3o

BIBLIOTHEQUE FRANÇAISE

MOYEN AGE IV

-^ u

u

9'

-t.;

ALEXANDRE LE GRAND

DANS

LA LITTÉRATURE FRANÇAISE DU MOYEN AGE TOME PREMIER

TEXTES

I OvJ

ALEXANDRE LE GRAND

DANS LA

LITTÉRATURE FRANÇAISE

DU

MOYEN AGE

PAR

PAUL MEYER

MBMBRK DE l'iNSTITUT

TOME PREMIER

TEXTES

PARIS

F. ViEWEG, LIBRAIRE-ÉDITEUR v 67, Rue de Richelieu, 67 1886

AVANT-PROPOS

['ouvrage en tête duquel parait cet avant- I propos a été commencé en 1806. Le premier volume, contenant les textes, était imprimé, moins le glossaire, en septembre 1870, lorsque Paris fut séparé, pour cinq mois et demi, du reste du monde. Le second volume, consacré à l'histoire de la légende, fut mis sous presse en 1 877 et l'impression n'en a été terminée que cette année.

Si je fais pan au lecteur de ces circonstances, c'est moins pour excuser que pour expliquer certaines in- conséquences qu'il eût été facile d'éviter dans un ou- vrage composé et imprimé sans interruption. C'est aussi pour qu'on ne soit pas surpris de voir cités dans les dernières pages de l'Histoire de la légende d'Alexandre tels livres récents dont je n'aurais pas manqué de faire usage dès le commencement, s'ils i- a

Il ALEXANDRE LE GRAND.

avaient été publiés lorsque les premiers chapitres de mon livre ont été imprimés.

Les motifs du retard insolite qu'a subi ma publi- cation sont de nature privée et n'intéressent pas le lecteur. Toutefois, parvenu enfin au terme d'un la- beur qui a été pénible autant que prolongé, je ne puis me dispenser de faire connaître le but que je me proposais à l'origine, et d'expliquer comment je me suis vu peu à peu obligé de modifier mon plan pri- mitif, l'étendant d'abord, puis le restreignant à la me- sure de mes forces.

Lorsque je me mis à l'œuvre, en 1 866, les seuls monuments de la légende d'Alexandre en France qui fussent publiés étaient le fragment du roman pro- vençal ou plutôt dauphinois mis au jour en 1856 d'après un manuscrit de Florence par M. P. Heyse, et le roman français en vers de douze syllabes édité en 1846 par M. H. Michelant. Mon intention était de faire connaître en entier ou par extraits quelques mo- numents français de cette même légende qui, jusque- là, étaient demeurés inédits ou même inconnus. C'est l'œuvre à laquelle est consacré mon premier volume. Et si ce tome premier commence par un texte qui n'était point inédit, le fragment de Florence, c'est parce que le poème en vers décasyllabiques qui vient

AVANT-PROPOS. tll

ensuite est en partie le développement du texte con- servé par le ms. de Florence ; de sorte que le second des documents publiés appelait presque nécessairement le premier. En tète de cette série de textes je comptais placer une introduction d'étendue moyenne, dans laquelle j'aurais étudié chacun des morceaux du recueil et essayé d'indiquer la place qu'il occupait dans l'en- semble de la vaste littérature qui s'est formée au moyen âge autour de la figure du grand conquérant macédonien. Le tout aurait formé un juste volume.

Mais, dès le principe, je reconnus qu'il était impos- sible d'apprécier la valeur et surtout le degré d'origi- nalité des poèmes romans sur Alexandre, sans d'abord s'être rendu compte de ce que la tradition (tradition écrite bien entendu, et n'ayant rien de populaire), avait fourni aux auteurs de ces romans. Et de dé- coulait l'obligation d'étudier les récits latins relatifs à Alexandre qui ont eu cours au moyen âge.

Ce n'est pas tout : les morceaux dont se compose mon recueil se rattachent par des liens variés à di- verses compositions que je n'avais point d'abord l'in- tention d'étudier à fond. Mais je ne tardai pas à me convaincre que, pour assigner sa vraie place dans l'ensemble de la légende a chacun des textes que je publiais, il était indispensable d'entreprendre le même

IV ALEXANDRE LE GRAND.

travail sur ceux que je ne publiais pas. Et tout d'abord je dus chercher à me former une opinion sur la ma- nière dont s'était fait le grand roman d'Alexandre en vers de douze syllabes. Trois auteurs au moins (Lambert le Tort, Alexandre de Paris, Pierre de Saint-Cloud) y étaient nommés : qu'avait fait chacun d'eux .'* Dans quel ordre s'étaient-ils succédé ? A quelle époque avaient-ils vécu .? A quelles sources avaient-ils puisé t Ce vaste roman, pour avoir été publié dès 1 846, n'avait pas encore été l'objet de recherches critiques. Tout restait à faire, et l'édition même que nous en pos- sédons était loin d'offrir aux recherches une base suf- fisante. Il m'a donc fallu écrire deux longs chapitres, les plus longs de tout l'ouvrage ', sur un poème qui ne faisait pas partie de ma collection. Par suite, j'ai été amené à traiter aussi, bien que sommairement, des continuations qui ont été ajoutées à ce même poème depuis la fin du xii^ siècle jusque vers le milieu du XIV®. Puis il a fallu parler des romans en prose qui se rattachent, les uns aux vies latines d'Alexandre, les autres au grand roman en alexandrins, besogne fasti- dieuse mais nécessaire. Enfin il n'était guère possible de passer sous silence les ouvrages variés, latins et

I. Chap. vil et vm, pp. 1J2-25J.

AVANT-PROPOS. V

français, romanesques et historiques, dans lesquels la légende d'Alexandre tient une place plus ou moins importante.

C'est ainsi qu'au lieu d'une simple introduction, je me suis vu entraîné à écrire tout un livre dont le sujet est Phistoire de la légende d'Alexandre dans la littéra- ture latine du moyen âge et dans la littérature vulgaire de la France. Je dois même avouer que lorsque les premiers chapitres ont été mis sous presse, mon am- bition était d'embrasser dans mes recherches l'en- semble des littératures romanes'. L'Italie et l'Espagne auraient fourni la 'matière de deux chapitres assez courts, qui se seraient reliés par de nombreux points d'attache aux chapitres précédents. Toutefois, mon but principal étant atteint et ne voulant plus retarder une publication depuis si longtemps annoncée, je me suis arrêté après avoir suivi en France la légende d'Alexandre jusqu'au moment elle s'évanouit au contact de la Renaissance.

Ainsi limité, le sujet était encore assez vaste pour qui voulait le traiter à fond en toutes ses parties, et je ne me flatte pas de l'avoir épuisé. Il est des ques-

I . C'est ce qu'indique le titre de départ : Histoire de la légende d'Alexandre dans les pays romans.

VI ALEXANDRE LE GRAND.

lions qui ne se laissent point aborder sans que, par un long travail préliminaire, on en ait préparé la solution. Ce travail, on n'a pas toujours le loisir de le faire. Lorsque j'ai voulu me rendre compte de la compo- sition du roman en alexandrins, je me suis aperçu que l'édition unique de ce poème, étant faite d'après un manuscrit médiocre et ne tenant aucun compte des autres copies, ne me fournissait pas les éléments dont j'avais besoin. Il m'a donc fallu passer en revue tous les manuscrits du poème, rechercher les particularités de chacun d'eux, en un mot faire une très longue étude préparatoire pour assurer des résultats qui sont dans mon livre indiqués en quelques pages'. Une compilation historique, qui s'étend du commencement du monde au temps de César, contient une vie assez légendaire d'Alexandre. Une autre compilation, connue sous le nom de Fait des Romains ou de Livre de César, nous offre une version fort intéressante de Vlter Alexandri Magni ad Paradisum. On ne savait rien de ces deux compilations. Force m'a donc été, pour être en état d'en parler avec quelque compétence dans mon livre, de les étudier en un mémoire spécial - qui

1 . Mon examen des mss. du roman d'Alexandre occupe les pages 21} à 3J2 du t. XI de la Romania, et il y aura un supplément.

2. Publié cette année même dans la Romania.

AVANX-PROPOS. VU

m'a coûté plusieurs mois de travail. Voilà donc deux points sur lesquels il m'était impossible d'exprimer une opinion sans entreprendre au préalable des re- cherches tout à fait hors de proportion avec le but à atleind;*e.

Les critiques reconnaîtront sans peine que ces deux points n'étaient pas les seuls qui eussent besoin d'être préparés par de longs travaux préliminaires. Mais s'il m'avait fallu faire tous ces travaux, le présent livre n'aurait jamais paru.

Ce n'est pas à dire que le sujet dont j'ai essayé de traiter aussi complètement que possible une partie bien circonscrite soit entièrement nouveau. Bien au con- traire : plusieurs érudits s'y sont appliqués avant moi, parmi lesquels plus d'un a su faire preuve d'érudition et de critique, mais peut-être est-ii permis de penser qu'en général, trop exclusivement préoccupés d'ana- lyser et d'apprécier les documents de la légende connus de leur temps., ils ne se sont pas aperçus que ces documents demeuraient en quelque sorte isolés les uns des autres, et que, pour les relier entre eux, il fallait d'abord en étudier la constitution et en re- trouver les sources.

Le premier qui se soit proposé d'étudier dans son ensemble la légende d'Alexandre . est le genevois

Vm ALEXANDRE LE GRAND.

Guillaume Favre ', qui, en 1818, publia dans la Bi- bliothèque universelle de Genève un article remarquable sur l'édition de Julius Valerius par Mai. Plus tard et à diverses reprises il remania et étendit son premier travail qui fut publié après sa mort ^ dans l'état encore imparfait il l'avait laissé. Les Recherches sur les histoires fabuleuses d'Alexandre le Grand (tel est le titre du travail de Favre dans cette édition posthume) sont encore l'œuvre la plus complète et la plus sage que nous possédions sur ce sujet, bien que certaines par- ties, n'ayant pas reçu leur rédaction définitive, soient représentées par de simples notes mises bout à bout. Mais le plan même suivi par l'auteur indique qu'il ne s'est pas rendu un compte exact du développement historique de la légende. Passant en revue les di- verses littératures dans lesquels il existe des romans d'Alexandre, il commence par les Persans et les Turcs, tandis que les Grecs, chez qui se trouve le point de départ de la légende , ne viennent qu'en troisième lieu. Des Grecs il passe aux Moldaves, aux Arméniens et aux Arabes, qui se trouvent assez mal-

I . Favre naquit à Marseille, mais d'une famille genevoise, et il revint à vingt-deux ans s'établir à Genève.

i. Dans le tome II des Mélanges d'histoire littèrnitc. publiés par J, Adert. 1856, deux vol. in-8.

AVANT-PROPOS. IX

heureusement séparés des Persans, et il arrive enfin aux Latins. Ses recherches sur Julius Valerius et sur- tout sur VHistoria deprdliis sont maintenant bien arrié- rées. Il passe ensuite aux Hébreux et aux Samaritains pour arriver aux Provençaux , sur lesquels naturelle- mei\J il n'a que peu de chose à dire , puisque de son temps on ne connaissait pas le fragment découvert à Florence en 1856, qui paraît appartenir au domaine provençal. Le chapitre qui vient ensuite est consacré à la légende d'Alexandre dans la littérature française. C'est un mélange d'hypot4ièses et d'erreurs, et ce ne pouvait être autre chose, puisque Favre ne connaissait guère que les titres des ouvrages dont il avait à trai- ter. Les chapitres suivants sont consacrés aux romans espagnols, italiens, allemands, anglais et Scandinaves.

Il y a du moins chez Favre un louable effort en vue de faire connaître les récits fabuleux en toutes langues qui ont été consacrés à Alexandre, et il serait excessif de lui reprocher de n'avoir connu que de se- conde main et par des indications souvent erronées des ouvrages qui de son temps étaient inédits plusieurs le sont encore maintenant ' et qui de toute façon étaient inaccessibles à un homme qui n'était pas paléographe.

Il est permis d'être plus sévère pour]; Graesse qui. dans la partie de son histoire littéraire universelle in-

X ALEXANDRE LE GRAND.

titulée Die grœssen Sagenkreise des Mittelalters (Dresde et Leipzig, 1842), a consacré à l'histoire fabuleuse d'Alexandre une vingtaine de pages (pp. 435-456) Pon peut recueillir beaucoup de titres de livres, mais non point la notion de ce que contiennent ces livres, et beaucoup moins encore une idée tant soit peu nette du développement de la légende.

La matière de tous les romans venant originairement du Pseudo-Callisthènes grec, et n'ayant été portée en Occident que par des versions latines, on conçoit que toute étude sur la légende d'Alexandre dans les litté- ratures occidentales doit être précédée de recherches sur le texte grec et sur les versions latines du Pseudo- Callisthènes. Cette idée, assez élémentaire, paraît s'être présentée à l'esprit de Berger de Xivrey, auteur d'une « Notice sur la plupart des manuscrits grecs, « latins, français, contenant l'histoire fabuleuse « d'Alexandre le Grand connue sous le nom de « Pseudo-Callisthene », qui parut en 1836 dans le tome XIII des Notices et extraits des manuscrits publiés par l'Académie des Inscriptions. Ceux qui ont connu Berger de Xivrey lui-même, ou parcouru quelqu'un des nombreux travaux de cet érudit laborieux, mais peu éclairé, apprendront sans étonnement qu'il n'y a aucun profit à tirer de la lecture de cette notice. La

AVANT-PROPOS. Xf

prétention qu'exprime l'auteur de faire connaître « la « plupart des manuscrits grecs, latins et en vieux « français contenant l'histoire fabuleuse d'Alexandre », n'est rien moins que justifiée. En fait de manuscrits français il n'a cité que des rédactions en prose (dont il n'a du reste pas su reconnaître les sources) ; quant aux rédactions en vers, qui sont plus anciennes, il ne paraît pas en soupçonner l'existence. Pour les ver- sions latines, il n'est pas même parvenu à les caracté- riser d'une façon tant soit peu précise. Les textes grecs, latins et français qu'il cite, étant choisis sans méthode, ne peuvent conduire à aucune conclusion.

Le mémoire de Frocheur, publié en 1847 dans le Messager de Gand sous le titre de Histoire romanesque d^ Alexandre le Grand, ou recherches sur les différentes versions du Pseudo-Callisîhène, à propos d'un manuscrit de la Bibliothèque royale de Belgique, ne contient rien d'original, sinon la description d'un ms. richement enluminé renfermant la version française de VHistoria de prdliis . Le reste n'est guère qu'un résumé des recherches antérieures sur la légende d'Alexandre.

Le premier travail vraiment critique qui ait été con- sacré aux plus anciens monuments de la légende

I. Voy. le présent ouvrage, II, joj, note 2.

Xn ALEXANDRE LE GRAND.

d'Alexandre, est celui que M. Zacher a publié en 1867 sous le titre de Pseudo-CalUsthenes : Forschungen zur Kritik und Geschichte der sltesten Aufzeichnung der Alexandersage (Halle, 1867, in-8^. Je me suis assez servi de cet ouvrage dans les premiers chapitres de mon livre pour pouvoir me dispenser d'en parler lon- guement ici '. Je me borne à rappeler que M. Zacher, mettant à profit les travaux de Ch. Mûller sur le texte grec du Pseudo-Callisthènes, a augmenté et précisé les notions acquises sur les manuscrits de cet ouvrage ; qu'il a fixé, par une observation ingénieuse, sinon d'une manière absolument certaine, la date de la ver- sion latine de Julius Valerius^, qu'il a étudié avec cri- tique les autres versions anciennes du Pseudo-Callis- thènes, nous fournissant le moyen de reconstituer avec vraisemblance la forme la plus ancienne du roman grec original, et enfin donné de cet ouvrage une ana- lyse critique très bien faite, il est tenu compte des variantes souvent considérables qu'offrent les diffé- rentes versions. Quelques erreurs et quelques lacunes, tout excusées par la difficulté d'obtenir sur chaque point des renseignements exacts, n'empêchent pas le

K Voyez d'ailleurs le compte-rendu que j'en ai publié dans la Revue critique du 5 février 1867.

2. Voy. Histoire de la légende d'Alexandre, p. lo.

AVANT-PROPOS. XIll

travail de M. Zacher de tenir facilement le premier rang entre les ouvrages que nous possédons sur le même sujet. Qu'il me soit permis de regretter que d'autres occupations et une santé chancelante empê- chent M. Zacher de terminer et de mettre au jour les résultats de recherches sur l'ensemble de la légende d'Alexandre qui ont été commencées il y a plus de quarante ans.

Le plus récent des travaux dont la légende d'Alexandre prise en son ensemble a été l'objet est celui que M. Grion, professeur à Padoue, a publié en 1872 comme introduction à une édition de l'ancienne tra- duction italienne de VHistoria de prdiis ' . Contrai- rement aux vraisemblances, ce travail,, s'il est le plus récent, est aussi le plus mauvais. Je n'hésite pas à dire qu'il est, non pas relativement, mais absolument mauvais. C'est un tissu d'erreurs et d'absurdités qui commencent dès le titre, le texte édité est donné comme traduit du français, tandis qu'il est évidem- ment traduit directement de VHistoria de l'archi-

I. / nobili fatti di Atessandro magno, Tomdmzo storico tradotto dal francese nel buon secolo, ora per la prima volta pubblicato sopradue codici Magliabechiani per cura di Giusto Grion. Bologna, 1872, cLXXi-295 pages (fait partie de la ColUzione di opère inédite 0 rare. . . pubblicata per cura délia R. commissione p^ testi di lingua nelle provincie dtW Emilia),

XIV ALEXANDRE LE GRAND.

prêtre Léon. Un exemple montrera à quelles rêveries se laisse entraîner l'auteur de cet ouvrage. L'archi- prêtre Léon, qui rapporta de Byzance et traduisit un manuscrit du Pseudo-Callisthènes grec, aurait été, à en croire M. Grion, l'objet de bien étranges méta- morphoses. C'est lui qu'il faudrait reconnaître dans l'Alberic de Besançon [von Bisenzun) que le poète alle- mand Lamprecht a imité. Bisenzun, c'est Byzance ! Lambert le Tort, l'un des auteurs du poème français, n'est autre, sous un nouveau déguisement, que l'ar- chiprêtre Léon, Car Léon était de Naples, ou du moins de l'Italie méridionale ', et Lambert aussi. La preuve, M. Grion la trouve dans les vers même Lambert est nommé. En effet, dans le poème fran- çais, Lambert est qualifié de « clerc de Casteldun » et Casteldun pour M. Grion, c'est Casîel dell^uovo, cette forteresse bâtie sur une presqu'île qui est comme la sentinelle avancée de Naples ! N'insistons pas plus longuement sur ces faiblesses.

On peut voir par ce rapide aperçu des travaux de mes devanciers que l'histoire de la légende d'Alexandre était encore à faire. Obligé par les conditions dans

I. Voy. ci-après, II, 36.

AVANT-PROPOS. XV

lesquelles se présentait le sujet d'attribuer plus d'es- pace aux recherches critiques qu'à l'appréciation des ouvrages passés en revue, je crains de n'avoir pas mis suffisamment en lumière les tendances de la lé- gende à ses différentes époques. Aussi me paraît-il utile d'indiquer brièvement ici certaines idées géné- rales qui ne rassortent pas assez de mon exposition surchargée de détails.

Dans sa première forme, à Alexandrie, la légende telle que nous pouvons nous la représenter, à l'aide du plus ancien texte grec et des premières versions, a pour objet évident de rattacher Alexandre à l'Egypte et d'en faire un héros proprement égyptien, en lui donnant pour père un roi d'Egypte. On peut douter que l'idée essentielle du roman grec soit véritablement populaire: ici, comme en beaucoup de cas, la légende peut bien n'être qu'une invention personnelle tombée peu à peu dans le domaine commun. Plus tard, à Constantinople et bientôt en Orient et en Occident, le roman égyptien est accepté et goûté, non pas à cause de son idée première, l'origine égyptienne du héros, mais simplement parce qu'il offrait en abondance ces récits merveilleux auxquels se plaisaient des lecteurs chez qui le sentiment littéraire et le jugement allaient toujours en s'afïaiblissam. Introduites en Occident par

XVI ALEXAND LERE GRAND.

la version deJuIius Valerius, par la Lettre latine à Aris- tote, plus tard par VHisîoria depr^Uisde Léon, les fables du Pseudo-Caliisthènes obtinrent dans tout le monde latin un succès qu'on peut dire sans précédent. Je n'ai pas fait le relevé des manuscrits de VEpiîome de Va- lerius et de la Lettre à Aristote qui nous sont par- venus, mais je suis porté à croire qu'on en pourrait compter plus de cent. Et quant à VHisîoria de pmliis, des recherches pourtant très incomplètes m'ont permis d'en énumérer plus de soixante exemplaires. Ce n'est pas seulement par l'amour du merveilleux qu'on peut expliquer un succès aussi extraordinaire : il n'y a pas de doute qu'en Occident les fables du Pseudo-Callis- thènes ont été prises pour de l'histoire réelle. S'il en était autrement, on ne s'expliquerait pas qu'elles aient pris place au xii^ siècle et au xiii^ dans des compi- lations véritablement historiques. Non qu'il ne se soit élevé quelques protestations tacites : j'ai consacré un chapitre à l'élude d'une histoire d'Alexandre (la com- pilation dite de Saint-Alban) faite presque uniquement à l'aide de morceaux empruntés aux historiens de l'antiquité. Mais cet ouvrage a été peu répandu : il n'a point fait obstacle à la diffusion des récits fabu- leux. Et si VAlexandreis de Gautier de Châtillon a eu plus de succès, elle le doit moins à son caractère pu-

AVANT- PROPOS. XVU

tement historique qu'au mérite de sa versiftcation, qui lui assura l'accès des écoles. Certes le succès si dif- férent de la fable et de la vérité est un fait à noter pour rbisioire de la critique au moyen âge.

L^histoire fabuleuse d'Alexandre était donc lar- gement répandue dans le monde des clercs lorsque les romanciers s'en emparèrent et entreprirent de la mettre à la portée de la classe nombreuse de ceux, qui n'entendaient pas le latin. Cest vers le milieu^ peut- être même dans la première moitié du xu^ siècle qu^un poète roman, qui paraît avoir été originaire du sud-est de la France, introduisit avec éclat la légende d'A- lexandre dans la littérature vulgaire. Le nom de ce poète, transmis d'une façon probablement peu cor- recte par un rimeur allemand du moyen âge, nous est a peine connu ' , et de son œuvre même nous ne pos - sédons que les 105 premiers vers transcrits sur les dernières pages d'un Quinte-Curce de la Laurentienne, à Florence, mais sur ce court fragment nous pouvons apprécier l'importance de l'oeuvre. Et cette impor- tance est considérable. Le poème d'Alberic est un vé-

I . Alberich ou Elberkh von Bisemuriy dit Lamprccht, d'où le nom Alberic de Besançon généralement adopté, au lieu de Besan- çon, qui est inadmissible, j'ai proposé (p. 93) Briançon. On pour- rait aussi proposer Pisançon (Drômc et Hautes- Alpes).

I. b

XVIIl ALEXANDRE LE GRAND.

ritable événement dans l'histoire littéraire des nations romanes, d'abord parce que c'est, selon toutes les apparences, le premier poème roman dont le sujet ait été emprunté à l'antiquité païenne, ensuite à cause de la manière dont le sujet a été traité. Avant Alberic, la France du Nord possédait de nombreuses poésies, dont les sujets étaient empruntés soit à l'histoire na- tionale, soit à l'histoire sacrée, soit à des légendes pieuses, mais nous n'avons aucune raison de supposer qne ni Alexandre ni aucun autre héros antique eût été dès lors chanté en langue vulgaire. Le poème d'Al- beric est donc le premier d'une série considérable viendront prendre place, adaptés plus ou moins habi- lement aux goûts et aux idées du moyen âge, une longue suite de récits sur la guerre de Troie, sur celle de Thèbes, sur Enée, sur maints personnages de la my- thologie antique. On ne saurait douter que l'œuvre d'Al- beric ait été favorablement accueillie, puisque nous la voyons bientôt imitée en Allemagne par Lamprecht, et renouvelée en France sous la forme d'un poème en vers décasyllabiques. Il n'est pas téméraire de lui attri- buer une certaine influence sur le développement ulté- rieur de cette partie de la littérature romane que Jean Bodel, résumant dans un seul nom tous les sujets antiques, appelait « la matière de Rome la grande ».

AVANT-PROPOS. XIX

Voyons comment le poète a compris un sujet alors entièrement nouveau. Notons d'abord que dans les classes illettrées, à qui s'adressaient les chansons de geste, tout souvenir d'Alexandre et de ses exploits devait s'être oblitéré. C'est tout au plus si quelques- uns, pour avoir entendu exposer en chaire le début des Macchabées, pouvaient savoir qu'un roi grec de ce nom avait vaincu un certain Darius, roi des Perses et des Mèdes. C'est à ce public qu'un romancier pos- sédant une certaine connaissance du latin, pouvant lire Justin ou Orose tout aussi bien que le fabuleux récit du Pseudo-Callisthènes traduit par Julius Va- lerius, avait à présenter un héros païen dont l'histoire fabuleuse, telle qu'on la lisait en latin, ne présentait guère que des traits inintelligibles ou répugnants pour un auditoire du xir" siècle. Le procédé qu'Alberic d'abord, et bien d'autres après lui, ont employé pour exciter l'intérêt dans des conditions aussi peu favo- rables, consiste simplement à modifier profondément le personnage, de façon à le rendre acceptable et pour ainsi dire familier aux auditeurs. Alexandre, selon le Pseudo-Callisthènes, était le fils, non de Philippe de Macédoine, mais d'un roi égyptien versé dans les arts magiques et presque divin. Cette fiction qui, dans la pensée de l'auteur grec ou égyptien, ne pouvait que

XX ALEXANDRE LE GRAND.

rehausser Tillustration de celui qui en était l'objet, était au contraire déshonorante aux yeux des gens du moyen âge. On n'eût pas compris qu'un héros recom- mandé à l'admiration de tous fût bâtard. Aussi Alberic s'empresse-t-il de démentir ceux qui font d'Alexandre le fils d'un enchanteur, pour lui restituer sa naissance légitime. Il n'emprunte aux auteurs latins, véridiques ou non, qu'un petit nombre de traits; il dépouille Alexandre de toute apparence exotique, il le trans- forme et le présente comme le type du roi chevalier du moyen âge, type idéal plutôt que réel, car, s'il nous le montre habile aux exercices corporels comme tout jeune bachelier de franche origine, il a soin en même temps de lui prêter l'instruction d'un clerc.

