ANCIENNE & NOUVELLE
DISCIPLINE DE LEULIKE
PAlî LOUIS THOMASSLX
Prêtre de l'Oratoire NOUVELLE ÉDITION, REVUE, CORRIGÉE ET AUGMENTÉE
PAR M. ANDRÉ
Curé Je Vaucluse, docteur en <lr.»it canonique, membre Je plusieurs sociétés savantes
TOME DEUXIEME
LU SECOND ORtiKE DES CLERCS. — DES CONGREGATIONS.
feX ! 1937
1864
v.2 r. 1 ROBA
BAR'LF-DIt, L. (il'ÉRIX. ÉDITEI'R. — PARIS, rie de Grenelle-Saint-Gehmain. II.
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M dci:c LXIV
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ANCIENNE & NOUVELLE
DISCIPLINE DE L'ÉGLISE
TOME DEUXIEME
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University of Ottawa
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ANCIENNE & NOUVELLE
DISCIPLINE DE L'ÉGLISE
PAR LOVIS T-HOMASSIX
Prêtre de l'Ôni NOUVELLE ÉDITION, REVIE. CORRIGEE ET AUGMENTÉE
RAR M. ANDRÉ
Curé de Vauclusc, docteur en droit canonique, membre de plusieurs sociétés savantes
TOME DEUXIÈME
DL SECOND ORDRE DES CLERCS. — DES CONGREGATIONS.
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BAR-LE-DUC, LOl'IS GUÉRIN, IMPRIMEUR-EDITEUR
PARIS, RUE DE GREXELLE-SaIXT-GERMAI.N , il M DCCC LXIV
ANCIENNE ET NOUVELLE
DISCIPLINE DE L'ÉGLISE
TOUCHANT LES BÉNÉFICES ET LES BÉNÉFICIERA.
PREMIERE PARTIE
QUI TRAITE : 1° DU PREMIER ORDRE DES CLERCS. — 2° DU SECOND ORDRE. — 3° DES CONGRÉGATIONS MONASTIQUES.
LIVRE DEUXIEME
Où il est traité du second ordre des Clercs, savoir : des Chorévêques, des Archiprêtres, des Vicaires-Généraux, des Pénitenciers, des Officiaux, des Curés, des Diacres, des Ordres mineurs, de la Tonsure, des Habits des clercs, du Célibat, de l'Office divin, etc.
CHAPITRE TRENTE-HUITIEME.
DE LA TONSURE ET DE LA COURONNE DES ECCLÉSIASTIQUES EN ESPAGNE ET EN ANGLETERRE, AUX SIXIÈME, SEPTIÈME ET HUITIÈME SIÈCLES.
I. Ce ne fut que vers le sixième siècle que la distinction des clercs et des laïques dans la tonsure et dans l'habit fut parfai- tement établie.
II. Les cheveux longs défendus. Grani.
III. Différence de la tonsure des clercs d'avec celle des péni- tents et des moines.
IV. Tous les clercs devaient avoir tout le haut de la tète tondu de près, et un simple tour de cheveux tant soit peu plus long, au bas de la tète. C'était là leur tonsure et leur couronne.
V. On ne pouvait renoncer à la tonsure de la pénitence ou de la religion.
VI. La tonsure était commune aux pénitents et aux moines; la couronne était réservée aux clercs.
VII. Le sens mystérieux de ce retranchement de cheveux.
VIII. On ne rasait encore aucune partie de la tête.
IX. De la tonsure de saint Paul, selon les Anglais, ou des Orientaux.
Tn. — Tome II.
X. De celle de saint Pierre, selon les mêmes Anglais, on des Occidentaux.
XI. La première était celle des moines. XII Excellentes règles sur cette diversité.
XIII. La tonsure de Simon le Magicien.
XIV. Quatre différentes sortes de couronnes ou de tonsures.
XV. Dont il y en a deux d'approuvées. Comment on les a at- tribuées aux apôtres.
XVI. XVII. Quand et comment les moines ont ajouté la cou- ronne cléricale à leur tonsure.
I. Ce ne fut. que clans le sixième et septième siècle qu'on commença plus particulièrement à distinguer les clercs des laïques par la ton- sure et par l'habit.
I
DU SECOND ORDRE DES CLERCS. — CHAPITRE TRENTE-HUITIÈME.
11 n'a guère moins fallu de deux cents ans, après 1rs persécutions finies et la paix rendue à
I Eglise, pour bien établir cette différence entre deux professions si diverses. Durant les orages de la persécution, cette distinction eût été dangereuse. Après le calme rendu, il fallut un espace de temps considérable pour faire un changement si important et si universel dans toute L'Eglise.
Il ne faut ni exiger, ni attendre des conclu- sions et des réponses absolument précises dans une matière aussi flottante que celle-ci. Les changements se sont faits en divers temps, en divers pays, et ils se sont faits avec tant de len- teur qu'il est très-difficile d'en donner au juste les époques précises.
II. Commençons par la tonsure et par les canons des conciles d'Espagne qui en parlent. Le concile de Barcelone, tenu en 3 H), défendit aux clercs de porter les cheveux longs et de raser leur barbe. « Ut nullus clericorum co- main nutriat, aut barbam radat (Can. m, vi).»
II commanda aux pénitents de tondre leurs cheveux. « Pœnitentes viri tonso capiie, etc. 'Can. lxxvi). »
Le célèbre Martin, archevêque de Brague, avait un peu mieux remarqué la forme de la tonsure cléricale dans un canon de sa compila- tion. « Non oportet clericos comam nutrire, et sic ministrare, sed attonso capiie, patentibus auribus, etc. » Celte circonstance des oreilles découvertes nous montre combien il fallait porter les cheveux courts. Mais en tout cela il ne paraît point encore de couronne, ni aucune partie de la tête rasée.
Le concile de Brague, célébré en 563 (Can. xi, xii), défend seulement aux clercs de porter de grands cheveux. « Placuit ut lectores in Ecclesia habitu saxulari ornati non psallant, neque granos gentili ritu dimittant.» Ce terme grani signifie les longs cheveux de la tète, ou une longue barbe. Saint Isidore de Séville nous le fait assez voir dans ses origines. « Non- nulke gentes non solum in vestibus, sed et in corpore aliqua propria sibi quasi insignia vin- dicatif, ni videmus cirrhos Germanorum, gra- nds et cinnabar Gothorum (L. xix). »
Ce n'es! donc pas dans les babils, mais dans les cheveux qu'il faut chercher cet ornement superflu, qu'il appelle Granos, pour les Goths d'Espagne, aussi bien que celui qu'il nomme Cirrhos, pour les Allemands. Sidonius Apolli- naris faisant le tableau d'un Goth, lui donne
aussi de longs cheveux , « Aurium legulœ , sicut mos gentis est, crinium superjacentium Qagellis operiunlur (L. i, epist. 2). » Mais Arnoul, évèque de Rochester, nous explique bien plus clairement ce terme, quand il rend raison pourquoi on donnait le pain céleste trempé dans le sang de J.-C, au lieu de présenter le calice.
« Nos carnem Domini intinguinius in san- guine, etc. Evenit enim fréquenter, ut barbati et prolixos babentes granos, dum poculum inter epulas sumunt, prias liquore pilos infi- ciant, quam ori liquorem infundant. Praeterew si imberbes et sine granis et mulieres ad sumen- dam communionem sanctam conveniant, quis sacerdotum poterit tam provide ministrare, ut infundens nihil effundat (Spicileg., tom. n, p. 435)? »
III. Le concile III de Tolède (Can. xi), ordonna de ne point donner la pénitence aux hommes qu'auparavant on ne leur coupât les cheveux: « Sive sanus, sive intirmus sit, pritis eum ton- drai, et sic pœnitentiam ei bradât, » et de faire changer d'habit aux femmes avant que de la leur accorder : « Non accipiat pœnitentiam, nisi prius mulaverit habituai. » Ou prétendait empêcher par ce moyen les fréquentes rechutes des pénitents. Il n'est pas à croire que cette tonsure des pénitents fût la même que celle des clercs, puisque la pénitence et la cléricature étaient deux choses si étrangement éloignées l'une de l'autre, et en quelque manière incom- patibles.
Le concile IV de Tolède, tenu en 033 (Can. xli), lève cette difficulté en faisant voir claire- ment la tonsure des clercs, qui mérita le nom de couronne, et par conséquent infiniment distincte de celle des pénitents. Car la tonsure, c'est-à-dire les cheveux fort courts de tout le haut de la tête étaient comme couronnés par un cercle de cheveux plus longs et plus bas qui les environnait.
« Omnes clerici, vel lectores, sicut levilœ et sacerdotes, detonso superius toto capite, infe- rius solam circuli coronam relinquant; non sicui hue usque in Galliciae partibus facere lec- tores videntur, qui prolixis, ut laici, coinis, in solo capitis apice modicum circulum tondent. Ritus enim iste in Hispania hue usque haereti- corum fuit. Unde oportet, ut pro amputando Ecclesiœ scandalo, hoc signum dedecoris aufe- ratur ; et una sit tonsura vel babitus, sicut totius Hispaniœ est usus. Qui autein hoc non cuslodieril, lidei Catholicœ reus erit. »
DE LA TONSURE ET DE LA COURONNE.
IV. Ce canon du concile de Tolède , qui mérite une attention particulière . nous ap- prend : 1° Que les clercs intérieurs, aussi bien que les diacres, les prêtres et les é\* 'qui > a\aient une tonsure qui leur découvrait tout le haut de la tète, « delonso superius toto capite, » et qu'il ne leur restait qu'un tour de cheveux, comme un cercle, ou comme une couronne, « Inferius solam circuli coronam relinquant. »
Voilà quelle était la ligure de la tonsure et de la couronne cléricale.
2° Que tous les ecclésiastiques, depuis les lec- teurs jusqu'aux évêques, devaient porter la même couronne et la même tonsure. Car le terme de sacerdotes avait déjà commencé à comprendre les prêtres aussi Lien que les évo- ques, comme celui de lecteurs semblait renfer- mer tous les clercs inférieurs.
3° Ce canon suppose que les évêques, les prêtres et les diacres avaient toujours usé dune tonsure et d'une couronne, telle qu'elle est ici prescrite, et même tous les clercs inférieurs des autres provinces d'Espagne, excepté de la Galice, où les lecteurs ne portaient qu'une très-petite couronne au haut de la tète, laissant quant au reste croître leurs cheveux comme les laïques. « Prolixis, ut laici, comis, in solo capitis apice modicum circulum tondent. »
Enfin, après avoir condamné cet abus, et avoir obligé tous les moindres clercs à porter la tonsure et la couronne semblable à celles des prêtres et des évêques, ce concile déclare que si les clercs s'opiniàtrent à vouloir suivre les hérétiques d'Espagne, dont ils ont imité l'abus, on les traitera aussi comme des héré- tiques.
V. Ce même concile parle un peu plus bas (Can. lv), de ceux qui se sont tonsurés eux- mêmes, pour se mettre en pénitence: « Acci- pientes pœnitentiam totonderunt se, » ou qui ont été tonsurés par leurs parents et en même temps dévoués a la vie monastique, « qui de- tonsi a parentibus fueriut, aut sponte sua amissis parentibus seipsos religioni devove- rint ; » et il ordonne (Can. vu , que s'ils aban- donnent la religion ou la pénitence, l'évèque les forcera d'y rentrer : « comprehensi a sacer- dote ad cultum religionis revocenlur. » Le même décret est renouvelé dans le concile VI de Tolède (Can. u .
Le concile XII de Tolède ne permit pas que ceux à qui on avait donné la tonsure et la péni- tence au lit de la mort, et ayant perdu le sen-
timent , pussent , étant revenus en santé , profaner la sainteté de cette profession par une vie séculière. « Quatenus a se lousurae venera- bile signum expellant, et habitum religionis abjiciant. » Ce canon défend bien aux prêtres du donner l'habit et la tonsure de la pénitence ou de la religion aux malades qui ne la deman- dant pas. mais il ne permet pas à ceux qui l'ont reçue, même sans la demander, d'en violer les lois, prétendant qu'il en est comme du baptême qu'on donne aux enfants.
VI. Il ne sera pas inutile d'avoir découvert la tonsure des pénitents et des religieux , afin d'en remarquer la différence d'avec celle des ecclé- siastiques : car les pénitents et les religieux sont simplement tonsurés, mais ils ne portent point de couronne, parce que la couronne est la marque et l'ornement du sacerdoce royal de J.-C. et de ses ministres.
Isidore, évêque de Séville, dit que la partie supérieure de la tête où la tonsure a été faite représente la tiare sacerdotale qui était ronde, et représentait la moitié d'une sphère ou d'un globe; et que le cercle de cheveux qu'on laisse au bas de la tête est comme le diadème royal dont les souverains bandaient leur tète.
La tonsure des ecclésiastiques est donc une marque honorable de leur dignité royale et sacerdotale tout ensemble, au lieu que celle des pénitents et des religieux est une preuve de leur état humble et humiliant. « Quod vero detonso capite superius, inferius circuli corona relmquitur. sacerdotium regnumque Ecclesiœ in eis existimo figurari. Tiara enim apud vete- res constituebatur in capite sacerdotum. Hœc ex bysso confecta, rotunda erat, quasi spluera média, et hoc significatur in parte capitis tonsa. Corona autem latitudo aurei est circuli, quœ regum capita cingit. Utrumque itaque signum exprimitur in capite clericorum, ut impleatur etiam quadam corporis similitudine , quod scriptum est, Petro apostolo docente, vos estis genus electum, regale sacerdotium (De Offie. Eccl., 1. ii, c. 4). »
VII. Il est certain que ce retranchement de cheveux signifie dans les ecclésiastiques, aussi bien que dans les pénitents et les religieux, le renoncement de toutes les vanités, les pompes, les voluptés et toutes les superfluités du siècle :
Est autem in clericis tonsura signum quod- dam, quod in corpore figuratur, sed in animo geritur ; scilicet ut hoc signo in religione vitia resecentur, et criminibus carnis nostrœ
DU SECOND ORDRE DES CLERCS. — CHAPITRE TRENTE-HUITIEME.
quasi crinibus exuamur Ibidem, can. iv . ■ pénitent; se privent des choses dont ils ont al -t une satisfaction pour
leurs faut el une précaution pour
l'avenir: ainsi c'est plutôt un sujet d'humilia- tion que de gloire; au lieu que les eccl tiques qui ont porté l'innocence dansce sublime état. Lissent les choses de la terre par un géné- reux mépris et pir une vertu et une grandeur d'âme vraiment royale, se mettent au-dessus tontes les - réées, pour régner d"ès
cette vie avec J.-C. dont le règne n'est j - ce monde, quoiqu'il soit dans ce monde même le Roi des rois.
VHI. Si les conciles d Espï ... et Isidore qui serri de leurs propres termes, n'ont parlé que de la tonsure, sans faire le moins du monde connaître que l'on rasât la tête, ou le haut de la tète de; clercs . il faut aussi remar- quer qu'ils parlent en mêmes termes des péni- tents et des : . rx. L rasoir n'y paraît ja- mais. Et le même saint Isidore le montre encore bien plus clairement dans sa r . " Nullus monachorum comam nutrire dé- bet, etc. Tondere ergo débet iste, quando et omnes, imo et sirnul. ac pariter omnes Cap. xn . »
IX. Enfin, cet auteur assure que saint Paul donna l'exemple de la tonsure, quînd il suivit lui-même l'exemple des Nazaréens, comme il parait dans le; A - DeOffic. Eccl., 1. u.c.;. Mais cela même nous apprend que ce ne fut que dans cette rencontre particulière que saint Paul en usa de la sorte, et que hors d'une si
•• fût jamais résolu, non plus que les autres apôtres.
-idore semble au même endroit Lire saint Pierre le premier auteur de la tonsure cléri- il ne faut l'entendre que de la modestie des cheveux, dont cet A sans doute
le maître et le modèle, aussi bien que de toutes :tus chrétiennes, et des marques exté- rieures mêmes qui doivent accompagner la ■>• 1 tu.
\. Les Anglais ont poussé bien plus loin ce sentiment, de reconnaître saint Pierre et saint Paul pour les auteurs et les premiers institu- teurs de la tonsure cléricale. Ayant été 1 temps partagé; entre eux sur les questions <t 11; pratique; de 1 1 fête - et de 1 1 ton-
sure cléricale ; les catholique; qui se confor- maient aux sentiments et aux us - ne manqu s'autoriser de l'exemple
et de l'institution de saint Pierre et de saint Paul.
e nous raconte que le Lmeux Théodore. né en Tarse de Cilicie. et parfaitement instruit dans les lettres grecques et latines, saintes et profanes, ayant quitté son monastère en Orient uit venu à Rome, fut choisi r<ar le pape pour être envoyé en Angleterre, et y gouverner
i a qualité d'archei 11 fut premièrement ordonné sous-diacre à Rome, puis il attendit l'espace de quatre mois que ses cheveux fussent crûs, afin qu'on pût ensuite lui faire la tonsure et la couronne, à la mode de Rome et de l'Occident, car il n'avait reçu que la tonsure de saint Paul, à la mode Orientaux. Apres cela le pape Vjtalien lui donna tous les ordres sacrés, a Qui subdia- ■ ; ordinatus. quatuor expectavit menses. donec illi coma cresceret . quo in coronam tonderi po;set. Habuerat enim tonsuram more Orientalium sancti Pauli apo;tolï. Qui ordina- tus a Vitaliano papa, etc. Beda, hi;t. i. Angl., I. iv. C. 1 . »
XI. II e;t très-probable que cette couronne orientale . qu'on autorisait du nom de saint . était celle des moine; qui avaient toute la tète rase, ou tondue également partout et de fort près, sans ce cercle ou cette couronne de cheveux qui e;t propre aux clerc;.
terme; de Rede semblent le dire. Car. i Théodore était moine; or les moines rasaient toute leur tète, ou la tondaient de près, comme nous avons dit, sans qu'il soit jamais parlé d'un tour de cheveux qui leur reste, et qui leur fasse comme une couronne.
)n laissa croître le; cheveux a Théodore durant quatre mois, afin de pouvoir après cela lui faire une tonsure couronnée d'un cercle de io in coronam tonderi posset. » Rien ne convient mieux à ce que nous avan- çons. 3° Cette tonsure totale se pouvait appeler beaucoup de vraisemblance la tonsure ou la rasure de saint Paul, qui se fit couper les cheveux à Jérusalem à la mode des Nazaréens, qui coupaient et consacraient à Dieu tous leurs cheveux sans en rien réserver. On sait assez d'ailleurs combien ouvertement les anciens moines faisaient gloire de se dire les imitateurs des anciens Nazaréens, et les disciple; de saint Paul dans son parfait dépouillement de toutes choses, dans ses pénitences, et le travail de ses
QS.
DE LA TONSURE ET DE LA COURONNE.
XII. Le même Bède rapporte plus bas une vision miraculeuse où saint Pierre et saint Paul apparurent le premier tonsuré comme un clerc, le second avec une longue barbe. oUnus quidem attonsus erat ut clericus, alius barbam babebat prolixam. Dicebantque quod unus eo- rum Petrus, alius vocaretur Paulus L. iv, c. 14). a
Il se peut bien faire que cet enfant crut avoir vu les apôtres dans cette vision en la même manière qu'ils étaient ordinairement représentés dans leurs tableaux, ou que les apôtres même pour se faire connaître voulu- rent apparaître avec la figure que les peintres leur donnent ordinairement. Mais les catholi- ques anglais ne doutaient nullement eu ce t< mps-là que saint Pierre n'eût été tonsuré de la même façon qu'on l'était à Rome de leur temps !.. n . c. -2-2 .
L'abbé Ceolfrid, dans la savante lettre qu'il écrit sur ce sujet, et qui est rapportée par le même Bède, ne doute point à la vérité que les apôtres n'aient été différents entre eux dans la tonsure : o Et quidem scimus, quia nec Apo- stoli omnesunoeodemque sunt modo attomi.» et que les tonsures de tant de différentes Egli- ses du momie ne soient aussi diverses entre elles dans le siècle présent même, l'unité es- sentielle n'étant autre que celle de la foi et de la charité : « Ne que mine Ecclesia Catholica sieut una fuie, spe et charitate in Deum con- sentit, ita etiam una atque indissimili totum per orbem tonsura sibi forma congruit; a que Job coupa ses cheveux dans son affliction : ainsi il les portait Ion;:' dans la prospérité ; Joseph au contraire les coupa en sortant de la prison, où illes avait laissés croître ; que les anciens Pères ne sont jamais entres dansaucune contestation sur le sujet de la tonsure, « Cum nunquam Patribus Catholicis, sieut de Paschae vel tîdei diversitate conflictus, ita etiam de tonsursedif- ferentia fegatur aliqua fuisse controversia ; a que ce n'est donc qu'un point de discipline in- différenten lui-même: aTonsurae discrimen non nocet, quibus pura in Deum fides et cha- ntas in proxinium sincera est. »
.M lis après avoir supposé toutes ces vérités incontestables, ce savant abbé déclare qu'il ne croit pas qu'on puisse douter qu'entre toutes les tonsures qui peuvent avoir cours dans l'E- glise, ou dans tout le monde, il ne faille pré- férera toutes les autres celle de saint Pierre, et préférer toutes les autres à celle de Simon
le Magicien. «Nullam magis sequendam jure dixerim; ea quam in capite suo gestabat Pe- trus ; o surtout si l'on considère que la ton- sure de saint Pierre, couronnée d'un tour de cheveux, est une marque glorieuse de la passion deJ.-C. el nue image de sa couronne d'épines. « Neque ob id lantum in coronam attondemur, quia Petrus ita attonsus est. sed quia Petrus in memoriam Dominicae Passionis ita attonsus est, etc. Oportel eos, qui vel mo- naehi votum vel gradum clericatus habent, formam quoque coronae, quam Dominus in passione sua spineam portavit in capite suo. quemque in capite per tonsuram praeferre.a
C'est encore comme une éternelle protesta- tion de vouloir prendre part a la honte glo- rieuse et à la sage folie de la croix de J.-C. « Ut se etiam irrisiones et opprobria pro illo libenter ac prompto animo sufferre, ipso etiam frontispicio doceant. a
Enfin c'est pour aller au-devant de celte cou- ronne incorruptible de gloire que nous atten- dons, et pour laquelle nous nous séparons de toutes les vanités du siècle : a Ut coronam vitœ a?tern;ï se semper expectare, proque hu- jus perceptione etadversa se mundi, et pro- spéra conte in nere désignent. »
XIII. Quant à la couronne qu'on blâmait en Angleterre . et qu'on y attribuait à Simon le Magicien, comme contraire à celle de saint Pierre, ce même abbé nous la dépeint un peu plus bas. et il nous fait voir que ce n'était que le demi-tour de cheveux sur le front, le reste manquant, qui devait entourer le der- rière de la tète.
« Tonsuram Simonis quis non cum ipsa ma- gia detestetur ; quae aspectu in frontis quidem superficie coron;e videtur speciem pneferre ; sed ubi ad cervicem considerando perveneris, decurtatam eam, quam te videreputabas inve- nies coronam ; ut merito simoniacis et non christianis talem habitum convenue cognoscas, qui in praesenti quidem vita, a deceptis bomi- nibus putabantur digni perpetu;e gloria coro- na", sed in ea quae banc sequitur vita, non solum omni spe coronœ privati , sed seterna insuper sunt pœna damnati. »
Il était difficile de faire une peinture plus naïve et plus ressemblante de cette demi-cou- ronne sur le devant de la tète, qui semblait figurer que les disciples de cet hérésiarque' n'avaient que les apparences de la piété, et ne pouvaient espérer que la gloire du siècle pré-
DU SECOND ORDRE DES CLERCS. — CHAPITRE TRENTE-HUITIÈME.
sent, n'ayant rien de solide dans le secret, ni rien à espérer dans le siècle à venir. Le cercle entier de la couronne marque l'éternité de la vie sans fin qu'elle fait espérer; celle qui n'a- chève pas le cercle est un funeste augure du contraire. « Qui ad coronam te vitae, quœ ter- minum neseiat, tendere credis, quid contrario fidei tua: habitu terminatam in capite coronae imaginem portas. »
Si c'est cette tonsure dont le moine Agrestius fit nu reproche aux défenseurs de saint Colom- ban dans le concile de Màcon, en 027, c'est ce que je n'oserais ni assurer, ni nier. Entre les lettres du martyr Boniface, la quarante-qua- trième est d'Athelme, abbé d'Angleterre, tis- sue des mêmes raisons de l'abbé Céolfrid et des paroles de saint Isidore de Sévile.
XIV. De ce que nous venons de dire on peut conclure que de quatre différentes manières de couronnes et de tonsure, il y en a deux d'infâmes, une tolérée, l'autre autorisée.
Celle que les anglais attachés aux cérémo- nies romaines, détestaient et attribuaient par conséquent à Simon le Magicien, sans autre fondement à mon avis que de ce qu'elle était contraire a celle qu'on croyait être de saint Pierre, celle-là, dis-je, vient de nous être re- présentée assez clairement. Celle que les clercs inférieurs de la province de Galice avaient empruntée des anciens hérétiques d'Espagne, et dont nous avons rapporté la condamnation par le concile IV de Tolède pourrait passer pour la même que celle de nos jeunes clercs dans le siècle présent ; mais si elle en approche par le seul petit cercle du haut de la tête, elle en est très-différente par la modestie des che- veux. Car ce que le concile de Tolède con- damne le plus justement, ce sont les longs che- veux que les lecteurs du royaume de Calice portaient a la façon des laïques. « Prolixis ut laicicomis. »
II est vrai que ce concile veut que les moin- dres clercs portent la tonsure et la couronne aussi grande que les évoques, et que notre pratique est fort éloignée de cela. Mais c'est à quoi il faut rapporter ce que l'abbé Céolfrid vient de nous apprendre, que jamais l'Eglise n'a prétendu introduire dans ces sortes de pra- tiques une uniformité générale et qu'elle ne désapprouve pas la différence qu'on met entre les choses de leur nature indifférentes, et celles qui sont essentielles à la religion.
XV. Après ces deux manières de couronne
et de tonsure, qui n'ont pas été approuvées, il en reste deux qui ont mérité d'être attribuées l'une à saint Pierre et à l'église d'Occident, l'autre à saint Paul et à l'Eglise Orientale. Quant à cette attribution, il y a toutes les ap- parences du monde qu'elle n'est provenue que de la maxime de saint Jérôme, qui veut bien que chaque Eglise mette ses anciennes prati- ques au rang des traditions apostoliques. En etfet, dès que l'antiquité d'un usage est telle (ju'on en a oublié le commencement, on se laisse insensiblement aller à la créance, qu'elle a pris naissance avec lEglise même, de ceux-là même qui ont donné commencement à chaque Eglise. Grégoire de Tours attribue aussi à saint Pierre la première institution de la couronne, ou de la tonsure comme nous le dirons dans le chapitre suivant.
XVI. Enfin l'abbé Céolfrid a remarqué que non-seulement les clercs, mais les moines aussi doivent porter la tonsure de saint Pierre, avec un cercle de cheveux qui fait comme leur cou- ronne ou leur diadème. Cela s'était donc déjà introduit dans l'Angleterre ; car il est certain que ce n'était pas la coutume des religieux d'Espagne. Les conciles de Tolède n'ont donné de couronne qu'aux clercs, ils ont donné aux religieux la tonsure seulement de même qu'aux pénitents; saint Isidore l'a dit en termes formels dans sa règle ; et il l'a assuré, encore plus clai- rement quand il a dit que la couronne mar- quait la royauté du sacerdoce de l'Eglise. Ce n'est donc qu'aux clercs qu'il a donné la cou- ronne.
XVTI. Mais cette pratique de couronner d'un tour de cheveux la tète des moines, est appa- remment venue de ce que dans ce même temps les religieux entrèrent presque tous dans la cléricature, surtout en Angleterre, où les suc- cesseurs d'Augustin et de ses confrères furent presque tous religieux aussi bien qu'eux, et ayant été les prédicateurs et les Pères de l'E- glise anglicane, ils firent un très-saint et très- avantageux mélange de la profession monasti- que et de la cléricature. Aussi nous allons voir qu'en ces mêmes vi% vne et viue siècles la ton- sure monacale était souvent donnée au lieu de la cléricale ; pour entrer dans le clergé, on commençait par se faire moine, les moines étaient appelés clercs, et la profession monas- tique suffisait pour faire l'office de lecteur dans l'église.
