. • \ C Ai. J ■ '?/; lisî itiilai x,?' >\ 1771 y. '4, ! ''-‘-Q^UK^' KING’S College LONDON (rWifS (Icm Uûi/ Library :[£4rj ~^e/k£7Çt eÉJ >^']AU^I£A OiJ CôiuR. If'is KING’S COLLEGE LONDON I t Digitized by the Internet Archive in 2015 https://archive.Org/details/b21300446_0002 TRAITÉ CLINIQUE DES MALADIES DU CŒUR, rRÉcÉDÉ DE recherches nouvelles sur l’anatomie ET LA PHYSIOLOGIE DE CET ORGANE ; PAR J. BOUILLAÜD, rBOFBSSEDR DI CLIltlQDB MBDICÀLB A LA FACULTÉ SB U^DECIRB DE FABIS. AVEC DES PLANCHES GRAVÉES. Scripsi ilia , quæ sensuum teslimonio inter labores et tædia iterùm iterùmque expertus sum. (Averbeuggeb.) LIBRAIRE DE L’ACADÉMIE ROYALE DE MÉDECINE, BüK DE L ÉCOLE-DB-MliDECINB , H. l5 BÏS ; LONDRES y MÊME MAISON, 219 > bbgekt-stbkbt. 1835. TllAITÉ C.LINIQUE CONSIDÉRATIONS PRÉLIMINAIRES. La maladie dont’ il s’agit de tracer ici l’histoire est si peu connue , qu’elle n’avait pas même encore reçu de nom particulier. Celui que je propose me paraît, sous tous les rapports, conforme aux principes de nomenclature gé- néralement adoptés aujourd’hui. En 1824 et en 1826, je possédais déjà un assez grand nombre de laits pour entrevoir toute l’importance de l’in- flammation de la membrane interne du cœur et des gros vaisseaux. Mais ces faits ne me permettaient pas encore de traiter avec tous les développemens convenables cette ri- che et féconde matière; aussi les idées que je proposai fu- rent-elles considérées par beaucoup de médecins d’une grande autorité comme purement systématiques. Les objec- tions de ces médecins nous convainquirent d’autant moins 2. I 9 MALADIES DU CŒUR EN PARTICULIER, de notre prétendue erreur systématique, que la plupart d’entre elles portaient évidemment à faux. C’est ainsi , par exemple , que l’on nous accusa d’avoir admis que toutes les rougeurs de la membrane interne du cœur et des gros vais- seaux étaient le résultat exclusif de l’inflammation , tandis que nous avions déclaré, de la manière la plus expresse, que, parmi ces rougeurs, il en était de purement cadavériques, ou par imbibition sanguine après la mort (i). C’est en- core ainsi qu’on nous avait accusé de rapporter toutes les altérations organiques du cœur et de l’aorte à l’inflamma- tion, parce que nous avions mis au nombre des terminai- sons de cette inflammation les productions fibro-cellulcu- ses, fibro-cartilagineuses ou calcaires, comme l’avaient fait eux-mêmes, pour l’inflammation de la plèvre , les auteurs qui nous adressaient des reproches aussi peu fondés. Depuis nos premières recherches, nous n’avons perdu aucune occasion de recueillir de nouveaux faits sur le sujet qui nous occupe. En 1828 et 1829, nous avons examiné la membrane interne du cœur et des vaisseaux chez plus d’une centaine de malades qui succombèrent dans lesdifférens ser- vices de médecine et de chirurgie de l’hôpital de la Charité, et nous avons conservé des notes exactes sur cet examen. Ce travail nous a permis de déterminer avec plus de pré- cision quels étaient les cas dans lesquels la rougeur de cette membrane pouvait être attribuée à unétat inflammatoire, et quels étaient ceux, au contraire, où cette rougeur était le simple résultat d'une pure imbibition cadavérique. Enfin , depuis trois ans passés que nous sommes chargé d’un enseignement clinique , nous avons recueilli sur l’inflammation du système sanguin en général , et spé- cialement sur l’endocardite aiguë , des observations au (i) J'oi même ropporté, dans le Traité des fièvres, des exemples de rou- geurs qne j’aTais produites en faisant macèier des al tères dans du sang altéré. 1 DE l’endocardite. 3 moyen desquelles nous espérons pouvoir combler en partie une des grandes lacunes qui restaient encore dans la pa- thologie. Nous recommandons ce chapitre de notre ou- vrage à l’impartiale attention de nos lecteurs, et nous les prions d etre surtout bien persuadés que dans tout ce que nous dirons de l’inflammation de l’endocarde, nous n’a- vons été guidé par aucune théorie préconçue, mais que, au contraire , la théorie n’est venue qu’à la suite des faits. Avant d’entrer directement en matière , qu’il nous soit permis de rappeler en peu de mots ce que nous avons trou- vé dans les ouvrages de nos prédécesseurs. Corvisart n’a pas dit un seul mot de l’inflammation de la membrane interne du cœur, et ne paraît pas même en avoir soupçonné l’existence. Mathieu Baillie dit avoir vu les 'valvules 'veineuses affectées d’une véritable inflammation , et couvertes de lymphe plas- tique. (Voy. son Traité (T anat. pathi\ M. Burns (i) a trouvé à la surface interne de l’oreillette droite une couche de lymphe floconneuse. Le même obser- vateur a vu l’oreillette gauche en partie ossifiée, tapissée intérieurement par une couche membranijorme de lymphe plas- tique (2). On se tromperait beaucoup si l’on croyait que, sous le nom de cardite poly pense , M. Kreisig a réellement décrit la véritable endocardite. Il est bien vrai que la coagulation du sang que contiennent les cavités du cœur, est un des ac- cidens que l’endocardite peut entraîner à sa suite ; mais (1) Burns, On diseases of Ute lieart. Edimbourg, 1S09, in 8. (2) « Dans un troisième cas, M. Burns a observé, un peu au-dessus de la val- svule mitrale, une cloison tendineuse, ossiûée en quelques points, et percée 1» «son centre d’une ouverture à bords ridés où l'on eût pu passer le petit doigt. «Cette cloison, parallèle à la valvule mitrale , et qui partageait l’oreillette en • deux portions, ne peut guère être considérée que comme le produit de l’orga- • nisation d’une fausse membrane inflammatoire, i ( Laënnec, op, eit, , t. H , 4 MALADIES DU CŒUR EN PARTICULIER, celte coagulation a lieu aussi clans une foule de cas où la membrane interne du cœur n’est nullement enflammée. Laissons d’ailleurs à M. Laënnec le soin de discuter celle opinion: « M. Kreisig, dit-il , pense que les concrétions » polypifonnes sont des produits et, par conséquent, des » preuves de l’inflammation. Si cette opinion est fondée, il » laut admettre que la membrane enflammée agit sur le » sang et le coagule, hypothèse tout-à-fait gratuite... ; ou » bien que le sang lui-même , comme le voulaient les an- » ciens, est susceptible d’inflammation... Mais telle n’est » pas ici évidemment la manière de voir de MM. Kreisig, » Burns, et des médecins qui ont répété la même assertion. » Leur opinion paraît se fonder principalement sur les cas » où il y a adhérence intime ou continuité de substance » entre les concrétions polypifonnes etla membrane interne » des parois du cœur... A ce fait ainsi expliqué on peut » objecter que l’adhérence intime dont il s’agit ne s’observe « que rarement et sur les concrétions polypiformes les » plus parfaitement organisées ; que le très grand nombre » des concrétions qu’on trouve à l’ouverture des cadavres J) sont libres à l’intérieur du cœur, ou simplement appli- » quées et intriquées dans ses colonnes charnues... ; que ce » n’est pas chez les sujets jeunes, pléthoriques, pleins de » vie , ert éminemment disposés à l’orgasme inflammatoire, » que se forment tout-à-coup des concrétions polypeuses » dans le cœur; que ces accidens arrivent, au contraire, » dans l’agonie de presque toutes les maladies , et surtout » des maladies chroniques qui ont déterminé la cachexie , » le maj’asme , une débilité profonde, et qui ont été ac- » compagnées d’obstacle à la circulation; enfin que le sang » n’a pas besoin de l’action des organes sur lui pour se » concréter, et qu’il suffit de sa stase pour séparer la fi- » brinedes autres parties... » M. Laënnec ajoute que l’adhérence d’une concrétion po- lypiforme organisée peut être conçue : par l’action irri- DE l’endocardite. 6 tante du caillot lui-même sur les parois du cœur, qui peut déterminer l’exsudation d’une lymphe plastique; 2“ par 1 existence de la 'vie dans les concrétions polypeuses for- mées avant la mort. Il cherche ensuite à établir qu’il n’est peut-être pas suffisamment démontré que la production d’une lymphe plastique, susceptible de s’organiser et de se convertir en un tissu semblable à celui dans lequel elle se forme , suppose toujours nécessairement une inflamma- tion. Pour preuve de cette assertion , il dit que la réunion des plaies faites par un instrument très tranchant , lorsqu on rapproche sur-le-champ les lèvres de la division^ a lieu quel- quefois sans signes appréciables d'inflammation. Enfin, M. Laënnec admet en dernière analyse : I® Que la stase du sang, par suite d’un obstacle à son cours, suffit à elle seule pour en produire la concrétion , et déterminer la formation d’un coagulum de fibrine orga- nisable; 2° Que la concrétion du sang paraît déterminer, dans quelques cas, une inflammation réelle et accompagnée -de formation d’une fausse membrane , particulièrement dans les veines; 3° Qu’il paraît certain que quelquefois , et surtout dans les veines où la circulation est peu rapide, une inflamma- tion pseudo-membraneuse de leur membrane interne peut être la cause première de la concrétion du sang, qui s’im- bibe dans la fausse membrane , la gonfle , et tend à se coa- guler autour d’eJle, par une sorte d’attraction ; 4° Qu’enfin, le pus absorbé en grande quantité par une veine , peut devenir de plusieurs manières la cause d’un infarctus sanguin, en se mêlant au sang, le rendant moins liquide , le concrétant même par une action chimico- 'vitale.^ et en enflammant les parois des veines. Au reste , M. Laënnec pense que : « L’inflammation de la membrane interne du cœur et » des gros vaisseaux est une affection fort rare. C> MALADIES DU CŒUR EN rARTlCULIER. r> Il lui semble que la rougeur des membranes inlcrnes » du cœur et des gros vaisseaux ne peut dans aucun cas , et » quelle qu’en soit la nuance, prouver seule l’inflamina- »tion, et qu’on peut affirmer que cette rougeur est un B phénomène cadavérique ou d’agonie , toutes les fois B qu’elle se trouve jointe aux circonstances suivantes : ago- B nie longue et aecompagnée de suffocation , altération B manifeste du sang, décomposition déjà un peu marquée B du cadavre. B On pourrait tout au plus soupçonner l’inflammation B dans le cas où la rougeur est accompagnée de gonflement, B d’épaississement, de boursouflement. B La formation d’une couche pseudo-membraneuse de B lymphe plastique, plus ou moins adhérente à la surface B interne du cœur, est le signe le plus incontestable de B l’inflammation de cette membrane^ et, avec l’ulcération, B le seul certain (i). B La présence du pus liquide dans le cœur n’a guère été constatée que dans des cas d’ulcération , et on ne l’a ja- B mais trouvé qu’en très petite quantité ; pn conçoit même B difficilement que cela pùt être autrement à raison de la B rapidité de la circulation dans cet organe , qui doit né- 8 cessairement entraîner le pus à mesure qu’il se forme. b Dans le chapitre qu’il a consacré à V inflammation do V inté- rieur du eœuret des artères , M. le docteur Hope n’a presque rien ajouté à ce qui avait été déjà publié par nous sur ce sujet en i8a4, et il a cru devoir se faire en quelque sorte l’écho de tout ce qu’avait ditM. Laënnec, contre l’intervention du (i) « J'ai trouvé quelquefois, dit M. Laënnec, des fausses membranes peu • étendues, ordinairement teintes de sang par imbibition , fortement adhérentes • aux parois des oreillettes ou du cœur, chez des sujets attaqués d'autres maladies • 4e ces organes, et particulièrement des végétations qui paraissent être dues • elles-mêmes, dans quelques cas, à rinflammation. » ( Op. cU, , t. Il , p. 608 et 6(>p, ) DK l’endocardite. 7 travail inflammatoire préalable que nous avons admis comme point de départ d’un certain nombre de lésions dites organiques des valvules du cœur ou des parois de l’aorte. D’ailleurs, comme M. Laënnec, RI. Hope ne nous apprend absolument rien , ni sur les causes , ni sur le diagnostic de l’inflammation de la membrane interne du cœur. On voit par ce qui précède à quel état de pénurie , si j’ose m’exprimer ainsi , se trouvait réduite la médecine sur le point important qui nous occupe. Les nouveaux faits que j’ai recueillis depuis trois ans me permettent cepen- dant d’affirmer que l’inflammation de la membrane in- terne du cœur est , contrairement à l’opinion de M. Laën- nec, une maladie réellement très commune, et aussi fré- quente que la péricardite elle-même. Cette assertion, je le sais, paraîtra nécessairement exagérée à ceux qui n’ont point encore appris à reconnaître l’endocardite. Elle m’eût paru telle à moi-même , il n’y a pas long-temps encore ; mais le moment n’est peut-être pas éloigné où ceux qui doutent de la fréquence de cette maladie , changeront d’o- pinion à cet égard , ainsi que cela est arrivé aux personnes qui ont assidûment suivi le service clinique auquel nous sommes attaché. Une eirconstance qui, je l’avoue, s’oppose puissamment à ce que l’on reconnaisse généralement l’endocardite aiguë tou- tes les fois qu’elle existe sur le cadavre, c’est l’impossibilité où l’on est, dans l’immense majorité des cas, de constater la pré- sence de la matière anormalement sécrétée sous l’influence de cette inflammation. Cette matière, en effet, soit qu’elle consiste en du véritable pus, soit qu’elle se compose d’une partie séreuse dans laquelle est contenue une matière pseudo-membraneuse, se trouve incessamment balayée par la colonne sanguine qui coule à travers les cavités du cœur, et la petite quantité qui, en raison de sa ténacité, peut rester dans les cavités du cœur , se mêlant , se confondant en quelque sorte avec le sang, n’offre plus les caractères 8 MALADIES DU CŒUR EN PARTICULIER, tranchés qu’on lui reconnaît dans les autres inflammations des membranes séreuses. Nous avons vu cependant plus haut que Eaillie , Burns, et M. Laënnec lui-même, avaient cpnstaté l’existence d’une production pseudo-membraneuse à la surface interne du cœur , production analogue à celle que nous avons rencontrée nous-même à la surface interne de l’aorte , dans un cas que nous avons recueilli en 1822 et qui a été publié dans le Traité des maladies du cœur. Au reste , ce serait se faire une idée bien étroite de l’in- fiammation de la membrane interne du cœur, que de ne fonder son diagnostic que sur la présence d’un épanche- ment purulent ou pseudo-membraneux. La phlébite elle- même peut être reconnue d’une manière certaine dans des cas où les veines qui en ont été le siège ne nous offrent point d’épanchement de ce genre. D’un autre côté, ce n’est pas uniquement dans l’anatomie pathologique qu’il faut rechercher les preuves de l’existence de l’inflammation en général , et de l’endocardite en par- ticulier. Si les inflammations internes ne nous révélaient leur existence que de cette manière , la médecine serait la plus aveugle et la plus misérable de toutes les sciences. Mais il n’en est pas ainsi : c’est par l’étude des causes qui ont agi sur le malade, par l’analyse des signes physiques et des lé- sions fonctionnelles, par la considération de la marche de l’affection, de son mode de réaction sur le système de l’éco- nomie, que le médecin s’élève au diagnostic de la maladie, et l’anatomie pathologique n’est, pour ainsi dire, que le complément de nos connaissances. Quoi qu’il en soit, je suivrai dans ce chapitre le même ordre que dans le précédent : en conséquence , je diviserai les observations particulières d’endocardite que je vais rap- porter, en trois catégories , comme je l’ai fait pour les ob- servations de péricardite. Malheureusement, je le répète, les observations d’endo- cardite de la première catégorie ne nous offriront pas ces PREM. CATÉG. d’oBSERV. d’eNDOCARDIIE. 9 caracLcrcs anatomiques incontestables que nous avons trou- vés clans les observations correspondantes de péricardi te ( 1 ). Mais les observations d’endocardite des deux autres catégo- ries nousraontrei o.it des lésions essentiellement les mêmes que celles dont il a été question dans les observations de péricardite contenues dans les categoiies analogues. SECTION PREMIÈRE. • OBSERVATIONS PARTICULIÈRES SUR l’eNDOCARDITE. PREMIÈRE CATÉGORIE. OBSBRVATIOKS d’eHDOCARDITE PENDANT LA PÉBIODE DB CONGESTION SANGUINE, DK SUPPUBATION KT d’üLCÉRATION CüUMBNÇANT*E. Les observations que contient cette catégorie sont au nombre de treize. Les observations i“, 5®, i3® et; 22% que nous avons rapportées dans la première section du chapitre consacré à l’histoire de la péricardite , sont aussi des cas d’endocardite à la période qui fait l’objet de cette première catégorie. OBSERVATION 38®. ■ Homme de 3o ans. — Plenro-pneumonie heureusement combaliue par les saignées. — Phlébite consécutive à une saignée. — Fièvre avec phénomènes ty- phoïdes. — Mort dans le premier septénaire après le diagnostic de la phlébite. — Rougeur très forte de la membrane interne des cavités droites du.;cœur, avec concrétions sanguines ( point de rougeur des cavités gauches j. — Rougeur, épaississement des veines enflammées, sans présence de pus dans leur cavité. Un jardinier , âgé de 3o ans, fut admis à la Clinitjue, le (1) Je m’étais proposé d’éclairer l’anatomie pathologique de l’endocardite ai- guë au moyen d’expérience^ pratiquées sur les animaux. Mes occupations ne m’en ont pas jusqu’à présent laissé le loisir. Je suis bien loin cependant d’avoir re- noncé à ce projet. 10 MALADIES nu C(»;UR EN PARTICULIER. 26 juin 1 833. Il était alTeclé d’une pleuro-pneuraonie aiguë, qui fut combatiue lieureusement par les saignées abondan- tes, et répétées coup sur coup. Le 2 juillet, le pouls était à 72, la respiration à 24 , et le murmure vésiculaire était revenu presque à son état 7iormal. Le malade prenait des bouillons , des potages et quelques cerises. Cependant , le 3 juillet, nous observons un mouvement fébrile asse/ marqué, et le malade dit avoir éprouvé des frissons , suivis’d’une forte chaleur. 4. Les frissons ont encore eu lieu, alternant avec des sueurs abondantes, comme si le malade élit éprouvé un 'véri- table accès de fièvre intermittente; oppression , pouls à 108- 112 ; soif considérable ; visage altéré , grippé. \i grains de suif ate de kinine h la surface d’un 'vésicatoire. 5. Visage plus altéré , plus jaune ,' air de stupeur. Ne trouvant aucun rapport entre l’état actuel du malade et sa pleuro-pneumonie , nous redoublons nos interrogations, et nous apprenons qu’à la suite de la dernière saignée, le bras est devenu douloureux, et qu’il s’est gonflé. Nous ne tar- dons pas à constater l’existence d'une phlébite , et tous les accidensnous sont alors expliqués. Il s’écoule à travers l’ou- verture de la veine restée béante, du pus , ou de la sérosité grumeleuse ; le membre est le siège d’un empâtement géné- ral, et médiocrement douloureux dans le trajet de ses veines, lesquelles ne sont pas cependant transformées en cordons rouges et saillans au-dessous de la peau. Etat d’anxiété, accompagné d’un léger trouble des fonc- tions intellectuelles, parole brève, saccadée; chaleur vive, et aridité de la peau ; langue sèche , grillée ; haleine fétide, aigrelette, piquante ; respiration précipitée ; pouls à 100. 20 sangsues à l’ avant-bras, bains locaux; cataplasmes; limo- nade ; lavemens ; diète. Le malade succombe le meme jour , à 9 heures du soir. Autopsie cadavérique , le lendemain à huit heures du matin ( onze heures seulement après la mort). PREM. CATÉG. DOBSERV. d’eNDOCARDITE. Il I ® Appareil S/VNGUiN. — Le cœur est volumineux, flasque, 7nou. Les cavités droites contiennent des caillots de sang, en partie noirâtres , en partie décolorés ; les cavités gauches rd en contien- nent pas. La membrane interne du cœur droit est très-rouge ; celle du cœur gauche conserve sa teinte normale. Les valvules de V artère pulmonaire et la membrane interne de ce vaisseau et de ses ramifications offrent une l'ougeur très prononcée ( des caillots se rencontrent dans quelques unes des divisions de V ar- tère pulmonaire). U aorte offre à l’intérieur une rougeur poin- tillée, moins foncée que celle de V artère pulmonaire. — Les parois de la veine basilique sont épaissies ; sa membrane interne présente une rougeur qui est uniforme dans ses ramifi- cations, et distribuée par p laques en remontant vers l aisselle; le sflug qu’elle contient est liquide {on n’y trouvepas de véritable pus) ; la surface interne de la veine est ridée et comme chagri- née; r épaississement des parois du vaisseau disparaît au-delà de Vaisselle, mais la rougeur se continue jusqu’au cœur. Les veines profondes du bms sont rouges intérieurement , mais non épaissies. Les veines du bras sain ne présentent point de rou- geur, et leur surface interne est lisse et polie. — La membrane interne de la veine cave inférieure est fortement colorée en un rouge cuivreux , couleur qui s’étend jusque dans les veines ilia- ques et crurales. .. u'; 2° Org.respir. — Les^^^mons sont encore chauds : le gau- che est tapissé d’uiife^isse-membrane , libro-celluleuse , superposée à la plè:i^é)"q'ui est mince et transparente comme à l’état norm^‘ il'nrç très bien à sa partie antérieure ; mais en arrièt^ splénisé et gorgé de sérosité. Son tissu se déchire •^Gïlement , et la surface de la déchirure offre une couTeur d’ün rouge brun, et un aspect grenu. %he poumon droit est mou , souple , élastique , si ce n’est en arrière, où Ton observe une congestion séreuse. Bron- ches saines. 3® Org. de l’innerv. — La surface du cerveau est hu- mectée de ÿérosité ; pie-mère soulevée par quelques bulles 12 MALADIES DU CŒUR EN PARTICULIER, de gaz ; quelques cuillerées de sérosité à la base du crâne et dans les ventricules. Substance cérébrale blanche , peu injectée, d'une bonne consistance. RÉFLEXIONS. Il serait bien difficile de nier la nature inflammatoire de la rougeyr de la membrane interne du cœur droit , dans le cas que nous venons de rapporter. En effet, elle n’est en quelque sorte que la continuation d’une rougeur de veines manifestement enflammées; et l’autopsie cadavérique a été faite à une époque si voisine de la mort, que l’imbibition cadavérique n’avait pas eu le temps de s’opérer. Notez d’ailleurs que la rougeur n’était point générale, et que son intensité était d’autant plus prononcée qu’on l’examiirait dans des points plus rapprochés du foyer primitif de l’in- flammation. Ici nous ne disons pas qu’il y a eu inflammation parce que la membrane interne du système veineux est rouge , mais plutôt que cette rougeur est injiavimatoire ^ parce que nous avions constaté tous les autres signes d’une inflamma- tion veineuse. Les caillots des cavités droites et de l’artère pulmonaire n’étaient probablement pas entièrement indépendans de la phlébo-endocardite. OBSERVATION 39=. Homme de 27 ans. — Indammalion traumatique du membre inférieur gau- che, terminée par gangrène. — Fièvre violente, avec phénomènes dits ataxo- adynamiques. — Mort le cinquième jour. — Rougeur de la membrane interne du cœur, et surtout des valvules; même rougeur de la membrane interne du système veineux en général , mais spécialement des veines du membre inférieur gauche et de la veine-cave inférieure , dans lesquelles existe une sanie puru-* l'.nle. — Concrétion sanguine dans les cavités droites du cœur. Un homme de 27 ans, d’une très forte constitution, carrier, fut apporté à l’hôpital Cochin , dau,s les premiers PREM. CATÉ(Ï. d’oBSERV. d’eNDOCARDITE. i3 jours de janvier 1825. Une énorme pierre venait de lui tomber sur le membre inférieur gauche : une plaie affreuse, avec atlriiion de toutes les parties molles , existait à la par- tie externe et postérieure de la jambe , et lournissait du sang en abondance; décollement de la peau dans une grande étendue; contusion violente et infiltration sanguine de la cuisse en plusieurs points; tumeur sanguine autour du genou. Une fièvre violente ne tarde pas à se déclarer; pouls dur, fréquent et fort , agitation , délire. Cependant la plaie et toutes les parties environnantes s’enflamment et tombent de suite en gangrène ; la cuisse , tuméfiée à la fois par l’infiltration sanguine et la fluxion inflammatoire, de- vient aussi emphysémateuse et résonne comme un tambour quand on la frappe. Le malade tombe dans une prostration profonde , son ventre se météorise , et il succombe dans un état typhoïde et vraiment putride , le cinquième jour après son entrée. L’ouverture du cadavre ne fut faite que 40 heures après la mort ; mais , comme on était alors au mois de janvier, le cadavre était à peu près tel qu’au moment de la mort , et les altérations que nous allons indiquer étaient très proba- blement le résultat de la phlébo-endocardite , suite de l’inflammation gangréneuse externe. .Les veines des membres inférieurs et la veine cave ascen- dante , qui était distendue par des gaz, ne contenaient que quelques atomes d’un sang décomposé , sorte de nanie purulente , brune ou jaunâtre, grasse , grumeleuse , légèrement agglutinée à la membrane interne : celle-ci était d’un rouge brunâtre, même dans les 'veines qui ne contenaient pas de sang, la saphène, par exemple (1). La rougeur de la membrane in- terne des veines se prolongeait dans les cavités du cœur, sur- tout autour des 'valvules, ainsi ciue dans l’artère et les 'veines (i) La Teine crurale, au contraire, contenait une certaine quantité de sang coagulé , analogue à de la lie de vin. l4 MALADIES nu CŒUR EN PARTICULIER.* pulmonaires. La membrane interne de l'aorte et des artères qui en naissent était également rouge ; mais sa rougeur était P’fVe, écarlate et non brunâtre ou noirâtre, comme celle du sys- tème 'veineux. La membrane du système sanguin ainsi rougie se détachait avec une grande facilité. — Le cœur était ramolli et crépitait comme les pjoumons en raison de l'infiltration gazeuse \ dont il était le siège. Une concrétion sanguine se rencontrait dans les cavités droites du cœur; V aorte était 'vide. • REFLEXIONS. Si ce malade n’avait pas présenté pendant la vie les symp- tômes évidens d’une inflammation traumatique du système veineux, on pourrait, jusqu’à un certain poinlf rapporter la i rougeur de la membrane interne du cœur à une imbibition | purement cadavérique. J’ai observé un trop grand nombre de cas dans lesquels cette rougeur est due à cette dernière cause, pour attribuer, sans un mûr examen , une rougeur donnée du cœur à une inflammation de samembi’ane interne. Au reste, je conviens que le cas précédent peut, à la rigueur, fournir^ matière à discussion. L’observation suivante a été recueillie par M. Ribes, qui jouit , à si juste titre, de la réputation d’observateur aussi profond que consciencieux. OBSERVATION 40e, Femme de 36 ans. — Inflammation des veines du bras. — Fièvre avec pliéno- mènes typhoïdes. — Mort dix à quinze jours après le dél)ut. — Epaississement des parois des veines du bras, suppuration. — Les traces d’inflammation se conti- nuent dans les cavités droites du cœur. Une danie de 86 ans, sujette aux angelures des mains, en éprouva de si violeûtes au mois de décembre 1799, qu’elle se détermina à envoyer chercher M. Ribes. La main gauche était sur le point de tomber en gangrène. Les vei- ! nés du membre étaient dilatées , tendues, et la douleur de ! cette partie était telle , que le moindre attouchement faisait i jeter les hauts cris à la malade. Le traitement mis en usage ! , PREM. CATÉG. d’oRSERV. d’eNDOCARDITE. i5 fut suivi de soulagement. Mais le 2 janvier, les accidens avaient reparu : agitation très grande; fièvre avec frissons; branches des veines basilique, médiane, cubitales anté- rieure et postérieure j rouges et enflammées jusqu’au tronc de la basilique. La circulation était arrêtée’dans les bran- ches de la veine céphalique , qui étaient saillantes et rou- geâtres ; plusieurs phlyctènes se remarquaient à la partie externe et inférieure de l’avant-bras ; pouls très fréquent , intermittent {^quinquina, thériaque^ — Les jours suivans, les phénomènes typhoïdes se déclarent ( prostration , météo- risme , langue , lèvres et gencives fuligineuses , délire ) , en même temps que l’inflammation gangréneuse de l’avant- bras fait des progrès. — La mort arrive, le 13, à six heures du matin. Autopsie cadavérique, ay heures après la mort. Inflammationdes veines basilique, médiane et cubitales^ veines céphalique, médiane et radiale, dilatées par une matière puru- lente, qui, dans certains endroits , ressemble à delà lie de vin, tan- dis que dans d'autres elle n’est autre chose que du pus bien formé. Augmentation de V épaisseur des parois de toutes ces veines, qui, coupées en travers , restent béantes comme des artères ; intérieur de ces vaisseaux inégal , parsemé d' enfoncemens ulcéreux , et couverts de villosités très apparentes , quand on fait flotter la Veine dans Veau; les ulcérations se propagent jusqu au cin- quième inférieur du tronc de la céphalique; le reste de l’inté- rieur de ce vaisseau est lisse, rempli d’un pus sanguinolent. La veine axillaire contient du pus, et présente des traces d’inflam- mation ciui se continuent dans la veine cave supérieure , et jus- qu’à l’intérieur de l’oreillette et du ventricule droits (i). Un peu de sérosité sanguinolente dans le péricarde, êt dans la plè- vre gauche, qui est légèrement enflammée. Le poumon droit paraît avoir été atteint par l’inflammation. (i) Il est fâcheux que les caractères anatomiques de cette inflammation du cœur ne soient pas exactement décrits. i6 MALADIES DU COEUR EN PAITICULIER. OBSERVATION /H«-. Homme de3i aos.— Douleurs dans les membres.— Plus tard, symptômes d’in- flammation pulmonaire. — Mort assez rapide. — Rougeur de la membrane in- terne des oreillettes? et caillots fibrineux dans les cavités du cœur. — Pus dans les veines des membres. — Fausses membranes dans les divisions de l'artère pulmonaire. — Plusieurs foyers purulens dans les poumons, etc. r Un jeune homme de 3 1 ans , vigoureux , brun , était en- tré à rhôpital de la Charité (service de M. Rullier) pour des douleurs dans les cuisses , qu’on prit d’abord pour une né- vralgie’^ cependant , comme il existait une fièvre très forte, une chaleur ardente de la peau et une soif très vive, on soupçonna quelque complication inflammatoire. Le malade fut soumis à un traitement antiphlogistique qui procura du soulagement. Les douleurs de cuisse disparurent à peu près complètement; mais il restait toujours un malaise général , une sorte d’irritation sourde. On accorde des ali- mens au malade qui les réclame avec instance ; la fièvre se ranime, du dévoiement survient, les pieds deviennent dou- loureux, la douleur des cuisses reparaît, et une infiltra- tion très marquée s’empare des membres inférieurs. Tous ces symptômes vont en s’exaspérant ; le visage s’al- tère , la langue se sèche et devient croùteuse; un point de côté se fait sentir, accompagné de toux, de matité et de râle crépitant à la partie inférieure du côté gauclie de la poitrine. Le malade ne tarde pas à succomber ( 1 ). Autopsie cadavérique, le 25 août 1838 , vingt heures après la mort. 1° Habit, extér. — Cadavre d’un jeune homme fortement constitué, et conservant encore de l’embonpoint. Infiltra- tion des membres inférieurs, mais surtout du droit (2). (i) Ces détails, malheureusement un peu incomplets, me furent donnés pour la plupart par M. Thourel , alors interne dans le service de M. Rullier. (a) A la rue de cette infiltration partielle, j’annonçai qu’on trouverait une oblitération reineuse. PREM. CATÉG. d’oBSERV. d’eNDOCARDITE. I7 2° Or g. circulât, et respirât. — Cœur un peu contracté sur lui-même. Ses cavités contiennent des caillots fibrineux, dans lesquels on ne trouve point de pus. Rougeur de la membrane interne des oreillettes ^ de celle de la gauche particu- lièrement. État inégal et comme mamelonné de la membrane interne de l’origine de l’aorte, sans aucune trace de rou- geur. Plusieurs divisions des veines pulmonaires sont rem- plies, oblitérées par des caillots de sang altéré, friable, grume- leux, analogue à de la lie de vin et comme mêle de pus. En poursuivant quelques unes des veines ainsi oblitérées , on a trouvé dans leur cavité, là du véritable pus liquide, ici du pus concret, ailleurs une véritable fausse-mem- brane très adhérente à la paroi interne de la veine où elle se rencontrait : les parois veineuses étaient roanifesle- ment épaissies. Une des veines qui contenaient des fausses membranes semblait aboutir à un foyer de pus situé dans l’intérieur du poumon. En comprimant le tissu pulmou aire on voyait suinter des gouttelettes de pus, ou bien s’échap- per de petits cylindres de fibrine altérée, par les extrémités des veines divisées. Les troncs des veines pulmonaires contenaient du sang liquide, et leur membrane interne offrait une rougeur analogue à celle de l’oreillette gauche, non accompagnée d’épaississement. La veine cave inférieure paraît tendue , gonflée, jusque vers le point où elle reçoit la veine hépatique. Fendue lon- gitudinalement, on la trouve gorgée de sang concret, al- téré : à la surface de la concrétion qui la remplit , apparaît une matière semblable à de la lie de vin et que chacun des assistans reconnaît pour un mélange de sang et de pus. Sur la paroi interne de la veine , existe une véritable fausse membrane, plus ou moins adhérente , selon les régions où on l’examine; là d’un blanc jaunâtre, ailleurs rougie ou noircie par le sang, d’une consistance égale à celle des fausses membranes pleurétiques. La présence de cette fausse membrane était la principale cause de l’épaississe- a. 9 l8 MALADIES DU COEUR EN PARTICULIER, ment que présentaient les parois de la veine cave. De cette veine , les altérations que nous venons de décrire s’éten- daient dans les veines iliaques et dans toutes les veines profondes du membre abdominal droit, dont plusieurs contiennent du véritable pus, sans rougeur sensible de leur membrane interne qui paraît seulement moins transparente qua Vétat normal. Plusieurs petits foyers de pus existent autour des veines oblitérées et enflammées. Un foyer très consi- dérable existe dans les muscles du mollet ( les nerfs de la partie postérieure de la jambe semblent hypertrophiés). Les veines sous-cutanées sont libres. — Les veines du mem- bre gauche, moins infiltré que le droit, sont perméables ( la veine iliaque de ce côté participait à l’affection de la veine cave et des veines du membre du côté droit). La veine porte est saine. Le côté gauche de la poitrine contenait une grande quan- tité d’une sérosité citrine , partout limpide , si ce n’est à la partie la plus déclive où se trouvent des flocons en abon- dance. Le poumon gauche, refoulé vers le rachis, atrophié jusqu’à un certain point par la compression, est parsemé de fausses-membranes fibrineuses, épaisses , adhérentes ou libres et flottantes, organisées en partie ou bien encore amorphes. Dans un pouce cube environ de la base de ce poumon, existe un foyer d’un pus lie-de-vin, assez semblable celui d’un phlegmon extérieur non encore mûr, ou mieux encore au bourbillon d’un anthrax ; ce foyer n’exhale au- £une odeur de gangrène , et tout autour existe une conges- tion sanguine très prononcée. — Les bronches et leurs rami- fications ne présentent aucune lésion. — Il n’existe aucun épanchement dans le côté droit de la poitrine ; le poumon correspondant, généralement gorgé de sang, bien que crépitant , est parsemé , surtout vers son bord antérieur, de plaques rouges , d’indurations partielles , ou de véri- tables foyers de pus, parfaitement circonscrits, lésions qui, rappellent exactement celles qu’il est si commun dé PREM. CATÉG. d’oBSERV. d’eNDOCARDITE. 10 rencontrer chez les individus qui succombent aux grandes opérations chirurgicales. Disséquées attentivement, les parties du poumon , ainsi transformées en plaques ou noyaux indurés , offrent tous les caractères anatomiques de l’inflammation commençante : le tissu , devenu fragile , s'écrase comme dans l’hépalisalion ; il semble, en le déchi- rant avec les doigts, qu’on sente des caillots fibrineux dans les vaisseaux d’un petit calibre. Dans quelques unes des masses indurées , on voit un commencement d'infiltration purulente; un seul des foyers de pus était situé à une cer- taine profondeur du poumon. — Des adhérences organi- sées, d’ancienne date, existaient dans les scissures de ce poumon. — Les bronches de ce côté , comme celles de l’autre , sont à l’état normal. 3® Org. clig. et annex. — L’estomac et les intestins n’of- frent aucune lésion notable. Le foie est sain. La rate est ramollie : sa substance , d’un gris rougeâtre , se réduit en bouillie, à une légère pression, comme si elle était infiltrée de pus et de sang. En comprimant les reins , il s’en écoule une urine évidemment purulente. Dans le tissu cellulaire qui environne la vessie, on rencontre de petits foyers de pus louable, lequel nous paraît provenir de quelques veines voisi- nes divisées. La vessie, contractée, contient très peu d’urine. On n’est pas peu surpris d’y rencontrer un calcul de forme très alongée : on veut le retirer , et on s’aperçoit qu’il s’est développé autour d’une des extrémités d’une épingle à friser , qui, dans les trois quarts de son étendue, n’est re- couverte d’aucune concrétion saline. Du volume d’une ave- line, il est formé, de couches irrégulières, disposées comme la matière dont les hirondelles composent leur nid, suivant la remarque de M. le docteur Hervez de Chégoin, présent à l’ouverture. La membrane interne de la vessie, fortement épaissie, parsemée de plaques d’un rouge foncé, d’admira- bles réseaux capillaires, était comme rugueuse, papilleuse, à sa face interne. 3. MALADIES DU COEUR EN PARTICULIER. On scia avec précaution les fosses nasales dans le but d’examiner un polype sarcomateux qu’on a\ait cru recon- naître, et pour lequel M. Rullier avait fait appeler M. le pro- fesseur Boyer, durant la vie du malade. On fut fort étonné de rencontrer, au lieu d’un polype sarcomateux, une véri- table concrétion calculeuse , analogue à celle de la vessie , enchâtonnée dans la membrane muqueuse épaissie et noi- râtre. Cette concrétion avait dilaté la partie supérieure de la fosse nasale où elle était contenue. L’attention avec laquelle nous examinâmes les nom- breuses lésions qui viennent d’être décrites, nous fit ou- blier d’ouvrir les articulations où nous soupçonnions du pus (1 ). REFLEXIONS. Dans ce cas , l’inflammation de la membrane interne du cœur paraît encore n’avoir été qu’une sorte d’extension, de propagation d’une inflammation du système veineux. Les douleurs que le malade éprouvait dans les membres infé- rieurs, lorsqu’il fut admis à l’hôpital, étaient-elles rhuma- tismales, et n’est-ce que plus tard que les veines de ces parties s’enflammèrent? N’ayant point observé le malade à cette époque, je ne puis répondre d’une manière positive à la question dont il s’agit; mais, dans l’observation sui- vante, qui a été publiée par M. Van deKeere, dans le jour- nal universel des sciences médicales ( tom. 39 , 1825 ) , nous verrons un exemple remarquable d’une inflammation de la membrane interne du cœur et des vaisseaux, chez un individu affecté de rhumatisme articulaire aigu. (i) Parmi les nombreuses personnes qui assistaient ainsi que nous à celte in- téressante autopsie cadarérique, se trouvaient MM. Huilier, Thourcl (interne de li. Rullier), Ilervex de Chcgoin, Daltnas, Revnaud, Littré, etc. i«REM. CATÉG. d’obSERV. ü’e«DüCABD1TE. 21 OBSERVATION W«. ^ Homme de 5o ans. — Rhumatisme articulaire aigu. — Fièvre très violente , anxiété. — Mort le dixième jour après le début du rhumatisme. — Rougeur presque, générale de la membrane interne du cœur, surtout aux valvules ; caillots fibrineux et albumineux dans les cavités du cœur. — Rougeur et épaississement de la veine saphène interne. — Pus dans les articulations. Un soldat, âgé d’environ 30 ans, fat admis à l’hôpital de La Garde, le 30 juillet 4825, pour une maladie fébrile, dont il fut assez promptement guéri. Ce soldat mangeait les trois quarts de la portion , lors- que le 16 du mois d’août, journée très humide, après s’être endormi dans la cour, Sur un banc de pierre, il fut pris d’un mouvement febrile. 17. Douleurs vives dans les articulations et spécialement dans les genoux ; fièvre très intense, peau brûlante {^sang- sues aux genoux; diète; boissons délaj. ) . 18 ,' 19 , 20. Persistance de la fluxion rhumatismale et de la fièvre [large saignée ; sangs . et'vent. scarif aux genoux). 21. Fièvre violente encore ( couenne sur le sang). On pratique une nouvelle saignée, qui fournit une couenne plus épaisse encore que celle de la veille. M. Régnault, médecin en chef de l’hôpital, diagnosti- que, outre le rhumatisme articulaire aigu , une inflamma- tion des '))aisseaux. 22 et 23. Peu de changement {nouvelle saignée). 24 et 25. Pouls aussi plein et dur que les jours précé- dens , peau toujours chaude ; membres inférieurs étendus et immobiles ; teinte ictérique très prononcée ( nouvelle saignée). ^ Le 25, à 4 heures, l’anxiété du malade augmente; il existe une fluctuation manifeste dans le genou gauche ; le sang de la dernière saignée est couvert d’une couenne teinte en jaune [nouvelle saignée). S'a MALADIES DU COEUR EN PARTICULIER. 26. Exaspération de tous les symi^tomes {nouvelle sai- gnée). — Mort dans la nuit. Autopsie cadavérique , le 28, à 9 heures du matin. 1° Système circulatoire. — A l’extérieur, le cœur est d’un jaune pâle. La membrane interne y dans sa presque totalité ^ offre une rougeur foncée , qui s’étend aux 'valvules gauches. Cette rougeur règne également , mais à un moindre degré , sur la membrane interne de l’aorte. Caillots fibrineux et albumineux dans les cavités du cœur. Rougeur intense de la veine-porte et de ses ramifica- tions. Membrane interne de l’artère crurale d’un rouge intense. Saphène interne ouverte dans l’étendue de trois pouces, à la partie moyenne de la jambe, d’un rouge pourpre , épais- sie, enf aminée dans toute son épaisseur. 2° Articulations. — Une grande quantité d’un pus jaune et bien lié, dans la capsule des articulations fémoro-tibiales. Rougeur et épaississement de la synoviale. ' 3“ Org. respir. — Adhérences celluleuses dans les deux côtés de la poitrin e. Engorgement séro-sanguin de la partie postérieure de chaque poumon. ^ 4® Org. digest. — R.ien de bien notable. 5® Org. de l’innerv. — Cerveau sain; injection des mé- ninges. ^ RÉFLEXIONS. Voilà encore un cas d’inflammation du tissu séro-fibreux du cœur , chez un individu affecté de rhumatisme articu- laire aigu Mais dans ce cas, les veines et les artères ont été enflammées en même temps que le cœur, et peut-être avant lui. Les exemples de pareilles inflammations de la membrane interne du cœur ou des vaisseaux coïncidant avec une affection rhumatismale aiguë, sont bien moins rares qu’on ne l’avait jiensé jusqu’ici, .l’en ai vu tout ré- cemment encore trois nouveaux, l’un chez unjeune homme PIIEM. CATÉG. d’oBSERV. d’eNDOCARDITE. 23 de 14 ans, auprès duquel M. le docteur, Sarlandière nous appeler en consultation, MM. les professeurs Broussais \ Marjolin et moi ; l’autre chez une nourrice , couchée au n“ 4 de la salle Ste-Madeleine (1), le troisième , chez une jeune fille , couchée au n” 6 de la même salle. OBSERVATION Jeune homme de 20 ans. — Endo-péricardite aiguë chez un sujet atteint d’épais- sissement desTalvules gauches, et d’une hypertrophie du cœur. — Voussure de la région précordiale, bruit de scie diffus et bruit de soufflet, frémissement vibratoire. — Tendance à l’assoupissement. — Accès convulsif, avec perle de connaissance, — Mort quatre ou cinq jours après les premiers symptômes de l’endocardite aiguë, — Fausses membranes rugueuses, granulées, sur le péricarde ; concrétions san- guines formées avant la mort dans les cavités gauches et droites du cceur ; concré- tion pseudo-membraneuse dans l’oreillette gauche, etc. Un élève de l’école d’Alfort , âgé de 20 ans, d’im tempé- rament lymphatique , d’un caractère apathique, fut admis à la Clinique, le 2 décembre 1834. Ce jeune homme dit avoir eu , il y a deux ans , une maladie caractérisée par de la toux avec expectoration et de la douleur dans la poi- trine; il ne se rappelle pas si ses crachats étaient sanguino- lens et si la douleur était plus forte à droite qu’à gauche , en avant qu’en arrière. On le saigna une ou deux fois et on lui fit des frictions avec la pommade stibiée sur le devant de la poitrine. A cette même époque, il eut une anasarque générale qui se dissipa au bout de quelque temps. Il ressen- tit, il y a trois mois, des maux de tête assez violens, à la suite desquels survint une bouffissure du visage avec enflure des jambes le soir ; la respiration devint de plus en plus gênée, et lorsqu’il marchait vite ou qu’il montait, il éprouvait un (i) Dans ces deux cas, après des douleurs plus ou moins vives de plusieurs articulations, et des symptômes d'inflammation interne du cœur, une douleur s’est fait sentir dans l’un des membres inférieurs , tiirtoid au mollet ; ce membre s’est inhltré, les veines se sont développées, et le tronc de la saphène s’est trans- formé en qu cordon dqr, avec douleur à la pression ^ efp, 2/| MALADIES DU CŒUR EN l’ARTJCULIEU. essoufflement considérable , ainsi que des battemens du cœur. Etat a l'entrée. Peau décolorée, pâleur et bouffissure gé- nérale de la face , avec légère teinte violacée des lèvres ; œdème autour des malléoles; le malade accuse une dou- leur vague dans la poitrine. Voussure très manifeste dans la région précordiale ; matité de 4 pouces 8 lignes transversalement et de 4 pouces 6 lignes verticalement; frémissement vibratoire obscur dans toute la région précordiale; bruit de frottement su- perficiel , diffus isochrone aux mouveraens du cœur, ac- compagné d’un bruit de soufflet distinct , pendant la con- traction des ventricules , ayant son maximum d’intensité au niveau de l’orifice auriculo-ventriculaire gauche. La main sent les battemens du cœur dans toute l’étendue de la matité; la pointe de cet organe est fortement déviée à gauche; les mouvemens du cœur ne sont pas sensibles à l’inspection. Résonnance bonne de la poitrine; la respiration se fait bien; pouls à 80, petit, intermittent ; point de toux ni de crachats; langue couverte d’un enduit jaune, légère- ment rosée sur ses bords et à sa pointe. {Orge et chiend. gom. 3 p.;lav. huileux'). 3. L’enflure des extrémités n’existe plus; même bouf- fissure de la face ; les réponses sont plus lentes; léger état , de somnolence. {Orge ef chiend. nitré goutt. de crot. tigl. 4. Le malade n’a été qu’une fois à la selle. 5 et 6. Douleurs sourdes dans toute la poitrine, augmen- tant un peu pe7idant de fortes inspirations ; battemens du cœur réguliers , toujours accompagnés d’un bruit de frot- tement très marqué, sec, superficiel, analogue au bruit qu on produit en sciant du bois , coïncidant toujours aussi avec un bruit de soufflet profond, imitant par intervalles une sorte de piaulement ; l’oppression est plus manifeste que les jours passés; la langue se sèche; la peau s’échauffe; PRliM. CATÉG. d’oBSEIW. d’eNDOC ARDITE. q5 rassoiipisseinent augmente; le malade, comme à l’ordi- naire , répond à peine aux questions qui lui sont adressées. .Te fais remarquer aux élèves la ressemblance qui existe entre l’état de ce malade et celui du sujet de l’observa- tion 1"®. Diagnostic. — Endo-péricardite aigu'è, grefj ée sur une an- cienne lésion des 'valvules gauches, suivie d’ hypertrophie géné- rale du cœur. 7 et 8. L’état fébrile qui , les jours précédons, était nul ou presque nul, est maintenant très marqué ; soif vive; langue sèche , rugueuse , lèvres et dents croûteuses ; pouls petit, régulier, à 88-92; respiration accélérée; chaleur et sécheresse de la peau ; pressentiment d’une fin prochaine. Le malade n’accuse point de douleur dans la région précor- diale , même pendant la percussion. Le bruit de. scie dans foute la région indiquée persiste avec une grande intensité, et on l’entend même en éloignant un peu l’oreille de la poitrine : il est double comme les mouvemens du cœur, et nous paraît évidemment produit par le frottement récipro- que des deux feuillets du péricarde, recouverts de fausses membranes inégales et rugueuses. Le bruit de piaulement a disparu; le frémissement vibratoire persiste; les battemens du cœur se font sentir dans une grande surface , mais ne sont pas bien détachés ; un peu de délire alternant avec un assoupissement plus profond. A peine la visite était-elle achevée , que le malade perd toiit-à-coup connaissance : écume à la bouche; renverse- ment de la tête à droite; figure colorée; veines jugulaires gonflées; légers mouvemens convulsifs des yeux; pupilles dilatées , se contractant sous l’influence de la lumière ; res- piration stertoreuse ; frémissement vibratoire des lèvres à chaque mouvement d’expiration ; membres dans une réso- lution complète. Les battemens du cœur sont remplacés par des palpitations tellement fortes , qu’elles frappent les parois peetorales à l’instar de véritables coups de marteau; 26 MALADIES DU COEUR EN PARTICULIER. bruit de scie considérablement augmenté (1). [Vèsicat. aux jambes ; sinapismes ; lav. • diète.) 9. Le malade est revenu de l’état violent de la veille, et il a un souvenir confus de ce qui s’est passé ; il a éprouvé un léger épistaxis (2) j pouls à 96-100. [Sinap. diète.) 10. Assoupissement plus profond ; respiration gênée, pouls à 72 pulsations, régulier, très petit; mêmes bruits du cœur. {Même tisane; large 'vésic. à la nuque; sinap. aux cuis- ses ; lav. piirg. ; diète. ) L'assoupissement va croissant. Mort , à onze heures du soir. Autopsie cadavérique 82 heures après la mort. I® Habit, extér. — Décoloration générale du sujet. 2® Organ. circul. et respirât. — Le péricarde contient qua- tre bonnes cuillerées de sérosité de couleur d’acajou. Le feuillet pariétal paraît être épaissi, et présente des arbori- sations très manifestes , qui ont lieu dans le tissu cellulaire sous-sérèux ; sa surface, libre, est généralement lisse et polie. Le feuillet cardiaque est couvert sur toute sa face antérieure de fausses membranes, minces, molles, d’une récente formation. En tirant à gauche, on voit une lanière de fausse membrane, récente et molle, réunir les deux feuillets. Après avoir enlevé ces fausses membranes, on aperçoit la surface du feuillet viscéral, qui est polie; quelques ar- borisations se remarquent dans le tissu cellulaire sous-sé- reux du cœur. ^ La partie du feuillet qui recouvre la face postérieure du cœur est tapissée de fausses membranes d’une assez grande consistance , s’enlevant par larges lambeaux , ayant exacte- (1) Ces acciclens sont an nouveau trait de ressemblance entre ce malade et celui de l’observation i”. (a) Encore un trait de ressemblance entre ce maladp et celui de l'obierT valion »*** PREM. CATÉG. d’oRSERV. d’eNDOCARDÏTE. 27 ment l’aspect de la viembrane muqueuse de la langue d’un herbivore. Tout-à-fait à droite, en tirant vers la face anté- rieure de l’oreillette droite, on aperçoit encore une lanière de fausse membrane qui réunit les deux feuillets opposés du péricarde. Les fausses membranes de la face postérieure montent jusqu’à la base des gros vaisseaux. Dans certains points , le feuillet viscéral du péricarde a près d’une ligne d’épaisseur. Le cœur, rempli de caillots, a 5 pouc. de hauteur. Son diamètre transversal est de 4 pouc. et demi ; son diamètre antéro-postérieur, de 3 p. Le poids du cœur est de 55q gram. Le ventricule droit est généralement hypertrophié; ses parois ont dans certains points 4 hg. d’épaisseur, et 3 lig. vers la pointe. La valvule tricuspide est un peu épaissie; l’oreillette ne présente rien de remar- quable. Un caillot décoloré et d’une formation antérieure à la mort passe par l’orifice auriculo-ventriculaire droit , et se contourne autour de la valvule pour se rendre à l’àr- tère pulmonaire. Gettef concrétion, molle, élastique en quelques points, ressemble assez à une fausse membrane , ou bien à la couenne inflammatoire du sang. ‘ Les valvules aortiques ferment assez exactement leur ori- fice, mais elles sont fortement épaissies à leur bord libre. Un caillot décoloré, d’une bonne consistance, comme pseudo- membraneux , passe par l’orifice auriculo-ventriculaire gauche, se réfléchit sur un tendon de la valvule mitrale et flotte librement dans la cavité du ventricule gauche. Les parois de ce ventricule ont à peu près i pouc. d’épaisseur, et sa cavité est à peu près normale. Le tissu charnu du cœur est ferme et plus vermeil qu’à l’état normal. La valvule bicuspide, très épaissie, fongueuse, rougeâ- tre,présente des inégalités, des aspérités d’ancienne date. Les deux colonès charnues, ou muscles tenseurs de la valvule, sont énormément hypertrophiés; il ep est ainsi de leurs 128 MALADIES DU COEUR EN PARTICULIER, tendons. Les filets tendineux de la lame postérieure de la valvule sont comme mêles ensemble, raccourcis, et cette lame est en partie adhérente à la paroi ventriculaire , soit par suite du raccourcissement de ses filets tendineux, soit peut- être aussi par suite de productions cellulo-fibreuses acciden- telles. En l’aison de cette disposition , cette lame de la val- vule ne pouvait jouer dans toute sa liberté. La membrane interne de roreillette gauche est tapis- sée d’une fausse membrane, qui lui adhère partout avec assez de force. Cette membrane est comme plissée , froncée à l’instar de la membrane interne du vagin , ou mieux de la membrane interne des veines dans certains cas de phlébite. t Engouement considérable dans la partie déclive des deux poumons. Des adhérences anciennes unissent le pou- mon droit aiix parois pectorales. De semblables adhérences existent à gauche, entre le péricarde et la plèvre pulmo- naire voisine. 3® Org, digest. et annex. — Un peu de sérosité dans le péritoine. Ramollissement de la membrane muqueuse gas- trique en certains points. Le Joie , volumineux , est fortement congestionné. La rate est légèrement hypertrophiée, mais elle ne dé- passe pas les fausses côtes. 4° Org. de l'innero. — A l’ouverture du crâne, il s’écoule un peu de sérosité. Les fosses occipitales contiennent deux à trois cuillerées d’un liquide rougeâtre. L’arachnoïde est généralement injectée, et principalement! sur le lobe ante- rieur 'gauche , où elle est manifestement épaissie. La sub- stance cérébrale est sablée de sang, surtout à gauche. Les ventricules contiennent un peu de sérosité. RÉFLEXIONS. La complication de l’endocardite avec la péricardite , clans le cas précédent, est une circonstance qui rend difû- PREM. CATÉG. d’oBSERV. ü"eN ÜOCARDITE. 29 elle la détermination précise des signes propres à la pre- mière de ces phlegmasies. Il me semble probable que les phénomènes observés au moment de l’entrée du malade dépendaient exclusivement de l’ancienne maladie du cœur, et que les symptômes de la péricardite et de l’endocardite aiguës ne remontent que vers les 5 ou 6 décembre. L as- soupissement, la perte de connaissance, les légers mouve- mens convulsifs, nous paraissent avoir coïncidé avec la formation des concrétions sanguines dans les cavités du cœur. L’endocardite compliquée est une maladie , j’oserai le dire, fort commune; mais il n’en est malheureusement pas ainsi de l’endocardite pure, simple , dégagée de toute complication. Je dis malheureusement , car rien ne serait plus propre à éclairer le diagnostic de cette phlegmasie que des cas de ce dernier genre. L’observation suivante me paraît être un cas d’endocar- dite suraiguë , simulant , sous plusieurs rapports , une pleuro-péricardiie. OBSERVATION Û4'. r Femme d’environ ao ans. — Tuberculisation des poumons, surloul du gau- che. — Tout-à-coup, sentiment de douleur et d’anxiété dans la région du sein gauche, oppression extrême, palpitement du cœur, bruits valvulairés obscurs , remplacés par un bruit de froissement léger; pouls petit, misérable; pâleur et lividité du visage. — Mort le quatrième jour après les accidens. — Traces d'une ancienne péricardite ( adhérences fibreuses très résistantes). — Traces d’une ancienne endocardite valvulaire. — Concrétions récentes , comme pseudo-mem- braneuses , dans les cavités du cœur. — Rougeur des valvules aortiques. — iTu- bercules disséminés et excavations tuberculeuses dans les poumons. Une jeune femme, d’une vingtaine d’années, était en- trée dans le service clinique pour une tuberculisation pul- monaire au troisième degré. Elle était dans un état de demi- marasme. Elle ne paraissait pas encore arrivée vers le terme fatal , lorsque , dans les derniers jours de décembre 3o MALADIES DU CCEDII EN PARTICULIER. 1834, elle fut prise tout-à-coup d'un étouffement et d’une anxiété extrêmes, avec sentiment de douleur et d’oppres- sion dans la région précordiale et au-dessus du sein ( c’est du côté gauche que nous avions constaté la principale ca- verne, vers la région axillaire ). La respiration était à 60 par minute; le pouls petit, mi- sérable , à i2o-i3o. Il existait une matité très étendue dans la région précordiale, matité qui se confondait en haut avec celle due à la tuberculisation pulmonaire. L’exploration des bruits du cœur était difficile , en rai- son de la fréquence de la respiration f dont le murmure se mêlait à ces bruits ( le besoin de respirer était tel, que la malade ne pouvait retenir sa respiration pendant quel- ques secondes). Nous constatâmes cependant que les bruits du eœur étaient très obscurs , étotiffés , et comme rempla- cés par une sorte de murmure de faible froissement. L’impulsion du cœur était médiocre, malgré l’étal de palpitement continuel ; ses battemens étaient réguliers comme ceux du pouls. Face pâle, livide, profondément altérée. Nous fîmes appliquer des ventouses scarifiées, puis un vésicatoire. Tout fut inutile , et la malade succomba le quatrième jour après le début des accidens surajoutés aux symptômesde la tuberculisation (3o décembr<^. L’ausculta- tion pratiquée chaque jour nous fournit les mêmes résul- tats : le pouls resta petit et misérable, le visage toujours anxië, pâle, blême; les lèvres un peu violacées. Autopsie cadavérique , 12 heures environ après la mort. Cœur énorme pour une phthisique, double du poing du sujet. Le volume du cœur tenait à la fois à la distension de cet organe par une grande quantité de sang coagulé, et à l’hypertrophie. Agauche, le péricardeadhérait étroitement à la plèvre pulmonaire, et celle-ci, à la plèvre cos- tale. Ces adhérences étaient anciennes, plutôt fibreuses PREM. CATliG. d’oBSERV. d’eNDOCARDITE. 3l que celluleuses. Aucune trace de pleurésie ou de péricar- dite aiguës (i). La portion du cœur non recouverte par les poumons avait la largeur de la paume de la main. Dans la région ex- terne et postérieure des cavités gauches , le péricarde car- diaque adhérait par un tissu fibreux très résistant au péri- carde pariétal. Sur les cavités droites, le péricarde était libre, parsemé de taches laiteuses, fausses membranes qui s’enlevaient facilement avec la pince. Il y avait peu de sérosité dans cette portion du péricarde. Le sang contenu dans les cavités droites consistait en un énorme caillot blanc , évidemment formé avant la mort , tout-à-fait semblable à de la chair décolorée , à la couenne dite inflammatoire, ou bien encore aux lames du coagulum d’un sac anévrismal. Il distendait le ventricule et l’oreil- lette, et se prolongeait dans l’artère pulmonaire et la veine cave. Des portions du caillot étaient intriquées dans les colonnes charnues et dans les tendons valvulaires : là, il formait de petites concrétions arrondies, friables, et un peu moins pâles qu’ailleurs. Nulle rougeur de la membrane interne des cavités droites. Les trois lames de la valvule tricuspide sont très nota- blement hypertrophiées, et, à leur bord libre, existent plu- sieurs petites granulations fibro-cartilagineuses, criant sous le scalpel (2). Hypertrophie médiocre du ventricule droit, qui est dilaté. Le sang contenu dans les cavités gauches était aussi concrété et décoloré ; les caillots ne remplissaient pas complètement ces cavités , et paraissaient moins anciens que ceux des cavités droites. La valvule bicuspide était (1) Pendant la rie de la malade, nous avions pensé qu’il fallait attribuer, en partie du moins , les derniers et brusques accidens qu’elle avait éprouvés, à une pleuro-péricardite aiguë intercurrente. (a) La valvule n’était pas déformée, et pouvait fermer sou oriâce. 32 MALADIES DU CŒUR EN PARTICULIER, hypertrophiée et fibro-cartilaginisée à son bord libre , comme la tricuspide (i). — Hypertrophie médiocre du ventricule gauche avec dilatation. Valvules aortiques un peu épaissies , mais bien con- formées , j’OJiges. Point de rougeur de la membrane in- terne des cavités gauches ni de celle de l’aorte. Tubercules disséminés, cavernes dans les poumons, et surtout' à gauche. RÉFLEXIONS. Dans ce cas , comme dans le précédent , nous voyons une affection aiguë du cœur entée sur une affection an- cienne : savoir l’épaississement des valvules, l’adhérence fibreuse dû péricarde, etc. Nous avons cru devoir désigner sous le titre d’endocar- dite, l’affection aiguë qui a précipité la fin de celte ma- lade. En effet, les accidens survenus tout-à-coup dans les derniers jours, ne pouvaient réellement être attribués qu’à une pleuro-péricardite, ou à une endocardite aiguë. Or, nous n’avons trouvé aucun indice, aucun vestige de pleu- résie ni de péricardite récente. Ce n’est donc qu’à l’en- docardite que nous pouvons rattacher les accidens dont il s’agit. La formation d’énormes concrétions adhérentes, entortillées autour des tendons et des James valvulaires, le prolongement de* ces concrétions dans les gros vais- seaux , voilà une circonstance qui nous explique plusieurs des phénomènes observés, tels que la petitesse extrême du pouls, la pâleur , la tendance aux lypothymies , à la suffo- cation et l’anxiété. Dira-t-on que les concrétions du cœur n’étaient pas l’effet d’une endocardite? je me suis fait bien souvent (i) Celle TalTulc n'élaU pai non plui déformée, et pourait fermer ion orifice. pREM. cATÉa. d’obseev. d’endocabdite. 33 moi-même celte objection, soit à l’occasion de ce fait, soit à l’occasion de faits analogues. Or , après avoir exa- niiné avec toute 1 attention dont je suis capable cette grave objection, j’ai pensé qu’elle était plus spécieuse que solide. Sans doute , il est un grand nombre de cas dans lesquels des concrétions sanguines sont indépendantes d’une endocardite; mais, lorsque chez un individu qui a présenté des symptômes tels que ceux éprouvés par cette malade , on rencontre dans le cœur des concrétions évidemment formées avant la mort, décolorées, à demi organisées, adhérentes, analogues à de fausses mem- branes pelotonnées, ou à la couenne inflammatoire, il est infiniment probable qu’elles ont été la suite d’une endo- cardite. OBSERVATION 45e. Homme de 35 ans. — Pleuro-pneumonie et endo-péricardite aiguës. — Bu(^ lemens Tiolens du cœur, avec bruit de soufflet et matité de la région précor- diale. — Recrudescence. — Mort vers le \ingl-et-unièmejour après le début de la première attaque de pleuro-pneumonie. — Rougeur des vahules aortiques et biruspide, et de la surface interne de l’oreillette gauche; épaississement, bour- souflement des valTules indiquées , arec concrétions comme pseudo-membra- neuses. — Concrétions sanguines blanches, adhérentes dans les cavités gauches et dans l’aorte, etc. Un potier de terre, âgé de 35 ans, d’une assez bonne constitution, mais triste et mélancolique, fut admis à la Clinique, le lo juin i834- Le 7 du même mois, il fut pris d’une douleur de côté, qui l’empêchait de respirer et de tousser, et de frissons suivis de fièvre. Voici quel était son état , le 10 et le ii. Face d’un jaune livide, abattue, triste; peau chaude ; pouls fort, vibrant, à 100 puis, par minute ; 28 à 82 inspi- rations par minute. La partie antérieure du côté droit de la poitrine rend uir a- 3 34 MALADIES DU COEUR EN PARTICULIER, son clair; cependant la respiration est obscure en tirant vers la région externe. La partie postéi ieure résonne mal ; souffle et bronchophonie dans les fosses sus et sous-épineu- ses; respiration obscure, avec crépitement à la région in- férieure. Crachats visqueux , aérés , d’une belle teinte rouillée ; douleur vive dans le côté droit. ' Les battemens du cœur sont forts et très étendus. La ma- tité de la région précordiale est de 5 p. en travers, et de 3 p. verticalement. Si le malade reste assis dans son lit, la matité descend de i p. à i3 lignes plus bas, et on trouve de la ré- sonnance dans une étendue égale en haut, là où existait de la matité pendant le décubitus sur le dos. Il existe un double bruit de soufflet ou de frottement assez âpre dans la région précordiale ; (toutefois ce phénomène est beaucoup plus marqué pendant la contraction ventri- culaire , que pendant la diastole. Le bruit est aussi plus sourd , plus âpre , plus étouffé vers la pointe du cœur que vers sa base, à peu près également distinct et dans la région des cavités droites , et dans celle des cavités gauches. A 2 pouc. et demi au-dessous et un peu en dehors du mame- lon, vient frapper la pointe du cœur, en soulevant forte- ment la région pectorale. La main appliquée dans les autres points de la région précordiale , ne sent pas distinctement les battemens du cœur. Le malade dit n’éprouver aucune douleur dans le coté gauche. Les battemens des artères carotides et sous-clavières sont très-forts, étendus et accompagnés d’un gros bruit de soufflet, et d’un frémissement vibratoire des plus distincts. Langue humide, ventre un peu ballonné etgargouillement dans la fosse iléo-cœcale. Diagnostic. Pleuro-pneumonie à clrvite, surtout au sommet^ — Endopéricardite. PREM. CATÉG. d’oBSERV. d’eNDOCARDITE. 35 Prescription. Trois saignées da bras, et 3o sangsues sur la région précordiale, dans les journées des lo et ii ; boiss. éinolL; catapl.; lavent.', diète. 12. Une couenne jaune , dense , très ferme, recouvre le caillot (îes trois saignées, qui est lui-même très ferme, élastique comme du gluten, Les crachats sont moins rouillés ; pouls à 84 » moins dur et moins tendu ; respiration à 24-28; peau moins chaude ; visage meilleur; matité , souffle et bronchophonie dans la moitié supérieure de la face postérieure du côté droit. Nous constatons par l’inspection et la mensuration une légère voussure de la région précordiale; la matité a cepen- dant diminué de i pouc, transversalement, et de 4 üg» de haut en bas. La main sent les battemens du cœur dans une plus grande étendue qu’hier ; ils sont un peu moins forts et soulèvent encore le 5' espace intercostal ; le bruit de frottement est plus sourd, diffus , superficiel , et imite assez bien le bruit qu’on produit en grattant une étoffe avec le bout du doigt; il .masque presque complètement le double claquement val- vulaire. Battemens des artères carotides , moins violens et moins bruyans. Une saignée ; deux vent, searif. en ariière a droite. 13. Le malade a passé une meilleure nuit, et a un peu sué; crachats à peine rouillés; douce moiteur de la peau; pouls à 8o-84* Les battemens du cœur sont beaucoup moins forts et sou-’ lèvent à peine le 5* espace intercostal ; on les sent mainte» nant au palper dans toute la région précordiale. La mj^ tité est de 2 p. 8 1. de haut en bas, et 4 p* i !• trana versalement. Le bruit de frottement est bien moins pro# noncé; il n’aceompagne même distinctement que la systole, le second bruit du cœur reprend sa clarté; dans la région correspondante à l’orifice auriculo-ventriculaire gauchie / 3. 36 MALADIES DD COEUR EN PARTICULIER. existe , outre le bruit de frôlement diffus et superficiel , un vrai bruit de soufflet. Looch hl.; tlirid. gr. x; 'viol, guim.; diète. i/{. La matité précordiale n’est plus que de^ p. 3 l. transversalement, et de 2 p. 6 1. de haut en bas. Ledou- î ble bruit du coeiir se fait entendre distinctement à tra- ! vers le bruit de frottement, qui a beaucoup diminué. Peau sudorale , d’une chaleur presque normale ; pouls souple , à 80 ; respiration facile. i5 et 16. Visage altéré; tristesse profonde; réponses len- tes, prononcées d’un air hébété et indifférent; cependant l’état du cœur et des poumons est de plus en plus satisfai- sant; le pouls esta 72; la respiration à 24 ; il y a toujours du retentissement de la voix , et peu de résonnance à la région supérieure de lapartiepostérieureducôtédroit,maislemur- mure vésiculaire revient à la région inférieure. — Le bruit de frottement du cœur diminue sensiblement chaque jour. | Large 'vésicat. en arrière h droite ; eau de poulet. Les jours suivans, la tristesse continue ; le malade témoi- gne unvif désir de revoir son département (Ille-et-Vilaine). INous nous efforçons vainement de le consoler; dans cet état !, de nostalgie , il oublie même ses besoins les plus pressans, ■ et plusieurs fois on a été obligé de le sonder. ( On élève gra- duellement la dose de ses alimens ). Le malade se lève nu , se promène ; contracte du dévoie- ment; puis survient une récrudescence de la pneumonie ; le pouls, qui était tombé à 60 pulsations, et avait perdu sa ] vibrance , s’élève à 128, et redevient vibrant; des saigne- :■ mens de nez se manifestent à plusieurs reprises; la langue î est sèche, croûteuse ; l’haleine fétide; les crachats prennent J un aspect cendré, purulent; et la mort arrive le 29 juin. Dès s le 24, la matité précordiale n’existait plus que vers l’extré- mité inférieure du sternum, et il ne restait plus qu’un très v. léger bruit de souffle. Autopsie cadavérique, 22 heures aprèsla mort, (La tempéra- -I PREM. CÂTÉG. d’observ. d’endocardite. 3y ture de l’air n’a pasélé très chaude depuis lamort du malade.) Habit, extér. — Demi-marasme 5 décoloration de la peau; pâleur jaunâtre du visage; nulle trace de décom- position du cadavre. 2® Org. circuL et respir. — Le péricarde contient en- viron deux cuillerées d’une sérosité limpide , un peu jaune. Sa surface interne offre une teinte opaline ; dans la portion du péricarde qui se réfléchit autour de l’ori- gine des gros vaisseaux , on rencontre quelques granu- lations du volume d’un petit grain de chènevis , se déta- chant facilement de la membrane séreuse, qui est intacte au-dessous d’elle. Distendu par du sang coagulé, le cœur est d’un quart environ plus gros qu’à l’état normal. Les caillots contenus dans les cavités droites, en grande partie décolorés, fibrineux, adhèrent aux colonnes char- nues ainsi qu’aux valvules. La valvule tricuspide est mince et transparente. Vers l’origine de l’artère pulmo- naire, l’endocarde offre une plaque d’une teinte opaline et comme laiteuse. Les valvules et la membrane interne de l’artère pulmonaire sont parsemées de plaques d’un rouge vif et vermeil. L’épaisseur des parois de l’oreillette et du ventricule droits est sensiblement normale. La portion du ventricule gauche, la plus voisine de l’orifice auriculaire , contient un caillot fibrineux , ferme , qui se prolonge dans l’aorte en s’amincissant : il est forte- ment adhérent aux colonnes charnues, ainsi qu’à la val- vule bicuspide, autour de laquelle il est comme entortillé. La portion de V endocarde qui recouvre celte 'valvule et les ■valvules aortiques est d'un rouge plus prononcé et plus -vif encore que la portion qui revêt les ■valvules de V artère pulmo- naire. Les deux lames de la ■valvule bicuspide et leurs tendons sont épaissis , hypertrophiés ; V épaississement est encore plus marqué aux ■valvules aortiques, surtout à leur bord libre, qui est boursouflé. Toutes ces ■valvules sont d'ailleurs bien confor- mées, et peuvent fermer exactement les orifces gauches. Leur 38 MALADIËS DU COEUR EN PARTICULIER. tissu crie légèrement sous V instrument qui les divise, La rougeur 'valvulaire s'étend sur la membrane interne de b oreillette gauche, () k elle est disséminée par plaques. Celte membrane s'enlève par larges lambeaux , et nous a para notablement épaissie. Au- clessoüS d’ellë , le tissu musculaire est parfaitement sain. Mêlne apris un lavage réitéré, il est resté quelques petits caillots fibrineux adhérent au bdrd libre de la 'valvule bicuspide, et \'întrélàcés avec ses filets tendineux (ces concrétions res- semblent assez à de petites masses pseudo-membraneuses). La surface interne du •ventricule gauche est plutôt pâle que vermeille. L’épaisseur de ses parois, à la base, est de 7 lignes; sâ cavité est un peu grande. L’aorte contient, dans toute sâ longueur, du sang en partie coâgulé; elle présente une rougeur partielle, dis- tribuée par plaques ou par petits rubans , plus prononcée vers la crosse de l'âorte et les artères qui en naissent, que partout ailleurs; elle s’affaiblit dans l’aorte thoracique, et disparaît presque entièrement dans l’aorte ventrale. Les plaques rouges ne sont pas plus nombreuses dans les régions déclives de l’aorte que dans les autres régions. La membrane interne de l’aorte se détache facilement de la membrane moyenne, qui est tout-à-fait saine. La veine cave inférieure est en partie remplie par du sang coagulé , et conserve sa blancheur normale. Le côté gauche de la poitrine contient un verre environ de sérosité sanguinolente. Les lobes supérieur et moyen du poumon droit sont adhérens en haut et en arrière et dans un état d’hépatisation grise. La surface des déchirures de leur tissu offre un aspect grenu, et il en ruisselle par la pression un liquide tout-à-fait purulent. Le ramollissement est tel, qu’il suffit d’appuyer légèrement les doigts pour les enfoncer dans la substance pulmonaire... Le pou- mon gauche, encore assez crépitant, offre à sa partie postérieure un engouement plus séreux que sanguin... 3” Org. dig. et annex. — Rougeur foncée dans la région pREM. cat]5:g. d’observ. d’endocardite. 39 splénique et pylorique de l’estomac, avec ramollissement léger; ailleurs, teinte un peu ardoisée. Développement des follicules isolés du duodénum et de la fin de l’intestin grêle, où existe une teinte ardoisée de la muqueuse. Rougeur foncée, vineuse, de la membrane interne du gros intestin , avec développement considérable des fol- licules. On trouve dans cet intestin quelques matières fécales, à demi solides et à demi liquides. — Foie un peu développé, présentant vers son bord inférieur un kyste rempli d’une matière melliforme. La vésicule, du vo- lume d’une grosse poire , contient une bile ti’ès claire ^ un peu jaune. 4® Org. de Vinnerv. — Le cerveau est abreuvé d’une grande quantité de sérosité limpide ; le réseau de la pie- mère est infiltré de ce liquide ; on en trouve environ un quart de verre à la base du crâne; les ventricules laté- raux en contiennent une bonne quantité, et sont plus amples qu’à l’état normal. Leurs parois n’offrent point de ramollissement. La substance des hémisphères céré- braux , du cervelet et de la moelle alongée, est d’une bonne consistance , plutôt pâle que rouge ou injectée. RÉFLEXIONS. Cette observation mérite de fixer toute notre attention. Les phénomènes que présentait le maladeau moment de l’entrée, ne permettaientpas de méconnaître une pleuro-pneumonie, compliquée d’une inflammation des enveloppes du cœur: revenons sur les signes de cette dernière. Notons d’abord qu’avant la maladie aiguë pour laquelle le malade est entré à l’hôpital, il n’avait rien éprouvé qui put faire soupçonner l’existence d’une ancienne affection du cœur. Analysons maintenant les signes fournis par l’exploration du centre circulatoire et des fonctions de la circulation. Voici ces signes : battemens du cœur forts, étendus, accom- pagnés d’un pouls large, plein et vibrant; matité de la ré- Jo MALADIES DU COEUR EN PARTICULIER, gion précordiale dans 5 p. d'étendue transversalement, et dans 3 p. verticalement; matité dont le niveau varie selon la position du malade; double bruit de scie, de râpe ou de soufflet dans la région du cœur. Or, je le demande, quelle est l’affection aiguë du cœur, sinon une endo-péricardite , qui ait pu donner lieu aux phénomènes ci-dessus exposés? On dira peut-être qu’il suffisait d’une péricardite pour les produire. Ce fut aussi notre première pensée; mais, consi- dérant que le bruit anormal que nous entendions dans la région précordiale paraissait se passer, au moins en partie, à l’intérieur du cœur, et que l’épanchement dans le péri- carde devait être peu considérable , puisqu’il n’empêchait pas complètement de distinguer, à la vue et à la main, de forts battemens du cœur; sachant d’ailleurs combien il est commun de rencontrer une endocardite générale, ou simple- ment valvulaire, dans les cas de violente péricardite, nous crûmes devoir admettre l’existence simultanée de la péri- cardite etde l’endocardite. Au reste, la marche de la mala- die et l’ouverture du cadavre confirmèrent notre diagnostic. Je dis d’abord que la marche de la maladie a prouvé l’existence de l’endocardite; en effet, le bruit de soufflet ou de scie a persisté à une époque où il n’existait plus dans le péricai'de aucune lésion à laquelle on pût le rattacher. Il ne pouvait alors être attribué à autre chose qu’aux lé- sions produites par l’endocardite. Je dis, en second lieu , que l’ouverture du cadavre a dé- posé en faveur de notre diagnostic. En effet , ce n’est véri- tablement qn’à une endocardite que l’on peut rapporter les lésions que nous avons rencontrées dans la membrane interne du cœur, et spécialement dans les valvules ; savoir, la rougeur par plaques. Je boursouflement ^fongueux du bord libre des valvules* aortiques), les concrétions fibri- neuses, ou plutôt pseudo-membraneuses, adhérentes au bord libre de la valvule bicuspide, enfin l’épaississement de la membrane interne de l’oreillette gauche. PHEM. CATÉG. d’oBSERV. d’eNDOGARDITE. l\ 1 Sous l’influence des émissions sanguines à haute dose, l’clat du malade s’améliora rapidement. Des le cinquième jour, la matité précnrdiale avait diminué de deux pouces transversalement, et d’un demi-pouce de haut en bas. Le mouvement fébrile était presque nul , la respiration libre ; mais la nostalgie et la récrudescence de la pneumonie nous firent perdre le fruit de nos soins, et le malade suc- comba- Le poumon droit avait passé rapidement à l’état d’hépatisation grise ou de suppuration. Ce n’est pas le seul cas où nous ayons vu une récrudescence de pneumonie en- traîner ainsi rapidement la suppuration; mais cette cii'- constance étant étrangère à notre sujet, il nous suffira de l’avoir signalée ici. OBSERVATION Me. Homme de 27 ans. — Pleuro-pneumonie au troisième degré ( suppuration). — Phénomènes lyphoides. — Mort quinze à vingt jours après le début delà pleuro-pneumonie. — Rougeur de la ciembrane interne du cœur, avec épaissis- sement ou boursouflement fongueux de la valvule bicuspide ( point de lésions .semblables dans les cavités droites ). — Concrétions sanguines dans les cavités du cœur '( celle de l’oreillette gauebe. est adhérente). — Raoiollissemcnt gris, infiltration purulente du poumon droit. Un maçon , âgé de 27 ans , fut admis à la clinique le 26 . mai i834* U était atteint d’une pleuro-pneumonie dont le début remontait à une huitaine de jours, et qui était compliquée de phénomènes bilieux ou gastriques. Crachats légèrement^rouillés , matité, souffle bronchi- que, bronchophonie a la partie postérieure du côté droit , toux assez fréquente, oppression; peau sèche, aride, brû- lante; pouls à 120, peu développé; langue rouge à la pointe , sèche , râpeuse , fendillée ; tension de l’épigastre , gargouillement dans la région iléo-cœcale , céphalalgie, agi- tation, insomnie. Saign. de 3 pal.; boiss. go mm.; diète. Le lendemain 27, peu de changement : appareil typhoïde 4^ MÀtADIES DU UOEUR EN PARTICULIER. plus marqué; 48 inspirations; couenne inflammatoire sur le caillot de la saignée d’hier. Une doubl. saign.; 'veut, scarif. a droite. 28. Soulagempnt : pouls à 108, respiration à 28-32 ; crachats moins rouilles qu’hier; sueurs dans la nuit. Une saignée. 29 et, 3o. Délire par intervalles, avec vociférations et cris aigus. Saign.; 'vésicat. 3i. Le malade est tranquille; les crachats ne sont pas rouillés. i" juin. Crachats un peu rouillés, puriformes- un peu de' trouble dans les idées. 2. Gémissemens continuels; un peu de délire le soir; odeur fétide; langue sèche, brunâtre; peau sèche et chaude; pouls à 1 16; 32 inspii'ations. . 3. La stupeur est très prononcée ; somnolence. — Mort à 3 heures 1^2. .. ' Autopsie cadavérique , 18 heures après la mort. Org. respir. et circulât. — Le poumon droit -est hépatisé dans toute son étendue , et recouvert de fausses membranes minces. La pression fait ruisseler, à la surface des incisions pratiquées dans le tissu pulmonaire, un liquide grisâtre, boueux, véritablement purulent. Engouement et splénisa- tion de la partie postérieure du lobe inférieur du poumon gauche... Le volume du cœur est à peu près nonnal. Cet organe con- tient une grande quantité de sang, en caillots décolorés dans les oreillettes et le 'ventricule droits , liquide dans le 'ventricule gauche i Lé caillot de V oreillette gauche est légèrement adhé- rent. Un caillot existe à V origine de V aorte, dont les 'valvules épaissies offrent une rougeur qui résiste au lavage. Cette rou- geur est plus prononcée encore dans la 'valvule bicuspide , qui est épaissie et boursouflée vers son bord libre. Les valvules des cavités droites sont, au contraire, pâles, décolorées. La PREM. CATÉG. d’oBSERY. d’eNDOCARDITE. 43 membrane interne de l’aorte offre un fond jaune*nankin , sur lequel tranchent quelques rubans rosés. Le caillot rcn contré à l’origine du vaisseau s’étend jusqu’à la naissance desartères iliaques, où il se termine en pointe. On rencon- tre çà et là quelques taches jaunes, anciennes. Nous croyons pouvoir nous abstenir de rapporter ici ce que nous observâmes dans les centres nerveux et l’appareil digestif. RÉFLEXIONS. Dans cette observation, comme dans les précédentes, on voit que les caractères anatomiques de l’endocardite exis- tent à leur maximum d’intensité sur les valvulés. Il est dés cas où ces valvules portent seules les traces de cette in- flammation , comme dans la seconde observation de ce cha- pitre (i). .7 (i) En Toicî deux autres exemples assez remarquables. Obs. 4/*. — Le a8 avril 1829, j’assislai à l’ouverture d’un jeufie homme vi-> goureux , mort d’une pleuro-pneumonie compliquée de péricardite ( service de M. Lerminier ). Hépatisation des poumons, fausses membranes pleuréti- ques , etc. Epanchement purulent et fausses membranes dans le péricarde... Substance charnue du cœur saine. Rougeur et léger épaississement des valvules du cœur. La membrane interne du cœur, là où elle ne recouvre pas les valvules; celle de l’aorte, de l’artère et des veines pulmonaires , n’offrent aucune trace de rougeur, bien que ces vaisseaux contiennent du sang , en partie liquide, en partie à demi coagulé. , Dans l’observation suivante l'êndocardite valvulaire a duré plus long-temps , et a laissé à sa suite non seulement de la rougeur et un léger épaississement, mais un véritable état fongueux de la valvule affectée. Obs. 48*. — Vers la fin de novembre i834, nous ouvrîmes une fille de' aoans, généralement infiltrée et ascitique, à la suite d’un érj'sipèie phlégmoheux de la caisse. Visage nn peu violet, oppression. La mort fut hâtée par la gangrène, survenue consécutivement à des mouchetures pratiquées sur les membres infiltrés. Point de décomposition notable du cadavre. Cœdr atrophié ( gros cpmme un petit céiif ), ridé, brun. La cavité du ventri- cule droit contient à peine le doigt indicateur; la cavité du ventricule gauche est plus petite encore. Membrane interne des cavités droites et valvules correspon- dantes saines. f^alvule mitrale épaissie, boursouflée, fongueuse, partout d’un rouge foncé. D’ailleurs, point de rougeur dans les gros vaisseaux veineux ou ar- tériels, bien qu'ils contienuenl du sang liquide ( la veine-cave surtout). 44 MALADIES DU COÎÜE EN PARTICULIER. Nous allons tefminer l’exposition de cette première ca- tégorie d’observations par le récit de deux autres cas, dans lesquels l’endocardite aiguë est en quelque sorte greffée sur des tissus qui portent l’empreinte d’une ancienne af- fection de même nature. Le second de ces cas est en outre digne d’intérêt, en ce qu’il nous offre un exemple d’ulcé- rations superficielles des ivalvules. Ces cas nous condui- sent , par une transition naturelle , à ceux de notre seconde catégorie. OBSERVATION 49». Homme de 5o ans. — Foyer de suppuration dans les parois abdominales. — Fièvre avec phénomènes typhoïdes. — Mort au bout d’une quinzaine de jours. Rougeur de la membrane interne du cœur, avec épaississement des valvules ; rou- geurs des veines pulmonaires, etc. • Un homme âgé d’environ une cinquantaine d’années, an- cien compagnon d’armes du maréchal Marmont (1) , brun , fortement constitué, ayant depuis long-temps la respira- tion un peu courte (il dit être habituellement cafar/7ze«.r ou asthmatique) f se livrant à 'des travaux pénibles, entra dans le service clinique de la Charité, au mois d’août 1832, atteint alors d’une double pneumonie au premier degré. De larges saignées , puis les révulsifs triomphèrent assez promptement de cette grave inflammation. A sa sortie , le malade conservait seulement encore cette facilité d’essoufflement , cette teinte un peu violette de la face qui se rencontrent chez les individus porteurs de lé- sions chroniques des principaux organes de la circulation. Dans le courant du mois d’octobre, cet homme revint dans nos salles, offrant un état d’oppression et d’étouffe- ment tel , qu’à chaque instant il était sur le point de (i) Il porte une blessure qu’il reçut dans un duel avec le maréchal, alore sim pie soldat ou sergent. PREM. CATÉG. d’oBSERV. d'EiNDüCARDITE. 4^ suffoquer. Ses crachats étaient ensanglantés; le côté droit douloureux. Du râle crépitant se faisait entendre dans tous les points du thorax correspondant aux lobes supérieur et moyen du poumon droit (en quelques points la respira- tion était presque nulle ) ; il y avait de la bronchophonie; la percussion- fournissait un son moins clair qu’à l’état normal. 'Une nouvelle pneumonie ehez un homme qui nous pa- raissait atteint de lésions anciennes du cœur et des gros vaisseaux , et accompagnée d’une imminente suffocation, était au-dessus de nos ressources. Toutefois, rien ne fut négligé pour soulager le ma- lade. Trois larges saignées , des san'gsues et un vésicatoire sur le côté malade, diminuèrent de la manière la plus no- table l’oppression, et un commencement de résolution sem- blait s’opérer. Mais la persistance de la prostration, une certaine lividité de la face, la chaleur de la peau, la fré- quence du pouls (sans irrégularité ni inégalité), symptômes auxquels vinrent se joindre de la diarrhée , de la sécheres.œ de la langue, de la fuliginosité de la bouche, nous firent persister dans le fâeheux pronostic que nous avions porté. L’expectoration devint de plus en plus difficile; la pros- tration telle, qu’on ne pouvait presque faire exécuter aucun mouvement au malade. Les symptômes typhoïdes firent des progrès ; le visage sdiippocratisa complètement; il survint un peu de désordre dans les idées, et le malade, auquel depuis quelques jours nous n’avions pas cru devoir refuser un peu de vin (son état étant évidemment désespéré), suc- eomba le 5 novembre dans la soirée. Autopsie cadavérique , le 6, à huit heures du m^tin (12 a i4 heures après la mort). 1“ Habit, extér. — Il n’existe pas la moindre trace de pu- tréfaction. Cadavre d’un homme fortement constitué , conservant encore de l’embonpoint. 46 MALADIES DU CCŒUR EN PARTICULIER. En incisant les parois addominales, on rencontTG une infil- tration purulente assez récente de la région du flanc ^ dans une étendue supérieure à celle delà paume de lamain\ suppuration que rien n’avait fait soupçonner pendant la vie. — Pas d’in- filtration séreuse des membres. 2” Org. digest. et annex. ^Sérosité dans les parties laté- rales de l’abdomen (une pinte environ); intestins lavés ; foie granuleux à la surface [cirrhose par hypertrophie des granulations jaunes), ratatiné, dense, moins volumineux que dans l’état normal. (L’élément rouge paraît presque complètement atrophié. ) Peu de sang dans le système de la veine-porte , qui offre intérieurement une teinte un peu rouge. ' Vésicule contenant de la bile verdâtre , un peu claire. Membrane muqueuse de l’estomac un peu brune , très mince et détruite en quelques points du grand cul-de-sac. Pâleur générale de la muqueuse de l’intestin grêle , qui paraît sous tous les rappors intacte; teinte ardoisée de la muqueuse du cæcum et du commencement du colon; cou- leur grisâtre de tout le reste du gros intestin ; point d’ulcé- rations ni de granulations. — Rate un peu volumineuse, un peu molle ; granulations vers son sommet. — ■ Reins et vessie sans notable lésion. 3° Org. respirât, et circulât. — Poumon droit adhérent aux parois pectorales par un tissu celluleux , dense et bien organisé ; engorgement de tout le lobe supérieur et d’une portion du lobe moyen de ce poumon, qui crépite à peine ; le liquide qui l’engoue est plus séreux que sanguin et purulent : il en ruisselle par la pression; le tissu se dé- chire plus facilement que dans l’état normal ; en quelques points de la surface de ce poumon, teinte rouge produite par une sorte d’ecchymose superficielle. Rougeur foncée et épaississement de la muqueuse bronchique. Mucosités et écume abondante dans les rameaux et ramifications bron- chiques. — Le poumon gauche est léger, souple. PREM. CATÉG. d’oBSERV. d’eNDOCARDITE. 4? Les divisions des 'veines pulmonaires sont d’un rouge un peu brun à V intérieur ^ plus dans le poumon gauche que dans l’autre. Le cœur est un peu plus volumineux que dans l’état normal (plus gros que le poing); sa largeur surtout est augmentée. Il est un peu flasque (pas de sérosité dans le péricarde). Les oreillettes sont très amples, à pa- rois un peu épaissies; leur membrane interne est rouge comme celle des ■veines pulmonaires , et se détache assez facilement; les orifices sont dilatés notablement; les 'valvu- les sont rouges en divers points ; la mitrale est épaissie et parsemée de quelques plaques blanches ou jaunâtres ; de semblables plaques existent a la hase des ■valvules aor- tiques. L’aorte, dans toute son étendue, est hérissée de plaques de même nature, inégales, et une matière athéromateuse existe vers la convexité de sa crosse , au-dessous de la membrane interne ; celle-ci est parse- mée de bandes rouges dans toute son étendue, séparées par quelques lignes blanches (en quelques points, la rougeur est continue); cette rougeur est assez vive, ver- meille dans l’aorte abdominale, où elle ne paraît pas affecter de préférence la partie déclive. Toutes ces lé- sions se prolongent en s’affaiblissant dans les divisions de l’aorte supérieure et de l’aorte inférieure. La membrane interne de la veine cave est également rouge; mais d’un rouge plus foncé, moins vermeil (i). (i) Il n’existait pas la moindre trace de putréfaction; la température était froide , et l’ouverture a été faite i a heures seulement après la mort. C’est un cas où l’on peut nier difficilement la nature inflammatoire de la rou- geur du système sanguin. Le foyer de suppuration , dont nous n’avions pas reconnu la présence pen- dant la vie, a sans doute exercé une influence considérable dans le développe- ment des phénomènes fébriles et typhoïdes. 48 MALADIES DU COEUR EN rARTICULIER. OBSERVATION 50«. t « Femme de 64 ans. — Pleuro-pneumonie avec réaction fébrile très forle. — Mort assez rapide, — Inflammation des deux poumons. — Rougeur, ulcérations superficielles des valvules aortiques ; état fongueux et adhérences de la valvule tricuspide. — Rougeur général&de l'endocarde. Antoinette Lamongeois , âgée de 64 ans, fut admise à l'hôpital Cochin , le i4 avril 1822. Elle était affec- tée d’une violente pleuro-pneumonie aiguë, à laquelle elle succomba le quatrième jour après son j entrée. La réaction ' fébrile était très considérable. Aatopsie cadavérique 36 heures après la mortf i). On constata l’existence d’une double péripneumonie : le poumon gauche était plus enflammé que le droit. Le péricarde contenait deux ou trois cuillerées d’un li- quide sanguinolent et était injecté, surtout à gauche. La membrane interne du cœur était rouge, enflammée la rougeur était foncée sur les valvules mitrale et tricuspide : cette dernière était comme fongueuse et en partie fixée aux parois ventriculaires, par des adhé- rences tendineuses. L’prigine de l’aorte et .ses valvules étaient rouges et parsemées de' petites ulcérations super- ficielles. On y voyait aussi quelques plaques terreuses ou fibro -cartilagineuses. (1) Je regrette qut l’autopsie cadavérique n’ail pas été pratiquée à une époque moins éloignée de la mort. Toutefois , comme la chaleur n’était pas encore con- sidérable , et que le cadavre n’offrait pas de traces de décomposition, il est probable que la rougeur dont nous parlerons plus bas n'était pas cadavérique. (2) Je conserve ici le mot enflammée, qui se trouve dans mes notes; mais je n’ignore pas que cette expression n'a de valeur qu'aulant que l’on trouve dans l’histoire de l’observation des preuves de l’état morbide qu’elle désigne. DEUX. CATÉG. d’oBSERV. d’eNDOCARDITE. 40 ^ ' DEUXIÈME CATÉGORIE. / ' • I , • . . OBSBBVATIONS d'eNDOCAROITE PENDANT LA PÉRIODE d’ÉPA ISSISSEMENT HYPERTHOPHI» QDE DBS TISSUS KAFLAMMiS, ET DE DÉVELOPPE»! BNT d’ADHÉBE A CES , DE PLAQUES »lE»lBHANiruSES CELLULO-FIBREUSES , OU FIBBEÜSES, ET DK VÉGÉTATIONS OU DE GHANULEU5BS. • ‘ . * < > ’ Celte catégorie comprend onze observations. Les qua- tre premières nous olfriront des exemples à^adhérences des valvules du cœur à la surface interne de cet or- gane, mode de lésion qui n’avait pas encore élé décrit par les auteurs de Traités sur les maladies du cœur, et qui établit un nouveau rapport entre l’endocardite et les autres inflammations des membranes séreuses. Après les quatre^ observations à! adhérence des^ valvules, vien- nent trois cas de fausses membranes plus ou moins éten- ' dues, organisées à la surface des cavités du cœur, et dont quelques unes seront désignées par nous sous le nom de taies de Y endocarde , parce ' qu'elles sont réelle- ment pour cette membrane ce que sont pour, la cornée les lésions qui portent spécialement le nom de taiës Ç ces taies de l’endocarde ressemblent exactement aussi aux plaques laiteuses du péricarde). Enfin, les quatre der- nières observations de cette catégorie sont relatives aux granulations ou végétations des valvules du cœur (i)^ (i) Parmi les observations précédemment rapportées, il en est deux qui ap- partiennent àl'espèce de celles dont il s’agit ici. (Voy.les observ, i3« et 44*.) 1 5o MALADIES DU COEUR EN PARTICULIER. j * \ § I"- ' OBSERVATION 51«, | ^eupe elle de iS ans'. — Symptômes de maladie organique du cœur, à la suite | d’un rhumatisme articulaire aigu. — Matité très considérable dans la région pré- | cordiale, qui est un peu bombée. — Battemens violens et étendus du cœur, bruit de soufflet pendant la systole ventriculaire , léger frémissement vibratoire dans la d région précordiale.... Mort trois ans après le rhumatisme.... Épaississement de j| l’endocarde, surtout dans l’oreillette gauche, où l’on trouve une fausse membrane !| fibreuse. — Hypertrophie et induration des valvules tricuspide, bicaspide d et aortiques, avec' qoelqdes'' adhérences : iksoffisancb de la lame postérieure j| de la valvule bicuspide. — ^ Plaques fibreuses sur le péricarde. — Hypertrophie '| générale du cœur avec dilatation des cavités et des orifices auriculo-ventricu- 4 laires. ‘ i ; s' I .1 Schatz ( Julie-Sophie), âgée de i8 ans, sans profession, ;( née à Strasbourg, d’une constitution lymphatico-ner- | yeuse, d’une santé "habituellement délicate, non encore !|t réglée, sujette à des flueurs blanches et à du dévoiement, ,| fut admise à la Clinique (n® 5, salle Sainte-Madeleine), le t| a5 août 1834. ‘Elle était malade depuis trois ans, mais surtout depuis six mois, que ses jambes et son ventre i; commencèrent à s’enfler; à la même époque, les palpi- 1 tâtions, l’oppression, les étourdissemens qu’elle éprou- fi yait depuis trois ans, ayaient beaucoup augmenté. | Sachant combien il est fréquent de yoir les maladies [ ^u. cœur survenir à la suite d’un rhumatisme articulaire, fi pous demandâmes à cette jeune fille si elle n’avait ja- i| mais éprouvé de maladie de ce genre, et elle nous ap- prit que la maladie qu’elle avait eue, il y a trois ans, était rl précisément un rhumatisme articulaire aigu, pour le- | ^ quel on l’avait saignée et on lui avait mis des ven- f| ^ louses. . ; K Voici quel était son état dans les premiers jours de I j son admission à l’hôpitaL ! ^ Décubitus assis, visage pâle, lèvres violacées, exprès- ^ sion de tristesse et d’anxiété; pâleur générale de la peau; 1 i ventre encore un peu développé avec matité et fluctuation i j DEUX. CATÉG. d’oBSEUV. d’eNDOCAKDITE. j5l dans la région des flancs; peu d'infiltralion des membres inférieurs dans l’éiat de repos. Depuis une huitaine de jours, une légère bronchite avec crachats glaireux, s’est jointe aux phénomènes dys- pnéiques habituels. La poitrine résonne assez bien ejr avant, et la respiration s’y fait avec un souffle assez fort; matité et respiration obscure à la partie inférieure de la région postérieure du thorax ; 24 inspirations par minute ; sentiment de serrement v, ers la gorge. La région précordiale est fortement ébranlée par les bat- tement violens ciu cœur ; cet ébranlement se propage en s’affaiblissant dans presque toute l’étendue de la poitrine, La région précordiale offre une voussure très manifeste. Il existe aussi un léger frémissement vibratoire dans cette ré- gion ( il n’en existe pas dans les artères carotides et sous-cla- vières). La matité précordiale est de 3 pouces ii lignes vertica- lement, et de 4 pouces ^ lignes transversalement; dans toute l’étendue de la^ matité, la main sent l’impulsion du cœur, qui est très forte, et l’œil la distingue parfaite- ment. Au dessous et en dehors du sein, dans la région cor- responda»ite a l’ocifice ‘ auriculo-vcntriculaire gauche, le premier bruit du cœur est remplacé par un bruit de soufflet très fort et très sec : ce bruit s’entend aussi, mais à un moindre degré, dans d’autres points de la région piécordiale et même jusqu’à la partie postérieure de la poitrine. Le second bruit du cœur est un peu âpre,, rauque , mais sans souille bien caractérisé. Le bruit de soufflet est isochrone aux pulsations artérielles. A un pouce, un pouce et demi au-dessus et en deifans^ du point où le bruit de soufflet existe à son majrimum d’intensité, il est remplacé par un bruit seulement: un peu plus sec qu’à l’état normal, et là, le second bruit du: cœur, clair, éclatant, imite un véritable claquement de 4- 1 52 MALADIES DU COEUR EN PARTICULIER, soupape ( il semble qu’on entende les valvules aortiques se * redresser pendant ce bruit, qui est brusque et très court). ^ : La différence qui existe ainsi dans les bruits des cavités ? gauches, selon qu’on les ausculte dans l’un ou l’autre 3 des points que nous venons d’indiquer, fut constatée par i un grand nombre d’élèves, et par M. le docteur Gaultier i de Claubry qui se trouvait à la visite, un jour où cette ^ malade fut explorée avec le plus grand soin. i Dans la région des cavités droites, les bruits qu’on en- |i tendait ne différaient pas beaucoup de ceux qui existaient i au-dessus et un peu en dedans du sein g mche. En dernière analyse, le bruit de soufflet ou de scie j n’avait lieu, à un très haut degré, que dans la région , correspondante à l’orifice auriculo-ventriculaire gauche. Pouls à 64 par minute, irrégulier, médiocrement déve- loppé. y Fonctions digestives en assez bon état. Dugno’stic. Induration de la Dol^^nle bicuspide avec reflux du sang dans l’oreillette gauche pendant la systole 'ventricu- laire (i) / hypertrophie énorme et dilatation du cœur. Prescription — -Infics. guiin, viol. sir. de gom; pot. avec poudre de digit. J^I gr. — Bouillon, potage, lait. Tous les jours, depuis celui de l’entrée, jusqu’à celui de la mort, les battemens et les bruits du cœur furent explo- rés, et, à chaque exploration , nous nous assurâmes de l’exactitude de ce quia été signalé plus haut : quelquefois I seulement, le premier bruit du cœur était double, comme 9 ^ si le ventricule se fût contracté à deux reprises pour se dé- 4 barrasser du sang qu’il contenait. En appliquant le doigt ï"! sur la région où la pointe du cœur venait frapper , on per- i-’l (1) C’eslsurlout à ce reflux du sang que nous altribuSmes le bruit de soufflet fJ f| isochrone au poub, bruit dont le maximum d’intensité se trouvait au-dessous |v| .| et en dehors du sein. DEUX. CATÉG. d’oBSERV, d’eNDOCAEDITE. 53 cevait assez distinclement un mouvement de dilatation suc- cédant au choc du cœur. Le frémissement vibratoire devint plus manifeste cjue les premiers jours; le pouls, quoique assez peu développé, était vibrant. Dans les der- niers jours de la vie, le pouls dé l’artère radiale disparut complètement , puis reparut , mais si faible qu’il échappait facilement au doigt. Les jambes s’infiltrèrent, le visage devint bouffi; le’ ventre était douloureux à la pression, fluctuant dans toute, son étendue ; du dévoiement se déclara. Le a3 septembre, trois jours avant la mort,' le bruit de soufflet était légèrement sibilant, au niveau du mamelon. Mort, le 25 septembre ( à 2 heures du matin ), dans un état de dyspnée eld’anxiélé extrêmes. Autopsie cadavérique sept heures après la mort. I® Habit, extérieure et cavités pectorale et abdominale. Les membres inférieurs, les parois abdominales, .et les grandes lèvres sont infitrés ; le visage est bouffi; les leyres vio- lettes. La partie externe des cuisses et la région de la han- che sont plissées et ridées comme, la peau du ventre après un accouchement ( ces plis sont dus à une ancienne hydropisie). L’abdomen contient une grande quantité de sérosité roussâtre. Üne sérosité moins foncée en couleur, citrine, limpide, s’écoule de chaque côté du thorax, dont elle oc- cupe la partie la plus déclive. La matité de, la région précordiale est verticalement et transversalement de 3 p. 10 1. 2® Org. respirât, et circulât. — La portion du cœur non recouverte par lès poumons, mesurée immédiatement après l’ouverture du thorax, offre exactement les mêmes dimensions que celles fournies par la percussion de la région précordiale ; c’est-à-dire 3 p. 10 lig. vérticalemcnt et en travers. La partie antérieure de la face interne du poumon droit 64 MALADIES DU COEUR EN PARTICULIER. adhère avec le péricarde, par du tissu cellulaire, formant une lame ou un repli analogue à un épiploon. La partie moyenne de la face interne du poumon gau- che adhère par un tissu cellulaire semblable avec le pé- ricarde, dans la région de l’oreillette gauche. Les deux poumons, lavés par la sérosité, offrent une teinte légère- ment pâle sur laquelle tranchent un" grand nombre de taches d’un rouge violet. Ils sont tous deux plus pesans qu’à l’état normal , gorgés d’un liquide séro-sanguinolent surtout vers leur bord pos- térieur. Ce liquide, légèrement spumeux, s’écoule à la pres- sion sans beaucoup de crépitation. Les incisions pratiquées dans les poumons, présentent à leur surface les taches indi- quées plus haut. Le tissu pulmonaire se déchire avec faci- . liié. Le poumon gauche, d’un tiers moins volumineux que le droit, était comme affaissé et comprimé à sa partie inférieure, ce qui tenait à ce qu’il avait été refoulé en haut par le cœur hypertrophié. Le péricarde contient une petite quantité de sérosité citrine. Il s’est énorfnément dilaté pour contenir le cœur hypertrophié. Celui-ci est gorgé de sang, en partie liquide, en partie coagulé. Vidé, il est encore presque double du poing du sujet. Sa surface extérieure présente , surtout ! dans la région du ventricule et de l’oreillette gauches, de j nombreuses taches d’un rouge vif, analogues au pointillé qu’on remarque quelquefois sur les muqueuses enflam- mées. A droite, on voit quelques petites taches blanchâ- tres, arrondies ( à la partie supérieure, une plaque blan- che avait la largeur de l’ongle du doigt auriculaire ). • Circonférence du cœur g pouces. Diamètre vertical 4 P- * — transversal 4 P* 8 I. La cavité du ventricule droit pourrait contenir un petit œuf de poule. Sa surface interne est lisse et paraît assez DEUX. CATÉG. d’oBSERV. d’eNDOCARDITE. 55 vermeille. La membrane interne de l’artère pulmonaire est parfaitement blanche. Les valvules de cette artère sont aussi minces qu’une feuille de papier josepli. La circonférence de l’orifice ventriculo-pulmonaire est de 2 pouc. lo lig. Celle de l’orifice auriculo-ventriculaire droit, dilaté, est de 3 p. lo lig. ' La valvule tricuspide, un peu déformée, surtout à son bord libre, est sensiblement épaissie. Les tendons qui viennent s’y attachér sont pour la plupart plus volumi- neux et plus forts qu’à l’état normal. Elle se trouve fixée en quelques points si près de la paroi voisine du cœur, que ses mouvemens ont dû en être gênés. Des adhérences accidentelles existent même en quelques points entre cette valvule et la paroi ventriculaire. Le maximum de la hauteur de la valvule est de 8 lignes. Le tissu de cette valvule crie sous l’instrument qui le divise, ce qui dépend d’un commencement de fibro-cartilaginificalion. L’oreillette droite est dilatée dans la même proportion que le ventricule ; généralement épaissie, elle a trois lignes d’épaisseur vers son appemdice, épaisseur qui est aussi celle des parois du ventricule correspondant. Le tissu musculaire des cavités droites est d’un rouge un peu plus vermeil qu’à l’état ordinaire, et offre une consistance plus que normale. Les valvules aortiques ferment l’orifice du même nom assez exactement ( l’eau qu’on verse dans l’aorte ne pénètre pas dans la cavité ventriculairë). La circonférence de l’orifice ventriculo-aortique est de I p. lo lig. Cet orifice contient à peine le bout du doigt annulaire. ( 11 est, par conséquent, très étroit, compa- rativement à l’ampleur de fa cavité du ventricule cor- respondant, lequel contiendrait un œuf de grosseur or- dinaire.) Les valvules sigmoïdes sont rougeâtres et plus épaisses’ 56 MALADIES DU COEUR EN PARTICULIER, que celles de l’artère pulmonaire : elles offrent sur la face qui répond au ventj icule des espèces de végétations rougeâ- tres, dures, résistantes, d’une consistance semi-cartila- gineuse. Elles ont à peu près 6 lignes d’étendue en hauteur. Toute la longueur de l’aorte ascendante et descendante offre un très petit calibre sans épaississement ni aucune autre altération : la membrane interne" est d’un blanc à peine jaunâtre. Dans le voisinage de l’orifice aortique, la membrane interne du ventricule gauche offre une teinte d’un blanc mat et est évidemment épaissie ; op l’enlève par lambeaux étendus , et au-dessous d’elle reste une couche de tissu cellulaire à l’état normal; l’épaisseur de la mem- brane va en diminuant de la base au sommet de ce ventri- cule. L’épaisseur de ses parois est de 7 lignes; cette épaisseur est presque la même partout, si ce n’est à la pointe, où. elle diminue sensiblement. L’orifice auriculp-ventriculaire gauche fait communicjuer largement l’oreillette droite avec le ventricule correspon- dant; il est presque double de l’orifice aortique. La val- vule bicuspide est très forte , hypertrophiée, commey?a/- cheminée; les tendons qui se fixent à son bord libre sont très forts, très fermes, et forment une sorte de réseau ou de yî/ef inextricable. La circonférence de l’orifice auriculo-ventriculaire gau- che a 5 pouces d’étendue.’ La lame antérieure de la valvule bicuspide a i6 lignes de hauteur. Sa lame postérieure, au contraire, ofire à peine 3 à 4 lignes de hauteur, et forme une espèce de ruban qui n’est pas seulement hypertrophié, mais converti eu tissu cartilagineux, criant sous le scalpel, et d’une demi- ligne à une ligne d’épaisseur. ^11 est évident que cette lame ne pouvait jouer convenablement pour clore et ouvrir alternativement l'orifice auriculo-ventriculaire ) La membrane interne de l’oreillette gauche , surtout DEUX. CATIÎG. d'oBSERV. d’eNDOC ARDITE., 57 dans la parlie correspondante au.'c adhérences extérieures ( plaques du péricarde ), est rugueuse j chagrinée, inégale et comme raboteuse : elle est tellement épaissie qu’elle res- semble moins à une membrane, séreuse qu’à une véritable membrane fibreuse. On ne peut la détacher que difficile- ment de la couche musculeuse sous-jacente. Api’ès en avoir détaché un lambeau d’un pouce d’étendue, on voit qu’elle est effectivement fibreuse, presque opaque cdmme la dure- mère; au-dessous d’elle il reste une couche dé tissu cellu- laire serré ; en quelques points, on la sépare en deux cou- ches : on dirait que la partie la plus rugueuse n’est récdlement autre chose qu’une fausse membrane organisée à la surface de la membrane interne de 'l’oreillette. / Le tissu musculaire des cavités gauches présente une teinte d’un rouge un peu plus vif que celui des cavités droites. L’oreillette gauche , généralement moins épaisse que la droite , a 2 lignes d’épaisseur. ' ^ Le cœur , vidé et bien 'lavé, pèse 338 grammes. Organ. dig. ei annex.-^^X‘Q foie est volumineux et dépasse le rebord cartilagineux dés fausses côtes. Il est légèrement inégal à sa surface : son tissu présente une teinte jaune très marquée. Une grande quantité de sang s écoule des veines de cet organe. — La vésicule contient une quantité médiocre d’un liquide brun. La rate est ratatinée et' d’un volume au-dessous du normal ; son tissu rappelle celui tViai saucisson. — Les in- testins grêles sont blancs et lavés par la sérosité. L estomac est distendu par des gaz ; sa membrane in- terne est légèrement rosée, du reste saine. (Elle exhale' une odeur acide assez forte ). Legros intestin contient quelques matières jaunes; il est plisse, ride, et offre quelques tachés légèrement ro- sées , surtout à sa partie inférieure. Au-dessus, de sa jonc- tion au cæcum, l’iléon présente une rougeur très marquée qui se prolonge en s affaiblissant dans l’étendue d’environ 58 MALADIES DU COEUR EN PARTICULIER. deux pieds, sans développement anormal des follicules isolés ni des plaques de peyer (i). OBSERVATION 52e. Femme de 34 ans. — Douleur dans le côté gauche, palpitations, oppression. ~Plus tard, infiltration, bruit de souIRet dans la région précordiale, etc. — Mort#subite, plusieurs mois après le début des premiers accidens. — Hyper- trophie et induration de la valvule mitrale avec adhbrkhck d'uuc de sea lames à la paroi ventriculaire correspondante, et partant inscffisarce deeette valvule. — Hypertrophie générale du cœur. — Concrétions polypiformes très abondantes dans les cavités du cœur. , , > V Madame Masselin , âgée de 34 ans, d’une constitution à la fois lymphatique et nerveuse,' fut admise à la Clinique, (n° 4j salle Sainte-Madeleine), le 12 avril i833. Elle avait éprouvé de longs et violens chagrins. Mère de cinq enfans, sa dernière couche avait été très laborieuse, et elle s’était livrée depuis long temps à des fatigues au-dessus de ses for- ces. Depuis sa dernière couche, qui eut lieu au mois d’août i832, ses règles ne sont revenues qu’une seule fois, et . en petite quantité. Elle attribua à cette suppression une petite toux sèche dont elle fut plus tard atteinte, avec op- pression, douleur dans la région du cœur et palpitations. La douleur de côté étant devenue très vive, trois jours après son apparition, un"^ médecin fut appelé : il prescrivit une saignée et un vésicatoire à la région épigastrique. A la suite d’un soulagement passager, tous les symptômes reprirent une nouvelle intensité; la' malade ne fît point alors venir le médecin , et se contenta de l’application de quelques topi- ques, dont elle n’a pu nous indiquer ni le nom ni la nature. C. (i) L’artère axillaire, vers l’origine de l'artère humérale, contient un caillot qui en oblitère la cavité , ainsi (jue celle des artères qui en naissent. Celles-ci sont transformées encordons aplatis; la membrane interne présente des ta- ches rouges multipliées, sur lesquelles on observe une injection arborescente. L’altération ci-deisus indiquée nous donne la raison de l’absence du pouls dans l’artère radiale pendant les derniers jours de la malade. •> DEUX. CATÉG. d’obseev. d endocabdite. 5g Cependant, la dyspnée prenant de jour en jour un caractère plus inquiétant, un second médecin fut appelé dans le cours du mois dernier ( mars); il reconnut un épanchement dans la plèvre, et fit appliquer successivement vingt sangsues, deux ventouses et cinq à six vésicatoires. Le 26 ou le 27 mars,, madame Masselin s’aperçut que ses jambes et son ventre enflaient , symptôme qui chaque jour fit de nouveaux progrès; la toux et la dyspnée continuaient j les palpitations étaient plus rares, v i3 et i4 avril. Une exploration attentive nous fit recon- naître les symptômes suivans : La face était bouffie, un peu terne et livide; les lèvres d’un violet légèrement bleuâtre ; le ventre était volumineux et fluctuant; les malléoles œdématiées. ‘ Il existait une matité très étendue dans la région précor- dialc; les battemens du cœur étaient réguliers, fréquens, profonds, à''peine sensibles à la main; le bruit en était moins clair que dans l’état normal, surtout vers la pointe des ventri- cules ; on entendait en outre un bruit de soufflet très pro- noncé. Son mat et absence de la respiration dans le côté gauche, jusque vers la pointe de l’omoplate, où l’on enten- dait une égophonie modèle (voix de polichinelle). Le pouls pelit^ mince, filiforme, régulier, battait cent seize fois; les veines jugulaires étaient dilatées. Il existait une anxiété extrême, surtout le soir et la nuit; de r orthopnée, des défaillances, des palpitations au moin- dre mouvement, de l’insomnie. La physionomie exprimait la douleur, la tristesse et le découragement. Diagnostic. Induration des 'valvules gauches du cœur avec hypertrophie anévrismale. Epanchement dans la plèvre gauche. Prescription. Une petite saignée (2 pal. ) ; looch avec teint, digit. ,* org. et chiend. sir. des cinq racin. ; 3 bouilL, a potag. Sous l’influence de ce traitement, il survint une améliora- 6o MALADIES DU COT.UR EN PARTICULTEll. * tion sensible; les urines coulèrent en abondance, l’abdomen commença à se détendre, les jambes à dégonfler, le som- meil revint un peu, les mouvemens furent moins gênés, la face se ranima. Il survint, le 17, des palpitations qui furent, à deux re- prises, suivies d’éblouissemens ; mais peu à peu ces symptô- mes s’évanouirent et la malade reprit quelques forces; le pouls, d’abord à peine sensible, se développa ; l’égophonie diminua légèrement. Enfin, le aS, voici ce que M. Jules Pellelan écrivait sur le registre d’observations : L’améliora- tion continue , l’abdomen est presque entièrement revenu à son état naturel ; la matité du côté gauche de la poitrine est moindre, l’égophonie s’affaiblit peu à peu. La malade de- mande à manger, et on lui accorde le quart. Elle alla ainsi assez bien quelques jours encore; mais le 3o elle commença à avoir du dévoiement ; le ventre devint plus tendu; l’oppression augmenta. Le 2 mai, elle allait en- core moins bien que les jours précédens Une demi-heure après la visite , elle venait de prendre une crème de riz , et avait eu une légère querelle avec ses voisines, lorsqu’elle expira tout-à-coup sans mouvement convulsif et sans avoir appelé du secours. Autopsie cadavérique ^ 24 heures après la mort. 1° Org. respir. et circulât. — Une ponction ayant ete prati- quée à la partie postérieure du côté gauche du thorax, il s’en est écoulé une assez grande quantité d’une sérosité citrine, transparente. Comprimé par l’épanchement, le poumon gauche avait perdu beaucoup de son volume ( il pèse 9 onces de moins que le droit). Son tissu, dense, coriace, crépite peu. La membrane muqueuse des bronches gauches est d’un rouge violacé. Le poumon droit, plus crépitant que le gauche, est gorgé de sang et de sérosité à son bord postérieur ; son tissu est d’un gris mêlé de points noirs. Il n’existe aucune trace d’emphysème. — La membrane muqueuse des bron- che3 droites est blanche. i i ’’ : ‘ I I » [ ] ( i T S i f I I i DEUX. CATÉG. d’oBSERV. D’ENDÔCAÏlbITE. 6l Le péricarde contient une médiocre quantité de séro- sité. • ’ Le cœur, énormément distendu par des caillots de sang, pèse i liv. 9 onc. Débarrassé de ses caillots et lavé , il pèse ‘ Diamètre transversal , ^ pouc. Diamètre vertical, Ap. 61. Circonférence, P- Le ventricule droit est énormément dilate et en meme temps hypertrophié (ses parois ont 2 a 3 1. d épaisseur, et ses colonnes charnues sont très robustes). ’ Circonférence de l’orifice auriculo-ventriciîlaire droit , dilaté, 5 p. 6 1. Les lames de la valvule tricuspide sont épaissies, chagri- nées. ' L’oreillette droite a le double de sa capacité normale, et ses parois sont épaissies. La cavité du ventricule gauche est de moitié environ moindre \jue celle du droit : ses parois ont dix lignes d’é- paisseur à la base. Son tissu est rouge et vei'meil, ainsi que celui du ventricule droit. L’orifice aortique est sensiblement à l’état normal. L’orifice auriculo-ventriculaire gauche , beaucoup moins large que le droit , n’est cependant pas rétréci d’une ma- nière notable (sa circonférence est de 3 pouc. ). La valvule bicuspideest épaissie et indurée : sa lame pos- térieure , ratatinée, comme repliée sur elle-même^ est fixée à la paroi correspondante du ventricule par ses filets tendi- neux raccourcis, et peut-être aussi par des productions cel- lulo fibreuses accidentelles. En raison de cette adhérence et de ce ratatinement , cette lame ne pouvait pas jouer libre- ment et suffire à l’occlusion de l’orifice auriciîlo-ventricu- laire gauche , au moment de la systole. L’oreillette gauche est de moitié moins ample que la droite, et ses parois ont une ligne et demie à deux lignes d’épaisseur.