Le même procédé d'adaptation s'observe à chaque page du poème en vers décasyllabiques qui, "en cer- taines parties, n'est qu'un libre remaniement de l'œuvre d'Alberic , mais qui en d'autres semble offrir des développements indépendants. Le récit de l'adou- bement d'Alexandre, par exemple, est purement une scène féodale, et la guerre avec Nicolas pourrait, les noms étant changés, figurer dans une chanson de geste du cycle carolingien. .

Le roman en alexandrins, dans lequel on reconnaît plusieurs mains que j'ai tenté de distinguer, refait et

AVANT-PROPOS. JCXl

continue le poème en vers décasyllabiques. Mais il innove en certains points. Il accumule les histoires merveilleuses qu'il emprunte, tout en les traitant avec libené, aux textes latins dérivés du Pseudo-Callis- thènes, surtout à Vépitome de Julius Valerius et à la Lettre à Aristote. Il est moins héroïque que les deux poèmes précédents, mais il vise davantage à exciter la curiosité, il offre aussi un trait nouveau: dans les parties que je suppose être l'œuvre d'Alexandre de Paris ou de Bernai, le héros grec est représenté comme le type de la libéralité, et pendant une partie du moyen âge la largesse d'Alexandre sera proverbiale '.

Avec le roman en alexandrins et quelques-unes de ses suites se clôt l'épopée d'Alexandre. Le Roman de toute chevalerie d'Eustache (ou Thomas) de Kent et les romans en prose, ne sont plus que des remaniements plus ou moins serviles des poèmes antérieurs ou des récits latins. Le but de ces œuvres sans originalité est de satisfaire une curiosité qu'on peut appeler histo- rique, parce que les auditeurs ou lecteurs croyaient en une certaine mesure à la réalité des événements merveilleux qu'on leur contait , et les narrateurs , du moins ceux qui puisaient à des sources latines, parta-

!. Vey. Hist. de la légende, p. n?-^-

XXII ALEXANDRE LE GRAND.

geaient peut-être cette croyance. Il a fallu pour dissi- per .toutes ces fables le réveil du bon sens et de la cri- tique, à la Renaissance.

On voit maintenant en quoi consiste l'originalité de ce qu*on peut appeler l'épopée d'Alexandre au moyen âge. Il ne faut pas, comme on la fait longtemps, la chercher dans ces merveilleuses aventures à travers lesquelles se déroule l'histoire. Entre ces aventures il en est bien peu dont nous n'ayons trouvé l'origine dans le Pseudo-Callisthènes ou dans Vlter ad Para- disum. Nos romanciers ont modifié, dénaturé si l'on veut, les éléments antérieurs : ils n'ont guère inventé. Si, pour trois ou quatre récits français, la source latine n'a pas été découverte, il n'en faut rien conclure, sinon que le vaste champ de la littérature du moyen âge n'a pas encore été totalement exploré. L'origina- lité de nos romans est tout entière dans la transfor- mation qu'a subie le héros et qui d'un roi grec en a fait un roi féodal. C'est à cette transformation que le vain- queur de la Grèce et de l'Asie a de revivre, pen- dant les siècles du moyen âge, dans la mémoire des hommes. C'est la condition malheureuse et inévitable de la célébrité d'être incompatible avec la vérité. Les masses populaires qui font les grandes renommées sont impuissantes à concevoir la variété des éléments

AVANT-PROPOS. XXIII

qui constituent la grandeur. Elles ne peuvent avoir plus d'un idéal à la fois et elles en changent souvent. De sorte que les héros ne peuvent occuper l'imagi- nation des peuples qu'à la condition de changer per- pétuellement d'aspect.

oaobre 1885.

ALBÉRIC

DE BESANCON

»it Salomon al primier pas, ^Quant de son libre mot lo clas ]Est vanitatum vaniias,

Et universa vanitas.

Poyst l'omne fraynt enfirmitas

Toyl H sen otiositas;

Solaz nos fay antiquitas

Que tôt non sie vanitas.

1. Salomon dit au premier pas, quand il fit résonner la voix de son livre : Est vanitatum vanitas et universa vanitas. Quand la maladie brise l'homme l'oisiveté lui enlève le sens ; l'antiquité nous procure des jouissances pour que tout ne soit pas vanité.

ALBÉRIC DE BESANÇON.

En pargamen nol vid escrit, Ne per parabla non fu dit Del temps novel ne del antic Nuls hom vidist un rey tan rie, Chi per batalle et per estrit Tant r£y fesist mat ne mendie 1 5 Ne tanta terra cunquesist Ne tant duc nobli occisist, Cum Alexander Magnus fist Qui fud de Grecia natiz.

r;

m.

ey furent fort et mul podent 20 rV^Et de pecunia manent; Rey furent sapi et prudent Et exaltât sur tota gent, Mais non i ab un plus valent

II. Je ne l'ai pas vu écrit en parchemin ni par parole il ne fut dit que dans les temps nouveaux ni anciens on ait vu un roi si puissant, qui par bataille et par estrif ait fait mats et mendiants tant de rois, ait conquis tant de terres, ait tué tant de nobles ducs, comme fil Alexandre le Grand qui fut natif de Grèce.

III. Il y eut des rois forts et très puissants et riches d'avoir ; il y eut des rois sages et prudents et élevés au-dessus de tous, mais il n'y en eut pas un plus vaillant que

ALBÉRIC DE BESANÇON,

De chest dun faz l'alevament. 2 5 Contar vos ey pleneyrament Del Alexandre mandament.

IV.

d;

icunt alquant estrobatour Quel reys fud filz d'encantatour

Mentent fellon losengetour; ^o Mal en credreyz nec un de lour,

Qu'anz fud de ling d'emperatour

Et filz al rey Macedonor.

Philippus ab ses pare non ; Meyllor vasal non vid ainz hom. î 5 Chel ten Gretia la région Els porz de mar en aveyron.

celui que j'exalte (?). Je vous conterai à plein du gouver- nement d'Alexandre.

IV. Certains conteurs disent que ce roi fut fils d'enchan- teur : ils mentent, les félons losengiers. A tort vous en croirez aucun d'eux, car au contraire il fut de race d'empe- reur — et fils du roi des Macédoniens.

V. Son père eut nom Philippe ; avant lui on ne vit meilleur vassal. Il tint la région de Grèce et les ports de mer à

ALBÉRIC DE BESANÇON.

Fils fud Amint al rie baron Qui al rey Xersen ab tal tenzon ;

VI,

Et prist moylier, dun vos say dir, ^„ Quai pot sub cel genzor causir,

Sor Alexandre al rey d'Epir Qui hanc no degnet d'estor fugir Ne ad envperadur servir : Olimpias, donna gentil, 45 Dun Alexandre genuit.

VII.

r;

eys Alexander quant fud naz -Per granz ensignes fud mostraz Crollet la terra de toz laz, Toneyres fud et tenpestaz,

l'entour. Il fut fils d'Amintas, le riche baron, qui avec le roi Xerxès eut une telle lutte;

VI. Et prit femme, je puis vous en porter témoignage, la plus belle qu'il put trouver sous le ciel , la sœur d'Alexan- dre, le roi d'Epire qui oncques ne daigna fuirdu combat ni servir à empereur : Olympias, dame gentille, en qui il engendra Alexandre.

VII. Quand le roi Alexandre naquit, il fut annoncé par des signes éclatants : la terre trembla de toutes parts, il

ALBÉRIC DE BESANÇON.

50 Lo sol perdet sas claritaz, Per pauc no fud toz obscuraz, Canget lo cels sas qualitaz, Que reys est forz en terra naz.

VIII.

En tal forma fud naz lo reys ^ ^ Non i fud naz emfes anceys ;

Mays ab virtud de dies treys Que altre emfes de quatro meys. Si! toca res chi michal peys Tal regard fay cum leu qui est preys.

IX.

60 çaur ab lo peyl cun de peysson, »3Tot cresp cun coma de leon ; L'un uyl ab glauc cun de dracon,

y eut tonnerre et tempête, le soleil perdit ses clartés, peu s'en fallut qu'il ne s'obscurcît entièrement, le ciel se bouleversa, car un roi fort est en terre,

VIII. Le roi naquit avec une apparence que jusqu'alors aucun enfant n'avait eue à sa naissance ; il eut plus de force à trois jours, qu'un autre enfant à quatre mois; si rien le touche qui lui pèse un brin, il lait des yeux comme un lion captif.

IX. Il eut le poil blond comme [l'écaillé d' 3 un poisson, —et tout crépu comme la crinière d'un lion ; il eut un œil glau-

) ALBÉRIC DE BESANÇON.

Et Taltre neyr cun de falcon. De la figura en aviron 65 Beyn resemplet fil de baron.

Clar ab lo vult, beyn figurad, Saur lo cabeyl, recercelad, Plen lo collet et colorad, Ample lo peys et aformad, 70 Lo bu subtil, non trob delcad, Lo corps d'aval beyn enforcad, Lo poyn el braz avigurad, Fer lo talent etapensad.

XI.

Mels vay et cort del an primeyr , , Que altre emfes del seyteneyr ;

que comme [un œil] de dragon, et l'autre noir comme [un œil] de faucon. Par l'ensemble de sa personne, il semblait bien un fils de baron.

X. Il eut le visage clair, bien formé, blonds les cheveux [et] bouclés, le cou plein et coloré, la poitrine ample et formée, le buste fin, non pas trop grêle, le bas du corps bien fourché, le poing et le bras vigoureux, la volonté fière et réfléchie.

XI. Il va et court mieux delà première année qu'un autre enfant de la septième; et il voit franc chevalier

ALBÉRIC DE BESANÇON.

E lay 0 vey franc cavalleyr Son corps présente volunteyr. A fol omen ne ad escueyr No deyne fayr regart semgleyr. 80 Aysis conten en magesteyr Cun trestot teyne ja l'empeyr.

M

XII.

agestres ab beyn affactaz, De totas arz beyn enseynaz,

Quil duystrunt beyn de dignitaz 85 Et de conseyl et de bontaz,

De sapientia et d'onestaz,

De fayr estor et prodeltaz.

XIII.

L'uns Tenseyned beyn parv mischin De grec sermon et de latin

il se présente volontiers. A fol homme ni à écuyer, il ne daigne jeter un seul regard. Ainsi il se maintient en son temps d'école comme [si] déjà il tenait tout l'empire.

XII. Il eut des maîtres bien dressés, versés dans tous les arts, qui l'instruisirent bien de sentiments élevés, de bon conseil, de bonté, de sagesse, d'honnêteté, de faire bataille et prouesse.

xiii. L'un lui enseigna encore petit enfant le grec et le latin

8 ALBÉRIC DE BESANÇON,

90 Et lettra fayr en pargamin Et en ebrey et en ermin, Et fayr à seyr et à matin Agayt encuntre son vicin.

XIV.

95

Et l'altrel duyst d'escud cubrir Et de s'espaa grant ferir Et de sa lanci en loyn causir, Et senz faillenti altet ferir ; Li terz ley leyre et playt cabir, El dreyt del tort a discernir.

XV.

100 t' i quarz lo duyst corda toccar, i— ' Et rotta et leyra clar sonar, Et en toz tons corda temprar, Per semedips cant ad levar ;

et à tracer des lettres sur parchemin et en hébreu et en armé- nien, — et à faire au soir et au matin le guet contre son voisin.

XIV. L'autre lui apprit à se couvrir de son écu, et à frap- per de grands coups de son épée, et à viser au loin avec sa lance, et à frapper haut sans manquer [le but] ; le troisième à lire la loi et à tenir un plaid, et à discerner le droit du tort.

XV. Le quatrième lui apprit à toucher les cordes, à faire résonner clairement la rote et la lyre, à monter la corde à tous les tons, et à chanter seul ; le cinquième [lui apprit]

ALBERIC DE BESANÇON.

Li quinz des terra misurar 105 Cum ad de cel entro lamar.

mesurer de la terre combien il y a du ciel à la mer.

NOTES,

V. 5. Ms. Poyst hume fay mmfirmitas, vers évidemment corrompu, et pour lequel malheureusement la version de Lamprecht n'est d'aucun secours. M. Heyse propose dubi- tativement Poys l'oum chay in (ou en) enfirmitas, leçon inadmissible pour diverses raisons dont l'une est que oume étant évidemment régime, et enfirmitas sujet, il n'est pas légi- time d'intervertir les rôles de ces deux mots. Pour la même raison doit être repoussée la correction de M. Rochat, d'ailleurs peu satisfaisante pour le sens : Pauc l'oum fay en enfirmitas. M. C. Hofmann propose (Germ.ania, II, 95 ) : Poyst l'oume esmaya enfirmitas, correction qui laisse à oume et à enfirmitas leurs qualités respectives de régime et de sujet, mais qui cause au texte un trop grand changement. En outre le prov. esmagar comme le fr. csmaicr, ne paraît pas avoir été employé autrement qu'en la forme réfléchie. M. Bartsch enfin propose : Poyst l'oume fay ni' enfirmitas (Chrest. de l'anc. fr. 25^ 9), et explique, au Glossaire, faynier par « faner. » Mais, à cette correction qui, du reste, a l'avan- tage de n'apporter au texte qu'une insignifiante modification, s'opposent le sens et l'étymologie. Le sens d'abord, parce que l'emploi métaphorique de faner à une époque aussi ancienne et avec le sens actif est fort douteux ; l'étymologie surtout parce que faynier (et en tout cas il faudrait /^y/jcr) correspondrait, d'après les lois phoniques de notre texte, à un franc, fagner, et à un prov. fanhar, formes qui n'existent ni l'une ni l'autre. Il est bien vrai que Raynouard enregistre

ALBÉRIC DE BESANÇON. II

(Lex. rom. III, 261 ) un verbe fanhar^ mais cette forme n'a aucune authenticité. Le seul exemple cité est ce vers de Marcabrun :

El (/. Bel) m'es quan la fuelha fana *. Mais fana, rimant dans cette pièce avec afana, lugana, sana, rana, chavana^ etc., a nécessairement pour infinitif fanar et non fanhar. La correction fraynt que je propose ne fait pas une grande violence au texte et me semble convenir assez bien au sens. Oume^ qui paraît n'avoir choqué personne, est cependant inadmissible : 0 en position {hom'nem) ne devient ou ni en français * ni en provençal ; omnc est à peine une correction, puisque ce sont les mêmes traits divisés autrement '. Cette forme peut s'autoriser de Bo'ècCj v. i :

Nos jove omne ; on pourrait aussi rétablir omm que notre

texte présente au v. 78.

V. 6. Ms. To'jl le sen, li est une correction de M. C. Hofmann adoptée par M. Bartsch. Si on suppléait l'article devant sen ( toyl li lo sen ) le sens serait plus satisfaisant, mais il n'est guère possible de réduire otiositas à quatre syllabes.

V. 7. Ms. faz; ce mot ne peut être que la y pers. sing. du subjonctif présent, la finale s'élidant sur la voyelle qui suit (faz' antiqultas). On traduirait donc alors avec M. Bartsch (Germania, II, 462). « Que l'antiquité nous fasse... ») mais cette tournure ne semble guère dans le style du temps. Je corrige fay (facit).

V. 9. M. Rochat et M. Bartsch considèrent vid comme la 3* pers. sing. du prétérit; mais alors ce verbe manque de

1 . Cette pièce ne se trouve que dans deux mss. : Bibl. imp. fr. 856 f. 170 by et 1749 f. 152 b.

2. On le rencontre en picard, mais cela ne prouve rien pour le cas précédent.

3. Dans le ms. les traits ne paraissent pas être très- nettement divisés, car il y a v. 62 lunnyl pour lunuyl^ et v. 93 incin^ourvicin.

12 ^ALBÉRIC DE BESANÇON.

sujet. M. Rcjchat se tire d'affaire en proposant, d'après M. Mahn, de corriger non fud ou nul vid, « il ne fut pas » ou « personne ne vit, » et M. Bartsch, en sous-entendant horriy ce qui n'est guère légitime. Il est beaucoup plus simple de considérer vid comme étant à la i" pers. « je ne vis pas. » Il est vrai que le même mot, au v. 34, est évidemment à la }• pers., mais vid répond également bien à vidi et à vidit.

V. 13. M. Heyse avait d'abord lu estricj mais la leçon du ms. est bien estrit comme l'a constaté M. Tobler (Berner- kungen, p. 37).

V. 3 5. Ms. E chel ten Grecia la regio; Je supprime e qui a été sans doute attiré par le e initial du vers suivant, et qui fausse la mesure *. En effet Grecia compte pour trois syllabes comme on le voit par le v. 18 {Qui fud de Grecia natiz), et par le v. 20 ou pecunia compte pour quatre syllabes. Regio ne forme que deux syllabes, comme roion en français et comme reio dans tous les anciens textes provençaux (voir Bartsch, Chrest. prov. 2, 2y, 31, 26; 81, 1). C'est plus tard seule- ment que s'est produite la forme savante à trois syllabes (regio en prov., région en franc. ).

V. 37. Ms. rey baron; .l'admets la correction rie baron proposée par M. Bartsch (Germania, II, 463). En écrivant rey, le copiste a anticipé sur le vers suivant ce mot est à sa vraie place.

V. 38. M. Bartsch a proposé en 1857 ^^ retrancher de ce vers tal qui lui semblait troubler le sens (Germania, II, 463). Dans sa Chrestomathie il l'a laissé subsister, et avec raison.

V. 40. Ici et au v. 96 M, Heyse avait d'abord lu jausir; mais il s'est assuré par un nouvel examen du ms. que la leçon est dans les deux cas causir, comme au v. ^2 canget et non janget (Tobler, Bemerkungen, p. 57).

1 . D'ailleurs e est une forme insolite dans notre texte qui porte constamment et.

ALBÉRIC DE BESANÇON. I^

V. 41. Ms. far; la leçon sor est une correction excellente de M. C. Hofmann {Germania, II, 95).

V. 56. Ms. de ches treys; dies au lieu de ches est encore une correction de M. Hofmann.

V. j8. M. Heyse et M. Rochat lisaient tocares (toucherez), mais en ce cas il y aurait la conjonction que et non le relatif chi. Michal est une bonne correction de M. Hofmann; ms. micha.

V. ^9. Malgré Lamprecht qui traduit aise der wolfy on ne peut admettre que leu signifie loup. D'abord il est très dou- teux que û accentué se soit affaibli en eu dès le XII* siècle et ailleurs que dans le nord de la France. Ensuite il faudrait leus, au cas sujet. J'adopte donc l'interprétation de M. Tobler {Germania, II, 447, et Bemcrkungerij 41 ), selon laquelle leu représente le nomin. lat. leo^ prononcé, en vertu de son accentuation, d'une seule émission de voix, comme, par ex. Deo dans Sainte Eulalie, v. 3.

V. 62. Ms. lunnyt.

V. 71. enforcad; le sens que j'ai adopté dans la traduction a été très-bien justifié par M. Tobler (Germania, II, 446; Bemerkungeny p. 42). Il faut donc rejeter l'interprétation toute différente que M. Bartsch donne de ce mot dans le glossaire de sa Chrestomathie.

V. 74. M. Heyse avait d'abord lu primyer, que M. Bartsch a corrigé en primeyr à cause de la rime. Mais dans le ms. le y est écrit au-dessus de l'e, de sorte que ce n'est point faire une correction que d'écrire primeyr (voir Tobler, Bemer- kungen, p. 37.

V. 75. Ms. soyientreyr. Leçon évidemment corrompue pour laquelle différentes restitutions ont été proposées par MM. Rochat, C. Hofmann, G. Paris * et par moi-même*.

1 . Etude sur le rôle de l'accent latin dans la langue française, p. 60.

2. Correspondance littéraire, VII, 117 ''186?).

14 ALBÉRIC DE BESANÇON.

Le texte de Lamprecht porte : « à un an il était plus grand qu'un autre à trois » (v. 178-80); et c'est le sens auquel visent les corrections proposées par M. Rochat et par M. G. Paris. M. Rochat propose : Que altre emfes, s'oy, del an tyer, (qu'un autre enfant, à ce que j'entends dire, de la troisième année), ou encore nel say l'an tycr. C'est dans un cas comme dans l'autre faire une grande violence au texte pour arriver à un résultat bien peu satisfaisant. M. G. Paris lit soyien tieyr, considérant soyien comme une forme de suen (sien), ce qui est difficilement admissible, parce que, dans ce texte, // se conserve généralement et, loin de céder sa place à Vo, la lui enlève en bien des cas. En outre tieyr ne saurait venir de terdus ; il faudrait, au cas régime comme au cas sujet, terz (cf. v. 98). Pour moi je regardais soyientreyr comme un dérivé de soantre^ signifiant « suivant. » Cette dérivation ne peut guère se justifier. J'ai adopté comme la plus probable la correction de M. Hofmann, seulement j'écris seyteneyr et non seytenieyr^ la désinence arius {septenarms)j donnant dans ce texte eyr et non ieyr. La version en vers de dix syllabes a énormément exagéré la donnée d'Albéric :

Li enfes crut d'ahé et d'escient

Plus en .VII. anz qu'autra ne fist en cent.

Cependant les vu anz contiennent peut-être un souvenir du seyteneyr d'Albéric.

V. 76. Ms. Ey lay oirey.

V. 93. Ms. incin.

V. 94. Ms. altre; j'ajoute / parce qu'il faut un régime à duyst. C'est de même qu'on a restitué michal, v. 58.

V. 95. Ms. des sesspaa. Au même vers M. Hofmann pro- pose de corriger grant en gent, mais MM. Tobler {Ger ma- nia, II, 443 ), et Bartsch (ibid, 465 ), repoussent avec toute raison cette correction.

ALBÉRIC DE BESANÇON. I 5

V. 96. Caasir, cf. la note du v. 40.

V. 97. La correction de altet en altrc, proposée par M. Hof-

mann est très-soutenable, cependantellen'est pas nécessaire.

Altet n'a du diminutif que la forme, comme au v. 68 collet. V. loyMs. entra bemar, M. Hofmann, suivi par M.Bartsch

corrige entro quc^ ce qui n'est pas admissible, car entro est

suivi de que seulement quand il précède un verbe (voy. Lex.

roniy V, 427). La correction la (au lieu de bc), a déjà été

faite par M. Heyse.

MANUSCRIT

DE L'ARSENAL

SOMMAIRE DE LA PARTIE EN VERS DÉCASYLLABIQUES (785 Y.)-

I. L'auteur veut faire une chanson rimée d'Alexandre, le fils de Philippe de Macédoine. II. Signes qui se manifes- tèrent lors de la naissance d'Alexandre et présagèrent sa gloire future. III. Trente fils de comtes naquirent le même jour que lui et devinrent par la suite ses compagnons fidèles. IV. Le roi Philippe lui donna pour père nourricier l'un de ses privés. Le petit enfant avait le cœur si fier qu'il refusait de se laisser allaiter. Il fallut qu'une pucelle, fille d'un cheva- lier, le nourrît avec une cuiller d'or. V. Progrès rapides d'Alexandre; il méprisait les flatteurs, aimait et honorait les chevaliers et les comblait de présents. VI. Le roi Philippe lui donne les sept meilleurs maîtres de la Grèce qui lui ensei- gnent le cours des étoiles, les révolutions célestes, les jeux des

l8 MANUSCRIT DE L'aRSENAL.

échecs et des tables ; ils lui apprennent aussi à parler courtoi- sement d'amour avec les dames, à juger mieux que les juges, à tendre des embûches pour prendre les voleurs. VII. L'un de ces docteurs, le plus savant de tous et le plus versé dans la science des enchantements, était Neptanebus ; plusieurs pré- tendirent qu'il était le père d'Alexandre, mais il n'en fut rien. Par suite, Alexandre le jeta du haut d'un mur. Il le regretta, mais en vain. VIII. Portrait d'Alexandre à quinze ans. IX. Un jour qu'il s'était allé promener en un pré, il entendit hennir un cheval qu'on tenait captif. Il demanda ce que ce pouvait être. X. « C'est un cheval qui dévore le monde, » répondit Ptolémée, « il court plus vite que le vent ; il dédaigne « l'avoine, l'orge et le froment, mange du pain et boit du vin « et du piment. XI. Quand le roi Philippe prend un larron, « il le livre au cheval qui a plus tôt fait de l'avaler que douze (( loups de happer un mouton. XII. C'est un fier cheval et « tel qu'on n'en vit jamais. Aucun maréchal n'ose l'approcher : M il les mange tous. Cinq cents hommes n'en viendraient pas « à bout. » Alexandre part comme un faucon, désireux de montrer sa prouesse. XIII. Arrivé à la prison, il n'y trouve personne pour lui ouvrir la porte. Il fait sauter les gonds à coups de maillet. A la vue d'Alexandre, Bucéphale baisse la tète. XIV. Le jeune prince lui met un frein, lui saute sur le dos et se rend droit au palais. Effroi des ducs et des vavas- seurs qui viennent à sa rencontre. Le plus hardi eût voulu être en un fort. XV. Alexandre monte par les degrés, et Bucéphale sous lui. Fier fut le sire et fier le vassal. Bucéphale renverse les tables et brise les bancs. Tout le monde s'enfuit. XVI. Alexandre descend et remet le cheval à Ephestion, puis il s'approche de son père. XVII. Il lui demande de l'adouber chevalier. XVIII. La reine entre dans la salle et embrasse son fils. XIX. « Beau fils, dit-elle, vous saurez i( dompter ce cheval ; il doit être à vous. Vous saurez bien

MANUSCRIT DE l'aRSENAL. I9

<t gouverner le royaume. Vous avez quinze ans et quatre mois ; « il est bien droit que vous soyez adoubé. » XX. Le roi Philippe dit à la reine : « Dame, fournissez les vêtements, je « fournirai le reste. Faites baigner votre fils et ses damoiseaux. « Pour l'amour de lui j'adouberai cent d'entre eux. » XXI. La reine fait préparer les vêtements et dit aux damoi- seaux de s'aller baigner dans la mer. Pendant ce temps le roi fait amener les chevaux et apporter les armes. XXIL Si vous vous étiez trouvé alors sur le rivage, vous en auriez vu des pelisses d'hermine, de riches bliauts, des peaux de martre I auprès se tenait la reine sous une courtine qui brillait plus que le cristal. XXIII. Si vous aviez été sur le rivage, vous en auriez vu des destriers sellés, des hauberts, des écus, et des harnois de tout genre qu'on avait assemblés pour les damoiseaux ! XXIV. Sortis de la mer, les damoiseaux reçoi- vent des chambellans les vêtements qui leur étaient réservés, et la reine ordonne de préparer la quintaine.. XXV. Pen- dant qu'Alexandre s'habillait, Ptolémée vient le presser de se rendre à la quintaine. XXVI. Appel de l'auteur à ses audi- teurs. — XXVII. Alexandre demande sa chemise. Sa mère la lui passe. C'était une chemise sans couture ni reprise; elle avait été faite sur les bords de la Tamise et portée par mer en Frise au roi Philippe. Celui qui la porte est protégé contre les blessures, et sa chair ne sera point trop enflammée des ardeurs de la luxure. XXVIII. Alexandre revêt ensuite un bliaut fait par des fées dans une forêt voisine de Babylonne. XXIX. Par dessus, il vêtit une pelisse d'hermine. La bor- dure en était faite de la peau d'une bête marine qu'on appelle panthère. Elle a la gorge et la poitrine rouges, et, quand il la voit, le lion s'incline devant elle. Qui porte cette pelisse est sûr de n'avoir jamais de cheveux blancs. XXX. Puis il agrafa un manteau de martre enlevé par le roi Philippe à un roi sarrazin. Il valait bien cent livres de fin or poitevin.

