. — *9 Sic 2255. - ^Tetaôai vulg. et al. codd. — 30 Sic 2253. - xop-vouotv vulg. et al. codd. — 31 ci om. 2255. 576 de l’anciesoti médecçœ. teç, où 1 Èjuvsçspsv, co; ou os vuv Çutxipspsi. *Eti * o’ avcoôsv eycoys à;tô> oüo’ av twv ôytatvovTtov SiaiTav ts xal Tposr/jv, ^ vuv ypsovrat, eups- 0v-vat , st 3 sçr'pxss tco avOpcoTrco rauToc saôtovri xal -tvovrt Sot Tsxa't txrco xal rraoiv sxto; àvôpanrou, otov rà Ix tt;; yrtq oubjxsva, xap- toÔuç ts xal uXrjV xat yopro v 4 à~o rourscov 5 yàp xat auijovTai xal 6 arrovot otocvouoiv , oubsv ■jrpoaSso'jxevot aXXy;; otatTTjÇ. Ksct toi 7 r/,v cpyrjv sycoys 8 à;tw 9 xat tov av0pco~ov 10 TOtaur/j Tpoç-vj xsyprcOat. ïà Ss “ ys vuv Starrr'aaTa su pr, as va 12 xat TSTsyv^asva 13 h rro/Xw ^povto ysysvr(o6at ao: boxsst. 12; yàp s-aoyov 14 7roXXà ts xat Ôstvà 15 aTco ïoyup^ç ts xal O^ptcoSsoç otatrr,^ ,6 coua ts xat axp^ra xat asyaÀx; *7 Suvaata; syovra lerpspoaevot, otà xsp ,8 av xat vuv orr '9 a’JTs'tov rràcyoïsv , ïtovokji ts toyupoïot xal lo vousotcrt Trsptrrtrrrov- ts;, xat 21 otà Taysoç ôxvàrota'tv. 'Htoov uiv ouV raura TOTSstxbçr.v rràaysiv otà tt;v ouv^ôstav * tff/upw; os xat tots* xat tou; uiv —Izi- crouç ts xat 22àc0svssTspr1v cpuotv syovraç àrroXiuTÔat stxoç, tou; os 23toutscov uTrspsyovra; — Xstco y pbvov àvrsystv * worrsp xat vuv 24 Ixrtov tcyuptôv Ôpcoascxcov ol uiv 25 yàp ^r/totco; àrraX7àcaovTat, ot os asrà 7roXXü)V W>VCOV TS XOl xaxcov. A là 07) TaUTTjV TVJV 26 ypSITjV xat ourot fjtot ooxsouat Ç'/jT^crat rpoo^v apuoSouaav t3] çucret, xat supstv Taurrjv, f, vuv 27 y pso'usGa ■ Ix uiv oùv rwv Trop tov, Bpsçocvrsç 28 xat ~t<7avrs; 29 xat xarayioavrsç rràvTa , xal otac^oavTsç ,xal 30 çopu^avrs; , xal OTm-oavTsç, 3,àTSTs)vScavapTov* sx bs 32ye rwv 33xpt0scov txaÇxv, à)>Xa 1 ouvsç£psv.-outuç.225S. — 2bs2255. — 3s;r'pxst omnes.-xal rrt. om. 2253, 2143. — ■ 4o ante â-ô rulg. étal, codd., deest in 2255, 2144.- cS cod. S. ap.Foes. -si apudHeurn. et Zvinger. marg. — 5 Sic 2253.- rs pro yàp in vulg. et al. codd. — 6îrevct cum signo 2255. — 7 ttv ys2255. — 6 Sac. étù 2253. — 9 x. t. à. r. rp. x. om. 2141. — 10 rctaûrr.v rpoor.v yzr.a^M, in margin. tcioutyi rpcçî; 2253.- Omnia, a xat tu ad xsxpâcSxt, om. cod. F. ap. Foes. — ”ys om. 2255. — 12 2 2 53. -xal. om. in vulg. et al. codd.— ypa- -cus'va pro TETsyy. Mercur. in marg. — 13 L 77. yo. om. 2255. — t4 rrc>Jt2253. — lS ûrrô 2255. — 16 Sic 2255.- câuxrapro waà te vulg. et al. codd.- Il est inutiléd’expliquer que cette leçon est la seule véritable; «raaara ne donne nticün sens. On ne peut guère en faire le sujet, puisqu’il y a scrçEpcpisvci ; il faut alors sous-entendre xorà, et rapporter cwaxTa soit à ecospruevot , soit à lîraoycv ; waà au contraire donne un sens clair et facile, en concor¬ dance aussi bien avec la pensée de l’auteur qu’avec la grammaire. — • ‘7 2255. 577 DE l’aNCIENNE MÉDECINE. sans avoir besoin d’aucune autre alimentation. Sans doute , dans les premiers temps l’homme n’èut pas ri’ autre nourri¬ ture ; et celle dont on se sert de nos jours me semble une in¬ vention qui s’est élaborée dans le long cours des ans. Mais d’une alimentation forte et agreste naissaient une foule de souffrances violentes , telles qu’on les éprouverait encore au¬ jourd’hui par la même cause ; che2 ceux qui se sustentaient avec ces matières crues , indigestes et pleines d’activité , sur¬ venaient des douleurs intenses , les maladies et une prompte mort. Les hommes d’alors en souffraient moins sans doute , à cause de l’habitude ; cependant le mal était grand même pour eux ; et la plupart, surtout ceux qui étaient d’une constitution plus faible , périssaient ; les natures les plus vigoureuses ré¬ sistaient davantage. C’est ainsi que , de nos jours , les uns di¬ gèrent , avec facilité , des aliments d’une grande force , et les autres n’en triomphent qu’avec beaucoup de peine et de dou¬ leur. Telle fut , ce me semble , la cause qui engagea les hom¬ mes à chercher une nourriture en harmonie avec notre na¬ ture , et ils trouvèrent celle qui est en usage maintenant. En effet , apprenant à macérer, à monder, à cribler, à moudre, à pétrir les grains , ils ont fabriqué , avec le blé , du pain , avec l’orge, de la pâte qu’ils ont travaillée de mille manières. Us ont fait bouillir, fait rôtir , composé des mélanges , et tempéré , par des substances plus faibles , ce qui était fort et intempéré , - &>vaa£iç vulg. et al. codd. — 18 àv om. 2255. — 19 aûrâv 2255. — 20 voucGtç 2255. — 21 â'ta.rax.swç 2255. — 22 àcdsvev îtj- ptôv se trouverait attaché à à-rrsÀsoav ; au reste la différence est légère. - 30 «ppôl;«vTè; 2142, 2145, 2145, 2141, 2144, Zving. in marg. - oupaaavTe; cod. S. ap. Foes. -ooo'j^ccvtsç est, dans le Glossaire de Ga¬ lien, interprété par tpupâoavrs;. — 31 cbkts Xî'oau.ev 2255. — 32 -ye om. 2255. — 1 33 xpiOwv 2255. TOM. I. 37 578 de e’ancienne médecine, tî 1 cuyvi îrepi yaùxr,v 2 xprJypt.axsuc'a[A£voi, 3 -^vlnricav xs xai WTrrr,- aav, xat fuiljav ? xat exspaaav * -roc ’ur/upa xe xat axp7jxa * xoTciv àaôevecxspoiGi , 7uXaccovx£ç -xavxa xpoç xv)v xou àv0pwTrou çùatv xe xal cuvapuv, 6 -Jjysutjievoi, 7 #rt #cra ptèv av Icyupoxepa r,, où $u- vyssxat xpaxéstv f, cpùstç, 7;v 8 Icrêa/r/uat, à~b xouxetov » S’ aùxétov ttovouç xe xal I0voùcou<; xat Qavaxouç ecscôat * 11 occov S’ av âùvvjxat extxpaxeetv, I2à-7cb xooxétov xpotpVjv xe xat au^ffiv xat ùytsfejv. Tw ,sS* eùp-^uaxt ,4 xoùxw xat Çr,x7jaaTt xt av ,5 xtç oùvopta otxatoxepov vj Tipocaixov aaXÀov ,6 ôetr, r, tr,xptxr'v ; Sri *7 ve eÙp7]xat iis\ xâj xoû av- OpoS-ou uyiei'7) xe xal xpooîj xat 18 ccorq pirj , aTXaypia 19 xetvrjç xr;ç otatxr.ç , I; Ijç ot irovot xat voucot 20 xat ôavaxot Ivtvovxo. 4. Et Se jxv) rir/yq 21 aùxrj vopttÇexai eTvat,oùx 22a7reixo'ç* -fo 23 yàp t. y,. rp. 2253. - GcaTxpwiç 21 45, 2140, 2255,2441, 2144.- CGmsptGiç 2143. — ^ècstvr,; 2253. — 2°2253 y.. 0s£v. om. ; ’pvGVTOt pro rpv. vulg. et al codd. — 21 a5T7j 2253. — 22 à-c&'-/.c'cnr,; -yàp , in marg. d« te&ugç yàp 2255. - On a là un exemple de la manière dont les textes s’altèrent entre les mains des copistes. Le copiste a écrit, pour are «xoç r? ^àp , x-scucgot;; -yâp : mol inintelligible. Une autre main a mis en marge àrecuco? -yàp ; ce qui est grec en effet ; mais ce qui porte dans toute la phrase une perturbation telle , que. si on n’avait que le manuscrit 2255, il serait difficile d’imaginer en quoi consiste la faute com¬ mise. — 23 pro -yap 2141. — 24 eVr a>. 2253. — 25 iouô’ u7.o<>T£iXatvTO av. Ot Ss ^x^xavxÉç 24 te xat eupovxsç tr(xptxrtv, tt,v 25 atjxsr4v XEivotat Stdvotav l^ovxeç -jcept 46 Sv ptôt 5' irpoxèpoç Xo- yoç EipTjXat, Trpwxov uiv *7, oîptat, utpstXov xoû 28 yrX^ôîoç xSv ct- Ttoov 29 aôxstov toutegùv, xat âvxt 30 xrXsovtov oXtya sxotr4<7av * Ittei 3i S5 aùxÉotct xoïïxô 32ixxt ptèv érxs 7rpoç xtvoç x£v xaptvdvxoûv ^pxsoE,- f Ejjèu.a2141. - — * uiya te pro x. p.. 2255. — 3 cxs^scoç xe xal zz- Xvr; 2255. — 4 àcnoicseov 2255.- àvaxTratwv vulg. et quid. codd. - dbenj- (Ttwv 2140, 2255, 2145, 2145, 2142 , Tel àYixr, a Pu être omis Par les copistes; on l’a vu plus haut, §. 5, omis après s$st. — 14 gcùtwv 2255.-sôe'Xst 2145.-s0sXgi vulg. et al. — ,s 7?oÔ£v2255. — -,62142, 2145, 2255. - Sgxs'si vulg.- $adrt 2141.- îatTptxr.v if&xsst 2253. - pro GÙSVtçst, gù£’ stet 2255, 2140, 2142 ; oùSs et; 2145 ; cù£’ et 2143, 2141. — ‘7 2253, 2141. - xâuvouotv vulg. et al. — 18 ffltoaot 2253, — *9 xpwovrat 2140, 2143. — 20 2255.- Sptopct vulg. et al.- Gucppct 2141. — GUGtGt 2140, 2143,2145, 2142, Zving. in marg.