- •“ ■'* 62 MALADIES DU CŒUR EN PARTICULIER. La surface interne de l’aorte est blanche, parsemée seu- lement de quelques plaques jaunâtres. 2“ Org, digest. et annex. Un demi-seau environ de séro- ; site limpide dans le péritoine. L’estomac contient le potage que la malade venait de prendre au moment de sa mort. Il e.viste peu de rou- i; geur dans le grand cnl-de-sac. — Foie et rate, gorgés de sang , d’un rouge foncé. 3® Org. de Vinneiv. — Le cerveau est pâle, flasque, mou* i Les méninges sont abreuvées de sérosité. — Les ventricules latéraux sont très amples; trois cuillerées de sérosité à la i base du crâne. OBSERVATION 53«. ' ■ 44 ans. — Matité considérable, voussure de la région précordiale, bruit de !’ souIHet ou de râpe; palpitations 'violentes et anciennes, étouffement , hjdropisie. , r — Mort plusieurs années apres le début. (La mort a lieu presejue subitement l| avec symptômes de congestion .séreuse dans la cavité du crâne). — Induration, .1 épaississement, adhébknce, imsuffisaivce de la -valvule bienspide ; induration sans tr déformation des valvules aortiques et tricuspide. — Dilatation etjiypertrophie |i du cœur; concrétions sanguines très abondantes dans les cavités de cet organe. , d — Plaques pseudo-membraneuses anciennes sur le péricarde. — Sérosité abon- dante à la base du crâne et dans la pie-mère. Mademoiselle Seberniska , âgée de 44 aus, née à Cons- tantinople, de pareils grecs, d’une constitution délicate, nerveuse, d’un caraclèpe vif et irritable, habitant Paris t depuis vingt ans , exerçant la profession de couturière , fut | admise à la Clinique, le 21 mai r832. Elle nous présenta les symptômes d’une lésion o?'ganiqiie des valvules du | cœur avec énorme hypertrophie du même organe. Quel- |i ques petites saignées , la digitale , les diurétiques , le repos \ et un régime convenable, apportèrent un soulagement l considérable, et la malade sortit de l’ hôpital le 9 juillet i832. | Elle rentra dans notre service le 24 février i834(i)* (j) Celle malade me fui adressée par M. le docleur Yvan CIs qui lui avait I donné des soins chei elle. Cel honorable confrère eut la complaisance de me DEUX. CATÉG. d’oBSERV. d’eNDOCARDITE. 63 État au moment de l'entrée. — Visage pâle , teinte d’un jaune pâle de tout le reste du corps , lèvres minces et dé- colorées, maigreur très prononcée ( les membres infé- rieurs n’étaient plus infiltrés’, mais il existait une ascite assez considérable ; veines jugulaires gonflées ). Pouls très irrégulier, intermittent, peu développé, battant 120 à i3o fois par minute; oppression, étouffe- ment ( 32 inspirations par minute ). La région précordiale présente une voussure très mar- quée. Elle est fortement soulevée dans une grande étendue par les battemens du cœur. L’impulsion de cet organe se donner sur les antécédens de mademoiselle Scherniska une note dont j’extrairai les détails suivans : « La mère de cette malade est encore vivante, et présente elle-même , depuis longues années, les signes dîune maladie organique du cœur ( elle est âgée de 62 • ans). Mademoiselle Scherniska est sujette, depuis un très grand nombre d’an- »nées, à des palpitations. Quoique d'un tempérament faible, et assez mal réglée, • elle a eu six enfans et une fausse couche. Elle s’est livrée avec une pàssionef- » frénée aux plaisirs vénériens. A la suite de ses deux dernières couches ( la der- • nière date de décembre i85i ), qui furentlaborieuses , il survint une inhltra- D lion des membres inférieurs , et une ascite, dont elle ne se rétablit que très • lentement. Pendant la dernière grossesse , les palpitations augmentaient, et • des évanouissemeds avaient lieu de temps en temps. Plusieurs saignées furent » pratiquées, et fournirent un sang très séreux. Après l'arcouchcment , il se ma- • nifesta des picotemens et des élancemens dans la région précohliale. ( • nouvelle soignée, digit. inter, et exiér. , camphre et assa-fætida. ) Une amélio- » ration sensible eut lieu ; mais la malade s’étant livrée à de nouvepux excès véné- » riens , les palpitations reparurent avec tant de violence, qu’elles déterminèrent • un crachement de sang. M. Yvan pratiqua une nouvelle saignée, et sepropo- » sait de recourir aux autres moyens qui avaient déjà procuré du soulagement, • lorsqu’un autre médecin, appelé en l’absence de M. Yvan, blâma cette méthode, • et conseilla l'usage du co'it comme l'une des bases fondamentales du traitement, • M. Yvan ne revit la malade qu’en i(S52. C’est dans lé cours de cette année • qu’elle fut admise pour la première fois à la Clinique, éprouvant alors des • palpitations violentes, de l’étouffement, et ayant les membres inférieurs inlil. • très et l’abdomen rempli de sérosité. • En 1834, elle eut encore recours aux spins de M. le docteur Yvan. Mais •comme elle ne voulut point suivre le régime qu’il lui conseilla, elle prit le parti •de rentrer à la Clinique. 64 MALADIES DU COEUR EN PARTICULIER, fait sentir jusque dans le deuxième espace intercostal. La main appuyée sur la région précordialc perçoit un frémis- sement vibratoire très distinct. La matité de cette région a 6 pouces verticalement et 6 pouces et demi transversalement. Les battemens tumultueux du cœur sont accompagnés d’un double bruit de soufflet : celui qui a lieu pendant la systole est plus fort et plus prolongé que celui dont la diastole est accompagnée. On distingue en même temps un très fort tintement métallique pendant la percussion du 'cœur contre la paroi pectorale. Le sentiment d’anxiete auquel la malade est en proie ne lui laisse presque aucun instant de sommeil. Les fonètions digestives sont en assez bon état. — Le r , foie déborde les fausses côtes. La fluctuation abdominale est des plus évidentes. Diagnostic. — Induration des 'valuules gauches; hyper- trophie considérable et dilatation du cœur. Prescription. — Infus. till. ‘et feuilL d orang.\ julep avec poudre de digit. x gr. Bouill. , pot. , lait. . Jusqu’au mars, fieu de changement. Le pouls tombe à 64 pulsations par minute, se développe et de- vient vibrant. L’impulsion du cœur se fait toujours sentir dans une grande étendue ; ce n’est pas seulement la pointe , mais toute la masse de cet organe qui soulève la région précordiale. Le maximum d’intensité du bruit de soufflet existe dans la région des cavités gauches; il est aussi très fort dans la région sous-claviculaire, et on l’en- tend même à la partie postérieure de la poitrine; il est si gros qu’il imite'le bruit d’un soufflet de forge. f^ésicat. i'èg. précord. et pansem. avec poudre de digit. ; le reste ut supra . Le II mars, le pouls est à 52-56, toujours irrégulier, 'vibrant. Le bruit de soufflet ou de râpe n’existe actuelle- ment que pendant le soulèvement de la région précordiale, DliUX. CATÉG. d’oBSERV. d’eNDOCARDITE. G5 c’est-à-dire pendant la systole ventriculaire : il est moins fort dans la région sous-claviculaire. {On ajoute aux moyens déjà indiqués le sirop de pointes d asperges j Rien de nouveau jusqu’au i6. Onunesure de nouveau la matité de la région précordiale : elle est de 6 pouces 3 lignes verticalement, et de 6 pouces transversalement. Dans toute l’étendue de la matité, on sent à. la main et on •fc. I distingue à la vue les batiemensdu cœur. . Le sommeil de la malade est toujours très court et trè agité. ' . , IJ, 18,19. Nausées, inappétence, vomissemens', céphalal- gie. ( Suspciisio7i de la digitale à Vintérieur. ) 20, 21. 60 pulsations; 28 inspirations. 22. Insomnie continuelle, oppression plus forte, batte- mens du cœur -plus tumultueux. {On reprend V usage de la digitale. )•' , 23, 24- Les palpitations continuent; le ventre se tuméfie I de plus en plus. 20. Dans la nuit du 25 au 26 , la malade est prise d’une : suffocation subite? elle perd connaissance, et, le 26 à la visite, le râle de l’agonie se fait entendre. Le visage est • cadavérique; cependant les batiemens du cœur sont très 1 forts, toujours tumultueux et accompagnés de bruit de ' soufflet ou de râpe. — A neuf heures du matin, la malade . avait cessé de vivre. ■ ' I J ■ Autopsie cadavérique , heures après la mort. I® Habit extér. — Rigidité cadavérique médiocre. Lèvres ’ violettes, pas d’infiltration des membres inférieurs. On pratique de nouveau la percussion de la rég on pré- ( cordiale, et on trouve de la matité dans l’étendue de 6 poti tces verticalement et de 5 pouces transversalement. ' 2" Org. circul. et respirât. — La portion du cœur non ,rrecouverte par les pohinons, a 5 pouc. transversalement et 6 pouc. verticalement, mesure exacte de l’étendue de la Irmatité de la région précordiale. 2. I I 5 66 MALADIES DU CŒUR EN PARTICULIER. La pointe du cœur répond au huitième espace intercos- tal (en comptant de haut en bas), tandis que la base ré- pond au second espace intercostal. Le cœur, vraiment énorme , remplit assez exactement le péricarde; cependant on voit en bas, à travers cette enveloppe, un demi-verre environ de sérosité citrine. Le péricarde ofire une teinte légèrement opaline : il n’est pas injecté. La partie qui re- vêt l’origine de l’aorte et de l’artère pulmonaire, est recou- verte de plaques d’un blanc laiteux très adhérentes; on en trouve aussi quelques unes sur le ventricule et l’oreil- lette droits. ' . • ■ ^ La pointe du cœur, mousse, arrondie, est dirigée presque transversalement à gauche. Cet organe remplit les trois quarts du côté gauche de la poitrine. Le poumon gauche, refoulé par le cœur en dehors et au sommet, est réduit à une espèce de gâteau, d’un pouce environ d’épaisseur vers son milieu et en haut, plus mince en bas. 11 ne recouvre que le bord gauche du ventricule gauche. Le cœur a un volume au moins triple de celui du poing du sujet. De grosses veines sillonnent sa surface , surtout en bas. Toutes ses cavités, dilatées et hypertrophiées, sont distendues par beaucoup de sang , surtout à droite'. L, : ' Poids du cœur, avec ses caillots et l’origine des gros vaisseaux 748 gratnm. Poids du cœur vidé et lavé (alors flasque, affaissé) Diamètre transversal — longitudinal du ventricule fauche 420 granim. •— droit pouc. P- Circonférence . Diamètre antéro-postérieur Epaisseur des parois du ventricule gauche (à la base) — — (à la pointe) -w de l’oreillette gauche 1 1 1 (1). gi'g- 9''g- 6 lig, a lig. (i) La circonférence du cœur était presque la moitié de celle de la cavité tho- racique ( la circonférence de cette cavité était de a4 pouces ). i DEUX. CATÉG. d’oBSEIIV. d’eNDOCARDITE. 67 Epaisseur des paroles du ventricule droit 3 lig. ii4 de l'oreillette droite 1 lig. ■ de la cloison interventriculaire 6 lig. Circonférence de l’ouverture aortique - 3 pouc. a lig. de l’orilice aurlculo-ventriculaire gauche 5 p. Hauteur de la valvule mitrale (à son maximum) 6 lig. Circonférence de l’orifice'de l’artère pulmonaire 4 P- — auriculo-ventriculaire droit 4 P* ' 10 lig.. D’énormes caillots remplissent les quatre cavités du cœur, surtout' les droites : quelques concrétions adhèrent à l’interieur de ces cavités. Le ventricule droit ouvert ^ on voit que la cloison interventriculaire fait une saillie dans sa cavité et paraît en occuper toute la moitié gauche. La cavité du ventricule droit pourrait cependant contenir un œuf de poule. Les valvules de l’artère pulmonaire sont très amples, d’un bon tiers plus étendues qu’à l’état normal, ce qui fait qu’elles peuvent exactement fermer l’orifice de l’artère. Les colonnes charnues du ventricule droit sont multipliées, d’un aspect plus rosé qu’à l’ordinaire. La val- vule tricuspide , développéè , épaissie, est plus rouge qu’à l’état normal , surtout à son bord libre. La membrane in- terne de l’oreillette et du ventricule n’est ni colorée , ni épaissie d’une manière anormale; elle se détache assez faci- lementdu tissu musculaire , qui est plus épais et plus terne qu’à l’état normal. Les colonnes charnues de l’auricule sont très fortes et embarrassées de concrétions sanguines. Les valvules aortiques ferment bien l’orifice. Le ventri- cule gauche dilaté pourrait contenir un petit œuf d’oie. Les colonnes charnues de la valvule bicuspide sont très vo- lumineuses (presque doubles de l’état normal ). La membrane interne du cœur est légèrement inégale 'vérà les 'valvules sigmoïdes , qui ont conservé leur forme; ces 'vaU Vides sont rouges, d’une épaisseur double de la normale; rugueu- ses à leur surface , et fibro-cartilagineuses 'vers les tubercules d’Arantius. L’aorte, dans le point coirespondant, présenté des incrustations jaunâtres, terreuses» 5< 68 MALADIES DU COEUR EN PARTICULIER. ; Celle arlère ne présenle , d’ailleurs, aucune rougeur; | les parois sonl épaissies, sans incruslalions. — La veine | cave et les autres veines sont médiocrement distendues de [ sang. L’oriHce auriculo-ventriculaire gauche fait communiquer j ' librement le ventricule et l’oreillette. Du côté de l’oreil- i lette, on voit des froncemens épais, imitant les plis de t l’anus, La valvule, hicuspide a triplé d’ épaisseur ; elle est ; plissée partout , rougeâtre et transformée^ en tissu fihro-cartila- | i gineux qui crie sous d instrument. La portion la plus épaisse ré- pond à d orifice aortique. Sa lame postérieure y courte y adhère en quelques points à la paroi 'ventriculaire. Les tendons valvü- I laires participent à l'hypertrophie des colonnes charnues. [ L’oreillette gauche est un peu moins dilatée que la droite. ^ Sa membrane interne est comme chagrinée et offre une teinte ^ opaline, plus marquée dans certains points que dans d’au- ^ \.v es. Cette disposition paraît tenir à laformation d’une fausse \ membrane qui, détachée, laisse 'voir sous elle la membrane J ^ propre plus épaisse qu’à l’état normal. La couche musculaire i) . mise à nu est composée de faisceaux serrés et vigoureux. | ' Le poumon droit crépite peu, a perdu son élasticité; et I par les sections qu’on-> y pratique, ruisselle un liquide 3 spumeux, rougeâtre.- Son tissu est granuleux et splénisé î à sa partie supérieure. La rougeur est moins marquée dans le lobe moyen et inférieur, où la crépitation est aussi plus sensible. Les bronches sont remplies d’une sérosité écu- meuse et présentent une injection arborîsée. Le poumon gauche contient, au sommet, de la sérosité spumeuse; il est moins rouge que le droit. Les bronches présentent la même injection que celles du coté droit. 3” Organ. dig. etannex. — L’abdomen contient une grande quantité de sérosité citrine , qui a lavé et blanchi la surface ^ des viscères abdominaux en général et celle des intestins en particulier. On observe des adhérenees entre la face eonvexe du foie et le diaphragme ; ces adhérences ont dans quel- | deux, catég. d’observ. d’endocardite. 69 y qiies points une consistance fibro-cartilagineuse. Au-des- sous d’elles , 'le péritoine conserve sa transparence et sa finesse ordinaires. , Le foie dépasse de trois pouces le rebord cartilagineux des fausses cotes; son bord inférieur est mousse , arrondi , très épais. Dans sa moitié inférieure, la face convexe du foie offre une teinte d’un blanc laiteux. — La vessie con- j tient une petite quantité dourine foncée , et ne présente I d’ailleurs aucune lésion. La muqueuse de l’estomac e^t colorée en jaune verdâtre; I elle est ridée , légèrement injectée vers sa partie moyenne: 1 sa consistance est assez bonne. — Le duodénum offre I une teinte d’un rouge lilas. Il contient une matière chy- meuse. La partie inférieure de l’intestin' grêle est colorée par une bile en partie concrète. Nulle part on ne voit de plaques de Peyer. — Le cæcum et le reste du gros intestin ne présentent rien de particulier. La rate, un peu atrophiée , présente à sa surface les mêmes plaques que le foie; son tissu est induré, exsan- gue, sec. Les reins sont à l’état normal. Un kyste existe dans l’ovaire droit : il est gros à peu près comme un œuf de perdrix ; il en sort un liquide vis- queux, gélatiniforme. ( ■ L’utérus ne présente rien à noter. 4° Oi'g, de rïnnejv. — Il existe une quantité assez con- sidérable de sérosité dans la pie-mère, à la surface du cer- veau , et dans les fosses occipitales. Les méninges sont médiocrement injectées, si ce n’est à la partie inférieure du cerveau. Le tissu cérébral, humide, d’une consistance un peu moindre qu’à l’état normal , ne présente pas d’injec- tion. Peu de sérosité dans les ventricules. REFLEXIONS. J’ai vainement cherché dans les traités classiques sur les 70 MALADIES DU CŒUR EN PARTICULIER, maladies du cœur quelque exemple de l’espèce de lésion i que nous avons voulu signaler dans les trois observations précédentes , et dans quelques unes des observations que contient la première section du chapitre premier*" i Mais le hasard m’en a fait découvrir un dans les Bulletins ^ ^ de la faculté de Médecine. Ce cas a été communiqué par ' ■ M. Lesauvage sous le titre suivant : Adhérence congeniale des 'Valvules auriculo-'ventriculaires droites.— Rétrécissement i l de V orifice auriculo-ventriculàire gauche. — Dilatation des - ^ deux oreillettes. Je vais le rapporter textuellement. j OBSERVATION 5ie. Femme de Sg ans. — Depuis un an , symptômes d’obstacle à la circulation du sang à travers le cœur. — Mort presque subite à la suite d’une congestion apo- |. plectique. — Adhérences de la valvule auriciilo ventriculaire droite avec les co- f lonnes charnues. — Dilatation énorme des oreillettes. — Induration cartilagi- | neuse de la valvule mitrale, avec rétrécissement de l’oriCcê auquel elle est adap tée. — Dilatation de l’orifice auriculo-ventriculaire droitj de la veine cave et des vei nés pulmonaires. Une femme' de 39 ans, qui avait toujours joui d’une ; bonne santé , éprouvait depuis un an environ, à la suite \ de chagrins prolongés, des palpitations , de la dyspnée, accompagnées d’un commencement d’auasarque. Tout-à- J coup, il survient une hémiplégie du côté gauche et la 4 malade, en proie à une anxiété extrême', avec mouvemens ‘i forts et tumultueux du cœur, expire une heure après l’ar- i rivée de M. Lesauvage. ’ , Le cerveau , le cervelet et les méninges étaient gorgés li de sang; mais il n’existait point d’hémorrhagie; il existait i seulement dé la sérosité dans les ventricules. Poumons sains. Les deux oreillettes ont un volume énorme. La droite | est épaissie et garnie de colonnes très nombreuses. Ori- | fice auriculo-ventriculaire droit tellement étendu qu’il ‘ semblait ne former qu’une seule et même cavité avec | l’oreillette correspondante. Deux valvules seulement étaient J DEUX. CATÉG. d’oBSERV. D ENDOCARDITE. 7I dislinctes ; l'une, située du côté droit, était appliquée contre la paroi correspondante du ventricule , et tellement intriquée avec les colonnes charnues de celui-ci, qu’elle ne pouvait jouir d’aucune mobilité. L’autre valvule offrait à peu près la meme disposition , si ce n’est qu’elle était libre à son sommet dans l’étendue de trois à quatre lignes , et qu’elle permettait encore, par ce moyen, assez de mouve- ment pour démasquer en partie l’ouverture de l’artère pulmonaire. L’oreillette gauche était encore plus dilatée que la droite, mais ses parois n’étaient pas épaissies. Les veines pulmonaires et les veines-caves étaient très dilatées. L’orifice auriculo-ventricLilaire gauche, au contraire, était très rétréci , et pouvait admettre à peine l’extrémité du petit doigt ; le bord des valvules mitrales était cartilagi- neux. Le ventricule aortique n’nffrait rien de particulier. L’aorte était d’un petit calibret RÉFLEXIONS. C’est à tort, ce me semble, que M. Lesauvage regarde comme congéniale l’adhérence de la valvule auriculo- ventriculaire droite. Mais c’est à juste titre qu’il attribue l’énorme dilatation de l'oreillette droite à cette adhérence , puisque, par suite de l’obstacle qu’elle apportait à l’occlu- sion de l’orifice auriculo-ventriculaire droit , le sang con- tenu dans le ventricule correspondant refluait nécessaire- ment dans l’oreillette. Ajoutons toutefois à cette cause de dilatation , la difficulté qu’éprouvait la colonne sanguine venant des poumons à traverser l’orifice auriculo-ventri- culaire gauche rétréci. C’est avec raison que M. Lesauvage fait jouer un rôle important à l’obstacle qu’éprouvait la circulation veineuse dans le développement de la conges- tion apoplectique à laquelle a succombé la malade (i). (1) Nous ferons r.;marquer seulement que M. Lesauvage ne s'est pas exprimé exactement en disant que la congestion apoplectique avait été le résultat de l’ané- MALADIES DU CŒUR EN PARTICULIER. OBSERVATION 55». Homme de 35 ans. — Pleuro-pneumonie datant de quinze jours au moment de l’entrée à rhôpilal. — Pouls petit , faihle, déprimé. — Visage pâle, Même; lèvres violacées. —‘Mort le lemlemain dé l'entrée. — Enormes caillots blancs, élastiques, adhérens, foimés avant la mort, dans les cavités du coeur. — Hyper- trophie des valvules en général , et des gauches en particulier. — Taies ou plaques laiteuses à la surface interne du ventricule gauche. — IpQltralion puru- lente du poumon droit, etc. Un homme de 35 ans, afficheur, fut couché, le ii no- vemore i833 , au n® i3 de la salle St Jean-de-Ujieu. Lors- que nous l’examinâmes, à la visite du lendemain, il nous dit qu’il ét^it malade depuis une quinzaine de jours, à la suite d’une chute sur le côté droit, où il éprouvait une douleur qui occupait surtout la région lotnbaire. Il n’exis- tait alors aucune trace de> contusion. Depuis le début de sa maladie, cet homme ne s’était point, disait-il, encore alité, avant son arrivée à l’hôpital : pour tout traitement, il avait pris du 'vulnéraire, s’était appliqué quelque sangsues sur le côté et avait bu du bouillon, et de temps en temps un peu de liqueur. Il répondait à la manière d’un homme doué de très peu d’intelligence. Il était affecté d’une fente du 'voile du palais qui rendait, d’ailleurs, l’articulation des sons difficile et confuse. ^ Comme la respiration qtait haute ^ difficile, fréquente, ''Sa- à 36 inspirations par minute), nous interrogeâmes le malade avec un nouveau soin. Il nous assura qu’il ne toussait pas, qu’il ne crachait pas. ( Il n’y avait , eu effet , aucun crachat dans son crachoir.) La région précordiale rendait partout un son clair, si ce n’est à l’extrémité du sternum, où ilexistaiide la matité vrisme des orcillelles. Celte congestion a été reffel direct de l’obslarle à la circulation du .sang travers les orifices du cœur. Quant à la dilatation des oreill lies, elle était ellermême l’effet de l’obstacle dont il s’agit , ainsi que nous l’avons dit plus haut. DEUX. CATÉG- d’oBSERV. D’ENnOCARDlTE. dans rétendue, d’un pouce carré environ. Le bruit respira- toire était si fort dans la région des cavités gauches, qu’il ! masquait pi*esque coinplèiement les bruits du cœur. A la percussion du côté droit de la poitrine, le malade témoiffua de la douleuC ; la nioilié inférieure de ce coté ne rendait presque aucun son, tandis que le côié opposé réson- nait parfaitement. L’expansion vésiculaire était présque nulle dans toute la moitié inférieüre du côté droit de la poitrine ; on entendait en arrière quelques bulles de râle I crépitant; souffle bronchique et bronchophonie. Un peu de râle muqueux très fin , à la base du côté gauche. Ces signes ne nous permettaiént pas de méconnaître l’existence d’une pleüro-pneamonie droite. Nous pensâmes que l’absence de craehats pouvait tenir à ce que la division du voile du palais s’opposait à l’expeetoraiion. La peau était plutôt froide que chaude , le pouls était médiocrement fréquent (81 à 88), mais faible, petit, ( fuyant sous *le doigt ; le visage était blême, les lèvres ! bleuâtres. -, Ces cireonstances jointes à la violence de la dyspnée et ! à l’époque avancée de la maladie , nous firent porter un pronostic funeste. On pratiqua vainement deux saignées 'du bras et une ! application de vingt-cinq sangsues : le malade succomba dans la nuit du 12 , sans avoir rendu un seul crachat. I Autopsie cadavérique , le i3 au matin. , I® Habit, extér. — Point de marasme; cadavre d’un sujet ; assez fortement constitué. 2° Organ. circul. et respir. — Le cœur était recouvert en grande partie par le poumon gauche : l’espèce de parallé- logramme que représentait la portion découverte avait un pouce d’étendue en travers, et un pouce et demi verticale- ment. y Le cœur, entouré de beaucoup de graisse , volumineux, était distendu par d’énormes caillots de sang, plus abon- 74 MALADIES DU CŒUR EN PARTICULIER, dans dans les cavités droites. Ces caillots, formés pour la ^ plupart avant la mort, étaient blancs , semblables à de la ; chair lavée, élastiques, adhérens , entortillés autour des | colonnes charnues et des valvules; ils jetaient des racines i dans les grosses veines qui se rendent à l’oreillette droite (les caillots des cavités gauches nous parurent plus récens ^ que ceux des cavités droites). Toutes les valvules, mais surtout les gauches, étaient plus épaisses qu’à l’état normal, hypertrophiées; elles étaient , d’ailleurs bien conformées , et conservaient toute i leur mobilité. A l’intérieur du ventricule gauche, on observait trois taches ou ' plaques blanches, laiteuses, analogues à certaines taies de la cor- née, et ayant environ la grandeur de l’ongle. Une de ces taches *' pénétixdt profondément dans l’épaisseur d'une grosse colonne i charnue, se détachait difficilement et en emportant avec elle un \ peu de la substance musculaire , laquelle était friable et plus if flasque qu’à ^l’état normal. — La membraiîe interne de I l’aorte , de l’artère pulmonaire et de leurs divisions était n polie, égale, et d’un blanc normal. Le poumon droit, à l’exception de son sommet, était I hépatisé dans toute son étendue. Un demi verre de sérosité | floconneuse, à-la partie inféiieure et postérieure de cet | organe, et partout ailleurs des ailliérences d’un tissu cel- il lulaire a^sez den-^e. Le tissu pulmonaire éiaii/in^/'/e, infiltré i d’un pus véritable, louable , qui en ruisselait à la pression : en quelques points, il formait des collections du volume | d’une noisette. Quelques rameaux bronchiques, voisins de | la surface du poumon , étaient également pleins de pus. — ■ | Poumon gauche, souple, élastique, parlaitement sain ; point de pus , ni de mucus dans les rameaux bronchiques f de ce poumon. . | 3° Organ. digest. etannex. — L’estomac est contracte. Sa | membrane interne, d’une teinte à peine rosée, olfre des i rides assez multipliées, et se trouve en contact avec un peu i DEUX. CATÉG. d’oBSERV. d’eNDOCARDITE. 76 de bile verte. Il existait dans la partie inférieure de l’in- testin grêle une matière analogue à d\x méconium. La mem- brane muqueuse de cet intestin était d’une blancheur re- marquable et toul-à-fait saine. Large plaque fibro-carlilagineuse à la surface de la rate. — Foie volumineiîx , un peu granulé à sa surface, plus dur qu’à l’état normal. — Reins volumineux, d’un tissu jau- nâtre. , Nous avons noté que chez cet individu tous les organes en général étaient’ un peu pâles et décolorés. RÉFLEXIONS. • ' .Je regarde comme très probable que les concrétions sanguines du cœur étaient en partie formées au moment où nous vîmes le malade pour la première fois , et qu’elles étaient pour beaucoup dans les phénomènes d’embarras à la circulation que nous observâmes. Il est à peu près certain que si le malade fût entré à l’hôpital, dans les premiers jours de sa pneumonie, norîs en aurions obtenu la guérison. Il est très probable tjue les plaques blanches ou taies àe l’endocarde éldéenl contemporaines de ces adhérences cellulo- fîbreuses qui furent trouvées dans la plèvre. L’èitpérience journalière prouve combien il èst commurnde rencontrer à la fois une pleurO-pneumonie aiguë et une péricardite ou une endocardite (i). (1) Voici deux autres cas de fausses membranes organisées â la surface interne du cœur. ' -'t * Obs. 5d?. — Chez une femme de 3o ans , dont nous.rappoi terons l’ob'serva- lion dans la catégorie de celles relatives â l’induralioh des valvules, avec rétré- cissement des orilices du cœur, là mem brune interne de l’oreilletie gauche offrait un épaississement dCi à la présence d’une fausse ’membrane organisée, épaisse , fibreuse, et d’un aspeqt arcolé. Il existait en même temps des adhérences an- ciennes , bien organisées , entre les feuillets opposés du péricarde. ' Le sujet de cette observation , comme il sera dit plus loin j avait été affecté ?6 MALADIES DU CŒUR EN PARTICULIER. § III. OBSERVATION 58«s. c ) Jeune homme de aS à 3o ans. — Aneienne pleuro-pneumonie. — Palpitations, bruit de soufflet, ‘oppression. — Phlébite cl abcès à la suite d’une saignée. — Moi't rapide, après l’explosion de phénomènes cérébraux, ensiron deux ans après la pleuro-pneumonie. — Plaques laiteuses sur le péricarde, traces d'une ancienne péricardite. — Induration fibro-cartilagineuse des valvules gauches, avec végétations sur les valvules aortiques. — Epaississement de la membrane interne de l’oreillette gauche. — Hypertrophie du cœur. — Plaques jaunes, fi- breuses , dans l’aorte et les troncs qui en naissent, etc. * / Un jeune homme-, âgé de 20 à 3o ans, avait été admis dans le service de M. Lerminier, pour y être traité d’une d’un rhumatisme goutteux. Encore un exemple d’une endo-péricardite coïnci- dant avec un rhumatisme articulaire aigu. Obs. 57*. — Vaclin ( René ) , âgé de 60 ans , fruitier, d’une constitution vi- goureuse , est entré à la Charité le 5 septembre 1S28. Baltemens du cœur forts, réguliers, durs, accompagnés de bruits sourds, étouffés, mais sans souffle dis- tinct: pouls égalerhent fort, dur et régulier; teint blafard, pâle; infiltration médiocre des membres; ascite; oppression; demi-orthopnée. — Mort le 24 octo- bre 1S28. Àuiopsie cadavérique, 24 heures après la mort. Membres inférieurs très légèrement infiltrés; l’abdomen contient une grande quantité de sérosité cilrine. Viscères abdominaux comme lavés. Congestion san- guine dans tous ces viscères. Veine-porte dilatée. Sérosité jaunâtre, claire, dans chaque côté de la poitrine, mais principalement à gauche. Cœur très volumineux, ce qui dépend en partie de la présence d énormes cail* lots dans ses cavités, dans les oreillettes surtout. Vidé de ces caillots, il offre une forme pluS |)oinlue que cela n’a lieu ordinairement dans 1 hypertrophie. Le sen- tricule gauche est très peu ou pas dilaté ; il est hypertrophié . d une consistance ferme. Sa membrane interne semble généralement un peu épaissie, opaque; on y voit diverses petites plaques if un blanc nacré ou argenté. L une d elles , de la grandeur d‘ une pièce de dix sous, est parfaitement semblable aux plaques dites LAnEvsKf< du pirirarde. Une colonne charnue est entourée dune production sem- blable'à cette plaque. Fers la base des valvules aortiques , t’epaississement est plus considérable; on y trouve des plaques fibro-eartila;;incuses et calcaires; les valvules elles-mêmes sont un peu épaissies , mais lorifîee aortique est libre et bien eon forme. Aucune rougeur dans jescavilé.s du cœur. Les parois des oreillettes sont sensi- j)lement épaissie^ DEUX. CATÉG. d’oBSERV. d’eNDOCÀrDITE. pleuro-pneumonie (i). Il en sortit dans un état de guérison en apparence complète. An bout de deux, ans, il rentra dans le même service, se plaignant alors de palpitations et d’op- pression. ‘ -Les battemens du cœur étaient très forts et très étendus ; ils étaient accompagnés d’un bruit de soufflet, que l’on entendait aussi dans les principales artères, telles que l’aorie, les carotides, les iliaques externes; le visage était bouffi et les membres inférieurs commençaient à s’infiltrer. A la suite d’une saignée du bras, ce membre s'enflamme, de petits abcès s’y manifestent; des symptômes cérébraux se déclarent, et le malade succombe. le 22 septembre 1828. Visage bouffi ; une certaine quantité de sérosité dans le tissu cellulaire des membres inférieurs et du tronc ; ascite légère. La surface du cœur est parsemée de plaques , blanchâ- tres, laiteuses, indice d’une ancienne péricardite. Les cavités du cœur sont remplies de caillotsdesangd’un jauned’ambre. Le cœur est très volumineux, double du poing du sujet. Son tissu musculaire est ferme et rosé. Le ventricule gau- che , arrondi , comme dodu , pour ainsi dire , est à la fois hypertrophié et dilaté : sa cavité est d’un bon tiers plus grande qu’à l’état normal et ses parois ont au moins six li- gnes d’épaisseur à la base. Le ventricule droit est également un peu hypertrophié et dilaté. — L’oreillette gauche n’est pas sensiblement di- latée, mais ses parois sont considérablement hypertro- phiées ;^a membrane interne est épaissie ]^opaque , un peu rugueuse, comme il arrive à la suite d’une inflammation (i) M.le docteur Reynaud, alors inlertie dans le service de M. Lerminier, examina plusieurs fois le malade. 11 est probable que la pleuro-pneumouie fut accompagnée d'une péricardite, dont nous indiquerons plus tard les suites. 78 MALADIES Dü CŒUR EN PARTICULIER, chronique. Elle n’olTre point de rougeur , non plus que la portion qui tapisse les autres cavités du cœur. Les i’alçules aortiques sont incrustées de plaques fibro-car- tilagineuses et hérissées de 'végétations verruqueuses, analo- gues aux 'végétations 'vénériennes. Ces 'végétations sont très multipliées sur le bord libre des uahmles, assez rares à la base de celles-ci, ou elles occupent la partie la plus 'voisine de V orifice ventriculaire. Quelques-unes sont composées d'une matière demi-transparente , gélatinijorme / d'autres , d'une matière blanchâtre , friable , s' écrasant facilement sous le doigt en plusieurs fragmens de consistance caséeuse ou tuberculeuse. En général , -ces' productions ressemblent exactement à cer- taines granulations pseudo membraneuses qui se développent sur les membranes séreuses chroniquement enflammées. Les 'valvules sont d'ailleurs épaissies, surtout celle qui avoisine le plus l'orifice auriculo-ventriculaire gauche ( cette dernière est triplée d'épaisseur) ;■ elles sont diires , comme flbro-cartilagi- neuses , un peu ratatinées , rfiais pas notablement déformées. L’orifice aortique est un peu rétréci. La valvule biscupide est également épaissie, indurée, surtout dans sa lame supérieure ou aortique, qui est comme cartilagineuse. ' ' ^ La surface interne de l’aorte, des carotides primitives, des iliaques primitives et des troncs qui en naissent, iné- galement rosée ou rouge, surtout à la partie la plus déclive, était parsemée de plaques plus ou moins épaisses, irrégu- lières, les unes très petites, les autres plus étendues (de la grandeur d’une pièce de dix sous , par exemple) ; en quel- ques points, au lieu de plaques, on rencontrait um; matière furfuracée ou analogue à des grumeaux de lait caillé, s'en- levant par le raclement, a l’instar des fausses membranes encore assez récentes (i). Il n’existait nulle part de lames (1) 11 est probable que le bruit de soufflet des artères était dû à la présence DEUX. CATÉG. d’oBSERV. d’enCOCARDITE. 7g osseuses ou calcaires. Les parois artérielles étaient généra- lement un peu hypertrophiées. Le foie et les poumons étaient gorgés de sang et de sé- rosité. Le cerveau offrait une bonne consistance. On ne trouva pas de traces d’inflammation dans les veines du membre ou s’étaient formés des abcès. OBSERVATION 59e. Femme de 4i ans. — A la .suile de douleurs dans les membres inférieurs, palpitations et oppression , infiltration. — BniiL de râpe, frémissement cataire dans la région du cœur. — Fluctuation dans les veines jugulaires , etc. — Mort cinq ans environ après les premiers accidens, — Plaques laiteuses à la surface ex- térieure du cœur. — Induration et déformation des valvules tricuspide, aortiques et bicuspide; granulations en forme de choux-fleurs sur l’une des lèvres de cette dernière, qui est transformée en un anneau übro-cariilagineux ou osseux, dont l’ouverture admet à peine le bout du petit doigt. — Hypertrophie et dilatation du cœur, etc. Bruand (.Julienne) , âgée de 4i ans, giletière, mariée, réglée à 17 ans ( elle a cessé de l’ètre depuis 3 mois), d’une assez bonne consiilulion , née d’une mère qui paraît avoir succombé a une maladie du cœur (étouffement , œdème des membres inférieurs, etc. ), fut admise dans le service clinique, le 27 avril i833. Il y avait cinq ans qu’à la suite d’une course , elle fut prise d’une maladie qu’elle appelle une courbature des membres inférieurs (i). Les symptômes se calmèrent sous l’influence du repos et de la belle saison, mais reparurent l’hiver suivant, pour se dissiper de nou- des plaques ci-dessus , lesquelles avaient pour effet d’augmenter le frottement que la colonne sanguine exerce normalement contre les parois artérielles. Le frottement devait être d’autant plus considérable dans ce cas , qu’il existait une hypertrophie du ventricule aortique. (1) Depuis que de très nombreuses observations nous ont appris combien il est fréquent de voir les maladies du cœur coïncider avec le rhumatisme, nous sommes disposé à croire que cette prétendue courbature des membres inférieurs pouvait bien être un véritable rhumatisrae< 8o MALADIES DU CŒUR EN PARTICULIER, veau à la belle saison. Depuis deux ans, la maladie de celte femme a fait des progrès continuels. H y a un an qu’elle fut placée à 1 Hôtel-Dieu, où on lui fit une application de sang- sues. Les principaux symptômes qu’elle dit avoir éprouvés sont de l’oppre-^sion , des palpitations, de l’oedème des membres inférieurs , de l’insomnie avec des réveils en sur- saut et des rêves bizarres. Etat au moment de rentrée : Pendant le repos au lit“, les battemens du cœur sont assez modérés; néanmoins , la main appliquée sur la région pré- cordiale est repoussée par une masse volumineuse et résis- tante, et éprouve la sensation d’un léger frémissement vibratoire. La matité est peu étendue, ce qui tient à la présence d’une lame du poumon qui recouvre le cœur. Dans toute la région précordiale, et même plus loin, le double claquement du cœur est remplacé par un bruit de râpe qui semble continu. Au-dessus de la région précor- diale, on entend un peu le second claquement valvulaire, bien qu’il soit mêlé au bruit de râpe ou de frottement. Les bruits du cœur se font entendre à la partie postérieure de la poitrine , où ils paraissent sourds et lointains; on distin- gue aussi le bruit de râpe ou de scie, surtout pendant la systole. Les veines jugulaires offrent une fluctuation très pro- noncée : elles se dilatent considérablement pendant les fortes expirations, et s’affaissent pendant l’inspiration. Le pouls est mince, petit, assez régulier, à 8o pulsations par minute. Inflltraiion légère des membres inférieurs avec refroidissement des extrémités. Lèvres violettes, visage exprimant l’anxiété; tendance aux dél'aillances. La poitrine résonne assez bien, et la respiration se fait entendre partout; ai inspirations par minute. Ventre .souple, un peu de dévoiement. Le foie ne dé- passe pas le rebord cartilagineux des fausses côtes. DEUX. CATÉG. d’oBSERV. d’eNDOCARMTE. 8l Diag>'OStic« — Induration des 'valoules gauches du cœur avec rétrécissement d'un orifice. — Hypertî'ophie du cœur. Prescription. — Une saignée de trois palettes; till. orange \ édidc.; jul. gomrn. teint, digit. x g.; 2. bouill. ; 3 potag. [ 29. Le sang foui’ni par la saignée est très séreux et ne i présente pas de couenne. Le i4 mai , une nouvelle saignée fut pratiquée. Après un soulagement momentané , la malade retombe dans le même état dyspnéique. Le 19, son visage est plus altéré et il prend un aspect cholérique ( œil enfoncé, teint terne , livide); elle expectore des crachats d’un rouge brique, paraissant presque entièrement foi'més d’un sang altéré.— Elle succombe , le 22 , à 7 heures du soir. La veille de sa mort , comme les jours précédens , on avait ausculté la ré- gion du cœur et les deux bruits étaient toujours remplacés par le bruit de râpe ou de scie. A i pouce et 1/2 ou 2 pou- ces au-dessous de la clavicule gauche, le claquement valvu- laire se faisait entendre assez distinctement, bien qu’un peu mêlé de souffle. Autopsie cadaoéricpie, 38 heures après la mort. Habit, extér. — Cadavre dans un demi-marasme. Les i membres inférieurs sont simplement empâtés. 2° Org. respir. etcircidat. — Deux verres de sérosité sangui- I nolente dans le côté droit de la poitrine. La partie infé-, I rieure du poumon droit est rouge, injectée, et adhère avec i le péricarde par défaussés membranes récentes. Cette par- i tie du poumon, surtout antérieurement, ne crépite pas et a I perdu, son élasticité : elle est hépatisée, infiltrée de sang et I de pus. La membrane muqueuse des bronches est violette ; et épaissie. Il existe aussi un peu de sérosité à gauche. Le poumon de ce coté est dans l’état normal. Il y a une légère congestion en arrière. Le cœur, d’un volume double du poing du sujet, remonte vers les deux tiers supérieurs du sternum, et n’est éloigné 6 8a MALADIES DU COEUR EN PARTICULIER, que de 2 à 3 p. de la clavicule gauche. Il est recouvert dans ses deux tiers gauches par une épaisse lame du poumon^ce qui "explique pourquoi la matité était moins étendue qu’elle n’ aurait du l’être d’après le 'volume du cœur. Sa pointe, tournée plus à gauche que dans letat normal , est mousse, épaisse^ ar- rondie. Le péricarde contient très peu de sérosité. Le cœur pèse avec les caillots qu'il contient , 63o gram- mes. Sur la partie antérieure et moyenne du ventricule droit , il existe une plaque fibreuse, laiteuse, de la largeur dune piècede i fr. à peu près. Cette fausse membrane, trace d’une ancienne péricardite, se détache assez facilement de la sé- reuse , quiestsaine. — L’oreillette droite présente aussi dans la moitié de son contour des fausses membranes analogues à la précédente. Il existe en outre quelques pétéchies (etsur les cavités gauches quelques véritables ecchymoses ). L’oreil- lette droite est gorgée de beaucoup de sang coagulé, très noir. Le ventricule droit contient des caillots dont quelques uns sont décolorés. L’orifice auriculo-veniriculaire droit n’est pas sensiblement rétréci ; mais la 'valvule est déjormée, très épaisse, chagrinée , et crie sous le scalpel. Les valvules aortiques S07it épaissies à leur hord libre , ratatinées et transfor- mées en un tissu iibro- cartilagineux. .L’orïfce aortique n'est pas sensiblement rétréci, La 'valvule mitrale est déformée : ses principaux tendons sont énormément hypertrophiés , et ressemblent et de sf'osses cordes. Les lames de cetie valvule sont indurées , pétrfiées , et Vorifee ressemble à une fente bor- dée de deux replis s ail l ans , qui imitent le museau de tanche. Sur la lèvre inférieure de cet orifice , il existe des gr'anulations arrondies , friables, groupées en forme de choux-fleurs , du molume d’une tête d’épingle, et d’une couleur rouge. Vu du côté du 'ventricule , T orifice ressemble a une fente infiuidibuli- fornie; les deux lames de la 'valvule qui bordent cette fente sont considérablement épaissies et transformées en lui tissu fibro- cartilagineux, Cest mers son bord adhérent , qui fait saillià ,1 / l deux, catég. d’obseev. d’endocardite. 83 du coté de r oreillette, que la 'valvule est pétrifiée. On peut à peine introduire le petit doigt dans ï orifice auriculo - 'ven- triculaire gauche. L’oreillette gauche, d’un bon tiers plus dé- vveloppëe que dans l’état normal, est notablement épaissie (les parois ont i 1. et demie à 2I. d’épaisseur). Le 'ventricule ^gauche a une capacité qui est aussi d’un quart plus considérable . que dans l'état normal. Ses parois ont 8 à p /. d’ épaisseur. — l La cavité du ventricule droit est un peu plus considérable ^que celle du gauche ‘ ses parois ont 3 l. et demie d' épaisseur. Ses colonnes charnues sont très multipliées. U oreillette droite est di- latée, épaissie , et les colonnes de l'auricule sont très développées. Le tissu du cœur est généralement rouge et ferme , sur- t tout vers le point où existait la fausse membrane du péri- carde. La membrane interne du cœur est nn peu rouge. L’origine de l’aorte présente quelques plaques blanchâ- t très, qui se rencontrent aussi dans le reste de son étendue ; 1 une légère ligne rouge existe à sa partie la plus déclivée. Org.dig.elannex. — Le foie , gorgé de sang, est d’un \ brun noirâtre; il est plus dense que dans l’état normal. La rate adhère avec la portion correspondante du diaphragme ; elle est I atrophiée et réduite au quart de son 'volume. Son tissu est dur, t contracté , et contient peu de sang. — Les reins sont petits, décolorés. — L’estomac est très ample, d’un rouge foncé , pointillé (en quelques points , la rougeur est vive). La membrane muqueuse est ramollie , surtout dans le grand cul-de-sac. — Les intestins sont aussi fortement injectés vers la fin; dans le commencement ils présentent leur blan- cheur accoutumée. — Il n’existe aucun développement des follicules. g; • > 84 MALADIES DU COEUR EN PARTICULIER. OBSERVATION 60e. Femme de 54 ans. — Affection aiguë de poitrine, dont la malade ne se rétablit pas complètement. — Etouffement, inQltration, palpitations, bruit de râpe dans la région du cœur ; frémissement cataire dans cette région , ainsi que dans les ca- rotides; pouls yeineux. — Mort trois ans après l’affection de poitrine. — Traces d’une ancienne pleurésie et d’une ancienne péricardite. — Epaississement par- tiel de la membrane interne du cœur. — Induration, épaississement, végétations des valvules gauches et de la valvule tricuspide. — Hypertrophie et dilatation du cœur en général ( la dilatation affecte surtout l’orifice auriculo-ventriculaire droit, et l’oreillette correspondante). — Plaques et épaississement de l'aorte. — Dilatation des grosses veines. Clolilde Caron, âgée de 54 ans, femme de ménage, d’une constitution grêle, mariée, ayant mené une vie pénible et éprouvé beaucoup de chagrins, fut admise à la Clinique le i6 avril i834- Elle s’était assez bien portée jusqu’au mo- ment de la cessation de ses règles , il y a 12 ans. Mais de- puis lors , elle a , dit-elle, toujours En i83i , elle fut prise tout-à-coup d’une grave affection de poitrine, pour laquelle elle passa 29 jours dans le service de M. Ré- camier. On lui appliqua des sangsues au creux de l’esto- mac et un vésicatoire sur le côté. Depuis ce temps, elle est restée sujette à des palpitations et à des étouffemens (elle n’était pas entièrement rétablie, quand elle reprit ses occupations). Elle est rentrée un an après à la Pitié , où elle est restée 36 jours (chez M. Serres). En sortant ^ elle a pris un ou- vrage moins pénible, y à 8 mois après, elle est entrée à Necker, où elle est restée 22 jours. Elle a été admise, le 7 janvier i834-, chez M. Dalmas à la Charité, où on lui a fait, dit-elle, 5 ou 6 saignées assez rapprochées, des applications de sangsues, de glace, des frictions de digitale ; on lui a donné aussi des potions de digitale. Elle en est sortie le 12 mars, et est restée chez elle jusqu’au 16 avril. État au moment de Ventrée dans la salle de clinique. deux, catég. d’obseiw. d’endocahdite. 85 ^ Amaifïrissemcnt, teinte jaunâtre de la face qui est sonf- . ffrante, anxiée , yeux cernés, lèvres d’un pâle violet; jam- l l)es enflées depuis une quinzaine de jours ; decubitus assis, orthopnée. Poitrine bombée, offrant deux saillies assez considé- r râbles au niveau de l’articulation des deux premières pièces ! du sternum. Douleur dans la région précordiale , s’exaspérant par la t toux , la percussion. Pouls comme fluctuant, égal dans 1 les deux bras, assez fort et dur, à loo -112 par minute. ’ Veines jugulaires très gonflées. ' Résonnance à gauche jusqu’à la 4e côte, où le son com- 1 nience à diminuer; et de là, jusqu’à la 7® côte, matité : > cette matité est de 4 pouc. et demi transversalement, et ( de 4 pouc. et demi de haut en bas. Les battemens du cœur, (durs et secs, ne se font pas sentir jusqu’à la limite infé- irieure de la matité. Frémissement cataire dans le d® espace !i intercostal, où les battemens frappent la main avec plus (de force 5 dans le même point, bruit de scie continu qui ■absorbe le bruit du cœur, et dont le maximum d’intensité (occupe la région des orifices gauches, la partie moyenne- igauche du sternum. Là, les bruits du cœur sont si f forts qu’ils imitent une sorte de tictac de moulin qu’on (entend de loin. Ces bruits se font entendre à gauche et ià droite sous les clavicules, et on les distingue même à 1 la partie postérieure du thorax. Insomnie , spasmes et étouffement , surtout la nuit. Urines très rares. * Diagnostic. — Hypertrophie et dilatation générale du cœur, — Induration des x>aloules gauches , sans notable rétrécisse’ ment des orifices. Prescription. — TilL orang.; n)ésic. rég. précord. avec poud, digit. xij gr. pour pansem,; 2 bouilL, 2 fasses de lait. Les jours suivans, les phénomènes persistent. Un fré- é 86 MAIADIES DÜ CŒUR EN PARTICULIER, missement vibratoire très prononcé se fait sentir dans la région des carotides et des sous-clavières : un double bruit de râpe accompagne le claquement valvulaire sans l’effacer complètement. Le pouls tombe à y6 pnlsations, et con- serve assez de largeur. Il existe dans les veines jugulaires une pulsation isochrone à la systole ventriculaire (pouls i veineux), ce qui nous fait présumer une insuffisance de la I valvule tricuspide. I On continue la digitale par la méthode endermique, et on la donne aus^i à V intérieur, ainsi que le sirop de pointes d^as- perges. ' Cependant l’état de la malade ne s’améliore point , le i dévoiement s’ajoute aux autres accidens, et les traits se décomposent. Le bruit de râpe ou de scie est très fort et à peu près égal pendant les deux mouvemens du cœur. Les battemens de cet organe ne sont pas accompagnés d’une impulsion bien forte ; ils conservent leur régularité , ainsi que le pouls (celui-ci est un peu vibrant) ; riuiillra- tion gagne les membres supérieurs. ie 23 mai, cinq semaines après l’entrée, la malade, épuisée par l’étouffement et l’insomnie , expire dans un état semi-comateux (à dix heures du matin). Autopsie cadavérique , 28 heures après la mort. I® Habit, extér. — Infiltration considérable des membres inférieurs, avec peau tendue, luisante. Infiltration des mains et des avant-bras. (Il existe une ascite légère.) Saillie peu considérable de la région mammaire gauche. Infiltration du tissu cellulaire du tronc sur les parties postérieures et latérales. Dilatation des veines jugulaires externes, qui contiennent i un sang noir. (Les veines jugulaires internes égalent en volume la veine cave supér. à son état normal.) 2° Org. circul. et respir. — Un peu de sérosité dans la cavité du thorax, surtout à droite. deux: catég. d’oeserv. d’endocardite, 87 Mesure de la portion du cœur non recouverte par le poumon : ^ Verticalement ^ 9 Transversalement 5 p. 6 lig. • ' Le cœur, encore contenu dafis le péricade, remplit à peu près les deux tiers 'de la cavité pectorale gauche. 11 y a deux cuillerées de sérosité roussàtre dans le péri- carde , que pourrait contenir la tête d’un enfant de 3 à 4 mois. Malgré sa distension , le péricarde n’est pas aminci ; son feuillet pariétal est poli et injecté comme à l’état nor- mal. Le cœur, presque aussi gros que celui d’un veau , est en- touré de graisse, à droite surtout, Vers l’union du tiers supérieur avec le tiers moyen du ventricule droit, existe une large plaque laiteuse, vérita- ble fausse membrane fibreu-^e ; il en existe de semblables dans la portion de l’aorte sur laquelle se réfléchit le péri- carde , ainsi que sur l’oreillette droite. Les plaques étant enlevées, on voit au dessous d’elles le feuillet viscéral^ sain, et la graisse qui recouvre le cœur. Les oreillettes et les ventricules sont gorgés de sang. La pointe du cœur regarde presque transversalement à gauche. Diamètre transversal De l’insertion de l’aorte à la pointe du cœur Circonférence à la base du cœur Tous les vaisseaux qui partent du cœur et ceux qui s’y rendent ont un volume presque double de l’état normal. Poids du cœur, non vidé du sang qu’il contient, et avec l’origine des gros vais- seaux pSo gram. L’hypertrophie du cœur occupe toutes les cavités; plie est plus marquée dans les cavités droites. . Le ventricule droit contient un caillot entortillé autour 8 p. 6 lig. 5 p. , Il p. t 88 MALADIES DU CŒUR EN PARTICULIER, des colonnes charnues ; ce caillot est décoloré, adhérent, et se prolonge dans l’oreillette droite qu’il distend. Il est en- touré de caillots noirâtres , de formation plus récente. Les cavités gauches contiennent un peu de sang noir coagulé. Poids du cœur, lavé, vidé , avec l’origine des gros vaisseaux 688 gram. Cavité du ventricule droit, d’un bon tiers plus considé- rable qu’à l’état normal. Circonférence de Tarière pulmonaire 5 p. 4 Tig- Valvules de l’artère pulmonaire , grandes, larges, trans- parentes, d’une épaisseur à peu près normale. Epaisseur des paroisdu ventricule.droit 4 l>g- Circonférence de Toriüce auriculo-venlriculaire droit 4 P* 1 1 l'g- La valvule tricuspide est très développée ; ses trois la- mes sont bien séparées, mais épaissies et transformées en tissu fibro-cartilagineux. ' Oreillette droite plus dilatée que le ventricule, d'une capacité double de la normale ; ses parois sont générale- ment hypertrophiées. r L’épaisseur des parois de son auricule est de 5 lig. ija La substance charnue de l’oreillette droite est d’un rose assez marqué ; sa membrane interne conserve son poli et sa transparence ordinaires. Les valvules de l’aorte , considérablement épaissies et hypertrophiées, mais mobiles, ferment exactement l’orifice aortique, en se relevant les unes contre les autres. Elles ont au moins trois fois l’épaisseur des valvules de l’artère pulmonaire. Leur tissu, comme crispé, crie fortement sous le scalpel. Epaisseur de leur bord libre i lig. " Circonférence de Touverlure aorlicjue a p. 7 à 8 lig, / DEUX. CATÉG. d’oESERV. b’eNDOCARDITE. 89 La membrane inlerne du cœur présente des lacbes blanclies, vers l’emlroit où elle va se réfléchir sur les val- [ vides; apres avoir enlevé ces plaques, on'trouvc celle membrane à l’élat normal. . Immédiatement à son originè , l’aorte se dilale eii forme |j de sac du volume d'un pelit œuf. j L’épaisseur des parois de l’aorte est de a à a lig. i[a i . f • ! La surface de la section des parois présente l’aspect de la 1 section d’une masse squirrheuse. Ce vaisseau contient dans ' toute son étendue beaucoup de sang liquide, et en outre un caillot blanc , décoloré, occupant toute salongueur, terminé [ en queue, et analogue à celui des cavités droites. La mem- brane interne est jaune , comme gauffrée , chagrinée, ce qui nous a paru l’effet de cicatrices déprimées. Elle offre des plaques demi-cartilagineuses, calcaires; ses parois crient sous le scalpel , et sont moins élastiques qu’à l’état normal. L’altération calcaire envahit les artères qui naissent de la . crosse de l’aorte. Plus bas, la membrane interne présente une coloration jaunâtre. La cavité du ventricule gauche est double de l’état nor- I mal. Epaisseur de ses parois 1 pouce. Aspect réticulé de cette cavité, dû à l’entrecroisement des colonnes charnues. Les deux lames de la valvule bicus- pide , épaissies, ont à leur sommet des végétations d’un rouge assez vif. Leurs filets tendineux sont très multipliés ; du reste, elles permettent l’ouverture et l’occlusion de l’o- rifice auriculo-ventriculaire gauche dont la circonférence est de 3 p. 8 lig. • , La membrane interne de l’oreillette gauche est comme ridée, un peu opaque, et sensiblement épaissie, à tel point que,, séparée de la couche musculaire, elle offre l’aspect d’unq . I . r 90 MALADIES DU CŒUR EN PARTICULIER. membrane fibreuse. Elle adhère à celte couche musculaire par un tissu cellulaire assez serré. L’oreillette gauche est beaucoup moins dilatée que la droite; l’épaisseur de ses parois est d’un bon tiers plus con- sidérable que dans l’état normal. Le tissu des ventricules du cœur est d’un rouge tirant un ' peu sur le jaune et d’une consistance moindre qu’à l’état sain. ' Le poumon gauche , refoulé vers la partie supérieure de la poitrine, et légèrement'aplaii contre les côtes, a perdu de son volume; son lobe supérieur est sain; son bord posté- rieur est encore crépitant, bien que gorgé de sang et de sérosité. j - Le poumon droit, plus volumineux, plus lourd que le gauche, offre quelques adhérences dans ses scissures. On observe à sa base un noyau apoplectique, du volume d’un œuf ordinaire; là, le sang est infiltré dans la substance pulmonaire, mais il est à l’état solide , comme à demi cuit en certainspoints, et ailleurs d’unç consistance presque égale à celle de la truffe [mélanose). Au sommet de ce poumon,» on observe aussi quelques noyaux semblables au précédent, mais moins étendus. I Les bronches , gorgées de mucosités, offrent une teinte i d’un rouge violet. 2° Org. digest et annex. — Le foie, gorgé de sang, est plus volumineux qu’à l’état normal. Une congestion veineuse : très marquée existe aussi dans l’appareil gastro-intestinal. REFLEXIONS. Dans les observations que nous venons de rapporter , les j granulations ou végétations des valvules étaient accompa- gnées d’autres lésions graves de ces soupapes organisées. Il est par conséquent assez difficile de préciser le rôle qu’ont iï joué ces productions dans le développement des accidens i que les malades ont éprouvés, On conçoit, au reste, qu’elles ! I deux, catég. d observ. d endocardite. 91 ne peuvent réellement troubler notablement l’exercice de la circulation qu’autant qu’elles soAt assez multipliées pour gêner le mouvement des valvules , et rétrécir l’orifice au- quel celles-ci sont adaptées. L’observation suivante nous prouvera que, disséminées en petit nombre sur les valvules, les végétations ou granula- tions qui nous occupent peuvent coexister avec toutes les apparences d’une forte sànte. OBSERVATION 61«. Jeune homme de 20 à 26 ans. — Entéro-mésentérite typhoïde, terminf?e par une perforation promptement suivie de mort. — Granulations ou végétations en choux-fleurs sur le bord libre et à la face auriculaire de la valvule bicusiiide , épaissie, hypertrophiée. — Fausse membrane ancienne, bien organisée , sur le péricarde de l’oreillette droite, avec granulations assez semblables à celles de la , valvule bicuspide. Un jeune homme de 20 à a5 ans , fortement constitué, d’une taille moyenne, avait éprouvé, pendant un quinzaine de jours, les symptômes d’une violente entéro-mésentérite, lorsqu’il fut admis dans le service clinique de la Charité. Malgré la fièvre et les phénomènes de stupeur , le malade , nous assura-t-on, n’avait jamais cessé complètement de man- ger etdeboire de l’eau vineuse. Au moment de l’entrée , nous observâmes, outre les signes de l’entéro-mésentérite , ceux d’une péritonite, maladie dont nous attribuâmes la cause à une perforation intestinale. Le malade succomba 48 heu- res environ après l’entrée : il conservait presque tout son embonpoint normal. Autopsie cadaoémpie , a4 heures après la mort. Le cœur fut examiné avec beaucoup de soin , pesé et mesuré. Mais je ne parlerai ici que de l'état de la valvule biscupide et du péricarde. Cette valvule était notablement épaissie, hypertrophiée, du reste bien conformée. L’orifice auquel elle est annexée était très légèrement rétréci , par suite de l’épaissisement du cercle tendineux auquel s’insère 9*2 MALADIES DU COEUR EN PARTICULIER, le bord adhérent de la valvule. Le bord libre et la face auriculaire de la valvule étaient hérissés de granulations comnje cornées, analogues à des verrues, à des poireaux ou à des choux-fleurs. Elles avaient un volume qui variait entre celui d'un grain de millet et celui d'un grain de chenevis. Elles n’étaient pas assez nombreuses pour gêner notablement le jeu des lames de la valvule bicuspide, qui bouchaient exactementrorifice auriculo-ventriculaire droit, quand on les rapprochait. Il existait^ sur le péricarde qui revêt l’oreilletle droite une fausse membrane ancienne , bien organisée , parsemée de quelques granulations , assez semblables à celles de la valvule bicuspide. Le péritoine était le siège d’un épanchement pseudo- membraneux dans lequel on distinguait une certaine quan- tité de matières fécales. Le tiers inférieur de l’intestin grêle était criblé d’ulcérations , la plupart très étendues , très profondes , et dont une était à l’état de perforation , etc. REFLEXIONS. Les végétations 'verruqueuses de la valvule bicuspide hy- pertrophiée dataient, comme la fausse membrane organisée du péricarde , d’une époque très éloignée. Ainsi que nous l’avons dit plus haut , cette suite d’une endo-pericardite n’avait probablement donné lieu à aucun accident serieux. En effet, le malade, enlevé en i5 jours, par une maladie aiguë du tube digestif, conservait encore de l’embonpoint, .et tout porte à croire qu’avant cette dernière affection , ce jeune homme, fortement musclé, jouissait d’une très bonne santé. Au reste , dans ce cas, les végétations et l’hypertro- phie de la valvule bicuspide ne devaient pas opposer d’ob- stacle notable à la circulation. TROIS. CATÉG. o’OBSERV. d’eNDOCARDITE. q3 TROISIÈME CATÉGORIE.^ , : • r OBSERViTIOKS d’bRDOCAHDITE SüITIE d’bPAISSISSEMENT ET d’eNDDHCISSHMEKX riBBO-CARTIlAGINBDX , C ARTILACIHEDX , OSSBOX Oü CALCAIHB, DBS VALVULES nu COBUR, AVEC OU SAKS aÉTEÉCISSEMBHT DES OHIFICES DE CET OEGAEE. Vingt-trois observations composent cette catégorie. Dans les six premières , nous rapporterons des cas d’in- duration des diverses valvules du cœur sans rétrécissement, ou du moins avec ti'ès médiocre rétrécissement dés orifices auxquelles elles sont adaptées. Parmi les dix-sépt autres au contraire, quinze nous offriront des exemples d’induration des valvules avec rétrécissement considérable des orifices. Trois de ces observations sont relatives à l’induration de la valvule mitrale avec rétrécissement de l’orifice auriculo-ven- triculaire gauche. Deux ont pour sujet l’induration des val- vules aortiques avec rétrécissement de l’orifice aortique. Trois sont relatives à l’induration de la valvule tricuspide avec rétrécissement de l’orifice auriculo-ventriculaire droit. Quatre sont affectéesàl’induration des valvules de l’artère pul- monaire avec rétrécissement de l’orifice correspondant. Les trois dernièresenfin présentent des exemples d’induration de plusieurs valvules à la fois avec rétrécissement également multiple : dans deux de ces cas, les valvules aortiques et mitrale sont indurées et les orifices aortique et auriculo- ventriculaire gauche rétrécis ; dans l’autre cas , il existe ces mêmes lésions, plus une induration de la valvule tricus- pide avec rétrécissement de l’orifice auriculo-ventriculaire droit (i). . La plupart des sujets de ces observations étaient encore / (i) Parmi les observations déjà rapportées, cinq (obs. aie. aa^, aS* a4e et Sp* ) sont aussi des cas de rétrécissement simple ou multiple, par induration des ■valvules. 94 MALADIES nu CŒUR EN PARTICULIER, jeunes, quelques uns étaient adultes, d’autres étaient déjà parvenus a la vieillesse (i). Comme les ossifications des val- vules chez les vieillards sont surtout celles dont on nie l’o- rigine inflammatoire, on peut ici , j’y consens volontiers, les considérer comme de simples cas de lésions anatomiques dont la nature n’est pas bien rigoureusement déterminée. 11 nous reste assez d’autres cas dans lesquels l’induration cartilagineuse, osseuse ou calcaire des, valvules a été obser- vée chez des jeunes sujets, et même chez des enfans. Enfin, je dois dire aussi que les auteurs des observations relatives au rétrécissement de l’orifice de l’artère pulmo- naire, l’ont rangé parmi les vices de conformation congé- nitaux, vices dont ce n’est pas ici le lieu de discuter la théorie. Nous l’avouerons sans peine : c’est par voie d’ana- logie seulement que nous avons réuni ces observations à celles qui prouvent directement que l’induration des val- vules est la suite d’une endocardite passée à l’état chronique. On peut donc, si l’on veut, les retrancher aussi du nombre de celles qui déposent évidemment en faveur de la doctrine que nous nous efforçons d’établir (2). "T (1) Les 47 sujets chez lesquels nous avons noté jusqu’ici des indurations , soit fibro-carlilagineuses, soit osseuses, des valvules, se partagent ainsi qu'il suit, sous le rapport de l’âge : 10 mois, 1 (obs. 80®). 7 ans , 1 (obs. 77e). 10 ans , 1 (obs. 78^).. 16 à 3o ans, 12 (obs. 1", i3e, 43", 44«» 5ie. 58®, 6ie, 68c, 69c, 70*. 76*. 790* 3o à 5o ans, i5 (obs. ai', aa', aô', a4e, 45', 52c, 53', 54e, 55', 5g', 62e, 63*, 64c, 81', 83'). 5oà 72 ans, 11 (obs. 49e, 5o„ 57e, 60e, 65 , 6ôc, 67', 715, 72c, /5', 82e). Age indéterminé, 5 (obs. 70', 74', 74' bis). Ainsi des 44 sujets dont l’âge est connu, 55 avaient moins de 5o ans. (2) Je fais sans difûculte de tellès concessions pour éviter d’oiseuses et stériles discussions. Mon but est de démontrer clairement aux yeux des lecteurs dégagés de tout esprit de parti , que l’endocardite entraîne quelquefois à sa suite l’induration des valvules , avec ou sans rétrécissement des orifices du cœur. Pour y parvenir, je ne dois réellement compter que sur les observations, où ce résultat I TROIS. CATÉG. d’oLSERV. d’eNDOCARDITE. ^ I«. Observations d’épaississement et d’induration des valvules, sans rétrécissemait ou avec très médiocre rétrécissement des oriüces. OBSERVATION 62e. Femme de 4o ans. — Plusieurs fluxions de poitrine', suivies des symptômes d'un obstacle à la circulation centrale. — Bruit de scie et sifflement aigu ou rou- coulant à la région précordialc; matité, palpitations, hydropisies passives, op- pression, orthopnée, etc. — Mort la deuxième année après le début.des symptô- mes de maladie organiquQ du cœur. — Epaississement , état cartilagineux et cré- tacé des valvules aortiques, avec médiocre rétrécissement de l’oriflce aortique (môme dégénérescence dans l’aorte et dans les artères qui en naissent)'; léger épaississement des valvules auriculo-venlriculaires , sans rétrécissement des ori- fices. — Hypertrophie et dilatation considérables dti cœur. — Traces d'une an- cienne péricardite et d’une ancienne pleurésie ( fausses membranes fibr. sur le péricarde et la plèvre ). Krépel (Marie-Isabelle), âgée de -lo , ans , couturière , d’une forte constitution, mariée, réglée dès l’âge de i3 ans, ne l’étant pre'^que plus depuis deux mois, fut admise à la Clinique , le i4 septembre i833 (i). Mariée à i6 ans , elle devint cinq fois grosse, et chaque accouchement fut plus ou moins laborieux ( deux fois il fallut recourir au forceps). Cette femme a d’ailleurs éprouvé de grands cha- grins, à la suite de revers de fortune et de malheurs do- mestiques. — Elle dit avo r reçu , en i8i3, un coup violent sur la région précordiale. Depuis 12 ans qu’elle a perdu son mari, fournisseur à n’est susceptible d’aucune objéction sérieuse. C’est pour cette raison que j’aban- donne quelques faits douteux, obscurs , incomplets, aux médecins qui préfèrent la dispute à la vérité. (i) Celle malade me fut adressée par M. le docteur Sorlin , qui lui avait donné des soins en sa qualité de médecin du bureau de charité de l’arrondisse- ment qu’elle habitait. Il résulte de la note que M. Sorlin eut la bonté de me remettre sur l’état de cette femme, que la maladie débuta vers le milieu de l’an- née i832. Cette maladie futconsidérée par M. le docteur Sorlin comme une /é- «ion de l’un des orifices auriculo-venlriculaires du cœur. Nous verrons plus loin que le diagnostic de notre honorable confrère était parfaitement justei g6 MALADIES DU CœuU EN PARTICULIER, l’armée , elle a été obligée de se livrer à des travaux péni- bles dont elle n’avait pas l’habitude, et elle dit avoir éprouvé pendant cet espace de temps deux, ou trois fluxions de poitrine ( douleur dans la poitrine, toux, crachement de sang, fièvre ). Depuis quinze mois surtout, elle a été accablée de fatigue, et c’est à la suite de la maladie qui en a été l’effet, qu’elle a éprouvé des battemens de cœur, de fétouffe- ment , etc. Malgré les soins éclairés de M. le docteur Sorlin , elle n’a pu se rétablir et s’est décidée à venir à l’hôpital. Les mem- bres inférieurs sont infiltrés, et elle dit entendre, quand elle est couchée sur le côté, un bruit qu’elle compare à celui d’un soufflet. , Le père de cette malade est mort àl’àge de. 6o ans, d’une affection catarrhale. La mère vit encore, et quoique âgée de 70 ans, jouit d’une bonne santé. Le frère de cette nia- ■lade , qui est, son aîné, se porte très bien, tandis que sa sœur, moins âgée qu’elle, est d’une faible santé, d’une j)oitnne délicate. ' Etat de la malade au moment de Ventrée. — Visage pâle, bouffi , un peu tiré^ triste ; lèvres d’une pâleur violacée ; infiltration des membres inférieurs; point de fluctuation distincte dans l’abdomen, mais son mat dans la région ' des flancs. La Inspiration se fait entendre avec force et il existe de la résonnance dans toute l’étendue de la poitrine , si ce Ai’est à la partie inférieure du côté gauche, où on trouve nie la matité et un râle humide, sous-crépilant. Jlespiralion un peu accélérée(24 à 28 inspirations); d}'spnée qui se change en étouffement au moindre exercice , tel qu» la marche , 'par exemple. L’étouffement, même dans l’état de repos , est tel , par intervalles , que la malade est obli- gée de s’asseoir dans son lit pour respirer. D’ailleurs, peu ou point de toux, nulle douleur dans les côtés de la poi- trine ni dans le dos. [ i if U a ^ie ps le I 1..1 i h TROIS. CATÉG^ d’oRSERV. d’eNDOCARDITE. g'y Pouls de iio à i2o. Le pouls de la radiale gauche nous a paru un peu plus gros que celui de la droite : les pulsa- tions des grosses artères sont fortes et vibrantes; les batte- mens des deux carotides sont parfaitement égaux et ne sont point accompagnés de bruits anormaux, non plus que ceux des artères crurales; le doigt appliqué dans l’échancrure du sternum est violemment soulevé par les pulsations de la crosse de l’aorte : on sent là une espèce de bouillonnement. Les veines jugulaires sont plus dilatées qu’à l’état normal; elles n’offrent point le phénomène du pouls veineux (elles sont seulement soulevées par les battemens des artères caro- tides). * La région précordiale n’est douloureuse qu’à la percus- jiision (le simple contact dans la région susmiammaire est légalement douloureux). Larégion précordiale rend un son ! mat dans une étendue à peu près égale à celle de la paume i cle la main. La matité commence vers la troisième côte, et fs’étend jusqu’au cartilage de la cinquième ( plus bas, on I entend une résonnance tympanique due à la présence de ‘.l’estomac); transversalement, la matité est d’environ 2 I pouces et 1/2. — Le cœur se fait sentir à la main dans toute ï l’étendue de la matité : on ne distingue pas nettement de ifrémissement vibratoire ou cataire. , Les battemens du cœur ébranlent toute la partie infé- rieure du côté gauche de la poitrine et même la région [ipigastrique : ils soulèvent la tête appuyée sur la région m’écordiale. C’est vers les cartilages des 3®,,4e et 5 côtés >;auches qu’existe le maximum d’énergie des battemens du lœur. Pratiquée sur la région précordiale ,i l’auscultation fait nntendre, au lieu du double claquement qui accompagneles aouvemens du cœur à l’état normal , un bruit, ou plutôt I n cri de scie fort aigu , que l’oreille perçoit distinctement i n s’éloignant de la région -précordiale jusqu’à une dis- 98 MALADIES DU CŒUR EN PARTICULIER, tance d’un pied et demi à deux pieds (i). Ce bruit se ré- pète 116-120 fois par minule comme le pouls; il est d’une parfaite régularité, ainsi que le pouls lui-même : il n’offre pas absolument la même intensité dans tous les points de la région précordiale; son maximum d’intensité existe vers la partie inférieure et moyenne du sternum , dans la région des cartilages des 2® et 3® côtes gauches. Au reste, on l’entend, mais avec une intensité décroissante, dans les deux côtés de la poitrine, à la partie postérieure de cette cavité, sur les parties- latérales du cou et même dans la région abdominale;- à mesure que son intensité diminue , ce bruit se change ou dégénère en un bruit de scie ordi- naire, sourd, et semblable, par exemple, au bruit que l’on produit en prononçant la lettre S. Ainsi que nous l’a- vons dit plus haut, la malade entend elle-même très dis- tinctement le bruit dont il est question, surtout quand elle est couchée sur le côté, Au premier examen , on ^croirait que le bruit sifflant dont nous venons de parler est simple et qu’il remplace à lui seul les deux bruits du cœur. Mais en auscultant avec une grande attention, oirne tarde pas à reconnaître, quand on a l’oreille exercée , que le bruit anormal qui accompa- gne les battemens du cœur est réellement double. Le sif- flement est en effet précédé d’un bruit plus sourd, qui, pour une oreille peu attentive ou novice, semble se con- fondre avec le bruit plus aigu dont il est en quelque sorte le prélude. En s’éloignant de la région précordiale, en auscultant, par exemple, sur le trajet des carotides , on (1) Ce bruit a donné lieu à plusieurs comparaisons : ainsi je l’ai d’abord com- paré à une espèce de roucoulement ; M. Capuron l’a comparé au piaulement d’un poulet; M. le docteur Jules Pellet.nn , au bruit de canard que l’on produit avec ces jouets d’enfant que tout le monde connaît; et celte comparaison s'était également présentée à mon esprit. trois. CATÉG. d’oBSERV. d’endocardite. 99 distingue plus aisément le double bruit du cœur (i). Le bruit que l’on entend dans cet endroit ne saurait être at-' tribué aux battemens de ces artères, puisqu’il est double ( à la suite de ce double bruit anormal, comme à la suite du tic tac normal , il y a un silence ou repos ' Insomnie presque continuelle , ^réveils en, sursaut lors- qu’il arrive à la malade de s’endormir pour un peu de temps. , " , Les fonctions digestives sont assez bonnes. Les urines coulent facilement ^ et sont parfaitement lim- pides. ’ Diagnostic. — Rétrécissement médiocre d'un des orifices gauches du cœur par suite d'une induration Jihro-cartilagirieuse \ des 'valvules. Hypertrophie' générale et dilatation du cœur. ! Un pronostic funeste fut porté. Prescription. — Une saignée de 3 palett.; org. et chiend. ji nitr.ÿ potion avec teint, de digit. i5 goütt.; bouill. potag.iait. Il a5 et 26. La malade a mouché une certaine quantité de |j sang. “I 27 , 28 et 29'. Tendance à l’assoupissement, épistaxis, j ( 12 sangs, à l’anus; 25 gouttes de digit. ). I 3o. Visage plus bouffi, traits altérés; pouls plus vibrant, j| plus large, plus développé, à 100 puis. ; étouffement plus^ I grand ; un peu d’enflure des mains (2) , tendance à l’assou- pissement ; le pouls est encore vibrant. || Les battemens du cœur sont les mêmes; les bruits sont I toujours difficiles à décomposer dans la région précordiale, i . ' . . ■ (i) L’existence du bruit de sifflement nous fit penser que l’orifice permanent i des valvules indurées imitait une sorte de glotte , misé en vibration par le pas- t sage de la colonne sanguine. Ce qui rend difficile la distinction des deux bruits du cœur, dans ce cas et ■J dans les analogues , c’est qu’il n’existe pas entre eux un intervalle appréciable , I comme cela a lieu dans l’état normal. (2) Tout le côté droit est plus enflé que le gauche, sans doute parce que le I décubitus a lieu plus habituellement à droite. 7- 100 MALADIES DU COEUR EN TARTICULIER. mais faciles à diviser en deux bruits distincts en auscultant dans les côtés de la poitrine et sur les parties latérales du cou (le 1" est un simple hmi/rus , le 2® un véritable cri d’oiseau ). ' On entend aussi un très léger sifflement en auscultant l’origine de l’artère crurale ; plus bas , il disparaît , et sur le trajet de l’artère on remarque seulement des battemens forts et vibrans ( saignée de 2 à 3 pal. , la digit. est portée à 3o goût. : le sang retiré de la veine n’est pas couenneux et contient peu de sérosité ). , Un notable soulagement a succédé à la saignée , mais n’a duré que 36 à 48 heures. L’hydropisie a plutôt diminué qu’augmenté. 3 octobre. Peu de changement , anxiété, commencement de jactitation. La vibration et la force du pouls, qui of- fre une largeur qu’on n’observe pas dans le cas de rétrécis- sement considéràble d’uii' orifice , m’engagent à prescrire une nouvelle saignée de deux palettes à deux palettes et demie (sang très séreux). 5 octobre. Pouls de plus en plus large et vibrant. 6. L’étouffement étant porté au plus haut degré, M. Le- couteulx, aide de clinique , a essayé une nouvelle saignée, pile fournit à peine une palette et demie environ de sang (on a retiré de la veine un caillot de 5 à 6 lignes de lon- gueur). . État de suffocation ; pouls moins vibrant et plus étroit : la mort paraît de plus en plus prochaine. 8. La malade n’a plus la force de répondre, quoique conservant sa connaissance; jactitation, plaintes, gémis- semens, anxiété inexprimable; nul moment de repos; pouls faible , un peu de refroidissement des extrémités et légère lividité du visage, yeux ternes... Le cri du cœur est presque aussi fort que précédemment ; il n’y point d’irrégularité dans les battemens du cœur. — Enfin , à 8 heures , la mort mit un terme à des angoisses que rien ne saurait peindre. I I I 1 « f f t I r !■ trois, catég. d’observ. d’endocardite. loi 'Jutopsie cadai’érique , 36 heures après la mort. Habit, extér. — Infiltration générale énorme, plus con- sidérable toutefois du côté gauche, sur lequel la malade I était restée inclinée, plutôt que couchée, dans les der- niers jours ( la circonférence de la cuisse gauche , à sa , partie supérieure, est de 2 pieds, et celle [de la droite de 1 pied 2 pouc. 6 lig. ; la circonférence de l’avant-bras gau- I che , à sa partie moyenne , est de 10 pouc. 6 lig. , et celle I de l’avant-bras droit de 8 pouc. 6 lig. ). La peau de l’abdo- li men et de la poitrine est tellement infiltrée, qu’elle a plus 1 . de 3 pouc. d'épaisseur^; elle est garnie d’une couche assez épaisse de graisse. 2“ Ori^r. dis. et annex. — L’abdomen contient environ 2 pintes de sérosité roussâtre, lirhpide. — Le foie, très volu- mineux, est gorgé de sang, en partie infiltré dans son tissu {apoplexie hépatique). Il adhère en haut avec le diaphragme. j Une vingtaine de petits calculs dans la vésicule biliaire. — Rate se déchirant facilement, d’un tissu un peu sec. — Membrane muqueuse gastrique un peu molle , rouge , comme ecchymosée , surtout dans la région splénique; même rougeur et même congestion veineuse dans les in- testins. — La vessie , les reins et l’utérus n’offrent rien de notable. 3° Org. circul. et respirât. — En ouvrant la poitrine, il s’é- coule une très grande quantité de sérosité , d’une teinte roussâtre et contenant quelques flocons. Le cœur et les poumons sont refoulés en haut par les viscères abdominaux et particulièrement par le foie. Le poumon gauche recouvre à peu près les deux tiers de la partie antérieure du cœur. — Le péricarde adhère vers la base du' cœur avec la plèvre pulmonaire correspondante par un tissu Cellulaire médio- crement serré, et infiltré d’un peu de sérosité. La pointe du cœur est dirigée à gauche plus que dans l’état normal , I de telle sorte que la base paraît répondre au côté droit et le sommet à gauche. Le péricarde contient trois cuillerées I 102 MALADIES 'DU COEUR EN PARTICULIER, d’une sérosité légèrement rouge, — Le cœur, d’un volume énorme (cor bovlnum) , présente des vaisseaux dilatés et in- jectés; à la surface des ventricules, on aperçoit des ta- ches sanguines p^roduites par l’infdtration d’une petite quantité de sang au-dessous du feuillet séreux du coeur. Sur la partie moyenne et antérieure du ventricule droit , existé une plaque laiteuse, fausse membrane organisée qui se détache facilement avec la pince , laissant au-dessous d’elle le péricarde sain. Le^cœur, avant d’avoir été vidé du sang qu’il contient, pèse, avec l’origine des vaisseaux qui en parlent jiS gram. Diamètre vertical du cœur 4 P* lo l'g- Diamètre transversal Circonférence 1 1 1 1 5 l'g- lig* ) Toutes les cavités du cœur sont gorgées d’un sang très noir , semblable à de la gelée de groseilles. , Poids du cœur, débarrassé du sang qu’il contenait 44^ gram. La cavité du ventricule droit, très vaste, pourrait con- tenir un œuf d’oie ; celle du gauche, plus dilatée encore , pourrait contenir le poing d’une femme. - Epaisseur des parois du ventricule gauche , à sa base 738 lig. Epaisseur des parois du ventricule droit 3 lig. Diamètre vertical de l’intérieur du ventricule gauche 3 p. 6 lig. Circonférence ' 5 p. a lig. Diamètre vertical delà cavité du ventricule droit 3. p. a lig. Circonférence - 4 p. a bg- Les colonnes charnues sont très multipliées , surtout celles du ventricule droit. Substance musculaire un peu molle , d’un rouge bri- queté. , Les valvules aortiques, surtout à leur base, sont épais- sies, indurées, incrustées et criblées de plaques fibro-carli- laginenses ,'-terreuses, calcaires; elles sont crispées, comme TROIS. CATÉG. d’oBSERV. d’eNDOCARDJTE. 1o3 ratatinées, un peu plus courtes, et moins mobiles que dans l’état normal. L’origine de l’aorte est elle-même ratatinée, rugueuse, considérablement épaissie (ses parois pnt 2 lig. d’épaisseur, y compris la membrane celluleuse). Son tissu crie sous le scalpel , et la section présente l’aspect du fibro-cartilage ou du tissu lardacé ; en raison de cet épaississement et de ce ratatinement des valvules et de l’origine de l’aorte , l’o- rifice est manifestement un peu rétréci d’une manière ab- solue, mais surtout relativement à l’énorme dilatation du ventricule : cet orifice est rémpli par le bout du doigt in- dicateur. Les valvules, ainsi altérées, rigides, raccourcies, ne devaient pas se redresser et se rapprocher suffisamment pour fermer en entier l’orifice aortique pendant la dilata- tion ventriculaire et la contraction élastique de l’aorte. L’orifice de l’artère pulmonaire est libre; ses valvules sont minces , plus larges que celle de l’aorte. La circonférence de cet orifice est de 2 p. et demi , et celle de l’orifice aortique de 2 p. 3 1. Les valvules auriculo-venlriculaires droite et gauche sont légèrement épaissies ; leurs orifices sont libres; la circonfé- rence du droit est de 4 p.; celle du gauche de 3 p. et demi. Les valvules auriculo-venfriculaires sont un peu rouges, ainsi que l’intérieur des oreillettes et de l’artère pulmonaire. Malgré une dilatation évidente , les oreillettes sont plutôt épaissies qu’amincies. L’état fibro-cariilagineux , les rugosités et inégalités ra- boteuses de la surface interne de l’origine de l’aorte, se continuent dans l’aorte pectorale et abdominale. L hypertrophie de l’aorte est concentrique ; c’est-à dire que l’épaisSissement s’est opéré aux dépens du calibre de cette artère; le rétrécissement dé ce vaisseau contraste avec la dilatation énorme du ventricule aortique. Les alterations de 1 aorte se continuent, en diminuant graduellement , dans les artères qui naissent de sa partie io4 maladies du coeur en particulier. inferieure; ces altérations s’étendent également aux artères qui naissent de la crosse de l’aorte (les placjues jaunâtres sont très multipliées dans les deux artères sous-clavières et dans les carotides). Le tronc brachio-céphalique est un peu rétréci à son origine par suite de l’épaississement con- ceiUrique ou centripète de ses parois. Le poumon droit adhère à la plèvre pariétale par des productions cellulo-fibreuses , d’ancienne date; plus pesant et plus volumineux que le gauche, il est gorgé de sang et de sérosité , dans toute son étendue, et .surtout à son sommet, qui contient très peu d’air. Le poumon gauche, comme carnifié par l’action de la compression que la sérosité avait exercée sur lui , ne contient que peu de sérosité. — La membrane muqueuse bronchique est rouge , et recouverte de mucosités assez abondantes. OBSERVATION 63^ Homme de 49 ans. — Affection catarrhale à diverses reprises. — Plus tard , étouffement, infiltration; irrégularités, intermittences des battemens du cœur et du pouls. — Bruit de soufflet dans la région précordiale, tantôt sourd, tantôt si- bilant. — Attaque d’hémorrhagie cérébrale^ suivie d'une mort prompte. — In- duration fibro-cartilagineuse des valvules gauches , avec très médiocre rétrécis- sement des orifices aortique et auriculo-venlriculaire. — Hj-pertrophie et dilata- tion générale du cœur. — Dégénérescence fibro-cartilagineuse et crétacée de l’aorte et des artères qui en naissent. — Taches et plaques dans les divisions de l’artère pulmonaire. — Epanchement sanguin dans le cerveau. M. Aslruck (,Tean-Louis) , ancien officier de cavalerie ( il a fait la campagne de Moskou) , grand et fortement consti- tué, âgé de 4q RDS, fut admis dans le service Clinique (n° 6, salle St-.Tean-de-Dieu) , le a5 octobre i832. Il a toussé souvent à la suite des vicissitudes atmosphériques auxquelles son état l’a exposé, mais il assure n'avoir jamais essuyé de très grave maladie. Ce n’est que depuis deux mois qu’il s’est aperçu d’une gène assez considérable dans la res- piration , et qu’il est survenu peu à peu une infiltration tlçs membres inférieurs. 11 s’est fortement purgé depuis TROIS. CATÉG.. d’oBSERV. d’eN DOCARDITE. 1ü5 t qu’il est ainsi indisposé, et n’a fait aucun autre trailc- inent. Etat (la malade à Ventrée : L’embonpoint est encore considérable ; le visage et les mains offrent une teinte violette assez prononcée ; in fdt ra- tion des membres inférieurs ; distension de l’abdomen par une grande quantité de sérosité. Le malade est obligé d’a- voir la tête très élevée pour pouvoir respirer. Nulle douleur dans la région précordiale j batlemens du cœur précipités (lao à i3b) , irréguliers, intermittelis ,* ils sont fort étendus et accompagnés d’une impulsion consi- dérable. Matité dans une étendue au moins égale à celle de la paume de la main. Le tictae normal du cœur est remplacé par un bruit de soufflet , clair, qui se termine quelquefois par un véritable sifflement ou roucoulement. — Le choc du cœur contre la paroi pectorale est accompagné d’un fort tintement mé- tallique. Pouls irrégulier, intermittent , difficile à compter (120 a i3o) , petit, eu égard à la force du sujet et à l’intensité des contractions du cœur, un peu vibrant. La respiration est bruyante, précipitée ; un sifflement si fort existe dans toute l’étendue de la poitrine , qu’if mas- que entièrement le murmure vésiculaire. Il^existe des crachats rouillé^, sans qu’on puisse constater dans aucune région des poumons l’existence d’un râle crépitant. L appétit est assez bien conservé ; point de dévoiement , ni de constipation ; urines claires , abondantes. Peu de sommeil , à cause de l’anxiété où se trouve le ma- lade. Diagnostic.’ — Induration des malv aies gauches avec rétré- ^ ^ cissement d'un orijice. — Hypertrophie générale et dilatation du cœur. Congestion séro-sanguine des poumons et bronchite. Presciuption du 26. Saignée de 3 palett. ; i/i/us. héckiq. et tis. aperit.; Pot.gomm. avec sirop diacode 5J ; diète. 106 MALADIES DU COEUR EN PARTICULIER. 27. Peu de changement. {Saignée de 3 palett.; bouilL et potag. ) Les jours suivans, quarante sangsues, puis un vésicatoire furent appliqués sur la poitrine ; la digitale fut adminis- trée par la méthode endermique ; les diurétiques furent continués (i), et le malade ne prit pour alimens que des bouillons et des potages. 9 novembre. Grande amélioration dans l’état du malade: les membres inférieurs sont presque entièrement la respiration est beaucoup plus libre ; l’expectoration est purement muqueuse, et le râle sibilant a disparu. Le malade est calme et dort passablement. — Cependant, l’irrégula- rité, la petitesse et la fréquence du pouls sont telles, qu’on peut très difficilement le compter. Le bruit de soufflet, tantôt simple , tantôt sibilant , est toujours très prononcé. L’amélioration de l’étatgénéral se soutient jusqu’au 28 dé- cembre. Ce jour, là à 6 heures du soir, le malade, alors couché dans son lit, éprouva tout-à-coup une attaque d’apoplexie. 29. Nous trouvâmes le malade presque sans connais- sance; un râle bruyant, stertoreux , se faisait entendre; corps incliné à gauçhe , yeux déviés à droite ; membres gau- ches fortement infiltrés , privés de sentiment et de mouve- ment ; bouche déviée à droite. Le malade semblait com- prendre quelques unes de nos questions, mais il ne pouvait proférer une seule parole. Le pouls et les battemens du cœur étaient dans le même état que précédemment. (Le bruit de soufflet persistait.) Diagnostic. — Hémorrhagie considérable dans V hémisphère droit du cerveau. Une saignée de 3 pal. ; bouill. de veau émétis. 30. Même état ; la langue se sèche. 31. Le malade reconnaît mieux les personnes , entend et (1) La décoction de cahinça fut administrée. trois: CATÉG. d’oBSERV. d’eNDOCARDITE. 107 comprend les paroles qu’on lui adresse, sans pouvoir ré- pondre. {Saignée de 3 pal; 'vent. scarif. an cou.) et 2 décembre. Etat comateux. ( Continuât, du houill. émét. ; 2 'vésicat. aux cuisses. ) 3. Râle bruyant (le malade ne peut expectorer les mu- cosités qui engorgent les bronches); immobilité et insensibi- lité du côté gauche. {Kermès 8 gr, dansunlooch blanc). 4. Le malade est à l’agonie, il meurt à 3 heures après midi. , Autopsie cadavérique , 17 heures après la mort. 1° Habitude extér. — Infiltration générale , avec disten- sion de la peau, qui est sèche et luisante. Poitrine bombée, large, volumineuse. 2° Organ. circul. et respir. — Le péricarde contient envi- ron un demi-verre d’une sérosité jaune, très légèrement trouble : il est distendu en proportion du volume du cœur. — Celui-ci , vraiment énorme {cor bovinum) ' dorme , avant d’avoir été vidé du sang qu’il contient, les mesures suivantes. \ De rinsertion de l’aorle àla pointe du cœur, qui est inousse et arrondie 4 p. 9 lig. Du sommet de l’oreillette droite à la pointe 6 p. Dii sommet de l’oreillette gauche à la pointe du cœur ' ’ 5 p. Diamètre antéro-postérieur 4 P» ' Diamètre transversal 4 P* 5 üg» Circonférence du cœur la p. 6 lig. Poids du cœur, contenant encore des caillot», mais débarrassé d’une certaine quantité de sang liquide , qui s’est écoulé en coupant les vaisseaux il. laonc. Le cceur, vidé et lavé, pèse 1 1. a onc. Le sang contenu dans les cavités droites du cœur forme des concrétions polypiformes, blanches à l’extérieur, rouges à l’intérieur; ces concrétions conservent la forme des cavi- tés qui les contiennent. ‘ < Le ventricule droit, dilaté, pourrait contenir un œuf d’oie; ses parois , vu l’augmentation de la capacité, paraissent amincies, bien qù’absolument parlant, elles soient épaissies; 108 MALADIES DU CŒUR EN PARTICULIER, dans leur partie moyenne ( la plus épaisse ) , elles ont 3 lig. d’épaisseur. L’oreillette droite, dilatée dans les mêmes proportions que le ventricule , conserve son épaisseur à peu près normale. Ses colonnes charnues sont très pro- noncées. Les cavités gauches contiennent du sang caillé, d’un noir assez foncé. Le ventricule gauche offre une capacité un peu moindre que celle du droit. Ses-parois, vers la partie la plus épaisse, ont II 1. d’épaisseur. — Ses colonnes charnues sont très robustes. L’orifice aortique paraît un peu étroit , vu la grandeur de la cavité ventriculaire. Cependant ses valvules ne sont pas déformées; elles sont seulement un peu plus épais- ses que dans l’état normal et, à leur hase, ainsi que vers le commencement de l’aorte , on voit des incrustations fibreu- ses ou fibro-cartilagineuses, sans coloration anormale. L’oreillette gauche, d’une capacité sensiblement moindre que celle de l’oreillette droite , a des parois assez épaisses. L’orifice auriculo-ventriculaire gauche a perdu un peu de son étendue normale. Le bord adhérent de la valvule mi- trale est froncé et plus épais que "dans l’état ordinaire. Les deux lames de la valvule sont très notablement épaissies , converties en tissu fibreux vers la base et fibro-cartilagineux vers lé bord libre. L’orifice auriculo-ventriculaire droit a une largeur plus considérable que le gauche; la valvule tricuspide est mince, transparente , nullement épaissie. Les artères carotides sont , ainsi que l’aorte , incrustées de lames fibro-cartilagineuses. Vers la terminaison de l’aorte abdominale , les plaques ressemblent à des coquilles cV œuf . La dégénérescence créta- cée se propage dans les troncs artériels du bassin et des membres inférieurs. h.e$ divisiotis dp l’artère pulmonaire sont parsemées à TROIS. CATÉG. d’oBSERV. d’ENDOCARÜÏTE. 1 09 l’intérieur d’un grand nombre de plaques ou taches d’un blanc terne. La veine cave à son insertion est dilatée. La cavité de la poitrine ne contient presque pas de séro- sité. Quelques adhérences anciennes du côté gauche. Le poumon droit , dans tout son bord postérieur, est comme hépatisé, et ne crépite pas sous la pression. A la sur- face des sections qu’on y pratique, on aperçoit des points noirs foncés, indice d’une infiltration sanguine dans le tissu pulmonaire. De cette surface découle un liquide d’un gris sale, formé de sang et de pus. Le tissu granuleux, friable, se déchire comme dans la pneumonie des 2® et 3® degrés. Du sang épanché occupe particulièrement la base du pou- mon ; il est combiné avec la substance pulmonaire dans le reste de son étendue , où le tissu du poumon crépite encore un peu. La membrane muqueuse des bronches est couverte d’une grande quantité de matière muqueuse. Le poumon gauche, à sa base , est hépatisé comme le 1 droit, il crépite un peu cependant dans toute son étendue. 3® Centres nerveux. — 11 existe une certaine quantité de « sérosité dans la cavité de l’arachnoïde, et lasurface ducer- !■ veau en est abondamment abreuvée; les mailles de la pie- I; mère en sont remplies. 1 A la partie supérieure du lobe antérieur gauche du cer- veau, existe une surface inégale, un peu rugueuse, circons- crite par un bord frangé et qui n’est autre chose que le reste , d’une ou deux circonvolutions détruites, ulcérées, et cicatrisées; une altération semblable, un peu moindre, existe vers le milieu de la face supérieure du même hémi- sphère , près la scissure interlobaire. L’hémisphère gauche n’offre aucune altération. Son ven- tricule contient une très petite quantité de sérosité. A la par- tie externe du lobe moyen de l’hémisphère droit, existe un foyer hémorrhagique, du volume d’un petit œuf. La sub- 110 MALADIES Dü CCEUR EN PARTICULIER. Stance qui environne ce foyer, est rouge et complètement désorganisée. La substance cérébrale, en général, est beaucoup plus molle que dans l’état normal. La masse du cerveau est très petite, relativement à la stature de l’individu. Le cervelet est extrêmement petit , semblable à celui d’un enfant de 12 à i5 ans, un peu mou ; il pèse^4 onces. (Les organes génitaux sont largement développés). 40 Org. digest. et annex. — A l’ouverture de l’abdomen, il s’écoule une grande quantité de sérosité d’un jaune foncé , mêlée de quelques flocons. L’estomac contient beaucoup de liquide trouble, grisâtre. La portion de la membrane muqueuse qui tapisse le grand cul-de-sac est ramollie, gélatiniforme, détruite en quelques points, et est séparée, par une ligne de démarcation tran- chée, du reste de cette membrane qui est un peu ronge et saine. ( L’altération du grand cul-de-sac est probablement cadavérique. ) Le foie, volumineux', bombé à sa face antérieure, est gorgé de sang. OBSERVATION 64e, f Homme de 44 ans. — Diverses fluxions de poitrine , suivies des symptômes or- dinaires d’un obstacle mécanique à la circulation : palpitations, irrégularités, intermittences du pouls; bruit de scie à la région précordiale, avec impulsion du cœur forte et étendue. — Mort plusieurs années après le début des premiers accidens du côté du cœur. — Induration des valvules aortiques et bicuspide , avec léger rétrécissement de l’orifice aortique. — Hypertrophie et dilatation du cœur. — Plaques fibreuses et brides du péricarde. — Etat cartilagineux et crétacé de l’aorte et des artères qui naissent de sa crosse. Ducouré ( Médard) , âgé de 44 ans , charpentier, d’une ’ bonne constitution , fut admis dans le service clinique , le 2 mai i834- Depuis seize ans, il avait éprouvé, à trois re- prises différentes, une pleuro-pneumonie (deux fois il fut traité à l’Hôtel-Dien ). C’est à la suite de la dernière mala- die, qu’il ressentit des palpitations, de l’oppression, surtout quand il montait un escalier , etc. TROIS. CATÉG. d’oBSERV. d’enDOCARDITE. 111 Le i6 février dernier , frissons suivis de fièvre, un^peu de crachement de sang , douleur profonde dans la région du cœur. Entré dans le service de M. Louis, le malade en est sorti au bout de seize jours, sans être complètement I guéri. I État au moment de Ventrée à la Clinique : Il dit souffrir toujours dans le côté gauche , et éprouver des étourdissemens , des vertiges. Oppression , palpitations qui empêchent le malade de marcher; réveils en sursaut. La respiration est forte et puérile en avant. » En arrière , la poitrine résonne assez bien , si ce n’est en bas où il y a de la matité ; on entend, vers la moitié infé- rieure des poumons, du râle muqueux ou sous-crépitant avec léger retentissement de la voix. Les crachats sont muqueux. Il n’existe pas d’infiltration notable. Le cœur se fait entendre dans un espace plus considéra- is ble qu’à l’état normal. On voit sa pointe soulever le sixième 'i espace intercostal. La paume de la main, appliquée sur la :: région précordiale , est frappée dans toute son étendue par Il un corps dur. Les espaces intercostaux gauches , surtout le 1 6® et le 7°, sont larges. La région précordiale offre de la matité dans l’étendue de 3 pouc. verticalement , et de 3 pôuc. 4 üg. transversa- lement. Les battemens du cœur sont fréquens, étendus, durs, forts, accompagnés d’intermittences. Le double claquement du cœur est remplacé par un bruit de soufflet qui se rapproche du bruit de scie , plus marqué, plus prolongé, pendant la systole ventriculaire. Le maxi- mum d’intensité du bruit de scie existe à un pouce en de- hors et au-dessous du mamelon : en s’éloignant de ce point, on entend une sorte de bruit de froissement de parchemin pendant le double mouvement du cœur. 11^ MALADIES DU COEUR ÈN rARTICULIER. I^s veines jugulaires sont gonflées, mais n’offrent pas le pouls 'veineux. / ’ Les carotides battent avec force ; pas de frémissement dans leur trajet. Pouls radial petit , très étroit, plus petit ,à gauche qu’à droite, iiO par 'minute. Diagnostic.’ — Induration des 'valvules gauches du cœur , avec rétrécissement d’ un orifice. Hypertrophie générale et dila- tation du cœur. i • Prescription. — Saignéede 3 palett.; ojg., chiend., oxjm. scillit.; pot. gOmm. tuseo. poud. dcdigit. y'u] grains. — BouilL^ pot., lait. 4. Crachats demi-transparens; caillot mou, sans couenne. Respiration plus facile ; sommeil assez bon. Battemens du cœur moins forts. Le bruit de scie est toujours bien marqué. 5 et 6. On remarque que l’ébranlement de la région pré- cordiale se communique jusqu’à la base des parois pecto- rales. rj. Pouls à 96 (il n’est plus intermittent). Vésic. sur la région précord. 9 et 10. La toux a diminué, ainsi que l’expectoration. Les battemens du cœur sont moins forts (^même bruit de scie) . Pédiliive sinapisé. 12. Le malade' se plaint d’avoir senti du craquement sans douleur dans la région précordiale» 13. Pouls à 80 (les irrégularités et les intermitencessont revenues). ^ i4 et i5. Le malade a quelques envies de vomir après avoir pris sa potion avec la digitale. Le double bruit de soufflet paraît moins fort qu’au moment de l’entrée du ma- lade. Pouls à 72, moins étroit, vibrant; les jambes ne sont pas ènflées. [Suppression de là digitale.) 18. Oppression si forte , que le malade ne peut rester couché. La face s’altère. ( i saig. de 3 pal. ). 19. Le malade se sent dégagé depuis la saignée (le caillot TROIS. CATÉG. d’oBSERV. d’eNDOCARDITE. 1i3 occupe tout le vase; il n’est pas couenneux, et a peu^de consistance). 20. Le bruit de soufflet est plus marqué aujourd’hui pendant le 2^ bruit que pendant le premier. 21 et 22. Les traits s’altèrent, le malade éprouve une oppression extrême. Il expire à 3 heures de l’après-midi. Autopsie cadavérique , 18 heures après la mort. 1° Habit, extérieure. — Pas d’infiltration notable desmem- bres ; visage violacé; lèvres et oreilles livides. ^ 2“ Organ. respirât, et circulât. — Sérosité claire et citrine dans les deux côtés de la poitrine.» ■ — Des brides cellulo- fibreuses unissent les poumons à la plèvre costale : les in- tervalles qui les séparent contiennent de la sérosité «(elles sont plus fortes à droite). Les poumons sont rouges, comme ecchymosés à leur bord antérieur. ' Le poumon gauche présente à sa surface quelques reliefs légers ( il y a des adhérences anciennes dans la scissure in- terlobaire) ; il est engoué, coriace, comme carnifié. ‘Les bronches sont rouges, livides. Le poumon droit est moins engoué que le gauche. Vers la pointe, du cœur, existe une plaque pseudô-mem- hraneuse , d’où part une longue bride qui va au péricarde pariétal. — La cavité du péricarde contient trois cuillerées d’une sérosité transparente. Le cœur a un volume presque double de l’état normal. Il est gorgé de sang; sa pointe est fortement tournée à gauche. (L’oreillette droite présente à sa surface des pla- ques analogues à celles de la pointe : il en est de même de l’origine de l’aorte.) Lavé et vidé , le cœur conserve'im volume d’un bon tiers plus considérable qu’à l’état normal : il est généralement hypertrophié. Poids du cœur, vidé et lavé, gram. 8 Il4 MALADIES DU CŒUR EN PARTICULIER. Le ventricule droit est d’un bon quart plus volumineux que le gauche. Ses parois sont hypertrophiées ; sa subs- tance est ferme. Epaisseur de ses parois 3 à 3 lig. ip L’orifice auriculo-ventriculaire est vaste , dilaté. Laval- t vule tricuspide est un peu épaissie. L’oreillette droite est un peu épaissie, ce qui tient en partie aux fausses membranes denses et résistantes dont elle est tapissée. . • . Les valvules aortiques peuvent fermer l’orifice auquel elles sont adaptées. Elles sont néanmoins épaissies , fibro- cartilagineuses, rigides et moins mobiles qu’àl’état normal. Circonférence de l’orifice aortique, sensiblement rétréci a p. a lig. ip — de l’orifice de l’artère pulmonaire 5 p. Les valvules de ce'dernier orifice sont très minces. La valvule mitrale est considérablement hypertrophiée. Les tendons valvulaires sont triplés de grosseur , et trans- formés en tissu fibro-cartilagineux. — • Une des colonnes charnues présente la même transformation. Une section de cette colonne montre que la substance musculaire est en- tourée d’une coque fibro-carlilagineuse. Le bord adhérent de l’orifice- auriculo-ventriculaire gau- che est froncé. Cet orifice offrait encore un assez libre pas- sage à la colonne sanguine. Vers la base de la valvule bicüspide , on observe diverses saillies , divers reliefs , arrondis ou alongés en cylindres, de nature fibro-cartila- gineuse. Cette valvule et l’origine de l’aorte présentent une rougeur par plaques, sans arborisation. Cette rougeur existe à un plus haut degré dans l’artère pulmonaire. — L’intérieur des cavités droites est moins rouge que celui des gauches. La membrane interne est épaissie et facile à enlever par lambeaux. TROTS. CATÉG. d’oBSERV. d’eNDOCARDITE. 1i5 Le ventricule gauche est dilaté dans la même proportion que le droit. Les artères qui naissent de la crosse de l’aorte ont la 'i teinte rouge de l’origine de cette artère. Un peu d’épais- ‘ sissement aux éperons situés à l’origine de ces artères. Induration et cartilaginisationen divers points de l’aorte pectorale. OBSERVATION 65e. Homme de 6o ans. — Toux, oppression, palpitations, bruit de soufflet du cœur ; 1 bydropisies passives. — Mort environ un an après les premiers accidens. — Epais- : sissement hypertrophique , et induration fibro-cartilâgineuse des valvules auri- culo-ventriculaires , avec traces d’ancienne péricardite; peu de déformation des • valvules, et point de rétrécissement, des orifices. — Hypertrophie simple du ven- 1 tricule gauche; hypertrophie concentrique du droit. Un ancien soldat, aujourd’hui ébéniste, âgé de 6o ans, d’une assez forte constitution , fut reçu dans le service ' clinique (n° i6, salle Saint-Jean-de-Dieu), le 26 octobre i833. Cet homme a depuis un an l’haleine courte , il se plaint ' depuis cette époque d’oppression et de battemens de cœur, avec toux fréquente. Il dit avoir été depuis long-temps en- fié, mais que cette enflure était peu considérable, et qu’elle I' passait et revenait à plusieurs reprises. Sa vie a été em- |i ployée à des travaux pénibles et fatigans. Sa face est d’une f couleur pâle-jaunâtre ou feuille-morte, bouffie; toute la h peau est flasque et blafarde, et les membres s’infiltrent lors- I que le malade se lève ; lèvres et mains d’un pâle violacé ^ II paupières très gonflées. ]' On trouve dans la région précordiale une matité qui a une étendue de 2 pouc. verticalement et de 2 pouc. et h demi transversalement. On distingue à l’auscultation un lé-* 1 ger bruit de souffle pendant le premier battement (i). ♦*' • ri _ _ - II- - ■ . 1, ■ l (1) Ce bruit de soufflet, très distinct pour une oreille exercée, était néanmoim ‘ Il6 MALADIES DU COEUR EN PARTICULIER. Le pouls donne 98 puis. : il est étroit et serré; mouve- ment de fluctuation dans les veines jugulaires, qui sont gonflées. La peau est froide. Respiration bonne en avant, un peu plus obscure en arrière. Il existe des accès de suffo- cation de temps en temps avec sentiment de constriction à la partie supérieure de la poitrine. Le malade parle d’une voix entrecoupée. Peu de sommeil. Langue pâle ; urines rares. Le malade ne s’inquiète nullement de son état. Diagnostic. — Induration et épaississement des 'valvules ; hypertrophie du cœur. Prescription. — Till. oi'ang.^jul. 18 goutt. teint, digit. ; eau 'vin. suc.; houill. et potag. 2,8 et 29. Crachats sanguinolens; pouls petit, irrégulier, offrant quelques intermittences ; la pointe du cœur se fait sentir dans une étendue de i pouc. i|2 carré, elle paraît mousse et arrondie, -i— • Un léger bruit de souffle et de scie se mêle au claquement valvulaire ( les personnes peu habi- tuées encore à l’auscultation ont de la peine à saisir le bruit de soufflé ou de scie ). Mort le 3o à 4 heures du matin. Autopsie cadavérique, 19 heures après la mort. \° Habit. -^Infiltration médiocre des membres infé- rieurs ; le scrotum ne contient pas de sérosité (le péritoine contient une pinte et demie à deux pintes de sérosité roussâtre et limpide). 2® Org. respir. et circulât. — Le côté droit du thorax contient une demhpinle de sérosité; il n’existe aucune adhé- rence au poumon droit; on trouve au contraire des adhé- rences celluleuses bien organisées vers le sommet et la face externe du poumon gauche. âîsez obscur et sourd. Un élève n’ayant pu le reconnaître au premier examen, je l’engageai à ausculter comparativement les bruits du cœur d’un sujet bien por- tant. Celte expérience réussit parfaitement. Après l’avoir faite, il distingua net- tement le bruit de soulflel que j’avais constaté chez ce malade. T«ois. CATÉG. d’observ. d’endocarditk . 1 Le cœur est situé presque transversalement ( l’oreillette (droite est tout-à-fait à droite et en bas); il est recouvert à i gauche, dans le tiers de son étendue , par une lame mince |cdu poumon coi respondant , dont la base adhère au péri- c carde par un tissu cellulo-fîbreux. Le tissu cellulaire 'placé e en dehors du péricarde est légèrement infiltré. Oè sac fi- Ibreux contient 4^5 cuillerées d’un liquide roussâtre, mêlé t de (juelques flocons albumineux. On trouve sur le bord «externe de chaque 'ventricule des plaques laiteuses : sur le \ventricule droit, il en existe une de la largeur d’une pièce cde vingt sous. I Le poids du cœur et de ses caillots est de 556 grammes. i|((Le poids du cœur, bien lavé et complètement vidé de ses lj(caillots, est de 4^3 grammes, ce qui porte à io3 grammes il lia quantité de sang contenue dans les cavités du cœur. ) r La forme de cet organe est arrondie, globuleuse. Le ven- Jltricule gauche offre surtout cette forme et constitue la ji moitié d’une sphère. Le diamètre transversal du cœur est de 4 pouc. 6 lig. , |sson diamètre vertical est de 3 pouc. 6 lignes, son diamètre jî antéro-postérieur, de i pouc. 2 lig. ; sa circonférence , de j'7 pouc. 1 lig. ! Le 'ventricule droit, qui semble n’étre qu’un appendice du Lgauche, offre une cavité peu profonde, qui ne contient {guère que le pouce : la paroi , dont l’épaisseur est à peu ‘ jprès la même partout, est de 3 lig. et demie. L’orifice ventriculo-pulmonaire , parfaitement libre, a . 3 pouc. 4 lig- et demie de circonférence. La valvule de cet (■orifice est souple et flexible. L’orifice auriculo-ventricu- llaire est sensiblement dilaté : sa circonférence a 5 pouc. 1*4 lig. Les lames valvulaires sont légèrement épaissies, sur- ttout à leur extrémité, où leur tissu est fibro-cartilagineux. ILa valvule est d’ailleurs bien conformée et mobile. La membrane interne est d’une nuance rouge-jaunâtre, ) plus foncée que dans l’état naturel. î 1 l MALADIES DU CŒUR EN PARTICULIER. L’oreillette droite a une cavité au moins double du ven- tricule correspondant , elle n’est pas d’ailleurs hyperlro- j. phiée notablement. La capacité du ventricule gauche est d’un bon tiers plus i considérable que celle du droit ; l’épaisseur de ses parois j est de 8 lig. et demie à 9 lig. ; elle diminue de la base 1 à la pointe , où elle n’est que de 5 lig. à 5 lig. et demie. La circonférence de l’orifice de l'aorte est de a pouc. J. 9 lig. Les valvules aortiques sont un peu épaissies, mais 1 nullement déformées, et ferment complètement l’orifice qui est libre. L’origine de l’aorte est hérissée de lames jaunes, les unes calcaires, les autres cartilagineuses : dans ces points, la membrane interne se rompt comme une coquille d’œuf. Les lames calcaires atteignent la membrane interne dans I toute son épaisseur, et ont envahi en partie la membrane jaune sous-jacènte; la portion' de ce vaisseau ainsi altérée est légèrement colorée en rose. La capacité de l’oreillette gauche est à peu près égale à celle de la droite; - ses parois sont généralement épaissies (elles ont' 2 lig. et quart d’épaisseur). La membrane in- terne est notablement épaissie , et offre un aspect mat et terne qui n’est pas normal. La circonférence de l’orifice auriculo - ventriculaire gauche est de 4 pouc. 3 lignes. La valvule mitrale est géné- ralement épaissie, et, dans plusieurs points, changée en fibro-cartilage, surtout dans le voisinage de l’orifice aortique; d’ailleurs, elle n’est pas sensiblement déformée : les tendons de son bord libre sont très multipliés et très résistans. L’altération crétacée de l’aorte se continue dans les ar- tères coronaires où elle n’occupe c^’e les deux tiers de la circonférence de ces vaisseaux : de là , une sorte de con- traste entre la portion altérée et la portion saine , qui offre des rides et des enfoncemens. Une quantité assez notable de sang est emprisonnée en- À TROIS. CATÉG. d’oBSERV, r’eNDOCARDITE. 110 J tre les piliers du ventricule gauche : il paraît ancienne- ment concrète et ressemble à du boudin. La substance inus- ! culaire est ferme et d’un assez beau"rouge. ■ OBSERVATION GC». Homme de 69 ans. — A la suite d’un rhume négligé, symptômes d’un obstacle à la circulation à travers les cavités du cœur. — Palpitations , congestions vei- neuses, et collections séreuses passives. — Bruits du cœur secs, forts, analogues au claquement de soupapes de parchemin. — Mort dix jours après 1 entrée , quinze mois après le rhume négligé. — Epaississement et ûbro-cartilaginisalion des valvules bicuspide, tricuspide et aortiques; iksdffisance de la valvule tricüs- pide. Dilatation des cavités du cœur et de ses orifices; hypertrophie des pa- rois. — Etat cartilagineux, calcaire ou terreux, des parois de l'aorte, etc. Un peintre en bâtimens , âgé de 69 ans , d’une assez Û forte constitution , fut admis à la Clinique (n° i3, salle ^ St-Jean-de-Dieu ) , le 1 5 juillet i834* Depuis une trentaine P d’années , il était sujet à s’enrhumer de temps en temps , Il et jouissait d’ailleurs d’une bonne santé. Depuis quinze Il mois , à la suite d'un rhume négligé., il éprouve de l’oppres- [ sion , de l’étouffement , qui ne lui permettent plus de tra- II vailler. ’Depuis cinq mois surtout, les attaques àé asthme , I dit-il , sont si fréquentes , qujelles ne lui laissent de repos , I ni jour ni nuit , malgré une saignée qui lui a été pratiquée ( deux mois avant son entrée ; il y a une huitaine de jours k que les jambes se sont enflées. Il ne se plaint point de pal- pitations de cœur, et il a conservé de l’appétit jusqu’à ces derniers temps ; mais l’étouffement augmente après les repas. Examiné avec soin, le lendemain de son entrée à la Cli- nique , il nous offrit l’état suivant : Visage anxié , froid ; lèvres violettes ou bleuâtres; yeux largement ouverts , un peu égarés ; veines jugulaires dis- tendues et comme variqueuses; on voit aussi ramper sous ' la peau de la poitrine et de l’abdomen des veines d’un vo- lume très considérable et qui s’anastomosent avec celles des 120 MALADIES DU CŒUR EN PARTICULIER, membres; infiltration des membres inférieurs et du scro- tum. Le malade reste constamment assis dans son lit pour respirer un peu plus librement. La matité de la région précordiale était de 4 pouces ver- ticalement et de 5 pouces 2 lignes transversalement. L’impulsion du cœur était médiocre , mais elle se faisait sentir dans une très grande étendue, et la main reconnais- sait aisément que la masse de l’organe était considéra- blement augmentée. On distinguait aussi un frémissement vibratoire assez prononcé dans la région des cavités gau- ches. Les battemensdu cœur étaient irréguliers, intermittens, très fréquens (160 par minute) , et tumultueux. Le tumulte des battemens du cœur rendait l’analyse des bruits de cet organe assez difficile. Ces bruits étaient tous les deux plus secs,, plus âpres qu’à l’état normal ; pendant la systole particulièrement, on distinguait un bruit de frottement ou de froissement , comme si les val- vules eussent été parcheminées ; point de véritable bruit de soufflet. Le maximum du bruit de froissement de parche- min existait dans la région des orifices gauches. La région précordiale présentait une légère voussure ; elle était faiblement soulevée par les battemens irréguliers et tumultueux du cœur.' *' Pouls irrégulier , intermittent, à 160, vibrant. Il n’y a ni bruit de' soufflet, ni frémissement vibratoire dans les grosses artères. < Orthopnée ; toux , suivie de crachats muqueux. Matité et absence de la respiration vésiculaire dans toute la moitié inférieure du côté gauche, avec léger chevrolteihent de la voix. Dans le tiers inférieur de la partie postérieure de ce même côté, la respiration était brusque, soufflante, ac- compagnée d’un râle muqueux assez fin ; matité et égo^ phonie très manifeste. En arrière, à droite, râle muqueux ou sous-crépitant , matité et retenlissetnent çle la voix TROIS. CATÉG. d’oRSERV. ü’eNDOCARDITE. 12 1 moindres qu’à gauche. La malilé persiste dans le décubitus sur le ventre. Les fondions digestives ne sont pas notablement trou- blées ; le malade dit être constipé. Le foie descend au-dessous du rebord cartilagineux des côtes. L’anxiété est si grande , que le malade ne goûte pres- I que aucun moment de sommeil. Diagvostic. — Induration et épaississement des malmles gauches du cœur avec hypertrophie et dilatation de cet organe, œdème des poumons , etc . * Prescription. — Boissons béch. ÿ looch avec poiid. digit. \ X grains ; 3 bouill. ; potag. • ' Les jours suivans, le pouls se ralentit, se régularise, se développe et devient plus évidemment vibrant ( le 19 , on ne comptait que 96 puis, à la minute); le claquement de parchemin et le frémissement' cataire persistent (o/i donne quelques pilules d'opium pour procurer un peu de sommeil au malade. ) Cependan t la dyspnée et l’anxiété deviennent extrêmes ( i ) et le malade meurt , le 24 à 10 heures du soir (le io^ jotir après son entrée). Autopsie cadavérique , ii heures après la mort. 1° Habit, extér. — Teinte livide ou violette du visage et du euir chevelu. De gros troncs veineux sillonnent la> poi- trine et l’abdomen , et font communiquer les veines 'sous- cutanées des membres supérieurs avec celles des membres inférieurs. Ces derniers sont le siège d'un engorgement san- guin très prononcé , mais ne sont plus infiltrés. — Gonfle- ment et distension des veines jugulaires. 