20 MANUSCRIT DE l'aRSENAL.

L'homme qui le porte pourra boire autant de vin qu'il voudra sans en être incommodé. XXXI. Olympias ceignit à son fils un baudrier et lui mit au doigt un anneau, pourvus aussi l'un et l'autre de vertus particulières. XXXII. Alexandre, monté sur un blanc palefroi, se dirige vers le palais du roi. Tout le barnage vient à sa rencontre en criant : « Royal! notre roi est venu. » Alexandre s'en irrite. XXXIII. Sei- « gneurs barons, » dit-il, « pourquoi m'appelez-vous roi « quand je n'ai pas en terre le travers de mon doigt? mais « j'espère bien en avoir, si Dieu conserve les damoiseaux que « je vois ici. » Puis il vient s'asseoir auprès du roi. XXXIV. « Souviens-toi, » dit Philippe, « qu'il te faut mar- « cher contre Darius le félon. » Alexandre s'engage à lui tran- cher la tête. XXXV. « Ceux qui lui ont payé tribut, » s'écrie-t-il, « furent des lâches. Dorénavant, il n'en recevra la « valeur d'un fétu, et, ce qu'il en a eu, il le paiera de sa « tête. » XXXVI. Les barons demandent à grands cris que le jeune prince soit aussitôt armé chevalier, sinon, ils abandonneront Philippe, le jetteront dans une prison et ser- viront Alexandre. XXXVII. Philippe se lève et ceint à son fils une épée enchantée que la reine Pantalée lui avait fait por- ter par une fée. XXXVIII. Il lui donne un haubert dont la ventaille était d'or d'Arabie, et un heaume de Cornouailles que le roi Arthur avait porté en mainte bataille. XXXIX. Il lui donne un écu en côte de poisson dont la boucle était bor- dée d'orfroi, et au milieu duquel était figuré un lion. Il avait appartenu à Sanson , qui le donna au sage Salomon , et celui- ci l'envoya au fort roi Philippe. XL. Philippe lui donne ensuite un épieu. Le forgeron du roi Xerxès en forgea le fer. Ne plaise à Dieu qu'il forge jamais, car il n'y a sous le ciel homme qui, frappé de ce fer, ne meure avant d'avoir pu se confesser. Le roi Philippe prit cette épée au roi Xerxès dans la bataille qui eut lieu sous la cité de Roais. XLI. Quand

MANUSCRIT DE l'aRSENAL. 21

Alexandre fut armé, il était le plus beau chevalier qu'on pût voir. Il monta sur Bucéphale et se rendit, suivi de tout le ba- ronnage, au lieu de la quintaine. XLII. Il éperonne son cheval et, se précipitant, lance baissée, sur les écus, il les brise et renverse les pieux qui les supportaient. Les barons s'écrient : « Darius est en mauvaise passe ! voilà celui qui nous acquittera « du tribut. » XLIII. Sentiments que les dames éprouvent à la vue d'Alexandre. XLIV. Le damoiseau descend au pied de l'escalier du palais ; il remet son cheval à Ephestion et, tenant par la main Ptolémée, il monte en la salle le man- ger était apprêté. XLV. Les crieurs appellent à table les chevaliers ; ceux-ci ne se font pas prier. Philippe place Alexandre en face de sa mère qui ne pouvait se lasser de regarder son fils. XLVI. Après manger, comme on enlevait les nappes, voici qu'arrive, de la part de Nicolas, allié de Darius, un messager porteur d'une déclaration de guerre. Alexandre réclame le commandement de l'expédition. XLVII. Le roi Philippe répond à l'envoyé qu'il enverra son fils et ses che- valiers au roi Nicolas. « S'ils ne me vengent, qu'ils n'aient «< jamais l'audace de reparaître devant moi! » XL VIII. Philippe encourage son fils à bien faire. XLIX. Alexandre saute sur le dais (la table) et dit à ses chevaliers de se préparer. Ils obéissent avec joie. L. Tumulte qui précède le départ; l'armée s'élève à plus de deux cent mille hommes. Les trom- pettes sonnent; Philippe leur dit : « Francs chevaliers, allez! » LI. L'armée se met en marche. A la nuit on fit halte sous Montarin; l'avant-garde fut confiée à Ephestion. LU. Le lendemain, à l'aube, on se remit en marche. Ce jour-là on fit la rencontre d'un pèlerin de bonne mine. Alexandre le tire à part et l'interroge. LIII-LIV. Le pèlerin était deTyr, il se nommait Sanson ; d'abord lié d'amitié avec Darius, il lui était arrivé de tuer l'un des amis de ce roi, un félon par qui son père avait été trahi ; obligéde s'enfuir, il se rendait auprès de Philippe,

22 MANUSCRIT DE L'aRSENAL.

l'ennemi de Darius. LV. Il avait passé la nuit en la cité de Nicolas et, au chant du coq , il avait entendu seller les che- vaux et des troupes se rassembler. LVI. « Ont-ils beau- « coup de monde.? » lui demande Alexandre. Il n'est point en état de répondre, mais si on veut lui donner un cheval et des armes, il ira volontiers explorer les forces ennemies. LVII. Alexandre lui fait donner un cheval et des armes et, l'ayant fait son messager, veut, en témoignage de confiance, le baiser. « Que d'abord je vous connaisse! » répond Sanson. LVIII. Alexandre se fait connaître; il le charge de proposera Nicolas un combat singulier. LIX. Joie de Sanson. Il des- cend de cheval pour embrasser Alexandre qui met aussi pied à terre. LX. Sanson, accompagné d'Ephestion, se met en route. Ils arrivent à la cité de Nicolas. LXI. L'écu devant la poitrine et l'épieu baissé, ils parviennent jusqu'à la tente du roi. Le sénéchal reconnaît son hôte. LXII. « Voilà, » dit- il, « un pèlerin qui but hier en ma coupe d'or fin. Je le recon- « nais bien à son manteau et à ses cheveux blonds, mais « depuis hier il a changé son bâton de pommier pour cet « épieu de frêne. » LXIII. Sanson reconnaît à son tour le sénéchal et dit comment il a eu ses armes et son cheval. LXIV. Interrogé par Nicolas, il déclare son nom et accomplit son message. LXV. Nicolas l'engage à quitter Alexandre, ce fils d'un enchanteur. LXVI. Fière réponse de Sanson. Nicolas, de son côté, est prêt à bien recevoir son adversaire. LXVII. Il accepte le combat singulier qui aura lieu sur la colline, en présence des deux armées. LXVIII. Sanson se retire en prononçant des paroles menaçantes. LXIX. Il revient à Alexandre et lui rend compte de son message. LXX. « Nicolas prétend, » dit-il, « que vous êtes sorti trop « jeune de votre pays, et que le jour du combat vous semblera « durer trois mois. » « Voilà un vilain, » reprend Alexandre, « par Dieu! de tels rois, j'en conquerrais qua-

MANUSCRIT DE L^ARSENAL. 2}

* rante! LXXI. Le lendemain, l'armée se met en route. Bientôt elle arrive en vue de Césarée. L'armée était rangée hors de la ville, et le roi, sur la colline, était revêtu de ses armes et prêt au combat. Alexandre se fait aussitôt armer. LXXIL Description de son armement. Il ceint une épée qui avait appartenu à Raimbautde Frise. LXXIIL On lui pend au cou un fort écu à boucle couvert de la peau d'un dauphin; c'est un poisson qui n'est jamais plus heureux que quand la mer est agitée. Un enchanteur en avait uni les ais avec de l'or d'Arabie. LXXIV. On lui amène Bucéphale, un cheval qui était en l'île de Miçaine d'un éléphant et d'une dromadaire. LXXV. Nicolas recommande à ses hommes de se bien garder de prendre part au combat. La lutte s'engage. LXXVL Nicolas porte le premier coup, mais sa lance se brise sans entamer I? haubert de son adversaire. Alexandre, frappant à son tour, démonte Nicolas; puis, mettant l'épée à la main, il lui coupe la tête avec la ventaille. Il envoie à son père, à titre de tribut, le heaume de son ennemi. Il prend la ville et en distribue les richesses à ses barons. LXXVII. Il reçoit le serment des habitants et, en échange de leur hommage, il leur rend leurs terres et leurs fiefs.

MANUSCRIT

DE L'ARSENAL

lançon voil faire par rime e par lioine )Del fil Felip lo rei de Macédoine, [Qui tint Espagne deci qu'en Babiloine, ÎAise e Afrique e Tire e Sidoine, E tôt lo mont mist en si grant aigoine Qui ne le volt servir par son espoine Nel pot garir ne l'escuz ne la broine, Morir l'estut, que n'i quist autr'essoine.

I . Ici et presque toujours par est abrégé. Dans Us cas , tous indi- qués en note, ce mot est en toutes lettres, il y a tantôt par et tantôt pcr, formes qui se rencontrent l'une et l'autre dans les chartes du Poitou. }. A cet endroit l'écriture est tellement usée par le frotte- ment que le dernier mot du vers est seul clairement lisible. Je restitue le commencement d'après /< v. 25}. 7. Les deux derniers mots sont douteux : on distingue quelque chose comme lidroine.

26 MANUSCRIT DE l'aRSENAL.

II.

Quant Alix, li filz Felip fu nez Par molt granz signes fu li jors demostrez : Li ceuz mua totes ses calitez, Soleil e luna perdirent lor clartez, Par poi ne fu li jors toz oscurez_, Crolla la terre e se mut de toz lez, 1 5 En plusors los fu granz la tempestez ; Li reis Felis fu molt espaventez De cel enfant qui si fu demostrez. (y°)

Ce signifie qu'il sera molt senez E que li enfes conquerra mainc régnez.

m.

20 >r>. uant Alix, nasqui en icel jor

V^Ot lui nasquirent .xxx. fil de contor De Macédoine,, del l'empereor; Cil enfant furent de l'ahé lor segnor. En manctes terres li conquistrent honor;

2 5 Tuit lo servirent de gré e par amor ; Por lui sofrirent fain e sei e dolor Em Babiloine, en Inde la major, En l'aspre terre^ en la superior. 0 li serpent li firent la paor.

9. Alix., toujours abrégé dans le ms., d'où il suit qu'on ne peut savoir si le copiste entendait donner à ce mot l's du sujet. Ibid. Felips. 14. Tôt. 26. Por est figuré par un p barré; de même w. 57, 200, 22 1,230, 23 $,248, 260, 263, 3 18,343,35 5, $20,642. /b/</.fai.

MANUSCRIT DE L'ARSENAL. 27

IV.

^o ¥ i reis Felis ot cel enfant molt ger ;

i— < D^un de ses druz li a fait norricer.

Oiimpias em preia, sa moller.

Que laida fenne ne l'osas atocher.

Li petiz enfes aveit lo cur si fer 3 5 Que lait de fenne ne voleit alaiter

Ne la vianda de sur son dei coster.

Une pucele, filla d'un chivaler,

L'estoveit paistra à un orin coller.

V.

Li enfes crut d'ahé e d'escient ^_ Plus en .vil. anz qu'autra ne fist en cent;

Quant que il veit e quant que ot aprent. Losengeor ne prisa il nient Ne sa parola plus que trespas de vent ; (f. 2) Chivalers aime e honore forment, 45 Quant que il a tôt lor met em présent. Tant par es larges ne prisa or ne argent ; Les chivalers teneit toz à talent.

VI.

i reis Felips quist à son fil doctors : De tote Grèce eslist les .vu. mellors. 50 Cil li aprenent des esteles les cors,

l:

j2. pia. j6. coster ne convient pas à la rime. P.-ê. faut-il menger (— » mengier).

28 MANUSCRIT DE l'aRSENAL.

Del firmament les soveirains trestors, Les .VII. planètes e les signes auçors, E les .VII. arz e toz les granz autors, D^eschas, de tables, d'espervers e d'ostors, j 5 Parler ot dames corteisament d'amors, De jugement surmonter jugeors, Bastir agait por prendre robeors.

Q!

VII.

uant li .VII. maistre l'orent apris forment, Un en i ot de plus grant escient : 60 Sur toz les autres sot cil d'enchantement,

Neptanebus ot nom, men escient.

Par lo reaume 0 desient la gent

Que Alix, ert sis filz veirement;

Plusor 0 distrent, mas il ne fu nient : 6 5 Li reis Felis l'engendra veirement ;

Pois l'enpeinst Alix, d'un mur au fundament.

Pois l'en pesa, si'n ot lo cur dolent;

Forment lo regreta, mas ne valut nient. (v^)

VIII.

Tant crut li enfes qu'il ot .xv. anz passez, , _ Molt par fu proz e molt de grant beuté :

Vars ot les oilz cume faucons muez. Tant par est fers de nul n'est regardez. Gent ot lo cors e les flans ben mollez. De totes genz esteit forment amez.

62. reaime, 66. H.-ê. il au lieu rf'Alix.? 70. beutez.

f- c^tmttrVdttîjttm'ttaftîmdttrniflrtr-. -V MfotrlefoLVcumcfnutonrmu^;^ rV totxCgpt^eftaŒ-fiwmt-Atn^

I VL/ôttir'biftriltuifleWutuettc:

I

'/-%•- &-.^'-

f vTAa u fùm^ruoToimettr-.

VW)nr>iA- 0^ «Tcolninututûa- "^ «mort c^ul p^ oir tofoa.

] laeliFtur AUtnCbfofvittotv 9 AraudTtudllàbenaaliuretfbf^- "J tlayUirtsft<9zt:ven&n^tiT>a. ^ iftt'lof twuuTuncuntcuJtmi- uilîaatam itlf mrfinfcxmtniûJti

^ V«»c moeft- fcçVncfuutfM^ tmuf- e ttuu^4>art<3t U)a^tet*tl^^:^eticLili^•

MANUSCRIT DE L'aRSENAL. 2^

75 Pris li corages d'aler esbaneier;

Ben fu vestuz de dos pailes roez,

Pois afiibla un mantel de cendé,

Ben val mil livres de deners moneez.

Ot lui esteit de jovne gent asez, 80 De filz de contes e de filz d'amirez

Qui tuit lo servent volenters e de gré

Chivaus lor dona e muiez sojomez.

U

IX.

n jor s'alot desdurre par un pré Soz lo palais de la reial cité. 85 Ot lui esteient .v.c. danceus josté. A sei apele Festivon, Tolomé, Cil dui esteient si dru e si privé. Frémir oit un chival engertré, Cuda oir lion enchaené ; 90 Ses druz apele, si lor a demandé Ce que pot estra, ne li sia celé.

d;

X.

anz Tholomés parla premeramentj « Sire, » dist il, « nel cèlerai nient, <i Feus sia ja siunques vos en ment : (f- 0 95 « C'est uns chivaus qui manjoe la gent, « De mareschaus a mangé plus de cent, « E cort plus tost qu'acesmée de vent.

7J. csbaneicz. 77. cendez, 80. fil. -— 81. grez. 84. solz, 89. lihon e. 97. qua (abrégé par un a suscrit) ces mée.

30 MANUSCRIT DE l'aRSENAL.

« N^a sonc d'aveine, d'orge ne de froment, « Pain cuit manjoe e beit vin e piment. » 100 Ot le Alix., desrenge e destent; Enqui fera mostrer son hardiment.

d:

XI.

,ist Tolomés. « Escolta ma raison : D'un tel chival poez oïr le son

« Qui plus est fers que tigres ne lion. 105 « Grant a la gole, de denz sembla dragon.

« Li reis Felis, quant pot prendre larron,

« Il ne li fait autra dampnation,

« Mas au chival lo dona a livreison ;

« Il l'a plus tost geté en son goitron 1 10 « Que .XII. lof n'aureient un moton.

« Quil dontera reis ert sens contençon.

XII.

Per ma fei, sire, molt est fers li chivaus, « Hune en cest segle ne fii veûz itaus.

« En une chartra lo tent tis pères enclaus, 115 « Vers lui nen ose abiter mareschaus :

« Toz les menjoe, e les bons e les maus.

« Se .v.c. homes i aveit ot tinaus (v")

« Nel destreidrient plus que fereit un chaus. »

Ot le Alix., desrenge come faus, 1 20 Demostrer volt com il sera vasaus.

En la chartra est ben enclos li chivaus

102. sire d. T 112. Per en toutes lettres. 118. N. d. il.

MANUSCRIT DE L'aRSENAL.

Qui plus est fers que nulla rens charnaus. En une tor le tent li reis enclaus; En tôt lo monde ne fu veùz si maus, 1 2 5 Alix, lo chetera de maus ;

Jusqu'à petit le verra li chivaus.

q:

XIII.

uant à la chartra pot anceis avenir, Il ne trova qui Pus osast ovrir; Fert à un mal, les gons en fait sallir.

MO Li fers chivaus vit son segnor venir, Les pez devant comença à flatir. Baisa lo chef, semblant fait de servir. Quant Bucifal vit son segnor venir Ce sachez ben paor ot de morir.

1 3 5 D'ore en avant li covendra servir; Li reis l'a fait molt richement norrir.

XIV.

q:

uant Bucifal vit venir sun segnor, Baisa la testa, grant semblant fait d'amor. E Alix, lo prist par grant vigor, 140 Au gef li mist le frent fait à Monflor; Saut sur lo dos, si s'en eist de la tor, Dreit au palais en vint à l'aumacor, Desfublez fu, si ot gente color; (f. 4)

Contra lui vindrent e duc e vavasor. 145 De Bucifal lor vent si grant freor

140. 1. f. qui fu faiz.

?2 MANUSCRIT DE L'aRSENAL.

N'en i ot nul qui n'oùst grant paor. Li plus ardiz vosistestra en um fort.

XV.

Par les degrez s'en monta li vasaus, De desoz lui monta danz Bucifaus. 1 50 Fers fu li sires e fers fu li vasaus, Par la sale tresvola corne faus, Despecce tables e brisa eschamaus ; Tuit li plusor fuient à lor ostaus, Ce lor est vis cent anz dura ciz maus. 1 5 $ Li reis Felis dit à ses seneschaus Qu'il lo défendent ot fiiz e ot tinaus.

XVI.

Q

uant Alix, vit lo rei Felipon En tel paor e en tel suspiçon,

E de la sala fueient li baron, 160 Nus d'eus nen osa ester en la maison,

Del fer chival desent sur un perron ;

Par un fren d'or lo rent à Festivon.

Cil lo tent plus que tigre ne leon^

N'ert pas mervelle quar il sembla dragon. 16$ Li filz lo père en a mis à raison,

Ne laisera ne li demant un don.

147. for. 148. Par en toutes lettres. »Ji. très vola.

v;

MANUSCRIT DE l'aRSENAL. 5^

XVII.

■int Alix, dreit à son père au deis , Il li a dit : « Saus siés, sire reis; « Asez soi forz e soi jovnes e freis, (y°)

1 70 « Volet que sie chivalers o borgeis l « Adobet mei à quise de Greceis, te Vostra reaume vol metra en defeis ; « Si vos nel faites tornera à sordeis. « Respont li pères : <c Dit avez que corteis. )>

XVIII.

175 >^uant la novele en vint à la reine ,

v^Ele seeit de devant sa cortine,

Ensemble lei une bêle meschine,

Qui d'un fil d'or aveit lie sa crine,

El' afubla un bon mantel hermine, 1 80 El* est venue en la sala perrine ;

Quant veit son fil corteisement Pencline,

Après li fu molt protchana veisine ,

Ele l'embrace par desoz la peitrine,

De lui baiser en la boche ne fine.

XIX.

85 •-^yuant Pot baisé e acolé assez :

n

V^^Beus filz, » dist ele, « bon 'ora fussez nez. « Par vos ert ben li fers chivaus dontez;

167. Alix, en vint d. 171. adob et un signe d'abréviation qui parait signifier plutôt et que ez. 17). f. o t. 186. bona f.

3

54 MANUSCRIT DE L*ARSENAL.

(( Vostra deit estra, sire, si vos volez. <( Par vos ert ben li règnes governez ; 190 « .XV. ans avez et quatra meis passez, « Il est ben dreiz que siez adobez. « Désormais deivent pareistra voz bontez. » Respont 11 enfes : « Mère, merciz e grez. »

XX.

Li reis Felis qui ne fu mie lent . ^ , A la reïna parla premerament :

« De vos, reine, vengent li vestiment, (( De mei vendrunt li autra garniment. (fol. 5) « Vostra fil faites bagner astivement, « E sei doncel se bagnent epsament ; 200 « Por soa amor en adoberai cent. »

Quant l'ot li enfes, motes merciz l'en rent. Il li encline del chef hastivement.

p^uai

XXI.

uant la reine oit lo rei parler. Fors de la chambre fait les dras aporter ; 20^ PoisTi a fait aus donceus comander

Que bagner s'augent jus au port de mer. Li reis a fait les chivaus amener, Totes les armes lor a fait aporter. E la reine a fait ses chivalers mander, 2 1 G Lor vestiment lor a fait aporter.

Li doncel sallent qu'ans e anz en la mer.

209. Peut-être faut-il : La r. a f. s. donceus m.? 211. P.-ê. qui anz anz (= qui ains ains)? locution fréquente en ancien français.

S:

MANUSCRIT DE L*ARSENAL. 5 5

XXII.

li la fusez el pré, soz la marine, 'Soz les degrez de la salle perrine,

La veissez tanta pellice hermine, 2 1 5 Tant bel bliaut e tanta pel martrine,

Tant jovencel, tanta bêle meschine!

Olimpias i esteit la reine

D'un vert samiz vestue e eschevie,

Environ lei tendu[e] une cortine 220 Qui plus reluist que cristaus ne verine.

Ce esteit fait por oster la chaline.

S'

XXIII.

i lai fiisez soz la marine el pré, Desoz la sale, très au del degré, (yo)

Lai veïsez tant destrer enselé , 225 Tant bon hauberc e tant escu cloé, Tant bone espée e tant brant acéré, Tant bel pitral e tant estré doré, Tant esperon à fin or nielé. Tôt cist herneis esteient asemblé 230 Por les donceus qui'n serunt adobé.

XXIV.

uant li donceil issirent de la mer Les dras lor fait la reine aporter,

Aus chamberllens les a fait despleier.

Cil les lor portent sens nesun demander ; 2 ] 5 Chascuns em prist por son cors conreer.

^6 MANUSCRIT DE l'aRSENAL.

E la reine vait son fil atorner ; De chères armes le fist ben afaiter. Son conestable a fait après crier Que la quintaine ne volt pas oblier, 240 Que Alix, i fferra corne ber.

XXV.

Quant Alix, fu bagnez e sis druz, A une part s*en est alez toz nuz.

Uns"chamberllens i est corranz venuz;

Braies li porta e chauçons ben cosuz, 245 Chauces de paile e solerez aguz.

E Tolomés li est devant venuz

E Festivons, sis amis e sis druz,

« Sire, » dist il, « porquei n'estes vestuz ? (f. 6)

« De la quintaine sunt cha li pel feruz; 250 « Men escient cha firunt es escuz. »

o;

XXVI.

ez, seignor, l'estoire par rime et par leoine D'Alix, lo rei qui conquis Garsedoine E tote Espagne deci qu'en Babiloine. Molt par fu proz, plus fist que Charlemaine ; 2 $ 5 Hune tant ne fist li forz reis d'Alemaine. Molt fu proz Alix, e sa gent fu grifaine, Par unt que ele aut tôt derumpeit e fraine, Des vergers et des blez fu perdu la gahaine. Dant Tolomés l'apele qui forment lo laideine

242. Eu. 2p-6j. Vers manifestement interpolés.

MANUSCRIT DE L'aRSENAL. 37

260 « Porquei n'estes vestuz, gémis reis de Miceine ? « Cil vostra compagnon ferent en la quintaine. « Je vos di veir, beus sire, que je dei Eleine, <( Je ne vos mentireie por tôt l'or de Miceine. )>

Di

XXVII.

anz Alix, demanda sa chamise 265 i-^E la reine la li a el dos mise.

Unques ne fu cosue ne reprise;

Ovrée fut sur l'aiqua de Tamise,

Par haute mer en fu portée en Frise

Au rei Felipe cui ele fu promise. 270 Or l'a li enfes cui ele fu tramise,

Ne poeit estra en nul lo meuz asise.

Qui l'a vestue cha sa char n'ert malmise,

Ne de luxure ne sera trop esprise.

XXVIII.

Sus sa chamisa a vestu un bliaut ; (v°)

-, , Ben pot hom dire que .c. livres d'or vaut, Quar quatra fées le firent en un gaut Sur Babiloine, el poi de Monribaut ; Sos cel n'a home si hardi cha i aut. Uns enchanteres qui ot [à] nom Rainbaut 280 Par grant enging fist aveir cel bliaut, Par un oisel c'um apele girfaut. Qui l'a vestu n'a trop freit ne trop chaut.

XXIX.

Desus vesti un pelliçon hermine : Les goles furent d'une beista marine

^8 MANUSCRIT DE l'aRSENAL.

28$ Qui fu trovée el lac Sainte Cristine ;

Panter a nom e luist plus que verine,

La gole ot roge e tota la peilrine j

E quant lions la veit, si li encline.

Qui Ta sur sei, si a tal médecine 290 Que cha n'aura pel chanu en la crine.

XXX.

Pois afubla un bon mantel martrin Qui fu cuverz d'um paila costantin. Li reis Felis l'ot d'un rei sarrazin Que il ocit au poi de Montarbin ; 295 Ben vaut .c. livres de fm or peitevin. La reine le traist de son escrin ; Son fil lo dona, au nobile meschin ; Hom qui lo porta n'aura cha mal de vin , Tant n'en set beivre au seir ni au matin, (f. 7)

XXXI.

300 x-^v limpias li a cent un baldrei.

vy cha chivalers qui l'a environ sei

N'ert abatuz ne honiz en tornei.

Pois li a mis un tel anel au dei ,

Si com reconte cil cui ge ben en crei, 305 Hom qui lo porte cha n'aura trop grant sei.

Monta li enfes sur un blanc palafrei,

E la reine lo conduist jusqu'au rei.