Au reste, si nous disons que la coutume de
DE LA TONSURE ET DE LA COURONNE.
raser la tète a passé des moines aux clercs, et que celle de laisser un tour de cheveux a passé des clercs aux moines, comme nous le dirons
encore dans le chapitre suivant, il est visible qu'en cela il n'y a nulle contrariété.
CHAPITRE TRENTE-NEUVIEME.
DE LA TONSURE ET DE LA COURONNE CLERICALE EN FRANCE ET EN ITALIE. A ROME ET EN ORIENT, AUX SIXIÈME, SEPTIÈME ET HUITIÈME SIÈCLES.
I. La tonsure des clercs ne consistai! qu'à avoir les cheveux couils.
II. on tondait ceux qu'on faisait clercs ou moines.
III. Ainsi la tonsure des clercs et des moines semblait être la même.
IV. Selon le langage de ce temps-là, on devenait clerc par la tonsure mouacale.
V. Preuve tirée de Grégoire de Tours, que les clercs avaient une couronne outre la tonsure. Les moines l'avaient aussi lors- qu'ils étaient clercs, mais non pas les pénitents. •
VI. Preuves que le haut de la tète était même rasé. Voilà pour la France.
VII. En Italie, la même tonsure et la même couronne était en usage pour les clercs et les moines.
VIII. On tonsurait aussi les bas ofûciers qui gouvernaient le temporel de l'Eglise.
IX. L'antiquité de la tonsure ou de la couronne pourri provenir de la glorieuse ignominie que les ennemis deJ.-C. lui avaient fait souffrir.
X. Preuves qu'on ne rasait point encore la tète dans les pre- miers siècles.
XL XII. Dans l'Orient, la tonsure était en même recomman- dation.
XIII. On ne tonsurait point les clercs, sans leur conférer quel- qu'un des ordres inférieurs.
XIV. Quand les Grecs ont parlé de la couronne.
XV. Comment ils l'ont prise pour une tradition apostolique ; et comment il est vraisemblable qu'elle a passé des moines aux clercs.
XVI. Autres preuves que la couronne n'est pas des quatre premiers siècles.
I. Continuons le même discours de la ton- sure et de la couronne cléricale et,' passons d'Angleterre en France.
Le concile d'Agde, tenu en 506 (Can. xv , oblige les pénitents à couper leurs cheveux et changer d'habit : « Si comas non deposuerint, aut vestimenta non mutaveiint. abjiciantur. » Il ordonna aux archidiacres de couper les che- veux aux jeunes clercs qui les porteront trop longs, malgré toute leur résistance. « Clerici qui comam nutriunt, ab archidiacono, etiamsi noluerint , inviti detondeantur Can. xx . »
Voilà l'ancienne modestie dans les cheveux courts, mais on n'y parle point de couronne.
IL Grégoire de Tours dit que le grand Clovis fit tondre le roi Chararic et son fils et leur fit donner les ordres sacrés. « Vinctos totondit, et Chararicum quidem presbvterum , filium vero ejus diaconum ordinari jubet (L. n, c. -il). » Childebert et Clotaire, enfants du grand Clovis, envoyèrent demander à leur mère, sainte Clo- tilde. si elle aimait mieux qu'on tuât ses petits- fils, enfants de Clodomire, ou qu'en les tondant on les dégradât de la royale noblesse et qu'on les égalât au peuple; « Dtrum incisa caesarie, ut reliqua plebs habeantur an certe bis inter- l'eetis, etc. (L. m. c. 1S . » Cette sainte reine ne pensant rien moins qu'à ce qui arriva, ré- pondit dans le transport de sa douleur, qu'elle aimait mieux les voir privés de la vie que des marques de leur royale naissance, « Satins mihi. si ad regnum non erigunlur, mortuos eos videre. quam tonsos. »
Ces princes impitoyables se défirent de deux de leurs neveux, le troisième nommé Clodoald s'échappa et se coupant lui-même les cheveux, il prit la cléricature et ensuite la prêtrise, où il mérita une couronne et une royauté immor- telle : « Sibi propria manu capillos incidens, clericus factus est, etc. (L. iv, c. i). » Le frère du comte de Rretagne se fit tonsurer pour être fait évèque de Vannes, puis laissant croître ses cheveux et reprenant sa femme, il voulut suc- céder à son frère qui était mort dans la comté ; mais les évêqoes l'excommunièrent.
« Tonsuratus et episcopus ordinatus est, etc. Apostalavit et demissis capiliis, uxorem quam post clericatum reliquerat, cum regno fratris
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DU SECOND ORDRE DES CLERCS. — CHAPITRE TRENTE-NEUVIÈME.
simul accepit, sedabepiscopisexcommunicatus
est (L. v, c. .'), I i). » Et plus bas, « Mundericus tonsuratus, et episcopus ordinatus est. » Et plus bas, « Meroveus tonsuratus est, mutataque veste, qua clericis uti mos est, presbyter ordi- natur. » Et plus bas encore, « Ille in eodem loco conversus, tonsurato capite, fidelissimus monachus nunc habetur (L. vi, c. G, 9). » Et plus bas, « Radecbisilus dômus régis major, tonsuratus , gradus quos clerici sorliuntur, ascendens, etc. » Et en parlant des princes de la maison de Clovis , « Utregum istorum mos est, crinium tlagellis per terga demissis, etc. Clotarius jussit tonderi comam capitis ejus, dicens , hune ego non generavi (L. xxiv, c. 28). » Et ailleurs, « Marius referendarius, subito lateris dolore detentus, caput totondit, atque peenitentiam accipiens , etc. (L. vu, c. '.il). » El en un autre endroit, « Nicetius cornes praeceptionem a Chilperico acceperat, ut tonsuratus civitati illi sacerdos daretur. » Et plus bas, « Episcopus suscepto puero, totondit comam ca]iitis ejus, deditque eum archidia- cono Ecclesiae suœ, etc. (L. x, c. 8, 29). » Et plus bas, a Cum jam degeret cum memorato antistite Aredius, tonsurato jam capite , etc. Ex familia propria tonsuratos instituit mona- chos ; caenobiumqne fundavit. o
III. De cette confusion étudiée de passages il parait assez clairement qu'il y avait aussi une confusion de tonsures entre les ecclésiastiques et les moines.
Grégoire de Tours se sert toujours des mêmes termes pour les exprimer et il serait difficile qu'en un si grand nombre d'endroits il ne se fût rencontré quelque occasion d'en insinuer la différence. Les princes de la maison royale de Clovis se distinguaient du reste du monde par la longueur extraordinaire de leurs che- veux.
Les autres personnes séculières les portaient aussi fort longs. Les ecclésiastiques et les moi- nes se les faisaient tondre afin de les avoir tou- jours fort courts et témoigner par là le retran- chement des supei Unités du monde : le concile d'Agde ordonne seulement de couper les che- veux trop longs aux jeunes clercs.
Au reste ci: que j'ai dit et ce que je pourrai dire ensuite de la tonsure et de la couronne des clercs. qui el.iil sinisent confondue avec celle des moines, ne paraîtra pas si étrange, si l'on considère que l'Eglise avait pu permettre des lors aux abbés de donner la tonsure cléricale à
leurs religieux ; comme il est indubitable que les conciles œcuméniques mêmes leur ont dans la suite des siècles, ou donné, ou confirmé cette puissance. Mais comme tous les abbés n'ont pas joui de ce privilège ; aussi les moines recevaient souvent la tonsure des évoques. Enfin comme tous les moines profès n'étaient pas clercs, et qu'ils avaient tous néanmoins la tonsure monastique, cela nous force toujours de reconnaître quelque différence entre la ton- sure des clercs et celle des moines et par con- séquent entre la tonsure des moines qui étaient clercs et celle de ceux qui ne l'étaient pas.
Il y a néanmoins bien d'autres exemples où les abbés donnent la tonsure et la cléricature tout ensemble à leurs religieux. Grégoire de Tours parlant de l'abbé qui reçut saint Gai dans son monastère, « Tune abbas puerum clericum fecit (De vitis Patr. c. 5). » J'en dirai davantage ailleurs. J'ajouterai seulement ici cette circonstance curieuse qui se lit dans la vie de saint Maur , que quand il tonsura le jeune Flore, après lui le roi et tous les Sei- gneurs lui' coupèrent aussi chacun une partie de ses cheveux : « Rex primus post eum de coma capitis ejus totondit ; deinde quicumque ex optimatibus ejus voluit (Cap. iv). »
La règle de saint Aurélien marque une autre singularité notable; on enfermait dans quelque chasse ou reliquaire des saints une partie des cheveux coupés ou pour les consacrer, ou plutôt pour servir de témoignage contre les violateurs d'une si sainte cérémonie. « Si quis laïeus tonsurandus est, de capillis illitisincon- fessionem mittatur, ut ei in testimonio sit. »
IV. Voyons si les autres ouvrages du même Grégoire de Tours nous confirmeront dans la même pensée de l'indistinction de la tonsure cléricale et de la monacale. En parlant du monastère de saint Maurice , il dit qu'une femme y offrait son fils à l'abbé, pour y rece- voir la cléricature, c'est-à-dire pour y être fait moine. « Mulier filium unicum ad monaste- rium adducens, abbati tradidit erudiendum , videlicet ut factus clericus , sanctis mancipa- relur officiis. Verum cum jam spiritalibus esset eruditus in litteris, et cum reliquis clericis in choro psalleret canentium , etc. (De glor. Mar. t. x, c. 76). »
Parlant ailleurs d'un bénéficier qui desser- vait une chapelle, il L'appelle tantôt moine, tantôt clerc : « Monachus ipsius loci, etc. Fes-
DE LA TONSURE ET DE LA COURONNE.
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livitate ovans clericus, etc. Ingressus promptua- rium clericus, etc. (L. il, c. 3b . » El ailleurs, « Purulum ex familia Ecclësiœ Turonicae, Im- miliatis capillis huic monasterio cessimus'(De
glor. Conf. c. 22, 32). » Et plus lui?, « Ex con- sensu pari vir tonsuratusad clericatum, puella vero religiosum induit vestimentum. » Et dans un autre ouvrage, un maître consacra à saint Martin son esclave, s'il guérissait à son tom- beau : « In illo die absolutus a mei servitii vin- culo, incisis capillis tuo servitio delegetur, etc. Tonsurato capite et accepta libertate , ibidi m Domini usibus deservivit [Du Mirac. I!. Mart. 1. ii, c. i. 53 . » Et ailleurs parlant d'un autre, « Ad monasterium sibi proximum, humiliatis capillis, ac presbyter ordinatus (Vitœ l'atrum, c. v). » Et parlant ailleurs de saint Portien qui fut relâché miraculeusement par son maître . afin de pouvoir entrer dans un monastère, » Exin beatus Portianus clericus factus, tanto virtulis cumulo est prselatus , ut decedente abbate ipse succederet. »
Ce fut l'abbé même du monastère qui le fit clerc, comme il paraît par toute la suite du dis- cours et comme on peut encore connaître par l'exemple de saint Gai, dont Grégoire de Tours dit formellement que l'abbé le fit clerc, en le recevant dans son monastère. « Nu ne abbas piierum clericum fecit, etc. Quem cum Quin- tianus episcopus ad idem monasterium veniens cantantem audisset, etc. (Ibid. e. vi, ix. >.\ . o Et parlant ailleurs de l'abbé saint Patrocle, « Accessit ad Biturigse urbis episcopum pe- tiitque comam capitis tonderi, adscirique se in ordinem clericorum. » Et plus bas (C. x\ . « Senoeh Pictavi pagi quem Theipbaliam vo- cant, oriundus fuit, et conversus ad Dominum, clericusque factus monasterium sibi insti- tuit. »
V. Tous ces passages nous persuaderaient sans doute, que l'Eglise de France n'avait pas encore ajouté la couronne à la tonsure cléri- cale, si le même Grégoire de Tours ne nous faisait une description achevée de l'une et de l'autre, en parlant de la naissance de saint Ni- cetius ou Nizier, évèque de Trêves.
Il rapporte, que quand il vin! au monde, sa tète parut d'abord sans cheveux, à la réserve d'un petit filet de cheveux qui l'entourait comme un diadème, en sorte que l'on crut que c'était un heureux présage de la profession cléricale, qu'il devait un jour embrasser.
« Igitur sanctus Nicetius episcopus, ab ipso
ortus fui tempore clericus designatusest. Nam cum partu fuissel effusus, omne caput (jus, ut ist consuetudo uascentium infantium, a ca- pillis iiudum cernebatur ; in circuitu vero modicorum pilorum ordo apparuit, ut putares ab eisdem coronam clerici fuisse signatam. Exinde a studiosissimis enutritus parentibus, litteris institutus, abbaticuidam in monasterio commendatur; in quo loeo ita se devotum ex- hibuit, ut migrante abbate ipse succederet (Ibid. c. xvu). »
Voilà un témoignage certain, que dans le sixième siècle tous les clercs de l'Eglise galli- cane n'étaient pas seulement tonsurés, mais qu'ils portaient aussi une couronnne, c'est-à- dire un Irès-petit tour de cheveux au bas de la tète, comme Grégoire de Tours vient de le dé- crire et comme nous lavons déjà remarqué dans les Eglises d'Espagne et d'Angleterre. Il faut en même temps demeurer d'accord que la même couronne accompagnait la tonsure des moines , puisque nous voyons que saint Nizier entra aussitôt qu'il le put en religion, sans s'opposer au céleste présage de sa cléri- cature, et que nous avons par tant d'exemples fait voir le mélange de la cléricature avec la profession monastique.
Il n'en est pas de même de la tonsure des pénitents, qui ne pouvaient être faits partici- pants de la cléricature, et qui par conséquent ne pouvaient pas prétendre à l'auguste cou- ronne du royal sacerdoce de l'Eglise.
Grégoire de Tours parle indifféremment de la couronne des clercs et des moines, quand il dit que saint Pierre l'institua comme une mar- que d'humilité. « Apostolus ad humilitatem docendam caput desuper tonderi inslituit (De glor. Mar. L. i.c.28. L. vin, nist. c.20).» Il dit ailleurs que l'évêque de Cahors ayant été ex- communié et mis à la pénitence, on lui défen- dit de couper ses cheveux ou sa barbe. «Neque capillum neque barbam tonderet. » Le pape Vigile laissa aussi croître ses cheveux et sa barbe à Constantinople, si nous en croyons la lettre des ambassadeurs de France.
Saint Loup, archevêque de Sens, ayant été rappelé de son exil par le roi Clolaire, parut devant lui avec une barbe longue et de longs cheveux, qui étaient les marques de son altlic- tion et de ses austérités : « Caput intonsum, barbamque minime rasam, ob cumulandum abstinentia; rigorem : » Le roi en fut touché et commanda qu'on lui coupât la barbe et les
in
DU SECOND ORDRE DES CLERCS. — CHAPITRE TRENTE-NEUVIÈME.
cheveux. « Jubet eum honorifice tractari, co- mamque et barbam tonderi Baron. An. C3J, n. i . »
Ainsi cet usage de raser la barbe et une par- tie des cheveux, qui avait été autrefois une marque saintement affectée d'une ignominie glorieuse qu'on souffrait avec joie pour J.-C. était alors devenue dans l'estime même des hommes , une marque de grandeur et de joie , dont les prélats exilés étaient privés, ou se pri- vaient eux-mêmes pendant leur affliction, et qu'ils reprenaient dan? leur rétablissement.
VI. Saint Ouin, évêque de Rouen, dans la vie de saint Eloi, évêque de Noyon, semble faire descendre des apôtres la tonsure cléricale , « Sub sa^culari habita, vel sub venerabili et apostolica tonsione (Cap. xxxi). » L'auteur de la vie de saint Ouin dit que saint Eloi et lui , furent tonsurés tous deux ensemble : « Clerici tonsuram accepit, uno eodemque tempore etiam Eligio comam ponente Can. \ . »
Saint Césaire étant encore enfant, se fit ton- surer par son évêque, et deux ans après alla se faire religieux à Lérins, « Petens utablatis sibi capillis mutatoque habita, divino ipsum anti- stes servitio manciparet (Cap. i). » Saint Corbi- nien, évêque de Frisingue, se fit raser la tète et la barbe et couper les cheveux le jour même qu'il devait mourir, et après avoir célébré le divin sacrifice, il expira. «Ex more abluens corpus, capillos sibi tonderi fecit, et caput et barbam radi (Cap. xxx). »
Ce passage ajouté à ce que Grégoire de Tours nous disait de saint Nizier au jour de sa nais- sance, pourrait donner a croire que le haut de la tète des clercs était non-seulement tondu, mais aussi rasé. Car saint Corbinien pour rafraî- chir sa tonsure et sa couronne se fit raser la tête et tondre les cheveux, « caput radi, capil- los tonderi; » Ce qui ne se peut entendre qu'en coupant plus courts les cheveux qui faisaient le tour de la couronne, et rasant tout le haut de la fête. Et en ce sens, Grégoire de Tours aura fait la comparaison fort juste de la tête des clercs avec celle de saint Nizier, qui n'avait point de cheveux du tout au haut de la tète, non plus que les autres enfants qui naissent, mais qui avait un filet de cheveux en cercle au bas de la tête, ce que les enfants n'ont pas. Ce ne sont pourtant là que des conjectures.
VIL M nous reste a parler de l'Eglise de Home et d'Italie, afin de passer ensuite en Orient.
Jean Diacre, dans la vie du grand saint Gré- goire, nous a décrit une image peinte de ce saint pape qui était demeurée à Rome. Je n'en rapporterai que ce qui regarde sa barbe et ses cheveux : « Barba paterno more subfulva et modica, ita calvaster, ut in média fronte gemel- los cincinnos rarusculos habeat, et dextrorsum reflexos : corona rotunda et spatiosa, capillo subnigro et decenter intorto, sub auriculœ médium propendenle (L. iv, c. 83). » Voilà la couronne cléricale et les oreilles à moitié dé- couvertes.
Grégoire II , dans un concile romain de l'an 721 (Can. xvu), soumil à t'anathème les clercs qui portent de longs cheveux : « Si quis ex clericis relaxavcrit comam, anathcma sit. »
Le pape Zacharie renouvela ce canon dans un concile romain de l'an 713. Anastase, biblio- thécaire dans la vie du pape Zacharie, dit que ce pape donna l'habit de moine à Rachis, roi des Lombards, en le faisant clerc. sAcceptaque a sanctissimo papa oratione, clericusque effec- tus monachico indutus est habita eum uxore et filiis (Can. vin). » La tonsure cléricale et monacale y était donc confondue.
11 est vrai que nous avons dit ci-devant que le pape Vitalien après avoir donné le sous-dia- conat au moine grec Théodore, lui laissa croî- tre les cheveux durant l'espace de quatre mois, afin de pouvoir ensuite le tonsurer et lui faire la couronne à la mode des occidentaux. Mais c'est parce que Théodore était tonsuré à la façon de l'Orient, sans couronne, et apparem- ment tout rasé.
VI H. Le grand saint Grégoire se plaint qu'en France les personnes plongées dans la boue du siècle, se faisaient tout-à-coup tonsurer pour être faits évêques. « Defunctis episcopis tonsu- rantur, et fiunt repente ex laicis sacerdotes (L. vu, Ep. 3). » Il défend ailleurs de ne tonsu- rer les moines qu'après deux ans de noviciat, « Ut eos quos ad convertendum susceperint, priusquam hienniuin in conversatione com- pleant, nullo modo audeant tonsurare (L. vin, Ep. 23). »
11 commande de rendre à une femme son mari qui s'était l'ail religieux sans son consen- leinent. et avait déjà été tonsuré : « Etiainsi jam tonsuratus est, reddere debeas (L. ix, Ep. fi). » Mais il n'est pas facile de savoir qui sont ceux qu'il appelle Tonsuratores dans la Sicile, et a qui il défend de prendre le nom de défenseurs; s'il n'entend ceux à qui il avait
DE LA TONSFRE ET DE LA COURONNE.
Il
donné le pouvoir de tonsurer les laïques, elles appliquer après cela aux fonctions les plus basses du temporel de l'Eglise (L. ix. ep. 17).
Voici ce qu'il écrivit à Pierre, sous-diacre, qu'il avait chargé du soin du patrimoine de l'Eglise romaine dans la Sicile : « Si vero de laicis Deum timentibus inveneris, ut tonsurari de- beant, et actionarii sub rectore fieri, omnino patienter fero (L. xii, ep. 30). »
Ce recteur était celui qui était particulière- ment chargé de tout le patrimoine de l'Eglise de Rome dans la Sicile, c'était toujours un ecclésiastique qui avait besoin d'être assisté de plusieurs autres officiers subalternes , aux- quels on donnait la tonsure, parce que le bien de l'Eglise n'était gouverné que par des clercs, comme nous avons dit ailleurs. Je sais que ceux que saint Grégoire appelle Tonsuratores , ont été pris quelquefois pour les auteurs ou exécuteurs de quelques exactions violentes. Mais cela n'est pas de notre sujet.
Il vaut mieux remarquer que de tondre les laïques mêmes qui étaient au service de l'Eglise, c'était une marque de leur sujétion et de leur appartenance très-étroite à l'Eglise. Anastase, bibliothécaire, dit que l'empereur Constantin Pogonat envoya au pape Renoît II, les cheveux de ses deux fils, « mallones capillorum , » comme de précieux gages de leur attachement et de leur amour pour l'Eglise romaine.
Paul, diacre, raconte que Charles, prince des Français, envoya à Luitprand, roi des Lombards son fils Pépin, afin que lui coupant lui-même les cheveux, il l'adoptât en quelque manière pour son fils. « Carolus princeps Francorum Pipinum filium suum ad Luitprandum direxit, ut ejus juxta morem capillum susciperet. Qui ejus caesariem incidens, ei pater effectus est, multisque eum ditatum regiis muneribus, geni- tori remisit (Baron., An. 084, n. vu). »
Quand cet auteur dit que cela se lit selon la coutume, « juxta morem, » il nous apprend que c'était une manière assez ordinaire d'adop- ter des enfants en leur coupant les cheveux. C'est donc à peu près de la même manière que les laïques de Sicile par la tonsure étaient comme appropriés à l'Eglise. L'origine de cet usage parmi les laïques fidèles, n'était peut- être qu'une imitation de la tonsure ecclésias- tique. 11 se pourrait faire aussi qu'il fût émané de quelques coutumes assez approchantes qui avaient eu cours autrefois entre les gentils.
Anastase, bibliothécaire, dit que quand ceux
de Spolette et de Rieti. rentrèrent dans l'obéis- sance de l'Eglise romaine sous Adrien Ier, ils se firent tonsurer à la mode des Romains. «Omnes more Romanorum tonsurati sunt. » Ce que Ciaconius explique de la sorte, « Perpétuant Romanae Ecclesiae fidem et obsequium jurave- runt, deposito capillo et barba, quod apud eam gentem deditionis verœ maximum signum erat. »
IX. Je ne sais si c'est de la couronne exté- rieure qu'Ennodius voulait parler, comme d'un symbole de la royauté , quand il écrivait au pape Symmaque, « Dum Sedem Apostolicam coronae vestrœ cura moderatur, et caelestis im- perii apicem regitis. » Grégoire de Tours, croit que c'est plutôt une marque d'humilité que saint Pierre affecta dans la tonsure , qu'une image de royauté sacerdotale : « Petrus Apo- stolus ad humilitatem docendam , caput desu- per tonderi instituit , qui Romœ catiiedram locavit. (Deglor. Mart., 1. i. — L. v, ep. 10. c. 28). »
Saint Cyprien remarque cette difformité dans les cheveux, comme une peine dont les persé- cuteurs tachaient de déshonorer les martyrs qui jugeaient au contraire, qu'il ne pouvait y avoir une couronne qui leur fût plus glorieuse, que d'être déshonorés pour J.-C. «Caput semi- tonsum detestabilis et tetra deformitas apud Gentihs Epist. lxxvii). »
En effet, Suétone met entre les extravagances malicieuses de l'empereur Caius , d'avoir pris plaisir de raser la tète de ceux qui tiraient vanité de leur belle chevelure. « Pulchros et comatos , quoties sibi occurrerent, occipitio raso deturpabaf Cap. xxxv). » Philostrate dit que Domitien fit couper la barbe et les cheveux à Apollonius de Tyane, pour le tourner en ridi- cule. Si la couronne cléricale a été aussi ancienne que quelques-uns le prétendent, il est plus apparent que ce soit de cet amour des humiliations qu'elle ait pris commencement, et d'une sainte horreur de tout ce qui nourrit la vanité et le luxe des séculiers.
X. Mais il est presque indubitable qu'au moins on ne se rasait pas la tète dans ces pre- mi< rs siècles. En effet, outre que dans tous les passages que nous avons cités dans ce chapitre et dans le précédent , il n'est parlé que de la tonsure, et qu'il n'y est fait aucune mention que les clercs se rasassent la tête . saint Jérôme nous apprend que cela ne se pratiquait point de son temps (Cap. xxxvii, n. 0 .
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DU SECOND ORDRE DES CLERCS. — CHAPITRE TRENTE-NEUVIÈME.
C'est sur L'endroit où Ezéchiel défend aux prêtres de l'ancienne loi de se raser la tète, ou de laisser croître leur? cheveux, et leur prescrit une tonsure qui tienne le milieu entre ces deux extrémités vicieuses : « Caput suum non radent, neque comam nutrient, sed attonde- bunt capita sua : » et c'est ce que les eccle-i.r- tiques doivent pratiquer lu Ezech., c. ii .
Voici l'explication que saint Jérôme donne sur ce passage d'Ezéchiel : « Perspicue d( mon- stratur, nec rasis capitibus, sicut sacerdotes cultoresque Isidis ac Serapidis nos essedebere, nec rursus comam demittere , quod proprie Iuxuriosorum est, barbarorumque et militan- liuiu, sed ut bonestus babitus sacerdotum facie demonstretur. Discimus nec caMtium nova- cula esse faciendum, nec ita ad pressum ton- dendum caput, ut rasorum similes esse videa- mur, sed in tantum capillos demittendos, ut opertum sit caput. »
Le grand saint Grégoire, pape, rapporte dans son pastoral, partie n, chapitre vu, les menus paroles d'Ezéchiel, et leur donne le même sens presque en mêmes termes que saint Jérôme : «Sacerdotes reetc caput prohibentur radere, et comam nuliire. Capilli in capite sacerdotis et servanlur. utcutem cooperiant, et resecan- tur. ne oculos clau'dant. Part, n, c. 7). »
XI. Saint Jérôme nous a conduits dans l'Orient, où la tonsure des clercs n'était pas moins religieusement observée.
Le concile in Trullo (Can. xxi), permet aux ecclésiastiques qui ont (te dégradés pour cri- mes, de continuer de porter la tonsure cléricale, pourvu que leur sincère et fervente pénitence 1rs rende dignes de ce caractère d'honneur et de sainteté: a moins de cela il les condamne à porter les cheveux comme les laïques, puis- qu'ils préfèrent la vie de la terre à celle du Ciel.
« Si quidem ad conversionem sua sponte respicientes, peccatura délient, propter quod a gratia exeiderunt, et ab eo se penitus aliènes efficiunt, clerici habitu tondeantur; tû t<s xxiipou xEipttrôuoxv trpws.™. Sin autem non sua sponte hoc elegerint, comam sicut laïci nutriant, utpote qui mundanam conversation em vitae cselesti prsetulerint. »
Cela nous montre que la tonsure cléricale devait être accompagnée d'une vie sainte, parce que ce retranchement des superfluités mondaines marque une vie toute céleste, ta?
oùpavcù X'"T.Î.