-Gt ouotet cod. S. ap. Foes. — 21 2255. - Gt om. in vulg. et al. codd. - StotTwvTott 2255. -*» 22 èTTtfl’JUGÜotv 2253. — 23 2253. - cù&è oretXatvro sine ôv vulg. et al. codd. — 24 ts om. 2253. — ïS Gtùrr,v 2253.- Ixsivctct 2253t 2141. — 26 Sv 2143. - GTpoVepGv 2255. — 27 ouv post {«*2255. — 28 irXr.- ôi’j; 2 255., — - 29 aÙTÂw tgÛtwv 2255. — 30 irXeto'vtov oXfyora 2233.— 31 jJè’otÙTGtat 2255. — 32 sort om. 2143. - Sve om. 2140, 2142 , 2141 , 2143. — Icrrt a. gts om. 2255. 582 DE l’ ANCIENNE MÉDECINE, xat ©avepov lylvsxo wçsX^cav, ou fxevxot 1 rase ys* aXX* ^cav vive? ouxwç i'/OYceÇj àç * jxà) oXtycov atxtcov ouvacôat 3 sirtxpaxeeiv acOî- VSffXSpOU 4 CS 07* TtVOÇ 5 ûl XOlOl'Ss iûOXEOV SsEffOat, £&poV 6 xà ^OSiTj- txaxa, txtçavxsç oXtya xcov ïoyuptov icoXXc*) xm uSaxt, xat 7 àcpatpeoçxE- voi xo îc^upov T7] xp^ersi xe xat 8 l<]xqosi. 9 'Oxocot Se [/.yos xcov £o- çTrjaaxtov louvavxo lo u7roxpaT££tv, 11 àcpstXov xat xauxa , xat acptxovxo Iç xdtxaxa, xat 12 xauxa xâjfft xs ' 3 xpTfasai xat xw TÎkrfizi otacpuXàa- covTfç ojç jxExpûoç ïyrrt , pt^xe 7rXsiu) twv oeovxwv fXTqxe ccxp7jxs- (7T£pa 7rpOT5»£poa£VOt , 1X7) S’ IvOSECXEpa. 6. Eu SÈ xpJ) 1 5 xoûxo Etosvat, oxt xtart rot ^osr'rxaxa Iv xyct 16 vousotatv ou ^utxtpépsc, ’’ aXX’ avxtxpuç, oxav 18 xauxa npocat- poovxat , '9 — apo^uvovxat ccptatv 20 0? te irupsxot xat xà àXy^aaxa • 21 xat 07)Xoy xo npoas vsyôÈv x9) ptiv 21 vouoto xpocpv) te xat au£v)<îtç 23 yEVo'jJtEVOV , TM OE «JtOtJtaXt çGtXlÇ XS xat àpp00GXt7). 24 'Oxo'oot S’ av xmv àvQpcorwv Iv xauxr, xâ) SiaQlcet 2Ï lovxsç itpotrsveyxmvxat ^pov 26 ctxtov , 7) pta^av, 7) apxov, xat nàvu 27 ctxixpov, $exa7rXa£ 2145 , 2140 , 2255, 2141, 2i42, 2144. - vocç> 2141.- oov me semble , dans les manuscrits qui ont cette particule, provenir d’une lecture vicieuse de vgugg); j’ai déjà fait une remarque semblable pour un guv intercalé , à tort , devant cuyoaa. - — 33 'jxvGuEvov 2255. — — 3* caoi Bè pro gjc. B ’ àv 2253. — 35 *VT£- 2253— îïgGacvsy.cvrai 2141. — 26 Tta-.r. 2255, 2143,2142. — 3? yMf'or 22 53. 584 de l’ancienne médecine. T'/;v ÎGybv tou ^poûjxaTOç xpoç TTjV GiàQsctv • xai l8z(p poyésiv 'uuospst, Iffôteiv o’ 2 ou, et 3 irlsuo çàyoi, 7roXù au 4 uaXXov xaxoiOei'r] 5 r, SXtya* xat et oXtya 6 os , irov^aetev 7 ynr];. — ,5 èxeTvo 5 2253. - sxslvo; 2141. — ,6 à-rra^/r^ 2253. — ■7 àvôpeâîroictv 2255. — 18 jçpwu s0x 2141. — :9 te y.ai 2255. - ôxp’.M^cuç 2253. — 2°Et>p te 2141. — 28 x 2140, 2143, 2141, 2144. f. &>v*rx Zving. in marg. - âûvxTStt 2255. - ÈTtixparêïv 2255. — 29 2253. -èxîTvû tcütc 2255. -toÛtoi> exsîvo vulg. et al. codd. — 30 ys 2255.- te vulg. et al. codd. 586 de l’ancienne médecine. stooç, xai V Te Xa'l 7 TTpOÇ X7)V XWV âXXtOV ÇcOGOV. ’Avïjp yàp xauLvoov 8 vouav^aati pnrçxe xwv yaXemSv xexat âcpopwv, (a^t’ au 9 xwv -avxâTraatv eùr(9ewv,âXVI0rJ aùxew l|ap,apxâvovxi “ asXXei IiciSîiXov eaecQat , eï 11 iôeXet xaraottysiv âpxov , 13 xaï xpsaç , vj aKko ti 14 wv oi uyiaivovxeç loôiovxeç 15 wcpeXeovxai, p.r, 16 ttoXXov , àXXà ■jroXXw *7 IXaaaov, 7j uyiaïvtov 18 àvr(5uvaT0* aXXoç Te xwv uyiatvov- tojv cputîiv sywv *9 a^xe TravxaTraciv âo9svea, tn^x’ au 20 ïcyupvjv, ça- ymv xt wv Souç vj itcttoç 21

2255. - è<;âp. 22 55; àaapxàv. vulg. et al. codd.- cuxe est à peine intelligible, et le peu que l’on entrevoit du sens , ne concorde pas avec la série du raisonnement. Il faut absolument lirer( comme 2255, ou oxi comme la variante rapportée par Foes. — 11 u.eXei 2255. — 12 èÔÉXct 2253 , 2143. — 13 2253. - xpsa sine xai vulg. et al. codd. — 14 xwv pro wv 2255. - et 2255 ; om. vulg. et al. codd. — 1 5wo£XgSvxcu 2255. ■ — 16 2255.— xroXù vulg. et al. codd. — *7 âv eXâcicw vulg. et al. codd. ; sXâuawv 2255. - IX. sine âv 2253. -r- *-? âv hab. 2255 ; om. vulg. et al. codd.-l&Jvaxo 2253. — l9^2141.-à om. 21 -45. - sXacGcv 2253. - iâ-aaocv est uneglosede p.£Ïcv introduite dans le texte de 2253. En effet, Érotien, dans son Glossaire, explique u-eïcv par sXocoaov ; et , comme , immédiatement après, il explique aussi uô£a,ses deux citations doivent être rapportées au traité de l’ Ancienne Médecine. Érotien lisait donc, comme nous, dans le texte qu’il avait sous les yeux , p.sÏGv, et non IXaoaov. — aS 2253.- xav pro gùx âv vulg. et al. codd. L’admission de lanégation devant (ftaëspG>T£pv;v oblige de l’admettre devant ■t.gg gv. De plus, la suite des idées porte à croire que c’est plutôt une com¬ paraison par égalité qu’une comparaison par différence. Aussi Foes, bien qu’il n’eùt que le texte vulgaire, a-t-il admis dans sa traduction une néga¬ tion qui n’est pas dans le grec qu’il a imprimé. On peut concevoir comment le texte a été altéré. Dans plusieurs manuscrits, les mots souvent sont peu ou point séparés. Un copiste aura laissé perdre gù entre àuvat to et. Sv ; le x sera seul resté ( x*v ) ; et l’erreur, une fois introduite, se sera indéfiniment propagée avec toute la fidélité de transcription que possédaient les anciens 588 de l'ancienne médecine. 1 xiySuvsùceis xeivou 2 tou voffsovTOç, 8ç xov àpxov y) xr,v piaÇav axatpwç îrpocYjVsyxaTO. Tauxa or) Travxa 3 T£xa7)pia , Szi 4 auxr, i\ T£^vr) 5 Traça ^ trjTp'.x^ X7) 6 aùxsr) oow sETSoaévrj eupicxoïxo av. 0. Kat si 7 jjlsv ry aitXcoç, tocrrsp 8 u^r,Y££xai , oca piv 9 t,v îcyu- poxspa IO sêXanrtsv , ocra S’ r(v àcOsvscxspa tbçsXss te xat 11 expscps xov xaavovxa xat xov uviatvovxa , £Ù7tet£ç av r,v to 12 Tip^yu-a * ttoàaov Y«p tou àacpaXéoç av lost TreptXapiêavovTxç <*Y£tv £"i to ,3 acôsvartaxov. Nuv 5s oùx sXaccov a(xapxr,aa, 14 où£s ^ccov XupLatvexaixovavôpwTrov, r,v 15 IXaccova xat IvoEsVrEpaxmv îxavrnv 16 Trpocï-sp^xat • xo Yap Xtuou pipoç *7 Suvaxat tcyupwç ivxr) ouest xou àvGpcoîtou xat ,8 yvtœcxi xat àcGsvÉa Trotvjeat xat àTCOXxsïvai. IloXXà 8s xat aXXa xaxà, ixepota 19 jjlÈv xwv arro TrX'/jpcbctoç , ovy fjffcov os 20 aaa Ssivà 21 xat àxo xe- vcoctoç* 22 St’ wv TtoXXov 23 TroixiXtoTspaxsxat Stot 24 TtXeovoç oxpiêtr,? Icxt. Aeï Y«p as'rpou xtvbç oro^acacGat • aéxpov os, ou os 25 ? svSuveTat 2253. - Variante très remarquable. — 18 2253. - vulg. étal, codd.- La leçon de 2253 s’accorde mieux avec le sens général de la phrase, bien que la leçon vulgaire pût aussi êtreacceptée. — 19asvom. 225 5 .-à~c~Xrîîw;2253 _ 25 & 2255. 26 xat om. 2255. — 27 r.p.wv 2255. - 0uu.çspst 2235. — 28 cuaçspGv de l’ancienne médecine. 59 1 en-deçà ou en-delà ; et je suis plein d’admiration pour le mé¬ decin qui ne commet que de légères erreurs. Mais une habi¬ leté consommée se voit rarement. La plupart des médecins ressemblent aux mauvais pilotes. Tan£ que le calme règne , leurs fausses manœuvres ne sont pas apparentes ; mais vien¬ nent un violent orage et un vent impétueux , ils laissent périr le bâtiment , et il n’est personne qui ne reconnaisse , dans le désastre , leur maladresse et leur ignorance. Il en est de même des mauvais médecins , qui forment le plus grand nombre : tant qu’ils traitent des maladies peu graves , où les fautes les plus grossières ne pourraient produire de sérieux accidents ( et il faut savoir que les maladies légères sont plus fréquentes que les maladies dangereuses ) , leurs bévues ne sont pas visibles pour le vulgaire; mais qu’il leur échoie une affection grave, vio¬ lente , redoutable , alors leurs faux pas se voient ; leur inhabi¬ leté se manifeste ; car la punition des fautes du pilote et du médecin ne se fait pas attendre , elle vient aussitôt. 