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ANNALES

SCIENCES NATURELLES.

IMPRIMERIE DE C. THUAU, rue du Cloître-S.-Benoît, 4.

MM. AUDOUIN , 10. BRONGNIART Er DUMAS,

COMPRENANT

PHYSIOLOGIE ANIMALE ET VÉGÉTALE, L'ANATOMIE COMPARÉE DES DEUX REGNES ; LA ZOOLOGIE, LA BOTANIQUE, LA MINÉPALOGIE ET LA GÉOLOGIE.

TOME SEIZIÈME,

ACCOMPAGNÉ DE PLANCHES.

PARIS.

CROCHARD, LIBRAIRE - ÉDITEUR CLOITRE SAINT-BENOIT, Ne 16,

ET RUE DE SORBONNE, 2.

1829.

SSD Smet.

ANNALES

DES

SCIENCES NATURELLES.

LAVAL AN

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Expériences sur Les Canaux semi-circulaires de l'oreille, chez les Mammifères ;

Par M. Frourens.

Membre de l’Académie royale des Sciences.

(Mémoire lu à Y' Académie royale des Sciences, le 13 octobre 1828.) Sue

1. J'ai déjà fait connaître, dans un Mémoire que j'ai eu l'honneur de soumettre au jugement de l’Académie , les effets singuliers qui suivent la section des canaux semi- circulaires de l’oreïlle chez les oiseaux. Il importait de voir jusqu’à quel point ces effets se reproduisent ou se modifient dans les autres classes, et surtout chez les mammifères.

2. Mais , chez les mammifères , les canaux semi-cir- culaires sont tellement enveloppés par la substance dure et compacte du rocher que, pour parvenir jusqu’à eux, il faut absolument commencer par les débarrasser et les dégager de cette substance.

3. Or, c'est une première opération qui , sur Pani-

XVI. Janvier 1829. 1

Œ'R mal vivant, ne peut se faire sans une grande difficulté ; difliculté qui serait insurmontable peut-être s’il n’y avait quelques espèces le rocher se trouve beaucoup moins épais et moins dense qu'il ne l’est généralement; et si on ne pouvait en outre, mème chez ces espèces, remonter à un âge il n'ait pas encore acquis toute la dureté et toute la consistance qu’il doit avoir plus tard.

4. Sous ces deux rapports d’âge et d'espèce, de jeunes lapins m'ont paru les animaux les plus propres à mes nouvelles expériences : d’abord, chez les lapins comme chez tous les rongeurs, le rocher demeure à tout âge beaucoup moins épais et moins dense que dans la plu- part des autres familles des mammifères ; et, en se- cond lieu , les lapins, comme tons les rongeurs, com- mencent déjà à marcher, à courir, à sauter, à se tenir d’aplomb, à se mouvoir enfin avec une certaine énergie, à un âge encore fort jeune, et conséquemment avant que l’ossification du rocher soit complète. Il y a donc ainsi, chez ces animaux, un moment l’ossification du rocher n’est pas trop avancée, et les mouvemens sont pourtant assez énergiques ; et c’est ce moment qu'il faut choisir pour l'expérience.

5. Chez les animaux carnassiers , au contraire, chez le chat, chez le chien par exemple ; d’une part, la lo- comotion se développe trop tard , d’autre part l’ossifica- tion du rocher avance trop vite : d’où il suit que , quand le rocher serait assez tendre pour se prêter à l’expé- rience, les mouvemens de l’animal sont trop faibles , et que, quand les mouvemens seraïent assez forts , le ro- cher n’est plus assez tendre.

6. Chez les lapins, l’âge que j'ai trouvé le plus favo-

@7)

rable à l'expérience est celui d’un mois et demi à deux mois à peu près; c’est sur des lapins d’environ cet âge que les expériences qui suivent ont été faites.

$ II.

1. Sur un lapin âgé d’à peu près deux mois , je com- mençai par dégager et par mettre à nu le canal horizontal des deux côtés : après quoi je coupai le canal horizontal du côté gauche.

Sur-le-champ l'animal fut pris d’un mouvement ra- pide de la tête de gauche à droite et de droite à gauche ; ce mouvement , comme chez les pigeons précédemment opérés (1), céssait pendant le repos ; il recommençait dès que l’animal se mouvait ; il devenait toujours d'autant plus fort que l’animal cherchait à se mouvoir plus vite : il n'avait peut-être pas autant de rapidité que chez les pigeons , mais il eut plus de constance. On se souvient que, chez les pigeons , le mouvement de la tête qui suit la section du canal horizontal d’un seul côté ne dure qu’un instant : chez ce lapin, au contraire, plusieurs heures après l’opération ce mouvement persistait encore avec presque toute son énergie.

Je remarque en outre qu’au moment de la section du canal, l'animal donna des signes d’une vive douleur ; remarque qui s'applique à toutes les expériences qui suivent.

Le mouvement de la tête s’accompagnait toujours

(1) Voyez mes Expériences sur les canaux semi-circulaires de l'o- reille chez les oiseaux , ci-dessus , octobre 1828, tom. XV, p. 112.

(8)

d’une agitation très-vive des yeux et des paupières; mais dès que la tête était en repos , les yeux et les paupières y étaient aussi.

Dans l’état de repos, la tête était presque toujours portée du côté gauche, rarement dans sa position natu- relle, jamais à droite. Enfin l'animal tournait souvent sur lui-même, et toujours du côté gauche.

2. Je coupai le canal horizontal de l’autre côté : aussi- tôt le mouvement horizontal devint beaucoup plus vio- lent ; il l’était même par fois à tel point qu'il emportait de droite à gauche et de gauche à droite non seulement la tête, mais les jambes de devant et avec elles tout le train antérieur de l’animal.

Ce mouvement troublait et désordonnait tous les autres mouvemens, surtout tous les mouvemens rapides; aussi, quand l’animal voulait courir, il tombait et roulait à terre.

Dans l’état de repos , le mouvement de la tête cessait ; mais dès que l’animal , ou seulement la tête de l'animal se mouvait, il recommençait et toujours avec d'autant plus de force que le mouvement à propos duquel il re- commençait était plus rapide.

Constamment les oscillations horizontales de la tête, après avoir acquis tout d’un coup, à l’occasion d’une excitation quelconque, une certaine étendue et une cer- taine rapidité, diminuaient peu à peu ensuite de ra- pidité comme d’étendue, puis ne constituaient plus qu'un léger tremblement , et puis finissaient par dispa- railre.

Le globe des yeux et les paupières, comme dans le cas précédent du seul canal du côté gauche coupé,

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étaient dans une agitation perpétuelle tant que la tête se mouvait ; cette agitation élait d'autant plus vivé que la tête se mouvait plus vite; et, quand la tête cessait de se mouvoir, l'agitation des yeux et des paupières cessait aussi.

Mais, ce qui est bien remarquable, c’est que la tête qui , après la section du seul canal du côté gauche , était présque toujours tournée à gauche, avait, depuis la section du second canal , repris sa position naturelle sur la ligne médiane ; et que l'animal qui, dans le premier cas, tournait toujours du côté gauche, tournait mainte- nant tantôt d’un côté et tantôt de l’autre.

J'ai conservé ce lapin; il mangeait de lui-même , et, tout faible qu’il était encore à cause de son jeune âge, il a néanmoins survécu durant plus d’un mois. Le branlement de la tête et la rotation de lPanimal sur lui- même , tantôt d'un côté , tantôt de l’autre, out tou- jours subsisté; mais le branlement de la tète était de- venu moins impétueux , et, par suite, tous les autres mouvemens de l'animal moins troublés et moins désor- donnés.

3. Sur un lapin du même âge que le précédent, et après avoir débarrassé de même les canaux horizontaux de la substance du rocher qui les enveloppe , je coupai d’abord le canal horizontal du côté droit.

Le mouvement de la tête, et tous les effets de ce mou- vement sur les autres mouvemens du corps reparurent à l’instant, comme chez le précédent lapin, mais avec cette différence que cette fois-ci la tête était presque toujours tournée à droite, et que c'était toujours aussi

du côté droit que l'animal tournait.

(ro)

4. Je coupai le canal horizontal du côté gauche : aussi-- tôt la tête reprit sa position sur la ligne médiane, et l'animal tourna tantôt d’un côté , tantôt de l’autre.

5. Les deux canaux verticaux postérieurs ayant été mis à nu sur un troisième lapin, je coupai le canal du côté gauche.

Ces canaux répondent aux canaux inférieurs ou ex- ternes des oiseaux; mais ils ne croisent plus, chez les: mammifères , les canaux horizontaux. }

À peine Ja section fut-elle opérée qu’il survint un mouvement rapide de la tête de bas en haut et de haut en bas. Ce mouvement cesse dans le repos ; il se renou- velle par le moindre mouvement, et il s'accroît tou- jours d’autant plus que les autres mouvemens sont plus. rapides.

Dans leur plus grande violence , les oscillations de la ièle sont très-étendues ; ces oscillations s’affaiblissent en- suite peu à peu: un moment avant de cesser, il n’y a plus qu’un léger tremblement qui représente tout-à-fait le tremblement de la tête qui s’observe chez certains, vieillards.

Quelquefois la tête, dans son mouvement de bas en haut et de haut en bas, fait comme un demi-tour à droite ou à gauche : très-souvent aussi le mouvement de bas en haut emporte en arrière tout le corps de l'animal , et le fait tomber presqu’à la renverse.

Ce commencement de culbute en arrière, joint au: mouvement de la tête et qui n’en est qu'un degré plus fort, trouble la station, la marche et surtout la course.

Les yeux et les paupières sont dans une agitation qui

dure tant que le mouvement de la tête dure; et qui,

(11)

comme dans les cas précédens , cesse dès que ce mouve- ment cesse.

De plus, ce mouvement de la tête, mouvement qui s'évanouit presque aussitôt chez les pigeons , dans le cas d’un seul canal coupé, persistait encore , chez ce lapin, plusieurs heures après l'opération.

6. Je coupai le canal vertical postérieur du côté droit : aussitôt le mouvement vertical de la tête devint plus vio- lent ; les mouvemens de culbute en arrière plus fréquens et plus forts, et par suite tous les autres mouvemens de l'animal, la marche, la course, le saut, plus troublés et plus désordonnés.

Enfin, et comme à l'ordinaire, le mouvement de la tête cesse dans le repos , et renait par le mouvement : il en est de mème de la rotation du globe des yeux ; elle renaît avec le mouvement de la tête et disparaît avec lui.

Ce lapin, quoique très-jeune encore et conséquem- ment très-faible , surtout pour une pareiïlle expérience, a pourtant survécu durant sept à huit jours. Il mangeait de lui-même ; et, tant qu’il a vécu , le mouvement de la tètea subsisté.

7. Il restait à tenter enfin la section du troisième et dernier canal, ou du canal vertical antérieur ( c’est le supérieur ou interne des oiseaux ). Maïs chez les lapins, animaux qui jusqu'ici s'étaient si bien prêtés à mes ex- périences, le cervelet offre , sur le côté de chaque hé- misphère, un petit lobe qui passe sous ce canal. Le point par lequel ce petit lobe adhère à l'hémisphère se rétrécit en un pédicule pour se laisser ceindre par le canal , lequel embrasse ce pédicule comme dans un an- neau : sorti de cet anneau , le lobule du cervelet s’épa-

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nouit et se développe , en sorte que le canal se trouve ainsi comme caché dans un profond sillon , entre l’hé- misphère d'une part, et l'épanouissement du lobule , de l’autre. Il m'a été tout-à-fait impossible, quelques pré- cautions que j'aie prises, de couper ce canal sans blesser plus ou moins ce lobule (1), et sans compliquer plus ou moins , dès-lors , les effets propres’ de l’une de ces par- ties des effets de l’autre (2).

8. Heureusement qu’au fond ce qui importait, c'était de voir si le phénomène singulier qui suit la section des capaux semi-circulaires chez les oiseaux, se reprodui- sait chez les mammifères; c’est-à-dire si, d’abord , la section d’un canal qnelconque était suivie d’un mouve- ment quelconque; et si, ensuite, la direction du canal coupé déterminait toujours la direction du mouvement produit.

9. Or, quant au premier point, il eût sufli, à la rigueur, de pouvoir atteindre un seul des trois canaux ; et, quant au second , il suflisait de pouvoir atteindre et le canal horizontal , et un canal vertical quel qu’il fût, puisque c'était de l’opposition principale entre la direction de ces deux canaux que devait naître le principal contraste des phénomènes.

10. J'ai voulu voir pourtant si, sur des lapins d’un âge moins avancé que ceux sur lesquels j'avais opéré

(1) Ou le point de l'hémisphère auquel ce lobule adhère.

(2) Le lobule latéral du cervelet se retrouve chez tous les rongeurs, le rat ; La souris , le lérot , etc. ; il est à peine marqué chez les carnas- siers , le chat, le chien , etc. Il se retrouve aussi chez les oïseaux ; il est même assez développé chez l'oie, chez le canard ,\par exemple ; il l'est moins chez le dindon , la poule , la caille , etc. ; et moins encore chez le pigeon , les passereaux , les oiseaux de nuit, etc.

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jusqu'ici, je ne pourrais pas réussir à atteindre enfin , isolément, le canal vertical antérieur. En effet, à me- sure qu’on remonte d’âge en âge, le cervelet et le lobule du cervelet, moins développés, dépassent de moins en moins le canal, et s’opposent ainsi, de moins en moins, à ce qu’on l’atteigne.

11. Après plusieurs essais, je suis parvenu, sur des lapins de douze à quinze jours à peu près, à couper quelquefois le canal vertical antérieur sans blesser le cervelet ; mais, à cet âge même , je n'ai pu, la plupart du temps, le couper sans blesser plus ou moins cet organe.

12. Dans les cas de cette complication de lésions, les effets du cervelet masquant plus ou moins les effets pro- pres du canal, je n'ai pu obtenir qu'un résultat confus.

Dans les cas, au contraire, la section du canal à été simple et dégagée de toute complication de lésion du cervelet, j'ai constamment vu se reproduire et le mou- -vement de la tête de haut en bas et de bas en haut, et la propension de culbute en avant qui accompagnent la section de ce canal chez les oiseaux.

13. En outre, chez les lapins , au mouvement vertical de la tête, qui est le seul qui s’observe alors chez les oiseaux, se Joignait par fois un mouvement horizontal de cette partie, et quelquefois aussi l'animal tournait sur lui-même.

$ III.

1. J'ai répété les expériences qui précèdent , soit sur le canal horizontal, soit sur le canal vertical postérienr,

(14) soit sur le canal vertical antérieur, sur plusieurs lapins : le résultat a toujours été le mème. Ainsi donc :

Chez les lapins , comme chez les pigeons, la sec- tion des canaux horizontaux est suivie d’un mouvement horizontal ; et la section des canaux verticaux, d’un mou- vement vertical de la tête.

De plus, la section du canal horizontal est suivie d’un tournoiement de l’animal sur lui-même; celle du canal vertical postérieur , d’un mouvement de culbute en ar- rière ; et celle du canal vertical antérieur, d’un mouve- ment de culbute en avant.

Tous ces mouvemens, soit de branlement de la tête, soit de tournoiement , soit de culbute, ont moins de violence chez les lapins que chez les pigeons.

Ainsi le branlement de la tête est moins impétueux : l'animal tourne sur lui-même avec moins de rapidité : il éprouve un commencement de culbute, maïs la cul- bute n’est pas complète, et à plus forte raison n'y a-t-il pas plusieurs culbutes à la suite les unes des autres, comme chez les pigeons.

Chez les lapins comme chez les pigeons, le mou- vement de la tête cesse dans le repos; il renaît par le mouvement, et il s'accroît toujours d'autant plus que les autres mouvemens sont plus rapides.

Les mouvemens qu’entraîne la section des canaux semi-circulaires sont toujours les mêmes pour les mêmes canaux , toujours diflérens pour les différens canaux, chez les lapins, comme chez les pigeons; et c’est une chose digne de remarque sans doute qu’il y ait précisé- ment autant de directions différentes de ces mouvemens qu'il y a de directions principales ou cardinales de tout

(15) mouvement : d'avant en arrière et d’arrière en avant ; de haut en bas et de bas en haut; de droite à gauche et de gauche à droite.

Le mouvement de la tête (et tous les effets de ce mouvement) qui suit la section d’un seul canal vertical ou horizontal , a plus äe constance chez les lapins que chez les pigeons.

Enfin, le mouvement de la tête, suite de la sec- tion des deux canaux, verticaux ou horizontaux, persiste toujours chez les lapins comme chez les pigeons ; et chez les uns comme chez les autres, bien qu’il persiste, il n'empêche pas l’animal de vivre et de conserver tous ses sens et toute son intelligence.

2. Les mouvemens singuliers que détermine la section des canaux semi-circulaires se reproduisent donc chez les mammifères comme chez les oiseaux. Ces mouvemens constituent donc un phénomène qui jusqu'ici se montre aussi général qu'il est étonnant. |

3. Il ne reste plus qu’à le suivre sur les canaux semi- circulaires des reptiles et des poissons, des poissons cartilagineux surtout , ces canaux sont si développés, et d’ailleurs la mollesse du cartilage doit opposer moins de difficultés à l’expérience.

4. Les recherches auxquelles je me propose de me livrer sur ces deux classes feront l’objet d’un nouveau Mémoire.

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Reoueroues sur quelques Changemens observés dans les animaux domestiques transportés de l'ancien dans le nouveau continent ; '

Par M. Rouzin,

Docteur en médecine.

(Lues à l’Académie royale des Sciences, le 29 septembre 1828. )

Pendant un séjour de six années en Colombie , j'ai recueilli sur quelques points de l'histoire naturelle, mais plus particulièrement sur les mammifères et sur les oiseaux, un certain nombre d’observations que je me propose de soumettre successivement au jugement de l’Académie.

Des grands mammifères que l'on trouve maintenant en ce pays, les plus nombreux sont ceux qui ont été transportés de l’ancien continent . comme ce sont en mème temps les plus utiles, on s’est beaucoup occupé de leur existence dans ces contrées sous le point de vue économique , mais, sous le point de vue scientifique , on semble les avoir complètement oubliés; peut-être sup- pose-t-on les avoir étudiés assez en Europe pour n'avoir plus besoin de s’en occuper en Amérique.

Cependant l'introduction , dans ‘un nouveau monde, d'animaux qui se substituent en quelque sorte aux es- pèces indigènes, forme une époque dont l’histoire mérite certainement d’être étudiée. Leur établissement n’a-t-il été accompagné d'aucune circonstance , d'aucun phéno- mène remarquable? Une fois naturalisés dans le pays,

sont-ils restés ce qu'ils étaient en Europe; et, s’ils ont

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(En }

subi quelque changement durable , cette transformation ne peut-elle pas jeter quelque jour sur celle qu'ils ont éprouvée jadis en passant de l’état sauvage à l’état do- mestique? Voilà plusieurs points qui méritent d’être éclaircis, mais qui ne peuvent l'être d’une manière complète qu’en réunissant des observations faites en différens points de ce vaste pays. Je présente aujourd’hui celles que j'ai été à portée de réunir dans la Nouvelle, Grenade et dans une partie de Vénézuéla, du au 10° degré de lat. N., et du 70° au 80° degré de longitude occidentale.

Quoique cet espace soit assez limité . il offre un champ favorable pour l'observation , étant traversé dans toute son étendue par la grande Cordilière des Andes , divisée en cette partie en trois chaînes principales, de sorte qu'on peut étudier à quelques lieues de distance les mêmes animaux vivans, les uns dans une température moyenne de 10° cent., et les autres dans une de 25 äL 30.

Les mammifères qui ont été transportés de l’ancien continent dans le nouveau, sont :le Porc, le Cheval, l’Ane , la Brebis , la Chèvre, la Vache, le Chien et le Chat.

Les premiers porcs furent amenés en Amérique par Colomb , et établis dans l’île de Saint-Domingue dans l’année même qui suivit la découverte, en novembre 1493. Dans les années suivantes , ils furent portés suc- cessivement dans tous les lieux les Espagnols songè- rent à se fixer ; et, dans l’espace d’un demi-siècle, on les trouva établis du 25° degré de lat. N. au 40° de lat, S. Nulle part üls ne semblèrent souffrir du changement de

XVI. : 2

(18) climat, ét, dès le commencement , ils se reproduisirent avec la même facilité qu'en Europe.

La plupart des pores qui se consomment dans la Nou- velle-Grenade viennent des vallées chaudes , on les élève en grande quantité, parce que leur nourriture y coûte peu ; dans certaines saisons même , elle’se com- pose presque entièrement de fruils sauvages , et surtout de ceux de diflérentes espèces de palmiers.

Errant tout le jour dans les bois, cet animal a perdu presque toutes les marques de la servitude ; ses oreilles se sont redressées , sa tête s’est élargie , relevée à la partie supérieure ; sa couleur est redevenue constante , il est entièrement noir. Le jeune, sur la même robe, porte en lignes fauves la livrée comme le marcassin. Tels sont les porcs qu’on amène à Bogota des vallées de Tocayma, Cunday, Melgar, etc. ; leur poil est rare, à cela près ils présentent tout-à-fait l'aspect d’un sanglier de même âge (un an à 18 mois ).

Le sanglier même peut subir cette altération, et j'ai eu tout récemment l’occasion de l’observer en Franec, dans une ferme près de Fougères, l’on élevait 7 à 8 de ces animaux : un d'eux , âgé de deux ans environ, était nourri dans l’étable depuis le commencement du prin- temps , dans le but de l’engraisser pour le tuer. Quoi- qu'il ne füt pas prisonnier en ce lieu, la nourriture qu’il y trouvait constamment suflisait depuis deux mois pour l'y retenir ; son poil, par l'effet de la chaleur, était presque entièrement tombé, et il me présenta la plus parfaite ressemblance avec les cochons de Melgar, que je viens de décrire, sauf que deux rides longitudinales

sur les côtés du museau, en se prononcant plus forte-

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ment, donnaient à son aspect plus de férocité. Par op- position, le porc des Paramos, c’est-à-dire des montagnes qui sont à plus de 2500 m. d’élévation, prend beaucoup de l’aspect du sanglier de nos forèts, par l’épaisseur de son poil qui devient comme crépu, et présente mème ‘en dessous, chez quelques individus, une espèce de laine. Au reste, ie cochon que l'on trouve en ces lieux est petit et rabougri, par suite du défaut d’une nourri- ture suflisante, et par l’action continue d’un froid ex- cessif.

Dans quelques parties chaudes , le cochon n'est pas noir comme celui que je viens de décrire, mais roux comme le Pécari dans son jeune âge. À Melgar même, et dans les autres lieux que j'ai cités, le porc n’est pas toujours entièrement noir ; il s’en trouve qu’on nomme sanglés (cinchados), parce qu'ils ont, sous le ventre, une large bande blanche qui va communément se réunir sur le dos, tantôt en se rétrécissant , et tantôt en con- servant la même largeur.

Les jeunes individus , dans cette variété, portent la livrée comme chez ceux qui sont tout noirs.

Les seuls porcs qu’on voie, en Colombie , semblables à ceux de France, ont été importés depuis une vingtaine d'années seulement ; ils ne viennent pourtant pas d'Eu- rope, mais des États-Unis d'Amérique. Il est bon au reste d'observer que, dans les environs de New-York, cette race existait depuis long-temps, elle avait un climat très-semblabile au nôtre, et était comme chez nous l’objet de soins constans de la part de l'homme.

L'établissement du gros bétail en Amérique date,

comme celui des pores du second voyage de Colomb à

a

(20)

Saint-Domingue ; il s’y multiplia rapidement, et cette ile devint bientôt une sorte de pépinière d’où l’on trans- porta successivement ces animaux aux divers points de la côte ferme , et de dans l’intérieur. Malgré ces nom- breuses exportations , vingt-sept ans après la découverte de l'ile, les troupeaux de quatre mille têtes, à ce que nous apprend Oviédo, y étaient assez communs , et il y en avait même qui allaient jusqu’à huit mille. En 1587, l'exportation des cuirs de cette île seule fut, au rapport d’Acosta, de 35,444, et dans la mème année on en ex- porta 64,350 des ports de la Nouvelle-Espagne : c'était la 65° année après la prise de Mexico , événement avant lequel les Espagnols qui vinrent en ce pays n'avaient pu s'occuper d’autre chose aue de guerre.

Tant que le bétail fut en petit nombre, el groupé autour des habitations , il réussit également bien par- tout ; mais , aussitôt qu'il se fut multiplié, on s’aperçut qu'en certains lieux il ne pouvait se passer du secours de l’homme ; qué cela tenait à ce qu’une certaine quan- tité de sel dans ses alimens lui était absolument néces- saire, et que s’il ne la trouvait pas dans les plantes, les eaux , ou dans certaines terres d’un goût saumâtre com- munes en plusieurs points de l'Amérique, il fallait le lui fournir directement , faute de quoi il devenait chétif; beaucoup de femelles cessaient d’être fécondes, et le troupeau dépérissait rapidement.

Dans les lieux mêmes le bétail peut exister sans ce secours, on trouve pour les grands troupeaux de l'avantage à en distribuer à temps fixes aux animaux ; c’est un moyen de les attirer vers le lieu l’on a cou- tume de les visiter; leur avidité pour cette substance

(21) est telle que, lorsqu'on leur en a donné deux ou trois fois dans la même place, on les y voit accourir sitôt qu’ils entendent le cornet que sonnent les pâtres en faisant la battue.

Si l’on néglige de réunir de temps en temps le trou- peau, et que le pays d’ailleurs lui fournisse la quantité de sel nécessaire à son existence, il ne lui faut qu’un petit nombre d’années pour devenir entièrement sau- vage : cela est arrivé ainsi, à ma connaissance , en deux endroits, l’un en la province de San Martin, dans une propriété des Jésuites, à l’époque de l’expulsion de ces religieux; l’autre dans la province de Mariquita au Pa- ramo de Santa Isabel, lors de l’abandon de certaines miñes d’or de lavage : dans ce dernier lieu, les animaux ne sont pas restés dans les parages l’homme les avait placés; ils sont remontés dans la Cordilière chercher la région des graminées , et vivent dans une température presque constante de 9 à 10° cent. Les paysans des vil- lages de Mendez, Piédras, etc., situés dans la plaine, vont quelquefois les y chasser ; ils cherchent à s’en em- parer en tendant des nœuds coulans, et poussant les petits troupeaux vers les lieux les piéges sont pré- parés.