XII. Ce même concile (Can. xxxn) condamna la pratique des arméniens qui faisaient exercer l'office de chantres et de lecteurs à des gens qui n'étaient pas encore tonsurés. « Etiam non tonsos, sacros cantores et divinae legis lectores constitui. » Et il ordonna qu'on commençât par leur donner la tonsure, avec la bénédiction épiscopale. «Nisi sacerdotali tonsura usus fue- rit, UpaTixîi xoufâ, et benediclionem a suo pastore canonice susceperit. »
XIII. Le célèbre Eulycbius qui fut depuis patriarche de Constantinople , ne reçût l'ordre de lecteur qu'après avoir été tonsuré. L'auteur de sa vie remarque que cet ordre a été comme consacré parle Fils de Dieu même, lorsqu'il lut le livre de la loi dans l'assemblée des juifs. « Pri- mum spiritalem lectorisgratiamaccepit, quam Dominus sanctifîcavit. Accepto enim libro legit, et cuiii illum plicuisset, ministro reddidit. Nec illud pr.eteiniiUendum est, quod primum ca- pillos in sacra œde deposuit (Surius, die 6., April. c. x). »
Ces paroles et celles du canon précédent nous semblent insinuer que l'on ne donnait pas la tonsure sans donner en même temps l'ordre de lecteur, ou quelque autre ordre inférieur. Car c'était encore une loi inviolable de n'or- donner personne, qu'en le consacrant à une église ou à un monastère pour y exercer les fonctions de quelque ordre. Or, la tonsure seule n'est accompagnée ou suivie d'aucune fonction.
Justinien ne nous permet pas de douter de cette connexion nécessaire de la tonsure avec quelque ordre, quand il dit que les fondateurs des Eglises ou des bénéfices y ont sans doute toujours assigné des revenus proportionnés au nombre des prêtres, des diacres, des diaco- nesses, des sous-diacres, chantres, lecteurs et portiers qui devaient y servir; « Etiam cogita- verunt, ut expensas sufficientes darent, quan- tos quidem competens esset presbyteros per unamquamque Ecclesiam, quantos diaconos, masculos et feminas, quantos subdiaconos, et rursus cantores atque lectores et ostiarios con- stitui (Novell, m). »
Cet empereur déterminant le nombre des ecclésiastiques ou des bénéficiers de la grande Eglise de Constantinople, n'omet aucun de ces ordres, mais il n'admet aucun clerc sim- plement tonsuré, n'en ayant peut-être jamais eu la pensée, tant la chose était encore incon- nue. Ce qui parait encore clairement par l'au-
DE LA TONSURE ET DE LA COURONNE.
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thentique ajoutée au code : « presbytères et diaeonos, et subdiaconos, cantores ei lectores, quos omnes clericos appellamus, etc. Cod. I, i, leg. 33). »
XIV. Le Patriarche de Constantinople Ger- main qui se signala par sa constance invincible contre les empereurs iconoclastes, nous a appris tout ce que les Crées de cet âge moyen ont pensé de plus beau sur la tonsure et la couronne des clercs , et de plus conforme aux usages de Rome. En effet, c'est ici où nous commençons de trouver plus clairement et plus précisément , non-seulement la tonsure . mais aussi cette couronne qui figure la royauté des prêtres, aussi bien que leur dépouillement de toutes les choses terrestres, et leur confor- mité à la croix de J.-C. dont les épines, ks humiliations et les souffrances ont fait la cou- ronne.
Je sais que cet ouvrage est attribué par quel- ques-uns à un autre Germain, patriarche de Constantinople, qui vivait au commencement du douzième siècle. Mais j'ai mieux aimé me tenir au sentiment le plus commun, parce que tout ce que je rapporte de cet auteur me parait avoir beaucoup de conformité avec les senti- ments qui avaient cours au temps de L!ède , et des autres écrivains du même siècle.
Voici les paroles de cet auteur : « Tonsura capitis sacerdotis, et rotunda ejus pilorum mé- dia seclio, vice coronae est spinete , quam Christus gestavit. Duplex corona circumposila capiti sacerdotis , ex capillorum significatione ; imaginem refert venerandi capitis apostoli Pétri. Qiut cum missus esset ad prœdicationem Domini et Magistri, ei tonsa est ab iis, qui ejus sermoni non credebant, ut illuderetur ab ipsis; eique magister Christus benedixit . et infa- miam in honorem , illusionem in gloriam convertit, et posuit super caput ejus coronam non ex lapidibus pretiosis, sed lapide et petra iidei effulgescentem super aurum, et lapides pretiosos. Vertex enim, ornatus et corona duo- decim Iapillorum Apostolis sunl : petra vero sanctissinius apostolus est, primus hierarcha- rum Christi (in Tbeoria Mystica Bibl. PP. tom. 12. p. 379). »
XV. Voilà donc, comme il paraît par ces termes, la même créance répandue dans l'Oc- cident et dans l'Orient , sur la maxime très- véritable de saint Jérôme, que toutes les prati- ques et les traditions anciennes de l'Eglise sont apostoliques, parce que l'autorité apostolique
réside éternellement dans l'Eglise. En effet les personnes savantes dans l'antiquité ne peuvent douter, qu'autan! que la modestie dans les cheveux courts a été recommandée aux clercs des la naissance de l'Eglise, ce qui s'appelle la tonsure, autant la couronne, ou ce tour de cheveuxqui entoure le bas de la tête a été incon- nue dans les quatre ou cinq premiers siècles. Les moines, pour attirer sur eux la risée des gens du monde, et écarter l'admiration qui eût si justement suivi leurs divines vertus, se fireut d'abord tondre ou raser la tète d'une manière bizarre et surprenante. Ayant été appelés aux dignités saintes de la cléricature , ils ne crurent pas devoir quitter les premières pratiques de leur sainte profession : les ecclésiastiques les plus parfaits se rendirent à l'envi imitateurs de ces saints religieux : ils imitèrent leurs habits et leur tonsure : ils voulurent aussi bien qu'eux tirer leur gloire du mépris et des humi- liations. J.-C. tt ses apôtres ayant servi de risée au inonde , et ayant attaché les véritables hon- neurs et les récompenses éternelles à cette glorieuse ignominie , le clergé voulut se con- former a lui. Saint Paulin nous a dépeint ailleurs les moines à demi-rasés, et affectant cette honorable difformité : «Casta deformitate capillum ad cutem csesi, et inœqualiter semi- tonsi. et destituta fronte prserasi : » Salvien en a approché : « Monachus recisis comarum fluentium jubis ad cutem tonsus ( L. 8. de Provid). »
La couronne que les Anglais attribuaient à Simon le magicien, et qu'ils reconnaissaient pourtant avoir été portée par un grand nombre de saints religieux et de saints ecclésiastiques de leur pays, comme Bède nous a fait voir, cette couronne, dis-je, ne ressemblait pas mal à l'idée qui se forme des termes que nous ve- nons de rapporter de saint Paulin. Il s'est pu faire qu'après que cette couronne, qui avait été honteuse aux yeux des hommes charnels, fût devenue vénérable à tout le monde, parce qu'on s'y accoutuma, et que tout le monde se trouva converti à la foi chrétienne, on jugea à propos de la conserver, de l'achever pour ainsi dire, et d'en faire un monument éternel de l'amour que tous les vénérables ecclésias- tiques ont pour la croix et les opprobres de Jésus-Christ.
En ce sens, il est véritable qu'elle représente Ja couronne d'épines de J.-C, et qu'elle figure les ignominies que saint Pierre avec tous les
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DU SECOND ORDRE DES CLERCS. — CHAPITRE QUARANTIEME.
autres, et par-dessus tous les autres a souffert pour J.-C. Et en voilà assez pour justifier tout ce qui a été «lit sur ce sujet par les Anglais, par les Français, par les Espagnols et par les Grecs durant les sixième, septième et huitième siècles.
XVI. Saint Denis a traité de la tonsure des religieux et en a rendu les raisons mystérieuses qui regardent le renoncement à toutes les illu- sions du siècle; mais il n'a point parlé du tout de cette conformité à la couronne d'épines du Fils de Dieu, ou aux glorieuses humiliations de saint Pierre (Crclest Hierar., c. vi). Il ne l'eût pas assurément oubliée, si ces pieuses pensées eussent eu déjà quelque vogue. Il ne parle point non plus de ce tour de cheveux qui fait une espèce de diadème ; il dit seulement que le prélat coupe les cheveux en forme de croix et en invoquant les personnes de l'adorable Trinité : « Sacerdos eum signo crucis consig- nans tondet, très Personas divinae Beatitudinis invocando. »
11 ne parle que de la tonsure, et fait proba- blement juger qu'on n'usait point du rasoir, comme saint Jérôme l'a déjà montré. Ce fut donc un peu plus tard qu'on commença dans l'Occident à raser la tète des religieux, et a leur imitation des ecclésiastiques, en leur lais- sant un tour de cheveux au lias de la tète, et de l'Occident cette pratique passa enfin en
Orient, où auparavant on ne parlait que de couper les cheveux sans les raser et sans cou- ronne. Martin, fils de l'empereur Anthémius, s'étant révolté contre l'empereur Zenon, et ayant élé trahi des siens, fut tondu et fait piètre /..j-o i--.'):J.r.v-.;, dit Evagrius (L. m, c. 26). Glycas et Cédrénus, parlant d'IIéraclius et en faisant la peinture, ils nous le représentent avec une longue barbe et de grands cheveux, avant son élévation a l'empire; mais dès qu'il fut monté sur le trône il coupa ses cheveux et rasa sa barbe, parce que telle était la coutume des empereurs. « Fuit fulvo crine, barba lata atque prolixa. Sed imperator factus, extem- plo comam totondit, ac mentum rasit, qui est imperatorum habitus (Baroniusan.uTO, n. 5). s
Il y a toutes les apparences possibles que les empereurs grecs en cela imitaient leurs prédécesseurs les empereurs romains d'Occi- dent ; mais il faut conclure de la que si les em- pereurs mêmes de Constanlinople en usaient alors de la sorte, les Grecs de l'âge suivant eurent grand tort de faire un crime au clergé occidental de ce qu'ils rasaient leurs barbes. Les fastes d'Alexandrie, parlant de Justinien, assurent qu'il rasait sa barbe, et que c'était l'usage des Romains : « Justinianus eratmenlo rasus, ritu Romanorum. »
Constantin Pogonat, ou le Barbu, fut ainsi surnommé parce qu'il laissa croître sa barbe.
CHAPITRE QUARANTIEME.
DE LA TONSURE ET DE LA COURONNE DES CLERCS SOUS L EMPIRE DE CHARLEMAGNE ET CELUI DE SES SUCCESSEURS.
I. Les clercs et les moines étaient tonsurés, c'est-à-dire qu'ils portaient lis cheveux courts dans l'une et l'autre I
II. La tonsure monacale tenait quelquefois lieu de la cléricale. Ml. I.» mes rasèrent an^i quelquefois leur tête, et peut- être l< s clen - aussi dans la Grèce.
IV. Les clercs de l'Eglise latine ne rasaient que le haut de la or faire l'image d'une tiare sacerdotale et d'un diadème royal.
v. Pourquoi ils rasaient leur barbe.
VI. Suite du même sujet. Pratique des Grecs. Indifférence de i ea pratiques.
Vil. Différentes tonsures des laïques, des moines et des clercs.
VIII. La tonsure monacale cesse de pouvoir passer pour la couronne cléricale, apiès le temps du c. mille \ 1 1 ■ .
1\. Diverses preuves qu'il y avait alors des clercs à simple tonsure, sans aucun ordre, dans l'Orient.
X. Preuves qu'il y en avait aussi dans l'Occident.
XI. Explication des tenues grecs qui signifient la tonsure.
I. Etienne II étant à Cressy, en France, pro- nonça anathème contre les clercs et les moines
DE LA TONSURE ET DE LA COURONNE.
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qui portaient les cheveux trop longs, o l't nul- lus clericus, aut monacbus comam laxare prar suin.it, aut anathema sit (Coocil. GalL, t. n, p. I". Can. xvin.» Los moines et les «Kits étaient donc simplement tonsurés, c'est-à-dire qu'ils avaient les cheveux courts. Ce qui paraît encore par le concile île Mayence de l'an 813 Can. xxin . « Et sive in canonico, sive in mo- nacliico online nullus tondeatur sine légitima se ta te. » Lu clerc était diocésain de l'évêque qui lui avait coupé les cheveux : « Nostra in parœcia inslruelus et detonsus (Ibid. pag. 666, 667). »
La même tonsure était en usage parmi les Grecs, d'où vient que le pape Nicolas Ir, ré- pondant aux invectives des Grecs, leur oppose qu'eux-mêmes tonsurèrent d'abord un laïque et le Grent patriarche : « Ex laico subito ton- suram ac monachum faetum. ad episcopatus apicem provehant Epist. lxx) »
Cette tonsure qui était propre aux clercs et aux moines parmi les Grecs, était bien diffé- rente de celle de ces laïques dont il est parlé dins une lettre d'Adrien I" à Charlemagne, où il lui raconte comment Arichise, duc de Bénévent, s'est mis sous la protection de l'em- pereur de Constantinople, et a promis de n in- former ses babils et ses cheveux a la mode des Grecs : « Promittens se sub imperatoris ditione futurum, et Graecorum vestitu, atque tonsura usurum (Ibid., p. 202). »
Les Lombards et leurs sujets avaient aussi une mode particulière de porter les cheveux. D'où vient que lorsqu'ils rentrèrent dans l'obéis- sance du pape Adrien I", ils coupèrent leurs cheveux ;i la façon des Romains : « lu fîde ponlificis jurantes, more Romanorum tonsu- rati sunt, etc. Post praestitum sacramentum omnes more Romanorum tonsurati sunt. » Les Lombards laissaient croître leurs cheveux sans bornes, les Romains ne leur laissaient qu'une longueur médiocre, les ecclésiastiques les avaient fort courts.
II. 11 est encore remarquable, dans les textes que je viens de citer, que la tonsure des clercs et des moines était la même. Aussi, dès qu'on se faisait moine, la même tonsure était suffi- sante pour la cleriealure. Anastase, bibliothé- caire, dit que le prince Carloman reçut la clé- ricature du pape Zacharie, à Rome, et se relira ensuite dans un monastère, où il promit de persévérer jusqu'à la mort. « Atque in speeiali habitu se fore respondens perinansurum, cle-
ricatus jugum a pontifiee suscepit, etc. Pro- feclus est in monasterium, in quo et ftnire vitam jure professus est jurando. »
Rachis, roi des Lombards, reçut du même pape l'habit de religion avec la clé; ieafuro : « Accepta a sanctissimo papa oratione, cleri- cusque etl'ectus, monachico indulufe est ha- bitu. » Etienne IV. étant encore jeuue, avait été clerc et moine en même temps dans le monastère de saint Chrysogone, à Rome : « In monaslerio sancti Chrysogoni clericus atque mou ichus est efleclus. »
En effet, puisque les abbés, qui étaient prê- tres et qui avaient été bénis par l'évêque, pou- vaient créer des lecteurs dans leurs monas- tères, ils pouvaient a plus forte raison donner la tonsure cléricale à leurs religieux en les recevant dans leur monastère. Mais comme tous les moines étaient tonsurés comme moi- nes, et que tous les moines n'étaient pas lec- teurs, il faut reconnaître au moins après le VIIe concile une couronne ou une tonsure clé- ricale entre les moines mêmes, différente de la monacale.
III. Les moines rasèrent enfin leurs cheveux aussi bien que leur barbe, mais cela leur te- nait lieu de la tonsure cléricale. Le chapitre général des abbés, sous Louis le Débonnaire, régla lesjoursqueles moines se feraient raser. « Ut in quadragesima nisi in sabbato sancto non radantur; in alio autem tempore semel per xv dies radantur, et in octavis Paschœ (Capit. Carol. Mag., add. 1. î. c. G). »
Réginon ne laisse pas de confondre cette ton- sure monastique avec la cléricale : « Clericus quem progenitores tradiderunt monasterio, et in Ecclesia legit, nec uxorem ducere nec mo- nasterium deserere poterit. Sed si discesserit, reducatur. Si tonsuram dimiserit, rursuni ton- deatur In Append. u, c. 37 . »
Hincmar est dans le même sentiment quand il parle de la pénitence du prince Pépin : a Re- conciliatus tonsuram clericalem accipiat, etha- bitum monasticum recipiat, etc. (Tom. n, p. 831). »
On pourrait même douter si les ecclésias- tiques de la Grèce ne rasaient point aussi tout à fait leur tète, au lieu que les Latins n'en rasaient que le sommet, et laissaient le reste couvert de cheveux, afin de pouvoir taire le divin service la tète nue, et non pas la tète couverte d'un drap, comme les Grecs étaient obligés de faire, pour défeudre leur tète rasée
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DU SECOND ORDRE DES CLERCS. — CHAPITRE QUARANTIÈME.
contre la violence du froid. Ce que le moine Ralram semble nous apprendre, en répondant aux reproches des Grecs contre les Latins.
a Hinc igitur considèrent elerici, qui barbas quidem nutrientes, atvero caput penitus ca- pillis ornai ex parie nudant, yel vini frigoris mI calons ferre non valentes, vel potins hu- jusmodi deturpationem babitus, utcumque celare volentes, capila veste cooperiunt, an contra praeceptum Apostolicnm venire com- probentur. Siquidem negare non possunt, contra sententiam Pauli se facere, dicentis, Omnis vir orans velato capite, deturpat caput suum (L. iv. c. 5). »
IV. Mais quant aux Latins, le même Ratram assure que s'ils rasaient leur barbe, ils se con- tentaient de porter leurs cheveux courts, n'en rasant que le plus haut, et laissant modeste- ment croître le reste en forme de couronne, afin de représenter le diadème royal du sacer- doce de Jésus-Christ dont ils sont revêtus, par ce cercle de cheveux, et la tiare pontificale par la partie de la tête qui est rasée.
« Hune niorem sequentes elerici Romano- rum, sive cunctarum fere per Occidentem Ec- clesiarum , barbas radunt et capila tondent, accipientes formam, tam ab eis qui in veteri Testamento Nazaraei dicebantur , quam ab eis qui in novo Testamento talia l'eeisse leguntur. Sed non penitus capillis capila nudant, veruin pro parte, significantes tali schemate, tam re- gale decus, quam insigne sacerdotale. Siqui- dein regibus decus est proprium coronas ca- pite ferre. Pontifices autem in templo tiaras capite portabant. Et tiara quidem hemisphœrii gerit similitudinem, coronaverocirculi gerens figuram, caput assolet ambire. Loquitur Pe- trus, vos autem genus electum, regale sacer- dotium. Quod siguifleare volentes, elerici Ro- manorum si\e Latinorum, in verticis nuda- tione, tiara' similitudinem figurant, per quam sacerdotale decus insinuant. Porro reliqua pars capillorum caput ambiens, neque tamen ver- tieem contingens, speciem coronœ représen- tât, qua regalis dignitas ostentatur. Sic utraque bac specie regale sacerdotium designatur. »
Enfin il ajoute que non-seulement l'histoire fait foi que plusieurs d'entre les apôtres et les disciples eurent la barbe rasée , mais que les images mêmes de saint Pierre rendaient le même témoignage, le représentant toujours avec la barbe rase.
V. Mais ce qu'il y a de plus remarquable
dans cet auteur, c'est la distinction qu'il fait du sommet de la tête, qui est tout à fait sans cheveux, et qui représente la tiare pontificale, dont la forme était une demi-sphère, d'avec le reste de la tête couvert d'un tour ou d'une couronne de cheveux, qui suffisait pour dé- fendre du froid et du chaud, et qui figurait la couronne royale.
Tout cela est emprunté d'Isidore, évêque de Séville, dont Enéas, évêque de Paris, a inséré les propres termes dans sa réplique aux mêmes invectives des Grecs. A quoi il ajoute que si les clercs de l'Occident rasent leur barbe, outre les raisons mystérieuses qui marquent l'abné- gation intérieure et le retranchement de toutes les superfluités du siècle, on peut encore dire que cela se fait par un amour louable de la propreté et de cette netteté qui sied bien aux ecclésiastiques. « Ob munditiam utique hoc agunt, quam expressius Ecclesiasticum expetit et deposeit ministerium, etc. Munditia minis- trorum Christi pro radendis barbis, inlicita re- secando, débet prastantius splendescere in operibus bonis, et omnimodis carere sordibus mentis simul et corporis. »
Enée repousse cette accusation ridicule des Grecs par une juste réprimande qu'il leur fait de leurs grands cheveux, qui sont manifeste- ment condamnés par l'Apôtre. Il y a de l'appa- rence qu'il ne parle que des laïques; leurs clercs ne s'étaient pas encore émancipés jusqu'à ce point.
M. Les laïques pourraient bien avoir imité la tonsure cléricale lorsqu'ils envoyaient leurs enfants pour déposer les premières dépouilles de leur tête entre les mains de ceux qu'ils dési- raient avoir pour pères spirituels. Paul, diacre, dit simplement que Charles Martel envoya son fils Pépin à Luilprand, roi des Lombards (Hist. Longo., 1. v, c. 53), qui devint son père en lui coupant les cheveux: « Ut ejus juxta morem ca- pillum susciperet. Qui ejus cœsariem incidens, ei pater effectus est (Du Chesne, t. n, p. 223).» Mais une vieille chronique dit formellement qu'il devint sou père spirituel, « ut ei juxta
rem ex capillis tonderet, et fieret ei pater
spiritalis. Quod et fecit. »
Ceux qui donnent à Charlemagne une longue barbe, n'ont pas emprunté cela d'Eginard, qui n'en dit rien, non plus que les autres histo- riens, et ils n'ont pas non plus consulté les médailles et les vieux portraits qui le repré- sentent toujours sans barbe.
DE LA TONSURE ET DE LA COURONNE.
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Saint Adalbert, évèque et martyr, pensant à se travestir pour gagner plus facilement les barbares, se résolut d'abord à laisser croître ses cheveux et sa barbe, o Vestimeota mute- mus, clericam aequalem pendentibus capillis crescere sinamus, tonsae barbée comas prodire non prohibeamus, etc. (Surius April.,diexxni, c. 28). » Au contraire, Rabanus Maurus parlant d'un diacre apostat , lui donne aussitôt une grande barbe : « Quotidie in synagogis satanae barbatus et conjugatus (L. adv. Jud., c. 42). »
Paul, diacre, assure que les Lombards avaient pris ce nom de leur longue barbe, qu'ils ne coupaient jamais, laissant croître leurs che- veux par devant, quoiqu'ils les coupassent en- tièrement au derrière de la tète (L. iv, c. 7). Adrien Ier dans une lettre écrite à Charle- magne, dit qu'Arichis, roi des Lombards, se liant et se soumettant à l'empire grec, et pro- mettant de se tondre et de se vêtir à la mode des Grecs (Epist. 88) ; l'empereur de Constan- tinople accepta ses offres, et lui envoya deux ambassadeurs avec des vêlements à la grecque, une épée, un peigne et des ciseaux.
L'auteur de la vie de l'illustre martyr saint Etienne le jeune, s'est emporté lui-même, lors- que pour repousser les emportements de Cons- tantin Copronyme, qui avait fait raser tous ses courtisans, en dérision de la longue barbe des moines, il prétend que c'était un attentat com- mis contre la nature et contre les saintes let- tres (Surius die xxvm, Nov. c. 26). Il eut bien mieux fait si avec Ratram il eut reconnu l'in- différence de ces sortes d'usages et l'utilité même de leur diversité en divers temps et en diverses Eglises, pour être une marque éter- nelle de leur indifférence et de leur distinction d'avec les règles éternelles et immuables, ou de la foi ou de la vertu. Voici les paroles du moine Ratram : « Quid enim refert ad justitiœ non tantum perfectionem, verum etiam in- cboationem , barbae detonsio , vel conservatio ? (Ratramn., 1. iv, c. 5.) »
VIL Continuant d'éclaircir les pratiques de l'Eglise grecque sur cette matière, justifions d'abord ce qui a été avancé ; que les parents mêmes coupaient les cheveux à leurs enfants, en les donnant à l'Eglise pour y être appliqués aux offices les plus bas et les plus proportion- nés à leur âge. Le saint confesseur Nicétas en est lui-même une preuve : « Cum illum pater totondisset, ut Anna Samuelem, Deo ipse eum dicavit , et omnino adduxit , ut aeditui lo-
cum interea teneret (Surius die 20. ApriL). »
Balsamon condamne en plusieurs rencon- tres l'usage qui s'était introduit de faire exer- cer la fonction de lecteurs à ceux qui n'avaient été tonsurés que de la tonsure monacale; il autorise son opinion par la réponse d'un concile de Constantinople sous le patriarche Nicolas, conformément au canon du concile in Trullo, et du concile u de Nicée (Balsam., pag. 32, 227, 228). Mais après cela, il ne laisse pas de con- fesser que l'opinion et la pratique contraire avait encore lieu en quelques Eglises.
«Sed etmonacbosquinonbabentepiscopales coronas,faucGûpi$a npxiepaTixwssed monacbicam ton- suram, (tova^uenv ùjtoxoupàvj dicunt nonnulli posse in suggestu légère Apostolum , et reliqua , quemadmodum et clerici, tanquam monacha- lis tonsura utique sufficiat pro tonsura a cleri- cali. Mihi autem videtur, etc. (In can. Trull. 33). » Et ailleurs, « Nota htec propter mona- clios, qui episcopalem tonsuram non susce- pere, et in suggestu inordinate legunt, etc. (In can. Laod. 15). »
La pratique n'était pas encore non plus abo- lie de faire lire les Ecritures dans l'église par des jeunes enfants, qui n'avaient reçu l'habit noir, qui était l'habit clérical, et la tonsure, que de la main de leurs propres parents : « Quoniam . inquiunt Patres, videmus nonnul- los a pueritia nigris vestibus indutos, tanquam Deo consecratos, tonsuraque accepta, non per sui episcopi manuum impositionem, audentes postquam ad œtatem pervenerint , divinas Scripturas in suggestu légère, etc. (In can. xiv Synodi 7). »
Mil. On ne peut disconvenir que lesévêques n'eussent un grand fondement de s'opposer à cette prétention, et même à cette longue pos- session des religieux, et de mettre une grande différence entre la tonsure de la religion et celle de la cléricature. Car l'Eglise a toujours distingué ces trois degrés du sacerdoce, de la cléricature et du monachisme, Uço.tou$k, *>.s:.«ù;, iaxtims, comme parle le concile in Trullo.
Balsamon expliquant le canon de ce concile, dit que le sacerdoce est pour ceux qui exercent leur ministère dans le sanctuaire, et qui reçoi- vent ce pouvoir par l'imposition des mains de l'évèque, comme les évêques, les prêtres, les diacres et les sous-diacres (In Can. lxxvii).
Les clercs sont ceux qui servent dans l'Eglise hors du sanctuaire , comme les lecteurs, les portiers et autres. Les moines sont ceux qui
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DU SECOND ORDRE DES CLERCS. — CHAPITRE QUARANTIÈME.
ont reçu la tonsure monacale, car ceux qui ont reçu la tonsure de la main des évêques, s'appellent clercs. Voici les paroles de Balsa- mon : « Canon facit differentiam inter sacris initiatos, clericos et ascetas. Sacrati sunt, qui in sacro tribuuali, qui et manuum impositione ordinantur, episcopi scilicet , sacerdotes, dia- coni et hypodiaconi. Clerici sunt, qui extra sacrum tribunal in templis deserviunt, ut le- ctores, ostiariiet alii. Ascetœ autem, monachi, qui episcopalem characterem non accepere, sed solum tonsuram monachalem. Monachi, enim qui episcopalem tonsuram accepere, di- cuntur clerici. »
Voila l'état des choses dans l'âge moyen et dans les siècles suivants. Mais au quatrième etau cinquième siècles, lorsque la tonsure des clercs n'était encore qu'une pratique de modestie, et que ce n'étaient pas toujours les évêques qui faisaient cette première tonsure , on n'avait garde d'exiger des moines, qui étaient rasés de beaucoup plus près que les clercs, qu'ils ajou- tassent la tonsure cléricale à la monacale. Il est vrai aussi qu'en ce temps-là ce n'était pas la tonsure seule qui donnait entrée dans le clergé, on n'y entrait que par quelqu'un des ordres mineurs.