10. Qu’une abstinence intempestive ne cause pas de moin¬ dres souffrances qu’une intempestive réplétion , c’est ce qu’en¬ seignera clairement un rapprochement avec l’état de santé. Il est des gens qui se trouvent bien de ne faire qu’un repas ; et , parce qu’ils s’en trouvent bien , ils s’en sont imposé la règle. D’autres font , de plus , un repas le matin , pour la même rai¬ son, à savoir parce que leur santé l’exige : exigences qui n’exis¬ tent pas p oui' ceux qui , par plaisir ou par toute autre circon¬ stance , adoptent l’une ou l’autre habitude : il est , en effet , indifférent à la plupart de s’accoutumer à faire ou un seul re¬ pas , ou un repas de plus le matin. Mais il en est qui ne pour¬ raient , se dérangeant du régime qui leur est salutaire , sup- 2235, 2i4t. — 29 2235. - toToiv aÙTcïdiv ETaçooro ( sine outwç) vulg. et al. codd. - La leçon vulgaire est évidemment mauvaise. Toï t5> 2253. sôst y^proôat omnes. — 7 g'j'j,oL omnes. - -rasovre; 2140, 2145, 2141, 2145, 2142, 2144. -iwt&vraç vulg.- dîctcüv 2255. — pr,S?«ç 2253. — 8 Guaëatvsi 2255. - £up.c£p-pr, de 2253 me paraît encore meilleur. — 31 2255. - »» om* vulg. et al. codd. - ^eittveÏv omnes. — 31 ir,<ï. uèv o oiroç babet 2235 ; desunt in vulg. et al. codd. TOM. I. 38 594 DE l/AXCIEîtrfi. l'ÉDECIXE. trrepoç ptlv 6 erîxoç, avaXioxetv os ou 1 Suvaxat* &?a àpi jxsv, oTptat, fA£u.a6rJxo'xi piovociye'eiv, 7zapaysvs.ro xatvX, xpoç^,7 lyst Trspi 7cavTa 18 àxpië{7jv, àXÀà tcoau pcaXXov, oià to lyvùç , ‘9 oîpiai , •tou dTpsxs lut xo uypov, xm 4 o’ 5ypw lut xo |r]pov • ecrto uot 5 àvOpwuo; p.y] xwv tcjçupwv tpuasi, àXXoc xwv àoôsveaxépoùv • o5- xoç 5s uupobç io0tsxw obç av àuo xvjç SXw 6 àvsXrj , wuobç 7 xal apyouç , xx\ xpsa wptà , xal utvexw uScop. Taux7) 8 ^psbptsvoç rr, btatxv], su ot5’ 5xt 9 ustasxat uoXXà xat Sstvà * xat yàp uovou; uovrç- ffet, xat xo cwaa àaQsvsç eoxat, xat fj xotXtv] oôapvjxexat , xat Ç5)v IO uouXbv xpôvov ou ouv^oexat. 11 Tt oet xotyapouv poT^pia uapa- cxeuaaacOat wo’ e^ovxt ; ©eppiov, r,<|/u^pbv, 13 ü; |r(pov, ^ uypov; 13 orj- Xov yàp 5xt xouxewv xt. Et yàp xo Xuptaivopisvov 14 sort xouxswv xb 5xepov, xw uuevavxtw upoa^xet Xucrat, wg l5o ixst'vwv Xoyoç lyet. To jasv yàp (kêaioxaxov xs xat upojpavstrxaxov cpàpaaxov âcpsXovxa xà btatxrçptaxa 16 oTartv I^pwxo * àvxt piiv xwv uupwv apxov Stobvat , àvx't Si xwv wptwvxpewv écpôà,ui£tv *7 xelut xouxotatv ,8otvou, xauxa 19 pts- xaêaXXovxa ou^r oto'v xe 30 pi^ uytea yevscOat , vjv ys pir, uavxàuaatv 3 31 8teç0apkuivoç uuo ypo'vou xe xat xîjç ûiaixr,?. Tt 5^ 33 ©vfcoutev; 33 ubxspov aùxscp uuo tl/u^poü xaxoua6sovxt ôspp/tà xauxa upocsvsy- ucX. âyv. , on sentait le besoin d’un yerbe comme upooieoôat. Je ne sais où Severinus a trouvé cette excellente leçon. Elle manque dans tous les ma¬ nuscrits que j’ai collationnés, même dans 2 255. Ce manuscrit que Seve- inus avait sous les yeux, mériterait certainement d’être consulté. 1 Çrueuvxov £ht. Xôytov 2255. — 3 Tt !'j exacrov 8 ?o*y]v ouvauciv xat cpuatv eysi , 9 xat toc ptèv t55v urapyoVrwv dbco- 6s€X7]X£v , aXXotct IO * os xsxpr,Tat xat ptifjttxxai. 14. OÏSa ptsv yàp xat tocos S^irou, art otaospst ” iç to cto a a tou àvôpcü7cou xa6apo? apxoç vj 11 ^uyxopttCTOç, vj àTXTtcxcnv oxuptov I- crxtcttsvcov , r, ttoÀXw uSaxt 13 7X£cpuprtptsvoç } 7} oXtytp, ïc/upwç 14 ors- çupquivo; •?! à'poprjxoç, Içoxroç, r, svcoptoç, a>Aa ts 7tpoç tS toutsoici ptupta* wç S5 auxcoç xat rapt jtdtÇïjç* xat at Suvapttsç 16 pteyaXai xs ixacroo, xat ouosv ^ sxspvi t5] sxspr, iotxuïa. 18 "OcTtç os Taux* 19 oux IracxsTrxat, 7) cxsTrroptsvoç oux otos , xrwç àv 20 xt ouxoç cu¬ va txo tcov xarà tov avQpwixov —aô'/iutaTOJV scSevat; utxo yàp ivoçlxà- cxou 21 Touxs'tov xacystTs xat .IxspotouTat 22 6 avôpwxoç ;q toïov vj Totov • xat Stoc 23 toutsoùv xaç ô JBtoç xat ôytatvovTt, xat Ix 24 voucou avaTpeçoasvcpj xat xàixvovTt. 25 Oux av ouv srspa 26 toutscov y p^ct- utcoxspa, ooS’ avayxatoxspa 27 syj s-.osvat o^xou. 28 "tiers xaxm; xat }.oytffaû) rcpocnqxovTi Çr/rqaav-eç xpoç ttjv tou avQpcôxou ouctv sôpov auToc ot xpcÔTOt supovxeç , 29 xat co^ô^cav 30 à£t7]V Tr,v ts yyrp 6sS 1 à-opcav 2253. - xë> ipoflivxt 2255 , 2445, 2442. — 2 yàp om. 2440, 2*43, 2444, 2442, 2445, 2444. — 3 xapacxeoa&ûv 225sl - 4 2253. - âcpstXsxo vulg. et al. codd. - Après àcpsiXsxo , les éditions mettent un point, etFoes traduit comme si la phrase était affirmative : un point d’interroga¬ tion me semble nécessaire ; si la phrase était affirmative , il n ’y aurait pas la particule disjonctiver. Hippocrate demande si la préparation du pain a enlevé au froment le froid, ou le chaud, ou le sec, ou l’humide ? — 5 Sic cod. S. an. Foes.-o vulg. étal. codd. — ôxt yàp in marg. quorumdam exemp. ap. Ma- ckium. — 6 7 xat om. 2255. - Ssàsoxai 2255.- oxat cod. S. ap. Foes. — 7 t.ùXûw, ôXXototv 2255 , 24 45 , 24 44 , 24 45, 24 42.- âWicict ratt«çty 24 40. - âXXa; mXkv.çiv x pyaaxat 2253.— 8 t£cav2253. — 9rà aèvyàp prô x. x. u. 2253. — ,0 ^£ om. 2253. -Xc'xpxxatTs 2255. - jjcépr.xat pro ui- tttxxat Àld. - 2255. - et; vulg. étal. codd. — 12 cuyxcpttcxo; omnes. - r, tv. puTrapo; lmp. Samb. apudMackium. - C’est sans doute une glose tirée du Glossaire de Galien où le mot puîrapo; entre dans l’explication du mot cuyxctucxo;. 13 Ilsœu. r, oX. te. om. in vulg. et al. codd.; habet 2253.— Deô lacunes de ce genre sont très fréquentes dans les manuscrits ; ce que les cause, c’est la répétition rapprochée d’un mot. Le copiste a sauté d’un DE l’ancienne médecine. 601 rait embarrassé de répondre à ces questions ; car, est-ce le chaud , ou le froid , ou le sec , ou l’humide que l’on ôte au pain en le faisant ; le pain qui est soumis au feu et à l’eau , qui subit plusieurs préparations dont chacune a une vertu particulière , qui prend une partie de ses principes et qui se combine et se mélange avec d’autres ? 14. Je suis assuré qu’il est très différent pour le corps d’u¬ ser d’un pain fait avec de la farine blutée ou non blutée , avec du grain bien moulu ou mal moulu , pétri avec beaucoup d’eau ou avec peu d’eau , travaillé fortement ou peu travaillé , bien cuit ou peir cuit , et mille autres diverses préparations. Il faut en dire autant des préparations de la pâte d’orge. De cha¬ cune , les propriétés ont une grande puissance , et l’une ne res¬ semble en rien à l’autre. Celui qui n’observe pas ces différen¬ ces , ou , les observant , n’en sait pas la valeur, comment pôur- rait-il connaître quelque chose aux maladies des hommes ? car chacune de ces qualités agit sur le corps et le modifie de telle ou telle façon ; et c’est de là que dépend toute la vie pen¬ dant la santé , pendant la convalescence et la maladie. Rien donc ne serait plus utile , plus nécessaire à savoir. Les pre¬ miers inventeurs , qui usèrent , dans leurs recherches , d’une xsç’jprosvsÿà l’autre. — ' 4 Keoupa.uJ'jo'y àœuparo'21 41 . — 15 Tcûrcict 2255. — 16 âè ante ae-p ia vulg. et al. codd. ; non habet 2255. — zi érspa t5î êrepos 2255.— ,8 tîç pro Sert; 2140, 2141, 2145, 2142 , 2255, 2145, 2144. - Ts pro ctrr.? cod. S. ap. Foes.- ri; sine Ss lmp. Samb. ap. Mackium. — ‘9 Sic 2255. - Sa. 5e Taûva. y.r, oxsît rdjAsyoç cùx cISs valg. et al. codd.- Le texte vulgaire, comparé au texte de 2255 , présente une la¬ cune , qu’on n’aurait pu soupçonner, car le sens est clair, mais dont là res¬ titution me semble heureuse pour la régularité et la marche de la phrase. — 20 £rt pro -n ; ti additum post S’ôvziro. - zzt’ avô. 2255.