Quand ils sont une fois parvenus à se rendre maîtres d’un de ces animaux, il leur est souvent impossible de le faire sortir vivant de la montagne , non à cause de sa résistance qui, après un certain temps, finit par dimi- nuer, mais parce que souvent l'animal , après avoir re- connu J’inutilité de ses efforts, est saisi d’un tremble- ment général daus tout son corps, tombe bientôt sans qu’il soit possible de le faire relever, et meurt dans un

(22)

peut nombre d'heures. Le manque de sel, l'éloignement des lieux habités et l’âpreté des chemins , empêchent de tirer ,- de l’animal qu’on tue, d’autre parti que celui de la viande qu'on consomme sur les lieux. Ces inconvé - nieus contribuent à rendre la chasse assez rare, outre que jes chasseurs ont toujours la crainte d’être surpris par la neige qui tombe quelquefois en.ces lieux , et qui, quand elle dure plusieurs jours, fait périr ces mal- heureux. habitués à des climats constamment chauds.

Quand on est parvenu à tirer un de ces animaux de la montagne , il n’est pas très-diflicile de l’apprivoiser en le tenant près de la ferme , lui donnant fréynemment du sel, et l’habiiuant à voir constamment des hommes. Je n'ai jamais eu l’occasion d'en voir de vivans : jai goûté de la chair d’une vache qui avait été tuée la veille de mon arrivée ; elle ne me sembla différer en rien de la chair de vache domestique; la peau était remarquable- ment épaisse, du reste de grandeur ordinaire ; le poil était long , serré et mal couché.

Dans la province de San Martin, j'ai vu les taureaux marrons paitre dans les //anos au milieu du bétail do- mestique ; ces animaux passent la matinée dans les boïs qui couvrent le pied de la Cordilière , et ne sortent que vers deux heures de l'après-midi pour paitre dans la Savanne : aussitôt qu'ils aperçoivent un homme, ils s’'empressent de regagner la forêt en galopant.

Avant la guerre de la révolution , quand le bétail do- mestique était plus nombreux, on ne poursuivait pas celui-ci, qu'on a beaucoup plus de peine à joindre. Quand on est parvenu à en enlacer un, on le tue promp- tement, car il serait difficile , au milieu de ces plaines ,

|

À

(25 ) de l’empêcher de retourner à ses habitudes d’indé- pendance.

La peau du bétail sauvage ne m'a paru différer en rien de celle du bétail domestique , que l’on trouve dans les mêmes parages : les unes et les autres sont toujours beaucoup moins pesantes que celles du bétail élevé sur le plateau de Bogota, et celui-ci le cède sous ce rapport comme sous celui de l'épaisseur du poil aux individus sauvages du Paramo de Santa Isabel.

J'ai vu, dans les parties les plus chaudes de la province de Mariquita et de Neyba, certaines bètes à cornes dont le poil est extrèmement rare et fin; on leur donne par antiphrase le nom de pelones. Cette variété se reproduit par la génération , maïs on ne cherche pas à en favori- ser Ja multiplication ; car, comme «une partie du bétail -qu'ou élève en ces lieux est destinée à la consommation des villes de la Cordilière, ils doivent rester à s’en- graisser avant d'être tués, les pelones qui supportent mal le froïd ne sont pas propres à être exportées.

Il naït aussi souvent dans les mêmes lieux des indi- vidus appelés calungos, dont la peau est entièrement nue, comme celle des chiens turcs : ces animaux étant plus faibles, plus délicats, on a coutume de les détruire avant qu’ils soient propres à la reproduction.

Il n’en naît jamais dans les parties froides.

En Europe, le lait entre pour beaucoup dans le produit qu’on retire du gros bétail, on trait générale- ment la vache depuis le moment elle devient féconde jusqu'à celui elle cesse de l’être : cette pratique, constamment répétée sur tous les individus pendant une

longue série de générations, a fini par pwoduire dans

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l'espèce des altérations durables. Les mamelles ont ac- quis une ampleur plus qu’ordinaire , et le lait continue d'y aflluer alors même que le nourrisson est enlevé. En Colombie , un nouveau système rural, l'abondance du bétail par rapport au nombre des habitans , sa dispersion dans des pâturages d’une trop vaste étendue, et une foule de circonstances enfin qu’il n’est pas de mon sujet de rapporter, ont interrompu de semblables habitudes. Eh bien! il n’a fallu qu'un petit nombre de générations pour que l’organisation, libre de contraintes, remontàt vers son 1ype normal. Aujourd’hui donc si l’on destine une vache à donner du lait, le premier soin est de lui conserver son veau ; il faut que tout le jour il soit avec elle , et puisse la téter ; on les sépare seulement le soir pour profiter du lait qui s’amasse dans la nuit : le veau vient-1il à mourir, le lait tarit aussitôt.

L’âne, dans les provinces j'ai eu occasion de l'ob- server, ne paraît avoir subi presqu'aucune altération dans sa forme ni dans ses habitudes ; il est commun à Bogota , on l’emploie au transport des matériaux à bâtir : on l’y soigne mal , on le laisse exposé aux intem- péries de l’air, sans lui donner une nourriture suflisante, aussi est-il petit et chéuif ; il est couvert d’un poil très- long et mal peigné : les difivormités sont fréquentes , non seulement chez les adultes qu'on commence à charger de trop bonne heure, mais chez les jeunes même au moment de la naissance : peut-être cette circonstance tient-elle aux mauvais traitemens qu’essuient les mères pendant la gestation. |

Dans les parties basses et chaudes l’on a besoin d’ànes étalons pour obtenir des mulets, cet animal est

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moins négligé. En ces lieux du moins il a une nourri- ture suflisante ; aussi est-il plus grand et plus fort, son poil devient plus court et plus poli.

Quand un âne étalon et un cheval entier se trouvent avec quelques jumens dans un pâturage d’une étendue bornée , c’est entre eux une guerre perpétuelle. Malgré l’infériorité de forces , c’est l’âne qui revient le plus souvent à la charge ; il ne cherche guère à se défendre contre les morsures du cheval , autrement qu’en écartant la tête et le cou celui-ci s'attaque d'ordinaire ; il ne répond point à ses ruades par d’autres ruades , il ne s'applique qu’à une chose, c’est de le saisir aux parties de la génération , et assez souvent, après plusieurs jours de persévérance , il réussit à le prendre au dépourvu , et le châtre d’un seul coup de dents.

Dans aucune des provinces que j'ai visitées, l’ane n’était revenu à l’état sauvage.

Il n’en est pas de même du cheval : il en existe de marrons dans plusieurs parties de Colombie ; j'en ai vu de petits troupeaux dans les plaines de San Martin, entre les sources du Méta , le Rio Negro et l'Umadea. Leur nombre étant peu considérable, et l’espace dans lequel ils sont confinés étant beaucoup plus resserré et plus fréquenté par les hommes que les plaines du Para- guay , ils n’ont pas pris toutes les habitudes qui ont été si bien décrites par M. d’Azzara ; ainsi je ne les ai pas vus en grandes troupes formées de petits pelotons : j'ai vu ces pelotons composés d’un vieux mâle, de cinq à six jJumens et de quelques petits poulains , complètement isolés de tous les autres. Loin de s'approcher des cara- vanes pour Gébaucher les chevaux domestiques , ils

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fuient aussitôt qu'ils aperçoivent un homme , et ne s’ar- rêtent point tant qu'ils sont en vue. Les mouvemens de ces animaux sont beaux, surtout ceux du chef de la troupe, mais leurs formes, sans être pesantes, manquent généralement d'élégance.

Dans les hatos des Ilanos , les chevaux sont presqu’en- tièrement abandonnés à eux-mêmes; on les rassemble seulement de temps en temps pour les empêcher de de- venir entièrement sauvages , leur ôter les larves d’œstres, et marquer les poulains avec un fer aie Par suite de cette vie indépendante. un caractère appartenant à l’es- pèce non réduite, la constance de couleur commerce à se remontrer. Le bai châtain est non seulement la cou- leur dominante, mais presque l’unique couleur. Au reste , je soupçonne que quelque chose de semblable pourrait bien être arrivé en Espagne, pour ceux de ces animaux qu’on laisse errer dans les montagnes ( cavallos cerreros ); car, dans les proverbes , le cheval est souvent désigné sous le nom de el bayo, comme l’âne est appelé grison , r'UCIO.

Dans les petits hatos qu’on trouve sur les plateaux de la Cordilière , les eflets de Ja domesticité se font davan- tage sentir : les couleurs des chevaux y sont plus variées, il y a plus de différence dans leur taille, c’est-à-dire qu’on en trouve beaucoup de plus petits, et quelques- uns un peu plus grands; du reste, aucun ne dépasse la taille moyenne : leur poil, tant qu'ils vivent constam- ment dans les champs, est assez touflu et assez long ; mais il suffit de quelques mois d’écurie pour qu'ils re- prennent un poil brillant ét court : au reste, la race de

ces chevaux est en partie renouvelée par des étalons que

(am) | l'on tire des climats chauds. surtout de la vallée du Cauca. Il m'a semblé que, dans certaines possessions l’on avait négligé ce soin , les chevaux étaient deve- nus sensiblement plus petits, quoique d’ailleurs les pâturages fussent renommés pour leur bonté : leur poil s'était accru au point de les rendre difformes ; mais, sous le rapport des qualités utiles, ils avaient peu perdu ; ceux même d’un certain canton étaient cités pour leur vitesse.

Quand on amène un cheval des lianos de San Martin ou de Casanare , sur le plateau de Bogota, on est obligé de le tenir à l'écurie jusqu'à ce qu'il soit acclimaté : si on le lâche d’abord dans les champs, il maigrit, se couvre de gale, et souvent meurt en peu de mois.

Le pas que l’on préfère dans les chevaux de selle est l'amble et le pas relevé ; on les y dresse de bonne heure, et tant qu'on les monte on à le plus grand soin de ne jamais leur permettre de prendre un autre pas. Au bout d’un certain temps , les jambes de ces chevaux s'engor- gent communément; alors, s'ils sont d’ailleurs d’une belle forme, on les lâche dans les hatos comme éta- lons : il résulte de une race chez laquelle l’amble est pour les adultes l'allure naturelte. On donne à ces chevaux le nom d’aguilillas.

Les chiens, comme on le sait, ont été les auxiliaires des Espagnols dans leurs expéditions militaires au Nou- veau Monde, et cela depuis le commencement. Colomb est le premier qui les ait employé. A sa première affaire avec les Indiens, sa troupe se composait, comme nous l'apprennent ses propres Mémoires, de 200/fantassins ,

20 cavaliers et 20 limicers. Les chiens furent ensuite em-

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ployés dans la conquête des différentes parties de la terre ferme, surtout au Mexique et dans la Nouvelle-Grenade, et dans tous les points la résistance des Indiens fut prolongée ; leur race s’est conservée sans altération ap- parente sur le plateau de Santa or l’applique à la chasse du cerf ; elle y déploie une ardeur extrème , et y use du même mode d'attaque qui la rendait jadis si re- doutable aux indigènes; il consiste à saisir l’animal au bas-ventre , et à le renverser par une brusque secousse , en prolitant du moment son corps porte seulement sur les jambes de devant. Le poids de l’animal renversé est souvent sextuple de celui du chien.

Sans avoir reçu aucune éducation, le chien de race pure apporte à cette chasse certaines dispositions que n’ont point des chiens courans d’une espèce supérieure qu'on à amenés depuis peu d'Europe. Par exemple, il n'attaque jamais de front un cerf au milieu de sa course ; et même quand celui-ci, ne l’apercevant pas, vient à lui directement, il se met à l'écart et l’assaillit de flanc. Un autre chien n’use point de semblables précautions , et souvent est renversé mort sur la place, avec les ver- tèbres du cou luxées par la violence du choc.

Chez les pauvres habitans des bords de la Magdeleine, ce chien s’est abätardi en partie par le mélange, en partie par le défaut d’une nourriture suffisante : toutefois, chez cette race dégénérée , un nouvel instinct semble devenir héréditaire. La chasse à laquelle on l’applique depuis long- temps presque exclusivement, est celle du pécari à mà- choire blanche ; l'adresse du chien y consiste à modérer son ardeur, à ne s'attacher à aucun animal en particu-

lier, mais à tenir toute la troupe en échec : or, parmi

( 29 ) ces chiens , on en voit maintenant qui, la première fois qu'on les mène au bois, savent déjà comment attaquer. Un chien d’une autre espèce se lance tout d’abord , est environné ; et, quelle que soit sa force, il est dévoré dans un instant.

Le chat n’a subi, en Amérique, aucun changement appréciable , sauf celui de n’avoir dans l’année aucun temps plus particulièrement marqué pour les amours. Ce fait, qui se conçoit fort bien dans ün climat toujours égal, existe d’ailleurs pour tous les animaux dont j'ai déjà traité; mais il n’a plus lieu pour ceux dont il me reste à parler , la chèvre et la brebis; car, bien qu'il naisse toute l’année des chevreaux et des agneaux, il y a deux époques le nombre des naissances augmente considérablement; c’est vers Noël et la Pentecôte.

Le mouton qui a été amené d'Espagne n’est point de l'espèce mérinos, mais de celles qu’on dit de lana burda y basta. Il est très-commun sur la Cordilière, depuis 1000 jusqu'à 2,500 m. de hauteur; nulle part il ne semble chercher à échapper à la protection de l’homme; aussi n’observe-t-on daus ses mœurs aucun change-

ment, et, dans ses formes, tout au plus quelque di- minution dans la taille.

Entre les limites que j'ai indiquées, le mouton se propage facilement , et sans presque exiger aucun soin ; mais il n’en est pas de mème dans les pays chauds. Il paraît que , dans les plaines du Méta, il est très-diflicile d’en élever, puisque, bien que leur peau y soit très- recherchée pour faire une sorte de chabraque, et que son prix y soit égal à celui d’une peau de bœuf , on ne voit aucune brebis depuis le fleuve jusqu’au pied de la

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Cordilière. Dans la vallée qui sépare la chaîne orientale de la moyenne , on en voit il est vrai en quelques lieux , mais ils sont toujours en petit nombre; les femelles y sont peu fécondes , et les agneaux diflciles à élever.

Au reste , leur existence en ces lieux est digne de fixer l'attention, en ce qu’elle donne lieu à un phénomène extrèmement curieux.

La laine, chez ces agneaux, croît à peu près de la même manière que chez ceux des climats tempérés : lorsque , arrivée à une certaine épaisseur, on la coupe, elle commence bientôt à repousser, et tout se succède dans l’ordre accoutumé ; mais, si on laisse dépasser le temps favorable pour dépouiller l’animal de sa toison, sa laine s’épaissit et se feutre ; elle finit par se détacher par plaques qui laissent au-dessous d’elles non une laine naissante, non une peau nue et dans un état maladif , maïs un poil court, brillant et bien couché, trèssem- blable à celui qu’a la chèvre dans les mêmes climats.

Dans les places ce poil a paru, il ne renaît jamais de laine.

La chèvre, quoique sa figure soit tout-à-fait celle d’un animal de montagne, s’accommode beaucoup mieux des vallées basses et brülantes que des parties élevées de la Cordilière. À

Dans les climats qui lui conviennent, elle multiplie beaucoup , chaque portée étant habituellement de deux petits, souvent de trois, mais jamais de six, comme on s’est plu à le répéter : sa taille est petite ; mais sa forme, sous tous les autres rapports, a beaucoup gagné; son corps est plus svelte, sa tête est plus élégante , mieux

placée, etordinairement moins chargée de cornes; l’agilité

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de cet animal et son goût pour grimper et sauter, sont aussi singulièrement augmentés. Je me suis souvent diverti à voir, sur la place publique d’un village, des chèvres sauter à plus de quatre pieds de hauteur sur la cymaise des pilastres de l’église ; la saillie au point posaient leurs pieds n’était pas de trois pouces ; cepen- dant, dans cette position diflicile à conserver , elles restaient des heures entières sans autre but apparent que celui de se chauffer au soleil, qui éclairait pourtant le bas aussi bien que le haut.

Les chèvres ont un poil court bien couché et brillant; et, quoiqu’on en voie de toutes les nuances , cependant la couleur la plus commune est le fauve avec une raie brune sur le dos, et des marques noires symétriques sur le masque.

Le signe le plus évident de domesticité dans notre chèvre d'Europe, l’ampleur des mamelles, est complè- tement disparu dans la chèvre américaine.

Je n’ai point compté entre les quadrupèdes apportés au nouveau monde le chameau, parce que l’espèce ne s’y est point conservée; on en a pourtant amené à diflé- rentes reprises des Canaries, mais toujours à l’époque de grands troubles politiques; peut-être, dans des temps plus tranquilles, aurait-on obtenu de les faire s’y pro- pager. On y est parvenu pour d’autres animaux qui, pendant long-temps, refusèrent de se reproduire en certains lieux , et aujourd'hui y sont aussi féconds que partout ailleurs ; c’est ce que je vais faire voir en parlant des oiseaux domestiques.

Ceux qui ont été apportés aux Indes occidentales sont

(3) la poule, l’oie, le canard, le paon, le pigeon et la pin- tade.

Ces deux dernières espèces n’ont subi aucun change- ment; les pigeons présentent toutes les variétés qu’on remarque en Europe dans les pigeons de colombier ; ceux de volière ne paraissent pas y avoir été apportés.

Le paon est aussi absolument le même qu’en France ; il est assez rare en Colombie, mais cela vient de ce qu’on attache peu d'importance à le propager; car la femelle pond à peu près le même nombre d'œufs que chez nous , et les petits s'élèvent sans beaucoup de peine. Il n’en était pas ainsi dans les premiers temps, et Go- mara nous apprend qu'alors, avec beaucoup plus de soin , on obtenait moins de succès.

L'oie , qui a été introduite depuis une vingtaine d’an- nées, a présenté sur le plateau de Bogota les mêmes diflicultés ; les pontes d'abord ont été rares, composées d’un petit nombre d'œufs, dont un quart à peine venait à éclore : des jeunes oïsons , plus de la moitié mourait dans le premier mois ; ceux qui échappèrent formèrent une seconde génération, plus acclimatée déjà que la première , et aujourd’hui l'espèce , sans être encore aussi féconde qu’elle l’est en Europe, tend évidemment à arri- ver au même point.

Pour les poules, la même chose arriva à Cuzco et dans toute sa vallée, au rapport de Garcilasso , et l’on fut plus de trente ans sans y pouvoir obtenir de poulets, quoiqu'à Y-Ucai et Muyna, à quatre lieues seulement de la ville, on en eût en abondance.

Aujourd'hui la race primitivement introduite, est partout féconde ; mais la race anglaise qu’on a amenée

(33) depuis un petit nombre d'années, pour obtenir des coqs de combat, n’est pas encore arrivée à ce point de fécon- dité, et, dans les premières années même, on s’estimait heureux d’avoir deux ou trois poulets pour toute une couvyée.

Quand on observe dans les climats chauds des poulets de l’une et de l’autre race, on remarque entr’eux des différences curieuses : le poulet créole, dont les pères ont vécu des siècles dans une température qui ne des- cend guère au-dessous de 20° cent., naît avec un peu de duvet, qu’il perd même bientôt, et reste complète- ment nu, à l'exception des plumes de l’aile qui croissent comme à l'ordinaire. Le poulet de race anglaise, au contraire , naît couvert d’un duvet bien serré, et qui ne disparaît qu'à mesure qu'il est remplacé par les plumes; il est encore vêtu comme pour vivre dans le pays d’où ses pères ont été apportés depuis peu d'années. i: Les faits que je viens de rapporter ont été observés sans avoir eu d'avance l’idée de les rattacher à aucun système ; mais, en les envisageant, on est conduit na- turellement, ce me semble, aux conséquences suivantes :

Que , lorsqu'on transporte dans un climat nouveau certains animaux, ce ne sont pas les individus seule- ment, ce sont les races qui ont besoin de s’accli- mater ;

Que, lorsque cette acclimatation a lieu, il s’opère communément dans ces races certains changemens du- rables , qui mettent leur organisation en harmonie avec les climats elles sont destinées à vivre;

Que les habitudes d'indépendance font prompte-

XVI. 3

(34) ment remonter les espèces domestiques vers les espèces sauvages qui en sont la souche.

Rapporr fait à l’Académie des Sciences sur un Mémoire de M. Roulin, ayant pour titre : Sur quelques Changemers observés dans les Ani- maux domestiques transportés de l’ancien monde dans le nouveau continent ;

Par MM. Georrroy S.-Hirarne et Serres. (Académie royale des Sciences, séance du 8 décembre 1828. )

M. le docteur Roulin a lu à l'Académie, le 2G sep- tembre dernier, un Mémoire sur quelques changemens qu'il a observés dans les animaux domestiques , trans- portés de l’ancien monde dans le nouveau continent.

Vos commissaires, MM. Serres et Geoffroy Saint- Hilaire , se sont réunis pour examiner ce travail et pour rédiger ensemble le présent rapport.

Deux théories sur le développement des parties or- ganiques existent dans la science. L'une suppose la préexistence des germes et leur emboitement indéfini ; l'autre admet leur formation successive et leur évolu- tion dans le cours des développemens. La première de ces opinions perd tous les jours de ses partisans , la se- conde en compte de plus en plus , à mesure que l’orga- nisation mieux étudiée est aussi mieux connue.

Dans le système des préexistences , la question traitée par M. Roulin serait sans objet , et ne pourrait conduire

(55 ) à aucune légitime conséquence. En effet, du moment que l’on admet cette préexistence , les êtres sont et res- tent ce qu’ils ont toujours été. L'observation ne peut constater que leur passage du petit au grand. Toutes leurs métamorphoses se réduisent, en dernier résultat, à une espèce de déboîtement.

Cette manière hypothétique de considérer l’organisa- tion des animaux, en abrége beaucoup l’étude ; elle dis- pense de la recherche d’une multitude de rapports nés de la variation continuelle des êtres vivans, soit pen- dant, soit après leur développement ; elle dispense, au besoin , de toute philosophie. Car en bornant ses consi- dérations à l’infiniment petit et à l’infiniment grand, les travaux qu'elle peut produire , loin de faire connaitre la beauté, la puissance et l’harmonie de la nature, n’a- boutissent, tout au plus, qu’à nous étonner par le spec- tacle confus de son ensemble. Ce serait de l’histoire naturelle traitée à la manière de Pline.

Dans la supposition contraire, c’est-à-dire d’après le système de l’épigénèse , la science s’agrandit en raison de l'étendue des recherches ; les rapports se multiplient et naissent, pour ainsi dire, sous les pas de l'observa- teur. Celui-ci est-il obligé de se rendre compte de ce qu'il voit et de ce qu'il observe? la comparaison des êtres devient l'instrument nécessaire de ses déductions. Ce n’est qu'à ce prix et par ce moyen, qu’il peut essayer d’en donner une explication probable.

On ne saurait trop le répéter : dans l’état présent des sciences anatomiques et zoologiques, ce n’est qu’en comparant les formes coexistantes et successives des êtres organisés, que l’on pourra parvenir à déterminer

(36 ) leur période de formation er l'influence des causes qui tendent à les produire ou à les anéantir.

Depuis long-temps on a remarqué que toutes les par- ties de la matière exercent un effet continuel et réci- proque les unes contre les autres ; mais c'est surtout chez les êtres vivans que cet antagonisme se manifeste. Aux forces qui tendent à les développer, sont opposés, comme conditions de résistance, des eflets d’aflinité, et générale- ment l’action des agens physiques qui pèsent sur eux de toute leur force.

Cette résistance , tenue en dehors de la science jus- qu’à ces derniers temps, n'a été examinée ni dans ses actions , ni dans ses effeis. Son étude même ne pouvait être entreprise que dans l’idée que les êtres se forment et se développent conformément aux données de l’épi- génèse. Tout le monde connaît les belles recherches de M. Edwards à ce sujet. Celles de M, Isidore Geoffroy Saint-Hilaire sont moins connues , et comme elles oni un rapport direct à la question traitée par M. Roulin, nous devons en rappeler ici le résultat.

Dans ses Considérations générales sur les Mamimi- fères publiées en 1826, ce jeune zoologiste établit que les variétés nombreuses du bœuf, du cheval, du porc, de la chèvre , du chien , etc. , sont un produit de la do- meslicité , dans ce sens qu’elles se sont développées sous l’action lente, mais continue d’un système de résis- tances conditionnelles , dépendant de notre régime éco- nomique et modifiant, à quelques égards, les exi- gences simples et naturelles, qui, dans l’état sauvage, sont les nécessités du Nisus formativus : et par cette ex- pression, on comprend les efforts ou la tendance de l’or- ganisation pour se développer d'une seule et même ma-

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nière , pour donner les résultats que nons disons ceux de la règle , pour faire réapparaître des produits qui répè- tent exactement les formes des anciennes races. C’est l'inverse ou la contre-épreuve de cette révolution, que M. le &octeur Roulin se propose de faire connaître, son but étant de suivre les changemens que peuvent subir ces mêmes animaux en repassant de la domesticité à l’é- tat sauvage. L'idée seule de ce travail prouve que M. Roulin a bien saisi une des lacunes de la science, en ce qui concerne l’état primitif de nos espèces domesti- ques. On voit manifestement dans ce qu’elles sont au- jourd’hui, que parmi leurs caractères les uns sont ac- quis et les autres naturels. Distinguer les premiers des seconds et remonter ainsi aux caractères primitifs de ces espèces , tel est le but que s’est proposé l’auteur.

La question ainsi posée, il n’y avait point deux ma- nières de la traiter. On conçoit, en effet, que, si la longue servitude de nos animaux domestiques a déve- loppé en eux certains caractères, les caractères acquis devront disparaître, en rendant ces animaux à la vie sauvage. La première condition à remplir était donc de substituer à leur vie douce et casanière, la vie errante et dure des montagnes et des forêts.

Depuis long-temps cette expérience était toute pré- parée en Amérique; en s’emparant de ce vaste conti- nent , les Européens y transportèrent avec eux les ani- maux qui sont devenus les auxiliaires de notre état de civilisation. Ce sont le cheval , le bœuf, le mouton, le porc , la chèvre, l'âne , le chien, etc. Au bout d’un cer- tin temps, la fécondité de ces espèces donna des pro-

duits supérieurs aux besoins que l’on avait d'elles. Cette

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surabondance rompit leur servitude, et une partie des individus fut rendue à la vie sauvage. Ce sont ces indi- vidus, et ceux qui jouissent d’une demie liberté, que M. Roulin compare et oppose aux individus qui n’ont pas quitté la tutelle de l’homme.

Les résultats fournis par ce parallèle sont des plus précieux pour la zoologie. On y voit, en premier lieu, que les variétés nombreuses du pelage du cheval, de l'âne et du porc , sont ramenés par la vie sauvage à une uniformité presque constante. Pour le cheval , c’est la couleur baïe-chatain; pour l’âne, le gris foncé, et le noir pour le porc; d'où lon peut conclure que les nuances de coloration qui s’éloignent de ces couleurs natives , sont des produits manifestes de la domesticité.