Il était donc très-raisonnable que dans cet âge moyen, auquel la tonsure cléricale sans aucun ordre est devenue l'entrée de la clérica- ture, elle ait été réservée aux seuls évêques, qui la confèrent et ont permis dans le con- cile vu aux abbés de la conférer à leurs reli- gieux. Car rien n'est plus juste que de réserver aux évêques seuls le pouvoir d'introduire au clergé ou d'en exclure.
IX. Or, que dans les siècles dont nous par- lons, il y eut des clercs simplement tonsurés, sans aucun ordre mineur, en voici des preuves fort évidentes. Balsamon distingue la clérica- ture du lectorat : « Qui tonsune signaculum acceperunt, et postea in lectorum ordine con- stituti sunt, etc. (In can. 02. Apost.). » Et ail- leurs : « Nota quod simul ac acceperunt aliqui tonsura characterem a manu antistitis, eos pro clericis habet canon. Audivi enim nonnul- los dicentes, non esse lectorem, nec dici cleri- cum, qui non sit in templi cleruin relatus, sed solain liabeat tonsuram (In can. Trull. 33).»
Il répète la même chose ailleurs en mêmes termes, mais il y ajoute aussi, que dès que la ton- sure a été reçue de la main de l'évêque, on peut lire les Ecritures dans l'église (In can. xiv Sy-
nodi 7). Et ainsi on pourrait dire que la ton- sure et l'oftice de lecteur se conféraient en même temps. « Aperte ostenditur, quod quando quis ton sur ae manuum impositionem (xeipoeeoîew ÈitocoupiSos susceperit ab antistite, is est protinus clericus ; ut cui etiam in suggestu légère sit permissum. »
Mais aussi dans le même endroit Balsamon nous fournit une autre manière de clercs sans ordre, de ceux qui recevaient de l'évêque l'ha- bit de la cléricature sans être tonsurés. Il pré- tend même que cette prise d'habit les enga- geait irrévocablement dans l'état ecclésiastique, sans qu'ils pussentjamais y renoncer. « Mihi au- tem videtur, quod qui etiam nigris simpliciter vestibus fuerit indutus ab epbcopo, ut clericus fieret , amictum amplius mutare non potest, ut qui Deo consecrari proposuerit, et ideo nec suain Deo pollieitationem rescindere, nec san- clum habituni ludificari (Ibiil.). »
Il parle encore ailleurs de ceux qui ont été tonsurés et qui n'ont jamais lu dans l'Eglise, que quelques-uns excluaient du clergé par cette raison qu'ils n'avaient jamais lu : mais Balsamon prétend qu'ils sont vraiment clercs, et qu'ils ont lu au moins par forme, quand on les a tonsurés, l'épître de saint Paul à Timo- thée : « Fili Timothee, sobrius esto in omni- bus, etc. (In can. Carthag. 93). »
Il faut venir à une autre preuve qui ne souffre point de réplique. Balsamon distingue avec saint Basile les clercs supérieurs (In can. li, Basil.), qui étaient dans les hauts rangs, in gradu . it £a6,u.w, et qui recevaient l'imposition des mains de l'évêque dans leur ordination, comme les prêtres, les diacres et les sous-dia- cres ; d'avec les clercs inférieurs, dont le mi- nistère se donnait sans imposer les mains, èv è/ju- j'.îot,:» OiïT.fEdia, et qui recevaient simplement le caractère ou le signe de croix de la main de l'évêque , 8ù p»; oçpa-f i£o;, tels étaient les lec- teurs, les chantres et les portiers. Mais après ces deux rangs de ceux qui entraient dans l'Eglise par l'imposition des mains ou par le signe de la croix, Sa ^tforovCaç, ï. J;à a^pa."^^;, Bal- samon en admet un troisième de ceux qui re- cevaient seulement la tonsure de la main de l'évêque ou d'un abbé, et il soutieut qu'ils étaient clercs, soumis aux mêmes peines, et capables des mêmes privilèges et des mêmes immunités que les autres clercs, quoiqu'elles fussent souvent violées en leurs personnes.
« Et luec quidem de clericis per ordinatio-
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nem, vel cbaracterem in ecclesiasticis gradibus constitutis, SA xtiforovîaç, Sût (Kf^iSoç. Si quis autem ab episcopo, vel monasterii prœfecto tonsuram solam babens in crimen incident, isne aliquo modo punietur? Solutio. Et talis quoque est clericus, et condeinnabitur ut reliqui clerici. Prohibebitur eniui quodvis opus exercere, cu- jusmodi exercent qui habent tonsuras ; quem- admoduni non conscendet in tribunal, non leget in ambone, ad sacerdotalem gradum non promovebitur, etc. Miror quoniodo qui solas habeant tonsuras, et peccantes examinante, et oiuniuo ut laici puniuntur. Vidi enim hoc per abusum fieri. »
Balsamon ayant mis tous les ordres majeurs dans le premier rang, et ayant nommé les ordres inférieurs des lecteurs , des chantres et des portiers dans le second, s'il met après cela un troisième rang de ceux qui n'avaient que la tonsure de la main de l'évèque, ou de l'abbé, et s'il les établit dans le corps du clergé, s'il leur en accorde même les privilèges, comme il est évident par le passage que nous venons de rapporter, on ne peut nier après cela qu'il n'y eût des clercs à simple tonsure, sans aucun ordre.
Il est bien vrai que l'état et les privilèges de ces clercs simplement tonsurés, n'étaient pas encore bien affermis, et qu'on les punissait souvent comme des laïques, mais il nous suffit que Balsamon déclare que c'était un abus et une entreprise violente contre les droits de la cléricature. Que si entre les privations dont ces clercs étaient punis pour leurs crimes, Balsamon dit, qu'ils ne liront plus au jubé de l'Eglise, « non legerent in ambone, » il faut reconnaître qu'étant clercs, quoiqu'ils ne lus- sent pas ordonnés lecteurs, ils ne laissaient pas délire quelquefois publiquement dans l'église, peut-être lorsqu'il ne se trouvait point de lec- teur présent. On en sera peu surpris si l'on considère ce que Balsamon dit ailleurs, que dans plusieurs églises de Constantinople les laïques avaient des offices propres aux clercs , et l'administration même des monastères : « Habent laici et complura etiam monasteria, et clericorum officia (lu Can. Trull. xxxiii. »
Voilà donc deux sortes de clercs, vraiment clercs, et néanmoins sans aucun ordre, que Balsamon nous découvre ; les uns qui avaient reçu de la main de l'évèque l'habit ecclésias- tique, les autres qui avaient outre cela reçu de lui la tonsure , mais ni les uns ni les autres,
n'avaient reçu aucun des ordres inférieurs, non pas même celui de lecteurs. Zonare avait prévenu Balsamon dans ces mêmes sentiments, de désapprouver les clercs qui n'étant que tonsurés, faisaient l'office de lecteurs, sans en avoir reçu l'ordre, et de reconnaître que cet usage avait prévalu en beaucoup d'églises.
a Qui vero nec manuum impositione désigna- nts, nec in lectorum album relatus sit, qualis illorum est ratio, qui a teneris Deo sepositi, nihil aliud quam coronam in capite gestant, ab eo sacram scripturam de suggestu, in con- ventu populi pronuntiari , quaedam ordinis perturbatio est. Id igitur ne fiât in posterum, decernit synodus In Can., xrv Synodi vu.) »
X. L'Occident avait aussi en même temps ses clercs simplement tonsurés, sans aucun des ordres inférieurs. Le concile de Meaux, tenu en 845 Can. lviii . semble en parler : « Canoni- corum autem, qui in parochiis tonsurantur, et erudiuntur , interdum etiam et ordinantur sine autoritate, etc. »
C'était aussi cette simple tonsure cléricale sans ordre, que le pape Zacharie donna au prince Carloman : « Clericatusjugum suscepit a pontifice; » et au roi des Lombards Rachis : « Clericusque effectus, monachico indutus est habitu. » C'était cette même cléricature simple que le faux pape Constantin se fit donner par force par un évêque : « Compulerunt eum, ut orationem clericatus eidem Constantino tri- bueret, etc. Orationem clericatus illi tribuit, et ita clericus effectus, etc. [Anastas. Ribl.) »
Adrien I r avait reçu la même simple ton- sure par le commandement du pape Paul : « Eum clericari jussit, quem notarium regio- narium in Ecclesia constituens, etc. (Idem in vita Stephani IV.) »
Hincmar dit manifestement que Carloman ayant été consacré à Dieu dès son enfance par le roi Charles le Chauve , son père, fut fait clerc, et après cela élevé par degrés à tous les ordres, jusqu'au diaconat : « A pâtre sacro al- tari oblatus, et in clericum tonsus, in parochia veto Meldensi ab episcopo ejusdem ci vitatis per singulos gradus usque ad ordinem diaconatus provectus Tom. 2, p. 355.) »
Le concile VIII général (Can. v) ne déclare capables de l'épiscopat que ceux qui, animés d'un esprit d'abnégation sincère, se seront faits clercs ou moines, et auront ensuite passé par tous les ministères sacrés des ordres inférieurs et supérieurs : « Fiat clericus, aut monacbus,
20 DU SECOND ORDRE DES CLERCS. — CHAPITRE QUARANTE-UNIÈME.
et omnem gradum ecclesiastieiim transigeas, ita ut in gradu lectoris annum compleat; in subdiaconi duos , etc.» Voilà un quoi les deux Eglises convenaient.
Ce sont peut-être ces couronnes dont Hinc- mar parle, ou plutôt dont parle l'empereur Arcade dans une loi citée par Hincmar, « non per coronatos , sed per advocatos. (Hincmari quatemiones ad Carolum regem pag. 401, post conc. Duziac. Cellotii.) » Alcuin dit que cette couronne de cheveux marque les emplois des clercs dans le maniement des choses tempo- relles, comme le sommet de la tête , qui est rasé, marque l'abnégation volontaire des su- perfluités du siècle.
« Superiorem capitis partem rasorio renova- mus, cum forti sollicitudine superfluas cogita- tiones ab animo resecamus. In inferiori parte coronam portamus capillorum, cum ea quae secundum mundum necessario gubernanda sunt, cum ratione concorditer coaequamus. (De divinis Offlciis, c. xxxvu.) » Ces mêmes termes se lisent dans Amalarius, et dans les auteurs suivants de ces mêmes siècles.
XI. Si les Grecs ont donne les noms de <jv?*v; sigillum , y.E.fcWa, manuum imposition à la
tonsure cléricale, aussi bien que celui de ca- ractère, c'est parce que l'évêque coupait les cheveux en forme de croix, comme on peut voir dans les rituels grecs. Ainsi c'était un signe de croix imprimé en façon d'un carac- tère, ce qui ne se pouvait sans une imposition des mains, qu'ils appelaient xapraria pour la distinguer de l'imposition des mains, qu'ils nommaient x«p°«vîa, avec laquelle l'évêque con- férait les ordres supérieurs.
Il paraît par cette remarque, que le signe de la croix et l'imposition des mains mpparfîç et xeiporeaict étaient comme inséparables , et se prenaient souvent pour une même chose. Il y a même des preuves assez considérables pour justifier que l'ancienne façon de bénir était simplement d'élever la main, ou de l'imposer, à quoi on a joint ensuite le signe de la croix; et enfin on a compris l'imposition des mains dans la formation du signe de la croix.
Cette remarque favorise ceux qui ont pensé avec beaucoup de fondement, que si la confir- mation se donne avec la chrismation et le signe de la croix, cette cérémonie comprend l'imposition des mains, qui était l'ancienne manière de conférer ce sacrement.
CHAPITRE QUARANTE-UNIÈME.
DE LA TONSURE ET DE LA COURONNE DES CLERCS DANS L'ÉGLISE LATINE, APRÈS L'AN MIL.
I. Règlements des conciles et des papes du onzième siècle, sur la tonsure, la couronne et la coutume de raser la barbe.
II. Règlements du douzième siècle sur le même sujet.
III. Règlements du treizième siècle.
IV. Règlements du quatorzième et du quinzième siècles. Pro- digieuse diminution de la couronne.
V. Lettre pastorale de saint Charles, et un décret de son cin- quième concile de Milan pour l'obligation de raser la barbe.
VI. Diverses remarques historiques sur le même sujet.
I. Le meilleur ordre dans cette matière sera de n'en point garder, mais de faire quelques réflexions utiles et curieuses sur les canons qui en traitent, suivant l'ordre des siècles, afin de remarquer les nouvelles précautions qu'on a prises dans le progrès du temps.
Le concile de Bourges en 1031 (Can. vu),
obligea généralement tous les clercs, depuis le plus haut rang jusques au plus bas, à porter la barbe rase et la couronne sur la tête, faisant consister en cela la tonsure cléricale : « Ton- suram ecclesiasticam habeant, hoc est, barbam rasam, et coronam in capite. » Le concile de Coyac en Espagne, en 1050 (Can. m), dit de même pour les prêtres et les diacres, « Sem- per coronas apertas habeant, barbas radant. » Le concile de Rouen, en 1072 (Can. n), frappe d'anathème les clercs qui ne portent point de couronne : « Qui coronas benedictas habue- runt, et reliquerunt, usque ad dignam satis- factionem excommunicentur. »
DE LA TONSURE ET DE LA COURONNE.
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Grégoire VII fait bien voir qu'il regarde la coutume de raser la barbe comme partie de la tonsure cléricale parmi les occidentaux, lors- qu'il se justifie auprès du gouverneur de l'île de Sardaigne de ce qu'il avait contraint l'ar- chevêque de Cagliari de se raser pour se con- former à toute l'Eglise d'Occident; et qu'il le conjure de contraindre tout le clergé d'obéir à la même loi, sous peine de confiscation de tous leurs biens au profit de l'Eglise. « Coegimus , ut quemadmodum totius Occidentalis Ecclesiœ clerus ab ipsis fidei Christiana? primordiisbar- bam radendi morem tenuit, itaet vesterarchie- piscopus raderet, etc. Omnem tua? potestatis clerum barbas radere facias. atque compellas, etc. Res quoque renuentium publiées , etc. (L. vin. Ep. x). »
Le concile de Lilleboune en 1080 (Can. xui , met à l'amende les clercs qui sont sans cou- ronne. « Si clericus coronam suam denu'se- rit. » Le concile de Poitiers en 1100 (Can. i) réserva aux évêques seuls le pouvoir de faire ou de donner la couronne cléricale, si ce n'est que les abbés continueraient de la donner à leurs religieux. » Ut nullus prœter episcopum coronas benedicere prsesumat exceptis abbati- bus, qui illis tantummodo coronas faciant , quos sub régula B. Benedicti militaturos sus- ceperint. » D'où il paraît assez probable, que la couronne monacale tenait quelquefois lieu de la cléricale, et qu'il n'en fallait pas d'autres aux religieux pour être élevés à la cléricature. Aussi ce canon dit clairement que cette cou- ronne était commune à tous ceux qui faisaient profession monastique.
IL Le concile de Londres en 110-2 (Can. xu . se contenta d'exiger des couronnes larges et vi- sibles, sans parler de la barbe , « Ut clerici pa- entes coronas babeant. » Ce qui est commun à beaucoup d'autres conciles ; et néanmoins le concile de Toulouse en 1119 (Can. x) enveloppe dans la même excommunication les moines apostats, et les clercs qui laissent croître leur barbe et leurs cheveux. « Si quis ecelesiastieœ militise titulo insignitus, monachus, vel cano- nicus, aut quilibet clericus, primam fidem irritant faciens, retrorsum abierit, aut tanquam laicus comam barbamque nutrierit, Ecclesia; communione privetur, donec preevaricationem suam digna satisfactione correxerit. »
Le concile de Londres en 1173 (Can. îv), en- joint à l'archidiacre de couper les cheveux aux jeunes clercs, malgré leur résistance, selon
l'ancien concile d'Agde ; « Clerici qui comam nutriunt, ab archidiacono etiam inviti ton- deantur. » Le concile d'York en 1 191 (Can. in) ne se contenta pas de cela; mais il voulut aussi qu'on fît perdre leurs bénéfices à ceux qui s'opiniàtreraient à ne porter ni la tonsure, ni la couronne. « Clerici qui ab episcopo coronam susceperunt, tonsuram babeant, et coronam : quam si habere contempserint, ad hoc benefi- ciorum, si qua? babeant, privatione cogan- tur. »
III. Le concile de Paris en 1212 (Can. î) sou- haita que les clercs se distinguassent des laïques, même dans la manière de couper leurs cheveux, sans les laisser pendre plus d'un côté que de l'autre, et les coupant en rond. « Inbi- bemus, ne clerici tonsuram babeant similem laicali. sed rotundam et circularem, etirrepre- hensibilem. »
Mais le concile de Montpellier en 1214, fit une peinture excellente de la couronne des clercs, qui ne peut porter le nom de couronne avec vérité, si ce n'est que la partie inférieure et supérieure de la tète étant rasée, le rond de cheveux qui reste entre deux, ne représente pas mal une couronne.
Les chanoines réguliers la portent présente- ment de même, et ils la portaient sans doute alors aussi ; et c'est ce qui a obligé ce concile (Can. iv) de ne mettre aucune différence en ce point entre les chanoines réguliers et les sécu- liers. « Ut clericus cathedralis, vel conventualis ecclesia1. vel alius qui de beneficio ecelesiastico vivit, talent tonsuram ferat, qua; gradum non habeat, seddirigaturin garant, itaquod capilli, qui propter inferiorem et superiorem rasuram rémanent, propter suam rotunditatem merito possint dici corona. »
Enfin, ce concile (Can. xxm) désire que les moines portent des couronnes encore plus amples que celles des chanoines. « Dt canonici regulares amplas coronas portent, et monachi amplissimas. Itaque duorum digitorum vel trium amplus sit monachis circulus capillo- rum. »
Le concile d'Oxford en 1222 (Can. xxxm), re- connaît qu'il peut y avoir des conjonctures périlleuses, où il est juste que les clercs cachent leur tonsure. « Honeste tonsi et coronati in- cedant, nisi forte justa causa exegerit habitum tiansforinare. » Grégoire IX prononce ana- thème dans une décrétale contre les clercs qui laissent croître leurs cheveux. « Si quis ex cle-
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DU SECOND ORDRE DES CLERCS. — CHAPITRE QUARANTE-UNIÈME.
ricis comam relaxaverit. anathema-sit (C. Si quis. De vita et honest. Cler.). »
Le concile de Cuàteau-Gonthier , en 1232 (Can. xxu) ordonna aux évèques de faire en- tièrement raser les clercs débauchés, pour effa- cer en eux toutes les marques de la cléricature qu'ils déshonoraient. « Clerici ribaldi, maxime qui goliardi nuncupantur, prœcipiantur ton- deri, ac etiam radi, ita quod non remaneat in eis clericalis tonsura. »
Le synode de Yorcester, en 1240 (Can. xxi), remarque que la couronne devait être plus grande dans les ordres supérieurs, « Ne comam nutriant, sed circulariter et decenter tondean- tur, coronam habentes decentis amplitudinis, secundum quod exegerit ordo , quod fuerint insigniti. » Le concile de Cologne en 1200 (Can. iv), veut qu'on rase le haut de la tète, et c'est ce qu'il appelle couronne. « Habeant et suas coronas compétentes et eas radere non omittant. »
Le concile de Lambeth en 12G1 déclara dé- chus du privilège clérical , ceux qui auraient honte de porter la couronne , qui est la glo- rieuse image de celle que le Fils de Dieu a portée pour nous , quand il s'est chargé de la confusion et de la peine de nos péchés. « Non erubescant ipsius portare stigmata, qui pro eis spineamnon dedignatus est portare coronam.»
Le concile de Salzbourg en 1274 (Can. h) veut que la tonsure des prêtres soit telle que leurs oreilles soient découvertes , les autres clercs à peu près de même , outre la cou- ronne qui est au haut de la tète. Voilà les cho- ses réduites presque au même état où elles sont à présent. « Sacerdotes taliter tondeantur, ut pateant eis aures. Caeteri inferioris ordinis cle- rici in tonsura non multum discrepent ab eisdem , coronam desuper congruentem ha- beant. »
Le Concile de Pontaudemer en 1279 (Can. xx) ordonne que si après trois monitious les clercs ne se résolvent à porter la couronne , ceux qui ne sont pas mariés perdront l'immu- nité de leurs biens; ceux qui sont mariés outre cela ne seront point affranchis des corvées des seigneurs temporels , et les uns et les autres seront assujétis au tribunal séculier pour les causes criminelles.
Le concile de Rude en 1279 (Can. i) enjoi- gnit aux évèques de porter la tonsure circu- laire et la couronne semblable à celle des reli- gieux, tant pour pouvoir avec plus d'autorité
ranger à leur devoir les autres ecclésiastiques, que parce que l'épiscopat est un état plus reli- gieux qu'aucune religion. « Prœlati coronam et tonsuram patentibus omnino auribus circu- larem, juxta regularium, seureligiosorum ge- neralem consuetudinem approbatam , cum nulla religio pontifical] religione sit major, de caetero déférant. »
Le synode de Nîmes en 1284 déclara aux clercs mariés que pour jouir du privilège clé- rical, il fallait qu'ils portassent la tonsure et la couronne publiquement. « Publiée portent co- ronam et tonsuram. » Le synode d'Exeter en 1287 (Can. xvn) défendit de couvrir la cou- ronne avec une espèce de coiffe ou de calotte : « Clerici patentibus auribus incedant, coronas habentes spheericas et décentes, quas insulis cooperire prohibemus sub pœna statuti legati Ottoboni. «
IV. C'était donc un infâme artifice de quel- ques clercs irréligieux, de ne laisser jamais pa- raître leur couronne , comme s'ils eussent rougi de la royauté même de J. C. dont cette couronne est une marque et une participation, si nous en croyons le concile III de Ravenne en 1314 (Can. x) « Coronam condecentem por- tent, per quam designetur regalis esse generis, et sperare se assequi debere partem hœreditatis divinse. »
Ce concile ajoute que les clercs sacrés et les chanoines soit des cathédrales ou des collé- giales , doivent porter la couronne plus large que les autres et couvrir leur tète d'un bonnet ou d'une aumusse qui descende jusqu'aux oreilles. « Capita cooperiant pileo, vel biretto, vel armutia oblonga ad aures.» Ce qui montre qu'il y a bien de la différence entre se couvrir la tête et cacher sa couronne.
Le concile d'Avignon en 1337 ( Can. xlvi ) priva de la centième partie de leurs revenus les bénéficiers , et mit à l'amende les au- tres clercs qui manqueraient de faire raser tous les mois leur barbe et leur couronne. « Quam tonsuram singulis mensibus radi fa- cere teneantur. »
Le concile de Londres en 1342 (Can. n) dé- cerna auesi des peines contre les clercs qui lais- saient croître leur barbe et méprisaient la cou- ronne qui est l'augure de celle du ciel , et une marque de la haute perfection du sacerdoce. « Coronam, quœ regni caclestis, et perfectionis est indicium, déferre contemnunt, etc. Barbis prolixis inceduntj etc. »
DE LA TONSURE ET DE LA COURONNE.
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Le concile, de Palence en 1388 (Can. m) obligeant les clercs mariés à porter la tonsure cléricale, s'ils voulaient jouir de l'immunité
du for, voulut que le modèle de la grandeur de la couronne fut marqué sur les portes des grandes églises. Elle est environ de quatre doigts de diamètre.
Le concile de Tolède en 1 473 ( Can. xiv) dégrada du privilège clérical les clercs mariés et les autres aussi, s'ils ne portaient la cou- ronne de la largeur d'un réal. « Tonsuram quantitatis unius regalis. » Ce qui montre une prodigieuse diminution dans la couronne clé- ricale , dans les cent années qui se sont écou- lées entre ces deux conciles.
Le concile de Latran sous Léon X en 1514 ( Sess. ix ) en rabat encore bien davantage , car il se contente que les moindres clercs ne laissent croître ni leur barbe, ni leurs cheveux. « Non comam, non barbam nutriant. » Le concile de Sens en 1528 ( Can. xxiv ) en de- mande davantage, « nec comam relaxent, nec barbam nutriant ; sed tonsuram, coronam, seu rasuram habeant , secundum ordinem suum honeste rasam. » Celui de Mayence de même en 1549 ( Can. lxxiv ). a Barbam non nutriant, tonsuram et coronam déférentes. « Celui de Narbonne en 1331 ( Can. xv, xlv ). «Barbam radant saltem semel in mense , clerici sacros ordines consecuti, maxime canonici, etc. »
Le concile V de Milan en 1579 ( Can. iv ) or- donna que la couronne des prêtres aurait quatre pouces de diamètre , celle des diacres trois , celle des sous-diacres à peu près de même, celle des autres ordres deux pouces. Le concile I de Milan en 1565 (Can. xxm ) n'avait prescrit que de ne pas nourrir une longue barbe et d'en raser ou couper ce qui croit sur la lè- vre supérieure, à cause du sacrifice de l'autel : « Comam et barbam ne studiose nutriant, etc. Barba ab super ore labro ita recidatur , ut pili in sacrificio missae Cbristi corpus et sanguinem sumentem ne impediant. » Les ordonnances d'Eustaebe du Bellay, évêque de Paris, au temps du concile de Trente , veulent que les curés assistent au synode, « Tousura et barba rasi. (Synod. Paris., pag. 294 ). »
Le concile de Beims en 1583 ( Can. xm, xvi fit le même décret, conseillant néanmoins de raser tout à fait la barbe, « Barbam aut om- nino non gestent, quod magis probamus, aut saltem, etc.» Le concile de Tours en 1583 « Barbam honeste decurtare. » Mais quant aux
moines, « Monachi omnes coronam magnam in capite habeant et barbam rasam. Celui d'Aix, en 1585, se conforma au premier de Milan. Celui de Mexique. « Comam non nutriant, bar- bam novacula radant. vel ita recidant, ut nibil seculare remaneat, quod populo ludibrio esse possit (L. ni, tit. 5, § 2). »
Le concile de Tolose, en 1590 (Can. iv), régla les couronnes des divers ordres, un peu moin- dres que les conciles de Milan. Le concile d'Avignon, en 1564 (Can. xxxu), voulut qu'on renouvelât la couronne tous les huit jours, et quant à la barbe il s'en tint au décret des con- ciles de Milan. Le concile d'Aquilée, en 1596 (Can. xi), s'y conforma aussi. L'assemblée de Melun, en 1579, parla en ces termes. «Barbam nutrire canonicos parum honorificum est, imo promis indecens est, cum nec clericorum ulli liceat. «
Y. On peut lire l'admirable lettre pastorale que saint Charles écrivit à son clergé, pour obliger tous les prêtres et tous les ecclésiasti- ques à faire raser leur barbe selon le décret du concile de Carthage IV, et du pape Gré- goire VII, et selon l'usage de toute l'Eglise Occidentale, jusqu'à nos jours, surtout de celle de Milan, dont les peintures anciennes font foi, aussi bien que quelques prêtres fort âgés et rigoureux observateurs de l'antiquité (Acta Eccles. Mediolan., p. 1061).
Ce saint archevêque fit une ordonnance dans son Ve synode diocésain, qui est comme un abrégé de sa lettre pastorale; «Barba; radendœ institutum a Patribus in concilio Carthaginensi sancitum, quodque ex summi pontificis Gre- gorii VII litteris longe antiquissimum esse perspeximus, jam olim in omni fere Ecclesia, et in nostra hac Ambrosiana ad hrec usque tempora, ut nos vidimus a plerisque sacerdo- tilms antiquœ sanctioris disciplinée studiosis conservatum, ac deinceps nostris litteris per nos ad usum consuetudinemque revocatum; ita in perpetuum retineri praecipimus acmandamus, ut unusquisque sacerdos et clericus , quocu ni- que gradu dignitateve prseditus, barbam radat (Ibidem, p. 382). »
L'évèque de Novare qui a écrit la vie de ce saint, remarque fort judicieusement que ce saint et sage prélat ne fit cette ordonnance qu'après qu'il en eut rendu l'observance pres- que générale, par ses remontrances, par sa lettre pastorale qui ne contenait que des rai- sons et des exhortations sans commandement.