- ïtw; &’àv cod. S. ap. Foes — 21 toûtwv 2255. — 32 ô , quod deest in vulg., habeturin omnibus: codd. - wvôpwîrcç 2141 alià manu , et Aid. pag. 4. — 23 t cûtv. I2*Evt yàp 13 àv- OptoTOO xaWtxpov xal aXaupov, xal yXuxu xal b;ù,xal aâtiazt est la véritable 604 DE l’ancienne médecine. TW awuaxt * a7rox p iv o asv wv . üavxa oè 8gol àvGpcoTioç ecGtet r, tzvjzi xà Totaüxa Bpwaaxa ^xicxa 4 toutsou /uaou 3 àxpv-Tou te xat £ta- çsoovtoç o^Xa 4 serai asrs^ovra , otov aproç rs xa't piaÇa xai rà 5 l-roasva 6 roursotciv oletv eiGicrat 7 wvGpwroç TrXsceroiet rs xal 8 aïei ^pseeOai , sçw twv Trpoç ft8o vvyv re xai xopov ^pxupievwv re xal sexcuaeptiveov • xal daxo 9 rouxewv 7rXstcienxe médecine. 605 tuelles évidemment ne renfermeront pas de telles humeurs in¬ tempérées et excessives ; tels sont le pain , la pâte d’orge , et les autres substances de semblable nature , dont on use toujours et le plus abondamment , et dont j’excepte les mets préparés et assaisonnés pour flatter le palais et la sensualité. Ces aliments salutaires , dont on prend le plus , ne produisent ni trouble ni désunion des qualités cachées dans l’économie ; mais ils pro¬ duisent vigueur, accroissement , nutrition , par aucune autre vertu si ce n’est qu’ils sont mélangés heureusement, qu’ils n’ont rien d’intempéré , rien de fort , et que tout y est devenu un , simple , atténué. 15. Pour moi , quand j’écoute ceux qui font ces systèmes et qui entraînent la médecine loin de la vraie route vers l’hypo¬ thèse , je ne sais comment ils traiteront les malades en confor¬ mité avec leurs principes. Car ils n’ont pas trouvé , je pense , quelque chose qui soit chaud , froid, sec ou humide , en soi, et sans mélange d’aucune autre qualité ; et, sans doute, ils n’ont pas à leur disposition d’autres boissons et d’autres aliments que ceux dont nous usons tous ; mais ils attribuent à ceci ou à cela la qualité ou chaude, ou froide ou sèche ou humide. Or l’mcertitude serait grande s’ils prescrivaient d’administrer quelque chose de chaud, en soi, au malade ; celui-ci leur de¬ mandera aussitôt quelle est cette chose ; et ils seront réduits ou à répondre par du verbiage ou à recourir à quelqu’une des explication ; cependant je ne suis pas complètement satisfait de la répétition de tox’jpov ; et, si je ne m’étais pas fait une règle de suivre, partout où faire se peut, les leçons telles qu’elles se présentent (car comment oser dire dans une foule de cas qu’un auteur a plutôt écrit de cette façon que de telle autre ) ? j’aurais changé tç^upiv en f/ myc» , qui m’est suggéré par vapa^T, qui se trouve deux lignes plus haut. — 21 «■ycv-sç 2255. — 22 ôspttîrsucuffi 2253. - 0£p5t-£Û<7£>. 21 42, 2141 , 2143, 2145, 21 40, 2255, 21 44.- 0spa- — £’j«7£iev cod. S. apud Foes. — 23 ù— otiÔstcm 2140, 2142, 2141, 2143, 2145, 2255, 2144. — 2* aùr à; v.y.n. 2253. aùrsW. vulg. et al. — î5a>j- tcù 2253. — 26 stàet 2255. — 2" c'cy.a.'. 2255. - zxjzx cod. S. ap. Foes. __ 28 PpâuaTtt xal -à ffoaaTtt aÙTctot 2255. — *9 2253. - vulg. et al. codd. — 30 0sso.bv 2255 ; alia manus supra lineam : zi u.. slvai 0sp- p.iv, tÔ àk , to âi Ç-npôv , -rb 5e 'J*fpcv. 606 DE l’ ancienne médecine. 8s- vf,pw, tw 8s uypô>. ’Ezst Ixsîvq yg azopov zpos-- Tdt^at tô> xaptvovTt, Qepptov Tt zpocrsvgyxaoQat * 1 sùôuç yàp 2 Ipto-n]- cet, Tt 3Icrtv; wargX'/jpggtv avaya?], 4r, Iç toutIwv ti twv 5 yivcoaxo- aévwv xaTacpsùygtv. Et 81 * 8^ Tuyyavci 7 to piv Qspuov lov 9 la marge , ne me paraît pas intelligible. Foes , Zvingerus ont traduit en faisant abstraction de 8k de leur texte , et comme s’il y avait une interrogation. Je pense que c’est une erreur : le sens (ainsi l’indique le raisonnement ) est: si une substance est à la fois chaude et acerbe, il faudra administrer, on ne pourra éviter d’administrer quelque chose de chaud et d’acerbe. Le sens étant ainsi dé- DK l’ancienne médecine. 60? substances connues. S’il arrive qu’une substance chaude soit en même temps acerbe, une autre substance chaude in¬ sipide , une autre perturbatrice (et il y a une foule de substan¬ ces chaudes qui ont beaucoup d’autres qualités opposées) , il faudra bien donner la substance chaude qui est acerbe , ou la substance chaude qui est insipide , ou la substance froide ( car il en est de telles) qui est acerbe , ou la substance froide qui est insipide. Mais il est certain que l’une et l’autre produit des ef¬ fets absolument contraires non-seulement sur l’homme , mais encore sur le cuir, sur le bois, corps bien plus insensibles. Car ce n’est pas le chaud qui a la plus grande puissance, mais c’est l’acerbe , c’est l’insipide ; ce sont toutes les qualités que j’ai énumérées , dans l’homme et hors de l’homme , dans ce qu’il mange et dans ce qu’il boit , dans les substances avec lesquelles il se fait des onctions, et dans celles qu’il lui arrive d’appliquer- sur son corps. 1 6. Pour moi , je pense que , de toutes les qualités , le froid et la chaleur ont la moindre puissance sur l’économie humaine, par les raisons suivantes : aussi long-temps que ces deux qua- terminé, il y a deux tournures à donner à cette phrase : ou bien supprimer si avec les imprimés , et Jè avec les manuscrits que fai eus ici à ma dispo¬ sition, et le membre de phrase qui commence par àer'xe i, devient principal et affirmatif. Ou bien il faut laisser subsister &e après àerse t, verbe qui est alors régi par la conjonction et placée au commencement de la phrase. C’est ce dernier parti que j’ai pris. — 1 6 aùrwv 2253. — *7 x om. 2142, 2145, 21 40, 2141, 2145, 2255, 2144. -x to 6. x. a. x om. 2253.- /.ai om. ante «rrpi u- y pS , T( lS ûDXw TW TpOTTWj &7(j> 16 OCV aUTO STT 17TÀSOV 7T0 tT^OT) , XO l TjV V£ p.7) l7 7ravTa~aoi cray?] to «opta , éfcav sfuaza lafir} xai eXOv] Iç ty;v cxsttTjV , ,8 ptaÀAov xai I~t ttXsov ôsppiaivsTai to swaa. Touto os, sî 19 QsXot Ixôsppiavôvivai 20 çrrepswç 7j ÀouTpSS GspptÇ), 7) 7roXÀw tcu pt, Ix os 2,toutsou to wuto 22 sîixa syoov Iv tw 23 aùrew yooptw tt,v oiacptêr/v TTOiIsaOai, tocTrsp 24 Sis^uytxsvoç, 25 ~oXù tpaveÏTat xat t^uypoTspo; xat cDJmç optxaXswTspoç. 26 Et pt7riÇousvoç tiç utto 7rv(y$oç xat 2? îrapx- 1 Të> p,. 0. y. à. t. <|>. T. S. y. à. t. 0spp.oü 2235. — 2 xat tÔXXci xxtx Xc'ysv Iiab. 2255 post ^’rypoü. - J’ai songé à admettre ces mots d’abord, parce qu’il est bien plus ordinaire de trouver, dans les manuscrits , dés lacunes que des additions, ensuite , parce que en soi cette leçon est acceptable. Il faudrait entendre la phrase autrement que les autres traducteurs. Ils ont cru que aeiuyosva aura aÙTsctctv se rapportaient à iuysc'v ts xal 0saucv ; etFoesa traduit: « Quamdiu calidum et frigidum inter se permixta fue- rint. » Il ne s’agirait pas seulement du froid et du chaud, suivant 2253, mais il s’agirait de toutes les qualités ensemble. Du moment que l’on fait rapporter asp.iyu.sv a à toutes les qualités , ou humeurs qui sont dans le corps , l’addition rdcXXa xarx Xc'ycv s’explique naturellement. — 3 àTTOXS’.&ç 2253. — 4 ).u— si 2255. — 5 tcutû) 2253. — 6 2253. - èyysvYiTcuvulg.etal. codd. — 7 2253.- ti om.vulg. étal. codd. — 8 Siaxâyzaç 2255. — 9 xacscrtv 2253. — 10 j3cr,0sia; 2255. — 11 rotç âv0pcô~a; 2253. — 12 iv om. etxap.vouct.22 5 5. — l30s'Xct21 45.-s0s'Xst 2142. — l42253,2142, 2l45.-uytaTvcvvulg.et al. codd. — ,5àXX’ otcû âXXorp. 2142.-àXô>T0 aXXo» rp. 2140, 2141 , 2145, 2144.— 16 rv KïirXsIcv aùrô 2255. — r7 rsaené- Tractv 2253, 2141 - 18 Iti a. x. IîtitXsTcv 2253. — ^sOs'Xot 2253 , 2145. - sôsXst 2141. - ÔÉXst cod. S. ap. Foes. — 20 tcyupwî 21 43, 2255, 2253, 2145, 2141, 21 44.