2° Org. respirât, et circulât. — Sérosité jaunâtre, assez . / (i) On observait, pendant les inoùvemens d’in.spiration, une dépression très nolabje dan? les cinquième et sijçiôme espaces intercostaux du côté gauche. 12!2 MALADIES DU C(®ÜR-EN PARTICULIER. ^ • abondante , à la partie inférieure du côté gauche de la poi- trine. — Le poumon droit offre de nombreuses adhérences organisées , surtout dans ses scissures : il est assez léger et crépitant. Il est imbibé d’une grande quantité de sérosité qui ruisselle par la pression à la surface des incisions prati- quées dans son tissu. Sa partie inférieure est le siège d’un engorgement plus sanguin que séreux. — Le poumon gau- che , comprimé par l’épanchement séreux, est de moitié moins volumineux que le droit : il est flasque , crépite as- sez, et contient moins de sérosité que le droit. La membrane muqueuse bronchique , recouverte de mucosités , offre une teinte d’un rouge violet qui contraste avec la couleur blanc-jaunâtre de la membrane interne des divisions de l’artère pulmonaire. Le cœur est refoulé en haut , en dehors et en arrière. La portion non recouverte par les poumons a 4 pouc. a lig. verticalement 'et 5 pouc. 2 lig. transversalement. Il est situé transversalement, et sa pointe est arrondie, mousse, effacée. Tous les vaisseaux veineux qui vont se dégorger dans les oreillettes sont remplis d’une grande quantité de sang. Le péricarde forme un sac pouvant contenir la tête d’un fœtus : on trouve dans sa cavité une cuillerée de séro- sité sanguinolente. Le cœur, avant d’avoir été vidé, pèse, avec l’origine des gros vaisseaux Siagram. Diamètre transversal ' ^ 7 p. — vertical ’ 5 p. i lig. Circonférence 12 p. On voit à la surface antérieure du cœur , sur les deux ventricules, des taches d’un blanc laiteux ou mat , vraies fausses membranes qui se détachent facilement : au-dessous le péricarde est intact. Quelques taches semblables existent extérieurement à l’origine de l’aorte , dont le contour pré- sente une belle injection pointillée; vers l’union des ventri- cules et des oreillettes en arrière , on rencontre aussi quel- TROIS. CATÉG. d’oBSERV. d’eNDOCABDITE. 123 ques plaques de même nature que les précédentes. Le sang contenu dans les quatre cavités est noir, semblable à la gelée de gî'oseillcs ; en quelques points , il est recouvert d’une espèce de couenne. Poids du cœur, vidé, lavé, avec l’origine des gros vaisseaux 5oo gram. Le ventricule droit est d’un tiers plus grand qu’à l’état normal. , . Epaisseur de ses parois ' ■ 3 lig. Circonférence de l’orifice de l’artère pulmonaire ' S p. 6 lig. Les valvules de cette artère sont saines. L’oreillette droite est dilatée en proportion du ventri- cule correspondant. L’orifice auriculo-ventriculaire droit est énorme . 5 p. g lig. » • La valvule tricuspide , très développée , est épaissie , comme fongueuse, et présente vers sa pointe une indura- tion fibro-cartilagineuse :| elle ne peut pas fermer com- plètement l’orifice auquel elle est adaptée, ’i ^ ' Hauteur de la valvule ' 5 lig. \ Les valvules sigmoïdes de l’aorte ferment l’orifice aorti- que assez exactement pour qu’un liquide versé dans l’aorte ne pénètre pas dans le ventricule gauche. Elles présentent dans leur épaisseur, à leur base et à leur sommet, des plaques jaunâtres, fibro-cartilagineuses ; elles sont plus épaisses qu’à l’état normal. Circonférence de l’orifice aortique 3 p. Des incrustations calcaires ou fibro-cartilagineuses occu- pent également l’origine de l’aorte,, d’où elles s’étendent dans le reste de ce vaisseau : sa surface est inégale , rabo- teuse , et l’épaisseur de ses parois est augmentée ; des fron- 124 . MALADIES DÜ CŒUR EN PARTICULIER, cemens et des reliefs plus ou moins marqués se rencon- trent en différens points de la surface interne de cette artère. Le ventricule gauche , plus dilaté que le droit , pourrait contenir un œuf de canne. * Ses parois ont 8 lig. d’épaisseur à la partie moyenne. Les colonnes qui s’insèrent à la valvule bicuspide sont très fortes; leurs tendons sont également hypertrophiés, et les deux lames de la valvule sont très épaisses à la base (elles ont le double ou le triple de l’épaisseur normale). L'oreillette communique assez librement avec le ventri- cule gauche. Du côté de l’oreillette, chaque lame de la valvule pré- sente des concrétions fibro-cartilagineuses qui font saillie sous la membrane interne. Vers l’insertion des tendons, celte membrane interne est rouge , comme fongueuse. La membrane interne de l’oreillette gauche est légère- ment ridée. ) ' Ctrconférence de l’orifice auriculo-ventriculaire gauche 4 P* > hg- Les deux lames valvulaires ont paru pouvoir fermer l’orifice. La substance du èœur est un peu plus foncée en couleur qu’à l’état normal. Sa' consistance est médiocre. 3^* Org. cligest, et annex. — Point de sérosité dans l’ab- domen.' L’estomac et les intestins n’offrent rien de remarquable à l’extérieur. Le foie est ratatiné , ridé ; son volume est un peu au- dessous de l’état normal. — - Les granulations rouges sont effacées par les jaunes. — H y a une grande quantité de (sang dans la veine-porte. La vésicule contient une médiocre quantité de bile, un peu foncée en couleur. — La vessie est à l’état normal. 4“ Org. de l'inneivat. — ,Le cerveau, peu volumineux , TROIS. CATÉG. d’oBSERV. d’eNDOC/VRDITE. 1 a5 est abreuvé d’une abondante sérosité : il semble y avoir ma- céré. Les mailles de la pie-mère sont infiltrées de ce liquide, qui baigne encore le fond des circonvolutions quand on a enlevé les méninges. »— La substance cérébrale est un peu molle. Les artères de la base du crâne sont ossifiées. OBSERVATIOÎV 67 e. Femme de 7a ans. — OpprAsion, palpitations, étouffement, irrégularité et intermittence du pouls; bruit de froissement de parchemin, sans véritable bruit de soufflet, pendant les baltemens du cœur. — Epaississement, induration des valvules tricuspide , bicuspide et aortiques , sans rétrécissement des oriflces. — Epaississement de la membrane interne du ventricule gauche , ecchymoses , etc. Durand (Claude-Françoise) , âgée de 72 ans , d’une assez forte constitution , mère de quatre enfans , fut admise à la clinique, le 2 août i834. Née de parens asthmatiques , elle était depuis long-temps elle-même habituellement oppres- sée et sujette à des palpitations. Toutefois, elle n’avait cessé complètement de travailler que depuis trois mois. Au moment de son entrée, les membres inférieurs étaient très légèrement infiltrés et l’abdomen distendu par une médiocre quantité de sérosité. La malade , assise dans son lit, ne respirait qu’avec une extrême difficulté ; l’anhéla- tion , l’étouffement auquel elle était en proie ne lui laissait goûter aucun moment de sommeil. Visage jaunâtre, terreux, fatigué; léger gonflement des veines jugulaires. ^ Pouls irrégulier, intermittent, un peu dur et vibrant, mais peu développé. Les battemens des carotides sont visi- bles dans une certaine étendue , mais ne sont point accom- pagnés de frémissement cataire. Matité, absence de respiration et chevrottement de la voix, à la partie inférieure du côté gauche de la poitrine. La matité de la région précordiale se confond en dehors 126 MALADIES DU COEUR EN PARTICULIER, avec celle de la région externe de la poitrine. La main appliquée sur la région précordiale sent a peine les batle- mens du cœur : ils sont tumultueux, irréguliers, inter- mittens, très fréquens (i48 à i52 par minute). On ne sent pas distinctement de frémissement vibratoire. Les bruits du cœur sont secs, accompagnés d’un bruit analogue à celui d’un froissement de parchemin ; pas de bruit de soufflet bien caractérisé. Dans la région des cavités droites , les bruits sont plus obscurs, moins secs que dans celle des cavités gauches. • Diagnostic. — Induration des 'valuides , sans rétrécissement bien notable — Hypertrophie du cœur. — Hjdrotliorax . Malgré l’emploi de la digitale et des autres moyens indi- qués en pareil cas, la malade succoniba le 23' jour de son entrée (25 août). Autopsie cadavérique , 24 heures après la mort. Habit, extér. — Les membres ne sont pas infiltrés. Etat de marasme assez prononcé. 2*^ Org. respir. et circul. — La cavité gauche de la poi- trine contient une sérosité mêlée d’une grande quantité de sang. Les poumons sont gorgés de sang et de sérosité. Le péricarde adhérait à gauche avec la plèvre pulmonaire correspondante. 11 contenait une très petite quantité de sérosité. Les cavités du cœur sont distendues par une énorme quantité de sang coagulé , analogue à de la gelée de groseilles. Débarrassé de ses caillots , le cœur est d’un bon quart plus volumineux qu’à l’état normal. Les trois lames de la valvule bicuspide sont épaissies, fibro-cartilagineûses ; leur surface est inégale et chagrinée. Comme l’orifice auriçulo-ventriculaire droit est dilaté, la valvule bicuspide nous a paru trop étroite pour pouvoir le fermer bien complètement. Les valvules aortiques sont épaissies, incrustées de pla- ques calcaires, mais encore assez flexibles, et elles peuvent fermer exactement l’orifice qu’elles bordent. Les deux TROIS. CATÉG. d’oBSERV. d’enDOCARDITE. Ü27 lames de la valvule bicuspide sont egalement épaissies et incrustées de plaques calcaires : cette valvule n’est pas d’ailleurs notablement déformée, et malgré son épaississe- ment, elle peut jouer assez librement. L’orifice auriculo- ventriculaire gauche n’est pas notablement rétréci. La sur- face interne du ventricule gauche , surtout vers l’orifice aortique , est rouge et comme ecchymosée ; en quelques points, elle offre un aspect laiteux'; et là, son épaisseur est double de celle de l’état normal. Au-dessous des lambeaux de cette membrane, existe en certains points une véritable infiltration-sanguine. i Les parois ventriculaires sont un peu épaissies ; leur tissu brunâtre se déchire avec facilité ; les cavités ventricu- laires sont un peu dilatées. > Les artères coronaires transformées en tissu osseux , pé- trifiées, ressemblent à des branches de corail. L’aorte , dans toute son étendue, est parsemée de plaques calcaires , analogues à des coquilles d’œuf ; ses parois épais- ! sies, hypertrophiées, crient sous l’instrument qui les divise. I Autour de certaines plaques , qui semblent avoir été en «contact immédiat avec le sang, on observe des rides, des ' dépressions , des froncemens, qui ressemblent à des espèces ü de cicatrices. La membrane interne offre une teinte d’un il léger jaune nankin. L’artère pulmonaire est exemple des altérations quepré- ^ I sentait l’aorte. li Tout le système veineux en général est gorgé de sang : de là une teinte rouge très foncée de la membrane muqueuse gastro-intestinale, etc. i I 1^8 MALADIES DU COEUR EN PARTICULIER. § II. Observations d’épaississement et d’induration des valvules du cœur, avec rétrécissement considérable des orifices du cœur. t 1° Rétrécissement de V orifice awiculo-ventriculaire gauche , par induration et épaississement dé la valvule bicuspide (i). OBSERVATION 68'. • Fille de i8 à 20 ans, ayant le rachis dévié. — A la suite de douleur dans la région précordiale, symptômes d’un obstacle à la circulation à travers les cavités du cœur; bruit de soufflet. — Mort long-temps après le début des premiers ac- cidens. — Induration fibro-carlilagineuse de la valvule bicuspide, avec rétrécis- sement de l’orifice auriculo ventriculaire gauche; dilatation et hypertrophie des oreillettes. — Hypertrophie et dilatation du ventricule droit. — Masse de coagu- lum encore récent dans les cavités droites. > Une jeune fille de 18 à 20 ans , ayant le rachis dévié etla poitrine très étroite , fut reçue à la clinique, le 16 ou 17 octobre i83i. Depuis long-temps déjà, elle éprouvait une dyspnée considérable et des palpitations , symptômes qui avaient été précédés de douleur dans la région précordiale. Elle était , pour ainsi dire , à l’agonie , au moment où je la fis admettre à l’iiopital. Les extrémités étaient froides, violettes, infiltrées ; le visage bouffi, les lèvres d’un violet tellement foncé qu’il approchait du noir ; l’anxiété et l’étouf- fement étaient extrêmes ; elle était dans un état de jactita- tion continuelle et cherchait vainement une position qui rendît sa respiration plus libre ; le pouls était si petit, qu’on le sentait à peine. Les battemens du cœur étaient tumultueux et accompa- gnés d’un bruit de soufflet très marqué. Bien que l’agita- tion perpétuelle ne m’eut permis qu’un examen peu appro- (1) De tous les orifices du cœur, l’orifice auriculo-ventriculaire gauche est, d’après mes observations , celui qui est le plus souvent le siège delà lésion que nous étudions. Vient ensuite l’orifice aortique. Les orifices droits 'se rétrécissent beaucoup plus rarement que les gauches. TROIS. CATÉG. d’oBSERV. d’eNDOCARDITE. 1 ÙQ foncli de* cette malheureuse , j’annonçai l’existence d’un rétrécissement de l’un des orifices du cœur, avec dilatation et hypertrophie de cet organe. Je fis pratiquer deux petites saignées, qui ne procurèrent qu’un soulagement passager, et n’eurent d’autre eflet que de retarder un peu le moment fatal. La malade succomba le 3* jour après son entrée, ayant fait des efiorts pour se lever, comme si elle eût voulu fuir l’étouffement qui la I torturait, et chercher l’air qui lui échappait à chaque I instant. Autopsie cadavérique, 22 heures après la mort. Congestion veûneuse générale ; sérosité dans les membres, j l’abdomen, le thorax et le crâne. Poumons sains, seule- I ment un peu œdémateux. i Le cœur, non vidé du sang qu’il contient , est double du poing du sujet. L’oreillette droite est énormément disten- due par des caillots de sang, ressemblant à de la gelée de groseilles foncée en couleur (l’oreillette, avant d’être vidée, avait le volume d’un œuf d’autruche). Ces caillots s’étaient I sans doute en partie formés dans les derniers instans de la i vie. Les autres cavités du cœur contenaient aussi des cail- lots , mais en moindre quantité. Déjà le chef de clinique ( M. Genest ) avait ouvert le cœur, et n’avait point trouvé le rétrécissement diagnosti- qué. Ayant voulu examiner moi-même plus en détail le cœur, je ne tardai pas à rencontrer un rétrécissement de l’orifice auriculo-ventriculaire gauche, que je montrai aux élèves présens. Cet orifice , par suite de l’épaississement et de l’induration de la valvule, qui était en même temps déformée , figurait une boutonnière ou une sorte 'de glotte recevant difficilement le bout du petit doigt. L’induration était fibro-cartilagineuse, sans traces d’ossification, i L’artère pulmonaire et l’aorte étaient , à l’intérieur, d’un 1 rouge assez vif, saines du reste ( nulle décomposition du l3o MALADIES DU COEUR EN PARTICULIER, cadavre, nulle imbibition ailleurs, en sorte que Cette rou- geur paraissait n|étre point cadavérique). Les deux oreillettes, considérablement hfpei'trophiées , avaient des colonnes charnues comparables aux faisceaux des ventricules. La gauche {était moins dilatée que la droite. Le ventricule droit était dilaté et hypertrophié au point de ne pas différer notablement d’épaisseur avec le ventricule gauche , qui n’offrait aucune lésion sensible : tissu du cœur ferme et assez vermeil. Le foie , volumineux , dur, dense , était abreuvé de sang (en quelques points, il existait réellement une sorte d’apo- plexie hépatique). Congestion veineuse de la membrane muqueuse gastro- intestinale; ramollissement de la muqueuse gastrique ; dé- veloppement des follicules discrets et agminés de l’intestin grêle en plusieurs parties ( quelques plaques tendaient même à l’ulcération , et la membrane muqueuse se déta- chait avec facilité de la membrane sous-jacente). Matrice d’une petitesse extrême, et comme rudimentaire. Bonne consistance du cerveau. Sérosité en médiocre quantité dans les ventricules. OBSERVATION 69e. Fille de 19 ans. — A la suite d’une fluxion de poitrine , palpitations, élouffe- ment , bruit de soufflet sibilant du cœur; impulsion de cet organe très forte et très étendue ; frénaissement vibratoire ou cataire. — Pl^o-pneumonie aiguë, in- tercurrente. — Mort trois ans environ après le début de l’affection du cœur. — Epaississement des valvules bicuspide, Iricuspide et aortiques; rétrécissement considérable de l’oriûce auriculo-ventriculaire gauche; taches jaunâtres sur la membrane interne de l’oreillette gauche , sur celle de l’artère pulmonaire et de l’aorte. — Hypertrophie et dilatation du cœur eu général, et surtout du ventri- cule droit, etc. Louise Poitevin , âgée de 19 ans , couturière , d’une constitution grêle et délicate , nerveuse , cheveux châtains, fut admise dans le service clinique, le 20 novembre i832. Elle avait été réglée à 16 ans,. Sujette aux /lueurs blanches ^ f TROIS. CATÉG. d’oBSERV. d’eNDOCARDITE. l3l elle dit n’avoir jamais joui d’une santé parfaite. Ses père et mère vivent encore et se portent bien. — A l’âge de i5 ans, elle fut placée à la campagne, chez un médecin. Elle frottait l’appartement, tirait une grande quantité d’eau, ce qui la fatiguait extrêmement. 11 y a trois ans, elle fut atteinte d’une pleuro-pneumonie gauche , pour laquelle elle fut admise à l’hôpital de la Pitié (service de M. Serres). C’est à la suite de cette maladie que sont survenues des palpitations et de 1 l’oppression. H y a deux ans et demi qu’elle fut reçue à l’hôpital Necker pour cette dernière maladie. [On lui fit une \ application de sangsues pour rappeler ses règles qui étaient ar- i rêtées , et on lui recommanda le reposé) A l’entrée de la malade , nous observâmes l’état suivant : teint pâle, lèvres un peu violacées, visage fatigué, expri- mant l’anxiété ; attitude demi-assise dans le lit pour respi- [\ rer plus facilement. La température de la peau est de 3yo. I Point de notable infiltration ; oppression continuelle (28 il inspirations par minute) ; pouls petit, offrant quelques i irrégularités, vibrant, à 60 par minute. I La poitrine résonne bien partout, si ce n’est dans la I région pi’écordiale ; la respiration s’entend aussi partout. Les battemens du cœur sont très forts et très étendus : cet organe vient frapper dans toute sa largeur la main ap- pliquée sur la région précordiale (celle-ci rend un son mat partout où se fait sentir l’impulsion du cœur). Au niveau de la 6® côte, existe un frémissement cataire très prononcé et isochrone à la contraction ventriculaire. Dans la région des cavités gauches , on entend un bruit de scie ou de râpe très sec, prolongé, filé en quelque sorte, et se terminant par un roucoulement ou sifflement dont le maximum d’intensité existe au niveau de la 4^ côte, un peu en dehors i du sein, mais que l’on distingue aussi parfaitement vers la , pointe de l’omoplate gauche. Ce bruit de scie filé et sibilant î remplace le double bruit normal du cœur. i32 maladies do cœur en PARTICCLîER. Sur le trajet des carotides, on entend un bruit de soufflet à double courant. Les fonctions digestives ne sont pas notablement dé- rangées. Diagnostic. — Induration des 'valvules gauches du cœur y avec rétrécissement d'un orijice. — Hypertrophie générale du cœur avec dilatation. Nous essayâmes , chez cette malade, l’hydriodate de po- tasse , vanté comme propre à combattre l’hypertrophie du cœur (on commença par la dose d’un quart de grain) ; douze sangsues furent appliquées sur la région du cœur. lo décembre. L’état de la malade avait changé. Le pouls était à 56 , toujours petit , quoique vibrant , un peu irrégulier. L’exploration dés battemens et des bruits du cœur, répétée chaque jour, fournit constamment les résul- tats signalés plus haut. Les jours suivans, le pouls s’accélère ( le ao , il s’élève à 120 par minute). 22. L’oppression est telle, que la malade ne peut dormir ; le pouls est à i3o, petit, comme sautilla/it ; visage altéré; langue sèche {suppression de l'hjdriodate de potasse , que l'on donnait à la dose d’un demi-grain dans une potion gommeuse). a5. Les règles qui avaient paru, il y a i5 jours, sont revenues de nouveau. 26. L’oppression est un peu moindre ; il existe un peu de sang dans les crachats. La malade, couchée sur le côté droit, ne veut pas qu’on la dérange pour l’examiner. {Lue saignée de 2 pjaleites et demie.) 2 janvier i833. La malade se trouve mieux. L’oppression a diminué, et il y a un peu de sommeil. 20. Les règles coulent en très grande abondance, et celte énorme perte de sang a été accompagnée d’un saignement de nez considérable. Disposition aux lypolhymies , pâleur extrême. Cependant les battemens du cœur sont toujours très forts. TROIS. CATÉG. d’oCSERV. d’enDOCAEDITE. 1 33 La malade se plaint d’une vive douleur dans le côté droit, ce qui nous détermine à examiner de nouveau la poitrine avec tout le soin convenable. On constate un défaut de résonnance et du râle crépitant des deux côtés ^mais sur- tout à droite. On diagnostique une pleuro-pneumonie in- tercurrente. La malade refuse avec obstination toute médication active^ et spécialement les saignées (elle attribue aux pre- mières sangsues qui lui ont été appliquées, il y a quelques années, tous ses maux ultérieurs). En conséquence , on se borne à l'application cVun 'vésicatoire , de cataplasmes émoi- liens, secondés par les boissons adoucissantes et un looch blanc. 5 2g. Etouffement, anxiété extrême ; yeux presque éteints ; battemens du cœur très forts, wo/e/i.y. La malade expire à une heure après midi. Autopsie cadavéricpue , 20 heures après la mort. 1° Habit, extér. — Rigidité cadavérique ; demi-marasme. Infiltration des pieds et autour des malléoles. Lèvres un peu violettes 5 pâleur générale. 2° Organ. respirât, et circul. — Environ un demi-verre de sérosité dans le eôté droit de la poitrine. Des fausses mem- branes minces, granulées, à demi organisées , quoique récentes, recouvrent le lobe inférieur du poumon droit. Au-dessous d’elles , existe une belle injection arborisée. Le lobe qu’elles recouvrent est dans un état d’hépatisation rouge et grise : son tissu est grenu , facile à déchirer , abreuvé de sang, de pus et de sérosité. Des masses de lo- bules ainsi hépatisées sont séparées les uns des autres par des colonnes d intersection où le tissu pulmonaire jouit dq toute son intégrité ( il est d’un blanc-grisâtre , crépitant , élastique, souple). Ces portions contrastent à l’intérieur et à l’extérieur avec les masses hépatisées, qui , sçus Iç rapr port de la rougeur, de l’injection et de l’infiltralion san- guine, représentent, en tjucl^ues points, des xnassçsi de l34 MALADIES DU COEUR EN PARTICULIER, tissu cellulaire frappées de phlegmon. — La membrane muqueuse des bronches droites est très injectée et d’un rouge assez vif. — La partie inférieure du lobe inférieur du poumon gauche est en hépatisation grise (la pression en fait ruisseler du véritable pus). — Une hépatisation moins avaneée existe au sommet du même poumon (le liquide qu’on en exprime par la pression offre une teinte jaunâtre ou rouillée). Malgré cet état d’hépatisation, les deux pou- mons jetés en masse dans un vase rempli d’eau , surnagent. Le péricarde contient une médiocre quantité de sérosité jaune. Le cœur, très volumineux , est placé presque trans- versalement dans le côté gauche de la poitrine. Sa pointe regarde le bord supérieur du cartilage de la 6^ côte. L’oreil- lette gauche répond au second espace intercostal. La face antérieure du cœur est presque entièrement à découvert (le poumon gauche recouvre seulement une partie des cavités gauches). La portion non recouverte par les pou- mons offre une étendue à peu près égale à celle de la paume de la main et appartient presque exclusivement au ventri- cule droit hypertrophié et dilaté. Ayant d’avoir été vidé de ses caillots, le cœur pèse i liv. a onc. Vidé et lavé, il pèse 12 onc. Dimensions du cœur encore plein de sang : Diamètre vertical — transversal — - antéro-postérieur Circonférence à la base 4 pouc. 7 lig. 4 pouc. a lig. 5 pouc. a lig. 10 pouc. 6 lig. Les cavités droites contiennent une grande quantité de sang coagulé (la masse des caillots, qui sont noirs et récens, égale le volume d’un œuf ). La cavité du ventricule droit pourrait contenir un gros œuf : elle dépasse d’un quart celle du gauche (celui-ci semble ne former qu’un appendice du droit). Les colonnes i I TROIS. CATÉG. d’oBSERV. d’eNDOCARDITE. i35 charnues sont épaisses, hypertrophiées, très multipliées; leur tissu est l'erme et vermeil. L’o'reillette droite, moins dilatée proportionnellement que le ventricule, est hypertrophiée (ses colonnes charnues sont très épaisses ). « L’orifice auriculo-ventriculaire droit estlibre. La valvule tricuspide , plus épaisse qu’à l’état normal , est d ailleurs bien conformée. Le ventricule gauche contient un caillot du volume d’une grosse noix. Ainsi qu’il a été dit , sa capacité est d un quart moindre que celle du droit. Ses parois ont g lignes d’épais- . seur. Ses colonnes charnues sont proportionnellement moins vigoureuses que celles du droit. Son tissu est ferme, vermeil, rosé, comme cela se voit ordinairement dans la véritable hypertrophie. L’oreillette gauche offre une cavité à peu près égale à celle de la droite. Bien que dilatées, ses parois sont épais- sies (elles ont 2 lignes d’épaisseur). L’orifice auriculo-ventriculaire gauche, du côté de l’oreillette, représente une fente elliptique, dont le grand diamètre ne dépasse pas 3 lignes. Cette fente permet à peine l’introduction du bout du doigt. Les deux lames de la valvule , réunies par leurs côtés de manière à former un véritable anneau , sont considérable- ment épaissies et transformées en un tissu fibro-cartilagi- neux, criant sous le scalpel. L’orifice aortique n’est pas notablement rétréci. Cepen- dant les valvules sigmoïdes sont plus épaisses qu’à l’état normal ; leur bord libre ou supérieur est même fibro-carti- lagineux et surmonté de petites 'végétations granulifor- mes. La membrane interne du cœur est blanche partout, si ce n’est dans l’oreillette droite, où elle est légèrement rosée. Elle est parsemée , dans l’oreillette gauche, de quelques taches d’un blanc jaunâtre : plus épaisse qu’à l’état normal, ilALADIES DD COEUK EN PARTICULIER, elle se détaché assez facilement du tissu musculaire sous- jacent, lequel est composé de faisceaux pressés les uns contre les autres, extrêmement épais et analogues aux couches des parois ventriculaires. , L’aorte est généralement étroite. Ses parois sont minces. Sa membrane interne, blanche, est parsemée de taches analogues à celles de l’oreillette, formant deux espèces de traînées , attitude semi-assise ; peau fraîche et sèche ; soif très grande ; I point ou presque point d’urines ; selles rares ; langue natu- î: relie. M. Bouillaud, qui remplaçait provisoirement M. le doc- i teur François, annonce l’existence d’un rétrécissement de \ Vun des orijîees du eœur par lésion organique des 'valoides , \ et une hynertrophie du cœur avec dilatation. Saisnée du bras. — Un lavement avec le miel de mercuriale. Orge et réglisse Jiitr. pour boisson. — ■ ( La saignée n’ayant I pu être pratiquée à cause de l’œdème , est remplacée par i. une application de trente sangsues à l’anus.) Un peu de soulagement succéda à l’émission sanguine, ' quoique locale, qui fut répétée plusieurs fois, jusqu’à la t fin de la première quinzaine de septembre, que Soülagette ! fut prise d’une double pneumonie des lobes inférieurs. M. François, qui avait repris son service depuis quelques ' jours, et administré la décoction de kahinça (8 onces de : décoction de a gros de racine par jour), suspendit celte dernière potion pour recourir à l’emploi du tartre stibié, ' espérant agir à la fois et contre la pneumonie et contre l’hydropisie. i Quoi qu’il en soit , les symptômes allèrent toujours en ' ^aggravant, et la malade périt le aa septembre, un mois après son entrée. I l4^ MALADIES DU COEUR EN PARTICULIER. Autopsie cadavérique. 1° Ovg. respirât, et circulât. Epanchement de sérosité légèrement trouble dans les deux plèvres. — Hépatisation des deux poumons dans leur moitié inférieure. Le volume du cœur est double de celui du poing du sujet. Cette augmentation de volume tient en partie à la disten- sion des cavités par des caillots de sang. Vidé du sang qu’il contient, le cœur est encore d’un bon tiers pjlus volumi- neux qu’à l’état normal. Des caillots qui remplissaient les, cavités , les uns étaient récens et pour ainsi dire frais , ana- logues à de la gelée de groseilles foncée en couleur; les! autres, plus anciens, décolorés, adhéraient un peu aux.: colonnes charnues. Les trois valvules aortiques, tout-à-fait déformées, sonti changées en un tissu calcaire qui résonne comme un calcul - vésical, et ne sont susceptibles d’élévation ni d’abaisse-: ment ; la zone tendineuse à laquelle s’insèrent ces valvules! est également ossifiée ou pétrifiée. L’ouverture permanente que circonscrivent les valvules indurées est réduite à une espèce de fente de 3 à 4 lignes de longueur , et à travers laquelle on peut à peine introduire l’extrémité du petit doigt. La surface des valvules est inégale et rugueuse. Les i autres orifices du cœur sont libres. La valvule bicuspide ou mitrale est notablement épaissie, ainsi que les parois de l’oreillette correspondante. La cavité de celle oreillette est en même temps sensiblement dilatée. Le ventricule gauche est hypertrophié et dilaté : ses parois ont de 7 à 8 lignes d’épaisseur; sa cavité contiendrait un œuf de canne. Le tissu de ce ventricule est comme desséché et friable, granuleux plutôt que fibreux. Il y avait à sa surface externe quelques taches d’un rouge sombre, analogues aux taches scorbutiques et dues comme ces dernières à une suffusion sanguine. Le ventricule droit ne semblait former qu un appendice du gauche : il était un peu dilaté , avec amin- cissement de ses parois ; son tissu semblait moins altéré que i f TROIS. CATÉG, d’oBSERV. d’eNDOCABDITE. i43 celui du gauche. L’oreillette droite, un peu dilatée, n’offrait d’ailleurs rien de notable. La membrane interne du cœur et de l’aorte offrait une ■ rougeur probablement due à l’imbibition sanguine. La face interne de l’aorte était rouge aussi et en même i temps parsemée de points ou plaques jaunâtres. Le calibre . de cette artère était plutôt augmenté que diminué , surtout . dans la portion sous-sternale. Il existait un notable épaissis- ï sement des parois. qP Org. digest. — La cavité péritonéale est remplie outre ^ mesure par un liquide citrin , mélangé de flocons albumi- : neux. — La surface du paquet intestinal est d’un rose 1 rouge dans certains points ; ailleurs, d’un rouge violacé. La membrane muqueuse , depuis le grand cul de sac de 1 l’estomac, jusqu’à la fin du gros intestin, est d’un rouge Ue-de-'vin et recouverte d’un enduit mucoso-sanguinolent ; à 'voir I les intestins , on serait porté à croire qu’il y aurait eu empoi- . sonnement par quelque substance âcre {x). OBSERVATION ’72« (a). Femme de 6o ans. — Infiltration générale, palpitations, bruit de soufflet du I cœur, pouls presque insensible, etc. — Rétrécissement très considérable de l’o- rifice aortique, par suite de l’ossification des valvules sygmoïdes de l’aorte (3). — ' Ossification du canal artériel. — Hypertrophie et dilatation du cœur. La nommée M. , âgée de 6o ans , fut placée au n® 4 de la salle St-Joseph, de l’hôpital de la Charité, où elle avait été apportée le 7 décembre , dans un état des plus graves et presque mourante. Cette femme avait cessé d’être réglée à l’âge de 5o ans, et depuis ce temps s’était comstamment (i) Dans les derniers Jours de la vie, à la suite de l’administi.-ation de l’émé- tique, la langue était sèche, pointue et racornie. (a) Celle observation m’a été communiquée par mon savant confrère, M. le docteur Dalmas. (3) Voyez la planche III ( bis. ) ? î44 maladies DU CŒUR EN PARTICULIEH. plaint d elouffement , et elle avait été enflée à plusieurs a reprises. (Elle n’avait jamais eu de maladie vénérienne, et . n’avait jamais pris de mercure.) Le lendemain 8 décembre, lorsque je la vis, elle était ::j dans l’élat suivant : extrémités froides, violacées, infiltra- ij tion légère, molle, mais générale, du tissu cellulaire sous- lu cutané; face vultueuse ; veines du col, distendues. Orthopnée , suffocation, parole difficile (lamalade se plaint ij surtout de la poitrine). La région du cœur percutée ne donne point de son. Les J battemens du cœur s’y entendent avec un peu plus de ^ force, peut-être, que dans l’état normal, mais ils sontji accompagnés d’wi bruit de soufflet bien marqué. Ils sont ré- || guliers ; mais on ne sent qu’à peine le 'pouls aux artères ^ du poignet. • [i Ces signes permirent d’établir sur-le-cliamp le diagnostic ■ suivant : rétrécissement des valvules aortiques et hj'perti'ophiem du cœur. f I * Quoique l’ensemble des symptômes fût des plus graves , it et la circulation veineuse surtout fort empêchée, il me ■ parut convenable d’essayer de soulager, s’il en était temps I encore, cette malade. En conséquence , i5 sangsi,ies jurent appliquées sur la région du cœur ; des pédiluves et des manu- ta luves furent prescrits. — Le nitrate de potasse Jiit donné d la ^ dose d'un demi-gros par pinte de chiendent miellé. 1 Le lendemain 8 décembre, au moment de la visite, somnolence, état voisin de l’état sub-apoplectique. Aux palpitations près qui ont un peu diminué, tous les symptô- 'J mes graves persistent ou ont augmenté. Le pouls est, comme la veille , presque insensible. Dans la journée, la faiblesse augmente, la coloratioii des mains devient de plus en plus violacée. Mort dans la nuit. Autopsie cadavérique , le lo décembre. Il y a une quantité notable de sérosité citrine dans cha- i TROIS. CATÉG. d’oBSERV. O’eNDOCARDITE. i45 que plèvre , un peu dans le péricarde et dans le péri- toine.— Le foie est volumineux, endurci, altéré dans sa structure. Partout le tissu cellulaire sous-cutané est infiltré, mais à un léger degré : il a encore sa mollesse, sa flaccidité ha- bituelle chez les sujets qui ont été à plusieurs, reprises af- fectés d’anasarque. Le système veineux est partout très engorgé. > . ^ . Le cœur, qui a le volume des deux poings, remplit presque la totalité du péricarde, distendu, et contenant un peu de sérosité. L’hypertrophie avec dilatation est géné- rale, c’est-à-dire qu’elle occupe les quatre cavités mais l’hypertrophie l’emporte sur la dilatation dans le ventricule gauche, tandis que c’est l’inverse dans les cavités droitei. Le sang qu’elles contiennent est pris en caillots mous, noirs , semblables à des masses de gelée épaissie ; ils sont peu adhérons, nullement fibrineux. Le sang enlevé , il est facile de voir, en introduisant le doigt par le ventricule gauche ‘comme par l’artère aorte , qu’il y a un obstacle mécanique à l’orifice aortique. Cet obstacle résulte de l’épaississement considérable des trois valvules sigmoïdes, qui sont maintenues fixes à une petite distance l’une de l’autre , en ne laissant entre elles qu’une fente, ou plutôt un trou irrégulièrement triangu- laire , à peine capable de laisser passer un petit pois. Ainsi dégénérées, les valvules n’ont plus rien de leur forme, de leur mobilité , ni de leur mollesse ordinaire. La matière qui les constitue est dure, cassante, évidem ment de nature calcaire. A l’intérieur de la crosse de l’aorte , qui a à peu près les dimensions ordinaires , on ne remarque que quelques ru- dimens de taches cartilagineuses; mais, plus haut, il existe des altérations plus prononcées. Immédiatement après la naissance du tronc brachio-cé- phalique , de la carotide et de la sous-clavière gauches , au- 1 l46 MALADIES DU COEUR EN PARTICULIER, dessous d’un éperon intérieur correspondant à l’angle de refleAion de l’aorte , il existe sur le côté interne de ce vais- seau une petite dilatation anévrismale avec altération et ossification des tuniques artérielles. L’excavation qui en résulte forme à l’extérieur une bos- selure évidente, et à l’intérieur une poche capable de loger moitié d'une grosse noix. Assez régulièrement pratiquée sur le côté interne de l’aorte, elle est arrondie, et peut avoir un pouce de diamètre. Son fond est inégal , rugueux, encroûté d’ossifications , d’autant plus épaisses qu’on approche da- vantage du centre ; mais en ce dernier point l'excavation i devient évidemment plus profonde , et semble aboutir en- core à quelque chose; en examinant de plus près, et du ii côté extérieur, on sent en effet une petite tige dure, qui , , dépouillée du tissu cellulaire qui l’enveloppe, se trouve s être le canal artériel ossifié, aboutissant d’un côté au centre s de l’excavation, et de l’autre à l’artère pulmonaire , dans a l’intérieur de laquelle on reconnaît fort bien, à un petit Jj pertuis rougeâtre, l’orifice du canal artériel. Ce dernier i; est d’ailleurs complètement ossifié et oblitéré dans toute sa longueur. Son épaisseur est de 3[4 de lig. environ , et sa longueur de 6 à 8 1. Il est placé comme un arc-boutanf en- n tre les deux artères et sous l’arc formé par la crosse de »£ l’aorte, depuis le point où elle surmonte l’artère pulmo- o naire , jusqu’au point qui forme le centre de la bosselure anévrismale. Le reste des voies circulatoires était à l’état normal. La tête , le rachis, etc., etc., n’ont point été examinés. L TROIS. CATÉG. d’oBSERV. d’eNDOCARDITE. \lf] 3° Rétrécissement de V orifice auriculo-ventriculaire droit, par in- duration et épaississement de la maloule tricuspide. OBSERVATION 73» (i). . Palpitations, anxiété, froid aux extrémités, etc. — Ossification de la valvule tricuspide, qui était percée de deux trous à son bord libre, et d’un troisième à sa base; rétrécissement de l’orifice auriculo-ventriculaire droit. Le général Williams Wiple éprouvait depuis long-temps plusieurs symptômes d’une maladie du cœur, tels que des palpitations au moindre exercice , une grande anxiété , un froid continuel aux extrémités. Les fatigues qu’il éprouva pendant la révolution d’Amérique ayant aggravé son mal, il succomba. L’oreillette droite était dilatée. La valvule tri- cuspide , ossifiée, fermait l'orifice auriculo-ventriCulaire droit, et était percée à son bord libre de deux trous, réunis par une scissure de i p. de long, de i 1. à peu près de large; et , à sa base, d’un troisième trou qui aboutissait au ventri- cule gauche sur la valvule mitrale. Les cavités gauches du cœur étaient dans l’état naturel (2). (1) Celte observation a été publiée dans le tome XIX du Journal de méde- cine, par Corvisarl, Leroux et Boyer. (2) Qbserv. 74.*. — On peut voir dans le Muséum de l'Ecole de médecine de Paris un exemple remarquable de l’endurcissement cartilagineux de la valvule tricuspide, avec rétrécissement de l’orifice correspondant. Ce fait a été recueilli par Corvisart. Observ. 74' bis. — Morgagni ( epist. XLVII , art. 16) dit qu’une femme de 4o ans avait les valvules du ventricule droit endurcies et semi-osseuses. ÏO, ' MALADIES DU COEUR EN PARTICULIER. i'48 4® Rétrécissement de V orifice pulmonaire , par induration et épaississement des 'vahules sigmoïdes de Vartère pulmo- naire. OBSERVATION IS» (i). Femme de 57 ans. — Depuis un grand nombre d’années, symptômes de ma- ladie dite organique du cœur ( palpitations, étouffement, frémissement vibra- toire dans la région précordiale). — Mort par suite d’un raraoliissement du cerveau. — Valvules de l’artère pulmonaire transformées en une cloison percée à son centre d’une ouverture de 2 lig. ip de diamètre. — Hypertrophie con- centrique du ventricule droit , etc, Marie-Gabrlelle Vilain avait présenté, dès sa plus tendre enfance , quelque chose d’insolite dans sa physionomie. Aussitôt qu’elle se livrait à un exercice violent, son visage se colorait d’un rouge violacé ; sa respiration , habituelle- ment gênée , le devenait à un très haut degré , quand elle montait un escalier. A 47 ans, elle cessa d’être réglée, et commença à se plain- dre de palpitations, accompagnées d’une douleur aiguë à la région précordiale; souvent elle s’arrêtait pour sentir bat- . tre son cœur, et disait alor||qu’e]le mourrait bientôt; enfin ses lèvres et son visage devinrent tellement bleuâtres, même quand elle marchait à pas lents, qu’elle n’osait plus se mon- trer dans les rues. Elle était sujette à de fortes hémorrha- gies nasales, dont une fut très effrayante par son abondance et sa durée : elle éprouvait souvent des crampes dans les membres. Sa constitution fut d’ailleurs toujours assez faible; sa taille prit peu. de développement; elle resta fille, et mena une vie régulière. Elle était parvenue à l’âge de 07 ans, lorsque , le i" juillet 1821, vers midi, elle se plaignit à sa sœur d’une espèce de crampe dans la main et le pied (1) Celle observation e.'l de M. Berlin , et a été publiée dans le Traité des maladies du cosur et des gros vaisseaux (1824)» TROIS. CATÉG. d’oBSERV. D’ENDOCARDITEi l4g gauches. Bientôt elle éprouva une grande gêne dans les inouvemens de ces membres ; enfin elle perdit entièrement le mouvement et le sentiment de tout ce côté du corps, con- servant néanmoins toute sa raison , et même l’usage de la parole. Le troisième jour après ces accidens, elle entra à l’hôpital Cochin, dans l’état suivant: face animée, d’un rouge violacé, lèvres bleuâtres, yeux saillans et brillans ; orthopnée ; pouls petit , facile à déprimer au bras gauche , dur et assez fort au bras droit ; paralysie complète du côté gauche. ( Arnica , potion éthérée ). — Pendant la nuit , les membres paralysés éprouvent tout-à-coup des convulsions pareilles à celles que détermine la noix vomique : en même temps la respiration devient plus laborieuse, la face plus animée ; les yeux sont plus brillans; les lèvres présentent une couleur de rose; les battemens du cœur sont tumul- tueux : en appliquant la main sur la région précordiale, on sent une espèce de frémissement vibratoire. ( i5 sangsues à Janus, potion digit.) Tous ces symptômes se calmèrent promptement, et ne furent point accompagnés de perte de connaissance. Le 4" jour, à la visite, M. Bertin fit pratiquer une saignée du bras : la journée fut assez calme. Du 5® au 12® jour, plusieurs accès semblables au précédent, mais moins longs et moins violens, se manifestèrent. Enfin le 12' jour, vers midi , la malade perdit subitement connais- sance : face animée, yeux extrêmement brillans et saillans, agités de mouvemehs convulsifs, dilatation de la pupille; respiration s’embarrassant de. plus en plus; paralysie uni- verselle ; battemens du cœur et des carotides plus fréquens et plus forts. A l’instant même de l’accès, on fit une saignée du bras, à la suite de laquelle la malade pouvait mçuvoir un peu le bras droit : elle semblait même comprendre ce qu on lui disait ; mais cette amélioration ne dura qu’un in- stant. Les symptômes s’étant au contraire aggravés, la ma- lade mourut le lendemain, i3* jour après le développement des accidens cérébraux. !5o maladies du COEUn EN PARTICULIER. Autopsie cadavér. (i) i“ Le cœur avait un volume énorme: il pesait 12 onces, tandis que celui d’une autre femme, exa- miné comparativement , ne pesait que 4 onces. L’oreil- lette droite, très développée, contenait plusieurs onces de sang : une ouverture résultant du défaut d’oblitération du trou de Botal, de 4 1- environ de diamètre, établissait une communication entre les deux oreillettes. L’orifice auriculo- renlriculaire droit était étroit; la cavité du ventricule cor- respondant rétrécie aurait pu contenir un œuf de pigeon ; ses parois avaient une épaisseur qui variait de i6 à ni. Les valvules étaient petites , mais leurs cordes étaient fortes et comme enveloppées d’un prolongement de la substance charnue. L’orifice de l’artère pulmonaire offrait une cloison horizontale , convexe du côté du poumon, concave du côté du ventricule, percée à son centre d’une ouverture de 2 1. et demie de diamètre, parfaitement circulaire : cette sorte d’/ij-men avait, sur sa convexité, trois petits replis oubrides; mais on ne voyait sur aucune de ses faces rien qui pût in- diquer des vestiges de sa séparation en trois valvules. Au- delà de cette cloison l’artère pulmonaire ne présentait au- cune particularité. — L’oreillette gauche, de grandeur à peu près ordinaire, offrait l’orifice du trou de Botal ci-dessus dé- crit. Le ventricule gauche, plus ample que dans l’état natu- rel , avait aussi des parois plus épaisses. L’aorte était parse- mée de plaques osseuses et cartilagineuses. Le canal artériel était entièrement oblitéré. 2® Le lobe antérieur de l’hémisphère droit du cerveau contenait un abcès enkysté; autour de la membrane molle et vasculaire qui renfermait le pus , la substance cérébrale offrait une rougeur foncée qui s’affaiblissait à mesure qu’on s’éloignait du foyer , et passait ensuite à une teinte jaune; la substance était sensiblement ramollie dans cet (i) Voyei les planches 3, 4» 5 el 6. TROIS. CATÉG. d’oRSERV. d’eNDOCAROITE. "l5l endroit... Sous la méningine, on trouvait çà et l^une ma- tière coueiineuse ou albumineuse dont la consistance j en quelques points , était assez grande. OBSERVATION '76« (i)j Homme de 26 ans. — Crachement de sang. — Plus lard, tuberculisation des poumons. — Palpitations, teint violacé , infiltration, bruit de snufflet du coeur. — Signes de ramollissement du cerveau. — Mort à une époque indéterminée après les premiers symptômes de maladie du cœur, un an après le crachement de sang. — Granulations et fausse membriine organisée à la surface des cavités droites du cœur. — Epaississement, ossification partielle de la valvule Iricuspide. — Trans- formation des valvules pulmonaires en une cloison fibreuse , percée à son centre d’un trou de 2 lig. 1(2 de diamètre. — Communication entre les deux ventricules par un trou situé à l’origine de l’artère pulmonaire. — Hypertrophie interne ou concentrique du ventricule droit. — Tubereulisqtion des poumons ( cpvefnes dans le gauche ). — Ramollissement du corps strié et de la couche optique droits. > • Un maçon , âgé de a5 ans, d’une constitution peu forte, lymphatique, fut admis à l’hôpital de la Charité, le 5 août i833. Depuis l’âge de 12 ans, qu’il avait eu la coque- luche , des palpitations incommodes et de la dyspnée se manifestaient aussitôt qu’il précipitait .sa marche ou qu’il montait un escalier. Depuis dix ans, il n’avait été que deux fois dans les hôpitaux, la dernière au mois de juin 1822 , à l’Hôtel-Dieu , pour un crachement de sang. 11 fut saigné six fois, et sortit au bout de six semaines. Le 5 avril (M. Louis, dit ici le 5 avril , et plus haut il dit le 5 août, ce qui importe d’ailleurs fort peu), quand il fut examiné, la figure était bouffie’, les lèvres, les pommettes et le nez d’une couleur violette plus ou moins foncée (cette teinte était moins marquée dans le repos que quand le malade s’occupait, et augmentait pendant la toux princi- (1) Cette observation appartient à M. Louis, qui l’a publiée dans un mémoire De la communication des cavités droites avec les cavités gauches. J’ai cru pouvoir en retrancher quelques détails étrangers à notre objet. i52 maladies du CœUR EN PARTICULIER. , paiement^. — Les membres abdominaux étaient un peu infiltré# depuis quelques Jours. Il y avait, depuis trois semaines, un peu de diarrhée. La respiration était presque naturelle à droite, accom- pagnée d’un peu de crépitation à gauche, où la pectorilo- quie existait en arrière et en haut. Dyspnée considérable. Pouls sans dureté , à 92 par minute. Il n’y avait pas d'im- pulsion à la région du cœur , ni de battemens aux jugulai- res. On entendait, dans toute la partie antérieure de la poitrine, un bruit de soufflet d’autant plus fort qu’on s’approchait davantage du sternum. [Saignée de huit onces ; chiend. nitr\ ,• potion gomm. auec 20 goutt. teint, digit. ,• diète). Du 8 au i5, on fit appliquer, à trois reprises différentes, 5o sangsues au cou , pour combattre une congestion vers la tête. 16. La poitrine, percutée pour la première fois, ne rendait aucun son au-dessous de la clavicule gauche, dans la hauteur de 5 pouces; le bruit de soufflet et la crépiiar tion persistaient. Le malade mangeait le quart et au delà. {Saignée de 8 ofices) . < 22. Augmentation de la dyspnée, assoupissement fré- quent. Dans la nuit du '23 au 24,' crachement d’un peu moins d’une palette de sang rouge et écumeux. — Dans la matinée, figure pâle et un peu livide , comme égarée ; pouls précipité et intermittent. Le malade semblait près d’expi- rer, mais répondait encore aux questions. — Il mourut le même jour, à 3 heures après midi. j4iitopsie cadavérique 16 heures après la mort. 1*’ Habit, extév. >— Figure pâle; corps froid: membres mous et un peu infiltrés; quelques vergetures. 1° Org. respir. et circulât. — Endurci antérieurement dans sa moitié supérieure , le poumon gauche offrait, en arrière, de grandes excavations tuberculeuses. Le poumon droit était parsemé de tubercules, mais exempt de cavernes. TROIS. CATÉG. d’oBSERV. d’eNDOCARDITE. 1 63 Le volume du cœur dépassait celui du poing du sujet , de moitié environ (i). L’oreillette droite, distendue par une assez grande quan- tité de sang, conservait la meilleure partie de son volume, après avoir été vidée ; elle ojfrait , à sa face extérieure , qui était blanc hcitre , un assez grand nombre de granulations mi- liaires , qu’on enlevait dans quelques points avec une fausse membrane intermédiaire , sous lacpælle la séreuse conservait un aspect louche et blanchâtre . — Ses parois avaient au moins le double de l’épaisseur qui leur est naturelle. — Le ventri- cule droit était très bombé , très dur ( trois fois plus dur que le ventricule gauche). Ses parois étaient épaisses de 8 à lo lignes ; sa cavité était réduite à très peu de chose, et presque nulle vers sa pointe , dans la hauteur de 2 pouces. Cet épaississement était, en partie , le résultat du dévelop- pement des colonnes charnues , pressées les unes contre les autres et formant, au premiercoup d’œil, un plan con- tinu. Il n’y avait de bien distinct qu’un pilier, du diamètre de 8 lignes environ, presque complètement de niveau, à son sommet, avec l’orifice auriculo-venlriculaire , ne donnant attache aux cordes tendineuses que dans sa longueur, placé contre l’orifice de l’artère pulmonaire qu’il concourait à rétrécir. — Les 'valvules tricuspides étaient jaunâtres, épais- sies, à leur bord adhérent surtout , et offraient dans ce dernier point une ossification partielle d’une ligne d’épaisseur. — L’ori- fice de V arth e pulmonaire était fort étroit , surtout à une petite distance des 'valvules sigmoïdes , où se trouvait une espèce de diaphragme ou cloison fibreuse perpendiculaire à la direction du 'Vaisseau, percee d’un trou de 2 lig. et demie de diamètre environ. Au-dessus, l’artère était saine et plus mince que dans 1 état naturel. — A sa naissance, et près de l’oreillette droite, était un trou parfaitement arrondi, de 2 lignes de diamètre , a bords minces, blancs et fibreux , et établis- sait une communication entre les deux ventricules. {>) Le péricarde contenait environ 4 onc. de séroiité. f l54 MAtADIES DU COEUR EN PARTICULIER. Les cavités gauches n’offraient rien de remarquable. 3® Centres nerveux. — Trois ou quatre petites cuillerées is de sérosité louche dans la cavité de l’arachnoïde. Pie-mère très rouge, substance corticale très rosée , la médullaire lî très injectée , mais d’ailleurs d’une couleur naturelle. — En- ii| viron une cuillerée et demie de sérosité dans le ventricule â latéral gauche; il n’y en avait aucune trace dans le droit. J • — La partie antérieure du corps strié droitétait d’un rouge £ brun chocolat, ramollie , à consistance de crème , dans une i épaisseur de 6 lignes, une hauteur de 4 j et la longueur d’un pouce. Un peu en arrière et dans la couche optique du même côté , était un semblable ramollissement , seule- ment un peu moins étendu, autour duquel la substance médullaire était jaunâtre et un peu ramollie. RÉFLEXIONS. M. Louis ne se borne pas à dire que , dans le cas actuel , le rétrécissement de l’orifice de l’artère pulmonaire était congénital, mais il établit en principe (principe absolu que nou!? n’adoptons p?s) : que le trou de Botal, à une epoque quelconque dP l<^ xie, la perforation de la cloison des 'ventncules çt le rétrécissement de Vartere pulmonaire, doivent etre considé- rés comme des dispositions congénitales. Qu’on n’oublie pas de noter que chez ce malade létat morbide des valvules coïncidait avec des traces de péricar- dite chronique, péricardite qui occupait précisément le même côté du cœur que les lésions valvulaires. Nous re- ■ trouverons la même complication dans 1 observation sui- ■ vante, et les réflexions que nous exposerons à cette occasion j| sont, en grande partie, applicables au cas actuel. 4 TROIS. CATÉG. d’oBSIüRV. d’enDOCARDITE. 1 55 OBSERVATION ‘77» (i). Jeune fille de 7 ans. — Toux et oppression depuis six mois; palpitations; bruit de souffiet , frémissement cataire dans la région précordiale. — Mort dans un état de suffocation. — Villosités à la surface de l’oreillette droite; plaqpes fibreuses sur les ventricules. — Quelques duretés cartilagineuses au bord libre de la valvule tricuspide, généralement très développée; transformation des val- vules pulmonaires en une cloison fibro-carlilagineuse , pércée à son centre d’une ouverture de 1 lig. de diamètre seulement. — Hypertrophie concentrique du ventricule droit. — Hypertrophie de l’oreillette droite, énormément di- latée .etc. Rose Prouf , âgée de 7 ans , assez fortement constituée , était malade depuis six mois, lorsqu’elle fut admise dans le service de M. Jadelot, le 3 novembre 1829. Elle avait une : toux forte et sèche avec une légère oppression, depuis les ■ six mois indiqués. i Au moment de l’entrée , voici ce qu’on observait : pouls 1 un peu fréquent, petit, intermittent, vibrant, palpitations . assez fortes ; pommettes et menton très colorés en violet ; 1 membres inférieurs marbrés de violet et de blanc; bouffis- ; sure générale très légère. Battemens du cœur très sensibles ^ à la main dans toute la région antérieure de la poitrine où i il existe une forte matité ; frémissement cataire bien mar- 1 qué ; la main sent le choc du cœur dans toute la poitrine ; le • stéthoscope fait enienàvQ partout un bruit de soufflet fort t et 'prolongé, isochrone au pouls, plus fort à la partie anté- rieure et surtout à la région du cœur. — Orthopnée légère, postérieurement et latéi’alement ; la poitrine résonne bien et le murmure respiratoire s’y fait entendre (il est couvert antérieurement par le bruit de soufflet)/ La percussion médiate fait reconnaître un peu de liquide dans la cavité abdominale. — A l’aide de cette même per- cussion et de la palpation, on constate que le foie, très (1) Cette observation a été recueillie par M. le docteur Burnet, alors interne a 1 hôpital des enfans ( elle a été publiée dans le Journal hebdomadaire de mé- deeine, ann. i83i}. 156 MALADIES DU CCEÜR EN PARTICULIER, dur, descend quatre pouces au-dessous du rebord des faus- ses côtes droites. Infus. de fl. pcctor. ; fj'ict. avec teint, scillit. sur les cuisses; bains de pied et maniluves synapisés. Les jours suivans, la dyspnée diminua; la fluctuation ab- dominale devint de plus en plus évidente. — Le pouls était fortement 'vibrant par instant ; le frémissement cataire per- dit de son intensité; le bruit de soufflet fut continuellement fort. Le 8 novembre , la malade était assez bien le matin ; le : soir , elle fut prise d’un étouffement considérable; le cœur ,i. soulevait fortement la main; la bouffissure de la face et -j Tœdème des membres augmentèrent à vue d’œil; la peau a était pâle , un peu froide et luisante. — L’oppression aug- j mentant de plus en plus, malgré l’emploi de révulsifs éner- i giques sur les membres , la mort arriva dans la nuit. Autopsie cadavér. , le lo au matin. I® Habit, extér. — Les membres, un peu volumineux sont . infiltrés d’une assez grande quantité de sérosité limpide. 2° Org. circul. et respirât. — Le cœur , revêtu de son en-;< yeloppe., occupe la moitié antérieure de la poitrine au moins. — Le péricarde contient à peu près lo onces de sérosité limpide. — L’oreillette droite du cœur forme bien la moitié de cet organe qui , de sa base à sa pointe , a 6 p. etdemi environ, et 5 p. de l’appendice auriculaire droit à l’o- rifice veineux du diaphragme. La sinface de l’oreillette est gri- sâtre et légèrement 'villeuse en quelques points; la surface des 'ventricules présente quelques plaques blanches et fbreuses . — L’oreillette droite contient un énorme caillot noir et ré- cent, bien plus volumineux (|ue le poing d’un adulieu) : elle a plus d’une lig. d’épaisseur près le ventricule droit. Sa face interne est garnie de fortes colonnes charnues qui ne (i) C'est beaucoup dire. TROIS. CATÉO. O’OBSERV. D ENDOCARDITE. 167 le cèdent pas à celles que présente ordinairement le ventri- cule droit. L’espace qui sépare les embouchures des veines* caves est poli, et a 2 p. et demi de hauteur. L’orifice de la I y veine cardiaque, muni d’une valvule très prononcée, a près [ ‘ de 3 lig. de diamètre. — Le trou de Botal est parfaitement fermé. — La 'valvule tricuspide très développée, bien mobile, épaisse et opaque, percée par une ouverture ovalaire de 1 à ^ II :lig. de diamètre, offre a son bord, découpé quelques^duretés car- \': tilagineuses peu considérables , et à sa division qui couvre r l’orifice de l’artère pulmonaire , une légère échancrure. — L Les [tendons et les colonnes charnues du ventricule droit ÿ sont bien plus marqués qu’à gauche. — Ce ventricule est [ presque oblitéré par l’hypertrophie concentrique de ses pa- rrois, qui ont près de i p. d’épaisseur à la base, et offrent ;i une coloration rouge et une fermeté considérable; à la pre- r mièrevue, il pouvait contenir à peine la seconde phalange . du pouce : il semble comme une appendice de l’oreillette , t et se continue supérieurement , antérieurement et à gauche !( par un canal triangulaire très étroit, arrondi en haut comme ij î la gorge d’une poulie et long de 8 lig. environ, dans l’orifice h pulmonaire. Celui-ci, de 3 à 41ig- de diamètre environ, est Il î fermé incomplètenient par une membrane de tissu jaune, élas- |) t tique, épaisse comme trois feuilles de papier au moins , prés en- < tant du côté de V artère une convexité que l’on ne peut effacer il \ par la pression , et fixée aux parois aitérielles par trois petits ji; freins de même nature qu’elle , et an 'ventricule par un cercle j* I ligamenteux jaunâtre. Cette membrane est percée à son centre Il \ par une ouverture ovalaire et permanente de i lig. et demie de 'y diamètre. Cette ouverture a un bord fibreux , semi transparent , i ' blanchâtre et plus mince que le reste de la membrane; un peu plus ! en dehors, elle est fortifiée par un cercle de consistance prescpie cartilagineuse, inégal, qui fait légèrement saillie h la face in- térieure de la membrane. Le ventricule gauche , dont la cavité est double à peu près de celle du droit , ayant des parois de 2 1. d’épaisseur et très consistantes, paraît comme pratiqué dans l’épaisseur l58 MALADIES DU COEUR EN PARTICULIER, de la cloison qui, du reste, est bien saine et peu épaisse. — ‘Uoreillette gauche est un peu moins spacieuse que le ven- tricule correspondant (les veines pulmonaires s’y jettent par trois embouchures). L’aorte présente une circonférence de i pouc. ip supé- rieurement, et de ip pouc. a. sa bifurcation. Les artères i coronaires sont bien plus volumineuses que les radiales, j L’artère pulmonaire est saine , un peu moins grosse que la crosse aortique, et légèrement humide de sang à sa face i interne. La veine-cave ne contient du sang que près du ) cœur : elle n’offre , du reste , rien de particulier. Les gros i vaisseaux des membres contiennent un peu de sang noir o ( les viscères en sont très’peu fournis).' 3® Org. digest. etannex. — Le péritoine, pâle, contient is plusieurs pintes de sérosité sanguinolentes. — Le foie, très \ abaissé ^ n’est guère plus développé que dans l’état naturel : la il est très pesant, un peu mammelonné , ratatiné en quel- 3i ,ques endroits, très sec, piqueté, à sa face inférieure , de !> jaune et de rouge. Vésicule biliaire très petite, à parois ,a épaisses de i lig. i| a au moins. — Estomac rosé à sa face in- li terne. Rougeur au bord libre de presque toutes les valvules ;i du jéjunum. Quelques rougeurs dans l’iléon, avec déve- if loppement assez considérable des follicules agminés et iso- lés. Gros intestin rouge à sa terminaison , muni de folli- I. Cules ronds et saillans... ’ RÉFLEXIONS. M. Burhet pense que l’état des valvules de l’artère pul- monaire doit être regardé comme un vice de conformation congénital. J’avoue que cette opinion ne me paraît repo- ser sur aucun fondement solide. Comment , en effet, con- cevoir que cette jeune fille, forte et bien constituée comme le dit M. Burnet , n’eût été malade que depuis six mois , si l’altération dont il s’agit eût été congénitale? D’un autre côté , si l’on considère comme un vice de conformation congénitale le rétrécissement de l’orifice de l’artère pulmo- L TROIS. CATÉG. d’oBSEIIV. d’eNDOCARDITE. 169 naire, et la disposition qu’offraient ses valvules, il n’y a pas de raison pour ne pas considérer comme également congénitales les duretés cartilagineuses de la valvule tri- , cuspide , l’hypertrophie des cayités droites , et même les plaques fibreuses et les villosités de la surface externe du ^ cœur. Resterait ensuite k déterminer comment de telles 1 lésions ont été produites pendant l’évolution du produit de 1 la conception. Ces lésions ne différant pas essentiellement I « de celles qui ont été décrites dans les précédentes observa- 1 lions, on serait logiquement conduit à leur assigner la I I même origine. j Quant à moi , considérant que cette jeune fille s’était I toujours bien portée , si ce n’est six mois avant sa mort , qu’elle fut prise de toux et d’oppression, il me paraît infi- i niment probable que les altérations rencontrées à l’exté- I rieur et à l’intérieur du cœur n’étaient point congénitales, I mais bien consécutives à une inflammation méconnue de la 1 membrane interne et externe du cœur. Ce qu’il y a de cer- 1 tain , je le répète , c’est que ces altérations n’ont rien qui ' les distingue de celles qu’une telle maladie aurait pu en- I traîner à sa suite. Il est fâcheux qu’on n’ait pas recueilli de renseignemens plus complets sur la maladie que cette jeune fille avait es- suyée six mois avant son entrée. On sait , au reste , com- bien la péricardite est fréquente chez les jeunes sujets eux- mêmes , et combien il est commun aussi de voir celte phlegmasie coïncider avec une endocardite valvulaire (i). (1) Comme la science ne possède encore qu’un très petit nombre d’exemples de lésions des valvules chez les jeun|;s sujets, je rapporterai ici une seconde ob- servation de ce genre ( bien que ce ne soit pas un cas de rétrécissement des ori- fices ), également recueillie par M. Burnet. J'en retrancherai, comme je l’ai fait pour le cas précédent , les détails qui ne se rattachent pas directement à notre sujet. Obs. 78'. — Eulalie Fripon , âgée de 10 ans, éprouvait depuis trois mois des palpitations, lorsqu’elle fut admise , le a juillet , à l’hôpital des enfans. Depuis quelq\ics jours elle toussait, et sa respiration était gênée. — Baltemens du cœur °rls, Un peu accélérés, avec bruit de soufflet isochrone à la systole _des venlri- MALADIES DU CŒUR EN PARTICULIER. 160 OBSERVATION 79« (1). Jeune fille de 16 ans. — Dyspnée habituelle , couleur ÜTide de la peau , lan- gueur extrême des forces. — Mort. — CarlilaginiCcation des valvules de Tar- ière pulmonaire, avec rétrécissement de Toriûce auquelies elles sont adaptées. — Persistance du trou de Botal. « Virgo, quæ ab nativitate usque semperœgrotans jacue- cules , et léger frémissement cataire dans la région précordiale. Quinze jours en- viron après son entrée, le bruit de soultlet et le frémissement cataire persistant toujours, la malade fut prise d'une variole à laquelle elle succomba le 20 juillet, le troisième ou quatrième jour après l’éruption. Autopsie cadavérii/ue, le 2î juillet, à midi. (La température était très élevée.) Le péricarde contient environ trois cuillerées d'un liquide fauve, où nagent quelques flocons albumineux ; il est très injecté , et présente une arborisation déliée sur Toriglne des vaisseaux. Le cœur est plus gros que le- cœur ordinaire d'un adulte. Il est dilaté , mais non aminci. Toutes ses cavités sont distendues par de gros caillots de sang noir. — La valvule mitrale n’a presque pas de lar- geur dans l’intervalle de scs deux divisions, qui sont elles-mêmes peu divclop- pées ; elle est un peu plus épaisse et plus dure que la tricuspide. L’orifice de l'ar- tère pulmonaire admet facilement le pouce, tandis que celui de l’aorte contient à peine l'indicateur. La face interne de ces deux artères est blanche. La mem- brane interne du' cœur et les valvules sont rosées. La valvule à’hustaclie, bien conservée, a plus d’un demi-pouce de largeur. Le trou de Botal aimet un corps plaide 4 bg* de diamètie.La veine-cave inférieure, au moyen de la valvule d’Eustache . dont les piliers se rendent sur les bords de l’arcade ovalaire, paraît se terminer principalement dans le trou de Botal... néCLEXIONS. Que l’épaississement et le ratatinement de la valvule mitrale aient été dans ce cas , comme dans les cas analogues que nous avons rapportés plus haut , la suite d’une endocardite valvulaire, c’est ce qui nous semble probable. Mais quel (jue soit le point de départ de celte lésion , ce qu’il y a de certain , c’est quelle a dû déranger la circulation à travers les cavités gauches. Il est bon de noter que , malgré la persistance du trou de Botal chez celle jeune fille , il ne paraît pas qu’on ait jamais observé un état complet de cyanose ( du moins il n’est fait au- cune mention de cet état dans l’observation de M. Burnet). Nous verrons d’ail- leurs , à l’article où nous étudierons les communications anormales des cavités droites avec les cavités gauches , que la cyanose n’accompagne pas nécessaire- ment et constamment ce genre de lésion. Comme il n’existait point d’obstacle mécanique à la circulation dans les cavités droites chez celle jeune fille, on con- çoit que le sang de ces cavités , malgré Tçxislence du trou de Botal , a bien pu ne pas se mêler à celui des cavités gauches. Or, c’est le mélange du sang noir des cavités droites avec celui des cavités gauches qui paraît constituer 1 une des principales conditions sans lesquelles la cyanose ne peut se manifester. (i) Morgagni , De sedib, et eaus, tnorbor^^ etc., epist. II, TROIS. CATÉG. U’OBSERV. d’enDOC ARDITE. l6l » rat, ob summum præsertim virium languorem, anhelans » respirabat, et tota cute colore quasi livicio infecta erat. ï> Tandem, cum ad annum cireiterdecimumsextumpervenis- » set, mortua est. — Cor habuit exiguum, et mucronem ver- »sùs, quasi subrotundum. Ventriculus sinister formâ erat » quâ solet dexler^ et dexter 'vicissim quâ sinister; et quan- » quant hoc latior, parietibus tainen crassioribus. Dextera pa- » riter auricula tota duplo erat grandior, quam tota si- «nistra, duploque carnosior : inter utramque etiam tum » patebat foramen ovale , ut minimum digitum posset ad- » mittere. De tribus valvulis triangularibus justam una j> magniiudinem duæ reiiquæ minorem habebant. Sigmoï- » des autem, quæ jDulmonaris arteriæ ostio præfîciuntur, » ad basim quidem eranl secundum naturam, sed parte su- » periore carlilagineæ videbànlur ; quin exiguum ossis » frustulum jam habebant : erantque eâ parte sic inter se «colligalæ, ut vix foi’amen relinquerent, lente non ma- » jus, per quod sanguis exiret. Erant autem ad illud fora- » men quædam exigiiæ productiones carneo-membranosæ, » EA uATioNE coLLOCATÆ , ut valvularum vices supplere » possent, egredienli sanguini cedendo , regressuro autém » obsiando. » REFLEXIONS. Morgagni dit qu'il est porté à croire que la lésion de l’o- rifice de Tarière pulmonaire était congénitale, et que, pendant la vie, elle avait pris insensiblement de nouveaux accroisseniens. Aux cas qui viennent d’être rapportés nous ajouterons le suivant , qui parait s’en rapprocher, et dont le sujet n’é- tait âgé que de lo mois. OBSERVATION 80«. Un enfant fut atteint tout-à-coup , à l’âge de 2 mois , de dyspnée, avec suffocation menaçante, accompagnée d'une i62 maladies du coeur en particulier. couleur livide, presque noire, du visage, des doigts et des orteils. Ces accès, devenus très fré':juens, se renouvellent i tous les jours vers lo heures du matin , se prolongent plu- i sieurs heures , sont accompagnés d’intermittence du pouls 1 et d’abaissement de la température, et l’enfant meurt à lo . mois, dans le cours de l’un d’eux. On trouva , à l’ouverture du corps , le cœur très volunii- i neux , l’aorte fort large, venant de l’un et de l’autre ven- u tricules par deux orifices capables d’admettre l’extrémité i d’un doigt; le trou Botal non entièrement oblitéré; les y valvules sigmoïdes ( lesquelles? ) ossifiées à leur base. » ( Commentaire de méd., publié par Duncan. ) 5® Rétrécissement simultané de plusieurs des oi'i/ices du cœur, par épaississement et induration de leurs valvules. Les observations 21® et 2^^, rapportées au chapitre de la il péricardite , sont des exemples remarquables d’un double f( rétrécissement par induration des valvules ( ce rétrécisse- % ment affectait les deux orifices gauches).. A ces deux obser- u valions nous ajouterons les suivantes. OBSERVATION 81«. ' ' Femme de 3o ans, — Ancien rhumatisme arlicidaire, et, plus tard, bhcms « très violent. — A la suite de ces affections, palpitations , dyspnée , hydropisies ifc passives ; br.uil de râpe très fort dans la région précordiale. — Mort. — Adhé- «41 renée générale, du péricarde au CQE'ir. — Epaississement fibro-carlilagii\eux , et ■ ( déformation des valhiles aortiques et de la vafvüle bicuspide , avec rétrécisse- <¥ ment des oriGces ventriculo-aortique et auriculo-ventriculaire gauche. — Fausse t> menibiane fibreuse, aréolée» développée sur la portion de l’endocarde qui revêt Ja cavité.de l’oreilleUe gauche. — Hypertrophie et dilatation du cœur. — Gail- i*- lots dans les cavités de cet organe ( les uns anciens, les autres réoens ). 1 r, ]\Iayer (Joséphine j, ugp6 de 3o ans, couturière, est ^ entrée pour la seconde fois a la Charité, le 3 juillet 1828 5. (service de M. Rullier). La maladie pour laquelle elle vient ps .chercher des secours date déjà de quelques années. Cette S TROIS. CATÉG. o’OBSERV. 1) ENDOCARDITE. 1 63 femme est d’une conslitulion délicate, et n’a presque ja- mais joui d’une bonne santé. A l’âge de 8 ans , elle fut opérée de la pierre par M. Dubois. Plus tard, elle fut affectée d'un rhiwiatisnie goutteux. Elle n’a jamais été régu- lièrement menstruée ; elle ne l’est pas depuis deux à trois ans que, à la suite d’un fort rhume, elle fut prise de pal- pitations avec oppression. C’est à cette époque qu’elle lait remonter sa maladie actuelle dont voici les symptômes : visage bouffi , fatigué; lèvres grosses, violettes; infiltration des membres inférieurs; respiration courte, pénible, semi- orthopnée; pouls petit, inégal, intermitttent, offrant, après les intermittences , des pulsations répétées ,coup sur-coup ; les battemens du cœur présentent les mêmes caractères; de plus, uii bruit de râpe très fort accompagne les battemens ventriculaires, qui aujourd’hui sont moins énergiques que précédemment; des palpitations avec étouffement se ma- nifestent au moindre effort ( à peine si la malade peut se leverV Les membres inférieurs sont infiltrés; l’abdomen est énormément distendu par de la sérosité ( la fluctuation est évidente). — Le sommeil est presque nul. Diagnostic. Rétrécissement d'un orifice du coeur. Deux saignées du hi'as ; l’opération delà paracentèse prati- quée quatre fois, la digitale , le vin diurétique, tels furent les moyens mis ên usage par M. Fouquier, lors de la première en- trée de cette malade à la charité. Ces moyens la soulagèrent beaucoup. L’infiltration disparut, et pendantquelque temps après sa sortie , l’état de cette femme fut passable. Mais les symptômes indiqués plus haut ne tai-dèrent pas a revenir, ce qui obligea la malade à rentrer à l’hôpital. Depuis qu’elle est dans les salles de M. Rullier, elle a subi une nouvelle fois la paracentèse , douze sangsues ont été appliquées h la région du cœur, et des nésicatoires aux cuisses {pu a prescrit aussi les diurétiques) . L’état de la malade s’aggrava beaucoup dans les derniers jours de septembre. lf>4 MALADIES DU COEUIl EN PAliTICULIER. Le 3 octobre au malin , cette femme n'éiait pas plus mal qu’à l’ordinaîre. J'dle s’occupa même à coudre une partie de la journée. Le soir, l’ctouffement augmenie , les lèvres deviennent plus violettes , elle pousse des plaintes et demande néanmoins à manger ; dans la nuit elle vomit une quantité assez considérable d’un liquide noirâtre, ana- logue à du marc de café ; elle suffoque {sjnap. aux jambes). Elle expire à six heures du matin. Autopsie cadavérique , ly heures après la mort. 1° Habit, extér. — Visage violacé j gonflement des veines sous-cutanées; infiltration énorme des membres inférieurs, ainsi que des parois abdominales (i). 2° Org. respirât, et circulât. — Les viscères thoraciques étaient refoulés en haut par un épanchement séreux du péritoine et de la plèvre. — Le cœur, distendu par une énorme quantité de caillots, occupait une grande partie du côté gauche de la poitrine. Parmi les caillots du cœur, les uns, de couleur d’ambre, mous, gélatiniformes, s’étaient probablement formés dans les derniers momens de la vie; les autres, plus anciens, cliarnus comme ceux que l’on trouve dans des veines depuis long-temps oblitérées, s’é- crasent à la manière de la fibrine concrète (quelques unes de ces dernières concrétions étaient entrelacées dans les colonnes charnues et leurs tendons). Le péricarde adhérait île toutes parts au cœur par un tissu cellulaire lâche. A la surface de cet organe, on re- marquait une très belle injection capillaire. L'orifice aortique était considérablement rétréci. Les valvules aortiques, épaissies, réunies, confonduespar leurs bords, formaient une cloison fibro- cartilagineuse, percée à son centre d'une fente en forme de boutonnière, pou- vant à peine admettre le bout du petit doigt. (i) Le tissu cellulaire du in-senlcre était lui-même très maniresteracnt inGltré. TROIS. CATÉG. d’oüSERV. d’eNDOCARDITE. i65 La valvule bicuspide était plus épaissie encore , plus dure que les valvules de l’aorte : elle était presque cartilagi- neuse , ainsi que les tendons dont elle est garnie. L’orifice auriculo-vcntriculaire gauche était plus rétréci encore que l’orifice aortique. Le ventricule et l’oreillette gauches étaient un peu hyper- trophiés et dilatés. La membrane interne de roreillette gau- che était d\in blanc un peu mat , et paraissait très épaissie , ce (pii tenait à la présence d' une , fausse membrane organisée , épaisse , fibreuse , aréolée , cpdla doublait en quehpie sorte. Les cavités droites étaient un peu dilatées. En somme , le cœur , débarrassé de ses caillots, était d’un tiers envi- ron plus volumineux qu’à l’état normal. L’aorte, en général peu altérée, était cependant parse- mée de plaques et de points jaunâtres. Sa membrane in- terne était blanche partout , excepté en un point peu étendu, où l’on voyait une rougeur brunâtre, sans présence de vaisseaux capillaires. Les grosses veines étaient distendues par une assez grande quantité de sang. Les deux poumons, comprimés par l’épanchement sé- reux des plèvres, offraient un tissu dense et comme coriace.: ils étaient gorgés d’une sérosité assez abondante. 2° Org. dig. et annex. — Il s’est écoulé de l’abdomen, énormément distendu , 12a i5 pintes environ d’une sérosité citrine, mêlée *de quelques lambeaux et flocons albumi- neux. Les viscères abdominaux étaient blancs et comme lavés. Le péritoine était tacheté de points noirs , épaissi , surtout dans la région du foie, où il offrait une consistance fibreuse. Ce dernier organe, petit, comprimé, comme ratatine , présentait des granulalions-très grosses et brunes , comme si une certaine quantité de sang était infiltrée dans leur substance ou combinée avec elle. Le tissu de la rate était également très dense. Il en était de même du tissu des feins, dont le droit était très petit. l66 MALADIES DU CŒUR EN PARTICULIER. La membrane muqueuse de l’estomac était molle , gri- sâtre, cendrée, facile à enlever par le raclement. On y voyait une injection mécanique des veines et de leurs rami- fications , et cà et là des plaques , des espèces étoiles d’un pointillé vif et rosé. L’estomac contenait une matière iioirâtre, ànalogue.à celle que la malade avait vomie (i). La membrane muqueuse des intestins n’a rien offert qu’une congestion sanguine passive. OBSERVATION 82e (2). Homme dè 60 ans. — Di^^erses affections de poitrine, à la suite desquelles surviennent de la dyspnée, des palpitations, des hydropisies séreuses passi- ves, etc. — Mort un an après l'apparition des premières palpitations; cartila- giniBcalion des valvules tricuspide et mitrale, avec rétrécissement des ori- fices auxquels elles sont adaptées. « Un palefrenier, âgé^deôo ans, avait, dans le cours de sa » vie, été sujet à diverses affections de la poitrine. Quand il ■» se rendit à l’hospice de Clinique interne, il était enrhumé » depuis plus d’un an , et depuis ce temps aussi il ressen- V lait des palpitations dans la région du cœur, qui d’ail- i) leurs ne résonnait pas par la percussion... Les principaux » symptômes étaient le gonflement et la couleur violette de » là'face*, des lèvres et du col, et une gène extrême dans J) la respiration ; les bâttemens du cœur , très étendus , se » faisaient avec quelque irrégularité ; le pouls était irré- » gulier, ET POINT isochrone aux bâttemens du coeur. Les » idées du malade se brouillèrent bientôt; il survint peu » de temps après un assoupissement léthargique, et le ma- (1) 11 s'eu était échappé par les narines une petite quantité, par suite de la compression exercée sur l’estomac et les autres viscères abdominaux par les pa- rois abdominales distrudues. (a) Cette observation a été i)ublice par Corvisart dans l’Essai sur les mala- dies organiques du cœur (|i. a 10, obs. âo ). y TROIS. CATÉG. d’observ. d’endocardite. I Gy » lade mourut le 3“ jour de son entrée à l’hôpilàl , un an » après l’apparition des premières palpitations. » A l’ouverture du cadavre, là face était d’une couleur «violette, noirâtre. — Les poumons volumineux: adhé- « raient de toutes parts à la face interne des parois de la » poitrine. — Le cœur avait un très grand volume , qui » tenait particulièrement à l’ampliation de l’oreillette » droite. — Les 'vàhndes iiienspide et mitrale étaient cartda- « mineuses , surtout à leur basé, ce qui rétrécissait le 'diamètre » de Ihmet'de Vautre orifice. — Le péricarde contenait une » certaine quantité de sérosité. ■ ^ > » L’aorte, dilatée, présentait sur sa membrane interne » quelques points d’ossifiCation. » OBSERVATIONS 83e (i). Femme de 5o ans. — Palpitations, étouffement, hydropisies passives. — Mort. — Epaississement cartilagineux et osseux des valvules tricusp.ide, mitrale et. aor- tiques, avec rétrécissement des orifices auxquels ces valvules sont adaptées. — ■ Erosion du péricarde qui recouvre l’oreillette droite ( i6 onc. de sérosité dans la cavité péricardique ). — Ilypertrojihie et dilatation du cœur. ■■ . Germaine Mesnier, âgée de 3o ans, avait joui dans son enfance d’une assez bonne santé, si ce n’est qu’elle avait tou- jours eu la respiration courte. Réglée à ly ans, elle avait commencé, deux ans auparavant, à éproyver quelque? pal- pitations. Les battemensdu cœur augmentaient à l’approche de l’époque menstruelle, diminuaient quand le flux» avait lieu ,.et conservaient leur violence s’il manquait. Les affec- tions morales et le moindre exercice e.xcitaient les palpita- tions : à l'âge de 28 ans, elles devinrent habituellement plus violentes. Quand leur intensité semblait extrême, cette malade provoquait des nausées et des vomiasemens par l’in- (1) Celle obseivntion est de M, Berlin, et a élé publiée dans le Trailè des ma- adies du cœur'et des ^ros vaisseaux ( p. ). l68 MALADlIiS DU COEUR EN PARTICULIER, troduction des doigts dans la bouche , et se sentait alors soulagée. Avant d’avoir imaginé ce moyen , ses soulTrances w se prolongeaient’souvent pendant toute la journée , ou m du moins elle n’éprouvait de soulagement que lorsqu’à force de malaises et d’anxiétés il survenait des vomissemeus n spontanés. , X Tel était l’état de cette femme à son entrée à l’hôpital M Cochin le 20 septembre i8i4- Depuis cette époque jusqu'au a5 janvier suivant , on la mit à l’usage des antispasmodi- || ques, de la digitale pourprée, sous différentes formes; on || fit appliquer des sangsues au siège, et pratiquer quelques i saignées du bras, qui ne procurèrent qu’une amélioration j momentanée. Les palpitations , sans être plus fortes, de- j vinrent bientôt plus fréquentes; la toux devint habituelle, et l’infiltration des jambes qui avait disparu peu de temps après l’entrée, par l’emploi des préparations scillitiques, se renouvela. y ^ Le lo février , tous les symptômes avaient augmenté d’intensité. La respiration était beaucoup plus embarrassée et même sifflante; des palpitations très violentes se faisaient sentir dans toute l’étendue de la région antérieure gauche du thorax : elles devenaient insupportables quand la tête était un peu basse , en sorte (jue la malade était obligée de rester constamment assise dans son lit. La face, qui jusque là avait été dans un état à peu près naturel , devint pâle et bouffie. La poitrine résonnait assez bien en arrière et à i gauche ; elle rendait un son mat à la partie antérieure et 1 droite, un peu obscur à la région du cœur. Les battemens i du cœur, que l’oreille approchée de la poitrine entendait « très distinctement , redoublaient tous les soirs, et, pemlant J cette sorte de paroxysme régulier, ils étaient si violons, , qu’ils soulevaient les vêtemens, et pouvaient même se faire 9 entendre à une certaine distance. Le pouls était ordinairement fréquent, petit, très irré- gulier , et sans harmonie avec les battemens du cœur. [ trots. CATÉG. d’oBSERV. n’ENDOCARBTTE. 1 69 Bientôt , à chaque pas que la malade essayait de faire, elle éprouvait des etoullemens qui lui faisaient ciaindie la mort. Le ventre devint volumineux , dur et fluctuant; les uri- nes étaient épaisses, rouges et peu abondantes. Des réveils en sursaut troublaient très Iréqueinment le soniineil. - ' ' Le mars , étouffement continuel , respiration courte, précipitée; batlemens du cœur inégaux, variables, géné- ralement assez forts; pouls petit, faible, puis insensible, roufifeur vineuse et comme enlumince de la lace ; infiltra- tion énorme; suppression des urines. Enfin cette malheureuse femme est obligée de rester jour et nuit dans un fauteuil , tourmentée par des angois- ses insupportables, au milieu desquelles elle succombe le a5 mars i8i5. • ^ Àutopsie cadavérique. — • Les deux cavités de la plèvre sont pleines d’une sérosité citrine, et le péricarde contient environ 16 onc. d’un liquide semblable. Le cœur est beau-^ coup plus volumineux que dans l’état ordinaire ; la por- tion de la membrane séreuse qui recouvre l’oreillette droite offre ça et là quelques points d’érosion. Cette oreillette , à sa partie inférieure , est trois fois plus grande c(ué dans l’é- tat naturel ; son tissu présente un épaississement considé- rable, véritable hypertrophie musculaire. Les fibres sont tellement prononcées , qu’elles forment des faisceaux sem- blables aux colonnes ventriculaires. Les valvules tricuspides sont dures, épaisses, réunies par leurs bords, et forment une espèce de cloison cartilagineuse, percée dans son mi- lieu d’un trou dans lequel on peut à peine introduire le bout du petit doigt. > Le ventricule droit ne présente aucune particularité no- table. — Les valvules de l’artère pulmonaire n’offrent éga- lement rien de remarquable. L’orifice auriculo-venlriculaire gauche a subi un rétré- 170 MALADIES DU CœUR EN PARTICULIER, cissement considérable* ses valvules forment un bourrelet très saillant , dont les côtés , rapprochés et comme conti- nus, ne laissent entre eux qu’une ouverture très étroite, ou plutôt une espèce de fente transversale. Cè bourrelet, dont la saillie répondait du côté de l’oreillette, avait, dans quel- ques points de son étendue, environ quatre lignes d’épais- seur; son tissu, d’une nature fibro-cartilagineuse , offrait divers points d’ossification. La transformation fibro-carti- lagineuse n’avait envahi qu’à peu près la moitié de la val- vule ; et tandis que les mouvemens de cette portion étaient presque nuis , la base paraissait aussi flexible que dans l’é- tat sain. Le ventricule gauche avait sa capacité naturelle; mais ses parois étaient évidemment hypertrophiées : elles avaient, dans la majeure partie de leur étendue, plus d’un pouce d’épaisseur. . Le calibre de l’aorte était rétréci ; ses valvules .étaient épaisses j dures, cartilagineuses, inflexibles, et formaient ^par leur réunion réciproque une espèce d’anneau irrégu lier, dont le diamètre était d’environ 3 lig. . • : , SECTION DEUXIÈME. ' HISTOIRE GÉNÉRALE DE l’eNDOCARDITE. I w ■ ' . ARTICLE PREMIER. EXPOSITION ET APPHÉCIATION DBS CARACTÈBES ANATOMIQDES DE l'endocardite. / Les caractères anatomiques de cette inflammation, essen- tiellement les mômes que ceux de la péricardite , offrent cependant des particularités très remarquables , dont les unes tiennent à la structure des parties sur lesquelles se dé- ploie l’endorarde , et dont les autres proviennent dé la pré- HISTOIRE GÉNÉRALE DE l’eNDOCARDITE. I7I sence du sang qui circule incessamment à travers les cavi- tés que cette membrane tapisse. Il est de la plus haute im- portance de bien connaître les caractères anatomiques pro- pres à chacune des périodes de l’endocardite, si l’on veut comprendre d'une manière claire et précise les princi- paux symptômes qu’elle présente dans son cours. Or , pour avoir une idée aussi complète que possible de ces caractères, il faut étudier successivement les altérations du tissu séro- fibreux lui-même^ les produits dont le travail inflammatoire provoque la sécrétion, et l’état du sang que contiennent ^ les cavités du cœur. Après avoir ainsi considéré sous tous • leurs rapports les lésions anatomiques dont l’endocardite peut être la source, nous aurons soin de les rapprocher de celles que l’on voit se manifester à la suite des inflamma- tions d’autres organes , et nous répondrons aux objections qui nous ont été faites sûr notre manière de concevoir l’ori- gine d’un certain nombre des lésions dîtes organiques du ccéur. § I‘*. Description des altérations anatomiques. 1. Première période de V endocardite (^périodb de congestion sanguine, de ramollissement, d' ulcération et de siippuration). 1° La j'ougeur de l’endocarde est un des caractères anato- miques dont l’étude doit nous occuper en premier lieu. Cette rougeur a été notée chez douze des treize sujets dont les observations sont rapportées dans notre première caté- gorie. L’absence de cette rougeur chez l’un de nos malades n’a rien qui doive nous étonner; on sait, en effet, que dans les cas où une inflammation membraneuse se termine rapide- ment par la mort, il peut arriver qu’on ne rencontre aucune rougeur sur le cadavre, bien que cette rougeur eût existé pendant la vie. Aux innombrables faits de ce genre déjà ob- servés, ajoutons ici notre observation 5% dans laquelle une vive rougeur érysipélateuse fut remplacée sur le cadavre I 17'^ MALADIES DU COEUR EN PARTICULIER. par une pâleur semblable à celle des parties de la peau qui n’avaient point été enflammées. Toutefois, dans l’immense majorité des cas, l’endocar- dite aiguë laisse à sa suite une rougeur plus ou moins vive; celte couleur est tantôt rosée et tantôt écarlate, tantôt d'une i teinte violette , ponceau ou même brunâtre. Elle est par- t tielle ou générale : elle occupe assez souvent les valvules <} seulement; et presque constamment, quand elle règne sur i toute l’étendue de l’endocarde, elle a son maximum d’inten- u sitésur la portion valvulaire de cette membrane. Ordinai- ;j rement aussi , la rougeur est d’une nuance plus foncée dans ti les cavités droites que dans les gauches, ce qui tient proba-, blenient , du moins en partie , à ce que le sang qui circule 1 à travers les premières est moins vermeil et moins rutilant in que celui qui circule à travers les secondes. Quoi qu’il en soit, li cette rougeur n’est point due à' une injection capillaire, ï mais bien à une sorte de teinture sanguine de la membrane r interne du cœur. Elle ne pénètre pas ordinairement au- u dessous de celle-ci; elle ne disparaît pas par le lavage, ; mais elle ne résiste pas à tine macération suffisamment ir prolongée (i). La nature de la rougeur de la membrane interne du cœur i et des vaisseaux a été, dans ces derniers temps , l’objet de i nombreuses discussions. Dans la première édition du Traité de P Auscultation ^médiate ^ M. Laënnec pensait que la teinte écarlate pouvait indiquer une inflammation, mais il comparait la coloration violette à la lividité cadavérique. Dans la seconde édition de cet ouvrage, il paraît mettre en (i) M. le docteur Ciis. Broussais, quia fait d’intéressantes recherches sur les 5 rou};eurs du système vasculaire, prolVsse (juc la rougeur inflammatoire diffère de. la rougeur cadavérique , en ce que celle-ci disjiarait par la macération dans IVau, ce qui n'a pas lieu pour l’autre. Sous ce point de vue, nos expériences ne sont' pas er- ' tièrement d’acèord avec celles de notre honorable confrère. ÎS'ius nous propo- ^ sons de les répéter çurore, IirSTOIRE GÉNÉRALE DE LENDOGARDITE. ] yS doute la nature inflammatoire de la rougeur écarlate elle- même : « Frappé de la coïncidence des deux sortes de rou- » geur du cœur avec une altération manifeste du sang, et » un commencement de décomposition du cadavre, je com- » mençai , il y a environ quatre ans, dit M, Laënnec, à M douter que dans aucun cas les rougeurs queje viens de O décrire, lorsqu’elles,, existent seules, fussent autre chose » qu’une imbibilion cadavérique du sang. » Il est difficile de faire plus de recherches queje n’eh ai fait pour résoudre le problème d’anatomie pathologique dont il s’agit ici. Or, il résulte de ces recherches qu’il est réellement des rougeurs de la membrane interne du cœur qu’on ne peut s’empêcher de considérer comme un des ef- fets de l’inflammation de cette membrane. Je me suis con- vaincu, d’un autre côté, par un très grand nombre de faits, que certaines rougeurs du cœur et des vaisseaux ne sont autre chose qu’une imbibilion purement cadavérique, et j’ai reconnu, avec un grand nombre d’autres observateurs, que ces dernières rougeurs sont à peu près constantes, chez les individus que l’on ouvre à une époque où la putréfac- tion du cadavre est déjà plus ou moins avancée , surtout lorsque ces individus ont succombé à une maladie qui a été accompagnée de phénomènes putrides ou typhoïdes, cas dans lequel le sang présente une liquidité plus grande qu’à l’état normal , ce qui le rend plus propre à imbiber la membrane interne du système vasculaire. Je ne crois pas qu’il soit possible de décider à la simple inspection, ni par le lavage et la macération elle-même, si une rougeur donnée de la membrane interne du cœur est l’effet d’une inflammation ou d’une imbibilion cadavéri- que. Il faut donc chercher ailleurs les moyens de résoudre la grave question que nous examinons. A mon avis, on peut regarder comme étant de nature inflammatoire, une rougeur de la membrane interne du cœur, existant chez un individu dont le cadavre a été ouvert avant qu’il 174 MALADIES DU COEUR EN PARTICULIER, ne se fut maniiesle aucune trace de décomposition, et qui, pendant la vie, avait présente les symptômes que nous as- signerons dans l’article suivant à rinflammation de la mem- brane interne du cœur. Mais la nature inflammatoire de la rougeur sera plus évidente encore, si aux circonstances que nous venons de signaler se trouvent réunies les conditions suivantes : le gonflement, l’épaississement, le boursou- flement des parties qu’occupe la rougeur; -a® la présence d’une certaine quantité de pus, de matière pseudo-mem- braneuse, ou même de ces caillots adhérens, décolorés , semblables à la couenne inflammatoire du sang , ou à des pelotons fibro-albumineux ; 3" la coïncidence d’une sem- blable rougeur dans des vaisseaux dont on a constaté posi- tivement l’inflammation avant la mort des sujets. Les observations que nous avons rapportées dans notre première catégorie réunissant toutes ces conditions, ou du moins la plupart d’entre ellës, la rougeur que nous avons rencontrée sur la membrane interne du cœur doit , ce me semble , être attribuée à un état inflammatoire (i). Un notable épaississement la membrane interne du cœur accompagne assez souvent la rougeur inflammatoire dont nous venons de parler, lorsque l’endocardite a duré pendant un certain temps, douze, quinze, vingt jours, et même plus, par exemple. Toutefois, cet épaississement n’existe ordinairement d’une manière bien tranchée que sur les valvules, là où la membrane est en quelque sorte double et fortifiée par un tissu fibreux. Le boursouflement (i) Je prie le lecteur de ne pas oublier qu’en enflammant arliGcielIemenl , soit par des injections irritantes, coinuie nous l’avons fait, soit d'une autre ma- nière , la membrane interne du creur ou des vais'st-aux chez les animaux , on pro- duit une rougeur seinblablu à celle que nous avons décrite ci-dessus. ( \ oy. ces expériences dans le Traité ctitiiq. et ex.pèrim. des fièvres dites essent.) Au reste, on ne saurait trop le répéter, l'existence d'une inflammation quel- conque, et celle surtout d'un organe profondément situé, se démontre autrement que par une simple rougeur. I HISTOIRE CiÉNIiR^EE DE L ENDOCARDITE. l’jÔ fongueux de ces valvules a été constaté chez plusieurs des sujets dont nous avons rapporté l’observation. Le mmollissement de la membrane interne du cœur n’est pas toujours très évident dans la période que nous éludions ici. Il m'a semblé néanmoins que cette membrane se rom- pait avec plus de facilite qu’à l état sain. En meme temps, sa surface libre était un peu moins polie qu’elle ne l’est normalement, et plus ou moins ridee. Le tissu cellulane sous-jacent à l’endocarde parait aussi, dans ce cas, avoir perdu de sa force de cohésion, et être devenu fragile; et de là une plus grande facilité à détacher l’endocarde. On observe quelquefois dans la. période aiguë de l’endo- cardite des érosions ou des ulcérations commençantes de ■ la face interne du cœur, ou des valvules ellés-niêmes (V. l’observ. 5o). Ces ulcérations peuvent devenir le point de départ de perforations des parois du cœur, des valvu- les, ou de la cloison inter- ventriculaire et inter-auricu- I ^ ’ laire ( voy. le chap. 3' ). 2° Une sécrétion purulente ou pseudo-memhraneuse a certaine- ment lieu dans l’endocardite; mais on conçoit qu’il est sou- vent bien difficile d’en prouver directement l’existence. En effet, telle est la rapidité et la force du courant sanguin à travers les cavités du cœur, que le produit sécrété peu à peu par l’endocarde enflammé, doit être incessamment balayé par ce courant. Il est néanmoins quelques cas où une quantité médiocre de véritable pus ou de matière pseudo-membra- neuse se rencontre à la suite d’une endocardite aiguë. Le pus est quelquefois caché au centre d’un caillot ou bien re- tenu dans les mailles que forment les colonnes charnues. 11 eu est de même de la matière p?eudo -membraneuse. . Celleœi, douée d’une grande ténacité, se colle en quelque sorte solidement aux parties sur lesquelles elle est déposée, et on en trouve assez souvent des portions à la surface des valvules, sur leurs bords libres, sur leurs tendons, où elle se présente quelquefois sous forme de granulations ou de globules de consistance d’albumine ou de fibrine à demi- 1/^ MALADIES DU COEUR EN l'AUTlCULIER. concrète. Dans certains cas, il est vrai, on peut prendre pour une production pseudo- membraneuse une simple concrétion sanguine décolorée, adhérente, élastique. L’er- reur est d’autant plus facile que les pseudo-membranes sont principalement formées elles-mêmes de fibrine à l’état concret , et cette erreur est au fond assez peu impor- tante ( I ). ' Une endocardite sur -aiguë peut -elle se terminer par gangrène? En réfléchissant à l'extrême rareté d’une telle terminaison pour l’inflammation des membranes qui , comme l’endocarde, sont de nature séreuse, on est naturellement porté à résoudre cette questiozi par la né- gative. Cependant, j’ai recueilli quatre ou cinq cas i dans lesquels j’ai été tenté de croire que c’était à uneinflam- < ination interne du cœur, fort analogue à certaines phleg- ■ masies gangréneuses, qu’il fallait attribuer la termi- naison très rapidement funeste qui avait eu lieu. Les obser- vations 22® et 39” me paraissent appartenir à cette catégorie [ (1) Quelques unes Jcs obsepalions de notre première catégorie ( obs. i", 2e, etc. ) sont des exemples du genre d’altération que nous signalons ici. Chez un individu attaqué de riiTrkcisskme.m dk la valvule mitkale , Al. Laënnec a trouvé un pouce carré de la surface de l’oreillette gauche couvert par une fausse membrane aussi consistante que les polypes les p'us fermes , très adhérente, épaisse d’une ligne, lisse et continue à sa surface adhérente; présen- tant au contraire à sa face libre une multitude de petites lames aplaties ou cu- boïdes, longues au plus d'une demi-ligne. Toute l’épaisseur de cette concrétion était fortement et également teinte de sang d'un rouge foncé. Il n'est pas inutile de rappeler ici ce cas curieux du cœur d’un mouton, dans les cavités (U>q‘>el je rencontrai une légère couche d'un véritable pus ( il existait en même temps des traces de péricardite ). Comme dans la plupart des cas où l’on a trouvé du pus dans les cavités du cœur, il existait aussi du pus dans les veines, soit consécutivement à une phlébite, soit par l’effet d'une simple résorption purulente; on pouirait soutenir, à la rigueur, que le pus trouvé dans le cœur n'y avait pas 1 lé formé, mais bien trans- porté. Néanmoins, dans les cas où le cœur présente d’indubitables traces d inflam. ination, on ne voit pas pourquoi l’on luéfèrerail l’hypothèse d'un simple trans- port de pus à celle delà formation de ce liquide au sein du cœur lui-même. HISTOIRE GÉNÉRALE DE l’eNDOC ARDITE. l’y y défaits. Le sujet de l’observation Sp” était, d’ailleurs, at- teint d’une plilegmasie gangréneuse extérieure. Le sujet de l’autre observation éprouve tout-à-coup une fièvre des plus violentes. On le gorge de vin chaud , et bientôt on est obligé de le transporter à l’hôpital. Les batteinens du cœur et du pouls sont d’une telle fréquence, qu’on peut à peine les compter (ils sont en même temps inégaux, irréguliers, intermittens) ; la fièvi'e est accompagnée d’une grande pros- tration, d’un appareil typhoïde très prononcé. Une saignée est pratiquée, et le sang se prend en une masse molle, sorte de magma analogue par sa consistance à de la bouillie ou à de la lie de vin ; enfin le malade succombe 48 heures envi- ron après son entrée. On l’ouvre moins de 24 heures après la mort, et l’on trouve dans les cavités droites du cœur, en même temps qu’une rougeur de la membrane interne, un sang tellement altéré, qu’il est mêlé de bulles d’air comme dans la décomposition putride, etc., etc. Sans doute, la première idée qui se présente à l’esprit dans des cas pareils, c’est que les traces de décomposition sont purement cadavé- riques. Je me demande cependant pourquoi un pareil état du cœur et du sang qu’il contient est si rare dans des circons- tances tout-à-fait semblables à celles où se trouvait notre malade, celle d’endocardite exceptée; pourquoi cette fièvre violente, ce pouls et ces batteinens du cœur inégaux, in- termitlens, précipités; pourquoi cette liquidité, cette sorte de dissolution du sang observée pendant la vie , si les alté- rations rencontrées après la mort sont purement cadavéri- ques? voilà des doutes que je soumets au jugement éclairé des bons observateurs. Oui , je le reconnais autant que qui ce soit, gardons-nous bien de prendre pour des traces et des effets de maladie, des altérations vraiment cadavériques; mais n’allons pas, par une erreur opposée et non moins grave, attribuer à la seule décomposition cadavérique des lésions qu’une maladie aurait pu déterminer. Pour revenir à la question de l’endocardite gangréneuse 1 178 MALADIES Dü CœUR EN PARTICULIER. OU maligne, comme l’auraient dit les anciens, je pense que c’est un sujet à revoir, et qui mérite de sérieuses recherches. 3® Nous venons de passer en revue les principales lésions que présente l’endocarde enflammé , sous le double point de vue de sa structure et de la fonction sécrétoire dont il est l’organe. 11 ne nous reste plus qu’à faire connaître les lésions que l’on rencontre dans le sang que contiennent les cavités du cœur. Or, il résulte des nombreuses observations d’en- docardite aiguë consignées dans notre première catégorie, que cette phlegmasie entraîne communément à sa suite la coagulation d’une plus ou moins grande quantité du sang qui circule à travers les cavités du cœur. Sous ce rapport, l’endocardite se comporte de la même manière que l’artérite et la phlébite. Les concrétions sanguines formées sous l’in- fluence d’une endocardite aiguë, ne sauraient être confon- dues avec les caillots ordinaires que l’on rencontre dans le cœur, avec ceux surtout qui ne se sont développés qu’après la mort. Les concrétions consécutives à l’endocardite aiguë sont blanches , décolorées , élastiques, glutineuses, adhé- rentes aux parois du cœur, entortillées autour des tendons valvulaires et des colonnes charnues. Elles sont en quelque sorte à demi organisées, et, comme nous l’avons déjà dit, fort analogues soit à la couenne inflammatoire du sang , soit aux pseudo-membranes elles-mêmes; quelques unes offrent parfois des points ou des lignes rouges qui ne sont réelle- ment autre chose que des rudimens de vaisseaux. Les concrétions que nous examinons diffèrent beaucoup sous le rapportdu volume et de la configuration. Elles se pro- longent assez ordinairement dans les gros vaisseaux. Toutes choses égales d’ailleurs, elles sont plus volumineuses, plus abondantes dans les cavités droites du cœur que dans les ca- vités gauches. Leur maximum d’adhérence se rencontre, en général, vers le bord libre des valvules, où l’on en trouve encore quelques fragmens après des lavages réitérés. (Il est probable que ces petites masses fibrineuses peuvent s’or- HISTOIRE GÉNÉRALE DE L’eNDOCARDITE. 1 ■79 ganiser et se transformer en végétations ou granulations. ) II. Seconde période de t endocardite [période d' organisation des produits sécrétés ou d'une portion des concrétions fibri- neuses). Lorsque l’endocardite ne se termine pas par une prompte résolution / quelle se prolonge pendant un temps assez considérable (i5, 20, 3o jours ou même plus ), les-lissus enflammés s’épaississent plus ou moins, et la partie plas- tique des produits anormalement sécrétés par ces tissus passe de l’état amorphe à l’état d’organisation. Alors, sui- vant lesaccidens de position, de configuration et de compo- sition de la matière organisable, on rencontre soit dès végé- tations ou des granulations, soit des adhérences cellulo- fibreuses, soit des couches fibreuses ou séro-fibreuses, etc. Les végétations ou granulations affectent une remarqua- ble prédilection pour les valvules et se plaisent particuliè- rement sur leur bord libre. Toutefois, on en trouve aussi dans quelques cas à la surface interne des cavités du cœur et spécialement des oreillettes (l’obs. xlvii du Traité de l’auscultation médiate en offre un exemple remarquable). Elles ont été partagées en deux espèces par M. Laënnec, savoir : les végétations glohideuses et les végétations njerru- cpueuses. Les premières nous paraissent pouvoir être plus exactement désignées sous le nom de végétations ou granulations albumineuses ou fibrineuses . L’expression de 'verruqueuses est assez heureusement choisie , car les végétations ou excroissances auxquelles elle s’applique ressemblent beaucoup aux verrues. On peut aussi les dési- gner sous la dénomination de végétations ou excroissances cornées , cartilagineuses . Ces deux espèces de végétations , de granulations ou d’ex- ci’oissances, sont-elles d’une nature essentiellement diffé- rente ou ne constituent-elles que deux états d’une seule et 12. l8o MALADIES DU CÆUR EN PARTICULIER, même production accidentelle? Les unes proviendraient- elles de l’organisation d’une portion de fibrine concrétée, les autres de l’organisation d’une véritable exsudation pseudo- membraneuse? Avant de remonter à leur mode de géné- ration, commençons par les décrire avec quelque détail. Les végétations albumineuses ou fibrineuses (globuleuses de M. Laënnec) sont molles, faciles à écraser, comme de l’albu- mine concrète ou un fragment de pseudo-membrane fibri- neuse à demi-organisée. Elles se détachent par une traction assez légère. Leur couleur est d’un blanc grisâtre ou jau- nâtre , mêlé quelquefois d’une teinte rosée ou tout-à-fait rouge. Ces granulations m’ont paru avoir une grande ana- logie avec celles que l’on trouve quelquefois à la surface de la plèvre, du péricarde ou du péritoine chroniquement enflammés : la ressemblance est même si frappante , qu’on aurait bien de la peine à les en distinguer, comme je m’en suis assuré en comparant des granulations de la plèvre et du péricarde avec des- végétations valvulaires, rencontrées les unes et les autres sur le même sujet. Les végétations très analogues aux poireaux vénériens, contractent avec les parties sur lesquelles elles sont implantées une telle adhérence , s’y enracinent avec tant de force, qu’elles font pour ainsi dire corps avec elles. Le tissu de ces végétations est comme corné ; il crie sous l’instrument qui le divise , à l’instar d’un fibro-cartilage. Le nombre des végétations, soit albumineuses , soit ver- ruqueuses , est très variable; il en est de même de leur grosseur et de leur configuration. Les unes n’ont que la grosseur d’un grain de millet, les autres égalent le volume d’un grain de chènevis ou d’un petit pois. Elles sont quel- quefois isolées , éparpillées , discrètes pour ainsi dire , tan- dis que d’autres fois elles sont réunies en groupes , co7î- fiientes, racémifiées et disposées entre elles de manière à imiter de véritables choux-fleurs. Leur forme est souvent histoire générale de l’endocardite. l8l arrondie , sphérique; mais elle est aussi quelquefois alon- gée, cylindrique ou aplatie. Leur surface est tantôt lisse, polie, tantôt inégale et rugueuse. Il est rare que les végétations des valvules ou des parois internes du cœur existent seules : le plus ordinairement, comme l’attestent les observations que nous avons rappor- tées , elles sont accompagnées d’une induration fibro-carti- lagineuse ou calcaire des valvules. Quoi qu’il en soit, lors- qu’elles sont très multipliées, confluentes, groupées en choux-fleurs, elles donnent lieu à un rétrécissement des orifices auxquels sont adaptées les valvules qu’elles sur- chargent et dont elles gênent les mouvemens : l’existence de cette espèce particulière de rétrécissement est une circonstance importante à noter. Revenons maintenant au mode de production ou à la pathogénie de ces végétations. « Il paraît indubitable à » M. Laënnec qu’elles ne sont autre chose que de petites » concrétions polypiformes ou fibrineuses qui , formées à » 1 occasion de quelque trouble dans la circulation , s’orga- » nisentparun travail d’absorption et de nutrition analogue » à celui qui convertit les fausses membranes albumineuses » en membranes accidentelles ou en tissu cellulaire. » M. Laënnec a joute que d’apres la position même des 'végéta- tions 'verruqueuses sur les bords des -valoides et le long des tendons des piliers , il lui semble qu’il y a une sorte tV analogie entre elles et les cristallisations qui se forment le long de fils ou de rameaux tendus dans une liqueur chargée d’une solution saline. Cette comparaison nous paraît fort ingénieuse , et nous ne contestons pas que la fibrine déposée à la surface ou sur le bord des valvules ne puisse s’organiser en végéta- tions. Mais ce n’est pas là une raison de nier le rôle que joue 1 endocardite dans la production de ces végétations; nous l’avons démontré par les faits les plus po- sitifs , cette phlegmasie détermine elle-même la formation lo2 MALADIES DU COEUR EN PARTICULIER, de concrétions fibrineuses organisables (i). C’est donc à tort que M. Laënnec combat notre opinion, en disant que « si l’inflamma.tion de la membrane interne du cœur était » la cause efficiente des végétations dont il s’agit, elles » auraient pour matrice et pour point de réunion commun » une fausse membrane étendue comme une couche sur les » valvules , ce qui n’est pas. » Mais si nous admettons que la fibrine, solidifiée sous l’in- fluence d’une endocardite, ou même, si l’on veut, sous toute autre influence, peut se transformer en végétations, assu- rément il nous sera bien permis d’admettre aussi que la matière pseudo-membraneuse, sécrétée par l’endocarde en- flammé peut, comme la fibrine elle-même, dont elle n’est reellement qu’une modification, se disposer de manière à constituer de petites masses arrondies qui s’organiseront peu à peu en végétations. Une telle doctrine est d’autant plus légitime, que des végétations, tout-à-fait semblables à celles de la membrane séreuse de l’intérieur du cœur, se développent à la surface de la membrane séreuse de l’exté- rieur du même organe, comme aussi à la surface de la plèvre et du péritoine, dans certains cas d’inflammation pseudo-membraneuse chronique de ces membranes. Or, dans ces cas , on ne saurait attribuer à l’organisation de concrétions polypiformes les végétations observées. Mais, encore une fois, en supposant que les végétations de la membrane interne du cœur prissent toujours nais- sance au sein d’une concrétion polypiforme, nous n’en (i) Nous avons indiqué tout à l’heure une comparaison employée par M. Laën- nec pour expliquer la formation des végétations fibrineuses; ne pourrait-on pas dire aussi que, dans le cas d’endocardite, la fibrine du sang ayant une tendance à se coaguler, peut se déposer sur les cordons et les lames valvulaires, agités de mouvemens alternatits , comme elle se dépose sur les verges avec lesquelles on bat le lang? histoire générale de l’endocardite. i83 serions pas moins autorisé à les placer parmi les effets ou les acciclens de l’endocardite , puisque , de l’aveu de M. Laënnec lui-même, il est des concrétions sanguines qui sont dues à l’inflammation (ouv. cit. ; tom. II , pag. 618). Resterait seulement alors à déterminer dans quels cas les concrétions polypiformes d’où seraient nées les végétations, auraient été réellement consécutives à une endocardite générale ou partielle. Or, nous nous sommes appliqué à ne rapporter que des cas de végétations coïncidant avec des traces incontestables d’une ancienne endocardite. Les adhérences que l’endocardite peut entraîner à sa suite n’avaient encore été signalées par aucun des auteurs de Traités sur les maladies du cœur. J’en ai consigné six obser- vations dans cet ouvrage. On conçoit facilement , au reste, pourquoi les adhérences sont moins communes dans l’en- docardite que dans l’inflammation des autres membranes séreuses. Le torrent sanguin qui coule à travers les cavités du cœur , les mouvemens des valvules, sont des obstacles puissans à la formation de l’accident qui nous occupe. Toutefois, malgré ces obstacles, il s’opère quelquefois des adhérences, et, circonstance qu’il était facile de prévoir, ces adhérences ne s’établissent que dans les points où les obstacles indiqués sont en quelque sorte à leur minimum. C’est ainsi que nous les avons rencontrées entre les lames les moins mobiles des valvules et la paroi correspondante des ventricules. Ces adhérences sont , en général , très serrées. Les cas que nous avons cités en font connaître les prin- cipales dispositions. De telles adhérences apportent un trouble inévitable à la circulation, puisqu’elles ne per- mettent pas aux valvules de fermer complètement l’orifice auquel elles sont adaptées. Il est une autre espèce d’adhérences des valvules bien plus commune que la précédente , je veux parler de celle qui s’établit entre les bords opposés des lames valvulaires, l84 MALADIES DU COEUR EN PARTICULIER, dans certains cas de rétrécissement des orifices, que nous décrirons plus bas : nous devons nous borner à la men- tionner ici. A la suite des adhérences de l’endocarde, il faut placer les fausses membranes organisées qui tapissent une étendue plus ou moins considérable de sa surface. Il en est qui se déploient sur l’aire presque entière d’une des cavités du cœur. On peut même trouver plusieurs couches ainsi orga- nisées les unes au-dessus des autres. Au lieu de fausses membranes aussi étendues que les précé- dentes, on en trouve le plus souvent qui n’ont guère que 4,5 ou 6 lignes de diamètre, et que je désigne sous le nom de taies ou de taches de l’endocarde. Elles sont tout-à- fait semblables dLWxtaches laiteuses du péricarde ou bien encore à certaines taies de la cornée, et de là le nom que j’ai cru devoir leur donner. On les enlève assez facilement avec la pince , et au-dessous d’elle on trouve l’endocarde intact ou seulement un peu plus opaque qu’à l’état normal. Dans un très grand nombre de cas , l’épaississement de la membrane interne du cœur est dû à la présence des fausses membranes organisées dont il vient d’être ques- tion. Toutefois , il est d’autres cas où l’endocarde est réellement épaissi pour son propre compte , hypertro- phié, et alors il a perdu de sa transparence , en même temps que sa surface est devenue moins polie, comme ridée, inégale et un peu villeuse. L’épaississement hypertrophique dont nous parlons s’étend au tissu fibreux, ainsi qu’au tissu cellulaire sous- endocardique. J’ai rencontré très souvent l’hypertrophie des valvules et de la zone tendineuse où s’insère leur bord adhérent. La valvule bicuspide est surtout sujette a cette hypertrophie consécutive; et s’il s’y joint un léger rétrécis- sement de la circonférence de l’orifice, on voit du côté de l’oreillette un froncement du bord adhérent de la valvule, disposition sur laquelle nous reviendrons plus loih. UISTOIRE GÉNÉRALE DE l’eNDOCARDITE. l85 III. Troisième période [Période dé induration cartilagineuse, osseuse ou calcaire de P endocarde en général, et des val- vules en particulier, avec ou sans rétrécissement des orifices du cœur ). Nous avons vu, clans la prcîcéclenle période, la membrane interne du cœur et les Valvules s’épaissir , s’hypertrophier , et les produits sécrétés sous l’influence de l’inflammation s’organiser en tissu cellulo-fibreux, fibreux ou même fibro- cartilagineux. (Le tissu des xœgétations verruqueuses ap- partient à cette dernière espèce.) Il nous reste maintenant à étudier les productions cartilagineuses , osseuses ou cal- caires que l’on peut rencontrer à la suite d’une endocardite. Les productions dont il s’agit se présentent sous des for- mes diverses. Tantôt ce sont de simples points circonscrits, de la grandeur d’une lentille seulement, tantôt des lames ou des plaques de la largeur de l’ongle ou d’une pièce de dix < sous et au-delà, tantôt des masses plus ou moins arrondies. Les valvules tout entières sont quelquéfois converties en tissu cartilagineux ou osseux. Cependant, la zone fibreuse des orifices du cœur et les pointes des valvules sont les parties que les dégénérescences cartilagineuses ou osseuses affectent de préférence. Entre les plaques ou incrustations des val- vules, on trouve assez souvent des espaces dans lesquels celles-ci jouissent de toute leur intégrité ou pi'ésentent seu- lement un léger degré d’hypertrophie. Les incrustations osseuses ou calcaires des valvules affeeient les configurations les plus variées. Quelques unes se courbent en arc, en cerceau, d’autres s’élèvent et s’alon- ; gent en manière de stalactites, (\e forme pyramidale ou irré- gulière; d’autres enfin s’arrondissent en sphères et ressem- blent à de véritables concrétions calculeuses, dont le Volume égale quelquefois celui d’un œuf de pigeon ou loü MALADIES DU CŒUR EN PARTICULIER, meme dun petit œuf de poule (voy. Tobserv. ai*"). Ces es- pèces de calculs ou de pierres développées à la surface ou dans la substance même des valvules, sont ordinairement parsemees d'aspérités, d’inégalités, à leur extérieur, et simu- lent assez bien les calculs désignés sous le nom de muraux. Les ossifications ou pétrifications valvulaires envoient quel- quefois des prolongemens dans la substance même du cœur. Les valvules cartilaginisées, ossifiées ou pétrifiées éprou- vent dans leur conformation les changemens les plus divers. Lorsque les productions accidentelles dont elles sont le siège consistent en de simples points ou en des lames peu étendues, les valvules épaissies et un peu rigides conser- vent encore leur mobilité et peuvent s’élever et s’abaisser comme dans l’état normal; mais quand ces soupapes orga- nisées sont plus profondément altérées, quand la dégéné- rescence les a envahies dans toute leur étendue , elles de- viennent plus ou moins complètement inhabiles à remplir l’office que la nature leur a confié. Dans certains cas, leurs lames sont repliées, roulées pour ainsi dire sur elles-mêmes, et alors elles représentent des espèces de rubans étroits ; elles sont trop courtes et trop peu mobiles pour pouvoir fermer! l’orifice auquel elles sont adaptées. U insuffisance des valvules est évidente dans cette espèce de déformation; l’orifice peut être dilaté, ce qui rend leur insuffisance d’au- tant plus grande. Les lames valvulaires peuvent être per- forées, déchirées, en même temps qu’elles sont indurées et épaissies : dans un cas, l’une des valvules aortiques, presque entièrement détachée , pendait et flottait pour ainsi dire dans la cavité de l’aorte. Dans un grand nombre de cas, les valvules frappées d’in- duration et d’épaississement sont réunies, confondues par leurs bords voisins, et de là une sorte de cloison ou de dia- phragme percé à son centre d’une ouverture étroite, tantôt arrondie, tantôt ovalaire ou elliptique. L’épaississement 1 HISTOIRE GÉNÉRALE DE l’eNDOCARDITE. 