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DU SECOND ORDRE DES CLERCS. — CHAPITRE QUARANTE-UNIÈME.
enfin par son exemple; à quoi il fut principa- lement porté par le désir d'arracher de l'esprit des ecclésiastiques la vaine complaisance qu'ils ont à imiter les modes et les changements très- fréquents des personnes séculières dans ces sortes de vanités. « Jamdudum id se cupere ostenderat, tu m ut corruptelam sacrorum ho- minum tolleret, qui profanas militaresque bar- barorum formas et earum fréquentes levesque mutationesindecore admodum imitantnr; tum ut, etc. (Surius, die Nov. 4, l, iv, c. 9). » Gios- sano dit la même chose ( Giossan., 1. iv , c. x).
VI. Jules II fut le premier des papes qui laissa croître sa barbe, quoique les médailles des premières années de son pontificat le repré- sentent encore rasé, selon la coutume des an- ciens papes (Sponde., an. 1503, n. 8). Le cardinal d'Avignon s'opposant à la création de Ressa- rion pour pape, n'oublia pas cette nouveauté d'élire un néophyte grec, qui n'avait pas seu- lement encore rasé sa barbe ; « Nondum bar- bam rasit Ressarion, et nostrum caput erit? (Gobelin., 1. i, p. 24). »
Gerson conte entre les relâchements des ecclésiastiques de son temps qu'on ne portait plus ni les cheveux courts, ni la barbe rase. « Ubi ne clerici comam, barbamve nutriant, etc. (Gerson., tom. i, p. 206). » Au contraire, Pierre Damien se plaint que les clercs ne se distinguent plus des laïques par la pureté de leurs mœurs, mais par leur barbe rase seule- ment. « Ut eos a saecularibus barbirasium qui- dem dividat, sed actio non discernât (Damian., 1. vin, ep. xv). Et ailleurs exprimant le mépris que les séculiers faisaient des évoques et des prêtres, « Presbyterum vel episcopum abire
prospiciunt, barbirasos se videre fatentur (L. i ep. n). »
Saint Rernard, pour représenter le déborde- ment des nouveaux hérétiques de son temps , et de leur clergé, a Clerici ac sacerdotes, eccle- siis populisque relictis, inlonsi et barbati apud eos inter textores et textrices plerumque in- venti sunt (Serm. 67 in Cant.). » Nicétas Cho- niates parlant du patriarche latin de Constan- tinople Thomas, « Malis ita rasis ut quemad- modum in impuberi puero nullum pili vestigium cerneretur (Rainald.,an. 1206, n.6).» Chalcondile assure que tous les clercs de l'Occi- dent se rasaient, « ltali et Occidentales pêne omnes barbam radunt (Chai., de Reb. Turc). »
Matthieu Paris raconte que l'armée de Guil- laume le Conquérant avait paru aux espions de son ennemi une armée de prêtres, parce qu'ils étaient tous rasés. « Omnes exercitus illius milites presbyleros videri, eo quod faciem to- tam cum utroque labro rasam haberent (Paris, in Prologo). » Les actes de Guillaume, évo- que d'Angers, racontent comment la veille de son sacre, il se fit raser la barbe et la couronne. « Rasa barba et corona, ablutoque capite , etc. (Spicileg., tom. x, p. 289). »
Rien n'est plus surprenant que la résolution d'un concile de la province de Rourges, ou une des circonstances de l'interdit fulminé sur un pays entier, fut que ni les clercs, ni les laïques ne raseraient point leur barbe, et ne couperaient point leurs cheveux que les princes ne se fus- sent soumis à l'Eglise. « Nemo clericorum aut laicorum tondeatur, neque radatur, quousque districti principes, capita populorum, sancto per omnia obediant concilio (Ribl. Mss. Lab- bœi, tom. n, p. 792). »
DE LA TONSURE ET DE LA COURONNE.
< IIAPITRE QUARANTE-DEUXIÈME.
DE LA TONSURE ET DE LA COURONNE DES CLERCS DANS L EGLISE GRECQUE. DE LA TONSURE DES LAÏQUES DANS L'UNE EL L'AUTRE ÉGLISE, APRÈS L'AN MIL.
I. Double tonsure des jeunes clercs parmi les clercs.
II. De la couronne des moines.
III. De la manière que les Grecs ordonnent les clercs.
IV. Ridicules emportements des Grecs sur ce que les Latins rasaient leur barbe.
V. Suite des mêmes emportements jusqu'après le concile de Florence.
VI. Convenance et disconvenance des Grecs et des Latins.
VII. Les lois ecclésiastiques et les canons des conciles contre les laiques passionnés pour leurs grands cheveux.
VIII. Cet usage efféminé était venu des nations du Nord.
IX. De la tonsure des Polonais.
X. Les lois romaines et chrétiennes effacèrent les usages des nations du Nord.
I. Les Grecs ont deux sortes de tonsure, l'une qu'un simple prêtre donne aux jeunes enfants, avec l'habit noir, ce qui n'est qu'une destina- tion à l'état ecclésiastique, et non pas une en- trée au clergé. Aussi ces enfants n'en reçoivent aucun nouveau pouvoir. L'autre est celle que l'évêque confère, et qui estinséparablede l'ordre des lecteurs.
Le canon XIV du concile de Nicée. comme il a été dit ailleurs, réprima l'audace précipitée de ceux qui n'ayant encore reçu que la pre- mière de ces tonsures avaient entrepris de faire la fonction de lecteurs dans l'église.
Voici comme Ralsamon exprime le sens de ce canon. « Quoniam, inquiunt Patres, videmus nonnullos a pueris nigris vestibus indutos, tanquam Deo consecratos, tonsuraque suscepta, non per sui episcopi manuum impositionem, audentes, postquam ad œtatem pervenerunt, divinas Scripturas in suggestu légère non cano- nice, statuimus ne hoc fiât, etc. Neve quis divi- nas Scripturas aliter in ambone légat, quam si tonsurae characterem acceperit, per episcopa- lem manuum impositionem. »
Cet auteur a observé plusieurs fois, que ceux qui n'avaient eu que la première tonsure , de quelque manière que ce put être , étaient mis au rang des clercs, et étaient véritablement des clercs à simple tonsure, qui n'avaient aucun des ordres mineurs. C'est la raison pour la-
quelle ils n'avaient pas le pouvoir de lire les Ecritures dans l'Eglise.
II. La tonsure des moines, selon ce mémo canon (Can. xiv , ne donne pas non plus le pou- voir de lire les Ecritures dans l'Eglise. « Hoc ipsum in monachis servandum censuimus. » Quoique ce canon même permette aux abbés qui sont prêtres, de faire des lecteurs d'entre leurs religieux, Innocent III, consulté par un archevêque de Rouen sur cette difficulté, « Cum laici ad monasteria convolantes, a suis abba- tibus tonsurentur , requisisti , an clericatus ordo in tonsura hujusmodi conferantur? (Sy- nod.Rotom.. page 201),» ne laissa pas de répon- dre que, par cette tonsure les abbés conféraient la cléricature , si les conditions remarquées par le VIIe concile s'y rencontraient.
Ce ne sera peut-être pas une digression désa- gréable, si nous remarquons ici que, selon quelques auteurs, saint François avait laissé d'abord ses religieux avec de grands cheveux pendants et avec un habit de berger, mais S. Ronaventure changea leur habit et leur ordonna la tonsure en la manière qu'on la voit présentement.
Saint Ronaventure s'oppose néanmoins lui- même à ce conte, et il assure que ce fut Inno- cent III (hist. univ. Paris., tom m, page 362) qui approuvant la règle de saint François , et chargeant les laïques même d'entre ses reli- gieux de prêcher la pénitence aux fidèles, leur fit faire de petites couronnes, afin de leur donner plus de liberté et plus de crédit dans le ministère de la prédication. « Approbavit regulam, dédit depœnitentiaprfedicandaman- datum, et laicis fratribus omnibus, qui servum Dei fuerant comitati, fecit coronas parvulas fieri , ut verbum Dei libère pradicarent (Le- genda sancti Francisci, c. 3). »
Revenons à l'Eglise grecque : Ralsamon ajoute au même lieu que ceux qui ont reçu l'habit
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Dl" SECOND ORDRE DES CLERCS. — CHAPITRE QUARANTE-DEUXIÈME.
unir (le la main des évêques, ne peuvent plus se rengager dans l'état des laïques . non plus que les moines, mais ce sujet sera traité ailleurs pins au long.
III. Siméon, archevêque de Thessalonique, ut la description des ordinations grecques
(De sacris ordinal., c. 2), et commençant par celle du lecteur, il fait bénir un habit noir par I'évêque, et en revêt le nouveau clerc ; L'évêque Le bénit ensuite trois fois avec le signe de la croix, et il lui coupe les cheveux en forme de croix en invoquant la Trinité sainte. « Tondet episcopuscapillos capitis ejus in figuram crucis, etc. Ihid. c. i). »
Enfin après avoir imposé les mains, et prié sur celte nouvelle tonsure, il lui l'ait lire un chapitre de l'Apôtre, s'il fuit un lecteur, ou un psaume , s'il fait un chantre. Après cela ce lec- teur ou ce chantre exerce presque toutes les fonctions de nos ordres mineurs. Surtout de- puis que l'office du député ou de l'acolyte a été aboli, ce qui était une charge qu'on don- nait avant le lectorat.
Je ne m'amuserai pas à examiner si c'est la seule cérémonie de la tonsure qui fait les clins parmi les Grecs aussi bien que parmi les Latins, depuis plus de six cents ans, ou bien si c'est l'ordre de lecteur qui se confère en même temps. En effet, comme la tonsure et le lectorat sont inséparables dans l'Eglise grecque, il importe peu de savoir si c'est de l'une seule- ment de ces deux cérémonies saintes, ou de toutes les deux ensemble que dépend la qualité et le rang éminent de la cléricature (Eucholog. Goarti., p. 240).
Les Grecs n'ont pas eu moins de conformité avec les Latins pour la couronne cléricale, que pour la tonsure. Sous le pape Jean XX11 , en 1330, on apprit que les géorgiens entre les diverses sectes des chrétiens orientaux, avaient des pratiques fort singulières et celle-ci entre les autres, que les clercs y portaient une cou- ronne ronde, el (pic: celle dis laïques était carrée. « Clerici eorum rotondas habenl coronas, laici vero quadratas Bzovius, an. 1330. n. 57 . »
IV. Ce n'a donc été que la pratique des Latins de raser leur barbe, qui a choqué les Grecs. Nous avons déjà touché ce qui se passa sur ce sujet au temps de Photius. Cette même plainte se renouvela dans le onzième siècle, et dans la célèbre dispute du cardinal Ilnmbcrt , contre les Grecs, dans Constantinople même.
L'extravagance et l'emportement des Grecs pour un sujet si in lifférent , et après tout si frivole , allait jusqu'à exclure de leur communion les Latins, au rapport du même cardinal Humbert; « Capillos capitis et barba: nutrientes ipsi, eos qui comam tondent, et secundum institutio- nem Romanae Ecclesiœ barbas radunt, in com- munione non recipiunt Raronius , an. 1054, n. 24). »
Pierre, patriarche d'Antioche. prit la défense de l'Eglise latine dans cette occasion, et écrivit a Michel Cérulaire, patriarche de Constantinople qui avait rallumé toutes ces vieilles contesta- tions, pour lui montrer que si les Grecs por- taient le haut de la tête rasé, et préféraient cette couronne à celle des rois même, quoique ce ne fût qu'une image de celle que les païens firent à saint Pierre , par une insolente mo- querie . les latins pouvaient bien raser leur menton, parce que les infidèles firent encore cet outrage au même prince des Apôtres. « Nos etenim etiam eoronam in capite gestamus pro veneratione procuïdubio principis Apostolorum Pétri , super quem Dei Ecclesia est superœdi- licata. Quod enim impii illi ad contumeliam illius sancti excogitaverunt , hoc nos pie ad gloriam et honorem ipsius facimus. Romani quidem barbam radentes (Ibid. . »
Pierre de Rlois donne la même raison de ces cérémonies sacrées ( In c. i Job). »
V. Il est étrange qu'une nation aussi spiri- tuelle que la nation grecque, ait pu s'opiniàtrer si longtemps, et s'emporter avec tant de chaleur dans une dispute aussi déraisonnable, et pour un sujet aussi léger.
Au temps du concile de Florence ce feu se ralluma, et Gennadius, patriarche de Constan- tinople , qui fit l'apologie de ce concile, repro- cha aux Grecs qu'il fallait bien que la doctrine et la police des Latins leur eût paru à eux-mê- mes entièrement irréprochable, puisqu'ils n'attaquaient que ces pratiques innocentes. « Romanum tantum Pontificem reprehendere vultis. Ouare? Quia latinus et barbam radit, atque quarta feria et parasceve oleum ac pisces comedit.»Et plus bas, » Non quia peccatorest, refugitis ci obedire, sed quia latinus est, et barbam tondit (Gennad. Ex. pos. pro Cou. Flor., c. :.. S: et. i. c. 13.)»
Dans le concile deLatransouslepapeLéonX, en 1514, l'archevêque de Gnesne lit voir un dénombrement des erreurs des Ruthéniens ou des Moscovites, qui sont les mêmes que
DE LA TONSURE ET DE LA COURONNE.
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celles des Crées, où celle-ci n'est pas omise. « Dicunt Christi fidèles peccare mortaliter, quod barbas radant et manducant suffocata, etc. (Rainald., n. 82). »
VI. Je passerai aux laïques de l'une et de l'autre Eglise , après avoir touché ces diffé- rences entre le clergé grec et latin. 1° Quoique les Grecs distinguent la tonsure d'avec le pre- mier ordre mineur, il ne les sépare pourtant pas. Ainsi il n'y a point de clerc parmi eux qui ne soit au moins lecteur, ou chantre.
2° Quoiqu'ils aient les mêmes ministères de nos quatre ordres mineurs, ils les commettent tous ou aux lecteurs, ou aux chantres, ou aux sous-diacres, comme il a paru ci-dessus , et comme on peut le voir dans le traité de Siméon , archevêque de Thessalonique.
3° Le sous-diaconat est encore parmi eux entre les ordres mineurs, comme il est manifeste par le même traité , d'où vient que selon cet arche- vêque, les évèques grecs le confèrent hors du sanctuaire , aussi bien que l'ordre des lecteurs ou des chantres.
4° Les chantres et les lecteurs semblent ne faire qu'un seul ordre parmi eux, puisque toute la différence de leur ordination ne consiste qu'en ce qu'après l'ordination faite , l'un lit une leçon des épîtres de saint Paul, et l'autre chante un psaume. En effet, lire et chanter les louanges de Dieu ne sont qu'une même chose, et souvent le lecteur chante, le chantre lit, la lecture même est un chant modéré ; le chant n'est qu'une lecture animée. On ne savait à Alexandrie, selon saint Augustin, si le chantre lisait, ou s'il chantait, tant son chant approchait d'une simple lecture.
5e Les Grecs n'ont pas été si rigides obser- vateurs que les Latins, ni de la tonsure , ni de la couronne. Car quoique la cléricature com- mençât parmi eux par la tonsure, ils n'étaient pas après cela si scrupuleux , ou si religieux à porter les cheveux courts.
On ne remarque pas non plus que leurs ca- nons, ou leurs écrivains soient aussi empressés que dans l'Eglise latine pour la couronne , quoiqu'ils fissent profession de la porter.
En revanche les Grecs ont bien de l'avantage, en ce que leurs bénéfices n'ont pas été pour ainsi dire prostitués aux simples clercs, ou aux lecteurs, comme il est arrivé dans l'Eglise latine, qui a néanmoins fait des efforts pour remédier à un désordre si visible, comme nous le ferons voir dans la suite.
VIL Passons donc aux laïques, sur lesquels il s'est toujours fait un rejaillissement de la piété de ecclésiastiques . et dont l'exemple aussi en échange peut imprimer une salutaire con- fusion aux clercs, peu amateurs de la régu- larité.
Le concile de Rouen en 1096(Can. vi) défendit aux séculiers même les cheveux trop longs, sous peine d'être privés de l'entrée de l'Eglise, etdela sépulture ecclésiastique. « Nullus homo comam nutriat, sed sit tonsus, sicut decet christianum alioquin a liminibus sanche ma- tris Ecclesiae sequestrabitur, nec sacerdos ali- quis divinum ei officium faciet, vel ejus sepul- turae intererit. »
Le concile de Londres en 1102 (Can. xxni) donna une mesure réglée aux cheveux , en sorte que les yeux et les oreilles fussent à décou- vert. « Ut criniti sic tondeantur, ut pars aurium appareat, etoculi non tegantur.» Saint Anselme (Ansehn., 1. 3. Ep. C>2,) nous apprend que dans ce concile on interdit l'entrée de l'Eglise à ceux qui refusaient de couper leurs longs cheveux; « De his qui tonderi nolunt, dictum est, ut Ecclesiam non ingrederentur ; non tamen prœceptum est, utsi ingrederentur, cessarent sacerdotes : sed tantum annuntia- rent illis, quia contra Deum , et ad damnatio- nem suam ingrediuntur. »
Eadmer dit que saint Anselme, après avoir prêché avec beaucoup de force contre ces longs cheveux, en mit plusieurs en pénitence le premier jour des cendres, et refusa les cen- dres et l'absoute à tous ceux qui refusèrent de le? couper. « A cinerum susceptione.et a suae ab- solutionis susceptione suspendit (Eadmer. hist. Nov., 1. i,etc.) » Cet auteur dit qu'après la mort de saint Anselme cette folle passion s'enflamma encore plus qu'auparavant.
Le moine Orderic nous a découvert l'occa- sion qui obligea les conciles à armer tonte la sévérité des canons contre cette mollesse des laïques dans leurs cheveux, et dans leurs habil- lements. Il raconte comment après la mort du pape Grégoire VII, de Guillaume le Conquérant et tie quelques autres princes religieux, les peuples s'étaient abandonnés à un relâchement universel, et à des ajustements inouis jus- qu'alors ; des manches pendantes, des queues traînantes, des souliers cornus, de grands cheveux, de longues barbes, faisant servir à leur impureté les marques anciennes de la pénitence (An. 1089. p. 682. Scriptor. Norm.)
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DU SECOND ORDRE DES CLERCS. — CHAPITRE QUARANTE-DEUXIÈME.
En effet, les pénitents laissaient croître leur barbe et leurs cheveux, pour marquer le deuil et la tristesse salutaire , qui expiait les joies criminelles de leur vie passée. « Femineam nunc mollitiem petulans juventusamplectitur, etc. Nu tri un t comas, utmeretrices. Olim pœni- tenles , et capti et peregrini usualiter intonsi erant, longasque barbas gestabant, indicioque tali pœnitentiam pra?tendebant. Nunc vero pêne universi populares cerriti sunt, etbarbatuli, palam manifestantes specimine tali, quod sor- dibus libidinjs gaudent, etc. »
Ce même auteur met une invective atroce dans la bouche de l'évêque de Séez en pré- sence du roi d'Angleterre, contre ce même désordre , où les mêmes raisons et plusieurs autres sont poussées avec beaucoup de force. « Omnes femineomorecriniti estis : quod non decet vos, qui ad similitudinem Dei facti estis et virili robore perfrui debetis. Paulusait, vir si comam nutriat, ignominia est illi, etc. Ro- mani Pontifices, aliique antistites temerariam usurpationem in synodis suis ex autoritate divina eondemnaverunt, etc. Ecce squallorem peenitentise eonverterunt in exercitium luxu- riœ (An. 1104. pag. 816). »
Ce qu'il dit des papes et des conciles se doit apparemment rapporter au concile de Cler- montsousUrltain H, dont nous n'avons peut-être pas les canons entiers, mais d'où le concile de Rouen ci-dessus rapporté a emprunté les siens.
VIII. Il est vrai qu'autrefois la noblesse d'Espagne se distinguait des roturiers par la longue chevelure ; selon le témoignage de Mariana au temps du roi Leuvigilde, «Majorum instituto atque more , nobilitas promissa cœsa- rie continebatur (L. 5. c. xiv). » Et ailleurs, sous le roi Yamba , « Rex ponere ca>sariem , qua nobilitatis insigne continebatur, et decal- vari satis habuit (L. 0. c. xm). »
Ditmar raconte qu'à l'entrée de l'empereur Henri à Rome en 101 A, de douze sénateurs qui l'accompagnèrent, il y en avait six sans barbe. « Sex rasi barba, alii prolixa mystace incede- bant (Raronius, an. 1014. n. i). »
Ces longs cheveux de la noblesse ancienne des Yisigoths d'Espagne étaient les restes des coutumes qu'ils n'avaient encore pu entiè- rement effacer du lieu de leur première ori- gine. Il en faut dire autant de celle de France.
Ces nations septentrionales s'étant trouvées
dans le climat de l'empire romain , s'accoutu- mèrent insensiblement à la manière de vivre des Romains, suivirent leurs lois, et ensuite celles du christianisme. C'est pourquoi ces peuples retranchèrent la superfluité de leur chevelure : et si, dans la manière de se mettre, ils n'imitèrent pas parfaitement la simplicité et la modestie des clercs, du moins ils en appro- chèrent beaucoup.
Radevic nous l'ait voir dans l'empereur Frédé- ric premier, l'image d'un empereur romain et le modèle de toute la noblesse civilisée par l'u- sage des lois romaines et des lois ecclésiasti- ques.
Voici le tableau de l'empereur romain qu'on pourrait prendre pour celui du pontife ro- main, tant il s'était répandu de modestie sur la personne même de l'empereur, qui servait de modèle à toute la noblesse et à toutes les personnes de condition. « Aures vix super ja- centibus crinibus operiuntur, tonsore, pro re- verentia imperii, pilos capitis et genarum assi- dua succisione curtante (L. u, de gestis Fride- rici, c. 70). »
Ce ne peut être que par une bizarrerie des modes diverses parmi tant de nations, que les ambassadeurs persans à Rome sous Pie II, pa- rurent presque rasés comme nos moines, si nous en croyons Gobelin. « Persici oratores in more nostrorum monachorum, servata capil- lorum parva corona, totumeaputtonsum. Ejus qui ex Mesopotamia venit, pari modo, sed in vertice summo parvus manipulus visebatur, quemadinodum gentiles gestasse flamines in pileo lerunt (L. v. p. 127. Rainald., an. 1 160. n. 101). » Mais ce qui a été ci-dessus rapporté des Géorgiens mérite une considération toute particulière ; savoir que les laïques y portaient des couronnes carrées, comme celle des clercs était ronde.
Il n'en faut pas dire davantage pour justifier le décret du concile de Tours en 1583 (Cap. v), qui renouvela l'ancienne excommunication du concile de Constantinople in Trullo , contre ceux qui affectaient des ajustements artificieux dans leur chevelure, pour entretenir une va. nité scandaleuse parmi les fidèles. « Ideoque ex concilii generalis Constantinopolitahi in Trullo habiti decreto, excommunicationi sub- jacere eos omnes diffinimus, quicapillos ad vi- dendum detrimentum scite excogitatis, nexi- bus adornant, et componunt, et inflrmis ani- mis escam ea ratione objiciunt. »
DE LA TONSURE ET DE LA COURONNE.
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IX. Cette digression sur les laïques nous re- mettra dans notre sujet, par L'exemple mémo- rable de la nation polonaise, à qui Benoît IX donnant pour roi le prince Casimir, qu'il tirait de l'abbaye de Cluny, où il avait fait profes- sion, et le dispensant des obligations du diaco- nat , il leur imposa en échange une partie des marques de la cléricature.
En effet, il les obligea de couper leurs grands cheveux, qui étaient comme les restes de leur ancienne barbarie et de s'accommoder à la tonsure de toutes les provinces de l'empire ro- main dans l'Occident, c'est-à-dire à leur ma- nière si chrétienne et si conforme aux pré- ceptes de l'apôtre saint Paul, de porter les che- veux courts, en sorte que les oreilles ne fussent pas tout à fait cachées. Voici les paroles de Longin dans son histoire de Pologne. « Ca?sa- riem capitis et comam barbaro more non nutrire , sed auribus patentibus instar reli- giosorum latinarum nationum tonsuratum
caput gestare (Baronius, an. 1041. n. M). »
Nous dirons dans la suite comment il les obligea aussi de porter comme une étole en certains jours de grandes fêtes.
X. En voilà assez pour ne plus douter que la longueur démesurée des cheveux n'ait été un usage des nations barbares, qui fondirent du Nord dans l'Italie, dans l'Espagne . dans la France et dans l'Angleterre, où elles apprirent par leur salutaire mélange avec les Romains déjà civilisés et encore plus avec les chrétiens, dont la police est toute céleste, de retrancher ces vaines superfluités pour se conformer à la voix de la nature et au précepte de saint Paul. La tonsure des ecclésiastiques ne fut d'abord que la marque du retranchement des choses superflues : cette même modestie dans la che- velure, fut dans le commencement commune à tous les laïques qui se distinguaient par leur piété. On y ajouta la couronne par des raisons dont nous avons parlé ci-dessus (I).
(1) A l'exception de certains ordres religieux qui portent autour de la tête rasée un cercle de cheveux, la tonsure des clercs n'est plus aujourd'hui qu'un rond au sommet de !a tête, plus ou moins large, selon l'ordre. Mais une particularité que l'on ignore généralement, c'est que le souverain pontife a seul conservé le grand cercle de cheveux. Ferraris, savant canonîste du xviire siècle, constate ce fait : o Amplior tonsura solet deferri a summo pontifice, qui etîam impraesentiarum retinet coronam a primordiis Ecclesiae usitatam. (Prompta biblioth. canonica, jurid. mor. Ferraris, vo clericus, art. 1, no 52). d Nous constatâmes nous-même en 1832 cette particularité sur la vénérable tête du pape Grégoire XVI. C'est un cercle de che- veux semblable à celui des religieux. Les portraits des premiers papes sont tous représentés avec l'antique couronne de cheveux.
Jusqu'en 1814, le gouvernement exigeait en France que les évé- ques lui présentassent la liste de cens qu'ils appelaient à la tonsure, qui est l'initiation cléricale qui les dispensait du service militaire. Aujourd'hui les évéques peuvent admettre tous ceux en qui ils trou- vent les signes d'une vocation certaine, sans être soumis à cette es- pèce àeplacet du pouvoir. C'est l'article 26e des organiques qui avait établi cette réserve. Le voici : « Les évéques ne pourront ordonner a aucun ecclésiastique s'il ne justifie d'une propriété produisant au o moins un revenu annuel de trois cents francs, s'il n'a atteint lage n de 25 ans, et s'il ne réunit les qualités requises par les canons reçus o en France. Les évéques ne feront aucune ordination avant que le s nombre des personnes à ordonner ait été soumis au gouvernement o et par lui agréé. »
Durant le xvme siècle, une révolution s'opéra dans la chevelure des clercs. A l'exemple des laïques, ils adoptèrent d'immenses per- ruques et l'usage de la poudre. Les souverains pontifes s'élevèrent promptement contre cet usage mondain. Par un édit du 1 mai 1701, Clément XI frappa de suspense ipso facto tout prêtre qui ferait usage de la perruque dans les églises de Rome ; le 20 décembre 1724, BeDoit XIII renouvela cette pénalité et y ajouta une amende. Les conciles provinciaux et les synodes diocésains furent unanimes à proscrire la perruque et la poudre. Parmi ceux que nous avons sous les yeux, nous croyons devoir citer celui d'Alexandrie en Piémont, tenu en 1732, parce qu'il dépeint parfaitement cette mode disparue aujourd'hui : « Multo magis prœcipimus, » dit ce synode au chap. x de vit. et honest. cleric. a ne quis ex clericis comam nutriat vel con- cinet vel coma fictitïa utatur, neque pulvere Cyprio aspergat ; quod si nécessitas postulaverit comam fictitiam, nonnisi praevia concessione nostra, et omnino eamdem juxta concessionis formam adhibebunt, ita ut in hac materia peccantes habendi sunt tanquam in tonsura non incedentes, iisdem pœnîs puniendi. o Plusieurs théologiens et cano- nistes taxaient de péché mortel le port de la perruque : a Utinam criniti clerici, » s'écrie l'un d'eux, a et eorum confessarii serio consi- déraient delationem comae in ministris sacris esse peccatum mortale (Apud Ferraris, v» Comafictitia). » L'usage de la poudre a subsisté encore usque vers 1820 chez certains vieux ecclésiastiques.