- Dans 2141, qui contient une multitude de gloses , la plupart peu importantes, au-dessus de crepsâ; est écrit en lettres rouges tcyupw; , comme explication de crspsSç. On a là un exemple de l’introduc¬ tion si fréquente des gloses dans le texte. — 21 toutou 2253. - kùto 2253. de l’ancienne médecine. 609 litcs restent mélangées l’une avec l’autre, nul mal n’est éprouvé ; car le froid est tempéré et mitigé par le chaud , le chaud par le froid ; c’est quand l’une des deux s’isole , que le mal commence. Mais dans le moment même où le froid survient et cause de la souffrance , tout d’abord et par cela seul le chaud arrive , fourni par le corps , sans qu’il soit besoin d’aucune aide ni préparation. Et cela s’opère aussi bien chez l’homme sain que chez l’homme malade. En effet , d’un côté, si, en santé , l’on veut, pendant l’hiver, se refroidir soit par un bain froid , soit de toute autre manière , plus on es¬ saiera de le faire , sans toutefois se geler complètement , plus , après s’être rhabillé et mis à couvert, on éprouvera un échauf- fement considérable. D’un autre côté , si l’on veut se procurer une forte chaleur soit par un bain chaud , soit par un grand feu , puis demeurer avec le même vêtement et dans le même lieu qu’après s’être refroidi , on éprouvera un froid bien plus vif, et l’on frissonnera bien davantage. Celui qui s’évente à cause d’une chaleur étouffante , et se donne du frais de cette manière , se sentira , au moment où il cessera de se rafraîchir, dix fois plus brûlant et plus étouffé que celui qui ne fait rien — 22 elâoî pro sTaa Mercuc. in marg. — 23 ai rü 2253. - tzoiùgùsu 2255. — • 2* b ante £is. vulg. et al. codd. excepto 2255. - L’article é ne peut guère être conservé. Hippocrate parle du même homme , qui d’abord prend un bain froid, puis un bain chaud , et qui , après ces deux bains , restant soumis à une même température , éprouve néanmoins une grande chaleur dans le premier cas , un grand froid dans le second, o ^tsç airo 7rupoç xaxaxsxau- [AEVotot *xat où Trpoxspov xouxo 7ra<7^ouatv irptv 16 7] Ospaocvôcooiv. Ou- TcoçiTOtfAMç ixàxspov *7 aùxscov lut ôaxepa TrapaytvsTat.Mupia S’ av xat ,8sTspa^otai sîiteîv.Tà os xaxàxoùç '9 voffsovxctç, 20 où)' otctv av £cyo? y£V7]Tai, xouxsotoiv ô;ùxaxo<; ô vcupsxo? IxXaptxst ; xat 21 oôy ouTcoç îff^upcüç , àXXà xat Traooptsvoç , 22 St’ oXtyou, xat aXXwç 23 xà ‘jroXXot àc7tv77ç • xat 24 ouov av ^povov xrapÉ^ , otdtôspjxoç, xat otsqtwv Siée Ttavxoç , *5 xsXsuxS êç zobç tcoSccç [xotXtaxa , 26 oùrep xo £îyaç xal 1 saura 2253.- scùutô 2141. — 2 Sic 2253. - xouxsou tou xp. vulg. et al. codd. — 3Sic 2253,-^tairaû. ra toûto 7TotsovTt Aid.— orau coito pro Sia-x. Mercur. in marg. - S'taoraüeat râ lmp. Samb. ap. Mackium. - Stacorâcat Tù> toùto TOisovTi 2142, 2141, 2140, 2145, 2145. - àtacxccaat tw tgüto irotscvTt vulg — Tavcat Zving. - La leçon de 2253 est la seule bonne; celle de Aide vient ensuite et se comprendrait; il est indifférent d’admettre toStc orcts'av ou touto xc’.EOvTt. Les autres sont inintelligibles; aussi la tra¬ duction de Foes est-elle fort obscure: « Qui in magno æstu ventulo per flabellum excitatô, hoc modo sibi frigus conciliare parat, decuplo majo- rem ardorem sentiet quam qui nihil horum fecerit. Hippocrate veut dire que celui qui s’évente dans une grande chaleur, aura plus chaud, au mo¬ ment où il cessera de s’éventer, que celui qui ne se sera pas éventé. — 422 55. - •nocpscTt vulg. et al. codd. — 5 rô om. 2253. — 6 p.r,$s tcicütov orotoùvTt 2253. - TotouTECv 21 45. - TotcuTav cod. S. apud Foes. toioutemv 2140. — 7 tô 2253. - Dans ce manuscrit, ce membre de phrase est, à tort, rapporté à ce qui précède, et non à ce qui suit. — 8 ircXù p.EtÇovo? 2253. - oroAXâ çod. S. ap. Foes. - ci yàp pro occt oc v 2253. — 9 d&Xou ^ûy.soç 2253. - X om. 2141. — âXJ.co 2140 , 2145 , 2142. — IO ptyâaouet 2140 , 2142, 2145, 2255. — ■ 11 oî àxs^ooatv 2145, 2141, 2142. - 3 ans^ouaiv 2145, — 12 lïsptcraXâc. 2255. — 13 surir,? pro scrtv ci et ; in marg. r. scrtv cl? xat 2253. — 14 çXvxtoÏvs? 2255. - œXoxrs'vs? 2145 , 2142. — l5 «Saxsp rot; 2255. - xaToccsxauus'vct? 2255. — • l6r om. 2255. — aùrâv sort ôaxspcv 2235. — 18 â>Aa 2233.— >9 vcccürra? 2253. — 20 ou*: 2253.- occt? 2255. — Tovxct? 2253. — 21 oùyj 2253. -xal otat oùxVaticana exemp. - xat otctv o ùy. DI l’ancienne MÉDECINE. 611 de tout cela. \ oici un exemple encore plus frappant : les gens qui , marchant dans la neige ou exposés à une température ri¬ goureuse , ont éprouvé un froid excessif aux pieds , aux mains ou à la tête . que ne souffrent-ils pas , la nuit , quand ils sont abrites et placés dans u n lieu chaud , par l’ardeur et les dé¬ mangeaisons auxquelles ils sont en proie? Parfois il leur sur¬ vient des phlyctènes comme s’ils avaient été brûlés par le feu ; et ils ne ressentent pas ces douleurs avant de s’être réchauffés ; tant est grande la facilité avec laquelle le chaud et le froid se remplacent alternativement ! Je pourrais citer mille autres ob¬ servations semblables. Quant aux malades , n’est-ce pas chez ceux qui sont pris de frisson que s’allume la fièvre la plus ar¬ dente ? mais elle n’a pas une grande force , elle cesse en peu de temps , et elle est innocente le plus souvent ; tant qu’elle dure, elle donne une chaleur générale , et , parcourant tout le corps, elle finit surtout dans les pieds , où le fr isson et le fr oid ont eu Zving.- Le texte est peut-être altéré ici; les diversités de lecture le feraient supposer ; et la construction n’est pas assez facile foav qu’on -'car'e '.ont-à- fait cette opinion. Les traducteurs ont beaue.tïp *ari '. : Calyus et T'*rcuriali ne mettent pas de point d’interrogation après üiXâp.Tra , eé traduisent comme si Hippocrate avait voulu Sire que ’ fr.Vson K’ est >as suivi d’une fièvre vive; sens peu probable, surtout si l’o» Tait attention quelques lignes plus loin Hippocrate dit : « cuv & rtwiy :<£ ovre xa}ar,ç ptsxsyov , wç av xo 2< ^yeuaevov xal Tcapo^uvoasvov xal aùijavofxevov apta 25 xstvtp , ùùvapav os oùospurtv xXstw x9)ç xpoc*/)- X0U(T7)i;. 18. a6Aî)Xa Ss xaoxa Sri àSs syet Ixl xwvSs xwv orr,ptsttov* xpSxov ptiv 27 Icxt çavspcoxaxa <*>v xavxsç eptxsipoi 7roXXaxtç 28 * 7)or, Ica sv 1 IIXsïov èvsxpo'vtffsv 2253. -exportes vulg. • — 2 xs pro 8i 2253. — 3 tîpâcïirs xat 2253. — * ÿtstjw^ev 2253. — 5 et om. 2145, 2140, 2142 , 2255. — • 6 àiv 2 2 55. — 23 xaùx’ sort 225o.-auu.7T. omnes. — 2*ryoû- ptsvGv 2253. - xyoüixat legunt Vatican, exempl. et Heumius in marg. — 25 ixttvo) 3255. - cùîsatav 2255. — ’6 Sx>,% xaüxa ort ù>Sî syst 2255.- de l’ancienne médecine. 613 le plus d’intensité et ont persisté le plus long-temps. Enfin , quand , après la sueur, la fièvre s’en va , le malade a plus froid que s’il n’avait pas eu la fièvre. Puis donc que les deux con¬ traires se succèdent avec tant de rapidité et se neutralisent spontanément , qu’en attendre de grand et de puissant , et qu’est-il besoin de beaucoup de secours contre l’un ou l’autre ? 17. On objectera que , dans les fièvres ardentes , les péri- pneumonies et les autres maladies graves , la chaleur ne dis¬ paraît pas promptement , et que là le froid et le chaud n’alter¬ nent plus. J’y crois justement trouver la plus grande preuve que la fièvre n’est pas produite simplement par le chaud , et qu’il m’est pas la cause seule de la maladie ; mais qu’il y a un chaud amer, un chaud acide , un chaud salé , et mille autres, puis un froid avec autant de qualités différentes. Ce sont là les vraies causes du mal ; le chaud , sans doute , est présent avec la force qu’il possède , dirigeant , activant , augmentant la qualité jointe à lui , mais il n’a aucune vertu plus grande que celle qui lui appartient. 