296. [E] la r.? joo. cente.

MANUSCRIT DE L'aRSENAL. J9

XXXII.

uant au palais fu li enfes venuz Del palafrei est à decenduz. ^ I o Tozli barnages est encontra venuz ;

Plus de .v.c. en i ot de chanuz

E autre tanz de jovenceus crenuz.

N'i a celui ne li renda saluz

« Reau! » s'escrient, « nostra reis est venus. » 515 Et Alix, s'en est molt irascuz ;

Les deus en jura e les soes vertuz

Qui rei Papele cha ne sera sis druz.

XXXIII.

Segnor baron, porqué m'apelez rei « Quant ge de terre nen ai travers mon dei ? 320 « Mas g'en aurai encor, si cum ge crei, « Si Deus garist les donceus que ci vei. « Il me serunt, ce cuit, de bone fei, « Je lor serai tés cum estra lor dei. » Quant ot ce dit, si s'aproisma dei rei, 325 E il lo baisa, si l'asist joste sei; (v")

Remant la noise par la sala e l'esfrei.

XXXIV.

Quant par la sale se turent li baron Li reis Felis mist son fil à raison : « Beus filz, » dist il, « molt as gente faiçon;

}2o. gc naurai.

40 MANUSCRIT DE l'aRSENAL.

330 « Ben te convent cil hermins pelliçon.

(( Remembre tei de la succecion

(( Que t'estot faire vers Daire lo félon. » ' Dist Alix. : « A nul en sa prison.

« Ja ne port je lance ne confanon 3 3 $ « Si ne li tranche lo chef soz le manton. »

Dist li barnages : « Ciz a cur de baron. »

p^uai

XXXV.

uant par la sala se furent tuit teù Dans Alix, a au rei respondu : a Père, » fait il, « ne parlez del treû ; 340 <( Recréant furent tuit cil qui l'unt rendu. « Ja ne por ge ne lance ne escu <c Si gemais n'a vallissant un festu. <( Por sol itant cum il en a « Li trancherai le chef desor le bu. « 345 Dist li barnaches : « Deus t'em prest la vertu! «

xxxvi.

Forment s'escrient li petit et li grant : « Dreiz empereres, porquei demorestant? « Dona à ton fil armes à son talant. (f. 8)

(( Si tu nel fais devendrons sei cornant; 350 « De lui ferons e segnor e garant; <( Te gurpirons corne rei recréant. (( En une chartra te geterons devant. )> Quant Pot li reis si se dreiça en estant.

3J0. convint. 334. Ja ne porte je mais 1.; cf. le v. 341.

MANUSCRIT DE lVrSENAL. 4I

XXXVII.

Quant vit li reis sa maisnée privée Por Alix, [e] marie e troblée De s^rmaûre qui fut tant demorée, Passa avant, vait li cendre l'espée Qui fu forgée ultra la mer bethée. Une reine qui ot nom Pantalée, 560 Qui em batalla en soit estra armée, La li tramist par une soe fée. Sos cel n'a home, si en receit colée, Que gemais sie par nul home sanée.

A

XXXVIII.

uberc li done o entérine malla

565 -rV-De l'or d'Araiba fu tote la ventalle ;

Contra lui sunt tuit tuit li autra coralle ;

Hune ne fu hom par cui il face falle.

Pois li présente l'elme de Cornualle ;

Li reis Artus Tôt man jor en batalle. 570 Pois que il la lace par dessus la ventalle

Ne pot chaler qui fere Jie qui malle.

Cuverz esteit d'une riche toalle ; (v^)

Li gentis reis à son ger fil lo balle.

XXXIX.

Escu li done de coste de peison ; ,, j La bocle fu à orfreis environ.

} 5 5 . tropblée ; It copiste de ce ms. a une propension à écrire p pour b, insi V. 2 j8 // avait écrit despblez, mais il a pointé lej». } jy. passe.

42 MANUSCRIT DE L'aRSENAL.

Très en men lo ot escri un lion : Ce signifie la ferté del baron. Il fu chadis au fortisme Sanson Qui lo dona au saive Salemon ; 380 Cil lo tramist au fort rei Felipon.

Hune en cest segle ne fu veùz si bon, Quant arme i ffert resort corne bozon.

E

XL.

spé li done li reis Felis enprès; Uns febles hom i oiist tôt son fès ;

385 La lance fu d'un quarter de ciprès, Le fer en fist li fevre au rei Sercès. Cha Deus ne place que il forge gemès : Sos cel n'a home, si'n es feruz d'eslès, Sempres ne moire ainz que sia confès.

390 Li reis Felis e li Macedonès

Lo tolirent par force au rei Sercès En la batalla soz la cit de Roès.

XLI.

><>w uant Alix, fu del tôt adobez V,A^s espérons a en ses pez fermez ; 395 Li reis sis pères les li aveit donez ; De fin or furent à esmal niellez. Hune chivalers ne fu plus bel armez; Poez saver qu'il fu ben conreez. Bucifal fu devant lui amenez : (f. 9)

391. Tolirent lo? 399 ss. Le fol. 9 est tout entierd'une main italienne, et y à ce qu'il semblej du XI V siècle.

MANUSCRIT DE l'aRSENAL. 4)

400 Chère ot benfate/oregles e costéSy

Cropa reonde e fu bene enselez,

Li stref furent de fin or adobez

E li pitraus fu d*un paila envolsez ,

Fors solame[n]t les rennes tôt li frens fu dorez. 405 Per grant vertu est li donceus montez;

Ponc par les rues cumme faus abrivez ;

Grant aleiire en est venuç aus prez;

Tôt le bernages est aprèf lui alez.

XLII.

Jouant de la citfu le enfes issuz, 4 1 0 \Jpe la quintaine furent li pelferuz.

Bucifal ponz chi li saut fait menuz

Quant il lo broche des espérons aguz;

Basa la lança, fert per les escuz,

Trestot les a peçoiez e fendus, 4 1 5 Brisent les perche et li pels et li fuz.

Per grant vertu s* en est oltra coruz.

Dist le bernages : « Daires est maus venuz,

« Per cestui ert aquitez le trauz. »

XLIII.

Quando Alix, fu oltra trapasez, Ponç Bucival e broche per les prez; Fait un eslais qui mulî perfu loez,

405 et 438. Per tn toutes lettres ; c'est la forme que j'adopte comme la plus probable pour tous les cas où, dans les deux feuillets écrits par un Italien, ce mot est abrégé. 41 J . Brisesent. On sait que briser est en ancien français aussi bien intransitif que transitif.

44 MANUSCRIT DE L'aRSENAL.

Pois desendi suz la sala aus degrez. (y°)

De mantes dames (u le jor esgardez ; Dit l'una à l'a[u]tra : « Mult e[st] bene acismez. 42 5 « Si in un lit estions asemblez

« Que a plait mis cors s'il U est veezî » Le donceus est desenduz aus degrez De îot[es] partes est bene evironez.

XLIV.

*

Quant Alix, desendi au degré A Festion a son caval livré; De chères armes a son cors désarmé, Su\s] ses spales a un ma[n]tel geté, Per la ma prende un so dru Tolomé, Suso en la sala sont ambidu moln^té. 435 Le rés lor a le manger apresté; Poez saver quHl i à pla[n]té ; Li baner crient l'ev[e] par la cité.

p;

XLV.

^er la cité vont criant li baner Aus cavalers que il aient manger. 440 // / vo[n]t tutiy ne se funt pax preger. Quant lavé ont, lors mans vont essuer. Li res Felips asist sum fil premer Dentro les dos, très davant sa moler : Ço ert sa mère qui sur tôt Pavoit cher; 445 Tant fort l'esgarde ne pot de l'oil cegner. (f. 1 0)

425. e. à lui a, 426. On peut corriger: Mal ait m. c. si il. 443. Sic. On pourrait corriger lo deis ; cf. v. 476.

MANUSCRIT DE L ARSENAL. 45

XLVI.

Quant mangé orent li reis fait napes traire. Ec vos un mes de la cit de Cesaire,

De Nicolas qui s'acorde à rei Daire;

E si li manda guerre li voldra faire. 450 Quant Alix, a oit lo contraire,

Molt ferement en regarda sun paire,

E en après li a dit son viaire :

« Père, » dist il, « done mei cest afaire ;

« Cha Dés ne place que me veez mais maire 455 « Si ne l'oci o pendo corne laire. »

l;

XLVII.

i reis Felis est levez del menger, Corteisement a dit au mesager :

« Amis, » dist il, « pensez de l'espleiter;

« Par tei voldrai à Nicolas nuncer 460 « Que ors li vol Alix, envier;

« Une ne reçut si corteis mesager.

« Ensemble lui irunt mi chivaler.

« Se il de lui ne me poent venger,

« Jemais vers mei nenn ost uns repairer. »

XLVIII.

46 $ y i reis Felipes a oit le mesage :

i-«« Beus filz, » dist il, « vos oez quel ultrage « De Nicolas qui tant est plens de rage. « Molt prisa poi e tei et ton lignage ;

46 MANUSCRIT DE L'aRSENAL.

u Tu iras à lui e raenras mon bamage 470 <( E mostreras iloc ton vasalage. » (y°)

Et Alix, l'en a dit son corage : « Par icel Deu qui me fist à s'image, « Ne io garra ne l'escuz ne la targe « Que de son cors ne li face damage. »

XLIX.

475 r-xanz Alix, fu de cel ost baners;

L'Saut sur lo deis cum hom qui fut litgers, - Neguns lions ne fu unques plus fers ; Corteisement somont ses chivalers : « Segnors, » fait il, « dites aus escuers

480 « Que tost vos augent amener les destrers. (c Or i parra qui ert bons chivalers. » Tuit li respondent : « Nos irons volenters. »

L.

Si lai fusez à l'esir des degrez , Molt oûsez debrisez les costez : 485 L'uns empenc l'autra come hom forsenez; Plus de quaranta en i ot de crevez ; L'uns voleit estra devant l'autra aprestez. A dos cenz mila les a li reis esmez ; A son ger fil les a li reis livrez. 490 Les grailes sonent, de fin or adobez ;

Pois lor a dit : « Franc chivalers, alez. »

469. Prononcez T'iras; cf. dans Huon de Bordeaux t'as 740, t'ase- ûras 1279, t'es Ç012, etc.

L

MANUSCRIT DE l'aRSBNAL. 47

LI.

i escuer se metent en l^estrée ; N'i a celui qui n'ait lance parée.

De bones armes luist tote la contrée ; 495 Des escuers i ot grant asenblée.

Alix, chivauge desoz une valée, (f. 1 1)

Environ lui sa maisnée privée.

Quant vint la nuit, qu'orent fait lor jornée,

Soz NTonterin herbergent en la prée. 500 A Festivon fu Tengarde livrée;

Il la fist ben jusqu'à la matinée

Que li soleiz abati la rosée.

L

LU.

a nuit herbergent es prez soz Montarin, A Taube clere se metent el chemin. 505 Lo jor encontrent un corteis pèlerin; Ben resenblot à nobile meschin : Bliaut aveit d'un paile costantin, Sur ses espalles geseient si bloi crin, En sa main porte un baston pomerin. 510 Quant Alix, lo veit lo chef enclin, A une part lo trait fors del chemin.

LUI.

D

ist Alix. : « D'un estes vos, amis ? Par ma fei, sire, de la cité de Tyrs.

5 1 ). Pour obtenir une rime exacte il faudrait Tris, forme qui existe; par ex. dans Aye d'Avignon, v. 3489 : Apolines de Tris.

48 MANUSCRIT DE l'aRSENAL.

a Nés soi rei Daire, molt fui cha sis amis, 515 « Mes avint mei d'un sen dru que ocis, (( Se ne fuïsa, ne fuse ore pas vis. « Querant aloe un de ses enemis, « En penser ai à gaster son pais, « Men escient, ce est li reis Felis, 520 « Por un treù que tos tens li a quis.

« Si lai pois traire meudre en ert li estris. »

D"

LIV.

jst Alix. : « Amis, cum avez non ? (v°)

Par ma fei, sire, hom m'apela Sanson; « Nés soi rei Daire, del meuz de sa maison, 525 « Mes avint mei que ocis un félon

« Qui de mon père aveit fait trahison. « Fuiant m'en vois dreit au rei Felipon. « Il a un fil qui Alix, a non. (( Se me pois metra en sa succeccion 530 (( Vers lo rei Daire movrai grant contençon. »

LV.

Dist Alix. : « Molt est proz e vassaus, « Mas en quel lo fo enuit tis ostaus ? Par ma fei, sire, en la cit Nicolaus; « Me herbercha uns de ses mareschaus. 535 « Quant vint au jor, que il chanta li chaus, (( Par la citté ohi les mareschaus

$ 1 7-8. La suite des idées serait plus claire si on intervertissait l'ordre de ces deux vers.

MANUSCRIT DE L'aRSENAL. 49

« Qui comandoent enseler les chivaus. « Tota la genz i veneit des chasteus ; « Fors de la vila en vi toz pleins les vaus; 540 « Men escient vos alez encontr^eus. »

D'

LVI.

ist Alix : « Amis, hunt il grant gent ?

Par ma fei, sire, il Punt grant, verement; « Je no 'n sai pas lo nombre à escient, « Mas ballez mei un bon chival corrent

$45 « E unes armes qui sient à talent, « Jes esmerai, quar jo n'en sai nient. « Si lai m'enveies ge irai veirement. (f. 1 2)

« Une Nicolas ne garda sairement : « Il est trahitra, fei mentie epsament,

550 « Vers lui vodrai mostrer mon hardiment. »

Di

Lvn.

anz Alix, li dona bon destrer : Fors Bucifal nen aveit nul tant cher, Totes les armes qui sunt à chivaler. Il geta jus lo baston de pomer, 5 5 j Saisist les armes e saut sur lo destrer. Quant il fu sus ben sembla chivaler : Gent ot lo cors e lo viaire fer. Dist Alix. : « De vos faz mesager, Mas ors te vol par créance baiser. »

5 J2. // semble au premier abord qu'il y ait une lacune après ce vers; cependant on trouve de même, v. 693-6, une énumération dont les diverses parties ne sont point réunies par la conjonction e. ^9* volt.

50 MANUSCRIT DE L'aRSENAL.

560 Ce dist Sansons : « Conoistrai vos premer. »

LVIII.

Dist Alix. : « Molt es corteis, Sanson, « Jemais vers tei ne cèlerai mon non :

« C'est Alix., fil le rei Felipon.

« A Nicolas vol rendra gueherdon 565 « Deu rei mon père que gurpist sa rraison.

« A lui irez e vos e Festivon ;

(( Desores vol que siez compagnon.

« Ce me diras à Nicolas, Sanson,

« Que n'est pas ben que moirent tant baron. 570 « Par nos dos cors sia la contencon. »

l;

LIX.

i pro[s] Sanson, quant il l'oit parler,

! Une ne se pot à tenir de plorer : (v^)

« Deus, » dist Sansons, « te poscha aorer,

« De mon segnor que m'as doné trover ! » 575 Desent à terre del correor destrer,

Qu'el lo voleit baiser et acoler,

Et Alix, qui lo volt honorer

Desent à e fait que corteis ber.

Qui les veïst baiser e acoler $80 De frans donceus li poùst remembrer.

LX.

Q

uant Pot baisé e acolé asez,

Pois joi[n]st ses mains, à lui s'est commandez.

MANUSCRIT DE L*ARSENAL. 5I

Poist apela Festivon son privé : « Alez, » fait-il, « en la garda de Dé; 585 « Au Creator siez vos commandé. » Ambedui sunt en lor chival monté, Tant chivaucherent qu'il virent la cité.

LXI.

uant à la cit sunt li doncel venu ^'ost Nicolas virent de fors issu, $90 E Sun gran tref desus un poi tendu.

Devant son piz met chascuns son escu.

Les espez baisent e pognent de vertu.

Parme tôt Tost en sunt au rei venu ;

Devant son tref o esteient si dru 595 Li mesager sunt à decendu.

Sanson parole, Festivons s'est teû;

Li seneschaus son oste a coneù.

LXII.

L

i seneschaus reconut lo meschin (f. 1 3)

E dist au rei sempres en son latin : 00 « Par ma fei, sire, ça vei un pèlerin, « Il but er ser à ma copa d'or fin ; « Se li donai e pain e char e vin; « De mon ostal se leva oi matin. « Sel conois ben el paila costantin 05 « E à la teste 0 pendent si bloi crin.

604. Il faudrait al de mime qu'il y a k lu au v. suivant.

52 MANUSCRIT DE L'aRSENAL.

« Il a changé son baston pomerin, « Men escientre, por cel espé fraisnin. « Qui que il seit ben sembla de franc lin. »

LXIII.

Li proz Sanson conut lo seneschal : (( Sire, )) dist-il, « Deus te porgart de mal.

« 0 tei manchai er ser à ton ostal, « E oi matin m'en tornai tôt un val « Ultra cel bois, enz el chemin reial. « Lai encontrai un nobila vasal, 615 « C'est Alix, qui dona cest chival; « Il n'a mellor fors lo sen Bocifal. « Se Nicolas li vol tenir estai « Batalla'n ert une ne veïstes tal. »

LXIV.

Quant Nicolas a la raison : « Amis, dunt es, e cornent avez non ? Par ma fei, sire, hom m'apela Sanson. « Nés soi rei Daire, del meuz de sa meison, « Qui m'a chaicé par malvaisa achaison.- « Or me soi pris à un noble baron, (vo)

62$ « C'est Alix, filz lo rei Felipon;

« Par mai te manda e par mon compagnon « De la batalla seit en t'eslicion : . « Cent contra gent 0 ton cors contrel son. » Respont li reis : « Or oi ardi guiton.

615. Peut-être qui[m] d?

I

MANUSCRIT DE l'aRSENAL. 55

LXV.

630 Y^er Deu, Sansons, molt par es enuiere : 1 « Par ma citté passas er corne leire, V .XXX. citez vi tenir à ton père. « Il est mis uncles, je sui filz de son frère : « Mis cosins es, ben deis estra ajuere;

635 « E Alix, fu filz d'un enchantere. « Gurpis lo fil de la pute de mère; « Pois te menrai à Daire l'enperere. » Respont Sansons : « Reis, tro[p] par es parlere.

LXVI.

Par Dé, dan reis, molt avez dit grant falle, __,_ t( Vostra consel ne pris une mealle.

« Nen est pas dreiz que à mon segnor falle ; « Por dreit nient querez la desevralle. « Mas faites sus traire ceste rencalle : « Il esttoz prez que vostra cors asalle. » 645 Respont li reis: « N'est pas ben que l'en falle. « Se Alix, vent vers mei en batalle, « Nel défendra ni escuz ne^ventalle « Que tôt nel fenda enlros qu'en la coralle.

LXVII.

L'oz Alix, seit lai oltra passée (f. 14)

. ,_ « E li men seient de deçai en la prée;

6}o. Per en toutes lettres. 634. // faudrait bem. 6J9. Par en toutes lettres.

54 MANUSCRIT DE l'aRSENAL.

« Soz le pin seit la bataille fermée, « Quar Alix, meine trop grant potnée. « S^al premer cop eschape de m'espée (c Ne pris ma force une pome parée, 655 « Ben porra dira ne val une tostée.

« Trop par es jovne issuz de sa contrée. » Quant l'ot Sansons par poi ne traist s'espée.

LXVIII.

f:

lous reis, » fait-il, « molt poez menacer, « Vostra menace ne pris mie un dener ;

660 « Quant vos verrez Alix, au vis fer « Plus lo crendrez que aloe esparver. « Or vent li jors qu'il se voldra venger, « Qu'il vos toldra la corona d'ormer. » A icest mot si sunt pris li destrer,

66^ Par les estrés montent li chivaler. Tant chivaugerent li corteis mesager Que à lor gent vindrent à l'arberger.

Qïï'

LXIX.

uant li mesage sunt venu à lor gent Li proz Sansons del bon destrer desent, 670 E Festivons sis companz epsament.

A une part, auques secreement,

0 Alix, firent lor parlement ;

Que dux que contes i ot ben plus de cent.

E dist au rei molt afaiteament : (v°)

65). Se il del p. 664. Corr. as destrers ?

MANUSCRIT DE L'aRSENAL. 55

« Par ma fei, sire, Nicolas vos atent;

« De la batalla n'eschiva il nient,

« Par voz dos cors sera, men escient. »

LXX.

Li proz Sansons reparla en greceis : « Par ma fei, sire, encors dist il sordeis : « Que trop es jovnes issus de ton paeis « E estes fous e fera vos ce peis. « S'a lui jostez par vos dos el chaumeis, « Cha de son cop n'eschaperez anceis i< Tros que li jors vos semblera treis meis. » Dist Alix. : « Or ci vilain corteis. « Par icel Deu de cui ge tenc mes leis a J'en conquerreie de tés quaranta e treis. » "

a;

LXXI.

icest mot hunt lor consel fine ; •La nuit herbergent li baron par lo pré 690 Jusqu'au matin que parut la clarté.

Sonent li graisla, au gemin sunt entré.

Tant chivaugerent li chivaler prové

Que de Cesaire virent la fort cité,

L'ost Nicolas defors tôt' asemblé, 695 Le rei meisme suz lo pin adobé,

Prest de batalle e de son ost sevré.

Quant Alix, vit lo rei adobé

Fremist e jure à guise de desvé.

698. // manque certainement un vers entre les w. 698 et 699, omission

56 MANUSCRIT DE L'aRSENAL.

E Festivon cui il l'ot commandé. (f. 1 5)

700 D'un vert samit son bon aubère foré

0 un cisel menuement ovré

Danz Alix, l'a en son dos geté,

E la ventalle li lacent si privé ;

Pois lacce l'eume qui vaut une cité ; 70$ Sol li jargonce del cercle d'or listé

Relusent plus que chasteus enbrasé.

LXXII.

L'espée prent, si la cenc à sa guise g^

Desoz l'auberc sur la pellice grise,

Quant plus l'estrenc sis ardime[n]z aguise; 710 Ela fu cha au fort Rei[m]baut de Frise ;

Molt a duré, unques ne fu malmise;

Cent anz e plus fu en un sarco mise.

Reis Nicolas vit mal la guerre enprise,

Morz ert e pris, fuient en la devise ; 7 1 5 Nel défendra ni escuz ni chemise,

Elme ne brogne qui sur lui seit assise

Que tôt nel fende deci qu'en la peitrise.

LXXIII.

u col li pendent un fort escu bocler, Desus ert volt d'un grant peison de mer, 720 Daufm lo claiment cil qui[l] sevent nommer,

A'

qui s'explique d'autant mieux qu'au vers 699 commence un nouveau feuillet. On pourrait proposer : S'a son aubercmaintenant demandé.

708. Desor. 714. // serait plus naturel de lire: Pris ert e morz.

716. asissç.

MANUSCRIT DE l'aRSENAL. 57

Grant joie meine quant veit Taiqua trobler. Li enchanteres qui fist les es joster, Ot l'or d'Araibe sarcir e treschiter, Par nigromance les i fist acobler. (v«)

725 E cil lo prent, qui cuda surmonter Totes les genz o il pensa abiter.

LXXIV.

Antigonus Bucifal li ameine, Un bon destrer, une ne mancha d'aveine.

Engendrez fu en Tisle de Miceine 7J0 D'un olifant e d'une dromedaine.

.XX. anz e plus lo fist norrir en laine ;

Li reis Felis l'en traist à molt grant peine.

La sele fu de l'os d'une batleine,

E cel i monta quil tint en son domeine. 735 Quant il fu sus un saut fist par l'areine;

Plus esnist cler que ne ne chanta sereine.

Nicolas est entrez en molt mala setmaine,

Or est li jors venuz qu'il en aura estreine.

LXXV.

Quant Nicolas vit adobé lo rei A ses homes parole, si lor dit en segrei Que cha nus d'eus mal ir^ après sei, Oniz sereit, si emfrandreit sa lei.

7J7-8. Cts vers paraissent interpolis. 7Î9- lo re» adobei. 740. P.-i. parle à ses homes. 741- La première leçon était mal les aut apresser et a été corrigée en interligne et en marge.

58 MANUSCRIT DE l'aRSENAL.

Baisa la lance, met l'escu devant sei; E Alix, vint vers lui à desrei, 745 Lance baissée, le confanon desplei, De grant vertu se ferent li dui rei.

Di

LXXVI.

^anz Nicolas l'a premeiran féru Desoz la bocle, très en mi sun escu ;

Ne l'entama vallisant un fesîu, (f. 1 6)

7$o Sa hasta brixa, le confanun perdu.

Quant Alix, le vit si irascu

Sum bom corage nen a mie perdu;

Baisa la lance, fert per sum escu

Que tôt li a dépecé et fendu, 755 Lo blanco ubergo desmalé e rompu.

Vasta fu fort, il l'empe[in]t de vertu,

Rompet les ceingles, le arçom sunt fendu,

Petral ne reine ne li a rein valu,

Plena Vasta l'a a campo abatu; 760 Bucifal broca, sur li est coru;

Se Deus ne pensa ça sera malvenu.

Del for 0 trait les bom brando amolu,

Le qués che set i aura ça perdu,

Asavement l'a el costé féru. 76 5 Le chevo 0 tota la ventayle li a sevré del bu,

Una grant tesa si chi îuti l'ont veii;

749. Ce feuillet est, comme le fol. 9, d'une main italienne. 754. Ici et aux vers -jj-j, 778 et 794^ et est en toutes lettres ; partout ail- leurs il y a t ou un signe abréviaîif qui peut être rendu indifféremment par e ou par et.

MANUSCRIT DE L'aRSENAL. 59

Prende le nasal, Aristé l'a rendu; Per Festivon son ami e son dru L*a à son père envié per îrehu; 770 N'a pas falli, del tôt l'en a chalu, La citté prisî e tôt que mantenu Sum blanc argent e toi son or moluy Tôt lo dona e tôt l'a dispendu A sum bar nage qui emprès l'a seii. (v®)

LXXVII.

775 va citté prist e tôt lo mandement,

L-i Sales e tors e tôt qui ço apent,

P ailes d'Aufriqua, lo vin et lo piment,

Destrers et muls e tôt l'or e l'argent ;

A son barnage dona tôt e despent. 780 Ceus de la vile a pris per sairement,

Per homenage e per aliement

Qu'il liferunt tôt son commandement;

Totes lor terres e tôt lor feu lor rent.

Apres orrez tôt atiréement 785 De ses proeises, de son conquerement.

d:

e Daire lo persant si cum il l'oi conquis ' E del rei Porus dinde ^ qu'il chaiça e ocis E des bones Artus que il trova e quis, E de la fort cité î Babiloine qu'asis.