En second lieu , l'allure de ces animaux acquiert quel- que chose d’analogue à leur indépendance. Les oreilles du porc se redressent, son crâne s’élargit; l’agilité du cheval se développe; le courage de l’âne reparait, sur- tout parmi les étalons ; enfin, la pétulance de la chèvre semble augmenter encore avec l’aisance et la prestesse de ses mouvemens.

Toutes ces observations sont bien présentées par M. le docteur Roulin ; elles sont accompagnées de remarques très-Judicieuses sur le mode de nutrition de tes animaux, sur le changement de leurs habitudes , et sur l’action ré- ciproque que d’autres conditions physiques peuvent exercer sur chaque espèce en particulier. Car c’est bien moins l’ancien animal sauvage qui est exactement repro- duit par le passage de la vie domestique à la reprise de la vie indépendante, qu’un être mixte qui est définiti- vement établi. Des traces plus ou moins profondes de la

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deuxième époque d'existence se perpétuent dans cette troisième , quand les influences nouvelles ne devraient ramener que la première.

Telles sont quelques-unes des curieuses remarques de l’auteur. Les toutes rapporter , ce serait entreprendre de reproduire tout son Mémoire. Nous en distinguerons deux seulement , à cause de leur intérêt pour la physio- logie.

La première concerne la transmission par voie de gé- nération de certaines habitudes acquises. Ainsi , les che- vaux sauvages provenant d'individus qui marchaient l’amble, ont transmis à leurs rejetons ce mode singu- lier de progression ; ainsi, les chiens provenant de ceux que l'on avait exercés à la chasse du pécari, ont acquis, comme caractère appartenant à la race, les moyens d’al- lure, d'attaque et de défense qu’exige cette chasse.

Notre seconde remarque est relative à la sécrétion du lait de la vache. On sait qu’en Europe cette sécrétion est rendue permanente par l'acte du trait. Chez les vaches acclimatées en Amérique, cette fonction n'est que pas- sagère ; sa durée est rigoureusement soumise à la durée des besoins du veau. Si celui-ci meurt, ou est soustrait à la mère , les mamelles se dessèchent Ce fait curieux, auquel du reste il est difficile d’assigner une cause pro- bable , prouverait au besoin que la lactation permanente de nos vaches est une fonction maintenue arüficieliement par la domesticité.

On voit par cette analyse succincte, que M. le docteur Roulin a tiré un heureux parti de son séjour en Améri- que. Son Mémoire est écrit avec clarté et précision, et il a su lui donner beaucoup d’intérèêt sans sortir des li-

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mites rigoureuses de l'observation. Les résultats qu'il renferme sont résumés dans les conclusions suivantes :

Que, lorsqu'on transporte des animaux dans un cli- mat nouveau, ce ne sont pas les individus seulement, mais les races qui ont besoin de s’acclimater ;

Que dans le cours de cette acclimatation, il s’opère communément dans ces races certains changemens du- rables , qui mettent leur organisation en harmonie avec les climats ils sont destinés à vivre ;

Enfin que les habitudes d'indépendance font prom- tement remonter les espèces domestiques vers les espèces sauvages qui en sont la souche.

Voilà, sans doute, des résultats utiles, précieux en eux- mèmes , mais dont l'intérêt peut croître encore en four- nissant quelques aperçus dans des questions plus com- pliquées. Car admettez l’action non interrompue du mème ÂVisus formativus, c’est-à-dire les mêmes efforts de formation pour produire le fond organique des ani- maux vertébrés, mais ces influences s’exerçant toute- fois au sein de résistances plus grandes, plus profon- dément modificatrices qu’elles ne le sont aujourd’hui sur les divers points de la terre, et l'esprit conçoit sans peine un autre ordre de choses , et des effets tels qu’il en sub- siste des traces dans les entrailles de la terre ; un autre système de zoologie suit de ces données. Or , que la terre avant qu’elle ait revêtu ses formes actuelles ait été placée sous le régime de milieux atmosphériques et thermo- métriques diflérens, et qu’elle ait alors nourri d’autres habitans que les espèces aujourd’hui vivantes, la géo- logie et la zoologie sont d'accord sur ces faits. Ainsi,

les résistances auront autrefois pesé davantage que de

(41) nos jours sur le même fond organique, plus qu’elles ne s’exercent aujourd'hui d’un lieu à l’autre dans les con- trées les plus différentes. Voilà ce que laissent entrevoir les recherches de M. Roulin , et comment elles portent à comprendre de quelle manière les animaux perdus peu- vent être par voie non interrompue de générations et de modifications successives , les ancêtres des animaux du

monde actuel (x).

(x) Ceci dit trop brièvement réclame quelques développemens ; on m’en a fait l'observation après la lecture du rapport.

En eflet , l'important ouvrage des Ossemens fossiles tient les esprits éveillés et curieux de tout ce qui a trait à la géologie antédiluvienne ; lon donne présentement une grande attention aux fouilles ; leurs produits en vestiges d'animaux sont d’autres médailles offertes à notre sagacité : ce devient pour nous une sorte de réapparitiou dés anciens habitans de la terre , et nous arrivons incontestablement à la connaissance de ce fait, qu’ils étaient diflérens de ceux de l’ordre actuel.

Cependant ces autres animaux qui ne sont plus, quoique certaine- ment dissemblables à quelques égards des animaux d’aujourd’hui , au- raient-ils précédé ceux-ci à titre d’ancêtres, par voie non interrompue de génération ? Cette idée naît dans tous les esprits; car autrement il fau- drait que l’œuvre des six jours eût été reprise, que de nouveaux êtres eussent été reproduits par une nouvelle création, proposition qui répu- gne tout autant à toutes nos données historiques qu’à la saine physique et à la raison.

Avec un peu plus de confiance dans l’industrieuse persévérance de Pin- telligence humaine, on n’eût pas abordé ces questions aussi mollement qu’on l’a fait. On a paru s’effrayer du trop d’événemens, de cataclismes, de siècles qui nous séparent d’une si haute antiquité, comme si ce passé ne devenait pas tous les jours de plus en plus accessible à notre obser- vation, comme si les nouvelles fouilles n’en ramenait point chaque jour quelque chose. D’ailleurs à ces ressources, l’homme supérieur ajoute celles qu’il puise dans sa valeur intellectuelle : ferme dans ses desseins , il connaît toute la puissance des analogies, et il s’en sert pour se donuer avec certitude quelques Lermes qui lui manquent encore et généralement

Pour tirer parti de certaines inductions que méconnait le vulgaire, parce

(4)

Mais , sans plus nous arrêter sur ces réflexions , dont M. le docteur Roulin a eu la sagesse de s’abstenir , nous revenons aux faits positifs et à l’intérèt de son Mémoire , pour recommander cet écrit à l’estime de l’Académie et

pour donner cette conclusion définitive, que l'important

qu’elles ne sont jamais et ne peuvent être attestées par le témoignagedes sens; car c’est effectivement le propre du génie d’apercevoir comme existant véritablement ce qu'il a jugé devoir être, d'acquérir des pré- visions pour avoir reconnu certains faits comme nécessaires.

Aïnsi on est bientôt fixé sur les données suivantes. Il y a parenté entre les espèces perdues et les animaux de l’ordre actuel : on n’en trouve point qui nerentrent dans les grandes de subdivisions , qui ne soient naturelle- ment classés dans l’un des embranchemens de l'arbre zoologique.Que leurs formes soient autres dans les deux époques, il n’est toutefois, pour les différencier , introduit qu’un principe d’altération; c’est un simple chan- gement dans la proportion de volume et dans le nombre de quelques par- ties. Contemplant ces eflets en ce qui touche les temps passés et les temps présens , qu'est-ce en définitive? de mêmes organes ont subi quelques modifications ; or tout cela arrive également à des époques plus rapprochées, les mêmes choses se passent sous nos yeux. Il n’y a de différence que dans la quantité des résultats. C’est plus faiblement de nos jours , parce que d’un bout de la terre à l’autre, que sur tous les points de sa circonférence, les milieux ambians ne sont aujourd’hui que fai- blement différens. Or, il est tout simple qu’ils n’occasionnent qu’une ré- sistance relative, tout effet restant proportionnel à lintensité de sa cause.

Ce qui démontre la parenté manifeste des anciens et des nouveaux ha- bitans de la terre, c’est que le principe qui préside à l’ordre successif des générations, au retour obligé des mêmes formes , et par conséquent à la réapparition des mêmes espèces, c'est-à-dire cette tendance à des développemens réguliers que je comprends et que j’exprime par le mot de Visus formativus ; c’est, dis-je, que ce principe a dominé les événe- muns tout au travers des siècles. Cette cause y a conservé toute son éner- gie, mais dans l'étendue de sa portée, toujours et seulement selon sa capacité d’action.

Et en effet cette cause, pour que les animaux fussent successivement

et dans les iigues de filiation une même répétition les uns des autres,

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travail de M. Roulin mérite d’être approuvé et inséré dans le Recueil des Savans étrangers.

Signé Serres , Geoffroy S.-Hilaire , rapporteur. L'Académie adopte les conclusions de ce Rapport.

n'avait de valeur effective, de capacité , qu’autant que les milieux des développemens organiques auraient à s’opérer restassent les mêmes : dans ce cas seulement , le pouvoir inhérent à l’organisation se maintient dominateur : alors point de faits d’habitudes qu’ils ne dérivent des faits de structure. Autrement , il tombe sous le sens que les organes ne sont point invariables, étant placés sous l’influence de milieux modifiés et par conséquent modifiant ; car c’est qu'ils s’alimentent : et d’ailleurs est-ce point déjà un fait avéré qu’ils sont variés d’un animal à Pautre.

Mais il est notoire que la terre a été exposée à beaucoup de boule- versemens; que son écorce à été à plusieurs reprises accidentée très- diversement ; que ses eaux occupaient plus d’espace en superficie , et étaient d’abord stagnantes et non sous un régime de circulation comme aujourd’hui , et qu’enfin son état hygrométrique, thermoméirique et atmosphérique s’est profondément ressenti de ces modifications. C’est dans ce théâtre si mobile avant qu’il eût acquis ses formes actuelles, c’est dans ce vaste laboratoire que les corps régis dans leur construction par le principe du ÂVisus formativus ont successivement puisé pour de- venir des êtres organisés des élémens d’assimilation à leur substance.Pour ces élémens, autrefois incorporés aux organes de l’animal, comme ceux-ci existaient alors, la lutte à exercer par le Visus formativus, par lesrésultats de la respiration et généralement par tous les actes, chaque élément trouve à introduire les conditions de son essence , furent successivement autres que présentement, autres que pour les élémens de notre monde actuel. Voilà dans quelles limites M. de Lamarck a pu écrire (Philoso- phie zoologique, tome 1, page 218) un chapitre, il traite de l'in- Îluence des circonstances sur Les actions et Les habitudes des animaux , et de celle des actions et des habitudes de ces corps vivans , COMME causes qui modifient leur organisation et leurs parties.

Si ce chapitre fut controversé etapparaît réfuté dans l'ouvrage que j'ai cité plus haut, c’est peut-être que les deux auteurs seraient arrivés sur celte même thèse en l’envisageant d’un point de vue différent. L’an aurait cédé à de plus hautes inspirations, quand l’autre se serait fixé

4 . . . . 4 à la considération de quelques cas particuliers. Zes espèces perdues ne

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Rarronr fait à l'Académie royale des Sciences sur un Mémoire de M. Turpin, ayant pour ob- jet la reproduction d'un végétal phanérogame au moyen des bourgeons développés à la sur-

Jace des feuilles ;

(Séance dn 15 décembre 1828.) Par M. H. Cassiwr.

L'Académie nous à chargés, M. Mirbel et moi, de lui rendre compte d’un Mémoire lu par M. Turpin dans la séance du 20 octobre dernier, et qui a pour titre : Sur La possibilité d'obtenir la reproduction d'un végé- tal phanérogame de l’un des grains vésiculaires de la globuline contenue dans les vésicules mères dont se

sont pas des variétés des espèces vivantes , tel est le titre du fragment opposé aux théories philosophiques de M. de Lamarck : c’est l’un des points les plus curieux sur lesquels porte le Discours préliminaire du cé- lèbre ouvrage dit Ossemens fossiles. sont discutées les questions vi- tales de la zoologie, et cependant il est douteux que les idées de M. de Lamarck en recoivent une réfutation à tous égards satisfaisante : ce n’est quelquefois que parce que l’on invoque certaines conventions de nos écoles, que parce que l’on s’en tient aux définitions qu’on y donne du caractère de l’espèce. Mais est-ce vraiment assez de ces efforts pour aut oriser la conclusion que tous Les animaux fossiles ne sont point la souche des animaux d’aujourd'hui ?

Ce qui reste du moins pour moi certain, c'est que quand l’un et l’autre auteurs arrivent sur l’examen des faits particuliers et veulent s’en auto- riser pour justifier par des exemples et conclure avec des preuves de détail, aucur n’y réussit complètement. Dans l’état présent des choses, ce n’est point par,une lutte de ces preuvestrès-secondaires, la plupart recueillies dans l'esprit de système et qui se contredisent , que l’on peut se croire en mesure de résoudre un si grand problème de philosophie. IL me paraît que la question reste presque entière : et c’est par consé- quent une raisou de s’y appliquer avec zèle et de recommander à l'estime publique des travaux qui, comme les recherches de M. Roulin , tendent

à élargir la carrière.

(4)

composent par simple agglomération les masses de tous Les tissus cellulaires végétaux.

Quoi qu’il en soit, voici le fait qui est le sujet du Mémoire de M. Turpin.

M. Poiteau , ayant mis sous presse entre des papiers gris quelques feuilles d'Ornithogalum thyrsoïdes, pour les dessécher, remarqua, au bout d’une vingtaine de jours , qu’il s'était formé , à la surface et sur les bords de ces feuilles, un grand nombre de petites productious , et il les remit à M. Turpin pour les examiner.

Celui-ci reconnut facilement que ces petits corpsétaient des bourgeons adventifs , analogues aux bulbilles.

Ils se trouvaient irrégulièrement épars ou rapprochés sur les deux faces et les deux bords de la feuille ; les plus jeunes étaient encore cachés sous l’épiderme qu'ils soulevaient en formant ainsi de petites protubérances à la surface ; d’autres plus avancés avaient déjà déchiré l'épiderme , pour se produire au dehors sous forme de corpuscules coniques ; d’autres enfin, ayant atteint la grandeur d’un grain d'orge , offraient une structure ana- logue à celle des embryons monocotylédones : ils étaient blancs et composés, d’une très-petite tige adhé- rente au tissu cellulaire de la feuille qui portait tous ces bourgeons ; d’une feuille latérale , engaiînante , close d’abord , puis obliquement déchirée au sommet : d’une autre feuille en gaîne , sortie de la précédente, et contenant elle-même un petit bourgeon terminal.

Plusieurs de ces bulbilles , détachés de la feuille- mère , ayant été confiés au jardinier en chef du Jardin du Roi, furent posés par leur base sur un sable fin et humecté, et on les abrita sous un entonnoir de verre.

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Bientôt il se forma autour de la base de chaque bour- geon un bourrelet, qui produisit plusieurs petits mamelons, de l’intérieur desquels sortirent des radi- cules. Ces bourgeons, ainsi enracinés , se develcppè- rent peu à peu , et devinrent, au bout de vingt-sept mois, de nouveaux individus complets, dont deux en état de floraison vous ont été présentés par M. Turpin.

Tel est, en le dégageant de toute hypothèse , le fait exposé par ce botaniste dans le Mémoire que nous ana- lysons , et dans le précédent dont celui-ci est extrait.

Peut-être devrions-nous borner notre rapport , et le terminer en félicitant l’auteur d’avoir enrichi le ré- pertoire de la science d’une observation assurément fort curieuse et fort intéressante. Mais M. Turpin attache beaucoup moins d'importance au fait en lui-même, qu'aux conséquences qu'il prétend en tirer pour appuyer son système.

Suivant lui, ces individus fleuris d'Ornithogalum thyrsoïdes , nés des bourgeons produits par une feuille de cette espèce de plante, ont eu chacun pour origine un seul des nombreux grains vésiculaires de globuline verte, contenus , dit-il, dans les vésicules incolores , dont il assure que se composent par simple aggloméra- tion tous les tissus cellulaires végétaux.

Il pense que la meurtrissure des feuilles d’ornitho- gale et la chaleur humide, produites dans l'opération de la presse, sont les causes excitantes auxquelles il faut attribuer le développement de certains grains pri- vilégiés de globuline en bourgeons adventifs , nés de ces feuilles.

Quant à nous , il nous semble que le fait observé par

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M. Turpin ne peut, en aucune manière, servir soit à confirmer , soit à infirmer la théorie de ce botaniste, et que la question sur l’origine des germes reste absolu- ment la même, c’est-à-dire, indécise, après comme avant l’observation dont il s’agit.

Voyons, en effet, à quoi se réduit la conséquence directe de cette observation.

On savait depuis long-temps , que très-souvent il nait sur l’écorce du tronc de divers arbres des bourgeons adventifs , c'est-à-dire , situés çà et sans aucun ordre déterminé ; que les feuilles de quelques plantes pro- duisent des bourgeons qui naissent régulièrement de certains points déterminés. Aïnsi les feuilles du Bryo- phyllum calcycinum ont des bulbilles situés dans les sinus de leurs crénelures; et l’un de nous a observé (Opusc. phytol., tom. 11, pag. 340) que les feuilles du Cardamina pratensis ont aussi des bulbilles situés solitairement à la base de la face supérieure de chaque foliole , rarement au milieu de cette face.

Maintenant l'observation de M. Turpin nous apprend qu'on peut arüficiellement faire produire à certaines feuilles des bourgeons adventifs , irrégulièrement dissé- minés sur toutes les parties de ces feuilles.

Mais que chacun de ces bourgeons ait eu pour ori- gine un seul grain de globuline , c’est ce qu’on ne peut, quant à présent, ni affirmer , ni nier, et ce qui restera long-temps problématique ou hypothétiqne, parce que notre vue, aidée des meïlleurs instrumens , ne peut aper- cevoir les germes dans leur état primitif ; mais seulement lorsqu'ils ont acquis déjà un développement tel qu'il masque tout-à-fait leur origine.

(48) Ces réflexions, au reste , n’affaiblissent nullement le

mérite de l’intéressante observation de M. Turpin, qui nous semble très-digne de l’approbation de l’Académie.

Nore sur deux insectes de l’ordre des Hyménop- tères , dont l’un est le mâle et l’autre la femelle, et qui ont été placés dans deux familles difje- rentes ; |

Par M. Van der Linnex.

(Communiquée à la Société d'Hist. nat. de Paris , le 5 décembre 1828.)

J'ai l'honneur de communiquer à la Société un fait qui n’est pas sans intérêt pour l’Entomologie, puisqu'il rend nécessaire la réunion de deux genres de l’ordre des Hyménoptères, placés jusqu’à présent dans deux familles différentes.

J'ai dit, dans la première partie de mes observations sur les Hyménoptères fouisseurs d'Europe, page 14, que M. Wesmaël soupconnait que les Tengyres pour- raient bien être les mâles des Méthoques. Les considé- rations suivantes me rendaient cette opinion très-vrai- semblable : on ne connaît que des Z'engyres mäles et des Méthoques femelles; les uns et les autres fré- quentent les mêmes localités, et à la même époque; les Tengyres ont les plus grands rapports avec les Myrmoses mäles , et les Méthoques n'en ont pas moins avec les individus aptères, qu’on regarde comme des Myrmoses femelles. Ces soupçons viennent de se véri- fier. En effet, vers la fin de l’été, M. Wesmaël a été

( 49 ) assez heureux pour surprendre dans l'accouplement le Tengyre, Tengyra sanvitali Lat., et la Méthoque, Meth. Ichneumonides Lat., quoique ces insectes soient assez rares ici. Un de ces genres doit donc être sup- primé, et c’est dans la famille des Hétérogynes que doit être placé celui que l’on conservera.

La découverte de ce fait donne quelque degré de pro- babilité aux soupçons analogues que j'ai émis relative- ment à la Myzine sexfasciata, espèce assez commune dans le midi de l'Europe, et dont la femelle est aussi encore inconnue, ou du moins n’a pas été reconnue comme telle jusqu'ici. Si la femelle était ailée , serait-il vraisemblable qu’elle eût échappé jusqu'ici aux re- cherches des Entomologistes ? car on ne connaît en Eu- rope aucune espèce ailée qu’on puisse regarder comme telle. On a décrit, au contraire, plusieurs Mutilles fe- melles dont les mâles sont inconnus. Quand je consi- dère les grands rapports qu'il y a entre le Tengyre et la Myzine d'Europe, je ne puis m'empècher de regarder cgmme très-probable, que ce sera parmi les Mutilles qu’on découvrira la femelle de cette dernière. Les En- tomologisies du midi de l’Europe pourront dissiper ces incertitudes , et je crois devoir leur signaler la Mutilla diadema Fab:, comme pouvant bien être cette femelle, au moins à en juger par la description que M. Latreille en a donnée dans sa Monographie des Muulles de la France (1). Je ne me permets de hasarder cette conjec- tûre que dans le but d’attirer sur ces insectes l’attention des Entomologistes, qui se trouvent dans une position avantageuse pour les observer.

(1) Aetes de la Société d'Hist. nat. de Paris.

XVL 4

:

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REGHERCHES ZOOLOGIQUES pour servir à l’histoire des Lézards , extraites d’une Monographie de ce genre ;

Par M. H. Mine Enwanps.

. ( Lues à l’Académie royale des Sciences, le 1e° décembre 1828.)

« La détermination précise des espèces et de leurs ca- « ractères distinctifs , a dit un naturaliste célèbre, fait « la première base sur laquelle toutes les recherches « d'histoire naturelle doivent être fondées (1). » I n’est point de zoologiste qui ne soit convaincu de la vérité de cette observation ; aussi, malgré l’aridité des travaux de ce genre, s’en occupe-t-on de toutes parts , et pour ainsi dire , chaque jour il paraît quelque mono- graphie nouvelle. Mais malheureusement les travaux de ce genre ne sont pas tous conduits d’une manière aussi philosophique qu’on pourrait le désirer, et quelquefois, faute d’avoir étudié la valeur des caractères que l’on emploie, on multiplie outre mesure les subdivisions , et on signale comme distinctions spécifiques , des diffé- rences qui ne sont qu'individuelles. Ces recherches la- borieuses peuvent perdre aussi toute leur utilité et nuire même aux progrès de la science ; car celui qui, pour ar- river à la détermination d'animaux qui lui sont incon- nus , se guide d’après des distinctions de ce genre, ne les trouvant rigoureusement applicables à aucune des es- pèces qu’il étudie, peut être assez naturellement con-

(x) Cuvier, Ossemens fossiles , tom. V,

(51)

duit à les regarder comme nouvelles , et à leur assigner à son tour un nom et des caractères; on grossit ainsi le catalogue des produits de la nature, mais on ne les fait pas mieux connaître. Il est vrai que dans beaucoup de cas cet écueil est difficile à éviter; car pour cela la première condition serait d'examiner comparativement un grand nombre d’individus de chaque espèce, afin de connaître les limites des variations qu’ils présentent ; et lorsque les animaux qu’on étudie nous sont apportés des pays lointains, il est bien rare de pouvoir le faire. Aussi, à moins de trouver des différences organiques con- sidérables, on est souvent exposé à établir alors des divi- sions toutes aussi peu fondées que celles que l’on serait portée à faire parmi les diverses races humaines, si on ne connaissait les hommes que pour avoir vu une douzaine d'individus dont les uns auraient eu des cheveux gris, d’autres des cheveux noirs ou roux.

Pour surmonter cette difficulté ; il me semble que le moyen le plus sûr serait de commencer toujours par une étude approfondie des espèces indigènes que l’on peut se procurer en abondance. On appreud ainsi à connaître la valeur, si je puis m’exprimer ainsi, des diverses modi- fications plus moins légères de structure , que l’on pourrait considérer comme des caractères spécifiques ; et à distinguer les dispositions organiques qui ne sont pas sujettes à des variations individuelles, et qui ne chan- gent que d’une espèce à une autre, de celles qui, ne présentant rien de constant, ne peuvent servir pour in- diquer les divisions existantes dans la nature. Ces prin- cipes, fondés sur l'observation d’uu certain nombre d'espèces , sont presque toujours également applicables

( 52 }

à toutes celles qui appartiennent au même genre; et, en se guidant d’après l’analogie, il devient alors presque toujours possible de juger par l'examen d’un seul indi- vidu si les particularités qu’il présente sont d’un ordre assez élevé pour qu'on doive les regarder comme carac- térisant une espèce distincte, ou bien si elles doivent êtr® considérées seulement comme des modifications indivi- duelles de tel ou tel type spécifique. Enfin en procédant ainsi, on peut espérer introduire dans les descriptions et dans les caractères un degré de précision qui faciliterait considérablement l'étude , et ne pas établir des divisions qui, n'ayant aucun fondement dans la nature, entraîne- raient une incertitude dans les déterminations , et une instabilité dans la classification, également nuisible aux progrès de la science.

En cherchant à éclairer un des points obscurs de l’her- pétologie, l’histoire naturelle des Lézards, j'ai cru devoir suivre la marche que je viens d'indiquer , et pour cela j'ai profité d’un voyage’ assez long que j'ai fait dans dif- férentes parties de la France, en Savoie, en Suisse, et surtout en Îtalie. Presque tous les jours , pendant que le voiturin faisait reposer ses chevaux , j'allais avec un de mes amis à la recherche de ces petits animaux; et, favorisé par ces circonstances, j'en ai examiné un nombre , même beaucoup plus considérable que je ne l'aurais fait si j'avais pu employer ce temps d’une ma- nière plus utile. Enfin, les collections si riches du Jar- din du Roi m'ont été ouvertes, et Je saisirai cette octa- sion pour en remercier les professeurs de cet établisse- ment,

Les limites de cet extrait ne me permettent pas d’en-

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trer dans tous les détails relatifs à chacune des espèces que j'ai étudiées ; j'y reviendrai peut-être par la suite, mais ici je me bornerai à exposer les résultats aux- quels je suis arrivé, et à faire l’application de ces don- nées à la classification et à la description des divers Lézards, que je crois devoir regarder comme constituant autant d'espèces distinctes.