187 et l’iiKluralion envabrssent quelquefois les filets tendineux et même les colonnes charnues (i)- Les nombreuses observations que nous avons rapportées d donnent une idée des principaux accidens de foi’me, d’é- j . tendue et d’aspect que peuvent offrir les productions que /'il nous étudions. ! Le rétrécissement des orifices du cœur consécutif aux di- Iv verses espèces d’indurations et de transformations valvu- laires^ mente que nous le décrivions avec quelques details. *!_ En traçant cette description, nous aurons occasion de si- |0 g'naler q uelques autresdispositions des\alvules dont letude c est inséparable de celle du relrecissement lui-meine. Le rétrécissement des orifices du cœur, par suite des di- verses espèces d’épaississemtnt et d’induration des valvules, test le plus grave des accidens anatomiques que l’endocar- c dite puisse entraîner à sa suite. Pour pouvoir bien l’appré- tcier, il faut avoir présentes à l’esprit les dimensions nor- I males des orifices du cœur , telles que nous les avons éta-' 1 blies dans nos Prolégomènes. Les degrés du rétrécissement des orifices du cœur sont t très variables. Dans les degrés extrêmes, on peut à peine introduire le bout du petit doigt, ou même le bout d’une ] plume à écrire à travers les orifices rétrécis. L’ouverture que laissent entre elles les valvules épaissies, I indurées, et soudées en quelque sorte par leurs bords ou 1 leurs côtés voisins, est permanente, ou constamment béante, 1 Elle est tantôt arrondie, tantôt ovalaire ou elliptique., (1) Les diver,ses espèces de transformations ci-dessus indiquées sont plus fré- quentes dans les valvules gauches ou artérielles , que dans les valvules droites ou I veineuses. Mais les observations consignées dans cet ouvrage prouvent surabon- ( damment que Bichat s’éiait trompé en niant que ces dernières en fussent spseep- t tibles. La différence (jue nous signalons tient, selon Corvisart , à ce que les val- I villes gauches, d' une organisation fibreuse plus prononcée, sont plus aptes à re- • cevoir la matière qui doit les transformer en cartilage, ou les sels calcaires qui leur donnent une dureté osseuse ou saxiforme. I l88 BIALADIES DU CŒDR EN PARTICULIER. Elle ressemble , dans beaucoup de cas, à une sorte de boutonnière, ou mieux encore, à une véritable glotte ; dont les lèvres sont représentées par les bords arrondis des i lames valvulaires épaissies. Cette comparaison s’applique plus particulièrement à certains rétrécissemens de l’orifice auriculo-ventriculaire gauche. Dans'quelquescas, les lames i de la valvule bicuspide ont acquis unénorrae épaississement et font saillie du côté de l’oreillette; alors, l’orifice rétréci J peut être comparé à l’orifice du col de l’utérus, et, comme | celui-ci, imite une sorte de museau de tanche. Vue du côté t des oreillettes, la circonférence des orifices auriculo-ven- triculaires rétrécis , présente un froncement très prononcé , ^ comme si cette circonférence eût été plissée sur elle-même : 5 cette disposition lui donne de la ressemblance avec la cir- conférence externe de l’anus ou l’ouverture d’une bourse dont on a rapproché les cordons. En général , dans le cas d’un rétrécissement considérable des orifices, les valvules, rendues immobiles par leur rigi- dité, sont relevées de manière à croiser à angle presque droit l’axe des orifices. Toutefois , elles sont assez ordi- | nairement renversées dans la direction du cours de la 1 colonne sanguine. Alors l’orifice représente une sorte |i de canal infundibuliforme dont le sommet regarde les ven- | tricules , si les orifices auriculo-ventriculaires sont le i siège du rétrécissement, et qui est tourné du côté de l’aorte ou de l’artère pulmonaire , si le rétrécissement affecte les orifices aortique ou pulmonaire. Cependant, pour les valvules aortiques , on observe quelquefois ' une disposition inverse , c’est-à-dire qu’elles sont déjelées vers la cavité ventriculaire. Pour donner une idée exacte des principales formes que peuvent revêtir les orifices du cœur rétrécis , et faire ressortir les particularités qui distinguent le rétrécisse- ment de chacun de ces orifices , nous avons cru con- venable de reproduire dans la note ci-jointe la descrip- I HISTOIRE GÉNÉRALE DE l’eNDOCARDITE. iSq t tion des principaux cas de ce genre de lésion, que nous avons rapportés dans la première section de ce chapi- tre (i). I Nous ne terminerons pas cet article sans faire remarquer au lecteur que ce rétrécissement si commun des orifices du (l) l" EXEMPLES DE BBTnéciSSBHEMX SIMILI ou URIQDI. A. Orifice aortique. Obs. 72e. — Les valvules aortiques , considérablement épaissies , sont main- t tenues 6xes à une petite distance l’une de l’autre, et ne laissent entre elles qu’une ! fente, ou plutôt un trou, irrégulièrement triangulaire , à peine capable de lais- s surpasser un petit pois. Ainsi dégénérées , les valvules n’ont plus rien de leur ' forme, de leur mobilité ni de leur souplesse ordinaire. La matière qui^ les con- ‘ stitue est dure, cassante, calcaire. Obs. 71e. — Les valvules aortiques , tout-à-fait déformées ,.sont converties en une substance calcaire qui résonne à la percussion, comme un calcul urinaire. Ces valvules ne sont susceptibles ni d’un mouvement d’abaissement , ni d’un mouvement d’élévation. Elles circonscrivent unjE ouverture permanente, qui re- présente une fente de 3 à 4 bg- de longueur, et peut à peine admettre l’extrémité du petit doigt. La surface des valvules est inégale et rugueuse. Obs. Si". — Epaissies, réunies, ou plutôt confondues par leurs bords, les val- vules de l’oriCçe aortique formaient une cloison fibro-cartilagineuse , percée à son centre d’une fente en forme de boutonnière , pouvant à peine admettre le bout du doigt, B. Orifice auriculo-ventriculaire gauche, Obs. 23e. — Vu du côté de l’oreillette, l’oriQce auriculo-ventriculaire gauche cit infundibuliforme et reçoit à peine le bout de Vindex ( son grand diamètre est de 8 lig. et son petit de 3 lig. ), Du même côté , toute là circonférence de l’ori- fice est plissée et froncée comme une bourse fermée. Complètement déformée, chagrinée à sa surface comme si elle avait été le siège d’une cicatrisation , inha- bile à exécuter ses mouvemens ordinaires, la valvule bicuspide est transformée en un anneau de tissu fibro-carlilagineux. C. Orifice pulmonaire. Obs. 79e, — Les valvules sigmoïdes, saines à leur base, paraissaient cartila- gineuses à leur partie supérieure, où elles offraient une petite concrétion' osseuse [exiguum assis fruslulum)^ Là, elles étaient réunies, accolées entre elles , de telle sorte quelles laissaient à peine une ouverture de la grandeur d’une lentille pour le passage du sang. On voyait à cet orifice quelques productions charnues et membraneuses { carneo-membranosœ ) , destinées en quelque sorte à remplacer les valvules, en permettant au sang de sortir, et en s’opposant à son reflux. Obs. 77e. — L’orifice pulmonaire, de 3 à 4 l'g* de diamètre environ, est fermé igo MALADIES DÛ COEUR EN PARTICULIER, cœur, à la suite d’une endocardite prolongée, chronique, est un nouveau trait de ressemljlaiice entre cette phlegniasie et celles qui affectent d’autres organes creux. Quel médecin ignore, en effet, que l’urèthre, le col de la vessie, les artères, les canaux excréteurs des larmes, de la salive, de la bile, les diverses régions du tube digestif, et spécialement le cardia, le pylore , la jonction de l’iléon avec le cæcum, l’extrémité inférieure du rectum , etc., etc. ; quel médecin, dis-je, ignore que toutes les parties qui viennent d’étre désignées peuvent incomplètement par une membrane de tissu jaune, élasticpie, épaisse comme trois feuilles de papier au moins, présentant du côté de l’artère une convexité que l’on ne peut effacer par la pression , et fixée aux parois artérielles par trois petits freins de même nature qu’elle, “t au ventricule par un cercle ligamenteux jau- nâtre. Celte membrane est percée à son centre par une ouverture ovalaire et permanente de i lig. ija de diamètre, à bord, fibreux, demi transparent, blan- châtre et plus mince que la membrane, fortifiée un peu plus en dehors par un cer- cle de consistance, presque cartilagineuse, inégal, légèrement saillant à la face inférieure de la membrane, Obs. 76e. — L’orifice dé l’artère pulmonaire était fort étroit, surtout à une petite distance des valvules sigmoïdes, où se trouvait une espèce de diaphragme, percé d’un trou de 2 lig. ip de diamètre environ. D. Orifice auriculo- ventriculaire droit. Obs. pSe, ■ — La valvule tricûspide, ossifiée, fermait l'orifice auriculo-ventricu- laire droit , et était percée vers son bord libre de- deux trous, réunis par une scissure de 1 pouc. de long , de i lig. à peu près de large, et, à sa base , d un troisième trou qui aboutissait au ventricule gauche, sur la valvule mitrale. 2* EXEMPLES DE RélRÉClSSEMBîiT MULTIPLE. Obs, 21e. — L’orifice auriculo-ventriculairc gauche est considérablement ré- tréci , ce qui tient à la transformation de la valvule mitrale en une concrétion plutôt pierreuse qu’osseuse, formant une espèce de tumeur de la grosseur d un petit œuf de poule, et dont Je grand diamètre a 2 pouc. La valvule résonne à la percussion comme une pierre; la concrétion en laquelle elle est transformée est hérissée d’aspérités, et pour ainsi dire murale. La partie interne de l’orifice auriculo-ventriculairc est seule conservée; en dehors , les deux lames se sont rapprochées et confondues: on introduit assez fa- cilement le bout du doigt auriculaire dans la portion de l’orifice restante. Du côté du ventricule, la tumeur reçoit à sa circonférence l’insertion des tendons forts et multipliés des colonnes charnues. Une portion de la concrétion a envahi la substance charnue du ventricule , et iiisToinE gi^nérAle de l’endocardite. 191 éprouver un rétrécissement plus ou moins considérable , à la suite d’une longue et lente inflammation ? Ce n’est pas ici le lieu de signaler les accidens qu’entraînent ces lésions ji mécaniques, et dont la gravité est proportionnelle à l’im- ! portance de la fonction à laquelle elles opposent un obstacle plus ou moins invincible. Quoi qu’il en soit, les détails précédons sont bien propr.es ( à faire ressortir dans tout son jour cette vérité sur laquelle s’étend jusqu’à la surface externe, oi'i elle forme une saillie qui soulève le péri- carde. — L’oriGce aortique est le siège d’un rétrécissement à peu près égal à celui de l’oriGce auriculo-ventriculaire gauche: ce rétrécissement est la suite de l’indu- ration des valvules aortiques ( une des valvules est ûbro-cartilagineuse , tandis que les deux autres sont transformées en matière crétacée ). Obs. a4'. — Les valvules aortiques, épaissies, indurées, crient fortement sous le scalpel, comme un Gbro-cartilage. La surface des sections qu’on y pratique a plus de 1 lig. de hauteur. L'oriQce aortique, considérablement rétréci , repré- sente une espèce de trou de \ lig. de diamètre. Les valvules ainsi indurées et épaissies, réunies en anneau, étaient inhabiles à remplir leur ofûce de soupapes. L’orifice auriculo-ventriculaire gauche est rétréci au point de ne permettre que l’entrée du petit doigt. Du côté de l’oreillette, il se présente sous la forme d’un entonnoir, et sa circonférence est plissée , ridée comme ToriGce de l’anus. Réunies l’une à l’autre, les deux lames de la valvule mitrale forment une espèce d’anneau ou de cercle où viennent s’insérer des colonnes charnues, très vigou- reuses, par des tendons qui se confondent avec cet anneau, en partie Gbreux , en partie Gbro-cartilagincux , ou même calcaire ( la surface des fractures pratiquées dans la portion calcaire est granuleuse, comme sablonneuse, ce qui tient à la pré- sence d’une matière crétacée , assez analogue à des pépins de poire). L’épais- seur de la valvule est de 3 à 4 lig* Obs. Sô--. — Les valvules tricuspides sont dures , épaisses, réunies par leurs bords, et forment une espèce de cloison cartilagineuse, percée dans son milieu d’un trou dans lequel on peut à peine introduire le bout du petit doigt. Les valvules aortiques étaient épaissies,. dures , cartilagineuses , inflexibles , et formaient par leur réunion réciproque une espèce d’anneau irrégulier, dont le diamètre était d'environ 5 lig. L’oriGce auriculo-ventriculaire gauche était transformé en une espèce de fente transversale, très étroite. Ses valvules formaient un bourrelet très saillant du coté de l’oreillette, et ayant, dans quelques points , 4 lig. d’épaisseur. Le tissu de ce bourrelet était d’une nature Gbro-cartilagineuse , et offrait aussi çà et là des points d’ossiGcation. La transformation Ghro-cartilàgineuse n’avait envahi qu’à* peu près la moitié de la valvule , dont la base paraissait aussi flexible que dans 1 état sain , tandis que les mouvemens de la portion altérée étaient presque nuis. 1Q2 MALADIES DU CŒUR EN PARTICULIER, nous avons appelé l’attention du lecteur, en traitant des inaladiesdu cœur en général, savoir, que les diverses lésions de cet organe s’engendrent réciproquement les unes les autres, et» que les lésions de nutrition ou de l’action orga- nique et vitale, par exemple, finissent constamment, quand elles ne sont pas arrêtées et pour ainsi dire jugulées à leur berceau, par déterminer des lésions physiques et mécani- ques, trop souvent rebelles à tous les moyens de l’art (i). ( 1 ) L’hypertrophie du cœur est la compagne presque inséparable de l’endocar- dite prolongée. Celle hypertrophie eslordinairemenl combinée avec une dilatation des cavités du cœur ( dans quelques cas seulement elle coïncide avec un rétrécis- sement plus ou moins prononré ). Les cavités du cœur qui se dilatent de préférence sont celles qui se trouvent situées derrière un obstacle méc^mique au passage du sang à travers le cœur, comme il arrive, par exemple, lorsqu’il existe un ré- trécissement considérable d’un orifice de cet organe. Au reste, nous reviendrons sur ce sujet en traitant de l’hypertropbie du cœur, delà dilatation et du rétré- cissement de ses cavités. Chez les individus qui succombent par l’effet de l’obstacle mécanique que les lésions consécutives à une endocardite chronique ont occasioné, le cœur contient assez souvent d’énormes concrétions sanguines. Mais il est bien facile de distin- guer ces concrétions, dues purement et simplement à l’embarras de la circulation à travers le cœur, de celles que l’endocardite aiguë peut déterminer. Les pre- mières ont la mollesse des masses de gelée de groseilles, et n’offrent point celte fermeté, cette élasticité, cette glulinosilé, cet état de semi-organisation qui caractérisent les seeondes. Ajoutons que celles-ci, comme nous l’avons dit, sont décolorées , blanches, tandis que celles-là sont, sinon toujours en totalité, du moins en très grande partie , rougeâtres ou même noirâtres. De toutes les lésions des autres tissus du cœur qui peuvent accompagner celles de l’endocarde enflammé, les lésions du péricarde méritent surtout d’être signa- lées. Sur 54 cas d’endocardite recueillis avec tous les détails convenables, 17, c’est-à-dire exactement la moitié, offraient des traces de péricardite ( observ. 43e, 44c, 45“, 5i', 55c, 58', 59c, 6op, 610,62'. 64', 65', 66', 76', 77e, 81', 83'.) Ainsi se trouve confirmée une seconde fois la loi que nous avions, déjà notée, dans le chapitre de la péricardite ( voy. pag. 457, t. I" ), savoir la fréquence des lésions simultanées des tissus séro-fibreux externe et internedu cœur( il ne .s’agit pour le moment que dés lésions d’origine inflammatoire ). Quant aux lésions des organes autres que le cœur consécutives à l’endocardite terminée par les indurations, les adhérences, les rétrécissemens des orifices, etc., décrits plus haut, les plus importantes .à noter sont 1“ la distension du système veineux, et par suite l’engorgement passi/' de tou* les organes en général, et HISTOIRE GÉNÉRALE DE l’eNDOCARDITE. ig3 i § II. Appréciation des altérations anatomiques delà deuxième et de la troisième période de l’endocardite (i). I. Les objections qui ont été faites à l’opinion que j’ai émise, depuis une dizaine d’années , sur l’origine des diverses in- durations du tissu séro-fibreux de l’intérieur du cœur en général , et des valvules en particulier, me font un devoir de discuter ici cette grave question de production ou de généra- tion morbide. Pour résoudre ce problème , il faut avoir l’es- prit complètement dégagé de toute prévention, et puiser les élémens de sa démonstration dans la double source de l’observation et du raisonnement. Posons d'abord la question dans ses termes les plus précis : U épaississement du tissu séro-fihreux de l’intérieur du cœur , les productions cartilagineuses , ossif ormes , calcaires, que nous avons décrites sous leurs principales formes, constituent-ils réel- lement des lésions qu’il soit permis de rattacher d V inflamma- tion du tissu indiqué , ou de regarder comme des suites , des PROVENANCES de V endocaràüe ? Voici les raisons fondamentales qui nous ont conduit à répondre à cette question par raffirmative. De ces raisons ou de ces preuves , les unes sont indirectes ou tirées de l’analo- gie , les autres directes ou déduites de 1 observation appli- quée à l’étude de l’endocardite elle-même. 1° Si les lésions que nous rapportons à l’endocardite par- I des poumons, du cerveau, du foie, de la rate, du tube digestif eu particulier; 2* I des collections séreu.ses également passives dans le tissu cellulaire, dans les diverses membranes séreuses, telles que le péritoine, la plèvre, le péricarde, l’arachnoïde. Le mécanisme de ces accidens sera examiné quand nous exposerons les signes des diverses lésions organiques par lesquelles peut se terminer l’endocardite chro- nique. (i) Les altérations qui caractérisent^ la première période ont été appréciées dans l’article que nous avons consacré à leur description ; c’est pourquoi nous ne nous en occuperons point ici, a. i3 104 MALADIES DU CCEUR EN rARTICULIER. ■venue à ses dernières périodes, ou passée, comme on le dit vulgairement, à l’état chronique , sont bien réellement des traces, des caractères anatomiques, des effets de cette ma- ladie, il est clair que de pareilles lésions devront être con- statées à la suite d’inflammation d’autres tissus analogues à ceux qui sont le siège de l’endocardite. Or , je le demande à tout observateur éclairé et de bonne foi , à la suite des inflammations des membranes séreuses et des tissus fibreux, telles que la plèvre , le péricarde , les synoviales et les cap- sules fibreuses des articulations, le périoste, la membrane du canal médullaire des os, ne voit-on pas survenir des productions fibreuses, fibro-cartilagineuses , osseuses, des épaississemens hypertrophiques, etc. ? Quels seraient les traces, les terminaisons, les restes , si l’on peut ainsi dire, de ces phlegmasies à l’état chronique, si l’on ne considérait pas comme tels les lésions que je viens d’indiquer? Mais si l’inflammation du périoste peut être suivie de la sécré- tion d’un liquide dont la partie organisable se transfor- mera, au bout d’un temps plus ou moins long, en une véritable production osseuse • si l’inflammation de la plèvre et du péricarde peut être aussi la source d’une exsudation dont l’élément coagulable et organisable se convertira ulté- rieurement en tissu fibreux, fibro-cartilagineux et même osseux ; si les mêmes accidens peuvent se manifester consé- cutivement à une inflammation du tissu sérô-fibreux des articulations, comme l’attestent les observations cliniques, et des expériences directes de M. le docteur Rayer sur les animaux; si les choses se passent de la sorte dans les inflam- mations que nous venons de nommer, pourquoi l’inflam- mation de l’endocarde , qui est pour l’intérieur du cœur ce qu’est la plèvre pour la cavité pectorale, ce qu’est une synoviale pour une articulation, ce qu’est enfin le péri- carde pour la cavité dans laquelle le cœur se trouve con- tenu ; pourquoi , dis-je, l’endocardite n’aurait-elle pas aussi le fâcheux privilège de donner lieu aux mêmes lé- HISTOIRE GÉNÉRALE DE l’eNDOCARDITE. 1q5 sions? Depuis quand des effets tout-à-fait semblables, iden- tiques, ne supposent-ils pas une même cause? Depuis quand ce qui est vrai et généralement admis pour la pleurésie, la péricardite, ne le serait-il pas pour l’endocardite, c’est- à-dire pour une véritable péricardite interne? Enfin, vous qui niez les rapports que nous établissons entre l’endocar- dite iprolongée , devenue chronique , répondez ; quelles sont donc les lésions au moyen desquelles vous reconnaî- trez anatomiquement cette maladie, si vous excluez de ses caractères anatomiques celles que nous avons indi- quées? Vous n’en pouvez réellement citer aucune. Vous faites mieux : ne voulant point adopter l’opinion que nous soutenons, et ne trouvant rien à mettre à la place des lé- sions que nous assignons pour caractères anatomiques à l’endocardite étudiée dans toutes les phases de son évo- lution , vous avez pris le parti de révoquer en doute l’exis- tence même de cette maladie. Mais s’il est facile de nier, comme vous l’avez si bien dit vous-mêmes en une autre occasion, il 'n’est pas aussi aisé de démontrer que la chose niée n’existe réellement pas. On a voulu combattre la doctrine quenous professons, en objectant que les productions osseuses sont très communes chez les individus avancés en âge ! Belle objection, en vérité ! Quoi ! c’étaient des résultats de la vieillesse , ces incrusta- tions osseuses que nous avons rencontrées chez un si grand nombre de sujets de i4à3oans, et dont nous avons rap- porté des exemples chez les enfans eux-mêmes (i)3 Sans doute , il aurait fallu considérer aussi comme un produit de r âge avancé ces productions fibreuses, fibro-cartilagi- neuses, osseuses, etc. , que nous avons constatées dans la (i) Ainsi que nous l’avons dit préoédemment, sur 44 d’induration des valvules, 55 avaient moins de 5o ans ; de res 55 milades, 12 n'avaient que de 16 à 5o ans, 1 u’avail que 10 ans, un autre que 7 ans, un Iruisièine enûn que 10 MOIS. i3. igÔ MALADIES DU COEUR EN EARTICüIIER. plèvre ou le péricarde chez presque tous les sujets qui offraient de pareilles productions dans le tissu séro-fibreux des cavités du cœur! Cette coïncidence des traces d’une ancienne péricardite ou d’une ancienne pleurésie chez les sujets qui portent aussi dans l’endocarde les productions accidentelles indiquées , n’est-elle pas un nouvel argument en faveur de notre manière de voir sur l’origine première de celles-ci? En effet, dans la plupart des cas, les lésions de la plèvre, du péricarde et de l’endocarde étaient en quelque sorte contemporaines, et s’étaient développées sous l’influence d’une seule et même maladie, disséminée pour ainsi dire dans plusieurs organes à la fois (1). Certes, nous n’ignorons pas combien il est fréquent de trouver chez les vieillards des productions osseuses ou calcaires ; mais nous ne savons d’après quels principes de logique on a con- clu de cette circonstance que l’endocardite ne pouvait pas entraîner à sa suite les indurations tant de fois nommées. On le voit donc, si l’on s’en .tenait au témoignage de l’analogie la plus évidente et de l’induction la plus natu- relle , la plus légitime , on serait déjà en droit d’admettre la réalité de la doctrine que nous examinons. Mais passons à la démonstration directe de cette doctrine. 2® Pour démontrer directement que les productions décrites plus haut succèdent réellement à une endocardite ancienne , chronique , non arrêtée dans sa première pé- riode , il faut d’abord prouver d’une manière positive l’existence de cette maladie avant la mort , chez les sujets qui les ont présentées. Je ne puis exposer ici les signes de la maladie que nous avons décrite sous le nom d’en- docardite, puisqu’ils seront l’objet de l’article suivant; (i) Nous avons prouvé par des chiffres la fréquence de la co-exislence des mê- mes lésions du péricarde et de l'endocarde ( voy. t . i®'', pag. 43/ et t. a*, pag. ga ). Or, est-il rationnel, en conscience, d’admettre que celles du péricarde sont la suite d’une péricardite et que celles de l’endocarde ne proviennent pas d’une endocardite ? urSTOIHE GÉNÉRALE DE l’enDOCARDITE. ig^ niais j’affirme ici par anticipation que ces signes sont bien certainement ceux d’une inflammation. Or , lorsque chez un grand nombre de sujets qui ont présenté les symptômes d'une inflammation du tissu séro-fibreux du cœur, on trouve après la mort l’épaississement , l’induration de ce tissu, des productions cartilagineuses, osseuses, etc., ne serait-ce pas un insigne aveuglement que de ne trouver aucune filiation, aucun enchaînement d’effet à cause entre ces lésions et l’endocardite ? Autant vaudrait ne reconnaître aucun rap- port entre certaines altérations de la plèvre et du péricarde que l’on trouve chez des individus qui avaient présenté pendant la vie d’incontestables signes d’une inflammation de ces membranes. Ajoutez maintenant que les causes sous l’influence des- quelies on voit se développer la maladie productrice des épaississemens , des indurations, des fausses membranes organisées de l’endocarde , sont essentiellement celles qui déterminent les inflammations des autres tissus du même genre. Considérez enfin que cette maladie cède à la mé- thode des émissions sanguines vigoureusement et large- ment appliquée, et vous aurez une démonstration aussi complète et aussi satisfaisante que possible de la vérité de l’opinion que nous avons discutée (i). (i) Je demanderai aux lecteurs la permission de mettre sous leurs yeux une esquisse de la réfutation que M. Laënnec a cru devoir opposer à la doctrine ci- dessus développée. M. Laënnec commence par me faire dire q\ie je « rahj’e parmi tes effets de » l'inflammation non seulement toutes les productions accidentelles , mais même TOUTES LES CONGESTIONS SAHCÜINKS ET SEKEOSES! M (OuV. fit., t. II, p., GSO.) ünC telle accusation de la part de M. Laënnec, qui a bien voulu citer dans son ou- vrage les travaux que j'ai faits suc les hydropisies et les congestions veineuses passives, est assez singulière. Voici d’ailleurs l'argumentation dont, se sert M. Laënnec pour réfuter mon opinion, qu’il appelle , avec autant de malice que d'érudition , l’opinion des an- ciens, Après avoir dit « qu’on ne connaît pas anatomiquement la transition entre I inflammation supposée cause des incrustations osseuses et ces incrustations elles- mêmes , » cet auteur ajoute ; • Or, qu’est-ce qu’une inflammation qui ne pré- 198 MALADIES DU COEUR EN PARTICULIER. II. Jusqu^ici, nous nous sommes efforcé purement et sim- senle ni les caraclères anolomiqnes, ni l’orgasme pathologique de relie que per- sonne ne conteste, d’un phlegmon, par exemple i’ » Quoi! c’est M. Laënnec qui nous demande ce que c’esl qu’une inflammation qui ne présente ni les caractères anatomiques , ni Vor^asme pathologique d'un phlegmon! Comme s'il n’existait pas d’énormes différences entre un phlegmon aigu el une foule d'autres inflam.» mations, soit aiguës, soit surtout chroniques? Est-ce que M. Laënnec prétend trouver, par exemple , dans l'inflammation du tissu flbrcux précisément les mêmes caractères anatomiques et le même orgasme que dans l'inflammation du tissu cellulaire ? M. Laënnec soutient qu'on ne connaît pas la transition entre une inflammation et des productions ou incrustations osseuses. Pour adopter ce système, il faudrait n'avoir jamais vu d’inflammation du périoste ou de quelque autre membrane fibreuse. Suivant M. Laënnec , les incrusta- tions dont il s’agit «e forment presque toujours sans qu’aucun signe général ou local puisse avertir de leur formation^ et souvent chez des hommes qui ont tou- jours joui delà meilleure ianle. Tout en passant condamnation sur ce qu’il y a d’un peu exagéré dans celte assertion , est-ce que l'argument invoqué ici par M. Laënnec suffirait pour démonlrer que des productions osseuses ne peuvent se développer à la suite de l'inflammation lente et chronique d’un tissu fibreux ou séro-fibreux? Est-ce que M. Laënnec n’a jamais trouvé, à la suite d’une pleu- résie, di'S incrustations qui n’avaient entraîné aucun trouble notable de la santé? On serait tenté de croire que M. Laënnec n’admelpas l'existence des phlegma- sies chroniques et latentes. Il n’en est rien cependant. Voyez même, à celle oc- casion, comme il en coûte peu à M. Laënnec pour se contredire. Non seulement ' il admet des phlegmasies latentes , chroniques, mais il dit encore expressément que ces phlegmasies peuvent se terminer par la production de fausses membra- nes fibro-cartilagineuses. On peut voir dans l’article Pleurésie, de C Auscultation médiate, que M. Laënnec rapporte à celte phleg-nasie les fausses membranes fibro-cartilagineuses ou cartilagineuses de la plèvre. Aprè.s avoir dit_ qu’il peut se former sur la plèvre une exsudation albumineuse , sans épanchement séreux no- table, M. Laënnec ajoute : « 11 me semble probable qu’alors l’exsudation albumi- neuse doit avoir une plus grande tendance à se changer en une membrane dense qu’en tissu cellulaire; et c’est peut-être de celle manière que se forment certaines membranes fibro-cartilagineuses ou cartilagineuses. » ( Ouv, dt., t. II , p. la^. ) Un peu plus loin ( p. ia5), M. Laënnec regarde les fausses membranes dont il s’agit comme le produit d’une pleurésie hémorrhagique. Enfin , pour que la con- tradiction fût aussi complète que possible , M. Laënnec déclare « que les signes des pleurésies hémorrhagiques qui se terminent par la formation des fausses mem- branes fibro-cartilagineuses , sont très souvent obscurs... et que ces pleurésies sont, sans cônlredil, celles qui méritent le plus le nom de latentes. • ( p. iSg. ) histoire generale de l’endocardite. 199 plenient de suivre d’un œil attentif et de mettre au grand jour les rapports qui enchaînent les unes aux autres les lésions que nous avons décrites. Nous avons laissé de côté le mécanisme A l’article des maladies du péricarde, M. Laënnec rapporte aussi un cas remar- quabled 'incrustation osseuse de cette membrane, coïncidant avec d autres traces d’ancienne péricardite. Et c’est à quelques pages de là que cet auteur, à 1 occasion des incrustations osseuses des artères, auxquelles il a rattaché celles du coeur, vient proclamer que ces incrustations sont indépendantes de toute inflammation; deman- der ce 7H6 c’est qu’une inflammation qui ne présente ni tes caractères anatomiques, ni l’orgasme pathologique d'un phlegmon, et déclarer qu’il est plus simple et plus philosophique de reconnaître qu’ori ne connaît point te mode de troublede l’économie qui produit une ossification , mais que bien certainement ce n’est pas le même que celui qui produit le pus / Ainsi M. Laënnec admet qu’une exsudation pseudo- membraneuse ( ce qui constitue un mode de suppuration ) peut se convertir en membrane cartilagineuse ( et partant en incrustation osseuse ), et il pose ensuite en h\t qu’on ne connaît pas anatomiquement la transition entre l’inflammation et les incrustations cartilagineuses ou osseuses. Il est bien vrai, au reste, que l’ossification et la suppuration ne sont pas une seule et même chose; mais ce n’était point là la question à la- quelle M. Laënnec devait répondre. Cette question était de savoir si les pro- duits d’une péricardite , d’une endocardite , d’une pleurésie , pouvaient, par une série donnée de métamorphoses, se convertir en tissu fibreux, cartilagineux . os- seux, comme nous croyons l’avoir prouvé. Or, pressé par l'évidence des faits, M. Laënnec a été forcé de rapporter à la pleurésie et à la péricardite certaines incrustations cartilagineuses et osseuses. Ce n’est donc évidemment que par un système mal entendu de contradiction avec lui-même, que cet illustre observa- teur s’est appliqué à combattre les idées que nous avions proposées sur l’origine de certaines incrustations fibro-cartilagineuses ou osseuses du tissu séro-fibreux, qui fait partie de la structure du cœur et des artères. M. le professeur Andral, qu’on n'hecusera point sans douté de ne voir partout que l'inflammation , a pourtant écrit ce qui suit sur la question que nous avons agitée ; • Si la phlegmasie de la membrane interne du cœur passe à l'état chroni- >que, la membrane qui en est le siège s’épaissit de plus en plus, là surtout où • elle se double pour constituer les valvules des différens orifices... Non seule» • ment celte membrane s’épaissit, mais encore elle devient le siège de végéta- • lions, de dégénérations variées. Les portions de tissu fibreux qu’elle recouvre » s épaississent également ; et la , comme pabtoot ou il est frappé d’ikflamma- •TIÜI», CE TISSU TEND A PASSER A l’ÉTAT CARTILAGINEUX OU OSSEUX. CcS divCrSeS • altérations ont pour effet commun de rétrécir les divers orifices du cœur, de • 8 opposer au libre jeu des valvules , et , par conséquent , de gêner de cours du •■‘‘ang... Ainsi donc un grand nombre de rélrécissemens des différens orifices du • cœur, produits soit par des végétations qui recouvrent la membrane, soit par 200 MALADIES DU CœUR EN PARTICULIER, intime de leur développement, satisfait d’avoir prouvé que ces lésions n’étaient réellement que les phases diverses d’un seul et même état morbide, que les métamorphoses d’une seule et même maladie, que les formes variées sous lesquelles peut se révéler en quelque sorte l’endocardite aux diverses périodes, aux divers âges de sa complète évolution. Nous pouvons dire quelques mots maintenant du mode de dé- veloppement et d’accroissement des produits accidentels dont nous avons en quelque sorte découvert la cause primi- tive, originelle, c’esi-à-clire l’acte générateur. Toutefois, ce ne serait pas ici le lieu de trop s’appesantir sur ce point de pathogénie ou d’organogénie anormale (i). Les lois qui président à la formation et au développe- ment des produits accidentels, des tissus anormaux, n’é- tant qu’une modification de celles auxquelles sont soumis la formation et le développement des tissus normaux, il est évident que la connaissance de celles-ci doit jeter une vive lumière sur la connaissance des autres. JMalheureuse- ment le mécanisme de la génération , du développement et de la nutrition des tissus normaux est encore enveloppé d’épaisses ténèbres. A défaut de notions précises sur la na- ture intime de cette opération vitale , exposons celles que nous possédons sur quelques unes de ses conditions obser- vables. Quel que soit en lui-même l’acte qui régit le développe- ment d’un tissu ou d’un orgaite quelconque, il ne peut s’accomplir qu’à la condition d’une circulation dans ce • des concrétions cartilagineuses ou osseuses qui la soulèvent, reconnaissent pour • point de départ une inllammation aiguë ou chronique de la membrane qui ta- • pi>se les cavités du cœur. » ( Andral, Clin, mùd., 1. 1", p. 53-56, 1829. ) On le voit, les idées de M. Andral sont au fond exactement les mêmes que les nôtres. (i) Dans un Traité dt nosolo/’ie gèncrala et philosophique, que nous nous pro- posons de publier, nous lâcherons de traiter cette question avec tous les déve- loppemens quelle comporte. HISTOIRE GÉNÉRALE DE l’eNDOCARDITE. QOl tissu , dans cet organe. Aussi les observateurs ont-ils remarqué que plus l’afflux actif i\u sang y était considéra- ble, plus le mouvement nutritif était rapide. C’est, par < exemple, ce qu’on a observé en étudiant l’acte de l’ostéo- j; génie. Le sang que la circulation fournit à l’organe qui croît et se développe, est en effet la source des matériaux de I cet accroissement et de ce développement, et ces matériaux diffèrent selon la nature du tissu ou de l’organe dont on I étudie révolution. Sans cette circonstance, on ne saurait I concevoir pourquoi les tissus et les organes ne sont pas partout exactement les mêmes. La raison pour laquelle l’os I s’empare de la gélatine et du phosphate calcaire du sang, le foie d’autres élémens, etc. , etc. , nous est inconnue en elle-même et se perd dans les mystères des affinités vitales électives. Du reste, on admet généralement aujourd’hui que I la matière plastique du sang tend en quelcjue sorte de son propre mouvement à s’organiser , quand elle se trouve placée dans des conditions convenables. Cela posé, voyons jusqu’à quel point on peut appliquer au développement des produètions d’origine inflammatoire les considérations précédentes. Qu’est-ce que l'inflamma- tion? une opération morbide aussi inconnue dans sa na- ture intime que la nutrition et la sécrétion elles-mêmes, dont elle n’est réellement qu’une modification. Quels sont les principaux phénomènes qui se passent au moment où cette opération morbide s’accomplit dans toute son éner- gie ? une congestion active , un afflux de sang plus considé- rable qu’à l’état normal , un développement insolite de 1 organe, une sécrétion qui diffère à la fois de la sécrétion normale et parla quantité et par la qualité du produit qui en résulte. Au sein de ce produit existe une matière plasti- que, contenant, comme nous l’avons vu, le germe de l’orga- nisation , et qui s’organisera effectivement, si certaines circonstances extérieures ne viennent pas troubler l’exer- cice du nisus formativus . Mais il est clair comme le jour 203 MALADIES DU COEUR EN PARTICULIER, que le tissu qui s’organisera et se développera dans la par- tie qui, jouant pour ainsi dire le rôle de matrice, a reçu , le secretum accidentel où résident les rudimens d’un tissu j de nouvelle formation; il est évident, disons-nous, que ce | tissu offrira des différences selon la nature , la composition de la partie enflammée, de même que dans l’évolution nor- ] male , les produits de celte évolution varient selon la na- i ture des organes où elle s’opère. De là , ces nombreuses > variétés de productions accidentelles dont l’origine peut i être inflammatoire. ^ D’un autre côté, il ne faut pas croire que le secretum v injlarrunatoire, variable suivant la nature des organes sécré- } teurs, ne se présentera pas sous des formes différentes , ^ selon qu’on l’observera à telle ou telle époque, à telle ou < telle phase de son évolution, et sous ce rapport en- core, nous voyons dans l’organogénie anormale une confir- mation des lois de l’organogénie normale. On sait assez en effet, que les organes n’offrent pas exactement les mêmes apparences dans les différentes périodes qui partagent le cours de leur évolution. Et pour citer un exemple d’évo- lution normale qui se lie étroitement à notre sujet, qui peut ignorer que l’on observe dans l’opération de la for- mation des os (jostéogénie) , trois formes bien distinc- tes dans la substance organique qui doit constituer un os ? Cette substance, d’abord molle, gélatiniforme, se con- vertit plus tard successivement en cartilage et en os. Or, c’est là précisément ce qui a lieu dans l’ostéogénie d’o- rigine inflammatoire , dans la formation du caJ dans la production des exostoses, etc. Hé bien, les ossifications de l’endocarde et des autres membranes séro-fibreuses sui- . vent, jusqu’à un certain point , la même marche. Ces pro- ductions ne se forment point de toutes pièces et pour ainsi- ^ dire en un clin-d’œil : elles éprouvent les transformations, les métamorphoses ci-dessus exposées, soit qu’elles se dé- » veloppent dans une fausse membrane , d’abord amorphe et i r IIISTOIRTÎ GÉNÉRALE DE l’eNDOCARDITE. 2o3 greffée sur une niembi'ane séreuse, soit qu’elles envahis- sent l’épaisseur même des tissus dans lesquels on les ren- contre (i). Ainsi donc, ce n’est point une baliverne, quoi I qu’en ait dit un de nos honorables confrères, que de faire remonter par des gradations successives certaines ossifica- tions à une inflammaWon , puisque nous trouvons dans la formation du cal lui-même un exemple éclatant de ce i genre de productions (2). Je pourrais examiner maintenant quelles sont les mbdi- : fications principales que nous offriront les produits de l l’inflammation, selon les différens degrés dont cette opéra- t tion morbide est susceptible , et selon les conditions géné- 1 raies et locales des individus, mais nous avons déjà ou- I trépassé les limites que nous impose la nature de cet |) ouvrage, et nous renvoyons d’ailleurs pour cette question I. aux beaux travaux des Hunter, des Bichat, des Dupuytren et des Broussais. ' , - ‘ J . .. ,fT y. (1) Je n’ai pas besoin de dire qu’il n’existe point une identité complète entre les ossifications accidentelles'et les os normalement développés. 11 y a même des cas où, comme nous l’avons dit, les productions désignées sous le nom d’ossifica- tions, mériteraient mieux le nom de pétrifications ou de concrétions pierreuses, \ calculeuses . Il me semble que le noyau de cette espèce d’ossifications une fois pro- duit, leur accroissement est moins peut-être un véritable phénomène de nutri- tion qu’un phénomène ordinaire de cristallisation, (2) Morgagni a très bien entrevu les métamorphoses que nous signalons ici, quand il a considéré comme des rudimens d’ossification ( inchoamenla ossifîca- tionis) les taches jaunes que l’on trouve si souvent dans les artères. I MALADIES DU COEUR EN PARTICULIER. 2o4 ■) ARTICLE DEUXIÈME. EXPOSITION ET APPEliCI ATIOW DBS SYMPTOMES DE l'eHDOCAEDITE GÉniBALE ET PABTIELLB. § I.' Exposition des symptômes. » I. Symptômes de la période d’acuité. Nous suivrons dans la description des symptômes de l’en- docardite à lelat aigu l’ordre que nous avons adopté dans la description des symptômes de la péricardite également aiguë. , . ^ 1° Des quatre symptômes généraux que les pathologistes ont assignés à l’inflammation, trois, savoir la chaleur, la rou- geur et la tuméfaction, se dérobent complètement à notre exploration dans l’endocardite, et le quatrième, c’est-à-dire la douleur, manque entièrement dans l’immense majori té des cas. Dans ceux où ce dernier symptôme existe, il ne dépend point directement de l’endocardite , mais bien de la com- plication de cette maladie avec une phlegmasie du péricarde ou de la plèvre (i). Mais si la douleur proprement dite n’est pas la compagne ordinaire de 'Tendocardite , ce symptôme est souvent remplacé par un sentiment de malaise, d’em- barras , d’oppression , d’anxiété dans la région précordiale. Lorsque ce sentiment est porté à son comble, il est accom- pagné d’une tendance à la syncope ou aux lypothimies. 2° Les signes physiques fournis par l’inspection , la pal- pation, lapercussion et l’ auscultation, méritent la plus grande attention et n’ont encore été notés par aucun auteur. Lorsque l’endocardite est compliquée de péricardite et qu’elle date déjà de plusieurs jours , on observe quelque- fois une légère voussure de la région précordiale (2), (i) Nous avons dit que dans les inflammations de ces membranes elles-mêmes, la douleur parait tenir esstntîellement à l'irritation des nerfs sensitifs voisins. (a) Je dois avouer que jusqu’ici la saillie de la région prëcordiale m’a paru IIISTOIHE GÉNÉRALE DE l’eNDOCARDITE. Ûo5 Cette région , dans l’endocardite simple, est ébranlée par la violence des battemens du cœur, qui repoussent fortement la main appliquée sur elle. Ces battemens, véri- tables palpitations aiguës, se font sentir dans une étendue plus considérable qu’à l’état normal et proportionnelle au gonflement, à la turgescence que le cœur peut avoir éprou- vée sous l’influence de la fluxion inflammatoire. Un frémis- sement vibratoire plus ou moins marqué se fait aussi quel- quefois sentir dans la région précordiale. La percussion de la région du cœur donne un son mat dans une surface de 4, 9 et même 16 pouc. carrés; pour dis- tinguer celte matité de celle qui serait l’effet d’un simple épanchement dans le péricarde , il suffit de faire attention qu’elle coïncide dans le cas d’endocardite avec des batte- mens du cœur superficiels, visibles, sensibles à la main, tandis que, dans le cas d’épanchement considérable, les battemens du cœur sont profonds, éloignés, très peu ou même nullement sensibles à la vue et au toucher, du moins dans le décubitus ordinaire. U auscultation fait entendre un hruit de soufflet masque les deux bruits normaux du cœur à la fois ou bien un des deux seulement. Ce bruit de soufflet est d’autant plus fort que les battemens du cœur sont plus violens et plus préci- pités. (i). L’auscultation fait entendre aussi , quand les coïncider toujours arec une endocardite compliquée de péricardite. Je ne sais si la simple turgescence inflammatoire du cœur, combinée avec la violence des bat- temens de cet organe, suffirait pour produire en quelques jours la saillie dont il est ici question. Cela ne me paraît pas encore très probable. (i) 11 nous semble probable que le bruit de souffle ou de râpe doit être d’autaut plus fort, que le gonflement des valvules est plus considérable, et qu'il s’est formé autour de ces valvules ou à la surface môfne des cavités du cœur, une masse plus grande de concrétions fibrineuses ou pseudo-membraneuses. 11 est bien entendu ce- pendant que si les concrétions étaient asser abondantes pour oblitérerpresque en- tièrement les cavités du cœur, cette circonstance pourrait diminuer l’intensité du bruit de soufflet, au lieu de l’augmenter, vu l’obstacle extrême quelle opposerait Îi06 MALADIES DU COEUR EN PARTICULIER, battemens du cœur s’exercent avec une certaine violence, un tintement métallique isochrone à la systole ventricu- laire. 3° On peut apprécier par la vue et par le toucher la 1 force des battemens du cœur (i y. Ce n’est pas seulement sous le point de vue de leur force ! et de leur énergie que les battemens du cœur sont troublés pendant le cours d’une endocardite aiguë. En effet, constam- ! ment l’augmentation du nombre de ces battemens se joint ! à l’augmentation de leur force, et dans un assez bon nombre 1 de cas, le rhjthme de ces mêmes battemens est profondément altéré. Nous avons vu, chez quelques sujets, le nombre des battemens du cœur s’élever à i40) psr minute, et dépasser même ce chiffre (voy. l’obs. 22®). H est assez rare :! que les battemens du cœur ne soient pas irréguliers , iné- ;i gaux , intermittens , quand leur fréquence est portée à ce terme. 4“ Une réaction fébrile plus ou moins forte accompagne ’ ordinairement l’endocardite aiguë. Toutefois, il ne faut pas confondre avec un véritable état fébrile la simple augmen- tation de la fréquence du pouls et des battemens du cœur ^ dans le cas d’endocardite, soit simple, soit compliquée de |; péricardite. En effet , cette fréquence peut exister en Tab* sence d’une réaction fébrile proprement dite. Nous en I, avons eu ce mois-ci (janvier i835) un remarquable exem- \ pie à la clinique. Un malade , couche au n® 2 de la salle i St-.Tean-de-Dieu , fréquemment atteint de douleurs rhuma- I tismales, fut pris d’une endopéricardite sub-aiguë des I |l * au jeu des Talvoles et des parois du cœur. Au reste, ce sont là des hypothèses sur lesquelles il ne faut pas trop insister. . I (i) Quelques expériences récentes nous portent à croire qu’au moyen du ! $phygmomèlr6 àeM. Hérisson ou d’un autre instrument du même genre, on parriendra quelque jour à mesurer d’une manière précise les differens degrés I; d’augmentation de la force des contractions du cœur. !i ' » i J HISTOIRE GÉNÉRALE DE l’eNDOCARDITE. 207 mieux caractérisées. Les battemens du cœur et du pouls s’élevaient à plus de i4o par minute , et ils étaient inégaux, irréguliers, intermittens. Cependant, le malade n’éprou- vait point ce malaise intérieur, cette agitation générale qui accompagne l’état fébrile ; la chaleur de la peau était nor- male ainsi que la soif. Mais, je le répète, l’absence de la fièvre dans une endocardite aiguë est une circonstance peu ordinaire. ^ Avoir indiqué les caractères des battemens du cœur , c’est, jusqu’à un certain point, avoir indiqué en même temps ceux des pulsations artérielles. Il est bon cependant de savoir que le pouls n’est pas toujours la représentation fidèle des battemens du cœur. Ainsi , chez quelques mala- des, tandis que le pouls était petit , peu développé , misé- rable, les battemens du cœur s’opéraient avec une violence et un tumulte extraordinaires. Cette sorte de discordance entre les pulsations du cœur et celles du pouls est facile à concevoir : elle dépend ordinairement de la présence d’une masse considérable de concrétions fibrineuses dans le . cœur , d’un engorgement des valvules ou d’un embarras des orifices , toutes circonstances qui , malgré la violence des battemens du cœur , s’opposent à ce qu’une large co- lonne sanguine soit projetée dans le système artériel. Aussi , est-ce alors que l’on voit survenir la pâleur du vi- sage , l’anxiété , la jactitation, les défaillances, les éblouis- semens, la syncope. Il est aussi des cas (et notre observation 22® est un cas de ce genre) , où les pulsations du pouls et celles du cceur diffèrent en Ire elles même sous le rapport du nombre. Alors, c’est toujours, comme on le devine aisément , le nombre des pulsations du pouls qui est inférieur à celui des batte- mens du cœur. Pour comprendre cette nouvelle espèce de désaccord entre le pouls et les contractions du cœur, il sulfit de savoir qu’il est des cas où l’embarras , la gêne de la circulation à travers le cœur est telle , que la petite 2o8 maladies du coeur en particulier. masse de sang qui est chassée pendant la systole ne suffit pas pour ébranler la colonne qui circule dans les artères éloignées du centre. 5° En général , dans la première période d’une endocar- dite aiguë , la circulation veineuse n’est pas considérable- ment troublée. Néanmoins, quand le passage du sang s’opère très difficilement à travers le cœur (ce qui arrive lorsque d’abondantes concrétions fibrineuses se sont for- mées, que le jeu des valvules est gêné’, etc.) , le visage et les mains prennent une teinte violette ou livide, et il survient une certaine bouffissure de la face avec empâte- ment, engorgement séreux des extrémités. Je suis même très disposé à croire que la perte de connaissance subite, les mouvemens convulsifs légers, suivis de respiration sler- toreuse et d’écume à la bouche , tels que nous les avons observés chez deux de nos malades, étaient le résultat d’une forte congestion veineuse du système encéphalique, provenant de l’obstacle qu’apportaient au dégorgement de la veine-cave supérieure les concrétions fibrineuses qui dis- tendaient les cavités du cœur en général et les cavités droi-. tes en particulier. Dans ce qui précède nous avons plus spécialement insisté sur l’influence des conditions mécaniques dans le trouble des fonctions de la circulation centrale; mais loin de nous la pensée d’attribuer exclusivement à des causes de cette espèce le trouble dont il s’agit. De même, en effet, que c’est dans une excitation dynamique, dans une stimulation hyper-normale du principe animateur ou du système ner- veux du cœur, qu’il faut chercher le secret de l’augmen- tation de force et de fréquence de ses batlemens; de même au.ssi , dans un certain nombre de cas , c’est à une lésion de , l’innervation du cœur qu’il faut rappor- ter V irrégularité, l’inégalité , V intermittence des battemens de cet organe. Cette sorte àé ataxie est pour le cœur ce que sont pour les centres nerveux le délire , les hallucinations, HISTOIRE GÉNÉRALE DE L ENDOCARDITE. 200 les mouvemens spasmodiques ou convulsifs qui accompa- gnent la méningo-encéphalite aiguë , ce que sont pour l’es- tomac, les nausées, les vomissemens, etc., etc. • 6° L’influence de l’endocardite aiguë sur la respiration est presque nulle, dans les_cas où la circulation se fait assez librement à travers le cœur. I>ious avons rencontré plusieurs individus qui n’éprouvaient aucun sentiment de dyspnée ou d’oppression, du moins dans l’état de repos. Mais toutes les fois qu’un grand obstacle s’oppose au cours du sang dans les cavités du cœur, les malade:s sont en proie à la plus dé- chirante oppression; ils étouffent, comme ils le diseilt„ res- tent assis plutôt que couchés dans leur lit , ne goûtent aucun moment de sommeil, et cherdient vainement, au mi- lieu d’une agitation, d’une jactitntion perpétuelle , quelque position qui leur permette de satisfaire le pressant besoiii de respirer qui les tourmente. Les troubles que peuvent offrir les fonctions des cen- tres nerveux, sont en général la conséquence des' lésions de la circulation et de la respiration; aussi avons-nous été obligé de les signaler en parlant de ces dernières. Piÿsque jamais, lorsque l’endocardite est simple, sans complication de pleu- résie ou de péricardite , il ne se manifeste un véritable dé- lire ; mais quand^la dyspnée est extrême , que les nialades sont sans cesse dans un état imminent de syncope , ils éprouvent par intervalles une sorte d’égarement , qui se rapproche de celui que peut produir^e une vive et profonde frayeur. 8“ Les fonctions digestives se comportent dans l’endocar- dite comme dans toutes les autres grandes maladies aiguës, * non compliquées d’une affection idiopathique du tube di- gestif. Il en est de même des principales fonctions sécré- toires : disons seulement que dans les cas de dyspnée excessive et d’obstacle très considérable à da circulation, on voit assez souvent survenir des sueurs froides soit • i4 s 10 MAtADÏES DU COEUR EN PARTICULIER. sur tout le corps , soit sur le visage et le front seulement. L'ensemble' des symptômes que nous venons d’exposer offre de tiombreuses différences, selon l’étendue, le degré plus ou moins aigu de l’endocardite, la susceptibilité des individus, les complications, etc. La description que nous «venons de tracer s’applique particulièrement à l’endocardite générale très aiguë. Lors- que cette phlegmasie est partielle, qu’elle affecte une marche sub-aiguë ou même tout-à-fait lente, chronique, elle ne s’annonce plus par un cortège de symptômes aussi saillans, et, pour la reconnaître, il faut apporter une grande attention h l’examen <;Jes malades. Telle que nous venons de la décrire, l’endocardite ai^ë ne saurait être confondue par un observateur exercé avec aucune autre maladie, si ce n’est, peut-être, la péricardite. J’avouerai, pour ma part , qu’il est quelques cas assez em- barrassans. reste , ce serait une erreur de peu de gravité que de prendre une péricardite pbur une endocardite et réciproquement; maladies qui, d’ailleurs, comme nous l’avons fait remarquer précédemment, co-existent très sou- vent l’une avec l’autre. Lorsque la péricardite est accompagnée d’un épanchement considérable , on né peut la confondre avec l’endocardite pure et simple, attendu que dans cé cas les battemens du cœur sont obscurs, éloignés, difficiles ou impossibles à sen- tir à la vue ou au toucbel^, ce qui est l’opposé de ce qu’on observe dans l’endocardite. Mais lorsque la péricardite ne détermine qu’une simple exsudation pseudo-mémbraneuse, il est réellement assez difficile de la distinguer de l’endocar- dite , d’autant plus qu'elle s’accompagne alors d’un bruit de frottement péricardique, qui, comme nous l’avons noté ailleurs, ressejpble quelquefois beaucoup au bruit de frot- tement qui s’observe dans l’endocardite valvulaire. Il est pourtant vrai, de dire que cette forme delà péricardite est histoire générale de l’eJîDOCARDITE. !3lt rarement la cause d’une oppression et d’une gêne de la cir- culation, aussi considérables que celles qui se manifestent sous l’influence d’une violente endocardite. En dernièreanalyse, il n’est pasdifficile de diagnostiquer utie inflammation très aiguë du tissu séro-fibreux du ëœuT en général ; mais il est des cas où l'on ne peut guère décider Si l’inflammation occupe exclusivement l enveloppë eXtërne oU l’enveloppe interne du coëur. Je n’ai rien négligé pour distinguer les uns des autres lës cas dans lesquels le bruit de.soulflet où de râpe eSt lé ré- sultat tantôt d’une péricardite aiguë, tantôt d’uné endo- cardite et tantôt d’une endo péricardite. Lès recherches auxquelles je me suis -livré n’ont pas encore été sirfflsani- ment répétées pour établir sur dès données cotnplètërnent satisfaisantes la distinction dont il s’agit. Dans trois <*àS, nous avons vu le bruit de soufflet où de râpe disparaître quand on faisait changer de position aux malades, et revenir quand on les rétablissait dans le clécubitüs ho- rizontal qu’ils affectaient avant l’expériencè. Or, il nous semble que cette remarquable particularité indique un frottement péricardique et non un frottement endocar- dique ou valvulaire : en effet, on conçoit bien qu’un tel changement de position puisse diminuer ou même empê- cher presque complètement le frottement entre les sur- faces opposées du péricarde et partant le bruit anormal qui en serait le résultat , mais on ne comprend pas comment le même changement de position pourrait faire dispa- raître le bruit de soufflet ou de râpe qui dépendrait d’une lésion des valvules du cœur (i). (i) De nomhre\iscs ouvertures de cadavres nous auraient probablement fourni les moyens de résoudre celtè difficulté de diagnostic; mais heureusement nous avons sauvé jusqu’ici presque tous nos malades. 21 a MALADIES Dü CœUR EN PARTICULIER. II. Symptômes et diagnostic des diverses lésions dites organi- ques ^ qui surviennent dans les seconde et troisième périodes de V endocardite . L’endocardite peut se terminer par une entière résolution et, dans ce cas, on voit peu à peu se dissiper les divers symptômes que nous avons fait connaître dans le précédent paragraphe. Mais comme jusqu’iei l’endocardite avait été entièrement méconnue , et que partant elle n’avait point été soumise à un traitement convenable, l’heureuse termi- naison que nous venons d’indiquer n’était pas la plus com- mune. Or, nous savons quels sont les résultats d’une endo- cardite, passée à l’état chronique. Sous cette nouvelle forme, le mouvement inflammatoire diminue graduellement d’intensité et dégénère insensible- ment en un mouvement lent, qui n’a quelquefois pour effet que l’épaississement simple ou hypertrophique des tissus, mais qui dans beaucoup de cas amène un certain degré d’induration et de dégénérescence de ces mêmes tissus. Quoi qu’il en soit, telle est parfois la lenteur de l’acte pathologique qui succède à l’inflammation aiguë, qu’on l’apprécie bien moins en lui-mêmé, que par les résultat#dont il est suivi à la longue. Ce travail sourd, lent, chronique, est pourainsi dire au travail inflammatoire aigu qui l’a précédé, ce qu’est, dans une montre, le mouvement de l’aiguille qui marque les heures à celui de l’aiguille qui marque les secondes. La l'apidité avec laquelle s’exécute ce dernier, permet à l’œil de l’apercevoir et de le suivre , tandis que la lenteur de l’autre le dérobe complètement à l’œil. Celui-là n’est ce- pendant pas moins réel que l’autre , comme le prouve l’es- pace parcouru par l’aiguille à heure dans un temps donné. De toutes les altérations organiques que l’endocardite peut entraîner à sa suite, et qui, une fois développées, sur- vivent à leur cause, et constituent alors des lésions presque purement mécaniques, celles qu’il importe le plus desavoir IIISTOIIIE GÉNÉRALE DE l’eNDOCARDITE. 21 3 dia^mostiquer , sont , sans contredit, les diverses espèces d’indurations des valvules avec rétrécissement des orifices du cœur. C’est aussi par l’exposition de leurs symptônies que nous allons commencer. A. Symptômes et diagnostic de Vinduration des 'valoides avec rétrécissement des orifices du cœur ( i ) . Soit que l’induration des valvules ait été précédée des signes d’une jndocardi.te aiguë, tels que nous les avons ex- posés plus haut, soit qu’elle ait primitivement affecté une marche lente et chronique, une fois qu’elle est parvenue à un certain degré et qu’elle est accompagnée d’un rétrécisse- ment notable des orifices, le médecin, qui s’est familiarisé avec ce genre de maladie, en établit le diagnostic avec une certitude et une précision qui ne le cèdent, en rien à celles qu’un habile chirurgien apporte dans le diagnostic de l’in- duration et du rétrécissement d’un organe creux extérieur , tel que l’urètre et le rectum, par exemple. Les signes qui nous font reconnaître le rétrécissement des orifices du cœur, consécutivement à une induration des valvules, doivent être distingués en ceux que fournissent les divers modes d’exploration de l’état du cœur, et en ceux qui sé tirent de l’exploration de l’état des autres organes. SIGNES LOCAUX. I® LHnspection des batlemens du cœur ne nous fournit aucun signe direct et certain de la lésion organique qui nous occupe. Mais comme cette lésion est ordinairement accom- pagnée d’hypertrophie et de dilatation du cœur, l’inspec- tion, comme nous le dirons en traitant de ces maladies, nous procure des données utiles sur la force et l’étendue des hattemens du cœur, ainsi que sur leur rhythme. (i) Je traiterai, à Y article Hypertrophie, du rétrécissement que les caTÎtci du cœur elles-mêmes peuvent éprouver ( hypertrophie concentrique ). î2i4 MAfi^DIES DU CCEUR EN PARTICULIER, 2° L’application de la main sur la région précordiale en même t;çrups qu’elle nous fait apprécier les modifications survenues dans la force, l’étendue et le rhythrae des batteraens du cœur, fait éprouver la sensation du frémissement 'vibratoire ou cataire [bruissement particulier j espèce d’ondulation , fré-^ missement sourd de Corvisart.) L’existence du frémissement cataire ou vibratoire et les irrégularités, les intermittences, les inégalités des battemens du cœur sont des signes d’une grande valeur pour le diagnostic du rétrécissement des orifices du cœur (i). • Parmi les désordres survenus dans le rhythme des batte- mens du cœur de quelques uns des -individus atteints de rétrécissement des orifices et d’induraiion des valvules, l’un des plus remarquables est, sans contredit, ce triple ou même ce quadruple mouvement du cœur, dont nous avons parlé dans nos prolégomènes. 3v La percussion , comme on a pu le voir par les nom- breuses observations que nous avons rapportées, fait re- connaître, dans presque tous les cas, une matité beaucoup plus étendue qu’à l’état normal. Mais cette circonstance tient à la dilatation et à l’hypertrophie qui accompagnent le rétrécissement des orifices, et ne peut être considérée comme un signe direct de cette dernière maladie. 4“ L’ auscultation est la méthode d’exploratien à laquelle nous devons la connaissance de l’un des signes les plus précieux du rétrécissement des orifices du cœur et de-l’in- duration, des valvules. Ce signe lumineux consiste dans le • (i) Corvisart attachait un grand prix à l’existence du frémissement de la ré- gion précordiaJe comm.i signe du rétrécissement des orifices du coeur et de celui de l’orifice aortique en particulier. Ce frémissement se fait également sentir, sui- vant cet illustre observateur, à la main qui interroge le pouls. Il dit , eu parlônt du rétrécissement de rembourhure aortique. : «/ci. point d’obscurité, et quand la rnédecin n'aurait pour guide que cette espèce d'ondulation , ce bruissement, ce friq\isjemên,t sourd , ce caractère si reconnaissable du pouls , dans tous Us cas de ce genre, son diagnostic ne doit plus être, incertain. > O L IIISTOIIIE GÉNÉRALE DE l’eNDOCARDITE. 2i5 bi'uit de soufflât y de râpe ou de scie que l’on entend pen- dant les battemens du coeur. Le bruit de soufflet , de râpe ou de scie est tantôt double et tantôt simple. Dans le premier cas , il masque complète- ment le double claquement valvulaire. Dans le second cas, un seul des deux bruits valvulaires est couvert ou plutôt . remplacé par le bruit de soufflet. Le bruit que nous signalons offre plusieurs variétés sous le rapport de sa durée et de son intensité. Il est quelquefois brusque et saccade, tandis que, dans d autres cas, il est lent, prolongé, et pouf ainsi dire filé. Chez quelques su- jets, son intensité est telle qu’on l’entend à Une certaine distance de la poitrine ; chez d’autres, au contraire , .il est un peu sourd et on ne le distingue bien qu’en auscultant avec beaucoup d’attention. Le bruit de soufflet sibilant ou roucoulant existe dans certains cas d’induration des valvules, ainsi que le démon- trent quelques unes des observations que nous avons rap- portées (Observ. 62*, 63', etc.). Les détails dans lesq-uels-je suis entré sur le mécanisme du bruit de soufflet , de râpe ou de scie, en traitant ailleurs des bruits anormaux du cœur (voy. Prolégom. , seconde partie) , me dispensent de m’en occuper ici. Mais je crois devoir insister de nouveau sur la constance àwhrmX. de soufflet, de râpe ou de scie, dans les cas d’un rétrécisse- ment notable des orifices du cœur avec induration des val- vules. Sur plus de cent cas de ce genre de lésion, que j’ai eu occasion* de rencontrer , il n’en est qu’un dans lequel je n’aie pas constaté l’existence de ce signe, et j’ai l’intime conviction que si j’eusse observé le malade avec plus de soin et un plus grand nombre de fois , j’aurais également entendu chez lui le bruit que nous étudions en ce mo- ment (i). • (1) Dans les cas où le rétrécissement des orifices avec indaratio^ dps Tabales ^l6 MALADIES DU CCffiUR -EN PARTICULIER. Aucune véritable douleur n’accompagne ordinairement l’induration des valvules. Quelques malades accusent seu- lement un sentiment à! embarras ou de pesanteur incom- mode dans la région précordiale ou vers'le creux de l’esto- mac. Presque tous se plaignent d’éprouver des palpitations plus ou moins violentes, des défaillances, des syncopes. Les palpitations augmentent au moindre exercice, par l’action de monter un escalier, etc., ou sous l’influence de » la moindre émotion morale. Les palpitations sont caracté-, risées à la fois et par l’augmentation de la force et par l’augmentation du nombre des battemens du cœur (leur nombre peut s’élever au-delà de i4o à i6o par minute). En résumé, lorsque chez un malade on entend un. bruit permanent de soufflet, de râpe ou de scie dans la région précordiale , qu’il existe en même temps un fré- missement vibratoire et des palpitations ou des battemens tumultueux, irréguliers, intermittens du cœur, il est à peu près certain , si la maladie date déjà de plusieurs mois ou même de plusieurs années, qu’il s’agit d’une induration des valvules avec rétrécissement d’un orifice ou de plusieurs orifices, du cœur. Rien ne manque à la certitude du dia- gnostic, lorsqu’à ces signes locaux se joignent les signes dits généraux que nous allons maintenant indiquer (i), et qui sont le résultat de l’influence qu’exerce sur les fonctions des autres organes , l’obstacle qu’oppose au passage du est accompagné du triple ou quadruple mouvementdu cœur dont il a "été question plus haut , on entend en même temps trois ou quatre bruits , au lieu de deux. Au reste, je renroie à ce que j’ai dit ailleurs de cette remarquable modiCcation dans le nombre et le. rbylhme. des mouvemens et des bruits alternatifs du aeur. (Yoy, P rolégom., pag. i8S et S'ûv.). (i) Les signes de celte dernière catégorie ont été donnés par plusieurs auteurs comme propres à l'anèvrisme du cœur, qui coïncide presque constamment avec la maladie qui nous occupe. C’est une grande erreur. T'n effet^lans ce cas , loin d'être le premier mobile des phénomènes dont il .s’agit , 1 anévrisme n’est lui- même qu’un des effets et, pour ainsi dire, des accidens de l’induration des val- ▼ules et du rétrécissement des oriüces du cœur. Au reste, "nous reviendrons suf HISTOIRE GÉNÉRALE DE l’ENDOCARDITE. 21 7 sang à travers le cœur l’indu ration «cl es valvules avec rétré- cissement des orifices. ' SIGNES généraux. J ° Influenee su?' la circulation ar'tériclleÇ i)et wineiise. — Irré- gulier, inégal, intermittent comme les hatteinens du cœur, lepouls contraste par sa petitesâe, par son exiguité, avec l’é- nergie, la violence et l’étendue de ces mêmes battemens du cœur ; malgré sa petitesse , il est dur et vibrant , lorsque le rétrécissement coïncide avec une grande hypertrophie du ventricule gauche; il offre quelquefois, mais pas con- stamment, l’espèce de frémissement ou cîe bruissement signalé par Corvisart ( ce fi* *émissement est Men plus facile à sentir dans les artères voisines du cœur, telles que. les sous-clavières et les carotides primitives, que dans les ra- diales). La circulation veineuse éprouve toujours un obsta- cle plus ou’moins coqsidérable , dans le cas de rétrécisse* ment des orifices du eœur avec induration des valvules. Toutes les veines extérieures en'général et celles qui sont les plus voisines du Icœur en particulier, comme les jugulaires, par exemple , offrent une dilatation proportionnelle au degré et à la durée de la maladie qui nous* occupe (Obs. 24', 5ç)*, 60®, etc.). Nous avons rapporté quelques ol> servations (Obs. 66®, etc. ) , où les veines jugulaires for- maient d’énormes nodosités variqueuses au-dessous de l’es- pace sous-claviculaire et sur les parties latérales du cou, en même temps que l’on voyait ramper sur les parois de l’ab- domen et de la poitrine de grosses veines anastomotiques, dont on n’observe aucune trace à l’état normal. On re- marque quelquefois dans les veines jugulaires distendues ce point de physiologie pathologique en traitant de la dilatation ou de l’anê- vrisme du cœur. , (•) L’exploration du pouls au moyen du sphygmomèlre de M. Hérisson peut fournir quelques données utiles au diagnostic de la lésion qui nous occupe. 9i8 maladies du coeur en tarticulier. et gouflées de sang une pulsation isochrone au pouls , et qui , pour cette raison , porte le nom de pouls ueineux. Il ne faut pas confondre ce phénomène avec l’expansion que présentent ces mêmes veines à chaque mouvement d’e^pira- * tion , ni avec le soulèvement que leur communiquent les battemens des carotides, he pouls 'veineux est l’effefcfclu reflux d’une certaine quantité de sang dans l’oreillette droite et les veines qui s’y dégorgent, pendant la contraction du ventricule droit. Ce reflux a lieu dans deux cas que voici : I® lorsque la valvule tricuspide indurée offre une ouver- ture que le jeu de ses lames soudées les unes avec les autres ne peut pas fermer pendant la systole ; a° lorsque l’orifice auriculo-ventficulaire droit est tellement dilaté que la valvule tricuspide, soit qu’elle conserve encore ses dimen- sions normales, soit qu’elle ait perdu de sa largeur, ne peut plus le boucher hermétiquement au moment de la ^ contraction ventriculaire. A l’obstacle qu’éprouve la circulation veineuse se rap- portent cette lividité , cette teinte Violacée , ce gonflement du visage et surtout des \h\Tes>{Jacies propria de Corvisart) ; cette injection foncée des mains, cet engorgement^ des pou- mons, du foie, du cerveau et des membranes muqueuses ; ces colle'ctions séreuses dans le tissu cellulaire et les mem- branes séreuses, ces hémorrhagies passives diverses, tous phénomènes qui surviennent dans le cours de la maladie que nous étudions. Ces phénomènes purement mécaniques s’expliquent avec tant de facilité que nous ne croyons pas devoir en faire une analyse plus détaillée (i). 2“ Influence sur la respiration. — Une légère dyspnée que les malades désignent sous le nom de courte haleine, l’essouffle- (i) Les congestions séreuses pasiive$ ou mécaniques dont ^il s agit ici commen- cent par les parties les plus décÜTes ; telle est même l’influence de la pesaïUeur sur la production de ces congestions, que, comme nous en avons cité des exem- ples , elles deviennent beaucoup plus considérables dans le côté du corps sur le- quel les m^adei sont restés couchés pendant un certain temps. HISTOIRE GÉNÉRALE DE l’eNDOCARDITE. Qig nient après des exercices un peu fatigans, sont les pre- miers troubles qu’éprouve la respiration. ]\^ais, à mesure que le mal fait des progrès, la dyspnée augmente, et de là le nom à' asthme sous lequel le vulgaire connaît la maladie qui nous occupe. Lorsque cette difficulté de respirer' est extrême, les malades ne peuvent plus respirer qu’en se tenant assis dans leur lit , et pour me servir de l’énergique expression de l’un d’eux, ils plutôt qu’ils ne re^- pirent. 3® Influence sur les fonctions cérébrales. — ■ Les trouilles de ces fonctions se lient de la manière la plus étroite à ceux de la respiration , et leur sont en quelque sorte proportionnels. Qui pourrait tracer dans toute sa vérité Iç déchirant ta- bleau du malheureux livré aux angoisses d'un rétrécisse- ment extrême des orifices du cœur? L’anxiété , la frayeur, le désespoir, respirent dans tous ses traits; ses yeux sont saillans , hagards , égarés ; ses sourcils se redressent , ses narines se dilatent , sa bouche s’ouvre comme pour expri- mer instinctivement le besoin qu’il a de respirer et pour seconder les efforts qu’il fait pour assouvir cet impérieux besoin (i) ; incapable de supporter la position horizontale, assis sur le bord de son lit , les membres inférieurs pen- dans, les membres supérieurs fixés sur la couche pour prê- ter un point d’appui aux muscles inspirateurs, le tronc for- tement courbé en avant, il est dans un état de jactitation continuelle, cherche le frais, pousse des gémissemens plaintifs,, et, d’une voix expirante, entrecoupée , accuse souvent l’impuissance de la médecine, implore la mort et (i) LesmouTemens dont il s’agit sont des phénomènes purement synergiques.* Les belles recherches de M. Ch. Bell nous ont révélé le secret de la synergie qui existe entre certains mouvemens des joues, des narines, des sourcils , des yeux , du cou , et les mouvemens des muscles respirateurs proprement dits. Le rôle que joue la septième paire de nerfs dans la production des mouvemens de la face en rapport avec ceux (Je la respiralipn, Iqi a valq le npm de nerf respirateur de la face. 220 MALADIES DU COEÜTl EN PARTICULIER, se la donnerait quelquefois lui-même, si ses forces défail? lantes et les circonstances où il se trouve le lui permet- taient. Il ne goûte plus les douceurs du sommeil, ou s’il lui arrive de s’assoupir, il est tourmenté par des rêves pénibles, et se réveille bientôt en sursaut. Dans quelques cas, il éprôuve de courts instans de relâ- che, et dans cette sorte de trêve, vraiment délicieuse, il se berce de l’heureuse idée d’une guérison prochaine, ^ain espoir qu^une nouvelle attaque d’asthme ne tarde pas à dissiper. Cependant, après des efforts dont l’instinct de la conservation est seul capable , les muscles de la respiration eux-mêmes tombent enfin dans Tépuisement où sont plon- gés tous les autres. Le malade n’a plus la force de se soute- nir ; sa tête roule sur l’oreiller, son corps, obéissant 4 la pesanteur , tombe sur les parties les plus déclives du lit pour ne plus se relever. Un assoupissement sub-apoplecti- que , sorte de sommeil que la nature lui accorde à ses der- niers momens, s’empare du malade; il ne reconnaît plus lespersonnes qui l’environnent; sa voix s’éteint, son haleine se refroidit , ses yeux se ternissent , son visage se décom- pose... il expire... trop heureux si une mort soudaine lui eût épargné les longues douleurs que nous vqnons de dé- crire (i) ! i • DIAGNOSTIC DIFFÉRENTIEL DU RETRECISSEMENT DES DIVERS ORIFICES DU COEUR. Existe-t-il des signes propres à nous faire connaître le siège précis du rétrécissement dans tel ou tel des orifices du cœur? La solution de ce problème , qui est au fond plus curieuse qu’utile , va nous occuper quelques instans. Dans la première édition de son ouvrage, M. Laënnec (i) La malade de l’observation a3e a présenté au plus haut degré l’ensemble des phénomènes ci-dessus exposés. IIISTOIRE GÉNÉRALE DE l’eNDOCARDITE. 221 pensait i“ que XHsochronisrne du bruit de soufflet , dé râpe ou de scie avec le pouls et la systole ventriculaire annon- çait que le rétrécissement occupait les orifices artériels; 2° que l’isochronisme des mêmes bruits avec la systole des oreillettes était un indice du siège de la maladie dans les orifices auriculo-veniriculaires; 3®quelebruitsefaisait plus fortement entendre dans la région des cartilages des 5% 6' et y' côtes, si les orifices gauches étaient rétrécis, et à la par- tie inférieure du sternum, au contraire, si les orifices droits étaient affectés de rétrécissement. Voici les résultats des longues et attentives recherches que nous avons faites sur la question dont il s’agit. Il est certain qu’en général le maximum d’intensité du bruit de soufflet , de scie ou de râpe existe dans le point de la région précordiale correspondant aux orifices rétrécis, et c’est en grande partie sur cette donnée que nous avons fondé notre diagnostic dans les cas partiSuliers que nous avons rapportés. Mais comme l’orifice artériel , surtout à gauche, est très voisin de l’ori- fice auriculo-ventriculaire correspondant, il est des cas où . la circonstance que nous venonsSiâ’indiquer ne suffirait pas pour faire reconnaître, d’une manière indubitable, si le ré- trécissement occupe l’un ou l’autre de ces orifices. L’exa- men du pouls, dans les rétrécissemens des orifices gauches, est une source de lumières qu’il ne faut pas négliger. En général, il est plus irrégulier, plus petit , plus inégal, plus intermittent dans le rétrécissement simple de l’orifice aor- tique que dans celui de l’orifice auriculo-ventriculaire gau- che. C’est aussi dans le rétrécissement du premier de ces orifices qu’on observe particulièrement le frémissement vibratoire du pouls signalé par ®brvisart , frémissement qui , comme nous l’avons déjà dit , est beaucoup plus marqué toutefois dans les artères voisines du cœur, telles que les sous-clavières et les carotides primitives, que dans les radiales. Ajoutons que \% maximum d’intensité du frémisse- ment cataire de la région précordiale , comme le maximum MALADÏÈS Dt3 CÔEUR EN rARTICt'LIER. d'intensité du bruit de frottement valvulairé, occupe l’es- pace de la région précordiale en rapport avec l’orifice ré- tréci. Quant à V isochronisme dù bruit de soufflet, de râpe ou de «cie avec la systole ou la diastole ventriculaire , il ne signi- fie pi‘esque absolument rien. En effet, le bruit de soufflet existe très souvent pendant le double mouvement du cœur dont il reniplace alors le double claquement (i). Le rétrécissement des orifices droits, d’ailleurs infiniment plus rare que celui des orifices gauches, est, en dernière analyse, plus difficile à reconnaître que ce dernier, ce qui ne serait pas, selon Corvisart, « si l’on pouvait interroger les pulsations de l’artère pulmonaire, comme on examine les battemens de l’aorte ou de ses branches. » Toutefois, on aura de fortes présomptions en faveur de l’existence de ce rétrécissement, si , le bruit de soufflet et le frémissement cataire ayant leur maximum d’intensité dans la région cor- respondante aux orifices droits, on observe en même temps un pouls veineux très prononcé dans les jugulaires , él les signes qui annoncent une^pertrophieconsidérahle duven- tricule droit.- Dans tout ce qui précède, noüs avons supposé que l’in- duration des valvules et lé rétrécissement des orifices du ,Cœur étaient déjà parvenus -à un degré très avancé. Le (i) Gela se conçoit aisément en rcdcchissant que, vii l’ouverture permanente qvie représente l’orifice dont les valvules sont devenues inhabiles à exécuter leurs mouvemens normaux, une certaine quantité de lang peut refluer à travers cette ouverture pendant la diastole v^Uriculaire, si le rétrécissemeut occupe les ori- fices artériels, et pendant la sysffe ventriculaire, s’il affecte les orifices auriculo^ ventriculaires. M. Filhos, contradictoirement à ce qvCavait avanc^ M. Laënnec, établit en principe que, dans ce dernier cas, le bruit de soufflet est isochrone à la systole ventriculaire , et dépend du reflux du sang à travers 1 orifice auriculo- ventriculaire rétréci. Il est très vrai que ce reflux constitue une cause ^de bruit de soufflet, mais il ne Tést pas moins que le passage ou le f^*x de la colonne san- guine à travers le même orifice, pendant la diastole ventriculaire , |est aussi une cause du même phénomène. histoire générale de l’endocardite. 223 diagnostic n’est pas tout-à-fait aussi facile lorsque la ma- ladie n’est encore qu’à son premier degré. Toutefois , des palpitations et une légère 'dyspnée habituelles^ augmentant au moindre exercice le son âpre et Comme étouffé qui ac- compagne les battemens du cœur, s’il n’existe pas encore un véritable bruit de soufflet, un peu d’infHtration des pieds et de la partie inférieure des jambes , surtout le soir, lorsque les malades sont restés leVésj voilà des données qui permettent de soupçonner au moins la maladie, et rien ne manquera réellement à la certitude du diagnostic, si les symptômes dont il s’agit ont succédé à ceux d’une endocar- dite aiguë, tels que nous les avons précédemment exposés. B. Symptômes et diagnostic de V épaississement et de V indura- tion de la membrane interne du cœur ou des valvules , sans ré- trécissement soit des orifices J soit des cavités du cœur. Le diagnostic d’un simple épaississement de la membrane interne du cœur , soit qu'il dépendé de l’organisation d’une fausse membrane à la surface de l’endocarde , soit qu’il résulte d’une véritable hypertrophie de cetfe enveloppe interne, me pàraat le plus souvent impossible, au moins dans l’état actuel de la science. - Lorsque l’épaississement hypertrophique occupe les val- vules , sans que celles-ci soient d’ailleurs déforiliées , ni les orifices rétrécis , il donne ordinairement lieu à une aug- mentation remarquable dans l’intensité des bruits du cœur. Ces bruits imitent alors un véritable claquement de fortes soupapes , ou bien encore le bruit que produiraient deux lames de parchemin appliquées brusquement l’une contre l’autre, ce qui m’a fait donner le nom.de hmiis parcheminés aux bruits valvulaires ainsi modifiési Ce phénomène est sur- tout bien tranché , lorsque l’épaississement affecte la val- vule bicuspide , la plus robuste de toutes. Lorsque l.e.s valvules sont épaissies , indurées, et qu’elles se sont comme repliées sur elles-mêmes, de manière à ^24 MALADIES DU CCEÜR EN PARTICULIER, n’avoir plus leur large\ir accoutumée ce qui coïncide quelquefois avec un élargissement plus ou moins marqué de l’oriÇce auquel elles sont adaptées , il en résulte un obstacle nécessaire à la circulation. En effet, les valvules ainsi transformées en une sorte de ruban ne jouent pins aveclamême liberté qu’à l’état normal, et elles sont insuffi- santes pour fermer complètement leur orifice; d’où le reflux d’une certaine quantité de sang à travers cet orifice quand elles se redressent, les unes pendant la systole, les autres pendant la diastole. De ce reflux naît un bruit de soufflet quelquefois' très. fort, isochrone à la sys- tole ventriculaire, si , comme cela est le plus ordinaire, la lésion occupe les valvules auriculo-venlriculaires. Au reste, cettelésion coïncide le plus souventavec l’adhérence des val- vules dont il sera question plus bas, et se confond alors en grande partie avec elle sous le point de vue séméiologique. C. Symptômes et diagnqptic de V adhérence des 'valvules auri- culo-'ventî'iculaires aux parois du cœur (i). Je n’ai 'observé .qu'e cinq ou six fois l’adhérence dont il s’agit, lésion qui n’avait encore été signalée par aucun des auteurs qui ont traité des maladies du cœur ex professa. Dans tous les cas où j’ai rencontré cette adhé- rence, elle coïncidait avec un épaississement et un endur- cissement plus ou moins marqué des valvules, dont une ou plusieuis lames .étaient raccourcies et comme roulées sur elles-mêmes. Des deuxdâmes de la valvule bicuspide, la seule que j’aie ainsi trouvée adhérente est la postérieure. Si les lecteurs ont présentes à la mémoire les observations relatives à l’espèce de lésion qui nous occupe (Obs. 5 Sa», 53" et 54e) , ils verront que les symptômes dont il est fait (i) Je ne connais encore aucun cas d’aclliérences des valvules aortiques ou pul- monaires aux parois de l’aorte ou de l’arlèrc pulmonaire. HISTOIRE GÉNÉRALE DE l’eNDOCARDITE. Q2Ô mention ont pour la plupart une très grande analogie avec ceux qui ont lieu dans les cas de rétrécissement des orifices : ces symptômes sont, en effet, les palpitations, le bruit de soufflet, le frémissement cataire, la dyspnée, les conges- tions veineuses et les collections séreuses passives. D’où vient cette ressemblance entre lès symptômes de deux ma- ladies en apparence si différentes sous le rapport anatomi- que ? Cette ressemblance tient essentiellement à ce que dans l’un et l’autre cas , il existe un obstacle mécanique à la circulation du sang à travers le cœur. Il est vrai que dans l’induration des valvules avec rétrécissement, l’obsta- cle est er| quelque sorte double , tandis qu’il est unique dans la lésion donfnous étudions ici le diagnostic. Mais à part le rétrécissement de l’orifice dans le cas d’induration des valvules , quel est donc l’obstacle qui peut s’opposer aa libre cours du sang à travers le cœur. Ce nouvel obstacle , et nous l’avons déjà signalé , c’est le reflux d’une cer- taine quantité de sang à travers l’orifice permanent de la valvule indurée et déformée. Or , ce reflux du sang est précisément l’accident qu’entraîne inévitablement à sa suite l’adhérence d’une portion du contour des valvules auri- culo-ventriculaires. Cette adhérence , en effet , ne permet pas à là portion de la valvule qui en est le siège de se redresser pendant la systole ventriculaire pour concourir à l’occlusion de l’orifice auriculo-ventrioulaire. Or, il est alors physiquement impossible qu’une partie de la masse san- guine, pressée de toutes parts par le ventricule contracté, ne reflue pas à travers l’orifice incomplètement fermé. Si l'on nous demande maintenant comment on peut distinguer l’adhérence partielle des valvules sans rétré- cissement bien notable des orifices , die l’induration de ces mêmes valvules avec rétrécissement, nous avouerons franchement que cette distinction n’est pas toujours fa* cile , et qu’il nous est arrivé pour noire propre compte de diagnostiquer cette dernière maladie da’ns quelques 3* i5 I s ' il 226 MALADIES Dü COEUR EN PARTICULIER. S| uns des cas où, il s’agissait de l’autre. Il est vrai qu’à { cette époque l’adhérence des valvules était encore pour ■ nous une maladie'tout-à-fait nouvelle. La méprise est d’ail- leurs fort innocente. |! Depuis que les faits rapportés dans cet ouvrage nous ont ï , permis de confronter exactement l’adhérence simple des valvules avec le rétrécissement par induration de ces mê- mes valvules ,, il nous a semblé que les différences suivan- I tes, auxquelles des observations ultérieures en ajouteront I sans doute de nouvelles, pouvaient, jusqu’à un certain point, empêcher de confondre ces deux-lésions l’une avec l’autre: 1° dans l’adhérence , le bruit de soufflet est plus large, moins sec, moins l'âpeux que dans le rétrécissement I . un peu avancé; 2® dans l’adhérence, les baltemens du cœur 1 sont moins irréguliers, moins inégaux, moins intermittens que dans le rétrécissement; et le frémissement cataire, quand il existe, est moins rude et plus diffus dans le pre- mier cas'que dans le second; 3“ dans l’adhérence , le pouls est moins petit , moins étroit que dans un rétrécissement considérable ; 4° enfin, dans l’adhérence, réiouffement, les congestions veineuses , les collections séreuses passives, toutes choses étant d’ailleurs égales, existent à un moins haut degré que dans le rétrécissement. > f D. Symptômes et diagnostic ^es végétations de la membrane interne du cœur et spécialement des valvules. ' Les végétations de la membrane interne du cœur et des valvulesne setraduisentcn quelque sorte à l’observation par aucun signe qui leur soit propre. Les^végétationsqui n occu- pent que la surface interne des cavités du cœur ( et jusqu ici elles n’ont été rencontrées que .dans les oreillettes), sont entièrement india gnosticab les , qu’on me passe cette expres- sion. Celles qui croissent sur les valvules cllcs-memes ne donnent véritablement lieu à quelques symptômes un peu saillans, qu’âutant qu’elles sont assez multipliées pour gener i HISTOIRE GÉNÉRALE DE l’eNDOCARDITE. 227 le jeu des valvules et produire un rétrécissement plus ou moins considérable des orifices. C’est une vérité que les observations consignées dans cet opvrage mettent hors de toute espèce de doute. Il est bien rare d’ailleurs de rencontrer des masses de végétations un peu volumineuses sur les bords ou à la sur- face des valvules , sans qu’il ej^iiste en même temps une in- duration plus ou moins considérable de ces valvules comme le démontrent, par exemple, les observations 59" et Ê()® de ce traité. Dans le cas de cette co-existence, le rétrécissement est à la fois produit et par^’épaississement avec induration des valvules, et par les végétations dont celles-ci sont hérissées ou comme surchargées. Quoiqu’il en soit, que les végétations existent seules, eq masses assez considérables pour gêner le jeu des valvules et rétrécir les orifices du cœur, ou qu’elles spient compliquée» ayec un épaississement et un endurcissement des valvules , capables de donner lieu par eux-mêmes à un rétrécisse- ment, il est évident que leur diagnostic se confond avec celui de cette dernière lésion. Toutefois , si les végétations ne rétrécissaient que médiocrement les, orifices et que les valvules sur lesquelles elles se seraient développées, con- servassent encore un assez libre exercise de leurs mouve- mens, elles n’apporteraient pas à la circulation et à la res- piration un aussi grand obstacle qu’une induration des valvules avec notable rétrécissement , ainsi que le prouve notre 61* observation (i). (1) Je ne sache pas qu’aucun observateur ait jamais diagnostiqué formellement l’existence de végétations valvulaires. Je suis porté à en soupçonner l’existence chez quelques uns de nos malades , auxquels il n’est resté d’autre symptôme notable d’une endo-péricardile rhumatismale qu’un bruit de soufflet très fort dans la région des orifices gauches du cœur. Mais jp dois avouer que j’ai besoin de nouveaux faits pour savoir à quoi m’en tçnir d’une manière positive sur le bruit de soufflet qui existe dans les cas de ce genre. x5. MALADIES DU CaEER EN PARTICULIER. § II. Appréciation rapide de quelques uns des symptômes de l'endocardite. Je ne me propose point ici d’approfondir le mécanisme des symptômes que l’endocardite possède en commun avec toutes les autres phlegmasies, étudiées sous le rapport de leur nature inlime. Mon unique objet est de montrer la liaison qui^peut exister entre les produits appréciables, les altérations physiques, suites de l’endocardite, et quel- ques uns des symptômes ou des accidens éprouvés par les malades. Cette étude me paraît d’autant plus importante, qu’elle est généralement plus négligée par la plupart des praticiens, qui ne s’imaginent pas quelle utilité la pratique peut retirer de pareilles recherches, de ces théories , comme quelques uns le disent d’un air de mépris on ne peut plus philosophique. Hé bien ! quoiqu’on en dise, parmi les symptômes ou les accidens qui sè développent pendant le cours d’une endo- cardite, les principaux, les plus formidables peut-être , se rattachent étroitement à certaines altérations anatomi- ques, physiques, mécaniques, produites par l’endocardite. Cela ne sera certainement contesté par aucun de ceux qui auront bien analysé les phénomènes de cette période de la maladie, où l’élément inflammatoire proprement dit ayant entièrement ou du moins presque entièrement dis- paru, pour faire place au travail d’évolution et de déve- loppement des produits inflammatoires , il ne reste plus que ces déformations diverses des valvules, ces rélrécisse- mens des orifices , enfin ces obstacles mécaniques à la cir- culation que nous avons pris soin de décrire avec tant de détails. Mais , ainsi que nous l’avons déjà indiqué précédem- ment, dans l’endocardite aiguë elle-même, parcourant encore sa première période , sa période (Vaugmeut , pour parler le langage des écoles, l’état physique, anatomique, matériel des cavités du cœur et du sang qui les parcourt, HISTOIRE GÉNÉRALE I)E l’eNDOCARDITE. 1220 joue quelquefois un très grand rôle dans la production des phénomènes observés. Croit-on, par exemple , que les valvules puissent impunément éprouver une violente tur- gescence inflammatoire? Les concrétions sanguines que, par un mécanisme encore peu connu, l’endocardite peut entraîner et entraîne quelquefois à sa suite, lés productions pseudo-membraneuses qui peuvent se coller , s’accrocher en quelque sorte aux valvules, à leurs tendons, à leurs muscles tenseurs, etc., etc., toutes ces altérations, qui pour provenir d’un travail vital n’en sont pas moins physiques et matérielles, ne seraient-elles absolument pour rien dans cette profonde gêne de la circulation, dans ces défail- lances, ces. lypoihymies qui impriment à la première pé- riode d’une endocardite sur-aiguë un caractère si grave, j’ai presque dit si foudroyant ? Quant à moi, je ne doute point que dans beaucoup de cas les altérations que je viens d’indiquer ne doivent être prises en sérieuse consi- dération pour l’explicatjon des symptômes observés pen- dant la première période d’une endocardite aiguë. Au reste, je le répète, l’élément phjsiquë et mécanique celte maladie n’est pas^OMf pour moi, et je le subordonne au travail vital comme on subordonne un effet à sa cause. Mais encore une fois , en accordant à l’élément dynamique et vital de certaines maladies toute la valeur qui lui est due, est-ce une raison pour ne tenir aucun compte de ce que les maladies ont de physique et de mécanique? Que dirait-on d’un mécanicien qui ne chercherait jamais dans les condi- tions materielles des rouages de ses machines la cause de leurs dérangemens fonctionnels ? > ARTICLE TROISIÈME. DD MODE DE DÉVELOPPEMENT IT DES CAUSES DE l’eNDOCABOITI. L endocardite reconnaît un double mode de développement: 23o maladies du cœur en particulier. tantôt, en effet, elle se manifeste sous l’influence de causes directés, immédiates, et tantôt, au contraire, elle succède aune autre phlegmasie. On peut donner le nom d’endocar- dite primitive ou idiopathique, à la première, et celui d’en- docardite consécutive ou sympathique à la seconde. Les prin- cipal es phlegmasies à la suite ou pendant le cours desquelles oD peut voir éclater une endocardite, sont la pleuro-pneu- monie, la phlébite et l’arthrite vulgairement désignée sous l’expression de rhumatisme articulaire aigu. Consultez les observations contenues dans la première section de ce cha- pitre ainsi qu’à l’article du traitement, et vous en trouverez un bon nombre auxquelles s’applique le mode de dévelop- pement que nous signalons en ce moment. Les causes directes et déterminantes de l’endocardite idiopathique ou primitive sont, d’ailleurs, foncièrement les mêmes que celles dont nous avons parlé en traitant de la péricardite. Nous ne saurions trop le redire, l’endocardite, à l’instar delà péricardite, se manifeste sons les mêmes influences que le rhumatisme articulaire aigu, et bien que, comme nous l’avons dit ci-dessus, cette phlegmasie puisse éclater quelquefois pendant le cours d’un grand rhumatisme arti- culaire aigu et d’une manière purement métastatique , sui- vant l’expression de certains pathologistes , il n’est pas moins vrai qiie, le plus souvent, le tissu séro-fibreux interne du cœur se prend en même temps qiie celui des articula- tions. C’est aussi ce que nous avons vu pour le tissu séro- fibreux externe du cœur (i). Au reste, n’oublions pas que (i) Sous le poi t de vue de leur structure et de leurs fonctions, les parties du cœur qui s’enflamment par l’influence des causes productrices du rhumatisme ar- ticulaire ont la plus grande analogie avec les parties des articulations qui sont le siège de ce dernier. Les cavités du péricarde et de l'endocarde répiésentant, sous le rapport qui nous occupe, des espèces de cavités articulaires, il n’est pas éton- nant, comme nous l’avons dit, en exposant les causes de la péricardite, que leurs phlegmasies co-existent si souvent avec celles des cavités articulaires proprement dites. HISTOIRE GÉNÉRALE DE l’eNDOCARDITE. 23 1 l’endocardite et la péricardite de cette espece, ce doublerhu- niatisme du tissu sëro-fibreux du cœur, marchent presque toujours de compagnie. Depuis que j’ai rédigé la partie de cet ouvrage relative à la' péricardite, j'ai eu de nouvelles occasions de vérifier l’assertion précédente. Encore une fois, rienn’est donc plus commun que la co-existence d’une péricardite et d’une endocardite dans les cas (dont il est question. ’ Nous terminerons ces réflexions 'en rappelant que pour nous il n’y a rien de réellement spécifique dans le rhuma- tisme articulaire aigu, ni par conséquent dans l’endo-péri- cardite rliiimatismale, ‘quant à ce qui concerné leur cause déterminante. Cette «cause, spéciale et non spécifique con- siste dans les grandes vicissitudes atmosphériques, et no- tamment dans l’exposition plus ou moins prolongée au froid, soit sec, soit surtout humide, le corps’ayant éprouvé préalablement un état de chaleur porté jusqu’à la transpi- ration. - ' Vainement quelques modernes médecins , couvrant de ténèbres les points les plus lumineux de l’étiologie, n’atta- chent qu’une très médiocre importance à la grande cause que nous signalons ici. S’il fallait ajouter à l’aütorité jour- nalière des faits l’autorité* des noms , nous pourrions op- poser, sans trop de désavantage, peut-être, Hippocrate et Sydenham aux médecins dont il s’agit ici.^Mutationes anni temporam maxihiè pariunt moj'bos,.d\l l’oracle de Cos, et in ipsis temporibuspnutatinnes magnæ,ium frigoris ^ tum caloris; et Sydenham , l’Hippocrate anglais , proclame dans ce lan- gage énergique qui lui était familier, que V impression d’un air froid lorsque le corps est en sueur est plus meurtrièke que la peste , la guerre et la famine. • ' ♦ • * * * > - * J / ‘ • ^32 MALADIES DU COEUR EN PARTICULIER. » , . ARTICLE QUATRIÈME. UlRCItE, DURÉE, COMPLICATIONS RT PRONOSTIC DE l’bHOOCAHDITE. , r * Comme la péricarclile, rcndocardite peut affecter une marche aiguë, suh-aigiië o\x bien une marche lout- à-fait chronique. L’endocardite la plus aiguë peut au bout d’un certain temps ralentir sa marche et se transformer en une endocardite chronique. La nature et l'intensité des causes de la maladie, la disposition individuelle des sujets c^u’elle affecte, le mode de traitement c{ui lui est opposé sont autant de conditions propres à modifier la marche de l’endocardite. ’ Les endocardites les plus aiguës que nous ayons eu occasion de rencontrer s’étaient manifestées à la suite d’un brusque refroidissement, chez des individus lym- phatico-sanguins , se livrant à des exercices pénibles, et auxquels on avait prodigué des excilans, du vin chaud en particulier , pour rappeler ce que le vulgaire appelle une sueur rentrée , etc. Pour calculer, d’une manière sinon rigoureuse, du moins approximative, la durée de l’endocardite,, il faut avoir égard à un très grand nombre d’élémeils ou de circonstances, tels que le degré et l’étendue de la maladie; son état de sim- plicité ou de complication, l’âge et la force des malades, les méthodes thérapeutiques mises en usage, et l’époque précise de' la maladie à laquelle on a pu y recourir. Je ne possède pas encore un assez grand nombre de faits pour résoudre d’une manière complètement satisfaisante la ques- tion de la durée de l’endocardite. Voici les données qui me paraissent les plus probables. A l’état aigu, l’endocardite gé- nérale peut affecter une terminaison funeste dans l’espace de quelques jours ,i^et le plus ordinairement alors la mort a pour une de ses principales causes la formation d’abon- dantes concrétions sanguines dans les cavités du cœur. IMais I HISTOIRE GÉNÉRALE DE l’eNDOCARDITE. 233 les résultats extrêmement avantageux que nous avons obtenus de l’application dp la méthode des à haute dose, et pratiquées coup sur coup, au traitement de l’endocar- dite aiguë , nous autorisent à dire que, dans la très grande majorité des cas, la'^maladie attaquée par celte méthode se terminera d’une manière favorable, dans l’espace d’une huitaine de jours, terme moyen. Nous calculons, au reste, la durée de celte maladie d’après des cas où elle était com- pliquée, soit avec une péricardite seulement, soit avec une pleurésie ou une pleuro-pneumonie , soit même avec une péricardite à la fois et une pleuro-pneumonie. • A l’état chronique , la durée de l’endocardite est en quel- que sorte illimitée. Sous cette forme , comme nous l’avons vu précédemment, il survient loujoursdiverses lésions orga- niques permanentes qui , lorsqu’elles sont portées très loin et qu’elles affectent les valvules et les orifices du cœur, se terminent nécessairement d’une manière funeste. Toutefois, si le travail sourd , lent et caché qui a présidé à leur déve- loppement se dissipe complètement, soit par les seuls efforts de la nature, soit par le bénéfice de l’art, ces lésionspeuvent rester long-temps stationnaires, et grâce à un sage emploi des moyens hygiéniques , plusieurs malades pourront pro- longer pour ainsi dire indéfiniment leur carrière. Les complications de l’endocardite sont pour la plupart les mêmes que celles de la péricardite. Nous avons déjà signale la co-existence de ces deux phlegmasies dans un grand nombre de cas de rhumatisme articulaireaigu ( voy. le chap.\de la péricardite ). Il est cependant une espèce d endocardite qui existe ordinairement sans péricardite, c est celle' qui se développe à la suite des grandes inflam- mations vasculaires en général, et spécialement à la suite d une phlébite intense. pronostic de l’endocardite se déduit en grande partie de ce qui précédé. Lorsqu’elle est générale et très aigiië , elle ponstitue, sans contredit , Tune des plus redoutables 234 MALADIES DU COEUR EN PARTICULIER, phlegniasies que l’on puisse rencontrer. Néanmoins , je le répète, les' faits les plus positifs nous ont appris qu’elle n’était pas toujours nécessairement mortelle, même avec ces deux graves conditions. Quant à l’endocardite en quelque sorte moyenne et à l’endocardite faible ou légère , en lui opposant le traitement convenable , elle cède avec assez de facilité. Encore une fois , l’endocardite chronique, celle qui a été suivie de profondes lésions orgàniques , , sans doute, céder à la saine administration des diverses ressources de l#tliérapeulique. Mais ses produits lui survivent, et comme nos instrumens ne peuvent pas les atteindre, leur incura- bilité est malheureusement une des plus tristes vérités de la médecine.' Aussi, lorsque les lésions consécutives à l’endo- cardite sont très étendues, et situées de telle sorte qu’elles opposent un grand et continuel obstacle à la circulation , justifient-elles, en ce qui les concerne, la terrible épigraphe de Gorvisart : hœretlateri lethalis arunclo. ARTICLE CINQUIÈME. " ’ h - I TRAITEMENT DE L KNDOCABDITB. ^ t ' ' 4 * \ § I. Préceptes. généraux. l Le traitement de l’endocardite doit être essentiellement le même que celui delà péricardite. L’urgence des émissions sanguines suivant la méthode que nous avons exposée, est plus grande encore, peut-être, dans le cas d’endocardite que dans celui de péricardite. En effet, la coagulation du sang ou la formation des fausses membra- nes quel’inflammation générale et très aiguë de la membrane interne du cœurne manque jamaisdedéterminer, si elle n’est pas pour ainsi dire étouffée à sa naissance ou Jugulée, consti- tue^ quand la masse des concrétions est très considérable, un HISTOIRE GÉNÉRALE DE L ENDOCARDITE. . s35 accident tellement redoutable, qu’auprès de lui un abon- dant épanchement purulent ou pseudo-membraneux dans le péricarde n’est réellement que peu de chose. Il est même -infiniment probable que les péricardites les plus graves sont précisément celles qui entraînent à leur suite , soit directement et par elles-mêmes ,^feit par la.complica- tion d’un certain degré d’endocardite, la formation de con- crétions fibrineuses. Et ce n’est pas seulement par les acci- densB immédiats auxquels elles donnent lieu, que les con- crétions fibrineuses et la matière pseudo-membraneuse déposée à la surface interne du cœur, doivent être regardées comme une circonstance toujours fâcheuse et quelquefois mortelle. En effet, il peut résulter ultérieurement de l’or- ganisation de la matière plastique, des adhérences , des épaississemens des valvules., des rétrécissemens des orifices, toutes lésions infiniment graves. -, - Après les émissions sanguines, générales et locales, il faut avoir recours , si le mal persiste encore , aux révulsifs et aux caïmans. ISous avons eu plusieurs fois à nous louer de l’application d’un large vésicatoire sur la région précor- diale , à làsurface duquel on déposait chaque jour, huit, dix, douze ou quinze grains de poudre de digitale. (Pour plus de développemens , voyez le traitement de la péri- cardite aiguë.) Lorsque l’endocardite affecte la forme chronique, et qu’elle n’a pas encore entraîné de graves désordres organi- ques, on peut espérer d’en obtenir la guérison -par une longue persévérance dans l’emploi des émissions sanguines mitigées, des révulsifs, des bains, du repos absolu , de la digitalè et d’un régime sévère. L’induration et l’épaississement de la membrane interne du cœur et surtout des valvules avec rétrécissement des orifices du cœur, les adhérences, le ratatinement àé ces mêmes valvules , etc. , etc., ne sont , ainsi que nous l’avons dit déjà (Art. Pronostic) , susceptibles d’aucune guérison 236 MALADIES DU CŒUR EN PARTICULIER, radicale , puisque ces lésions mécaniques réclameraient l’intervention des moyens également mécaniques ou chi- rurgicaux , et que nulle opération chirurgicale n’est mal- heureusement praticable dans le cas qui nous occupe. Il ne reste plus au médecin d’autre ressource que la méthode dite palliative. Les’mignées répétées à des intervalles plus ou moins éloignés ,, le repos , un régime ténu , la digitale , les diurétiques et les purgatifs, lorsque des collections sé- reuses se sont opérées, l’évacuation du liquide paç des moyens chirurgicaux , lorsque les agens de la matière médicale sont impuissans , tels sont les élémens fondamen- taux de la méthode dite palliative. Par ce système de trai- tement, nous avons soulagé un bon nombre de malades; et plusieurs qui semblaient menacés d’une prochaine suffo- cation et partant d’une mort inévitable, ont pu repren- dre leurs occupations, quand elles n’étaient pas trop fati- gantes. Nous devrons , au reste , revenir sur ce point, en trai- tant de l’hypertrophie et de la dilatation du cœur, lésions presque constantes , du moins à un certain degré , chez les individus atteints d’une ou de plusieurs des graves lésions organiques qui peuvent succéder à l’endocardite chronique. J § II. Ob3errations d’endocardite aiguë terminée par la guérison. Parmi les observations de péricardite terminée par la guérison , que nous avons rapportées précédemment , il en est plusieurs dans lesquelles la péricardite était compli- quée d’endocardite. Nous y renvoyons les lecteurs. Les nouvelles observations que nous allons consigner ici appar- tiennent toutes à l’espèce que nous désignons sous le nom d’ endocardite rhumatismale , parce quelle coïncide avec un rhumatisme articulaire aigu. Nous insistons à dessein sur les faits de cette espèce, parce que notre expérience jour- nalière nous en démontre de plus en plus la fréquence , et que par conséquent , on ne saurait trop appeler l atten- OBS. d’ENDOC. terminée PAR LA GUÉRISON. 287 tiondes médecins sur un point de pratique avec lequel tous ne se sont pas encore suffisamment familiarises. OBSERVATION 84e. ‘. T Jeune homme de 17 ans. — Rhumatisme articulaire aigu.— Endocardite ( baltemens violensdu cœur, bruit de soufflet, etc. ) — Plus tard , pleurésie, avec épanchement. — Saignées à haute dose, vésic., digit. — Sortie en voie de guérison. Un élève en pharmacie, âgé de 17 ans, d’une constitu- tion lymphatique , peau mince et fine, cheveux châtains, nous fut adressé par M. le docteur Cottereau , pour être traité d’un violent rhumatisme articulaire. Il fut admis à la clinique (n“ 4» salle St-Jean-de-Dieu) , le i3 septembre i834- Il était malade depuis le 8 du même mois , à la suite d’alternatives de chaud et de froid, (i). Au moment de l’entrée , les genoux , les pieds, les épaules, les coudes eti les mains étaient pris, gonflés ,' et la fièvre était d’une grande violence ( pouls à 108 , fort , plein , dé- veloppé, peau sudorale ) ; le moindre mouvement était impossible. 11 n’existait pas de douleur à la région précordiale , non plus que de matité anormale. L’impulsion du cœur se faisait sentir avec force, et les bruits de cet organe étaient mas- qués par un souffle léger, très sourd. Prescription. — 2 saig. de ^ palett. chaciuie; i5 sang, à la main droite; catap. 'ênioll. ; lavein. huit.; diète. i4- Le caillot est recouvert d’une couenne très épaisse, ferme , dense , et retroussé sur ses bords. — ■ Urines rou- geâtres. (1) Le malade attribuait lui-même sa maladie à la cause ci-dessus indiquée. Notre conlrère, M. Cottereau , nous apprit qu'il arrivait souvent à ce jeune homme, après des courses qui l'avaient mis dans un élat de sueur, de descendre à la cave, d’y rester long-temps , et même de s’y coucher. I 238 MALADIES DU CŒUR EN PARTICULIER. Les douleurs rhumatismales sont un peu calmées; pouls à loo; peau chaude. • Le malade accuse une légère douleur à la région précor- diale (U dit avoir été refroitli, par suite de la maladresse de l’infirmier , qui a laissé lomher sur ses draps des pots remplis de tisane).' Un bruit de soufflet très distinct accom- pagne les baltemens du cœur, qui sont très forts ; la matité de la région précordiale occupe une médiocre étendue. Diagnostic. — Endocardite aiguë. Prescbiption. — - 4 palet.; uent. rég. précord. 3 palett.\ looch avec digit., gr. yi. i5. Cessation de la douleur précordiale (la main gauche seule est encore prise. ) — Le bruit de soufflet du cœur est moins fort. Les urines déposent abondamment. — Le ma- lade se trouve très bien; il a dormi (le sang tiré de la veine présente une très belle couenne). i6., Le rhumatisme est presque entièrement dissipé ; ce- pendant, le pouls est à ioo-i;o4 ; les bruits du cœur sont accompagnés d'un léger râpement. (U/ie saignée de 3 palet.) Dans la nuit, le malade, au milieu d’une espèce de trans- port, se lève et fait une chute. , 17. Persistance du bruit de soufflet; pouls à 100, fort et plein; les urines sont jumenteuses, analogues à du moût de raisin. Le malade demande en pleurant des alimens {oji lui accorde deux tasses d’^au de poulet). 18. Les bouillons ont été pris avec plaisir, le malade a dormi tranquillement et demande s’il pourra marcber au- jourd’hui.— Cependant, la peau est ehaude; le pouls plein, fort, large, tendu, vibrant, à io4, et le bruit de souffle de la région précordiale est très prononcé. {Saignée, 3 palett.; 20 sangs, rég. précord. ; diète. ) 19. Sang recouvert d’une couenne très ferme. — Il ne reste aucune douleur articulaire , tous Icé mouvemens sont libres, mais lesbattemehs du cœur sont toujours très éten- dus , très forts et accompagnés d’un bruit de souffle. (Ce i OBS. d’endoc. term. par la guérison. 289 souffle ressemble à celui qui a lieu quand on souffle pour éieinclre une bougie.) 20 , 21 , 22 et 23. Le malade se trouve très bien. Le pouls est à ioO'io4- Le bruit de souffle est plus prononcé pendant le premier bruit du cœur que pendant le second (i). Il existe une ma- tité assez étendue dans la région précordiale , mais elle dé- pend simplement de l’augmentation du voluAie du cœur (cette matité est de 4 pouc. 4 üg- transversalement, et de 3 pouc, 8 lig. verticalement). I Pont. rég. précord. 2 palett. Bouillons. \ . 24 et 2Ô. Peu de changement. Articulations tout-à-fait libres. 26. Le pouls persiste à 100, io4, 108, toujours fort et vibrant. • On applique un vésicatoire sur la région précordiale. 27 et 28. A peu près meme état. Poudre de digit. {<0 gr.') sur le vésicatoire. 29 et 3o. Le malade s’affaisse, maigrit et s’écorche dans la région du sacrum. Jusqu’au 4 octobre, il ne survient rien de nouveau. La fréquence du pouls persiste. Le malade ne se plaint d’aucune douleur de la poitrine , ni d’oppression. Cependant la res- piration étant évidemment accélérée (32-36 inspir. par mi- nute), j’explore attentivement la poitrine et je reconnais bientôt l’existence d’un épanchement dans le côté gauche (matité, souffle bronchique, égophonie des plus .belles , absence de vibration des parois pectorales pendant que le malade parle ). y^entous. scarif. sur.le côté 2 palett.; vésicat.; chiend.^nit. ; digit. sur le vésicat. — .Bouill: et lait. (1) Moins obscur dans la région des orifices artériels que dans celle des ori- ces auriculo-venlriculaires, le second bruit devient tout-à-fait dair dans la ré- f ion sous-claviculaire, où il imite vraiment un claquement de soupape. 24o maladies du CœUR EN PARTICULIER. Sous l’influence de ces moyens , l’épanchement dimi- nue et la respiration perd de sa fréquence ( 28 inspir. ) — Le bruit de soufflet du cœur persiste toujours, le pouls des- cend de 1 12 à 96. La mère de ce jeune homme arrive à Paris et n’attend que le moment où il pourra supporter'le voyage pour le rame- ner dans son pays Arras.) 11 quitte l’hôpital, le i" novem- bre , dans l’état suivant : Bon appétit , sommeil tranquille ; le malade ne se plaint de rien. La respiration est à 20-24 minute. L’égophonie a complètement disparu. La résonnance et le murmure vésiculaire sont revenus partout, si ce n’est dans le tiers inférieur du côté gauche. Bien que le malade affirme ne pas les sentir, les batte- mens de son cœur sont très forts dans uAe étendue égale à celle de la paume de la main, et toujours accompagnés d’un bruit de soufflet tellement prononcé, qu’on l’entend en te- nant l’oreille à quelque distance de la région précordiale. On entend aussi le bruit dont il s’agit, en appliquant l’o- reille à la partie postérieure de la poitrine. En appliquant la main sur la région précordiale, on sent un frémissement, une sorte de bouillonnement , semblable æ celui d’un li- quide qui passerait par une ouverture trop étroite. 1 ■ ' réflexio’ns. t Chez ce jeune malade , on ne saurait attribuer le bruit de soufflet et la force et l'étendue des ballemens du cœur , Survenus pendant le cours d’une affection aiguë de cet organe, à autre chose qu’à une' endocardite, occupant spé- cialement les valvules. H est à craindre que la lésion des valvules ne fasse de nouveaux progrès et que plus tard le sujet ne soit atteint de ce que les auteurs ont désigné vague- ment jusqu’ici sous le nom de maladie organique, ou d ané- orisme du cœur, maladies qui ne sont ordinairement autre OBSk d’endoc. term. par la guérison. 