18. Que les choses se comportent ainsi , c’est ce que prou¬ vent les signes suivants d’abord il en est de très évidents dont nous avons déjà fait tous et ferons encore l’expérience. Quand on est affecté d’un coryza et qu’il se fait un écoulement par les narines , cette humeur , devenue beaucoup plus âcre que celle qui était rendue auparavant et que le nez fournit chaque 2>rXaàr..Ta.u7' fy^t (s^eiv . Hë u r . et Zving. ad marg.). Êirt rSvîs t£>v aru.sî«v- TrpÜTcv jctX. yulg. et al. codd. On yoit que le texte de 22 53 diffère complète¬ ment du texte des imprimés et des autres manuscrits. Dans ce dernier texte il y a un point après àrXaàr,, qui de la sorte appartient à la phrase précé¬ dente ; et il y a encore un point après lyst ■> ce qui fait que êwt rwvâs xtX. appartiennent à la phrase suivante. Il me semble que la leçon de 2253 est la seule bonne. D’abord, tout’ ïysi , phrase ainsi jetée, n’est guère dans le style de ce traité; ce que la variante sysiv indique. En second lieu, twvSs annonce une énumération, et par conséquent le commencement d’une autre phrase. En troisième lieu , piv annonce aussi une nouvelle phrase. De sorte que le contexte montre la leçon de 2253 comme préférable de tout point. — *7 pro è », ç codd. — * ptèv yào 2255. -rt*tov 2255. - svys'caxa» 2253. — 1 ptvâv 2253.- 6>? xb îroXù 2255. — 4 ptvâv 1255. - /.ptsçoW 2-53. — 5 xcd dsest ;a cod. S. ap. Foes. — 5 cuyxatatv 2î ;2, 2255, ?4 45, £443, 2144. -cuvxaîst 2255. - cuyxa tet oranes. — /Z .inger te»nble lire autrement ce passage: il ôte le point après îo/arto? , eftaae 8s y'rès ry , A met ry 8s xa't ivXet» /p. Cela change le sens.. e* ?ert dire que le ne; paraH cliauc s* on y porte la main. Aucun manuexrit à va:, cor rJUkittcs -i’ratorise cette traduction; et le sens de la leçon géaén/e î je part;; préSbraùiie. > — 8 xpov« 2443. — roxpi i omnes. — 9. iEoyzc&rf! . . i A. 1.4, et.in margine 2255. — 10 ys om. 2255.- p omnes. — u 223 '. ji? osa. vnlg. e. aï. coù£.- xai «s. x. pt. 2253.— jrejwjtpvcv pro 77SXCÛ . •' .' 3, — - Ji tô 8i r8r 2255. — -5 .oiT7;xaç xal dbcpr,7ro<;, xal &ao;syévsxo TCpSxov xal ‘4 o—toç ^uvsTcdyr,. ’Eyw Ss ‘5 xouxscov ptiv &ra xivl siprr xat ,6 ffootcry r, îr,TpS , r] *7 ysypaTrxai îrepl tpuatoç, v^goov voixt^w T7] î*/;Tptxvi xs/vy] Trpoar'xetv r, xy ypacpocy. jNopuÇco Ss 18 Trspl cpuctoç blir la régularité de la construction ; car dans xpxoîç X£ de la leçon vulgaire, Tî paraît surabondant. Ensuite, en donnant âXXr.v apèç cblrXa. , elle facilite grandement l’intelligence de ce passage. Hippocrate y combat encore ceux qui veulent attribuer les phénomènes morbides à là qualité chaude ou à la qualité froide; ces qualités ne font que se neutraliser l’une l’autre ; mais pour que la maturation et la coction des humeurs s’effectuent, il est besoin de mélanges qui aient des propriétés bien plus diverses les unes par rapport aux autres. — 32 È-Î2145, 2142. - è~zi ys âXXo 2253. 'îT.om. 2253. — 5 à 2255. — 3tcc vxa om. vulg. ; at in aliis habetur : 214 0, 2255, 2143, 2143, 2144, 2142. - irâvra rà 2253. — 4 c àv. 2145. C’est une erreur semblable à celle que j’ai corrigé* plus haut (note 20 ), à l’aide du manuscrit 2253. — 31 ^Svarstt, i/.xXt'rrx •». 2233. - te pro ve 2255, 2145, 2142. — 32 $ï 22 5 3. de l’ancienne médecine. aXXwv cpavTjVat. lupoç yip, etoiSy; 1 toutem C7]ae((p &/ pr^aur^ , où ~ avxaç avQpmxouç * 6ja o(o)ç Xutiatvexat , <ïXX’ stc'tv oîxtvsç 3 auxÉcu 7cXr(psuuevot ouo ôxtouv BXaTrxovxat * 4 àXXà xaî ïcyuv, oîatv 1 * * * 5 av S-ujAtpep r„ ôauptafftwç crapeyexat * eîcri 6 Sè ot yjzXsxtôç aTxaXXotffcyouat • 7 Statpepouat oè xouxétov aî tpuTteç* 8 otacpepouat Se xaxà xouxo • Sirep ev TW xtouaxi eveaxt ~oXsutov xupw , 9 utto xotouxgou lyetpexa l te xa;. IO xtveexat • oîffiv 11 6 toigutoç yuptoç Tuyyavît 12 irXeov Ivetov xat uaXXov IvSuvaareucov iv tw ccoaaxt , ,3 xouxeouç pwtXXov xat xaxo- xraôeetv etxcç. El oè Tracr] xr, dv0pco7rtvv; cpuast r(v *4 xaxov , cravxaç av ,s eXuaatvexo. T aura Sè et xtç 16 etSot75 , oux av iracyot. 21. Ta S’Iv xyciv àvocxopuo95 xtveTxat 2255.- Ctç 22 53. — x« yà? ante 6 cod. S. ap. Foes _ 12 * xr5.et»v è»v 2255. — 13 toûtouç. - xat om. -xaxoxaôslv 2255.— '4 xax'oç cod. S. ap. Foes. — ‘ ^vaxo 2255. -‘*^2142, 2145, 2143, 2255, 2140. - eiîret 22oo.-~*7 cuvr. 2253.— auvTapaxa^teç21 45. — auu.7cap<*raiteç 2142.- cuu.- .aoaxaçte; vulg. et al. codd. - ouu.TCapairpc?teç cod. S. ap. Foes.— 18 aèv DE t. ANCIENNE MÉDECINE. QC£ veilleusernent ceux à qui il convient ; il en est , au contraire qui ne le digèrent que difficilement. Les constitutions des uns et des autres diffèrent donc , et elles diffèrent en ceci : à sa¬ voir que l’humeur qui , dans le corps , ne compatit pas avec le fromage , est éveillée et mise en mouvement par cette sub¬ stance. Les natures chez lesquelles une pareille humeur est surabondante et prédominante , doivent naturellement souf¬ frir davantage de cet aliment ; mais s’il était malfaisant pour la constitution humaine tout entière , il nuirait à tous les hommes. Donc , connaître ces propriétés diverses , ce serait savoir se préserver des maux qu’elles causent."! 21 . Dans les convalescences et dans les maladies qui du¬ rent long-temps , il survient des perturbations fréquentes , les unes spontanément , les autres p%r (Jes choses fortuitement administrées. Si , le jour même de ces perturbations, le hasard veut qu’il y Elit eu quelque innovation , par exempté ,: un bain , une promenade , un rhets different , toutes choses qu’il vaut mieux avoir faites que n ’avoir pas faites , je sais que néanmoins la plupart des médecins , comme le vulgaire , at¬ tribueront à ces choses le trouble survenu , ignorant la vraie cause et proscrivant ce qui peut-être est le plus utile. G’est une faute ; car l’on doit savoir les effets d’un bain donné mal à propos et ceux d’un exercice inopportun ; jamais le même JWtt 2255. — ‘9 TGÙ; îtcXXoü; ixrpibç , wc-sp r. tL 2255. — 20 ^uipav 2253. - Jta'.vcup'p-.scrreî 2140, 2142, 2255. — 21 r, pro à>; 2255. — 22 izz- soîav 2255. — 2Î ï?avT6>; èvavrfa; pro îïccvto. Mercur.in marg. — 2* cû- oh 2253. - ToÛTtov 2253, 21U et 2141 en glose. - àvaTtôivTSÇ 2145, 2255.— *5xas tou- 2253.- à-j-vocüvTXÇ 2253.- cot/.œepwTZTOv 2 143.- . cæt. — 26 Sic 2253. tj/kœ’.v vulg.- et al. codd. Les deux leçons sont bonnes; celle de 2255 me paraît cependant préférable. Si l’on garde tû-/ut:v, il faut traduire : exposés à proscrire ce qui est le plus utile. Or , Hippo¬ crate a dit qu’ils attribuent le mal souvent à ce qui a été fait, par consé¬ quent ils proscrivent ce qui a été fait ; il est donc mieux de lire ~'s/-n avec 2253, et de dire qu’ils proscrivent ce qui peut-être est le plus utile. — " 2442, 2145, 2141, 2143, 2140. - àçavicarrê; vulg. et al. codd- — i icpcufcüvraç 2255. TOM. 40 62G DE l’ ANCIENNE MÉDECINE. 