(Dr A^dré.)
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DU SECOND ORDRE DES CLERCS. - CHAPITRE QUARANTE-TROISIÈME.
CHAPITRE QUARANTE-TROISIÈME.
DE L IIAEIT CIVIL DES ECCLESIASTIQUES EN OCCIDENT. PENDANT LES CINQ PREMIERS SIÈCLES.
I. Le pape Célestiu blâme les évèques de France, de ce que prenant les habits de moines, ils se distinguaient des laïques, autrement que par la vertu.
II. Ce changement avait été fait en France par des moines qu'on avait faits évèques.
III. Salvien fait voir que les moines étaient le sujet de la risée du monde à cause de leur habit ; ce qui ne convient pas au clergé.
IV. Les décrétales des papes marquent tous les devoirs des clercs, sans jamais parler de leur habit.
V. Le concile IV de Carthage ne leur recommande que la modestie des habits.
VI. Autres preuves tirées de Julien Pomère et de saint Jé- rôme. De l'habit des moines. En quoi consistait le luxe des habits des clercs.
Vil. Iles habits des moines et des clercs.
VIII. Excessive sévérité des pélagiens, qui ne plait pas à saint Jérùme.
IX. Quel fut l'habit de religion dont fut revêtu saint Germain, quand un le fit clerc.
\. C'était mi habit de moine. Grand nombre d'évêques dans les Gaules qui joignaient alors la profession monastique à l'é- piscopat.
XI. Combien l'ordonnance du pape Célestin était raisonnable et juste, quoique nos évèques n'y déférèrent point.
XII. Les raison? de n'y point déférer dans cette rencontre, étaient aussi très-justes et très-raisonnables.
MIL Combien il était important que les évèques donnassent de grands exemples du mépris des vanités du monde.
XIV. La vie commune qu'ils menaient avec leurs clercs était une nouvelle raison pour cela.
XV. Nouveaux exemples de saint Fulgence.
XVI. De saint Augustin.
XVII. De saint Cyprien. Nouvelles preuves du même saint Cyprien et de Tcrtullien.
XVIII. Sommaire de ce qui a été dit.
I. Nous avons prouvé qu'il n'y avait point durant les cinq premiers siècles de clercs sans ordres, différents des laïques par leur tonsure seulement; venons à l'habit, et montrons <|ue les ecclésiastiques n'enavaient point dans la vie civile qui les distinguât des séculiers. Com- mençons d'abord par une autorité si claire et si puissante, qu'il n'y ait point de réplique.
Le pape Célestin écrivit en l'an 'r28 aux évè- ques des provinces de Vienne et de Narbonne, pour les blâmer d'une nouveauté superstitieuse qui s'était glissée dans leur clergé, où les ec- clésiastiques commençaient de porter un man- teau et une ceinture, au lieu de la tunique et de la toge romaine, qui était l'habit ordinaire des clercs, aussi bien que des laïques. Ce grand
pape leur remontre, que ce n'est pas à la lettre qu'il faut pratiquer ce qu'on lit dans l'Evan- gile, de se ceindre les reins; qu'il ne faut pas se distinguer des laïques par les habits, mais par la sainteté des mœurs : enfin qu'il ne faut pas par de nouvelles superstitions corrompre la discipline que tant de saints évèques ont autorisée.
a Didicimus quosdam Domini sacerdotes, su- perstitioso potius cultui inservire, quam men- tis vel fidei puritati. Amicti pallio et lumbi praecincti, credunt se scriptura1 fidem non per Spiritum, sed per lilteram completuros. Nam si ad hoc ista prsecepta sunt, ut taliter serva- rentur : curnon liunt pariter, qua? sequuntur, ut lucernne ardentes iii manibus una cum ba- culo teneantur. »
Après leur avoir montré que c'est l'amour de la chasteté qui nous est recommandé dans le sens véritable, de ces paroles de l'Evangile, « Habent suum ista mysterium, etc. » il leur déclare en quoi il faut mettre la différence du clergé et du commun des fidèles : « Discer- nendi a plèbe vel caeteris sumus doctrina, non veste; mentis puritate, non cultu. »
Ces paroles prouvent évidemment, que ce u'était ni par les cheveux, ni par les habits que l'on reconnaissait les ecclésiastiques. Enfin il condamne cette nouvelle coutume comme une superstition et une injure faite aux anciens Pères et aux premiers évèques de l'Eglise. « Unde hic habitus in Ecclesiis gallicanis, ut tôt annorum tantorumque ppntificum in alte- ruin habitum consuetudo vertatur, etc. Nam si incipiamus studere novitati, traditum nobis a Patribus ordinem calcabimus, ut locum su- pervacuis superstitionibus faciamus. »
II. Ce grand pape nous apprend dans la même lettre , que cette innovation avait été faite par des moines qui avaient été faits évè- ques et avaient voulu conserver dans l'épisco- pat l'habit de leur première profession. « .Nuit mirum si contra ecclesiasticum morem fa-
DE L'HABIT CIVIL 1>ES ECCLÉSIASTIQUES.
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ciunt, qui in Ecclesia non creverunl : sed alio venientes itinere, secum haec in Ecclesiam, qua? in alia conversatione habuerant, intule- ruiit. »
Il ajoute que celte manière extraordinaire de se vêtir est peut-être supportable à des moines qui vivent dans la solitude ; mais que les évoques des Gaules ne peuvent point en user sans condamner leurs prédécesseurs, ou sans se condamner eux-mêmes en les aban- donnant. « Habeant tamen istum forsitan cul- tum, morem potius quam rationem sequentes, qui remotioribus habitant locis , et procul a cœteris degunt. Unde bic habitus in Ecclesiis Gallicanis, etc. » Il conclut enfin par ces mots : « Non est imponendum oculis, sed mentibus infundenda praecepta sunt. »
III. Salvien nous a fait voir ci-devant com- bien les personnes séculières avaient en hor- reur les moines qui passaient quelquefois par les grandes villes, couverts d'un manteau et la tête rasée : « Palliati, et recisis usque ad cutem comarum jubis. » Voici comme il parle ail- leurs à un moine relâché qui n'avait que l'ex- térieur d'un solitaire : « Licet religionem ve- stibus simules, licet fidem cinguloafferas, licet sanctitatem pallio mentiaris. (AdEccl. C.atbed., 1. iv). »
Si cette différence d'habits rendait les moines ridicules aux yeux des hommes char- nels, le clergé n'avait garde de l'affecter, puis- qu'il fait profession de gagner et d'attirer tout le monde. Saint Paulin nous a aussi fait voir dans le chapitre XXXVII, les solitaires vêtus de la même manière, « veste succincti, sagulis palliati (Epist. vu) ; » et il fait gloire au même endroit de s'attirer par cet habit le mépris du monde : « Hujusmodi hominum et vultus, et habitus, et odor nauscam illis facit, quibus odor mortis est in odorem vita? (Epist. x). »
Il remercie ailleurs celui qui lui avait en- voyé un habit convenable à la profession qu'il faisait de solitaire : c'était un manteau de poil de chameau : « Pallia camelorum pilis texla. » 11 lui envoie en échange une tunique de peaux d'agneau : « Tunicam de tenero agnorum vol- ière contextam (De habitu Monach., 1. i. c. I, etc.) » Voyez ce que dit Cassien des ceintures et des autres habits propres aux solitaires.
IV. Je viens à d'autres preuves. Le pape Si- rice a marqué avec une exactitude admirable dans une de ses lettres, tous les devoirs et toutes les démarches de ceux qui se dévouent à l'état
ecclésiastique. Il veul que dès leur enfance ils reçoivent le saint baptême et en même temps l'ordre des lecteurs : il leur permet ensuite de se marier ; et pourvu qu'ils vivent chastement et chrétiennement jusqu'à l'âge de trente ans, il permet qu'on leur donne l'ordre <t qu'on leur fasse exercer les fonctions des acolytes et des sous-diacres. Il ne les oblige à la conti- nence que lorsqu'on les élèvera au diaconat.
Outre que ce pape ne parle ni de la tonsure, ni de l'habit propre et singulier du cierge; quelle apparence y a-t-il, que tous ces clercs qui vivaient dans le mariage au milieu de leur famille, fussent autrement vêtus que les plus modestes d'entre les autres chrétiens ( Siric. Epist. i. c. 9, 10) ? Le pape saint Léon parle en quelque endroit de l'habit particulier des vierges qui se consacraient à Dieu : « Puellse (|u;e virginitatis propositum atque babitum susceperunt (Epist. xcn. c. 19). » Mais ni lui, ni aucun des anciens papes n'a parlé en aucun endroit de l'habit propre des ecclésiastiques.
V. Le concile IV de Carthage (Can. xlv), n'a rien oublié des devoirs importants de tous les ecclésiastiques. Aussi n'a-t-il pas omis de leur recommander la modestie dans leurs habits et dans leurs souliers ; mais cela suffit pour nous persuader que, ni pour la couleur, ni pour l'é- toffe, ni pour la forme des habits, les clercs n'avaient rien qui les distinguât des laïques, si ce n'est une modestie et une fuite singulière de la vanité du monde. « Clericus professio- nem suam et in habitu, et in incessu probet : et née vestibus , nec calceamentis decorem quaerat. » Dans les habits aussi bien que dans la démarche, le clerc, selon ce canon, ne doit rien affecter que la simplicité.
VI. Julien Pomère nous a dépeint ceux que ce canon semble avoir notés, à cause de leurs robes traînantes et de leur démarche molle et atrectée. « Taceo de illis, qui undante lapsa- bundi corporis motu, defluentibus in talos ve- stimentis incedunt, et vagis Iaterum flexibus quodammodo fluctuantes, etc. (De vita Con- templ., lib. h, c. A). » Voilà tout ce qu'on pou- vait blâmer dans les habits des ecclésiastiques, en un temps où tous les honnêtes gens étaient vêtus de long , et où les personnes vertueuses ne pouvaient se signaler que par la modestie et la simplicité.
Saint Jérôme nous enseigne la même vérité. « Si leclor, si acolylhus, si psaltes te sequitur, non ornentur veste, sed moribus : nec calami-
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DU SECOND ORDRE DES CLERCS. — CHAPITRE QUARANTE-TROISIÈME.
stro crispent comas , sed pudicitiam habitu poUiceantur [Ad Nepoti de vita Cleric). »
Un peu plus bas dans la même lettre, ce sa- vant Père fait clairement voir que l'habit noir n'était pas encore ordonné aux ecclésiastiques; il leur détend même de s'en servir, aussi bien que d'un habit dune éclatante blancheur. « Vestes pullas aeque devita, ut candidas : or- natus, ut sordes pari modo fugiendae sunt : quia alterum delicias, alterum gloriam re- dolet. »
Cette blancheur éclatante était une marque d'une excessive délicatesse : l'habit noir était réservé aux moines et aux pénitents; et c'eût été une humilité affectée, et une véritable vanité à de jeunes ecclésiastiques de s'en re- vêtir.
Saint Jérôme les exhorte à prendre le milieu, et à se faire reconnaître par une médiocrité qui n'ait rien de remarquable. Il n'approuve pas même qu'ils s'abstiennent de porter du linge, si leur amour pour la pauvreté évangélique, et leur vie mortifiée ne répond à cela.
a Non absque amictu lineo incedere, sed pretium vestium linearuni non habere, lauda- bile est. Alioqui ridiculum et plénum dedeco- ris est, referto marsupio, quod sudarium, ora- riumque non habeas, gloriari. » A quoi il faut ajouter ce qu'il dit ailleurs : « Quid prodest circa collum ad abstergendos sudores linteolum non habere, quidjuvat esse |unoxCt»>v«î, et prae- ferre habitu paupertatem ; cum marsupium nostrum universa pauperum turba suspiret? »
Voici de quelles couleurs ce même Père (In Miclueam, c. m) dépeint ailleurs les ecclésias- tiques qui faisaient voir la vanité de leur àme, et la disposition de leur cœur dans le luxe de leurs habits et dans le soin qu'ils prenaient de friser leur cheveux. «Omnis bis cura de vesti- bus , si bene olente ; si pes laxa pelle non fol- leat. Crines calamistri vestigio rotantur : digiti annulis radiant : et ne plantas humidior via spargat, vix imprimunt summa vestigia. Taies cuin videris, sponsos magis existimato, quant clericos (Ad Eustoc, ad custodia virginit.). »
VII. Les commencements même de la con- version de Népotien furent bien autres : il est vrai qu'il changea d'habit, mais ce ne fut que pour en prendre un plus modeste en se confor- mant a L'usage de sa province, et en évitant aillant la saleté que la mollesse. « Ralteo po- sito mutatoque habitu, quidquid castrensis pcculii fuit, in pauperes erogavit. Excepta vili
tunica, et operimento pari, quo tecto tanlum corpore frigus excluderet, nihil sibi amplius reservavit. Cultus ipse provinciae morem se- quens : nec munditiis, nec sordidis notabilis erat (In Epitaph. Nepotian). »
Ce Père semble prescrire aux moines un ha- bit plus vil et plus pauvre, et qui les rendant méprisables au monde, témoigne aussi le mé- pris qu'ils en font. «Si mouachus esse vis, sor- dida? vestes candidae mentis indicia sunt. Vilis tunica contemptum saeculi probet ; ita dun- taxat ne animus tumeat ; habitus sermoque dis- sentiant (Ad Rusticum Mona.). » En parlant d'Asella. « Tunicam fusciorem induta (Epist. ad Marcellam.). » Et écrivant à Eustoquie, « Vestis nec satis munda, nec sordida et nulla diversitate notabilis, ne ad te obviam prœter- euntium turba consistât, et digito monstreris (Ad Eustoc.).» Et parlant d'une veuve. «Vestis fuscior, pulla tunica, minus cum humi jacuerit sordidatur. Soccus vilior, cingulum laneum, etc. (Ad Marcel. deRlsesilla). »
Mais en écrivant à Pammaque, il montre bien que les moines affectaient de se faire mé- priser du monde par leurs habits, ce qui n'eût pas été convenable aux ecclésiastiques qui ne doivent pas rebuter les malades qu'ils veulent guérir (Ad Pamma. de obituPaulina?).«Quishoc crederet ut consulum pronepos , inter purpu- ras senatorum, furva tunica pullatus ince- deret, et non erubesceret oculos sodalium , ut deridentes se derideret? Est confusio, quaa ducit ad mortem, et est confusio, quae ducit ad vitam. Prima virtus est monachi contem- nere hominum judicia , et semper Apostoli recordari , dicentis : Si adhuc hominibus pla- cerem, Christi servus non essem. »
VIII. Les pélagiens se portaient à un excès que saint Jérôme même ne peut souffrir, lors- qu'ils voulurent censurer la modestie même et la propreté simple des habits. Voici ce que saint Jérôme leur répond. « Adjungis gloriam ve- stium et ornamentorum Deo essecontrariam. Quœ sunt, rogo, inimicitiœ contra Deum, si tunicam habuero mundiorem : si episcopus , presbyter, et diaconus et reliquus ordo eccle- siasticus in administratione sacrificiorum can- dida veste processerint? Cavete clerici, cavete monachi, viduae el virgines, periclitamini , nisi sordidasvos atquepannosas vulgus aspexe- rit(L. i, advers. Pelag.).»
Ces paroles de saint Jérôme nous découvrent que si les ecclésiastiques avaient quelque chose
DE L'HABIT CIVIL DES ECCLÉSIASTIQUES.
de singulier dans leurs habits, ce n'était qu'à l'autel ; et alors même c'était une blancheur et une propreté extraordinaire qu'ils affectaient par un respect singulier pour le sacrifice de l'Agneau sans tache. Au reste, les clercs, les moines et les religieuses n'étaient nullement obligés d'attirer sur eux le mépris du peuple par la saleté de leurs habits, quoique quelques- uns l'aient fait par un instinct particulier, et par un amour extraordinaire des croix et des injures.
IX. Il est vrai que le prêtre Constance, dans la vie de saint Germain, évèque d'Auxerre, dit que saint Amateur lui donna l'habit de re- ligion en le faisant clerc : « Cœsariem ejus ca- piti detrahens, habitu religionis, rejectis sa?cu- laribus ornamentis, cum promotionis honore induit [Surius, Julii diexxxi). » Mais cet habit de religion n'est autre qu'un habit modeste. Sidonius a usé du même terme en ce sens, où parlant du courtisan Maxime qui avait em- brassé l'état ecclésiastique, il nous le repré- sente en cette sorte. Habitus viro, gradus, pu- dor, color, sermoreligiosus(L. iv, epist. xxiv).» En tout cela il ne pouvait y avoir qu'une mo- destie singulière.
X. Il y aurait aussi quelque fondement de croire que cet habit de religion serait un habit monastique : car ce mot de religion est souvent pris pour la profession des pénitents, ou des moines. C'est en ce sens que Salvien l'a employé, « Sub specie religionis , vitiis saecularibus mancipati, etc. Divini cultus habitu m magis quam actum existi mantes, vestem tantummodo exuere, non mentem L.v, de gubernat. Dei). »
La suite de son discours montre clairement qu'il parle de ceux qui ne faisaient qu'une fausse pénitence, après s'être plongés dans des crimes dont l'énormité les rendait irréguliers, et incapables des rangs et des dignités ecclé- siastiques. Ainsi saint Amateur aurait donné à saint Germain un habit de religion, parce que les saints évêques de ce temps-là joignaient quelquefois la vie monastique avec les fonc- tions épiscopales.
Sévère Sulpice le dit nettement de saint Mar- tin. « l'bi Martinum in veste bispida, nigro pcndulo, pallio circumtectum viderunt, etc. (Dialog. ii, de vita S. Martini). » Et en un autre endroit : « Idem constantissime perseverabat, qui prius fuerat; eadem in corde ejus humili- tas, eadem in vestituejus vilitas erat :atque ila plenusautoritatis et gratiœ, implebat episcopi
dignitatem, ut non tamen propositum mona- clii virtutemque desereret (Lib. de vita Mar- tini, c. vu, epist. m). »
Ce manteau était propre aux moines, qu'il appelle ailleurs, Agmina palliata. Sidonius as- sure la même chose de Fauste, qu'ayant été tiré du monastère deLérins et élevé à l'épiscopat, il n'avait rien changé de l'austérité de sa vie pré- cédente. « Nil ab abbate mutalus per sacerdo- dotem ; quippe cum nova- dignitatis obtentu, rigorem veteris disciplinée non relaxaveris (Lib. ix, epist. ni. Ihid., epist. ix). » Fauste n'était pas le seul qui réunit par une piété extrordinaire deux conditions si éloignées; témoin le même Sidonius en une autre lettre qu'il lui écrit : « Legi volumina tua, qiue Rio- chatusantistesetmonachus, atque istiusmundi bis peregrinus, Britannis tuis pro te reportât (L. îx, epist. ix). »
Mais le même saintGermain, dont nous par- lons, justifie par sa conduite l'explication que nous avons donnée aux termes dont se sert l'auteur de sa vie. Dès le premier jour de son épiscopat, il se conforme entièrement à l'aus- térité des moines les plus réformés et pour sa table et pour ses habits. « Ex ea veto die, qua sacerdotii sumpsit exordium, nunquam panem frumenti, non vinum, non acetum, nonoleum, non legumen, vel salem accepit. Indumentum cuculla et tunica indiscretis fuere temporihus. Nam neque hyeme accessit adjectio, neque aestate levamen admissum est. Quod utrumque tandiu usui fuit, nisi forte donatum est, donec attritione nimia solveretur, cilicio semper in- terius inhaerente (Surius, Julii die xxxi). »
On ne peut douter que ce ne fût joindre les austérités des solitaires avec la dignité de l'é- piscopat. Ce saint évèque étant mort, voici le partage qui se fit de ses habits, entre ceux qui crurent pouvoir recueillir de ces précieuses dépouilles les restes de sa sainteté : « Cucullam cum interiori cilicio Petrus episcopus usurpa- vit. Sex vero antistites, ut aliquid monimenti ex successione sanctitatis acciperent, disrum- pere quod superfuerat, maluerunt. l'nus pal- lium, alter cingulum accepit. Duo tunicam, duo sagulum diviserunt. » Voilà comment l'héritage d'un pauvre et saint évèque en enri- chit plusieurs.
XI. Ce que nous venons de rapporter de saint Martin, de Fauste. de Riochatus, de saint Germain, montre manifestement que plusieurs évêques de France faisaient gloire de porter
Tu. — Tome II.
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DU SECOND ORDRE DES CLERCS. — CHAPITRE QUARANTE-TROISIÈME.
l'habit des plus austères solitaires, et d'être en même temps les imitateurs de leur vie péni- tente. Si de ces quatre évêques les trois pre- miers avaient été appelés de la profession reli- gieuse à l'épiscopat, on ne peut pas avoir la même pensée de saint Germain. .Nous avons donc en lui un exemple, non pas d'un évèque qui conserve dans cette éminente dignité les lia- bits et les exercices des solitaires, parmi lesquels il avait été élevé : mais d'un homme de grande qualité, qui étant traîné plutôt qu'élevé à l'épis- copat, embrasse en même temps tout ce qu'il y a de plus humble et de plus mortifiant dans la vie religieuse.
Il y a bien de l'apparence que c'est contre ces saints évêques et leurs imitateurs, que le pape Célestin écrivit la lettre par laquelle nous avons commencé ce chapitre. Ces évêques portaient effectivement les habits que ce pape désapprouve, pallium, cingulum; et le reste des vêtements des moines. Aussi les trois pre- miers étaient étrangers en France, comme le pape le remarque. La lettre de ce saint pape ne laisse pas d'être très-raisonnable et très-con- forme aux lois ecclésiastiques.
Nous avons vu que l'habit des moines était le sujet de l'aversion et des railleries de la plu- part des peuples, dont les yeux n'étaient pas encore accoutumés à ces honorables marques de l'humilité chrétienne. La profession mo- nastique n'avait commencé qu'avec l'empire de Constantin. Ces solitaires sortaient en ce temps- la fort rarement de leurs déserts. Les évêques étaient plus anciens que les moines d'environ trois cents ans. Ils ne devaient donc pas chan- ger leur ancienne manière de s'habiller, ni se distinguer de leurs confrères, pour se confor- mer à une profession nouvelle, et à une sorte d'habit choquante, quoique sainte.
11 n'y avait donc rien de si juste, en parlant généralement, que ce que le pape Célestin or- donnait, de conserver l'ancienne coutume, ne faire aucune innovation, se revêtir comme les anciens évoques, ne pas différer des autn s évê- ques du monde, n'affecter pas les habits qui rebutent ceux (pie l'on doit attirer; enfin, ne pas faire montre dans les villes de ce qui n'a été introduit que pour La solitude.
Ml. Mais comme lis raisons et les circons- tances particulières l'emportent quelquefois sur les maximes générales, ces saints évoques de fiance crurent alors que ce ne serait pas déshonorer l'épiscopat que dele revêtir des mar-
ques d'une pénitence et d'une humilité toute extraordinaire. Salvien ne parle que des afri- cains et de ceux de Cartilage, quand il dit que la vue et la présence des moines qui passaient, leur donnait de l'horreur. Il eût dit de même des Gaules, s'il eût pu le faire sans blesser la vérité.
Saint Martin avait donné tant d'admiration, tant d'estime, et tant d'amour à toutes les Gau- les, que nous pouvons croire, sans crainte de nous tromper, qu'il leur avait inspiré la véné- ration pour tous les moines, et pour toute leur profession. On avait tiré de son monastère un grand nombre d'évêques. Il en était aussi sorti un fort grand nombre du monastère de Lérins. Tous ces saints religieux avaient saintement allié les vertus épiscopales avec les pénitences et les mortifications des solitaires.
Les peuples des Gaules ne pouvaient après cela regarder les moines qu'avec un extrême respect, et il s'en fallait beaucoup qu'ils ne crussent que l'habit et la vie des moines dés- honorât l'épiscopat. L'évèque Cresconius a cru au contraire, dans son abrégé des canons, que le pape Célestin n'avait défendu aux ecclésias- tiques les habits monastiques, que comme une singularité affectée par un esprit de présomp- tion (Cresconius in Rreviario, can. cxxxi).
C'est pour cela qu'il joint ce décret de Céles- tin avec le canon du concile de Gangres, qui blâme l'affectation orgueilleuse de quelques moines dans leurs habits. « De his qui palliis utuntur, et ideirco superbiunt : » il n'est pas nécessaire de justifier ces évêques de France, dont nous parlons, de cette singularité pré- somptueuse.
XIII. Si les peuples au contraire étaient le plus souvent scandalisés du luxe et de la vanité des évêques et des autres ecclésiastiques : qui peut douter qu'ils ne fussent au contraire édi- fiés de la piété singulière de ceux qui ne met- taient leur gloire que dans un entier mépris de la glbire et du faste? Saint Jérôme nous re- présente un de ces évêques plus curieux de ces ornements extérieurs que des vertus qui sont les véritables ornements de l'âme.
«Si quis episcopatum desiderat, bonumopus desiderat : opus, non dignitatem : laborèm , non delicias : opus per quod humilitate decre- scat, non intumescal fastigio, etc. Sunt quidam ignorantes mensuram suam.et tantae stolidita- tis acvecordiae, ut et in motu, et in incessu, et in habitu, et in sermone communi, risumspe-
DE L'HABIT CIVIL DES ECCLÉSIASTIQUES.
ctantihus prrrbeant : et quasi intelligentes . quid sit ornatus, comunt se vestibus etmun- ditiis corporis, et lautioris mensae epulas pa- rant; cum omnis istiusmodi ornatus et cultus sordibus fœdior sit (Tom. n, epist. ad Ûcea- numl. »
Si cette mollesse et ces ajustements étaient aux fidèles un juste sujet de scandale, ce leur était au contraire un objet fort édifiant quand ils voyaient les évèques revêtus de toutes les vertus et de Thabit même des solitaires. Tel était saint Hilaire , évèque d'Arles , dont l'au- teur de sa vie rend ce témoignage : « Cum primum speculatoris suscepit officium , in seipso primum monstravit , quemadmodum congregatio mundum contemneret , corpus despiceret, unius tegmine tunicse sestatis ardo- rem et biemis rigorem contenta toleraret, etc. (Surius, die o Maii). »
XIV. Cet exemple de saint Hilaire nous fait remarquer une nouvelle preuve de ce que nous avons avancé et comme une nécessité in- dispensable à ces saints évèques de conserver dans Tépiscopat l'habit de la religion. Non-seu- lement ils avaient été portés du cloître sur le trône de l'Eglise, mais ils vivaient aussi étant évèques en communauté avec leurs clercs dont la vie était ou toute semblable à celle des moi- nes, ou très-peu différente, comme nous fe- rons voir dans la suite.
Ainsi l'auteur de cette vie remarque fort ju- dicieusement que saint Hilaire, dès le premier jour de son épiscopat, donna l'exemple et se rendit lui-même comme la règle vivante qu'il voulait qu'on suivît dans cette sainte congré- gation de clercs dont il était le cbef et le père. Nous dirons plus bas quels en étaient les exer- cices, et combien ils approchaient de l'état mo- nastique pour les veilles, les jeûnes et le tra- vail des mains.
XV. Tel était encore saint Fulgence, pour ne pas nous arrêter dans la France seule, et pour ne pas l'accuser elle seule d'avoir peu scrupu- leusement observé la décrétale du pape Céles- tin. Ferrand, diacre, nous fait connaître com- bien ce saint évèque de Ruspe, en Afrique, était persuadé que c'était honorer Tépiscopat que de l'accompagner de toute l'austérité des solitaires.