241 chose qu’une induration des valvules , accompagnée des di- verses altérations que nous avons vu précédemment se déve- lopper à sa suite. Quoi qu’il en soit, le nombre des cas dans lesquels j’ai vu persister ainsi le bruit de soufflet chez des individus affectés d’une inflammation aiguë de la membrane interne du cœur coïncidant avec un rhumatisme articulaire aigu , s’élève à quinze environ, et ce n’est guère que depuis qua- tre ans que j’ai commencé à reconnaître la fréquence de l’endocardite rhumatismale. Quelques sujets continuent à vaquer assez facilement à leurs occupations ; mais la plupart éprouvent, quand ils se livrent à quelque exercice un peu fatigant i des palpitations et de l’oppression. > I OBSERVATION 85«. Femme de a3 ans. — Rhumatisme articulaire ai“u , arec symptômes d'endo- cardite ( bruit de soufflet . battemens violens du cœur ). — Plus tard , symptômes de phlébite dans lé membre inférieur gauche. — Émissions sanguines à haute doses, vésicat., digit. — Guérison. Une nourrice, âgée de 28 ans, d’une forte stature, mais d’une constitution lymphatique , était affectée , depuis dix jours, d’un violent rhumatisme articulaire aigu, lorsqu’elle nous fut adressée par notre confrère M. le docteur Harraque , le 5 janvier i835. Elle fut couchée au n” 4 de la salle Ste- Madeleine. Il y avait alors six semaines qu’elle était accouchée. Sa maladie avait commencé par une courhature avec léger mal de gorge , suivi de douleur, de gonflement dans la plupart des articulations, et d’une fièvre très forte. Au moment de l’entrée, plusieurs articulations étaient encore prises; mais le genou droit était surtout affecté ; il était très gonflé et avait i5 pouc. 10 lig. de circonférence, tandis que la cir- conférence du genou opposé n’était que de i4 pouc. La fièvre persistait avec violence; le pouls était fort, plein, tendu , vibrant. 2. 16 24a MALADIES DU COEUR EN PARTICULIER. - Les battemens du cœur étaient "violens , étendus et ac- compagnés d’un bruit de soufflet distinct : il n’existait point de douleur notable dans la région précordiale , qui réson- nait à peu près comme à l’état normal. Malaise général ; visage un peu anxié , immobilité com- plète. Diagnostic. —Rhumàtisme articulaire ai"u avec lèsère en- O O docardite. Prescription du^ janvier. — Une saig. de 4 pal.; 20 sangs, autour 'diL genoii. — Boisson diaphorét.; lavem.; catapl.; diète. •J. Le caillot est recouvert d’une couenne épaisse, dense, élastique, résistante, tout-à-fait semblable à une membrane à demi organisée. — La circonférence du genou a diminué de 10 lig. Les douleurs sont moindres ; sueurs abondantes; pouls fréquent et fort; persistance du bruit de souffle. ' Uentous. scarif. autour du genoii. 3 palettes. 8. Peu de changement , si ce n’est que le gonflement du genou a encore diminué. Saig. de 3 palettes. Le caillot est recouvert d’une couenne comme celui de la précédente saignée. Le genou droit n’a plus que i4 pouc. de circonférence, c’est-à-dire, qu’il n’est pas plus gros main- tenant que le gauche. Mais le poignet gauche est gonflé et plus douloureux que les jours précédens. Saig. 3. palet.; pot. goinm. sirop diacode; le reste utsuprü. 10. Le bras gauche tout entier est très douloureux. Saig. de 4 palettes. 11. Le poignet est bien dégonflé ; la malade a sué abon- damment. — Le bruit de soufflet du cœur persiste (i). — Le genou malade est entièrement libre. 12. La malade a vomi un ver lombric ; son état est d'ail- (1) Il existe un léger bruit de diable dans les carolides, circonstance qui , comme nous l’avons dit ailleurs, n’est pas très rare à la suite des grandes émis- sions sanguines. OBS. d’ENDOC. TERM. par la GüÉRISON. 243 leurs très satisfaisant. Les battemens du cœur sont beaucoup moins forts et le souffle qui les accompagne très léger. i3. Bien (3 hoiiill. de poulet). 15. La malade s’est levée dans la nuit et a été prisé peüde temps après d’une vivè doulèur dans le mollet gâuche. Le malin à la visite, le mollet est gonflé (i4 pouc. dé circon- férence), et la sensibilité est telle que la moindre pression est insupportable. Retour de là réaction fébrile. 36 sangs, au mollet ; catapL; diète. 16. 9 sangsues seulement ont pris; fièvre très forte ; visage altéré; l’état de la malade est, on ne peut plus grave. Le gonflement du mollet s’est étendu à la cuisse qui est infiltrée. Nous soupçonnons une phlébite de la veine crurale. Saig. de 3 palett.; 'ventous. scarif. à la jambe et à là cuisse 3 palett.; catapl. i^. Faciès toujours très altéré ; vomissement de matières aqueuses ; pouls faibje, à 112-116. — Le sang delà saignée contient, au milieu d’une abondante sérosité, un caillot cbuenneux , à bords retroussés. La cuisse et le mollet sont moins enflés et moins doulou- reux ; ou ne sent point de cordon dur et tendu dans le trajet des veines; la fièvre a diminué. Bain , catapl. émoll. — i bouill. 18. Le membre abdominal gauche est généralemèht enflé, infiltré , mais peu douloureux; il n’existe nulle part de fluctuation. — Continuation des vomissemens. Le bruit de soufflet du cœur existe encore, mais très faible. Eau de seltz; solut. de sirop de groseille ; i kilog\ de glacé pour prendre en jragmens. 19. Nausées sans vomissement; visage meilleur; diminu- tion du gonflement; pouls à 100 , mou, souple. 20 . 21 , 22 , 23 et 24. Le yisage se ranime , l’anxiété se dissipe; mais il reste toujours de la fréquence du pouls. 26. 244 MALADIES Dü C(®ÜR EN PARTICULIER. On exerce une légère compression autour du membre in- filtré , ce qui est suivi d’une résolution rapide. La malade supporte bien les bouillons et les potages. Elle dort assez tranquillement. a5 et 26. L’amélioration persiste. Cependant la fré- quence du pouls et le bruit de souffle du cœur continuent. Vésicatoire sur la région précordiale. 27. Un des deux bras est tellement douloureux qu’on ne peut le remuer sans faire crier la malade; pouls à 124; langue lisse et sèche. 8 gr. de digit. 'vésicat. ; diète. , . 28. Amélioration. Le membre inférieur est complète- ment dégagé ; le bras est moins douloureux. Pouls à loo. , 29. Pouls à 96 {continuation de la digitale'). 3o. La malade ne souffre plus nulle part ; pouls à 92 ; le bruit de soufflet du cœur diminue sensiblement chaque jour. Point de matité anormale dans la région précordiale. ( 2 houill. ; 2 potag.), > Les jours suivans, la convalescence fait des progrès , et le 7 février il n’existait plus de bruit de soufflet dans la région du cœur. Le pouls était à 76. La respiration était natu- relle (i). La malade mangeait le quart. La malade ne reste plus à l’hôpital que pour y guérir d’un engorgement du sein gauche, où se sont formés des abcès. RÉFLEXIONS. Tous ceux qui ont suivi la malade dont nous venons de rapporter l’histoire , ont regai'dé sa guérison comme un des plus beaux cas qui puissent déposer en faveur des émis- sions sanguines. En effet, lorsqu’après la guérison du rhu- (1) Dans le cours de la maladie , nous avons percuté et ausculté plusieurs fois la poitrine, et nous n’avons jamais rencontré aucun signe de maladie de la plè- vre et des poumons. i OBS. d’endoc. term. par la guérison. matisme éclata le gonflement douloureux du membre in- férieur gauche , avec fièvre violente, vomissemens, altéra- tion des traits , plusieurs personnes crurent que c’en était fait de la malade , et qu’il ne fallait plus songer aux émis- sions sanguines, après celles qui avaient été déjà pratiquées. Je partageais moi-même en partie cette crainte. Néan- moins, j’eus recours à de nouvelles émissions sanguines , et un prompt soulagement en fut la suite. Avec delà patience et les soins nécessaires , il est donc bien peu de phlegma- sies aiguës dont on ne puisse triompher, quand elles sont prises à temps. Nous pensons que c’est au vésicatoire de la région précor- diale et à la digitale , qu’il faut rapporter l’achèvement de la guérison de l’endocardite valvulaire chez cette malade. OBSERVATION 86«, Femme de 28 ans. — Rhumatisme articulaire aigu , compliqué d’endocardite ou de rhumatisme de l’enveloppe interne du cœur ( bruit de soufflet du cœur, batlemens violens de cet organe.) -^Emissions sanguines à haute dose. — Guéri- son. — Nouvelle attaque de rhumatisme , avec nouveaux accidens du côté du cœur. Lefebvre (Marie), âgée de 28 ans , couturière, d’une constitution délicate , nerveuse , ayant la peau fine , les cheveux châtains, habitait Paris depuis quatre ans , lors- qu’elle fut admise à la clinique, le 24 août i833 (n°8, salle Sainte-Madeleine). Avant son arrivée à Paris, elle se livrait: aux travaux de la campagne qui la fatiguaient beaucoup. H y a trois ans environ qu’elle est accouchée. Sa grossesse a été laborieuse, et pendant sa durée , il e^t survenu de temps en temps des palpitations. Depuis l’ac- couchement, cette jeune femme, mal réglée, ne jouit pas d’une bonne santé. Quelque temps après ses couches, elle fut admise à l’Hôtel-Dieu, pour des douleurs rhumatis- males J siégeant dans diverses articulations. Il y a trois mois , elle fut reçue à l’hôpital Necker, pour S46 MALADIES DU CŒUR EN PARTICULIER, une inaladie de poitrine qu’elle désigne sous le nom de rhume. Elle y, lut saignee du bras et on lui appliqua des sangsues. Elle était de nouveau malade depuis onze jours , lorsque je l’examinai le lendemain de son entrée à la clini- qqe (25 août). Des douleurs existaient dans la plupart des articulations des membres supérieurs et inférieurs , dont quelques unes avaient été gonflées avant l’entrée à l’hôpital. Comme à l’époque où elle fut traitée, à l’Hôtel-Dieu, pour de sem- blables douleurs, elle éprouvait de l’oppression et un sen- timent de gêne dans la région précordiale. (La malade a pris chez elle un grain d’émétique dans du bouillon de veau. Elle a vomi, mais n’a point été soulagée.) Prescription du 26. — Une saignée de 3 palett. ; solut, de sir. de gomme; diète; lao. émoll. 2.6. Les douleurs des membres inférieurs ont diminué, mais celles des membres supérieurs sont plus vives. Le poignet droit est un peu enflé , la peau qui le recouvre est tendue, luisante; le moindre contact arrache des cris à la malade. Pouls développé, de 108 à 112 par minute. Les battemeiis du cœur sont très forts et très étendus , tumultueux. Le bruit qui les accompagne est confus et mêlé de souffle ou de frottement ; il existe un léger frémis- sepient cataire dans la région précordiale. La coïncidence de ces derniers symptômes avec un rhu- matisme articulaire nous porte à soupçonner une inflam- mation de la membrane interne du cœur et des valvules. Saignée de 3 palettes ; 12 sangs, et catapl. sur la règ.préc.; inf. de viol, édulcorée avec le sirop de gomme ; diète. Le caillot de cette seconde saignée n’est pas relevé sur ses bords, en forme de. champignon, comme celui de la pre- mière , et la couenne est moins épaisse. 27. Les douleurs sont un peu moins vives, le pouls est à 11G-120 ; les battemens du cœur sont toujours très fqrts, oBS. d’endoc. term. par la guérison. 247 et ils sont accompagnés d’un bruit de râpe assez; distinct ; la chaleur de la peau est forte ; la malade se sent très faible. 12 sangs, sur la région précordiale. 28. Les douleurs sont encore très fortes; dyspnée, toux, douleur dans le côté gauche. Le murmure respiratoire, est faible, ce qui tient au peu d’étendue des mouvemens res- piratoires.— Langue rouge, parsemée de quelques plaques caséiformes. — yisage abattu , affaisse , exprimant la souf- france. — Même état du cœur. Une saig. de 2 palett.; pot. gomm. 29. Bruit de râpe très prononcé; io4à 108 puisât.; peau chaude, tendue, luisante, autour des articulations doulou- reuses; visage un peu moins affaissé ; la rougeur de la lan- gue est moindre , les plaques caséiformes se détachent. Ventous. scarif. sur la régipii précordiale. 30. Les épaules sont encore fort douloureuses; peau moins chaude , pouls à 96-100, eonservant de la force ; les battemens du cœur sont si violensque la maladp leur donne le nom de palpitations; persistance du bruit de râpe ou de soufflet et léger frémissement cataire. 31. Peau moins chaude , douleurs moins vives, palpita- tions encore très fortes. lo sangs, à la région précordiale, I®’' et 2 septembre. Le pouls est descendu à 84; l’état gé- néral est bon , le rhumatisme articulaire presque entière- ment dissipé. Un changement notable s’est opéré dans l’é- tat du cœur. Les battemens de cet organe ^ont moins forts . et moins étendus , d’une régularité parfaite ; le frémisse- ment cataire est presque nul et le bruit de râpe beaucoup moins prononcé. {Bouill. et potages), 3,4j 5 , 6 septembre. Les battemens du cœur revien- nent de plus en plus à leur état normal. Le second bruit est un peu plus âpre que dans l’état ordinaire, mais le bruit de râpe ou de soufflet proprement dit a complètement dis- MALADIES DU CCKÜft EN PAETICULIER. paru. La région précordiale ne rend un son mat que dans une étendue égale à celle d’une pièce de six francs. Lesbat- temens du cœur repoussent la main avec une certaine du- reté, mais dans un espace beaucoup moins considérable que précédemment. {On augmente graduellement la quantité des alimens). 7. La malade mange le quart. Elle est tout-à-fait bien. 8. Elle demande sa sortie. - Les battemens du cœur sont encore un peu forts. Les deux bruits sont clairs. Le souffle a entièrement cessé, ainsi que le frémissement cataire. REFLEXIONS. Il est clair que les symptômes fournis par l’exploration du cœur dépendaient bien d’une lésion aiguë, puisqu’ils ont disparu si rapidement et en même temps que les symptômes du rbumatisme articulaire. Or , quelle autre maladie aiguë qu’une inflammation au- rait pudonner lieu aux symptômes que nous avons indiqués ? Cette inflammation avait, selon moi, son siège, non dans le péricarde mais dans \ endocarde , c’est-à-dire dans la mem- brane interne du cœur, et spécialement dans la portion qui se déploie sur les valvules. Cette phlegmasie , cause prin- cipale de la force et de l’étendue des battemens du cœur, a déterminé un gonflement plus ou moins considérable dans les valvules, en a gêné le jeu, et de là le bruit de râpe ou de soufflet et le frémissement cataire. C’est à la complication dont il s’agit qu’il faut aussi rapporter le sentiment d’op- pression et d’anxiété dont se plaignait la malade. S’il exis- • tait réellement une péricardite en même temps que l’endo- cardite , elle n’était pas accompagnée d’un épanchement notable (i). (1) Une nouvelle attaque de rhumatisme, accompagnée de violens battemens du cœur, eut lieu huit jours environ après la sortie , tt la malade rentra à l’hô- OBS. d’eNDOC. TERM. par la guérison. 24ï) Les observations suivantes ont pour but tle montrer que si l’endocardite rhumatismale , jusqu’ici presque toujours méconnue, n’est pas guérie dans sa période aiguë , elle est suivie des accidens ordinaires des lésions dites organiques du cœur, lésions qui consistent surtout en une induration des valvules, avec hypertrophie du cœur. 'i if pital , le 19 novembre, deux mois et demi environ après sa sortie. Le cœur se fai- j sait sentir dans l’étendue de 4 à 5 pouc. verticalement, et de 5 à 6 pouc. trans- versalement. Il existait un frémissement vibratoire, et un bruit de râpe très pro- / noncé- dans la région précordiale; plus tard , nous distinguâmes nettement d’a- I bord trois, puis quatre bruits au lieu du double claquement normal. ( Dans la I partie de nos prolégomènes relative aux bruits anormaux du cœur, nous avons \ indiqué d’une manière précise les trois et quatre bruits observés chez cette i malade. Voy. p. 189-90. ) — A cette époque, il n’existait plus de douleurs dans i les membres. La poudre de digitale à l’intérieur et à l’extérieur (on en saupoudrait la surface f d’un vésicatoire’ placé à la région précordiale), l’hydriodate de potasse et un régime ; sévère améliorèrent considérablement l’état de la malade. Elle avait repris un ^ embonpoint assez marqué, lorsqu’elle sortit le 4 mai. Les battement du cœur fi étaient cependant encore très étendus , et dans les cavités gauches on entendait I trois bruits au lieu de deux (c’était le second bruit du cœur qui se partageait en f deux , comme si le ventricule gauche se fût dilaté à deux reprises pour aspirer I, le sang de l’oreillette correspondante). — Dans l'état de repos, la malade se trou- t vait très bien. { Le 21 mai , cette malade rentre pour la troisième fois, atteinte d’un rhuma- f lisme aigu, avec réaction fébrile très forte. A ce rhumatisme se joignit plus i tard un épanchement pleurétique droit. L'état de cette malheureuse nous parais- I sait presque désespéré; néanmoins, grâce à de petites saignées générales et lo- i cales, aux v,ésicatoires sur la poitrine, nous fûmes assez heureux pour la voir se i rétablir dans le même état où elle se trouvait à sa seconde sortie. Il nous sembla î même que la circulation s’opérait un peu plus librement à travers les orifices du I cœur. Toutefois, un léger bruit de souffle persistait, et le cœur conservait un vo- i lume énorme ( on observait encore trois battemens et trois bruits). Pendant la ' systole, la région précordiale était fortement frappée par le cœur, et ce choc ' faisait entendreà l’oreille appliquée immédiatement sur la région indiquée, un tintement argentin des plus marqués. Tout récemment ( janvier i835 ), M. le docteur Lafère, pharmacien attaché à notre clinique, a eu occasion de voir la malade : son état est assez satisfaisant; toutefois, lorsqu’elle se livre à quelque exercice un peu fatigant, elle éprouve de fortes palpitations et de l’oppression. 1200 MALADIES DU CŒUR EN PARTICULIER. OBSERVATION 87». Jeune homme de lo ans ija. — Rhumatisme articulaire aigu, suivi de symp- tômes d’hypçrlrpphje du cœur et d’induration des valvules. — Soulagement par les saignées, la digitale, le repos et le régime. Vers le milieu du mois de novembre i833, M. le docteur Gariel me pria d’examiner son neveu , jeune homme de lo ans et demi, récemment arrivé de la province, et présen- tant des symptômes de maladie du cœur[i). Au moindre exercice, ce jeune homme éprouvait de violentes palpitations et une dyspnée poussée jusqu’à l’é- touffement. Les battemens du cœur se faisaient sentir dans un cercle d’environ 4 pouces de diamètre et soulevaient fortement la région précordiale ; ils étaient tantôt régu- liers, tantôt intermittens et irréguliers. Ils étaient accom- pagnés d’un très fort double bruit de soufflet dont le maximum d’intensité correspondait à la région de l’orifice Apripulo-ventriculaire gauche. La petitesse du pouls con- trastait avec la violence des battemens du cœur ; il surve- nait fréquemment des hémorrhagies nasales , etc. , etc. Sachant déjà combien il est commun de voir survenir des symptômes de maladie dite oî'ganique du cœur^ à la suite des affections rhumatismales, je demandai à notre honorable confrère , M. le docteur Gariel, si son jeune neveu n’avait point essuyé d’affection de ce genre. Manquant de rensei- gnemens à cet égard , je l’engageai à écrire au médecin qui avait soigné le jeune malade, et de lui demander quelques détails spr les antécédens du sujet. Voici la réponse de ce médecin (M. Fillolel) , que j’ex- trais textuellement de la lettre qu’il écrivit à M. le docteur Gariel, en date du i5 novembre i833, (i) Je revis plus tard ce malade, en consultation avec M. le docteur Piorry. OBS. d’eNDOC. TERM. PA^l lA GlîÉRISPN. q5i « Rhumatisme articulaire aigu , traité par les antiphlogisti- » (pies; cataplasmes émolUens ; bains chauds; frictions hui- » leuses et anodynes ; boissons délayantes et diaphorétiques ; » diète. « Les palpitations n’ont été ohseivçes que 'vers la fin de la. » maladie, lors de la cessation presque totale des douleurs arti- » ciliaires. Jusqu’alors , les. hatternen,s du cceux. n avaient; ^ien » offert d’extraordinaire. » Deux 01} trois saignées , lî} digitalp , un régime çévprp , le repos, sQulagèreîit corisidérablement le jpupe malade le bruit de soufflet persistait eiiporp lorsqu’il pîtrtit ppup ^011 pays , et il est à craindre que l’hypertrophie dq çppur et l'induration des yalyules dont il est affecté ne soit tout- à-fait incurable ( i). REFLEXIONS. Appliquons-nous donc, je ne saurais trop le redire,, à bien diagnostiquer les inflammations aiguës dp la dppble enveloppe séro-fibreuse du copur; et, une fois rpconpups coinbattons-les avec la dernière yigUPur , ai npps ne vou- lons pas qu’elles se prolongent indéfiniment, er engrainant à leur suite des lésions qu’il ne sera plus pn né tré ppuvpjr de guérir. N’oublions pas surtout que de telles phlegmaries ont UhP tendance d’autant plus grande à se prolonger, que inaUieU' reusement on ne peut condamner à un repos suffisant l’or- gane dans lequel elles ont établi leur siège. (i) J’ai déjà parlé de ce cas dans les prplégpmènes. Je rappellerai jcj jeune homme qui en est le sujet nous offrit trois battemens et trois bruits du cœur, au lieu de deux ; tic,., tac... tac... T! I I 202 MALADIES DU COEUR EN PARTICULIER. OBSERVATION 88«. Homme de 35 ans. — Symptômes d’hyperlrophie du cœur et d’induralioo ‘ des valvules, à la suite de plusieurs attaques de rhumatisme. — Soulagement par les émissions sanguines , la digitale , le vésicatoire , le repos et le régime. Kalilet, âgé de 33 ans, serrurier, demeurant rue du Dragon , n® 4^ , d’une bonne constitution, mais un peu lymphatique, fut admis à la clinique (n® 2 , salle St-Jean- deiS||jeu), le 29 décembre 1 834- 11 se plaignait d’oppression, de palpitations au moindre exercice. Les battemens du cœur étaient accompagnés d’un bruit de soufflet. On sentait un frémissement vibratoire obscur dans la région précordiale, ? laquelle région offrait une matité de 4 pouc. verticalement et de 4 pouc. 4 transversalement. Pouls petit, irrégu- . • lier, intermittent, à 120, i3o, i4o puis, et même plus par minute. Avant d’avoir interrogé le malade sur ses maladies anté- • 'éden/^’s , j’annonçai que très probablement il avait été • atteint d une affection rhumatismale (i). Il nous apprit i 1 qu’en 182 T 1825 , 1829, 1882, il avait eu, en effet,'' un rhuniatrsme occupant la plupart des articulations. Pen- 1 dant aucune des attaques de rhumatisme , il ne ressentit de . ; douleur ni* dans la région précordiale , ni dans les côtés de la poitrine. Mais c’est à la suite de ces attaques que sa respi-P 1 ration est devenue difficile , courte, et que les palpitations 1 ' se sont développées. ' Deux saignées de 3 palettes chacune, 2 applications de; ventouses de 3 palet, chacune, un vésicatoire sur la région pfécÔrdialë ; la digitale a l’exterieur et a 1 intérieur ; le re- (i) J’ai annoncé d’avance la préexistence d’un rhumatisme chez plusieurs indi-i vidus atteints de maladie organique du cœur , et un grand nombre de personne* peuvent attester que les réponses des malades ont le plus souvent justifié cette 1 sorte de prévision. i OBS. d’endoc. term. par la GüÉRISON. pos et un régime sévère, soulagèrent le malade sans le guérir entièrement , ce qui nous paraît à peu près impos- sible. OBSERVATION 89«, 90e, 91«, 92«, Jeune fille de 19 ans. — Symptômes d’hypertrophie du cœur et d’induration des valvules, à la suite de diverses attaques de rhumatisme articulaire aigu. — Soulagement par les saignées, la digitale, le repos et le régime. Beurse ('Victoire) , âgée de 19 ans , d’une constitution délicate et nerveuse, peau fine et mince, cheveux châtains, avait déjà été affectée , à diverses reprises , de rhumatisme articulaire aigu , lorsqu’une maladie de ce genre la con- . duisit à la clinique (n® 9, salle Sainte- Madeleine ) , le a niai i833. Elle était sujette aux palpitations et ne pouvait monter un escalier sans être essoufflée. — On entendait à la région I précordiale un très beau bruit de soufflet pu de scie. Les 1 hattemens du cœur se faisaient sentir dans une grande étendue et soulevaient notablement la région précordiale. Il survenait assez souvent des saignemens de nez. Les émissions sanguines à haute dose firent assez prompte- 1 ment justice de la nouvelle attaque de rhumatisme articu- 1 laireaigu, et calmèrent les palpitations habituelles. Néan- 1 moins, le bruit de souffle persistait toujours, lorsque la 1 malade sortit de l’hôpital, le i" août i833.— Depuis cette < époque, nous ne l’avons pas revue, mais il n’est que trop ; probable que les accidens dus à l’hypertrophie du cœfir et « à l’induration des valvules auront fait depuis de nou- ’ veaux progrès (i). (1) Je ne finirais pas, si je voulais rapporter'ici tous les cas où j’ai vu des ^ ‘ maladies organit/ues du cœur et des valvules, à la suite de rhumatisme articu- ^ ■ laireaigu. Dans ce moment même ( février i855) , j’en ai trois nouveaux exem- j pies sous les yeux. Le premier a pour sujet une jeune fille de i8 ans environ , >■ couchée au n® 6 de la salle Sainte-Madeleine. J’ai observé le second chez un 204 MALAÜiES DU CœUR EN PARTICULIER. CHAPITRE III. DE LA CARDITE, Oü INFLAMMATIOIT DD TISSU AIUSCULAIRE ET DU TISSU CELLULAIRE INTER-MUSCULAIRE DU CŒUR (l). CONSIDERATIONS PRÉLIMINAIRES. Suivant CorvisaTt, ïlest peu de maladies du cœur qui soient moins connues que le carditis. Il divise le carditis en aigu él en bhroniqué, et il sous-divise le carditis aigu en occulte et en manifeste. jeune homme de i4 ans, que j’ai soigné conjoinlement avec M. le docteur Sar- j landicre, et auprès duquel MM. Broussais, Marjolin et Fouquier furent appelés ên conshllatiôn (nous avons eu la douleur de perdre ce jeune malade). EnBn, le troisièihe exemple m’a été fourni par un jeune homme de aa ans, que j’ai vu en consultation avec M. le docteur Aussandon père. (i) Corvisart a placé la cardite ( il lui donne le nom de carditis) dans la classe d'as affections qùi intéressent à la fuis divers tis'sus du cœur. « J’ai placé le car- • ditis dans cette classe, dit-il, parce que je pense, contre le sentiment de plu- • sieurs auteurs, que cette affection n’appartient point exclusivement et isolé- » ment à un des tissus qui composent cet organe, mais qu’elle intéresse d’une ma- 4nière aussi marquée, et le tissu musculafre, et le séreux, et le cellulaire (je n’en ilexcepte pas même le vasculaire), qui entrent dans la texture ducœur. Pbot-étrk • MÈMKjs’iL FALLAIT niciDKH quel 6St cclui de ces divers tissus qui se trouve le plus • alfecté, pourrais-je avakcbb qcb le tissu cbllolaibb bst plus vivembwt ht plus » ESSBUTIELLBMRIIT LÉsé qu’aucun AUTBB, » (Op. cil., p. 344-) tiCS réflexions de Corvisart sont parfaitement justes. En effet, on ne connaît encore aucun exemple de plilegniasie pure et simple du tissu musculairedu cœur. Tou.efois, nous devions faire pour l’inflammaMon de ce tissu ce que nous avions fait pour celle des tissus séreux extérieur et intérieur du cœur, c’est-à-dire lui consacrer un chapitre spécial. Mais, de même que nous avons décrit ensemble et l’inflammation du tissu fibreux du cœur et l’inflammation du tissu sérVuX du ïnême organe, ainsi nous avons cru dévoit; étudier, dans un seul et môme cha- )lifre, et l’inflàihmation du tissu musculaire du cœur et l’inflammation du tissu I cédlulâirè lAterp'osé entre les faisceaux et les fibres musculaires. 11 eil très vrai d'ailleurs que dans une violénle inflammation du cœur tous les ^ DE LA CARDITE. f2Ô5 M. Laennec pense qUé « il n’existe peut-être pas un seul exemple incontestable et bien décrit de ririflàmmatiori gé- nérale du cœur , soit aiguë , soit cbrohiqüe. » Il est vrai qu’il écrit ceci à la page 554 du a^vol. de sbil ouvrage , et qü’à la page suivante il dit : « il paràîi constant qiieV injlain~ matfon générale du cœul' a été observée. » M. Làénriec ajoute que « les exemples d'inflammation partielle et caractérisée par l’existence d’un abcès ou d’une ulcération dans les parois du cœw'y sont beaucoup plus communs et plus exactement décrits. M. Laennec a considéré le ramollissement du cœur comme une affection et indépendante de l’inflammation de cet organe. Il rapporte ainsi qü’il suit l’opinion qùe j’avais émise sur l’influence de l’inflammation dans la pro- duction du ramollissement du cœur. « M. Boüillàud regarde «le ramollissement du cœur comme un effet de l’inflani- mation , et il pense qu’il èn est de même de VendürcisSe- « ment plus OU moins prononcé et de la diminution ou de Vdiig- « mehtation de coloration. » {op. cit , t. Il®, P^g. 538-39 ). Je commence par déclarer que si j’ai jamais dit quelque tisiios élêrhentaires decetorgane sont souvent entrepris à la fois, à des degrés diffé- rens. Mais l'inflammation simultanée des divers tissus constituatisdu cœur serait- elle plus commune encore qu’elle ne l’est , il n’en faudrait pas moius étudier spparémeni l'inflammation de chacun de ces tissus, comme on le fait pour l'in- flammation dts divei'S élémens qui concourent à la composition des autres vis- cères, tels que le poumon, l’appareil digestif , etc., bien qu’il ne soit pas très rare de rencontrer une inflammation simultanée de plusieurs de ces élémens ; c’est ce qui arrive, par exemple, dans certaines fluxions de poitrine, où la plèvre, la mem- brane intèrne dêsCônduitsaérifères, le parcnr/ijme pulmonaire, sont enflammés à la fois. 11 serait même impossible de se former des idées nn peu clairès et précises sur 1 histoire des phlegmasies qui affectent simultanément plusieurs dqs élémens ana- tomiques d’un organe ou d’un viscère, si l’on ne connaissait pas bien auparavant riiistoire dé l'inflammation de chacun de ces tissus en particulier. Sans doute il ne faut pas négliger la méthode synthétique en médecine, mais il ne faut pas ou- blier non plus que la méthode analytique , si heureusement fécondée par le génie de liiehat, a été le principal instrument des immenses progrès de la sci ence que nous cultivons. I 256 MALADIES DU CCEUR EN PARTICULIER, part que la diminution ou V augmentation de coloration du cœur est nécessairement l’effet d’une inflammation , c’est là une absurdité si grossière que M. Laennec aurait pu se dis- penser de la relever. Mais je n’ai jamais rien dit ni écrit de pareil. Il est très vrai que j’ai mis le ramollissement du cœur ' au nombre des effets que l’inflammation de la substance musculaire de cet organe peut produire. Je dois seulement ; m’étonner que M. Laennec m’ait concédé la propriété de i ' cette opinion , car elle appartient à la plupart des auteurs j; ' qui se sont occupés avant moi de la cardite, et à Corvisart en particulier. ■| Au reste, après avoir dit que la seule preiwe que faqoporte \ ‘ ù r appui de cette manière de 'voir, c’est que les muscles atteints d’une phlegmasie aiguë, le cerveau, le foie, les poumons, les r-eins et la rate dans l’état d’inflammation, se ramollissent , M. Laennec poursuit ainsi : « Je remarquerai d’abord que le choix de ces exemples renferme un cerçle vicieux; car il fau- , ' drait d’abord prouver que le ramollissement de ces divers orga- I Ties, lorsqu’il existe seul et sans présence de pus, est l’effet d’une , inflammation (i). » Je n’ajouterai plus qu’un mot: c’est que ,4, j’ai pu, avec de graves observateurs, considérer le ramollis- sement'du cœur comme pouvant être la suite de la cardite , .| sans en conclure que tout ramollissement du cœur était ' i constamment le produit de cette cause. Cette conclusion eût j été, en effet, erronée, puisque, sans parler de quelquesautres causes , la décomposition putride amène à sa suite le ramol- [ ■j lissement du cœur comme celui de tant d’autres organes. ' i D’ailleurs, en décrivant la cardite , je n’avais pas à faire ! l’histoire générale du ramollissement du cœur , mais bien i à signaler le rôle que jouait cette maladie dans la pro- • ' duction d’une espèce particulière de ce ramollissement, et I * je n’ai rien à rétracter de ce que j’ai dit à cet égard. (i) On trouvera dans les beaux travaux de M. le professeur Lallemand une i ample réfutation de la doctrine de M. Laünnec. I i J DE LA GARDITE: 267 Après avoir élabli que le ramollissement est une des ter- minaisons de la cardite j il semble qu’on ne pourrait , sans se contredire, placer l'induration au nombre de ces termi- naisons. Mais cette contradiction n’est qu’apparente. En effet, comme tout le monde en convient, les caractères anatomiques de l’inflammation diffèrent beaucoup selon le degré et la période de cette maladie, ainsi que suivant les différens tissus qu’elle peut affecter , soit ensemble, soit séparément. Quant à l’induration, elle a été, dans tous les temps, considérée comme une des terminaisons de l’inflam- niation , par les divers médecins et icbirurgiens qui ont tracé 1 histoire de cet état motbide. Ainsi donc, pour qu’ii y eût contradiction à placer à la fois le ramollissement et l’induration parmi les terminaisons que peut affecter l’in- flammation en général , et celle du cœur en particulier, il faudrait qu’on eût attribué l’un et l’autre de ces états au même degré et à la même période de la maladie, et l’on voudra bien nous faire grâce d’une erreur de cette espèce. Le ramollissement, la suppuration et l’induration ne sont pas, au reste , les seules terminaisons possiblesde la cardite : il faut placer encore au rang de ces dernières, V ulcération ( i), les perforations du cœur, avec ou sans formation d’un kyste anévrismal. Dans une première section, nous allons rapporter des exemples des différentes altérations que la cardite , étudiée sous toutes ses formes et à toutes ses périodes, peut en- traîner à sa suite. Une seconde section contiendra l’histoire générale de cette inflammation. (1) Si je ne mets pas la gangrène au nombre des terminaisons de la cardite proprement dite , ce n est pas que je la considère comme absolument impossible, du moins à un certain degré et dans une certaine étendue; mais c’est que , dans l'étal aduel de la science, je n’en connais aucun exemple incontestable. i 200 MALADIES Dü COËUll EN PARTICULIER. ; PREMIÈRE SECTÏOÎN. OBSERVATIONS PARTICULIÈRES SUR LA CARDITE, OU INFLA MMATION DU TISSU MUSCULAIRE ET pU TISSU CELLULAIRE INTERMUSCU- LAIRE DU COEUR. PREMIÈRE CATÉGORIE. i • OBSERVAHOnS DE OARDITB TERMINEE PAR RAMOLLISSEUENX EÏ SDPPUHATIOH. . OBSERVATION 93c (i). ^ * Homme de 67 ans. — Douleür dansTe côté gauche de la poitrine, dyspnée, pouls faible, irrégulier, intermittent; délire. — Mort le septième jour après le I début de la douleur de côté. — Epanchement purulent dans la plèvre gauche et i dans le péricarde. — Cœur mou, flasque, se réduisant facilement en bouillie à la I la moindre pression , avec inQlîralion d’une matière grasse en ire les fibres char- h nues, et développement d'un réseau vasculaire très apparent. ■ ! ' . ' ’ |i «Un décrotteur , âgé de 6y ans, d’un tempérament |( » sanguin, éprouva, le 2.4 avril i8o3, une douleur assez |! » faible dans le côté gauche de la poitrine, avec augmen- | » talion d’une gêne de la respiration à laquelle il était .sujet [ » depuis 3o ans. Deux jours après il cracha du sang, et le 29, » cinquième jour de la maladie, il fut admis à la clinique i: » interne , avec mal à la tête , figure animéè, œil brillant, li » respiration un peu gênée poitrine vaguement doulou- j » reuse, point de palpitations, pouls faible, irrégulier, i » intermittent , inégal sur les deux bras. Lé lendèmain , ii » la respiration était pkis difficile, bruyante, râleuse; il » sentait beaucoup plus de douleur dans la jioitrine; il y 1 » avait du délire, accompagné d’une grande loquacité. » Dans la matinée de ce jc'ur , il se leva de nouveau à midi, fi) J’emprunte celte observation ê. Corvisart ( elle est la 37' de sur les l Maladies du coeur)* PREM. CATÉG. d’oBSERV. DE CARDÏTE. îiÔQ » il se recoucha, et expira inopinément le septième jour » de la maladie. » La douleur de la poitrine , la gêne de la respiration , » l’examen extérieur du malade, m’avaient, dès le second • jour, donné la certitude de l’existence d’une péripneu- » monie. L’œil brillant, la loquacité, le délire, le siège de » la douleur, les caractères du pouls, m’indiquaient que » l’inflammation s’était étendue sur le cœur (i), sans que » je pusse soupçonner la dégénérescence particulière du » tissu de cet organe. » A l’ouverture du cadavre, la figure était inégalement » livide et violette; les veines sous-cutanées étaient gorgées » de sang. » Le poumon gauche était recouvert,' dans une grande » partie de son étendue, surtout près du péricarde, d’une » couche pseudo-membraneuse, de plusieurs lignes d’épais- » seur. » La cavité du péricarde contenait environ une livre de » liquide purulent, floconneux. Sa face interne était en- » duite d’une fausse membrane dont la superficie était nia- » melonnée. » Le cœur, de 'volume naturel, était mou et flasque. Lespa- » rois charnues des 'ventricules et des oreillettes étaient pâles , » jaunâti'es ; on aurait dit qu’une substance grasse s’était dé- » posée entre les fibres charnues qui paraissaient écartées les V unes des autres. On 'voyait à la surf ace de ces parvis blan~ » châtres , ainsi que dans l’-intérieur même de leur substance » charnue, un réseau 'vasculaire bien développé et très apparent. » En pressant légèrement entre les doigts la substance charnue, » on la réduisait facilement en une espèce de bouillie dont la couleur était pâle et terne . (i) Pour reconnaître avec certitude une péripneumonie et une inflammation du cœur, il nous faut aujourd’luii des signes moins vagues, m.oins équivoque» » que ceux exposés dans le récit de cette observation. 17.. î26o maladies du coeur en particulier. » Toutes les cavités du cœur contenaient des concrétions » polypiformes qui se continuaient dans la cavité même des » gros vaisseaux. » RÉFLEXIONS. r, Corvisart ne craint point d'affirmer que Vétat pathologi- que du cœur, ci-dessus décrit dénote certainement un état inflam- matoire antérieur. Or, cet état pathologique est un véritable ramollissement du cœur. La co-existence d’une péricardite est un nouvel argument en faveur de l’opinion deCorvisart. Les deux autres observations de cardite, rapportées à la suite de celle-ci dans \Essai sur les maladies du cœur ^ sont également des exemples d’un ramollissement de la subs- tance charnue du cœur coïncidant avec un épanchement purulent dans le péricarde. Corvisart dit qu’il ne se sou- vient point d’avoir eu occasion d’observer la cardite aiguë non compliquée. A la suite des trois observations qu’il possédait, pour sa part , sur l’inflammatioii du cœur , Corvisart rapporte celles de Meckel, à&.Stoi'ck et de Fabrice de Hilden, sur le même sujet. Les observations de ces derniers auteurs sont au nombre de six , et dans toutes il existait une péricardite en même temps qu’une cardite. Les caractères de cette der- nière maladie n’y sont malheureusement pas exposés avec tout le soin et toute la précision nécessaires en pareille matière. Parmi les observations que renferment les deux précé- dons chapitres , on trouve quelques cas dans lesquels la péricardite ou l’endocardite étaient compliquées d’un ra- mollissement inflammatoire du tissu charnu du cœur. Je me contenterai donc de rapporter ici le fait suivant, dans lequel le ramollissement du cœur se trouve encore combiné avec une péricardite. Ce cas aurait été plus détaillé, si le malade eût été soumis à notre observation dès l’origine de Vaffeclion à laquelle il finit par succomber. PREM. CATÉG. d’oBSERV. DE CARDITE. 261 OBSERVATIOIV %«. Jeune homme de •27 ans. — Fluxion de poitrine incomplètement guerie, Gc- vre lente, marasme, dyspnée, infiltration des membres inférieurs. — Mort deux ou trois mois après le début de la fluxion de poitrine. — Adhérences dans les deux côtés de la poitrine. — Exsudation albumineuse dans le péricarde. — Ra- mollissement brunâtre du tissu du cœur. Un jeune homme d’environ ay ans fut admis à l’hôpilal Cochin , dans le cours du mois de septembre i8a3. Il était sorti depuis quelques jours de l’hôpital de là Çharité, où il avait été traité d’une fluxion de poiti'ihe , dont il n’était pas entièrement rétabli au moment de sa sortie. Autre- fois fort et bien constitué, il était , au moment de son en- trée à Coehin , d’uUe maigreur extrême et d’une faiblesse considérable. Son teint était sale et comme terreux, sa peau sèche , son pouls petit et fréquent. Il conservait de la dyspnée et ses membres inférieurs étaient infiltrés. N’étant plus attaché alors au service de l’hôpital Cochin, je n’examinai pas assez attentivement la poitrine et la région précordiale , pour pouvoir porter un diagnostic précis. On essaya les apéritifs pour coinbattre l’infiltration. On fut bientôt obligé de suspendre ces moyens, en raison du développement d’une irritation du tube digestif. Cepen- dant l’infiltration disparut peu à peu , ainsi que la gêne de la respiration. Mais il existait toujours une petite fièvre , et le malade , d’un appétit vorace , se consumait au milieu d’un dévoiemept continuel, accompagné de coliques assez violentes. Il mourut le 20 octobre , environ six semaines après son entrée. Autopsie cadavérique , environ 24 heures après la mort. 1° Habit, extérieure. — Marasme ; point de traces de dé- composition putride. 2° Organ. respirât, et circulât. — Les poumons , rosés , crépitans , parfaitement sains , adhéraient de toutes parts 202 MALADIES DU C(®UR EN PARTICULIER, aux parois pectorales, ainsi qu’au péricarde. Ce dernier adhérait au cœur dans tous les points. Il existait entre le feuillet pariétal et le feuillet viscéral une exsudation albu- mineuse, jaunâtre, de la consistance de blane-d’œufà demi- cuit , faiblement unie à la surface du cœur , dont on la détachait à l’instar d’une fausse membrane de formation récente , bien qu’elle fût évidemment déjà assez ancienne. Cette exsudation tenait , au contraire , au feuillet pariétal par des filamens celluleux assez serrés. Enseveli pour ainsi dire au centre de cette masse albumineuse, dont l’épaisseur était de pfus de trois lignes, le cœur avait un très petit volume, comme s’il eût atrophié par la compression. Sa surface extérieure était dé un rouge foncé , nuancé de quel- ques points noirâtres. Son tissu charnu était bnin , ramolli et très facile à déchirer. , Introduit dans le ventricule gauche, le doigt en rem- plissait étroitement toute la capacité. ' ÔBSERVATION 95e (i). » Femme de 36 ans. — Symptômes de lésion organique du cœur, à la suite de trois attaques de rhumatisme articulaire aigu. — Tout-à-coup., symptômes d’une maladie aiguë, avec dyspnée, lipothymies, etc. — Mort dix-sept jours après le début de ces accidens. — Cœur volumineux, mou etHasque. — Trois ou quatre abcès dans la substance musculaire du cœur, avec rougeur noirâtre ; pus sanieux dans l’épaisseur de l'appendice auriculaire. — Epaississement cartilagineux de la valvule mitrale, avec rétrécissement de l’orifice auriculo- ventriculaire gauche. « Une domestique , âgée de 36 ans , fut atteinte , vers sa » treizième année , époque oû elle travaillait dans des caves J) humides et couchait dans des bâtimens neufs, d’un rhu- » matisme goutteux aigu. A i6 ans, il survint une récidive (i) Cette observation est de M. Raikem. On la trouve dans les BuHelînsde la Faculté'poiir l’année 1809, avec ce titre: Extrait d’une observation sur une eardite aiguë, compliquée d* inflammation d une partie du poumon et de la mem- brane muqueuse de l’e$tomae. rREM. CATÉG. d’oBSERV. EË GARDITE. 2G3 „ clurliumatïsnie, à la suite de laquelle les doigts et les » orteils restèrent toujours fixés dans une direction vicieuse, » avec impossibilité d’une extension complète. Au mois de » juillet 1808, après des fatigues multipliées, il survint » une troisième attaque de rhumatisme articulaire qui sévit » successivement sur toutes les articulations des membres , » et se dissipa , au bout d une quinzaine de jours , en Iciis- » saut les jcLvibes cedeiuciteuses , surtout le soir, pendcuit deux » mois. 1) Le 5 novembre de la même année , cette fille se cou- » clia bien portante , ne dormit pas, et éprouva, apres des » horripilations générales, des mouvemens vifs et tumul- » tueux dii cœur, une douleur lancinante dans la région » précordiale, de la dyspnée et, une lipothymie qui dura » une heure. — Les jours suivans, les mêmes symptônies » persistèrent ^ quoiqu’avec un peu de relâche ( il survint » plusieurs lipothymies). » On administra des antispasmodiques, de l’ÉTREr; onap- » plùpia de la moutarde aux pieds , des 'vésicatoires aux » jainies. » Tous ces moyens n’apportèrent aucun soulagement , 'et » la malade fut admise à l’hôpital St-Antoine (c’était le » quatrième jc)ur de la maladie). » Face abattue, teint blafard , lèvres vermeilles , gonfla- » ment extraordinaire des veines du nez et des jugulaires ; » réveils en sursaut. — Nausées et vomissemens fréquens ; «langue rouge, lisse, humide; douleur à l’épigastre. — » Pas de toux , respiration peçite, fréquente, diaphragma- » tique. — Palpitations du cœur véhémentes, intermitten- » tes , irrégulipres , sensibles à la vue ; décubitus sur le dos, » erecta ceivice. Thorax résonnant bien. — ipiusieufs lipo- » thymies dans la journée. » Potion fortifiante , h fusion 'vineuse de camomille (fj. (1) Malheureuse et vraiment d^éplorable thérapeutique 1 C’était celle du temps. ^64 MALADIES DU CŒîUR EN PABTICULIEE. » 5 et 6. La potion paraît augmenter les palpitations et » les menaces de suffocation. » ’j. Toux et crachats 'viscpieux et sanguinolens. » 8. Le son de la poitrine devient obscur particulicre- » ment en bas. (^Emulsion , nwi sur P épi gaslreî) » 9 et lo. Vomissement des boissons, à l’exception de >• l’eau sucrée. » 12. Découragement, anxiétés extrêmes, lipothymies » incomplètes, palpitations toujours très vives; respiration «courte, fréquente, laborieuse, inégale, suspirieuse ; » froid des extrémités ; délire pendant la nuit. » Ju'ôqu’au i8, peu de changement ; infiltration autour » des malléoles. » On pratique une saignée ( le sang n’est pas couenneux). » 19 et 20. Palpitations constantes, trouble extrême de » la circulation. Tous les symptômes d’une mort prochaine » existent... Cependant la malade n’expire que le 22, con- » servant toute sa connaissance. » Ouverture du cadavre. ^ » Le lobe inférieur des deux poumons est compacte. Les > plèvres n’offrent d’autre altération qu’une légère adhé- » rence de celle du côté gauche. » Le viscère essentiellement malade est le cœur. Il a un > volume double de l’état naturel , il est mou et flasque : > le ventricule gauche surtout est fort augmenté de vo- 3 lume, et ses parois sont amincies. — La valvule mitrale » présente de l’épai&sissement et un état cartilagineux. » L’ouverture auriculo-ventriculaire est rétrécie au point » de n’avoir que 6 lignes au plus de diamètre. » A la face postérieure et supérieure de l’oreillette gau- » che , à travers le péricarde qui est parfaitement sain, on » voit le tissu musculeux du cœur recouvert de petits points » blanchâtres, injectés d’une couleur rouge noirâtre, of- » frant trois ou quatre petites tumeurs sphéroïdes , de deux a * trois lig. de diamètre et soulevant le péricarde. En les incisçintf PREMT. CATJÉG. d’oRSERV, DE CARDITE. 9.65 • V il en coule un 'véritable pus sanieux et opaque. V appendice » auriculaire de ce côté est duiycompcrbte , volumineux , et ■ i> contient un pus sanieux. — les autres parties du cœur » la fibre musculeuse n’offre point d’altération.... » REFLEXIONS. , • , C’est par des observations telles que celles-ci qu'il faut r répondre à ceux qui oseraient nier les immenses progrès > qu’a faits, depuis une vingtaine d’années , la médecine ^ vraiment pratique. Oïl prescrit une potion fortifiante et une infusion 'vineuse de camomille, à une malheureuse , femme qui étouffe et tombe en défaillance sous la double atteinte . d’une inflammation aiguë dès poumons et du cœur ! ,Te rappellerai aux lecteurs que l’observation présente > vient encore confirmer tout ce que nous avons dit si sou- ’ vent déjà sur la connexité qui existe entre les lésions orga- 1 niques du tissu séro-fibreux du cœur et les affections rhu- I matismales des articulations. La femme qui fait le sujet de t cette observation avait été, en effet, affectée, à trois* reprises différentes, d’un rhumatisme articulaire aigu ; à la suite de la troisième attaque, les jambes restèrent œdémateuses pen- dant deux mois. A l’ouverture du cadavre , outre les traces de la maladie aiguë qui a entraîné la môrt, on trouve un état cartilagineux de la' vahule mitrale aùec rétrécissement de Vorifice [auiiculo - -ventriculaire gauche. D’après les faits si nombreux que nous avons précédemment rapportés, n’est- il pas à peu près certain que la' lésion dont il s’agit a été la conséquènee d’une endocardite valvulaire coïncidant avec le rhumatisme articulaire aigu dont la malade a été atteinte ? ’ 266 MALADIES DU COEUR EN PARTICULIER. OBSERVATIONS 96^ et 96* (bis). Homme de 58 ans. — Rhumatisme compliqué de symptômes d’inflammation du cœur. — Mort rapide. — Foyers purulens dans les parois, les piliers et la cloison du cœur. ' - \ ' Dans sa dissertation inaugurale sur la cardite partielle et générale, M. Simonet rapporte le cas suivant. Un ancien chirurgien, âgé de 58 ans, sujet aux affections rhumatismales (i^), en éprouvait une grave atteinte, lorsqu’il 1 fut amené à l’hôpital Beaujon. Il avait alors les extrémités ; froides, une faiblesse générale , le pouls raide , serré, assez ü fort et irrégulier. Le cœur battait largement et tumultueu- ) sement , la respiration paraissait étouffée. Une saignée fut vainement pratiquée. Le malade mourut f quelques heures après dans une, syncope. . ; •Autopsie c.adaoér., ^4 heures après la mort. ^ Sous la couche graisseuse du cœur, il y avait une demi- douzaine de petits foyers purulens. La membrane interne du çœur était rouge dans plusieurs endroits ; à travers cetie i membrane on apercevait deux points blancs-jaunâires fai- I sant relief sur le pilier de la valvule mitrale : l’incision en fit éçQuler du pus. Un de ces foyers pénétrait dans l’épais- seur du pilier. Une exsudation très mince revêtait les por- i tions enflammées de la membrane; dans divers points de _ l’épaisseur de la cloison, on rencontrait des foyers de deux : à trois lignes, tous pleins d’un fluide blanc-jaunâtre. Les espaces de la substance qui n’offraient point de foyers étaient gris- jaunâtres, ramollis , se déchirant sous le moindre ' effort. A l’ouverture du corps d’un individu qui succomba en ? (1) Encore un nouvel exemple d’une inflammation du cœur coïncidant avec un rhumatisme. i PREM. CATÉG. d’oBSERV. DE CARGITE. 267 deux jours à une inflammation très aiguë du cœur , M. le docteur Latham rencontra l’alteraLion suivante « Tout le » cœur offrait une teinte d’un rouge brun; la substance était » ramollie, et çà et là , quand on incisait les ventricules , i » on voyait sourdre d’innombrables gouttelettes de pus à » travers les fibres musculaires. » [Loml. Méd. Gaz, 111, I pag. 118). - OBSERVATIONS 97e, 98®, 99e. Jeune homme de 19 ans.— Variole, suivie d’abcès, et probablement de phlébite. ' Mort le ciniiuante-cinquième jour. — Abcès enkysté, de la grosseur d’une ave- line, dans le tissu même du cœur. Un soldat, âgé de 19 ans, était au 4' jour d’une variole , 1 lorsqu’il fut admis à l’hôpital du Gros-Caillou, le 7 décem- Ibre i83i. Dans le cours de cette maladie, il survint des ab- (cès, des escarres et une énorme infiltration du membre sii- I périeur gauche , suite probable d’une phlébite. Le malade tétait tombé dans un marasme extrême, quand- il mourut , lie 55® jour de la maladie. La fièvre avait persisté jusqu’au I dernier moment; et bien que le malade n’accusât aucune . douleur locale, son visage offrait l’expression de l’anxiété la ] pluî profonde. Voici ce que montra l’ouverture du cadavre. A la base du • ventricule gauche , derrière la valvule mitrale , dans l’é- paisseur même du tissu charnu du cœur, existait un abcès de la grosseur d’une aveline, contenant un pus blanc, bien lié, homogène, nullement caséeux , sans communica|,ion ■ avec l’extérieur ni l’intérieur du cœur, renfermé dans un kysté assez consistant. Incisé dans toutes les directions, le cœur n’était le siège d’aucune autre suppuration... ( Ob- serv. publ. par M. Ca§, Broussais dans le t. 21® des Annal, delà Méd. Physiol. — Paris, i832 ). ' Chez un enfant, âgé d’environ 12 ans , affecté de péri- cardite, M. Laënnec trouva dans l*épaisseur des parois du 200 MALADIES DU COEUR EN PARTICULIER. ventricule gauche , près de sa hase, un abcès qui aurait pu ' contenir tout au plus une aveline. Chez un homme de 6o ans , qui avait présenté les symp- ! tomes d’une inflammation aiguë de quelqu’un des viscères t thoraciques, M. Laënnec trouva du pus concret, c'est-à-dire, | une exsudation albumineuse , de la consistance de blanc d'œuf cuit , interposé entré les faisceaux charnus du ventricule gau- che (i) . , DEUXIÈME CATÉGORIE. OBSKBVATIONS DE CAHDIXE TEBMINKB PAB DLCBBATION, rKBFOBATlOlt ET BOPTDBB DES PABOIS DD COEDB , DK LA CL0I80B INTBBVENTBICOLA I B 8 OD IBTB BADB lCDLi I BK , DBS VALVULES, DES TEIfDOKS ET DBS COLORKES CHABBDSS. J Plusieurs observateurs, tels que Benivenius , Dulaurens, Lazare Rivière, Olaüs-Borri'chius, Bonet, Sénac, Morgagni, Peyer et Graeiz paraissent avoir observé des ulcères de la face interne dcs_parois du cœur (2). Corvisart n’en rapporte (i) M. Choisy a consigné dans sa dissertation inaugurale deux faits qui se [ rapportent à rinflammatioh suppurative du coeur. Ces laits sont mallieureuse- j ment ind qués, plutôt que décrits. Voici d'ailleurs le passage que nous Signa- | Ions ici : « Linflammation aiguë des oreillettes du cœur est , si j’en dois juger par deux . • cas que j’ai pu vérifier par l’autopsie, une maladie bien grave et promptement t • mortelle: dans run d'eux, l’oreillette gauche était ramollie, suppurée. J’avais • remarqué pendant la vie une dilatation extrême des pupilles, leur immobilité, • un étal profond de stupeur. Chez l’autre sujet, qui nous offrit les mômes allé- 1 • ratio7is affectant les mômes parties, le symptôme prédominant avait consisté en • des hémoptysies peu abondantes, mais pour ainsi dire non interrompues. • Chez tous deux, nous avions observé une extrême irrégularité delà circu- • lation.^ Si l’on en excepte l’irrégularité du pouls, les symptômes mentionnés par | M. Choisy ne me paraissent avoir aucune relation nécessaire avecl’inflammalion 1 aiguë des oreillettes. I (a) Il est bon de noter toutefois que , dans certains cas , on a pris pour des ulcères de la face externe du cœur les dépressions et les cnfoncemeus d’une fausse 1 membrane péricardi tique. I r DEUX. CATÉG. d’oBSERV. DE CARDITE. 26g aucun exemple qui lui soit propre .M. Laënnec en a recueilli un seul cas que voici : chez un malade attaqué d’une hy- pertrophie du ventricule gauche du cœur, on trouva, à la face interne de ce ventricule, un ulcère qui avait un pouce de longueur sur un demi pouce de large , et une profondeurde plus de quatj'e* lignes au centre, — M. Laënnec ajoute que l’hypertrophie du ventricule gauche avait été reconnue, mais que le stéthoscope ne fit entendre aucun bruit d’après lequel on mit soupçonner non seulement V ulcère , mais même la rupture du ventricule gauche qui s’ensuivit deux jours avant la mort, à juger d’ après V exacerbation des symptômes qui survint vers ■cette époque. {Op. cit., tom. II, pag. 55q-58). Dans l’observation 5o<-'-de ce Traité, j’ai rapporté un L exemple d ulcérations supeificielles des valvules aortiques .IJ’y renvoie le lecteur. Voici maintenant quelques cas de perforation des parois et de la cloison du cœur, et d’éro- ^sion complète des colonnes charnues et des tendons de cet .'organe. OBSERVATION 100e (i;. Homme de 70 ans.— Depuis long-temps, syncopes fréquentes.— Mort subite. - Ulcération et rupture de l’oreillette gauche. Un homme de 79 ans , d’une constitution débile , avait , üdepuis long temps, de fréquentes syncopes. Il était d’une ^ susceptibilité assez vive et sujet à des accès de colère... ;'l Depuis quinze jours, son sommeil était troublé par des 1 rêves, pendant lesquels on l’entendait crier au feu et au voleur , lorsque tout-à-coup il mourut le 24 novembre <1 1812 , en jetant des cris violens. ■Autopsie cadavérique. ^ Le péricarde contenait environ deux livres de sang. Il (0 Cette observation , recueillie par M. le docteur Hipp. Cloquet , a été mi- tbee dans les Bulletins de la Faculté de médecine de Paris. ^ îiyo MALADIES DU CCKUU EN PAllTICULTER. ÿ avait une ulcération avec rupture à l’oreillette gauche , pr ès (le l’embouchure de l’une des veines pulmonaires. Cette ulcération, du diamètre de sept millimètres, offrait un amincissement remarquable dans ses environs , et pré- sentait une sorte de trame aréolaire comme la dentelle. ,7 11 n’y avait aucune trâce de suppuration aux environs. Un filet nerveux de l’un des plexus cardiaques était parfaite- ment disséqué dans le lieu de l’éroSion. — L’oreillette cor- respondante était fort dilatée. — Le cœur n’olfrait aucune autre lésion , si ce n’est qu’il était un peu plus volumineux que dans l’état naturel. — L’aorte présentait quelques ossifications. ‘ / ^ OBSERVATION 101® (i). Enfant de la ans ip. — Dépuis cinq mois, symptômes d’une maladie orga- nique du cœur, avec obstacle à la circutalion. — Mort dans un état de sufloca- tion. — Hypertrophie et dilatation du cœur. — Perforation de la cloison inter- ventriculaire, à l’origine de l’artère pulmonaire. — Erosion et destruction _de l’une des valvules de l’orifice aortique. Un enfant de 12 ans et demi disait être malade depuis cinq mois seulement, lorsqu’il fut admis à l’hôpital de cli- nique interne, le 21 avril 1797. Il était alors dans un état si fâcheux, qu’on avait lieu de craindre prochainement pour ses jours. Visage bouffi, lèvres violettes, infiltration des membres supérieurs et inférieurs; dyspnée; la main, placée sur la région du cœur, sentait un battement peu régulier, accompagné d’un bruissement particulier très remarquable. Cependant le pouls était d’une régularité surprenante mais petit, faible et facile à étouffer. Des palpitations revenaient par accès fréquens, pendant les- quels la suffocation était imminente. Le malade ne pouvait rester couché ; il se trouvait mieux quand il était assis , le tronc incliné en avant. (i) Cette observation est extraite de l’ouvrage de Corvisart. DEUX. CATÉG. d’oBSERV. DE CARDITE. 27 1 Le 24 avril , il survint un accès de suffocation , à la suite duquel le malade se trouva sensiblement mieux qu’il n’avait été depuis long-temps. Cependant de nouveaux symptômes alarmans se déclarent, et la mort arrive le lendemain , 2S avril, après une agonie de 10 à 12 heures, pendant laquelle tout le corps était couvert d’une sueur froide, et la bouche abreuvée d’une écume jaunâtre. " Autopsie cadavérique. Poumons dans l’état naturel, seulement un peu flasques. Une petite quantité de liquide dans le péricarde. Le volume du cœur était considérablement augmenté, et ce viscère paraissait bien plutôt appartenir à un homme de haute stature et de vigoureuse constitution, qu’à un sujet aussi jeune. Les oreillettes étaient dilatées. Les parois du ventricule droit étaient plus épaisses qu’elles ne le sont ordinaire- menti La cloison des ventricules avait conservé son épaisseur naturelle. Cette même cloison, à V endroit de la naissance de r artère pulmonaire , était percéé d’une ouverturé ronde qui pouvait admettre l’extrémité du petit doigt. 'Cette oûVerture commufdquait directement avec la cavité du 'Ventricule gauche. Les bords eh élaient lisses et blanchâtres dans toute leur éten- dùe ^ à là partie supérieure du pourtour du trou, on apercevait 'dcilX' petits tiihèrculès charnus dé Couleur rougeâtre. La 'valvule sCnii-lunaire aortique au-deséous de laquelle ce trou était situé, était corrodée et en partie détruite [ï) . ' Les parois du ventricule gauche avaient conservé leur / y ' ' " ..tt- . ■ ■■■.'■ I !:■,'■ -prry' ' '■ — I y (1) Celle valvule formait une espèce de petile frange, qui se présénlâît à l’o- ïTÜce de coimlauiiicalion , sans le boucher enlièrement ; de sorte que le sang , poussé par le ventricule gauche dans l’aorte, pouvait, lorsque ce ventricule ces- sait d’agir, refluer, à la faveur de la destruction de la valvule sigmoïde, dans le ventricule droit, en traversant l’ouverture contre nature dont la direction sem- blait cependant être du ventricule droit vers la Cavité du gauche. 27'^ MALADIES DU COEUR EN PARTICULIER, épaisseur ordinaire. Dans la cavité de ce ventricule , immé- diatement au-dessous d une des valvules sigmoïdes de 1 aorte , on voyait 1 ouverture gauche du trou indiqué plus haut. ' RÉFLEXIONS. Corvisart regarde comme indécise la question de savoir si la perforation décrite plus haut existait chez ce sujet depuis sa naissance , ou bien si elle s’était formée acciden- i tellement par rupture ou par érosion. Dans le premier ' cas, dit-il, ce serait un 'véritable 'vice de conformation ; dans >• le second cas , elle devrait être mise au raiiB des maladies ü < ® \ organiques . / , Suivant Corvisart , la disposition liSse et comme tendi- ji neuse des bords de l’ouverture , semblerait-'iniliter pour la i première opinion, tandis que, d’un autre côté, l’érosion de h l’une des valvules semi-lunaires qui se propageait jusque ti sur le pourtour de l’ouverture , l’existence des tubercules il charnus de couleur rougeâtre, etc. , pourraient engager à embrasser la seconde. En nous déclarant pour notre propre compte en faveur de cette dernière hypothèse , outre l’ar- ir gument invoqué ci-dessus à son appui, nous ferons remar ir quer que sous le point de vue des symptômes, rien ne i prouve que la'perforation ait été congénitale ; que , au con- i J traire, la déclaration du malade ( il disait n’avoir éprouvé j de dérangement dans sa santé que depuis cinq mois), por- ( terait à croire que cette perforation était réellement acci- j dentelle. La disposition lisse et comme tendineuse des bords i de l’ouverture ne suffisait pas d’ailleurs pour démontrer que celte ouverture était congénitale , car une perforation accidentelle , lorsque la cicatrisation de ses bords est com- ; plète , peut offrir une semblable disposition. Au reste, en admettant que ce vice de conformation fût congénital , il s’agirait encore de déterminer si la perforation ne s’est pas opérée dans ce cas par un mécanisme seuiblablcà celui i DEUX. CATÉG. d’oBSERV. DE CARDITE. QyS qui préside au développement des perforations dites acci- dentelles ou non congénitales. Nous reviendrons sur cette question , en traitant des vices de conformation du cœur proprement dits ou dus à une perturbation des lois qui régissent l’évolution orga- nique. Dans l’observation suivante qui a'été recueillie par M. le docteur Thibert, et publiée dans les Bulletins de la faculté de Médecine (année 1819), on verra une perforation simul- tanée de la cloison inter-auriculaire et de la cloison inter- ventriculaire, et partant une communication établie entre les quatre cavités du cœur , à l’endroit de cette perforation. On peut aussi se demander, à l’occasion de ce fait, si la lésion était congénitale ou accidentelle. L’observation man- que des détails qui auraient pu nous fournir les données nécessaires à la solution précise de ce problème. Nous avons cru pouvoir adopter, sans inconvénient, 1 hypothèse d’une perforation accidentelle , consécutive à une cardite par- tielle ulcérative. OBSERVATION 102e. t Jeune homme de a4 anc. — Pas de symptômes d'An^vRissiK du cŒon, ni de maladie bleue. — Mort d’une maladie fébrile, au bout de six semaines. — Per- foration de la cloison du cœur, a#ec communication des quatre cavités de cet organe entre elles. « Un couvreur, âgé de 24 ans, meurt, au bout de six ï semaines, d’une maladie lébrile , sans avoir offert ni » symptômes bien tranchés éianévrisnie du cœur, ni symptô- * mes de maladie bleue. ï Le cœur, dont le volume est augmenté de près d’un > quart, offre ses cavités dilatées , sans que ses parois soient » plus épaisses ou plus denses que dans l’état ordinaire. » L’oreillette droite seule est beaucoup plus épaisse qu’elle » n’a coutume de l’ètre. Elle communique avec la gauche * par le trou de Botal. Une grande ouverture ^ très irrégulière. i 274 MALADIES Dü COEUTl EN PAI\TICULIER. ’ » Située a la partie inférieure de la cloison inter-ventricu- » laire , fait communiquer ensemble les quatre cavités du > cœur, et devait occasiorier le mélange intime des deux » espèces de sang. Le contour de celte ouverture est formé > par des franges membraneuses jaunâtres , très irréguliè- 1 res (i). J OBSERVATION 103e. Jeune fille de 22 ans. — Phthisie pulmonaire. — Pouls tellement fréquent i qu’on peut à peine le compter. — Quintes de toux très violentes. — Mort dix- huit jours après l’entrée à l’hôpital. — Rupture d’une colfanne charnue du ven- tricule droit. — Caillot blanchâtre, contenant une matière comme purulente. I I Une jeune fille de 22 ans, nommée Sophie, était parvenue 1 au troisième degré de la phthisie pulmonaire , lorsqu’elle entra à l’hôpital Cochin , le 3o juillet 1822. Elle avait des quintes de toux très violentes et une fièvre très vive , a^ec 1 un pouls tellement précipité, qu’on pouvait à peine en comp- 1 ter lesbattemens; ellemourutdix-huitjoursaprèsson entrée. Autopsie cadauériquè, 27 heures après la mort. Désorganisation tuberculeuse des deux poumons... Le péricarde contient une certaine quantité de sérosité. \ Le cœur est assez ferme, un peu moins gros que le poing 1 du sujet, et assez pourvu de graisse. Le ventricule droit k contient un petit caillot blanchâtre au centre duquel on ( trouve une matière liquide comme purulente, blanche, t Cette sorte de végétation globuleuse adhérait aux tendons ç d’une colonne charnue , qui était complètement rompue et flottante au milieu de la cavité ventriculaire (îî). ^i) « Cette disposition, dit M. Thibert , a fait penser à un professeur de | • l’Ecole que la communication entre les quatre cavités du cœur pouvait bien ne 1 • pas être congéniale, mais le résultat de la destruction graduelle de deux mem- i • branes, dont l’adossement seul aurait formé en cet endroit la cloison qui sé- | • pare les cavités droites des cavités gauches, comme on l’a quelquefois observé.» 3 (a) Je dois faire remarquer ici qu’il n’est pas démontré que la rupture dont nous venons de parler ail été précédée d’une ulcération ou d'un ramollissement i TROIS. CATÉG. d’oBSERV. DE CARDITE. - TROISIÈME CATÉGORIE. 275 OBSBBVATIONS DB CARDITK ÜI.CÉRATIVB, AVEC FOBMATlOIt n’uS KYSTE . AB^VBISMAL ( TUMBUB ANÉVBISMALE DD COEUB ). Walter , Mathieu Baillie et Zannini ont observé chacun un cas de la maladie à laquelle sont consacrées les observa- tions de cette caiégorie. Corvisarl ignorait ces observations lorsqu’il en consigna une du même genre dans l’article où il s’est occupé des^tumeurs au cœur. S’il les eut connues, il infl.immaloire (le l.i colonne charnue qui en était le sié^e. Mais j’ai cru pouvoir supposer la préesistehce de l’une de ces deux lésions , en raison du pus rencontré au centre du (ÿjillol contenu dans le ventricule droit' Je ne donne, au reste, cette tiy[)olhèse que pour ce qu’elle vaut. Corvisarl est le premier qui ait bien signalé la rupture des piliers du cœur et de leurs tendons, rupture à la^tielle il a donné le nom de rupture partielle. Des tiois exemples de ce genre de lésion qu'il a consignés dans son ouvrage , deux , suivant lui, sont relatifs à une rupture sans lésion préalable de la partie rompue, tandi' que l’autre se rapporte à une rupture par érosion. Voici d'ailleurs un ex- trait de ces trois cas. ^ I" CAS 53 de l’oiiv. de Con isarl). — Un carrier, âgé de 3g ans, avait, à l’âge de ao ans, éprouvé des douleurs rhumatismales , et plus tard une fluxion de poitrine, à la suite de laquelle il survint des symptômes d’après lesquels Cor- Tisarl soupçonna une lésion organique du cœur. Le malade succomba sept mois après la pueonionie. — Taches blanches sur le péricarde. — La grande portion de ta valvule mitrale qui. est au-devant de l’orifice de l’aorle ne tenait plus par les filets tendineux aux colonnes charnues auxquelles ces filets l'ont se rendre. A son bord, devenu libre, pendaient plusieurs espèces de végétations assez irrégu- lières, et imitant bien certaines excroissances vénériennes. — L’une des colonnes charnues laissait voir deux portions mousses des filets tendineux. On ne trouvait pat ailleurs les traces des autres filets tendineux , rompus ou détachés. Des végétations semblables aux précédentes existaient sur l’une des valvules aortiques et dans un pouce carré de la surface interne de l’oreillette gauche. — Ne pourrait- on pas soupçonner, dit Corvisart, que la rupture des Clets de la valvule n’a eu lieu que par le fait môme de l’altération qu’ils ont soufferte par l’action de la vé- gétation? Ailleurs, Corvisart considère celle rupture comme un résultat d’é- rosion. ae CAS {Obs. 4o de Corvisart ). — Un courrier, âgé de 3o ans, éprouve, à la suite de fatigues violentes, les symptômes d’une inflammation de poitrine. Trans- poilé à l’hôpital de la Charité, huit jours après le début de sa maladie, il y mou- rut au bout de deux jours. Les principaux symptômes observés étaient les sui- 18. 27^ MALADIES DU CCEUR EN PARTICULIER, n’eût point fait précéder son observation de la réflexion suivante : « Un fait très extraordinaire, et même unique, )» qui s’est présenté à mon observation, prouve que le cœur » peut , outre les dilatations particulières qui lui sont » propres, devenir le siège de tumeurs anévrismales entiè- » rement semblables à celles dont les artères des membres » se trouvent quelquefois affectées. »> Dans un savant mémoire sur V anévrisme faux consécutif du cœur, M. Breschet, après avoir rapporté les quatre cas que nous venons de mentionner, en expose six autres, re- Tans : traits altérés; pouls petit, serré, singulièrement fréquent, irrégulier; bat- temens confus et irréguliers dans la, région du cœur; le malade ne pouvait rester ni couché, ni debout, ni sur son séant ; il était dans un état d'agitation, d'anxiété, impossible à décrire, et menacé d’une suffocation instante. — Avant de procéder à l’ouverture du cadavre , Corvi.sart annonça qu'il existait une lésion aiguë du cœur, et sans doute une rupture ou déchirure de quelqu’une de ses parties. — Autopsie cadavirique. — Traces de pleuro-pneumonie gauche. — On apercevait dans te ventricule gauche qu'un des gros piliers qui soutiennent les valvules mi- trales était rompu à sa base. Il y avait apparence de suppuration à l’endroit même de la déchirure à ta paroi du cœur, ce qui prouve qu’elle n’était pas ancienne ; prés de celle déchirure on apercevait un caillot recouvert de matière purulente..., 3e CAS ( Obs, 4i Corvisart ), Un tourneur, âgé de 54 ans, éprouve, à la suite d’un tour de reins très violent, des symptômes d'une affection aiguë de poi- trine. Vingt mois apres , il entre pour la seconde fois à la Charité , éprouvant alors une anxiété extrême. La respiration était suffocatlve; le malade sentait dans la région du cœur des douleurs qui lui arrachaient des cris. — J1 mourut deux jours après l’entrée. — Autopsie cadavérique. — Tache purulente à la partie antérieure du médiastin. Cœur d’un volume trois fois plus considérable qu'à l'é- tat sain. Appendices en forme de crêtes de coq à la face externe du péricarde. Pâles e livides à leurs bases . d’un rouge foncé à leur sommet , ces excrois-^ances n’étaient autre chose que des portions graisseuses qui avaient éprouvé un mode rABTicütjER d’altération. Adhérence g nérale du péricarde au cœur. Les valvules mitrales étaient garnies de quelques excroissances molasses , comme charnu s. — En examinant les tendons des piliers qui soutiennent ces valvules, on vit que deux d’entre eux avaient été anciennement bompos. Les extrémités de ces deux tendons claient mousses, lisses et arrondies à l’endroit de leur rupture. On ne retrouvait pas sur te bord de la Valvule l’endroit précis où ils devaient s’ioscrer avant leur rupture. M. Laënnec a observé un cas de déchirure des tendons valvulaires, qui sem- blait avoir été précédée de l’ulcération de ces cordes ligamenteuses. Malheureuse- loei t M. Laënnec se borne à mentionner ce fait. c TROIS. CATÉG. D OBSEUV. DE CABDITE. 277 cueillis, les deux premiers, par MM. Bérard, le troisième par M. Cruveilher, le quatrième par M. Dance, le cinquième par M. Ereschet lui-même ( le sixième est une simple des- cription d’une pièce pathologique conservée dans le Muséum de la Faculté). Depuis la publication du mémoire de M. Breschet, deux nouveaux cas d’anévrisme faux consecutif du cœur ont ete insérés dans le Jouvruil hebdomadaire de medecine^ le premier par M. le docteur Reynaud, le second par M. le docteur Pétignv; un troisième cas a ete recueilli par M. Choisy, qui l’a publié dans sa dissertation inaugurale. OBSERVATION 104« (1). , Homme de 37 ans. — Symptômes d’un obstacle à la circulation à travers le cœur. — .Vlorl dans un état d’anxiété extrême. — Tumeur presque aussi volu- mineuse que le cœur lui-même, surmontant la partie supérieure et latérale du ventricule gauclie, contenant dans son intérieur des concrétions sanguines assez denses, et communiquant par une ouverture peu large avec la cavité du ventri- cule. — Adhérence du péricarde avec la surface extérieure de la tumeur. \ Un nègre, âgé de 27 ans , fut reçu à l’hôpital de la Cha- rité, le 17 septembre 1796- H était dans un état d’angoisses et d’anxiété inexprimables; la respiration était gênée, et en- trecoupée; la poitrine résonnait bien dans toute son éten- due. Le malade se plaignait d’une douleur violente vers la région de l’estomac, ainsi que vers celle du foie. Le pouls était petit, serré, faible et fréquent. Le lendemain de son entrée, le malade eut une hémorrhagie nasale si abondante, qu’elle précipita l’instant de sa mort, qui arriva le jour «nême. Autopsie eadauèrique. Le cœur a conservé son volume naturel, mais la partie supérieure et latérale du 'ventricule gauche est surmontée dune \ (1) Observation de Corvisart. 270 MALADIES DU CœUR EN PARTICULIER. tumeur presque aussi volumineuse que le cœur lui-même^ tumeur qui y par sa base, se confondait acec les parois de cet organe. Avant de parvenir au centre de cette tumeur, il fallait couper une couche comme cartilagineuse , un peu moins épaisse que les parois du ventricule, La substance qui formait cette tumeur avait cependant conservé l'apparence et la couleur des muscles. V intérieur de la tumeur contenait plusieurs couches de caillots assez denses , parfaitement semblables a ceux qui remplissent une partie de la cavité des anévrismes des niembi'es, à cette différence près que la couleur de ces couches, comme lympha- tiques était plus pale. Cette meme cavité communiquait avec V intérieur du ventricule, par une ouverture qui avait peu de lar- geur, et dont le contour était lisse et poli. Il était évident que cette tumeur s' était formée entre la substance charnue du cœur et la membrane qui lui est fournie par le péricarde qui était intime- ment adhérent à la superficie de cette poche. ^ Les valvules mitrales étaient épaissies et ossifiées. L’estomac et les intestins grêles contenaient beaucoup de sang presque pur et coagulé, suite évidente de l’hé- morrhagie. OBSERVATION 105e (1), A l’ouverture du corps du grand tragédien Talma, le coeur offrit les altérations suivantes : ' D’un volume un peu plus qu’ordinaire, cet organe se prolongeait inférieurement et se terminait par une tumeur arrondie, séparée de la pointe du cœur par un légère dé- pression circulaire. Là, les deux feuillets du péricarde deve- naient adhérens et semblaient par leur réunion former à» eux seuls les parois de la poche. Le cœur droit et ses an- nexes étaient sains. L’oreillette gauche, l’orifice auriculo- venlriculaire , les valvules mitrales, l’aorte, les valvules (1) Observation de M. Breschet. TROIS. CATÉG. d’oBSERV. DE CARDITE. 279 tricuspicles n’offraient rien de palhologique ; le ventricule «rauche seulement fut trouvé dilaté , sans que ses parois pa- russent avoir augmenté ou diminue d’épaisseur. La cavité ventriculaire aurait pu loger un œuf de poule ordinaire. Par son extrémité inférieure, le ventricule gauche commu- niquait, au moyen d’une ouverture du diamètre d’un pouce environ, avec une poche arrondie dont la largeur dépassait celle de son ouverture, et dans laquelle aurait pu etre con- tenu un petit^œuf de poule. La communication du ventri- cule et de la poche anévrismaiique était établie au travers d une virole cartilagineuse, épaisse de deux lignes et demie; à partir du milieu de sa paroi, cette virole s’amincissait in- sensiblement et finissait par dégénérer en une membrane qui , confondue avec les feuillets du péricarde, constituait la poche anévrismale. Par son bord supérieur, le bourrelet s’unissait aux fibres charnues du cœur, dont il paraissait être la continuation; il donnait également attache, par deux points opposés de son diamètre , aux deSx colonnes charnues des valvules mitrales. Au moyen de cette altération pathologique , la cavité du ventricule gauche avait pris la disposition d’un cylindre creux, ouvert inférieurement dans la cavité plus large de la poche anévrismale. Celle-ci , dis- séquée avec soin , a été trouvée formée par les deux feuil- lets du péricarde, qu’il était facile de suivre sur l’origine du bourrelet fibro-cartilagineux; ces feuillets, entièrement con- fondus, s’amincissaient ensuite insensiblement au fur et à mesure qu’ils s’éloignaient davantage du ventricule. La membrane qui formait le fond de la poche n’avait pas plus d’épaisseur que le dure-mère sous les pariétaux et pouvait lai être comparée pour la texture et la solidité. En haut , en se rapprochant de la dépression qui existait entre le som- met du ventricule et le sommet de la tumeur anévrismale, on remarquait la séparation des deux feuillets du péricarde, et sous la lame cardiaque de cette enveloppe on pouvait apercevoir quelques faisceaux très minces, diminuant in- 280 MALADIES DU CCEUR EN PARTICULIER, sensiblement et disparaissant tout-à-fait sur la tumeur ; ces faisceaux nous ont semblé appartenir aux fibres superfi- cielles du tissu charnu du cœur; inférieurement ces fibres n’existaient plus, et, comme il â été dit, les parois delà poche n étaient formées que par l’adossement des deux la- mes du péricarde. A l’aspect lisse et poli de la cavité de la poche , on aurait pu croire que la membrane interne du cœur s’y continuait. Cependant, à partir du bourrelet cartilagineux , et dans toute la circonférence de l’ouverture de communication de 3a cavité du ventricule avec celle de la tumeur, on a pu dis- tinguer les vestiges d’une membrane très mince, frangée , dentelée, adhérente aux caillots renfermés dans la tumeur. Ces franges paraissaient résulter de la déchirure de la mem- brane interne du cœur. La poche anévrismale contenait une substance d’un rouge pâle, comparable par sa teinte à des muscles décolorés, et cette substance disposée par couches concentriques rem- plissait la totalité ou la presque totalité du sac. Ces cou- ches pouvaient être divisées en couches plus minces, lamel- leuses, et tout au plus de l’épaisseur d’une feuille de papier oud’uneapotiévrose. Klles résistaient à un tiraillement assez fort; et quoique le simple examen à l’œil nu n’ait pas lait reconnaître d’organisation bien distincte dans cette sub- stance, cependant sa solidité et sa résistance paraissaient être supérieures à celles des caillots sanguins. Le centre de cette substance contenait une matière moins dense , plus colorée, beaucoup plus rapprochée 'de la nature du sang. « TROIS. CATÉG. d’oBSERV. DE CARDITE. OBSERVATION 106* (i). 281 Ilonirré de 4g ans. — Signes ordinaires d’une induration des valvules du cœur, avec hypertrophie du même organe. — Morl à la suite d'une double atta- que apoplectique. — Kyste anévrismal vers la pointe du ventriculé gaucho , con- tenant quelques couches de. (ibrine très dense et très adhérente'. — Adhérence étroite du péricarde avec les parois du kyste. Un ancien militaire, âgé de 4.9 3ds, éprouvant de^jfeis six à huit mois de l'oppression , de rélouffement , est admis dans la salle de la Clinicjue. Il olTrait alors tous ]es signes d’une induration des valvules du cœur, avec hypertrophie de cet organe. Au bout d'un séjour d’environ deux mois , il est frappé, à deux reprises, d’une apoplexie et succombe à la seconde attaque. Autopsie cadavérique, le lendemain du jour de la mort. Le cœur était d’un volume presque double de l’état na- turel. Vers le point qui correspond au sommet du ventri- cule gauche, il présentait un renflement arrondi du volume d’une noix ordinaire ; là , il était intimement adhérent au péricarde. Ce ventricule était prescpie à lui seul la cause du grand volume du cœur ; il était plutôt dilaté qu’épaissi : sa capacité était considérable. Vers sa pointe, une ouverture ca~ pable d'admettre le doigt indicateur conduisait dans une cavité plus ample sur-ajoutée à la pointe du coeur. Cette cavité surnu- méraire contenait quelques couches de fibrine^ très dense et très adhérente; les parois étaient en grande qoartie formées par le péricarde , qui leur adhérait étroitement. A l’endroit où la po- che se détachait de la pointe du cœur, on remarquait un léger rétrécissement, et l’on cessait d’apercevoir les fibres charnues du cœur; cependant quelques colonnes amincies et blanchâtres se prolongeaient dans la cavité de cette ^dila- tation. L’adhérence de cette poche au péricarde épaissi était (i) Extrait de l’observation de M. Dance. 2oa ' maladies DD CœUR EN PARTICULIER, tellement intime, que rien n’annonçait sa rupture pro- chaine; la plus grande partie des colonnes charnues du ven- tricule gauche étaient décolorées et converties en une sorte de tissu fibreux blanc et résistant. La valvule mitrale con- tenait vers ses bords libres et adherens des fragmens de matière osiéo-pétrée. Elle avait perdu en grande partie sa mobilité, mais permettait neanmoins eficoreune libre com- muni^tion entre l’oreillette et le ventricule. Le^^ntricule droit ne semblait qu’un appendice du gau- > che ; ses parois avaient leur épaisseur ordinaire ; la portion j qui correspond à l’entrée de l’artère pulmonaire était nota- • blement dilatée , tandis que rinférieure avait conservé sa i capacité naturelle. La valvuje tricuspide jaunâtre était dans i un état voisin d’ossification (i). '' ( OBSERVATION 107e’ (a). Homme de 35 ans. — Mort à la suite d'accidens nerveux , sans signes de ! maladie du coeur. — Epaississement, opacité de la membrane interne du venlri- ► cille gauclie et du tissii cellulaire ious-jacent. — Kyste anévrismal pouvant con- tenir une petite noix, à la partie moyenne du bord postérieur du ventiicule s gauche; second kyste anévrismal, plus petit, à la partie antérieure du même : ventricule, près de la cloison iutervf-utriculaire. Un homme , âgé d’environ 35 ans , n’offrait aucun symp- s tomes qui pûTattirer l’attention du coté du cœur, lorsqu’il i (i) Je m’abstiendrai de rapporter ici la description des graves lésions rencon- i trées dans le cerveau , par suite de l’bémorrhagie qui s’y était opérée. (a) Observation de M.r le docteur Reynaud. En plaçant l’observation de M. Reynaud parmi les cas de tumeur anévrismale 'i consécutive à une ulcération des couches internes des parois du ventricule gau- che, je n’ignore pas que me trouve jusqu’à un certain point en désaccord avec, ij cet excellent observateur. Il paraît certain à M, Revnaud que le cas qu’on va lire se rapporte aux anévrismes vrais primitifs. Suivant iiii , les deux poches anévris- ■ males étaient fe résultat de la distension de la membrane interne en forme de poche, i distension qu’il attribue aux contractionsdu ventricule, et qui a été favorisée par une altération de la membrane qui en était le siège. Les fibres du cœur n’avaient point ^ TROIS. CATÉG. d’oBSERV. DE CARDITE. 283 fut admis dans le service de M. Lerminier, à la Charité. Il y yuccomba à la suite d’accidens nerveux formidables , sur- 1 venus dans le cours d’une affection salurnine"( colique de J plomb). Le cœur est un peu plus volumineux qu’il ne doit être , dans l’état normal , ce qui tient à une légère hypertrophie avec dilatation du ventricule gauche. La membrane interne qui tapisse les cavités gauches de ] l’organe est épaissie, opaque et d’un blanc laiteux dans presque toute son étendue; la valvule bicuspide est épaissie vers son bord libre , surtout dans les points où viennent s'insérer les colonnes tendineuses, qui, elles-mêmes , aug- mentées de volume, ont une co.uleur blanche, opaque. Celle altération existe particulièrement sur celles qui par- teut d’une colonne charnue principale, située à la partie postérieure du ventricule. Au-dessous et dans l’étendue de plusd’un pouce carré, la membrane interne estplus blanche que dans les autres points ; son épaisseur estplus considé- rable; on la sé|)are avec facilité d’une couche sous-jacente de tissu cellulaire hypertrophié, susceptible de se diviser elle-même en plusieurs feuillets. Ces diverses couches réu- nies ont quelque chose dans leur structure qui rappelle celle des artères. A- peu près au centre de cette portion de membrane ainsi altérée, et dans un point correspondant a la partie moyenne du participé, dit-il, à cette distension, mais avaient été simplement refoulées, comme le sont les pailies voisines d’un anévrisme situé sur le trajet d’uue ar- tère. Quelque prix que nous attachions à l’opinion de M. Reynaud , l’examen attentif des différentes particularités de l’altération dont on trouvera plus loin la description , nous a conduit à penser que ce cas avait réellement plus d’affinité avec ceux relatifs à l’anévrisme faux consécutif, qu’avec ceux qui appartiennent à une simple dilatation partielle du cœur, maladie qui nous occupera ailleura. L’apparente continuité delà membrane interne du sac avec la rnembrane interne du ventricule ne suffit pas pour démontrer la non-existence d’une ulcération an- térieure de celle dernière. 284 MALADIES DU COEUR EN PARTICULIER. bord postérieur du 'ventricule , existe une ouverture arrondie susceptible de recevoir le bout du doigt et conduisant dans une cavité presque sphérique , pouvant contenir une petite noix, et s'étendant jusqu’au Jeuillet 'viscéral du péricarde , dont elle ~ n’est séparée que par une très mince couche de fibres charnues. Cette espèce de poche anévrysmale contient dans sa partie la. plus déclive une petite quantité de coagulum fibrineux , qui , déposée d’une manière unijorme , s’ étend en membrane à sa surface. Les parois de cette poche sont formées par une mem- • brane épaisse , dense, de texture fibreuse , composée elle- même de deux feuillets, l’un siiperfciel plus mince, d’un blanc i opaque, l’autre plus épais , semblable a la membrane moyenne > des artères altérée,^ et contenant dans son épaisseur quelques i points fibro-cartilagineux et osseux. Cette membrane se con- • tinue sans interruption, seulement en s’épaississant au col du ( sac, avec la membrane interne du 'ventricule, dont elle a d’ail- \ leurs les caractères. Les fibres musculaires du cœur sont ètran- ‘ gères à la formation de ce sac; elles en sont séparées par une ) couche de tissu cellulaire , et il serait facile de les en détacher, r Toutefois b adhérence paraît plus intime vers la partie du sac, , 'voisine du péricarde. Une autre poche, mais plus petite que la première, et en i totalité remplie par un coagulum fibrineux , qui parait ancien, , existe a la partie antérieure moyenne du -ventricule, près de la r cloison inter-'ventriculaire . Son col est également plus étroit que ' soji fond, et la membrane interne du cventricide , qui s’y continue i est pareillement épaissie et forme une sorte de bourrelet à son y orifice. Les parois de 'cette seconde poche , épaissies , denses , comme fibreuses , semblent de même nature que celles de la i première. Sa forme est moins sphéroîdale, elle est alongée , et au lieu que son grand axe se dirige -vers la surface exiérieure du cœur, il est au contraire oblique daîis l’épaisseur des parois du 'Ventricule. Les orfices du cœur sont libres. — L’aorte présente à sa sur- TROIS. CATÉG. d’oBSERV. DE CARDITE. 205 ■ ïftlCî'îïG (^Uël(^tt6S points CpmSSlS et ^CLl\iQ.Tlt SClllIlG dcLTlS SCt cavité. OBSERVATION. 108<> (i). Homme de 53 ans. — Symptômes d’un obstacle à la circulation à travers le I cœur. — Mort dans un accès de suffocation. — Tumeur anérrismale partant de I la pointe du ventricule gauche, d’un volume presque égal à celui des deux ventri- I cules réunis, adhérente au péricarde et au diaphragme, contenant des couches de concrétions fibrineuses plus ou moins adhérentes. > * Un nègre africain, d'une constitution robuste, âgé de 53 ans, maçon, fut admis à l’hôpital de la Pitié, le oc- tobre i83o. Il se plaignait de palpitations de cœur, de gêne dans la respiration. Les battemens du cœur étaient forts et tumultueux ; le pouls dur et serré. Les extrémités infé- rieures n’étaient point œdématiées. Un état analogue sub- sistait chez ce malade depuis plusieurs années; il cédait momentanément aux saignées et au repos , et redevenait insupportable par le travail et la vie active. M. Cfément fit tirer du sang plusieurs fois , prescrivit des potions avec la teinture de digitale, des boissons délayantes et un régime convenable avec un repos absolu. Ces moyens produisirent un soulagement marqué et amenèrent une sorte de conva- lescence. Lorsque, au i" janvier i83i, j’entrai comme externe dans la division de M. Clément, je reconnus aussitôt les traits de Zamor, que j’avais vu, un an auparavant, dans la troisième salle de l’hôpital du Midi , où il resta plus de six mois. Il était alors confié aux soins de M. Cullerier , et soumis à des frictions mercurielles locales , contre un double engorgement testiculaire consécutif à une uréthrite, compliquée de bubons aux deux aines. Outre sa maladie vénérienne, il était sujet dès lors à un peu de toux, à de (i) Observation de M. le docteur Péligny. .1 , 200 MALADIES DÜ COEUR EN PARTICULIER. la dyspnee et à des palpitations. Un régime doux lui était recommandé, et il quittait rarement le lit.* J ai dit que l’etat du malade était sensiblement amélioré au i®"" janvier i83i. Alors en effet , il se levait de son lit pendant la journée, marchait facilement dans la salle , et mangeait la demi-portion d’alimens ; mais il avait delà , difficulté à monter l’escalier. La respiration était libre; le pouls un peu fort ‘et lent, sans être inégal. Pendant le i cours du mois, nous observâmes deux fois de légers symptô- ; < mes d’élévation dans le pouls , et accompagnés de gêne dans ' la respiration ; ils durèrènt chaque fois de trois à quatre jours et cédèrent à la diète , sans le secours des émissions sanguines. Le mois de février se passa bien , mais dans la soirée du 28 le malade éprouva de l’oppression avec une forte dyspnée; le pouls était plein et fort. Le chirurgien de garde pratiqua une saignée de 4 palettes, qui fut suivie de quelque soulagement. Le lendemain l’oppression con- tinuait , le pouls était dur et accéléré. On renouvela la ’ saignée; on prescrivit des boissons pectorales etda diète. 11 j y eut, le 2 mars, une diminution notable des symptômes; ; ^ tnais le 3 , réapparition de la dyspnée y et de plus, toux ^ sèche, douleur vive derrière le sternum et sous le sein ! droit; enduit blanchâtre sur la langue; fièvre; râle sous- ; crépitant à grosses bulles des deux côtés de la poitrine. ' (âo sangsues au côté droit). La douleur diminua progressi- j ' vement les jours qui suivirent et se dissipa complètement I I; ie 8. Il resta cependant de la soif, de l’inappétence, de la ( I chaleur à la peau , de la fréquence dans le pouls et du ma- " laise. Quoique rien ne pût annoncer une mort prochaine , , , ; le malade fut pris le 10 mars, à 4 heures du soir, d un ( : accès de suffocation, et expira sans qu’on pût lui apporter aucune espèce de secours. I Aulopsie cadavérique^ 4^ heures après la mort, i II n’existait aucune infiltration aux extrémités. Les deux ventricules du cœur étaient dilatés considéra- J ,1 i 1 1 trois, catég. d’observ. de cabdite. 287 blement, et le droit était chargé de graisse. De la pointe du 'Ventricule gauche partait une tumeur anéurismale, d’ mi volume presque égal à celui des deux ventricules réunis ; elle était cir- conscrite^ a son origine^ par un collet ou ei^oncement circulaire j elle adhérait, dans les trois quai'ts de son étendue, au péricarde et au diaphragme, et n^ était libre que dans son quart supérieur et droit. Âpres avoir incisé longitudinalement le ventricule gau- che et la tumeur elle-même, nous vîmes que, à renfoncement extérieur qui marquait V origine de celle-ci, correspondait inté- rieurement un rebord lisse ^ saillant, egalement circulaire d'un pouce et demi de diamètre. Les parois de la tumeur étaient for- mées de dedans en dehors, par une véritable membrane charnue, due à la continuation des fibres musculaires extérieures du ven- tricule gauche (i) et par le feuillet viscéral du péricarde, lequel, dans les trois quarts de la surface extérieure, était fortifié par Vautre feuillet intimement uni au diaphrame. U épaisseur de ces parois était généralement plus grande que celle des oreillettes , et moindre que celles des ventricules {elle était d'environ une ligne). Les fibres charnues manquaient dans deux endroits de la partie droite de la tumeur, qui présentait là deux cavités accessoires propres à recevoir V extrémité du pouce et séparées l'une de Vautre, d'avant en arrière, par la prolongation d'une des colonnes du ventricule gauche. De ces deux excavations, l'anté- rieure n était recouverte que par le feuillet viseéral du péricarde ; la postérieure, plus large et un peu moins profionde, située infé- rieurement, était recouverte , outre le péricarde , par le centre nerveux du diaphragme. La tunique interne du cœur paraissait se terminer brusque- ment sur le rebord s filant qui séparait intérieurement le ven- tricule gauche de la tumeur anévrismale. Celle-ci était rugueuse à l'intérieur, et encroûtée de concrétions fibrineuses plus ou moins adhérentes, et disposées par couches concentriques, comme (1) Ne serait-il pas possible qu’on eût pris une couche fibrineuse organisée pour un prolongement du tissu musculaire du cœur î 288 MALADIES DU CŒUR EN PARTICULIER. on a coutume de ï observer dans les anévrismes des artères. Dans le centre, on moyait un sang noir en partie caillé, en partie liquide, qui remplissait également toutes les cavités du cœur. QUATRIÈME CATÉGORIE. OBSIRTATIÜNS DE CARDITB TERMIKÉF. PAR inDDBATIOTT. Parmi les observations qui ont été rapportées sur cette induration du cœur, il en est beaucoup dans lesquelles l’induration était la sui te d’une péricardi te ou d’une endocar- dite plutôt que d’une cardite proprement dite. Il est nean- moins des cas où l’induration a été réellement consécutive à une cardite soit simple , ce qui est infiniment rare, soit compliquée d’endocardite ou de péricardite (je^ n’ai jamais rencontré que cette dernière espèce de cardite). Albertini paraît avoir observé un cas d’ossification de l’une des oreillettes. ; Corvisart a trouvé une fois la substance du cœur telle- ment dure qu'elle résonnait comme un cornet (1), bien qu’elle eût conservé sa couleur rouge. Il a rencontré une autre fois un endurcissement cartilagineux de la pointe du cœur. Burns dit avoir eu l’occasion de voir^le tissu des ventri- cules parfaitement ossifié , de telle soi'te çpx'il ressemblait à celui des os du crâne. M. Kenauldin communiqua à CorvisarlTobservalion d’une sorte de pétrification du cœur. M. Broussais a vu deux fois le cœur endurci et semblable à une noùv de coco. ([) M. Laënnec dit aussi avoir rencontré un cas où le ventricule droit du coeur, hypertrophié, résonnait à la percussion comme un de ces corneU de cuir qui ser- veut à jouer au Iriclrae. qÙat. catég. d’observ. de cardite. 289 Les observations que nous avons déjà rapportées dans cet ouvrage offrent plusieurs cas d'induration du cœur : chez le sujet de l’observation 21®, une induration fibro- cartilagineuse et comme lardacée ou squirrheuse du péricarde s'était propagée au tissu propre du cœur. Chez le sujet de l'ob • servation 64®, une des colonnes charnues était transformée en tissu fibro-cartilagineux . La section de cette colonne faisait moir que la substance musculaire était entourée d'une sorte de cocpxe fbro-cartilagineuse. Chez le sujet de l’observation loG” (re- cueillie par M. Dance), la plus grande partie des colonnes charnues du ventricule gauche étaient décoloj'ées et converties en une sorte de tissu fbreux, blanc et résistant . devais rapporter brièvement ici quelques autres cas d’in- duration du cœur. '' OBSERVATION 109e.' Femme de 33 ans. — Symptômes d'hypertrophie du cœur, avec induration des valvules et réUécissemenl d'un oriGce. — Hyperirophie et dilatation du ventri- cule droit , dont tes parois ont une consistance très grande, comme si elles eussent subi un commencement d’induration cartilagineuse. — Induration de la valvule mitrale, et rétrécissement de l'oriGce correspondant. Louise Neuray, âg^e de 33 ans, éprouvait, à la suite d’une chute sur la région précordiale , les symptômes caractéris- tiques d’une induration des valvules du cœur avec rétré- cissement d’tin orifice et hypertrophie des ventricules : bruit de soufflet, battemens violens, surtout dans la région du ventricule droit, etc.' (La malade assurait sentir très bien que les palpitations étaient plus fortes dans cette région que dans celle des cavités gauches.) La mort arrive le 9 jan- vier 1823. j4utopsie cadavérique. Entre autres lésions du cœur, nous constatâmes les sui- vantes : Le ventricule droit est d’environ un tiers plus grand qu’à l’état normal (la dilatation est surtout très prononcée vers l’insertion de l’artère pulmonaire ). Les parois de ce 1200 MALADIES DU CCKUÏÏ EN PARTICULIER, ventricule ont- de 3 à 5 lig. d’épaisseur. Leur tissu est d’un rouge rose, d'une consistance très grande, comme si elles avaient subi un commencement d' induration cartilagineuse. — Valvule O bicuspide transformée en un anneau d’un tissu blanc , résistant, tendineux ou fibro- cartilagineux , resplendis- sant , ete. ^ OBSERVATION llOe. Homme d’environ 5o ans. — Symptômes de maladie organique du cœur. — j Mort par suite d’une apoplexie pulmonaire. — Induration de plusieurs colonnes j charnues du ventricule gauche , etc. • J . « U Un ancien professeur de belles-lettres, âgé d’une cinquan- taine d’années, offrait, depuis long-temps, les symptômes A'uwejnaladie organiciue à\i cœur, lorsqu’il fut admis à l’hôpi- - talCochin, oùil succomba, le i3 octobre 1822, àuneattaque : véritable A'apoplexie pulmonairefoudroyantei — Le ventricule ^ gauche du cœur était dilaté et épaissi; le tissu de ses colon- • nés charnues était profondément altéré, ramolli et facile à déchirer dans les unes , dur et résistant dans les autres. Les ,1 colonnes ainsi^ indurées étaient d’un blanc-jaunatre, décolora- : tion qui tranchait avec la rougeur vive du tissu des pa- i rois, etc. OBSERVATION 111« (i)'. Homme de 48 ans. — Mort au milieu des symptômes d'un obstacle à la circu- i latioii à travers le cœur. — Induration des piliers charnus du ventricule droit et de la portion droite de la cloison interventriculaire. O, Un jardinier , âgé de 48 ans , mourut à l’hopilal Cocliin 1 (le 21 janvier 1820), au milieu de symptômes qui annon- ■ raient un grand obstacle à la circulation. — Les piliers ! charnus du ventricule droit avaient augmenté de volume , et , telle était Leur densité, qu’en les tirant fortement en sens con- < (1) Observation de M. Bertin. 1 QUAT. CATÉG. d’oBSERV. DE CARDITE. QQl traire, ils semblaient se casser plutôt que se déchirer. Les parois de ce 'ventncule , agrandies et épaissies, présentaient la même dureté que les piliers. La cloison 'ventriculaire était très épaissie, et tandis que la moitié droite de cette cloison était endurcie , la moitié gauche avait conservé sa densité ordi- naire. * OBSERVATION 112® (ijl Femme d’enTiron cinquante ans , morte avec des signes de lésion organique du cœur. — Ventricule gauche offrant au toucher une fermeté et une résistance telles que l’on aurait cru presser un os ou tout autre corps analogue. Une femme d’environ 5o ans fut apportée à l’hôpital Cochin , où elle mourut au bout de quelques heures. Son pouls était à peine sensible, irrégulier, intermittent; la main appliquée sur la région précordiale sentait les bat- temens du cœuV,qui, dans un point assez circonscrit , étaient brusques et accompagnés d’un frémissement ca- taire. — Le cœur avait un volume considérable. Les parois du ventricule droit, un peu plus épaisses que dans l’état naturel étaient molles et (’ac les à déchirer. Le 'ventricule gauche offrait au toucher une jérmeté et une résistance telles , que l'on aurait cru presser un os ou tout autre corps analogue. Ses parois , ainsi endui cies, avaient l'é[)ai>seur de deux travers de doigt , et sa cavité, presque effacée, était rem- plie par une conci étion polypense, de la grosseur d’une petite sangsu«. , • • (i) Observation de M. Berlin. 202 MALADIES DU CŒUR EN PARTICULIER. DEUXIÈME SECTION. HISTOIRE GENERALE DE LA CARDITE , OU DE l’iNFLAMMATION DU TISSU MUSCULAIRE ET DU TISSU CELLULAIRE INTERMUSCULAIRE DU COEUR. ARTICLE PREMIER. I y CiRACTÙaKS ARATOUIQUBS DE LA CABOITB. La cardite, soit générale, soit partielle, nous présente des caractères anatomiques très divers , selon ses différens degrés, ses diverses périodes et terminaisons. Notons d’abord que jusqu’ici la cardite générale ne pa- raît pas avoir été observée à l’état simple : elle a toujours été accompagnée d’endocardite ou de péricardite (i). Nous ne reviendrons pas ici sur les caractères anatomiques pro- pres à ces dernières. S T. Ramollissemenl, suppuration diffuse et abcès. * ' Le ramollissement et la suppuration , dans cette pbleg- masie , comme dans toutes les autres , ne sont pas les carac- tères-anatomiques de la première période , période qu’on peut désigner sous le nom de période cVirntation simple, de tuT'^escence on d’érection inflammatoire, et dont le phlegmon naissant nousfournit un exemple remarquable. Mais comme on n’a presque jamais l’occasion d’examiner fe cœur dans le premier degré de la cardite, j’ai cru pouvoir commencer l’é- tude des caractères anatomiques de cette maladie par la des- cription du ramollissement et de la suppuration. Ces deux (i) On conçoit dilTicilemetit comment la cardite partielle clle-mfime peut exister sans complication d’endocardite ou de péricardite. Cependant quelques cas, cl particulièrement l'observation de M. Cas. Broussais ( voy. lobs. 97*) , porteraient à croire qu’il en est ainsi quelquefois. histoire générale de la CARDITE. 2g3 états ne me paraissent être que deux degrés, deux modes d’une aliéralion essentiellement la même, plutôt que deux altérations entièrement différentes l’une de l’autre. Ce n’est pas que tout ramollissement du cœur me semble devoir être considéré comme le prélude ou l indice d’une suppuration de cet organe. Mais je n’ai à m’occuper pour le moment que du ramollissement qu’entraîne à sa suite 1 in- flammation du cœur, ramollissement qui nest point 1 apa- nage exclusif de cette inflammation , puisqu on 1 observe aussi dans les autres inflammations, telles que la pneumonie, l’encéphalite ; et, pour prendre un exemple qui se rattache plus immédiatement encore à notre sujet , dans l’inflamma- tion des muscles extérieurs en général et dans \e psoïtis en particulier, dont j’ai eu pour ma part l’occasion d’observer un certain nombre d’exemples. Le ramollissement inflammatoire du cœur, le seul dont nous devions nous occuper ici, offre deux principales va- riétés, que l’on peut désigner sous les noms de ramollis- sement 7ottge et de ramollissement blanc, ou grisâtre (peut- être conviendrait-il même d’admettre une troisième variété sous le nom de ramollissement jaune). Quelle que soit la variété de ramollissement du cœur qu’on ait à étudier, on la reconnaîtra aux caractères sui- vans : le tissu du cœur a perdu la fermeté qui lui est natu- relle, au point qu’il suffit de le presser légèrement entre les doigts pour le rompre; il est devenu friable et pour ainsi dire fragile. Les parois des ventricules, lorsqu’elles sont ramollies, deviennent en général flasques et s'affaissent sur elles-mêmes. , ,, ramollissement rouge , qui a lieu dans la période d acuité de la cardite, la substance musculaire du cœur est rouge, brunâtre, quelquefois violacée, et le tissu cellulaire mtermuseulaire est injecté. On trouve aussi quelquefois du sang plus ou raoing altéré, analogue à de la lie de vin, in- filtré dans les interstices musculaires ou au-dessous de la 4 ■ ■ 2g4 MALADIES DU COEUH EN l’AETICULIER. membrane séreuse qui revêt le cœur à l’extérieur et à l’in- térieur. 11 me semble que la matière liquide dont il s’agit ici, Il est reelleinent autre chose qu’un mélange de sang et de pus ou qu’un pus encore mal élaboré, cru, comme on le disait autrefois , tel que celui qu’on recontre dans un phlegmon non encore parvenu à sa muturitéj ou dans le ramollissement rouge du poumon^ lequel n’est au fond lui- i même qu’un phlegmon de celte dernière espèee. i Dans le ramollissement blanc ou grisâtre du cœur, l’injec- tion et la rougeur sont moins prononcées que dans le précé- i dent , et à la place du liquide sanieux indiqué plus haut, on trouve du véritable pus. Ce ramollissement Ciiraciérise une • périotle de la carditeplusavancée quecelleà laquelle corres- pond le ramollissement rouge. Le ramollissement blanc ou ; grisdu cœur, n’e^t réel lement que lesecond degré du ramol- lissement rouge, comme le ramolljssement gris du poumon i n’est que le second degré du ramollissement rouge de cet l organe , comme le ramollissement gris ou blanchâtre du i psoas n’est que le second degré du ramollissement rouge 5 de ce muscle, etc., etc. Et de même que ces derniers ramol- lissemens coïncident avec une suppuration décidée des or^ ganes qu’ils affectent , de même aussi le rampllissement f blanc ou grisâtre du cœur accompagne la suppuration du j cœur (i). (1) Je ne dis pas que le ramollissement qui nous occupe soit absolument la I même diose que la suppuration ^ ce qui serait une erreur. Je dis purement et ; simplement que l’on observe le ramollissement dont il s’agit pendant la période I de la suppuration. Dr, le ramollissement et la suppuration ne sont eux-mêmes 1 que les caractères, les signes anatomiques d’une terminaison d’un étal morbide I résidant à la fois dans les solides et dans les liquides qui concourent à l’organisa- tion intime de nos parties, et qu’on est convenu de désigner sous le nom d’in- ' flamrnation, M. Laënnec ayant confondu sous le nom générique de ramollissement des états morbides différens , il ne faut pas s’étonner de la confusion qui règne dans ce ' qu’il a ditsur ce sujet. 11 a clé jusqu’à donner le môme nom à la simple flaccidité HISTOIRE GÉNÉRALE DE LA CARDITE. üg5 Le ramollissement blanc a été signalé ainsi qu’il suit par Corvisart : « La cardite convertit à la longue la partie mus- M culaire du cœur en une substance molle et pâle; les fi- » bres charnues conservent alors peu de ténacité, le tissu 1) cellulaire qui les unit paraît lâche ; quelquefois il est pé- » néiré de matière lymphatico-purulenle; dans certains cas, » il est en partie détruit ; le système vasculaire est plus ap- » parent , plus développé que dans 1 état ordinaire , et pa- » raît atteint aussi de la phlegmasie des autres tissus. — Les » parois du cœur se déchirent par le moindre effort, et il » n’est pas besoin d’exercer sur elles une forte pression pour » les réduire en bouillie. » ciY. , p. 2.5y.) Je crois pouvoir rapprocher de cette variété du ramollis- sement du cœur, la troisième espèce de ramollissement admise par M. Laënnec , dans le passage suivant de son ouvrage (tom. II^, pag. 535, ae éd.) : « Il est une troisième » espèce de ramollissement qui est accompagnée d’une » pâleur blanchâtre de la substance du cœur. Ce ramollis» » sement n’est jamais porté à un point tel que cette sub- » stance en devienne friable; et souvent même le degré de » consistance de la substance du cœur ne paraît pas sensi- » blement diminué, quoique cet organe soit devenu flasque, U et que ses parois s’affaissent totalement après l’incision. » Cettesorte de ramollissement accompagne ordinairement » la péricardite, et ne s’observe dans aucun autre cas. » Il est bon de faire remarquer que dans les cas d’après des tissus, à leur mollesse et au ramollissement tel que nous le décrivons ici. Encore une fois, en exposant les caractères anatomiaues de la cardite , nous ne pouvions pas ne pas parler du ramollissement du cœur; mais de ce que nous consi- dérions la cardite comme pouvant produire un état de ramollissement du cœur, il ne fallait pas en conclure que nous regardions toute espèce de mollesse ou de ramollissement comme un produit de l'inflammation , fût-ce même le ramollisse- ment qu'on obtient en faisant macérer les tissus, ou en les abandonnant à la dé- composition putride. Avons-nous eu tort , oui ou non, de ranger le ramollisse- ment au nombre des terminaisons de la cardite? Voilà la véritable question. 296 MALADIES DU COEUR EN PARTICULIER, lesquels Corvisart a tracé la description du ramollissement blanc du cœur, il existait une péricardite avec épanche- ment. Je pense donc que le ramollissement décrit ici par M. Laënnec et celui décrit par Corvisart ne sont au fond qu’un seul et même ramollissement, bien que les carac- tères indiqués par M. Laënnec ne s’accordent pas entière- ment avec ceux signalés par Corvisart. Quoi qu'il en soit, je suis porté à croire , d’après un assez grand nombre de faits, que la présence d’un épanchement purulent dans le péricarde est une cause de décoloration de la substance musculaire la plus extérieure du cœur, soit que cette déco- loration s’opère par une sorte de macération ou autrement. La troisième variété du ramollissement, ou le ramollisse- ment jaune ou jaunâtre, me paraît avoir Heu dans certains cas de cardite chronique (i). Il coïncide ordinairement avec une décoloration générale, une teinte jaunâtre de l’ex- térieur du corps des individus qui en sont affectés. Ce ra- mollissement a été très bien décrit par M. Laënnec. Après avoir exposé les caractères du ramollissement-avec rougeur de la substance musculaire du cœur, l’auteur du Traité de l’auscultation médiate ajoute : « Plus ordinairement, le ra- » mollissement du cœur est accompagné d'une décolora- » tion marquée de sa substance , qui prend une teinte jau- » nâtre assez analogue à celle des feuilles mortes les plus » pâles. Celte teinte jaunâtre n’occupe pas toujours toute » l’épaisseur des parois du cœur; souvent elle est très pro- » noncée dans le milieu de cette épaisseur , et fort peu à > l’extérieur et à la surface interne (2). Assez souvent le (1) Il se peut que le ramollissement dont il s’agit se rencontre à un léger de- gré chez des sujets qui n’avaient point présenté les symptômes d’une cardite sourde et chronique : tels sont cerlains individus cachectiques. C’est une impor- tante question à examiner. (2) L’inverse a quelquefois lieu , c’est-à-dire que les couches musculaires inté- rieures et extérieures peuvent offrir un ramollissement couleur feuille morte , tan- dis que les couches centrales sont intactes. histoire générale de la cardtte. 297 ), ventricule gauche et la cloison interventriculaire la pré- » sentent d'une manière très marquée , tandis que le ven- » tricule droit conserve sa couleur naturelle et une fermeté n j)lus grande. Enfin quelquefois on trouve encore ça et » là des points rouges et d’une assez bonne consistance » dans des cœurs dont la substance est d’ailleurs très for- » tement ramollie et tout-à-fait jaunâtre. » * Je n ajouterai rien pour ma part à celte description, qui est tout-h-fait conforme à ce que j’ai observé; j en rappro- cherai seulement le passage suivant de la description anato- mique de la cardile par Corvisart : « En considérant le » cœur entier dépouillé du péricarde, il offre à sa surface la » couleur d’une graisse Ÿk\ejaunâù'e. Cette matière, comme » graisseuse, semble remplir les interstices des fibres mus- » culaires, qui, en général, sont peu apparentes, en raison » de leur ténuité et de leur pâleur. Peut-être cet état, su- » perficiellement examiné , a-t-il été pris quelquefois pour » une dégénérescence graisseuse. » Je ne sais si Corvisart a voulu décrire ici exactement la même espèce de ramollissement que M. Laënnec a signalée plus haut. Toutefois, comme la description de Corvisart s’applique mieux encore au ramollissement chronique ou jaunâtre, qu’au ramollissement aigu , il m’a semblé utile de la mentionner en passant. Occupons-nous maintenant d’une manière plus spéciale delà suppuration du cœur. La quantité et la 'qualité du pus sont variables. La consistance de celte matière offre en par- ticulier de notables différences. Elle est quelquefois sem- blable à celle du pus phlegmoneux ordinaire, tandis que dans d'autres cas elle égale celle du blanc d’œuf cuit (voy. l’observ. deiM. Laënnec) ou du fromage, et je ne serais pas surpris que parmi les cas publiés sous le titre de Tubercules du cœur , il y en eut cjui dussent être rapportés à ce der- nier état du pus. ^ Le pus n’est pas toujours simplement infiltré dans les in- 'igS MALADIES DU COEUR EN PARTFCLLIER. terslices des faisceaux ou des fibres musculaires du cœur; il forme quelquefois des collections ou des foyers qui consti- tuent les abcès du cœur. Pour l’étendue, le siège et la dispo- sition de ces abcès, nous renvoyons le lecteur aux observa- tions particulièresque nous en avons rapportées. Nousajou- terons seulement ici que la.collection purulente est tantôt libre, c’est-à-direen contactimmédiat avec le tissu du cœur, et tantôt enveloppée d’une membrane de nouvelle forma- tion (dans ce dernier cas, l’abcès porte le nom d’abcès en- kysté). Un abcès du cœur, qu’il soit enkysté ou non, peut s’ouvrir ou se faire jour, soit à l’intérieur du cœur, soit à l’extérieur ou dans la cavité du péricarde. Dans le premier cas , le pus se mêle avec le sang contenu dans les cavités du cœur. Dans le second cas, que j’admets comme possible, mais dont je ne connais pas d’exemple, il se formerait dans le péricarde un épanchement purulent, indépendant d’une péricardite proprement dite. Si l’abcès s’ouvrait à la fois et à l’intérieur et à l’extérieur du cœur, il eu résulterait une .perforation promptement suivie de mort, comme dans les cas de perforation ulcéreuse ou traumatique. § II. Ulcérations du cœur, avec ou sans formation de kyste anévrismal ; perforations. Les ulcérations du tissu musculaire du cœur sont ordi- nairement, constamment'peut-être , précédées de l’érosion de la membrane interne du cœur. Ces ulcérations varient en nombre, en étendue , en profondeur, et siègent en différens points de la surface du cœur {V. les observations particulières). Elles affectent pour le ventricule gauche une remarquable préférence. La formation d’un kyste anévrismal consécutivementàune ulcération des membranes interne et moyenne du cœur, so- père par le même mécanisme que celle d’un kyste anévris- mal des artères. La disposition du coag^lum lamelleux est aussi exactement la même dans {'dAxisvismcfaux-conséciUif du inSTOIBE génébaiæ de la cardite. 299 cœur que dans l’anévrisme faux-conséculif des artères. C’est pourquoi je ne crois pas devoir insister longuement ici sur la description anatomique de cet accident des ulcéra- tions du cœur. La tumeur formée par le sang infiltré et coagulé offre de grandes différences dans son volume. Ainsi , ce volume égale à peine quelquefois celui d’une ave- line ou d’une noix, tandis que, dans d’autres cas, il surpasse celui d'un œuf et peut même être supérieur à celui des deux ventricules réunis. ( Voy. l’observ. 108®. ) Presque constamment le Lysle anévrismal a contracté des adhérences avec le feuillet pariétal du péricarde, et c’est à cette heureuse circonstance qu’il faut attribuer la rareté de la rupture de ces tumeurs. Cette adhérence a de l’ana- logie avec celle qui a lieu dans un bon nombre de cas d’ul- cérations ou d’excavations ulcéreuses d’autres organes, parmi lesquels nous citerons particulièrement les ulcéra- tions intestinales et les cavernes pulmonaires. Les ulcérations suivies de la formation d’une poche anévrismale, n’ont été jusqu’ici rencontrées que sur le ventricule gauche. M. Breschet a dit, dans son mémoire sur la maladie qui nous occupe , que le sommet du ventri- cule en était le siège le plus ordinaire. De treize cas de cette affection analysés par M. Reynaud, sept font exception à la règle énoncée par M. Breschet; par conséquent, dit le pre- mier de ces observateurs, il est impossible d’établir encore rien de général sur le point du ventricule où ces tumeurs peuvent plus particulièrement se développer. (Voy. le mé- moire de M. Reynaud , inséré dans le Journal hebdomadaire de médecine.