I. Ce vers et les i{ suivants correspondent à M. 249, 2 j -2 50, 4. - ?. Prons doindc. j. citre.

6o MANUSCRIT DE l'aRSENAL.

E de la voit de l'arbre qui de sa mort li dis,

Issi cum ' Apeles Vimage contrefis^

De Got e de Magot que il inclaust e pris

Que gemais rCenn istrunt tros venquege Anîichrisy

Del duc de Palatine qu'il pendi et ocis,

E si cum Aristoîes l'entroduist e apris,

La virîé de Vestoire si cum li reis le fis ^^

Un clers de Chasteldum, Lamherz li ton, Vescris î,

De latin o il ère qui en romanz la mis.

Ce fu el mei de mai que hom dit roveisons Qu'Alix, repare 4 de desduit de faucons A son maistre vient e à ses compagnons.

Fol. 17. La moitié supérieure de la page est grattée. On distingue encore la lettre initiale de chaque vers, les deux pre- miers exceptés : q, c {?), s, l, h, d, s, c, c, t. Le texte pour- suit ainsi :

Per brés e par mesages quant Daires ot apris Que Alix, s'est de la guerre antramis, Par trestotes ses terres enveie ses corlis E manda à toz ses homes que ben seit chascuns fis 5 Cil qui no ert à lui entros qu'à ,xv. dis Qu'il em perdra les menbres; ne l'en sereit aidis Li ors ne 11 argenz que ot Semiramis. E quant ot asemblé la gent devers Tigris

I. E sacu. 2. r. l'escris. 3. t. la fis, 4. reparent.

I et suiv. M. 254,7. "~- Per en toutes lettres. j. M. desi à .xv.

MANUSCRIT DE L^ARSENAL. 6l

Si ot .XXX. itant genz qu'Alix. n*ot Gris;

10 Mas par ço fu oniz e à la mort aquis

Qu'aus filz de ses garçons aveit son consel mis, Donées gentis fennes e es onors asis. Cil li unt si son règne afolé e malmis , (v°)

Les vilains cunfunduz e les borgeis enquis,

1 5 Ceus qui ne se rehement enmenoent toz pris ; A lor mollers en ont molt grant aveir tramis. Les povres chivalers ceus par teneit si vis Qu'asez sunt plus dolent que se il fusant pris ; E huntes et contraires hunt tant fait aus gentis

20 N^a home en sa contrée ne li seit enemis. E quant vent au besong, sur l'aiqua de Gangis, A dit li uns à l'autra : « Cha n'ait sanc paradis « Qui por malvais segnor se lait nafrer el vis, « Ne qui'n receit colée desur son escu bis !

2 5 « Combatent sei li serf dunt il a fait marquis, <f Qui noz avers nos tolent e tenent por chaitis ! « Cha cil n'aura la terre qui nos en face pis. » Or s'entorna chascuns tôt dreit en son pais ; Daires remest el champ come hom ses aidis,

30 Veit en aler les sens, si s'en torna fuidis;

E a dit à ses homes : « Cest mal m'avez vos quis : « Tant lor avez fait tort e desur eus enquis « N'a baron en ma terre ne me seit enemis, « Asez lo me mostrerent, hune dreit ne lor en fis;

14. M. h. ocis; 789 aquis. 16. Manque dans Af., mais se trouve ailleurs. 2j. por par un p barré; de même w. 51, 70, 74, 92, 2j. li fers. 29. Af. com li h. sans amis; 789 corn om amateïs. }i. Af. à ses sers.

62 MANUSCRIT DE L^ARSENAL.

3 5 « Or m'en peisa forment,tart est li repenti(r]s; (f. 1 8) « De vos me vencherai si'n poi estordre vis. »

Di

^aires fait sa besogna; quant il [I'] ot ordenée Molt par i ot grant masse de la gent desfaée.

Quant il furent ensens e l'ost fu asemblée, 40 Ensi cum li reis l'ot somose e ordenée,

Molt en i ot petit que son cors ne agrée.

E Deus ! tant bêle lance i fu lo jor mostrée !

Clers fu li jors e beus e gente l'avesprée ,

Des riches armes luist trestote la contrée, 45 Tant bon destrer esnis par icele contrée,

Tant bon hauberc, tante sele dorée.

De la gent Daire i ot grant asemblée,

Aus povres chivalers a tolut lor soldée.

Ce fu el meis d^avril, un poi devant l'essue, , - Qu'Alix, li reis a sa gent esmoùe, Por aler desur Daire à la teste chanue. Grant fu la gent qui lo jor fu moue ; Morz sera reis Daire sens nulla retenue. Sur l'aiqua de Gangis la r[i]vere unt tenue. 5 5 Alix, chivaucha sur la mule crenue,

Molt ot gent cors, fere l'esgardeure, (v°)

Grant paor a cil qui veit sa figure.

Li chivaler chivaugent la petite amblaùre.

37-48. Cette laisse manque dans M. 40, cume. 49. le m. 49 et suiv. Cette laisse et la suivante sont placées dans les autres mss. avant les deux précédentes, M. 2J2, 34 et suiv. 52-59. Manquent dans M., excepté le v. 54 qui revient plus loin (v. 62) et naturellement ne se trouve qu'une fois dans M. 53, Corr. M. ert. 58. âbblaure.

MANUSCRIT DE l'aRSENAL. 6^

La terre Daire ert tote confondue, 60 Portent li chivaler falcon de terce mue E girfaus ben muez et faucs de quinte mue. Sur l'aiqua de Gangis la rivere hunt tenue ; Ne remant sur la rive cigne ne bone grue Que ne seit des faucons e prisa e retenue. 65 Alix, chivaucha, qui molt fort s'esvertue, Totes les terres depece e fondue, Perdue est la bleve e la grant semeùre. Les vignes sunt gastées e totes derompues, Totes les genz des vignes à la cité s'en fue 70 Por la paor de l'ost qui si fere est moue.

60-1. Pour ces deux vers il y a dans M : Portent girfaus, fau- cons, oisiaus de mainte mue, et dans 789 : P. faucons mués, gir- faus de quinte m., vers qui prend place après le v. 62. 64. Qi de- scit. 6J-85. Ces vers sont un remaniement de M. 2J3, 5-17. Voici ce dernier texte^ corrigé à l'aide de 375 et de 789 :

Li rois est à sejor, ne vaut sa gent menue

Lasser ne anuier, car tost l'aroit perdue

Tant les maine souef que l'ost s'est enbatue

En la tiere roi Daire por cui ele est mcûe ; 10 Et puis que ele fu en la tiere enbatue

Ceurent par la contrée k'il trouvèrent vestue.

Peçoient hors et viles, castiaus sans retenue;

.11. cités i ont arses et la tiere fondue;

Prendent vin et forment et ferine molue, 1 5 Et pain et car salée et de la quite et crue,

Or et argens et dras et monnoie batue ;

Riens qu'il voellent avoir ne lor est desfendue.

Plusieurs de ces vers se sont conservés dans Ars.: 71-4 -=■ 6-9; 76-8 rappellent lo-ii; 80-3 correspondent à 14-7; 84= 13. Restent donc les w. 6J-70, 7$ et -jç)^ qui doivent être laissés au compte de l'auteur du remaniement et pour lesquels, par conséquent, il n'y a pas lieu à correction. Les w. 66 et j s se répètent et semblent inspirés des w. j 9 ou 84; le V. 79 répète à peu près le v. J9 qui est également interpolé.

64 MANUSCRIT DE L^ARSENAL.

Li reis vait à sejor, ne vol la gent menue Travaller ne lasser, quar tosl l'oùsl perdue. Tant la mena soef qu'ele s'est embatue En la terre au rei por qu'ela ert moue

75 Totes les viles arses e la gent confondue. E poises que l'ost fu en la terre férue, Gasterent la contrée qui molt esteit remplue De tôt lo ben del mont e garnie e vestue. (f. 1 9) Alix, chivauge tôt sa grant amblaûre,

80 Prenent pain e froment e farine molue, Or e argent e dras e monée batue. Vin veil e char salée 0 seit 0 cuite 0 crue, Ren qu'il voilent aveir ne lor est contendue. Dos cittez li unt arses e la terce fundue,

8j Par unt que que il augent la terre est confondue. Daires ot la novele^ quant il l'ot entendue Fremist e devint ners e toz li sans li mue. De mautalant a si la parole perdue Que il ne pot parler plus c'une beste mue,

90 Anz art d'ire e esprent e la chars li tressue. E quant l'ardors li fu un poi recorreiie. Si se dreice em pez por la mesavenue. Il tire e depeile sa grant barba crenue Molt par a grant dolor de la descovenue.

95 Entros qu'à quatre jors aura tel avencture Une tés ne vi[n]t à home par sa mesavencture.

75. viles, le copiste avait d'abord écrit vignes. 77. remplue, le copiste avait d'abord écrit pleure. 83. Rren. 92-6. Les vers qui se trouvent dans M. à l'endroit correspondant, sont tout différents.

D

MANUSCRIT DE L'aRSENAL. 6$

aires tramet ses hommes au fort roi Alix., Et cil i sunt aie qui ne l'osent ofendre.

Après cette laisse reparaît, cette fois à sa vraie place, celle qui a été transcrite plus haut :

Per brés et par mesages quant Daires ot apris

Mais elle n'est pas donnée complète : il n'y en a que les dix premiers vers; au 6* on lit plaidis au lieu de ûiW/;, au lo', fu vcncuz e sis règnes conquis au lieu de fu oniz c à la mort aquis '. Suit immédiatement :

Dès que Daires sot bien que ce fu veritez» (f. 20) Que la nois'e li cris de la guerre est levés, Il a î mandé en Inde par ses briés saielés Que ses hom Al. s'est vers lui révélés. Porus viegne en s'aïe ab [m]il de ses privés, Ja uns non i venra qui no seit bien loés : Il aura à son os, si'n iert aseùrés, Quatre .cm. sols de deniers moneés.

Le ms. de l'Arsenal continue à marcher d'accord avec M. jusqu'au châtiment infligé par Alexandre aux meurtriers de , Darius, c'est-à-dire pendant cent et quelques vers. Puis vien- nent ces deux laisses qui dans les autres mss., excepté 789*,

97. M. 25}, )j. i. Ces deux var. sont aussi la leçon ordinaire des autres mss.; c/. Af. 2J4, 12 et 16 [dans le premier cas la leçon de M. [ms. 786] est fautive^ mais voy. la var.). 2. Af. 2j j, 7- ). Ula. 4. Dans le ms. 789 l'épisode de la descente d'Alexandre au fond de la mer est placé au commencement du poème, dans ce qu'on peut appeler les Enfances Alexandre, et présenté tout autre- ment. Ce ms. n'a pas la première des deux laisses qui suivent.

66 MANUSCRIT DE L^ARSENAL.

sont séparées par l'épisode de la descente d'Alexandre au fond de la mer ;

Quant ensi ot li reis destruiz les traïtors ' (f . 2 2) E tormentés à forches e fait tels deshonors, De par totes las terres a mandé les doctors. « Seignor, » fait Al., « or me rendez les tors, (( Les chastels e les viles, les cités e les hors, « E ja vos recrestrai à trestoz vos honors. » Cil le funt volentiers, qui orent grans paors, E il comanda estre cel[s] que lui plaist segnors ^.

Ce fu el mes de mai qu'il se sunt combatu î, Alixandres li rois ot Daire en champ vencu. Quant ot en son domeine lo règne retenu, Ses privez ordeiné tés com ses plaisirs fu Qui par tôt Oriant li cuillent sen treù. Set jors unt sojorné, à l'huime sunt meù. (v) A l'issir del junois 4 sunt en Inde venu, Porus en estoit rois, uns hom de grant vertu, E ot [ot] soi mandé toz cels de Galeru , De ci qu'en Ethiope n'ot home remasu; Garimandois i vinrent qui por le chaut vont nu. Quatorze lies grant 5 en sunt li champ vestu ; Ja ne remanra mais si aura colp féru.

pvorus ot une fille qu'il aveit molt gardée

I. M. 259, 18. 2. segurs. ^ M. 266, 34. 4. deluinois: M. Si com issi yviers., var. jugnet. 5. Grant q. 1.

MANUSCRIT DE L'aRSENAL. ($7

Dans l'épisode de la lutte de l'armée d'Alexandre contre les bêtes sauvages, une petite différence se manifeste entre les deux leçons. Ces trois laisses du ms. de l'Arsenal ont dans M. un ordre différent :

Cil rebevent de l'eve o volsissent o non ». (f . 3 j v°)

Devant la mée nuit la vermine est » meùe J, Unques en nuille terre si grans ne fu veùe , Del chalt e de le soi lassaee e confundue. Par mi le fou se metent por le soi quis argiie. Li grans en va bien oltre, li fus les art e mue ; E arrière s'en vont quant de l'eve unt beùe.

Contra la mée nuit vindrent chauves soriz4; Si viennent es herberges, greignorsuntdegopiz, Ne mordent rien, sens 5 home, sempresne soit^ feniz, Mais li om en est tost respassés 1 e gariz. Des chivals e des bestes les ont si ^ degarniz; Molt en geterent mort, si cum dist li escriz.

Des cros e des crevaces eissent serpent coé 9 , (f . 3 6) Greignor sunt que colump qui se sunt dévalé. Après la mie nuit vindrent serpent cresté, De dous chiés u «o de trois sunt li plusor armé, De blanc e de vermeil sunt li alquant bendé;

I. M. 289,12. 2. e. la V. j. M. 290,15. 4. Af. 290,6. j . Af . fors 6. foiz àonX la dernière lettre a été corrigée en t. 7. trespassés. 8. Af mult. 9. Af. 289,15. 10. un.

68 MANUSCRIT DE L'aRSENAL.

Li oil lor reflamboient qui sunt enveriné; Par mi le fu se metent, si l'ont tôt esbrasé. Quant cil de l'ostle voient, si unt le hu levé '; Od espiés et ot lances lor sunt encontre aie. Qu'en diroie je plus ? trente en i sunt dampné Qui tuit sunt des serpens ocis e afolé.

>^ontra quatre loées devant l'auba aparant*.

Puis deux laisses comme dans M. Ensuite manque la laisse Es vous caus d'Etiopc sor h rive arestés (M. 292,16, à 293,3). Après la laisse :

Devant Tauba aparant vindrent niticorace ?, (f. 36v°)

manquent les laisses Des poisçons de l'estanc ont assis dévoré, et Ains qat les os sefuscent de l'estanc remuées {M. 293 ,17a 294, 1 6)*. Dans l'épisode Alexandre se rend, sous un déguisement, au marché octroyé par Porus, et se donne le plaisir de gaber le roi indien, plusieurs des parties comiques font défaut, ainsi la description de la jument que monte Alexandre (M. 296,1 1-20) et la laisse entière oîi, à son retour, il raconte aux siens son aventure (M. 298,8 à 299,2 ^ ) ^ Dans le récit de la bataille d'Alexandre et de Porus, manquent les laisses Quant furent ambes Àj. jostées les batalles, et Quant Alixandres voit la batalle en la prée (M. 303,26 a 304,23). Quelques vers plus loin, toujours dans le même récit, l'ordre des laisses diffère. Le voici d'après les deux textes. Les vers cités appartiennent au ms. de l'Arsenal ; les chiffres en marge indiquent l'ordre de M. :

I. hunt leu. 2. M. 291,1. j. M. 293,4. 4. Les mêmes laisses manquent aussi dans 789. i. De même dans 789, voy. fol. 5 $ a et h.

MANUSCRIT DE l'aRSENAL. 6ç)

I I i cons Aristes meine la compagne reial ' . (f.41)

M oit fu proz e hardiz Aminadab li reis », (v^) Duiz de chevalerie e satges e corteis, E dist à Tholomé : « Mal entras el chalmeis ! » Pent Tescu à sun col par la guige d'orfreis, Irez plus que lions vait les sauz agrieis 3. Tel li dona sur l'eume qui fu plus blans que neis S'el ponc ne li tornast ses bons branz vianeis Ja oust del vasal aquitées les leis. E Tholomés fert lui, qui ne fu pas galeis; Il li monstrara senpres un des cous bretoneis *. Antre lui e l'escu décent li acers freis, La guiga li trencha de l'escu lioneis ; S'il ne ganchis sur destre, mort Paùst demaneis. Aicest cop i pognent plus de .v.c. Indeis, Par force li rendirent sun hauferrant moreis.

Li dotze copaignon i sunt venu pognant, [(f.42) Ja hi aura féru, qui qu'en plor 0 qu'en chant. Filades part des rencs, si vint esperonant, Ne laissara n'asalla î un amiral persant. Tel li done en l'escu à or resplandisant Que deci el menton le va tôt porfendant. Il a estors sun colp, si l'abat mort atant, E escrie s'ensegne : « Baron, ferez avant! » E il se fièrent tuit manct e comunalmant 6;

I. M. }oj,i. 2. Cette laisse et la suivante ne se retrouvent pas dans M., qui en revanche offre (309,6-33) deux laisses consécutives (10 et II) que le ms. de l'Ars. n'a point. 3. ageis avec un i sus- crit au-dessus du g. —4. bretroneis. N 1. qu'il n'a. 6. manetre c.

70 MANUSCRIT DE l'ÂRSENAL.

Ot lor bones espées les vont fort démanchant'; A Tholomé rendirent sun bon chival corrant E li vasaus i monta tant acesmaeement ^ Qu'il n'i balla estref ni arçon nen i prant.

7 Porus vait par lo champ, qui sa grant gent enorte J,

8 Quant Porus ot rescos lo rei Salatiel 4.

9 Licanorz saut en pez cum hom de grant vertu. 5 (v©)

2 Eminedus broche lo bon chival liart. ^

3 Eminedus en va astez par la bataille.? (f.43)

4 Pilotes s'est armez desur un chival neir. ^

5 Pilotes sist armez el chival espaneis9 (v^)

6 Desur un chival neir Perdicas sist armez

1 2 Porus vait parlo chanp, des Grésfaitgrantmagrace. ' «

Plusieurs épisodes des Merveilles du désert manquent au ms. de l'Arsenal. La première lacune comprend 362 vers de M. Elle se place entre les deux laisses :

I. Corr. detranchant. 2. La fin du mot est surchargée. 3. M. 307, 34. 4. M. 308,7. 5. M. 308,30. 6. M. 305,17.

7. M. 305,30. 8. M. 306-6. 9, M. 306,23. 10. M. 307,6.

\\, M. 309,34.

MANUSCRIT DE l'aRSENAL. Jt

Quant il furent tuit oltra, sers e bas vespres fu '.

[(f-49v°)

et

A l'auba aparisant sunt monté li baron *. (f. 50)

La seconde, de 172 vers, est entre ces deux-ci :

Quatra s'en sunt torné qui au rei sunt venu î.(f. jov^)

Alix, chivauge lo poi de Falicost.4

Après cette tirade il en manque encore une (M. 336,10-21); puis l'accord entre ces deux textes se maintient jusqu'à l'épi- sode des pucelles l'ordre des laisses varie encore' :

I Molt fu beus 11 vergers e gente la praele^. (f. 54)

4 Devant la forest ot un poncel torneïz?.

5 Quant li reis vit les dos qui se vont défendant s. (v»)

6 Li viellarz li a dit que il fera laiser 9. (f- $ j)

7 Près de l'enchantement s'est cil ag[i]noillez. '^

8 Après lo rei si vont tuit li per essaier. " (v^)

I. 319,14- 2. W- 329,3$. 3. M- )ÎO,26. 4. Af. 336,1.

s. Les chiffres placés à gauche indiquent l'ordre des laisses dans M. Après la laisse 2 M. (342,22 à 343,4) en contient une (3) qui man- que dans Ars. 6. M. 341,22. 7. M. 343, J. 8. M. 34î,2i.

9. Af. 344,1. 10. M. 544,10. II. Af. 344)28.

72 MANUSCRIT DE l'aRSENAL.

2 Alix, comanda l'osl mener en avant. '

9 En la forest s'est Poz cele nuit ostelée. * (f. 56)

A cette dernière laisse manquent dans Ars. les derniers vers (M. 346,919). Puis vient dans les deux textes la laisse

Alix, apele les veillarz, sis conjure, î (v»)

après laquelle manque dans Ars. tout l'épisode de la fontaine de Jouvence. Le texte reprend à la laisse :

Al quint jor mut li reis, n'i vol plus demorer4.(f. 57)

et continue, d'accord avec M., jusqu'au combat singulier d'Alexandre et de Porus. Cet épisode est raccourci dans Ars. par la suppression des cinq laisses qui dans M, prennent place après celle-ci :

Ferement a Porus lo rrei araisoné. J (f. 63 \°)

Dans ces cinq laisses est racontée la mort de Porus. Comme c'était un événement essentiel qui ne pouvait être omis, le ms. de l'Ars. le raconte brièvement en quelques vers qu'il ajoute à la fm de la tirade dont le premier vers vient d'être rapporté. Voici cette fm, et le premier vers de la laisse sui- vante :

Porus ot lunge lance, lo rei a enversé ; Anceis qu'il fust à terre l'unt cil d'Inde uhé.

I. M. 342,9. 2. M. 344,35- h ■W- 346,20. 4. M. 3îi,ii. s- M. 365,$.

MANUSCRIT DE l'aRSENAL. 7?

Alix, salli à en mi lo pré, (v«)

E vit que Porus ot le pennil esnué.

0 does mains lo fert de l'espé nielé

Qu'anbedui li coltel li sunt el cors colé ■;

Tote pleine sa lance l'a mort acravanté.

L'arme s'en est alée, li oil li sunt torné.

E cil d'Inde e de Baustres sunt au cors asemblé.

Meismes Alix, l'a forment recreté

E de chivalerie e preisé e loé.

L

cors gist à la terre, li reis pas nel gurpi. *

q:

Un peu plus loin, la laisse le poète annonce qu'Alexandre sera empoisonné (M. 370,26 à 371,7), est très-abrégée dans Ars. :

[(f.65vo)

uant sevent li dui serf que pas ne remandrunt, Oez cum grant mervelle ? e quel péché i funl : Lo venin apparellent de que il l'ocirunt, L'endeman sunt meù, em Babiloine en vont.

Et la laisse suivante de M. (371,8-16) fait défaut*. Dans l'épisode de la reine Candace, manque la laisse i4/n/5, dist Tho- lomés, savoir dois et entendre (M. 378,32 a 379,2), qui du reste

I. La mime laisse se termine ainsi dans M. (36^,35 ss.) ;

Porrus ot longe hanste, si l'ot ains enversé Que puist à li ataindre ne qu'il l'ait adesé. Cil de Bastres cuidierent que l'eûst atieré : Tout hurtercnt ensanle et ont .1. cri levé. De joie c'ot Porrus s'eslaise en mi le pré. Alixandres saut sus, n'i a pas demoré, Ja comparra Porru se il l'a encontre.

i.il, 368,23. j.ucrmelle. 4. >lmj/4«e</<ïrtj 789 (vo/r/o/. 68c.).

76 MANUSCRIT DE l'aRSENAL.

« Li chef de zai de soz qui funt tel envahie, (( Ce est des .xii. pers tota la compagnie:

3 5 « Li uns voidra aveir tota la segnorie (c Si coma li Huns à la chère hardie ; « L'autra, qui est leuparz, lune lui ne cosent mie ; « Li terz si est li ors qui contre cels grongdie; (( Li quarz est li dragons qui contr'aus treisfoudrie,

40 « E li quinz, qui lops est, la rapine polplie. « Si tost com seras morz e ta vie ert fenie <c La guerre ert commencé[e] e ta terra sasie. « Faiz lo meuz que tu pois, mult est curte ta vie. » Deus ! » ce dist Alix. , « com faite desverie ! (f. 87)

45 <( N'est fez encontra aver, la letre lo nos crie; « Trahisons est amée e lehautez hahie, « Avarice est montée e largece faille , (( Lausenge est en cort, vertez en est partie ; « Encors sera el mont si granz la félonie

50 « Que ja hom n'aura cure ne d'ami ne d'amie. »

Quant Alix, ot de sa mort la rumor, Se a dit à ses homes : « Ja n'en menrai dolor, « Que ben sai de verte chascuns mort à son jor. « Se sunt mort devant nos tuit nostre ancessor. 5 5 « Laisom cest dul ester, menons joie e baudor, « Quar en dul démener a hom poc de retor. » L'endemain par matin n'i ot plus de sojor : Tant tost cum il perçurent del sollel la lujor, Dreit au temple Jovis [ejnmeinent l'aumancor

41. E si. 41-3. Ces trois derniers vers, qui terminent le v du fol. 86, sont de la même main que les derniers vers du fol. 8j. 56. n'a h.

MANUSCRIT DE L'aRSENAL. 77

60 Vestu e conreé à lei d'enpereor.

D'ilué l'en unt mené sus el palais auzor, Tumbent y Acopart e chantent jogleor. Lai poùsez veer maint maistre enchanteor, E furent plus de mil, que duc que vavasor;

65 Lai porta Thol. lo cepdre e Toriflor, E Ariste l'espée qui fu de ner color ; Dan Clins porta la hache qui covint à onor.

Por tota la merveille c'ont veù 11 devin, Ne qu'il hunt purparlé del rei e de sa fin, 70 Ne porta il lo jor de ren lo chef enclin.

Trestuit li .xii. per se lèvent par matin, (v°)

Avoc eus sunt li duc, li comte palazin;

Lo rei vont coroner de corone d'or fin,

A grant joie l'enmeinent jusqu'au temple Apollin , 75 Dreit desoz lo lorer qui fu josta lo pin.

La terre fu cuverte de polpra e d'ostorin ;

Li riche drap de seie furent mis par trahin.

Sur lo rei Alix., poroster lo chalin,

Firent un conopé de peile alexandrin. 80 Tuit l'en unt mené sus el grant palais marbrin;

Il n'i aveit celui n'ait pelliçon hermin.

Lo jor servirent tuit à la table del vin.

Le reste du verso est blanc, comme aussi le recto du fol. 88; le verso de ce dernier feuillet commence par une fin de laisse qui se rapporte à Ptolémée blessé devant Babylone. Ces

60. Vcstue. 68. Ou per, la panse du P couvre la seconde lettre.

78 MANUSCRIT DE L'aRSENAL.

vers se représentent plus loin (fol. 93) à leur vraie place. Suit immédiatement un morceau qui appartient en réalité aux dernières pages du poème, le passage dans lequel le poète s'adressant à ses auditeurs, leur recommande l'histoire d'Alexandre. Il commence par une lettre initiale très-ornée. Voici tout ce feuillet et le suivant :

Il li donnent à bevre por la chalor lascher; Lo chahaleit lo rei li funt apareller; En la cipté l'enportent li gentil chivaler. Alix, lo vit, rens nel pot corrocer ; 5 E aveit dit al mire que pens de l'espleiter. Plus li donra or fm que ne voldra bailler. Sire, ce dist li mires, yze laisez ester : « Tôt sain lo vos rendrai jusqu'à un meis enter. »

ez, franc chivaler, del mont la desvarie : [Avarice est montée par molt grant estoltie, Servizes est perduz e largece enhahie;

Or m'escoltez, baron, que Deus vos benehie!