« Orario quidem, sicut omnes episcopi, nul- latenus utebatur. Pellicio cingulo tanquam monachus utebatur. Sic studio humililatisam- bitioneni vestium corporalium fugiens, ut nec
ipsa calceamenta suscipiens clericorum , etc., fréquenter nudis pedibus ambulabat. Casu- lain pretiosam, vel superbi coloris nec mona- chos suos babere permisit, nec ipse babuit. Subtus casulam nigello vel lactinio paliio cir- cumdatus incessit. Quando temperies aeris invi- tabat, solo paliio intra monasterium estcooper- tus. Nec deposiio saltem cingulo soinnum petivit. In qna tunica dormiebat, in ipsa sacri- ficabat, etc. (Ferrand. Diacon., in vila S. Ful- gent., c. xviii, xix). »
Ferrand n'a pas oublié la raison de cette conduite, qui est que ce saint évèque avait été tiré du monastère à Tépiscopat, et voulut pas- ser tout le temps de son épiscopat avec des moines, comme nous le dirons ensuite.
XVI. Saint Augustin vivait aussi en commu- nauté avec ses ecclésiastiques, et on ne peut douter qu'il ne leur fit observer dans leurs habits cette sage médiocrité, dont il faisait lui- même profession , jugeant que la véritable humilité était également ennemie et de la jus- tesse et de la négligence trop affectée.
« Vestis ejus et calceamenta et lectualia ex moderato et competenti babitu erant, nec ni- tida nimium, nec abjecta plurimum : quia lus plerumque vel jactare se insolenter homines soient, vel abjicere. » Et plus bas : « Cum ipso semper clerici una etiam domo ac mensa , sumptibusque communibus alebantur, et ve- stiebantur (Possid., in vita August., c. xxn , xx v). »
C'est ainsi que ce saint homme pratiquait admirablement et faisait pratiquer à son clergé ce qu'il avait fait ordonner dans le canon du IVe concile de Cartilage, que nous venons d'al- léguer. Possidius ne dit pas que saint Augustin ou ses clercs fussent vêtus comme les moines , aussi il ne l'avait jamais été, et quoique le sé- minaire où il vivait en commun avec ses clercs soit quelquefois appelé un monastère par lui- même et par les auteurs du même temps, nous montrerons dans la suite qu'on n'y faisait nul- lement profession de la vie monastique, quoi- qu'on en pratiquât les vertus. Nous dirons plus bas, que les vêtements communs de saint Augustin et de son clergé, étaient « Linea et byrrus. »
Il dit ailleurs lui-même, que les habits de lin étaient sous ceux de laine, et que la seule tunique de laine paraissait dehors. « Lana car- nale aliquid, linum vero spiritales significat quia in ordine vestimentorum interiora sunt
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DU SECOND ORDRE DES CLERCS. — CHAPITRE QUARANTE-TROISIÈME.
linea vestimenta , lanea -vero exteriora (Vide Serm. 217, de temp., et 45, de Diversis). » Un peu plus bas il donne le nom de tunique à cet habit de laine.
XVII. Pontius, diacre de saint Cyprien, nous a appris quels étaient les habits de ce saint évè- que, en nous décrivant comment il s'en dé- pouilla en se présentant au bourreau qui allait le décoller : « Expoliavit se byrro, et dédit car- nificibus. Dalmaticam vero tradidit diaco- nibus, et stetit in lineis, expectans spicula- torem. »
La discussion exacte de ces habits nous arrê- terait trop longtemps , et nous aurions de la peine à en donner uri éclaircissement qui sa- tisfît les plus curieux. Mais sans approfondir la chose, on ne peut guère douter que l'habit de dessus, qui fut le premier dont il se dépouilla, ne lui fût commun avec tous les laïques, puis- qu'il le donna lui-même aux bourreaux, et que les auteurs profanes parlent tous du même habit, en marquant les vêtements communs entre les Romains.
Ajoutons à cela la maxime également sage et pieuse du même saint Cyprien, que les chré- tiens devaient faire connaître la profession qu'ils faisaient d'une vertu éminente, par la sainteté de leur vie, et non pas par la singu- larité de leur habit : « Nus qui philosophi, non verbis, sed factis sumus . née vestitu sa- pientiam , sed veritate praeferimus (Cyprian. De bono patientise) . »Tertullien assure que tous les chrétiens ne diffèrent en rien des païens pour les habits, et les autres choses différen- tes : « Hommes vobiscum degentes, ejusdem \ ictus, habitus, instructus (Tertul. Apolog.,
C. XLll). »
Une autre édition de Pontius exprime plus distinctement la modération de saint Cyprien dans ses habits, toute pareille à celle de saint
Augustin : « Nec cultus fuit dispar a vultu ; temperatus et ipsede medio : non illum super- bia ssecularis intlaverat ; nec tamen prorsus af- fectata penuria sordidarat : quia et hoc vestitus genus a jactantia minus non est, quam osten- tata taliter ambitiosafrugalitas (Surius, diexiv Septemb.). »
XV III. Pour finir ce chapitre que nous avons destiné à l'Eglise latine, par où nous l'avons commencé, il faut conclure que l'ordonnance du pape Célestin était la plus juste et la plus sainte règle du commun des ecclésiastiques, qui ne devaient se signaler dans leurs habits que par la modestie et par une sage médiocrité, qui fuit également les deux extrémités contrai- res du trop et du trop peu.
Mais sans blesser cette règle générale, ceux qui avant leur ordination avaient été formés dans les monastères, et ceux d'entre les évo- ques qui voulaient mener une vie commune dans une congrégation de leurs ecclésiastiques ou de moines, non-seulement ne pouvaient être blâmés sans injustice, mais ils se fus- sent au contraire attirés de'justes reproches, s'ils eussent fait du sacerdoce ou de l'épiscopat même un prétexte de mollesse et de relâche- ment.
Quel blâme n'eût pas mérité cet évèque, dont parle Cassien, qui avait passé trente-sept ans dans les austérités de la solitude, s'il s'en fût relâché , parce qu'on l'appelait à l'état de la plus haute perfection qui soit dans l'Eglise ? Il n'eut garde aussi de le faire. Cassien dit de lui : « Archebius raptus de anaehoretarum cœtu , et episcopus Panephisi oppido datus, tanta districtione omni aevo suo propositum solitudinis custodivit, ut nihil de praeteritae humilitatis tenore laxaverit, aut de adjecto sibi honore blanditus sit (Collât, u, c. 2). »
DE L'HABIT CIVIL DES ECCLÉSIASTIQUES.
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CHAPITRE QUARANTE-QUATRIÈME.
DE L HABIT CIVIL DES ECCLESIASTIQUES EN ORIENT, PENDANT LES CINQ PREMIERS SIECLES.
I. L'habit civil des clercs en Orient était le même que celui e laïques, mais plus modeste. Preuves tirées d'Eusèbe.
II. Autres preuves de divers auteurs; que la couleur blanche était plus ordinaire que la noire, selon l'usage des Romains.
III. IV. Autres preuves de cela même.
V. VI. Preuves tirées des Saints Pères, que les clercs n'a- vaient point d'habit civil particulier.
Vil. Preuve tirée de saint Denis, qui décrit l'habit et la ton- sure des moines, sans parler de l'habit et de la tonsure des clercs.
VIII. Autres preuves et exemples tirés de Théodoret.
IX. Preuves tirées du concile de Gangres. Explication des ha- bits dont il y est parlé.
X. Suite de la même explication.
I. Dans l'Eglise grecque , durant ces cinq premiers siècles autant que les ecclésiastiques s'étudiaient à s'éloigner des vices qui régnent dans les personnes séculières, autant ils se con- formaient à eux dans les habits et dans la vie civile , sans y affecter d'autre différence que celle que la modestie y pouvait mettre.
Eusèbe fait dire à Origène (L. vi, c. 19), qu'Héraclas, prêtre d'Alexandrie s'étant forte- ment adonné à l'étude de la philosophie profane en avait aussi pris l'habit, (çtXo'aoçov xv&xap&n oxàp* , et qu'il le portait encore. Il dit ailleurs, que l'empereur Constantin conviait à sa table les saints évêques ; parce que les regardant des yeux de la foi, il ne considérait pas leurs habits qui étaient vils et abjects; mais il les voyait eux-mêmes tous revêtus et tous péné- trés de la divinité : « Mensa: ipsius adhibeban- tur homines vestitu quidem et externo habitu despicabiles : sed quos ille minime despi- cabiles judicabat; quippe qui non externam hominum speciem , sed Deum ipsum intro- spiceret [De vita Constant., 1. i, c. 42). »
Le manteau des philosophes était commun à tous les laïques qui voulaient en user; et le même Eusèbe parle ailleurs du martyr Edesius, qui l'avait toujours porté (L. de Martyribus Palest., c. 5). Ce vil habit des évêques que Constantin voulait honorer de sa table, ne nous fait voir que leur amour pour la pauvreté, dont ces philosophes faisaient une espèce de profession par ce manteau.
II. Socrate nous embarrasse un peu plus quand il dit, que l'évêque des Novatiens, Sisi- nius, passait pour un homme mol et délicat, parce qu'il était vêtu de blanc; mais qu'il se justifia fort adroitement, parce que, comme on lui demandait pourquoi il usait d'un habit peu séant à un évêque, et où il était écrit qu'un évêque doit s'habiller de blanc : il ré- pondit , qu'il n'était écrit nulle part que les ecclésiastiques doivent porter des habits noirs ; mais que l'Ecriture nous apprend que J.-C, Moïse et Elie, parurent revêtus d'une admi- rable blancheur, et que Salomon conseille d'être toujours vêtu de blanc. « Sint tibi vesti- menta alba L. vi, c. 20). »
Si cette histoire est véritable, il en faut con- clure que le clergé commençait à s'attacher a la couleur noire : mais cela ne regarde que la couleur, la forme de l'habit était d'ailleurs commune; et il parait même, par le rapport do Socrate, que la couleur noire n'était pas encore universellement reçue. Théodore, lecteur, dit qu'Acacius, évêque de Constantinople, pour faire éclater le deuil de l'Eglise dans la persé- cution atroce qu'elle souffrait du tyran Basilic, se couvrit de noir, et en couvrit aussi son siège épiscopal et l'autel. « Seipsum, et sedem, et altare nigris amicivit. »
III. Le moine Cyrille nous fournit une autre preuve très-évidente dans la vie de cet incom- parable père de tant de solitaires, Euthymius (Surius, die xx Januar).
Ce grand saint, abordant Anastase, garde des vases sacrés, ou sacristain de la grande Eglise, le salua et l'entretint comme si c'eût été le patriarche même de Jérusalem, et comme on l'avertit que ce n'était pas le patriarche, parce qu'il était vêtu d'un habit de soie, et de cou- leur fort éclatante, dont le patriarche n'avait pas la coutume d'user : « Vestes ejus splendid;e et sericte erant , quas quidem non est fas Jero- solymorum patriarcbam induere : » Le saint répondit qu'il avait vu Anastase vêtu de blanc
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DU SECOND ORDRE DES CLERCS. — CHAPITRE QUARANTE-QUATRIÈME.
de la même manière que le patriarche avait coutume de s'habiller. Ce qui était un pré- sage qu'Anastase devait être porté à cette di- gnité. « Hune vidi candida veste indutum, quali decet indui patriarcham. »
Cela nous montre que le noir n'était nulle- ment ordonné aux ecclésiastiques, puisque les patriarches et les bénéficiers éminents en di- gnité usaient de la couleur blanche et d'autres couleurs éclatantes.
IV. Palladius, dans le dialogue de la vie de saint Chrysostome, dit que ce saint prélat, un peu avant de mourir, s'habilla de blanc afin de faire répondre son habit à l'innocence de sa vie. a Vitie suaedigna candida vestimenta quaesivit, exutusque prioribus, easibi induit. » On voit par là que les couleurs étaient indiffé- rentes.
V. Saint Grégoire de Nazianze se décrivant lui-même dans le poème de sa vie, dit que les prélats qui ne lui ressemblaient pas, ne purent le souffrir dans le siège épiscopal de Constanti- nople, à cause de la pureté et de la frugalité de sa vie, parce qu'il était toujours fort pauvre- ment vêtu.
Faisant ailleurs l'éloge de saint Bazile et par- lant de son amour incroyable pour la pauvreté, il assure que ce grand archevêque n'avait qu'une tunique et un manteau : ™ h xiftûmov, xaï TfiPavwv (Orat. xx) :et il proteste plus bas, qu'en toutes ces sortes de choses, ce grand homme n'affectait aucune singularité. Il remarque dans une autre oraison la rudesse de ses habits, ■rii; é<j6t,tc; jjloû to toux™v (Orat. 25) : Et encore ailleurs, to éaflnjj.a toOto tô TfO^ivov (Orat. xxvu).
En tout cela il ne parait pas que les plus saints évêques aient recherché autre chose dans leurs habillements que la modestie , la simplicité, et quelquefois même la pauvreté.
VI. Saint Atbanase écrivit une lettre admi- rable au moine Dracontius, qui ne pouvait se résoudre à accepter l'épiscopat auquel ses ver- tus l'avaient fait élire , dans la crainte qu'il avait que cette élévation ne fût incompatible avec la sainteté de la vie religieuse, pour laquelle il avait un très-ardent amour. Saint Athanase lui remontra qu'il pourrait pratiquer toutes les vertus de La religion, et en ajouter encore d'autres plus excellentes dans la charge cl dans les fonctions d'un évêG&é, que plusieurs très-saints solitaires avant lui lui en avaient donné l'exemple, ayant passe de la solitude à l'épiscopat, el ayant soutenu les vertus de l'un
de ces étals- par celles de l'autre. Mais saint Athanase ne parla point du changement d'habit .
VII. Saint Denys a fait une description fort exacte de la consécration d'un moine. Il n'y a pas oublié la cérémonie mystérieuse de lui faire quitter l'habit, aussi bien que la vie et l'esprit du siècle, et de le revêlir de l'habit de la religion, pour lui apprendre à mener une vie nouvelle; la tonsure précédait, accompa- gnée de l'invocation de la sainte Trinité : « Sacerdos eum signo crucis consignando ton- det, très personas divinœ beatitudinis invo- cando, omnique veste detracta, alia eum induit. (Eccles. Hieron., c. vi). »
Avant que de venir à l'explication des céré- monies saintes qui regardent les moines, ce savant théologien (Cap. v, ibid.) s'était étendu fort au long sur les ordinations des clercs; mais il n'y avait pas dit un seul mot de leur tonsure, ni de leur habit particulier. Il est vrai qu'il n'y parle que des diacres, des prêtres et des évêques; mais la raison en est manifeste , il ne reconnaissait que ces trois ordres pour être d'un établissement divin, et pour être les parties essentielles de la hiérarchie ecclésias- tique.
VIII. Théodoret dit que saint Jacques, évêque de Nisibe, se soumit, quoique par force, au poids de la dignité épiscopale dont on le char- gea ; mais que ce changement d'état n'en ap- porta aucun ni a la manière de vivre, ni aux habits dont il avait auparavant usé parmi les moines dans la solitude : « Montanam illam in habitationem eum mutasset, urbanamque non ex animi sententia suscepisset , nec cibum mutavit, nec vestitum ; sed mutatis locis vitaî institutio nullam cepit mutationem (Hist. Re- lig., c. i). »
Si les ecclésiastiques, ou les évêques eussent eu quelque sorte de vêtement qui leur eût été propre et particulier, on eût peut-être fait plus de difficulté de souffrir que ces saints religieux préférassent l'habit des solitaires à celui des évêques, ou des clercs. Mais comme ils n'en avaient aucun qui ne leur fût commun avec les honnêtes gens du monde qui se vêtaient à la romaine, ou du moins à la manière des Orientaux qui ont toujours été vêtus de long , on avait moins de peine à souffrir que les soli- taires qui étaient faits évêques, conservassent bs babils, aussi bien que les austérités de la vie religieuse. Théodoret assure dans la même histoire que le saint solitaire Âphtonius , après
DE L'HABIT CIVIL DES ECCLÉSIASTIQUES.
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avoir passé quarante ans clans les monastères . fut appelé à l'épiscopat, et ne voulut rien chan- ger, ni de ses habits, ni de sa nourriture. « Cum annos amplius quadraginta choro praefuisset , sedem ascendit pontificalem, nec pallium inu- tans asceticum, tw imanaà» maôpav, nec tunicam caprarum e |>ilis contextam; cibisque iisdem utens, qùibus ante episcopatuin vescebatur (Ibidem, c. v). »
Ces saints religieux, après avoir vieilli clans la solitude, eussent rougi de changer ou d'ha- bit, ou de vie. Ainsi dans l'Orient, aussi bien que dans l'Occident, une bonne partie des évê- ques se trouva insensiblement engagée dans l'état monastique, et l'épiscopat tout entier en emprunta beaucoup de choses dans la suite du temps. Ceux qui n'acceptaient l'épiscopat que dans la résolution de revenir dans la solitude , comme Abrahames , n'avaient garde de rien changer à leur habit, ou ta leur manger.
Enfin Théodoret ne nous a appris ces illustres exemples de vertu, qu'après les avoir imités (Ibidem, c. xvu . Car, étant obligé de repousser les calomnies dont il était attaqué, il s'est rendu lui-même ce témoignage . qu'il avait été retiré avec violence du monastère où il avait passé sa jeunesse, et que dans l'épiscopat il n'avait rien possédé de propre que les haillons dont il était vêtu : « Praeter panniculos quibus amictus sum, nihil volui possidere (Epist. lxxxiv).»
IX. Le concile de Gangres prononce ana- thème contre les moines qui ne se contentent pas de s'habiller d'une manière singulière en portant le manteau, irepiptaaicv, Pallium, comme si la sainteté était attachée aux vêtements : mais par une sotte vanité méprisent les autres qui usent des habitsqu'on appelle Vr :-.,:. byrrhos.
Ce canon nous apprend que les moines seuls pouvaient affecter un habit particulier, pourvu qu'ils ne condamnassent pas les autres : mais que tous les autres fidèles, sans en excepter les ecclésiastiques, portaient les habits qui étaient dans l'usage commun de la vie. i-i i/Jx xomi , ■/.%'■.
Si cet habit commun que le canon appelle f,r>; iCan. xu), est le Byrrhus des latins, comme la convenance des mots, et la conspi- ration des anciens interprètes, semble nous le persuader; nous en concilierons avec justice que les habits de saint Cyprien , lorsqu'il fut décollé au fapportde Pontius, étaient les mêmes que ceux du commun du peuple. « Ibi lacerno se byrrho expoliavit, et genua in terrain flexit,
el cum se dalmatica expoliasset, in linea reman-
sit. »
Les pins savants ont reconnu que lacerna ri byrrhus étaient la même chose; ainsi Pontius
a joint ces deux mots : c'était l'habit de dessus pour le commun, au lieu de la robe que les honnêtes gens portaienl alors plus ordinaire- ment; ainsi ce fut le premier habillement dont saint Cyprien se dépouilla. Il quitta ensuite sa dalmatique que tout le monde sait avoir été un habit profane, et assez ordinaire entre les Ro- mains. Après cela, saint Cyprien demeura avec sa tunique de lin seule, in linea, et reçut la mort en cet état.
Saint Augustin dit que les évèques portaient de ces sortes d'habits, qu'il appelle Byrrhus, de grand prix; mais qu'il n'eût pas été séant pour lui d'en porter de même prix, parce qu'il était pauvre, et qu'il était né de parents pauvres. a Byrrhum pretiosum forte decet episcopum, quamvis non deceat Augustinum : id est, homi- nem pauperem, de pauperibus natuni (De di- vers. Sermon, l). » Il portait donc de ceux qui étaient communs à tous les clercs, comme il m irque au même endroit.
Sévère Sulpice nous apprend aussi que cet habit était commun à tous les ecclésiastiques, lorsqu'il se plaint avec tant de justice de ceux qui vivent et qui s'habillent plus mollement après qu'ils ont été mis au rang des clercs, « Si quis clericus fuerit effectus, dilatât conti- nuel fimbrias suis, vestem respuit grossiorem, indumentum molle desiderat. Atque lueccharis viduis, et familiaribus tributa mandat virgini- bus, illa ut byrrhum rigentem, haec ut fluen- tem texat laeernam (Dialog. i, c. 14). »
Cet auteur ne dit pas, que ces ecclésiastiques déréglés refusassent de porter l'habit propre des clercs; mais il les blâme de ne vouloir plus user des habits grossiers qu'ils portaient aupa- ravant, comme si l'état ecclésiastique leur avait inspiré la délicatesse.
X. Si ces Pères nous apprennent donc que le Byrrhus était un habillement commun à tous les ecclésiastiques, et si le canon du con- cile de Gangres nous montre clairement que c'était l'habit commun des laïques; il est aisé d'en conclure qu'il n'y avait aucune distinction d'habits entre les laïques et les ecclésiastiques.
Je n'ajouterai plus pour l'éclaircissement de ce canon, qu'un passage de Cassien, qui nous fait voir la différence qu'il y avait entre les habits des mornes qu'on appelait Pallia, ou
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DU SECOND ORDRE DES CLERCS. — CHAPITRE QUARANTE-CINQUIÈME.
4/'//V»'/es;etceuxdes séculiers qu'on nommait Planeticas, ou Byrrhos. a Post ha?c angusto palliolo, tam amictus humilitatem, quam vili- tatem pretii, compendiumque spectantes, colla pariter, atque humeros tegunt : quae mafortes tam nostro, quam ipsorum nuncupantur elo- quio. Et ita planeticarum atque byrrhorum
pretia simul ambitionemque déclinant (L. i, de habitu Monaehi, c. 7). »
Voilà les noms et les différences des babits des moines et des séculiers; les uns sont étroits et grossiers, les autres sont plus amples et de prix (1).
(1) A tous ces habits primitifs des clercs et des moines, nous pou- vons ajouter ceux que nous avons recueillis nous-mème soit dans les Vit,* Patrum publiées par Rosweide, soit dans d'autres. C'est d'abord le palliolum de saint Germain de Paris, la tunique de saint Athanase, le stîcharium d'un évéque grec, le pileus qui couvrait le sommet de la tète d'un moine, le camelauchium d'un autre pour se voiler la face, le iebiton de saint Pacôme, qui était, selon Rufin, vestit linen instar Colobii, Vependytes pelliceus de saint Hilariou, Yeraciestes d'un autre moine, qui était cousu à l'aiguille, Vamphi- balus albus que saint Rémi légua à son successeur, Vesophorium de Jean l'aumônier, vêtement de dessous, le caracalla de saint Alban. Quant au Lacernum birritm, voici ce que dit Rosweide dans son Onomastic.on : « Quod vero habent acta LACERNUM BIRRUM, vox B1RRUM ad colorem pertinet ; nam notât Festus in veibo
BIRRUM apud antiquos rufum colorem dictum esse birrum. Ac proinde lacernam rufi fuisse coloris. Sive dicere velimus LACERNUM BIRRUM, hoc est sericum, Bs^ous enim veteres dixere serica, ut Zonaras et Theodorus interprétantes duodecimum canonem Gan- grengis concilii tradunt. • D'après tous les glossaires, le cofobium était une espèce de coulle longue sans manche. Tout cela ne fait que fortifier l'observation de Thomassin, à savoir, que dans les cinq pre- miers siècles le clergé séculier, obligé de se mêlera la société, n'avait aucun vêtement particulier ni pour la forme, ni pour la couleur, mais portait la toge romaine, si digne et si convenable, et que ce fut surtout dans les Gaules que les évèques, voulant peut-être imiter saint Martin, leur grand modèle, prenaient généralement les vête- ments des moines. (Dr André.)
CHAPITRE QUARANTE-CINQUIEME.
DES HABITS CONSACRES AU SER.VICE DES AUTELS, DANS LES CINQ PREMIERS SIECLES.
I. Il y a toujours eu des habits propres au service des autels, quoiqu'ils se soient multipliés avec le temps.
II. De la lame, ou couronne pontificale de saint Jean.
III. De celle de saint Jacques.
IV. V. De la mitre de nos anciens évèques.
VI. On conjurait les évèques par cette couronne. De celle que Constantin donna à Sylvestre. De celle que le pape Célestin donna à saint Cyrille.
Vil Des accompagnements de cette couronne pontificale.
VIII. Du pallium ou manteau impérial que Constantin com- muniqua aux évèques.
IX. Si c'était le manteau des grands pontifes païens.
X. Du pallium des évèques grecs.
XI. De l'étole des diacres.
XII. Pourquoi on l'appelle Orarium.
XIII. Elle fut destinée d'abord, aussi bien que le manipule, à essuyer le front.
xiv. Décret du pape Etienne, pour la distinction des habits sacrés et civils.
XV. Preuves de saint Jérôme pour les mêmes distinctions.
XVI. Des chasubles, chappes, dalmatiques, communes à la vie civile et à l'autel.
XVII. Des aubes, aussi communes, mais appropriées à l'autel p:ir leur blancheur et leurs enrichissements.
XVIII. Pourquoi le pallium et l'étole ne sont plus que des bandes.
I. Il y aurait du danger qu'on n'inférât de ce qui a été dit que les babits du sacrifice et
des offices divins étaient aussi les mêmes que ceux du commerce civil , si nous ne prévenions une conséquence si fàcbeuse et si peu vraisem- blable.
Après avoir donc bien balancé toutes choses de part et d'autre, nous disons que l'Eglise a toujours eu des ornements et des habits propres uniquement destinés à l'usage des autels et aux divins offices, quoiqu'il y eût aussi plusieurs de ces habits qui avaient un extrême rapport avec les babits communs, et que toute cette multitude de vêtements sacrés ne se soit for- mée, et ne se soit augmentée que dans le cours de plusieurs années , et même de plusieurs siècles.
Jean, diacre, qui a écrit la vie de saint Gré- goire, pape, prétend que la tunique de saint Jean que l'on conservait si religieusement à Rome, était un ornement sacerdotal de saint Jean l'évangéliste, lorsqu'il célébrait les terri- bles mystères. « Evangelistam , qui per lot an nos post passionem Domini pontificium ge-
DES HABITS CONSACRES AE SERVICE DES Al'TELS.
il
rens, missarum solemnia frequentissimc cele- brabat, sine sacerdotalibus esse vestibus nëqua- quam potuisse E. m, c. 59). »
Ce point demanderait un garant qui fût encore d'un plus grand poids que Jean, diacre. On est persuadé que le Fils de Dieu institua son divin sacrifice avec les habits communs, et que ses apôtres furent en cela même ses imitateurs, au moins pendant que la table sacrée fut jointe à la table commune. Cela ne s'accorde pas avec la conjecture de Jean, diacre.
II. Eusèbe dit que saint Jean étant pontife, porta une lame sur le front. Cela est tiré d'une lettre de Polycrate, évêque d'Ephèse, qui débite les traditions de son Eglise, m -i-%>.'.-, t.v. -.::/.<■,,-. (L. m, c. 31; 1. v, c. 24). Saint Jérôme en dit autant, et il fait connaître que c'était comme prêtre de J.-C. et non pas comme pontife de la loi qu'il portait cette lame mystérieuse, autre- fois propre au grand pontife des Juifs, a Supra pectus Domini recubuit, et pontifex ejus fuit; auream laminam in fronte portans (De script. Eccles.). »
Il n'en faut pas davantage pour reconnaître que dès la naissance de l'Evangile, les apôtres et leurs successeurs les évoques, ont célébré les divins mystères avec des ornements uni- quement destinés à la célébration des fonctions pontificales, quoiqu'ils n'eussent pas d'abord ni tous, ni les mêmes ornements que l'usage de tant de siècles a depuis introduits.
III. Saint Epiphane parlant de Jacques, frère du Seigneur et premier évêque de Jéru- salem, assure sur la foi d'Eusèbe et de saint Clément d'Alexandrie, qu'il portait aussi une lame sacerdotale sur son front comme une marque de l'auguste sacerdoce de J.-C. dont il était revêtu.