^ Les perforations du cœur peuvent être la -terminaison des ulcérations simples du cœur ou des ulcérations avec formation d’un kyste anévrismal. Toutefois, elles sont bien plus rares dans ce dernier cas que dans le premier. Elles s’opèrent ordinairement par rupture , plutôt que par le progrès naturel du travail ulcératif ou érosif. Comme oOO MALADIES DU COEUR EN PARTICULIER, nous 1 avons dit plus haut, c’est à la présence du feuillet fibreux , ordinairement épaissi , emprunté par le sac ané- vrisrnal au péricarde, que ce sac doit le privilège de résister long-temps à la rupture. Quoi qu’il en soit , la rupture d’une ulcération du cœur est suivie d’effets bien différens, selon l’endroit où elle s opère. Ainsi, par exemple, quand la rupture affecte les parois du cœur, un épanchement de sang mortel a lieu dans le péricarde. Quand, au contraire, la perforation occupe la cloison ventriculaire , une communication s’éta- blit entre les cavités opposées du cœur, et , par suite , le sang noir peut se mêler avec le sang rouge , et récipro- ' quement ; mais il n’en résulte point d’accident mortel. Je ne ferai que rappeler ici la rupture des colonnes char- nues destinées aux rnouvemens des valvules, celle des tendons valvulaires et des valvules elles-mêmes , à la suite du ramollissement ou de l’érosion de ces parties. § III. Induration du cœur. Presque toujours consécutive à celle de l’endocardeou du péricarde, dont elle n’est alors qu’une sorte d'extension ou de propagation, l’induration du tissu musculaire ou du tissu cellulaire intermusculaire du cœur offre d’ailleursdivers de- ,grés, que les comparaisons employées dans les observations précédemment rapportées feront apprécier d’une manière assez rigoureuse. Dans l’observation 106', la substance du cœur avait une consistance fibreuse ou tendineuse ; dans l’observation iii*, la densité des piliers charnus du ven- tricule droit était telle qu’en les tirant fortement en sens opposé, ils semblaient se casser plutôt que se rompre; dans l’observation 109% les .parois du ventricule droit avaient une consistance si grande qu’elles semblaient avoir subi un commencement d’induration cartilagineuse; dans l’observation 21*, une portion de la paroi postérieure d’un des ventricules avait une consistance lardacée ou squir- HISTOIRE GÉNÉRALE DE LA CARDITE. 3oi rheuse ;dans l’observation iia', le ventricule gauche offrait au toucher une fermeté et une résistance telles, qu’on aurait cru presser un os ou tout autre corps analogue. Gorvisart et M. Laënnec ont trouvé le cœur endurci au point qu’il résoîinait comme un cornet à la percussion. M. Broussais a vu deux fois le cœur endurci de telle sorte, quil était semblable à une îioix de coco. L’induration du cœur offre dans son siège et son étendue des variétés multipliées. Elle affecte tantôt les parois des oreillettes ou des ventricules , tantôt la cloison , tantôt les piliers charnus. Lorsque cette induration est accompagnée d’une véritable transformation des parties en tissu cartila- gineux, osseux ou osséo-pétré , elle ne peut envahir un ventricule tout entier, car elle entraînerait alors une im- possibilité de contraction et de dilatation incompatibles avec la vie. Il est, au reste, bon de noter que dans les cas où l’on croit ainsi que les fibres musculaires sont conver- ties entièrement en tissu cartilagineux , etc. , elles sont simplement atrophiées, et quelquefois plus ou moins dé- colorées. Cette circonstance seule peut nous expliquer pourquoi chez les individus dont le cœur présentait une pareille induration, la circulation n’a pas .toujours subi d’obstacle très considérable. . .. ARTICLE DEUXIÈME. DBS SYMPTÔMES ET DU DUGNOSTiC DE LE CABDITB. § I. Diagnostic de la caidile générale, aiguë ou chronique. On ne trouve pas dans les auteurs de signes qui puissent nous faire reconnaître ou même soupçonner l’existence de la cardite générale , soit à l’état aigu, soit à l’état chro- nique. « 11 me paraît bien difficile , pour ne pas dire impossi- 3o2 maladies du coeur en particulier. » ble, de faire un ensemble de sig’nes certains auxquels on » peut distinguer le carditis d’avec l’inflammation du péri- » carde : les signes et les symptômes semblent être les y> mêmes. » C’est ainsi que s’exprime Corvisart sur le dia- gnostic de la cardite (i)i Il ne faut pas chercher dans l’ouvrage de M. Laënnec des lumières sur le diagnostic de la cardite générale, soit aiguë, soit chronique, puisque ce célèbre observateur dé- clare qu’î7 n existe peut-être pas un seul exemple incontestable et bien décrit de cette maladie. Je n’ai jamais rencontré de cardite qui ne fut compliquée de péricardite ou d’endocardite, et j’avoue que les signes de ces deux dernières phlegmasies ont seuls irappé mon attention. Jusqu’ici, je ne connais aucun signe qui puisse caractériser spécialement la cardite. Ce qui me paraît cer- tain, c’est que la complication d’une cardite très aiguë avec la péricardite ou l’endocardite est une, circonstance des plus aggravantes. Le ramollissement inflammatoire (2) du cœur, tel qu’on l’observe assez ordinairementchez les individus atteints des anciennes fièvres essentielles des auteurs, « serait-il la cause, » se demande M. Laënnec, de la fréquence extraordinaire » du pouls qui survient souvent dans la convalescence ale ^ » ces fièvres? » Cela paraît assez probable. Touielois, un (1) Aux pagps 24^ ^49 de VEnaai mtr les maladies du cœur, on lit aussi qu’il est impossible de diagnostiquer le carditis ; et de là sans doute le nom à'occuUe , que Corvi>arl lûî donne; après l'avoir divisé en aigii et chronique. A la page 4 '9 enfin, Corvisart dit qu i/ est impossible de bien cnnslaler la cardi[6, même aiÿtië , autrement que par l’ouverture, c’est-à-dire quand le ma- lade a succombé. (2) Je sais Tort bien que dans l’état tyohoïde prolongé . les divers tissus tendent à perdre de leur ronsistaiice , et que la décomposition putride, prompte às'em[>arer des cadavres des individus morts dans cet étal, est aussi une cause de ramollissement; mais il n’en est pas moins vrai que le ramollissement du cœur, chez les sujets alfectés d'une inllammatiou typhoïde, avec violeûte réaction fébrile# est quelquefois le résultat d’un travail iuûammatoire. niSTOIRTÎ GÉNÉRALE DE LA CARDITE. 3o3 simple travail inflammatoire de la membrane interne du cœur suffit pour produire le phénomène ci-dessus signalé, et nous croyons avoir démontré qu’un travail de cette na- ture n’est pas aussi rare qu’on l’avait cru jusqu’ici. ^ » S II. Diagnostic des lésions consécutives à une cardite partielle. I® Ah ces , ulcérations et perforations du cœur. Aucun signe positif et caractéristique n’annonce l’exis- tence des ulcérations' simples et des abcès du cœur. Tous les pathologistes sont malheureusement d'accord à ce sujet. Quant aux perforations par lesquelles peuvent se terminer les ulcérations du cœur, si des adhérences ne s’opposent pas à l’effusion du sang dans le péricarde, et que ces perforations siègent sur les parois de l’organe , une mort aussi rapide que la foudre est le plus souvent le seul signe par lequel elles nous révèlent leur existence. Que si la perforation affecte la cloison interventriculaire ou interauriculaire, la mort n’en est point le résultat, et il est même des cas où cet accident ne donne lieu à aucun symptôme grave. Au reste , nous reviendrons sur ce point en traitant de cQ/vice de conformation du cœur, connu sous le nom de persistance du trou de Botal. 2° Anévrisme faux-consécutif du cœur. Le diagnostic des tumeurs anévrismales du cœur est jtrsqu’à présent enveloppé d'une profonde obscurité. Dans aucun des quinze à dix-huit cas aujoui d’hui connus , la ma- ladie n’a été, je ne dis pas reconnue, mais même soupçonnée. Comme les parois du cœur elles-mêmes, les parois de la tu- meur anévrismale pourraient, par le seul progrès du mal , ou sous l’influence de quelque cause mécanique, se rompre, eldelà une hémorrhagiesoudaiuement mortelle. Dansl’ob- servalion deM. le docteur Pétigny, cet accident était en quel- 3o4 MALADIES DU CCEUD EN PARTICULIER. que sorte sur le point de s’accomplir, tant étaient minces les parois dans une des régions de la tumeur anévrismale. Sans doute, l’emploi éclairé du toucher, delà percus- sion et de l’auscultation nous procurera par la suite quel- ques lumières sur le diagnostic des tumeurs anévrismales du cœur. Il est clair, en effet, qu’elles doivent donner lieu à une matité dont l’étendue sera proportionnelle à leur vo- lume, qu’elles peuvent à la longue soulever la partie des pa- rois pectorales à laquelle elles sont sous-jacentes et qu’un bruit anormal se produit probablement , quand une certaine quantité de sang pénètre dans la poche anévrismale, ou , lorsque ce liquide en est expulsé. Toutefois , il est à présu- i mer que le diagnostic restera toujours assez difficile, dans j beaucoup de ca§ , attendu qu’une foule de lésions autres que les tumeurs anévrismales du cœur, peuvent être accom- i pagnées des mêmes signes physiques que ces dernières. Les cas où le diagnostic pourrait être établi sont ceux où la tumeur aurait un énorme volume et ferait saillie sous la région précordiale. Les réflexions que nous venons de présenter s’accordent au reste avec l’opinion de M. Brèschet. « Le diagnostic des » tumeurs anévrismales du cœur, dit-il, est fort difficile » à établir...'., il nous semble que la poitrine doit donner ' » un son presque mat vers sa partie inférieure gauche; que i » les pulsations du cœur doivent se faire entendre diffé- ■ » remment et vers la base et vers le sommet de cet organe; ; » que dans ce dernier lieu, elles doivent être obscures et : » devenir un frémissement, peut-être avec bruissement ou i » susurras. » ■> ARTICLE TROISIÈME. GADSKS ET TRAITEMENT DE IA CARDITH. Les causes de la cardite générale, aiguë ou chronique, sont absolument les mêmes que celles de Tendocardite et i DE l’inflammation DU TISSU ADIPEUX. 3o5 de la péricardite. Nous ne reviendrons pas sur ce que nous avons dit de la coïncidence des inflammations du cœur avec le rhumatisme articulaire aigu ; nous ferons seule- ment remarquer que parmi les observations de cardite que nous avons rappoj'tées, il en est qui confirment la loi de cette coïncidence telle que nous l’avons précédemment établie. ' Je n’ai rien à dire non plus des causes de la cardite par- tielle, qui, comme la cardite générale, est ordinairement consécutive à la péricardite , et surtout à l’endocardite. Le traitement de la cardite se confond évidemment avec celui de l’endocardite et de la péricardite. CHAPITRE IV. DE l’inflammation DU TISSU ADIPEUX OU CELLÜLO- GRAISSEÜX DU COEUR. Il est assez probable que le tissu cellulo-graisseux du cœur, malgré le peu de développement de son appareil vasculaire n’est pas entièrement à l’abri des atteintes d’une inflam- mation , soit aiguë, soit chronique ; mais j’avoue ne possé- der aucune observation sur ce sujet, et tous ceux qui ont écrit avant moi sur les maladies du cœur ne sont pas plus avancés. Il me semble assez extraordinaire qu’on n’ait en- core jamais constaté positivement l’existence de cette phleg- masie dans les cas de violente péricardite. 11 serait curieux de savoir quelles modifications peut apporter dans les caractères anatomiques des produc- tions consécutives à la péricardite simple ou compliquée de cardite, la présence des matières morbides sécrétées par le tissu cellulo- adipeux du cœur, frappé d’inflam- mation chronique. Les recherches que j’ai faites sur les a. ao ■I 3o6 MALADIES DU CŒUR EN PARTICULIER. différentes causes qui entraînent tant de modifications '■ dans les divers produits morbides accidentels, et particu- lièrement dans ceux qui ont été désignés sous le nom vague de cancer^ me conduisent à présumer que les altérations du tissu adipeux et des produits anormaux qu’il sécrète jouent un certain rôle dans les modifications dont il s’agit. Ainsi, par exemple, il m’a semblé que celle espèce de cancer, à la- quelle on donne le nom d encéphaloïde, se développait plus particulièrement dans les organes a!)ondammcnl (’purnis j d’un tissu graisseux ou médullaire, et 1.1 maiiere li- î quide qu’on exprime ]>ar la pres>ion de certaines masses en- i céphaloïde.'^, nda paru pouvoii' être considérée comme pro- venant, du moins en partie, du secretum accitlenlel auquel donne lieu un état morbide, encore peu connu, du tissu cellulo - adipeux. Cet état morbide pourrait bien, si je ne me trompe, ne pas difl'crer essentiellement de celui qu’on connaît dans les autres tissus sous le nom à'injlamma- I tion chronique. I Mais c’est trop s’arrêter sur de simples conjectures. CHAPITRE ADDITIOiMNEL AU LIVRE PREMIER. LES PRODUCTIONS CARTILAGINEUSES ET OSSEUSES DU* CŒUR O — ■ PEUVENT-ELLES SEi. DEVELOPPER SANS INFLAMMATION PRÉA- LABLE DE CET ORGANE? LE CANCER, LES TUBERCULES, LES KYSTES SÉREUX DU CŒUR, CONSTITUENT-ILS DES PRODUCTIONS ACCIDENTELLES ES- SENTIELLEMENT DIFFÉRENTES DE TOUTES CELLES DÉCRITES . DANS LES PRÉCÉDENS CHAPITRES ? j La solution des deux problèmes qui sont l’objet de ce ' chapitre est d’une trop haute importance pournepas exciter ( DES PRODUCT. CARTIt., OSSfiUS. OU CALC. toute la sollicitude des vrais observateurs. J’ai, pour ma part, j’oserai le dire, un trop grand amour de la vérité pour n’avoir pas consacré à l’examen de ces problèmes tous les moyens qui sont en mon pouvoir, et je vais exposer ici, avec la plus entière franchise et l’indépendance la plus complète, le résultat de mes observations et de mes ré- flexions. PREMIER PROBLÈME. LES PRODUCTIONS CARTILAGINEUSES, OSSEUSES OU CALCAIRES DU COEUR peuvent-elles se développer sans inflammation PRÉALABLE (' Tous les médecins qui ont fait de l’anatomie pathologi- que une étude assidue et approfondie, savent que rien n est plus commun que de rencontrer des productions osseuses ou calcaires dans les artères et dans les valvules gauches des personnes avancées en âge. Frappés de la fréquence de ce genre d altéra tions , quelques auteurs en ont conclu que les ossifications dont il s’agit étaient uniquement dues aux progrès de 1 âge, à la vieillesse. En supposant que les ossifi- cations des viei 1 lards ne fussent, en ellèt , qu’une de ces nom- breuses modifications organiques, de ces irréparables dégra- dations, de ces rides profondes que le progrès desans entraîne fatalement à sa suite , il n'en resterait pas moins démontré que tellen’est pas l’originede toutesles ossifications ducœur et des artères, à moins de soutenir que la vieillesse- com- mence quelquefois à seize ou vingt ans ou même à l’âge de- quelques mois , puisque nous avons rapporté dans le cours- de cet ouvrage un très grand nombre d’exemples d’ossifi- cations chez des individus appartenant aux âges ci-dessus indiqués (i). Ces exemples prouvent incontestablement (i) Ce serait un très beau sujet à étudier que les altérations dont la vieillesse: 20. ÀL 3o8 MALADIES DU CŒUR EN PARTICULIER, que des ossifications du cœur et des artères se développent très fréquemment chez des jeunes sujets, et que dans ces cas, elles ont été précédées d’un travail inflammatoire, lequel a pour ainsi dire fait les frais de leur matière pre- mière. Il s’agirait donc de déterminer si réellement les ossifications des vieillards sont le pur effet des progrès de l’âge, ou si , au contraire, elles ne reconnaissent pas pour point de départ la même opération morbide que celles des jeunes sujets. Les auteurs on t trouvé plus commode de trancher le nœud que de le dénouer, c’est-à-dire qu’ilsont affirmé le fait sans le prouver. La scrupuleuse attention avec laquelle j’ai longue- ment étudié ce point litigieux à’ organogénie morbide, ne me permet pas de me prononcer avec autant d'assurance. Les vrais observateurs reconnaîtront d’abord avec moi que la vieillesse ne préserve pas de la maladie à laquelle les ossi- fications doivent leur origine chez les jeunes sujets, bien qu’elle lui imprime de notables modifications. La première difficulté qu’il fallait résoudre, c’était donc de montrer, par des observations précises, que les vieillards porteurs d’ossifications n’avaient point éprouvé de phlegmasie chro- nique, sourde, latente dans les parties où résidaient les productions accidentelles, (bt^ qu’on n’oublie pas que ces productions , dans le cœur’et dans les artères , comme sur la plèvre et le péricarde, peuvent se rencontrer de longues années après l’inflammation qui en aurait été la cause pro- ductrice.) Or, je déclare que je n’ai trouvé dans aucun au- teur la solution de cette première et très grave difficulté. Admettons toutefois que parmi les ossifications des vieil- lards, il en soit qui n’ont point été précédées d’un travail inflammatoire quelconque. Qu’on nous apprenne au moins amène naturellement avec elle le développement. L’usure des organes, triste condition de leur exercice poussé jusqu’à l’extrême vieillesse, mériterait en par- ticulier de nouvelles recherches. DES PRODUCT. CARTIL., OSSEUS. OU CALC. SoQ à distinguer celles-là de celles qui auraient pu procéder du mode inflammatoire ; qu’on nous dise en quoi le travail qui produit de toutes pièces les ossifications chez les vieil- lards , diffère de celui qui les engendre chez les jeunes sujets, et qu’on nous explique pourquoi on ne trouve pas toujours ces mêmes ossifications chez tous les vieil- lards (i). Quant à moi , je pense , en définitive , que parmi les os- sifications du cœur et des artères chez les vieillards, quel- ques unes ont certainement été précédées d’un travail in- flammatoire comme chez les jeunes sujets. Mais je déclare n’avoir pas encore toutes les preuves nécessaires, pour être convaincu qu’il en est d’autres dans la production desquelles ce travail n’a joué absolument aucune espèce de rôle (2). Attendons. (1) J’ai fait avec le soin le plus minutieux l’examen cadavérique d’un homme octogénaire, qui mourut à l’hôpital Cochin , en iSaa. Il n’existait point d’ossifi- cations dans le cœur ni dans les artères. J’avoue que de pareils faits sont très rares , et c’est précisément pour cela que je pris note de celui-ci. (a) Ce qui me paraît probable, c’est que le perpétuel frottement auquel le» valvules et les parois artérielles sont soumises, est réellement unê condition phy- siologique ou fonctionnelle qu’il ne faut pas négliger, quand il s’agit de détermi- ner toutes les circonstances propres à favoriser le développement de certaines in- durations, soit cartilagineuses, soit osseuses de ces parties. Aucun médecin n’ignore que la pression et les frottemens habituels qui s’exer- cent sur d’autres parties entraînent à la longue diverses espèces d’induration. Qui ne connaît, entre autres, ces excroissances cornées que produisent la pression et le frottement exercés sur les orteils par des chaussures trop étroites? Qui ne connaît les callosilés des mains de ceux qui se livrent aux professions manuelles les plus fatigantes? Qui ne sait enfin que les tendons et les tissus fibreux soumis à de longs et violeus frottemens s’ossifient assex fréquemment ? Certes, ce n’est pas moi qui nierai l’intervention de pareilles causes ; mais dire vaguement que la vieillesse produit des ossifications, et rejeter ensuite l’origine inflammatoire de celles qui ont lieu cher les jeunes sujets et chez les adultes , voilà, en vérité , une logique qui n’est pas à mon usage. 3 10 MALADIES DU CŒUR EN PARTICULIER. DEUXIÈME PROBLÈME. LES TUBERCULES ET LE CANCER DU COEUR CONSTITUENT-ILS DES PRODUCTIONS ESSENTIELLEMENT DIFFERENTES DE CELLES QUE l’inflammation CHRONIQUE DE CET ORGANE PEUT ENTRAÎNER A SA SUITE? ' - La solution de cé nouveau problème suppose d’abord une connaissance claire et précise , une exacte description des tubercules et du cancer du cœur. Car, comment pou- voir décider si une production quelconque est une simple modification d’une autre, ou si elle en est essentiellement différente, quami on ne connaît pas bien les caractères de l’une et de l’autre de ces productions? Commençons donc par l’exposition de l’état actuel de la science , sur la partie purement descriptive ou monographique du sujet de notre second problème. ARTICLE PREMIER. CA>CBB DO CCBOB. § I- Le cancer.>du cœur paraît avoir été décrit pour la pre- mière fois par M. Carcassonne, dans, les Mémoires de la Société royale de médecine, jmur les années 1777-1778) (i;. (1) Les mémoires fie celte société pourTannée i776conliennent un cas de cette affeélion qui doit trouver sa place ici. j,r — Une tille de aa ans, que sa mauvaise conduite avait fait renfermer IVIUpaiildurefoge, à Perpignan , se plaignit, à son entrée, d'une pesanteur dans l'intérieur de la poitrine, qui répondait vis-à-vis de la mamelle gauche. Elle était en même temps atteinte d'un écoulement, de chancres à la vulve, de des tubercules et du cancer. 3lt mm. Récamier, Rullier , Cruveilhier , Ferrus, en ont rencontré quelques cas. Malheureusement , ces cas sont in- diqués plutôt que décrits. L’observation de M. Rullier, que nous allons rapporter , a été insérée dans les Bulle- tins de ta Faculté de niédecme , pour Vannée i8i3. jait. — Un homme, âgé de 35 ans, rachitique, et sujet à de fréquens catarrhes pulmonaires, fut pris peu après une péripnemonie jugée incomplètement, d’une douleur au côté gauche de la poitrine, avec oppression vive : à la même époque le ventre était douloureux, surtout à droite où l’on sentait une tumeur peu résistante. Le malade se couchait toujours sur le côté gauche, qui ne résonnait pas lorsqu’on le percutait. 11 survint insensiblement un œdème des membres inférieurs, et ce malheureux expira après une longue agonie. Autopsie cndaoériipie. Le cœur était un peu vo1umine\tX3 scs cavités un peü agrandies, ses. membi ânes et ses vaisseaux non loin de l’é- tat naturel. Le tissu de cet organe olTrait à jieine quelques rlia^nd.-s et de condviômes prè< de l'amis. — J.es sympiômrs s\ pliililiqiies cédè- rent à lin ti'iMtei"eni ;mli-vénei ieii ; iniiis le> iiceideiis du côlé de la poitrine per- sislèrent , et d s’y jo j;nil une dont, ilr pongilive qui oeeupuit toute lu région pré- cordiale. Le pouls était jielit , fréqu ni , ii réiiulier : dans les vives douli urs,. il se suspen lait p' ndanl qnelqni s secondes. 11 y avait de fréqnr-nles syncopes. |ll ar- riva un moment oii la nml.ide ne put se coueh' r ; elle restait a-sise, un peu pen- ■cliée en ari ii-re, sur le coté gauche ou sur le devant de la poiti ine. La rnorl sur- vint au bout de deux ans. Ouverture du cadavre. — Une fS])ècc île carcinome avait envahi une partie du coeur. On ne trouvait plus que quelques lambeaux du péricarde. Extérieurement, un lur"e ulcère orcupail lu face posicrceure du cœur, dans loule l’éleridue desdeiiao ventricuUs. Au fond de cet ulcère, on ne trouvait p us que quelques libres mus- cutaires, qui formaient une toile très mince, et qui furent rompues par une lé- gère pression du doigt. Tout autour de l’ulcère, ia sob^tarce du cobub était «o- TABLEUKNT IROURÉE ET COUMB SQO 1 R RU E USB. Il est probable que l’auteur de celte observation n’était pas très vetsë dans lés recherches d'anatomie pathologique , Lt que la description qu'il nous a donnée de l’état du cœur et de l’u/cératioa de toute la face postérieure des parois du cœur, ne doit pas être prise trop à la lettre. 212 MALADIES DU COEUH £n PARTICULIER, traces de son organisation ’jjrimiiive ; la totalité de la sub- stance musculaire ne Tamisait qu’un douzième de- la masse; le reste était composé d’une substance nouvelle, squirrheuse et en partie carciriomateuse , formant des bosselures irré- gulières, dont le plus grand nombre s’étendait de la lace externe à l’interne. On trouva aussi une transformation squirrheuse du pancréas, de l’intestin grêle et du mésentère. Les poumons étaient sains. 3*^ et faits. — Deux ob'ervations de cancer du cœur ont été publiées par IM. Andral [Anat. pa'thoL, t. IP, p. 827). O Dans la première de ces observations, le malade, âgé de » 56 ans, n’avait offert d’autres symptômes que ceux d’une » hypertrophie des parois du ventricule gauche du cœur. » L’ouverture du cadavre montra effectivement un état « d’hypertrophie considérable de ce ventricule, avecrétré- » cissement de son orifice par des ossifications. Mais de plus » existait une autre altération qu’aucun signe particulier » n’avait révélée pendant la vie. Sur les parois du cœur » droit existaient de nombreuses bosselures. En incisant » ces bosselures, je les trouvai formées d’un tissu très dur, » gris-bleuâtre et comme demi-transparent en quelques » points; ailleurs, d’un blanc plus opaque et sillonné par » des lignes rougeâtres. Ce tissu occupait presque en toia- » lité la paroi externe du ventricule droit : sa couleur » blanche était apparente à travers la membrane interne. » En un petit nombre de points seulement, se voyaient en- » core quelques faisceaux de fibres musculaires décolorées »> et comme atrophiées. Ces fibres étaient plus prononcées » du côté de la face interne du ventricule... Les parois de » l’oreillette droite présentaient dans toute leur étendue, » excepté dans l’appendice auriculaire , la même dégéné- » ration. » Dans le second cas, la lésion, également bornée au côté yi droit du cœur, était moins étendue. Le malade , âgé de DES TUEEHCULES ET DU CANCER. 3l3 » ans quand il mourut, avait joui d’une bonne santé » jusqu’à l’âge de 35 ans. Alors, il devint légèrement asth- » matique. Pendant les cinq ou six mois suivans, il ne sen- » tit qu’un peu de gêne dans la respiration. Au bout de ce » temps, il fut pris un jour, après son déjeûner, d’une » atroce douleur qui, se faisant d’abord sentir à la regiom » précordiale, s’étendit bientôt à tout le cote gauche du » thorax. En même temps, force palpitations du cœur; » augmentation de la dyspnée habituelle ; vomissement des «alimens; perte momentanée de connaissance. Pendant » l’année qui suivit cet accident, la gêne de la respiration » augmenta peu à peu, et sept ou huit fois le malade fut » pris de la même douleur, qu’il comparait à la douleur » par élancement que produit une dent cariée. Lorsqu il » entra à la Charité , il était dans un état de dépérissement » évident; sa face avait une teinte jaune-paille fort remar- » quable; chaque soir, il y avait un léger mouvement fe- » brile sans sueur. Pendant le mois qui suivit son entree j » le malade ressentit plusieurs fois à la région du cœur des » douleurs passagères , mais très vives. De temps en temps » il avait d’assez fortes palpitations; mais dans leurs inter- » valles , \ auscultation ne découvrait dans le cœur, non plus » que dans les poumons , aucune altération. Au bout de six se- » maines de séjour à la Chanté , les membres inférieurs , » puis les supérieurs, et enfin la face, s’infiltrèrent, et le » malade succomba lout-à-coup sans agonie. A l’ouverture du cadavre , on trouva la paroi externe » du ventricule droit occupée par une tumeur bosselée, » qui, par sa forme et sa saillie considérable , semblait » comme un cœur surnuméraire... S’étendant de la pointe » du ventricule à la base , et dépassant même ce dernier » point, pour envahir, dans l’espace de quelques lignes, » le tissu de l’oreillette, cette tumeur avait remplacé pres- » que en totalité les fibres musculaires, dont on ne voyait » plus qu’une couche mince à la surface interne du ventri- I 2i4 maladies du cceür en particulier. ” quelques points , elle faisait une saillie notable » à l’intérieur de la cavité ventriculaire ; elle était formée » par la matière dite encéphaloïde , dure en quelques »■ points, molle et comme diffluente en d’autres points. » 5® Fait. — Chez un homme mort dans un état d’imbécil- lité j cas publié dans la Revue médicale [mSii 1824), M. Bayle trouva lé cœur altéré ainsi qu’il suit : Cet organe offrait au toucher plusieurs duretés considérables. Les parois de l’oreiilette droite, épaisses d’uue ligne et demie, très con-i sistantes, avaient une couleur grisâtre , une structure lar- dacée. Le pourtour de l’orifice auriculo-ventriculaire était transformé en une matière lardacée d’un pouce et demi d’épaisseur. L’oreillette gauche offrait la même altération. Les ventricules étaient sains, mais leur cloison était can- céreuse (i). 6e et ^0 Faits. — M. Laënnec dit avoir rencontré deux cas de cancer encéphaloïde du cœur. Dans l’un, la matière cancéreuse formait de petites masses de la grosseur d’une aveline, ou moindres, dans la substance musculaire des ventricules. Dans l’autre, elle était disposée en forme de couches épaisses d’une à quatre lignes, le long des vais- seaux coronaires, entre le lèuillet séreux du peiicarde et le cœur lui-même. '■ 8“ Fait. — Dans une observation de M. Trélat , les parois de l’oreillette droite, épaisses d’une ligne et demie, étaient très consistantes, grisâtres, lardaeées. Toute la masse char- nué intermédiaire à cette oreillette et au ventricule cor- respondant, étaitentièrement transformée en matière squir- rheuse d’un pouce et demi environ d’épaisseur. La même dégénérescence se remarquait sur l’oreillette gauche. Les (i) L’auteur de cette observation dit qu’on n’observa aucun symptôme local , Ÿ et que la nutrition elle-même demeura iutacle , ce qui n’empêcba pas le malade I de mourir. DÈS TUBERCULES ET DU CANCER. 3l5 ■ventricules étaient à peu près sains , mais leur cloison était cancéreuse. pe Fait. — Dans \e cas remarquable de maladie cancéj'euse, publié en iSaS, par M. Velpeau, le cœur contenait une douzaine de masses cancéreuses de grosseur variable, mais dont la plus grosse nè dépassait pas le volume d’un œuf de pigeon. lo® Fait. — On trouve dans l’ouvrage de M. Ollivier, sur la moelle épinière, le fait suivant : Une femme, âgée dé 56 ans, succombe à Une attaque d'apoplexie; aucuh symp- tôme particulier n’avait décelé lexistencé d’une affection I du cœur. « Les fibres musculaires des parois du ventricule » droit étaient changées en tissu blanc jaunâtre, cérébri- » forme , offrant tous les caractères de l’encéphâloïde ; » cette dégénérescence n’occupait qüe la moitié inférieure » des parois muscitlèuses dé ce ventricule. Lë ventricülé » gauche était sain. » II® Fait. — Dans l’atlas de son Traité des mülàdiès dèh enfans noui>eau-nés , M. Billiard a fait représenter un cas dé squirrhe du cœur. L’enfant chez lequel existait ce sqüirrhé n’était âgé que de 3 jours. Trois masses squirrheuses occu- paient les parois du cœur. 12®, i3® et i4® Faits. — A.ux cas précédens j’eri ajouterai trois autres, dont les deux premiers me sont propres et dont le troisième appartient à M. Bertin. Chez le sujet de notre 4® observation et dont nous aVons aussi parlé â l’occasion de l'induration du cœur, cèt orgdiie, surtout en arrière offrait au toucher une consistance squir- rheuse. Les deux feuillets du péricârde adhéraient de toute part entre eux. Celui qui recouvré le cœur, généralement épais d’une ligne, avait une épaisseur plus considérable encore à la face postérieure dé l’organe. Là, le tissu du cœur était moins distinctement fibreux et charnu que jiar- tout ailleurs, il était décoloré et sémblàit avoir participé à 3l6 MALADIES DU COEUR EN PARTICULIE. la dégénérescence lardacée du péricarde. Les parties indurées criaient sous le scalpel qui les dwisait. J’ai vu, avec M. le docteur Dalmas, à la Charité, un malade chez lequel existait une tumeur cancéreuse da médiastin antérieur qui avait envahi les parties voisines» Le péricarde , singulièrement épaissi , était lardacé eomnie la j tumeur. La portion du poumon en contact avec le péricarde semblait avoir été atteinte elle-même par la dégénérescence cancéreuse. De plus, la 'veine-cave supérieure était oblitérée par une concrétion ^volumineuse , très solide , grisâtre , et près- . que entièrement semblable à la matière cancéreuse du médiastin. La concrétion adhérait solidement, et comme par continuité de tissu, à Hune des faces de la 'veine. Le cas qui appartient à M. Bertin n’est autre que notre observation a6®, et a beaucoup de rapport avec la précé- dente. Chez le sujet de cette observation , qui succomba à une péricardite chronique , le péricarde faisait partie d'une | tumeur lardacée, carcinomateuse , développée entre les lames du médiastin. — La portion du poumon en contact avec le péri- carde semblait pai'ticiper à la maladie du médiastin. ' § II. Voilà l’état et, si l’on ose le dire, l’inventaire de I nos connaissances actuelles sur le cancer du cœur , i étudié sous le point de vue purement descriptif. Cer- | taineinent , ces connaissances sont trop incomplètes , | pour qu’on puisse fonder sur elles une théorie satisfai- | santé du cancer du cœur. Ce qu’il nous importe de i noter pour le moment , c’est que , en conscience, de pareils I faits ne sauraient démontrer que , sous les rapports étiolo- i gique , symptomatologique anatornico-pathologique , » le cancer du cœur est une \és\ow essentiellement differente de r induration de cet organe, au lieu d’en constituer une espèce, > un mode particulier. Que si le cancer du cœur nest qu un DE3 TUBERCULES ÉT DU CANCER. Siy mode particulier de rinduration simple ou combinée des di- vers tissus constituans du cœur, quelles que soient d’ailleurs les différences qui le distinguent des autres modes d’indura- tion, nous devons lui reconnaître un certain nombre de ressemblances avec ces derniers. Il s’agirait surtout ^e savoir maintenant si le cancer qui se développe idiopathiquement dans le cœur a ete précédé ou non tl’un travail inflammatoire chronique, ainsi que cela a lieu pour les autres modes d’induration que nous ; avons étudiés précédemment. Sous ce rapport^, comme sous tous les autres, nous reconnaissons que les quatorze faits • rapportés plus haut ne fournissent que des données très ' incomplètes. En attendant que de nouvelles observations ' nous procurent les lumières nécessaires pour résoudre di- • rectement la question actuelle , il ne nous reste d’autre 1 ressource que d’appliquer par induction , à la nature du I cancer du cœur, la théorie que nous avons adoptée en traitant d’autres cancers mieux étudiés. C’est pourquoi nous ' terminerons cette discussion par le passage suivant de l’article ca/icer que nous avons composé pour le Dictionnaire 1 -de Médecine et de chirurgie pratiques. Et comme ce passage ! suppose la connaissance des idées de M. le professeur An- dral sur le même sujet , nous allons commencer par les exposer dans la note ci-dessous (i). (i) « Qu’enl-ce que le cancer, et dans quelle classe de maladies faut-il le ranger? ■> A mon avis, le cancer n’est pas une altération à part. Toutes les lésions, soit de • nutrition, soit de sécrétion, arrivées d ce terme où on les voit se terminer par une •» ulcération qui étend de plus en plus ses ravages , soit en superficie, soit en pro- fondeur; voilà le cancer {i). — Celle expression, loute métaphorique, qui appar- •» tient à l’enfance de la science, comme celle d'inllaminalion , n’indique que la •» terminaison commune d’altérations très différentes les unes dés autres. Je ne .•crois pas que l'on puisse maintenant répéter avec Bayle et Laënnec que le can- • cer est unealléralioii sui generis, caractérisée par la présence des tissus squir- îi) Ou là une Mpèce de cancer, maia non le cancar en général , car il eit dea productiona dilea •cancttcuies md» ulc«ration« 3l8 MALADIES DU COEUR EN PARTICULIER. Apres avoir établi que, dans leiat actuel de la science, une obscurité profonde règne sur le mode de production du cancei'i comme sur le mode de production d’une foule d’autres matières morbides, sans en excepter le pus lui- même, je poursuis ainsi : « Mais notre ignorance sur la » nature intime du travail anormal qui préside au dé- ?) veloppement des affections cancéreuses une fois avouée, ?> il reste à examiner si ce travail ne serait pas un mode y) de celui qui a lieu dans la majadie qi e l’on désigne »> sous le nom inflammation chronique... Quant à nous, » considérant que nous avons vu un très grand nombre » de fois les productions cancéreuses Fe développer dans ?) des parties où avait existé manifestement une phleg- » masie,^et que d’ailleurs ces productions coïncident très )) souvent avec d’autres altérations, que l’on est géné- » râlement convenu de regarder comme une suite de P phlegmasie, nous déclarons formellement et de bonne «rheux et encéphaloïrle, soit isolés , soi! combinés. D’une part , en effet , il n'est • nullement rare de constater sur le cadavre Texislence de ces deux produclion.s , • hjen qu’on n’ait observé pendant la vie aucun des accidens qui , d’après les au- • teurs, accompagnent le cancer, de telle sorte qu’en pareil cas on a les carac- • lères anatomiques de la maladie, sans en avoir le'SymptômfS. D'une autre part, • on rencontre ces symptômes dans plus d’un cas où , par l’analomie, on ne peut • découvrir ni sqüirihe ni encéphaloïdc. En effet, le sinqile développement d’un • réseau vasculaire insolite à la surface ou dans la trame de la membrane tégu- • mentaire externe ou interne, une ancienne fluxion vers une portion de mem- »brane muqueuse, sans qu’il y ait changement réel dans sa texture; l’hyperlro- » phie d'un point de cette membrane où du derme ; un bouton , une excroissance , • qui s’élèvent des surfaces muqueuse ou cutanée, et qui ne sont formés i|ue par » une simple expansion du tissu pro|>re des membranes, sans traces de formation • nouvelle; l’épaississement du tissu cellulaire , rinCltration de ses mailles par • une matière albumineuse ou gélatineuse; I’iwdubation rouge ou blanche des • ganglions lymphatiques, induration dans laquelle il n'y a pas plus de tissu acci- • dentel qu’il n’y en a dans le poumon en hépatisation rouge ou grise; voilà autant • de lésions qui , aussi bien que la matière encephaloïde cl le squirrhe , peuvent • toutes se terminer par la destruction de la partie où elles se sont développées , • et par la production d’une ulcération qui tend sans cesse à s’agrandir en tous • sens... » [Précis d’anatomie pathologique, t. 1, p. 5oi.) DES TUBEECULES ET DU CANCER. SlQ » foi qu’on ne saurait tracer une ligne de démarcation ,, distincte entre les prôduits qui peuvent se dévelop- » per à la, suite des phlegmasies dites chroniques , et ceux » qu’on appelle cancéreux. Si l’on objecte que c’est un \ice » de logique que de rapporter à l’inflammation des pro- » duits d’aspect et de forme différens, nous répliquerons x> que le mot générique inflammation indique seuUment ce » (ju’il y a de commun dans le mode de loi’malion de ceô «produits, et que, pour exprimer leurs dilïérençes, il » importe de joindre au mot inflammation un certain iiom- » bre d’adjeciifs, méthode qui a d'ailleurs été généralement «suivie... ( « Mais qu’on n’oublie pas qu’en faisant intervenir ainsi » l’inflammation chrt)nique dans le développement des » productions cancéreuses, nous ne prétendons pas, encore » une fois, en expliquer la nature intime ( on sait assez » que rien n’est plus obscur que la nature intime de l’in- « flammation, soit aiguë , soit chronique ). La seule chose » que nous nous proposions d’établir, c’est que parmi les « produits qui peuvent se manifester dans une partie qui a » été frappée d’inflammation , on aurait tort de ne jamais » compter ces végétations anormales qui portent le nom » de squirrhe ou de matière encéphaloïde (i).. }) M. Andral ne considère pas la présence des matières » dites squirrheuses ou encéphaloïdes comme un caractère es- « sentiel du cancer. Sans discuter cette opinion, subversive » de celle généralement adoptée par lès anatomo-patholo- » gisles qui ont précédé M. Andral , je ferai seulement re- (i) Reste ensuite à déterminer quelles sont les conditions quelconques ( la prédisposition comprise) en vertu desquelles les produits primitifs du travail inflammatoire alfectent telle ou telle forme, telle ou telle apparence, se modi- fient, s’altèrent de diverses manières, etc. C’est là, sans contredit, un grand sujet de recherches, et la science sera profondément reconnaissante envers ceux qui dissiperont les ténèbres dont il est enveloppé. 320 MALADIES DU CŒlIIl EN PAETICULIER. » marquer qu’elle constitue pour ainsi dire le pendant de j ') l’opinion de M. Broussais sur la cause productrice d’une i » foule de lésions dites organiques. Kn effet, M. Broussais 1 » attribue à V ùritation l’origine des lésions dont il s’agit, et » M. Andral , de son côié, considère toutes ces mêmes lé- » sions, quelque différentes qu’elles soient, sous le point de » vue anatomique, comme pouvant avoir pour commune j ' » terminaison une ulcération ijui, au heu de marcher a la cica- ^ » trisation, tend a s’agrandir dans tous les sens, c’est-à-dire ^ » le cancer, d’après la définition qu’en a donnée M. Andral. » Comme il ne me paraît pas moins important de le- » nir compte des différences des maladies que de signaler » leurs analogies et leurs , je crois que, tout ^ en adoptant ce qu’il y a de philosophique dans la manière » de voir de M. Andral , il faut cependant continuer à dé- » signer sous des noms différons les diverses altérations » dont l’ulcération indiquée peut être la terminaison, et il » me semble que donner le nom de cancer à cette ulcéra- » tion , au lieu de le conserver pour l’affection caractérisée » par la présence des tissus dits squirrheux ou encéphaloïde, » ce serait jeter une nouvelle confusion dans la science. » Mieux vaudrait, à mon avis, renoncer entièrement à » cette vicieuse expression de cancer, que de l’employer » pour désigner une foule de choses différentes. En effet, «détourner sans cesse lesmots de leur acception ordinaire, j » c’est s’exposer à donner naissance à d'interminables dis- * » putes (i )• » (i) J'ajouterai à ce qui vient d’ôtre dit que j’ai publié, il y a déjà plusieurs années ( Journal complÂmentalre des sciences médicales) , des cas de dégénéres- cence cancéreuse ou squirrheuse, consécutive à une rndammation de cause ex- ^ terne ou traumatique. Plus récemment, j’ai lu à l’Académie royale de méd’cine l’observation d’une induration squirrheuse du pylore, consécutive à une gastrite provoquée par un em|)oisonnement avec l’acide nitrique. On ne ])0uvait raisonnaDlement , dans ce cas, supposer au caucer une autre origine. Celle observation a été publiée dans DÉS TtBîîTir.UtEfl fit Bü CAiVCBft, ?)0.i Quoi qu’il en soit, revenant à notre question, nous con« cl lions : i“ Que les faits actuellement connus sur les protluCliotis cancéreuses du coeur ne sont pas assez nombreux , ni sur- tout assez bien observés pour qü’on puisse en déduire direc- tement une doctrine rigoureuse sur l’origine et la nature de cet état morbide; 2° Que, par conséquent, en les ralliant aux productions et transformations dont l’inflammation des divers tissus du cœur peut être le point de départ, en les considérant enfin comme un mode spécial terminaisons que cette maladie peut affecter, nous procédons- par voie de généralisation y c’est-à-dire que nous appliquons au cancer du cœur la doc- trine qui nous a paru dériver de l’étude d’autres affections cancéreuses mieux connues. le Journal liebJomadaire de médecine ; et M. le professeur Andral l’a insérée dans la dernière édition de sa Clinique médicale, en y joignant les réflexions suivantes : « Ce fait nous paraît démontrer, de la manière la plus manifeste, qu’un cancer » peut se développer dans l’estomac à la suite de l’ingestion dans cet organe d’une » certaine quantité d’acide nitrique. Il est évident qu’en pareil cas un travail 1) phlegmasique a précédé la formation du cancer. » {Clin. médic., t,. II, p. 99, 5' édit.) On sait, d'ailleurs, queM. Andral est arrivé à découvrir que le squirrhe n’était souvent autre chose qu’une hypertrophie avec induration du tissu cellulaire. Or, il est reconnu que l’induration. et l’hypertrophie du tissu cellulaire sont au nom- hre des caractères anafom(7ues les plus communs, des suites les plus ordinaires de rînflaminalion chronique de ce tissu. Les chirurgiens ont de fréquentes occasions de s’assurer de l’influence de l’in- jlammation chronique sur le développement de Vinduration squirrheuse ou ean~ céreuse des organes externes. 11 est vrai que quelques uns ont essayé de distinguer l’induration pure et simple de l’induration cancéreuse , en disant que l’une se re- produisait après l’ablation, tandis que cela n’avait pas lieu pour l’autre. Mais ils ne savent pas à priori distinguer l’une de l'autre ces deux espèces d’induration, et de là le cercle vicieux suivant : telle tumeur ou induration est cancéreuse, car elle a repullulé après extirpation; et cette tumeur a repullulé parce qu’ellç était cancéreuse. 21 .3Q2 maladies du CCffitJR EN PARTIGCLIER. ARTICLE DEUXIÈME. XUBBaCDLBS DO COBOH. § I. • Nous possédons moins de faits encore sur les tubercules du cœur que sur son cancer. M. Laënnec dit avoir ren- contré trois ou quatre fois seulement des tubercules dans la substance musculaire du cœur. Malheureusement M. Laënnec ne donne aucun détail sur les cas qu’il a ob- servés. Ces trois ou quatre cas sont les seuls que M. le pro- fesseur Andral ait indiqués dans son Précis d'anatomie pathologique. Il ajoute que le cœur est un des organes oii la matière tiiheiculeuse se développe le plus rarement. Pour ma part, je n’ai jamais eu occasion de rencontrer un véritable état de tuberculisation du cœur. On trouve dans le Journal des sciences chimiques ei médi- cales de Dublin (i833) , une observation ayant pour titre : Masse tubekccleuse üeveloppée dans les parois de l’oreil- lette GAUCHE DU CœUR, ET DETERMINANT l’oCCLUSION PRESQUE COMPLÈTE DES TRONCS DES VEINES PULMONAIRES. Le Sujct de cette observation était un homme de 62 ans , chez lequel on avait reconnu les signes de la phthisie pulmonaire. A l’ouverture du cadavre , on trouva , entre autres altéra- tions , les parois de l' oreillette gauche converties enune masse solide de matière tuberculeuse de près (T un pouce d’épaisseur. Cette production morbide était développée entre les membranes externe et interne de l’oreillette. Il est fâcheux que l’auteur n’ait pas’précisé les caractères anatomiques de la masse qu’il a rencontrée dans l’oreillette gauche. La manière dont cette observation a été recueillie h’estpas propre à nous convaincre positivement de la na- ture tuberculeuse de cette tumeur. Dans une thèse récemment soutenue à la Faculté de Paris DES TUBERCULES ET DU CANCER. (i 834) par M. Sauzier, on trouve le cas suivant : « Le 19 dé- j cembre 1 833, entra à l’hôpital Saint-Eloi de Montpellier, le * nommé Pierre-Jacques, charretier, âgé de 34 ans, d’une J constitution faible et lymphatique. Versle mois denovem- j bre i833, en traversant un ruisseau avec un fagot sur la J tête, il avait fait une chute, pendant laquelle le menton J avait frappé la partie supérieure et antérieure du ster- î num ; là se développa peu à peu un vaste abcès dont la J marche fut très lente. Le malade eut également un abcès * au-dessous du sein , abcès qui , après son ouverture , pa- » laissait communiquer avec la cavité thoracique , car la î toux faisait sortir une matière écumeuse par la plaie. Le 20 » décembre , une ouverture fut pratiquée à l’abcès qui était ï au-devant du sternum ; il s’en écoula une sérosité jaunâ- ï tre, mêlée à une matière semblable à,du lait caillé. Alors, » une toux sèche s’empara du malade , ainsi que le dévoie- » ment et les sueurs colliquatives, et le 26 janvier, il ex- » pira dans le dernier de_gré du marasme. » U autopsie cadavérique montra des tubercules en grand i> nombre dans les poumons, le pancréas, dans les plèvres t diaphragmatique et pulmonaire. Les poumons offraient D de toutes parts des adhérences. Les ganglions bronchi- « ques étaient engorgés. On trouva aussi des tubercules y> dans un tissu nouveau qui unissait les deux feuillets de » la plèvre. » Le stei'iium était carié ; plusiem's cartilages des côtes avaient 3) été brisés. Deux tubercules à l'état de crudité existaient dans » la substance des oreillettes du cœur ^ et là oîi se trouvaient t les tiibercides il y avait adhérence du p>éricarde \ i). i> (1) L’auteur de celle observation pense que le même travail morbide qui avait été suivi de 1 adhérence du péricarde, avait déterminé la formation des tubercules du cœur. Celte opinion nous paraît juste et confoime à ce qu’on observe dant le développement des tubercules d’autres organes, MALVDIES I)ü E(tl’R EN PARTICELIÉR- Ce n’est pas assurément d'après le petit nombre de fàitâ incomplets que nous venons de faire connaître, qu’on peut résoudre la question de savoir si la tuberculisation du cœur diffère essentiellement de toutes les altérations que l’inflammation chronique de cet organe peut entraîner à sa suite, ou si , au contraire , elle ne constitue qu’un mode particulier de suppuration. A défaut d’une solution directe, et en attendant les faits qui pourront la donner, nous croyons devoir appliquer aux tubercules du coeur \a.théorie des tubercules développés dans les autres organes en géné- ral et dans les poumons ou le tissu cellulaire en particulier. Or, d’après des arguraens qu’il ne nous est pas possible d’exposer ici , nous considérons les tubercules de ces parties comme constituant une des modifications que peut présen- ter, dans le cours de son évolution, le produit ou le aecre- tum inflammatoire (i). (i) Quelques auteurs ont donné le nom de tubercules aux granulations que l’on rencontre si souvent à la surface des membranes séreuses chroniquement enflammées, et dont nous avons rapporté des exemples dans les chapitres consa- crés à la péricardite et à l’endocardite. D'autres auteurs ont dit qu'entre les gra- nulations dont il s’agit et les granulations pulmonaires des phthisiques, il n'v avait de commun que le nom. Si l’on veut donner le nom de tubercules aux gra- nulations qui peuvent se produire à la surface du péricarde ou de l’endocarde , certes, c’est une étrange doctrine de nier toute espèce de connexion entre les tubercules et rinflammalion chronique , et d’aller presque jusqu’à soutenir que cette maladie préserve des tubercules. Je ne sache pas que l'on ait encore placé parmi les tubercules proprement dits les granulations développées à l’extérieur ou à l'intérieur du cœur, pour eu con- clure ensuite que ces granulations n’étaient point une conséquence de l’inflam- mation. Je sais seulement qu’un élève très distingué de l’école ipie nous combat- tons vient de soutenir que les granulations de l’arachnoïde n’étaient point l’effet d’un arachnitis chronique, mais bien un produit tuberculeux. En procédant ainsi, les adversaires de l’opinion que nous enseignons finiront par la rendre évidente aux esprits les moins clair vojans. DES KYSTES SEKEUX. 3‘25 ARTICLE TROISIEME. K.ïiTES SBEEÜX (»)• § !• . Ni Corvisart, ni M. Laënnec, ne rapportent aucune ob- servation de kystes séreux du coeur qui leur soit propre. Ces kystes , seloiv M. Laënnec , se développent très rare- ment dans le cœur. Il ajoute que cependant Baillou, Hou- lier, Cordœus, Rolfinckiiis, Thébésius, Fanton , Valsalva et Morgagni, en ont donné des exemples. (i) Je n’ai jamais rencontré d’hydalides ni autres entozoaires dans le cœur. Mais je n’ignore pas que d’aulrcs auteurs en ont parlé. Corvisart et M. Laënnec ne paraissent pas avoir observé de cas de ce genre; mais M. Laënnec rapporte aux vers vésiculaires du cœur le cas suivant , recueilli par Morgagni. o Chez un «vieillard, mort d’une maladie aiguë, un kyste, de la grosseur d’une petite ce- »rise, Implanté à moitié dans les parois du ventricule gauche, faisait saillie à sa • surface. Ce kystè, incisé, laissa échapper une petite membrane contenant de la » mucosité blanche, et dans laquelle on distinguait une particule dure comme un • tendon. » H est impossible, selon M, Laënnec, de méconnaitre dans cette des- cription les caractères du genre cyslicerque. La petite membrane pleine de mucosité était la vessie caudale, et le point dur, le corps replié sur ‘lui-même. D’après le volume du ver, on peut présumer, ajoute M. Laënnec^ que c’était le eysüccrcits fmnus (Rudolphij ; d’autant plus que c’est presque le seul que l’on ait trouvé jusqu’ici chez l’homme. « Le développement du cyslicerque dans le cœur de l’homme ne m’est démontré, • dit M. le professeur Andral , que par un seul fait qui m’est propre. Une fois , • à la Charité, j’ai trouvé, dans le cœur, trois petites vésicules , ayant chacune la • grosseur d’une noisette, transparentes dans toute leur étendue, et présentant à • leur intérieur un point blanc, plus dur que le reste de la vésicule, qiic par la • pression on faisait sortir de l'intérieur de la vésicule comme une tête. » ( Précis d’anat. pathol,, t. II , p, 3.îj-33a.) M. Andral dit aussi avoir trouvé le eysticerque dans le cœur de plusieurs porcs ladres. ( Quelques anciens observateurs prétendent avoir trouvé de véritables vers , des poux et mêmes des serpens ou des vipères dans le cœur. Ces observations, qui prouvent que l’anatomie pathologique elle-même a eu son époque fabuleuse, ne valent pas la peine d’être réfutées. 3q6 maladies du cœur en particulier. On trouve dans le sepulchretnm de Th. Bonet, un cas qui paraît se rapporter aux kystes séreux du cœur : viEpi- plouni , inesavœuin , hepar, lien , pul/noiies, coa quoque ipsum , et pevitonœum erant obsita 'vesiculis aqua purissinia plenis et limpidissima. M. Dupuytren a trouvé des kystes séreux développés dans répaisseur de l’oreillette droite, dans la cavité de la- quelle ils faisaient saillie , et qu’ils distendaient de manière à lui donner''un volume égal à celui du reste du cœur. Dans un cas recueilli par M. Andral, il existait au milieu des parois du. ventricule gauche un kyste du volume d’une noix ordinaire ; le liquide transparent qui le remplissait , Jaillit à plus de six pouces de hauteur , au moment où le kyste fut incisé. Dans un autre cas, M. x4.ndral a vu un kyste séreux dé- veloppé à la surface libre de lamembràne interne du cœur. « D’un des points des parois delà cavité du ventricule droit » assez près de l’orifice auriculo-ventriculaire, se détachait » un petit kyste séreux, du volume d’une noisette , et qui » tenait à la membrane interne du ventricule par un pédi- « cule mince, dont la texture ressemblait à celle de la mem- » brarie elle-même. » Je crois qu’on peut rapprocher de ce dernier fait le cas suivant de maladie du péricarde chez un chien ^ publié par M. Duvernoy, dans les Bulletins de la Faculté de médecine de Paris. « Un chien mâtin de la Ménagerie du Jardin des Plantes » est mort âgé d’un an, avec les syinptomes d’une hydro- » pisie ascite et d’un hydrolhorax » Le péricarde, extraordinairement distendu, renfermait » une grande quantité de sérosité. La portion de ce sac qui » enveloppe immédiatement le cœur , était couverte d’une » foule innombrable' de vésicules ovales, pressées les unes » vers les autres, de manière à masquer toute la surface du )» cœur. La plupart tiennent à un pédicule aussi fin qu’un DES KYSTES SÉREUX. 3^7 cheveu, et long de quatre à cinq railUmtitres. Les vési- cules s’affaissent par une légère compression. Elles for- ment avec leurs pédicules une sorte d’enveloppe au cœur, qui peut avoir environ cinq millimètres d’épaisseur, et qui en augmente beaucoup le volume apparent. On voit aussi quelques vésicules semblables sur la face in- terne de la partie libre du péricarde, laquelle, examinée de près, en offre un grand nombre de plus petites, qui se seraient probablement développées , si l’animal avait vécu plus long-temps (i). » § II. Quelle est l’origine des kystes séreux qui peuvent ainsi se développer , soit à la surface interne , soit à la surface ex- terne, soit dans l’épaisseur même du cœur? Nous ne possé- dons point encore assez de faits bien observés 'ço\xx répondre à cette question. Le kyste développé autour d’une collection purulente du cœur peut-il ultérieurement se transformer en un kyste séreux? un épanchement sanguin circonscrit dans le tissu du cœur ne peut-il pas aussi être remplacé par un kyste séreux, comme il arrive dans l’hémorrhagie céré- brale. Les kystes se développent-ils, pour ainsi dire, de toutes pièces dans Certaines concrétions sanguines qui se for- ment à l’intérieur des cavités du cœur, ou bien au sein du liquide que contient le péricarde, à la suite d’une péricar- dite ou d’un simple hydro-péricarde i' encore un’e fois, avant de décider toutes ces questions, il est très sage d’attendre de nouvelles observations. ■ ' ' ' lï '. 1 - - ... ». t _ « (i) M. Duvernoy ne pense pas. qu’on ait jamais fait d’observation semblable chez l’homme, du moins dans la même membrane sérèuse. M. Meckel, présent à a dissection de ce chien , dit que son père avait vu quelque chose de semblable dans l’articulation du genou d’un goutteux. LIVRE DEUXIÈME. DE l’aUGJIENTATION ET DE LA DIMINUTION DE SECRETION DES TISSUS Sl^REUX ET CELLULAIRE DU COEUR. CONSIDÉRATIONS PRÉLIMINAIRES. Dans le Livre précédent nous avons exposé les lésions que l’état morbide, désigné sous le nom d’inflammation, déter- minait et dans la quantité et àaxvs la qualité des liquides sécrétés par divers tissus du cœur. Il s’agit maintenant h d’étudier la simple augmentation ou diminution d’activité | de la sécrétion normale dont ces tissus sont les agens. il Avouons d’abord que la diminution de la sécrétion dont | il s’agit n’a point jusqu’ici occupé l’attention des observa- | leurs," et que, pour notre part, nous en parlons plutôt \ comme d’un état morbide possible que comme d'un état morbide sur lequel nous ayons recueilli des observations précises. Nous n’avons même absolument rien à dire sur ce sujet, sinon que dans les inflammations commençantes des membranes séreuses, il est assez généralement admis que la sécrétion purulente ou pseudo-membraneuse est ordi- nairement précédée d’une sorte de sécheresse de ces mem- braneset partant d’une diminution ou même d’une suppres- sion complète de leur sécrétion normale. Quant à, la supersécrétion pure et simple (i) des tissus séreux et cellulaire du cœur, elle constitue une sorte d’état | intermédiaire entre l’état .normal et l’état inflammatoire. | Nous avons exposé ailleurs l’idée que nous nous formions | (i) Hypercrinie de M. le prcfesseur Andral. AL G:\lEiNTATION IiT Dl.MliN U TION DE sÉCRÊtIOlV. 3t2g de raugnieutation. de sécrétion des membranes séreuses et du tissu cellulaire en général, (^oj. lart. Hydropisies du Uictiojiu- de uiadec. et de chir, pj'CitKj Ce n est pas ici le lieu d’approfondir celte question. Bornons-nous donc à rappeler que pour signaler les rapports qui existent entre les /liu; séreux actifs et les fluxions inflammatoires proprement dites, M. Dupuytren et les élèves de son ecole, tels que Maranclel, MM. Breschet, Cruveilhier, etc., en ont fait deux genres d’un seul et même travail pathologique, savoir, l’irrita- tion (i). D’autres pathologistes ont donné le nom d’Aje/ro- phJegmasîes aux hydropisies actives. 1\I. Aiidral a donné le nom à’ hypercrinie par stimulation à V irritation sécrétoire de M. Dupuytren et de Marandel , et le passage suivant du Précis d’anatomie pathologique prouve que son auteur rapproche \' hypercrinie par stimulation de l’inflammation à un certain degré : « La stimulation qui a > a été le point de départ de l’hypercrinie, dit M. Andral , » peut s’être ensuite dissipée, laissant, comme trace de son > ancienne existence , , une accumulation de sérosité là où ï a eu lieu le stimulus.... Dans ce cas, la maladie, » MATOiiiE à son début , ne l’est plus à une époque plus » avancée. » ( Tom. P', pag. 3 19). Le mode iM excitation , de stimulation , âiirritation , sous l’influence duquel se produisent les hydropisies actives, nous paraît, ainsi que nous l’avons dit plus haut, tenir le milieu entre l’action sécrétoire normale et la sécrétion in- flammatoire. Ce qui distingue formellement la simple irritation sécrétoire de l’inflammation proprement dite, c’est que dans celle-*ci le produit sécrété est du pus ou (1) Digne disciple du grand maître dont la médecine déplore en ce moment la perte prématurée, Marandel établit quatre ordres naturels d’irritations : 1° n«- triüvcs , 1° sécrétoires, ùo hémorrhagiques , 4“ inflammatoires. (Voy. l'excel- lente Dissertation inaugurale de cet auteur, intitulée : Essai sur les irritations. Paris, 1807.) . ■ 33o MALADIES DU COEUll EN PAnTIflELIER. un liquide pseudo-membraneux , tandis que dans l’autre le liquide sécrété surabondamment conserve ses qualités ou sa Tiature normales. Tissot et Géromini ont comparé Faction qui produit Fhydropisie active à celle qui caracté- rise la vésication modérée. Les flux séreux actifs trouvent plus exactement encore leurs analogues dans ces sueurs abondantes que provoquent les exercices violens, dans cette salivation copieuse qui suit l’application d’un stimu- lant sur la muqueuse buccale , dans cet écoulement de lar- mes que provoque une légère irritation de l’œil , dans ces diarrhées aqueuses ou séreuses qui surviennent par l’inges- tion de certains médicamens, etc. En somme, on peut facilement transformer une simple irritation sécrétoire en une irritation inflammatoire, en augmentant la dose de l’irritation , et par contre on voit de véritables irritations inflammatoires dégénérer, en perdant de leur intensité, en une simple irritation sécrétoire. Cela n’empêche pas , encore une fois , qu’il ne faille étudier à part le mode morbide qui porte ce dernier nom. Mais revenons maintenant à ce mode morbide considéré spécialement dans les tissus séreux et cellulaire du cœur. Des deux membranes séreuses du cœur, il en est une, l’endocarde, où l’on ne peut admettre que par analogie et induction l’existence de l’état morbide qui nous occupe. L’accumulation de sérosité qui, dans les autres membranes séreuses , constitue le caractère anatomique de la maladie , ne saurait se rencontrer ici , pour des raisons que tout le monde devine. Le tissu cellulaire du cœur peut-il devenir le siège d’une infdlration séreuse .P Aucun des auteurs qui ont écrit sur les maladies du cœur n’a parlé de cette maladie, que Ion peut désigner sous le nom ôiœdème du cœur. Jeu ai dit quelques mots dans le Traité des maladies du cœur de 1824» ainsi que dans l’article OEdèmü du Dictionnaire de médecine et augmentation et diminution de SÉGRÉTION. 33 1 (le chirurgie pratiques (^\). Mais comme dans les cas d’œdème du cœur que j’ai eu occasion d’observer, il n’en est aucun que je puisse rapporter d’iine manière certaine à la caté- ; gorie des bydropisies actives , c’est-à-dire produites par stimulation ou irritation , je ne crois pas devoir lui consacrer ici un chapitre particulier. L’hydropisie active ou Vinitation secretoire du péricarde < est donc la seule maladie dont nous ayons à traiter pour le I moment dans ce second livre de notre ouvrage. , • I . CHAPITRE UNIQUE. DE l’hYDROPÉRICARDE ACTIF, OU DE l’iRRITATION J t SÉCRÉTOIRE DU PERICARDE. ARTICLE PREMIER. , J , Dans le chapitre qu’il a consacré à l’hydropéricarde , Corvisart ne dit absolument rien sur les diverses espèces que peut offrir cette maladie, étudiée sous le point de vue de son mécanisme ou de son mode de production. Il importe cependant t^e no point confondre l’un avec l’autre, et l’hydropéricarde qui fait l’objet de ce chapitre , et l’hy- dropéricarde passif, qui résulte d’un obstacle a l’absorption et à la circulation veineuse. D’ailleurs ,[bien que Corvisart commence par dire que « l’hydropisie du péricarde pour- » rait être considérée comme un des résultats de l’inflam- t M mation de cette membrane , » il ne manque pas de faire (i) 3’ai quelquefois aussi rencoutré .une inGUration séreuse du tissu cellulaire accidentellement formé à la suite d’une péricardite. ' 33‘î MALAüIliS Dr Cœuu KX PAKUCLUlir,. observer que la collection de liquide trouble , coloré , purulent ^ f qui. se jorine dans le péricarde, a la suite de la péricardite , diffère, sous plusieurs rapports , de V amas de sérosité limpide | et presque incolore qui constitue partieulièrement Vliydropéri- | carde. Cependant, chose assez digne de remarque, des à deux observations d’hydropéricarde rapportées par Corvi* sart, l’une, de l’aveu meme de cet illustre médecin , pour- h rait être ralliée aux observations de péricardite i^i) , tandis | que 1 autre est un exemple d’hydropéricarde passif , coiisé- | cutifà une ossification des valvules mitrale et aortique, I chez un individu âgé seulement de 33 ans. D’où il suit que 1 Corvisart n’a consigné dans le chapitre de l’hydropéricarde | aucun cas où cette maladie se soit développée primitive- | ment sous la simple influence d’une pure augmentation de fi sécrétion ou d’une irritation sécrétoire du péricarde. | M. Laënnec n’a guère plus insisté que Corvisart sur les | dili’érentes espèces d’hydropéricarde , et il ne rapporte I aucune observation sur cette maladie. Il considère comme I très rare l’hydropéricarde idiopathique ou essentiel. Je par- 1 tage complètement l’opinion de M. Laënnec à cet égard , et j’avoue qu’à moins de rattacher à l’hydropéricarde i actif l’accumulation de sérosité limpide qui semble succé- I derà l’épanchement purulent ou pseudo-membraneux chez i les individus qui ont été affectés d’une péricardite aiguë, | passée à l’état chronique, je ne possède aucun cas indubi- table de cette maladie. J’ai cependant noté comme tel le cas suivant. Une jeune femme, affectée de variole, s’étant refroidie imprudemment, et ayant fait un grand excès de régime (2) » pendant le cours de la période de suppuration, fut prise . (j) Voici quelle était la lésion constatée après la mort : Lé péricarde avait plui d’épaisseur que dans l’état naturel. La superficie du cœur paraissait avoir été le sioÿc d’une inflammation chronique. La cavité du péricarde contenait environ quatre pintes, ou huit livres , de sérosité claire et verdâtre. (1) La malade se lève enchçmise, sc promène ainsi dans la salle, sans se garantir DR l’hYDROPÉRICARDE ACTIF. 333 tout-à-coup d'accidens cholériques, et mourut en moins 'de 24 heures, foudroyée par les évacuations alvines et les vomissemens'(2i juin i833). Outre les altérations que présentait le tube digestif (c’étaient celles du véritabla I choléra), on trouva un quart de 'V erre environ de sérosité limpide dans le péricarde. Comme il très rare de rencontrer dde la sérosité dans le péricarde des individus emportés par Bim violent choléra, et que, d’un autre côté , cette femme i's’était exposée à un refroidissement propre à provoquer des congestions séreuses internes, j’ai cru pouvoir attribuer lâci l’épanchement séreux du péricarde à une augmentation üde sécrétion de cette membrane, plutôt qu’à un obstacle à n’absorptioiî ou à la circulation. Toutefois, cette manière dde voir ne me paraît que probable pt non rigoureusement ddémontrée. A l’article hydropéricarde du Dictionnaire de Médecine et Me chirurgie pratiques , j’avais rapporté un cas qui paraissait cdevoir se rattacher à l’hydropéricarde acïÿ'prop renient dit (ce cas m’avait été communiqué par RT. le docteur Cas. IBroussais). Mais le malade ayant succombé, on trouva des I traces de péricardite terminée par un énorme épanchc- iinent. En dernière analyse, dans l’état actuel delà science, on serait fort embarrassé de citer un seul cas incontestable (d’hydropéricarde actif, non précédé d’une péi'icardite qui, de l'état aigu, est passée à l’état chronique. Mais les hy(îro- I péricardes de -ce dernier genre doivent-ils être classés dans 1 la catégorie des hydropéricarJes actifs proprement dits? » Cela n’est pas démontré, et je dois pourtant déclarer que ' c’est sur eux que repose en partie l’histoire générale que I nous allons tracer ci-après. «lu froid. Une de ses compagnes , vaincue par ses instances, lui cède sa portion A’a'.imens, consistant en une poire, (lu bouilli et du pain. La malade mange le tout avec avidité. 334 MALADIES DE CŒUR EN PARTICULIER. ARTICLE DEUXIÈME. HISTOIRE GÉRÉaALE DE l’hYDROPÉBICABDE ACTIF. § I. Caractères anatomiques. I Sous le point de-vue des caractères anatomiques , l'hy- dropéricarde actif ne diffère pas sensiblement de l’hydro- péri carde pasèif. Les auteurs ne sont pas d’accord sur la quantité de séro- sité nécessaire pour constituer un liydropéricarde , soit actif, soit Par exemple, Corvisart nous enseigne que ; si la sérosité que l’on trouve ordinairement dans le péri- carde excède six à sept onces, il existe une hydropisie de | ce sac membraneux (i). M. Laënnec ne s’explique pas net- j. tement sur la question qui nous occupe. Il dit seulement j que lë plus souvent Vlijdropéricarde idiopathicpLë se réduit à \ quelcpæs onces. » Il me paraît certain qu’il suffit d’une | quantité de sérosité moindre que celle indiquée par Cor- [ visart, pour constituer un véritable bydropéricarde. En ! effet, la quantité de sérosité qui peut s’accumuler dans le I péricarde par le seul effet d’une longue agonie , ne s’élève ' pas ordinairement au-delà d’une à deux onc.es. Quoiqu’il en soit, la présence de six, sept ou huit onces de sérosité dans le péricarde ne caractérise qu’un hydropé- j picarde assez peu copieux. Il n’est pas très rare , eu effet, de voir cette quantité s’élever à deux ou trois livres. Dans un cas observé par Corvisart , et que nous avons déjà rap- ( (i) « Si l’observation prouve, dit Corvisart, que la quantité de six onces soit | » la plus considérable qu’on ait trouvée dans le péricarde d'un grand nombre | » d’individus morts des suites de toute espèce de maladies, autres que celles qui » jieuvenl déterminer l'hydropéricarde , ne suis-je pas en droit de conclure que, > lorsque cette sérosité excède six à sept onces, il existe une hydropisie de ce » sac membraneux ? » I DE e’hYDROPÉRICARDE ACTIF. 335 pelé un peu plus haut , le péricarde contenait huit li\nres de sérosité. ; Le liquide de l’hydropéricardé est d’une limpidité par- [ faite, tantôt incolore , tantôt fauve , verdâtre ou jaunâtre I {s’il existe une complication d’hémopéricarde, le liquide 'lest rougeâti’e et quelquefois même -noirâtre). La couleur I jaune offre quelquefois la teinte qui caractérise les dissolu- tions d’or. Le péricarde est quelquefois épaissi en même temps que ^ distendu proportionnellement à la quantité de sérosité ; épanchée. Je l’ai trouvé souvent sensiblement plus blanc ; que dans l’état normal , comme s’il eût été lavé ou pour s mieux dire macéré parla sérosité. La couleur d’un blanc jiimat ou légèrement lactescente est surtout très marquée sur (de feuillet viscéral (i). Je ne sais si le simple épanchement de sérosité dans le Ijppéricarde peut, amener à la longue un état d’atrophie du J cœur, comme il arrive pour le poumon à la suite d’un t épanchement séreux dans la plèvre, mais j’ai vu cette atrophie du cœur survenir par l’effet de la compression rprolongée qu’avait exercée sur lui un épanchement pseudo- iinembraneux. La tumeur qui résulte de l’amas d’une énorme quantité >.de sérosité dans le péricarde, agit aussi mécaniquement sur jldes organes voisins, tels que leS poumons , le diaphragme, j! la rate et le foie ; elle les refoule , usurpe en quelque sorte Hideur place, et soulève la région précordiale. I — . ■ , , . . (i)M. Laënnec ne paraît pas avoir observé celte particularité, et si c’est à elle que s’applique le passage suivant de l’article Ilydropéricardc du Traité de l’aus- \ ciittation médiate, j’oserai afûmer que M. Laënnec est tombé dans une légère. ' erreur ; « Quelques auteurs , dit-il, rapportent avoir trouvé le cœur comme ma- ' » céré ; mais ces observations, énoncées plutôt que décrites, peuvent être rangées « au nombre des faits mal vus plus mal exprimés encore. » , 336 XIAtÂnîKS DU COEUR UN fARTlcr tlER. § II. Signes cl syiniitômes de l'Iiydropéricarde actif (i)* Les signes certains de l’hydropérlcarde ne peuvent être j Iburnis que par les méthodes dç V mspeclion , de la palpation, i de la percussion C.I de V auscultation. Cependant Lancisi , et après lui plusieurs autres observateurs, comptaient parmi r les signes les plus certains de celle liydropisi'e, \c, sentiment ■ (l'un poids énorme sur la région du cœur. Pieimann et Saxonia i prétendent que les màlades sentent leur ^ cœur nager dans . Veau (2). Mais c’est avec raison que Morgagni fait remarquer i que de tels signes regardés comme pathognomoniques , mé- jc ritent à peine de figurer même parmi les symptômes équi- h voques de l’hydropéricarde. \ Sénac assure avoir vu dans les intervalles des troisième, ÿ quatrième et cinquième côtes gauches, le /lot du liquide fi épanché dans le péricarde. Mais il est probable qu’il se sera | fait illusion. Corvisart , tout en avouant qu’il n’a pas am strictement le phénomène indiqué par Sénac , déclare avoir | constaté, par le'toucher l’existence de la fluctuation. Cet î illustre observateur reconnaît toutefois qu’il peut se faire ’ que les ondulations qiCil a senties avec la main chez un .seul i malade dépendissent des battemens du cœur, .l’ai eu occasion de rencontrer un cas qui semble appuyer la remarque de t Corvisart. Nous avions cru"!, au premiér abord, avoir con- I stalé l’existence de la fluctuation dans la région précordiale, chez un de nos malades. Mais un examen attentif nous con- " vainquit bientôt que le phénomène pris pour la fluctuation n’était autre chose que la contraction du cœur, lequel avait i (1) Quelle que soit l’espèce de l'hydiopéricarde, ses signes physiques sont lou-, | jours es.-.enlie!lernent les mêmes. On peut donc appliquer à l'iiydropéricarde | passif ce que nous dirons ici des signes physiques de l'iiydropéricarde net//'. ( (2) Un malade chez lequel existait un énorme épanchement dans le péricarde, ’ et dont M. Cas. Broussais m’a communiqué l’ohservalion, ôlail fort effrayé u'e «c ^liis sentir battre son ceptir, mais il ne le sentait pas, d'ailleurs, nager dans t’fau, ) \ DE l’hYDROPÉRICARDE ACTIF. 887 été éloigné de sa place accoutumée et appliqué en quelque sorte contre la paroi thoracique par une énorme tumeur située dans le côté gauche de la poitrine (i). ' Corvisart a signalé , le premier , la 'voussure que présente la région précordiale , dans certains cas d’hydropéricarde : « Dans quelques cas, dit-il, cette région est plus élevée, plus arrondie, plus bombée que le reste de la poitrine. » Le même auteur n’a pas négligé de mettre au rang des signes de l’hydropéricarde la matité de la région précor- diale. L’étendue de cette matité est en raison directe de la masse de l’épanchement. Chez le malade dont M. Cas. Broussais m’a communiqué l’observation , a partir de deux I pouces au-dessous du bord supérieur du sternum jusqu à Vap~ ( J pendice xyphoïde, et même au-dessous, de haut en bas, et trans- versalement du sein du côté droit au sein du côté gauche , exis- , tait un son mat très prononcé. La main appliquée sur la région précordiale ^ d'ans le cas I d’hydropéricarde considérable , ne distingue plus les batte- mens du cœur, du moins lorsque le malade garde la position 1 horizontale. Dans le cas de M.Cas. Broussais, par exemple, les i contractions du cœur ne produisaient aucune impulsion sensible k 1 la main. Cependant Corvisart insiste beaucoup sur un signe ( qui semble en contradiction avec ce que nous venons de i I dire. Ce signe, qui s’est offert deux fois à l’observation de ( Corvisart , consiste en ce que les battemens du cœur se font j sentir, tantôt k droite , tantôt a gauche, ou , pour s' exprimer • plus clairement, dans différons points d'un cercle assez étendu. (Ce phénomène dépend, ajoute Corvisart, ■ de ce que le . cœur nage pour ainsi dire , ou erre assez librement dans le 1 liquide, pour aller frapper des points d’autant plus éloignés j 1 les uns des autres , que l’épanchement et la dilatation sont ) ; plus considérables (2). t — (i) Il ne faut pas confondre le phénomène que nous venons d’étudier avec le ^ bridi de fluctuation dont il sera question à l’article de Y hydro-pneumopéricarde. (a) La contradiction dont nous parlions plus haut est, comme on voit, plus I 22 l i 338 MAIADrES Dü CCEÜR EN PARTICULIER. Après avoir rapporté les divers signes exposés par Corvi- sart,M. Laënnec s’exprime ainsi sur leur valeur : « On peut » les rencontrer réunis en plus ou moinsgrand nombre at'ec » ou sans hydropéricarde, » assertion qui nous paraît man- quer d’exactitude, M. Laënnec ajoute : « Le stéthoscope » aidera sans doute à établir le diagnostic , mais je ne puis » dire quels signes il fournira , parce que je n’ai pas eu assez B d’occasions d’observer l’hydropéricarde idiopathique. » L’auscultation fournit les mêmes données séméiologiques dans le cas de simple hydropéricarde, que dans le cas d’é- psLïichexnenVpéricarditique (i). Lorsque l’hydropéricarde est très abondant, les bruits du cœur sont lointains, obscurs, et ils ressemblent, jusqu’à certain point, à ceux du cœur du i; fœtus. Dans le cas déjà cité de M. Casimir Broussais, on n n' entendait que des contractions faibles et obscures du cœur, et ii d’autant plus obscures, que l’on s’ écartait davantage de la région ij correspondante a la base du cœur , de sorte qu’en ce point les > deux contractions étaient distinctes (2), tandis qu’aux extrémi- ? tés de la région occupée par le son mat, on n’ entendait plus j qu’une sorte de murmure , assez analogue à celui que perçoit i l’oreille lorsqu’on en approche un coquillage. Les autres signes de l’hydropéricarde consistent en des ; lésions des fonctions de la respiration et de la circulation, j produites mécaniquement par la pression qu’exerce le pé- 1 ricarde distendu sur toutes les parties voisines. Comme ces i lésions sont communes à plusieurs autres maladies du cœur, 1 et que nous en avons déjà parlé en traitant de l’épanche- ' : ment consécutif à la péricardite, nousn’y reviendronspasici. apparente que réelle ; car ce n'est pas dans la position horizontale que les iatte- mtns du cœur S6 font sentir dans diffcrcns points d'un cercle assez étendu, (1) Il est bien entendu cependant que, vu l'absence de fausses membranes sur les feuillets du péricarde, dans les cas de simple bydropéricarde , on n’enlendra pas les divers bruits de frottement péricardique dont nous avons |>arlé ailleurs. (») Les bruits que M. Cas. Broussais désigne ici sous le nom de contractions du coeur f sont pour nous , comme on sait, les bruits valvulaires. DE l’iIYDROPÉRICAUDE actif. 339 Les signes physiques exposés plus haut permettent-ils de diagnostiquer sûrement l’hydropéricarde? Après avoir dit que l’ensemble des signes qu’il avait présentés étaient bien propres a combattre V opinion de quelques médecins qui ontregardé le diagnostic de Vliydropéricarde comme étant toujours impos- sible à établir, Corvisart ajoute : Il faut pourtant convenir que cette maladie, assez facile à reconnaître quand elle est isolée, devient , dans la plupart des cas , par ses nombreuses et fré- quentes complications, d’une obscurité très grande. M. Laënnec croit pouvoir assurer que les épanchemens peu abondans dans le péricarde (au-dessous d’une livre, par exemple) «e donneront jamais aucun signe, et que probable- ment on ne pourra jamais reconnaître que ceux qui sont beaucoup plus considérables: mais il pense que ceux qui I passent deux ou trois livres pourront être quelquefois re- connus à l’aide des signes donnés par la percussion, l’aus- cultation et l’inspection. Au reste, dit M. Laënnec, les hydropéricardes essentiels sont tellement rares , que l’on 1 doit peu regretter de n’avoir pas de signes plus sûrs de ' cette afrection. {Op. cit., t. Il* pag. 6yo.) Notre expérience personnelle nous autorise à poser en fait, que tout observateur exercé qui fera un usage attentif des méthodes d’exploration indiquées plus haut, parviendra presque toujours à reconnaître l’existence d’un abondant épanchement dans le péricarde. Mais il ne sera pas aisé, dans tous les cas , de déterminer quelle est Yespèce de l’épanche- ment; pour parvenir à résoudre ce problème, il faut avoir une connaissance exacte des antécédens, et s’être livré à une étude approfondie des diverses maladies à la suite desquelles um liquide quelconque peut s’épancher dans le l péricarde. Ce n’est réellement que par une assidue et lon- gue fréquentation des salles de malades, qu’on acquiert le 1 tact nécessaire à la solution de ces délicates questions de diagnostic. aa. MALADIES DU CŒUR EN PARTICULIER. 340 § III. Trailement de l’hydropéricarde (i). On devra combattre l’hydropéricarde actif primitif, si jamais on a l’occasion de le constater, par les moyens pré- conisés contre les autres hydropisies actives en général , tels que les saignées, les diurétiques, les sudorifiques , les purgatifs, les révulsifs extérieurs, etc. , Mais lorsque les divers agens de la thérapeutique médi- cale proprement dite ont échoué contre l’hydropéricarde, convient-il de recourir aux secours de la chirurgie? Faut-il, en un mot , donner issue au liquide épanché , en pratiquant une opération qu’on pourrait appeler la paracentèse du péricarde? ( Et ici, que l’hydropéricarde soit primitif , ou qu’il ne soit autre chose que la transformation d’une péri- cardite en une simple hypercrinie ou irritation sécrétoire, la question reste à peu près la même. ) Les praticiens ne sont pas tous d’accord , ni sur l’indica- tion de cette opération , ni sur son mode d’exécution. Sénac a proposé d’appliquer particulièrement à l’hydropéricarde l’opération de la ponction avec le trois-quarts. Corvisart pense, contre l’opinion de cet auteur, que les avantages qu’on peut retirer de l’ouverture du péricarde, contre-ba- lanceront rarement le danger auquel elle expose le malade. Mais si l’on se décidait à la faire, l’incision par le bistouri devrait être préférée, selon lui, à la ponction par le trois- quarts , qu’il considère comme dangereuse sous plusieurs rapports, sans justifier, d’ailleurs, par aucun fait, l’idée dé- favorable qu’il en a conçue. De son côté, Sénac n’a rapporté aucune observation à l’appui de son procédé. 11 cite seule- (i) Je n’ai rien de bien positif à dire sur les causes de l’hydropéricarde actif : elles sont probablement les mÊmes que celles des autres hydropisies actives eu général. Aucun des auteurs qui se sont occupés de l’étude des maladies du cœur ne nous fournit de données spéciales sur ce sujet. ^ I de l’ilYDEOlPÉRlCATlDE ACTIF. 34 1 ment un cas à! hydrothorax , pour lequel il a fait une ponc- tion à la poitrine avec le plus heureux succès. Notons ici que, dans certains cas, on a cru avoir ouvert le péricarde , tandis qu’on avait pénétré seulement dans la plèvre. En voici la preuve. I Dans un cas où Desbois , Dumangin , Sue et Desault , ras- semblés en consultation , crurent reconnaître , les uns une hydropisie de poitrine, les autres un amas d^ eau dans le péri- carde, Desault, pour accorder les consultans , proposa une opération qui convenait à l’une et à l’autre affection ; c était d’ouvrir la poitrine entre la sixième et la septième cotes gau- ches, vis-à-vis la pointe du cœur. Ce projet fut exécuté le lendemain. L’incision ayant été faite, Desault porta les doigts dans la poitrine, et sentit une espèce de poche pleine d’eau, qu’il prit pour le péricarde. Cette poche ayant été j ouverte avec un bistouri mousse, il s’en écoula une chopine ! d’eau environ, avec une espèce de sifflement à chaque ex- I piration. L’écoulement étant fini, tous les assistans ayant I porté tour à tour le doigt dans l’ouverture, sentirent un corps uni, pointu, conique, qu’ils prirent pour le cœur à nu. Le malade ayant succombé le quatrième jour, l’ouver- ture du cadavre fit voir que la poche incisée et prise pour le péricarde , était une membrane qui unissait le bord du pou- mon gauche au péricarde. Le corps conique et pointu qu'on avait jugé être le cœur, était, en effet, cet organe, mais enveloppé du ' péricarde, auquel il adhérait en grande partie. Dans un second cas à peu près semblable à celui-ci, Cor- I visart rapporte que la même opération a été pratiquée de- puis Desault (i); il ajoute que l’erreur a été la même : on croyait avoir pénétré dans le péricarde , et l’ouverture du (i) M. Laënnec dit que l’incision entre les sixième et septième côtes a été pratiquée IIOCDSOS , et LaBNSEC. I Les Mémoires de M. Bbrtix , dont l'Académie a chargé MM. Pbllbtan , Douêril et moi de luiren* \ è dre compte,, ne le cèdent en rien aux écrits dont nous venons de citer les auteurs, et nous pourrions , I • à beaucoup d’égards, revendiquer en faveur de M. Bertin ranlériorité de PobiervatioD et de la ooo* I I paissance de plusieurs lésions organiques du cœur, sur lesquelles il a communiqué à l’Académie des I « observation)», à une époque où quelques uns des ouvrages les plus estimés sur ce sujet n'avaient pas en- I c core été publiés. Loin de nous l’idée que les faits et les recherches de M. Bbutin lui aient été empruntés \ < et rendus publics sans sa participation et à son insul Le champ de l'observation est ouvert à tout le \ I monde , et couime la vérité est une, elle doit se montrer à tous sous les mêmes formes. Notre remarqite i| a a seulement pour but de garantir M. Bertin de toute accusation de plagiat en lui assurant l’antériorité. I Ln effet , lorsque l’auteur présenta à l’Académie , le 10 août ISH, sun premier mémoire sur les wa- I ladies org.Toiques du cœur, on n'avait encore que faiblement distingué l’épaississement de cet organe I c d'avec la dilatation de scs parois , et de l’augmentation de ses cavités désignées sous le nom d’anévrisme:, t on paraissait avoir confondu sous la dénomination d’épaississement un état inverse, et tout opposé bous ‘ 1 le rapport anatomique et ph,vsiologique. On ne semblait pas avoir distingué raugnieotation simple de I nutrition des parois musculaires du cœur, d'avec les vices ou les altérations plus ou moins profondes < que peut présenter cette nutrition. À cotte époque, M. Corvisarx nommait ces espèces d’allérationf , 4 énivritmei aet'f* , sans déiermioer les oirconslauces et les caractères anatomiques qui tendent à dimi> I nuerou même à détruire celte activité , soit par les ramollissemens , soit par les endurcissemens des pa- rois ou des colonnes muscqlaircs du cœur et d’une foule d'autres altérations résultant de l’augmentation i de nutrition , mais qui souvent aussi peuvent épaissir les parois sans les hypertrophur. C'est encore à la I même époque que U. Bortal ne considérait dans cet épaississement du cœur qu'une Iransformatiou ' d’une substance étrangère au tissu musculaire de cet organe, et avait été ainsi conduit à ne regarder ( cet état anatomique que comme toujours passif. Ce fut alors que M. Bebtin , après dix années employées , dans les hôpitaux confiés à ses soins, à re* 4. eneillir, comparer et rapprocher entre elles un grand nombre d'observations confirmées par l'inspec* lion ca^lavérique , essaya de d'émotiirer, dans son premier mémoire , que lu dénomination d’anévrrsme ne donnait pas une idée de la dilatation du cceuri que l'activité trop géaéralcmeDt attribuée à une espèce de dilaiaiion des parois, accompaguée de leur épaississeiaeol, ne devait être reconnue que «Uusivs cas 348 MALADIES DÜ CÆUÏl EN PARTICULIER. Cet observateur distingua trois formes d’hypertrophie du cœur. Dans la première forme , les parois d’une ou de plusieurs cavités du cœur sont hypertrophiées, sans que ces cavités aient augmenté ou diminué de capacité : c’est l’hypertro- phie simple. Dans \dL seconde forme y les parois des cavités sont hyper- d’une véritable augmentation de nutrition du tissu musculaire ; que celle augmentation de nutrition ne co*exislait pas toujours avec la dilatation; que 1a dilatation et l’épaississement réunis ne constituaient pas l’augmentation d’activité des parois musculaires, puisque l’auteur avait valnemeol cbercbé à eu trouver les dispositions anatomiques dans un grand nombre d’observations ; que souvent au contraire , les cavités du cœur étaient très diminuées ( disposiiion dont la première découverte parait appartenir à U. Bsatin}; et qu'enfin l’activité morbide du cœur s’alTaiblissait en raison de ses complications, surtout lorsque l’épaii-sissemeDi , doué d’abord des caractères du tissu musculaire, mais perdant en- suite de sa densité, de sa consistance, de sa couleur, devenait d'un brun foncé, se ramollissait, se relà cbait; ou lorsqu’il présentait une disposition inverse, c'est-à«dire un endurcissemeut de son tissu, rencontré le plus souvent dans les piliers et les colonnes de la cavité des ventricules. Tels sont les résultats les plus marquans du premier mémoire sur lequel M. Convisiat fut chargé, en ISll , par l’Âcadémie, de lui faire un rapport , mais que ses nombreuses occupations ne lui lais* séreot pas le tebops de vous présenter. Nous allons poursuivre l’analyse des autres mémoires de M. Behtin , que l’on ne doit considérer que comme le développement des idées et des observations consignées dans la première partie de son travail. Chacune des formes de l'bypertropbîc, considérée plus particulièrement dans le ventricule gauche, pa* ra!t surtout avoir été approfondie dans les trois mémoires présentés successivement depuis plus d’une année à l’Académie. Ainsi, M. Bbbtiiv, suivant dans son deuxième mémoire la même marche aua- lytique , commence par exposer des faits et des observations propres à établir la première espèce d'hy- pertrophie suivante : l'épaissUsement tam dilatation du ventricule gauche. Cette altération est d’abord con- sidérée à son état primitif et ensuite avec les diverses complications dout elle est souvent accompagnée. Chacune de ces observations présentées; avec les pièces anatomiques, à plusieurs sociétés de médecine, est suivie de réllexioos dont on peut tirer pour la physiologie pathologique des conséquences nouvelles et avantageuses. Le troisième mémoire a pour but de faire connaître et de déterminer le* signes caractéristiques et les altérations organiques propres aux Ayperlrop/uei du yenlricu/« gauc/«e et du ventricule droit y avec di- minution de leurs cavités. Sbnao avait déjà consacré un des articles de son bel ouvrage à la diminution de volume , à la peti- tesse des cavités', au dessèchement du cœur. MiLPicai et Fabbicb db Uildbr parlent de cœurs petits, ridés, flétris ; Coitis&bt fait mention du ré- trécissement du ventricule gauche ou droit, delà diminution des cavités , produite par U rétractilité des parois, à la suite des indurations , des altérations cartilagineuses et osseuses des valvules iricuspides et mitrales. Dans les observations que M. BinnH a recueillies, il a observé que le volume du cœur n’était pas sensiblement altéié ; que les ventricules étaient cependant plus charnus que dans l’état naturel, et que l’épaississemeDt musculaire était évidemment formé aux dépens de la cavité, sans oependaot paraître présenter aucune trace d'altération quelconque. Ce troisième mémoire contient six observations remarquables, tant sous le rapport de 1a description des symptômes, que sous celui des détails d’anatomie pathologique. Le quatrième est consacré à faire connaître Vhypertrophie des parois du ecrur jointe à leur dilatation. L’auteur a reconnu cette dîsposiiinn morbide dans dix observations détaillées. Il expose ensuite les dilTérens degrés d’byperiropbie dans le ventricule gauche , daus le ventricule droit , dans les oreilleitefi il fait rcuarquer qu’elle est loin d’étre ubiforme dans les parois du cœur , dans U cloison des venin* DE l’hypertrophie. 349 trophiées en même temps que la capacité de ces cavités est augmentée : c’est Vhypertrophie excentrique ou l’anévrisme actif de Corvisart. Dans la troisième forme , l’épaississement hypertrophique du cœur coïncide avec la diminution de capacité de ses cavités , comme si l’hypertrophie ç’était opérée à leurs dé- pens : c’est V hypertrophie concentrique. cules et des oreilleltes; qu’elle rarie dans les colonnes cbarnues et dans les différens points des parois des casités ; et qu'elle oITre diOerens degrés , selon la dilatation plus ou môins grande et les dimensions proportionnelles des cavités correspondantes. Ces diverses nuances d’altérations sont décrites avec beaucoup de soin par M. Bebtik. D’après les travaux et les recberebes que cet auteur a pré.sentés à l’Académie , il a été conduit à re- connaître, 1“ que, dans les différentes espèces de lésions organiques, le tissu musculaire peut être plus ou moins altéré ; 2° que le cœur s’épaissit en se dilatant et sans se dilater; 3° que l’épaississement des parois offre deux caractères anatomiques dillérens. l’augmentation ou l’altération de la nutrition, tantôt simultanés, tantôt existans isolément; 4° M. BtnTiiv prouve que l’épaississement par hypertrophie, objet principal des mémoires que nous venons d’analyser, offre trois formes différentes , dont deux n’avaient pas été , avant l’année 1811 , rattachées à la doctrine des maladies du cœur , et que nous avons déjà indiquées plus haut , c’est-à-dire rsugmentation du volume du cœui sans accroissement des cavités , et la diminution des cavités causée pat l’hypertrophie ; 5“ il pense que la dénomination d’aiièensme n’est applicable sous aucun rapport à ces deux espèces d’altérations , et qu’elle n’a été donnée à l’épaississe- ment joint à la dilatation des cavités, que d’après des rapports que l’on avait cru apercevi^r entre cette dilatation et celles des parois artérielles ; dilatation asseï rare, et que beaucoup de pathologistes, et surtout Sennebt , LiMOns et Scaepa , ont révoquée en doute ou niée formellement ; 6“ il alliriue qu'il faut bien se garder d’appeler les hypertrophies des dilatuthns actives, parce que l’énergie de la paroi est singulièrement modiüée , quelquefois même très affaiblie , soit par l’endurcisseméiit , soit parle ramollissement de la paroi épaissie , et par toutes les autres complications ; '3° il pense , enlin , que l’épaississement, avec ou sans dilatation des parois, doit être distingué d'après ses caractères anato- miques , et non d’après les phénomènes physiologiques qui sont si nombreux et'si variables. Ces divers aperçus pathologiques, confirmés depuis par des travaux récens et recommandables, mais que nous n’avons pas dû citer, nous étant surtout appliqués à faire connaître les altérations organiques du cœur sur lesquelles M. Bebtin a le premier ou l’un des premiers fixé l’attention des observateurs ne «eraienl pas sans doute nouveaux aujourd’hui ; mais si l’on se reporte à l’époque où l’auteur a présenté *on premier mémoire, dont les autres ne sont que le développement, on verra que ses travaux sont loi'n d’avoir été sans utilité pour la science. Les distinctions admises par l’auteur sont déduites d’un grand nombre de faits bien observés, et qui ont demandé beaucoup de sagacité et de patience dans les recherches anatomiques. L’auteur a toujours eu soiu de s’en tenir à la description exacte des faits, et de rallier les symptômes avec les drvers résultat» fournis par l’anatomie pathologique. Aussi pensons-nous que les travaux de M. Beetin n’ont pu que concourir aux progrès de la connais- sance de ces maladies ; nous croyons même qu’ils y ont déjà servi, et que la classe ne sera que juste envers M. Bebtih , en accueillant favorablement ses travaux , et en reconnaissant l’antériorité de ses re- cherches sur plusieurs altérations organiques du cœur. Qu’il nous soit permis de nous féliciter dé voir nous communiquer le fruit de ses veilles, le fils d’un homme que l’Académie compta parmi ses membres les plus distingués , et qui a laissé des souvenir» glorieux dans les sciences anatomiques. Signé DÜMÉBIL, PELLETAN, PINEL, rapporteur. L’Académie approuve le rapport et en adapte les conclusions. Cerliûé conforme à Toriginal : Le lecrétaire perpétuel , conseiller d’Etat , olpcier de l’ordre rojal de la Légion d’honneur, B. CUVIEK. 350 MALADIES DU CŒUR EN PARTICULIER. DepiiisM. Berlin , plusieurs observateurs ont eu occasion de rencontrer les trois espèces, les trois formes d’hyper- trophie qu’il avait signalées , et nous en avons rapporté dans cet ouvrage plusieurs exemples que nous avons re- cueillis nous-mêmes (i). Chez les auteurs antérieurs à M. Berlin , on ne trouve réellement aucun fait qui se rapporte exactement à sa troi- sième forme d’hypertrophie (hypertrophie concentrique). Mais il n’en est pas ainsi de la première forme (hypertro- phie simple). Dans une observation qu’il a rapportée dans sa iy« lettre, Morgagni dit positivement que la cavité du ventricule droit était à l’état normal, mais que les parois de ce ventricule étaient très épaissies : venthiculus dexter caveam quidem (i) M. le professeur Cruveilhier est, à notre connaissance , le seul obserra- teur qui Sit coYitesté l’existence de l’une des foi-mes de l'hypertrophie du cœur établies par M. Berlin , savoir l'hypertrophie conccnfriçue. Les raisons qu’allègue ce savant anatomo-pathologiste contre l’existence de cette forme d’hypertrophie, sembleraient prouver qu’il n’a pas lu avec attention les faits rapportés dans le Traité des maladies du cœur, de 1824 ; car aucune de ces raisons n’cst réellement applicable aux faits dont il s’agit. « Les faits que j’ai eu occasion d’observer, dit M. Cruveilhier, ne me permet- *tent pas d’admettre l’hypertrophie concentrique. L’effacement de la cavité, l’c- «paisseur des parois , proportionnellement plus considérable , me paraissent le • résultat du genre de mort. Le cœur de tous les suppliciés que j’ai eu occasion • d’examiner m’a offert ce double phénomène au plus haut degré. Les parois ven- • triculaires se touchaient dans tous leurs points. J’ai fait la même observation • chez les individus qui ont succombé à une mort violente. Les cœurs hyperlro- • phiés concentriquement des auteurs que je viens de citer f MM. Berlin et • Bouillaud) me paraissent des cœurs plus ou moins hypertrophiés, que la mort • a surpris dans toute leur énergie de contractilité. On peut d’ailleurs s’en con- » vaincre en voyant la facilité avec laquelle cct ventricules, sans cavité propre- • ment dite, se laissent dilater par l’introduction de plusieurs doigts. »( Voy. Vart. Hypertrophie, du Dict. de mèd. et de chir. pratiq.) Les observations d’hypertrophie concentrique qué nous allons rapporter dans la première section de ce chapitre répondront, de la manière la plus victorieuse aux objections de M. Cruveilhier, si compétent, d’ailleurs, en matière d’anatomie pathologique , celle branche de la médecine que ses travaux ont contribué puis- samment à illustrer. \ DE L’iIYPERTROPniE. 35 1 SECDNDUM NATünAM , SED CRASSISSIMAS PARIETES ITABEBAT. ( De Sedib. et Caiis. morhor. , etc. ; Epist. XVII , art. 21.) Borsiéri admet formellement l'espèce d’hyperlrophie dont il est ici question , comme le prouve le passage sui- vant de ses Institutions de médecine : Interdum moles tan- tum CORDIS IPSA VIDETUR AUCTA , QUIN TAMEN JUSTO MAJOR CAVEARUM AMPUTUDO DICI POSSIT. Enfin , Corvisart lui-même a publié dans son ouvrage un exemple d’hypertrophie simple du ventricule gauche. Chez un malade mort d’un anévrisme de l’aorte, « le ven- I » tricule gauche du cœur, sans être dilaté, offrait des I » PAROIS BEAUCOUP PLUS EPAISSES ET BIEN PLUS FORTES QU’eLLES » NE LE SONT ORDINAIREMENT, et déjà, ajoute CoTvisart , cette j » force du 'ventricule gauche non dilaté explique comment la » crosse de V aorte , qui recevait la 'vive projection du sang par J) ce 'ventricule, trop fort pour céder, a dû subir une dilatation I » à laquelle le cœur se refusait. » (Op. cit. , pag. 335.) ' Le lecteur trouvera dans le cours de ce chapitre le ré- sultat des recherches qui nous sont propres sur les causes, les signes et les effets de, l’hypertrophie du cœur, soit qu’elle existe sans dilatation ni rétrécissement des cavités de cet organe , soit qu’elle co-existe , au contraire , avec l’un ou l’autre de ces deux états morbides. Nous ajoute- rons seulement ici que dans la plupart des organes creux autres que le cœur , nous avons observé ( et d’autres ont fait la même observation) les trois formes d’hypertrophie admises pour le cœur par M. Bertin. PREMIÈRE SECTION. OBSERVATIONS PARTICULIERES SUR l’hYPERTROPHIE DU TISSU MUSCULAIRE DU COEUR. L’hypertrophie du tissu musculaire du cœur se rencon- trant bien moins souvent à l’état simple qu’à l’état de com- 352 MALADIES DU COEUR EN PARTICULIER. Linaison avec quelque autre maladie de cet organe, il n’est pas étonnant qu’un grand nombre des observations que nous avons déjà rapportées , soient des exemples de l’affec- tion qui fait l’objet de ce chapitre. La péricardite et surtout l’endocardite chroniques sojit des maladies avec lesquelles co-existe presque constamment l’hypertrophie du tissu musculaire du cœur. Et pour que le lecteur ne puisse conserver aucune espèce de doute à cet égard , il nous suffira de mettre sous ses yeux un relevé exact des observations d’endocardite et de péricardite chro- niques consignées dans le$ deux premiers chapitres de cet ouvrage. Nos cas de péricardite chronique sont au nombre de sept(Observ. 20®, 21®, 22®, 28®, 24®, 25®, 26®). De ces sept cas, il en faut retrancher deux (Observ. 26® et 26®), comme ne contenant pas des détails complets sur l’état du cœur. Restent cinq cas , parmi lesquels il n’en est aucun dans lequel on n’ait constaté l’existence d’une hypertrophie du tissu musculaire du cœur. Le chiffre de nos endocardites chroniques s’élève à trente- quatre (Observ. 43®, 44", 5i®, 52® 53j®, 54®, 55®, 58®, 59®, 60®, 61®, 62®', 63®, 64®, 65 , 66®, 67®, 68®, 69®, 70®, 71®, 72® , 73® , 74' , 74' , 75® , 76' , 77® , 78® , 79® , 80®, 81® , 82®, •‘83®). De ces trente-quatre cas , il eh est six (Obs. 54® , 55®, 61®, 73®, 74®et74®bis qui, faute de détails suffisans sur l’état du cœur , ne doivent pas être placées en ligne de compte. Les vingt-huit cas restans nous offrent tous des exemples incontestables d’hypertrophie du tissu muscu- laire du cœur. D’où il suit\ en définitive, que sur trente-trois cas bien décrits d’endocardite, de péricardite ou d'endo-péricardite, terminées par épaississement, induration des tissus affectés ou par le développement des diverses productions décrites ailleurs, il n’en est pas un seul où l’on n’ait trouvé un état d’hypertrophie du tissu musculaire du cœur. DE l’iIYPERTROPHIE; ' 3Ô3 Nous rccommànclons à toute ralteiition du lecteur ce remarquable résultat, cerapport importantsur lequel nous reviendrons en traçant l’histoire générale de l’hypertro- phie du tissu musculaire du cœur, et que tendront à con- firmer les observations qui vont suivre. Ayant déjà rapporté trente-trois cas d’hypertrophie du cœur (et ces cas nous présentent la maladie sous toutes ses formes principales) , nous aurions pu , à la rigueur, nous dispenser d’en consigner ici de nouveaux exemples. Toute- fois, comme la matière est d’un grand intérêt , nous avons cru devoir faire précéder l’étude générale de l’hypertrophie musculaire du cœur de vingt-une autres observations par- ticulières que nous avons divisées en deux séries. Dans la première série se trouvent les observations relatives à l’hy- pertrophie de chacun des deux ventricules (i) , et dans la I seconde celles d’hypertrophie affectant à la fois plusieurs I • des cavités ou même toutes les cavités du cœur. J’appellerai j celle-ci hypertrophie multiple on générale, et l’autre hyper- trophie partielle. (i) Nous n’avons pas cru nécessaire de consacrée des catégories spéciales d’ob- • servations à l’hypertrophie des oreillettes et à celle de la cloison et des colonnes charnues. Il est extrêmement rare de rencontrer l’hypertrophie de ces parties, sans qu’il existe en même temps une hypertrophie des ventricules. Nous verrons cependant plus loin un cas fort curieux, dans lequel une énorme hypertrophie des colonnes charnues du ventricule droit a paru coïncider avec une atrophie des pa- rois de ce ventricule. 364 MAtADIES DÜ CCEÜK EN PARTlCÜLIEE. PREMIÈRE SÉRIE D’OBSERVATIONS. HYPERTROPniE PARTIELLE* § I. Observations d’hypertrophie du ventricule gauche. 1® Hypertrophie simple ou avec capacité nonuale de la cavité 'ventriculaire. OBSERVATION 113e. Homme de 65 ans. — Battemensdu cœur forts, avec bruit sourd, concentré. — Attaque d'apoplexie. — Hypertrophie simple du ventricule gauche. — Epan- chement de sang dans les ventricules cérébraux. T « Péchard, âgé de 65 ans, paveur, ayant le cou gros et court , d’un tempérament sanguin , d’une taille moyenne , fortement constitué, d’un caractère doux et tranquille, était sujet, depuis quatre à cinq ans, à des maux de tête et à des étourdissemens, quelquefois suivis d’une perte de con- naissance momentanée : ces accidens étaient ordinairement calmés par d’abondans saignemens de nez. Depuis quelques jours, cet homme éprouvait des étourdissemens plus vio- lens que de coutume, et attendaitqu’une heureuse épistaxis vînt l’en délivrer, lorsque, le i3 septembre 1822, pendant qu’il travaillait avec ses camarades , il tomba tout-à-coup privé de connaissance. Il fut apporté à l’hôpital Cochin , où nous l’examinâmes , à dix heures du soir. Il était couché sur le dos et immobile. Il avait vomi une bile verdâtre , et fendu involontairement ses matières fé- cales dans le lit : son visage était injecté , sa tête penchée à droite, et la boucli^ tournée du même côté; la pupille droite était plus dilatée quO la gauche; on observait une perte absolue de l’intelligence > du sentiment et des mou- vemens volontaires ; les membre'* droits e.xécutaient quel- qnesmouvemensa^/^o/^/^^^/^^/c^, mais le* gauches, soulevés et abandonnés à leur poids, tombaie;nt comme des corps OBSERVATIONS D*HŸPERTROPHlEf 3Ô5 inertes ; la respiration était irrégulière et stertoreuse par intervalles; pouls grand, fort, superficiel, un peu fréquent; les batteniens du cœur, particulièrement ceux du ventri- cule gauche, étaient forts, et les bruits concentrés et sourds. Diagnostic. — Hypertrophie du 'ventricule gauche ; hémor- rhagie cérébrale. On pratiqua sur-le-champ une saignée de 4 pcilett. , et des sinapismes Jurent appliqués aux pieds. Le i4, à neuf heures du matin, peu de changement, quelques secousses convulsives dans le bras gauche, inter- mittence et irrégularité du pouls {une saignée de 3 palett.; potion avec lo gr. d’émétique, pour en prendre Une cuillerée d’heure en heure) . Dans la journée , voici ce que l’on observa ; difficulté de la déglutition , continuation de la sterteur intermittente ; le bras le plus paralysé ayant été pincé , a fait un léger mou- vement pour se retirer ; les paupières , le globe de l’œil , le sourcil et les ailes du nez , surtout la droite , sont agités de mouvemens convulsifs; le malade remue la mâchoire inférieure et semble ruminer; la dilatation de la poitrine ne s’opère sensiblement que par la contraction du dia- phragme; point de vomissemens ; borborygmes , hoquet , selles involontaires, sueur générale. A dix heures du soir, le pouls est plus irrégulier, lent, la déglutition plus laborieuse , la résolution des membres est complète. Le i5 au matin, ronflement slertoreux continu, mais moins bruyant; 'strabisme ; roulement des yeux ; agitation convulsive des ailes du nez; nul signe de sentiment ni de mouvement {même potion, 20 sangsues à chaque tempe , mésic. aux jambes) . Le soir, visage pâle et livide, sueurs, alternatives de suspension de la respiration et de sterteur ; pouls petit et très inégal, selles involontaires , point de vomissement. Mort à huit heures, 25, 35G MALADIES DU COF.Cïl EN PAETICDLIER. yJntopsie cadai>érique , 12 heures après la mort. i" Habit, extér. — Cadavre d’un homme robuste et bien conformé ; face pâle , point gonflée. 2® Org. respirât, et circulât. — Poumons volumineux, bien crépitans, adhérens, à peine engorgés aux parties les plus déclives. CœuV d’un bon quart plus volumineux que le poing du sujet, arrondi. L’augmentation de son volume tient exclu- sivement à l’hypertrophie du ventricule gauche , qui sem- ble constituer le cœur tout entier, et dont les parois , à la partie moyenne, ont environ i4 lignes d’épaisseur : celle-ci diminue vers le sommet, et aussi un peu vers la base. Les colonnes charnues sont très robustes. La cavité ventricu- laire offre très sensiblement sa capacité naturelle. Le ventricule droit pnraîtn’ètre qu’une sorte d’appendice du gauche. La cloison ventriculaire, hypertrophiée dans la même proportion que le ventricule gauche ,' semble lui appartenir en propre. Les deux oreillettes sont épaissies ; la droite est plus am-* pie que la gauche.” Le tissu du cœur est rouge , ferme et vermeil. Les orifices et leurs valvules sont dans l’état normal. L’artère coronaire gauche est beaucoup plus volumi- neuse que la droite. L’aorte, dilatée à son origine, plissée et comme bosselée à son extérieur, contient des caillots de sang. Sa face interne est Jaune, rugueuse, ulcérée, et parsemée de plaques, dont les unes sont cartilagineuses, et les ossifiées , minces et semblables à des coquilles d’œuf. La surface des ulcérations est rougeâtre; autour d’elles, le tissu artériel est friable et comme terreux ; elles intéressent la membrane interne et la moyenne. Lesparoisde l’aorte, généralement épaissies dans toute sa longueur, crient sous 1 instrument qui les divise ; elles réagissent cependant assez fortement sur le doigt iotroduit dan,^ le tube artériel, Les vaisseaux OBSÊRVAXIONS d’h YrERTROPHlIi. 307 de la membrane celluleuse sont très nombreux , rouges et comme injectés. La membraneyi^/vVieM^e, dans l’épaisseur de laquelle semblent situées plusieurs des plaques osseuses indiquées , se sépare facilement des autres. Les artères qui naissent immédiatement de l’aorte , celles de la base du crâne et leurs ramifications, les ophthalmiques, sont éga- lement incrustées de lames cartilagineuses^ calcaires ou plâtreuses. 3“ Organ. digest. et annex. — Les circonvolutions de l’in- testin grêle sont contractées; elles contiennent cependant I de la bile, ainsi que l’estomac. — - La membrane muqueuse i de celui-ci est généralement rouge ; ses rides , très grosses, offrent une belle couleur rosée ; la membrane muqueuse de l’intestin grêle est généralement pâle, La membrane mu- queuse du gros intestin présente un fond verdâtre, sur lequel se dessinent des arborisations d’une couleur rosée ou d’une teinte plus foncée. — Le foie est gorgé de sang. ! La vésicule contient une bile noire. — La vessie, distendue t par l’urine, s’élève bien au-dessus du pubis, i, 4" Centr. nerveux. — Les sinus de la dure-mère sont !i gorgés de sang; les méninges en sont comme infiltrées, I surtout dans les anfractuosités cérébrales. Les ventricules » 1 latéraux sont dilatés par une grande quantité de sang li- [ quide ; toutefois, l’épanchement est plus considéi’able dans t le ventricule droit que dans le gauche ; leur cloison est dé- i chirée. La substance cérébrale est ferme et ponctuée de sang. RÉFLEXIONS. 1 Dans cette observation d’une hypertrophie simple du ven- 1 tricule gauche , remarquez bien qu’il n’existait point cette 1 lividité du visage, cet engorgement veineux, cette infil- * tration , ces étouffemens que les auteurs regardent comme inséparables de ce qu’ils appellent anévrisme, ou vague- ment hypertrophie du cœur. C’est qu^en effet ces symptô- mes n’appartiennent point à l’hypertrophie, et n’indiquent 353 MALADIES DU COEUR EN PARTICULIER, au contraire qu’un obstacle à la circulation veineuse. Or, dans le cas présent, non seulement il n’y avait point d’ob- ?itacle au cours du sang, soit veineux, soit artériel, mais encore le mouvement et l’impulsion communiqués à la masse sanguine, étaient tellement actifs et impétueux, qu’il en est résulté des hémorrhagies , à l’une desquelles le ma- lade a succombé. 2,“ Hypertrophie excentrique ou aoec dilatation de la cavité 'ventriculaire. OBSERVATION Hie. • Homme de 5g ans. — Plusieurs fluxions de poitrine. — Plus tard , symptômes d’anévrisme de l'aorte sous-sternale. — Point d’infiltration générale , ni d’ascite , ni d’orthopuée. — Congestion cérébrale, par suite de la compression exercée par la tumeur anévrismale sur la veine-cave supérieure. — Hypertrophie du ventricule gauche, avec dilatation légère. — Valvules du cœur à l’état normal. — Anévrisme de l’aorte , avec état crétacé des parois du vaisseau. Jouin (Louis-Roche) , porteur, âgé de 5g , était malade depuis dix-huit mois , lorsqu’il fut admis dans le service delaCharité (n° 4> salleSaint-.Iean-de-Dieu), le4avril i833. Il disait avoir éprouvé des fluxions la poitrine. A lage de a6 à 28 ans, il avait eu aussi les hras enflés. C’est depuis 18 mois seulement que, sans cause à lui connue, il lui était survenu une petite grosseur dans la région droite du ster- num. En même temps, le malade s’aperçut qu’il ne pou- vait se livrer à quelque exercice fatigant ou monter un es- calier , sans éprouver des palpitations et des élouffemens. Il eut aussi, à différentes reprises, des crachemens de sang (i;. (1) Le malade est entré à l’Hôlel-Dieu , il y a troismois.il fut .saigné assez abondamment, apres quoi on prescrivit l’application de la glace sur la grosseur de la région sternale. Le malade ayant refusé ce dernier moyen, il sortit de l hô- pital , après lin séjour d’une semaine seulement. OBSERVATIONS o’iIYPERTROPHIE. 36^ Voici ce que nous observâmes au moment de l’entrée : A droite du sternum , dans l’étendue de deux pouces, dans la région correspondante à l’origine de l’aorte, on observe un relief très sensible, une sorte de tumeur en forme de voussure. Celte tumeur présente des baltemens isochrones au pouls , et en appliquant la main à sa surface on sent un frémissement vibratoire ou cataire très distinct. La percus- sion pratiquée sur cette région donne un son mat. La ré- gion précordiale elle-même rend un son clair dans toute son étendue, si ce n’est vers la tumeur où il y a de la ma- tité (un pouce carré). Lesbattemens du cœur sont réguliers, un peu étendus, mais d’ailleurs assez normaux. Les bruits qui les accompa- gnent sont un peu forts, et on les entend très bien dans la région sous-claviculaire droite (il semble que la tumeur en les propageant en augmente l’intensité). Le pouls radial est égal des deux côtés, la respiration est faible en arrière, et l’on entend à la partie supérieure, du côté gauche , un ronchus sec , très fort. Diagnostic. — Anéorisme de V aorte sous-sternale , et proba- blement plaques osseuses ou cartilagineuses , et ulcérations de cette artère. Prescription du h avril. — Saignée de 3 palet.; compress. résolut, sur la tumeur; jidej} calm. avec acét. de plomb 3 gouttes; 2 bouilL, 3 potag. au riz. , 6 avril. Couenne luisante, verdâtre, à la surface du caillot. Le frémissement vibratoire de la tumeur est moins marqué. 8 avril. Saignée de 2 palettes. Il avril. Les battemens de la tumeur sont moins forts. Saignée de i palettes (point de couenne sur le caillot, qui est assez abondant). i5, i6, ly. Le malade crache un peu de sang. i5 sangsues autour de la tumeur. > À la fin du mois d’avril , la tumeur formait un relief ^lüins prononcé (le malade mangeait le quart). o6o MAtADIES DU CŒUR EN PARTICULIER- 3 mai. Saignée de a palettes ( le sang se recouvre d’une couenne légère) . 5 mai. Insomnie, langue sèche, nausées; batlemens irré- guliers du cœur. Rien de nouveau jusqu’au aa mai. Ce jour-là, on remar- que une bouffissure assez considérable de la face , avec gon- flement énorme des 'veines jugulaires . a8. Le malade accuse pour la première fois une douleur dans la région de la tumeur; la joue et les paupières du côté droit sont fortement œdématiées. > i®'^juin. La veille, le malade est tombé tout-à-coup sans connaissance. Avant la visite , une saignée lui avait été pra- tiquée, il avait repris sa connaissance, mais la parole était encore gênée, et la face plus rouge qu’avant l’accident. 5 juin. Pendant la visite, le malade perd connaissance; il tombe dans un état comateux , et sa lespiration devient stertoreuse; la face est bouffie, vultueuse {saignée 3 palet.; lav. laxaté). — Il reprend connaissance après la saignée, mais plusieurs rechutes ont lieu dans le cours de cette journée. 6 juin. Le malade a repris sa connaissance. 8. En auscultant en arrière dans le point correspondant à la tuiiieur , on constate, lorsque le malade parle, un trem- blottemerit de la voix, une sorte à’ égophonie. i6. Le malade crache encore un peu de sang. g et lo juillet. Retour de l’état comateux; point de ré- ponse aux questions; décomposition des traits; râle tra- chéal. {Saignée; bouill. de veau \ émét. 3 grains^ lav. /a.r.) 12. La saignée n’a pas donné de sang. — Le râle est un peu moins bruyant (^deux 'vésic. aux jambes). Dans la nuit le râle trachéal devient plus fort que jamais. ; i3. Mort à 6 heures du soir. Autopsie cadavérique ^ 89 heures après la mort. ( Voy. la planche V^.) i” Habit, extér. — Pâleur générale et amaigrissement ; infiltration considérable du bras droit. OBSEUVATIONS l)’ll Y PEUTUÛPlUE. 3() f 2“ Organ. Hrculat. et respir. — Sous le slernum existe une tumeur, dont la surface adhère très intimement avec la face postérieure de cet os et des côtes correspondantes, qui pré- sentent une légère excavation pour recevoir la convexité de la tumeur. Les adhérences s’étendent jusqu’au sommet du côté droit de la poitrine ; séparée du sternum , la tu* meur présente, à l’endroit de cette séparation, une matière molle, friable,* qui n’est autre chose que de la fibrine coa- gulée, altérée, en grande partie décolorée. Le poumon gauche répond par son bord antérieur à la partie inférieure de la tumeur qu’il limite ; il recouvre complètement le ventricule et l’oreillette gauches et environ les deux tiers du ventricule droit. 