1 TrpooyEvotiSvov IpyocasTai , s xat "tl xottoç. OùSeicote yàp ^ aux r, 1 xaxoTraQtVj toutsOïv , ouS1 iTÉpou , ou os ys airo irXvjpwffioç, 4 ouos ys a7ro (BpwtiaTÔç Totou vj toiou. "Oartç ouv Tauta jat, 5 sicrrat wç Exaara ly_si orpoç tov avOpcoxov, outs ytvcoaxsiv toc ytvousva a-n: 6 au- tscov SuvvfasTai, ours ypsso6at op05ç. 22. As ïv os jjcot 7 ooxsst xat tout’ etosvat , #aa tw avOpurirtp ira- O^uara à-ro cuvàutœv 8 spysToi, xat 8aa àxzb «r/r^aaTwv. Asyco 9 5s ti touto j Aùvajitv iasv eîvai tojv yupuov 10 Taç axpo'nrJTaç ts xat >• l9 -ta 5s jxava ts xat tsÔt.Xoto , toi 5s crjroyyostSsa 20 xat àpata. Touto uiv, 41 fXxùaat sep9 V I«outo xat iTrtcnraaaaQat ùyporrçra ex tou aÀXou Voiaxtoç, TOTspov Ta xoîXa ts xat Ix-sTTraptiva, r Ta trrspsa ts xat* arpoyyuXa , ^ Ta xoîXa ts" xat 23 sç arsvov I; sùpsoç cuvTjy- tisVa, SuvaiT* àv ptaXtara ; Ottxat *4 pivroi Ta toiouto 2Î iç ers- vbv cuv^yasva ix xotXou ts xat 26 sùpsoç. KaTàu.avOa\ s ï est *7 aura sçtoOsv tx twv pavepwv. Touto ptsv 28 yàp, tw cToptaTt xs- yr^wç ùypov oùùsv 29 àvacnraffatç • 30 ■jrpoptuXX^vaç Ss xat cfuarstXaç, 31 TOtscaç ts Tocj(£iXsa, 32 stits aùXov TrpocjOsptsvoç , ^r.tStwç 33 àva- erraoatç av 8 ti OsXotç. Touto Ss, al ctxuat 34 oTpoafiaXXotxsvai 31 i\ 1 TTpooytv. 2143. — 2 r, pro xat 2255. — 3 xecxOTraOetr 2253, 2145, 21 42. - oùSsTspc’j 2255. -xopou supra ïïXrctôotoî , gloss., 2144, 2444. — 4 gùS’ âro 2255. - tgigûtg’J supra rocou, gloss., 2141. — 5 '/or as: sup. Eta. gloss. 2144. — 6 aurwv 2255'. — 7 5cxsT x. racüra 2255. - çatvsrac sup. Sox. gloss. 24 44.- ytvâaxctv sup. stS. gloss. 2444. — 8 ycvSTOt 2253. — 9 Ss Tt tgccütov 2253. - Ss 24 42, 24 45, 24 40. Sr Tulg. - rt om. 2255, 24 45. — IO Lé texte vulgaire et tous les manuscrits, excepté 2253, ont etSsvou avant raç; sîJsvac me paraît tout-à-fait surabondant; il s’est sans doute introduit, à tort, dans cette place, parce qu’il se trouve déux lignes plus haut. — 11 tojrùv 2255. — 12 yoep om. 2255. — te om'. 2255. — 23 24 44. - eî; vnlg. — et; V oawssêôv gloss. 2141. — 4* -j^p om. 2145. - xzyrWi 2145. _ *9 àvaoraosuv 2141. - àvao^aostç 2144, 2143. - âvaojraaste «143 — !° 2140, 2143, 2141, 2142, 2144, 21 45. - jrpoWp#** in mlrg. cod. F. ap. Foes.-xpocrp.uX. vulg. et quidam codd. - Galien a lu wpopuXXiivoç , mot qu’il a interprété dans son Lexique des mots hippocratiques difficiles! 31 ïn. àvao7ra(, xat ôarspa s pvai|t ‘ xal ?av£?Sç Xicrra iXxei, xat wXr^sa scrtv 6 Ixoxtou SypoTr/co; akt. Ta C£ xoîXa xat 7 IxTTSTrrafxiva £7rip5usîaav {xsv 8 av uypoxrya piaXtara Sgarco toxvtwv , iirtowacaiTO 9 oa» oùy ôuoi'coç. Ta SI y- '° xat crpoyyùXa out’ 11 av sîriaTraaatTO out’ av 11 £~tppu£Ïcav 8s; uxo‘ ‘ 3 7rsptoXiT0avot te yàp 14 av, xat oux e/ot zopry sp jxsvot. Ta 8s .r,- pviv6 r 24 45, 24 44, 24 43, 24 42, 2255, 24 40, 24 44.- avairivci 2253.- gx>.. âv x. 2255. — 19 TpoGytv. al. man. 2444. — 24 xxûxn 24 45. — tcjtv.; Mercur. in marg. - post aâXtora addit Yander Linden 6 •kvsuo&v. - Cette addition a été faite par Yander Linden , sans doute à l’exemple de Cornq- rius, qui, dans sa traduction, ajoute le poumon. Nul manuscrit ne donne cette addition. — 21 Le texte est ici très altéré, et il est difficile de le res¬ taurer avec sûreté. Les éditions et les imprimés varient beaucoup dans ce passage. Yoici les diverses leçons: Foes a : Où yàp âv tv sv xotXtÿ svÿ tg uyeiv* de l’ancienne médecine. 629 les lèvres en les allongeant et en les comprimant , et ypus aspirerez tout ce que vous voudrez, surtout si vous ajoutez un tuyau. De même , les ventouses , qui , larges au fond , se rétrécissent vers le goulot , ont été imaginées pour attirer les humeurs hors des chairs. Il en est ainsi de beaucoup d’au- très choses. Parmi les organes intérieurs du corps, une consti¬ tution et une forme de ce genre ont été données à la vessie , à la tête et à l’utérus. Et manifestement ce sont les parties qui aspirent le plus , et elles sont toujours pleines d’un li¬ quide qu’elles ont attiré. Les organes creux et déployés rece¬ vraient mieux que tout autre les humeurs affluentes ; mais ils ne pourraient attirer aussi bien. Les organes solides et ar¬ rondis n’attirent ni ne reçoivent ; car le liquide coulerait tout autour, sans trouver de heu qui l’arrêtât et le retînt. Les or¬ ganes spongieux et lâches , tels que la rate , le poumon et les mamelles , placés près des liquides , les absorberaient , et ce sont surtout ces parties qui se durciraient et se gonfleraient par l’afllux des humeurs; car les humeurs ne seraient pas dans la rate comme dans un viscère creux qui les renferme¬ rait dans sa capacité même et les évacuerait chaque jour. Mais, lorsque la rate aurait absorbé et reçu dans son inté¬ rieur le liquide, les vides, les spongiosités et les petits inter¬ stices se trouveraient remplis , et , de poreuse et de molle qu’elle était , elle deviendrait dure et dense ; car elle n’est apte ni à la coction , ni à l'émission des humeurs. Or, cela lui ar- ts z;zçdyzi aùrsx r, xotXîr, zb ù^pcv; ce qui est inintelligible; la traduc¬ tion de Foes ne l’est pas moins : Neque enim si in ventriculo humor insit, eumque foris contineat etsingulis diebus evacuatur.L’édition d’Alde est tout- à-fait semblable, si ce n’est qu’il y a une virgule après ïupts'xsi ; quelques manuscrits ont un point. Les manuscrits 214-1, 2253, 2145, 2142, 2141, ont : Où ■yàp ccv ry sv xciXir, £v f, zb ùqpôv zE,o> ts Tzzzdyt'. adzzr, r, /-c-iÀ’.r, sv x zo oypo'v. Les manuscrits 21 43 et 21 40 y sont conformes , si ce n’est que le premier n’a pas ts, et que le second a zk au lieu de ts. Ces diverses le¬ çons ne peuvent non plus se comprendre. L’exemplaire de Severinus, que Foes cite dans ses variantes , avait : Où yis 5v z~i r xstîiv; sv r. ts Crypsv 630 de l’ancienne médecine. C7rXr(vt, wcrrrep Iv xo-.Xtr] Iv ? to ôypov, gjw te -epi^oi aS-nr] ^ xodur, xal 1 gaXtCotx’ eMxaô’ éxacr^v » -^aÉpr.v • a)X 3 arav tcitj xal oÉ^Tai 4 aO-roç 5 le, Ioiutov to &ypov, Ta xsvà xal apatà 6 , xal toi craixpà 7 iràvTa, xal avTt| * àpatoü te xal p.aX0axou axXr.poç ir. ivf to ûvpov, iÇa te ^Ep-.Éyr, cvjtt, r, xoûSy. Ce manuscrit, comme l’exem¬ plaire de Severinus , omet les mots to ô-ysôv qui terminent la phrase dans les imprimés, et iv ■$ to ûYpôv qui la terminent dans les autres manuscrits. Ainsi aucun manuscrit ne donne une leçon qui satisfasse ou que l’on puisse restaurer avec une pleine sûreté. Toutefois, le sens , à l’aide de ce qui précède et de ce qui suit, se laisse pénétrer, et c’est là ce qui doit servir de guide dans l’emploi qu’on peut faire de la multitude des variantes qu’of¬ frent ici les manuscrits. En effet, Hippocrate veut dire que les tissus spon¬ gieux et aréolaires ne sont pas comme les viscères creux qui enveloppent les liquides et se vident chaque jour, mais que , lorsque les humeurs en ont rempli les vacuoles, ils deviennent durs et denses, attendu qu’ils ne sont pas conformés pour expulser les liquides. Le sens est très certain mal¬ gré l’incertitude du texte. D’abord remarquons que, dans le second membre de phrase, les mots to ûypôv du texte de Foes, £v f, to û'j’pov des autres ma¬ nuscrits, sont nés de la répétition du premier membre de phrase; on peut donc les retrancher. Cela fait, le texte est un peu débarrassé, mais la cor¬ rection n’est pas encore facile , et il faut surtout se laisser guider par le sens.De plus, remarquons une particularité, c’est que le manuscrit 2253 a un mot, «oîr£p,dont il faut sans doute tenir compte dans la correction, et qui m’a suggéré la conjecture que j’ai admise dans le texte : Où Yàp iv iv crrXr.vt MGïTsp £v xoOXri xtX. Cette correction a le grand avantage de justifier, dans les lignes suivantes, plusieurs pronoms et adjectifs masculins, ccùtc;, io>u- tov, oxXrppç, vrjy.v'o;, lesquels ne. se rapportent à rien et forment solécisme si l’on n’admet pas une correction analogue à celle que j’ai admise : l’intro¬ duction de quelque nom