Chacun sait combien les couleurs qui ornent la peau de ces animaux sont souvent belles et variées ; il n’est donc pas surprenant que ceux qui ont cherché les pre- miers à distinguer les Lézards les uns des autres, se soient servis de ces différences pour y parvenir. L’indi- cation des couleurs et celle des taches qu’elles forment, constituent en général la base des phrases caractéristi- ques employées , à cet usage, par les naturalistes mêmes les plus récens. Je me suis donc appliqué, en premier lieu, à connaître la valeur de ces caractères , et à chercher si en même temps ils peuvent s'appliquer à tous les individus appartenant à une mème division , et suflire pour les faire distinguer d’une manière constante des autres espèces. Des modifications de cet ordre me paraissent devoir être toujours d’une importance très- secondaire, et ne pouvoir suflire à elles seules pour éta- blir dans nos classifications des subdivisions naturelles. C’est seulement lorsque des différences de couleur très- marquées coïncident d’une manière constante avec d’au- tres différences organiques plus importantes , qu'on pourrait , à ce queïe pense, les employer avec avantage comme caractères spécifiques: Mais, parmi les animaux dont nous nous occupons, il n’en est point ainsi; des observations multipliées m'ont convaincu que les varia-

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uons individuelles , celles dépendantes de l’âge et même des saisons , sont si grandes , que souvent la même es- pèce ne présente, sous ce rapport, rien de constant ni rien qui puisse la faire distinguer avec certitude de telle ou telle espèce voisine. Il est même des cas cette marche conduirait nécessairement à des déterminations erronées. Pour le faire voir ; il suffira de dire que , parmi les Lézards des murailles qu’on trouve en si grande abondance en Italie, et dans toutes les autres parties de l’Europe, on rencontre des individus qui présentent exactement les mêmes teintes que certaines variétés du Lézard arénicole , du Lézard des souches, et même du Lézard piqueté; d’autres que j'ai trouvés près de Naples ont, au contraire , le corps en dessous comme en dessus, d’un noir de jais , avec des taches blanches irrégulières : au premier abord , et à n’en juger que d’après la couleur, on les croirait appartenir à une espèce très-distinete de ceux dont la couleur du dos est grise, avec tout le des- sous du corps blanc ; mais il n’en est pas ainsi , car dans les mêmes localités j'ai trouvé d’autres individus qui présentaient toutes les nuances intermédiaires , et qui établissaient une gradation insensible entre les uns et les autres. Enfin , ilen est de même pour le Lézard vert et le Lézard des souches.

L'âge détermine dans les couleurs des différences dont il est également essentiel de tenir compte : j'ai observé qu’en général les taches sont bien plus régulières et mieux circonscrites dans le jeune âge que chez les individus adultes. Souvent j'ai trouvé près du mème trou un Lézard des murailles d’une taille considérable et plusieurs autres très-jeunes ; tons étaient évidemment

(55) de la même espèce , et il était probable que l’un était la mère, et les autres ses petits ; néanmoins ils différaient entre eux plus que le Lézard gentil de Daudin ne diffère du grand Lézard ocellé.

Enfin, les individus d’un même âge m'ont souvent oflert des différences de couleurs les plus tranchées, sui- vant qu'ils étaient encore recouverts d’un ancien épi- derme, ou qu'ils venaient de changer de peau. J'ai même trouvé plusieurs Lézards qui étaient dans l'acte de se dé- pouiller ainsi, et dont la moitié postérieure du corps était d’un gris sale, tandis que la partie antérieure du dos était d’un vert vif mêlé de taches brunes. Aussi, en suivant la méthode de Daudin, aurait-on été fort em- barrassé pour le classer , car une moitié du corps offrait tous les caractères de son Lézard arénicole , tandis que l’autre avait toutes les marques caractéristiques de son Lézard des souches.

D’après ces faits, il me paraît évident que les carac- ières tirés des couleurs des Lézards sont tout-à- fait iusuflisans pour arriver à la connaissance des espèces , et que, s'ils peuvent souvent nous aider dans les détermina- tions spécifiques , ils peuvent aussi nous induire fré- quemment en erreur, et nous faire prendre de simples variétés pour des espèces disunctes. Nous verrons bien- tôt qu'eflectivement c'est ce qui a eu lieu dans plus d’une occasion.

Le nombre des pores fémoraux est souvent indiqué par Daudin et les autres erpétologistes, comme pouvant servir de caractère spécifique ; mais, en général , il est encore moins constant que les précédens : en effet, dans

une mème espèce, ce nombre varie souvent beaucoup

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plus que d’une espèce à une autre. Dans le Lézard gris , par exemple, on en compte de 18 à 25; dans le Lézard vert et dans le Lézard des souches, de 12 à 20; dans le veloce, de 20 à 28, etc. Ce ne sera donc que dans quel- ques cas rares, les limites des variations individuelles sont très-diflérentes , que l’on pourra s’en servir comme caractère distinctif.

Il en est de même de la considération de la grandeur relative des diverses parties du corps. En général, des différences de ce genre seraient difhiciles à reconnaître; et du reste, en comparant les proportions de divers individus d’une même espèce, on voit qu'elles sont loin d’être aussi constantes qu'on pourrait le croire, tandis que d’une espèce à une autre les différences sont rarement assez tranchées pour être appréciables malgré les variations individuelles. Pour s’en convaincre, il suflira de jeter les yeux sur les tableaux ci-joints , J'ai présenté les proportions des différentes parties du corps , d'abord chez des individus d’une mème espèce, puis chez d’autres appartenant à des espèces diflérentes, en ayant soin d'employer toujours la même uxité de mesure , afin de rendre la comparaison plus facile à éta- blir. ( Voy. les tableaux à la fin du Mémoire. )

D'après ces tableaux , on voit qu’il n’y a guère que la patte postérieure dont le développement plus ou moins considérable puisse aider dans la distinction des espèces, et cela dans un petit nombre de cas seulement.

Les diverses sortes d’écailles dont la peau des Lézards est recouverte fournissent , au contraire, d’excellens caractères spécifiques ke et c’est faute de les avoir sufli-

samment étudiés que les divisions sont souvent si peu

(57) naturelles et les phrases descriptives des auteurs d’une application si incertaine. En ayant égard à leur forme et à leur disposition , on peut établir, parmi ces animaux , des divisions plus ou moins multipliées, et avoir pour chaque espèce des caractères tirés de l’organisation, éga- lement précis et faciles à reconnaitre.

Les larges plaques squamineuses qui recouvrent la face supérieure de la tête, sont celles dont l'étude est la plus utile sous ce rapport. Elles peuvent fournir un grand nombre d’excellens caractères spécifiques : aussi,

. pour éviter les circonlocutions , est-il nécessaire de les désigner chacune par un nom spécial. J’appellerai donc, plaque occipitale, celle qui occupe la partie postérieure de l’espèce de bouclier sus-cranien , et qui est située sur la ligne médiane (voyez PI. 5, fig. 1, 4); pariétales, les deux plaques qui se trouvent sur les côtés de l’occi- pitale (B); plaque interpariétale, celle qui occupe le point de réunion des deux pariétales avec les deux plaques situées au devant d'elles, et qui se prolonge plus ou moins loin sur la ligne médiane vers l’occipitale (€); fronto -pariétales , les deux plaques dont je viens de parler et qui sont situées de chaque côté de-la ligne médiane (D); plaque frontale, la grande écaille im- paire placée entre les paupières et au-devant des fronto- pariétales (Æ); palpébrales antérieure et postérieure, les deux grandes plaques qui de chaque côté répondent à la voûte orbitaire, et qui se joignent, l’une à la plaque frontale , l’autre à la fronto-pariétale (G et F); plaques fronto-nasales (H), celles qui ‘se trouvent entre le bord antérieur de la frontale et l’internasale , qui est

placée elle-mème sur la ligne médiane, immédiatement

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en arrière et au-dessus des narines (1); rostrale, celle qui recouvre l'extrémité antérieure du museau (Z ); et enfin nasales, les deux plaques situées entre les narines, la plaque rostrale et l’internasale (J).

La disposition des plaques occipitale et pariétales fournit un caractère très-facile à saisir, et propre à dis- tinguer les Lézards des Ameïva. Chez les premiers , le bord postérieur de ces plaques est situé à peu près au niveau du méat auditif (2), et elles ne sont pas séparées des écailles granulées du dos par une ou deux rangées de plaques plus petites. Dans les Ameïva, au contraire, les plaques pariétales n’arrivent jamais , à beaucoup près, aussi loin en arrière; elles ne recouvrent guère que la moitié de l’espace compris entre les fosses orbitaires et le niveau du méat auditif , et il existe toujours entre elles et les écailles du dos une ou plusieurs rangées de plaques plus petites , que l’on pourrait appeler cervicales (voyez PI. 5, fig. 2).

Ce caractère est d'autant plus important à noter, que celui employé par la plupart des naturalistes, et qui consiste dans la présence ou l’absence d’un collier squam- meux, n’est point rigoureux, ainsi que nous le verrons bientôt. Enfin si la disposition des écailles du corps ne suffisait pas pour faire distinguer au premier coup- d'œil les Scinques des Lézards , les caractères dont je viens de parler pourraient également servir à cet usage ; car chez les premiers, la disposition des plaques cépha- liques se rapproche de celle que je viens de signaler dans le genre Ameïva.

Parmi les plaques qui recouvrent la face supérieure de la tête, il en est dont la furme et la grandeur sont en

(59)

rapport avec celles des pièces osseuses du crâne , et qui ne présentent chez les différens individus d’une même espèce que des modifications légères ; d’autres, au con- traire , offrent des différences individuelles très-consi- dérables. Enfin , quelques-unes ne changent point d’une espèce à une autre, et ne peuvent servir à les faire dis- tinguer. Ainsi, la plaque internasale (fig. 1, ) est tantôt irrégulièrement hexagonale , tantôt octogonale; d’autres fois elle ne présente que cinq ou sept angles distincts, et cela dans la même espèce. La plaque frontale présente des . différences semblables (1). L’interpariétale est quelque- fois unique, d’autres fois divisée en deux. Eufin, la rostrale se termine en général par une pointe qui s’a- vance entre les deux plaques nasales ; maïs, dans quelques individus, son extrémité postérieure est droite et en rapport avec l’internasale.

Ce n’est donc pas dans ces différences qu’il faut cher- cher des caractères spécifiques ; mais lorsqu'on examine

(1) M. Merrem s’est quelquefois servi de la forme des plaques de la tête pour caractériser les diverses espèces de Lézards; mais les disposi- tious qu’il signale ne sont presque jamais réellement propres à cet usag*. Dans la plupart des cas, les différences dont il parle n’offrent rien de constant , et ne doivent être considérés que comme des varia- tions individuelles, et d’autres fois elles sont communes à presque toutes les espèces. Pour caractériser le Lézard piqueté , par exemple, il

dit que cet animal présente deux plaques frontales antérieures (fronto- nasales), avec deux petites intermédiaires; or, les deux premières existent chez tous les Lézards , et les deux dernières ne se rencontrent pas dans cette espèce chez un individu sur vingt. Il ajoute que la plaque fron- tale antérieure est hexagonale, et que son angle postérieur est échan- cré, que la plaque verticale antérieure est hexagonale, etc. ; mais mal- heureusement ces caractères ne sont pas meilleurs que les autres. Voyez son T'entanen Systematis amphibiorum.

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comparativement la grandeur de la plaque occipitale et celle des plaques pariétales ou de la frontale, on voit que souvent ce rapport change beaucoup d’une espèce à une autre, et qu’il demeure, au tontraire, presque in- variable dans chaque groupe naturel. Tantôt la plaque occipitale est extrêmement développée, d’autres fois elle est presque rudimentaire, ou manque complètement. Dans le Lézard ocellé, par exemple, cette plaque est beaucoup plus large que la frontale ou que les parié- tales ; il en est de même chez le Lézard gentil de Dau- din; mais, dans toutes les autres espèces que j'ai eu l’occasion d'examiner, elle est très-petite, ou mème n'existe pas du tout.

La plaque frontale présente aussi des différences spé- cifiques très-considérables. Tantôt sa forme est à peu près celle d’un carré irrégulier , allongé, et sa partie postérieure, guère plus étroite que l’antérieure , égale en largeur les plaques fronto-pariétales (voyez PI. 5 et PI. 6, fig. 1, 2) : tantôt, au contraire, elle est fortement rétrécie en arrière , et son extrémité antérieure est pres- que deux fois aussi large que son bord postérieur (voyez PI. 6, fig. 3 et les suivantes). La première de ces disposi- tions est la plus marquée dans le Lézard des souches , le piqueté, etc. ; elle se rencontre aussi, à peu de chose près, dans le Lézard des murailles , l'ocellé, le Lézard de Lalande, celui de Dugès, etc. ; la seconde modifica- tion nous est offerte par le Lézard du désert, le véloce, le pommelé, le Lézard de Savigny, celui d'Olivier, etc.

La forme des écailles qui garnissent les parties laté- rales de la tête, entre l'œil et l'oreille , est également

utile à étudier sous le point de vue qui nous occupe ici;

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car l'examen d’un nombre très-considérable des divers Lézards qu'on trouve communément en France et en Italie, m'a fait voir qu’elle ne varie que très-peu d’un individu à un autre, tandis qu’elle peut fournir d’excel- lens caractères pour la distinction des espèces. En effet, dans les unes, tels que le Lézard ocellé, le piqueté , l’aré- nicole, etc. , cette partie de la tête est presque entière- ment recouverte de larges écailles ayant l’aspect de ‘plaques squammeuses (PI. 7, fig. r et 2). Chez le Lé- zard des murailles, il existe sur chaque tempe une seule plaque circulaire , qu’on peut appeler disque massetérin, et qui est entourée de toutes parts de petites écailles gra- nulées (PI. 7, fig. 3, o). Enfin, chez d’autres on ne trouve point de disque semblable, et toute cette partie de la tête est recouverte de petites écailles granuleuses , dont les plus minces occupent la partie supérieure de la tempe; disposition qui est propre au Lézard de Lalande, à celui de Dugès et à tous ceux dont la plaque frontale est étroite et considérablement rétrécie en arrière (PI. 7, fig. 4et 5).

Chez la plupart des Lézards on remarque sous Le cou une rangée transversale d’écailles beaucoup plus grandes que celles qui les précèdent et qui sont complètement séparées du thorax par un repli de la peau, il n'existe que de petites écailles granulées (PI. 8, fig. 1 et 2, P). On a regardé l'existence de ce collier comme étant caractéristique et comme pouvant établir une ligne de démarcation tranchée entre les genres Lézard et Ameïva. Mais il ne faut pas y attacher une importance trop grande, car chez certains Lézards le repli tégumentaire dont nons- venons de parler, ne se retrouve que sur les côtés du

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cou, et les écailles du collier se continuent sans inter- ruption avec celles de la partie médiane du thorax ; (PI. 8, fig. 3) tandis que, dans l’Ameïva galonné et quelques autres , il existe réellement un collier libre dans toute sa longueur et formé par des écailles seu- siblement plus larges que celles du reste de la gorge, La disposition que je viens de signaler est également importante à noter pour la classification des divers es- pèces du genre Lézard , car elle nous fournit des carac- tères précis et faciles à saisir pour les diviser en deux groupes naturels. Enfin, on peut avoir égard aussi à la forme des écailles qui constituent le collier; car, sui- vant qu’elles sont arrondies ou angulaires, le bord de ce repli est dentelé ou continu, et ce caractère peut faciliter la distinction de quelques espèces. s

Dans le tableau méthodique des reptiles de France que M. Latreille a publié en tête de son Histoire des Salamandres , c’est d’après le nombre des rangées lon- gitudinales formées par les grandes écailles de l’abdo- men, que ce savant a établi parmi les Lézards ses divi- sions principales. Ce caractère est en général très-exact , mais les Lézards proprement dits ne présentent, sous ce rapport, que peu de diflérences , et il en est chez qui l'âge les détermine, ainsi que je l’ai constaté pour le Lé- zard ocellé. Néanmoins il est bon de ne pas négliger la considération de ces écailles, car lors même que le nombre des séries qu'elles constituent ne change pas, leur forme diffère quelquefois assez pour pouvoir nous être utile dans la détermination des espèces (voyez PI, 7, fig. 6, 7, 8 et 9). Celles qui sont situées au-devant de | l'anus ou qui recouvrent les autres parties da corps, |

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peuvent souveht nous fournir des caractères également constans et faciles à saisir ; mais il me paraît inutile de m'arrêter plus long-temps sur ce sujet ; les détails que j'ai fait connaître étant suflisans pour donner une idée des bases sur lesquelles les divisions spécifiques doivent être fondées lorsqu'on veut éviter la multiplication inu- tile des espèces et l'emploi de caractères vagues ou inexactes. Je me bornerai donc à faireici , d’une manière sommaire, l'application de ces observations à la classi- fication des Lézards , et à indiquer les traits distinctifs des espèces que je crois devoir conserver ou établir parmi ces animaux.

Le enanp Lézan» ocezzé du midi d'Europe, con- fondu pendant long-temps avec le Lézard des murailles et plusieurs autres sous le nom de Lacerta agilis, et regardé ensuite comme une variété du Lézard vert, par Lacépède etM. Latreille , en a été séparé par Daudin , qui le con- sidère avec raison comme type d’une espèce parfaitement distincte, bien que les caractères qu'il y assigne ne suffi- raient pas pour le prouver. Aïnsi que nous l'avons déjà dit, chez ce Lézard la plaque frontale est peu rétrécie en arrière, et l’occipitale est très-développée surtout dans les individus adultes ( PI, 5, fig. 1 ). En général , elle est

au moins aussi large que les pariétales dont le bord anté- rieur est fortement tronqué pour recevoir les plaques fronto - pariétales. Les écailles temporales sont larges (PL 6, fig. r). Le collier est séparé des écailles du thorax dans toute son étendue ; il se porte en ligne droite d’un côté du cou à l’autre , et son bord est dentelé. Les ‘écailles abdominales forment huit à dix rangées longitu- dinales ; leur bord latéral ést oblique et arrondi , et les

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deux médianes sont notablement plus étroites que celles qui les avoisinent (PI. 7, fig. 6). Les écailles du dos sont pelites et granulées ; il existe une large écaille médiane au devant de l’anus (comme dans la fig. 4, PI. 8); celles de la queue sont longues, étroites, légèrement carénées , équilatérales et terminées en pointe aiguë ( PL. 6, fig. 10); les verticelles qu’elles forment sont très-marquées. Les pores fémoraux sont au nombre de douze ou quatorze , et ne se prolongent pas au-delà du pli de laine. Enfin , la patte postérieure appliquée contre l'abdomen arrive à peu près au niveau de l’aisselle. Quant aux couleurs de ce Lézard, je n’en parle point , car elles sont décrites dans tous les ouvrages d’herpétologie.

En examinant d’après cette méthode le Lézard gentil de Daudin, je me suis assuré qu’il ne présente aucun caractère constant qui puisse le faire distinguer de l’o- cellé ; ses couleurs seules diffèrent et nous avons déjà vu le peu d'importance que l’on doit attacher à ces varia- tions :'aussi étais-je persuadé que ce petit Lézard n’était autre chose que le jeune de l’ocellé, lorsque M. Dugès n'a appris qu'il avait constaté leur identité par l'observation directe (1).

Le Lézarp piqueté de Daudin est également une es- pèce parfaitement distincte et facile à caractériser d’une manière précisez mais le Lézard à deux raies, du même auteur, ne m'a paru en différer que par la disposition de ses couleurs, et j'ai observé des individus offrant toutes les nuances intermédiaires. Je ne balancerai donc pas à les réunir.

(x) Le travail que M. Dugès a présente dernièrement à l'Académie des Sciences, sur les Lézards indigènes, paraîtra dans le No de février. (R.)

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La plaque frontale du Lézard piqueté est très-grande et presque aussi large à son bord postérieur qu’à son ex- trémité antérieure ( voyez PI. 4, fig. 3). La plaque occi- pitale est très-petite, et ce caractère sufhrait pour le distinguer de l’ocellé dont il se rapproche par la dispo- sition des écailles temporales, du collier, des écailles pré-anales et de celles du dos ; seulement ces dernières sont un peu plus grandes et plus carénées. La forme des écailles de l'abdomen est aussi à peu près les mêmes, mais on n’en compte que six rangées lougitudinales, et les deux médianes sont beaucoup plus étroites que les autres. Les écailles de la quene ont la même forme que dans l’espèce précédente ; elles sont plus carénées, mais les verticelles qu’elles forment sont peu distinctes. Le nombre des pores fémoraux varie de 12 à 20 ; enfin, la patte postérieure peut attendre à peu près à l’aisselle, et la queue est longue et eflilée.

Le Lézarn pes soucnes de Daudin se rapproche beaucoup du piqueté et semble tenir le milieu entre ce dernier et le Lézard des murailles. La disposition des plaques de la tête (1), celle des écailles temporales, du collier , des écailles abdominales (2), de l’écaille préa-

nale, etc., sont les mêmes que dans l'espèce précé-

(1) Quelquefois il existe une petite plaque médiane entre les deux fronto-nasales; mais cette disposition ne se rencontre que très-rare- ment.

(2) Daudin dit que son Lézard des souches à huit rangées longitu- dinales d’écailles sous le ventre; maïs je n’en ai jamais rencontré ayant cettedisposition. Aussi me paraît-il probable qu’il a voulu parler, non- seulement des larges écailles qui forment six rangées lougitudinales continues, mais aussi des marginales, qui sont plus petites et se con- fondent avec celles des flancs , si ce n’est vers le milieu du corps.

XVI. 9

( 66) dente (Voy. PI. 5 , fig. 4;et PI. 8, fig. r et 4.), et la seule

différence organique constante que j’ai trouvée , consiste dans la longueur proportionnelle des pattes postérieures. Comme nous l'avons déjà dit, chez le piqueté l’extré- mité de ces membres arrive à l’aisselle lorsqu'on les étend contre l’abdomen; chez le Lézard des souches ils n’at- teignent guère au-delà du poignet de la patte antérieure, celle-ci étant portée en arrière. En général , les couleurs de ce dernier sont très-différentes de celles du piqueté; mais J'en ai trouvé des variétés qui, sous ce rapport, ressemblaient exactement à certains Lézards de cette espèce, dont la teinte est d’un vert presque uni.

Le Lézard de Laurenti , à n’en juger que d’après la description de Daudin et du naturaliste dont il porte le nom, paraîtrait n'être autre chose qu’un jeune individu du Lézard des murailles; mais les individus qui sont conservés sous cette dénomination , dans le Muséum du Jardin du Roi, ne diffèrent pas notablement du Lézard aréricole : il en est de même pour celui figuré dans les vélins de cet établissement sous le nom de Lacerta dorsalis. Tous me paraissent devoir être regardés comme de simples variétés du Lézard des souches. Enfin, c'est encore à cette espèce que je crois devoir rapporter le Lézard arénicole de Daudin. En examinant les indivi- dus conservés sous cette dénomination au Muséum, et qui paraissent avoir été déterminés par ce naturaliste lui- même, je me suis assuré qu’en général ils n’en diflé- raient sous aucun rapport qui méritàt de fixer l'attention, et il est à remarquer que l’analogie qu’ils présentent n’a pas échappé à Daudin, pour qui les couleurs étaient cependant presque tout.

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Dans le LézarD pes muraizzes ( Lacerta muralis , L. agilis, Liu., Lézard gris des murailles, Daud. ) la disposition des plaques céphaliques est essentielle- ment la même que dans les deux espèces dont nous ve- nons de parler (PL 6, fig. r.); mais les écailles qui recouvrent les parties latérales de la tête sont très- différentes : l’une d’elles a la forme d’une plaque cir- culaire, et constitue ce que nous avons appelé un disque massetérin ; les autres sont au contraire très- petites et ont l'aspect de granulations (PI. », fig. a). Le collier est libre dans toute son étendue, droit, et sans dentelures notables sur ses bords (PI. 8, fig. 2-). Les écailles de l'abdomen sont presque rectangulaires, et forment six rangées longiiudinales ayant toutes à peu près la même largeur; celles du dos sont petites et granulées. L'espace triangulaire situé entre les cuisses et l'anus est recouvert en presque totalité par une grande écaille médiane. Enfin, les écailles de la queue sont légèrement carénées , inéquilatérales (1), obtuses, et formant des verticelles très-prononcées. Le nombre des pores fémoraux varie de dix-huit à vingt-cinq, et les pattes postérieures peuvent en général arriver au moins jusqu à l’aisselle , mais quelquefois elles n’atteignent pas au-delà du poignet de la patte antérieure.

On voit donc que, si le Lézard des murailles ressemble au Lézard des souches et au piqueté par la disposition des plaques de la iête , par le nombre des rangées longitu- dinales que forment les écailles de l'abdomen , et par celles.qui Se’ trouvent au devant de l'anus , il en diffère par les écailles temporales ainsi que par la forme de

(2) J'entends par ce mot , que les deux moitiés séparées par la ca- rène ne sont pas de même grandeur et de même forme.

( 68 ) À celles qui constituent le collier, qui revêtent la face inférieure de l'abdomen, et qui garnissent la queue.

Sous le rapport des couleurs, les Lézards des mu- railles présentent des différences très-grandes. Les va- riétés les plus communes ont été décrites avec détail par Daudin ; mais je ne crois pas qu’on ait parlé d’une très- remarquable, qui se trouve dans le midi de Pltalie, et dont il a déjà été question ici. Son corps est noir en dessus comme en dessous, et il présente un grand nombre de taches blanches irrégulières. En Bretagne et dans la Savoie j'ai souvent trouvé des Lézards de la même espèce, dont face inférieure de la queue et des membres était d’une teinte rouge assez foncée , et dont le cou et l'abdomen étaient marqués de petites taches de la même couleur. Enfin , il en est dont tout le dessus du corps est presque entièrement vert.

Le Lézard tacheté d'Espagne, décrit par Daudin, ne me paraît être encore qu'une variété du Lézard des mu- railles, du moins à en juger d’après l'individu qui est conservé dans le Muséum du Jardin du Roi, et quiest probablement le même dont Daudin s’est servi pour caractériser sa nouvelle espèce. Il est cependant à noter qu'il ne présentait point dix rangées d’écailles abdomi- nales.