Cui Deus dona lo sen ne lo deit celer mie,

Mas ben se deit garder que à tel gent lo die 1 5 Qui digne seit d'oir, quar zo est granz folie

Se nuils à son porcel ge[te] sa margerie,

0 qui vol por froment semer la jargerie.

Teus se tent a corteis plens est de vilenie,

Bontez est avilée e levé tricherie,

1 . 1 7, 2 }, 70, 72 . por par un p barré. Au lieu ^'ester, qui ne convient point à la rime, il y a au fol. 93 plaider (M. 412, 6, plaidier). 12. Ce vers et les suivants, jusqu'à la fin du présent extrait, cor- respondent à M. $48,26 à jjo,4.

78 MANUSCRIT DE L'aRSENAL.

vers se représentent plus loin (fol. 93) à leur vraie place. Suit immédiatement un morceau qui appartient en réalité aux dernières pages du poème, le passage dans lequel le poète s'adressant à ses auditeurs, leur recommande l'histoire d'Alexandre. Il commence par une lettre initiale très-ornée. Voici tout ce feuillet et le suivant :

Il 11 donnent à bevre por la chalor lascher; Lo chahaleit lo rei li funt apareller; En la cipté l'enportent li gentil chivaler. Alix, lo vit, rens nel pot corrocer ; $ E aveit dit al mire que pens de l'espleiter, Plus li donra or fin que ne voldra bailler. Sire, ce dist li mires, yze laisez ester : « Tôt sain lo vos rendrai jusqu'à un meis enter. »

ez, franc chivaler, del mont la desvarie : 'Avarice est montée par molt grant estoltie, Servizes est perduz e largece enhahie;

Or m'escoltez, baron, que Deus vos benehie!

Cui Deus dona lo sen ne lo deit celer mie,

Mas ben se deit garder que à tel gent lo die 1 5 Qui digne seit d'oïr, quar zo est granz folie

Se nuils à son porcel ge[te] sa margerie,

0 qui vol por froment semer la jargerie.

Teus se tent a corteis plens est de vilenie,

Bontez est avilée e levé tricherie,

1 . 1 7, 2 î , 70, 72 . por /J^r un p barré. Au lieu d'ester ^ qui ne convient point à la rime, il y a au fol. 93 plaider (M. 412, 6, plaidier). 12. Ce vers et les suivants, jusqu'à la fin du présent extrait, cor- respondent à M. $48,26 à jjo,4.

-^Itf^ {«ttiûif ^èeuf mrlxnar.

4 uiij ^iiwiKiwii'fMi Tniiiil rpiff" ^1»"

I IL •«rttnltlH>mtmlu4iCvTlfen?ntfe-4var: 1> 4{|no«Kce.nUcR!cefuncWuwtetflr'

cnCnr caikr «umr.ncm it'Mxrb'Ur.

cfeonc t»*iwW ttutttr 6w*C)Mtg»mr«ir- fti(i>cjp>tfwr<mi<ir<gitiègr n^jeur. ;^q| «Ôeir tbotiec cparar.

Àr^etMl S L.F iSa .

MANUSCRIT DE L'aRSENAL. 79

20 E cil si est honiz qui sert de janglerie ; Honors est déclinée, s'est procze faillie, N'ert ja mais recovrée si hom ne li haïe; Por zo lo die, segnors, si Deus me beneïe, Que voil que ma chançons seit de tel gent oïe (f. 89)

2 5 Qui ben sache entendre que ele signifie.

Qui chanta au cul del bof, sa rraizons est perie_, Qui vilan volt aprendre faire chivalerie, Ne de buzat hostor se peine e estudie, Cil est toz fous provez, la letre lo nos crie. 30 Salemons fu mult sages qui ce dit e otrie

Que costuma ensegne home e très ben lo chastie, Mas au lonc a nature tote la segnorie.

Segnor, cesta chançon devreient cil oïr Qui d'aut parage sunt e terre hum à bailir.

3 5 Li gentils hom malvais, cil fait molt à haïr,

Qui volt aver servise e donc nel set merir,

Mas proecze e lagerce funt ben terre tenir ;

Ice fist Alix, essaucer e thehir,

Quant il conquis lo monda trestot à son plaisir. 40 Cil qui se desmesure si pot molt tost geïr.

Ardiz fu Alix, hune ne degna fuir;

E fu tant larges reis, que qui lo vole servir

Unques de sun servise ne se pot repentir,

Ben sot cui det amer e cui il dut haïr, 45 Coment il dut doner très ben lo sot veïr.

Ne hune ne vole en cort faus jutgement oïr;

Ben sot prodome amer e garder e theïr,

40-52. Cette fin de tirade est remaniée, cf. M. $49,16-23.

80 MANUSCRIT DE l'aRSENAL.

Segont zo qu'il esteit e doner e partir. E quant venc en besong, ben se sot esbaudir, 50 E sot ben en estor premerement ferir,

Ne hune ne volsist d'orne la malvasté covrir. (y°)

Li gentil chivaler e li clerc sage e bon, Les dames, les pulceles ot la gente faiçon, Qui sevent de servise rendre lo gueherdon,

55 Cil devent d'Alix, escolter la chançon. Or s'en trahent en sus li aver, li félon, Quar ja ne lor fareit li oyrs si mal non ; Li curs lor durcireit encontra lo sermon. Fous est qui d^esbriver cuida faire falcon,

60 Ne de roncin destrer, ne lebrer de gagnon. Nature e norreture demeinent grant tençon Mas au lonc veing nature, ce dist en la liçon, E si'n trai à garent lo satge Salemon. Alix, le dist e mostra par raison :

6 5 Fous est qui conseil creit de serf ne de garzon, E qui en fait de nuil sergant en sa maison, S'il gahain i pot faire, ne dotta trahison. Ci devent prendra essemple li prince e li baron. Ardiz fu Alix, e plus fers d'un lion^

70 E satges por parler, larges por doner don. Del dreit sot e del tort faire devision , Por zo ot il lo munde en sa suggecion. Cil qui tôt volt tenir lo tôt pert à bandon, E s'est hom tost honiz par malvais compagnon.

58. Manque dans M. 66-7. Manquent dans M. 70. Manque dans M. 74. M. Souvent pert on grant cose par malvese ocoison.

MANUSCRIT DE l'aRSENAL. 8|

Cette page contenait encore trois vers qui ont été grattés avec beaucoup de soin, mais dont néanmoins la trace est encore visible. Le premier avait une initiale bleue et, par conséquent, commençait une nouvelle laisse. La comparaison avec M. indique que ce devait être la laisse : Li rois qui son roiaume viut par droit gonrner qui dans M. (550, 5) termine le poëme.

A partir du fol. 90 qui suit, l'encre devient'plus pâle, quoi- que l'écriture ne paraisse pas changer. A cet endroit reprend le récit de la guerre contre l'amiral de Babylone, brusquement interrompu après le fol. 8$, mais il reprend à un point plus avancé que celui nous l'avions quitté, et selon une version qui diffère notablement de M.

Or s^en vait l'amirant, tôt i lait son herneis; (f. 90) De cel[s] de Babiloine s'en vait li plus corteis, E li Gré les enchaucent aus chivaus qu'il hunt freis. Ot ceus de Babiloine se mêlent li Greceis, 5 Par les rues les chaicent e ferent demaneis. Très devant le palais s'est arestez li reis , Par tota la cité a fait crier ses leis Que cha mal se movra chivalers ne borgeis Ne mal i destendrunt ne pailes ne orfreis, 10 Que tôt que il perdrunt il lor rendra à peis.

i-io. Cette laisse qui manque à M. se retrouve dans 789 (f. 74 a), mais à une tout autre place : entre les w. 203 et 206 du présent morceau. 2. 789 en vont 11 p. 3. 789 qui sont f. Après ce vers 789 ajoute Ains ne (/. nés) pot retenir ne bare ne destrols. 4. 789 0 eus en B. 6. Pour ce vers, 789 : Et l'amir. s'en fuit, 0 luî mena .111. rois, g Ens u plus haut estalge du palais maglnois. || Es rues de la vile aresta 11 bons rois. 8. 789 ne vilains ne b. 9. 789 Ne mar destorneront. 10. 789 Qyar quant que.

6

82 MANUSCRIT DE l'aRSENAL.

Alix, li reis a prisa la cité. Quant Tamirant le veit grant dol en a mené; Sa blange barba tire, molt fort a sospiré, Ben seit que li Greceis l'unt tôt deserité;

I $ Pognant vait par lo champ, ben semble home desvé, La lance sur lo feltre a lo vair galopé; Enmé sa vie encontra Clincon enz en un pré, Grant cop li vait doner sur son escu listé. Si que tôt li a frait e son hauberc fausé;

20 Tant cum hanste li dure à terre l'a versé. Cil gehi del chival tôt dreit lez un arbre. Damideus lo gari qu'en char ne l'a toché.

•-X uant Cliz se sent à terre, n'i ot que corrocer. V^^Au plus tost que il pot est salliz au destrer,

2$ Pois a traite l'espée aus bruns costeus d'acer; Vait ferir l'amirant à lei de chivaler. Li reis lo vit venir, sot qu'il se volt venger, Membra li del grant cop qu'il li dona l'autrer Parme les denz devant d'un tronçon de pomer.

30 Fuiant s'en est tornez, que ne l'osa aprotcher. E dans Clins ponct après des espérons d'ormer, Tel cop li a doné jus le fait trébucher. Pois a traite l'espée dont li pons reluist cler, Le chef li pez sur lo grever.

3 5 Nabuzardan le veit, n'i ot que corrocer, (v°)

E ponct lo bon chival por son segnor venger;

J4. Les mots manquant ici ont été grattés, et on a écrit au-dessus quelque chose qui est également effacé.

MANUSCRIT DE L'aRSENAL. 8%

Grant cop li vait doner sur Pescu de quarter. E dant Clins ferit lui, qui nel volt esparner, Amont desus le heume qui molt fait à preiser;

40 Trestot Taporfendu entros que au braier; Li cors get à la terre, l'arma enporta avarser. D'iloc s'en est tornez, n'i volt plus demorer, E entre en la cité sens negun encombrer; E vent dreit au palais lo chemin plus plener.

45 Hoc trova le rei soz l'ombra d'un lorer; Entor lui sunt si home que il aime e tent ger. « Sire, )) ce dit dan Clins, « ne vos deit enuier « Si ge faz par mon brant dunt hom me deit preiser. « Je ai mort l'amirant qui fu filz Futifer. )>

50 E respont Alix, qui lo corage ot fer :

« Amis, de cest servise vos vol molt mercier, (c Ja n'aurai contra vos lo vallant d'un dener. » Antra ses braz lo prent, sil comence à baiser. Li reis monta el palais e o lui si princer,

5 $ E si duc e si conte e si gonfanoner.

Par son sens, par lor force, ot il à justiser Lo mont desoz lo cel, ja celer nel vos quer. Quant la morz enviosa li fist tal encombrer, Quar venin li dona à beivre por plaier,

60 Quar tolir li voleient ço que il ot plus cher : Ce esteit sa corone e son ceptre d'ormer. Or oez s'avencture à trait e sens danger : Nus hom qui sages seit ne s'en deit enoier.

j6. por par un p barri, de même 40 (porfendu), 81, 99 {la seconde fois, la première en toutes lettres), 188 {les deux fois), 214. 59- Corr. donerent?

84 MANUSCRIT DE L^ARSENAL.

Li reis de tôt lo monde est au palais monté _ j Par un degrez d'argent de grant antiquité. Au piler s'aresta qui fu d'or treschité E vit par lo palais la granda richeté De l'or, des margeries, qui fu al mur listé. Un faudestal aportent quatra rei coroné 70 Qui fu d'un grantbericle,cuvert d'un blanc cendé(f. 91 ) Li reis s'i est asis par grant nobilité ; Pois li hunt soz ses pez un eschamel posé De rubin qui reluist come fos alumé.

Alix, li reis ot la fere vigor, I j Qui unques nen ama félon ne trahitor, Coart ne trop engrés ni fol losengeor, Or [est] en Babiloine cum hom de grant valor. Je ne cuit qu'en cest mont oust unques melor, Si corteis ne si sage, si bon guerrieor.

80 Des chivalers de Grèce ot devers lui la flor Qui hunt sofert por lui manc freit e manc ardor, Tanta faim, tanta sei e tanta aspre dolor, En terre de Persie e en Inde major, En Caspeis e en Baustre 0 orent grant tristor,

85 E pois en Etyope, 0 est tés la chalor

Qu'es maisons desoz terre dorment trestuit lo jor E la nuit eisent fors e si funt lor labor. En Inde la salvage firent il manc estor, Entor la roge mer se sirent il un jor

90 E prirent par grant force la terre Arabior ; Lo flun Jordan passèrent tuit li Macedonor. Cil de Jerusalen, li Jueu ancessor,

MANUSCRIT DE L'aRSENAL. gj

Vindrent contra Alix, ot lermes e ot plor, Revestu come prestre de cisclatons am flor, 95 En granz lanternes d'or qui funt grant resplandor; E portent le haut nom de Deu lo creator Enmé lor fronz escrip, par creime de paor. Quant les vit Alix, si'n ot molt grant tendror, De tût les clama quites por Deu e por s'amor.

100 Quant dedenz ot esté lo mangne empereor, En la sancte citté ne fist autra demor; Des Ebreus prist congé, torna s'en à baudor, E vint à la mer roge e trestuit se contor. Les granz monz des areines am chaut e am suor

105 Passèrent li Greceis par force e par vigor; (v^) Soz Monte Sinay lai firent lor sojor E tendirent lor tentes de diverse color. Quant sojorné se furent la genz de grant valor En Egipte s'en vindrent senz dotte e sens cremor,

1 10 Le flum de Paradis passèrent sens destor.

b;

,abiloine fu prisa si cum vos ai conté. Li reis a vit sa gent, si l'em prist grant pitez; Par un sen mareschal sun barnage [a] mandé; Si lor a dit à toz par bone volenté : 1 1 j « Ami, bon chivaler qui tant m'avez amé, « La vostre grant merci de ce qu'ai ci trové. « Esgardez quel aveir e com grant richeté ! « Par vos l'ai ge conquis, vos m'avez tôt doné. « Or em pregne chascuns tant cum li vint à gré,

9j. Corr. Ot g. ? 107. diverses.

86 MANUSCRIT DE l'aRSENAL.

120 « Quar toz jors m'avez faite tota ma volunté. « De tant con ge porrai vos ert gueherdoné ; (( Longues emprès ma mort vol qu'il en seit parlé. » Li reis sist au palais de grant antiquité, m ot molt fer lo vis e ben encoloré,

1 2 5 Regart fer cum lions qui est enchaené,

E tint lo brant d'atcer au pom d'or afmé. Sovent muot color e rendeit grant clarté. Un' hore esteit toz verz cum est erba de pré, E poiz trestoz vermeux corne fos enbrassé. 1 30 Blanchor aveit après, n'en dirai fauseté, Epsament cum li lirs; oez quel dignité! Li reis leva le brant, si l'a un poi branlé, Li oz en retentist, tant par a cler soné ! Dos cenz serchanz apela, si lor a commandé

1 3 $ Qu'il s'en augent es chans 0 l'estors fu josté,

E querrent l'amirant lai 0 il fu tué.

E li vasal s'en tornent quant il l'ot comandé,

Il sunt venu au champ, si l'unt iloc trové

0 Clins li filz Carduit li ot le chef colpé; (f. 92)

140 Pois l'unt levé em bera, el palais l'unt porté. Quant lo vit Alix., si l'a molt regreté E de chivalerie molt prisé e loé. Ovrir le fist li reis devant tôt son barné, E l'entralla del cors, vehentlui, fors geté;

145 De vin e d'aiqua rose si l'unt après lavé, E pois l'unt come rei e oint e enbasmé. E quant il l'unt trestot en ordre conreé Amon[t] Tygris lo flum, vers Alphat, l'unt porté. Iloc hurit un sépulcre basti e manovré;

MANUSCRIT DE l'aRSENAL. 87

I $0 E quant il l'orent fait, lo cors unt enz posé, Lo cuvercle desus i unt ensaelé ; E li baron l'unt planct e li serchant ploré, Quar il lor aveit molt e promis e doné. Alix, li reis i fist une citté,

1 5 5 De son grant n^ot si bêle en trestot lo régné. Alix, l'apelent, cest nom li ont doné, E set desur Tygris lo flum de grant beuté.

La citez est asise sur lo flum sagement; Molt ot bêle rivere si cum aval décent;

1 60 La gravele de l'aiqua reluist cum fait argent. Lai greiffent esmeraudes, prenent norrisement, E autres bones pères de riche chasement. Tostens i trova hom aiglenters e piment, E flor qui renovela e eist tant docement

165 Que tôt replenist home qui la doçor en sent. Li fluns est molt vallanz qui tel aver porprent; E la cité marbrine fu faite maistrement 0 Tamiranz fu mis quant ot defmement. Quant li home Alix, l'ont servi richement

170 Retornent s'en arere trestuit hastivement.

A'

lix. ot fait l'amirant conreer;

Des barons qu'ot perduz se prent à dementer, Li cors li atendroie, si prent à sospirer, (v°)

Il ne se pot tenir, anz se prent au plorer. 1 7 $ Dan Clinz li filz Carduit lo prent à conforter :

172. A partir d'ici l'accord reprend^ sauf de nombreuses variantes d'expression^ entre Ars. et M. (411,12). Cette laisse manque dans 789. 175. M. l'est aies c.

88 MANUSCRIT DE l'aRSENAL.

« Sire, )) dist li vasaus, « laisez cest dol ester, « Quar en grant dolor faire ne pot hom recovrer, « Ne en plor mantenir nulla ren gahagner. « Ice sagez vos ben, n'es pas à deviner,

i8o « Car il nos covent toz parmé la mort passer. « Ja n'enn i aura un qui s'en poscha eschaper, « Ne cha uns ne porra sun terme trespasser, « Ne cha nus ne porra sun péril destorber. « Faites querre vos morz, sis ferons enterrer;

18$ « E les vis faites prendre, si les ferons saner. « Sos cel nen a tel chousa cum leauté mener. Par fei, » dist Alix., « molt savez ben parler : « Por nient i vendreit nus clercs por sermoner. « De ço que vos me dites nos covent à penser. »

190 .XXXV. chivalers en a fait apeler; De devant Alix, en sont venu ester. « Oiez, franc chivaler, que je vos vol conter : « Alez mes barons querre^ sis porriez trover, « Licanor e Pilote, Perdicas, Tholomer,

19$ (( Listeu e Licomas e Festivon le ber, « Aristé mon parent que je sol tant amer, « Eminedum d'Aufage qui fu filz Josuer, « Anthiocum lo fort, celui ot lo vis cler, « E pois Antigonum de Galipe sur mer;

200 » Les vis ferons garir e les morz enterrer. »

177. M. Onques en g. duel f. ne vi riens conquester, 178-83. Ces vers, qui sont un pur remplissage, manquent dans M. 184. M. les m. 185. M. Et les navrés ferés à vos mires s. iS6. Au lieu de ce vers M. : A prendre Babilone poés bien recouvrer. 188, Manque dans M. 189. nos, ms. uos. Après ce vers M.: Jou ferai votre los, n'i voel plus demorer. 190-200. Manquent dans M.

s;

MANUSCRIT DE l'aRSENAL. 89

ire, » ce dist dan Clins, « ce est molt grant conforz « Que Aristés est vis, Philotee Licanorz. [(f. 9^) « Cil qui les irunt querre portent aiqua en lor corz, « Qu'il ne sient esteint del chaut qui est si forz, 20 ç « E querrent Tholomé grant pecce lune des morz. « Oi main lo vi gehir soz Tescu de Niorz; « De ceus de Babiloine il laisa tant de morz « Que sis chivausesteit ensanc entrosqu'ausgorz. »

Li reis i enveia e fist les rens cerger, Les morz e les nafrez trovent par lo verger.

Grant pecce lune des autres, lo trait à un arger,

Troverent Tholomé desoz un aiglenter

Cuvert de son escu, ne se poeit aider.

Il li donent à beivre por la chalor laiser. 2 1 5 Le chaaleit lo rei unt fait appareller ;

A l'auberge l'emportent li gentil soldaer.

Quant le vit Alix., rens nel pot corrocer;

Molt docement lo baisa, qu'il lo teneit molt ger.

A un sen mire dist : « Pensez de l'espleiter ; 220 « Plus vos donrai or fin que ne voldrez baller,

« Mas cez me rendez sains, qu'il en ont grant mester.

Sire, )) ce dist li mires, « ja n'enn estut plaider,

« Tût sain le vos rendrai jusqu'à un meis enter. »

206. M. Envers estoit ccûs sor l'escu de marmors. 207. des m. 208. M. dusc'as argors. 209. M. 411,31. 212. M. sous l'ombre d'un lorier; 789 d. .1. olivier. 214-23. Nous avons déjà vu ces vers f. 88 V {ci-dessus p. 78). 21 j. M. (d'après 37 j) A .11. chevaux li font .1. lit aparillier; 789 Le plus cier lit le roi ont fait a. 216. M. droit au tref Al. portent le chevalier. 217. M. n'i et que c. 218. Manque dans M. et 789. 220. Manque dans 789. 221. Manque dans M. et 789. 223. Ars. Toz sains les.

90 MANUSCRIT DE l'aRSENAL.

En un leit de fin or funt Tholomé colger, 22 j Cuvert d'um blanc diaspre qui molt fait à preiser. En l'ost i funt grant joie serchant e chivaler.

L

a bataille fu faite e prise la citez.

Les deux textes sont d'accord jusqu'à M. 4^, 7, point le ms. de l'Ars. contient en plus la laisse ci-après qui se trouve dans plusieurs mss. En note sont données, à titre de spécimen, les variantes de 789 :

Sire, )) dist li vaslez, « mervelle dirai grant: (f. 99) a Ce sunt does puceles qui lai venent chantant; (( Chascune devant sei fait traire un auferrant « Cuverz tros qu'enz aus pez d'un paile flambeiant; 5 « E chivaucha chascune un palefrei ambiant, « Ne cuit qu'il ait mellors en trestot Oriant. « Sur l'arçon de derere e sur celui devant « Lor pendent li chevel bel e blois e lusant. « Unques si bêles fennes ne vi, mon esciant;

224-26. Manquent dans M. 226. i semble gratté, cependant une syllabe est nécessaire pour le vers; on pourrait proposer en. Entre ce vers et le suivant, il y a dans M. un long récit de la lutte de l'amiral et d'Alexandre, lutte qui se termine par la prise de Babylone. Mais cet événement ayant été raconté plus haut d'une façon beaucoup plus brève par Ars. (/. 90, ci-dessus p. 81), le récit de M. devait nécessai- rement être supprimé. 789 est d'accord avec M., sauf qu'il n'a pas' les laisses, assez insignifiantes, oii Alexandre donne l'Egypte à Ptolémée, et se prépare à marcher sur Babylone (M. 412,8 à 414,27). 227. M. 446,23. 1. 789 (/. 78 c) li garçons ce est m. g. 2. .ij. damoiseles. 3. d. lui. 3-6. L'ordre des vers dans 789 est 3, 6, 5; /e V. 4 manque. 7. de la sele et derier et d. 8. Lor gisent lor c. comfin or reluisant. Ars. bels e b. 9. Ains mais tant b, dames ne vi en mon vivant.

MANUSCRIT DE L'aRSENAL. 9,|

10 « E unt espées cenctes dunt riche sunt li brant, « E font porter lor armes par mervellos semblant, K Escuz à bocles d'or, li heume sunt lusant; « Lor lances sunt agûes, li gonfanon pendant, « E les chauces de fer, li hauberc jacerant,

1 5 « Plus bêles damiseles ne vit home vivant.

« Un présent aconduient molt riche e molt vallant: « La dame de Mazoine Alix, al persant « Le tramet e enveie por aver pais avant ; (y°) « Ne vol que sis reaimes seit gastez tant ne quant,

20 « E dit que chascun an l'en donra autretant. « Par mei vos a mandé, gel vos di à itant, « Que les alez conduire par vostra bon talant. » Quant dan Clins l'entendi, si respont en riant, E dist à Aristé : « Car jalons pognant. »

2 5 Lor chivaus demandèrent que meinent dui enfant.

D

es palefireis desendent, si montent aus destrers.

Après cette laisse, Ars. a, de même que d'autres mss., celle-ci qui manque à M.

D

an Clins vint à Florete, par la renne la prent; El ne fu pas vilaine, volenters le consent.

lo-j. Manquent. i6. et merveillex et grant. 17. La dame d'Amassone au gent cors avenat; Ars. La reine de Macédoine; la forme Mazoine, reçue dans le texte, se trouve au fol. 9j r (= M 449, 4).

18. L'envoie à Al. le frot [sic) roi conquérant. 18, Ars. por par un p barré. 18. Entre ce vers et le suivant, 789 : Por ce que li ajut de cest jor en avant. 19. voit li rois degastant.

20. Manque. 21. Si vos mandent par moi, je le vous di atant.

22. que nus faus ne s'en vant. Entre ce vers et le suivant, 789: Qu'en ne lor facent {sic) honte ne anui tant ne quant. 2j. Si a dit en. 25. Que tinrent li serjant. 26. M. 454,8.

93 MANUSCRIT DE L'aRSENAL.

Aristés prist Beuté par la renne d'argent ;

Celé fu proz e saive qui pas ne li defent. 5 Li uns parla à Tautra d'amors e de jovent :

(( Pucele,» dist dan Clins, «faites me un convenent,

« Que me dites vostra estre, dunt estes, de quel gent?

« Coment avez vos nom ? ne m'en celez nient ;

« E ge vos redirai de mon estra epsament. (f. loo) 10 Sire, « dist la pucele,. « au Deu comandament;

« Je dirai volentera tôt lo vostra talant;

« Je soi molt gentil feme e trestuit mi parent,

« E si ai nom Florete. » E quant dan Clins l'entent

Dunques li respondi e dist molt gentement : 1 $ « Bêle, la vostra amor m'otriez leaument,

<c E vos aurez la meie sens nul deveement.

Sire, » dist la pucele, « je l'otrei bonement

« Que vos aiez la meie sens nul destorbement. »

Quant dan Clins l'entendi^, molt grant merci l'en rent; 20 Quatra feiz la baisa par amor docement,

Lor amistez aferment amdui molt leaument ;

Pois l'ot il à moller, si l'estoire ne ment.