'Il est volumineux, abondamment parsemé de matière noire et gorgé de sang à sa base et à son bord postérieur. Située derrière la partie moyenne du sternum, la tu- meur, en se portant à droite, avait refoulé le poumon cor- respondant contre les parties latérale, supérieure et pos- térieure du côté droit. Le poumon , ainsi refoulé par la tumeur avec laquelle il avait contracté de solides adhé- rences, était atrophié. La tumeur avait en même temps exercé une compression considérable sur la veine-cave supérieure, la jugulaire , et la sous-elavière droites. Après avoir bien isolé la tumeur de ses adhérences avec les parties voisines, on voit qu’elle est en quelque sorte greffée sur le côté droit de l’aorte ascendante , laquelle for- mait là une poche ovoïde, du volume de la tête d’un fœtus. La tumeur était longée par le nerf de la huitième paire. • Un peu flasque, on sentait en la palpant qu’elle contenait une énorme quantité de sang en caillots. Les côtes droites semblaient rentrées en dedans , et le foie présentait trois pro- fondes scissures dues évidemment a la pression des côtes^ dont ces scissures étaient pour ainsi dire le moule (le tissu du foie, dans les points ainsi déprimés,, n’était point altéré dans sa structure.) 36‘1 MALADIES DU COEUR £N PARTICULIER* Appuyée sur la partie inférieure de la trachée-artère et sur les bronches, la tumeur avait notablement aplati ces canaux, lesquels offraient inférieurement une teinte d’un rouge foncé, contrastant avec la pâleur des autres régions du tube respiratoire. L’aorte ayant été ouverte, voici ce qu’on a observé : sa portion sous-sternale est remplie par un caillot , qui n’est décoloré que là où il se trouve en contact avec les parois de la tumeur; ce caillot est ailleurs d’un noir foncé et com- posé de caillots secondaires , entassés confusément et sans former de couches distinctes. A droite , on aperçoit la com- munication de l’aorte avec le kyste anévrismal; l’orifice de communication offre i pouce et demi de longueur sur i de largeur ; sa circonférence est ellipsoïde. Les caillots dont il a été question plus haut étaient séparés des véritables parois delà tumeur par d’autres caillots bien plus anciens ; et ceux-ci étaient disposés par couches d’autant plus den- ses , qu’elles étaient plus rapprochées du kyste anévrismal. Ces couches fibrineuses adhéraient entre elles j)ar un tissu lamineux facile à détacher. Les parois du kyste semblent formées elles-mêmes par les couches les plus extérieures du coagulum lamelleux , couches organisées dans lesquelles on aperçoit des faisceaux analogues aux faisceaux de fibres musculaires (i); autour de ces faisceaux existent les produc- tions celluleuses ou fibreuses qui font adhérer le sac ané- vrismal aux parties voisines. Les parois de l’aorte, dilatées au point que ce vaisseau offrait 8 pouces de circonférence , étaient épaissies et res- semblaient à du cuir blanc. La portion de l’aorte ainsi di- i latée présentait des bosselures et des enfoncemens , et était criblée intérieurement de plaques cartilagineuses, osseuses, plus ou moins saillantes et raboteuses. (i) Quelques autres couches ressemblaient à delà chair décolorée et devenue friable* OBSERVATIONS d’u Yl’ERTROPHlE. 363 Il existait une ligne de démarcation des plus évidentes,' un véritable bourrelet, à l’endroit où les parois de l’aorte se continuaient avec la circonférence de l’orifice de com- munication entre la cavité de ce vaisseau et celle du sac anévrismal. Ce'bourrelet, épais, saillant, indiquait 1 endroit où les parois de l’aorte avaient été ulcérées et rupturées. Du reste , la structure du sac différait complètement de celle des parois de l’aorte elle-même ; ce kyste , formé de fibres linéaires , rougeâtres , résistait avec assez de force à la pression et à la traction. L’altération crétacée de la crosse de l’aorte se continue dans la portion thoracique descendante de ce vaisseau, ainsi que dans les troncs qui naissent de la crosse, mais à un fai- ble degré. Cette altération va en diminuant dans la portion abdominale de l’aorte, et devient presque nulle dans l'es troncs qui en naissent. Le péricarde ne contient pas de sérosité. Le cœur, bien conformé , est un peu plus volumineux qu’à l’état normal. Son tissu est un peu mou et rougeâtre (i). Le ventricule gauche est sensiblement dilaté, et ses parois sont un peu plus épaisses qu’à l’état normal (2). Les oreil- lettes sont un peu dilatées. Les diverses valvules ne présentent pas de notables alté- rations. 3° Organ. deVinnerv. — A l’ouverture des méninges, il s’écoule une abondante quantité de sérosité, et la surface du cerveau est abreuvée du même liquide. Les ventricules (1) Il ne faut pas oublier que l’ouverture n’a été faite que 09 heures après la mort , et dans une saison chaude , circonstances dans lesquelles tous les tissus ten- dent à se ramollir et à se décomposer. (2) Gomme nous avions consacré à l’examen minutieux de la tumeur un temps considérable, nous en manquâmes pour prendre les dimensions du cœur; mais on verra dans la planche V e, où ce cœur est représenté; qu’il existait bien réellc- tnentune hypertrophie excentrique ou avec dilatation , à un degré moyen. 364 MALADlliS DU CŒüK EN EAlUlCLLlER. latéraux sont très vastes et contiennent aussi de la sérosité ; deux cuillerées environ de ce liquide existent dans les fosses occipitales inférieures. Les mailles de la pie-mère en sont infiltrées. — La substance cérébrale est un peu molle et médiocrement pointillée de sang; il en est de même de la substance cérébelleuse. Les artères de la base du crâne sont minces et non ossi- fiées. . 4° Organ. digest. — Pointillé rouge et ramollissement léger dans la portion splénique de la membrane muqueuse gastrique (arborisations noires dans quelques points de la même région); partout ailleurs, la membrane muqueuse est saine. — Gros intestin contenant des matières fécales à demi solides, parfaitement sain. RÉFLEXIONS. Voilà un nouveau cas dans lequel une hypertrophie du ventricule gauche, avec légère dilatation, n’a point donné lieu à cet ensemble de symptômes dits généraux que plu- sieurs médecins attribuent encore aujourd’hui à ce qu’ils appellent Vané{>?'isme du cœur. Hé bien , chez ce sujet , les valvules et les orifices étaient à l’état normal. Il est survenu, il est vrai, un gonflement des veines jugulaires et une infiltration. du membre supérieur droit et du visage , surtout à droite. Mais, ainsi que l’a démontré l’ouverture du cadavre , et comme nous l’avions d’ailleurs annoncé, pendant la vie ces accidens étaient dus à la com- pression exercée par la tumeur sur la veine-cave supérieure et sur la veine sous-clavière .di'ji te. Aussi les membres infé- rieurs et l’abdomen n’ont-ils été le siège d’aucune accumu- lation de sérosité. Les accidens cérébraux (perte de con- naissance, difficulté de parler, respiration stertoreuse, etc.), ont été également le résultat de la congestion veineuse du cerveau, laquelle dépendait elle-même de l’obstacle au cours du sang dans la veine-cave supérieure. OBSERVATIONS d’hYPERTROPHIE. . flCiS L’observation suivante est extrêmement remarquable èn ce quelle nous offre l’exemple d’une hypertrophie du ven- tricule gauche, qui paraît être survenue très rapidement chez un individu affecté d’un rhumatisme aigu. OBSERVATION 115<> (i'. > Jeune homme de a?, ans. — Rhumalisme articulaire aigu , avec baUcmens vio- lens du cœur. — Mort environ un mois’ après le début. — Hypertrophie avec dilatation du ventricule gauche. r, , •i . ■ f « Angelot (Denis), tailleur, âgé de 22 ans, d’un tempé- » rament sanguin, fut admis à l’hôpital Cochin (12 jan- » vier i8i8), présentant les symptômes d’un rhumatisme » articulaire aigu. Il se plaignait en même temps d’une dou- » leur au côté gauche et vers la base de la poitrine , qui , » du reste, était bombée et sonore dans toute son étendue. I » Le pouls était fort, plein et vibrant , les battemens du I » cœur étaient aussi très prononcés. Le visage était' un i » peu pâlé ; la peau était couverte d’abondantes sueurs. La jj » langue était humide et blanchâtre ; l’abdomen tendu , \ » sensible à la pression. i » Le deuxième jour après l’entrée, les douleurs articu- 'I » laires devien'nentplusaiguës, et les moindres mouvemens I » les rendent insupportables ; la respiration est pénible ; » lalangue présente de la rougeur sur-ses bords; la soif est . i » très vive ; un frisson de deux à trois heures est suivi d’une I » chaleur violente et de copieuses sueurs. Les battemens » (lu cœur sont plus forts , la 'vibrance du pouls est plus mar- » qiiée. ' ' » Même état le troisième et le quatrième jours. Le cin- i| » quième, les symptômes sont un peu diminués; mais les ,i ' i 1 (ô Celte observation appartient à M. Berlin ( je l’extrais du Traité des ma- - {adies du oceiir de }• i 366 MALADIES DU CŒUR EN PARTICULIER. » jours suivans, les douleurs rhumatismales furent portées » au plus haut degré d’intensité. Elles se calmèrent le » huitième jour, la tuméfaction des articulations diminua ; . » cependaîit\ les hattemens du cœur augmentèrent de force. — » Le neuvième jour, une douleur pongitive se fit sentir » vers la douzième côte gauche. Elle fat enlevée par une » saignée de trois palettes, mais se renouvela le lendemain » avec les palpitations et la vibrance du pouls. » Le douzième jour , les symptômes de rhumatisme dis- » paraissent ; mais le cœur continue de battre avec la même » violence y et la vibrance du pouls persiste. — Un état de » constipation est combattu par des laxatifs. » Le quinzième et le seizième jours, les hattemens du cœur )) et la vibrance du pouls sont moins marqués. » Les jours suivans, le malade se croyant entièrement » rétabli J se disposait à sortir. » Le I®' février, il éprouve de nouveau une assez vive » douleur au même côté de la poitrine; elle cesse le soir, » se renouvelle avec plus de violence lé lendemain , dis- » paraît encore , revient le jour suivant et persiste. » Le 5 février au soir, le malade , après s’être promené » assez long-temps dans le jardin , éprouve un frisson vio- » lent , suivi de nausées" et, de vomissemens ; toux , douleur » de^côté très aiguë, respiration pénible et même sterto- » reuse, palpitations tumultueuses. — Une saignée de bras » pratiquée à minuit le soulage au point qu’il peut se lever » et même se> promener le lendemain; mais les mêmes » symptômes se répètent encore le soir. » Le 8 février, survient une expectoration sanguino- w lente; les membres commencent à s’infiltrer; les extré- » mités se refroidissent; le pouls est petit et irrégulier; » le malade ne parle plus^ qu’avec la plus grande diffi- » culté ; ses paroles sont entrecoupées de soupirs et de » sanglots , et il tombe , le g février , dans un état coma- teux ; sa respiration est bruyante et haute ; le visage qui OBSERVATIONS d’hYPERTROPHîE. 367 » était resté constamment pâle , offre un aspect cadavé- » reux, et la mort^arrive le lendemain à huit heures du » soir. » Autopsie cadavérique. T> Les poumons étaient très engorgés par le sang. Le » poumon gauche était un peu refoulé vers la partie supé- » rieure de la poitrine : il était uni par quelques adhéren- » ces à la plèvre costale. Le péricarde contenait une sérosité » jaunâtre. ' ' , » Le cœur était très volumineux. ^ Les parois du 'ventricule » gauche avaient plus d’un pouce d’ épaisseur /vers la hase; » hjpertï'ophie qui allait en diminuant- vers la pointe , oîi elle » était encore très prononcée. Les colonnes charnues étaient » plus développées que dans Vétat naturel. La cuvité -ventricu- » laire était plus que doublée. » L’oreillette gauche et les valvulés ne présentaient rien » d’extraordinaire. — Les parois du ventricule droit étaient » amincies, mais sa cavité était dans l’état ordinaire, ainsi » que l’oreillette de ce côté. — ' L’aorte avait un calibre sin- » gulièrement petit , non seulem'ent comparativement à la » capacité du ventricule gauche , mais d’une manière ab- « solue (l). ' r- , (1) Il est bien fâcheux que l’ouverture n’ait pas été plus détaillée. D'après les symptômes rapportés plus haut, il est certain qu’il existait une inflammation aiguë de la plèvre et du pounîon , probablement accompagnée d’endo-péricardite ; et il n’est rien dit des altérations que ces maladies devaient avoir entraînées à leur suite. Cette observation est encore un exemple de la coïncidence des maladies du cœur avec le rhumatisme articulaire aigu. , - 3G8 MAtADTES i)U COF.tjR HN PAnTICIILll^R. OBSERVATION 110«. Femme de 79 ans. — Baüemens du cœur très forts, semblables à des coups dfl marteau. — Paralysie du côté gauche, avec raideur du bras droit, cris et agita- tion. — Ilypertrophie avec légère dilatation du ventricule gauche ; arachiiitis , ramollissement de l’hémisphère droit du cerveau. ‘ Jeanne Bossuet , âgée de 79 ans, domestique, d'une taille élevée, maigre , pâle et nerveuse, fut apportée à rhôpiial Coeliin le la janvier 1822. Les personnes qui la condui- ' saient ne purent nous apprendre rien autre chose, sinon qu’elle avait perdu subitement connaissanee quinze jours auparavant; que les •facultés- intellectuelles s’étaient en partie ranimées au bout de quelques inslans , mais que depuis le' côté gauche était paralysé. Voici, au reste, les symptômes que la malade présentait à son arrivée. Tète penchée à droite , bouche déviée dans le même sens, lan- gue obliqu,ant un peu à gauche , quand la malade la mon- tre , ce qui lui est difficile ; pupilles égales, mobiles ; visage e.vprimant une sorte d’étonnement stupide; paralysie des membres gauches , cris, agitation, loquacité , subdelirium. — Toutes les artères , mais surtout les carotides, battent avec force et le pouls est un peu fréquent. Les battemens du cœur soulèvent les .vêtemens de la malade; ils sont vi- goureux, bien détachés, et repoussent brusquement la main appliquée sur la région précordiale. Explorés avec le cylindre, ils ressemblent véritablement à des coups de marteau , et produisent un son assez clair. -• Diagnostic. — Hypertrophie du cœur , phlegmasie cérébrale. De si graves maladies, jointes à l’âge très avancé du su- jet, ne laissent aucun espoir de guérison. Cependant le visage se décompose , le membre supérieur droit se raidit, et résiste à l’extension ; la malade, plongée dans un état comateux, pousse des gémissemens et îles cris, et succombe dans le cours du cinquième jour après son entrée» OBSERVATIONS D’HYrERTROnilE. 36ç) Autopsie cadavérique , 3o heures après la mort. i“ Organ. respir. et circulât. — Les deux poumons sont par- faitement crépitans (le droit était adhérent à la plèvre pa- riétale). ' •Le péricarde est injecté. Le cœur est tien plus gros que le poing du sujet. Le ventricule droit , environné d’une grande quantité de graisse, est d’ailleurs sain. Il ne contient pas de sang , non plus que l’oreillette' correspondante, dont les colonnes charnues sont très fortes. Le ventricule gauche est hypertrophié. Ses parois, à la base, ont environ 1 1 lignes d’épaisseur ; la cloison ventricu- laire est épaisse d’environ 7 lignes. Les colonnes du ventri- cule gauche sont très nombreuses, et sa capacité l’emporte un peu sur celle du droit. Les parois de l’oreilette gauche sont épaissies. Le tissu dès ventricules'est rouge et ferme. Des points jaunâtres existent dans toutes les valvules du cœur ; les valvules aortiques sont même parsemées de quelques plaques osseuses ou calcaires. Les artères coro- naires forment un relief très marqué à la surface du cœur. Elles sont dures et ossifiées dans tout leur trajet. L’origine de l’aorte est dilatée ; dans toute la longueur de cette artère; la surface intérieure est inégale, hérissée de lames jaunes , terreuses et de squammes calcaires, analo- gues à des coquilles d’œuf, mais plus épaisses, et dont plu - sieurs soulèvent la membrane interne. Les artères qui nais ; sent immédiatement de l’aorte, cellesdes membreset surtout des pelviens, les artères de la base du crâne, les ophthal- miques, partagent la dégénérescence de l’aorte; leur mem- brane celluleuse est très injectée (i). Le tronc de l’artère mésentérique supérieure, entièrement ossifié, forme un (1) Il est asseï remarquable que les carotides prioiitiyes avaient en quelque sorte échappé à l'altération. 2. 34 à.. 370 MALADIES DU COEUR EN PARTICULIER, tube dur et inflexible ; mais les branches et les rameaux qui se distribuent aux organes digestifs sont exempts de cette altération. Tout le système artériel, en général, est gorgé de sang liquide, tandis que le système veineux, revenu sur lui- même, en contient à peine. a® Orgaii, digest. — Les circonvolutions 3e l’intestin grêle sont petites, contractées et rouges. Le rectum est distendu par des matières fécales endurcies. La membrane muqueuse de l’estomac est d’un rouge foncé dans la région splénique. 3° Centres netveux. — Il existe une grande quantité de séro- sité à la base du crâne et dans les ventricules. L’arachnoïde 4. qui recouvre les circonvolutions supérieures du cerveau est opaque et d’une couleur laiteuse. Le lobe postérieur de l’hémisphère droit offre une teinte jaune. très prononcée: il est ramolli et comme déliquescent. A son centre existe une matière blanchâtre, crémeuse, vraiment purulente; sa substance offre d’ailleurs une rougeur et une injection con- sidérables, et est parsemée de caillots de sang très petits, ainsi que de masses jaunes , plus grosses, faciles à écraser, dont l’intérieur est infiltré de sang. Le foyer est tapissé d’une membrane très fine , parcourue de vaisseaux rouges très apparens. L'arachnoïde^qui enveloppe les circonvolu- tions ramollies leur adhère si intimement , qu’elle paraît confondue avec elles. Le reste’du cerveau est sans altéra- tion notable. Les plexus et la toile choroïdes contiennent des globules hydatidiformes. OBSERVATION 117». ( ! Homme d’environ 4o ans. — Battemens du coeur peu sensibles à la main , arec pouls fort et vibrant. — Dyspnée extrême, infiltration , etc. — Hypertro- phie et dilatation énornie du ventricule gauche llydrolborax. Pierre Brisson , âgé d’une quarantaine d’années , maçon, d’une taille peu élevée, mais fortement constitué, assurait n'être malade que depuis une quinzaine de jours, lorsqu’il OBSERVATIONS d’hYPERTROPHIË. 87! entra à l’hopItal Cochin le i3 juin 1822. L’état très alar- mant où il se trouvait nous portait cependant à croire que sa maladie datait d’une époque plus éloignée. Voici quel était cet état ; douleur à la partie moyenne du thorax et à la région précordiale , où le malade éprouvé un sentiment d’oppression insupportable. Toux, orthopnée, pouls fort, vibrant et régulier ; battemens du cœur peu sensibles à la main (l'état d’angoisse et d’agitation ne permet pas de pra- tiquer l’auscultation) ; céphalalgie, étourdisseraens, éblouis- semens fréquens, insomnie des plus cruelles ; visage blême et boul'fi, lèvres grosses et un peu livides (i). PfiEScniPTioN. — Tisane apérit. ; jul. digit. Le 16 juin, quatrième jour après l’entrée j le malade, incessamment menacé de perdre la respiration , ne peut plus rester couché ; la frayeur et l’anxiété sont peintes sur son visage. Le 17, le malade reste assis, appuyé sur le bord de son lit, la tête basse et le corps penché en avant : il gé- mit et est haletant : il implore nos secours et nous conjure de ne pas le laisser mourir. On pratique une saignée, du bras; mais le sang ne coule que goutte à goutte, ce qui oblige de remplacer la saignée générale par l’application de trente sangsues à la région précordiale. Le 18, peau froide, , œdème du pied droit (vésicat. sur la poitrine). — Environ deux heures de sommeil la nuit suivante. — Le 19, jour d’o- rage et de pluie , augmentation rapide de tous les symp- tômes, étouffement, angoisses affreuses; le malade nu, assis sur sa chaise , le tronc tendu et fortement courbé en avant, la tête appuyée sur le bord du lit, ne peut conserver d’autre position et s’attend à une mort prochaine. — Le 20> (i) Celte observation, recueillie en 1822, manque de quelques détails tê- méio'ogiquts. Si je la rapporte ici, c’est quelle offre de l’intérêt sous le point de vue anatomique , ainsi que sous celui de la rapidité avec laquelle l’hypertro- phie parait s’élre développée. 24. : 37^2 MALADIES DU COEUR EN PARTICULIER. ' situation de plus en plus déplorable; contraction comme ‘} convulsive du diaphragme, suffocation imminente, visage plus gonflé, yeux égarés, peau froide, désir delà mort, qui arrive enfin à dix heures du matin. Autopsie cadai^érique , 20 heures après la mort. r .1" Habitude extérieure. Cadavre bien conformé; infdtra- i tion des membres , dont les veines sont gorgées de sang'. 2°. Organ. respir. et circul. — Son mat des. deux côtés de la i jj poitrine; épanchement d’une grande quantité de sérosité, N légèrement rougeâtre , dans les deux cavités de la plèvre. , Pressés par ce liquide et par la masse énorme du cœur, les i deux poumons, peu volumineux, présentent un tissu en- k core crépitant, mais condensé par la compression, j! Le péricarde contient une petite quantité de sérosité rou- geâtre. Le cœur, gorgé de sang, énorme (quatre fois environ plus gros que le poing du sujet ) , occupe autant d’espace i ! que les deux poumons réunis : il est situ^ transversalement, | de manière que sa base comprime un peu le poumon droit, i ' tandisquelesdeuxventriculespèsentpourainsi dire de tout 1 leur poids sur le poumon gauche. Débarrassé des caillots a fibrineux noirs qui l’engorgent, le cœur conserve encore un 4 volume extraordinaire. Le ventricule gauche a une capacité îj triple de celle qui lui est naturelle, et ses parois ont envi- , - ron six lignes d’épaisseur. Son tissu est rouge et assez ferme. .| L’oreillette gauche, extrêmement petite en comparaison du ventricule, pourrait contenir un œuf de poulette. — Le i ventricule droit , bien moins ample que le gauche, un peu i dilaté néanmoins, conserve son épaisseur ordinaire. Cette 'j épaisseur, assez uniforme dans toute l’étendue de ce ven- i tricule, comme cela avait aussi lieu dans le gauche, dimi- :i nue seulement un peu vers la pointe. L’oreillette droite , 1 épaisse et charnue, est d’un bon tiers plus volumineuse que I la gauche. — Les orifices du cœur sont sains. L’aorte et l’ar- | tère pulmonaire sont gorgées de caillots de sang ; la crosse de j .à OBSERVATIONS d’hYPERTROPIIIE. 873 ]a première est sensiblement dilatée, tandis que son orifice est peut-être un peu rétréci. ' 3” Organ. abdom. — La membrane muqueuse de l’esto- mac, de l’intestin grêle et du gros intestin, présente une rougeur foncée, analogue à la couleur du kermès, et pro- duite par l’engorgement mécanique des vaisseaux sanguins. Un tîenia vivant parcourt toute' la longueur de 1 intestin iléon. — Le foie et la rate sont gorgés de sang. La vessie est contractée, rosée intérieurement. 4” Organ. encéphal. — Le cuir chevelu est aussi gorgé de sang ; il existe une assez grande quantité de sérosité dans l’arachnoïde. A la convexité du cerveau, le feuillet viscéral de cette membrane adhère avec le feuillet pariétal, et -pré- senté çà et là diverses granulations ; sur les côtés des hé- misphères, l’arachnoïde est opaque, laiteuse et injectée; la substance cérébrale est d’une grande mollesse (i). 30 Hypertrophie concentrique ou avec rétrécissement de la ca- vité'ventriculaire. , ,1 « ^ OBSERVATION 118«. C Femme de 4o ans. — BaUemens du ventricule gauche violens, sourds et peu étendus; palpitations. — Paralysie du bras droit, puis érysipèle de la face. — Mort. — Hypertrophie du ventricule gauche, avec rétrécissement de sa cavité. — Ramollissement du cerveau et du cervelet. Sally (Prudence), âgée de 4o ans, domeslique, d’un (1) Cette hypertrophie paraît avoir affecté une marche aigue , puisque le ma- lade nous assurait n’en avoir éprouvé les premiers symptôm.es que quinze jours avant son entrée. Nous avons déjà dit qu’il nous semblait probable que la ma- ladie dont il s’agit remontait à une époque plus ou moins éloignée. Néanmoins , des faits de ce genre méritent d’être publiés, afin que l’on parvienne un jour à déterminer si véritablement, dans certains cas, l’hypertrophie du coeur peut ac- quérir en quelques semaines un développement qu’elle n’acquiert ordinairement qu’au bout d'un temps beaucoup plus long. Déjà, au reste, l’observation n5« nous a offert un remarquable exemple d’une hypertrophie à marche probablement aiguë. 374 MALADIES DU CŒUR EN PARTICULIER, tempérament sec et nerveux, née à Saint-Domingue, éprouvait, depuis huit ans, par intervalles, des palpitations, lorsqu’elle entra à l’hôpital Cochin, le 8 avril 1822. Les menstrues, habituellement peu abondantes, mais régu- lières, avaient cessé de couler depuis un mois seulement. Pendant les trois années précédentes on lui avait fait plu- sieurs saignées , qui l’avaient soulagée. Au mois de janvier dernier (1822), le bras droit avait été entièrement para- lysé. Lors de l’entrée , la paralysie n’était pas encore entiè- rement dissipée; le membre exerçait néanmoins des mou- vemens volontaires, à la vérité très faibles. La malade se plaignait d’une céphalalgie assez violente , continuelle, occupant particulièrement les côtés et le derrière de la tête. Quand on l’interrogeait , elle répondait avec une lenteur extrême ; ses traits exprimaient une sorte de stupeur idioti- que ; elle éprouvait de temps en temps des palpitations et des élouffemens; le pouls était régulier, peu développé ^ maisf/wret fort; les battémens du ventricule gauche, ex- plorés avec le cylindre , étaient forts , concentrés, sourds^ et profonds. Diagnostic. —Hypertrophie du 'ventricule gauche; affection cérébrale. On prescrit 1 5 sangsues au siège et une infusion de feurs de tilleul et d’oranger. Il ne se passa rien de remarquable dans l’état de la ma- lade , jusqu’au i®" mai. A cette époque la conjonctive droite était vivement enflammée ; la céphalalgie était intolérable et il existait de la constipation [vésic. à la nuque; hydromel glaub. ; pédil. sinap.) . Le vésicatoire détermine un gonflement très doulou- reux des ganglions lymphatiques du côté droit du cou , dans lesquels il se forme quelques foyers de suppura- lion. On pratique une petite incision, qui est suivie de soulagement. Le i5 mai, après s’être promenée toute la journée, la OBSERVATIONS D’nYPERTRoriIIE. 376 malade éprouva une attaque de nerfs, sur les symptômes de laquelle on ne put recueillir rien de satisfaisant. Elle dit en avoir éprouvé plusieurs autres semblables. La nuit suivante fut agitée [pot. calm. , pédil.) . 16. L’accès nerveux est tout-à-fait disparu ; mais le côté droit du visage est le siège d’un érysipèle œdémateux ; lièvre ; quelques signes de délire dans la journée. iq. L’érysipèle s’étend à toute la face (3o sangsues au cou , et au visage ^ petit-lait êmétise ÿ limonade^ dièté^. 18. Fièvre très vive, tendance continuelle à sortir du lit; pas de réponse aux questions. Appelé auprès de la malade, à deux heures après midi, je la trouve sans connais- sance ; ses lèvres sont décolorées , la turgescence inflam- matoire du visage est presque nulle ; le visage est pâle ; les paupières sont fermées ; le sentiment est éteint ; le pouls est fréquent et petit; la respiration rare, lente, accompa- gnée de râle ; cependant les mouvemens respiratoires se ralentissent de plus en plus;, le pouls perd sa fréquence, devient lent, s’évanouit... Les batteraens du cœur lui sur- vivent ; quelques inspirations demhconvulsives s’opèrent encore ; pendant leur long intervalle , on croit la malade morte. .. La main ajipbquée sur la région du cœur le sent en- core tressaillir. Deux au très inspirations profondes se mani- festent ; un liquide écumeux abreuve la bouche, une sorte de frémissement se fait sentir dans les muscles de l’avant- bras ; leurs tendons tressaillent ; la respiration ne s’opère plus... La malade est morte. Autopsie cadavérique , 48 heures après la mort. I® Habit, extér. — Cadavre maigre, sans infiltration, bien conformé. ' ' 2® Organ. respirât, et circul, — Les deux poumons sont sains. Le cœur, gorgé de sang, et, dans cet état, double du poing du sujet , remplit toute la partie anterieure gauche de la poitrine, en s’étendant jusque vers la clavicule. Les 3;6 MALADIES DU COEUR EN PARTICULIER, orifices ne présentent rien de notable que la rougeur de leurs valvules. Le 'ventricule gauche ^ extrêmement robuste, a ses parois épaisses d' un pouce . dans leur partie moyenne : Ve- paisseur diminue vers la base et le sommet. Quelques colonnes charnues sont également hypertrophiées. La cavité du ventri- cule est très sensiblement rétrécie. Les deux oreillettes, et le ventricule droit, dont la pointe descend bien moins bas que celle du gauche, sont à peu près dans leur état normal. La cloison interventriculaire a 6 lignes d’épaiSsèur. Le tissu musculaire du cœur est rouge, ferme et vermeil. L’aorte, dont le calibre est peu considérable, contient de longs cordons fibrineux. Sa face interne est parsemée d’écailles jaunâtres , terreusies, calcaires ou fîbro-cartilagi- neuses. La même altération se remarque dans les artères du bassin, des membres abdominaux et surtout dans celles du cerveau. Les artères coronaires , les carotides , les artères de membres thoraciques, sont saines, si ce n’est que les premières sont plus volumineuses que dans l’état naturel. 3° Cent. neiv. — Ramollissement inflammatoire du corps strié droit , et de la partie moyenne inférieurè de l’hémi- .sphère gauche. Ramollissement de la partie centrale de l’hé- misphère droit du cervelet (i). ^ OBSERVATION Homme de 5o ans. — Deux (luxions de poitrine. — Palpitations; battemens du cœur forts et étendus; matité augmentée de la région précordiale; pouls pe- tit, étroit, vibrant. — Hypertrophie concentrique du ventricule gauche. — Traces d’ancienne endo-péricardite. Baudouin, âgé/ de 5o ans, cultivateur, d’une forte con- stitution, fut reçu à la clinique (n°7, salle Saint-Jean-de- (i) Je ne fais qu’indiquer ces altérations, que j’ai décrites avec soin danj le traité de VEncéphaliU, où cette observation a été consignée. OBSERVATIONS b’iIYPERTROPIITE. 377 Dieu), le i5 novembre i833. Il a eu àcnx fluxions de poitrine, la première , il y a onze ans , et la seconde , il y a quatre mois. La douleur qui* accompagna cette maladie ( exista les deux lois dans le côté gauche. Dans le cours de la présente année , il a- été pris d'un I écoulement hémorrhoïdal qui n’a duré que a4 heures , { et c’est aussi depuis un an environ qû’il s’est aperçu que ses jambes et son 'ventre enflaient. Voici quel était son état au î moment de l’entrée : ' - . Peau pâle, tendue en raison de l’infiltration, qui estcon- |s sidérahleaux membres inférieurs (les supérieurs sont à peu fprès à l’état naturel). L’abdomen est tendu et la fluctuation »y est très sensible. — Le pouls est étroit, un peu 'vibrant, à ^76, régulier, sans intermittence. Les veines jugulaires ne s sont pas notablement dilatées.. Les battemens du cœur, rréguliers comme le pouls, se voient à un pouce environ plus lhaut que dans l’état normal ; ils frappent fortement et rrepoussent la main qui les explore; la matité de la région ■[ précordiale occupe une surface de 12 à 16 pouces car- ’rés. Dans toute l'étendue de la matité, les bruits du cœur vsont plus forts qu’à l’état normal (dans la région des l'cavités gauches, le second est un peu sec et étouffé). On jlJes entend dans toute la partie antérieure de là poitrine. 111 survient des palpitations, lorsque le malade se livre à quelque exercice ou qu’il monte un escalier ; mais il n’en existe pas à l’état de repos, et le malade n’a pas besoin d’avoir la tête très él^evée pour respirer. Le sommeil est assez bon; quelques réveils en sursaut. Dans le côté gauche , en arrière, la résonnance est très f claire jusqu’au dessous du scapulum , où elle devient nulle et où on entend un râle crépitant très gijos (la peau du I dos est infiltrée). ■ — A droite, la résonnance est comme à pgauche , mais on n’y entend pas de râle. — Il n’existe ni V-égophonie , ni bronchophonie. 378 MALADIES DU CŒUR EN PARTICULIER. Diagnostic. — Hypeî'trophie du cœur. — Commencement d* induration des 'Valmles. — OEdème du poumon. Prescription. — line saignée deZpalett.; org.sir. des cinq racin. et sir. pointe d’asperge ; 3 bouill. ; 2 potag. 18. Fièvre vive avec sécheresse de la langue et de la peau; pouls à n6/, toujours étroit , petjt, quoique dur et vibrant. Le malade éprouvé une vive douleur à la cuisse {saignée de 3 palétt. ; dicté). 19. Le ventre paraît moins tendu. La fièvre continue (pouls à 96); il est survenu du dévoiement ; persistance de la douleur de la cuisse. % * * ' 21 , 22 , 23 , 24» 25 , 26. On remarque que les veine» qui rampent sur les parois de la poitrine sont très volu- mineuses. ^ ^ On fait quelques mouchetures au scrotum, qui est énor- mément infiltré. Les jours suivaiis , le dévoiement augmente; la douleur de la cuisse continue; la figure s’altère; l’amaigrissement fait de rapides progrès. Mort le 29 3 7 heures du soir. Autopsie cadàoérique, 4<> heures après la mort. I® Habit, extèr.- — Les membres inférieurs sont fortement infiltrés; la tuméfaction du scrotum et des parois de l’ab- domen est beaucoup moindre qu’elle n était il y a quel-' ques jours. . . A la partie externe de la cuisse gauche, là où le malade avait accusé une vive douleur, existe un vaste foyer puru lent , à la fois sous-cutané, sous-aponévrotique et interrau culaire : il s’étend depuis la partie supérieure externe d la cuisse jusqu’au tendon du triceps, et embrasse toute la! partie externe du membre. La sérosité abdominale présente une teinte citrin foncée. 2” Organ. circid. et respir, — Le péricarde contient un OBSERVATIONS d’hYPERTROPHIE. 3’]^ demi-verre de sérosité roussâtre^ il adhère de toute part avec la plèvre voisine ; les poumons adhèrent, de leur côte, aux parois pectorales'par un tissu celluleux ou fibro-cellu- leux. Les veines du cœur sont plus saillantes qu a 1 état nor- mal. Cet organe estpresque entièrement dépourvu de graisse à sa partie antérieure ainsi que sur le commencement de |l l’aorte, où l’oiî observe des taches laiteuses , traces d’an- ji cienne péricardite. i Poids du cœur non encore vidé , avec l’origine des gros !i vaisseaux, 388 grammes. Le cœur semble presque entièrement formé par le ventri- ( cule gauche et la cloison. Le ventricule droit forme à peine I le cinquième de la masse totale du cœur ; le tissu cellulaire 1^ de ce ventricule est infiltré ; la cavité ventriculaire ne con- I I tient presque aucun caillot de sang; sa capacité est d’un bon quart plus grande qu’àd’état normal ; l’épaisseur de ses pa- j Trois est de 2 lignes à 2 lignes i|4; elles sont molles et if flasques. L’oreillette droite est plus dilatée encore .que le ventricule i ses parois sont un peu amincies. — L’orifice 1 ; auriculo-ventriculaire droit a 5 pouces de circonférence ; iMa circonférence de l’orifice ventriculo-pulmonaire est de ’ i 3 pouces i|2. Les valvules droites ne sont pas sensiblement J < épaissies ; elles sont rouges comme le reste de la cavité, ce il qui tient, peut-être, à l’imbibition cadavérique. La cavité du 'ventricule gauche est rétrécie et forme une espèce t de canal cplindricpie , contenant à peine le doigt indicateur. Ce ’ i rétrécissement coïncide avec une hypertrophie considérable des \ J parois, lesquelles, à la base, ont un pouce d’épaisseur. Cette » épaisseur reste à peu près la même dans les trois quarts de la ‘ 1 longueur du ventricule, et diminue ensuite vers la pointe; ! l’épaisseur de la cloison interventriculaire est de lo lignes. ^ L’oreillette gauche a une cavité d’un bon tiers moindre que celle de la droite. Sa capacité absolue est un peu moindre > ( qu’à l’éiat normal, L’ épaisseur de ses parois est un peu plus que normale. (Les cavités gauches ne contenaient presque 1 1 • 38o MALADIES DU COFX'R EN PARTICULIER. aucun atome de sang, et elles étaient cependant rougies | comme par imbibition.). L’orifice auricula-ventriculaire gauche a 4 pouces 3 ligne*.: de circonférence. — La ■valvule bicuspide est notablement < épaissie, principalement la lame qui répond à l’ouverture aortique. Là, son tissu crie sous l’instrument qui le di^^sc: à l’instar d’un fibro-cariilage ; l’épaisseur de la sectiom est d’une demi-ligne; d’ailleurs, la valvule est mobile et peut fermer exactement son orifice : — l’orifice aortique a) 3 pouces 5 lignes de circonférence ; ses valvules ne sontr pas sensiblement épaissies, et sont mobiles comme à l’étati normal. La substance du cœur est assez ferme, mais plus brune que dans l’état ordinaire. L’intérieur des gros vaisseaux estd’un rouge plus ou moins foncé (i); dans -toute son étendue l’aorte présente çà et là des taches blanchâtres ou légèrement jaunâtres, analogues à celles qui existaient sur la portion du péricarde qui se déploie sur l’origine du vaisseau et sur le cœur. Les deux poumons sont gorgés de ^ang et de sérosité; leur tissu condensé, et comme carnifié, est d’un rouge- ' brun. Les bronches offrent une teinte rouge assez pronon- cée, violâtre en quelques points. 3“ Organ. digest. et annex. — Le foie contient une quantité | de sang assez considérable; son tissu, d’un rouge-marron oui chocolat , est légèrement induré. — La rate est hypertro-1 phiée et mélanosée à sa surface externe, où elle présente! quelques plaques fibro- cartilagineuses. — La membranel muqueuse de l’estomac offre une teinte grisâtre sur laquelle! tranche un pointillé rouge, disséminé en divers endroits.! ( J (i) Comme le cadavre ne fut ouvert que 4o heure» après la mort, il se peut que celle rougeur, ainsi que celle du cœur, dépendît, du mains en partie, d'une imbibition cadavérique, bien que la saison ne filt pas favorable à la prompte dé- composition putride. N’oublions pas cependant que pareille rougeur, dans des cas ' analogues à celui-ci , est quelquefois le résultat d'un état phlegmasique. OBSERVATIONS d’hYPERTROPHIE. 38 1 ’ La teinte grisâtre de reslomac existe dans toute l’étendue de l’intestin grêle, plus foncée sur les plaques de Payer que partout ailleurs. (Il semble que les plaques intestinales ne contiennent pas de sang; elles sont plus épaisses qu’à l’or- dinaire, ce qui tient à un commencement d’infiltration.) — i La muqueuse du gros intestin, généralement pâle et comme I lavée, offre çà et là, cependant , quelques arborisations (Tosées. Les parois de l’intestin sont épaissies par l’infiltra- i tion. — Les reins sont plus pâles qu’à l’état normal : on ob- «serve à leur surface quelques kystes. — La muqueuse de la 'Vessie est blanche. ■ . \ ^ f § II. Hypertrophie du jrentricalé droit. I” Hypei'trbphie simple ou avec capacité normale de la cavité ' 'Ventriculaire (i). ’ OBSERVATION 120e, J Femme de 5o ans. — Palpitations , battemens très étendus du cœur, dyspnée, |i>nCllralion , etc. — Hypertrophie simple du ventricule droit. — Rétrécisse- ment de l’orifice auriculo-venlriculaire gauche, étc. * r ■ ‘ ’ « Lassple (Elisabeth), âgée de 3o ans, d’un tempéra- I) ment sanguin, d’un embonpoint très prononcé, avait » une mauvaise santé depuis trois ans, lorsqu’elle entra » à l’hôpital Cochin, le 12' décembre 1818, » Elle avait éprouvé dès le commencement une légère •» dyspnée et quelques palpitations passagères; plusieurs » affections catarrhales augmentèrent la difficulté de res- » pirer , et déterminèrent lin sentiment de suffocation bien » prononcé. » Celte malade se plaignait de céphalalgie violente et : t ^ — — (i) L’observation que nous allons rapporter «ur cette forme d’hypertrophie du ventricule droit appartient à M. Bertin. 382 MALADIES DU COEDR EN PARTICULIER. > d’une sensation fréquente de vapeurs chaudes qui sem- > blaient s’élever de la poitrine vers la tète : les palpila- » lions se renouvelaient plus souvent et affectaient en quel- > que sorte un caractère de périodicité. » On avait regardé cette affection comme nerveuse , et » l’on s’était borné à un régime adoucissant et à quelques > antispasmodiques. Les symptômes cessaient de temps en > temps; des intermittences assez longues semblaient con- > firmer une guérison illusoire. » Lessymptômesquenousvenons de mentionners’étaient t manifestés un mois avant son entrée à l’hôpital. ï La figure, assez pleine; offrait un teint bleuâtre; les » yeux étaient légèrement, injectés; les battemens des ca- ® rotides étaient assez prononcés ; la poitrine, très grasse, » ne permettait pas d’éclairer le diagnostic par la percus- > sion (i). Les extrémités supérieures et inférieures étaient » œdématiées, mais le doigt ne les déprimait que difficile- > ment ; la position verticale était devenue indispensable. » La respiration était pénible, courte, précipitée; les «palpitations fréquentes; les ba.ttemens du cœur se fai- > saient sentir jusque dans la partie droite de la poitrine ; J ces battemens étaient mous ; ils n’étaient, ni secs ni dé- » tachés. La moindre compression sur la poitrine détermi- € nait une dyspnée plus grande ; la toux était peu fréquente > et accompagnée d’une expectoration muqueuse ; le pouls > était profond; la dilatation des parois semblait se faire » difficilement ; les pulsations n^vaient ni la force ni la » vibrance si ordinaires dans l’hypertrophie. » L’abdomen était souple,, nullement douloureux au > toucher. » La malade conservait presque constamment la tête (i) Nous n’avons pas besoin de dire que nous rapportons ce passage de l’ob- i*rralion sans adopter l’assertion qui s’y trouve exprimée. OBSERVATIONS d’hYPERTROPHIE. 383 > penchée sur la poitrine, quelquefois elle la portait en • arrière avec force, et ce mouvement était suivi de plaintes » et de soupirs ; ses bras se croisaient sur la poitrine , et » elle conservait cette position la nuit comme le jour. ï Les symptômes continuèrent les jours suivans avec la ) même intensité. Quelques stries sanguinolentes teignent » les crachats ; les palpitations et les battemens du cœur 1 diminuent quelquefois sans que la malade éprouve un I » grand soulagement. > Enfin les symptômes augmentent de plus en plus; les > crachats sanglans deviennent plus fréquens, et la malade ! » succombe, neuf jours après son entrée , le ao décembre, » à onze.heures et demie. I > Autopsie cadavérique. » La poitrine contient une petite quantité de sérosité ; les ^ ï poumons sont adhérons : ces adhérences sont anciennes » et bien organisées. ^ » Le tissu des poumons ne laisse presque point échapper » de sang^; ils sont mous et crépilans; on observe seu- > lement sur leur lobe inférieur deux ou trois points i > durs et engorgés. La plèvre , aux adhérences près , est I > saine. — Le péricarde , sain , transparent , ne contient I » que peu de sérosité. Le cœur est un peu plus volumineux ! » que dans l’élat naturel et chargé d’une assez grande quan- ij ï tité de graisse : la capacité de Poreillette droite est aug- > montée, et ses faisceaux charnus sont plus marqués que II » dans l’état sain ; le ventricule droit , d’une capacité à peu f » près naturelle , a ses parois beaucoup plus épaisses et ses l| » colonnes plus développées que dans l’état sain. r » L’orifice auriculo-ventriculaire droit est libre ; la val- I » vule tricuspide présente quelques points d’induration : j » elle est épaissie et d’une couleur jaunâtre; les filets ten- j * dineux qui s’y attachent sont plus courts que dans l’état > sain. L’orifiice de l’artère pulmonaire n’offre rien de par- » ticulierj il en est de même du ventricule gauche; mais 384 MALADIES DU COEUR EN PARTICULIER. * 1 orifice auriculo-ventriculaire gauche est très altéré. | > L’ouverture qu’interceptent les deux bords libres de la > valvule mitrale est très petite : elle a dans son plus grand » diamètre quatre lignes et demie, et dans le plus petit > une ligne et demie ; les deux extrémités de ses bords i » libres sont réunies, et confondues ; les cordages qui la ten- ÿ » dent sont ramassés et très courts. La valvule est épaissie, i » fibro-cartilagineuse, parsemée d’un grand nombre de | » petits grains formant de petites couches irrégulièrement * compactes et quelques petits mamelons isolés : la couleur * de cette valvule est d’un jaune pâle. » L’abdomen contient de la sérosité. » a® Hypertrophie excentrique ou ayec dilatation de la cavité 'vejitricqlaire. • OBSERVATION 121e (i). Femme de 53 ans. — fiattemens violens du cœur, surtout dans la région du ventricule droit; palpitations, dyspnée- extrême, hémoptysie abondante, infil- tration des, membres, etc. — Hypertrophie avec dilatation du ventriçule droit. — Induration fibro-cartilagineuse de la valvule bicuspidè, avec rétrécissement de l’orifice auriculo-ventriculaire gauche.. •- > . Néuray (Louise) , âgée de 33 ans , d’une constitution plus nerveuse que sanguine , avait cessé d’être réglée depuis six mois , lorsque des étouffemens et fine grande anxiété la dé- cidèrent à entrer à l’hopitâ! Cochin , le ai septembre iSaa. 11 y avait alors huit ans qu’à la suite d’une chute sur la ré- gion précordiale , elle avait éprouvé, dé violentes palpita- tions , avec orthopnée et crachement de sang. Admise à l’Hôtel-Dieu pour cette maladie, elle’y fut traité par feu M. le professeur Pelletan. Des saignées répétées et un régime (i) J’ai déjà rapporté celte observation en extrait, à l’arliclè Jnduralion du tœur ( observ. log* ) , Je la donne ici avec tous ses détails. OBSERVATIONS d’hYPERTROPHIE. 385 sévère lui procurèrent un soulagement considérable, et elle sortit au bout de cinq mois. Cependant elle continua à éprouver de temps en temps des palpitations que le moin- dre exercice augmentait, et qui quelquefois étaient accom- pagnées d’orthopnée. Lorsque la malade entra à l'hôpital Cochin, les palpitations étaient très fortes. Elle nous offrit d’ailleurs l’état suivant : pâleur du visage, air d’anxiété et de souffrance , œil saillant , exprimant la frayeur et l’égarement, lèvres assez vermeilles. Oppression, orthopnée, toux , crachats teints de sang , respiration râ- lante, pouls petit, dur, fréquent, régulier; les batte- mens du cœur se font sentir à la main dans une grande étendue, ils soulèvent les vêtemens ; ils sont plus forts dans la région du ventricule droit que dans celle du' gau- che (i). Les batteraens du cœur sont accompagnés d’une vive impulsion , et ressemblent véritablement à des coups de marteau; les bruits de cet organe s’entendent jusqu’à la partie postérieure de la poitrine. On entend un bruit de soufflet dans la région des cavités gauches. Râle ronflant très sonore, dans plusieurs points de la poitrine. Diagnostic. — Hyperti'ophie anévrismale du cœur', rétrécis^' sement de V orifice awiculo-oentriculaire gauche. Prescription. — Deux saignées du bras , les juleps caïmans et le repos ayant adouci la position de la malade , elle sortit de l’hôpital un mois après son entrée. Elle revint six semaines plus tard dans un état très alar- mant. Depuis cinq jours, elle avait craché une grande quan- tité d’un sang écumeux ; l’anxiété, la crainte d’une suffoca- tion prochaine, lui laissaient à peine goûter quelques in- <> (i) La malade sentait très bien , disait-elle , que ses palpitations étaient plus violentes à droit» qu’à gaueht, 2. a5 386 MALADIES DÜ COEUR EN PARTICULIER. j stans d’un sommeil promptement interrompu par des ré- veils en sursaut. \Jemploi des saignées y de la digitale, des bains de pied, des 'vésicatoires , ne produisit que des améliorations momen- tanées. La situation de cette malheureuse était déchirante; i les battemens du ventricule droit conservèrent toujours i leur violence, ils retentissaient dans toute l’étendue du ' thorax; la main appliquée à la partie postérieure de cette cavité les ressentait; mais elle les entendait, s’il est permis de s’exprimer ainsi, plutôt qu’elle ne les touchait-, on eût dit qu’elle faisait les fonctions du stéthoscope. La malade ne pouvait rester le dos fixé contre ses oreillers; car dans cette circonstance les battemens lui semblaient beaucoup plus violens. Elle restait ordinairement assise sur le bord de son lit, les jambes pendantes, le tronc fortement courbé en ' avant, la tête appuyée sur ses membres supérieurs, qui étaient eux-mêmes soutenus par ses genoux ; elle crachait toujours du sang, mais l’expectoration se faisait avec beaucoup de peine ; le moindre effort , tel que celui nécessaire pour rendre les urines ouïes matières fécales, déterminait une suffocation imminente ; l’ingestion des alimens augmentait notablement l’étouffement ; les lèvres furent toujours assez vermeilles; le pouls, constaimment régulier , conservait sa petitesse. Quelquefois les accidens se calmaient; pendant cette sorte de trêve , la malade se berçait de l’heureuse idée d’un prochain rétablissement ; mais le retour de l’oppres- sion ne tardait pas à dissiper cette douce espérance. En6n, les membres s’infiltrent, la peau des inférieurs s’ulcère. En proie aux plus horribles angoisses , ne goûtant aucun in- stant de sommeil, poussant des gémissemens plaintifs et entrecoupés , la malade accuse l’impuissance de la méde- cine , et appelle la mort à son secours ; son visage est pâle, défait , profondément abattu ; les muscles inspirateurs se contractent avec d’énormes efforts et presque convulsive- ment ; les membres supérieurs fixés sur le lit leur fournis- » OBSERVATIONS d’hYPERTROPIIIE. 887 sent un point d’appui; pendant l’inspiration les narines se dilatent, la bouche s’ouvre, la tête se redresse par une sorte de synergie ; si Tort demande à la malade ou elle éprouve de la douleur, elle répond qu’elle ne souffre point, mais qu’elle étouffe. Elle succombe le 9 janvier i8a3, trente- trois jours après sa seconde entrée. Autopsie cadavérique, 5y heures après la mort. 1° Habit, extér. — Infiltration considérable des membres et des parties génitales ; visage violacé. 2° Organ. respir. et circul. — Très peu de sérosité dans la poitrine ; poumons volumineux, marbrés , bien crépitans, ayant leur bord postérieur gorgé d’un liquide écumeux jaunâtre. Bronches d’un rouge foncé et pleines de muco- sités. Le cœur, gorgé de caillots de sang, présente un volume énorme. Vidé du sang qu’il contient, il est encore d’un tiers plus gros qim le poing du sujet. La cavit^u ventricule droit est d’environ un tiers plus grande que dans l’état normal ; la dilatation est surtout très prononcée vers l’insertion de l’artère pulmonaire : les parois du ventricule ont de trois à cinq lignes d’épaisseur, leur tissu est d’un rouge-rose, d’une c.onsiatance très grande et dans un commencement d’induration cartilagineuse ; les colonnes charnues sont très fortes et très nombreuses. Les orifices ventriculo-pulmonaire et auriculo-ventriculaire droit sont libres. L’oreillette droite est dilatée dans la même proportion que le ventricule; ses parois sont épaisses, charnues, mu- nies de colonnes très prononcées. Le ventricule gauche est sensiblement dans l’état naturel, sa pointe descend moins bas que celle du droit; ses parois ont environ cinq lignes d’épaisseur à la base ; son tissu est vermeil , mais moins dur que celui du droit. La capacité de l’oreillette gauche est presque double de l’état naturel ; ses parois sont fortes et épaissies. a5. 388 MALADIES DU CŒUR EN PARTICULIER. La cloison ventriculaire est épaisse de cinq lignes. orifice auriculo-ventriculaire gauche , rétréci , peut à peine admettre l’extrémité du peiit doigtj sa figure estellip- tique et son grand diamètre n’a pas plus de quatre lignes. La valvule bicuspide est transformée en une sorte d’anneau ova« laire, d’un tissu resplendissant, blanc, résistant, tendineux ou fibro-cartilagineux, criant sous le scalpel. Ce bourrelet, épais d’environ deux lignes, s’avance dans la cavité du ven- tricule, comme s’il y eût été poussé par le choc du sang, et reçoit l’insertion des filets tendineux des colonnes char- nues. Les veines cardiaques sont gorgées de sang. Les artères coronaires et les valvules aortiques sont saines. 3* Organ. digest. et annex. — La cavité du péritoine con- tient environ une pinte de sérosité roussâtre. Les circonvo- lutions de l’intestin grêle, rouges à l’extérieur, sont peu vo- lumineuses et contractées. — La membrane interne de l’esto- çiac offre une rougeur foncée et très vive; ce#e rougeur , en quelque sorte artérielle , se continue, en s’affaiblissant un peu, dans l’intestin grêle qui contient des matières san- guinolentes d’un brun rougeâtre ; dans le gros intestin la rougeur est simplement rosée. — Le foie et la rate, très vo- lumineux, sont gorgés de sang d’tin noir mêlé de rouge. 4° Centres nero. — Les méninges sont un peu rouges ; les ventricules cérébraux renferment une pêtite quantité de eérosité sanguinolente ; la substance cérébrale est d’une bonne consistance. OBSEiiVATioNs d’iiypertuophie. 38g 3® Hypertrophie concentrique ou auec rétrécissement de la ca- vité 'ventriculaire. OBSERVATION 122r. • ^ Femme de 5a ans, — Atthmt habituel { défaut de rense gnemens sur les au- tres anlécédens de la malade). — Péripneumonie aiguë de tout le poumon droit. — Mort le second jour après l’entrée. — Hypertrophie du ventricule droit, avec rétrécissement de sa cavité , qui reçoit à peine le doigt indicateur. Plaques laiteuses sur ce ventricule, — Etat crétacé de l’aorte. — Ramollissement et suppuration du poumon droit. Une couturière, âgée de 5a ans, d’une*taille élevée, d’une grande maigreur, d’une constitution médiocrement forte, fut reçue à la clinique, le 8 septembre 1833. Cette femme était plongée dans un état d’assoupissement, qui ne lui permit pas de nous donner des renseignemens bien satis- faisans sur son état antérieur. Elle nous assura n’être ma- lade que depuis cinq jours, ajoutant toutefois qu’elle était depuis très long-temps ast lunatique. Visage rouge, injecté, fièvre très vive (peau très chaude , pouls à II2, assez développé, souple), oppression considé- rable (36 inspirations par minute). La malade ne se plaint nullement de douleur dans la poi- trine. Battemens du cœur assez forts ,. accompagnés de leur double claquement accoutumé. Distension des veines jugulaires, de la gauche principa- lement. Côté droit de la poitrine. Résonnance assez bonne en avant, moindre cependant que celle du côté opposé. Souffle bron- chique et bronchophonie ( en arrière, le souffle bronchique et la bronchophonie sont plus prononcés qu’en avant); râle crépitant vers la partie moyenne, et partout ailleurs ab- sence de la respiration vésiculaire. Matité dans toute la partie postérieure , un peu moindre à la partie moyenne qu’en haut et en bas. 390 MALADIES DU CŒUR EN PARTICULIER. Côté gauche. Ce côté rend un son très clair à la percus- sion; la respiration y est pure, forte, puérile. Le crachoir contient quelques crachats visqueux, d’un rouge-sale, tournant à la teinte jus de pruneaux. Diagnostic.— fut pas difficile de reconnaître Vexis- ïéhce d’une pneumonie de tout le poumon droit. Mais faute de renseignemens sur les antécèdens de la malade , nous hésitâmes sur le diagnostic des lésions qui avaient pu donner lieu à /’état ASTHMATIQUE qui paraissait avoir précédé la maladie actuelle. Prescription. — N’espérant pas triompher d’un cas aussi grave par la méthode des émissions sanguines telle que nous la pratiquons, j’étais disposé à m’en abstenir, lorsque les assis- tans, témoins des succès que nous avions obtenus par les émis- sions sanguines , m’engagèrent à les employer dans ce cas, quelque désespéré qu’il me parût. En conséquence, deux sai- gnées de a. a Z palettes Jurent prescrites , une pour le matin et l’autre pour le soirj dans l’intervalle des deux saignées , 'vingt sangsues devaient être appliquées sur le côté malade. La mort survint la nuit suivante. Autopsie cadavérique, 3o heures après la mort. I® Habit, extér. — Cadavre d’une grande maigreur ; point d’infiltration, teint jaune-pâle. 2® Organ. circul. et respir. — Cœur arrondi , à pointe mousse, plus gros que ne le comportent la constitution et le marasme du sujet. Vers la partie supérieure de la face antérieure du ventricule droit , existent quelques plaques fibreuses , d’une teinte blanchâtre , laiteuse. Les cavités droites du cœur sont gorgées de caillots adhé- rons , en grande partie décolorés ; les cavités gauches en •contiennent à peine. Les parois du ventricule droit sont fort •épaisses, surtout dans les points ou existaient les plaques lai- teuses < là, elles avaient une épaisseur de 4 lignes , abstraction faite de la couche graisseuse , qui, dans cet endroit, avait eavü'on une demi~iigne d’épaisseur. — La cavité du ventricule droit est rétrécie à tel point qu’on y introduit à peine le doigt OBSERVATIONS d’iiYPERTROPHIE. 39I indicateur. Les colonnes charnues de ce ventricule sont très nombreuses et forment un réseau serre. L’oreillette droite n’est pas sensiblement dilatée; ses parois sont épaissies. ' • Les parois du ventricule gauche ont 6 à 7 «lignes d’épais- seur. Les colonnes de 'ce ventricule sont peu développées. Sa capacité absolue, bien qu’un peu moindre qu’à l’état nor- mal, l’emporte cependant sur celle du droit. L’oreillette gauche est moins hypertrophiée, que la droite, et sa cavité est sensiblemeut normale. . Les orifices artériels et auriculo-ventriculaires sont par- I faitement libres. Les valvules ne sont pas notablement I épaissies. , La substance musculaire du cœur est assez vermeille et ' d’une consistance médiocre. I i Quelques taches jaunes existent à l’origine de l’aorte ; dans sa portion pectorale et abdominale, cette artère est criblée de plaques plus épaisses, fibreuses ou fibro-cartila- gineuses. I Les veines jugulaires contiennent des caillots fibrineux, i blancs, élastiques, très probablement formés avant la ü mort (i). Poumon droit recouvert de faussés membranes minces, I de la consistance de la couenne du sang. La plèvre parié- tale était dépourvue de fausses membranes (2). Il existait à peine 2 ou 3 cuillerées de sérosité floconneuse. — Poumon droit hépatisé, ra/no//t dans toute son étendue, un peu (1) La glande thyroïde, considérablement tuméfiée, du volume d’une petite rate, était en grande partie transformée en matièrg calcaire. Ainsi tuméfiée, elle exerçait sur les veines jugulaires une compression qui pouvait s’opposer au libre cours du sang dans ces vaisseaux. (a) C’est d’après ce cas et quelques autres semblables que j’ai été conduit a établir que la douleur pleurétique tient surtout à l’inflammalion du feuillet pa- inétal (il n’existait pas de point de côté chei cette femme). • 39*2 ilALAÜlES DU CCKUn EN rAUÏlCULïER. moins à la partie moyenne de sa face postérieure que par- tout ailleurs. La surface des incisions pratiquées dans son tissu était d’un gris-rougeàtre , et il en ruisselait un liquide sale, évidemment purulent : il existait un mélange du 2® et du 3* degré dé la pneumonie, avec prédominance de ce der- nier. Au sommet, le pus était déjà réuni de manière à former de petits foyers ou*des abcès commencans. Le tissu pulmo- naire était vide d’air et imperméable. — La membrane mu- queuse des bronches droites était d’un rouge-violet. Le poumon gauche, très riche en matière noire, était moelleux , élastique , parfaitement sain , si ce n’est que son tissu nous parut un peu raréfié, ainsi que cela est assez commun chez les sujets déjà avancés en âge, surtout dans les cas d’asthme. C’était réellement là un commencement d’emphysème (i). (i) Les observations 75e, 76e et 77* de cet ouvrag-^ sont de remarquables exemples d’hypertrp])hie du ventricule droit, avec rétrécissement de sa cavité. Chez le sujet de la 76e observation ( femme de 67 ans) , la cavité du ventri- cule droit aurait pu contenir seulement un œuf de pigeon. Ses parois avaient une épaisseur qui variait de seize à onze lignes. Les cordes valvulaires étaient fortes et comme enveloppées d’un prolongement de la substance charnue. ( Voy. la planche IV. ) — Le cœur tout entier pesait 12 onces. Chez le sujet de la 76e observation (jeune homme de 25 ans), le ventricule droit'était très bombé, très dur ( trois fois plus dur que le ventricule gauche). Ses parois étaient épaisses de 8 à 10 lignes; sa cavité était réduite à très peu de chose, et presque nulle vers sa pointe. Cet épaississement était en partie le ré- sultat du développement des colonnes charnues, pressées les unes contre les au- tres, et formant au premier coup d'œil un plan continu. Chez le sujet de la 77 observation (jeune fille de 7 ans ) , le ventricule droit était presque oblitéré par l’hypertrophie concentrique de ses parois qui avaient prés d’un pouce d’épaisseur à la base , et offraient une coloration rouge et une fermeté considérables ( il aurait pu contenir à peine Iq première phalange du pouce ). Obs. 123e. — Aces cas •j’ajouterai le suivant, recueilli par M. Berlin, chez un sujet âgé de 37 ans, qui succomba à une affbctioi» dd coecb , dort LBS PBBMIBRS SYMPTOMES SB névBLUPPèBKKT PBnDAMT LB CODES d’dn BHDUATISMg ABTiCDLAiBB AiGD. Les colonnts chamues du ventricule droit , développées au point d’c^ler une plume à écrire , avaient contracté de telles adhérences entre elles, quelles remplissaient la cavité du ventricule , de sorte que pendant la vie le san^ OBSEUVATlOJSrS DH Yl'ERTllOPHIE. 393 deuxième série D’OBSERVATIONS. V IIYPEBTUOPIIIB MULTIPLE OU CÉNÉRALE. Il est assez rare de rencontrer l’hypertrophie occupant exclusivement une des cavités du cœur. Aussi, parmi les observations de notre première série, aflectee à l’hypertro- phie partielle, en est-il dans lesquelles plusieurs cavités du cœur participaient à l’hypertrophie. Nous allons rapporter de nouveaux cas de ce dernier genre. Dans les cas d’hypertrophie simultanée de plusieurs des cavités du cœur, la forme de l’hypertrophie n’est pas tou- jours la même pour chacune des cavités hypertrophiées, comme on peut le voir en relisant les observations que nous avons déjà rapportées précédemment, et comme on le verra dans quelques" unes de celles qui vont suivre. -Tou- tefois, la forme prédominante dans l’hypertrophie géné- rale du cœxir, de même , au reste , que dans l’hypertrophie partielle, est l’hypertrophie avec dilatation (excentrique ou anévrismale). ne pouvait que filtrer entre leurs mailles... Cette hypertrophie des colonnes coïn- cidait avec une atrophie des parois du ventricule lui-même. Le ventricule gauche était dilaté au point de contenir huit onces d’eau, et ses parois étaient épaissies vers la partie inférieure seulement. La cloison ventriculaire avait plus d’un pouce d’épaisseur. Il existait une adhérence du péricarde au cœur, et une induration cartilagineuse de la valvule mitrale et des valvules aortiques. Voici encore un cas où des lésions organiques du cœur ont eu pour point de dé- part \int endo- péricardite rhumatismale. r '■ I ,-j ... . a i I 3g4 maladies du coeur en rARIICUIIER. OBSERVATION 124». Homme de 53 ans. — Battemens du cœur forts et étendus , palpitations au moindre exercice, matité augmentée de la région précordiale, bruit de soufflet du cœur, infiltration générale, etc. — Hypertrophie générale du cœur, dilatation des cavités droites , de l’oreillette gauche et de l’orifice auriculo-ventriculaire i droit (cavité du ventricule gauche normale), induration cartilagineuse et pier- i reuse delà base de la valvule bicuspide. Marollé, âgé de 53 ans, fondeur, i d’une stature élevée, d’un embonpoint assez considérable, peau fine et pâle, au- i trefois très actif et grand travailleur, maintenant mou, sans î énergie, fut admis à la Clinique ( n® 17, salle Saint-Jean- de Dieu), le a5 novembre i832. • t r Jusqu’à l’âge de 5o ans, cet homme assure s’étre tou- * jours bien porté. A cette époque, il éprouva une affection ( de poitrine sur laquelle il ne peut donner d’autres rensei- 1 gnemens, sinon qu’il souffrait dans celte cavité, et qu’il ( toussait. Depuis lors, il est, dit-il, sujet au catarrhe, et, de- 1 puis deux ans, il éprouve des palpitations qui ne lui per- ■ mettent pas de continuer ses travaux. Une infiltration des ^ membres inférieurs se joignit aux palpitations. D’abord 1 cette infiltration se dissipait quand le malade restait cou- ché ; mais depuis plusieurs mois elle persiste, même quand I il garde long-temps le lit. Le ventre s’est enflé depuis que | l’infiltràtion des membres est devenue permanente. Etat au moment de l’entrée : Décubitus un peu incliné à droite , la tête très élevée ; infiltration des membres inférieurs , des parois abdomi- | nales et des paupières ; infiltration qui est plus marquée i du côté sur lequel le malade est incliné que du côté opposé I ( la peau des parties infiltrées est tendue, luisante, demi- : transparente ). La percussion fait reconnaître l’existence j d’une certaine quantité de liquide dans les parties les plus ! déclives de l’abdomen. Respiration laborieuse , sifflante , fréquente ( 3o à 34 OBSERVATIONS d’uYPERTROPHIE. SgS inspirations par minute) ; étouffement au moindre mou- vement. Râle muqueux en divers points de la poitrine. En ar- rière, au niveau de l’épine de l’omoplate, on entend de chaque côté un souffle assez fort, avec retentissement très notable de la voix. La résonnance est assez bonne , si ce n’est dans le tiers inférieur environ de la poitrine. La toux est fréquente, et suivie d’une expectoration mu- queuse , abondante, mêlée de spumes. Pouls régulier , médiocrement fort et développé , à p6-ioo. La matité de la région précordiale est beaucoup plus étendue qu’à l’état normal. Les battemens du cœur sont forts et étendus , et se transforment en palpitations au moindre effort. Les bruits du cœur se font entendre dans une grande étendue ; ils sont accompagnés d’un bruit de soufflet très marqué , mais qui n’empêche pas complètement de distin- guer le claquement valvulaire. Les veines jugulaires offrent le phénomène de la fluc- tuation. Les battemens des carotides ne présentent rien de particulier. En auscultant dans leur trajet, on entend très bien le double bruit du cœur. L’état des voies digestives est assez satisfaisant. Diagnostic. — Hypertrophie anévrisinale du cœur, et pro- bablement rétrécissement de V un des orifices de cet organe, par suite de V induration des 'valvules . ' • . Prescription. — Large 'vésicat, sur la rég. précord.; boiss, apéritiv.; bouilL, potag. et lait. Les symptômes augmentent graduellement, surtout la dyspnée et les congestions séreuses , et la mort arrive le 9 décembre , à 7 heures du soir , quinze jours après l’entrée. Autopsie cadavérique J 38 heures environ après là môrt. ( Voy. la planche VI. ) ,,i ^ 396 MALADIES DU COEUR EN PARTICULIER. I® Habit, extèr. — Infiltration considérable des membres supérieurs et inférieurs , plus prononcée à droite , côté sur 1 lequel le malade était resté incliné. Cadavre d’un homme i assez fortement constitué. , a® Org. cirçul. et respir. — La cavité du péricarde con- tient environ 2 cuillerées de sérosité limpide, jaune-ver- dâtre. Le cœur, très volumineux , injecté à sa surface, est plus déjeté à gauche que dans l’état normal. Il s’étend en haut jusqu’aux cartilages des troisième et deuxième côtes. » Une plaque laiteuse existe vers l’union des cavités droites ' avec les cavités gauches. Des taches semblables , mais beaucoup moins épaisses, très superficielles, se remar- quaient' aussi sur les cavités gauches et vers l’origine de : l’aorte. Enlevé avec l’origine des gros vaisseaux , préliminairement liés, pour empêcher la sortie du sang qui distend ses cavités, le cœur pèse 1 üv. 7 onc. (1) Ses dimensions sont les suivantes : Circonférence à la base 13 pouc. 6 lig. De la pointe du cœur à l’origine de l’aorte 5 pouc. 3 lig. — au sommet de l’oreillette gauche 6 pouc. Diamètre transversal 4 pouc. Epaisseur ou diamètre antéro-postérieur S pouc. Après avoir été vidé et lavé, le cœur pèse iSonc. • Le sang caillé qu’il contenait était d’un noir-jai , plus abondant dans les cavités droites que dans les gauches. Les troncs vasculaires qui se ramifient à la surface du cœur sont très dilatés , surtout à la face postérieure de l’organe. La cavité du ventricule droit est d’un bon tiers plus \ l (1) La ligature de la veine-cave inférieure s’étant défaite au moment de 1 abla- tion du cœur, il i’esl échappé de l’oreillelte droite une masse asse* considérable de sang caillé. \ ' OBSERVATIONS d’hYPERTROPHIE. 897 ^ande qu’à l’êiat normal. Dans leur partie la plus épaisse, ses parois ont 4 ip d’épaisseur ( la base, moins épaisse que la partie moyenne, n’a que 3 lig. d’épaisseur ). L’oreillette droite, dilatée dans la même proportion que le ventricule correspondant, est également plus épaisse que dans l’état normal. Ses colonnes charnues sont très dé- veloppées, ainsi que celles du ventricule droit. L’orifice qui fait communiquer ces deux cavités est très large. Nulle lésion notable de la valvule tricuspide, sinon qu’elle n’était probablement pas assez large pour fermer l’orifice de la cavité à laquelle elle est adaptée. ^ Le ventricule gauche a une capacité qui n’est guère que la moitié de celle du droit. A. la partie moyenne , ses pa- rois présentent i pouc. d’épaisseur ; celle-ci va èn dimi- nuant à la base. Il a sa pointe arrondie , mousse. L’oreil- lette gauche, d’une capacité moindre que la droite, est éga- lement épaissie. L’orifice auriculo-ventriculaire gauche est d’un bon tiers moins grand que le droit. La valvule bicuspide, considéra- blement épaissie à sa base , forme une espèce de bourrelet plissé sur lui-même, ce qui lui donne une certaine ressem- blance avec l’ouverture anale. A l’endroit où les colonnes du cœur s’insèrent à la valvule, ainsi qu’à la base même de cette valvule, on trouve un tissu fibro-cartilagineux qui crie sous le scalpel quand on l’incise; il est tout tout-à-fait pierreux ou calcaire en plusieurs points. Le tissu du cœur lui-même est d’un rouge assez vermeil , et d’une bonne consistance. L’orifice aortique est parfaitement libre , et ses valvules îi’offrent aucune lésion notable. Dans toute son étendue, l’aorte présente un aspect chagriné , surtout à la partie postérieure, et des plaques jaunâtres, d’un tissu dense et résistant , plus marquées vers l’origine des artères inter- costales. Point de rougeur à la membrane interne de l’aorte. .SgB MALADIES DU COEÜR EN PARTTCUETEE. Les deux poumons pèsent ensemble 5 liv. a 'onc. Ils adhèrent de toutes parts à la poitrine par un tissu cellulaire dense, fibreux, très infiltré de sérosité, surtout à la base | et au sommet. Leur coloration est d’un gris tirant sur le noir. Le poumon gauche, vraiment hépatisé, ne cré- pite plus dans aucun point de son étendue ; la surface des incisions qu’on y pratique présente une ^teinte d’un î hoir ardoisé. En promenant les doigts sur la surface de ces i incisions , on rencontre çà et là des points d’une grande du- ^ reté. Le tissu se déchue assez difficilement, et il s’en écoule par la pression un liquide séro-sanguin , de la même cou- i leur que le tissu du poumon ( le liquide qu’on exprime des ■ incisions du , poumon ressemble à l’encre de Chine). Le poumon gauche présente un volume moindre, et d’ailleurs ■ les mêmes altérations. La membrane interne des bronches est d’un rouge assez î foncé. I 3® Org.digest. etannex. — La cavité du péritoine contient | une pinte' de sérosité citrine. La membrane muqueuse ij gastro-intestinale, ni épaissie, ni ramollie, est rouge dans t| toute son étendue (cette rougeur est cependant moins mar- î quée dans le gros' intestin que partout ailleurs; dansl’esto- i mac, la rougeur est très foncée ; dans tout l’intestin grêle, \ la rougeur est assez uniforme et vive ). La rate est petite et comme atrophiée. Le foie est un peu moins volumineux que dans l’état nor- • mal ( l’élément jaune paraît prédominer sur l’élément rou- j ge ). Le tissu de cet organe est sec, dense et en quelque \ sorte coriace. — La bile de la vésicule est peu foncée en couleur. OBSERVATIONS d’hYPERTROPHIE. 399 OBSERVATION 125 . Homme de 53 ans. — Palpitations, matité augmentée de la région précor- jjjgje, — Mort rapide par suite d’une hémorrhagie cérébrale. — Hypertrophie I générale et dilatation du cœur ( il pèse 1 liv. 4 gi’os ).— Plaques laiteuses de l’en- docarde , induration des valvules. — Adhérence du péricarde. Un homme, âgé de 53 ans , d’une forte constitution, fut admis à la Clinique ( n° 24, salle Saint-Jean-de-Dieu ), le 10 octobre i833. Obligé de se livrer à des travaux très pénibles, cet homme s’était toujours bien porté jusqu’en 1825. Depuis cette époque , il a éprouvé , à la suite de ce qu’il nomme une sueur rentréè , xme. oppression habituelle, des palpita- tions , maladie pour laquelle il a déjà été reçu à la Pitié , à la Charité et à l’Hôtel-Dieu. ( A la Pitié, la maladie a été considérée comme un emphysème pulmonaire.) Etat du malade a son entrée. — Visage violet, ainsi que les mains; étouffement porté jusqu’à l’orthopnée; palpita- I lions au moindre effort ; infiltration des membres infé- rieurs. • La respiration s’entend mal dans toute la partie posté- rieure de la poitrine , surtout en bas ( on entend du râle sibilant en arrière , surtout à gauche et à la partie anté- j Tieure des deux côtés); résonnance assez bonne; crachats I séreux. Examinés avec la main, les hattemens du cœur sont profonds, forts, étendus , régidiers. Matité dans une étendue de 2 pouces verticalement, et de 3 pouces transversalement. Le premier bruit du cœur est un peu sourd, le second assez ‘ clair if . r -rr~ T T . ' I . ' ' — ■ ■ . . , M ' ...II (i) L’auscultation ne fut pas pratiquée chez ce malade assez souvent, et avec •toute l’attention nécessaire. C’est le .seul ;cas de rétrécissement d’un orifice du cœur dans lequel je n’aie pas constaté un bruit de soufflet ou de râpe. 400 MALADIES DU CŒUR EN PARTICULIER. Les jugulaires sont légèrement gonflées. Lesbattemensdes | carotides n’offrent rien de particulier ; le pouls est petit , régulier , d’une force médiocre. La peau est froide , surtout i aux extrémités. Le malade se tient continuellement assis. Les ibnctions digestives se font assez bien. Diagnostic. — Hypertrophie du cœur, avec lésion organique i de r aorte {^épaississement et altération crétacée des parois). Traitement. Saignée; till. sp. gom., org. sp. 5 racines ; po^ « lion i5 goutt. teint, digit.; 3 bouil., 3 pot. 12 octobre. La 'saignée présente quelques rudimens de • couenne et beaucoup de sérum. Les crachats ont l’aspect d’eau visqueuse, agitée avec de 4 l’air. On entend un râle semi-crépitant qui pourrait en im- é poser pour de la péripneumonie , et qu’on attribue à un || œdème du poumon. — Le visage est moins violet. ^ i3, i4> i6, 17 et 18. Soulagement ( le malade mange | le quart). ’ | 20. Le soir à cinq heures et demie, le malade conversait avec ses voisins, lorsqu’il fut subitement frappé d’hémiplé- gie à droite (le côté conserve sa sensibilité). L’intelligence n’est pas entièrement abolie, quoique la parole le soit (il murmure à peine quelques mots lorsqu’on lui adresse une i question). Le pouls , large et plein , ne bat que 48 fois par minute. Les Lattemens du cœur sont également d’une il grande force, quoique très lents (Aaig-/iée iraA 4 pal. | minutes après V accident). Après la saignée, les pulsations et les battemens du cœur J diminuent de force, sans changer de nombre. ( La ce/newt i laxatif. ) ' 21. La peau est froide et visqueuse ; le malade ne paraît plus comprendre les paroles qu’on lui adresse. {^Saignée; sinapismes aux mollets, renouvelés deux fois-, lavem. laxatif; diète. ) Diagnostic. — Epanchement dans la couche optique et le Or.SliUVATIONS D 11 VPRaT!lO?IirE. corps strié. gnucke jiisfjue i>ers la protubérance annulaire., et non point à la partie anterieure (i). 22. 31ort a 1 1 heures du soir, apres un long râle, sans que la parole soit revenue (on avait appliqué plusieurs sina- pismes). ' Autopsie cadaoéi'icpie , 34 heures après la mort. 1° Habit, extér. — Cadavre d’une taille moyenne , d’un embonpoint médiocre, n’offrant point d’in filtration. 2® Org. respir. et circulât. — Les deux poumons, très vo- lumineux, adhèrent de toutes parts par un tissu cellulaire bien organisé aux parois thoraciques. Le poumon gauche adhère au péricarde de la même manière : il le recouvre dans les deux tiers de son étendue ( la partie non recou- verte correspond à un espace qui a été circonscrit exacte- tement par la percussion avant l’ouverture )'. Il s’écoule une grande quantité de sang caillé à l’ouverture des gros vaisseaux de la base du cœur. Débarrassé de ses caillots, cet organe offre encore un volume énorme [cor hoyinum de certains auteurs (2) ). Lrt cavité du péricarde n existe plus; le Jéuillet pariétal adhère de toutes parts , par un tissu cellu-- laire bien'organisé et un peu injiltré, au feuillet cardiaque. Pesé comparativement avec le cœur d’un vieillard, qui était lui-même un peu plus volumineux qu’à l’état normal , il le dépassait en poids de 8 onc. 2 gros. Son poids absolu est de 16 onc. 4 gros. De la base du ventricule gauche à la pointe du cœur, .il y a 3 pouc. Il lig. ; le diamètre transversal a 4 pouc. 9 lig. ; (i) L’absence de la parole, dans ce cas, tenait, en effet, à la paralysie de la laii« gue et des autres muscles de l'articulation des sons , et non à celle de la portion du cerveau qui préside à la formation des signes représentatifs des idées. '(î) Cette expression de cor bovinum ne doit pas être prise à la lettre. En ef- fet , le coeur le plus hypertrophié cbcî l’homme n’a pas la moitié du poids’du cœur normal d’un bœuf vigoureux, 2. 26 4o2 maladies du cotur en particulier. la circonférence , lapouc. ; le diamètre antéro-postérieur, 2 pouc. 7 lig. Le ventricule droit ])ourrait contemr un gros œuf de poule ; ses parois ont 5 lig. d’épaisseur, vers la pointe comme à la base. Les colonnes charnues sont développées , ainsi que les tendons par lesquels elles s'insèrent à la valvule tri- cuspide.La circonférence de l’orifice ventrîculo-pulmonaire est de 3 pouc. ^ lig. L’oreillette droite a une cavité presque double de celle du ventricule ; elle présente à sa surface interne un certain nombre de plaques, dont deux surtout forment un relief assez marqué, et offrent cette teinte lai- teuse des plaques que l’on trouve parfois à la surface du péricarde; l’oreillette est généralement hypertrophiée, sur- tout aux colonnes de son auricule. — La valvule tricuspide est considérablement épaissie, sans être déformée; son tissu crie légèrement sous V instrument qui* le divise. Cet épaississe- ment et cette induration commençante existent surtout à la t O zone tendineuse oîi se fixe la 'valvule (' la longueur de ses lames est de ii à 12 lig. ). L’orifice auriculo-ventriculaire droit est sensiblement élargi. Les veines-caves sont consi- dérablement dilatées. La cavité du ventricule gauche est à peu près égale à celle du ventricule droit. L’épaisseur de ses parois , à la base, est de 8 à 9 lignes, et va en diminuant vers le sommet. Le diamètre vertical du ventricule gauche est de 3 pouc. I lig."; sa circonférence interne est de 4 pouc. ij2. Le diamètre vertical du ventricule droit est de 2 pouc. 10 lig. ; sa circonférence interne est de 5 pouc. L’orifice ventriculo-aortique a 2 pouc. 1 1 lig. — Les valvu- les de l’aorte et de l’artère pulmonaire bouchent exactement les orifices auxquels elles sont adaptées ( l’eau versée dans ces vaisseaux ne pénètre pas dans les ventricules). — Les val- vules aortiques ontfi.lig. de hauteur; elles sont bien confor- mées, mais elles sont épaissies, indurées, et crient sous l’in- strument : elles sont parsemées de quelques plaques jaunà- OBSERVATIONS d’iIYPERTROPHIE. 4o3 iresjrudiniensd’ossificalions. Lescolonncscharnues du ven- tricule gauche ne sont pas très développées, excepté celles qui vont s’insérer à la valvule mitrale ; la plus grosse de ces dernières est parsemée de plaques d’un blanc laiteux' au- dessous desquelles le tissu musculaire est intact. L’oreillette gauche paraît un peu plus vaste que la droite j elle commu- nique avec le 'ventricule au moyen d’une espece de J'ente qui reçoit à peine V extrémité du petit doigt et ressemble à une glotte d’enfant. Dans cet endroit, l’oreillette se termine par un espace infundibuliforme, à circonférence légèrement fron- cée comme celle de l’anus, et dont le diamètre est de 5 lig. environ (la circonférence de la fente est de i8 lig.).‘Cette ou- verture est formée par l’e.Vlrémité libre des deux lames de la valvule bicuspide , qui , par leur réunion , forment une I espèce d’anneau. Les colonnes charnues viennent s’insérer, 1 par de nombreux tendons, sur la face ventriculaire de I ces lames valvulaires. Ainsi épaissies dans toute leur éten- due, les lames valvulaires, d’une longueur de i3 lig., sont rendues inégales par des plaques développées dans leur j épaisseur, qui est de,i lig. La circonférence d’insertion de la zone tendineuse a 4 pouc. 4 hg. Sur la membrane' interne de cette oreillette, il existe, |l comme sur celle de l’autre, des plaques blanchâtres, fibro- I cartilagineuses. Le tissu du cœur est assez ferme et vermeil ; cet organe I est entouré de toutes parts d’une couche de graisse assez I épaisse et assez molle. ■' L’aorte descendante est généralement un peu dilatée et hypertrophiée : elle n’offi'e pas de plaques cartilagineuses , I comme sa portion ascendante. . ; Les poumons sont sains , si ce n’est que leurs cellules ; sont remplies d’une sérosité spumeuse, que la pression en il fait sortir avec crépitement. Le poumon gauche est plus ;i engorgé que le droit. 26. MALADIES DU COUUn EN PAUTICULIER. 3° Organ. cligest. et annex.^ — L’estomac, dont la mem- i brane muqueuse paraît un peu ramollie, offre des mar- ^ brures d’un noir rougeâtre dans son grand cul-de-sac ; l’in- | testin grêle ne présente rien de remarquable; le gros in- 1 testin contient des matières fécales en assez grande quan- tité.— Le foie, congestionné, est plus lourd et d’une couleur plus jaunâtre qu’à l’état naturel. — La rate est rétractée et d’une forte consistance. — Les reins sont à l’état normal. i 4“ Or g. de Uinneryat. — A. l’ouverture du crâne , il ne s’é- coule aucun liquide. Le cerveau est généralement mou : on observe sur la partie externe du lobe moyen, une large suf- fusion sanguine, indice d’un épanchement. En ouvrant le cerveau, le^corps calleux s’est déchiré et on trouve du sang • . caillé entre les deux hémisphères. En incisant la substance ; cérébrale, on constate un ramollissement de celle qui cor- « respond à la suffusion sanguine (le sang est comme combiné i avec elle). La portion la plus antérieure est seule exempte de l’altération. En dehors, les deux tiers externes de la cou- | f che optique etducorpsstrié gauches sont complètement dé- ‘ chirés et détruits par un vaste épanchement. La substance cé- t rébrale, combinée avec le sang, forme une espèce de bouillie i diffluente, représentant de la lie devin foncée en couleur. En versant une certaine quantité d’eau , on voit des lambeaux de substance cérébrale flotter au mjlieu du liquide. La par- tie la plus interne du corps strié et de la couche optique n’a pas été envahie par l’épanchement. Le sang trouvé entre les deux hémisphères provenait évidemment du foyer décrit, et s’était échappé à la faveur d’une déchirure. Le corps strié et la couche optique du côté droit, un peu mous, n’offrent, d’ailleurs, aucune trace d’épanchement. La masse cérébrale en général, à gauche surtout , est in- jectée et abondamment pointillée de sang. L’artère basilaire et ses principales ramifications ont leur OBSERVATIONS D’ilYl'ERTROPUiE. /j.o5 parois un peu épaisses, blanchâtres en quelques points, sans plaques cartilagineuses ou calcaires (i\ (i) On a dft remarquer que, dans plusieurs autres observations, ainsi que dans celte dernière, une hémorrhagie ou un ramollissement du cerveau ont compliqué l’hypertrophie du ventricule gauche. Comme 1 influence de celte hypertrophie sur le développement de ces afleclions est un point de doctrine encore conlro- versé, on ne saurait trop multiplier les faits propres à 1 éclairer. Cest pour- quoi je vais consigner ici l’extrait de trois nouvelles observations qui me sont propres. J’y joindrai l'observation publiée en l’an xin par Legallois , qui me pa- i rait être le premier qui ait considéré i'iiypértrophie du ventricule gauche comme pouvant déterminer l’hémorrhagie cérébrale. OnsKHV. lad". Hyperlropjiie a^évrismale des deux ventricules, ramolllsse- I ment du cerveau. Une portière, âgée de .^6 ans , éprouva lout-à-coup , dans sa loge, une attaque d'hémiplégie. Le lendemain , elle est apportée à la Clinique i ( le 5 février i835 ). — Membres gauches privés de sentiment et de mouvement; i bouche ét jmux déviés à droite , parole difficile. — Batlemens du cœur irrégu- j liers, forts, tumultueux, ressemblant en quelque sorte à des coups de battoir... ! Les jours suivans , le membre supérieur paralysé se contourna , mais jamais on ne remarqua de rigidité notable. Mort le i5 , dix jours après l’entrée ( la parole et la connaissance se conservèrent jusqu’au dernier moment : elles n’étaient qu’af- faiblies).— Le coeur, situé presque transversalement, est d'un bon tiers plus volu'- tnineux qu’à l’état normal {il pèse SGy gram.). Deux plaques laiteuses, trace d’an- I eienne pèricardile, existent sur la face antérieure du ventricule droit, dont laeavitê i est un peu augmentée , et dont les parois ont 4^5 lig. d'épaisseur. La cavité du < ventricule gauche est à peu prés égale à celle du droit ; ses parois ont à la base 7 1 lig. à J lig. 1/2 d’épaisseur. Valvule tricuspide un peu épaissie. Valvule mitrale ij indurée , ai ec rétrécissement considérable de l'orifice auricuto-venlriculaire gau- I che. — Orifice aortique libre. — Dégénérescence crétacée de l’aorte. — Sérosité en quantité médiocre dans les ventricules latéraux du cerveau. La substance blanche qui forme ta paroi du droit est sensiblement ramollie ; le ramollissement s’étend vers le commencement du lobe postérieur droit , et occupe une grande partie do la face externe du lobe moyen. En dehors de la couche optique et du corps strié droits existe un nouveau foyer de ramollissement. Dans les lobes postérieur et I moyen, la substance est convertie en une bouillie un peu épaisse, sans traces d’in- Sjcction. — Dans le foyer situé en dehors de la couche optique et du corps strié, on aperçoit une injecliàn sanguine très prononcée, portée jusqu’à l’ infiltration en plu- l sieurs points. Ailleurs, la substance ramollie est infiltrée d’un liquide d’une i teinte d'un blanc légèrement Jaunâtre, et qui ressemble à un pus très clair. En -■ un point, là où l’injection est à son maximum, le liquide est manifestement pu- t riforme. — Les artères de la base du cerveau et leurs ramifications n’offrent pat I de notables ossifications. • Obsbrv. 127'. — Hypertrophie concentrique du ventricule gbuche , ramollisse- • ment très circonscrit du cerveau, Uneàcaülère, âgée de 65 ans, sujette à de MALADIES DU COEUR EN PARTICULIER. OBSERVATION 130«. Femme de 4^ ans. — Battemens forts et étendas du cœur; matité et voussure de la région précordiale. — Bruit de râpe. — Hypertrophie avec dilatation du cœur en général, et du ventricule droit en particulier. — Induration des val- vules bicuspide , aortiques et tricuspide. — Plaques fibreuses sur le péricarde. Adhérences anciennes de la plèvre et du péritoine. Une femme âgée de 4^ ans , d’une constitution un peu grêle, à poitrine étroite, fut apportée à la Clinique et cou- violens battemens du cœur et à des étourdissemens, éprouva, le a4 février i835, une paralysie du côté droit, sans perte de connaissance (le sentiment persistait dans les membres paralysés). Le a6, elle fut apportée à la Clinique. Face rouge, yeux t injecté, parole difficile, etc... Les jours suivons, on observe une rigidité, une con- tracture du membre supérieur droit, qui est en même temps contourné... La et- | phalalgie est très forte. Mort le i3 mars, quinze jours après l’entrée. — Cœur volu- mineux, La cavité du ventricule gauche est un peu moindre qu'à l’état ftermal. Ce t ventricule, arrondi, très robuste, a des parois 8 à 9 Ug. d’épaisseur. Les parois | du ventricule droit ont 2 lignes d'épaisseur seulement. — Une grande quantité de j sérosité dans la eavite de l’ arachnoïde ; dans les ventricules et à la base du crâne. ( Vers les derniers jours, la malade était tombée dans un état comateux.) En de- 1 hors du corps strié gauche , dans un espace qui pourrait contenir une noisette , . existe un ramollissement bien caractérisé, Obsbbv. 1 28e. — Hypertrophie concentrique du ventricule gauche, Hemor- | r/iflg'tc ceréôra/e. Un marchand d’habits, âgé de 60 ans, tomba tout-à-coup sans connaissance, le 16 avril iS55. Le 17 , il fut apporté à la Clinique. Le 18 , à la visite, le malade n’avait pas encore repris connaissance; il était plongé dans un coma profond , et ne pouvait proférer une parole. Les membres droits étaient dans une immobilité et une résolution complètes. ( Le malade était sensible à un fort pincement de ces parties. ) Respiration stertoreuse. Rétention d urine. Les battemens du cœur repoussaient assez fortement la tête appuyée sur la ré- gion précordiale, bien que le pouls fût petit , étroit ( à loo par minute). - Mort le 1 S, à 3 heures, le lendemain de l’entrée , troisième jour de l’attaque. — Le cœur est d’un grand tiers plus volumineux qu’à l’élat normal , arrondi, comme dodu , à pointe mousse ( il pèse oji gram. ). Le ventricule gauche est énormément hypertrophié , et sa cavité est rétrécie {elle peut à peine recevoir le doigt indicateur'). Le maximum d'épaisseur de ses parois est de i5 Ug, Le maximum d’épaisseur des parois du ventricule droit est de 5 Ug, 1/2. La cloison, deÿtig. d'épaisseur, proém 'ine dans la cavité du ventricule droit , dont la capacité ts t d’ailleurs d peu près normale. Les colonnes charnues du ventricule gauche sont très robustes. La valvule mitrale est épaissie et parsemée de quelques plaques OBSERVATIONS d’iiYPERTROPHIE. 4c>7 chée au n°8.de la salle Sainte-Madeleine, le i a janvier i835. Elle était alors dans un état si grave , qu’elle ne pouvait ré- pondre à aucune de nos questions sur les antécédens de sa santé. La fdle de cette femme nous apprit seulement qu’à différentes reprises ,;les jambes avaient été enflées. Voici les symptômes que nous observâmes, le lendemain de l’entrée (i3 janvier). Face bouffie, terreuse ; lèvres violettes ; gonflement vari queux des veines jugulaires et des troncs veineux qui rampent sous lapeau de la poitrine. Pouls petit, filiforme, à 112 pulsations; bruissement ou jaunes. — Le tissu du cœur est vermeil. L’origine des artères coronaires est e®**- vertie en tissu fîbro-cartilagîneux ; le commencement de l'aorte présente aussi dei points et des lames jaunes, rudimens d'ossifications. — Les circonvolutions du cerveau sont pptites, et cet organe est comme affaissé ( une perte de substance , suivie d’une cicatrice déprimée, existe à la surface de quelques unes des circonvo- lutions ). Dans l’intérieur de la couche optique et de la partie postérieure du corps strié de l' hémisphère gauche , existe une excavation caverneuse, de la grandeur d’une petite noix, à surface frangée, inégale, ramollie et remplie d’un sang noir liquide, mêlé seulement de quelques petits, caillots. Un autre foyer hémorrhagique occupait tout le côté gauche de la protubérance annulaire , d’où il s'étendait aux trois quarts du côté opposé , se prolongeait dans le pédoncule antérieur du cerveau, et de là communiquait avec l’autre foyer. Les aetbbes dk la basb dd CnANE ÉTAIENT OSSIFIÉES. Obsert, 129e — Voici maintenant Tobservalion de Legallois, telle qu’on la trouve dans le tome !"■ des Bulletins de la Faculté de médecine de Paris , publié en l’an xui. Elle a pour litre : Obseroation lue à la Société par M. Legallois, sur une maladie du cœur par hypersarcose ou par excès de la substance musculaire de ce viscère, cause présumée d'dse apoplexie foudeoyante, qui a terminé les jours de la malade. U lie femme éprouvait, dès l’enfance, uue impossibilité de faire des mouvemens un peu prompts sans essoufflement , disposition qui s’élait progressivement et consi- dérablement accrue jusqu’à la mort, quia eu lieu à 26 ans. Les étés augmen- taient celte incommodité, et des sueurs abondantes accompagnaient l’essouffle- ment. Celle femme s’éveillait de très bonne heure, et ne pouvait plus dormir ni rester au lit, au bout de quelques heures de sommeil; elle ne pouvait porter de vêtemens serrés en aucun temps, mais surtout après avoir mangé; elle mangeait beaucoup, surtout du pain, et avait toujours faim. Elle était sujette aux hémor- rhagies nasales et aux maux de tête ; son visage était pâle. Lie jour même qu’elle périt, elle éprouva tout-à-coup un violent mal de dents , auquel elle n’avait jamais été sujette , et la joue droite se gonfla subitement. 4o8 MALADIES DU COEUR EN PARTICULIER, frémissement vibratoire dans le trajet des artères carotides ; et sous-clavières. Voussure manifeste de la région précordiale, avec élar- = gissement des espaces intercostaux correspondans ; cette j région offre une matité de 4 pouces verticalement et de 4 i pouces 3 lignes transversalement. Le maximum de la ma- l iité existe à la partie inférieure du sternum, c’est-à-dire ) dans le point de la région précordiale correspondant au i ventricule droit. La main appliquée sur la région indi- quée est repousséa par un coup fort, sec, vigoureux, ce ! qui cofitraste avec la faiblesse du pouls. Les deux bruits du cœur sont remplacés par un double ; bruit de râpe ,■ assez sec. Les membres inférieurs sont infiltrés, et l’abdomen dis- tendu, fluctuant. • V , Elle eut deux ou trois vomissemenf, et perdit connaissance; la respiration de- ► vint steiToreuse, et la bouche se couvrit d’écume, les urines coulèrent involon- tairement, et la mort survint environ trois quarts d’heure après que le mal de : dents se fut déclaré. Adtopsie c AOiVKRiQCE. — Lc volumc, la dureté du cœur, et l’épaisseur de tes parois étaient extraordinaires : tout son volume était dû au ventricule aortique. Les valvules, les oreillettes et le ventricule droit étaient dans les proportions na- turelles. La CAPACHé DU VBSTttlCULE AOBTIQUE h'ÊTAIT CKPBîSDArîT PAS PLUS GRANDE qu’a l'ÉTA'T ORniKAlRE, Le poids total du cœur était de 6 hectogram. ( environ i liv. i;4 ), ta longueur de sa base à sa pointe était de i décimèl. et i/5 {,5 pouc. ) , sa plus grande circon- férence de 3i décimùi.\\% pouc. \}t) (i). Les parois du ventricule gauche, à la base, avaient 27 millimèt. ( 1 pouc. ) d’épaisseur, et seulement 2 millimèt. ( 1 Ug. ) à la pointe. L’hémisphère droit du cerveau contenait dans sa cavité près de 3 onc. de sang ( 9 dccagram. ). On y observait une crevasse à sa partie postérieure et externe , crevasse qui était également pleine de sang. En cet endroit, la substance du cer- veau était d’un rouge pâle, mollasse et cédant facilement sous le doigt. Une par- tie du sang s'était aussi fait jour dans la cavité du côté gauche, par une rupture dans ta cloison intermédiaire (2). [l'i II y H erreur dans ces calculs : en elTct , on représente d’abord 1 décimcl. cl 1|3 par 5pou., et ensuite 31 déciniét. par 12 pouc. Ii2. \ (2i Fondé sur l’aulurilé de Morgagni , Legallois regarde rêtal pulpeux de la substance cérébrale dans 1rs coups apopiccliqurs ccmcue un effet et non coûuue la cansede l’êpauchenient de sang. i i f Si. OBSERVATIONS d’iIYPERTROPIIIE. /|.09 La malade est plongée dans un assoupissement continuel , c et offre un état d’oppression considérable. Diagnostic. — Hypertrophie anéorismale du, cœur en général et du ventricule droit en particulier , aoec induration des valvules. Prescript. — Saignée au moment de Ventrecj solut. de sir. de gomrn. 2 pots; pot. calm. avec digit. gr. yJ ; 2 bouiïl. , 2 tasses de lait. Le membre supérieur du côté sur lequel là malade reste couchée (côté droit) est énormément infiltré. On ne peut 1 retirer la malade de son état d’assoupissement — L’agonie I est évidente.... Mort dans la journée. Jutopsie cadavérique 20 heures environ après la mort. 1” Habitude extér. — Infiltration séreuse des membres ; visage livide , violacé. 2° Organ. circulât, et respù'at. — A l’ouverture de la-^poi- trine, il s’écoule une assez grande quantité de sérosité lim- pide , citrine. Le' péricarde contient un demi -verre environ d’une sérosité d’un jaune verdâtre, parfaitement transparente. Pâle , comme lavé par le liquide, *il présente en plusieurs points des' plaques d’un blanc-laiteux, organisées, s’enle- vant assez facilement et laissant au-dessous d’elles le feuillet viscéral du péricarde tout-à-fait sain. Le cœur est généralement dilaté et hypertrophié.' Le ventricule droit est d’un grand tiers plus vaste qu’à l’état normal. Ses parois présentent à peu près le double d’épais- seur de l’état normal. La cavité de ce ventricule contient des concrétions sanguines noirâtres, molles. L’oreillette correspondante est également dilatée. L’orifice auriculo-ventriculaire droit , considérablement dilaté , a 5 pouces de circonférence. La valvule tricuspide est épaissie. Les valvules de l’artère pulmonaire sont dans l’état normal. Le ventricule gauche contient des concrétions sembla- 4lO MALADIES DU Ca:UIl EN PAllTICULIEn. blés a celles du droit : il est moins ample que ce dernier. — L’orifice aortique a 3 pouc. 4 üg- de circonférence. Les valvules aortiques sont rouges ( la rougeur persiste après le lavage, et tranche sur la couleur jaune nankin de la paroi interne de l’aorte); leur bord adhérent est converti en tissu fibro-cartilagineux. — Infiltration sanguine entre les fibres charnues qui forment la couche la plus superfi- cielle du ventricule gauche. L’épaisseur des parois de ce ventricule est de 5 à 6 lig. à la base. La substance musculaire est plus brune qu’à l’état normal, altération de couleur à laquelle ne participe pas le ventricule droit. La lame antérieure de la valvule bicus- pide présente plusieurs plaques cartilagineuses. — L’orifice auriculo-ventriculaire gauche a 3 pouc. 3 à 4 lig. L’aorte, généralement blanche à l’intérieur, offre un ca- libre plus étroit qu’à l’état normal. Les poumons adhèrent presque de toutes parts à la plè- vre pariétale. Ils contiennent beaucoup de sérosité (œdème des poumons, plus prononcé dans le droit que dans le gauche ). 3° Cent, nerveux. — Beaucoup de sérosité dans la cavité de' l’arachnoïde et dans les mailles de la pie-mère. — Les ventricules contiennent un peu du même liquide. La sub- stance cérébrale, d’une bonne consistance, est fortement sablée d’un sang qui ruisselle à la surface des sections pra- tiquées dans le cerveau. 4® Org. dig. èt annex. — La cavité abdominale contient une grande quantité de sérosité citrine. — Le foie adhère au diaphragme par du tissu cellulo-fibreux ; son volume est augmenté. — Le tube digestif offre à l’extérieur une teinte rosée (sa cavité n’a pas été ouverte). I OBSERVATIONS d’iiypertropiiii:. 4ll OBSERVATION 131*. Homme de 4; ans. — Battemens du cœur larges, étendus; palpitations; dys- pnée; pouls irrégulier, petit, intermittent. — Plus tard, gangrène et infiltration i du membre inférieur gauche. — Hypertrophie générale et dilatation du cœur. — PPIaques laiteuses sur le péricarde; induration fibro-Cartilagineuse et insuffisanca é des valvules auriculo-ventriculai res. — Dégénérescence crétacée de l’aorte et de 1,1a plupart des grosses artères. — Oblitération de la fin de C artère iliaque primi- r. tive gauche et de la veine principale du membre malade. Durand, ancien soldat, âgé de 47 Rds, est entré à la Cli- nnique (n° 22, salle Saint-Jean-de-Diéu ), le 12 oct. i833. CCet homme, d’une constitution robuste, fut pris, il y a ttrois mois environ, sans cause à lui connue, de gène dans lia respiration, surtout lorsqu’il se livrait au moindre exer- ccice. Cette gêne a fait des progrès’lents , mais continuels, I malgré les soins qu’il a reçus dans divers hôpitaux ( à l’hô- jpital Beaujon spécialement, et dans le service de M. Ler- I minier, où il a été placé à deux? reprises différentes). Examen à la visite du i3. La coloration de la peau , surtout à la face, était d’ûn bleu pâle, terne, livide j les lèvres et les ailes du nez étaient gonflées. Depuis une quinzaine de jours, le malade crachait abon- damment un liquide séreux j la respiration était difficile, haute, et la dyspnée augmentait au moindre effort, tel que celui qu’exige un simple changement de position dans son lit; il existait un râle muqueux que l’on entendait dans tous les, points de la poitrine. Les battemens du cœur étaient profonds, mais larges, étendus, et la main semblait frappée par une. très grosse masse. La matité de la région précordiale occupait deux pouces en travers et de haut en bas. 1 On n’entendait pas de bruit de soufflet bien marqué dans la région précordiale. Cependant le premier bruit du 4l'^ MALADIES DU CŒUR EN PARTICULIER. cœur était apro , rude, sec; le malade éprouvait de fré- quentes palpitations. Le pouls était irrégulier, faible et intermittent. Les membres inférieurs étaient infiltrés. Les fonctions digestives s’exercaient assez bien. Diagnostic. — Hypettrophie generale du cœur ÿ induration 1 des 'valvules , sans rétrécissement des orifices. Prescription. — Saign. 3 palett., tilL, orang. édulc. i4 octobre. Un peu de soulagement. {^Pot. 12 gouLt. de : teint, de digit., lav., bain'^ bouill. et potagl) 15. Même état. {^Vésicatoire sur la région précordiale é) 16. La dyspnée est plus forte que les jours précédons. 1 ( Saign. 3 pal.) 17. Un peu de soulagement. 18. On remarque que l’épiderme de la plus grande par- i tie de la face interne de la cuisse gauche est enlevé , et î qu’il s’est formé en cet endroit une large escharre gangré- ! neuse , dont il s’écoule une^ abondante sérosité fétide (i). | Le membre est le siège d’une vive douleur. Le pouls est 4 très petit et très irrégulier. ( Lotions avec décoct. de kina 1 chlorurée^ eat.'') ' ii 19. Plongé dans une espèce d’ivresse gangréiieusefe. ma- i lade dit ne s’être jamais mieux trouvé. La joie qu’exprime son visage contraste singulièrement avec la lividité de celte 1 parue et la décomposition des traits; l’étouffement est im- minent; la désorganisation est plus marquée; la surface 1 dénudée offre celte teinte d’un gris sale qui caractérise la 1 gangrène avec suppuration; langue rosée; le pouls est plus misérable encore, très irrégulier. Le malade assure ne ! (i) Le membre inférieur gauche est fortement œdémateux, tandis que le droit n'offre qu’un léger empâtement à sa partie inférieure. Je présume qu’il existe un obstacle ii la circulation dans les artères et les veines du premier, et j’annonce une ûn prochaine. OBSETIVATIONS d’iI YPERTHOPltlE. /| l 3 plus ressentir aucune douleur dans le membre où il souf- j ira\t lant U ye\\\e.{ Pot. tonique.) Il meurt le 20, à trois heures du matin, après un râle de quelques heures. { Il exhalait une odeur tellement fé- tide, que les sœurs et les infirmiers disaient qu’il était pourri. ) ’ Autopsie cadavérique , 3o heures apres la mort, 1° Habit, extér. — Cadavre d’une taille et d’un embon- f point médiocres. Le membre inférieur gauche est seul très infiltré. La partie dénudée est circonscrite par une ligne |r noire, s’étendant du creux du jarret à l’épine iliaque anté- rrieure et supérieure. La surface gangrénée est grisâtre et a abreuvée d’un pus sale, qui infiltre un peu le tissu du c derme. 2° Org. circulât, et respimt. — Le péricarde contient cn- '^viron 4 onc. d’une sérosité citrine, mêlée de quelques flo- ccons. Le cœur, distendu par des caillots , a un volume iri- qple de celui du poing du sujet; il a une forme globuleuse, eet présente, sur le côté gauche, plusieurs plaques laiteuses. |] Débarrassé de ses principaux caillots, il pèse 636 gram. ilîSa circonférence, à la base, est de 12 pouc. ; sa hauteur de I i4 pouc. i|2 ; sa largeur de 6 pouc. 2 lig. On trouve dans les cavités du cœur un sang coagulé et i 1 très noir. La cavité du ventricule gauche est un peu plus grande IC qu’à l’état normal. Ses colonnes charnues sont volumi- I ineuses, et forment un réseau serré. La hauteur dè la cavité ; test de 2 pouc. i lig.“, sa circonférence de 3 pouc. i L’épaisseur des parois de ce ventricule, presque égale ' I partout, même au sommet, est de 7 à 8 lig. La cavité du ventricule droit est un peu plus grande que ( celle du gauche. Elle est hérissée aussi de colonnes chai'- |i nues, très fortes. L’épaisseur des parois, à peu près la même U dans tous les points, est de 4 à 5 lig. La substance musculaire est d’un rouge vermeil. Les ori- 4l4 MALADIES DU CCEUR EN PARTICULIER, fices aortique et pulmonaire sont libres ( ils ont tous les deux 2 pouc. Il lig. de circonférence) ; leurs valvules sont minces et un peu rouges. L’oreillette gauche a une cavité double de celle du ven- tricule correspondant. Malgré cette dilatation, ses parois sont épaisses de a à 3 lig. , et représentent celles du ven- tricule droit à l’état normal. La circonférence de l’orifice auriculo-ventriculaire gau- che est de 3 pouc. 5 lig. Sa valvule présente, surtout à la base, des incrustations fibro-cartilagineuses et calcaires (il s’en trouve beaucoup aussi au point d’insertion des colon- nes charnues). Du reste, elle n’est pas assez large pour fer- mer l’orifice auquel elle est adaptée. Plusieurs des tendons valvulaires sont confondus avec le bord induré de la valvule. L’oreillette droite présente la même hypertrophie et la même dilatation que la gauche. L’orifice auriculo-ventri- culaire est dilaté, et présente 4 pouc. 2 lig. de circonfé- rence. La valvule tricuspide , ratatinée comme la mitrale, pré- sente quelques lames fibro-cartilagineuses, criant sous l’in- strument qui les divise. La membrane interne du commencement de l’artère pul- monaire est saine. Celle de l’origine de l’aorte offre quel- ques plaques fibreuses, qui se continuent dans les artères coronaires. L’aorte thoracique et ajDdorainale , incisée dans toute sa longueur, présente à sa partie postérieure des plaques min- ces, jaunes et comme plâtreuses, qui forment un relief à sa surface interne , et que l’on peut facilement enlever avec le dos du scalpel. Le reste de la membrane paraît sain. A la division de l’iliaque primitive gauche, un caillot mou obli- tère ce vaisseau ; plus bas se trouve un peu de sang demi liquide. Sa membrane interne offre dans toute son étendue la même altération que la face postérieure de l’aorte. Les veines satellites sont oblitérées par un caillot mollasse , OBSERVATIONS D’ilYrERTROPIIIE. * l’ dont la densité augmente au-dessous de l’arcade crurale, où * I il est un peu grenu, friable et d’ancienne date. Les parois de i la veine fémorale sont épaissies, la membrane interne est U légèrement rosee. • , ' Les vaisseaux correspondans du côté droit n’offrent pas Mes altérations indiquées au même degré. L’incrustation I comme plâtreuse observée dans l’aorte et 1 artère iliaque U gauche est surtout moins marquée. La tunique interne des i artères est plus jaune, leurs parois sont moins épaissies, f Le' caillot des veines droites nest ni aussi volumineux, ni aussi dense que celui des gauches , dont il n’a pas non f plus l’aspect briqueté. Le tissu cellulaire sous-cutané, du membre abdominal :gauche est infiltré et forme une couche de 7 à 8 lignes d’é- paisseur; du côté droit où l’infiltration est légère, la couche ccelluleuse n’a que 2 à 3 lignes d’épaisseur. La jugulaire interne du côté droit est triple au moins de la ;;gauche, dont le volume est normal. Les carotides offrent lia même traînée de matière plâtreuse que les artères déjà eexaminées; en quelques points, la membrane interne est sseule altérée, en d’autres points le vaisseau est ossifié ou I cartilagineux dans toute son épaisseur. Le côté droit de la poitrine contient beaucoup de séro- ssité , et on y voit plusieurs adhérences. Le poumon de ce ccôté a une couleur pâle , laiteuse , suite de sa macération cldans la sérosité. Il est assez léger, crépite , et ne contient qqu’une médiocre quantité de sang et de sérosité. L’incision ildu lobe inférieur fait couler un liquide puriformCj contenu ddans les bronches , et peut-être dans quelques vésicules ppulmonaires. Le poumon gauche est plus léger ( il est recouvert d’une t.fausse membrane grisâtre, ancienne). Les bronches con- t tiennent aussi un peu de pus. Le tissu pulmonaire est rouge. 3° Org. dig. et annex. — Le tissu du foie est condensé et 1 abreuvé d’une grande quantité de sang, qui s’écoule en par- 4lG MALADIES DU COEUR Ex\ PARTICULIER. lie des lèvres de l’incision , et demeure en partie comLiné . avec la substance de cet organe. La rate a un peu moins de volume et un peu plus de consistance et de densité que dans l’état sain. Sa surl’ace est i parsemée de taches d’un blanc sale, qui s’enlèvent par pla- 1 ques, comme les fausses membranes de la plèvre. | Le rein droit est un peu moins volumineux que le gau- che : rien d’ailleurs à noter pour ces organes. L’estomac, d’une grandeur considérable, présente une légère 'rougeur de sa membrane interne (quelques petites plaques d’un rouge pointillé sont disséminées à sa^surface). i La muqueuse de l’intestin grêle paraît saine : elle est seu- ! lement injectée en quelques points. ! 4° Centres netv . — Les sinus de la dure-mère (les latéraux i surtout) contiennent des caillots mous, qui en occupent i presque tout le calibre. Les artères carotides internes, -ï examinéesfdans le sinus caverneu;:, offrent la même alté- ration que le tronc dont elles naissent. — Le tissu sous- : arachnoïdienest infiltré d’une grande quantité de sérosité, 4 légèrement rouge. Cette inhltration est plus considérable en arrière qu’en avant. — La pie-mère est injectée. Les ventricules latéraux ne contiennent guère qu’une ou t deux cuillerées de^ sérosité. — Le cerveau a sa consistance ordinaire. Il est piqueté d’un assez grand nombre de points n rouges. — Le cervelet nous semble plus mou qu’à l’état [ normal, sans être à proprement parler ramolli. | •I ■* OBSERVATIONS B’nYPERTROrHIE. 4^7 OBSERVATION 132e. Homme de 55 ans. — Battemens du cœur très forts . accompagnés d’un bruit de soumet dans la région du sternum et la partie latérale supérieure droite de la poitrine ; symptômes ordinaires d’un obstacle à la circulation à travers le cccur. Hypertrophie générale très considérable. — Anévrisme énorme de 1 aorte sous- sternale, sans rupture des membranes. Pierre Pinçon , âgé de 35 ans , matelassier , d un tempéra- ment sanguin-bilieux , cheveux châtains, fortement con- stitué, entra àl’hôpiial Cochin leaomaiiSaS. Il éprouvait, depuis plusieurs années, une difficulté de respirer qui se prononçait surtout pendant les exercices un peu violens et qui était accompagnée de battemens de cœur auxquels il faisait d’ailleurs peu d’attention. Les étouffemens étaient 1 devenus plus considérables depuis trois mois, et il s’y était ■ joint des symptômes gastriques pour lesquels on avait I appliqué quelques sangsues. Etat du malade a son entrée. — Face livide , plombée et i bouffie : infiltration des membres, surtout des gauches ; 1 parole entrecoupée, orthopnée , insomnie , réveil en sur- j saut; pouls régulier, sans fréquence, développé, dur et ! vibrant au bras droit, très petit au bras gauche; toux, cra- i chats visqueux; langue humide et blanche. Auscultation. — Râle muqueux dans la presque totalité de la poitrine ; battemens simples très forts, sibilans sous la partie moyenne et supérieure du sternum et sous les car- tilages des premières côtes droites , jusque vers la clavicule. Le bruit de soufflet, très prononcé, se fait entendre dans la région précordiale elle-même, et y couvre pour ainsi dire le premier bruit du cœur, dont les contractions , isochrones jl aux battemens simples indiqués, soulèvent assez fortement ï le cylindre. ' Diagnostic. — Hjyerlrophie du cœur. — Anévrisme de la V ( crosse dë V aorte. Bronchite. !] Prescription. — Saign. Z palett. ; tis. apérit.; pot. avec : I i teint, digit. K 4l8 MALADIES DU COEUR EN PARTICULIER. La saignee diminua un peu l’oppression. — Le a3 , trois jours apres l’entree , retour de l’étouffement ; anxiété ex- trême; sentiment d’un poids incommode dans la région précordiale et vers l’appendice xiplioïde ; picotement dans les membres; ventre en assez bon état. — Les jours suivans, un peu d’amélioration; visage moins- livide, respiration plus libre , même état du pouls ; battemens des veines jugulaires isochrones à ceux des carotides. — Le malade se lève et mange la demi-portion ; il a beaucoup de peine à monter l’escalier , et est obligé de s’arrêter à chaque marche. - — Le 5 juin au soir, accès de dyspnée des plus violens ; contractions comme convulsives des muscles respirateurs ordinaires ; contractions simultanées , et , pour ainsi dire , synergiques des muscles du cou , de la mâchoire inférieure et des ailes du nez ; suffocation imminente , vi- sage livide, sueurs froides (saignée de trois palettes) ; nuit assez calme; soulagement les deux jours suivans. Le 8, nouvel accès (saignée de trois palettes); nouveau soulagement. — Le 9 , à onze heures et demie du soir, attaque des plus terribles. Le malade, en proie à la crainte d’un étouffement prochain, les mains appuyées sur son lit, le visage décomposé et couvert de sueurs froides, les yeux ternes et égarés, la bouche béante, les narines dilatées, lutte, pour ainsi dire, de toutes ses forces, contre l’obsta- cle qui s’oppose à sa respiration ; les battemens de son cœur sont forts et semblables à des coups de marteau ; tou- tes les artères battent avec violence, et l’œil distingue les mouvemens de celles des membres supérieurs dans pres- que tout leur trajet. — On pratique une saignée ; mais la velue ne fournit qu’une petite quantité d’un sang épais , noir, qui coule en bavant , et se coagule presque sur-le- champ. On prescrit un bain de pieds et des sinapismes. Enfin, au bout de quelques heures , le malade revient à son état habituel. — Le ii , l’oppression se renouvelle (vésicatoire sur la poitrine). »— Jusqu’au 20, peu de changement. La OBSEIIVATIONS D’iTYPEIlTROPITTr:. l\\(^ main, appliquée sur la région où existent les hatlemens ■ indiqués précédemment , sent une sorte de frémissement vibratoire très marqué. — Du 20 au s5 , les traits s’altèrent . deplusenplus; Tœdème envahit le bras droit ; lepoulsperd ‘ de sa vibrance ; le malade est tellement oppresse qu’il nepeut r prononcer deux mots de suite; il n’a plus la force de se -soutenir, et le corps , obéissant à sa pesanteur, retombe - sur le lit , quand on le soulève ; il ne mange presque plus. iF Enfin, l’épuisement des forces et l’oppression augmen- ! tent ; le malade , couché horizontalement , glisse vers les j pieds du lit ; ses yeux sont ternes, humides, inanimés ; la ■ respiration est à cha(!jue instant sur le point de lui échap- per ; elle lui échappe en effet , et il meurt le 2 juillet, à tiune heure et demie, en essayant de boire un demi-verre dde vin que ses parens venaient de lui présenter. Autopsie cadaoérkpie , vingt heures après la mort. (Voy. lia planche ’V II). 1° Habitude extérienre. — Cadavre robuste , énormément i infiltré. Son mat dans la région du sternum , et à son côté ddroit surtout. 2“ Org. circul. et l'espir. — Le sternum et les côtes sont des plus fétides. L’enflure est gé^ nérale. Des phénomènes adynamiques ou typhoïdes se manifestent, et la mort arrive, le 12 janvier à 4 heures. Autopsie cadavérique, ly heures après la mort. 1° Habit, extér. — L’anasarque existe à un degré mé- diocre; le ventre est affaissé. Les escharres de la fesse droite sont très profondes. 2“ Orgaii. cire, et respir. — Le péricarde contient une cuillerée environ de sérosité citrine. D’un bon tiers plus volumineux que le poing du sujet, le cœur est situé trans- versalement, et sa pointe est mousse. Sa surface est sillon- née de vaisseaux très développés. Les parois des artères coi’onaires sont d'un blanc opalin, ce qui tient aux incrus- tations calcaires dont elles sont criblées. Le poids du cœur, non vidé, y compris l’origine des gros vaisseaux, est de 4^5 grani. 4^4 maladies du coeur en particulier. Vidé et lavé, le cœur pèse 4i5 gram. Le cœur paraît constitué presque en entier par le ven- tricule gauche, qui est globuleux, arrondi, et pour ainsi dire dodu. Le diamètre longitudinal de ce ventricule est d’environ 4 pouc. La cavité du ventricule droit, qui ne forme qu'une sorte d’appendice du gauche, contiendrait à peine un œuf de pigeon ou une grosse amande. Le maximum d’épaisseur des parois de ce ventricule est de 4 lig- La cavité de l’oreilleLte droite, bien qu’elle soit elle-même plutôt diminuée qu’aug- mentée, est triple de celle du ventricule. L’orifice auri- culo -ventriculaire droit est libre, la valvule tricuspide bien conformée, mais épaissie, hypertrophiée, et un peu cartilaginisée à son bord libre. L’orifice de l’artère pul- monaire et ses valvules n’offrent rien de notable. La cavité du ventricule gauche est tellement rétrécie, qu’elle admet à peine le doigt indicateur. Les parois de ce ventricule ont une épaisseur de i3 lig. à la base, de y à 8 lig. en tirant vers la pointe, et de 4 hg- à celle-ci. Les co- lonnes charnues en général, et en particulier celles qui sont destinées au mouvement de la valvule mitrale, ont un volume très considérable, et leur hypertrophie est, peut-être , proportionnellement plus prononcée que celle des parois. L’oreillette gauche, dont la eavité est sensiblement ré- trécie, offre intérieurement une couleur d’un blanc terne, tirant un peu sur le jaune; ce qui coïncide avec un épais- sissement de la membrane interne (son épaisseur est de i|4 de ligne). Cette membrane s’enlève assez facilement; elle est un peu ridée vers la base de la valvule mitrale. Un large lambeau de cette membrane que j’ai détaché, avait l’épaisseur et la consistance de la dure-mère. La circonférence de l’orifice auriculo-ventriculaire gau- che est de 4 pouc. ; la valvule bicuspide n’est pas notable- I OBSERVATIONS d’iIYPERTROPIIIE. 