Je donnerai le nom de Lézarp DE ScareïBErs à une espèce voisine du Lézard des souches et du Lézard des murailles , et dont plusieurs individus ont été envoyés de Vienne au Jardin du Roi par M. Schreibers. La disposi- tion des plaques de la tête est la même que dans ces deux espèces (PI. 5, fig. 5.) ; les tempes sont recouvertes de petites écailles , et garnies en général d’un disque mas- setérin ; Le collier est droit, libre , et un peu dentelé sur

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le bord. Les écailles abdominales forment six rangées longitudinales , dont les deux médianes sont un peu plus étroites que les autres; celles du dos et de l’anus présen- tent les mêmes caractères que chez le Lézard des souches. Les écailles de la queue sont presque équilatérales , poin- tues , légèrement carénées en dessus , presque planesen dessous, et formant des verticelles assez marquées. On. compte environ douze pores fémoraux sous chaque cuisse. Enfin , la patte postérieure ne peut atteindre qu’au poignet de l’antérieure , et la queue est grosse et diminue très-lentement de volume.

Lorsque ces Lézards présentent sur chaque tempe un disque massetérin, il est facile de les distinguer au premier abord du Lézard des souches et du piqueté ; mais quel- quefois cette disposition n'existe pas, et alors c’est par la forme de la queue qu'il diffère le plus de ce dernier. La forme des écailles de la queue et du collier, le nombre des pores fémoraux , etc. , le distinguent du Lézard des mu- railles. Les individus de cette espèce, que j'ai eu L’occa- sion d'examiner, étaient d’une teinte généralement brune, tirant un peu sur le bronze. Le long de la ligne mé- diane du dos, on remarquait une série de taches, de cou- leur brune plus foncée, et de chaque côté une ligne ver- datre s'étendant des angles de l’occiput jusque sur la queue , et bordée en dessus comme en dessous de taches noirâtres plus ou moins rapprochées. Les flancs étaient d'une teinte brune verdâtre, presque métallique, et la face inférieure du corps d’un vert pâle , avec de petites taches noires en très-grand nombre. La longueur de l'individu le plus grand , mesuré du museau À l'extrémité de la

queue , était de 7 centimètres.

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Il serait possible que cette espèce fût la même que le Lézard brun d'Allemagne de Daudin ; mais, faute de renseignemens suflisans , il me paraît impossible d’en avoir la certitude.

La disposition des plaques de la face supérieure de la tête, que nous avons signalée dans le Lézard piqueté, le Lézard des souches, le Lézard des murailles, et le Lézard de Schreïbers, se rencontre encore dans deux espèces nouvelles , dont le voyageur Lalande a enrichi le Muséum du Jardin du Roi. L'une d’elles , que j’appellerai Lézarn DE LaAranpe, habite le cap de Bonne-Espérance, et acquiert une taille considérable; la plaque frontale est assez grande , et son bord postérieur est à peu près de la même largeur que Îles fronto-pariétales (PI. 5, fig. 6.). La plaque occipitale est très-petite ; les tempes sont presque entièrement recouvertes de petites écailles gra- nulées, et ne présentent point de disque massetérin (PI. 8, fig. 5.). Le collier, droit et libre dans toute sa longueur, n’est pas sensiblement dentelé. Les écailles de l’abdomen , à bords presque rectangulaires, forment six rangées longitudinales, ayant à peu près la même largeur : on en compte aussi environ trente-six rangées transver- sales , et cela est à noter, car, dans les autres espèces dont nous avons parlé , il n’y en a que vingt-cinq à trente. Au devant de l’anus il existe deux grandes écailles médianes ; les écailles du dos sont petites et comme chagrinées ; enfin , celles de la queue sont allongées, carénées , et forment des verticelles bien marquées. Les pattes posté- rieures sont très-courtes ; elles arrivent à peine vers la moitié de l'abdomen, et ne peuvent atteindre l'extrémité de la patte antérieure.

C7 )

La couleur générale de la face dorsale du Lézard de Lalande est brune foncée ; sur la tête et la queue on re- marque de petites taches noires , et sur le dos des ocelles formées par des points blanchâtres , entourés de noir. La face abdominale est d’un blanc fauve , avec quelques points noirs. Enfin la longueur totale de l'animal que j'ai examiné est de 3/4 centimètres.

La seconde espèce rapportée par Lalande est celle que j'ai dédiée à M. Dugès ; elle habite l’île de Madère, et paraît y être assez commune. De mème que dans toutes lesespèces dont il a déjà été question , la plaque frontale de ce Lézard est grande, et sou bord postérieur est aussi large que les fronto-pariétales (P1. 6, fig. 2.) : il n'existe point de plaque occipitale. Les tempes sont recouvertes de pe- utes écailles granulées , et, ainsi que celles du Lézard de Lalande, ne présentent point de disque massetérin. Le collier est libre dans toute son étendue, droit, et formé par des écailles assez petites ; celles de l'abdomen sont rectangulaires : on en compte environ vingt-six rangées transversales et six longitudinales, dont les deux médianes sont beaucoup moins larges que les autres. Les écailles du dos sont très-petites et comme chagri- nées. Enfin il existe une seule grande écaille médiane au devant de l'anus. Sous chaque cuisse il y a environ vingt-trois pores fémoraux, et les pattes postérieures sont assez longues pour atteindre jusqu’à l’aisselle.

Sous le rapport des couleurs, le Lézarn De Ducës pré- sente, suivant l’âge et les individus, des différences assez grandes. Chez les jeunes Lézards de cette espèce , conser- vés dans le Muséum, le dos est souvent d’une teinte grise et les flancs d’un brun verdàtre; près de la ligne médiane

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du dos , ils présentent deux rangées longitudinales de ta- ches noires, et deux autres lignes semblables situées entre le dos et les flancs; en sorte que le dessus du corps est marqué de quatre raies longitudinales noires et de trois d’un gris pàle, dont l’une occupe la ligne médiane, et les autres s'étendent du bord supérieur des tempes sur la queue. Chez d’autres individus plus avancés en âge, on trouve quelquefois, sur les côtés, deux lignes blan- châtres bordées de noir, tandis que le dos et les flancs sont d’une teinte grise verdâtre, piqueté de noir. Enfin, chez ceux dont la taille est la plus grande (environ 20 centimètres ), toute la face supérieure du corps est d’un brun noirâtre moins foncé sur le dos que sur les flancs et piqueté de vert. La face abdominale est tou- jours blanchâtre ; enfin, d’autres individus m'ont pré- senté toutes les nuances intermédiaires à celles que je viens de mentionner.

Les diverses espèces de Lézards dont il nous reste à parler , diffèrent de tous ceux dont il a déjà été question par la forme et le degré de développement de la plaque frontale ; car, au lieu d’être presque carré et aussi large à sa partie postérieure que l’est chacune des fronto-parié- tales , elle est fortement rétrécie en arrière , et son bord postérieur , à peu près moitié moins large que l’anté- rieur, n'égale pas les deux tiers de la largeur des plaques froñto-pariétales.

Dans tous ces lézards, les écailles qui recouvrent les tempes sont granulées ; dans aucun on n’y voit de disque massetérin comme chez le Lézard des murailles , ou de larges écailles en forme de plaques comme chez l’ocellé,

le piqueté, etc., et sous ce rapport ils se rappro-

PRET Lo CE

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chent des deux espèces dont j'ai parlé en dernier lieu.

Les uns ont le collier libre danstoute salongueur. De ce nombre est le Lézano D'Ozivier , figuré par M. Savigny dans le grand ouvrage de l'Égypte, mais que nous ne connaissons qu'imparfaitement d’après ces planches. Chez ce Lézard, la plaque occipitale est peu développée ; le col- lier est droit et sans dentelures notables ; les écailles de l’abdomen sont arrondies par leur bord et forment six ou huit rangées longitudinales , ayant toutes à peu près la même largeur. L'espace triangulaire, située entre les cuisses et l’anus, est presque entièrement occupé par une large écaille médiane : les écailles de la queue sont assez larges, faiblement carénées et tronquées; les verticelles qu’elles forment sont presque sans dentelures. Enfin, les pores fémoraux sont au nombre d’environ treize. Par les couleurs, ce Lézard ressemble à certaines variétés de notre Lézard des murailles. Tout le dessus du corps est d’une teinte grise, el on y remarque quatre ran- gées de taches moitié noires, moitié blanches. Il est à présumer qu'il habite l'Egypte on la Syrie.

Le Lézarp DE Savienx , également figuré par le na- turaliste auquel il est dédié , et dont il existe un individu dans la collection du Muséum , présente les mêmes ca- ractères que le précédent sous le rapport de la plaque frontale, des écailles temporales et de la disposition gé- nérale du collier; mais il en diflère par plusieurs points trés-importans.

On n’y voit point de plaque occipitale, et les parié- tales sont étroites et tronquées en arrière ; les plaques palpébrales sont petites , arrondies , et on remarque au-

devant d'elles un espace triangulaire couvert de petites

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écailles granulées ; enfin, au-devant de la plaque frontale, se voient deux petites plaques impaires situées sur la ligne médiane entre les fronto-nasales (PI. 6, fig. 4.). Le col- lier est presque droit et ne présente point de dentelures notables. L’abdomen est garni , en dessous, de six ou huit rangées longitudinales d’écailles dont les bords sont arrondis. Au-devant de l’anus , se trouvent trois écailles médianes un peu plus larges que les.latérales. Celles de la queue sont inéquilatérales , tronquées, obtuses, ca- rénées en dessus et lisses en dessous; les verticilles qu’elles forment sont à peine dentelées. Les pores fémo- raux , au nombre d'environ vingt-huit sous chaque cuisse, se prolongent jusque auprès de la ligne médiane du pubis. Les pattes postérieures sont très-longues et peuvent dépasser le collier ; enfin , la queue est longue et grêle. La couleur de ce Lézard varie beaucoup. L’in- dividu représenté par M. Savigny est d’un gris d’ardoise très-foncé avec un grand nombre de taches irrégulières d’une teinte gris perle. Celui conservé dans la collec- on du Muséum , est au contraire d’un gris brun avec des taches noirâtres disposées en lignes longitudinales. Le Lézarp PoMmELÉ doit être rangé à côté du Lézard dont nous venons de parler. Comme on pent le voir dans les planches de M. Savigny, ilne présente point de plaque occipitale, et les pariétales sont un peu rétrécies en arrière, la plaque frontale est très-étroite à sa partie postérieure (PL. 6, fig. 3.); les écailles des tempes sont très-fines, celles de la face inférieure du cou sont petites , ainsi que celles du collier qui descend un peu obliquement vers la poitrine, mais dont il paraît parfaitement distinct et libre;

les écailles de l'abdomen sont étroites , leur bord est

CE ci

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arrondi et oblique; elles sont comme imbriquées et for- ment environ douze à quatorze rangées longitudinales ; celles situées au-devant de l’anus sont nombreuses ; les trois impaires qui occupent la ligne médiane ne sont guère plus larges que les aures. Les écailles de la queue sont, à peu de chose près , les mêmes que chez le Lé- zard de Savigny; on compte environ vingt-trois pores sous chaque cuisse; enfin, la queue n’est pas très-longue, et les pattes postérieures peuvent atteindre au-delà du collier. AIRE

Le dessus du corps de ce Lézard présente un mélange de gris perle très-pâle, et de gris ardoise violacé ; le dessous est, au contraire, d’un blanc légèrement ci- trin.

Un Lézard qui n’a point encore été décrit, et que je dédierai à M. Duméril, appartient au même groupe que ceux dont je viens de parler, et ne diffère que peu du Lézard pommelé. La plaque frontale est très- étroite postérieurement ; l’interpariétale est tout-à-fait rudimentaire , et il n’y a point de plaque occipitale ; mais des pariétales sont assez larges et pas notablement tronquées sur leur bord postérieur ; enfin les palpébrales sont arrondies. Les tempes sont recouvertes supérieure- ment de petites écailles finement granulées, et, infé- rieurement , de petites plaques carrées. Le collier est oblique et formé par une rangée d’écailles assez petites, mais il est séparé de celles du thorax, dans toute sa lar- geur, par un espace recouvert uniquement de petites granulations squameuses. On compte environ quatorze rangées d’écailles sous ie ventre : au devant de l'anus

on remarque deux écailles médianes , qui ne sont guère

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plus grandes que les latérales. Les écailles du dos sont extrêmement petites ; celles de la queue sont légè- rement carénées, très - inéquilatérales, et fortement tronquées du côté libre ; leur bord postérieur est droit, en sorte que les verticelles ne présentent point de den- telures. Enfin, les écailles qui garnissent la face infé- rieure des doigts sont très-longues , et les dentelures qu’elles forment sont beaucoup plus marquées que dans aucun autre Lézard que j'aie eu l’occasion d'examiner. On compte environ vingt pores fémoraux sous chaque cuisse , et la patte postérieure peut atteindre jusqu’au collier.

Le Lézann DE Dumériz habite le Sénégal : sa taille est petite. L’individu qui se trouve dans la collection du Muséum n’a que onze centimètres du museau à l’ex- trémité de la queue; sa couleur est grisâtre , tachetée de blanc.

Il existe aussi dans les galeries du Muséum une autre espèce nouvelle, que j'appellerai Lézarb pe Kwox, et qui est propre à l'Afrique. De même que dans eeux dont nous venons de parler, la plaque frontale de ce Lézard est très-étroite à sa partie postérieure : cette disposition semble même être portée à son maximum , car la partie antérieure de cette plaque est à peu près quatre fois aussi large que la postérieure (PI. 6, fig. 8.); mais la plaque in- terpariétale , au lieu d’être rudimentaire , est très-déve- loppée, et s'étend jusqu’au Lord postérieur des deux pa- riétales , et la plaque occipitale est rejetée en arrière des trois dont nous venons de parler. Le bord antérieur des pariétales est fortement tronqué pour recevoir les fronto- pariétales. Enfin les palpébrales sont un peu plus arron-

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dies en dehors. Les tempes sont encore recouvertes de petites écailles granulées. Le collier est droit , libre dans toute son étendue , et formé par des écailles assez larges ; celles qui recouvrent le ventre sont plus longues que larges, obliques, et se confondent sur les côtés avec celles des flancs : on en distingue douze ou quatorze rangées lon gitudinales. Il y a au devant de l’anus une série de trois plaques médianes dont les deux antérieures au moins sont notablement plus grandes que les latérales ; celles de la queue sont semblables à ce que nous venons de voir dans le Lézard de Duméril. On ne compte qu'environ neuf pores sous chaque cuisse : les pattes postérieures sont assez longues ; enfin la queue est très-courte.

L’individu d’après lequel j'ai établi cette espèce nou- velle, a été apporté du cap de Bonne-Espérance par Lalande ; sa couleur générale est gris-brun , et on re- marque sur son dos quatre lignes blanches , ainsi que des taches blanches et noires.

Tous les Lézards dont il a été question jusqu'ici por- tent sous le cou un collier squameux, parfaitement distinct des écailles du thorax, et séparé d’elles dans toute son étendue par un espace garni de petites écailles granulées. Dans ceux dont il nous reste à parler, cette disposition n’existé au contraire que sur les côtés et sur la ligne médiane, les écailles du collier se continuent sans interruption avec celles du thorax, dans une étendue plus ou moins considérable : il en est même chez qui le collier est à peine distinct, et qui, sous ce rapport ainsi que par la petitesse des écailles abdominales, sem-

blent établir le passage des Lézards à certains scinques,

AR ce) et notamment à ceux figurés par M. Savigny, PI. 2, fig. 4,5 et6.

L'espèce qui se rapproche le plus des Lézards ordi- naires est le LÉézanD véLoce, qui se trouve dans le midi de la France ainsi que dans d’autres parties de l’Europe, en Egypte , etc. La plaque frontale est fortement rétrécie en arrière ; le bord antérieur des pariétales est fortement tronqué pour recevoir les fronto-pariétales. L'interparié- tale est rudimentaire, et l’occipitale n’existe pas (PI. 6, fig. 6.). Les écailles qui recouvrent les tempes sont gra- nulées , d’une petitesse extrême au-dessus du niveau du méat auditif ; mais au-dessous elles sont plus larges , et plates (PI. 7, fig. 4.). Le collier descend obliquement vers la poitrine ; toutes les écailles qui le forment sont nota- blement plus grandes que celles qui les précèdent. Enfin, sur la ligne médiane il n’exisie point derepli tégamentaire garni de petites écailles granulées entre les écailles du col- lier et celles du thorax; aussi les premières se continuent- elles sans interruption avec les autres, tandis que, sur les côtes, le bord postérieur du collier est libre , comme à l'ordinaire. On compte sous l'abdomen huit rangées lon- gitudinales et environ trente-deux rangées transversales d’écailles, dont le bord inférieur est presque droit, et l’externe un peu oblique; mais l’angle qu’ils forment n’est pas notablement arrondi. Au devant de l’anus il existe trois ou quatre écailles situées sur la ligne mé- diane, et plus grandes que les latérales ; celles de la queue sont semblables à ce que nous avons vu dans le Lézard de Savigny, etc. Les pores fémoraux sont au’ nombre de vingt à vingt-six de chaque côté, et se pro- longent jusque sur la ligne médiane du pubis. La patte

( 79)

postérieure peut atteindre jusqu’à l'oreille. Enfin, la queue est en général longue et grêle.

Les couleurs du Lézard véloce ont déjà été décrites avec détail par les herpétologistes : il serait par consé- quent inutile d’en parler ici ; mais je dois ajouter que le Lezard Bosquien , de Daudin , ne diffère du véloce par aucune disposition organique constante : aussi doit-on les réunir, comme l’a déjà fait M. Cuvier.

. Parmi les objets d'histoire naturelle rapportés de la Perse et de l'Asie mineure, par Olivier, se trouvaient plusieurs Lézards qui ressemblent beaucoup à celui dont il vient d’être question , maïs qui en difilèrent sous plu- sieurs rapports. La description que Daudin a donnée du Lézanp pu Désert convient très-bien à ces animaux; et, crainte de multiplier inutilement les noms, je crois devoir les rapporter à cette espèce, bien que je n’ai pu m'assurer de leur identité par l’examen des planches de Ivan Lépéchin, car dans le cas je me serais trompé , il serait toujours facile de distinguer celui dont Je vais parler par une nouvelle dénomination spécifique. Chez ces petits animaux la plaque frontale et l’interpa- riétale sont dispôsées de même que dans le Lézarä véloce; mais Le bord antérieur des pariétales està peu près droit et ne présente point d'échancrure pour recevoir les plaques pariétales (PI. 6, fig. 8.). Les écailles des tempes sont pe- tites et granulées ; le collier est très-oblique ; les écailles qui le forment nie sont guèreplus grandes que celles qui les précèdent; enfin les cinq ou six qui occupent la partie médiane sont fixées sur le thorax, et se continuent sans interruption avec celles de cette partie, mais sur les

côtés du cou elles en sont séparées par un espace granulé.

( 80 )

Sous l’abdomen on compte dix, même quelquefois douze rangées longitudinales d’écailles; les angles en sont arrondis , les médians sont aussi larges que les autres. Au-devant de l'anus il existe trois écailles médianes as- sez larges. Celles du dos et de la queue ne diffèrent pas notablément de celles des mèmes parties chez le Lézard véloce ; les pores fémoraux sont au nombre de 18 à 22; les pattes postérieures peuventatteindre à peu près le mi- lieu du cou; enfin, la queue, grosse près de sa base et se rétrècissant très-brusquement , est en général très- courte.

La dernière espèce dont il me reste à parler , est celle à laquelle je donnerai le nom de Lézann ne Lecne- xauD. De même que chez le Lézard du désert, le véloce, etc., la plaque frontale de celui-ci est très-rétrécie en ar- rière, et l’interpariétale est rudimentaire ; mais son ex- trémité antérieure est droite au lieu d’être pointve, et elle se continue avec deux autres petites plaques qui occupent également la ligne médiane et dont l’une est l’occipitale (PL 6, fig. 9.). Les tempes sont recouvertes de petites écailles ; le collier est droit, peu distinct, et libre seule- ment sur les côtés du cou ; dans toute Îà longueur de la poitrine, les écailles qui le forment se continuent sans interruption avec celles de cette partie. Sous l'abdomen on compte six rangées de grandes écailles à bords arrondis ; au-devant de l'anus, il en existe deux qui occupent la ligne médiane et qui sont assez grandes, surtout la posté- rieure. La disposition des écailles de ia queue est à peu près la même que dans le Lézard véloce, etc.; celles du dos sont très-petites. Le nombre des pores , sous chaque

cuisse, est d'environ quinze; enfin, les pattes posté-

#

(81 )

rieures sont très-longues et peuvent atteindre jusqu'à l'oreille.

L'individu que j'ai examiné et qui a été envoyé de Coromandel par M. Leschenault, est de très-petite taille ; sa longueur totale est seulement de huit centimètres. Les couleurs en sont très-jolies; le dos est verdâtre, les flancs d’un brun noir, et de chaque côté il existe deux raies blanches longitudinales bien nettement des- sinées.

Daudin, M. Merrem et d’autres naturalistes, ont mentionné plusieurs espèces dont je n'ai point parlé dans ce Mémoire; mais les caractères qu'ils indiquent pour les distinguer me paraissent en même temps tout-à-fait insuflisans ponr y parvenir , et impropres à servir de base pour des divisions spécifiques. Aussi, dans l’état actuel de la science, me paraît-il impossible de les con- server sans retomber dans l’état d'incertitude et dans le vague que j'ai cherché à faire cesser à l’aide des obser- vations dont je viens de rendre compte. Le Lezard strié de Daudin fait seul exception, mais il ne devrait pas être rapporté au genre dont il porte le nom ; car les pla- ques qui recouvrent la face supérieure de sa tête, pré- sentent les mêmes caractères que dans les ameiva et les écailles de la face inférieure du corps sont rhomboïdales et fortement carénées , disposition qui sépare complète- ment cet animal de tous les lézards proprement dits.

D'après les détails que j'ai fait connaître , on a pu voir qu'il serait facile d'établir parmi les Lézards plusieurs coupes naturelles propre à simplifier l'étude des espèces, et à rendre leur détermination plus faciles. Dans la des- cription que j'ai donné ci-dessus , il importait de faire

XVI. G

( 82 )

connaître tous les caractères organiques de chacune des espèces que j'ai cru devoir adopter ou établir; mais en général l'indication de deux ou trois des plus saillans suffit pour les faire distinguer, ainsi qu’on peut le voir par le tableau suivant.

FAMILLE DES LACERTIENS , Cuv. GENRE LEZARD.

Tête recouverte en dessus d’une espèce de bouclier garni de larges plaques squameuses et dont le bord postérieur, situé au niveau des méats auditifs, n’est point séparé des écailles granulées du dos par une ou deux rangées de plaques plus petites. Un collier , situé sous le cou et formé par une rangée transversale d’écailles plates, assez larges, et séparées de celles du tronc, dans toute son étendue ou par les côtés seulement , par un espace garni de petites écailles granulées ; écailles de l'abdomen beaucoup plus larges que celles du dos et

sans carène : une rangée de pores sous chaque cuisse.

S.I.

Lézards dont le collier est séparé des écailles du tho- rax, dans toute son étendue, par de petites granula-

tions squameuses.

+. Plaque frontale très- développée et presque aussi large à sa partie postérieure que vers son extrémité antérieure.

1. Lézarp ocezcé ( Lacerta ocellata Daudin. Lézard vert, Lacépède, Hist. mat. des Quadrupèdes ovi-

( 83) pares , t. 2; pl. 1. L. lepida, Daudin, Hist. nat. des Rep.,t3, pl.37, f. 1, etc.).

Plaque occipitale très-développée (au moins aussi large que les pariétales ou la frontale ) huit ou dix ran- gées longitudinales d’écailles sous le ventre.

2, LÉZARD PIQUETÉ (Lacerta varius. Seps varius, Laurenti , Synop. rep. , pl. 3 ,f. 2. L. viridis, Dau- din , loc. cit., pl. 34. Lacerta bilineata, ibid, pl. 35,f.r).

Plaque occipitale rudimentaire. Six rangées d’écailles abdominales. Tempes recouvertes de larges écailles en forme de plaques. Pattes postérieures pouvant attendre Vaisselle.

3. Lézarp pes soucaes ( Lacerta stirpium , Daudin , pl. 35,f. 2. L. arenicola, Daud., loc. cit., pl. 38, f. à):

Plaque occipitale rudimentaire ; six rangées d’écailles abdominales. Tempes recoevertes de larges écailles en forme de plaques. Pattes postérieures ne pouvant at- teindre au-delà du poignet de la patte antérieure. Queue

efilée.

4. Lézann ve Scareisers (Lacerta Schreibersiana,

Mihi. L. fusca , Daud.?? ).

Plaque occipitale rudimentaire ; six rangées d’écailles abdominales. Tempes en général recouvertes de petites écailles granulées, et d’un disque massetérin. Pattes

postérieures pouvant atteindre au-delà du poignet de la

( 84 ) patte antérieure. Queue grosse , et diminuant de volume très-lentement. Environ douze pores fémoraux.

5. Lézano vrs muraizzes ( Lacerta muralis , Latreille.

L. agilis, Lin. , Daudin, etc.).

Plaque occipitale rudimentaire ; six rangées d’écailles abdominales. Tempes garnies d’un disque massetérin et de petites écailles granulées. Pattes postérieures pou- vant atteindre en général au-delà de l’aisselle. Dix-huit à vingt-cinq pores fémoraux.

6. Lézann DE LaLANDE ( Lacerta Lalandüi , Mihi.)

Plaque occipitale rudimentaire ; six rangées d’écailles abdominales. Tempes recouvertes de petites écailles gra- nulées , et sans disque massetérin. Pattes postérieures ne pouvant atteindre les antérieures. Deux grandes écailles médianes au devant de l’anus.

7. LézarD DE Ducès (Lacerta Dugesii, Mihi.)

Plaque occipitale nulle ; six rangées d’écailles abdo- minales. Tempes recouvertes de petites écailles granu- lées et sans disque massetérin. Pattes postérieures pou- vant atteindre à l’aisselle. Une seule grande écaille médiane au devant de l’anus.

Plaque frontale peu développée , et considérable- ment rétrécie à sa partie postérieure (environ moitié plus étroite en arrière qu’en avant ). 8. Lézanp D'Ozivier ( Lacerta Olivieri, Audouin, Ægypt. septent.; Sauriens , pl.2, f. 1,2,etc.).

‘Six ou huit rangées d’écailles abdominales. Une grande écaille médiane au devant de l'anus.

(85)

0. LézarD DE Savienyx (Lacerta Savignyi, Aud., loc. cit, pl. 1, f. 8.)

Six ou huit rangées d’écailles abdominales. Trois

écailles médianes assez grandes au devant de l'anus.

10. LézARD POMMELÉ ( Lacerla scutellata, Aud., Loc.

Qi pl- 1,27.)

Douze ou quatorze rangées d’écailles abdominales. Plaques interpariétales rudimentaires. Trois écailles mé- dianes , plus grandes que les latérales , situées au devant de l'anus.