A

ristés e Beutez parolent en requei

De l'entrevue d'Alexandre avec la reine des Amazones *, le ms. de l'Arsenal passe immédiatement à son retour dans Baby-

7. Ars. dum e. 9. 789 le mien tout vraiment. i. M. 454» '7- 2. Amabel dans M. 456,31; dans Ars., à l'endroit correspondant on lit :

Panthasilée ot nom, e volenters guerroie, (f. 102)

Amie fu Ector, por lui ala à Troie.

MANUSCRIT DE l'aRSENAL. 9J

lone, omettant la lutte contre le duc Melchis, la prise de Defur, et les incidents qui marquent le retour d'Alexandre (M. 459 à J20, 22). Le texte reprend ainsi ' :

Quant la reine fu au palefrei montée, (f. 105)

Congé a pris del rei, si s'en est retornée;

Jusque Meothodie n'i ot renne tirée.

Quant ot lo flum passé, si fu en sa contrée.

E li reis Alix, a sa veie astée; ^

En Babiloine en vint à Puitisme jornée.

Or sera de fin or sa teste coronnée.

A la page suivante un nouveau désaccord se manifeste. Dans M. une même laisse ( 501, 9 à 502, 20) contient l'ana- lyse de la lettre écrite par Olympias à Alexandre afin de le mettre en garde contre Antipater et Divinus pater, et la men- tion des lettres d'Alexandre à ces deux personnages. Ce second point commence dans Ars. une nouvelle tirade et y est traité plus explicitement que dans M '.

I . Naturellement les quatre premiers vers manquent dans M. Ils ne sont possibles dans Ars. que parce qu'il vient d'être question de la reine des Amazones. 2. M. îoo,2}. 3. Voici dans M. (501,34 ss.) le passage correspondant :

Li bons rois Alixandres oui proecce tenoit Et ounor et largesce sor toute riens amoit , Pense en son corage et de çou s'avisoit Que il les traîtors per lettres manderoit, P. Î02 Et que cescuns venist à sa cort orendroit, Si cier qu'il a sa vie et soi de rien amoit, E la tiere autresi que douné lor avoit. Et scuissent de fi icil ki n'i venroit j Que tous jors de sa vie deserités seroit, Et puis à .1. gibet cescun balanceroit. Li rois manda .1. clerc qui escrire savoit; Teus lettres li devise li rois que il voloit.

O

94 MANUSCRIT DE l'aRSENAL.

Quant la chartra fu lite, li reis s'est porpensez f. 104) Que il un' autra feiz les aveit cha mandez; Il ne volent venir^ si s'en est aïrez. Un bref lor trametra qui ben ert saelez;

Et li clers fu soutius : qui mult bien l'enditoit, 10 Li clers el parcemin de son encre escrisoit,

Et quant les ot escrites li clers, si les clooit,

Et li rois Alixandres apriès les saieloit.

Puis huça .1. mesage que durement amoit,

Les lettres li douna, et cil les recevoit; 15 Dist lui que il ces lettres Antipater donroit,

Et Divinuspater qui à Tir demoroit.

Et li mesages dist que il bien le feroit

Et que il le mesage, molt bien lor conteroit.

Et li mes est monté, que riens ne detrioit; 20 Entra en son cemin et erra à esploit.

Enfresi que à Tyr n'est li mes arestés.

Le fel Antipater a ilueques trouvé.

De par roi Alixandre li fu li bries dounés.

Et li fel l'a saisi qui en fu adolés. 25 A .1. clerc le bailla qui bien estoit lettrés.

Et li clers les saisi, si fu dessaielés;

Si les lut en oant, ne s'i est arestés.

Tout si corn Alixandres li rois les a mandés.

Li traïtor l'oïrent, es les vous aïrés; 30 A poi que il ne crievent, si fu cescuns enflés;

E dist li .1. à l'autre : « Or somes mal menés;

« Est donques Alixandres issi desmesurés

« Qui cuide de nos faire isi ses volentés ? »

Li traïtor félon, cui Dex doinst enconbrier! 3 5 Ont oies les lettres et dire et retraitier Que li rois Alixandres lor a fait envoler. Quant oent la parole n'i ot que courecier, Quar il oent la lettre et dire et tesmoigner, P. 503 U il voilent u non lor estuet cevaucier. Monté sunt li félon, n'i osent detrier; En Babilone en vont por lor droit desrainier Al bon roi Alixandre que de rien n'orent chier. j Si com il cevauçoient andoi le jor premier Li .1. des traïtors vet à l'autre acointier. Ce dist Antipater : « Moult nos puet anoier « De faire mauves plest tant c'on se puist aidier. »

MANUSCRIT DE l'aRSENAL. ^

5 II ne lor manda mie ne saluz ne bontez, N'amisté ne servise qui seit en bref nommez, Anz i a fait escrire : « Oez e entendez : « Sachez vostra servises vos ert gueherdonez. « Je vos mant e comant que vos n'i arestez

10 « Que ne vengez à mei quant icest bref verrez, « Quar ge vos vol veer ainz que mais seit passez. « Aceusquilesbrésportenttozvozchasteus livrez.» E cil li respondirent : « Si cum vos commandez. » Les brés unt pris del rei, li conseus est fmez,

1 5 Montent es palefreis, ec les vos desevrez. Entreci que à Tyr ne fu li freins tirez ; Antipater i fu de Sidoine apelez (y°)

Que lai esteit venuz à uns plaiz devisez. De part rei Alix, fu li brés présentez,

20 A un clerc l'unt fait lire; quant il fu esgardez E il l'oent espeudre, ec les vos si desvez Par un poi qu'il ne crèvent, si fu chascuns enflez.

Quant li dui serf l'entendent n'i ot que corrocer ; 0 il voilent o non les estut chivauger 2 5 En Babiloine au rei por lor dreit desraisner, E, se il sunt colpable, por la merci crier.

Dist Divinuspater : « Bien vos sai consillier :

10 « En une autre manière nos en estuet vengier.

« Par force nel poriés grever ne enpirier,

« Qu'il est sires del mont, ce poons aficier.

« Maint gentil chevalier a il fait encombrier,

« Et tolue sa tiere et vif fait exillier.

15 « Et ocis à dolor et à grant enconbrier.

« S'engiens ne nos aïde, force n'i a mestier. »

Fait Divinus pater : « Antipater, amis.

96 MANUSCRIT DE l'aRSENAL.

Si cum il chivaujoent il e lor escuer,

Ce dist Antipater : « Molt nos pot enuier,

« Ciz reis nos tent si vis corn si fusons bergers;

30 « Quant noz chasteus rendons poi faisons à preiser; « .VII. anz l'en poùsons richement guerrier, « S'oûsons asez quis à heure et à menger; « Dementres li poùst venir tés destorber « Que ben oùsons pais senz nulla ren doner.

3 $ « Por malvais est tenuz li hom e por laner

« Qui fait nul malvais plait tant cum se put aider. » Divinuspater dist : « Molt vos vei esmaier, « Si vos ousasa dire, ce vos vol acongter « Que ben nos en porrons del tôt en tôt venger.

40 « Ren n'i feront par force, ne vos oquer celer; (( S'engins ne nos ahie, force n'i a mester. i( Fortune qui l'a fait sur la roe monter « L'en reface par tens cheïr e trébucher. « Nen a il tôt lo monde par force à justiser, (f. 105)

45 « De tôt fait quant qu'il volt, Deuslidoinst destorber!» Oez^ segnor que dient del bon rei dreiturer Qui les a mis sur l'or e sis trait del femer; Por son gentil servise li donront mal loier. Molt lo vont menaçant li dui serf pautoner,

50 Le règne que il tent ne li volent laiser Ne la corone d'or ne lo ceptre d'ormer; De lor segnor se volent senz achaison venger.

C

e dist Antipater : « Grant folie fesis

38. acongter, p.-ê. le g est-il pointé. H- ^- )^hn-

MANUSCRIT DE l'aRSENAL. 97

Un peu plus loin, juste avant le morceau que divers mss. intitulent La signification de la mort d'Alexandre (B. I. 791 f. 98) ou encore la seconde signification, etc. (B. I. 792 f. 139), Ars. contient ces vers qui ne paraissent pas se retrouver ailleurs :

Or aprosme li tens d'acomplir lor talent; (f. io6) defors la cité, en un riu bel e gent, Décent Antipater, sis companz epsament, Por chancher vesteûres, quar il sunt tuit sollent. 5 En un ruisel se bagnenl qui de beuté resplent, E quant se sunt bagnez prenent lor vestiment. Veslu sunt e chaucé de polpra richement E unt pigné lor crins o un pigne d'argent. Pois montent aus chivaus, si s'en vont bêlement. 10 Molt sunt fel 11 viellart e plen de mantalent : Au bon rei Alix, aportent tel présent Dunt trestuit cil qui l'aiment serunt grain e dolent.

A l'esua de Mai, tôt dreit en cel termine

La scène du commencement est racontée en deux laisses qui manquent à M. Après la laisse

L'

i termes est venuz que 11 arbre orent dit »

il y a dans Ars. :

2. riu, corr. Hu. 4. Por par un p barri; de même aux vers 30 et ^S du morceau suivant. 5 . ruisel sel se b.

1. M. 506,1. 2. M. 507,29.

7

98 MANUSCRIT DE l'aRSENAL.

Li reis par manctes feiz a ses barons mandez , Duxe princes e contes e ses autres fevez;[(f. 107 v) Cel jor tint aute cort, que il fu coronez. Plus richement de lui n'ert mais reis atornez : 5 Sa corone fu d'or, pères i ot assez, Jargonces, estopaices e safirs nielez. Sa mollers Rosenés, qui tant aveit beutez, Fu iloc coronée e sis cors honorez; Cors de si bêle fenne ne fu anc mais trovez. 1 0 Qui veïst son viaire cum il ert colorez ! De blanc e de vermel esteit antremeslez. Sos cel n'a si dur home, tant seit vilains provez, Si esgardast la dame ne fust d'amors nafrez, Tant ert de bones deges sis cors enluminez ! 1 5 Quant fu faiz li servises, en versaeus chantez, Li reis issit del temple hautement coronez. Tolomez e dan Clins vont devant lez à lez ; Cel jor fu li vasaus de manc home esgardez : m ot larges espalles e ben faiz les costez 20 E grant enforgeûre, s'ert d'or esperonez, (f. 1 08) Chaucez fu d'um blanc paile à oiselez ovrez, De blanc ermine ert li bliauz forez. Molt esteit genz li reis e de cors acesmez, La corone sostindrent dan Clins e Tolomez. 25 D'autra part Perdicas, qui molt ert sis privez, Qui pois fu reis del règne Alix, clamez, Eminedus d'Aufage, li proz e li senez, '■ Teneit une gisarme dunt li fers esteit lez

22. Il y avait d'abord esteit, leçon qui a été exponctuée.

MANUSCRIT DE lVrSENAL. 99

E li atcers tranchanz e li manges dorez , 30 Por ço qu'à icel' ore ert li reis terminez

E cel jor deveit estre morz e enpoisonez.

Grant place li faiseient environ de toz lez ;

Par ces rues à voûtes orent tapiz getez

E desus Alix, portent pailes roez 3 5 Por l'ardor del solleil, que li chauz est levez.

Tros qu'au mestre palais en fu ensi menez ;

Au templa ancianor fu li reis desarmez

De la corone d'or dunt il ert coronez.

Les tables furent mises, s'est li mengers criez ; 40 Tés s'i asist à joie qui en leva troblez :

Ce fu li reis meïsmes qui fu enpoisonez.

A grant joie amenèrent le rei macedoneis. (v°) Qui donques reveïst sa moller Rosenés

Ensi cum li baron la menoent après ! 45 Ne fu plus bêle fenne dès lo tens Moysés.

Sa corone sostindrent Lioine e Filistés ;

Desus tindrent un paile Caulus e Aristés

Que li chauz ne li arde lo vis ne lo paies.

En la chambra l'enmeinent à grant joie e à pés, 50 Sa corone receivent li dui fil Aminés,

Ses dras li unt ostez quar li chauz est engrés,

A joie sunt asis al menger el paies,

Mas ainz serunt iré qu'il en relèvent mes.

^^er tota Babiloine a fait li reis crier

)i. Corr. En c? 52. el m. al p. $4. M. 508,3. Per en toutes lettres.

100 MANUSCRIT DE L'aRSENAL.

Après la laisse

Q

uam li reis ot beu si li freidist li cors

qui termine le v* du fol. 109, l'écriture change et paraît iden- tique à celle qui dans la partie qui précède ajoute de temps en temps en marge un mot ou un vers oublié*. L'orthographe de ce nouveau copiste est bizarre et ses leçons fréquemment corrompues. Il reprend le récit ainsi qu'il suit :

Quant li reis se senti de la mort langoser, (f. 1 1 0) Enn une cambre au vote s'esteit alez coscher Li Greiu tent les tables, si lèvent de lunger, E plurent et regretent lor signor driturer : 5 <( Ahi ! reis, sor tos ohmes faisez e à priser « Ne vos penez mie de voz genz abaiser, (c Mais à vostro poer lever e essaucher ; « E si les fesiez en rigece baigner « E donez Paver, la richece e l'ormer 10 « Lo vair el gris els corranz destrier

« Jamais ne serai prences que sache giordener. « Que poront hor[e] faire cil povre sodaer ? (( L'uns vendre son aubère e li autre son distrer. « Cil serai plus amez qui menz saura plaider. »

I. M. 509,20. 2. Notamment au bas des ff. 85 et 86 v; voy. ci-dessus pp. 74 et 76.

I. M. j 10, 5. 2. En nune; de même v. 17 en nû. 3. M. Li Griu estent 1. 1. si laisent le mangier. 5. Il faut faisiez à l'imparfait et supprimer e ; de même, au vers suivant, le sens et la mesure exigent peniez, et au v. 9 déniez. le. Vers ajouté en marge par le copiste et en partie usé. Il manque à M. 1 1. Af. J. ne venons prince qui sage guerroier. 14. M. Cil sera plus amés qui plus sara proisier.

MANUSCRIT DE l'aRSENAL. 101

1 5 Li reis entent lo cris que funt cil chivaller, Tels dol ad de sa gent que vis cuida rager. Parmei Pus de la çanbre entra en un verger, El flum d'Eufrates se volt aler cholier, Mais la mort l'engossé quil fist engenoller.

20 Qant ne pot plus aler si se prist à crier; Sa muler Rosenés lo curut à enbracer Que les olz e la boce li commence à baiser. « Sire, dreit enperere, vous me tu donc laiser « E gerpir en ces segle tant chaitive moller ?

25 « Je soi grosse e encinte, si ne me pois aider, « Reis, tu (?) ors me deùses amer e conseller. » En un leit lo'n portai celé qui molt Tôt cher. Gré e Macedoniés commencent à uger Qe, si test ne lor rent lor signor driturer, (v^)

50 Ja ferunt toz lis us de la canbre briser.

Voici, à partir de cet endroit jusqu'à la fin du volume, la suite des laisses. Elle ne s'accorde pas avec M.

Li reis ohi les criz e sa gent doloser ' ,

Li reis ot grant angosse quar de la morz fu prés *;

[(f-Hl)

Quant Al. vit que la mort le jostise J,

Toi., dist lo reis, ge vos donrai Egipte^; (v*>)

I j. M. si ch. 18. M. Ens el floc de Deufrate se vot aler bagnier. I. M. 510, 34. 2. M. 511, 2j. 3. M. J09, 26. 4. M.

102 MANUSCRIT DE L'aRSENAL.

Toi., dist li reis, je vos am de courage ', Signors,distAl.,moltsoiaengranttorment2, (f. 1 12) Li reis par grant amor en apela Clinçon J : (v^) Za venez, dist li reis, Emenedus^ d'Arcage J; (f. 1 1 3) Al. apele Licanor 0 se fie ^, (v^)

Les deux derniers tiers du fol. 1 14 r" et la moitié supérieure du V" sont grattés. On voit par les initiales coloriées qui sub- sistent, qu'il y avait deux laisses. Comme le V est imparfai- tement gratté, on distingue aisément que la seconde laisse était en i. Les mots isolés qu'on en peut déchiffrer ne donnent point un sens suivi; elle ne paraît point se trouver dans M.

Aristez, dist li reis, ge vos ai donné terre 7; Za venez, dist li reis, beus sire Antigonus 8; Aprosmez vos de mei, beus sire Pilotas 9; (f. 1 1 $) Festivons, dist li reis, aprosmez vos de mei '"; Signors, dist Alix., ne vos chaut à plurer ". (v^)

i. M. 512, 20. 2. Cette laisse manque dans le ms. 786, et par conséquent dans M., mais elle se trouve dans d'autres mss., placée avant la laisse Toi., dist lo reis, ge vos donrai Egipte {par ex. 789 /. 90 b). 3. Af. 512, }2. 4. Emenedenus. j. M. ji3. 25. 6. M. JI4, 37. —7. M. 514. 9- 8. M. 514, IJ. 9- W. 514, 23, 10. M. JIJ, 30. II. Af. J16, 9.

MANUSCRIT DE l'aRSENAL. IOJ

Aristez, dist li reis, ge vos donrai Cartage ' ; (f. 1 1 6) Caluz de Macédoine a li rois apelé * : Quant Al. ot les .xii. pers chassez ? (v^)

Ce fiiron samadis que le sers les aprese 4, (f. 1 17) Qui lors oïst son dol démener à ClinçonJ, Après Clinçon lo conte li granz dois renovelle ^ Qi^ lor oïst lo dol que fait Emenedus ?! (f. 1 1 8) Licanors fait grant dol, por lo rei crie e plure S; (v^) Pilotes fait grant dol antra lui e son freire 9, Aristez fait grant dol, por lo rei fait sa plante 'o:(f. 119) Per Al. plore Caulus lu fiz Saberte ", Qui dune oïst lu dol que mené Perdicas ", (v^)

I. M. 517, II. z. M. 517,28. 3. M. 518, I. Entre cette laisse et la suivante, le ms. laisse un espace vide de onze ou douze vers [partie au bas du fol. 1 16, v», partie au haut du fol. suivant). Cependant il ne manque rien à cet endroit, du moins d'après M. Une main qui paraît du XIV siècle a utilisé ce vide en y copiant la laisse Amis Antiocus, dist li reis, cha venés, M. ji6, }2. 4. M. 518, 14. j. M. 518, 26. 6. M. H'» 18. 7. M. 519, 10. 8. M. J19, 2j. 9. A^. $19, 3J. 10. Af. J20,9. II. M. 520, 19. Per en toutes lettres; dans les deux ex. qui précèdent, p barré. 12. M. 520, J2.

!04 MANUSCRIT DE l'aRSENAL.

Morz fu li reis en mai quant passe la calenda '. Aristé fait tel dol que nuls hom nel conorta 2, (f. 1 20) Antigonios fait tel dol que toz s'en es[f]roie ? Antigonius fait dol, de plurer se saole 4 (yo)

Aus spez le rei de Grèce, devant les autres Gris J, Il aveit ja grant peça que li reis est feniz 6; (f. 1 2 2)

Nel tenge pas à mervelle se cil hont grant paor 1

[(f.i23v°)

Tels dol n'ert pas mervelle que li baron unt fait s.

[(f-i24v«)

DevantloreisdeGreceplurotunemarchese9, (f. 12 Ç)

Toz jors devant lo reis plorent li .xii. per '<»; (v°)

Tôt dreit au tenple Jovins si com l'estoire crie ",

[(f-'26)

Segnors, co dist don Clins, conment lo mènerons ^2?

[(v°)

Une littire firent molt tost appariller 'J,

I. M. 521, 9. 2. M. 521, 26. 3. M. 521, 38. - 4. M. 522, 18. j. M. 5}6, 20. 6. M. 524, 31. 7. M. 528, I. 8. M. 523, 20. 9. M. 522, 32. 10. M. 543, 16. II. M. Î44, 23. 12. M. 544, 3J. 13. m. 545, 12.

MANUSCRIT DE L'aRSENAL. IO5

Unques n*i ot quarel ne père ne ciment «, (f. 1 27) La piramide au rei fu molt granz e beulée ^ (y°) C'est l'image del rei qu'eloc em sunt polistJ; (f. 1 28) Morz fti reis Alix, e à la fin alez 4. E après en refist autra que sur un mont forma J , (v^) Oi ! bons rex Alix, quant gentilment ovras ^ !

Per quel les fist escrivre très ben lo vos sai dire 7.

[(f-'29)

Ci fenisent li vers de .8 (v°)

Del bons reis Alix, que tant ama droiture. Sur la tonbe de lui ot fait mante penture E de mer e de terre, de tute créature; El mont n'a chose vive dunt il n'i ait figure Li Gré s'en sunt torné la petita anbleùre, Alix, remés dedenz sa sépulture. Deus li face merchi qui fist lo mont osure S'il unques à cel tens ot de nul orne cure. Ce fenisent li vers; l'estorie plus ne dure.

Ce reconte Al. de Bernai

Qui unques nen ot jor longement adventure S'un jor la trova blanche ....'... Ci fenisent li vers d'Alisandre

I. M. 54J,}4- 2. M. 546,19- i-M. 546,57. 4- M. 547, 8. j. Af. 547, 26. 6. M. 547, 37. 7. M. 548, 15. Per « toutes lettres. 8. La dernière page du ms. est très-usée; certains mots n'ont pu Itre déchiffrés.

MANUSCRIT

DE LA BIBL. IMP. 789

SOMMAIRE'.

I. Qui veut entendre les vers d'une bonne histoire, écoute celle du meilleur roi que Dieu ait laissé mourir. Je vous veux rafraîchir l'histoire d'Alexandre à qui Dieu mit au cœur fierté et ressentiment; qui envahit ses ennemis par mer et par terre et fit venir le monde entier à son commandement. Ceux qui le servirent bien n'eurent pas à s'en repentir; ceux qui s'y refusèrent, ni tour ni défilé ne sut les garantir. A l'heure oh l'enfant naquit, Dieu montra par des signes éclatants qu'il le ferait craindre. II, Je veux vous traiter l'histoire d'Alexandre en vers, pour qu'il profite à la gent laie. Mais tel ne sait finir qui sait bien commencer, et res- semble à l'dnon, qui est beau quand il naît, et enlaidit à mesure qu'il grandit. Ces jongleurs bâtards gâtent les contes : quand ils

1 . Les parties en italiques sont celles qui se retrouvent dans la version ordinaire publiée par M. Michelant.

I08 MS. BIBL. IMP. 789.

ont tout dit, il faut rattacher les morceaux de leur œuvre. Mais contre ces vers doit dresser la tête quiconque veut assouplir son cœur aux bonnes mœurs, savoir ce qu'il doit faire et ce qu'il doit laisser, comment il doit se comporter envers ses amis et ses enne- mis. Je ne vous commence point de Landri ni d'Auchier, mais d'Alexandre d'Alier qui eut Sens et Prouesse pour gonfaloniers.

III. Qui veut entendre les vers d'une bonne chanson m'écoute et reste tranquille. Je dirai d'Alexandre le fils de Philippe, de sa naissance, de son éducation, puis de ses enfances quand il fut devenu un jeune homme. Je conterai comment il se fit porter vers le ciel, comment il descendit au fond de la mer, comment il tua un lion, comment il occit son maître, comment il dompta Bucéphale, comment il occit Nico- las, un roi félon, et conquit son royaume, comment il eut ensuite Sidon, le royaume de Darius, Tyr, l'Egypte, comment il occit Porus et pendit le duc de Palatine, comment enfin il conquit Babylone et mourut empoisonné dans le palais cons- truit par les gloutons qui croyaient monter au ciel, quand Dieu diversifia les langages. IV. Quand le roi Salomon fit son premier livre, il parla de la vanité du monde dont il recherchait l'histoire; il prophétisa l'avènement du Christ; et toutefois il écrivit aussi l'histoire d'Alexandre. V. Signes qui se manifestèrent lors de la naissance d'Alexandre en pré- sage de sa gloire future. On prétendit alors qu'Alexandre avait été engendré par un maître enchanteur ayant revêtu la forme d'un dragon, mais c'est mensonge: il était bien fils de Philippe et d'Olympias. VI. Joie de Philippe et d'Olympias à la nais- sance de cet enfant. On lui donne des nourrices, puis des maîtres.

VII. Arrivée de Natanabus. Il enseigne à Alexandre le cours des étoiles. C'était un memilleux enchanteur : il eût mis dans sa bourse les tours de dix cités! VIII. Le roi donna à son fils cinq maîtres : Aristote, Clichon, Ptolémée, Homère et Na- tanabus. Ils lui apprennent le latin, les sept arts, la chasse, les

MS. BIBL. IMP. 789. 109

tables et les échecs, rescrime, la musique. IX. Portrait d'Alexandre. X. i4 l'âge de dix ans il eut un songe. Il lui sembla qu'il mangeait un œuf lorsqu'un serpent hideux en sortait qui environna par trois fois son lit, puis se retira dans l'œuf et y mourut. XI. // s'éveilla effrayé et conta le songe qu'il venait d'avoir à son père. XII. Philippe mande les devins de partout son royaume; il leur expose le songe et chacun s'efforce de l'expli- quer. — XIII. Selon l'un, le serpent figure un homme orgueilleux qui voudra mettre sous lui rois et empereurs, mais qui, obligé de revenir en arrière, succombera enfin. XIV. « C'est, » dit un autre, « un homme orgueilleux qui voudra conquérir les terres, mais « // ne réussira pas, car ceux qui lui doivent secours lui manqueront, « et force lui sera de revenir sur ses pas comme fit le serpent. »

XV. « L'œuf signifie le monde, » dit Aristote d'Athïnes, « le m milieu est la terre; le serpent est Alexandre qui sera seigneur du « monde et reviendra mourir en Macédoine. » XVI. Philippe accepte avec joie cette explication. Education d'Alexandre. Ses maîtres lui apprennent le grec, l'hébreu, le chaldéen, le latin, le cours des étoiles, la vie du monde, l'art de raisonner. Ils lui enseignent aussi à tenir à distance les félons. XVII. Je vous ai dit comment Alexandre naquit et comment il fut élevé; vous entendrez désormais de ses enfances et des conquêtes qu'il fit.

XVIII. Un jour, Alexandre annonce à Aristote qu'il a l'intention de se faire porter dans les airs par deux griffons que possédait son père, afin de voir la terre sur laquelle il est

appelé à régner. Aristote essaie en vain de l'en détourner. XIX. Il persiste ; après avoir fait jeûner les griffons pendant trois jours, il les attache à un siège solidement ouvré et, s'y étant placé, il montre aux griffons deux chapons liés chacun au bout d'une perche. Ceux-ci s'enlèvent pour atteindre la viande. Effroi général lorsqu'on aperçoit Alexandre dans les airs. Philippe fait jeter en prison les maîtres de son fils ; s'ils ne le lui rendent avant la'nuit, il les fera pendre. XX. Douleur d'Olympias;

I 10 MS. BIBL. IMP. 789.