masculin me semble nécessaire. Nous n’avons que deux copies primordiales du traité de Y* Ancienne médecine , l’une re¬ présentée par le manuscrit 2253, l’autre par les autres manuscrits et par nos éditions : je suppose que l’altération est venue dans la première copie, par l’omission èv .r,vi, et dans la seconde par l’omission de tout ce qui $e trouvait entre les deux £v , c’est-à-dire de £v crrlr.vi & srzzf. Je sais que tout cela est conjectural, et l’étude jdes manuscrits m'a appris qu’ils four- DE l’aNCIENNE MÉDECINE. ( vive à cause de sa figure. Tout ce qui est cause que l’air s’en¬ gendre et tournoie dans le corps , produit naturellement du bruit et des murmures .dans les parties creuses et spacieuses , telles que le ventre et la poitrine. Car, lorsqu’il ne les rem¬ plit pas de manière à devenir immobile et qu’il a de l’espace pour changer et se mouvoir , il faut nécessairement que les mouvements et le bruit se voient et s’entendent. Par la même cause , les organes qui sont charnus et mous , éprou- nissaient parfois des restitutions que rien n’aurait pu faire deviner; d’autant plus que nous ne sommes pas sûrs qu’il n’y ait pas ici une lacune. Mais, dans tous les cas, ma conjecture est conforme au sens qu’exige le contexte, et, dans un passage aussi désespéré, cela suffit pour la justifier. 1 in marg. i*aX%£ t, 24 43. - ga-fioir 2U2, 2141 , 2444, 2140. - ito 2253, - vulg. - Zving. in marg. - èçoyi £«to cod. S. ap. Foes. - On lit dans le Glossaire de Galien, p. 466,Ed. Franz. : â’aXtÇoiTO, èxx evgIto. Foes a imprimé eia^^ctTo; mais il remarque que l’explication de Galien doit être rapportée à ce mot, et que, par conséquent , il^faut lire ÈçaX tÇo’.ro. L'observation de Foes est confirmée par l’annotation du manuscrit 24 43, qui a mis en marge le verbe ex¬ pliqué par Galien. Dans ce cas-ci, comme dans beaucoup d’autres, la glose ctro ou iE,cyx%CL70 a expulsé la véritable leçon. — * r.uipav 24 44, corr. al. manu. — - 3 or’ àv 2253. - ?r, pro -mr, 2440, 2442, 2445, 2445, 24 44 , 24 44. — 4 airb è; ia-jTÔ 2253. - Cette leçon parait être une tenta¬ tive de correction faite par le copiste, qui, ne trouvant pas de nom masculin auquel ces pronoms se rapportassent, les a changés en neutres. Mais celte correction était insuffisante; car il a laissé subsister, une ligne plus bas , cstXnpoç etirjxvo;, au sujet desquels la difficulté se représente. Ce sont ces masculins qui donnent une grande probabilité à la conjecture par laquelle j’alintroduit yjâpc.'..TCaiüaa 19 ôs u7roosyou.svr1 auçsxat xs xat IcyypozlpYi ytvsxat , xat 20 ôpaa adXttxa xrpoç xo dvxttraïov. Ata Bï xàjv àTraXoTTjxa xat xtjv lvatu.dtr,xa ou Suvaxat avsu tcovcov sîvat , xat 21 otà xauxaç xàç Ttpocpdatxç oouvat xs oçuxaxai xai ituxvoxaxat itpoç xouxo 22 xo ywptov ytvovxat, 23 exTru^aatd xs xat outxaxa — 1 Les manuscrits varientsur la lecture de ce membre de phrase : 2140, 2255, 2143, 2141, 2145, 2142, 2144 ont on, variante qui ne vaut rien. 2253 a 5n yào àv , r,v t/.r, à“o— Àvipuôx ; leçon qui est très bonne ; mais je n’ai pas eu de raison pour la substituer au texte vulgaire. — 2 ouGXÎvai 2145. — 3 2255. - I^st vulg. et al. codd. - Le subjonctif est ici néces¬ saire. — 4 2255 -xtvTffîtî vulg. et al. codd. — 5 xat om. 2253. — 6 ôoat 2253. — 7 TGteÛTOtst 2255. - vâpxa? 2145, 2145, 2140, 2141, 2142, 2144, 2255. - vapxvi 2255.— 8 a pro cia 2140, 2255, 2145, 2141, 2145, 2142, 2144. — 9 Ce passage est un de ces endroits altérés où les manuscrits ne fournissent aucune bonne leçon. 2253 a tÿctv sktg- cçotyîai. L’exemplaire de Severinus cité dans Foes a xaïç â—caçayetot; le texte vulgaire et les autres mss. ont xctctv à— caçaysïct. Evidemment , aucune de ces leçons n’offre un sens convenable. Mercuriali a mis dans son éditipn i-ccça-j ÿE MÉDECINE. 633 vent des stupeurs et des obstructions , comme il arrive dans les apoplexies. Quand l’air intérieur rencontre sur son pas¬ sage un organe large, et vient s’y heurter, et quand cette partie , n ayant naturellement ni assez de force pour résister à la violence et n’en souffrir aucun dommage , ni assez de mollesse et de laxité pour céder à l’air et obéir au cboc , est , au contraire, tendre, serrée, pleine de suc et de sang, comme le foie , alors , à cause ;de sa largeur et de son tissu serré , elle résiste, loin de céder. L’air intérieur, s’augmentant et se forti6ant par la résistance , fait principalement effort contre l’obstacle. A cause de sa mollesse et du sang qui le remplit, l’organe ne peut qu’en souffrir; aussi est-il exposé aux douleurs les plus aiguës et les plus intenses , avec sup¬ purations et toutes sortes d’abcès. Ces mouvements se font aussi ressentir au diaphragme avec force, mais beaucoup — pôç iauTÔ «vtmtïot. Foes et les autres manuscrits ont xxî n ttoo; xùtô àvnrsin:. Le texteîvulgaire n’est pas tout à fait satisfaisant : 1 ° parce que dans ce texte ocutô se rapporte à çûox et i'izü.r.u.xzx , et Hippocrate, quand il en parle, amis plus haut les pronoms au pluriel, G-’ aù—'wv ; 2° parce que z\ , qui, dans ce cas, se rapporte à îîXxtsï et àvrtxetuivtù , me paraît surabondant. La leçon de 2255 serait sans reproche, si Ixutô se rapportant à çîizx et ànvXr.axzx, n’était sujet à la même objection que aÙTo. Je pense donc qu’il faut omettre -n avec 2255, admettre aürb avec les autres mss, le faire rapporter à îïXxTst et àvnxetoév© , et prendre çüox et i'iiù.T.u.a.-a. pour le sujet de xrz'-x\. r. om. Aid. — 13 sov ur'rs 2255. - avs^eaflai tt,v 2253. - fütx; supr. fitr; gloss. 2144. — 15 xaxcrx0slv 2145. — 16 ôttc- $£ ïÇxi 2145, 2140, 2255, 2145, 2142, 2141, 2144. — r7 Sè 2255, pro zz quod hab. vulg. et al. codd. - T£0r,Xbv 2140, 2143, 2141, 2144. — 18 âv0îffTXTat , èvavrtcÜTOt sup. av0. gloss. 2144. — 19 o% èmyof/dyn 2253. Gîte p^cusvn Vander Linden. • — 20 2pu.su 2140, 2255, 2145, 2145, 2142. - àvrtTrsov 2255. àmëaïvov, ày-nxpcÿsv supr. àvriîr. -gloss. 2144. — 21 &xt aura; 2141. — 22/rô in 2255, 2140, 2255, 2145, 2145, 2142, 2141, 2144 ; om. in vulg. - îrp. xa.zoüzo pv. Zving. et Heurniusin marg. — 23 zu.mjr.ii.xza. 2255. - èx-Xt.u.xtx Aid. 634 de l’ancienne médecine. TrXsîffTa. lèverai Ss xa: ’ u~o tppsvaç ia'/y^oiq, fycov os xoaXov 2 èiaradiç f/iv yàp ©psvwv ?rXaTe«i xat avrixetu. svrj , ouffi? Ss 3 vsu- pojSc.crspr] ts xai ïayuporspr, , Si b ^ffcov 4 I— coSuva £ toj acoparoç etosa ; t/c'jcr. orpbç àXXxXcuç. Les traducteurs ont rendu soxsç. On voit, outre des différences de dialecte , qu’il n’a pas ôcr^sp , qu’il lit eîpTTOt au lieu d’etpsarot, qu’il ajoute xol après Etpr/rat et qu’il a tt,v GVfp ivstxv au lieu du pluriel. Je pense que , sans recourir à des restitutions conjecturales ( moyen que je redoute et dont je ne fais usage qu’en désespoir de cause), il est possi¬ ble, à l’aide du manuscrit 2253, d’avoir une leçon qui ne fait aucune vio¬ lence au sens et qui, sans doute, n’est pas éloignée du texte primitif. Pour cela, je supprime seulement woîiEp, j’admets xai devant rà?au*pj£ve,-a« etJe regarde èoxs el7f£P ^ ï^uxu'’ » ys 7ravTtùv * î-itr^stôraTO?. 4 05to>; , s? Ttç Suvaixo Çr.r&ov I?oi0£v èwtTuyjravsiv , 5 ouvaix av TavTcov IxXsyeaflat <»£l 6 TO PsXtuttov • BsXtkttov Se 7 sort to xposcoTaTü) tou 8 àvc-t-rr^siou 2144, 2145, 2142, 2141, 2145, 2140, 2255. - 6 om. xulg. — 21 à-.smr.TS'Sio; 2144. 1 npcoçsptov 2140, 2255, 2t45, 2145, 21 42.- irpoçspwv 21 4! , 2144. - r, ïrpcGçopoç cod. S. ap. Foes. - ïrpoTçsptov cod. F. ap. Foes. — -npo- c popwv Aid. -£?•/; (&âXisXTi