11. Lézarb 9e Duméniz (Lacerta Dumerili, Mihi. )

Douze ou quatorze rangées d’écailles abdominales. Plaque interpariétale rudimentaire. Deux écailles mé- dianes situées au devant de l'anus : la postérieure plus petite que les latérales.

12. L£zann ne Kwox (Lacerta Knoxi , Mihi.)

Douze ou quatorze rangées d’écailles abdominales. Plaque interpariétale très-développée.

$ IL.

Lezards dont le collier, libre seulement sur les côtes, se confond avec les écailles du thorax, près de la ligne médiane, dans une étendue plus ou moins con- sidérable. |

23. Lézann vécoce (Lacerta velox, Pallas, Daud. , etc. L. Boskiana, Daud., Loc. ëit., pl. 36, f. à ; Savigny. loc. cit, , pl. 1,f. 9).

( 86 ) Huit rangées ou plus d’écailles abdominales. Bord

antérieur des plaques pariétales fortement tronquées

pour recevoir les fronto-pariétales.

14. LézarD pu péserr ( Lacerta deserti, Gmelin, Dau- din, etc.). Huit rangées ou plus d’écailles abdominales. Bord an- térieur des plaques pariétales pas notablement tronquées

our s’articuler avec les fronto-pariétales. P

15. Lézanp ne Lescuenauzr ( Lacerta Leschenaultii , Mihi). Six rangées d’écailles sous l'abdomen (1).

(1) Il faudra ajouter à ce tableau l’espèce que M. Dugès vient de crire sous le nom de Lézard d'Edwards. ,

Tableau des proportions des diverses parties du corps chez le Lézard des murailles.

Tête. 20 20 20 20 20 20 20 20 20 20 20 20 20 20 Cou (1). 27 30 29 28 27 29 28 28 37 28 31 32 28 28 Tronc (2). 48 53 48 52 52 5o 54 55 5x 53 5x 54 52 46 Patte antér. 27 27 2 26 27 28 28 30 31 30 29 24 27 28 Patte postér. 47 5o 4 42 45 47 46 46 54 48 46 56 45 44 doigt dela patte pos. 16 14 15 14 15 14 18 16 18 16 15 18 15 16 Q uene, 168 | 143 147 | 160 125 147 ? ? 160 125 p ? 164 | 156

Tabieau des proportions des diverses parties du corps dans diverses espèces de Lézards.

ÊTES

Le t

se

L. L. L. L. L. L. L. ps L. L. L. L. De Lus: Pre OCELLÉ: PIQUETÉ. DES SOUCHES. |DES8 MURAILLES. VÉLÔCE. DU DÉSERT. SCHREIBENS.| DE DUGÈS. | DE LALANDE DE DUMÉRIL | CHENAULT: moxim. min. | max, min. | max. min. | max min. | max. min. | max. min.

Tête. 20 20 20 30 20 20 20 20 20 20 20 20 20 20 20 20 20 Cou: 30 381 30 28 | 39 27 | 31 27 | 28 28 | 34 3x 30 29 30 4o 37 Tronc. 55 471 66 53 | 60 54 | 55 48 | 56 44 | 52 46 60 60 gt 80 68 Patte postér. 47 4of 46 45 | 36 33! 56 42 | 55 48 | 52 49 4x 48 40 80 70 Queue. 170 134 | 200 180 | 144 168 125 | 152 150 | 140 9 166 179 259 144 102

(1) Mesuré de l'extrémité du museau au collier.

(2) Du collier à l’anus.

( 88 ) EXPLICATION DES PLANCHES.

GARACTÈRES SPÉCIFIQUES DES LÉZARDS. Planche +.

Fig. 1. Face supérieure de la tête du Lézard ocellé.

À, plaque occipitale ; B, plaques pariétales ; C, plaque interpa- riétale; D, plaques fronto-pariétales ; Æ, plaque frontale; F, pla- ques palpébrales postérieures ; G , plaques palpébrales antérieures ; H', plaques fronto-rasales ; Z, plaque internasale ; XX, plaques na- sales ; Z, plaque rostrale ; W, méat auditif.

Fig. 2. Tête de l’Ameïva galonné, grossie. ( Les mêmes lettres indi- quent les mêmes parties. )

Fig. 3. Face supérieure de la tète du Lézard piqueté ( grandeur natu- relle ).

Fig. 4. Face supérieure de la tête du Lézard des souches ( grossie ).

Fig. 5. Face supérieure de la tête du Lézard de Schreibers ( grossie).

Fig. G. Face supérieure de la tête du Lézard de Lalande.

Planche vi.

Fig. 1, Face supérieure de la tête du Lézard des murailles ( grossie ). Fig. 2. Face supérieure de la tête du Lézard de Dugès ( grossie). Fig. 3. Face supérieure de la tête du Lézard pommelé ( grossie ). Fig. 4. Face supérieure de la tête du Lézard de Savigny ( grossie ). Fig. 5. Face supérieure de la tête du Lézard d'Olivier ( grossie ). Fig. 6. Face supérieure de la tête du Lézard de Knox ( grossie ). Fig. 9. Face supérieure de la tête du Lézard véloce ( grossie).

Fig. 8. Face supérieure de la tête du Lézard du désert ( grossie ). Fig. 9. Face supérieure de la tête du Lézard de Leschenault ( grossie ). Fig. 10. Ecailles de la queue du Lézard piqueté (grossies).

Fig. 11. Ecailles de la queue du Lézard des murailles ( grossies ). Fig. 12. Ecailles de la queue du Lézard du désert ( grossies ).

Planche xir.

Fig. 1. Face latérale de la tête du Lézard ocellé. Fig. 2. Face latérale de la tête du Lézard piqueté.

Fig. 3. Face latérale de la !tète du Lézard des murailles ( O, disque massetérin,

(89 ) Fig. 4. Face latérale de la tête du Lézard véloce. Fig. 5.5. Face latérale de la tête du Lézard de Lalande. Fig. 6. Ecailles abdominales du Lézard ocellé, Fig. 7. Ecailles abdominales du Lézard piqueté. Fig. 8. Ecailles abdominales du Lézard des murailles ( grossies ); Fig. 9. Écailles abdominales du Lézard de Duméril ( grossies ).

Planche vu.

| Fig. r. Portion antérieure du Lézard des souches , vue er dessous pour montrer le collier P.

Fig. 2. Lézard des muraïlles vu de même.

Fig. 3. Lézard du désert vu de même.

Fig. 4. Portion postérieure du corps d’un Lézard des souches, pour montrer la disposition des écailles situées au devant de l’anus. # , grande écaille médiane ; r, anus ; q, pores fémoraux.

Fig. 5. Mêmes parties chez le Lézard de Lalande.

Fig. 6. Mêmes parties chez le Lézard du désert.

OBSERVATIONS ADDITIONNELLES à La Notice sur les Minerais de fer pisiforme de position analogue à celle des brèches osseuses, etc. (1)

Par M. AzExANDRrE BRONGNIART.

J'ai cru reconnaître, et j'ai cherché à établir dans une notice précédente, des rapports de position géogno- stique , et d'époque de formation entre les brèches osseuses et les minerais de fer pisiformes qui, dans différens terrains , remplissent de brèches ferrugineuses des fentes et fissures toujours en communication avec la surface du sol : ces rapports étaient fondés sur les

(1) Voyez les Ænnales des Sciences naturelles, tom. XIV, p. 410.

( 90°)

caractères géologiques les plus généralement admis, ét sur les présomptions les plus probables ; mais je n’en avais pas de preuves directes, c’est-à-dire que je n'avais pas connaissance qu’on eût encore trouvé dans lés brè- ches ferrugineuses des ossemens des animaux qui se rencontrent si communément et si abondamment dans les brèches osseuses proprement dites.

Depuis la publication de cette notice , j'ai acquis des faits précieux en faveur de mon opinion, et de la ma- nière la plus flatteuse pour moi, tant par lés sources d’où ils me viennent que par l’empressement et les dé- tails savans avec lesquels ils m'ont été communiqués.

M. Necker-Saussure, professeur de minéralogie à Ge- nève, fournit , par des observations qu’il a faites en Car- niole sur des minerais de fer de mème nature et de même position que ceux des fentes du Jura, les preuves directes qui me manquaient pour établir l’analogie d'époque entre ces brèches ferrugineuses et les brèches osseuses ; il m’apprend qu'il a trouvé dans les nrinerais de fer de Carniole, qui remplissent les fentes du calcaire de ce pays, des ossemens de différens animaux, notamment de lUrsus spelœus. UM à visité deux fois ces cantons , et confirme l'absence constante des coquilles marines ; en- fin il me donne sur la position de ces minerais , et sur les circonstances de leur gisement , des détails qui m'ont semblé trop précieux pour que je sois le sél à en pro- fiter. Je crois donc devoir faire connaître ces détails , en publiant la partie de la lettre que M. Necker-Saussure m'a fait l'honneur de m'écrire, qui est relative à ce sujet.

(91 )

Extrait de la Lettre de M. le professeur Necker- Saussure à M. Alexandre Brongniart , au sujet des brèches en méme temps osseuses et ferrugi- neuses des mines de fer de la Carniole.

.… On exploite dans les districts de la haute Carniole, et en très-grande abondance, de pareïls minerais de fer (du fer hydroxidé). Je puis avoir la satisfaction de vous annoncer qu’à plusieurs reprises , et dans diverses mines de cette nature , il a été trouvé des ossemens de mam- mifères , et notamment des dents de l’Ursus spelœus.

Dans le groupe de montagnes qui s'étend sur la rive droïte de la Save, au nord-ouest de Laybach, et dont le Terglou , la plus haute cime de la Carniole, fait partie, sont trois districts d'exploitation : ceux de Ei- senern, de Kropp et de Woclhiein, des minerais de fer hydroxidé tout-à-fait analogues par leur gisement et leur composition à ceux que vous avez décrits, sont

exploités et fondus. J'ai particulièrement étudié la géognosie des environs de Kropp, et c’est ce district dont je vais vous donner ici une description très-som- maire. Les usines de Kropp sont situées au fond d’un profond ravin en forme d’entonnoir , qui s'ouvre au nord ; et qui est bordé de tous les autres côtés par des montagnes élevées de 200 à 4oo mètres au-dessus du lieu sont placées ces forges. J'ai trouvé ja hauteur absolue de ce lieu même, par l'observation de mon ba- romètre , d'environ 600 mètres. ( Je ne donne pas plus

de précision à cette mesure , parce que je ne considère

(92)

le résultat de 304 toises que j'ai obtenu, que comme suffisamment exact pour le but purement géologique que je me proposais). Voici la nature et la structure des terrains qui se succèdent de bas en haut, en partant des forges de Kropp, et en s’élevant jusqu’au faîte des montagnes sont situées les mines de fer. Pour éviter les longueurs , je joins ici ( PI. 4 ) la section de la montagne au sud de Kropp qui renferme tous ces terrains , et je me contenterai d’en expliquer les diverses parties. La direction générale de toutes les couches est du N. O: au S. O., sous des angles de 30° à 45°.

Le terrain le plus bas (pl. 4, n°1)estunschiste, ou plutôt un phyllade pailleté à grain extrêmement fiu, et.dont les paillettes de mica ne sont visibles qu’à la loupe; ses feuillets sont épais, et sa couleur noire; il alterne dans le haut avec un calcaire noir ou gris très-foncé, veiné de spath (2), lequel finit par se montrer seul. Au-dessus est un calcaire gris clair , presque blanc, à cassure écailleuse (3), dans lequel, sont des amas de fer oxidé rouge , quelquefois seul, quelquefois mêlé de fer oli- giste micacé, le plus souvent combiné avec de la silice, et formant des jaspes rouges en rognons, ou des vei- nules d’une cornaline translucide d’un grain très-fin , et d’un beau rouge. Sur ce calcaire repose une eurite por- phyroïde verte, dont la pâte est si difficilement fusible qu'on emploie ce porphyre comme pierre réfractaire , pour la chemise des fourneaux à fonte de Kropp. Cette eurite (5) passe graduellement, dans le haut, à un spi- lite commun , d’abord verdâtre, puis d’un brun violet, dont les cavités très-nombreuses sont quelquefois rem- plies de spath calcaire , et le plus souvent vides (6). J'ai

: ++. rtf

(93)

vu le lit d’eurite et de spilite reposer immédiatement sur le calcaire no 3; je l'ai vu aussi, dans une autre partie de la montague, recouvrir immédiatement les schistes ne 1 ; le calcaire 2 et le calcaire 3 manquaient complètement. L'eurite et le spilite qui l'accompagne sont-ils recouverts par le calcaire (7) qui forme la crète de la montagne? c’est ce que je ne puis affirmer, ces deux terrains étant partout séparés par un espace couvert de débris et de végétation. Ce calcaire supérieur (7) est celui qui renferme les mines de fer hydroxidé pisiforme.

Il est impossible ici d’assigner sa place géognos- tique , puisqu'il n’est recouvert par aucun autre des terrains de sédiment moyens, et qu'il est complète- ment dépourvu de corps organisés fossiles, du moins partout Je l’ai examiné. Tout ce que l’on sait à cet égard, c’est qu'il recouvre les schistes et les calcaires ci-dessus mentionnés , qui sont eux-mêmes , tant d’après mes propres observations que d’après les renseignemens que j'ai recueillis sur les lieux, également dénués de fossiles. Ce qui prouverait cependant, selon moi, que ces grandes masses de calcaire supérieur sont d’une époque de formation beaucoup plus récente que les schistes et les calcaires inférieurs, c’est qu’on ne les voit pas toujours recouvrir les mêmes couches : ainsi, par exemple , on en voit des lambeaux considérables recou- vrir immédiatement les schistes les plus bas (1) sur toute la crète de la montagne qui ferme , à l’est, le ravin ou entonnoir au fond duquel sont les usines de Kropp. Les caractères minéralogiques de ce calcaire ne sont pas non plus bien prononcés ; il est compacte, à grain fin; sa

couleur est un gris blanchâtre, comme les calcaires

( 94 )

compactes des terrains jurassiques, mais il est plus, translucide que ceux-ci ne le sont communément, ce qui, joint à sa cassure écailleuse, et aux nombreux petits filets de spath qui le traversent dans tous les sens, et qui restent en saillie sur les surfaces exposées à l’action de l’atmosphère , lui donne plutôt l'apparence des calcaires vulgairement appelés de transition.

La surface des rochers formés de ce calcaire n’est pas aussi remarquablement sillonnée par des fissures nom- breuses et irrégulières , que celle des autres rochers cal- caires analogues qui recouvrent la plupart des sommités de la Carniole. Mais, dans la partie supérieure des ro- chers, s'ouvrent de grandes et profondes fentes vertica- les (8), dont l’ouverture vient aboutir à la surface du sol, des espèces de puits sinueux etirréguliers, dont les parois formées de roc vif calcaire offrent des protubérances irrégulières et anguleuses, comme on en voit dans presque toutes les cavernes. Ces fentes ressemblant, dans le fait, à de longues et étroites cavernes verticales, sont celles qui renferment des dépôts d’une argile ocreuse jaune et de fer hydroxidé , tantôt compacte dans son tissu , mais poreux et cellulaire dans sa structure, les cellules étant alors. remplies de l'argile jaune ou jaune rougeûtre; tan- tôt en rognons tuberculeux à surface lisse, ou quelque- fois hérissée à l'extérieur de sommets de cristaux en forme de pyramides quadrangulaires, fort rapprochées par leurs angles de l’octaèdre régulier. Ces masses cristal- lines ont intérieurement la structure radiée, et sont de vraies hématites brunes. Enfin le minerai de fer se pré- sente souvent en masses arrondies, pour la plupart aussi

rondes que des balles de mousquet, luisantes et comme

4

(95 ) polies à la surface ; de couleur brune : et qui ont ordi- nairement la grosseur d’une. noisette ou d’une noix, mais qui surpassent quelquefois un peu celle du poing. Ces masses , toujours très-luisantes , sont souvent aussi irrégulières , angles fort émoussés ou discoïdes ; elles sont réunies ensemble par un ciment d'argile ocreuse jaune-rougeatre , renfermant des fragmens an- guleux de calcaire blanc, et de petits grains de quarz blanc et opaque. Voilà quel est le minerai qui remplit les fentes ouvertes dans le calcaire. Je regrette de ne pouvoir donner aucun détail sur la position respective qu'occupent les diverses variétés de minerai dans leur gite; l'extraction ne s’en fait qu'en hiver, les paysans qui s'occupent de ce travail , se livrant en été à l’agricul- ture , je n’ai pu descendre au fond des puits très-pro- fonds j'aurais vu les filons intacts : tout ce que j'ai pu savoir, c’est que l'argile ocreuse occupe une grande place dans ces fentes , qu’elle unit ensemble les diverses variétés de minerai , remplit leurs interstices , et qu’elle est souvent elle-mème assez riche en fer pour être portée au fourneau. Mais j'ai pu, en visitant les portions su- périeures et accessibles des travaux , me convaincre que le minerai qui remplit les fentes est tout-à-fuit indépen- dant du calcawre dans lequel elles sont ouvertes ; les parois très-irrégulières de ces fentes sont recouvertes d’un vernis de fer hydroxidé jaune terreux , et j'ai vu encore attachés à leur surface des fragmenfde Pargile jaune contenant du fer hydroxidé pisiforme et cellu- leux : j'y ai vu aussi de vraies stalactites calcaires, et de grandes masses de ealcaire concrétionné , albätre

veiné , à structure radiée , tapisser les parois des fentes,

(96 )

et être pénétrées et mêlées de fragmens de fer hy- droxidé, formant ainsi une brèche dont les fragmens sont ferrugineux, et le ciment est l’albâtre. De larges filons d’un spath calcaire très-beau , très-blanc et pres- qu'opaque, se clivant naturellement en gros rhom- boïdes primitifs , traversent aussi les masses d'argile et de fer encore adhérentes aux parois de la fente, mais ne pénètrent pas dans le calcaire de la montagne. Dans l'exploitation de ces gites , qui a toujours lieu par puits et non par galeries , le mineur travaille sans art, se contentant d'extraire le contenu de la fente lorsqu'il est assez meuble et assez peu adhérent aux paroïs pour pouvoir être enlevé sans le secours de la poudre à canon. C’est ainsi qu'étendant leurs travaux lorsque la fente s'élargit, les resserrant lorsque celle-ci devient plus étroite , ils descendent à de grandes profondeurs, lais- sant au-dessus d'eux un vaste puits à parois, irrégulière- ment déchirées, recouvertes de lambeaux stalactitiques, pénétrés de minerai ; ces puits, comme Je l’ai déjà dit, présentent tout-à-fait l'apparence de grottes naturelles. Je n'ai vu parmi le minerai, tant encore en place dans le haut des mines que dans les tas destinés à la fonte, et et je n'ai pu apprendre de personne qu'on y eût trouvé des coquilles ni marines , ni terrestres. Mais, en re- vanche, on y trouve quelquefois des ossemens. Voici à cet égard les données que j'ai eues :

Hackett dans son Oryctographia carniolica (tome 2, p- 179), s'exprime ainsi : « Au commencement de cette « année (1779), on a rouvert une ancienne mine « Kropp), l’on a trouvé les ossemens d'un gros « ours avec l’hématite en hémisphères ; les os de cet

( 97 )

«“ ours étaient calcinés et recouverts d’un peu de mine- « rai de fer ; les dents canines étaient tout-à-fait entières, « et la partie qui adhérait au Schiefer (je ne sais si « l’auteur entend par un schiste eu l’esquille de l'os « maxillaire) était également reconverie d’une croûte « de minerai. » M. Nototsnik , homme instruit en géognosie, et bon observateur, qui dirige maintenant une des fonderies de Kropp, et auquel je demandai en 1824 quelques éclaircissemens sur ce sujet, me dit qu'en effet on trouvait quelquefois aux environs de Kropp, dans les fentes verticales l’on exploite le minerai de fer , des dents de mammifères, qu’ilen avait eu en sa possession, mais qu'il les avait données : il ajouta que, pendant une absence de quelques années, à laquelle ses affaires l'avaient appelé, des ouvriers de

Kropp, travaillant a Témploïuiqe d'une mine de fer, y avaient découvert un grand amas d’ossemens, mais qu'effrayés à cette vue, ils s'étaient hâtés de recombler le puits et de l’abandonner. Enfin, ayant reva M, No- totsnik cette année ( 1828) à Kropp, il m'a montré, et même a bien voulu me donner une dent canine d'ours

que des ouvriers, travaillant dans la mine de fer nom.

mée Draschgasche, au midi de Kropp , lui ont apportée

en 1827 , et qu ils avaient trouvée dans l'argile ferru-

gineuse de la fente.

Cette dent dont j'ai l'honneur, Monsieur, de vous envoyer le dessin au trait, de grandeur naturelle, porte dans sa couleur, d’un brun assez foncé , la marque de son long séjour dans une mine de fer. Des dents toutes semblables de l’'Ursus spelœus, que je me suis procu- rées à la grotte d'Adelsberg,, ont une couleur blanche

7

d'unjaune rougeätre très-clair, provenant de l'argile rouge elles se trouvent.

Les mines de fer hydrexidé de Wocheïin sont précisé: ment!} quant à la nature et au gisement de leur mine- rai, semblables à celles de: Kropp ; elles sont dans les profondes fissures d’un calcaire trèstblanc , à grain fin , et tout-à-fait semblable. au calcaire du Jura : ee calcaire forme la base méridionale du Terglou. Le:plas profond des puits de ce district a 124 klafter ‘où toises de six pieds de Vienne, depuis la surface du sol. aussi se sont trouvés des ossemens de mammifères. Jai vu , dans In collection gécgnostique de Carniolé ;: rassemblée par le baron Zoïs, “et achetée après sa mort par la ville de Laybach , des fragmens‘d’os et des dents de ‘mammi - fères carnivores, mais d'une Érpec fort inférieure pour la taille à celle à laquelle appartient la dent que j'ai rap- portée de Kropp. L'étiquetie, écrite de la main du baron oïs , qui accompügne ces os, porte ces mots : Jrouvés dans la mine de fer Sa-Bresnam-na-Robo, près de | Gorioush (distriét de Vochein ), 50 toises de profon- deur. J'espère pouvoïrvous envoyer , Monsieur, un des: sin de ces ossemens i; si l’ordre que j'ai donné à Laybach de me les faire dessiner est exécuté ‘convenablement: Les mines d'Eisenern sont dans la même chaîne de mon: tagnes que celles de Kropp, et sont:tout-à-fait: sem= blables ; lecalcairé qui les renferme repose:sur un grès alternant avec un/poudingue, ou plutôt une brèche quarizeuse grise,ret avec des schistes noirs: Cette for= mation me paraît se rapprocher des anciens grès rouges old red sandsione des Anglais: Aucun des ‘employés

des mines d’'Eisenern meparut avoir tonnaissance d’osse:

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(99 )

mens ou dents trouvés dans les mines de leur district. Le minerai de fer hydroxidé de Kropp, d'Eisenern et de Wochein; est regardé comme de très-bonne qualité ; on le fond ordinairement sans mélange et même sans castine (une variété de fer hydroxidé celluleux pénétré d'argile jaune très-calcaire en tenant lieu) ; par fois on y'ajoute cependant , en très-petité ‘proportion, du fer oxidé rouge et du fer oligiste micacé provenant de pe- tites exploitations peu éloignées, soit dans la Carniole, soit dans la Styrie ; mais ce mélange a plutôt pour but d'utiliser ces minerais que de corriger la qualité du fer hydroxidé. Aucun des minerais de fer hydroxidé n’est soumis au grillage, à l'exception d’une petite portion de :celui de Wochein qui renferme un peu de fer sul- furé. On s’en débarrasse eh exposant ce minerai après le grillage à l’action des élémens-pendant plusieurs mois. Les minerais de fer oolithiques en couches ‘intérposées dans Je calcaire jurassique ; et contenant des coquilles marines fossiles, n’existent'pas à ma connaissance dans la Carniole , ies seuls minerais de fer exploités sont ces hydroxides de: Wochein ;’ Kropp ; Eiïsenern , et les fers carbonatés spathiques de Sava et de Jauerburgh , en amas dans des calcaires schisteux noirs earburés au- dessus du grès rouge ; dans Ta chaîne de hautes mon- tagnes qui sépare la Carniole de la Carinthie.

Je m’arrêterais ici sije ne croyais devoir faire men- tion d’un fait qui, quoique peu concluant, servira du moins à compléter les notions qu'on peut se former sur le gisement des minerais de fer de Kropp. A une lieue de Kropp, et sur le revers oriental dela montagne qui

s'élève à l’est de ce bourg, s'ouvre un petit vallon ;

( 100 )

sa berge septentrionale est du calcaire supérieur 7; à la base de la colline boisée et couverte de végétation qui‘forme.sa berge méridionale, est un lit épais d’une argile ferruginueuse jaune et rougeàtre (9), contenant quelques légers indices.de fer hydroxidé ; cette circon- stance et sa ressemblance avec l'argile qui remplit les fentes exploitées, ont engagé à faire quelques recher- ches ; mais le minerai s'étant trouvé très-rare, et l'argile très-pauvre, on a abandonné tout de suite le travail ; cette couche plonge, comme celle du calcaire, au S.E., et paraît devoir le recouvrir. Rien n’est visible au- dessous de cette argile, mais en traversant le coteau dans une direction S.-FE., on trouve sur sa face opposée une couche de macigno ou molasse verdâtre très-fria- ble (10), qui forme une partie d’un dépôt très considé- rable d’un terrain de sédiment supérieur très-récent , dont les couches fort distinctes plongent ici au S.-E., et paraîtraient devoir recouvrir celle de l'argile ferru- gineuse (9). L'âge de cette mollasse est aisé à recon- naître par la présence d’une prodigieuse quantité de coquilles marines des genres propres aux terrains sub- apennins. Ce qu’il y a de remarquable, c’est que ces fossiles n’occupent que les couches supérieures, et y sont distribués par grandes divisions : ainsi la couche rr ne contient presque que des bivalves des genres Venus ( très-grande espèce), Perna maxillata , Ostrea, Pecten, Panopæa, ete. La couche 12 est presque exclusivement occupée par des ÆÂmpudlaires et quelques petites Cérithes. La couche 13 est un amas de plus de deux mètres d'épaisseur uniquement composé de Ma-

drépores de diverses familles Madrepores, Méandrines,

( 107 )

Monticulaires, etc., etc., qui ont toutes l'apparence d'avoir vécu sur la place qu’ils occupent à présent. Des lits très-épais de terrain d’alluvion , galets et sables, recouvrent les couches de cetie formation qui s'étend jusqu’à la Save, en changeant toutefois l’inclinaison de ses couches. Vous sentez, Monsieur , que la super- position de ce terrain de mollasse sur largile ferrugi- neuse , n'étant pas immédiate, peutet doit rester dou- teuse ; mais j'ai cru devoir vous parler de ce fait pour ne rien négliger de ce qui a rapport à cette intéressante localité , et au gisement des minerais de fer. Si je n’avais déjà prolongé cette lettre outre mesure, je vous aurais fait part, Monsieur, de quelques observations sur les côtes d’'Istrie, J'ai vu un filon de fer hydroxidé, luisant , en fragmens anguleux , dans une argile jaune, juxtaposé à des filons de brèche à fragmens calcaires , et à ciment d’argile rouge , à laquelle il ne manque que de contenir des os pour être une brèche osseuse sem- blable à celles de Nice et de Cette. Je vous aurais aussi parlé des filons de tripoli qui accompagnent ces brèches.