«Sed et bracteam eidem in capite gestare li- cuisse, Eusebius, Clemens, et alii idonei scripto- res commentariis suis testatuin reliquerunt. Quocircasacerdos,uldiximus,JesusCbristus Do- minus noster in œternum fuit; secundum ordi- nem Melchisedeeh , idemque rex secundum superiorem ac cœlestem ordinem. ut una cum lege sacerdotium transferret, etc. In Davidis solio considet Christus, propterea quod Davidis regnum transtulit, idque ipsum una cum pon- tificatu servis suis induisit, hoc est Ecclesia? Catholicœ pontificibus Epiph., ha?res. xxi\ . »
Cette lame d'or était donc, selon saint Epi- pbane, sur le front de ces deux apôtres comme un ornement sacré , qui marquait tout en-
semble et le sacerdoce et la royauté spirituelle que J.-C. a exercés sur la terre, et dont il a laissé la succession tout entière et perpétuelle a ses apôtres et à son Eglise.
IV. 11 faut remarquer que Polycrate, évêque d'Epbèse, et Clément, prêtre d'Alexandrie, qui ont rendu ce témoignage à saint Jean et à saint Jacques, sont d'autant plus dignes de foi, ([n'ayant vécu vers la tin du second, et au commencement du troisième siècle de l'Eglise, ils n'étaient pas fort éloignés des temps où ces apôtres avaient fleuri, et avaient pu conver- ser avec leurs propres disciples.
Ces divins apôtres étant aussi remplis qu'ils lrt aient de l'idée de l'auguste majesté du sacer- doce de J.-C. dont ils étaient les dépositaires, et voyant que les pontifes de la loi mosaïque avaient des habillements tout particuliers pour exercer leur sacerdoce prophétique, par l'ordre exprès qu'ils en avaient reçu de Dieu, ils ne pouvaient manquer de revêtir aussi le sacer- doce de l'Eglise de quelques ornements parti- culiers qui en fissent révérer la sainteté. Car quoique le sacerdoce de l'Eglise se soit élevé au-dessus des ombres et des figures de la loi, il ne possède néanmoins et ne représente en- core la vérité que sous des signes sensibles.
V. C'est peut-être à l'imitation de cette lame ou de cette couronne des Apôtres que nos an- ciens évêques des premiers siècles avaient une mitre ou une couronne sur la tète, pendant la célébration des mystères.
Ammien Marcellin raconte que le tyran Mascizel ayant été surmonté dans l'Afrique par Tbéodose, et voulant gagner ses bonnes grâces, lui renvoya les étendards militaires et une couronne sacerdotale qu'il avait pris sur les nôtres. « Militaria signa, et coronam sacer- dotalem cum cœteris quœ interceperat, nihil cunctatus restituit, ut praeceptum est (Am- mian. Marcell., 1. xxix. Baron., an. Chr. 3i, n. 298). »
Il est fort probable que cette lame pontifi- cale, dont saint Jean ornait sa tète, était atta- chée à une couronne ou à une mitre. Enno- dius a fait un épigramme sur saint Ambroise, où il le représente avec sa mitre. « Sacra redi- mitus gestabat lucida fronte distincta gem- mis. » Eusèbe haranguant les évoques qui as- sistaient à la dédicace de l'Eglise de Tyr, leur donne à tous des couronnes et des habits sa- cerdotaux : « Amici Dei et sacerdotes, qui sa- cra timica talari induti, et cœlesti glorise co-
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DU SECOND ORDRE DES CLERCS. — CHAPITRE QUARANTE-CINQUIÈME.
rona decorati , et sacerdotali sancti Spiritus veste amicti cstis (L. x, c. &). »
Saint Grégoire de Nuzianze joint aussi la couronne sacerdotale avec les ornements pon- tilicaux, parlant de la cérémonie où on le fit évêque, « Idcirco me pontificem ungis, ac po- dere cingis, capitique cidarim imponis. »
VI. Ce ne serait pas sans beaucoup d'appa- rence qu'on dirait que cette couronne, par la- quelle on conjurait si ordinairement les évè- ques, comme il a été dit dans le chapitre où nous avons parlé de la tonsure et de la cou- ronne cléricale, était cette même couronne que nous venons de voir si bien établie. Les Grecs des temps moyens ont cru que le pape Célestin avait permis l'usage de la couronne ou de la mitre pontificale aux évèques d'A- lexandrie, lorsqu'il en accorda l'usage à saint Cyrille, afin de le faire présider en son nom au concile œcuménique d'Ephèse. Balsamon même a été dans ce sentiment.
Il est vrai qu'il a cru que c'était un bienfait, et un article de la donation de Constantin, qui accorda au pape Sylvestre les marques de la dignité impériale, et entr'autres la couronne. Il y a peu de vraisemblance en tout cela. Ce que nous avons dit de l'usage de la couronne sacerdotale, avant l'empire de Constantin, est mieux fondé que tout ce qu'on avance de la donation de Constantin. Mais de ces imagina- tions des Grecs et des préjugés dont étaient prévenus les fabricateurs de la donation de Constantin, il résulte que tout le monde était prévenu de cette pensée , que les évèques avaient eu dès les premiers siècles quelque usage d'une couronne royale, devenue en leur faveur sacerdotale.
Voici ce que Ralsamon dit de cette conces- sion faite par le pape Célestin à saint Cyrille, archevêque d'Alexandrie. «Hujus quoque lem- poris patriarcha Alexandrinus jus babet ex hoc edicto, ut eu m Phrygio celebret. Habuit autem banc facultatem sanctus Cyrillus Ale- xandrinus a Romano papa Ciclestino, quando coacta est synodus Ephesina adversus Nesto- rium. Cum non posset Cielestinus adesse Ephesi, et judicare Nestorium, visum est ut sancto Cyrille a Cœlestino permitteretur huic synodo praesidere. Ut itaque constaret eum babere jus et autorilatem papa; , sedit cum Pbrygio, et condemnavit Nestorium. »
V 11. Après avoir affermi par tant de preuves la couronne des pontifes de J.-C, il faut venir
aux autres ornements qui en sont comme les accompagnements naturels.
En effet, qui peut se persuader que les apôtres ou leurs successeurs qui ornèrent leur tête d'une couronne, pour honorer le sacrifice de l'Agneau dominateur de la terre, n'aient point pensé à la loi de la bienséance, qui vou- lait que le reste des vêtements répondit à ce précieux habillement de tète. Aussi Eusebe et Grégoire de Nazianze viennent de joindre la couronne avec l'habit magnifique du sacer- doce.
Le Fils de Dieu parait dans l'Apocalypse avec ce même habit, vestitum podere, lorsqu'il y parait avec pompe. Les habits longs étaient sans doute communs à tout l'empire romain; mais on y distinguait ceux de l'usage commun, et ceux qui n'étaient employés que dans les céré- monies. Les prêtres et les lévites du vieux tes- tament n'étaient pas distingués des autres israé- lites dans les habits du commerce civil; mais ils l'étaient entièrement dans les vêtements de cérémonie et de religion. L'Eglise a emprunté bien d'autres choses de la synagogue.
VIII. Entre les libéralités que Constantin fit à l'Eglise, on peut bien compter les manteaux ou les chappes de prix qu'il donna aux évèques pour officier avec plus de pompe aux jours solennels. Ce n'est que par occasion que Théo- doret a fait mention de l'étole sacrée que Cons- tantin avait autrefois donnée à Macaire, évêque de Jérusalem, afin qu'il la portât lorsqu'il don- nerait solennellement le baptême (Theodoret, 1. ii, c. 27). Cyrille, évêque de Jérusalem, la vendit depuis, un comédien l'acheta et s'en revêtit en jouant sur le théâtre; cette impiété lui coûta la vie, car il tomba en jouant son personnage, et mourut de sa chute. Cependant sur ce récit, l'empereur Constance s'aigrit étrangement contre saint Cyrille. «Sacram sto- lam, Upàv, aureis filis contextam , quam impe- rator Constantinus Macario dederat, etc. »
On peut douter si cette ehappe était de celles que les évèques portaient, étant seulement plus riche, à cause que l'empereur en faisait un présent à l'Eglise; ou bien si c'était vrai- ment un manteau impérial, dont ce pieux prince voulut honorer la royauté spirituelle des pontifes chrétiens, et honorer en même temps l'empire, en faisant rejaillir sur la per- sonne sacrée des empereurs quelques rayons de la majesté du sacerdoce par cette commu- nication d'ornements pompeux.
DES HABITS CONSACRES AU SERVICE DES Al'TELS.
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IX. Si l'on prenait ce dernier parti, on pour- rait en conjecturer que ce furent là les com- mencements du pallium des archevêques , puisqu'on ne peut nier que ce ne fût toujours avec l'agrément des empereurs que les papes mêmes l'ont donné durant quelques siècles. Théodoret ne parle que de ce manteau impérial donné à Févèque de Jérusalem, parce qu'il ne s'est pas présenté d'occasion de parler d'autres semblables libéralités faites par cet empereur.
II ne faut pas non plus ni omettre, ni rejeter la conjecture de ceux qui croient que ce manteau impérial, communiqué aux pontifes chrétiens, était celui-là même que les empereurs romains avant leur conversion avaient emprunté des grands pontifes païens, dont ils prenaient eux- mêmes la qualité.
Saint Grégoire de Nysse, dans le discours qu'il a fait sur saint Théodore martyr, remarque que les empereurs avaient pris avec l'office l'habit des grands pontifes qui était une pour- pre plus sombre et moins éclatante. Tout le monde sait que les empereurs chrétiens, jus- qu'à Gratien , portèrent la même qualité de grands pontifes.
X. Mais il n'importe lequel de ces deux sen- timents on voudra suivre : 11 en résultera tou- jours que dans les cérémonies saintes on usait d'autres habits que des communs, soit qu'ils fussent imités des pontifes de la gentilité, ou empruntés des empereurs, ou enfin qu'ils fus- sent plus anciens que les empereurs chrétiens.
On lit dans la bibliothèque de Photius (Cap. cclvi), des actes, où il est dit que Métro- phane, évêque de Constantinople, désigna pour son successeur Alexandre, en présence de l'em- pereur Constantin, en remettant sur l'autel son pallium, ou sa chappe, ùpipôpuw, et comman- dant qu'on le remît entre les mains d'Alexandre (L. i, ep. 136).
Isidore de Damiette nous a fait une descrip- tion assez exacte de cet ornement pontifical, quand il dit que l'évèque célèbre en étant revêtu, qu'il est de laine, et non de lin, qu'il lui couvre les épaules, et qu'il représente la brebis égarée que le divin pasteur rapporte sur son dos.
XI. Quant aux autres habillements sacrés, ce même Père dit que le linge avec lequel le diacre servait au sacrifice, nous représente celui dont le Fils de Dieu se ceignit pour laver et pour essuyer les pieds de ses apôtres (Ibidem). Saint Grégoire de Nazianze avait déjà remarqué
que tout le clergé était re\ètu d'ornements blancs et éclatants pendant les divins offices. « Ministri in splendidis vestibus astabant, ful- goris an gel ici imagines. »
Saint Chrysostome approprie particulière- ment aux diacres ces étoles très-blanches et voltigeantes à la façon des ailes des anges. « Recordamini tremendorum mysteriorum et ministrorum divini sacrifie», tenuibus linteis super sinistros humeros impositis angelorum alas imitantium . et per Ecclesias discurren- tium (Hom. de filio prodigo). » C'est cette étole que le concile de Laodicée appelle àfàpm, et qu'il interdit aux sous-diacres et autres ministres inférieurs.
XII. L'explication de ce terme qui est latin d'origine , nous fera fort à propos passer à l'Eglise latine. Les Latins nommaient orarhem ce que nous appelons un mouchoir. Saint Am- broise faisant l'éloge funèbre de son frère Satyre, dit que pour éviter le naufrage il se jeta dans la mer après avoir enveloppé la divine Eucharistie dans un de ces linges, et s'en être enveloppé le col. « Etenim ligari fecit in orario, et orarium involvit in collo, atque ita se deje- cit in mare. »
Le même saint Ambroise dit qu'on jetait des mouchoirs : « quanta orariajactantur, » sur les corps des saints Gervais et Protais, nouvelle- ment découverts, pour les conserver ensuite comme autant de reliques miraculeuses (Epist. lxxxv). Vopiscus dit que l'empereur Aurélien fit une magnifique largesse au peuple romain de tuniques de lin et de mouchoirs. « Donasse etiam populo Romano tunicas albas manicatas ex diversis proviuciis, et lineas Afras, atque .Egyptias puras; ipsumque primum donasse oraria populo Romano , quibus uteretur ad favorem. »
XIII. 11 ne faut pas trouver étrange que les étoles blanchesvolantesetde lin, que saint Chrv- sostome vient de nous faire voir, et qui faisaient l'ornement propre des diacres dès le temps du concile de Nicée, n'eussent été originairement que des mouchoirs ou des linges pour essuyer la sueur et la pituite; puisque tous les auteurs anciens et modernes conviennent que ce que nous appelons le manipule, n'avait été dans les commencements qu'un mouchoir, ou un linge destiné au même usage.
L'étole des diacres et le manipule des sous- diacres, ont eu la même origine et le même sort. Ce n'ont été que des linges destinés
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DU SECOND ORDRE DES CLERCS. — CHAPITRE QUARANTE-CINQUIÈME.
d'abord à l'usage que nous avons dit, ou à quelque autre approchant. Par le respeet qu'on portait au sacrifice, on les a tellement enrichis avec le temps, qu'on en a fait des ornements riches et honorables, et on a été obligé de subs- tituer en leur place d'autres mouchoirs.
C'est ainsi que le manipule, Mappula-, fut substitué pour servir de mouchoir après que l'orarium eût changé de nature, et le manipule ayant été aussi enrichi d'or et de broderie avec le temps, et étant devenu un ornement de parade, on a pris d'autres mouchoirs com- muns.
XIV. 11 ne faut pas inférer de là que les vête- ments sacrés ont été les mêmes que les civils; puisqu'H paraît au contraire que les ornements civils même n'ont pu approcher des autels, sans devenir sacrés, et incommunicables après cela aux usages profanes. C'est manifestement ce que dit le décret du pape Etienne qui mou- rut en 200. « Hic constituti sacerdoteset levitas vestibus sacratis in usu quotidiano non uti, et nisi in Ecclesia tantum (Raron., an. 2(30, n. 0). »
Valafride Strabon cite ce décret du pape Etienne, qui est tiré du livre pontifical, et il en conclut qu'avant ce pape on célébrait avec les habits communs. « Vestes sacerdotales per iri- crementa ad eum qui nunc habetur, aucta sunt ornatum. Nam primis temporibus communi indumento vestiti, missasagebant, sicut et hac- fenus quidam orientalium facére prohiben- tur. »
Je crains que cette conclusion ne soit un peu trop étendue; car quoique la suite des siècles ait et enrichi et multiplié les ornements sacrés, quoique les ornements sacrés aient beaucoup de rapport avec les anciens habillements des Romains, des Grecs et des Orientaux; ce que nous avons dit est néanmoins plus que suffi- sant pour montrer qu'avant le pape Etienne, et depuis la naissance même de l'Eglise, on affecta toujours quelque singularité dans les vête- ments qui servaient au sacrifice.
XV. Saint Jérôme expliquant un passage d'Ezécbiel, montre clairement la distinction des habits communs, d'avec ceux qui servent à la religion. « Per qua? discimus non quoti- dianis, et quibuslibet pro usu vitae communis pellutis vestibus nos ingredi debere in sancta Sanctorum, sed munda consçientia et mundis vestibus tenere Domini sacramenta, etc. Porro Religio divina allerum habitum habet in mi-
nisterio , alterum in usu vitaque communi (In. c. 44 Ezechiel.). »
Il est vrai que ce Père semble mettre la prin- cipale différence entre ces deux sortes d'habil- lements dans la propreté et la blancheur plus éclatante de ceux qui servent à l'Eglise, ce qui est un symbole de la pureté de la conscience de tous les ministres de l'autel. « Munda con- sçientia, mundis vestibus tenere Domini sacra- menta. »
Voici comme il parle encore ailleurs sur ce sujet. « Si episcopus, si presbyter, diaconus et reliquus ordo ecclesiasticus in adnhnistratione sacrificiorum candida veste processerit (Contra Pelagi., I. î). »
XVI. 11 était difficile de trouver d'autres différences dans les siècles, où le commun des hommes était vêtu de long, où le luxe et la commodité avaient inventé et mis en usage toutes les vérités imaginables dans les habits longs, où les tuniques de lin, aussi bien que celles de laine avaient été dans l'usage com- mun.
Il était alors certainement difficile d'affecter au ministère des autels quelque habillement que ce fût, qui n'eût déjà été profané par les séculiers. Aussi tous les habits du sacré minis- tère se trouvaient avoir le même nom et la même forme que ceux dont on se servait dans la vie civile. Et néanmoins on s'étudiait à y mettre quelque différence, ou par la blancheur extraor- dinaire, ou par la propreté et la somptuosité, comme on le peut voir dans ce que saint Jérô- me vient de nous dire des habits blancs de tout le clergé à l'autel , et dans ce riche manteau, dont Constantin fit présent à Macaire de Jéru- salem.
Cassien opposant la pauvreté des habits dont usaient les moines à la somptuosité de ceux des séculiers , parle de ces derniers en cette sorte : « Et ita planeticarum atque byrrorum pretia simul ambitionenvjue déclinant (L. i. De habitu Mona., c. 7.) Si cette sorte d'habille- ment, planetica, était commune aux laï- ques, celle de casula ne l'était pas moins. Voici comme Ferrand, diacre, parle de saint Fulgencc et de ses religieux dans la vie de ce saint: «Casu- lam pretiosam vel superbi coloris nec monachos suos habere permisit. Subtus casulam nigello, vel lactinio pallio circumdatus incessit. Quando temperies aeris invitabat, solo pallio intra mo- nasterium est coopertus Cap. 18).» Voilà pour les habits, dont il usait dans la
DES HABITS CONSACRES AU SERVICE DES AUTELS.
«
maison , voici pour ceux de l'autel. « In qua tunica dormiebat, in ipsa sacrificabat; et in tempore sacrificii mutanda esse potius corda, quam vestimenta dicebat. a
Cette singularité de saint Fulgence peut servir de preuve, que la coutume ordinaire était de prendre des habillements propres, et tout différents à l'autel. Et quant à cette tunique que saint Fulgence ne changeait point , cela n'est marqué par Ferrand que pour nous faire remarquer l'extrême pureté de saint Fulgence qui était exempte de toutes les impuretés invo- lontaires même de la nuit. Les autres qui n'a- vaient pas le même don du ciel , changeaient même de tunique avant de prendre les habits sacerdotaux pour la célébration des mystères.
Nous dirons dans la suite, que c'a été par une raison semblable qu'en quelques lieux on intro- duisit l'usage d'une première aube sans man- ches, pour ne pas mettre les habits sacerdotaux immédiatement sur les habits communs. Jean, diacre, qui a écrit la vie de saint Grégoire } pape, dit qu'on voyait à Rome la peinture de Gordien, père de ce grand pape, revêtu d'une dalmatique, et d'une chasuble par -dessus. « Cujus Cordiani habitus castanei coloris pla- neta est, sub planeta dalmatica L. iv. c. 83.) »
Le cardinal Baronius conjecture de là, que Gordien avait reçu les ordres sacrés avant la lin de sa vie. Mais c'est deviner ; et on sait assez d'ailleurs que tous ces habillements divers , « Casula, planeta, dalmatica, penula, » étaient dans l'usage commun des séculiers. Aussi ce savant cardinal laisse enfin la chose douteuse, si Gordien est vêtu dans cette peinture en séna- teur, ou en diacre. « Attentius tu considéra, quem reddat piclura , senalorem , vel diaco- num. »
XVII. II n'est pas moins certain, que les aubes venaient aussi de l'usage commun. Vo- piscus nous a appris ci-dessus, qu'Aurélien fit une libéralité au peuple de ces sortes d'habil- lements, « Tunicas albas, manicatas, ex diver- sis provinciis, et lineas Afras, atque .Egyptias puras. » C'était apparemment une de ces aubes d'Afrique dont saint Cyprien demeura vêtu lors de son martyre, puisque Pontius dit, o Stetisse in linea. » C'est peut-être une de ces tuniques que le prêtre Népotien laissa par tes- tament à saint Jérôme : « Tunica, qua utebar in ministerio Christi (Hieron. Epist. ad He- liod.). »
Il y avait de ces aubes qui étaient simples
et sans broderie, puras dit Vopiscus. 11 y en avait qui étaient relevées d'or, de soie, ou de quelque autre matière précieuse. Il ne faut pas douter que les plus précieuses ne fussent réservées à l'autel. Aussi Optât raconte que l'empereur avait envoyé des ornements aux églises. Et qui doute que ces ornements ne fus sent dignes de la magnificence impériale* « Misisse ornamenta domibus Dei. »
Le même Vopiscus (L. 2.) nous a appris la manière d'orner ces aubes de lin, en y appli- quant tout autour des bordures, des franges, ou des passements de pourpre, ou de quelque matière précieuse: et y en appliquant même jusqu'à deux, trois, quatre et cinq rangs, ce qui faisait aussi diversifier leurs noms. « Et quidem aliis monolores, aliis dilores, trilores aliis, et usqueadpentalores, qualeshodie lineae sunt (In Aureliano). » Le concile IV de Car- tilage (Can. xli) défendit aux diacres de por- ter l'aube hors le temps du sacrifice, ou de la lecture qui se fait dans l'église. « Ut diaco- nus tempore oblationis tantum, vel lectionis, alba utatur. »
On peut conjecturer de là, que les évoques, et les prêtres portaient leur aube même hors du temps du sacrifice; peut-être durantlechant des divins offices dans l'église , peut-être hors de l'église même dans le commerce civil, pour se distinguer du commun des hommes, et s'en- gager eux-mêmes à faire éclater la sainteté du sacerdoce dans toutes leurs conversations avec les autres hommes. Cela sera encore plus clair dans les siècles suivants. Il ne faut pas oublier la tunique blanche et éclatante que saint Chry- sostome donne aux diacres , « Tunicam indui Caildidissimam. i.vi/.-.-i xywnimm xai à-ccTixpov-* (Ho- mil. 83. in Math.) »
XVIII. Ces passements ou bandes de quelque matière plus précieuse , qui faisaient le prix et l'ornement des habits de cérémonie, en la ma- nière que Vopiscus vient d'en parler, peuvent servir à nous donner quelque éclaircissement sur l'étole des diacres, et sur le pallium des archevêques. Il y a cela de commun entre l'étole et le pallium , que l'un et l'autre sont naturellement un juste habit, qui puisse cou- vrir tout le corps; (Car le mot de stola se prend dans l'écriture, dans Joseph, et dans les auteurs profanes pour un habillement entier) et ne sont plus aujourd'hui que de simples bandes fort étroites. Comme l'enrichissement et le prix de ces vêtements ne consistait que dans ces
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DU SECOND ORDRE DES CLERCS. — CHAPITRE QUARANTE-SIXIÈME.
bandes de pourpre ou de broderie , on les a détachées du reste qui n'était qu'un habit com- mun, pour les porter, ou pour les envoyer plus commodément.
L'auteur de la donation de Constantin l'avait fort bien compris , quand il faisait donner au pape Sylvestre par l'empereur Constantin cette sorte d'ornement impérial. « Nos sancto ipsius capiti radiantissimum lorum imposuimus. » Voilà la couronne ou le diadème. Voici le pallium , a Lorum et humerale , quod Impe-
ratoriœ Majestatis collumcingit. » Le manipule est devenu quelque chose d'approchant. On n'a laissé que la longue bande qu'on avait enri- chie, et on en a retranché, aussi bien que de l'étole, tout le reste du litige.
.l'avoue que je n'ai pu encore deviner com- ment nous avons appliqué le mot stola , au linge qu'on appelait avec raison, « Orarium et sudarium , » parce qu'il servait à essuyer la sueur du visage. « Ad detergendum oris su- dorem. »
CHAPITRE QUARANTE-SIXIEME.
DE L HABIT CLÉRICAL DANS LA VIE CIVILE, DANS L OCCIDENT ET DANS L ORIENT, AUX SIXIÈME, SEPTIÈME ET HUITIÈME SIÈCLES.
I. Dans la France, l'habit civil des ecclésiastiques était déjà distingué de celui des laïques dans les sixième et septième siècles.
II. III. Il était plus modeste et toujours long.
IV. Les évèques avaient toujours un habit de lin ; les prêtres en prenaient un de lin en prêchant ; les moines n'en avaient que de laine.
V. Les habits impériaux ont été communiqués aux rois et aux évèques.
VI. VII. En Italie, saint Grégoire distingue toujours les clercs des laïques par l'habit. Les nations barbares avaient mis en vogue les habits courts. L'Eglise romaine a conservé fidèlement l'habit et le langage romain.
VIII. Ces expressions si fréquentes de l'habit des ecclésiasti- ques et des séculiers, montre que cette distinction n'était pas ancienne, puisqu'elle était inconnue aux quatre ou cinq pre- miers siècles.
IX. X En Orient, on peut faire la même remarque, on n'y distinguait l'habit des clercs que par la modeslie.
I. L'habit clérical accompagne la tonsure , et on ne peut douter qu'il ne fût distingué de celui des personnes séculières dans les vie et VIIe siècles. On l'a déjà pu remarquer en quel- ques passages ci-devant rapportes.
Le concile d'Agde (Can. xx) après avoir réglé la tonsure, vient aux habits des clercs, et y prescrit la même modestie : « Vestimenta vel calceamenta etiam cis, nisi qua? religionem deceant, uli vel habere non liceat. »
Le concile I de Màcon (Can v) défend aux ecclésiastiques l'usage des habits séculiers, sur tout des militaires, et le port des armes, sous
peine de la prison , et d'un jeûne de trente jours au pain et à l'eau. « Ut nullus clericus sagum , aut vestimenta vel calceamenta ssecu- laria , nisi quœ religioni deceant, induere pra> sumat. Quod si post hanc definitionem cleri- cus aut cum indecenti veste, aut cum armis inventus fuerit, a seniore ita coerceatur, uttri- ginta dierum inclusione detentus,aquatantum et modico pane diebus singulis sustentetur. »
L'usage des habits courts s'introduisait et s'augmentait d'un jour à l'autre; ce canon semble les défendre aux clercs, en leur inter- disant le savon, Sagum, et les affermissant dans l'usage de la toge romaine.
II. Le concile de Narbonne en 589 (Can. i) défendit aussi aux ecclésiastiques les habits de pourpre, dont les personnes les plus qualifiées usaient aussi bien que les magistrats, et dont la modestie ne permettait pas aux ecclésiasti- qin s de se servir. « Ut nullus clericorum ve- stimenta purpurea induat, qua» ad jactanliam pertinent mundialem , non ad religiosam ilignitatem. Ut sicut est devotio in mente, ita et ostendaturin corpore. Quia purpura maxime laicorum potestate prœdictis debetur, non religiosis. »
Ces deux règles méritent bien d'être remar- quées.
DE L'HABIT CLÉRICAL DANS LA VIE CIVILE.
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1° Que la pourpre doit servir aux laïques mêmes, non pas pour orner leur personne, mais pour faire respecter leur dignité, et la portion de l'autorité royale, dont ils sont dépo- sitaires pour le bien publie.
2° Que la dignité des ecclésiastiques doit se distinguer et se faire honorer plutôt par la modestie que par la pompe des habits, parce que la vertu de leur âme , et l'amour cju'ils ont pour l'humilité et pour la pauvreté, doit rejaillir jusque sur leur corps. « Ut sicut est devotio in mente, ita et ostendatur incorpore.»
III. Le concile de Liptines tenu en 743 (C. 7) défendit encore les habits courts aux prêtres et aux diacres, sans y comprendre les moindres clercs, à cause des désordres effroyables du huitième siècle, auxquels on ne pouvait pas entièrement remédier. « Ut presbyteri , vel diaconi, non sagis laicorum more , sed casulis utantur, ritu servorum Dei. » C'est le même sens du canon III du concile de Soissons tenu en 744. « Nec laicorum habitum portent omnes clerici. »
Le concile tenu par l'apôtre d'Allemagne Boniface , joignit ces trois défenses , des habits courts, des habits militaires, et des habits pom- peux. « Interdiximus servis Dei, ne pompatico habitu, vel sagis, vel armis utantur (Bonifiât., epist. 105.) »
IV. Le pape Zacharie répondant aux consul- tations de Pépin , encore maire