Alexandre monte toujours. XXI. La chaleur du soleil l'empêche d'atteindre le ciel. Contraint de revenir, il abaisse les perches et dirige ainsi les griffons vers une prairie il descend. Le roi le traite durement; la reine, qui pensait ne plus le revoir, l'embrasse tendrement. XXII. Une autre fois il fut encore plus hardi. Il se fit faire une caisse en verre consolidée par des bandes de fer; il y mit des vivres et un coq. XXIII.

II fit préparer une chaîne de cent toises de long, à l'un des bouts de laquelle on fixa un gros bâton carré, qui, en flottant à la surface de la mer, devait marquer le lieu de la descente. Puis, un jour qu'avec ses maîtres il s'était allé promener vers le port, il les quitta et, accompagné d'un maître nauto- nier qui était dans le secret, il s'embarqua en une nef. Arrivé en pleine mer, il entra dans son vaisseau de verre et se fit couler au fond de la mer. Il était convenu que le soir on devait le remonter. Mais une tempête survint qui brisa le navire et fit périr tous ceux qui le montaient, sauf le maître nautonier qui se sauva sur une planche. XXIV. Angoisse d'Alexandre; effroi de ses maîtres lorsqu'ils s'aperçurent de sa disparition.

XXV. Ils le font en vain chercher de tous côtés. Alexandre se rappelle avoir entendu dire que la mer ne peut souffrir le sang nouvellement répandu. Il coupe la tête à son coq : la boîte de verre s'enlève aussitôt. Le nautonier, ayant été poussé par la mer vers le port, est recueilli par un vieux pêcheur,

XXVI. Il lui raconte son malheur; le pêcheur donne un morceau de pain au marin qui se mourait de faim, et tous deux se mettent à la recherche d'Alexandre. XXVII. Ils arrivent au lieu du naufrage. Le nautonier ne trouve plus le bois qui devait flotter au dessus de la cage de verre. Il en conclut qu'Alexandre est perdu sans ressource. A ce moment ils aperçoivent contre un rocher l'objet qu'ils cherchaient et entendent Alexandre qui les appelait. Ils vont à lui et le tirent dehors. XXVIII, Ils voguent vers le rivage et abordent

MS. BIBL. IMP. 789. III

avant le coucher du soleil au port Saint-Daniel. Alexandre se loge chez le vieux pêcheur. XXIX. Cependant Philippe était à Aliers, ville Alexandre était et d'où il prit son surnom. Accompagné du pêcheur et du marin, le jeune prince s'y rend par mer. XXX. Il va trouver un hôte qu'il aimait particulièrement et, apprenant de lui que ses maîtres devaient être jugés le lendemain, il lui demande de garder jusque le secret de son arrivée. XXXI. Le roi Philippe rassemble sa cour et fait comparaître les maîtres de son fils. XXXII. L'un des barons, Amatides rejette la faute sur l'imprudence d'Alexandre. li demande qu'un terme de quarante jours soit accordé aux maîtres pour retrouver leur pupille. XXXIII. Un autre, un traître nommé Cemelan, est d'avis qu'on procède immédiate- ment au jugement. XXXIV. Ptolémée, l'un des sept maîtres d'Alexandre, répond en accusant Cemelan de trahison. Ce der- nier présentait déjà son gage quand survient l'hôte qui apporte la nouvelle du retour d'Alexandre. XXXV. Le roi n'est cependant pas décidé à pardonner aux maîtres dont la négli- gence a failli amener la perte de son fils. Il y consent toute- fois à la prière générale. L'hôte va trouver Alexandre qui dormait encore et lui raconte ce qui vient de se passer à la cour. Le jeune homme se promet de ne pas oublier Cemelan et sa déloyauté. Puis il se revêt d'habits magnifiques que lui présente son hôte. Le roi accueille son fils par des paroles ironiques. Celui-ci promet de ne plus recommencer telle folie. XXXVI. Prouesse d'Alexandre lorsqu'il eut dépassé l'âge de onze ans. Il faisait venir les fils des gentilshommes de par tout le royaume, et les comblait de présents. XXXVII. Il se comportait sagement, s'abstenant de toute folie qui eût pu faire parler. Chaque année le roi tenait cour au jour de sa nais- sance. A l'occasion d'une de ces fêtes, le duc d'Antigonie, qui tenait de lui son fief, lui envoya un lion magnifique qui, dans ses bons moments, se laissait conduire et chevaucher librement.

112 MS. BIBL. IMP. 789.

Un gardien qui n'était pas au fait des habitudes de l'animal fut saisi et déchiré par lui. Alexandre, qui n'avait que douze ans, prit un bâton et, du premier coup, l'abattit mort. XXXVIII. Un jour, il s'était allé promener dans un jardin avec Natanabus. Celui-ci enseignait son élève : « Beau fils, » lui disait-il, « j'ai peur que vous mouriez trop tôt, et j'y aurais « dommage, car par vous j'espère recouvrer ma terre, la belle « Egypte dont j'ai été seigneur. » Le valet changea de couleur en entendant Natanabus l'appeler son fils. XXXIX. « Maître, » dit-il, a suis-je donc votre fils.? s'il en est ainsi, je « ne suis pas digne de tenir l'héritage du roi Philippe. Et « pourtant vous êtes d'assez riche parenté pour que je ne « doive pas être honni en cour. Par dieu, bel ami, « vous dites vrai : j'ai été roi d'Egypte; mes grands princes « voulurent m'emprisonner; je vins auprès de ce roi que j'ai « bien servi, et j'ai trouvé en un sort que je serais tué par un « jeune enfant. Je ne sais si c'est vrai. » Alexandre, sans dire un mot de plus, le saisit par les jambes et le précipita dans le fossé il se brisa tous les membres. XL. Un neveu de Natanabus, voyant pleurer Alexandre, s'approcha et trouva son oncle mort. XLI. Il le fait relever et porter à un temple de leurs dieux, puis il se présenta au roi et lui demanda justice. Philippe ordonne à ses barons de faire justice de son fils. XLII. En ce temps, la coutume était que les homicides ne fussent pas épargnés pour leur riche parenté. Les barons se sentirent très embarrassés, car Alexandre s'était fait aimer de tous et on le regardait comme l'héritier de la terre. L'un d'eux, Avarides, propose de demander au roi un délai de huit jours. Alors, la colère du roi sera passée et on pourra sollici- ter le pardon de son fils. XLIII. Les barons le députent, lui quatrième, auprès du roi. Celui-ci accorde à contre cœur le répit demandé. Sur ces entrefaites, on présente au roi un cheval engendré en une jument par un laiton et qui était d'une

MS. BIBL. IMP. 789. 11^

extrême férocité. XLIV. Les barons décident que le châti- ment d'Alexandre sera d'aller dompter ce cheval. Ils espèrent que le roi n'y consentira pas et pardonnera à son fils. XLV.

Ils font part de leur décision au roi, qui l'approuve.

XLVI. Ce cheval était si féroce qu'on lui livrait les meurtriers- il les dévorait en un instant. Il n'y avait pas d'autre exécuteur des hautes œuvres dans le royaume. XLVII. Alexandre est informé de la peine qui lui est imposée. Il se dirige sans crainte vers le celier on tenait le cheval enfermé ; il enfonce les portes à coups de mail. Bucifal s'agenouille devant lui. Depuis il ne mangea plus de chair humaine. XLVIII. Alexandre lui ôte ses chaînes et le monte. Le bruit s'en répand par la cité. De toutes parts on s'écrie qu'Alexandre doit être empereur. Le roi, accompagné de maints riches barons, la reine, suivie de ses dames, viennent au devant de lui. « Faites- « le chevalier sans retard, » crie-t-on au roi. Il y consent. La reine offrira les vêtements et le roi fournira le reste. XLIX. Philippe et Alexandre s'embrassent. Les compagnons du jeune prince seront armés en même temps que lui. Ils courent se baigner dans la mer. Description de l'armement d'Alexandre.

MANUSCRIT

DE LA BIBL. IMP. N" 789

ui vers de boine estore veut entendre et

oir, Pour prendre boin' essample de proueche acuellir,

De connoistre raison, d'amer et de haïr, Des anemis grever et abatre et matir, 5 Et vers ses amis povres bien se sache eslargir, Des laidures vengier et des biens fais merir, De chanter quant lius est et à terme soufrir, Si escout ches biaus vers boinement par loisir; Nés orra gaires hom cui ne doie plaisir : 10 Chou est du meillor roi que Dix laisast morir. D'Alixandre vous voel l'estore rafrescir

i-j8. Ces deux laisses comme dans M. sauf les variantes. j. Af. De ses amis garder et cierement tenir.

Il6 MS. BIBL. IMP. 789.

Cui Dix dona au cuer fierté et grant air, Ki osa par mer gens et par terre envaïr Et fist à son kemant tout le pueple venir

1 5 Et tans rois orgeilleus à l'esperon servir. Ki serviche li fist ne s'en dut repentir, Car tous fu ses corages à lor bons acomplir; Et il i parut bien as durs estours souffrir, Car es destrois besoins ne le volrent guerpir.

20 Qui servir ne le vaut nel pot tours garandir Ne destrois ne maus pas, tant seûst loin fuïr. A Peure ke li enfes deut de sa mère issir Demoustra Dix par signes k'il le feroit cremir, Car l'air convint muer, le firmament croissir,

25 Et le tere crauUer, le mer par lius rougir, Et les bestes trambler et les homes frémir. Ce fu senefianche ke Dix fist esclarcir Pour monstrer de l'enfant k'en devoit avenir Et com grant signourie il aroit à baillir.

30 ¥ 'estore d'Alixandre vous voel par vers traitier i—^En romans, c'a gent laie doie aukes porfitier. Mais tels ne set fmer ki bien set commenchier, Ne moustrer bêle fin por s'ovregne essauchier, Ains resamble l'asnon en son premier

3 5 Ki biaus est quant il naist, et maintes gent l'ont chier; Com plus croist plus laidist et plus semble aversier.

50-48. Manquent dans 786 et par conséquent dans M., mais se trou- vent dans les autres mss. 33. p. son règne. 34. 375, 790, Oxf., etc. en son versefier.

MS. BIBL. IMP. 789. I 17

Cil conteour bastart font contes avillier ; Si se voelent en cort sur les mellors prisier, Et quant il ont tout dit si ne vaut .1. denier,

40 Ainçois convient par pans lor œvres atachier. Mais encontre ces vers doit le teste drecier Qui veut as bones mors son cuer assoploier, Et savoir k'il doit faire et quel cose laissier, (b) Com il doit ses amis et blandir et priier,

4 $ Ceus k'il a fait tenir, et autres porcachier,

Ses anemis grever et si estoutier [fier ;

C'uns tous seus envers lui n'ost mostrer samblant Plus Tes tiengne dotans c'aloete esprevier ; Mais ne soit mie avers sil sevent essauchier,

$0 Car ains par avarisse ne vi preu gaaingner. Ki trop croit en trésor, trop a le cuer lanier : Ne puet conkerre honour ne tere justicier. Je ne vous commens mie de Landri ne d'Anchier, Ains vous dirai les vers d'Alixandre d'Alier

5 5 De qui sens et proece firent confanonier. A mes dis prenge garde ki se veut essauchier Et de boines coustumes estruire et ensegnier, Si m'oe boinement et sans contralier.

III.

Ki veut oïr les vers d'une bone canchon [chon ; Si m'escout et soit cois, sans noise et sans ten-

j8. Ki s. V. encore. 4J, Après ce vers divers mss. (790, Oxf. etc.) ajoutent : Et ceuls qu'il ne cognoist par ^œuvres assaier (790 essauchier!). 48. Oxf., 790, qu'aloete en gibier I Quant el voit ae la main départir esprevier. j8. vers manque dans 786 et dans M. De mime pour toutes les laisses qui suivent, sauf indication contraire.

I l8 MS. BIBL. IMP. 789.

Si orra tele estoire dont grans iert le raison, Car canchons sans estoire ne vaut pas .k bouton. D'Alixandre dirai ki fu fix Phelippon Ensi corn il fu nés, par quel demoustrison,

65 Et corn il fu nourris en petite fachon, Et puis de ses enfances quant il fu valeton ; Corn il se fist porter vers le ciel au gripon, Et puis ala en mer au fons 0 le poisson, Et si com il tua en s'enfanche .1. lion;

70 Com il ocit son maistre et par quele acoison ; Com il prist Bucifal le destrier arragon Ki plus mengoit char d'ome ke d'autre venison, Et cascune semaine en avoit livrison ; Com ocist Nicolas, .1. rois ki fu félon,

7 5 Si conquist son roiaume, s'en ot d'avoir foison ; Com ot puis de Sidone le tour et le dongon il jut moult malades de fièvre et de friçon. Après conquist il Daire, s'en ot le région Et si pechoia Tyr par mer, en .1. dromon ;

80 ot il de sa gent grant persécution ; Et puis conquist Egipte, le règne Pharaon ; Puis li vint li vermine et li escorpion, E[t] parla as .11. arbreso grant dévotion Qui de se mort li dirent le fiere traïson ;

85 Puis ocist Porus d'Inde, le rice roi baron. Le duc de Palatine pendi sans raenchon Por la dame robée dont il fist mesproison ; Puis conquist Babilone fu mors par poison El grant palais marbrin que firent li gloton

90 Qui cuiderent monter el ciel par mesproison

MS. BIBL. IMP. 789. 119

Quant Dix de tous langages lor fist devision : Quant Tuns parloit englois et li autres gascon, Li tiers parloit irois et li quars bourgegnon, Et li quins alemant et li sistes breton, 9 5 Li septimes galois, li octimes frison ; (c)

L'uns ne savoit de Pautre ke disoit ne ke non ; Cil ki demandoit pierre si avoit du sablon. Por chou laisierent Pœvre k'il se virent bricon.

IV.

Quant li rois Salemons son premier livre fist Du vain siècle parla dont il l'estoire quist. Pourle premier fourfait, de coi li sachans rist, Quant Dix Adan et Eve de Paradis fors mist, De le boine eùrté premiers les assist. Par l'engien del diable ki maint home traïst.

105 Salemons si vit Diu anchois qu'el mont venist; Pour chou prophétisa l'avènement de Crist : .1. prophète naistroit en cest monde, ce dist, Qui sauveroit son pueple, ke nus n'en peresist, Et geteroit d'enfer cheus que puis en eslist.

1 1 0 E[t] non porquant l'estore d'Alixandre rescrist Por le bonté de lui que tans règnes conquist. Ce fu cil ki la tour de Babilone prist Et qui la grant vermine es desers desconfist, De roi naquist de Gresse et Porrus d'Inde ocist;

1 1 5 Onkes puis ne fu rois ki tel fais enpresist

98. l. l'cure. 10}. en p. m. tant. 114. Le premier hémistiche est manifestement corrompu; corr. Gis rois n., ou Roi Nicolas de Tyr, oa Le roi conquist de Perse?

120 MS. BIBL. IMP. 789.

Dont il si bien à chief toutes œvres traïst. Il vaut de tout savoir et durement aprist, Et le plus rendi il de chou ke il pramist.

Quant Alixandre fu, li fix Phelippe, nés, Par moult grans signes fu icel jor demostrés Car li dus en mua toutes ses qualités; Li solaus et la lune perdirent lor clartés, Et li jours si en fu durement oscurés. Forment croissi la tere environ de tous lés,

1 2 5 En mer parfonde fu moult grans la tempestés ;

Li rois ses père en fu forment espoentés. For l'enfant ki fu nés s'iert li signes mostrés : Ce fu senefianche k'il seroit moult sénés Et que il en sa vie conkerroit mains régnés. 130 Et il en conquist maint, chou est la vérités. Contre son naissement fu moult grans li orés, Tona, foudres caïrent et li airs fu troublés Et plut plueve vermelle si comme sans mellés; / Itel tormente fu ke fondoient cités.

1 3 5 A icel tans en furent les gens espoentés.

Et dirent d'Alixandre ke dut estre engenrés D'un maistre encantaour en dragon figurés. Mais iche fu mençoingne, ne fu pas vérités, Car asés fu par lui l'afaires esprovés, 140 Car ne fu nus tés ber ne de tés qualités. Fix fu au roi Phelippe ki moult fu honerés,

129. maint. 13J. tians, cf. v. 5^6.

MS. BIBL. IMP. 789. 121

Et fu sires de Gresse et riches rois clamés, Et tint de Macidone castiax et fremetés; Fix fu Olimpias la dame de biautés : 145 Onkes plus bêle dame ne fu, c'est vérités;

De li li mut nature dont il ot les bontés (if)

Par qu'il fu dous et humles et plains de largetés Si c'au mont escomurent ses ruistes poestés.

VI.

Quant cist enfes fu nés, li rois s'en fist joiant. Moult par s'en firent lié chevalier et sergant,

De par toute le tere li petit et li grant.

La roine en ot joie ki Paloit désirant.

Qui en souffri les paines et le travail pesant.

Li orage cessèrent sempres de maintenant 1 5 5 Et les grans tempestés qui furent par devant;

Adont misent norrices à garder cel enfant.

Dames et gentix femes, le plus povre iert manant.

Nen i ot nule ancele, meschine ne soingnant;

Moult le nourrirent bien tant com fu alaitant. 160 A poi de terme ala, si fu sempres parlant,

Et quant il fu raisnables et aukes entendant,

Se li donent tels maistres ki moult furent vaillant

Selonc les elemens de la loi mescreant.

Sachiés ke ce fu cil dont on parole tant, 165 Ki conquist puis les teres desi en Oriant

Et ocist Porrus d'Inde le riche roi poissant.

122 MS. BIBL. IMP. 789.

VU.

U

ne grant pieche après c'Alixandre fu nés, Vint uns hom en le tere de grant sens esprovés, Natanabus ot non, d'engien estoit parés;

170 Cil fu à Alixandre et maistres et privés. Il li moustra de l'air toutes les oscurtés, Et par con faite guise li solaus ert posés, Con faitement la lune remue ses clartés, Et li cours des estoiles quant li cius est troblés.

175 Tant savoit d'ingremance et tant en fu usés Ke si bons enchanterres ne fu de mère nés. S'il eùst devant vous .v^. homes armés Si samblast k'il fesist de tous arbres rames, Et d'une aiguë courant .xini. arpens de prés.

180 Si mesist en sa bourse les tours de .x. cités. Por chou ke de sa mère et de lui fu privés Fu de lui Alixandre mescreùs et blasmés; Dient k'il fu ses fix et de lui engenrés ; Puis l'ocist Alixandre ansi com vous orrés.

vni.

185 ^hînc maistres mist li rois à cel enfant garder V--<Des plus sages k'il pot en son règne trover. S'oïr volés les nons, je les sai bien nomer : Aristote, Clichon, Tholomer et Homer, Li quins Natanabus qui si sot enchanter.

190 Icii le sorent bien aprendre et doctriner.

167-84. M. 9, }-2I.

MS. BIBL. IMP. 789. 12^

Primes l'ont mis à letres, si sot latin parler. Et por mix entroduire le firent desputer. Tous les .VII. ars li firent aprendre et recorder; Et il aprist si bien k'ainc ne trouva son per.

195 Le bos et le rivière li refisent hanter, Tant ke de cest mestier ne li estut douter Maistre ne veneor ki l'en peùst gaber [gler. (f. 2). Pour bien prendre se beste, son chierf ou son san- Des oisiax sot maistrie de paistre et de garder,

200 Et de tenir bien sains et de faire muer, Et as boines rivières savoir faire voler Faucons et espreviers et ses ostoirs geter, Casés prendoit oisiax quant s'aloit déporter; Et che est uns déduis ke on doit moult amer.

205 As esches et as tables l'aprisent à jouer

Tant c'assés sot d^un gu son compaingnon mater. A escremir l'aprisent, car moult s'en vaut pener. Bien sot son chief couvrir et maintenant jeter, Son compaingnon ferir, blechier et encontrer.

210 Après li ensaingnerent ses armes à porter E[t] ses chevaus à courre et bien esperonner Et à ferir d'espée, de lanche behourder,

F Et preudome à connoistre et chierir et amer Et le félon haïr et destruire et grever. 2 1 5 Bien sot félon tolir et preudome doner. Et selonc lor manière sot cascun honerer; D'estrumens li aprisent, tymbre et harpe à soner, De rote et de viele et de gige canter, Et sons et lais et notes connoistre et atemprer, 220 Et par le sien engien en tous tans cans trover.

124 WS. BIBL. IMP. 789.

Natanabus ses maistres dont chi m'oés conter Cil li aprist par art son engien à doubler Et en pluiseurs manières d'engien à tresgeter.

IX.

Les teches vous ai dit aukes de cest baron, __ , Et après de s'enfanche quant il fu valeton, )r vous revoel moustrer aukes de se fachon : ne fu mie grans, mais de bêle estachon, ^Gros fu par les espaulles, espés sous le menton, Bien fais, gros et quarrés, et les poins gros en son 250 Et grailles par les flans et espés le crépon Et le pié bien tourné et bien fait le talon ; Ains jour ne pot trouver si très fort compaingnon Se il à lui se prist k'il n'en fesist son bon. Les chevix ot moult biax, crespes comme toison ; 235 L'un des iex ot vermel comme fu de carbon, Et l'autre ot ausi vair com d'un mué faucon. Molt ot fier le visage et regart de lion ; N'esgardast par mal home ke n'en eùst frichon. Moult sot de jugement, de plait et de raison, 240 Ne meùst à preudome por nule raenchon, Ne plus larges de lui ne manga de poisson.

En l'aé de .x. ans, che conte l'escriture. Se dormoit Alixandre en .1. lit à painture.

222. adouber. 223. engien doit être fautif ici ou au v. précédent.

228. sour 1. 240. Ou Ne mecist; on pourrait corriger neûst.

242, Ici l'accord avec M. reprend et persiste pendant six laisses consécutives [M. 6, 18-9, 2).

MS. BIBL. IMP. 789. 125

D'un chier paile orferré estoit sa couvreture, 245 De martrines dedens estoit la fourreùre. La nuit li vint .1. songe, une avison oscure, Que il mangoit .1. oef dont autres n'avoit cure. A ses mains le roiloit parmi la tere dure Si ke li oes brisoit desor la paveûre ; 250 Uns serpens en issoit d'orguelleuse nature; (b) Ains mais hom ne vit nul de si laide figure. Son lit avironnoit .111. fois tout à droiture, Puis repairoit ariere droit à sa sepoulure. A l'entrer cai mors, che fu grans aventure.

XI.

255 i^e le freour du songe Alixandre s'esvelle;

i-^Il fu si esbahis ne set s'il dort ou velle.

Li cambrelens li done ses dras, si l'aparelle ;

Et quant il fu vestus, à son père conselle

Alixandre sen songe bêlement en l'orelle. 260 Quant li rois l'entendi, durement s'esmervelle.

il sot sage home dusc' à la mer vermelle.

Pour despondre le songe ses messages travelle.

XII.

Phelippes a mandé le sage gent lointaine, Les bons devineours fait kerre par le raine, 26 j Devins et sages clers communaument amaine. Premiers i est venus Aristote d'Ataine;

244. Af. orfressé. 259. Manque dans M. 260. drumcnt s'en esmervcUe. 26}. les sage hom 1., corrigé d'après M. 266. daraine.

126 MS. BIBL. IMP. 789.

Quant furent assamblé une cambre en ot plaine. Le songe dist li rois, et cascuns d'iax se paine De respondre par sens boine raison certaine.

XIII.

270 T^remiers parla .1. grius ki cuidoit estre flors r De maintes sapienches et des sortisseours, De l'art de l'ingremanche et des devineours, Des estoiles du ciel et del sens des auctours. « Or entendes, » fait il as grans et as menors,

27 5 « De cestui songe espondre serai maistres doctors : « Li ces est vaine cose, petite est sa vigors; « Li serpens k'en issoit, fel et de maies mors, « C'est .1. hom orgelleus ki movra mains estors « E[t] vaurra sormonter rois et empereours,

280 « Et mètre desous lui et prinches et contors « E[t] conquerre par forche les cités et les tors « Et prendre et retenir et teres et honors, « Mais ne porra preu faire, petis iert ses labors ; « Lors revenra arrière, si charra sa valors. »

285 Quant Phelippes l'entent, d'ire mua colors; Si cuida d'Alixandre mauvais fust à tous jours.

XIV.

Après cestui parla Salios de Namier, Sages hom fu de lois, assés sot du mestier : « Oies, » fait-il, « seignor, ke vous voel aquoin-

[tier :

270. .1. mes. 275. espiaurre. 276. Loes ent une c, corrigé d'après M. 287. M. de Monmier, 375 Turmier.

MS. BIBL. IMP. 789. 127

290 « De cose ke on songe pechoie de legier ;

u Ce m'est vis ke nus hom puisse peu esploitier. « Li oes est une cose ki brise de legier ; « Li serpens k'en issoit, ki fu félon et fier, « C'est .1. hom orguelleus ki vaurra gerroier

295 « Et les pais conkerre et par forche regnier, « Et les sauvages teres desos lui abaissier; « Mais ja de riens ke voelle ne porra esploitier, « Car tout cil li faurront ki li doivent aidier « Et moult mauvaisement l'estevra repairier,

}oo « Si corn fist li serpens ki retorna arrier. » Cil respons fist Phelippe durement esmaier.

XV.

Après ches deus parla Aristotes d'Athaine ; (c) En pies s'en est levés, de bien parler se paine : « Oies, » fait il, « seigneur, une raison certaine :

305 « Li oes dont on parole n'est mie cose vaine : « Le monde senefie et le mer et l'araine, « Et li moieus dedens est tere de gent plaine. a Du serpent k'en issoit vous di à bouche plaine « Que chou est Alixandre ki soufFerra grant paine,

^10 « Et sires du mont iert trestout en son demaine, « Et si home après lui si tenront le sien raine ; « Puis rétro vera mors en tere Macidaine « Si com fist li serpens ki vint à sa cavaine. » Quant Phelippe l'ententmoultgrantjoieendemaine.

290-1. Af. De c. qui en s. p. d. I. H Ne croi jou q. n. h. peùst bien e. 296. dcsor I. 307. grant p. 312. Af. retournera. } I j-4. Manquent dans M.

128 MS. BIBL. IMP. 789.

XVI.

3 1 5 Qhelippes ot grant joie del songe ki bien prent; 1 Moult ama Aristote et le tint gentilment : Tout li abandona son or et son argent. Alixandre fu preus et de grant ensient; Ce conte l'escriture, se la letre ne ment,