Il est, je pense, inutile de faire remarquer la com- plète et frappante ressemblance qu'il y a entre ce gite de minerai de fer et ceux des environs de Lucel , de Delemont, d’Arau, etc., que j’ai décrits dans ma Notice. Mème forme de fissure , mème direction et communica- üon au jour, mêmes rugosités sur les surfaces , même indépendance des minerais et de la roche calcaire, et cependant adhérence des argiles ferrugineuses aux pa- rois, vernis ocreux de ces parois; fer hydroxidé en sphères presque régulières ou en masses pugillaires

( 102 )

tuberculeuses ; fragmens calcaires , stalactites calcaires , comme dans la brèche d'Antibes ; le minerai sans co- quillés® fossiles , et donnant un fer de très-bonne qua- lité, etc. |

Si ma mémoire m'eût mieux servi, j'aurais pu ap- puyer mes présomptions sur une Notice que M. Schu- bler'a insérée à la suite de l’ouvrage de M. d’Alberti, mu- tulé : Die gebirge der Kænisgreiches Würtenberg in bésonderer Béziéhung auf halurgie, Sutigard , 1826, page 302 à 30/; car j'avais lu cet ouvrage, ainsi que le constaté la citation que j'en ai faite dans mon article Sec Marin du Dictionnaire des Sciences naturelles. Mais cetté notice , étrangère au sujet principal, m'a- vait échappé : M: Keferstein vient de me la signaler, et je m'empresse de m'en prévaloir ; elle est relative à la manière d’être des minerais de fer dans le calcaire ju- rassique de l'AÏb en Wurtemberg. M. Schubler y re- cofinaîit deux minerais de fer hydroxidé et globuliformes diflérens par leur position; l’un , oolithique , en couches recouvertes du calcaire du Jura, étant par conséquent du même âge que lui, et renfermant beaucoup de pé- trifications jurassiques ; l’autre, le fer pisolitique , en nodules diverses grosseurs, tuberculeux ou informes, dans une argile rouge, immédiatement sous la terre vé- gétale ; sur La couche la plus supérieure du calcaire ju- rassique , ou dans des cavités de 3 à 7 mètres de pro- fondeur, garnies de stalactites. ci, continue M. Schu- bler, toutes les pétrifications jurassiques manquent; mais on trouve dans ce fer pisiforme ou tuberculeux, des dents roulées de grands quadrupèdes , notamment près de Selmandingen et de Sigmaringen , sur les hauteurs

( 103 )

de V’AÏb, des dents de Rhinocéros, Mastodonte , de Lophiodon, de cerf, de cheval , etc.

Enfin M. Voliz, en rappelant les exemples que j'ai cités et discutés dans ma première notice au sujet de co- quilles marines indiquées dans les gites de minerai de fer pisiforme, en yajoutantd’autresexemples quime semblent également sujets à discussion, parce que je ne crois pas qu’ils se rapportent précisément aux mines de fer que j'ai eu en vue , ajoute, dans une lettre qu’il m'a fait l'honneur de m'écrire sur ce sujet intéressant : Dans le Doubs on trouve souvent dans le haut desmines de fer en crevasse, des dents d'ours entremélées avec la mine pisiforme.

C’est par ces caractères de position superficielle tout- à-fait indépendante du calcaire jurassique dont il rem- plit des fentes ou des cavités qui communiquent avec la surface du sol, ou qui sont tout au plus recouvertes par des terrains alluvions : c’est par la classe de-débris or- ganiques que ces minerais renferment, quand ils en contiennent, ce qui est rare; c'est par ces débris.entiè- rement différens des coquilles marines de la formation jurassique; c'est par ces caractères, dis-je, que ces minerais se distinguent de ceux qui sont interposés d’une manière quelconque dans les couches du calcaire jurassique, et qui sont par conséquent du même àge qu’elles. À ces différences essentielles se réunissent quelquefois , souvent même, celles qui résultent de leur forme et grosseur, oolithique pour les uns} pisi- forme ou tuberculeuse pour les autres ; de la nature si- liceuse, calcaire, argileuse du ciment qui les enveloppe ; mais ces derniers caractères ne sont nullement essen-

tiels, et ne peuvent être apportés comme une anomalie

(104)

aux Jois de position que j'ai cherché à établir, que fes observations précédentes confirment d’une manière st complète et si remarquable, et sur lesquelles je ne dois plus revenir.

Descriprion d’une Pastenague fluviatile du Meta (Pastenague de Humboldt).

Par M. Rouzin.

On considère aujourd’hui les raies, et même les pois- sons cartilagineux en général, à l'exception des Pé- tromyzons, comme appartenant exclusivement à la mer. Cependant il existe dans plusieurs rivières de l’'Amé- rique méridionale des Pastenagues , et quelquefois il en existe dans les mêmes eaux plusieurs espèces différentes. Ainsi, dans la partie supérieure du Méta, dans la pro- vince de San Martin, on trouve une Pastenague tachetée, et une noire qui est celle que je fais connaître aujour- d’hui, et que je distingue par le nom du célèbre voya- geur dont les travaux ont jeté le plus de jour sur l’his- toire naturelle de ce pays.

Les deux Pastenagues qui m'ont servi pour cette des- cription avaient été harponnées par un pêcheur du village de Giramena ; à la taille près , elles étaient parfaitement semblables : lorsqu'on me les présenta, elles étaient mutilées, on leur avait coupé la queue au-dessus de Vaiguillon , de peur que quelqu'un ne se blessät en les

maniant imprudemment ; mais les aiguillons eux-mêmes

( 105 ) avaient été conservés, car on les emploie à faire la pointe des longues flèches , qu'on empoisonne avec le Curare.

Je me procurai un de ces aiguillons, que j’ai depuis déposé dans la collection du Muséum d'histoire naturelle de Paris ; le bout de queue sur lequel il était supporté avait été dépouillé de sa peau , de sorte que je ne pus m'assurer par moi-même si cette queue manquait, comme on me l’assura , d’une nageoire à son extrémité.

La forme du corps de cette Pastenague est elliptique, le dos d’un brun olivâtre assez foncé , marqué de petites lignes noires convergentes, dont l’ensemble forme une courbe fermée à plusieurs échancrures ; les yeux sont petits, saillans, portés sur une sorte de pédoncule, et dirigés en haut, un peu en dehors et en avant : immé- diatement derrière , et un peu en dehors il existe, de chaque côté, un évent assez vaste qui s'enfonce sous le pédoncule des yeux.

Le ventre est très-blanc à sa partie moyenne; la bouche, formée en are, est garnie de dents mousses symétriquement disposées ; en avant est louverture des narines séparée par une cloison , en partie recou- verte par un chapiteau libre , et dont les ailes , de chaque côté , sont entièrement détachées.

Derrière la bouche est l'appareil des branchies, de forme ovale, et occupant plus du tiers de la longueur du corps ; il est formé de six doubles rangs de branchies, ayant chacune leur orifice à la partie externe.

La queue est arrondie, légèrement conique; elle porte , à distances symétriques , des piquans à peu près

comme notre raie bouclée, et, vers l'union du tiers

( 106 )

postérieur aux deux tiers antérieurs, un deux aiguil- lons allongés , applatis, terminés par une pointe très- aiguë, et dont les bords amincis sont garnis de dente- lures dont la pointe est dirigée en arrière ; il résulte de cette disposition que , quand la raie frappe avec son aiguillon, celui-ci pénètre avec facilité, mais ne sort qu'avec peine et en faisant une blessure déchirée très- douloureuse, et, dit-on, quelquefois suivie de la mort.

Le pêcheur portait à la jambe Ja cicatrice d’une bles- sure de raya ; il avait aussi entendu dire qu’on en mou- rait, mais aucun de ceux qu’il avait connus n’en avait éprouvé d'aussi funestes effets ; quelques-uns avaient été très-long-temps à guérir, et il ne pouvait assurer qu’ils le fussent tous.

Les Indiens de San Martin mangent la Pastenague noire; quant à l’autre, ils croient sa chair vénéneuse : c'est peut-être pour cela que quelques-uns la nomment Raya cascabel, Raïe crotale. Peut-être est-ce aussi à cause de la couleur brune tachée de fauve de son dos, qui ressemble à la robe d’un serpent à sonnettes , très- commun dans cette province.

Voici les dimensions de la plus grande des raïes en pied anglais (1) , pouces et dixièmes de pouce.

Pieds. Pouces. Grand diamètre du corps, c’est-à-dire de la partie antérieure

du contour à lanus. 1 4,7 Petit diamètre de Pellipse. 1 0,9 De la partie antérieure du museau. à la bouche, » 2,0 De la bouche à la partie antérieure de l'appareil branchial. » 1,8 Grand diamètre de l'appareil branchial. _v 4,6 Dela partie postérieure de l'appareil branchial à lanus. » 7,6

(1) Le pied anglais correspond à 304,796 millimètres. On sait que le ied francais est de 324,840 millimètres P 507

( 107, )

Pieds, Pouce &. Contour de la queue à sa naissance. » 3,9 Longueur des appendices coniques. D Longueur des nageoires anales. » 4,0 Distance eutre les yeux. » 2,8 Diamètre de œil. » 0,079 Grand diamètre des évents. » 1.6 Petit diamètre des évents. » 1,0 Epaisseur da corps dans sa partie moyenne. D 310

Tous les pècheurs m'ont assuré qu'il y a des raies beaucoup plus grandes que celle dont j'ai donné ici la figure.

EXPLICATION DE LA PLANCHE III. Fig. 1. La Pastenague de Humboldt réduite, vue par la face inférieure. Fig. 3. Zd. Vue par la face supérieure. Fig. 2. Double aiguillon de la queue d’une Pastenague d’un quart envi- ron plus grande que celle dont j'ai donné les dimensions.

Noxe sur la Carinaire vitrée, accompagnant un dessin fait d'après nature sur un individu vivant.

Par le professeur O. Cosra.

(Extrait d’une Lettre adressée aux Rédacteurs. )

.…. Bien qu'on ait décrit avec soin la structure de l'animal de la Carinaire, on paraît connaître encore assez imparfaitement les fonctions de certaines de ses parties, ainsi que la forme de l’animal à l’état de vie.

Jusqu’à l’époque l’auteur de l'anatomie comparée s’est occupé de cet animal , et depuis lors les zoologistes ont manqué d'individus vivans et dans un parfait état de conservation, pour étudier avec exactitude ses mouve- mens et sa forme. Au dire de M. Delle Chiagje, Cavolini

( 108 )

en connut parfaitement la configuration extérieure et x coquille, mais il n’a rien publié sur cet objet, et ses: noles , ainsi que ses figures, ne sont pas venues jusqu'à nous. Après bien des recherches infructueuses, j'ai pu enfin me procurer deux individus vivans, et j'ai été assez heureux pour en conserver un pendant vingt-quatre heures. Il m'a été facile alors d’en faire un dessin com- plet, et vous me saurez peut-être gré, Messieurs, de vous faire part de mes observations , et de mettre à votre dis- position le dessin que j'ai fait d’après nature en 1825, et dont je vous garantis l'exactitude.

La figure ci-jointe représente la Carinaire presque de: grandeur naturelle (1), avec ses couleurs, et dans la: position qui lui est naturelle pendant la natation (c’est- à-dire la coquille en haut). Tout son corps est blanc, transparent comme le cristal, à l'exception de sa na- geoire qui est d’un rose pâle. Sa surface est complète- ment parsemée de tubercules ou papilles ; la bouche a est garnie de deux plaques cartilagineuses, de figure ovale, .sur lesquelles se trouvent implantés cinq rangs de dents délicates et recourbées. Lorsque l'animal étend son œsophage, ces plaques sortent et les dents se portent en dehors en divergeant; quand ensuite il rentre ces par- ties, elles se froissent les unes contreles autres, et la proie se trouve bientôt déchirée et avalée par leur mouvement en sens inverse, à peu près comme si elle était placée entre les dents de ces instrumens qu’on nomme cardes.

f représente le canal intestinal qu’on voit par trans- parence à travers le corps de la Carinaire; on y dis-

(1) L’individu observé avait en longueur un pouce de plus que la

figure qu’on a sous les yeux.

( 109 )

tingue l’œsophage , l'estomac et le commencement de Y'intestin qui se prolonge dans la coquille. Celle-ci re- couvre aussi le cœurque l’on distingue en avant et dont on voit , à l’état de vie, les mouvemens de systole et de diastole qui sont parfaitement isochrones à ceux’ de la nageoïre X k, qui oscille de droite à gauche, et qui com- munique avec le cœur par le moyen de deux petits ca- naux €.

La coquille g g est représentée dans sa position na- iurelle ; sur son bord on voit les branchies au nombre de douze de chaque côté , elles décroissent graduelle- ‘ment d’arrière en avant; c’est aussi sur ce hord qu'existe Vouverture anale. Vers le point à finit la bouche et commence la tête qui se distinguent assez bien l’une de l’autre ; celle-ci supporte deux tentacules c, longs, pointus et lamelleux. Mais la tête ne se distingue réel - lement pas du corps à l’état de vie; et, si cette appa- rence s’est montrée après la mort sur des individus conservés dans l'esprit - de - vin , cela est évidem- ment à l’altération produite par ce liquide. dd sont les yeux pourvus d’une coroïde noire, qui tapisse en- tièrement leur intérieur. La queue se distingue par l’é- tranglement qu’elle forme avec le corps et par la pré- sence de deux espèces de crête mm, qui existent en dessus et en dessous.

L'espèce d’entonnoir /, que l’on voit en arrière de la nageoire , est destiné à donner à l’animal un point d’ap- pui, en lui permettant de se fixer sur les rochers. Nous nous en sommes convaincus par l'expérience; je n’ai en-

core rien observé de bien positif sur les organes génr taux.

CAPT0" )

Sur les Poudingues siliceux qui surmontent la craie grossière en Touraine ;

Par M. Fezix Dusarpis ,

Correspondant de la Société d'Histoire naturelle de Paris.

(Lu à cette Société Ie 6 décembre 1828.)

Au sommet des coteaux de craie qui bordent les grandes rivières dans le département d'Indre-et-Loire, on trouve des. blocs siliceux qui se lient entre eux , et paraissent quelquefois former un banc peu étendu. Ces blocs sont composés de fragmens de silex dontla couleur varie du jaune fauve au rougeàtre ; leur cassure est celle du silex pyromaque, et ils sont réunis par un ciment de mème nature, mais rempli de grains de quarz translu- cide ; on y voit quelquefois des polypiers, analogues à ceux dont nous parlerons plus bas; ils sont fondus dans la masse et leurs contours seulement se distinguent du silex par une teinte plus foncée , et par une plus grande trans- parence.

Cette roche se présente avec ces caractères sur le coteau sepientrional de l'Indre et au nord de la Loire ; ailleurs elle varie singulièrement dans son état d’agrégation ; dans le plus grand nombre des localités , le ciment quar- zeux qui devait unir les morceaux de silex, est rem- placé par une poudre siliceuse blanche , et alors les silex ont la forme d’Alcyons et d’autres polypiers , ou bien ils constituent des masses irrégulières, dont la surface et la

cassure présentent des traces nombreuses de Spon-

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( aix )

giaires , d'Eschares, et de coquilles du genre Peigne. On la trouve dans ce état sur la côte, méridionale de L'indre à Monthazon., sur le coteau opposé, sur celui du Cher , et souvent au nord de la Loire.

Enfin , cette roche se montre tout-à-fait désagrégée sur le coteau au nord la Loire , depuis Monnoye, elle surmonte la:craie micacée , jusqu’à Vallières et sur- tout près de Saint-Cyr, dans une coupure du coteau qui est à l'opposé de la ville de Tours; c'est cette variété que je veux plus particulièrement signaler.

Sur une épaisseur de six à sept mètres, le coteau est formé d'une terre blanche, friable, remplie de z00- phytes siliceux en fragmens , qui ont conservé à peu près leur position relative, et dont les surfaces sont as- sez nettes et bien conservées ;. j'y ai déjà distingué cinq espèces non décrites de spongiaires en lames: minces, couvertes d’oscules sur une ou sur les deux faces ; elle contient des Peignes et des Térébratules converties éga- lement en silex. La terre blanche qui contient ces z00- phytes est toute pénétrée de spicules siliceux de deux à quatre millimètres, qui lient la masse et l’empèchent d’être friable comme elle serait sans cela; cette terre blanche se casse difficilement comme une pâte grossière de carton, et quand on la manie sans précaution, les spicules pénètrent dans les mains comme les poils de cer- taines chenilles.

Ces spicules paraissent avoir de grands rapports avec ceux qui appartiennent aux zoophytes décrits et figurés par le docteur Grant (1) ; quand on cherche avec aiten-

(x) Voyez les Annales des Sciences naturelles , tome XI, juin 1827, P]. 21,et Ædinb. new Philos, Journ., juin 1826.

( 2 ) tion, on en trouve qui sont terminés par trois Ou six petits rayons symétriques.

J'ai trouvé des Hallirhoés peu compactes, dont le tissu lâche paraissait formé de ces spicules; un autre poly- pier, compacte à l'extérieur, m’a présenté , en le cas- sant , des spicules au milieu d’une poussière blanche ; enfin, celles de ces Hallirhoés qui sont devenues plus compactes, ont encore leur surface hérissée et suscep- tible d’adhérer aux fils de coton et de chanvre dont on les enveloppe , comme si les spicules présentaient leurs pointes à l'extérieur.

Cette terre blanche contient, en outre, quelques moules siliceux de coquilles de petits Céphalopodes, tels que des Lituolites, des Nodosaires , des Textulaires , des fragmens d’Eschares et des autres polypiers de la craie grossière qui est au-dessous,

J'ai analysé par le lavage 1000 parties de cette terre blanche ; j'en ai retiré 111 parties de spicules , 539 par- ties d’une poudre grossière formée de fragmens de spi- cules et d’autres corps , enfin, 350 parties d’une poudre siliceuse fine, peu susceptible d’agrégation. Cette der- nière substance , chauffée au chalumeau , a éprouvé un commencement de vitrification à la surface ; traitée par l'acide hydrochlorique , elle n’a point fait effervescence, et à l’aide d’une ébullition prolongée, elle n’a cédé à l’a- cide qu’un peu d’alumine et très-peu de fer ; les réac- üfs les plus sensibles n’ont pu montrer de la chaux

daws la dissolution.

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PET )

MÉMOIRE GÉOGNOSTIQUE sur une partie des environs d'Aix, département des Bouches-du-Rhône ;

Par M. Rozer,

Officier au corps royal des Ingénieurs géographes:

(Lu à l’Académie royale des Sciences, en avril 1827.)

Plusieurs géognostes ont visité avant moi les terrains dont j’eutreprends aujourd’ui la description; l’auteur de la Statistique des Bouches-du-Rhône les a classés d’après son système. Mais il me semble que tons se sont plus ou moins trompés; et c’est pour rétablir les choses dans l’ordrequi me paraît le plasnaturel, queje viens soumettre ce Mémoire au jugement de l’Académie des sciences.

Des observations , continuées pendant deux mois sur les lieux, m'ont conduit à des résultats souvent très- différens de ce qu'ont admis des géognostes Justement célèbres, et tout-à-fait en opposition avec les opinions de l'auteur de la Statistique, Par exemple, je crois devoir classer dans les roches secondaires anciennes la brèche calcaire connue sous le nom de marbre du Tholonet, et que, jusqu à présent, tout Le monde a regardée comme tertiaire. Ce ne sont point des hypothèses que je viens vous présenter , mais des faits qui peuvent être facile- ment vérifiés.

Afin de donner à mes descriptions toute la clarté pos- sible, j’aijoint à cetravailune carte (pl: 9)calquée sur celle de Cassini; j'ai indiqué avec soin, sur cette carte, les points d'observation et l'étendue de chaque formation.

XVI. Février 1829. 8

(114)

J'ai dessiné, dans la planche 10, les profils tels qu'ils sont dans la nature; enfin je possède, ainsi que M. Bron- gutart, une suite d'échantillons recueillis par moi sur les lieux ; et c’est avec ces documens que MM. les com - missaires , que Je prie l’Académie de me faire l’honneur de nommer, pourront établir leur jugement.

Les résultats auxquels je suis parvenu ne présentent rien de contraire aux lois de la géognosie; car j'ai re- connu , dans le pays dont la carte est ci-jointe : le calcaire alpin, le grès bigarré, le muschelkalk, le lias, la grande oolite, avec des formations marneuses qui lui succèdent, et en stratification transgressive sur les trois premières formations , un grès calcaire, très- moderne, présentant un assemblage singulier de co- quilles terrestres et marines.

Dans mes courses, j'ai souvent été accompagné par M. Chansaud fils , jeune avocat d'Aix, plein de zèle pour la géognosie, et qui, dans quelques an- nées , nous donnera une description complète des envi- rons de cette ville, dont la connaissance approfondie est

de la plus haute importance pour la science.

$ I. Dans le fond des vallées qui , partant de la mon- tagne de Sainte-Victoire , viennent aboutir dans celle du Tholonet, et particulièrement dans le lit du ruisseau des Infernets(pl. 10, fig. 1), qui est coupéà picdesdeux côtés, on remarque , tout-à-fait dans le bas, trois gros strates d’un calcaire compacte, dont la cassure esquilleuse présente une infinité de points brillans. La structure de la roche est, par places, bréchiforme , sa couleur varie : elle est jaune de paille, brune ou rougeatre ; les par-

(rx

ties brunes sont toujours sublamellaires. L'analyse de plusieurs échantillons m'a fait reconnaître que cette roche contient plus d’un quart de carbonate de magné- sie ; elle se dissout dans les acides avec une efferves- cence assez vive.

Les trois strates précédens sont séparés les uns des autres par des couches minces d’une brèche à ciment calcaréo-magnésien , et dont les fragmens sont de même nature que la roche; ils plongent au N.-O. sous l'angle

de 20°.

$ II. Ces couches sont immédiatement recouvertes , en stratification concordante , par d’autres composées d’une véritable brèche à ciment rouge; les morceaux qui la composent, et dont la grosseur est proportionnelle à l'ancienneté de la couche, appartiennent évidemment au calcaire inférieur. Les lits de brèche ont deo m. 5, à 1 m. d'épaisseur ; ils sont séparés les uns des autres par des couches minces d’un grès rouge souvent bigarré. À mesure que l’on avance vers le haut, l’épaisseur de la couche de grès augmente; après douze on quinze alwernances le grès domine, et la brèche ne paraît plus que comme bancs subordonné : alors les fragmens sont très-petits. 1

Ce grès est tantôt en bancs réguliers, et tantôt en grosses masses non stratifiées ; il est composé de petits grains quarzeux agglutinés par un ciment calcaréo-ma- gnésien. La couleur dominante est le rouge de brique, souvent il est bigarré : on y voit des parties grisätres et d’autres verdâtres, qui sont tout-à-fait à l’état de cal-

caire globulaire ; les globules , de la grosseur des grains

C6 ) de colza, sont tous rayonnés du centre à la surface.

Le long du ruisseau des Infernets, le grès est tel que nous venons de le décrire ; mais dans toute la vallée du Tholonet, au pied de la montagne Sainte-Victoire, du côté du sud , etc. , il contient beaucoup de parties mar- neuses, bigarrées comme lui, remplies de productions cylindriques de même nature, dont on retrouve les ana- logues dans les grès de toutes les époques. Ces marnes contiennent, comme bancs subordonnés, du calcaire compacte grisàtre, et des couches d’une dolomie blan- châtre. La présence ou l’absence des lits subordonnés, la plus ou moins grande quantité de marne, font varier la composition de la masse du grès ; mais il est toujours dans la même position géognostique , et il renferme con- stamment la brèche en strates subordonnés.

Dans ce groupe, on rencontre quelques traces de gypse ; la couleur rouge de la roche est due au peroxide de fer; je n’y ai remarqué aucune substance métallique. J'ai goûté les eaux d’un grand nombre de sources qui sortent de cette formation, aucune n’est salée. Je n’ai pas aperçu un seul indice de restes organiques.

Le grès bigarré constitue des montagnes qui offrent toujours un escarpement d'un côté, et une pente douce de l’autre ; en sorte que l’on voit souvent de grandes crêtes qui s'étendent en ligne droite, comme celle qui va du Tholonet à Sainte-Victoire. Au pied des escarpe- mens et dans le fond des vallées, on trouve de temps en temps des lambeaux du calcaire 1, sur lesquels la brèche repose constamment. Les montagnes atteignent jusqu'à 600 m. au-dessus du niveau de la mer. Aux In-

fernets et à l’escarpement de Saïnte-Victoire, la brèche

D

DR

(tar: )

et le grès ensemble ont une puissance de 60 m. au moins. Cette formation occupe le fond de toutes les vallées depuis celle du Tholonet jusqu’à la rivière de Arc ; un coup-d’œil sur la carte donnera une idée de son étendue en surface.

Les parties inférieures de la brèche sont exploitées ei fournissent le marbre connu , dans toute la Provence, sous le nom de marbre du Tholonet.

Quand le sol est occupé par la brèche, il est aride ; mais les vallées creusées dans le grès sont assez fertiles : celle du Tholonet, dont la végétation est très-acuive , produit des prairies, du blé, des vignes, des oliviers , des noyers, des peupliers, etc.

Les sources sont très-abondantes dans ce groupe, mais elles n’offrent rien de remarquable.

$ IT. La vallée du Tholonet présente , à droite et à gauche, des couches soulevées dont les unes plongent au nord , et les autres au sud (fig. 5). Un fait très-remar- quable , c’est que du côté du nord, il s’est développé deux grandes formations qui manquent entièrement du côté du sud. Nous allons d’abord nous occuper de la partie nord , et ensuite nous reviendrons à celle du sud.

Depuis les Infernets (fig. 1), tout le long du ruisseau , jusqu'à l’escarpement de Sainte-Victoire (fig. 2, 3, 4), le grès bigarré est immédiatement recouvert et en stratifi- cation concordante, par un calcaire compacte dont les deux premiers strates , qui en sont fortement mélangés . forment comme un passage entre les deux roches; mais ensuite le calcaire est pur.

Aux Infernets fig. 1, ceite roche est en strates

(1188. )

de o m. 4, à o m. 5 d'épaisseur , parfaitement réguliers, et entre lesquels il n’y a point de marne interposée. Les couches plongent au N.-0 sous l’angle de 20° à 30° ; la cassure est unie ou parfaitement conchoïde ; la cou- leur est gris noirâtre et quelquefois rougeätre. J'ai trouvé, dans certaines couches, des accidens d’un cal- caire rouge de brique intimement lié avec le calcaire gris.

Toute la masse contient des veines, assez rares, de spath calcaire , et des cristaux groupés de fer oxidé. Les restes organiques sont extrêmement rares; je n'y ai trouvé qu’un seul fragment d’une grande bivalve (Pec- ten? )

Le groupe que nous venons de décrire acquiert une puissance de 30 à 4o mètres. [l se montre depuis le Tho- lonet jusque sur le versant nord de Sainte-Victoire, dont il occupe le sommet, qui est élevé de 965 m. au- dessus du niveau de la mer. Les couches sont relevées du côté du sud et plongent au nord, er sorte que les montagnes qu’elles forment offrent toujours un escarpe- ment et une pente douce qui, étant nus , ne produisent que quelques chènes verts.

Je n’ai point vu de sources dans toute cette forma- tion.

$ IV. Aux Infernets et tout le long de la Couèle dey Pauores, sur la tranche des strates du groupe n°3, est posé horizontalement un grès dont nous parlerons plus tard, et qui empêche de voir leurs rapports avec les autres for- mations. Mais près le ruisseau des Infernets, vis-à-vis le

moulin de Saint-Marc, de Jaume-Garde, fig. 3, on voit

( 119 )

les dernières couches alterner avec celles d’un autre cal- caire qui en diflère entièrement. Il n’y a point de passage insensible de l’un à l’autre, mais seulement alternance. Ce second calcaire se voit sur le 3, depuis ce point jusque sur le versant nord de Sainte-Victoire , la su- perposition immédiate est très-évidente, fig. 4 ; dans plu- sieurs autres localités on le voit succéder ; mais le grès qui recouvre le tout, en stratification discordante, em- pèche de voir la superposition.

Cette seconde formation calcaire, qui s'étend de l’est à l’ouest depuis Vauvenargues jusqu’au bassin d’Aix, est composée , dans la partie inférieure, comme on le voit très-bien au lieu dit Zou Peirégiou, de strates calcaires séparés par des couches minces de marne. Ces strates ne sont pas aussi bien réglés que ceux du 3. La cassure de la pierre est inégale, et vers le haut large- ment conchoïde ; elle exhale une odeur fétide ; on y ren- contre des parties siliceuses qui font feu sous le mar- teau. Les couches inférieures sont remplies de coquilles, parmi lesquelles on distingue des Gryphées dont le test est agathisé. À mesure que l’on monte les coquilles di- minuent. Toutes les couches contiennent plus ou moins d'Entroques ; à peu près au milieu, il y en a quelques- unes qui en sont entièrement formées. Dans la localité citée, les bancs calcaires ont une épaisseur qui varie de om. 4, à © m. ; ils sont coupés , dans tous les sens, par une infinité de veines de chaux carbonatée qui, dans la partie supérieure, divisent la roche en fragmens rhomboïdaux.

Dans cette formation, les strates plongent générale- o

ment au nor! sous un angle de 35° à 40°; mais , près de

{ 120 )

Lou Peirégiou, on les trouve de chaque côté de la mon- tagne , les uns inclinant au nord et les autres au sud; ce qui n’a lieu que sur un très-pelit espace.

À mesure que les couches deviennent plus nouvelles,

on voit augmenter l'épaisseur des lits de marne qui les séparent. En arrivant sur le versant sud de la vallée de Vauvenargues , les lits calcaires, qui n’ont plus que o m. 3, à 0,4 d'épaisseur, sont séparés par des couches de marne également épaisses. Bientôt c’est la marne qui domine, et plus on avance, plus les calcaires deviennent rares. La marne a une couleur grisâtre, une structure schisteuse et une texture compacte ou terreuse ; sa cassure est parfaitement conchoïde. Entre les feuillets on remer- que une petite bivalve, dont la partie supérieure du test est formée par des cercles excentriques. + Le groupe contient très-peu de minéraux : le premier étage renferme des veines de spath calcaire, de la silice, et quelques cristaux de fer pyriteux. Dans les marnes on trouve du spath calcaire et un peu de fer hydraté.

C’est dans le bas de cette formation que les fossiles sont le plus abondans : les marnes ne contiennent que quelques Ammonites, des Bélemnites, et la petite bivalve dont j'ai parlé; les Gryphées ne se montrent que dans le calcaire. Voici la liste des coquilles que j'ai re-

cueillies.

Ammonites. Gryphea cymbium (1). Nautiles. Lima.

Bélemnites. Pecten.

T'erebratula ornithocephala. Pholadomya. Térébratule. (striée). Modiola.

Nous avons déjà parlé des Entroques dont certains bancs calcaires sont pétris.

(1) D’après l'opinion de M. Desnoyers.

——

Le Es

(Hot )

La formation que nous venons de décrire est très-bien développée, elle acquiert une puissance considérable. Les montagnes qu’elle constitue sont terminées par des plateaux qui s'élèvent jusqu'à 400 m. au-dessus du ni- veau de la mer. Dans la partie calcaire, les vallées sont étroites et leurs flancs très-inclinés; mais celle de Vauvenargues , creusée dans les marnes , est très-large. Ces marnes sont ravinées dans tous les sens , ce qui pro- duit dans cette vallée une infinité de petits monti- cules. Près d'Aix, le long du ruisseau du Pinchina, à la butte Saint-Eutrope , etc., ce groupe est immédiate- ment recouvert par les formations tertiaires que M. Ber- trand Geslin a si bien décrites.

Sur le calcaire, il ne croît que du thym, de la lavande, et quelques chènes verts. Une grande partie du sol, oc- cupé par la marne, est peu fertile; cependant, depuis Collongue jusqu'à Aix, on y remarque une très-belle végétation.

Il existe plusieurs sources dans cette formation , mais

elles ne m'ont rien présenté de remarquable.

$ V. Le flanc nord de la vallée de Vauvenargues est un escarpement qui laisse bien voir à découvert la tête des strates qui le composent. Près de la ferme de Lambert fig. 4, jusqu'à Collongue fig. 1, sur la marne 4, repose une marne jaupâtre contenant des strates cal- caires qui alternent quelquefois avec les dernières cou- ches du 4. Cette dernière contient beaucoup d’oxide de fer, des Bélemnites et des Ammonites diflérentes de

celles du groupe précédent ; le calcaire qui alterne aves

(tee 3,

elle est plus ou moins marneux ; mais , après cinq ou six alternances , ce calcaire devient très-compacte; il a une couleur grisètre avec quelques veines rouges; sa cassure est parfaitement conchoïde; on remarque des portions un peu oolitiques , et des têtes de strates qui sont tout-à-fait à l’état spathique. Cette roche est très- bien stratifiée ; l’inclinaison concorde parfaitement avec celle de la formation précédente : les couches plongent au N.-O. sous l’angle de 40°; leur épaisseur varie de- puis om. 5 , jusqu’à 1 m. 5.

La marne jaune contient du fer hydraté, et de la chaux carbonatée en veines et en cristaux. Le calcaire paraît dépourvu de fossiles ; ceux de Ja marne sont des Ammo- nites , des Bélemnites dont quelques-unes ont un sillon dans le milieu, des Terébratules voisines du 7”. subro- tunda , et des Peignes. Je n’y point trouvé de madré- pores.

La partie de ce groupe que j'ai observée forme un grand plateau escarpé au sud et inclinant au nord; il s’é- lève à 650 m. au-dessus du niveau de la mer. Au bas de la tour de Laquérier et dans la plaine de Puiricard , les strates calcaires sont recouverts par Île terrain tertiaire. du cêté de l'Orient, cette formation prend un dévelop- pement considérable; je ne lai pas suivie plus loin. La végétation est assez pauvre sur tout le sol occupé par cette roche : il y croît de mauvais bois de chênes verts ;

je n'y ai pas vu une seule source;

$ VE. Pendant mon séjour en Provence, je ne poussai pas mes observations plus avant du côté du nord ; mais

depuis mon départ, M, Chansaud a continué ce que nous

(188 )

avions commencé ensemble; et il a reconnu que , jus- qu’à la Durance , il s’est développé deux formations cal- caires qui sont superposées au 5. C’est d’après la des- cription qu'il m'en a envoyée que je vais faire connaître ces deux nouveaux groupes (1).

Près de la vallée des Baoumes, fig. 6, le calcaire précédent continue à être parfaitement stratifié ; les cou- ches plongent au nord sous l’angle de 45°. On le voit bientôt alterner avec des marnes en lits minces, et les strates sont coupés par des fissures perpendiculaires aux lignes de stratification. On n’y remarque pas un seul fos- sile. Enfin , c’est la marne qui domine; elle occupe tout le fond de la vallée ; sa couleur est grise, café au lait et bleuûtre. Vers la partie moyenne, cette marne alterne avec un calcaire compacte à cassure conchoïde. Quel- quefois on trouve entre les strates une petite couche d'argile jaunâtre ne faisant point effervescence, et se pétrissant bien avec l’eau. Les marnes et le calcaire avec lequel elles alternent sont remplis de concrétions ovi- formes , dont la grosseur varie depuis celle d’un pois jusqu’à celle d’un œuf. Leur stratification concorde par- faitement avec celle du calcaire 5.

Les bancs calcaires qui, dans le fond de la vallée, alternent avec les marnes , augmentent peu à peu d’é- paisseur, deviennent tégulaires et passent à un calcaire stratifié, en couches plus épaisses, sans marne inter- posée. Cette roche , que M. Chansaud nomme calcaire tégulaire, est quelquefois compacte ; sa couleur est gri- sâtre , ou café au lait foncé ; elle contient quelques pe- tites lames de spath calcaire. Les couches out de 2 m

(x) I n’a aussi envoyé une suite d'échantillons.

(124)

à 7 m. d'épaisseur; souvent la stratification n’est pas dis- tincte. Les blocs se divisent facilement en feuillets deom.o 3,à0, 04 d'épaisseur.

Le calcaire tégulaire contient peu de fossiles ; ceux que M. Chansaud m'a envoyés sont, une grande espèce d’Ammonite, de très-petites Térébratules et des Vénus. Outre les concrétions oviformes dont j'ai déjà parlé, on en trouve de cylindriques un peu aplaties et appliquées parallèlement au plan des couches, Tous ces fossiles sont absolument les mêmes depuis la vallée des Baoumes jus- qu'à Merargues.

Ce groupe acquiert un développement très-considé- rable. En ‘partant des Baoumes, les couches perdent insensiblement leur inclinaison, deviennent horizon- tales, puis se relèvent au nord, et inclinent vers ce point de 15° à 20° à l'approche du calcaire de Merargues, pour plonger de nouveau au nord sous ce même calcaire. Dans cette grande distance, les roches sont coupées par beau- coup de torrens et de vallons qui rendent l’observation très-facile.

Le long du ruisseau de Carangues, fig. 5, on voit succéder au calcaire tégulaire un autre que M. Chansaud appelle calcaire de Merargues, da nom d’un bourg voisin. Les lits de ce dernier inclinent au nord, d’abord de 45°; ensuite l’inclinaison diminue jusqu’à 25°, etils vont plonger sous les alluvions de la grande plaine de la Durance.

Le long du ruisseau de Carangues, les strates infé- rieurs ont jusqu’à trois mètres d'épaisseur ; ils sont for- més d’un calcaire compacte grisâtre, quelquefois mar-

bré ; sa cassure est inégale imparfaitement conchoïde.

+

ni De

C5) La partie moyenne de ce groupe est en couches plus minces, ayant seulement de o m.3, à 1 m. d'épaisseur ; ces couches alternent avec des marnes.

On trouve , dans toute la masse , une quantité consi- dérable d’oxide de fer en rognons qui gisent dans les fis- sures de stratification. D’après M. Chansaud, l’abon- dance de cette substance établit une différence bien tranchée entre le calcaire tégulaire et celui de Merar- gues. On y voit aussi de petits filons de chaux carbo- natée dont les bords sont colorés en rouge par l’oxide de fer.

Les fossiles sont des Rostellaires, des Ammonites, des Planulites, des Pectinites, des Térébratules, et des Nautiles.

Le calcaire de Merargues prend un développement très-considérable. M. Chansaud estime sa puissance à plus de 6oo mètres.

Les alluvions , qui viennent tout recouvrir et qui s’é- tendent jusqu'à la Durance , ont empêché M. Chansaud de pousser plus loin ses observations. Maintenant je vais reprendre le cours des miennes.

$ VIL. Sur le plateau nommé /a Couèle dey Paoures et dans certaines parties de la vallée de Vauvenargues , les groupes n°2, 3, 4, fig. 1, 2, 3, qui sont moins éle- vés que le 5 , sont recouverts par un grès très-remar- quable déposé horizontalement sur la tranche des cou- ches. Ce grès , que les ouvriers nomment pierre jaune, n'est point stratifié : on voit dans sa masse plusieurs fis- sures , dont la plupart sont horizontales, mais ce ne sont pas des lignes de straufication : il est très-facile de

( 126 )

s’en assurer , car il est exploité à ciel ouvert sur toute la Couële dey Pauores. La fig. 8 représente une de ces exploitations.

Ce grès est calcaire; sa cassure est inégale, et pré- sente souvent une infinité de débris de coquilles; sa couleur est jaune avec quelques points noirs dans cer- taines parties : cette roche n’est point recouverte , et , à sa surface , on remarque une infinité de trous et de cre- vasses.

Le seul minéral que j’y aie trouvé est du spath cal- caire d’un blanc mat, qui tapisse des cavités verti- cales ; toute la masse est légèrement imprégnée d’oxide de fer.

C’est sous le rapport des fossiles qu'il renferme, que ce grès mérite de fixer l’attention des géognostes.

Sur la tranche des strates recouverts par cette roche est déposée une couche de sable, dont la plus grande épaisseur n'excède pas o m. { ; elle est quelquefois si mince qu'on a de la peine à la reconnaître. Presque par- tout ce sable est rempli de grandes huîtres (espèce inédite) qui ont vécu sur la place, car les plus infé- rieures ont l'air d’être encore attachées au rocher ; il y en a plusieurs groupées ensemble , qui ont presque toutes leurs deux valves, et, quand on les ouvre, on les trouve remplies de sable. Les huîtres pénètrent très- peu dans le grès supérieur, on n’en voit que quelques- unes disséminées. Au-dessus de la couche d’huîtres, la roche est très-solide ; elle contient une infinité de débris de coquilles marines, parmi lesquelles j'ai reconnu des Bucardes et des Peignes.

Ces coquilles sont accompagnées d’une grande quan-

C'æan 9 tité d'Hélix et de Cyclostomes parfaitement conservés : l'espèce des Cyclostomes est très-voisine de l’elegans.

Ainsi , depuis une certaine hauteur, les coquilles ma-

rines et terrestres sont mélangées ; mais, ce qui est bien singulier, c’est qu’on n’y trouve pas une seule coquille fluviatile , n1 d’autres restes organiques. : Ce grès est déposé en amas horizontaux sur la Couèle dey Pauores, à 400 m. au-dessus du niveau de la mer actuelle ; on le trouve sur plusieurs points, dans le bassin d'Aix et dans la vallée de Vauvenargues : sur le plateau des Pauores il ne dépasse pas le ruisseau des Infernets , et la ferme de Lambert dans la vallée , quoi- qu'il y ait au-delà des points plus bas que ceux qu'il occupe : on ne le trouve pas non plus au sud de la val- lée du Tholonet; peut-être a-t-l été détruit dans cer- taines localités ?

C’est cette roche qui a fourni toute la pierre de taille dont la ville d'Aix est construite ; on l’exploite encore aujourd'hui pour le même usage. La Couële dey Pauores est remplie de carrières qui ont jusqu’à 12 m. de pro- fondeur, toujours dans la masse du grès fig. 8; en sorte que l’on peut en tirer de fort beaux blocs. On voit à Aix, aux porches de plusieurs maisons , des co- lonnes d’une seule pièce.

Tout le sol occupé par cette formation est aride : je n'ai point trouvé de fontaines.

S VIIL. J'ai dit, $ IT , que les flancs de la vallée du Tholonet étaient formés par des couches soulevées, dont les unes plongent au nord et les autres au sud. Nous

venons de décrire les groupes situés au nord de cette

\ ( 198 )

vallée ; maintenant nous allons parler de ceux que l’on trouve du côté du sud. Dans cette partie, le grès bigarré est extrèmement développé, il occupe le fond des vaïlées jusqu’à la ri- vière de l’Are. Ce grès est absolument le même que celui décrit $ IL: on y voit toujours la brèche du Tholonet ; seulement, comme ce sont les parties supérieures qui se montrent à la surface, les marnes sont plus abon- dantes ; il contient des bancs subordonnés de la même dolomie dont nous avons déjà parlé. Dans les escarpemens , le grès est immédiatement re- couvert par un calcaire compacte qui ne diffère pas de

celui décrit & IT, et dans lequel je n’ai pas trouvé un seul fossile.

Cette formation est à la surface du sol dans tout le pays compris entre la vallée du Tholonet, la rivière de l'Arc et le bassin d'Aix. Les montagnes qu’elle constitue offrent toujours une pente douce du côté du sud, et un escarpement de celui du nord , dans lequel le grès bi- garré se montre jusqu’à une certaine hauteur ; les pentes sont inclinées à l'horizon de à 12°.

Un fait remarquable, c’est qu'ici les deux grandes formations supérieures au calcaire 3, que nous avons reconnues dans la partie du nord, manquent entière- ment; et, jusqu’au bassin d’Aix, ce groupe n'est pas recouvert.

Mais, à l’entrée de ce bassin, tout près du pont des Trois Sautés, sur les bords de l'Arc, fig. 9, le même calcaire compacte est recouvert , en stratification trans- gressive, par des marnes grises contenant une grande quantité de Limnées et de Planorbes. Dans ces marnes

( 129)

il existe des masses irrégulières d’une brèche calcaire . don iles morceaux appartiennent au calcaire inférieur , et qui diffère entièrement de celle du Tholonet ; au- dessus vient une masse argileuse rougeâtre, avec des veines jaunes, et dans laquelle il existe des couches sub- ordonnées d’un calcaire grossier, et beaucoup de gypse soyeux en plaques minces et peu étendues.

Ce groupe fait évidemment partie du terrain tertiaire, et c’est lui qui est cause que plusieurs observateurs ont rapporté la brèche du Tholonet à cette époque géo- gnostique : cela, à cause de la couleur rouge qui leur est commune, et des brèches bien différentes qui se trouvent dans l’un et dans l’autre. Maïs , si ces obser- vateurs s'étaient donné la peine de voir par eux-mêmes, ils auraient remarqué , dans la vallée du Tholonet , tout ce que nous avons exposé précédemment : en comparant ces deux formations , ils auraient reconnu que le grès rouge du bassin d'Aix contient une brèche qui difière entièrement de celle du Tholonet, qu’on n’y voit ni calcaire globulaire, ni dolomie, et qu’enfin il repose sur le calcaire compacte en stratification discordante , tandis que celui du Tholonet est dessous, et en stratification concordante. Ce sont des faits que tout le monde peut vérifier.

CONCLUSIONS.

Le calcaire magnésien 1, par la composition

chimique et minéralogique de la roche, ressemble beau-

Coup aux parties supérieures de la formation , à laquelle

les Anglais ont donné le nom de newer magnesian

limestone , et que M. de Humboldt regarde comme iden- XVL. 9

(“@8t !) tique avec le Zechstein des Allemands. De plus, les formations supérieures montrent que la position géo- gnostique de noire groupe est absolument la mème que celle du Zechstein ; nous sommes donc autorisés à le rapporter à cette formation.

Le grès 2, intimement lié au Zechstein par les brèches inférieures, présente de grandes analogies avec le red marle des Anglais. Il est vrai que je n’y ai rencontré ni gypse, ni sel gemme, mais aussi je n'ai pas eu le temps de l’étudier avec un certain soin , et ces substances ne sont ordinairement qu’en couches subor- données dans cette formation. Pour tout le reste, le grès rouge du Tholonet ressemble au red marle , grès bigarré des Français, grès de Nébra de M. de Humboldt ; comme lui, il repose immédiatement sur le calcaire magnésien avec lequel il se lie par ses parties inférieures. Le calcaire globulaire est regardé par plusieurs géo- gnostes comme appartenant exclusivement à ce groupe. M. Cordier m'a dit avoir trouvé dans le grès bigarré du Hartz une variété de ce calcaire tout-à-fait semblable à celle du Tholonet. Ainsi, j'ai de fortes raisons pour rapporter la formation à celle du grès bigarré.

3 Le calcaire 3 est presque dépourvu de coquilles ; mais, comme le Muschelkalk des Allemands, cette roche est composée de strates minces parfaitement régu- liers, et ne contenant point de marnes entr'eux; sa puissance n'excède pas 4o mètres ; elle repose sur le grès bigarré ; elle est immédiatement recouverte par le Lias, comme nous allons le prouver : ainsi, le Quader- sandstein manquant, si le calcaire 3 n’est pas iden- tique avec le Muschelkalk, en occupe du moins la

position géognostique.

——_—_—————_—_—_——

57)

40 La formation calcaréo-marneuse qui recouvre le Muschelkalk, est tout-à-fait semblable au Lias des An- glais ; comme lui elle est divisée en deux parties , l’une inférieure calcaire , et l’autre supérieure marneuse, Les genres de coquilles du premier étage sont les mêmes que ceux trouvés en France dans le calcaire à Gryphées arquées , qui est bien reconnu pour être identique avec le Lias. La Gryphée d'Aix est bien arquée, mais M. Des- noyers la regarde comme se rapprochant beaucoup plus du G. Cymbium que du G. arcuata. Ce naturaliste s'étant spécialement occupé du genre Gryphea, j'adopte son opinion à cet égard ; mais cela ne change rien pour la position géognostique de notre formation : car le Gry- phea Cymbium se trouve aussi dans le Lias : plusieurs auteurs l'y ont cité, et dernièrement M. de Bonnard l’a trouvé en Bourgogne dans des couches calcaires qu’il rapporte à cette formation (1). Enfin, M. de Beaumont regarde la petite bivalve, si commune dans le second * étage, comme caractérisant les marnes du Lias dans le midi de la France.

Il me semble bien établi, d’après tout ce que je viens de dire , que la formation 4 doit être regardée comme l’équivalente géognostique du Lias ; seulement, dans les environs d'Aix, la Gryphée arquée est remplacée par une autre, qui me paraît …n être qu'une variété de cette espèce, malgré l’opinion de M. Desnoyers.

En Angleterre, la partie marneuse du Lias renferme des ossemens de grands sauriens ; à Aix, toutes nos re- cherches pour en découvrir ont été inutiles ; mais peut-

(1) Notice géognostique sur quelques parties de la Bourgogne, pag. 85 et suivantes.

(1232 ) ètre que les géognostes qui visiteront ce pays après moi seront plus heureux.

Les fossiles des marnes jaunes 5 sont tout-à-fait les mêmes que ceux des parties inférieures de la grande Oolite. Les deux groupes supérieurs au calcaire com- pacte ont les plus grands rapports avec ceux qui existent en France et en Angleterre , dans le haut de cette fo- mation. Je crois donc que les diflérentes roches décrites dans les paragraphes 5 et 6 doivent toutes être regar- dées comme appartenant à une mème formation , qui, dans les environs d'Aix, serait l’équivalente géognos- tique de la grande Oolite. M. Chansaud pense que le cal- caire tégulaire représente le Forest marble des Anglais, et le calcaire de Mérargues le Cornbrash.

Le grès horizontal, que j'ai décrit au paragraphe 7, n'étant pas recouvert, il est impossible de déterminer exactement l’époque à laquelle il appartient; mais on peut démontrer que son dépôt est postérieur à celui des dernières couches tertiaires du bassin d’Aiïx ; en eflet, ces couches , plongeant au nord sous un angle qui varie de 15° à 20°, ont toutes participé à la grande catastrophe qui a relevé le terrain tertiaire et le terrain secondaire en même temps. Le grès, étant déposé horizontalement sur la tranche dés couches secondaires, n'existait pas lors de cette grande révolution , et par conséquent sa formation est postérieure à celle des dernières couches d’eau douce.

J'ai retrouvé sur plusieurs points du littoral de la Méditerranée , à Vence, à Marseille etaux Martigues, des grès placés dans les mêmes circonstances géognos- tiques que celui d'Aix, et que je crois devoir rapporter

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à la même formation. Tous ces grès ont probablement été déposés par la mer, avant sa dernière retraite de celte partie du continent.

De tout ce que j'ai exposé dans le cours de ce Mé- moire, on peut conclure qu’il existe dans la partie des environs d'Aix, dont la carte est ci-jointe , une suite de formations secondaires qui n'avaient point encore été étudiées avec soin, et qui peuvent être rapportées aux mêmes époques géognostiques que le Zechstein, le Grès bigarré, le Muschelkalk, le Lias et la grande Oolite ; plus, un grès calcaire très-moderne, déposé avant la dernière retraite de la mer.

Le Mémoire précédent à été lu à l'Académie des. Sciences en avril 1827; des circonstances indépendantes de ma volonté en ont retardé la publication jusqu’à. présent.

L'été dernier (1828) ME Cordier a visité le pays que je viens de décrire, mais il n’a pas observé les mèmes points que moi ; et, pour lui, la superposition du Lias au calcaire 3 n’est pas démontrée ; de plus, il dit positi- vement que ce calcaire n’appartient point à la formation du Muschelkalk, et que la formation inférieure 2 n'est point le grès bigarré, mais il est bien éloigné de regarder ces deux groupes comme tertiaires.

Suivant cet habile observateur, la vallée, qui s'étend depuis le Tholonet jusqu’à Sainte Victoire , présenterait une grande difficulté en géognosie : il y aurait une

aille, dans laquelle se fait le contact de ces formations

(154) ? très-particulières, que j'ai nommées Muschelkalk, Grès bigarré et Zechstein, avec le Lias.

M. Elie de Beaumont a une autre opinion ; voici ses propres paroles : « Je me