425 ment déformée, bien qu’un peu ratatinée, épaissie, et fibro- cartilag-inisée, surtout à son bord libre,- un peu rugueuse, inégale à sa surfaee , elle crie sous l’instrument qui l’ineise. La membrane interne des ventricules est généralement I assez pâle et parsemée de quelques points opalins, occupant j surtout les muscles tenseurs de la valvule mitrale. Vers j l’origine de l’artère pulmonaire et de l’aorte, la teinte lai- teuse ou même nacrée était aussi très prononcée, et l’endo- carde s’y détachait aisément sous forme d’une pellicule semblable à une membrane séreuse ordinaire devenue à demi-opaque. En examinant sous l’eau, on voyait flotter des lambeaux ou flocons celluleux, là où l’endocarde avait été enlevé. La cloison interventriculaire, hypertrophiée en quelque sorte aux dépens de la cavité du ventricule droit, où elle faisait saillie, offre un bon pouce d’épaisseur. La substance musculaire du cœur est d’un rouge assez vermeil e‘t d’une bonne consistance. La circonférence de l’orifice aortique est de 2 pouc. 6 lig. Cet orifice peut être exactement fermé par les valvules qui le bordent, et c^ui, sans être déformées, présentent quelques taches jaunes, rudimens d’ossifications. Des taches sembla- bles et de véritables ossifications se rencontraient dans l’aorte sous-sternale, ainsi que dans les artères coronaires. Dans tout le reste de son étendue , les parois de l’aorte sont incrustées de substance calcaire, cartilagineuse; plus épais- ses qu’à l’état normal, elles se rompent facilement et sont, Ien quelque sorte fragiles. La veine-cave et les autres grosses veines contiennent une assez grande quantité de sang à demi caillé, et sont un peu rougeâtres intérieurement. I De chaque côté de la poitrine, mais surtout à droite, se \ rencontrent des adhérences cellulo-fibreuses. A la partie f postérieure du côté gauche, les adhérences sont infiltrées > de sérosité, ! 1 426 MALADIES DU CCEUR EN rARTICULIER. Bien que gorgés d’une assez abondante quantité de sang et de sérosité (le gauche surtout), les deux poumons sont encore crépitans et pas trop pcsans. Les bronches sont arrosées de mucosité et de sérosité. Leur membrane interne offre une teinte violette assez foncée, surtout dans le poumon gauche. 3'^ Organ. clig. etannex. — La cavité abdominale contient environ un demi-litre de sérosité citrine, assez claire. La surface des intestins, lavée et comme blanchie par le liquide, est plus pâle qu’à l’état normal, et légèrement opaline. L’estomac, d’un volume médiocre, contient une bonne quantité de bile d’un jaune-verdâtre. Sa membrane interne, légèrement pointillée de rouge, est partout d’une bonne consistance, si ce n’est dans le grand cul-de-sac, où elle est un peu molle et amincie. — Les intestins grêles sont petits, contractés. Leur membrane interne est blanche, sans in- jection^ mais un peu colorée par la bile que contient la partie supérieure de cet intestin (i). — Les gros intestins contiennent des matières bien digérées, quoique un peu molles ; leur membrane interne est d’une blancheur sem- blable à celle des intestins grêjes. Le foie est un peu gorgé de sang; il est d’une consistance à peu près •normale. RÉFLEXIONS. L’autopsie cadavérique a justifié notre diagnostic pré- sumé d’une hypertrophie avec rétrécissement de la cavité ventriculaire. Est-ce à ce rétrécissement qu'il faut attribuer (1) Un examen altenlif nous lit découvrir des plaques de Peyer vers la répon iléo-cœcale. Nous en avions aussi rencontré chez d’autres sujets très âgés, qui avaient été enlevés par le choléra-morbus. Il n’est donc pas vrai que ces plaques n’existent pas chez les vieillards, comme l'ont avancé quelques médecins. Tout récemment nous les avons trouvés en partie ulcérées , en partie cicatrisées , chez une femme d'une cinquantaine d’années , qui avait succombé aux suites d’une vérilabis fièvre dite typhoïde (entérite typhoïde ). OBSEHVATIONS d’hypertropiiie.' 4 <27 les congestions séreuses passives qui existaient chez cette ïualade? S’il en était ainsi , ce rétrécissement aurait exercé sur la circulation une influence semblable à celle du ré- trécissement des orifices memes du cœur. Sans vouloir affaiblir ici l’importance de cette cause , il me parait pro- bable que les altérations de l’aorte n’auront pas été com- plètement étrangères à la gène que la circulatipn du sang a éprouvée dans le cas présent. OBSERVATION IS/i» (i). Femme de 69 ans. — Palpitations , bpttemens forts et tumultueux du cœur, etc. — Hypertrophie concentrique des deux ventricules. — Induration de la membrane interne du ventricule gauche et de la valvule bicuspide, avec rélré* cissemeut de l'orifice auriculo- ventriculaire gauche, Catherine Moreau , âgée de 5o ans , d’une constitution lymphatique, essuya, dans sa jeunesse, des rhumes nom- breux; à un âge plus avancé, elle éprouva presque con- stamment une toux sèche et une douleur fixe et profonde vers la partie inférieure gauche du sternum : phénomènes que des chagrins domestiques exaspérèrent trop souvent. Enfin, survint une nouvelle affection catarrhale, pour la< quelle la malade entra à l’hôpital Cochin , le a5 mars 181 4* Sa face était alors légèrement bouffie , ses yeux saillans , ses lèvres décolorées , la teinte générale de la peau d’un jaune-pâle; il existait une douleur profonde et un senti- ment de pesanteur à la région précordiale ; la poitrine ré- sonnait assez bien ; les battemens du cœur, irréguliers et tumultueux , n’étaient point en harmonie avec le pouls ; toutefois, cette absence d'harmonie n’était pas constante; à des palpitations précipitées et sans mesure succédaient des battemens forts et fréquens , mais réguliers , et, pour (») Celte observation appartient àM. Berlin, 4^8 MALADIES nu COEUR UN PARTICULIER, ainsi dire, d’accord arec ceux du pouls; celui-ci , assez or- dinairement petit et souple, présentait , dans les moment d’exacerbation, de la dureté, de la tension, de la vibrance; mais il ne tardait pas à reprendre son premier caractère ; la difficulté de respirer était extrême, et le plus léger exercice produisait une oppression insupportable; la posi- tion horizontale était impossible; il se manifestait des syn- copes assez fréquentes. Cet état se maintint sans changement bien marqué jus- qu’au 6 avril ; mais , le soir du même jour, l’anxiété , les palpitations et la dyspnée augmentèrent considérablement. Après un repas un peu plus copieux et une promenade un peu plus longue et plus fatigante qu’à l’ordinaire, le visage se colore légèrement; les yeux sont devenus rouges, assez fortement injectés et larmoyans ; les lèvres deviennent d’une pâleur un peu livide ; un froid insupportable s’em- pare des extrémités ; un sentiment de strangulation se dé- clare , et la malade , après quelques efforts de toux, expec- tore un sang vermeil. Le 7, on s’aperçoit pour la première fois que les jambes s’infiltrent. Les jours suivans, l’infiltration fait des progrès, mais les palpitations diminuent de force et de fréquence. Le 25, l’infiltration envahit les membres supérieurs et la face; le sommeil est devenu impossible; les palpitations entrepris leur première intensité, et la malade craint à chaque instant de périr suffoquée; le soir du même jour, les crachats sont teints de sang, mais peu abondans; la res- piration est haute et stertoreuse : la malade tombe dans un état comateux, et l’agonie se déclare; la mort arriva le lendemain 26. Autopsie cadavérique. Le cadavre est énormément infiltré : les muscles sont pâles. La poitrine contient une grande quantité de sérosité citrine ; les poumons et la plèvre n’oflrent aucune altéra- OÎÎSETIVATIONS d’iIYPEETIIOPIIIE. 4q9 lion ; le péricarde contient près de deux pintes d’un liquide absolument semblable à celui contenu dans la poitrine ; le cœur ne présente pas un volume beaucoup plus considé- rable qu’a l’état sain. La face supérieure et externe du ventricule droit est chargée d’une graisse molle et diffluentej 1 oreillette droite offre une cavité double de celle qui lui est naturelle, et l’épaisseur de ses parois est presque triplée. L epaisseui des parois du ventricule droit est plus que doublée , et cette augmentation de nutrition s est faite aux dépens de la ca- vité qui est retrecie. Les parois du ventricule gauche sont aussi beaucoup plus épaisses que dans 1 état natuiel , la ca- vité offre un rétrécissement encore plus considérable que celui du ventricule droit. La membrane qui tapisse cette cavité est dure , rénitente, fibro-cartilagineuse ; la valvule mitrale partage cette affection, et présente même quelques points osseux. L’oreillette gauche n’a rien de particulier; les autres viscères sont dans l’état naturel. KÉFLEXIONS. Dans l’observation qui vient d’être rapportée, nous voyons un nouvel exemple d’une hypertrophie des deux ventricules, opérée aux dépens de leur cavité. Le rétrécis- sement de la cavité du ventricule gauche était plus pro- noncé que celui du ventricule droit, et nous trouvons un épaississement considérable de la membrane interne du premier de ces ventricules. Cette dernière circonstance est importante à signaler : en effet , comme je crois l’avoir démontré précédemment, elle atteste l’existence d’une an- cienne endocardite ventriculaire; et l’on conçoit que la fluxion sanguine , l’hypérémie active que suppose le déve- loppement de l’hypertrophie , doit, dans le cas qui nous ■occupe , affecter de préférence les couches musculaires les plus voisines de l’endocardite , c’est-à-dire les couches 43o MALADIES DU COEUR EN PARTICULIER, internes et les colonnes charnues elles-mêmes. Or, cette liypertropliie interne affecte presque nécessairement une marche en quelque sorte centripète , et la capacité du ventricule perd alors en étendue ce que les colonnes char- nues ou les couches intérieures de sa substance musculaire gagnent en volume ou en épaisseur (i). Malgré l’existence d’une double hypertrophie ventricu- laire et la force des baltemens du cœur, la femme qui fait le sujet de cette observation a présenté des congestions sé- reuses et d’autres phénomènes qui devaient faire soupçon- ner un obstacle mécanique à la circulation centrale. Cet obstacle existait, en effet, puisque l’orifice auriculo-ventri- culaire était rétréci, et que la valvule bicuspide était in- durée et déformée au point de ne pouvoir plus remplir ses fonctions de soupape. Le rétrécissement des deux ventricules était d’ailleurs une nouvelle cause de gêne dans la circulation. L’énorme dila- tation de l’oreillette droite était l’effet de l’accumulation du sang derrière l’obstacle qui s’opposait à son libre pas- sage à travers le cœur ( cette oreillette était hypertrophiée à un très haut degré). Ajoutons enfin qu’une autre cause d’obstacle à la circu- lation et à la respiration se rencontrait dans l’énorme épanchement dont le péricarde était le siège. (i) La foi me d’hypertrophie qui existait dans le cas présent peut seule nous expliquer pourquoi le cœur ne présentait pas un volume beaucoup plus considé- rable que dans l'état sain. En effet, ce volume eût été considérablement aug- menté si , comme celle de l’oreillette droite, l’hypertrophie des ventricules eût été accompagnée de dilatation. IIISTOlhE G]KNÉRALE de l’hypertrophie. 43 1 DEUXIÈME SECTION. HIStOIRE GÉNÉRALE DE LHYPERTROPIHE DU TISSU MUSCULAIRE DU CŒUR, article premier. CiRAClàaBS ANATOMIQUES DE l’hYPEHTHOPHIB DO TISSD MOSODLAIRB DU CCEOH (1). ^ • • I. Considél'ée par rapport à l’état dans lequel se trouve la capacité des cavités qu’elle affecte , l’hypertrophie pré- sente trois formes bien distinctes, dont la détermination, appartient à M. Ber tin. La première forme est celle où les cavités du cœur con- servent leur capacité naturelle, en même temps que leurs parois sont plus ou moins épaissies : on la connaît sous le nom d’hypertrophie simple. (1) Pour pouvoir apprécier, d’une manière un peu exacte, les divers degrés de cette hypertrophie, il faut avoir bien présentes à l'esprit les données que nous àvons établies dans nos prolégomènes sur le poids et les dimensions du cœur. Kous rappellerons seulement ici les principales de ces données : Chez un adulte, d'une taille ordinaire et bien constitué , la moyenne du poids du cœur est de S à 9 onc.; la moyenne delà circonférence de cet organe, à sa base , est de 8 à 9 pouc. ; la moyenne des diamètres longitudinal et transversal est de 3 pouc. ip ( le diamètre transversal l’emporte un peu , en général, sur le longitudinal); la moyenne du diamètre antéro-postérieur est d’environ 2 pouc. La moyenne de l’épaisseur des parois . du ventricule gauche , à la base , est 6 à 7 lig. La moyenne de l’épaisseur des parois du ventricule droit , à la base, est de 2 lig. ijia La moyenne de l’épaisseur des parois de l’oreillette gauche est de I lig_ ijg La moyenne de l’épaisseur des parois de l’oreillette droite est de 1 jjg^ La cavité ventriculaire, terme moyen, peut contenir un œuf de poule ( toute* fois, la cavité du ventricule droit l’emporte un peu sur celle du gauche). 432 SIALABIES DU COEUR EN PARTICULIER. Dans la seconde former il y a augmentation de la capa- cité des cavités dont les parois sont épaissies : on la désigne i sous le nom d’hypertrophie excentrique ou anèvrismale (i). La troisième Jorme, opposée à la précédente, est celle où il existe une diminution notable de la capacité des cavités dont les parois ont augmenté d’épaisseur : elle porte le nom d’hypertrophie concentricque ou centripète (2). ^ dilatation est la plus commune de toutes les formes de l’hypertrophie. Quand la dilatation n’est pas très considérable, la nutrition semble avoir suivi, ,i dans la formation de cette espèce d'hypertrophie, les mêmes f? lois que dans l’évolution normale du cœur. Dans l’accrois- sement régulier de cet organe, en effet, il y a simultané- ment augmentation de sa masse et agrandissement de la' ca- pacite des cavités dont les parois prennent plus d’épaisseur, L’hypertrophie simple n’est pas très commune, surtout ji dans le ventricule droit. Nous n’avons rapporté qu’un seul h cas de cette dernière (obs. 120"), et trois ou quatre de la même forme affectant le ventricule gauche (obs. 65®, iiS', 1 29Q. A ces trois ou quatre cas qui nous sont propres, il faut en ajouter trois autres, dont l’un appartient à Morgagni, 1 l’autre à Corvisart, le troisième à Legallois. Nous n’exagère- rons point en disant que, pour vingt cas d’hypertrophie ané- çrismale , c’est à peine si l’on en trouve un d’hypertrophie simple. (1) Il n’est pas rigoureusement nécessaire, quand les cavités sont très dilaiCvs, que les parois aient augmenté d'épaisseur, pour qu’il y ait réellement hypertro- phie. Il suffit , en effet, dans ce cas, que les parois aient conservé leur épaisseur normale, pour qu’il existe une hypertrophie plus ou moins considérable , selon l’augmentation de la capacité des cavités. Ainsi, par exemple, le sujet de notre observation 117e, chez lequel Incapacité du ventricule gauche était triple de l’état normal, offrait assurément une hypertrophie considérable de ce ventricule, bien que ses parois n’eussent que 6 lig- d’épaisseur. (2) Voy. les pl. IV et VIII, où se trouve représentée une hypertrophie con- centrique du ventricule droit et du ventricule gauche , et comparez-les avec les pl. II et V, où l’on a figuré une hypertrophie excentrique du ventricule gauche. histoire générale de l’hypertrophie. 433 L’hypertrophie concentrique, centripète, ou avec dimi- nution de la capacité de la cavité dont les parois sont épais- sies, n’est pas aussi rare que l’hypertrophie simple, bien qu’elle ait été presque entièrement inconnue avant M. Bertin. D’après les observations que nous possédons actuelle- ment , nous serions autorisé à établir que cette forme d’hypertrophie est plus commune dans le ventricule droit que dans le gauche, et qu’elle se développe à un plus haut degré dans le premier que dans le second (i). Mais il est possible que des observations ultérieures ne confirment pas le rapport ou la loi que nous venons d’énoncer. Rappelons quelques exemples propres à fixer les idées sur le degré de la dilatation et du rétrécissement des ca- vités du cœur, dans les cas extrêmes d’hypertrophie ané- vrismale et d’hypertrophie concentrique. Chez le sujet de l’observation i32®, la cavité du ventri- cule gauche aurait pu contenir le poing, Ch*ez le sujet de l’observation 62% la cavité du ventricule droit, très vaste , aurait pu contenir un œuf d’oie, et celle du gauche, plus dilatée encore, le poing d’une femme. Chez le sujet de l’ob- servation 63®, le ventricule droit aurait pu contenir un œuf d’oie. Chez le sujet de l’observation 77% jeune fille de 7 ans, V oreillette droite était tellement dilatée , qidelle pouvait I contenir un caillot plus gros que le poing d\ui adulte. Chez le sujet de l’observation 65% la cavité du ventricule droit pouvait à peine contenir le pouce. Chez le sujet de l’observation 75®, la cavité du ventricule droit aurait pu contenir un œuf de pigeon. Chez le sujet de la 76' obser- (1) Les cas d’hypertrophie concentrique du ventricule droit contenus dans cet i ouvrage sont au nombre de S ( observ. 65, 75, 76. 77, 122, 123, i53, i54), tan- ' ' disque celles de la même forme d'hypertrophie du ventricule gauche ne sont I qu’au nombre de 5 ( observ. u8, iig, 12S, i33 et i54). Dans aucun de ces i I cinq cas, l’épaisseur des parois ne sJest élevée à 16 lig., comme cela s’est reneon- 1 Iré dans l’observation 76, relative à une hypertrophie concentrique du ventri- cule droit. 2. 28 434 MALADIES DU CŒUR EN PARTICULIER. vation , la cavité du ventricule droit, dit M. Louis, était réduite à très peu de chose, et presque nulle vers sa pointe, dans la hauteur de deux pouces. Chez le sujet de l’obser- vation 77®, le ventricule droit aurait pu contenir à peine la seconde phalange du pouce. Chez le su jet de l’observation laS®, les colonnes charnues du ventricule droit, adhérentes entre elles, étaient en même temps tellement épaissies , qu’il n’y avait presque plus de caïité, et que le sang ne pouvait plus que filtrer dans l’espace étroit qu’elles laissaient entre elles. Chez le sujet de l'observation ïi8®, le ventricule gauche pouvait a peine contenir le doigt. II. Le poids du cœur, lorsque l’hypertrophie est géné- rale et portée à un très haut degré , peut être triple du poids normal. Voici d’ailleurs quelques exemples qui feront connaître les principales différences du poids du cœur dans les cas d’hypertrophie bien prononcée ; Chez la femme de Vobserv. 60^, le cœur pesait <188 gram. (env. sa onc. ) Chez le sujet de l’observ. 1 29®, le poids du, cœur était de Chez les sujets des observ. 4^® et 65®, de Chez le sujet de l’observ. aie, de Chez le sujet de l’observ. a4®. de Chez le sujet de l’observ. i aSc, de Chez les sujets des observ, a3«, 5 2= et 66«, de Chez les sujets des observ. 22®, 62®, 64® et 124®, de i4 Chez les sujets des observ. 53®, 6g« et 76®, de 12 à i3 onc. ao onc. 18 onc. 17 onc. 1 gros. 17 onc. i6 onc. 4 gros. 16 onc. i5 onc. Uépaissew' des parois du ventricule gauche varie de 7ài41>g- \J épaisseur des parois du ventricule droit est de 3 à 5 lig. Toutefois, dans quelques cas, elle s’est élevée beaucoup plus haut : ainsi, dans l’observation 76®, elle était de 8 à 10 lig.; dans l’observation 77®, d’environ i pouc. ; et de ii à 16 lig. dans l’observation jS' (i). (1) La règle posée par M. Laënnec, savoir : « que l’épaisseur absolue des pa- mSTOIRE GÉNÉRALE DE l’iIYPERTROPHIE. 433 IIL Le 'volume du cœur est augmenté en raison compo- sée de l’hypertrophie de ses parois et de la dilatation de ses cavités. La circonférence de la base du cœur s’élève souvent à 12 pouc., et quelquefois même au-delà. Chez quelques sujets, le diamètre longitudinal du cœur est de 5 pouc., et le diamètre transversal de 8 pouc. : c’est ce qui avait lieu, par exemple, chez les malades des observations 2i* et i32., (Voy. les pl. II et VIL ) Chez le sujet de la dernière de ces observations, et chez celui de la 53®, le cœur avait trois fois le volume du poing du sujet, et réuni à une tumeur ané- vrismale de la crosse de l’aorte , grosse comme la tête d’un fœtus à terme, il remplissait les trois quarts de la cavité thp- racique.Chez le sujet de l’observation 177% jeune fille de 7 ans, le cœur occupait le tiers environ de la moitié antérieure de la poitrine. Chez le sujet de l’observation 81®, femme de 3o ans, le cœur occupait une grande partie du çôté gauche de la poitrine. IV. L’hypertrophie du cœur entraîne des changemens notables dans la forme, la situation, la direction, les rapports de cet organe. 11 est ordinairement placé transversalement ou à peu près dans le coté gauche de la poitrine, et sa pointe, ainsi lout-à fait déviée à gauche, est mousse et comme elfacée (i). Le cœur est , en général , arrondi , glo- buleux, sphéroïJe, pour ainsi dire rebondi et dodu. Toule- • roisHu venlrii'ule droit n’est, dans aucun cas, très considérable, » se trouve donc ici en déf.iut. DVprès l’ob-iervalion de M. Laënnec, celle épaisseur ne se- rait jamais de plus de 4 ou 5 lig. (i)Ce cliangement de direction du cœur, et l’effacement de sa pointe, tien- nent probablement, le premier à ce que le cœur, en augmentant de volume éprouve moins de résistance à se porter du côté vers lequel il e.st naturellement incliné, que partout ailleurs, et surtout en avant ; elle second, à la réaction des parois contre la |)oinle, qui tend à les presser d'autant plus, que l'iiyperlropbie est plus considérable. 436 MALADIES Dü COEUR EN PARTICULIER, fois, clans les grandes hypertrophies, avec dilatation, son diamètre transversal l’emportant beaucoup sur les diamè- tres vertical et antéro-postérieur, il offre assez exactement , ainsi que l’a indiqué M. Laënnec, la forme d’une gibecière (voy. la planche Vil et l’obs. iSa'). Lorsque le cœur hy- pertrophié occupe, comme noirs l’avons dit, le quart, le tiers et même la moitié de la cavité pectorale, il est évident que ses rapports avec les parties voisines doivent être mo- difiés. Les poumons sont refoulés de chaque côté, la hase du cœur remonte vers la clavicule , et la pointe descend vers les 6*, 7% et même 8® espaces intercostaux. Dans l’ob- servation 53®, par exemple , la hase du cœur répondait au 2* espace intercostal, et la pointe au 8'. (Voy. aussi les observ. 2i«, 28*, 69®, 182®, etc.) Pour éviter d’inutiles répétitions, nous renvoyons le lecteur aux faits particuliers , et à l’article de nos Prolégo- mènes consacré à la détermination du poids, du volume et des dimensions du cœur dans l’état d’hypertrophie générale et partielle. On y trouvera de nouveaux détails sur les di- vers accidens que présente l’hypertrophie, selon qu’elle occupe une seule ou plusieurs des cavités du cœur, les pa- rois de ces cavités ou leurs colonnes charnues. Ajoutons seulement ici : 1° que dans les cas où l’hypertrophie occupe exclusivement ou du moins principalement le ventricule droit, celui-ci descend plus bas que legauche, etc’estalors à lui que paraît appartenir la pointe du cœur, tandis qu’à l’état normal celle-ci est formée tout entière ou à peu près par le ventricule gauche ; 2” que dans les cas d’hypertrophie considérable de la cloison interventriculaire , celle-ci fait ordinairement saillie du côté du ventricule droit, dont elle envahit en quelque sorte la cavité ( obs. 53® ); 3® que dans l’hypertrophie simple et anévrismale, l’épaisseur des parois augmente , en général , delà pointe à la base, comme uans l’état normal, tandis que dans l’hypertrophie concentrique, la même gradation ne se rencontre pas toujours, et que, histoire générale de L’iïYrERTROPiiiE. 437 au contraire, l’épaisseur est assez souvent presque la même partout, ce qui donne surtout au cœur cette forme arrondie, globuleuse , sphéroïde , dont nous avons parlé plus haut ; 4" que c’est à l’hypertrophie des couches musculaires les plus intérieures et des colonnes charnues, qu’il faut rap- porter, en général, la diminution de capacité qui constitue le caractère distinctif de l’hypertrophie concentrique ou centripète ; 5® que , dans certains cas , c’est probablement à / une hypertropliie des couches musculaires extérieures, qu’est duc l’augmentation d’éiDaisseur des parois des cavités sans augmentation ni diminutiofi de la capacité de ces dernières , et que dans l’hypertrophie anévrismale , l’aug- mentation de nutritfon s’opère dans tous les sens à la fois, comme dans l’accroissement normal du cœur (i). Je sou- mets, au reste, celles de ces propositions qui ne sont en- core que probables au jugement des observateurs éclairés , bien disposé à profiter du fruit de leurs recherches. V. Dans l’hypertrophie pure et simple, le tissu muscu- laire du cœur est assez ordinairement d’un rouge plus rosé, plus vermeil qu’à l’état normal ; il est en même temps plus ferme, plus résistant (voy. les observations ai®, 43®, 53®, 77®, 78®, ii3®, 121®, etc. ). Il ne faut pas confondre l’épaississement vraiment hyper- trophique avec l’épaississement qui a lieu dans certaines maladies où la substance du cœur est ramollie , friable , ou indurée. Il n’y a pour ainsi dire qu’une lésion de quantité dans l’hypertrophie, tandis qu’il y a lésion de qualité et de quantité^ la fois dans les cas de ramollissement et d’indu- (1) N’oublions pas cependant que , dans les cas de dilatation très considérable , ^celle-ci dépend en grande partie d’une cause mécanique, savoir, l’accumulation du sang dans la cavité dilatée; accumulation qui est le plus ordinairement l’effet d’une induration valvulaire, avec rétrécissement d’un orifice du cœur. Aussi, dans ce cas , tout étant d'ailleurs égal, est-ce , en général , la cavité située immé- diatement derrière l’obstacle qui éprouve le maximum de dilatation. 43S MALADIES DU COEUR EN PARTICULIER, ration avec épaississement de la substance musculaire du cœur. Dans l’hypertrophie la plus pure, loin d’être alté- rée, la substance musculaire du cœur est, en quelque Sorte, d’une qualité meilleure encore qu’à l’état normal , comme l’indiquent sa fermeté et sa coloration vermeille. Il pëüt arriver, d’ailleurs, et les cas de ce genre ne sont pas extrêmement rares, que la substance musculaire du cœur, d’abord simplement hypertrophiée, éprouve un état de tàmoIUssemejit ou d' induration, et celle circonstance est une de celles dont il importe le plus detre prévenu, si l’on veut éviter de graves méprises, dans la détermination des signes propres à chacun des divers modes morbides aux- quels la substance musculaire du cœur est exposée. "Vl. L’hypertrophie du tissu musculaire du cœur, outre l’espèce de complication qui vient d’être signalée ci-dessus. Se lie à une foule de lésions nouvelles dont les unes siègent dans le cœur lui-même, dans le sang qui parcourt ses ca- vités, et dont les autres résident dans des organes plus ou ïiloins éloignés du cœur. Nous ne pouvons les décrire ici, iiiais nous allons indiquer les principales. Rien n’ést plus commun que de rencontrer, en même temps qu’une hypertrophie du cœur, les diverses lésions organiques consécutives à une endocardite, à une péricar- dite, ou à une endo-péricardite dites chroniques. Telle est mêfne la fréquence de cette sorte d’association morbide, qü’étànt donnée une inflammation chronique du tissu séro- fibreuX externe et surtout interne du cœur, on peut presque toujours affirmer l’existence d’une hypertrophie de la sub- stance musculaire de cet organe. Ce n’est point ici un de ces vains rapprochemens, de ces aperçus h priori ou préconçus que l’on invoque en faveur de quelques faux systèmes, mais bien la rigoureuse et fidèle expression des faits. Rappelons-» nous, en effet, que sur 33 cas de péricardite et d’endocar- dite terminées par induration , épaississement, etc., il n’en est aucun dans lequel on n’ait constaté l’existence d’une hy- HISTOIBE GiÎNÉRALE DE t’iIYPERTHOPIIIE. /|3g perlrophie du tissu musculaire du cœur. Dans les 21 cas d’Iiypertropliie que contient la premièi^e section de ce chapitre, il en est quelques uns qui, faute de détails sulfisans, ne doivent pas fiiire partie d’un relevé positif. Quant aux autres , ils confirment pleinement le rapport, j’ai presque dit la loi, que nous venons d’exposer. Je crois donc potivoir affirmer que l’hypertrophie du tissu musculaire du cœur et les altérations consécutives à une péricardite ou à une endocardite prolongées, chroni- ques, se rencontrent ordinairement ensemble, et que les exceptions à cette jvgie sont peu nombreuses. Mais, encore une fois, je ne suis en ce moment que le simple historien des faits, et je ne les accommode point à une théorie ^ car, personne plus que moi n'est convaincu que observations particulières ne sont point Jaites pour les théories, mais que les théories, au contraire, doivent être faites pour les observations particulières. Conformément à ce principe, nous recherche- rons plus loin quelle induction on peut tirer des résultats ci-dessus énoncés. Après les lésions dont nous venons de parler, celles que 1 on trouve encore dans le cœur conjointement avec l’hy- pertrophie de son tissu musculaire étant peu importantes a connaître, nous les passerons ici sous silence (i). Quant aux lésions des organes autres que le cœur, elles (1) Ajoutons quelques mois seulement sur l’engorgement sanguin des cavités du eœiir, que l’on ne manque presque jamais de rencontrer dans les grandes hy- pertrophies anévrismales du cœur, avec complicalion d’obstacle à la circulation. On pourra, jusqu’à un certain point, juger de la dilatation du cœur parla quan- tité de sang contenu dens ses cavités. Cette quantité est quelquéfois Viraiment ' enorme , comme le prouvent quelques uns des exemples suivons : Chez le sujet de l'observation 77e (jeune fille de 7 ans ), le caillot de sang contenu dans l’oreillette droite seulement était plus gros que le poing d’un adulte; chez le sujet de l’observation 55®, le cœur contenait lo onc. a gros de sang caillé ; chez les sujets des observations 2i« et 63«, 10 onc. ; chez Ite .sujet de 1 observation 53c, g ^ ,noyenne du poids du sang que contiennent le* carités du cœur, dans les cas ci-dessus spécifiés, est donc de 7 à 8 onc. 44o MALADIES DU COEUR EN PARTICULIER, sont a^eu près essentiellement les mêmes que celles dont nous avons parlé au chapitre de l’endocardite, et la plu- part tiennent moins à l’hypertrophie proprement dite qu’à ses complications avec d’autres lésions du cœur, parmi les- quelles celles des valvules tiennent le premier rang. Les principales, au reste, sont la dégénérescence cartilagineuse, crétacée, calcaire, du système artériel (i); les congestions séreuses et sanguines des parties extérieures, ainsi que de plusieurs organes intérieurs, et spécialement des poumons, du foie et du cerveau. Nous reviendrons plus loin sur ces diverses lésions, et nous tâcherons de rapporter chacune d’elles à sa véritable cause. ARTICLE DEUXIÈME. DBS SIGRES DE l’hYPERTEOPHIE DD COEUB ; DB SON lîîFLÜEHCB SDB LES HéMOOBHAGIES EU GÉHEHAL, ET SDH CELLES DD CERVEAU El DES POUMONS EN FABTICDLIBB. § l'f. Signes de Thypertrophie du cœur. T. Signes de l'hypertrophie du cœur en général. Les signes de l’hypertrophie du cœur se distinguent en ceux qui sont fournis par l’exploration de cet organe lui- même , de ses mouvemens et de ses bruits , et en ceux qui se tirent de l’exploration des autres organes et de leurs fonctions. Commençons par l’exposition des premiers. Signes idiopathiques de l'hypertrophie du cœur. . L’augmentation permanente de la force et de l’étendue (i) Les artères coronaires en particulier offrent souvent la dégénérescence dont U s'agit. Elles m’ont paru , en général , bien plus développées qu'à l’état normal. Chez le sujet de l’observation ii5e, l’uae de ces artères était incomparablement plus volumineuse que l’autre. histoire GÉNKRALE de t’iIYPERTROPHIE. /|/|l clesbattemens du cœur, et partant l’augmenLatlon du double bruit normal qui les accompagne , voilà réellement les si- gnes fondamentaux de l’hypertrophie pure et simple du cœur. Si nous ajoutons qu’à ces signes, se joignent l’augmen- tation de l’étendue de la matité de la région précordiale, et quelquefois une saillie notable, une voussure mani- feste de cette région , nous aurons indiqué tous les signes idiopathiques de l’hypertrophie du cœur. Entrons dans quelques détails sur chacun de ces signes. i“ Dans les cas où l’hypertrophie est très considérable, les mouvemens du cœur sont visibles dans une grande étendue du côté gauche de la poitrine et vers le creux de l’estomac, où ils déterminent une secousse, un ébranlement qu’on peut distinguer quelquefois à travers les vêtemens et les couver- tures des malades. La pointe du cœur, plus déviée à gau- che qu’à l’état normal , soulève le 6% le et quelquefois même le 8* espace intercostal , tandis que les mouvemens de la base de cet organe répondent au S*" ou même au 2' es- pace intercostal. 2° Si l’on applique la main sur la région précordiale , elle est frappée, et pour ainsi dire rudement repoussée, par des battemens du cœur, semblables à des coups de mar- teau, ou mieux encore à des espèces de coups de poing. Nous avons actuellement sous les yeux un jeune homme de 3o ans, couché au n° 9 de la salle Saint-Jean-de- Dieu , qui nous présente un remarquable exemple de cette espèce de battemens. Chez ce sujet, affecté d’une énorme hypertrophie du cœur, en appliquant la main sur le creux de l’estomac, on reçoit un choc, un véritable coup, parfaitement détaché , comme le serait un coup de poing. Dans certains cas, le cœur frappe la main de toute sa masse, tandis que dans d’autres il ne la repousse que de sa pointe. Par le toucher, on ressent l’ébranlement qui ac- compagne le choc du cœur, non seulement dans la région 44^ MALADIES DU COEUR EN PARTICULIER, précordiale, mais jusqu’à la partie postérieure du côté gau- che de la poitrine. Si, au lieu d’explorer les battemens du cœur avec la main, appliquée immédiatement sur la région précordiale, on les explore avec un stéthoscope sur lequel on appuie la main, on distingue, d’une manière encore plus précise peut- être, l’impulsion de ces battemens. Enfin, si l’on applique l’oreille sur la région précordiale, la tête est soulevée à chaque contraction ventriculaire , avec une force propor- tionnelle au degré de l’hypertrophie. Sauf le cas où ils se transforment en véritables palpita- tions , ce qui arrive pendant des exercices un peu fatigans , des émotions vives, des imprudences de régime , les batte- mens du cœur ne sont pas plus fréquensqu’à l’état normal: ils sont même quelquefois plus lents, ce qui tient peut-être à ce que la durée de la contraction, qui est en quelque sorte filée, est plus prolongée dans les grandes hypertrophies , qu’elle ne l’est à l’état sain. Hors le cas de complication avec un rétrécissement des orifices, avec une affection nerveuse du cœur, etc., les battemens de cet organe dans l’hypertro- phie sont réguliers. 3° Les bruits du cœur offrent quelques modifications, selon la forme de Ehypertrophie. L’épaisseur des parois ventriculaires est une condition peu propre à la transmis- sion de ces bruits. Aussi, lorsque l’épaisseur de ces parois est portée à un très haut degré (12 a i5 lignes et plus ), et qu’en même temps les cavités des ventricules ont perdu de leur capacité normale, les bruits du cœur sont-ils sourds, obscurs , et comme étouffés. Mais quand l’épaissCur des parois ventriculaires est médiocre, que la cavité ventricu- laire n’a pas perdu de son étendue, ou même est dilatée, alors les bruits du cœur sont plus forts, plus sonores, plus clairs ; ils se propagent dans une étendue considérable de la poitrine, et souvent même jusqu’à la partie postérieure de Cette cavité. Ën même temps l’oreille, appliquée imnie- mSTOlllE GiNÉRArt: de l’hypertrophie. 443 diatemenl sur la poitrine, fait entendre distinctement, à chaque systole ventriculaire, le tintement métallique dont nous avons longuement parlé ailleurs. (Voy. les Prolégo- mènes.) Ce n’est que dans des cas exceptionnels que l’on entend un léger bruit de soufflet chez les individus affectes d'hy- pertrophie pure et simple du cœur, et cela n’arrive guère que pendant les accès de palpitations. En général, l’exis- tence d’un bruit de soufflet constant et bien distinct chez un individu atteint d’une hypertrophie du cœur est un indice à peu près assuré d’une complication. (On trouvera dans les Prolégomènes, ainsi que dans les chapitres consa- crés à l’endocardite et. à la péricardite, les détails néces- saires sur les lésions propres à produire le bruit dont il s’agit. ’i 4® L’hypertrophie du cœur n’est point accompagnée de douleut* dans la région précordiale ; mais lorsqu’elle est très considérable, quelques malades disent éprouver dans Cette région, ainsi que vers le creux de l’estomac ou le centre phrénique, un sentiment de géiie et de poids in- commode. 5® L’étendue de la matité de la région précordiale est en raison composée de l’hypertrophie et de la dilatation du cœur. Les observations que nous avons rapportées donnent des exemples des principaux degrés que peut offrir cette étendue. Sur le vivant comme sur le cadavre, nous avons déterminé par la percussion médiate, d’une manière tout- à-fait géométrique, le volume du cœur (i). ^(1) Il est juste de déclarer que Corvisart , en percutant, suivant la méthode d Avenbrugger, était parvenu au môme résultat : « Souvent j’ai pu, dit ce pro- »fond observateur, déterminer avec exactitude (l’ouverture des cadavres l’a • prouvé) le degré de dilatation du cœur, en le mesurant , pour ainsi dire, sur •1 étendue des parois de la poitrine, où la percussion entendre un son • nul ou seulement obscur. • (Ouv. cil., p. 588). 444 MALADIES DU CŒUR EN PARTICULIER. 6® La 'voussure de la région précordiale n’avait point en- core été signalée chez les individus affectés d’hypertrophie du cœur. Elle n’est cependant pas très rare dans les cas où l’hypertrophie est considérable ; et nous l’avons constatée, de la manière la plus positive, chez un bon nombre de su- jets, non seulement par l’inspection, l’application de la main , mais aussi quelquefois par la mensuration directe. Cette voussure est accompagnée d’un élargissement plus ou moins marqué des espaces intercostaux delà région qu’elle occupe. (Voy. les observ. ai®, a3®, a4“j 43®, 5i®, 53®, 64®*) Signes réactionnels de V hypertrophie du cœur. 1° Lésions de la circulation artéi'ielle et 'veineuse. Le i pouls, dans l’hypertrophie simple et anévrismale du cœur, est fort, grand, large, bien détaché, régulier. Dans ,i l’hypertrophie concentrique^ le pouls conserve de la raideur et de la vibrance ; mais il est peu développé, comme embar- i rassé ou comprimé. En général, les sujets affectés d’hyper- ; trophie pure et simple du cœur ont le visage animé, l’œil brillant, une tendance aux hémorrhagies dites actives, et : une chaleur un peu plus élevée qu’à l’état normal. Il est à i peine nécessaire de dire que l’exploration du pouls ne ii fournit des signes que pour l’hypertrophie du ventricule i: aortique, et que si l’analogie nous porte à penser que le ii pouls del’artère pulmonaire présente les caractères ci-dessus ü indiqués, dans les cas d’hypertrophie du ventricule droit, i l’observation clinique ne nous offre aucun moyen de nous j assurer directement du fait. Les complications de l’hypertrophie du cœur avec les lésions que nous avons précédemment indiquées, modifient tellement le pouls, qu’on ne peut plus alors beaucoup compter sur son exploration pour le diagnostic de l’hy- pertrophie elle-même. Dans l’hypertrophie pure et simple du cœur, sans lésion des valvules, sans rétrécissement des orifices ou des cavités IIISTÔÎRIE générale DE l’iIYPERTROPIIIE. 44>^ du cœur, sans grave lésion organique des principaux vais- seaux artériels et veineux, la circulation veineuse s’opère librement, et il ne survient point de congestions passives , soit de sang, soit de sérosité, dans les différens organes et dans les cavités séreuses, ou dans les vacuoles du tissu cel- lulaire. Cela n’arrive réellement que dans les cas où l’hy- pertrophie est compliquée avec d’autres lésions propres à opposer un obstacle au cours du sang veineux. 2° Lésions de la respiration. En général, dans l’hy- pertrophie pure et simple du cœur, lorsque cet organe n’a pas acquis un volume très considérable, la respiration n’est pas sensiblement gênée. Mais lorsque le cœur est énorme, qu’il usurpe eh quelque sorte le tiers ou le quart de l’es- pace réservé aux poumons, la respiration devient fréquente, courte, difficile. A la vérité, dans les cas de ce genre, il est rare que ce soit là la seule cause de la dyspnée ; le plus ordinairement, en effet, une énorme hypertrophie du cœur est accompagnée d’une autre lésion qui s’oppose au libre passage du sang à travers le cœur, et détermine ainsi une congestion séro-sanguine dans les poumons. 3® Lésions de la locomotion, de V innervation , et de la digestion. Ces fonctions ne sont pas notablement jésées dans les cas d’hypertrophie pure et simple. Les lésions qu’elles peuvent éprouver, par suite des complications de l’hypertrophie, ne doivent pas nous occuper ici. Le tableau que nous venons de tracer, en traitant de l’influence qu’exerce l’hypertrophie du cœur sur diverses fonctions, est loin de ressembler exactement à celui présenté parles auteurs. Mais, on peut le dire , sans crainte d’être démenti par les laits, les signes de cet ordre n’avaient jamais été soumis au creuset d’une saine analyse, et, sur cette ma- tière, nos devanciers avaient commis de graves méprises. Qu’on ouvre leurs ouvrages, et l’on verra qu’ils donnent pour signes de l’hypertrophie ou de l’anévrisme actif du cœur, V injection violette de la face, V engorgement de tous les 44C MALADIES DU CCŒUR EN PARTICULIER. capillaires veineux en général, les hydropisies et les hémorrha- gies passives , la dyspnée, V étouffement , etc. C’est pourtant là, me permettra-t-on de le dire, une sorte de contre-sens phy- siologique. De tels signes dénotent évidemment un obstacle ■ mécanique ou vital à la circulation. Or, comment concilier ces phénomènes d’obstacle à la circulation avec une simple hypertrophie, un anévrisme actif <\\x cœur? En effet, loin d’enrayer le mouvement circulatoire, cet état du cœur constitue, au contraire, une condition propre à imprimer une nouvelle énergie au cours du sang. Peut-on supposer, en bonne et saine physiologie, qu’une véritable et simple hypertrophie du cœur soit capable par elle-même de pro- duire des phénomènes qui nous révèlent un embarras, un n affaiblissement des fonctions circulatoires? Autant vaudrait li dire alors que les larges épaules du portefaix , les bras ro- h bustes du boulanger, les vigoureux mollets du danseur, i sont des conditions qui rendront le premier impropre à I porter de lourds fardeaux, le second à remuer la pâte, et le i troisième à exécuter les divers mouvemens dont se compose i son art. Quoi ! nous attribuerions à \ anévrisme actif, à i l’hypertrophie du cœur, des symptômes évidens d’obstacle ) à la circulation! Comme si nous avions oublié que, dans les t cas d'hypertrophie, dégagés d’une complication propre à s entraver le cours du sang (voy. par exemple l’observ. ii3'), les sujets ont le pouls large, vigoureux et vibrant comme 3 les mouvemens de leur* cœur; que leur face est d’un rouge b ■vif et non violacé ; que la transpiration de leur peau est i augmentée et non diminuée; qu’ils sont prédisposés aux J hémorrhagies actives et non aux congestions sanguines ou i séreuses passives ! ftlais, répondra-t-on, d’où proviennent donc les signes } d’obstacle à la circulation , tels qu’on les rencontre si sou- ; vent chez les individus atteints d’hyperirophie du cœur? I De quelques unes des nombreuses complications qui peu- ; vent accompagner cette hypertrophie , et spécialement | HISTOnUÎ GÉNÉRALE DE l’hYPERTROPHIE. d’une grave lésion des valvules, d’un rétrécissement des ori- fices du cœur (i), de profondes altérations dans l’aorle ou les grosses veines, de la formation d’abondantes concré- tions sanguines, etc. ? C’est pour n’avoir point tenu compte de tous les élémens morbides qui se rencontrent dans les cas d’hypertrophie , pour n’avoir pas apprécié chacun d’eux à sa juste valeur, que les auteurs sont tombés dans l’erreur que nous relevons ici : Cavenclum est ^ dit très bien IMichelotii, uhi plurasimul 'vitia deprehendantur, ne sine certâ j'atione, imurn aliquod, potissimum, pro morbi causa propo~ natiir. IL Sig?ies propres a V hypertrophie de chacune deg cavités du cœur en particulier. Les signes que nous venons d’exposer s’appliquent spé- cialement à l’hypertrophie des ventricules. Nous ne pen- sons pas qu’il soit possible, dans l’état actuel de la science, de déterminer, d’une manière précise, les signes propres à I hypertrophie des oreillettes en général et à l’hypertrophie de chacune d’elles en particulier. Mais comme elle accom- pagne presque constamment les grandes hypertrophies des ventricules, le diagnostic de celles-ci entraîne en quelque sorte celui de l’hypertrophie des oreillettes. ISous n avons' point , il faut V avouer, dit Gorvisart , de si- gnes très certains qui caractérisent bien particulièrement V af- fection de Vune plutôt que de l’autre des quatre cavités du cœur. Cette assertion, fort juste sous un rapport, ne l’est pas sous tous les autres. En effet, il est des signes qui caractérisent avec certitude l’hypertrophie des ventricules. j (0 L’hypertropliie concentrique peut, quand elle est poussée très loin , équi- valoir à un obstacle à la circulation de ce dernier genre. Mais il est évident que dans celte forme de l’iiyperlropliie, qui constitue aussi un cas compliqué, c’est au rétrécissement de |a cavité, et non à i’hypertropbiç des parois, qu'il faut attribuer les pliénoipènes d’pbslacle à la circulation. 448 MALADIES DU C(®UR EN PARTICULIER. i 1*’ Diagnostic de l'hypertrophie du 'ventricule gauche. On 1 reconnaîtra cette hypertrophie aux signes suivans : Les j battemensdont nous avons décrit plus haut les caractères, se font principalement sentir dans la région des cartilages \ des 5“j 6®, y, ou même 8® côtes : c’est là que se trouvent ; à leur maximum d’intensité, la matité, et la voussure ou la saillie précédemment indiquées. En même temps*, le pouls est fort, tendu, vibrant, le visage vermeil; les yeux sont animés ; il se manifeste, à des intervalles plus moins éloi- gnés, des bouffées de chaleur vers la tête, des étourdisse- mens, des saignemens de nez, etc. 2® Diagnostic de V hypertrophie du ventricule droit. Les bat- temens du cœur, les palpitations, se font sentir particu- lièrement sous la partie inférieure du sternum (voy. i’ob- serv. 121^); c’est là surtout que se trouve la matité, et, à moins que cette hypertrophie ne soit compliquée de celle du ventricule gauche, ce qui est à la vérité très commun, le pouls ne présente pas la force et la vibrance dont nous avons parlé plus haut. Les malades sont sujets à des con- gestions sanguines actives des poumons, et quelques uns expectorent même, de temps en temps, une certaine quan- tité d’un sang pur et vermeil ( nous reviendrons tout à l’heure sur cet accident). On a répété , d’après Lancisi, que le battement , la fluctuation des veines jugulaires, ou même leur simple dilatation, étaient un signe d anévrisme, soit actif , soit passif, du ventricule et de l’oreillette du côté droit. INous avons déjà parlé de ce phénomène en traitant des lésions des valvules et des orifices du cœur, et nous y reviendrons, quand nous étudierons la dilatation de cet or- gane. Qu’il nous suffise de noter ij:i en passant que le pouls 'veineux n’est ,pas une condition nécessaire de l’hypertro- phie du ventricule droit, et que s’il existe fréquemment j avec elle, c’est qu’alors l’orifice auriculo-ventriculaire nest j pas exactement fermé pendant la systole , soit en raison de son extrême dilatation, soit en raison d’une lésion quel- HISTOIRE GÉNÉRALE DE l’hYPERTROPHIE. 440 conque qui entraîne V insiifjisance de la valvule tricuspide , défaut d’occlusion qui permet à une certaine quantité de sang de refluer du côté de l’oreillette droite et des veines qui s’y dégorgent. Etant donnés les signes généraux de chacune des formes de l'hypertrophie des ventricules, et les signes spéciaux de l’hypertrophie de chacun de ces ventricules, il est évident que l’on connaît par là ceux qui caractérisent les combi- naisons possibles de ces diverses formes d’hypertrophie entre elles. Passons donc à un autre sujet. S II. De l’influence de l’hypertrophie des ventricules du cœur sur les hémor- rhagies en général, et sur celles du cerveau et des poumons en particulier. Nous avons déjà effleuré cette question en exposant les signes fournis par l’exploration de la circulation, chez les individus atteints d’une hypertrophie des ventricules du cœur. Mais la matière nous a paru assez importante pour exiger un paragraphe à part. 1° De V influence de V hypertrophie du ojentricule gauche du cœur sur les hémorrhagies en général, et sur celle du cer- veau en particulier . De la connaissance de l’influence qu’exerce normalement le ventricule gauche sur la circulation de toutes les artères en général, on pourrait en induire, à priori, qu’un des effets dynamiques de l’hypertrophie de ce ventricule sera une pré-lisposilion aux hémorrhagies dites et aux hé- morrhagies par rupture, surtout dans les parties qui oppo- sent le moins de résistance à l’effort du sang, parmi lesquelles il faut placer certaines membranes muqueuses, la pulpe cérébrale, etc. L’expérience et l’observation sont ici con- formes aux inductions de la logique physiologique. Legallois me paraît être le premier des médecins mo- dernes qui , dans l’observation que nous ayons rapportée a. , 29 45o MALADIES DU COEUR EN PARTICULIER, ailleurs (obs. 126'), ait entrevu et indiqué l’influence d’une hypertrophie considérable du ventricule gauche sur l’apo- j plexie sanguine ou hémorrhagie cérébrale. Plus tard , M. le professeur Richerand insista d’une manière plus explicite sur cette question de physiologie pathologique, et après avoir rappelé que trois illustres médecins, Mal- pighi, Cabanis et Kamazzini, enlevés à la science par i des attaques d’apoplexie foudroyante, étaient affectés d’une | hypertrophie du ventricule aortique , il posa en principe i que cette affection était une prédisposition plus prochaine à l’apoplexie que la constitution dite apoplectique {1). Depuis, , un grand nombre d’auteurs , et M. le docteur Bricheteau i en particulier, ont soutenu la même thèse (2). Si l’hypertrpphie du ventricule gauche exerce réellement une influence notable sur le développement de certaines hémorrhagies du cerveau, on conçoit qu’elle peut aussi, mais d’une manière bien moins directe et moins prochaine, constituer une prédisposition plus ou moins marquée aux. congestions inflammatoires du même organe , et partant à l’espèce de ramollissement qui est quelquefois la consé- quence de ces congestions. Dans ces derniers temps, notre honorable confrère et ami , M. le docteur Rochoux , a nié formellement l’influence qu’on avait attribuée à l’hypertrophie du ventricule gauche sur la production de l’hémorrhagie cérébrale. Je crois que M. Rochoux a été conduit à cette opinion par la doctrine (ï) Corvisart nose pas assurer avoir observé un scuteas dans lequel l’apoplexie I ait été l’effet évident d’une maladie du cœur. Mais il pense que l ^s fuiis rapportés | par Morgagni, Laurent , Liculaud , Testa et d’ autres encore , suffisent pour i établir qu’une affection du cœur ( il ne dit pas laquelle ) peut devenir ta cause ! déterminante de l’apoplexie. ( Ouv. cité , pag. ipa. ) (a) Les premières recherches de JL Bricheteau sur cette matière ont été pu- - hliées dans le Journal complémentaire du Dictionnaire des sciences medicales. Plus récemment, ce savant observf'leur s’est occupé du même sujet dans un ou- t vrageq uia pourt lire ; CUniquedi. hôpital iVfcAcr. histoire GÉJNÉRALE de L’iIYPERTROPftlE. 4^1 qu’il s’est formée sur le mode de génération de celte hé- morrhagie, qu’il considère, contre le sentiment de tousles autres ol:>servateurs , comme étant toujours précédée d’un ramollissement particulier de la substance cérébrale (ra- mollissement héinori'ha gipare'j . En effet , on ne voit pas un rapport aussi direct entre une hypertrophie du cœur et l’espèce de ramollissement non inflammatoire dont il s’agit, qu’entre la même hypertrophie et une hémorrhagie céré- brale soit par rupture , soit par exhalation sanguihe. Au reste, ce n’est que par des observations qu’on peut résoudre d’une manière satisfaisante le problème qui nous occupe. Avant de résumer celles qui sont contenues dans cet ou- vrage, je signalerai une circonstance jusqu’ici négligée par les observateurs , savoir, la fréquence de la dégénérescence crétacée, et partant de la fragilité des' artères cérébrales chez les sujets qui succombent à une hémorrhagie cérébrale , et qui sont atteints d’une hypertrophie du ventricule gauche du cœur. On conçoit facilement combien une telle altéra- tion du système artériel du cerveau est favorable 'à sa rup- ture, et partant à la production d’une hémorrhagie. Sans doute, celte altération n’est pas constante 5 sans doute aussi , il est des hémorrhagies cérébrales chez des ïndi vidas qui ne sont point affectés d'hypertrophie du ventricule gauche; mais ce serait, à mon avis, fermer les' yeux à la double évidence des faits et du raisonnement, que de refuser à cette affection ainsi qu’à l’altération crétacée, existant chacune isolément, et surtout existant l’une et l’autre à la fois, une place parmi les causes prédisposantes ou meme déterminantes de l’hémorrhagie cérébrale. Tenons maintenant à nos propres observations. Or, sur 54 cas d’hypertrophie du cœur rapportés dans ce chapitre et dans le premier et le second chapitre dü premier livre, il en est ii, c'est-à-dire un peu plus d’un cin- quième, dans lesquels on a observé une hémorrhagie ou un, 452 MALADIES DU CœUR EN PARTICULIER, ramollissement du cerveau (i). Les cas de ramollissement sont au nombre de cinq (observ. ^5', ii6®, ii8®, 126®, et 12^*), et ceux d’hémorrhagie au nombre de six (observ. 21®, 63®, ii3% 125®, 128® et 129®). Parmi les sujets des onze cas dont il s’agit, il se trouve cinq hommes et six femmes; et, circonstance assez singulière, c’est que les cinq cas de ramollissement ont été observés chez des femmes (une seulement a éprouvé une hémorrhagie cérébrale). De ces onze sujets, un était âgé de 26 ans, un de 82, un de 4o, un de 49, un de 53, un de 56, un de 5j, un de 60, deux de 65 et un de 79. L’état des artères cérébrales n’est indiqué que dans sept cas. Dans quatre de ces sept cas, elles étaient ossifiées, crétacées. Dans deux cas elle« étaient saines et dans un autre leurs parois étaient seulement un peu blanches et épaissies. Parmi les quatre casoù l’état des artères cérébrales n’est pas indiqué, il en est un où l’on a noté une ossification des artères carotides : il est parconséquent assez probable que la même lésion existait dans les artères cérébrales. Dans six de ces cas, il existait une hypertrophie anévris- maley ou avec dilatation, de la cavité du ventricule gauche ; dans trois, une hypertrophie ou avec rétrécisse- ment de la cavité, et dans deux , une hypertrophie simple ou avec état normal de la cavité (2). r ■ I (1) Il est bon de noter que parmi res 54 cas , il s’en trouve un certain nombre dans lesquels l'hypertrophie u’affeclail pas, ou n’alfeclait que légèrement le ven- tricule gauche , ce qui rend plus forte encore la proportion que nous signalons ici. (a) Testa et Corvisart ont signalé la cécité et la fonte de l’œil comme des effets des maladies organiques du cœur. Le dernier de ces accidens est cependant tellement rare, que l’on n’en trouve aucun e\emple dans la plupart des traités des maladies du cœur. La 4* observation de VEssai sur les maladies du cœur est peut-être le seul cas de ce genre q\ie l'on puisse citer. Or, il s'agit dans ce cas d’une péricardite et non d’une de ces lésions que les auteurs ont désignées sous le nom d’organiques. , Mais ce qu’il y a de certain, c’est que le système artériel de l’œil étant en • niSTOIKE .GÉNÉRALE DE l’hYPERTROPIIIE. 453 j s-». De l'influence de l’hypertrophie du 'ventricule droit du cœur I sur l hémorrhagie ou apoplexie pulmonaire. ' Je ne possède, pour ma part, que trois observations de I véritable apoplexie ou hémorrhagie pulmonaire, chez des I individus atteints d’une hypertrophie du ventricule droit j (obscrv. 21% iio'^ et 121®). Dans deux cas , l’hypertrophie du ventricule droit coïncidait avec celle du ventricule j gauche et des oreillettes; dans un cas (observ. 121®) , elle ; existait sans hypertrophie marquée du ventricule gauche. Ces cas ne me paraissent pas assez nombreux pour pouvoir démontrer incontestablement l’influence du ventriculedroit sur la production des hémorrhagies du parenchyme même des poumons et de la membrane muqueuse des voies res- piratoires. Cependant ces faits doivent être pris en sérieuse considération, et tout porte à conjecturer (jue d’autres viendront les confirmer (i). quelque sorte une dépendance de celui du cerveau, il participe quelquefois à l’élal crétacé de cer dernier; et de là peut-être, dans quelques cas , des troubles de la circulation et de la imliïtion de l’oeil , et par suite de ses fonctions. D’autres auteurs ont placé lesmaladies dites organiques ducœur,et notamment ce qu’ils appellent l'anévrisme de cet organe , parmi les causes de la gangrène. Quant à nous, nous n'avons jamais observé cet accident que dans les cas où la maladie du coeur était compliquée d’un obstacle au cours du sang dans le système artériel de la partie gangi énée , ainsi que cela est arrivé chez le sujet de l’obser- vation Cet obstacle à la circulation artérielle d'une partie, quelle qu’en soit la nature, est une cause de gangrène, qui jusqu’ici n’avait pas encore été assez étudiée. (1) Je crois devoir rappeler ici ce que j’ai dit à ce sujet dans un mémoire sur l’hypertrophie du cœur, publié en 1824 , dans les Archives générales de méde- cine, et, un peu plus tard , dans le Traité des maladies du cœur, dont Al. Ber- tin m’avait conGé la rédaction: « Avoir démontré l’influence de l’hypertrophie »du ventricule gauche sur le cerveau, c’est avoir prouvé celle de l’hypertropliie »du ventricule droit sur le poumon; car, de même que l’encéphale reçoit directe- »inent le choc du flot de sang que le ventricule gauche lance dans l’aorte, ainsi • le poumon reçoit immédiatement l’impulsion communiquée à la colonne de • sang que le ventricule droit projette dans le tronc pulmonaire. Par conséi;uenl, • lorsque les parois de ce ventricule ont augmenté d’épaisseur et d’énergie, elles 454 WALADIES Dü COEUR EN PARTICULIER. article troisième. DIS CiVSKS, Dü MODE DE DÉVELOPPEMENT ET DE LA MABrnn r.. ’ UE LA MABCHB DE L HYPBBTHOPHIl DU CQEUa. L étiologie de l’hypertrophie du cœur laisse beaucoup adcs.rer dausiesauleursquis’ensontoccupés. Ceuxqui sont poster, eursa Corvisart n’ont guère fait autre chose que ré- péter cequi avau eiéd.t par cet illustre praticien, à l’article du mode de développement de l’uWcmme actif du cœur. « Le cœur, ainsi que tous les autres muscles du corps hu- ” main, écrit Corvisart, est susceptihie de prendre un ac- » croissement plus marqué, une consistance plus solide » une force plus considérable par la continuité, et surtout » parlenergie plus grande de son action. N’observe-t-o-n » pas, en effet, tous lesjours, un développement e.vtraordi- r naire de tous les muscles du corps chez les porlefai.v, de » ceux des bras chez les forgerons, les boulangers, etc ? » L exercice pour les muscles extérieurs, l’exercice et l’ir- » ritation pour le cœur , sont les causes principales qui font > de ces organes un centre de nutrition plus actif, et y » ixent une quantité plus grande de substance nutritive.» • impriment a la circulation pulmonaire une activité proportionnelle à leur bv- • perlrophip, surmontent parfois la résistance des vai.sseaux ; et de là des hénior- • rhagies, des apoplexies pulmonaires, qui s’opèrent ainsi par le même méca- • nisme que IVü/j/eane proprement dite, c’est-à-dire l’bémorrliagie cérébrale • dans les cas d’bypertrophie du ventricule aortique... 11 ne faut pas confondre ces • especes d bémorrbagies, ces eoups de sang du poumon, avec celles qui sont le • résultat d un grand obstacle mécanique à la circulation veineuse. » J'ajouterai à ce que j’ai dit alors qu’on retrouve rarement dans l artère pulmo- naire cette altération crétacée, osseuse ou calcaire, qui , comme nous lavons vu se rencontre si fréquemment dans l aorte et les artères cérébrales. Or, nousavoni montré que celle altération était une cause prédisposante à riiémorrbagie céré- brale, et qu’elle secondait singulièrement l’action de riiiperlropliie. Sèrait-ceà 1 absence de celte cause adjuvante qu’d faudrait attribuer, du moins en partie la rarele des bemorrbagies pulmonaires dans les cas d'bvpertropbie du ventricule Qjroitî HISTOIRE GÉNÉRALE DE l’hYPERTROPHIE. 4^5 Passant ensuite aux causes déterminantes de cet exercice j ^'forcé, de cette irritation du cqeur, Corvisari considère comme I telles : l 'étroitesse des artères ou le défaut de rapport entre le calibre des ^vaisseaux et la quantité de sang que le cœur doit y faire passer ^ tous les obstacles opposés au cours du sang soit ; par un 0)106 d' organisation , soit par un état pathologique qiiel- 1 conque, soit par V influence des affections morales sur V action du I cœur , soit parles actes du corps , peut-être aussi la qualité plus I ou moins stimulante du sang, qui, à égale quantité, doit aug- menter ou diminuer la force de V organe. {om>. cit. ; pag 69-70.) Fidèle à la doctrine de Corvisart, nous avions, dans nos premiers travaux, attaché une importance un peu exagérée I à l’influence des obstacles à la circulation aortique ou pul- monaire sur le développement de l’hypertrophie du cœur en général et de celle de ses ventricules en particulier (i). La collection de nouveaux faits, observés et analysés avec une grande attention , le rapprochement de ces faits de ceux relatifs à l’hypertrophie des organes autres que le cœur, nous ont fourni quelques nouvelles lumières sur les con- ditions qui président au développement de l’hypertrophie du cœur. ‘ Nous avons vu que Corvisart, Dupuytren, Marandel, M. Cruveilhier, etc. , rattachaient au genre irritation l’acte morbide sous l’influence duquel s’opère l’hypertrophie en général et celle du cœur en particulier. Pour distinguer ce mode d’irritation de tous les autres , nous lui conserve- rons le nom à' irritation nutritive, qui lui a été assigné par Dupuytren (2). Tous les auteurs étant d’accord sur ce (1) Les obstacles dont il s’agit sont une cause directe et prochaine de dilata- tion du cœur; aussi , lorsqu'ils sont très puissans, donnent-ils à l'hypertrophie qui peut coïncider avec eux, la forme anévrismale ou excentrique. _ (2) Nous répétons à ceux qu’offusque le mol irritation, depuis qu'il est devenu pour ainsi dire le symbole d’une grande révolution médicale, que, pour nous, l’expression ù’irritation nutritive est exactement synonyme d’augmentation de nutrition. '456 MALADIES DU CŒUR EN PARTICULIER. point, il ne reste plus qu’à déterminer les causes directes ou indirectes de l’irritation nutritive du cœur. * Les causes directes, comme l’avait très bien remarqué Corvisart, sont principalemeijt les exercices f'atigans , les professions qui exigent de grands efforts , les affections morales qui excitent de vives palpitations, un régime sti- mulant, etc. Sous ce point de vue, il en est du cœur comme de tous les autres organes en général , qui tous s’hypertro- phient sous l’influence d’un exercice trop actif auquel ils sont habituellement soumis (i). (i) Dans le mémoire que j’ai publié en 1824 sur l'hypertrophie du cœur, j'ai admis pour celle du ventricule droit une cause particulière , qu’il n’est peut-être pas inutile de rappeler ici. Cette cause consisterait dans le passage d’une cer- taine quantité de sang artériel dans les cavités droites du cœur, par suite d’une perforation congénitale ouaccidentePede la cloison inter-auriculaire ou inter-ven- triculaire. J’avoue que cette cause à’ irrilaüon ou d’excitation est un peu hypo- thétique. Il est néanmoins des considérations assez puissantes qui militent en fa- veur de notre opinion. En effet, chez les sujets des observations yü', 77', 79*, qui tous étaient affectés d’une hypertrophie du ventricule droit , il existait une communication entre les cavités droites et les cavités gauches du cœur, et partant la possibilité du passage d une certaine quantité du sang de ces dernières dans les premières. D’un autre côté, ne sait-on pas aujourd’hui que dans le. cas de passage du sang d’une artère dans une veine, comme il arrive chez les sujets atteints de ce qu’on appelle en chirurgie un anévrisme variqueux, la veine s’épaissit, s' hy- pertrophie, s'artérialise, pour ainsi dire? i\'esl-ce pas jusqu’à un certain point un phénomène du môme genre qui s’opère lorsque le ventricule ueûieax.s’hypertrophie dans le cas indiqué plus haut? 11 s'artérialise , si l’on ose ainsi parler, comme la veine qui communique avec une artère. Et je me sers d’autant plus volontiers de cette comparaison, que pour expliquer l’hypertrophie du ventricule pulmonaire ou veineux, quelques auteurs, et Corvisart entre autres, avaient cru devoir imaginer line prédisposition organique native, une transposition des yenlr'icaïes. Dans l’observation 79*, Morgagni , à qui elle appartient, dit expressément: Ventrieulus sinister formà erat quâ solet dexter, et dexter vicissim quâ sinUter ; et quanquarri hoe latior, parietibus tamen crassioribus. Ce passage Je Morgagni justiûe en quelque sorte doublement notre comparaison. Quoi qu’il en soit , en admettant que la cause dont nous venons de nous occu- per exerce réellement quelque influence sur le développement de certaines hy- pertrophies du ventricule droit, il importe de renfermer (îelte influence dans de justes limites, et de ne pas négliger les autres causes qui pourraient agir de con- cert avec elle dans les cas où son intervention peut être légitimement ad- mise. histoire générale de DinTERTROrniE. 4^7 Mais ce n’est pas toujours d’une manière aussi directe que s’hyperiropliient les divers organes en général, et le cœur en particulier ; et c’est ici que nous avons à présenter aux lecteurs quelques aperçus nouveaux sur lesquels nous a appelons loule*leur alieniion. Touslesbonsobservaieurs savent aujourd’hui combien il test fréquent de rencontrer un épaississement hypertro- j phique dans une foule d’organes qui ont été le siégé d’une ^ longue congestion inflammatoire, soit que cette congestion I ait été chronique déprimé abord, soitqu’après avoir af- fecté le mode aigu, elle ait fini par revêtir le mode chro- I nique. Et ce qu’il y a de bien remarquable, c’est que, dans les cas dont il s’agit, l’iiypertrophie pure occupe les tissus ’ voisins de celui où régnait l'inflammation plutôt que ce «dernier lui-même (celui-ci s’épaissit bien, il est vrai , 1 mais il est rare/ qu'il n’éprouve pas, en même temps qu’il ! s’épaissit, une altération de texture, un ramollissement ou une induration, par exemple). C’est ainsi que le tissu cellii- llaire, que les ganglions lymphatiques, etc., s’hypertro- phient à la suite d’ulcérations chroniques de la peau et de • certaines membranes muqueuses; c’est ainsi que les tissus fibreux des articulations, que les extrémités articulaires des os elles-mêmes s’hypertrophient à la suite d’une in- flammation chronique des synoviales articulaires; et pour passer à des faits qui se rallient plus prochainement encore à l’hypertrophie du tissu musculaire du cœur, c’est ainsi que la couche musculaire de l’estomac, de l’intestin et de la vessie s’hypertrophie assez fréquemment à la suite desphlegmasies dites chroniques delà membrane interne de ces viscères creux. Il suffisait de généraliser ces faits, dont personne ne con- testera la rigoureuse exactitude, pour établir à priori que l’hypertrophie du tissu musculaire du cœur doit se rencon- trer fréquemment à la suite des inflammations prolongées ou chroniques des membranes externe et surtout interne de cet 458 MALADIES DU CŒUR EN PARTICULIER, organe. Toutefois, ce n’est point ainsique j’ai procédé pour mon compte, et ce n’est réellement qu’à posteriori, par voie d observation directe et non par yo\Qd' induction et de généra-\ lisation, que je suis parvenu à établir que l’hypertro-’ pliiedu tissu musculaire du cœur est souvetit consécutive à la péricardite et surtout à l’endocardite chronicpies. Après avoir constaté que, sur les 33 cas bien décrits d’endocardite et de péricardite chroniques rapportés dans les deux pre- miers chapitres de cet ouvrage , il n’en était aucun où l’hypertrophie du tissu musculaire du cœur manquât, c’eût été réellement nier l’évidence que de ne pas reconnaître quelque, rapport entre cette dernière maladie et les deux premières (i). C’est alors seulement que , rappelant dans mon esprit les faits d’hypertrophie des organes autres que le cœur, et considérant les connexions qui existaient entre elle et les phlegmasies dites chroniques de ces orga- nes, je fus frappé de la similitude qui, sous le rapport que nous étudions, se trouvait entre l’hypertrophie du cœur et celle de tous les autres organes en général. Ainsi donc, le mode de développement del’hypertrophie musculaire du cœur, tel que nous venons de le signaler, n’est point un phénomène isolé, mais bien la confirmation nou- velle d’une que des faits déjà connus avaient démon trée(2). (1) A ces 33 cas d'hypertrophie du cœur, il faut ajouter les 21 que contient le présent chapitre, et qui, pour la plupart, conlirment le rapport ci-dessus énoncé. (2) Si c’en était ici le lieu , et si l’espace nous le permettait, nous montrerions de nouveaux points de contact entre l’hypertrophie du cœur et celle d’autres orqanes creux. Nous verrions que , pour les autres organes comme pour le cœur, l’hypertrophie coïncide souvent avec un rétrécissement de leurs orifices ( c’est ce qui arrive particulièrement dans beaucoup de cas d’hypertrophie des fibres charnues de l’estomac et de la vessie); que cette hypertrophie des or- ganes autres que lecœur est souvent accompagnée de la dilatation, et quelquefois du rétrécissement de leur cavité; qu’elle est générale ou partielle, et que, par exemple, il y a une grande analogie enire l’hypertrophie des colonnes charnues delà vessie (vessies à colonnes) et l’hypertrophié des colonnes musculaires des cavités du cœur, etc. HISTOIRE GÉNÉRALE DE L’nYrERïROPIIIE. 4^9 Cela éiant posé, nous pouvons placer maintenant parmi les causes indirectes de l’hypertrophie du tissu musculaire I du cœur, toutes celles qui peuvent donner lieu à une péri- cardite ou à une endocardite , avec cette condition formelle toutefois, savoir , que ces dernières maladies ne sont, en (^général, suivies de la première qu’autant qu’elles se pro- I longent et qu’elles affectent, comme on dit, le mode ou la forme chronique. Il nous semble qu’on pourrait donner le nom à’/iypertro” phie consècatwe à celle-qui se développe dans les cas dont il vient d’étre actuellement question , et le nom àdhypertro- phie primitive à celle qui s’opère sous l’influence des causes . directes que nous avons indiquées plus haut. D’après ce qui précède, on présume facilement quelle (doit être la marche de l’hypertrophie du tissu musculaire ( du cœur. Règle générale : d’après les faits nombreux con- i ténus dans cet ouvrage et dans les autres monographies sur lies maladies du cœur, l’hypertrophie du tissu musculaire t de cet organe ne s’opère que d’une manière lente et graduée. ’ De tous les cas particuliers que nous avons rapportés, deux ; seulement semblent faire exception à cette règle (observ. ii5®et ii|7®). Chezles sujets de ces deux observations, l’un i âgé de 4q ans , l’autre de 22 ans , une hypertrophie con- : sidérale du cœur paraît s’être développée dans l’espace de trois semaines à un mois. Ces exemples d’hypertrophie aiguë du cœur ont besoin d’être confirmés. Nous n’avons pas la certitude, malgré l’assertion du premier des malades,* dont nous avons recueilli nous-même l’observation, que sa maladie ne datât, en effet, que de trois semaines. Quant au second sujet, que nous ri’avons point observé , et qui n’était âge que de 22 ans , nous ferons remarquer que la maladie du cœur à laquelle il succomba coïncidait avec un rhumatisme articulaire aigu (cet ouvrage fourmille réelle- ment d’exemples de cette coïncidence). Or, il serait rigou- reusement possible qu’on eut pris pour une hypertrophie 46o MALADIES DU COEUR EN PAETICULIER. proprement dite du cœur une sorte de tuméfaction ou de turgescence inflammatoire de cet organe. Ce sera bien là , SI Ton veut, une hypertrophie du cœur ; mais en appliquant ce mot à l’état dont il s’agit, il est clair qu’on le détourne un peu de la signification qu’on lui avait jusqu’ici reconnue. ARTICLE QUATRIÈME. TaAITBUERT DE l’hYPEETBOPHIE DO COEUE. Considérée en elle-même et indépendamment des autres maladies du cœur avec lesquelles elle peut être combinée, l’hypertrophie du tissu musculaire de cet organe doit être combattue par l’usage bien entendu des émissions sanguines et des sédatifs, secondés par le repos et par un régime ali- mentaire d’autant plus sévère que la maladie est plus avancée. La fameuse méthode de Valsalva et d’Albertini ne trouve sa rigoureuse et stricte application que dans les cas où l’hypertrophie est réellement énorme. Et même dans ces cas extrêmes, on trouvera peu de malades doués d’une assez grande patience et d’une résignation assez stoïque, pour se soumettre sans réserve à une pareille méthode. Dans une maladie qui ne peut céder que lentepient et graduellement aux moyens qui lui sont opposés, il est bien difficile de formuler exactement le nombre des émissions sanguines que l’on devra pratiquer, en se conformant pour la quantité de sang à retirer chaque fois , aux circonstances d’âge, de force, de tempérament, etc. Chez un adulte, de force moyenne, affecté d’une hypertrophie du cœur d’éten- due également moyenne , 3 à 4 saignées du bras, de 3 à 4 palettes, pourront être pratiquées dans le cours du traite- ment, et l’on y joindra I ou 2 applications de ventouses scarifiées sur la région précordiale, à la dose de 2 à 3 palet- tes chacune. Le mode d’action des émissions sanguines , HISTOIRE générale DE l’hYPERTROPHIE. 4^1 dans la maladie qui nous occupe, est si simple, que nous pouvons nous dispenser de l’expliquer. De tous les sédatifs auxquels on puisse recourir, le plus efficace, le plus direct , c’est incontestablement la digitale: ce médicament, comme je l’ai déjà dit, est le véritable opium du cœur. Je n’insisterai point ici sur ses différons modes d’application; je dirai seulement que je l’ai employé avec beaucoup d’avantage par la méthode endermique. Je fais ordinairement appliquer un vésicatoire sur la région précordiale, et chaque jour on recouvre sa surface de poudre de digitale, à la dose graduée de 6 à i5 grains. On diminue ainsi, comme par enchantement, le nombre et la force des battemens du cœur , et ce ralentissement des batte- mens du cœur constitue pour cet organe un véritable repos, une sorte de diète, dont on comprend facilement tous les avantages. Car, s’il est vrai qu’un exercice im- modéré du cœur soit une des causes les plus prochaines de son hypertrophie, un des corollaires de cette proposition, c’est que la diminution d’action de cet organe constitue une condition éminemment favorable à Xdirésolutionde, la maladie que nous venons de nommer. Par les émissions sanguines, on enlève au cœur une portion de son stimulus naturel et de V aliment indispensable à sa nutrition ; par la digitale on engourdit, on assoupit en quelque sorte le principe dyna- mique ou nerveux de l’action du même organe (i). (i) Je me suis assuré un si grand nombre de fois de l’action sédative de la di- gitale, que j’ai peine à comprendre comment un observateur tel que M. Laënnec a pu lu mettre sérieusement en doute. « J’avoue, dit-il, qùe l’action de la digitale • ai! u’a jimàis parc bikn évidente , et surtout constante , même lorsque la dose • était au point de produire des vomissemens et des vertiges. J’ai remarqué seule- • menl, avec plusieurs praticiens qui se sont occupés des propriétés de la digitale, • que, dans les premiers jours de son administration, elle accélère souvent les • battemens du cœur, et que par la suite elle semble quelquefois les ralentir. » (Ouv. cit. , t. Il , p. j35. ) En vérité , je ne sais de quelle digitale M. Laënnec a pu se servir pour obser- 462 MALADIES DU COEUH EN PAETICULIEP.. Le repos de l’esprit et du corps, un régime doux et ténu, quelques tisanes rafraîcliissantes , calmantes, telles que la solution de sirop d’orgeat, l’inlnsion de fleurs de lil'eul i et de feuilles d’oranger, pont autant de moyens qu’il ne ' faut pas négliger, et sans le concours desquels (je parle sur- tout du repos et du régime alimentaire), on n’obtiendrait ! pas des émissions sanguines et des sédatifs tout le succès t qn’on a droit d’en attendre. On a vanté dans ces derniers temps l’administration de t>: l’iode dans les cas d’hypertrophie du cœur. Je n’ai employé que chez un ou deux malades, et sans résultat-avantageux, p cet anti-hypertrophique, si puissant contre une foule fe d’hypertrophies extérieures, où son emploi est bien plus ||l facile. t On constate la diminution de l’hypertrophie du cœur parles méthodes d’exploration que nous avons fait con- naître, en traitant des signes de cette maladie, et spéciale- ment par la percussion , l’inspection et le toucher. ^ Les cas dans lesquels nous avons obtenu une notable diminution , sinon une complète disparition de l’hypertro- Ter les effets ci-dessus indiqués. Ce que l’expérience la plus exacte me permet d’afûnner, de la manière la plus positive, c!est que la bonne digitale, dans les premiers Jours de son adminislration , n accélère pas souvent les batlemcns du coeur ^ et que non seulement elle skusLk quelquefois les raléntrr, mais qu’< lie les ralentit bien réellement, et, chez plusieurs individus, dans l’espace de a4 à i|S heures seulement. Nous avons fai* descendre ces hattemens de loo et plus par minute à 4S, 44» 56 et même 28. Il est bon de prévenir les praticiens que l’usage prolongé de la digitale, à une dose un peu forte, donne quelquefois lieu à un délire et à des hallucinations qui \ peuvent persister pendant plusieursjours.il importe de suspendre l’administra- I lion de la digitale , jusqu’à ce que l’accident que nous signalons ait disparu. Tout i réceminent encore (avril i855) , nous avons observé , pour la troisième fois, le ' délire produit par la digitale , chez un jeune homme, couché au n® 2 de la salle ’ Saint-Jean-de-Dieu, où il fut admis pour un rhumatisme articulaire aigu , com- * pliqué de péricardite. Au bout de trois ou quatre jours de suspension de la digi- fale , les hallucinations et le trouble des idées ont disparu. ( Le malade en a con- servé le aouvenir. ) HISTOIRE GÉNÉRALE DE l’atrOPHIE. 46^ phie du cœur, sont assez nombreux. M. Laenneo possédait une douzaine d’exemples de guérisons d’ hypertrophie simple ou aoec dilatation du coeur , qui ne s'étaient point démenties depuis plusieurs années. Un seul de ces exemples est rap- porté par M.Laennec, et il est d’autant plus intéressant que le sujet ayant succombé à une autre maladie, deux ans après la guérison, M:Laennec constata par. l’ouverture du corps que le cœur , loin d’être encore hypertrophié, était dans un état d’évidente atrophie (i). CHAPITRE II. i HISTOIRE GÉNÉRALE DE l’atROPHIE , Oü DE LA DIMINUTION: DE NUTRITION DU CCEUR (2). ARTICLE PREMIER. CARACTÈBES anatomiques de l'atBOFHIE DD COEUR. Nous avons exposé dans nos prolégomènes les clifFérences qui existent entre le poids et le volume d’un cœur atrophié (1) Voici la description de M. Laënnec : Le cœur n’était pas plus gros que ce~ lui d‘un enfant de 12 atis , bien constitué, quoique la malade, âgée dé SS ans , fût d'une haute stature (environ 5 pieds 3 pouc.). Son aspect extérieur rappelait toul-à-fiit celui d'une pomme ridée. En l^ant ce fait dans V /iuscultation médiate, comme aussi' en parcourant plu- sieurs autres passages de c6 livre, on verra que M. Laënnec confondait les signes de l'hypertrophie avec ceux qui sont propres aux obstacles mécaniques à là cir- culation. (ï) 3 'espérais pouvoir faire précéder l’histoire générale de l’atrophie du coeur d’une dizaine d’observations particulières sur cette maladie; mais, pressé par l’espace, je me contenterai d’en rapporter une seule dans cette note. Cétte obser- vation, jointe à celles que nous avons résumées dans nos prolégomènes', prouve- 464 MALADIES DU CŒUR EN PARTICULIER, et le poids et le volume d’un cœur à l’état normal. Rappelons ici les principaux résultats du résumé des sept cas d’atrophie du cœur décrits à cette occasion. ront què l’alrophie ou non congénitale du cœur ne pourrait point être révoquée en doute, comme le dit M. Cbomel ( t. VllI du D/c(ionnacr« de médecineen a5 volumes. pageôiG). OBSERVATION I35c. Femme de 6i ans. — Ballemens du cœur profonds, petits, peu étendus; bruits du cœur très faibles; pouls petit, mince. — Anciennes alftrlions du cœur et du bas-ventre. — Mort rapide, suite d’une périlonile sur-aiguë — Atrophie générale du cœur, dont le volume égale à peine'celui d’un sujet de t a ans (amin- cissement des parois, et diminution des cavités). — Traces d’une ancienne péri- cardite, et d’une ancienne péritonite. — Epanchement purulent dans le 'pé- ritoine. I Une marchande des quatre saisons , âgée de 6i ans, d’une force et d’une sta- ture moyennes, fut transférée des salles de M. Fouquier dans celles dont je suis chargé, le a3 novembre iSôa. 11 v ava#trois mois que cette femme était entrée à l'hôpital, pour une affec- tion caractérisée principalement par de la dyspnée et une inültration des mem- bres inférieurs. Elle avait éprouvé, à une époque fort éloignée de celle de son entrée, à la suite découches, des symptômes de péritonite. Plusieurs fois aussi elle avait offert des symptômes d’affection jiectorale. Au moment oü elle fut placée dans notre service, eile ne se plaignait que d'être enrhumée. Il existait du râle muqueux dans les deux côtés de la poitrine , sur- tout en arrière; crachats muqueux , toux quinteuse. Comme la malade avait été infiltrée , et qu’elle éprouvait de l’étouffement après avoir monté un escalier, on explora le cœur, et voici quels furent les résul- tats de cette exj.loration : Les battemensdu cœur étaient si profonds, si petits, si peu étendus, que 1a main, appliquée sur la région précordiale, les sentait à peine; ils étaient accom- pagnés d’un byuit sourd , si faible , qu'on l'entendait difficilement dans les inter- valles des mouvemens respiratoires, et nullement pendant ces mouveme^, qui étaient accompagnés d’un souflle assez bruyant. 11 n’existait point de bruit de soufflet dans la région précordiule. Le pouls était faible, mince, régulier- La mal.ide se proposait de quitter prochainement l’hôpital , lorsque , le a8 no- vembre, elle fut prise tout-a-coup d’une vive douleur dans le côté droit de la poi- trine, avec dyspnée, très prononcée, et légère réaction fébrile. Cependant il n'y avait point de son mat , et la respiration s’entendait assez bien dans le côté dou- HISTOIRE GÉNÉRALE DE l’ ATROPHIE. 4^5 1° Poids du cœur. Dans les sept cas indiqués, le minimum de ce poids était de i35 grammes (4 onces i à 2 gros) , le maxi- mum, de 200 grammes, et la moyenne, de 175 grammes. 2° Volume et dimensions. La moyenne de la circonférence loureux. ( Aaignée da deux palettes, douze sangsues sur le côté, boiss. pect,, looch , diète.) 29, La douleur était un peu calmée, mais non entièrement éteinte. ( niîica- ioire sur le côté, ) Le soir, une douleur des plus aiguës se fait semirdans le côté droit de l'abdo- men , vers les dernières circonvolutions de l’intestin grêle; une extrême prostra- tion se déclare; le pouls est à peine sensible, et les extrémités se refroidissent; les jambes soni le siège, sinon de véritables crampes, du moins de tiraillemens qui s’en rapprochent. ( Sinapismes.) 2o. Persistance des accidens. Comme il était alors question d’une légère ré- crudescence du choléra , il paraissait naturel de se demander si nous n’avions point affaire à quelque cas de ce genre, La malade fut examinée'avec une grande attention. Il n'y avait point eu de vomissemens ni de selles cholériques; les traits étaient grippé», les extrémités notablement refroidies, le pouls filiforme et difficile à sentir par intervalles; la douleur du flanc droit était si vive, que la pression sur celte région , quelque légère quelle fût , devenait bientôt insupportable. Je jugeai que les phénomènes observés chez celte malade étaient l’effet d’une péritonite sur-aiguë , occupant surtout la région droite de la partie inférieure de l'abdomen. La malade étant âgée, et depuis long-temps atteinte d’une affection chronique, le pronostic le plus grave fut porté. Dix sangsues sur l’endroit douloureux n’amenèrent qu'un faible soulagement, et le lendemain, 1" décembre, à dix heures du soir, la malade expira dans un état de douleur et d’anxiété extrêmes, après avoir fait des efforts de suicide. Autopsie cadavérique, 36 heures après la mort. 1“ Org. digest. et annex. — Les anses intestinales contenues dans le flanc droit et la portion voisine de l’excavation pelvienne, sont d’un rouge foncé, injec- tées, et le péritoine qui les recouvre parsemé de très minces filamens, qui sont des pseudo-membranes naissantes; quelques onces d’un épanchement sanguino- lent se rencontrent dans les environs des anses intestinales enflammées. Le péri- toine se déchire avec une extrême facilité, et , au-dessous des lambeaux qu’on en- lève, on voit une belle injection, d’un rouge artériel. Dans le côté gauche de l’ab- domen , les anses du gros intestin sont adhérentes entre elles , ainsi qu’avec l’é- piploon, au moyen d’un tissu cellulaire filamenteux , très dense ( traces évidentes de l’ancienne péritonite). L’épiploon est en même temps replié sur lui-même, et comme ratatiné. — La rate est petite, atrophiée, inégale, rugueuse à sa surface, ce 2. 3o 466 MALADIES DU CŒUR EN PARTICULIER. du coèur^ mesurée dans quatre cas, était de 6 pouces 9 li- gnes 1/2. La moyenne du diamètre longitudinal, mesuré dans six cas, était de 2 pouces 2 lignes; célle du diamètre transversal, qui dépend de Id préseticfe de plaques cartilagineuses ou calcaires qui incrustent son enveloppe séro-fibreuse. — Membrane muqueuse de l’estomac sans injection, plutôt un peu pâle, amincie dans le grand cul-de-sab, Où elle est même détruite complètement par plaques de quelques lignes d’étendue. Rougeur de certaines portions de la membrane muqueuse de l’intestin grêle ( dans le commencement et vers la fin). Membrane muqueuse du gros intestin, décolorée, anémique, of- K frant dé ndtnbreuses plaques enfoncées j d’une teinte ardoisée , qui ne sont autre k chose, les Unes que des ulcérations cicatrisées , les autres, moins nombreuses, que M des ulcères non encore cicatrisés. Développement de quelques follicules. Les ma- 'it itères contenues dans l’estomac et les Infesltns n’ont aucun caractère cholérique, üi — Uni demi-verre environ d’urine trouble dans la vessie. a® Org. respirât, et circulai. — Les deux poumons sont perméables , crépi- in tans , riches en matière noire ; le droit adhère de toutes parts à la plèvre pariétale i!i par Un tissu cellulaire bien organisé et très ancien. On ne trouve de tubercules dans aiicun point de ces organes. La membrane muqueuse bronchique est rouge , î violette , injectée , épaissie , recouverte d’abondantes mucosités , qui , en appro- i; chant des dernières ramifications bronchiques , se transforme en une matière il tout-à-fdit puriforme. Le tissu pulmonaire est, en certains points, le siège d’une ic infiltration œdémateuse. Les divisions des bronches sont manifestement très dila- tées, surtout à droite. Le cœur est d un grand tiers moins volumineux que dans l’état normal (sa gros- .seur est à peu près celle du cœur d'un individu de lo a 12 ans). Il est ridé, ,1 comme flétri à l’extérieur, o'u l’on trouve {sur les cavités droites seulement) des .1 plaques blanches, laiteuses, traces d’une ancienne péricardite. Le ventricule gau- m c lie contiendrait à peine un œuf de pigeon. L’épaisseur de ses parois est d'environ i( trois lignes. Le ventricule droit , un peu moins étroit, a des parois dont l’épais- a seur eit d'une ligne et demie d peu prés. On y trouve quelques caillots de sang, i en partie décolorés, ainsi que dans l’oreillette correspondante. Les orifices sont .1 parfaitement libres. Quelques minces incrustations à la base des valvules gau- B ches. La membrane interne du cœur n'offre aucune rougeur. Des incrustations o calcaires ou fibro-cartilagineuses de diverse grandeur se rencontrent çà et là ! dans l’aorte; l’une d’elles, enfoncée dans le tissu artériel, est circonscrite par une ligne sinueuse, ressemblant à une cicatrice; dans l’aire circonscrite par la ligne indiquée , la membrane interne parait manquer complètement On trouve aussi trois ou quatre taches rouges, produites par du sang épanché au-dessous ■ de la membrane interne. Partout ailleurs, celte membrane est d’un blanc jau- . oâtre. histoire générale de l’ATROPiliE. 467 mesuré dans les six mêmes cas , de^a pouces 7 lignes a/3 ; celle du diamètre antéro-postérieur, mesuré dans deux cas seulement, de i pouce 6 lignes 1/2. La moyenne de l’épaisseur des parois du ventricule gauche, mesurée dans six cas , était de B lignes i\G ; celle de l’épais- seur des parois du ventricule droit, mesurée dans cinq cas, de 2 lignes 3[5. Si l’on compare ces dernières dimensions avec celles de l’é- tat normal, on verra qu’elles les égalent ou même qu’elles les surpassent d’une petite quantité. Il paraît bien singulier, au premier abord , que les parois ventriculaires d’uil cœur atrophié aient plus d’épaisseur, dans quelques cas, que celles d’un cœur à l’état normal. Mais toute surprise cesse , lorsqu’on fait attention que, dans la grande majorité dès cas où le cœur s’atrophie, les parois ventriculaires reviennent en quel(]ue sorte sur elles-mêmes , et qu’elles gagnent ainsi en épaisseur ce qu’elles perdent en longueur et en largeur, à peu près comme il arrive pour les parois de l’estohlac et de la vessie, lorsque ces organes sont contractés. Au reste , il est des cas d’atrophie du cœur où les parois ventriculaires perdent de leur épaisseur. Par exemple j‘ dans l’observation placée en tête de ce chapitre (i35) , èllé n’était que de 3 lignes pour le ventricule gauche, de i‘ ligne ip pour le ventricule droit , et cependant la cavité de ces deux ventricules avait notablement jierdu dé sa capacité normale. Mesurée chez un seul sujet, l’épaisseur des parois des oreillettes était de i ligne pour la gauche et de 112 ligrie pour la droite. Notée dans quatre des sept cas dont nous rappelons le réiumé, la capacité des ventricules était moindre qu’à l’état normal : dans un cas, la cavité du ventricule gauche pouvait à peine contenir le doigt. Dans notre observation i34® , le ventricule gauche aurait Z'o. 468 MALADIES DU CtBiUR EN PARTICULIER, pu contenir à peine un œuf de pigeon (le ventricule droit était un peu moins étroit). Mesurée dans deux cas , la circonférence de l’orifice au- riculo-ventriculaire gauche avait pour étendue moyenne 3 pouces 4 lignes (celle de l’orifice auriculo-ventriculaire droit n’ayant été prise que dans des cas de lésion de cet orifice, nous ne l’indiquerons pas) ; celle de l’orifice ven- iriculo-aortique, 2 pouces 4 lignes i\2 ; celle de l’orifice ventriculo-pulmonaire, 2 pouces 4 lignes. L’épaisseur des valvules ne fut notée que dans un seul des sept cas indiqués. Toutes étaient d’une extrême minceur, à l’exception delà tricuspide, qui était anormalement boursouflée. Les comparaisons suivantes compléteront ce que nous avions à dire du volume du cœur à l’état d’atrophie. Dans notre observation i35% le volume du cœur n’excédait pas celui d’un enfant de 12 ans (le sujet de cette observation était une femme de 61 ans) ; il en était de même chez une femme dont l’observation a été recueillie par M.Laennec et que nous avons citée à l’article du traitement de l’hyper- trophie du cœur (cette femme était âgée de 57 ans et d’une taille de 5 pieds 3 pouces). Chez un homme d’environ 3o ans et fortement constitué, le cœur avait un volume qui ne dé- passait pas celui du cœur d’un enfant très jeune. Dans un cas recueilli par Burns, le cœur d’un adulte n’excédait pas en volume celui d’un enfant nouveau-né; dans un autre cas recueilli par le même observateur , le cœur d’une fille de 26 ans était aussi petit que celui d’un enfant de 6 ans. Lorsque le cœur est ainsi émacié, rapetissé, il paraît comme ridé , flétri , et c’est avec beaucoup de justesse que M. Laennec l’a comparé, dans un cas de ce genre, à une pomme ridée. En somme, il résulte de nos observations que, selon ses différens degrés, l’atrophie du cœur peut faire perdre à cet organe le quart , le tiers et même la moitié de son poids HISTOIRE GÉNÉRAI, E DE L’ATROriIIE. /[Gq et de son volume normaux. Mais n’oublions pas de faire re- marquer que le poids et le volume du cœur ne diminuent pas toujours de concert ou dans les mêmes proportions, ce qui dépend surtout de ce que les cavités du cœur à l’état d’atrophie , loin de perdre toujours de leur capacité , en augmentent quelquefois. Sous ce point de vue même, nous croyons devoir établir diverses espèces ou formes d’atrophie du cœur. forme. Les parois d’une ou de plusieurs des cavités du cœur sont amincies, sans changement notable de leur capacité , de telle sorte que le volume du cœur est peu di- minué. On pourrait donner le nom d’atrophie simple à cette première forme. 0.^ forme. Les parois d’une ou de plusieurs des cavités du cœur sont amincies en même temps que leur capacité est augmentée (i). Cette forme d’atrophie correspond à l’hypertrophie excentrique ou anéorismale. Dans cette forme, le volume du cœur peut être plus considérable qu’à l’état normal. forme. Les parois d’une ou de plusieurs des cavités du cœur ont une épaisseur égale ou- même supérieure à celle qui constitue l’état normal , mais la capacité de ces cavités est diminuée. Cette forme d’atrophie correspond à l’hyper- trophie concentrique ou centripète. Dans cette forme d’atro- phie, qui est la plus commune , tandis que c’est la forme inverse d’hypertrophie qu’on rencontre le plus fréquem- ment, les parois du cœur ne conservent ou ne dépassent la mesure de leur épaisseur normale qu’en raison de leur retrait sur elles-mêmes. Elles perdent en longueur et en (i) Il est bien entendu que, pour admettre l'existence d'une atrophie de ce genre, il faut que l'amincissement ne soit pas le simple résultat de la distension des cavités du cœur. Un des meilleurs moyens de s’assurer de la réalité de l’a- trophie , dans le cas dont il s’agit, c’est de peser le cœur. Nous reviendrons sur l’amincissement des parois du cœur en traitant de sa dilatation ( anévrisme passif). i 470 MALADIES DU CŒUR EN PARTICULIER, largeur plus quelles ne gagnent en épaisseur, de telle sorte que, maigre eette fausse hypertrophie dans le sens de l’épaisseur, le poids du cœur est d’un quart, d’un tiers, ou même d’une moitié au-dessous de l’état normal. ARTICLE DEUXIEME. SIGNES DB l'aXBOFBIB DD CCEOB. On reconnaîtra l’atrophie du cœur à des signes inverses de ceux dont nous avonsparlé au chapitre de l’hypertrophie du même organe. Les batiemensdu cœur sont petits, con- centrés; le bruit qui les accompagne est faible, et l’est d’au- tant plus que les cavités du cœur sont plus étroites et les parois plus épaisses par suite de leur retrait. La main sent difficilement le choc du cœur dans l’état de calme , et ce choc semble produit par une masse moins volumineuse qu’à l’état normal (à moins de complication de l’atrophie avec une dilatation considérable , cas dans lequel, à la vérité, l’impulsion du cœur est presque nulle). Il n’existe pas ou presque pas de matité dans la région précordiale. Le pouls est petit, mince, étroit , assez dur et résistant, dans l’atrophie concentrique \ mou , faible , mais assez large, dans l’atrophie anèurisinale ou excentrique. Lorsque tous les signes dont on vient de lire l’exposition existent chez un individu, quel que soit, d’ailleurs, l’état de la nutrition générale, on peut affirmer qu’il existe une atrophie du cœur. Mais, comme nous allons le dire tout à l’heure, l’atrophie du cœur coïncide ordinairement avec un état d’amaigrissement général. Sans doute cet amaigris- sement général peut faire présumer d’avance une atrophie du cœur, qui est un amaigrissement, une sorte do phthisie du cœur. Mais on se tromperait gravement, si l’on croyait qu’une émaciation générale suppose toujours et nécessaire- HISTOIRE GÉNÉRALE HE l’ATROEHlEj 4?t' ment un état d’atrophie du cœur. En effet, l’hypertrophie de cet organe peut coïncider avec un marasme général très prononcé. ARTICLE TROISIÈME. DBS CAUSES ET DU TRAITEMENT DE l’atROPHIE DD CCEOR. I. Les causes de Tatrophie du cœur sont locales ou généra- les. Parmi les causes locales nous signalerons la compres- sion long-tempsexercée sur le cœur par un épanchement ou toute autre cause mécanique , le rétrécissement des artères coronaires, soit mécanique, organique (on observe ce dernier dans certains cas d’induration cartilagineuse ou calcaire des artères indiquées, et quelquefois même alors , comme nous en possédons un exemple, une de ces artères est complètement oblitérée), etc. Les causes générales de l’atrophie du cœur sont les divers états morbides, ou les diverses conditions hygiéniques dont l’effet est de s’opposer à une suffisante nutrition de tout le système de l’économie. La plupart des cas d’atrophie du cœur que nous avons recueillis avaient pour sujets des in- dividus tombés dans un profond état de marasme, à la suite de quelque grave altération chronique (primitive- ment ou secondairement ) des grands viscères , tels que l’appareil digestif ou l’appareil respiratoire. Parmi ces su- jets, nous citerons surtout les tuberculeux, les cancéreux, les individus chez lesquels une entérite typhoïde, une fièvre émptive, n’ont entraîné la mort qu’au bout de deux ou trois mois , etc. II. Le traitement de l’atrophie du cœur se confond en quelque sorte avec celui des maladies dont elle peut être la suite]et l’effet : sublatâ causa, tollitur effiectus. Nous n’avons point à nous occuper ici du traitement de ces nombreuses 47'^ MALADIES DU CÔEÜR EN PAETK^ULIER.' maladies. Quant à l’atrophie pour ainsi dire primitive du cœur, savoir celle qui résulterait d’une alimentation in- suffisante, son remède est facile à trouver. Dans un cas semblable , le cœur ne fait que participer à l’amaigrisse- ment, à Vatrophie générale du corps, et l’on sait ce qu’il convient de faire chez un individu qui n’est exténué que par le jeûne et dont les organes sont d’ailleurs sains. LIVRE QUATRIÈME (i). DE l’augmentation ET DE LA DIMINUTION d’abSORPTION DES TISSUS Sl^REUX ET CELLULAIRE DU COEUR. CONSIDÉRATIONS PRÉLIMINAIRES. Nous avons vu , au commencement du Livre IP , que la diminution de séerétion des tissus séreux et cellulaire du coe.ur constituait un état morbide sur lequel on ne pos- sédait encore que fort peu de données positives. Il n’en est pas de même de la diminution du pouvoir absorbant de ces mêmes tissus. Des faits très nombreux démontrent, en effet , la réalité de cet état morbide. Mais on peut appliquer à l’augmentation d’absorption des tissus séreux et cellulaire du cœur, ce que nous avons avons dit de la diminution de la sécrétion de ces mêmes tissus , savoir, que c’est un état morbide jusqu’ici peu étudié. Toutefois, on aurait tort de révoquer en doute, je ne dis pas seulement sa possibilité , mais son existence; car, dans les cas fort communs où l’on voit disparaître des épanchemens séreux ou autres , il est de toute évidence que cela n’a lieu qu’à la faveur d’une augmentation dans le travail normal de l’absorption. Tout ce qu’on peut dire, c’est que, dans les cas dont il s’agit, l’augmentation de l’acte de l’absorption mérite moins d’être (i) Ce livre devait être le troisième et non le quatrième. Il était naturel, en effet, de traiter de l’augmentation et delà diminution de l’absorption des tissus séreux et cellulaire du cœur après avoir étudié l’augmentation et la diminution de sécrétion de ces mêmes tissus. Le lecteur voudra bien nous pardonner cette lé- gère erreur de lieu. 4y4 MALADIES BU CCEUE EN PARTICULIER.' considéré comme un état morbide que comme une sorte d operation médicatrice. JNotre intention n’est pas, au reste, de disputer ici sur le nom qui convient à l’acte que nous signa- lons, mais bien d’en prouver la réalité. Nous ne consacrerons point un chapitre particulier à l’é- tude de l’augmentation d’absorption des tissus séreux et cellulaire du cœur. Content d’avoir signalé ici ce phéno- mène , nous allons entrer en matière par 'l’histoire de l’hydropéricarde passif, à laquelle nous joindrons celle de l’œdème passif du tissu cellulaire du cœur. On trouve quelquefois dans le péricarde , un liquide sé- reux ou aqueux qui, au lieu de provenir d’une augmenta- tion de la sécrétion ou d’une diminution de l’absorption de cette membrane séreuse, s’y est introduit à la faveur de la rupture d’un kyste séreux ou hydatique dans la cavité du péricarde. D’autres fois , on rencontre dans cette même ca- vité une certaine quantité de sang ou de gaz (i). Nous avons cru conyenablede parler de cesdiversesaffections, à la suite des épanchemens dans le péricarde produits par un défaut d’équilibre entre la sécrétion et l’absorption, qui s’exercent à la surface de cette mernbrane séreuse. Elles seront l’objet du Chapitre ii" de ce IV® Livre. , (i) Un abcès enkysté ou non enkysté, développé dans le tissu cellulaire qui avoisine le péricarde; un épanchement pleurétique circonscrit^ un abcès du pou- mon, poüriaient aussi s’ouyrir dans le péricarde, et donner lieu à une collection purulente, dont une péricardite n’aurait pas été la source. On a écrit dans plu- sieurs ouvrages, par exemple, que le fils de J.-L. Petit avait succombé à un abcès du médiasliii qui s’était l'ait jour dans le péricarde. DE L’iIYDROPÉKICARDEr 4?^ -Tir CHAPITrxE P.REMIER. « DE l’hydropéricarde PASSIF, ET DE l’o|;d|;me DU TISSU CELLULAIRE DU CŒUR. . J ^ il r , \ § I. Caraclères anatomiques. L’hydropéricarde passif ne diffépnt point sensil:)|epgieDt de l’hydropéricarde actif, sous le point de yue des ç^r raclères anatomiques, nous n’ajouterons rien ici à ce qnp nous ayons dit ailleurs (voy. pag. 334 " raclères. , Quant aux caractères anatomiques {dePoeç^è’pe dp epeu^» lesvoici :1e tissu cellulo-graisseux qui enveloppe cetorgane se présente sous forme d’une masse tremblotante, géla- liniforme, et la pression en fait sortir un liquide séreux, transparent, tantôt incolore, tantôt légèrement coloré en jaune ou en jaune-verdâtre. Ainsi pénétré, infiltré et comme imbibé de sérosité, le tissu cellulaire offre une teinte opaline ou d’un blanc mat, comme il arrive (juand on le fait macérer dans l’eau pendant un certain temps. § II. Diagnostic. Les Signes physiques de l’hydropéric^rde pa^j^sont es- sentiellement les mêmes que cepx de l’hydropériç^r^e actif (voy. pag. 336 et suiv.). C’est surtout par la considéra- tion des causes différentes sous l’influence desquelles i|s se développent l’un et l’autre, que l’on peut paryepir à les distinguer entre eux. R n’est aucun signe qui puisae nous faire reconnaître positivement l’œdème passif du cœur. On peut tout au 476 MALADIES DU CCEüR EN PARTICULIER. plus en soupçonner l’existence chez les individus atteints 1 d’une hydropisie générale passive. § III. Causes. La double hydropisie qui fait le sujet de ce chapitre re- connaît les mêmes causes que toutes les autres hydropisies passives en général, savoir les nombreux obstacles au cours du sang, qu’ils soient purement mécaniques et physiques, ou qu’ils soient, comme on le dit, vitaux. L’oblitération des veines cardiaques serait, sans doute, une cause d’hydropéricarde passif et cl' œdème passif du cœur ^ mais je ne sache pas qu’elle ait encore été constatée. J’ai souvent rencontré chez les individus atteints de cette double hydropisie , une dilatation considérable , une sorte d’état variqueux des principaux rameaux et du tronc des ^ veines coronaires , ce qui était un indice de la difficulté avec ni laquelle ces veines se dégorgeaient dans l’oreillette droite. J l) § IV. Traitement. L’hydropéricarde passif réclame les mêmes moyens I que toutes les hydropisies passives en général , tels « que les saignées , les diurétiques , les purgatifs , etc. |, Tous ces moyens, en dégorgeant, chacun à leur ma- nière, le système sanguin, favorisent la résorption de l’épanchement. Mais ce n’est pas assez que de combattre l’épanchement lui -même, il faut attaquer \di cause sous l’influence de laquelle il s’est opéré. Si l’on ne parvient pas à faire disparaître celle-ci, l’épanchement ne man- quera pas de se reproduire. Malheureusement, dans la plupart des cas, la lésion à laquelle se rattache î’hydropisie qui nous occupe est au-dessus de toutes nos ressources. DE L’HYDROPÉUICi^RDE. 477 CHAPITRE II. ARTICLE PREMIER. / I»B L*HYDR.OPiRlCARDK PRODUIT PAR LA RUPTURE D^ülV KYSTE SEREUX OU HYDATIQUE f DANS LE PÉRICARDE. Aucun des auteurs de traités sur les maladies du cœur n’a signalé l’espèce d hydropéricarde dont il est ici question. Je n’en connais moi-même qu’un exemple, qui a été publié, dans le t. XP du Joui'nal hebdomadaire de médecine , par M. le docteur Alibert , alors interne des hôpitaux. Voici cette curieuse observation. OBSERVATION I36<-. Homme de 3g ans. — Voussure de la partie inférieure du côté droit de la poi- trine; matité dans la môme région, ainsi que dans la région précordiale. — Bat- temens de la pointe du cœur, à trois pouces en dehors de l’articulation des trois dernières côtes sternales gauches. — Rupture d’une poche hjdatique très volu- mineuse dans la cavité du péricarde. « Ln homme âgé de 3p ans était malade depuis trois ans, » lorsqu’il entra à l’hôpital Necker le i6 février 1828. Il » éprouvait une douleur sourde dans le côté droit de la » poitrine, avec toux et dyspnée. Le côté droit de la poi- » irine sur lequel le malade se couchait de préférence, était » plus développé que le gauche , surtout inférieurement ; » là, les espaces intercostaux étaient élargis, et jusqu’au ni- » veau de la quatrième côte sternale, la percussion ne « donnait aucun son, l’auscultation aucun bruit respira- 3> toire. » Le cœur semblait avoir éprouvé un déplacement, car 47^ MALADIES DD CŒUR EN PARTICULIER. » c était a trois pouces au moins en dehors de l’articulation des » 5®, 6® et vraies côtes, que l’on sentait le mieux son im- » pulsion. Ses battemens s’entendaient du reste très bien » au-devant du sternum et dans tout le côté droit de la » poitrine, principalement à sa partie inférieure. » Le 3o mars, au matin, le malade dit avoir passé une » nuit très pénible. Son anxiété était extrême, et il ne pou- » vait rester couché. La douleur s’était étendue à la région a précdrdiale, laquelle. Comme les jours précédons, ne » résonnait plus lorsqu’on la percutait. Les battemens du » cœur étaient tumultueux, et, quoique faibles, s’enten- » daient dans une plus grande étendue. On entendait aussi » dans la région du cœur , surtout à droite, vers le sternum, » un bruit particulier, clair, qui se renouvelait à chaque » mouvement respiratoire, et assez semblable à celui que » l’on produit en déchirant un petit morceau de papier » bien sec. » Mort dans la matinée. » Autopsie cadavérique , 20 heures après la mort. » Eh divisant les cartilages costaux à gauche, le bistouri » pénètre dans la cavité du péricarde, d’ou il s'écoule une » assez grande quantité de sérosité inodore , citrine et tout-à- » fait limpide du reste. Le péricarde conserve sa couleur, son )) épaisseur et sa transparence naturelles . Dans le côté droit du thorax; entre le diaphragme, le poumon, qui est refoulé )i vers sa i’acine, et le cœur, considérablement déjelé à > ga'ùchë, il eiiste une hydatide de la grosseur de la tète » d’un énfant d’un an. Les parois de cette vaste poche ont » environ une ligne d’épaisseur; elles sont homogènes, » d’un blanc laiteux, fragiles, et résu) tent de la juxta-posi- i lion de plusieurs feuillets très minces... Le liquide que » cette poche contient est limpide et en tout semblable à celui qui i) Le trouvait dans le péricarde. La cavité du kyste hydatique » communique avec le péricarde, au moyen d'une ouverture yL toute récente^ étroite, longue de 4 lignes et située derrière l'o^ y> » 1) DE l’iIYDROPÉRICARDÉ. reilleüe droite, au-devant de la 'veine cave inférieure. Cette ouverture permet au liqld'de kontéhü dans Vhjdatide de passer librement dans la cavité du péricarde, et vice versa. » ARTICLÈ DEUXIÈME. DI l’hÉMOPÉRICARDB , 00 DB l’bP AKCHEMKNT DE SANG DANS LA CAYITlè 1)0 PEBICABDE. r*îoü*s avons vu, en traitant dès caractères ânatomiquès dé la péricardite, que répanchèmerit qu’elle èhtraîriè â sà suite pouvait contenir une certaine quantité dé sàDg. Ce n est pas des cas de ce genre que nous avons à noiis occuper ici. il s’agit dés epancheméris de sang pur que l’on fën- contre quelquefois dans la cavité du péricarde. La source des épànchèriiëns de cetié espece est variable : ils peuvent, en effet, provenir de la rupture des vaîsséàüx véi- neux ou artériels du coeur , de la rupture des parois dé cet organe ou de celles des gros vaisseaux qui s’insèrent à sa base. Le sang qui constitue ces épanchemens est donc tantôt artériel et tantôt veineux. Il est ordinairement coagulé, du moins en très grande partie. L’hémopéricarde n’étant qu’un accident , qu’un effet d’une autre maladie, il nous suffit de le signaler ici eri passant. Les signes physiques de cet épanchement doi- vent être essentiellement les mêmes que ceux d’un épan- cliement séreux. Nous manquons, au reste, de faits sur ce sujet. Lorsque cet épanchement est le résultat d’une rupture du cœur, de l’origine de l’aorte ou de l’artère pulmonaire, il est suivi d’une mort subite, aussi prompte que l’éclair, et c’est là l’hémorrhagie foudroyante par excellence. 48o MALADIES DU COEUR EN PARTICULIER. ARTICLE TROISIÈME. Dü PNBOMOPÉaiCARDB ET DE L’iIYDaO-rUBDUOPiaiC AHDB. Le développement d’une certaine quantité de gaz dans la cavité du péricarde, est un phénomène qui n’a pas encore été suffisamment étudié. La quantité et la qualité ou la nature chimique des gaz rencontrés dans le péricarde, n’ont pas, jusqu’à présent, été indiquées d’une manière précise. Distendu par ces gaz, le péricarde résonne à la percussion comme un ballon ; si l’on incise ses parois , les gaz s’en échappent avec sifflement. Le pneumopéricarde coïncide ordinairement avec un épanchement liquide. M. Laënnec dit néanmoins avoir ren- contré le péricarde distendu seulement par de l’air. Les causes du pneumopéricarde ne sont pas encore bien connues. Dans les cas où il co-existe avec un épanchement de pus fétide, c’est à la décomposition de celui-ci qu’il con- vient de le rapporter (i). Suivant M. Laënnec, legazdupé- ricarde semble quelquefois dégagé du liquide séreux contenu dans le péi'icarde, ou mêlé avec lui par suite des derniers mowemens du cœur, car il forme des bulles à la surface du liquide. M. Laënnec dit aussi, mais sans preuves suffisantes, que V épanchement liquide et aériforme à la fois du péricarde, peut avoir lieu dans l'agonie de toutes les maladies. Le diagnostic de l’hydro - pneumopéricarde repose sur deux signes principaux, savoir une résonnance tympanique et un bruit de fluctuation dans la région du péricarde. « Il m’est arrivé quelquefois, dit M. Laënnec, d’annoncer (i) Il peut se développer des gaz dans le péricarde comme dans une foule d’autres parties , par suite de la décomposition putride des sujets dont on prati- que l’ouverture. Mais ce n'est pas de ce pneumopéricarde cadavérique, et en quelque sorte posthume, qu'il est ici question. DE l’hYDRODÉRICADDE. 4^ ^ » le pneumopéricarde, à une résonnance plus claire du bas » du sternum, survenue depuis peu de jours, ou à un bruit » de fluctuation déterminé par les batlemens du cœur et » par les inspirations fortes. » Dans un cas d’hydro-pneumopéricarde observé récem- ment par M. le docteur Bricheteau, il existait dans la région précordiale un hrail qui ressemblait assez bien a celui que fait l'eau agitée par la roue d’un moulin, et dû évidemment aux mouvemens alternatifs du cœur (i). On ne peut réellement confondre l’hydro-pneumopé- ricardeavec aucune autre maladie. Il est vrai que lorsque l’^estomac est distendu à la fois par des liquides et des gaz et qu’il remonte vers la région pré- cordiale , le son clair que rend à la percussion la région correspondante à cet organe et le bruit de fluctuation que l’on produit par une secousse brusque de cette même région, pourraient, au premier abord, donner l’idée d’un hydro- pneumopéricarde , comme aussi d’un hydro-pneumothorax. Mais il suffit de quelque habitude clinique et d’un peu d’at- tention pour ne pas commettre une erreur aussi grossière. L’agitation j'hythmique du liquide par les mouvemens alter- natifs du cœur, et par suite le bruit de roue de moulin, pour me servir de la comparaison de M. Bricheteau, sont en quel- que sorte la clefdu diagnostic de l’hydro-pneumopéricarde. (i) A Touverture du cadavre du malade chez lequel M. Bricheteau avait en- tendu le bruit dont il s'agit , on trouva un épanchement consécutif à une péri- cardite chronique. La matière purulente exhalait une odeur extrêmement fétide. La percussion du péricarde, non encore incisé, donnait un bruit de flot. A l’ou- verture de ce sac, un gaz se dégagea avec sifflement. 3i CLASSE DEUXIÈME. SES UALADIBS QUI CONSISTENT 8N UNE LESION SIMPLE BT PBIMITIVB UB l’innervation ou gceub, od des nkvhoses de cet organe. CONSIDÉRATIONS PRÉLIMINAIRES. On ne trouve presque rien sur les névroses du cœur dans les auteurs les plus célèbres de traités ex-professo sur les maladies de cet organe. Corvisart, par exemple, n’a pas même prononcé le nom de cette classe de maladies. M. Laënnec a consacré une dizaine de pages à leur étude. M. le professeur Andral ne s’en est point occupé dans la partie de sa Clinique médicale où il a traité des maladies du cœur. Commençons par bien nous entendre sur la définition maladies qui font actuellement le sujet de nos recherches. Il ne s’agit point ici des maladies organiques proprement dites auxquelles les nerfs du cœur sont sujets, comme toute autre partie organisée et vivante , mais bien des lésions du principe même de l’innervation, dont les nerfs ne sont en quelque sorte que les dépositaires ou les conducteurs (i). Nous manquons malheureusement d’observations sur les diverses lésions appréciables , telles que l’inflammation , (i) Cette déGnition est aussi celle qui a été adoptée par M. Laënnec : » Parmi « les élèves des écoles médicales actuelles, dit-il, beaucoup sont aussi peu dispo- wsés à reconnaître des maladies nerveuses, autres que les affections organiques «des nerfs et de l’appareil cérébro-spinal , qu’à admettre les altérations /jnmi- ttives des liquides; on ne peut cependant se eefuser a croire que toute ma- aladie dans laquelle on ne trouve ni lésion constante dans lrs solides, ni • altération évidente dans lrs liquides, ne peut consister qo'bn un trouble • QURLCONQIJK DK l’iHNERVATION. • (OuV. cil. , l. II, p. 744* * ) DES NÉVROSES. 4^3 l’hypertrophie, l’atrophie, etc., dont les nerfs du cœur peuvent être affectes, et certains cas que nous rattachons à de pures névroses du cœur, ne sont , peut-être , au fond que des exemples de quelques unes des Xésions appréciables , matérielles, signalées ci-dessus. Nous regrettons vivement de ne pouvoir combler la grande lacune qüè présente cette partie de la pathologie du cœur. • Quoi qu’il en soit, nous allons décrire, aussi exactement qu’il nous sera possible , les maladies que nous avons cru devoir ranger dans la classe de névroses proprement dites, et qui peuvent être divisées en trois espèces principales , suivant qu’elles consistent en une augmentation , en une di- minution ou en une irrégularité des phénomènes auxquels président les nerfs du cœur. On pourrait donner lé nom à’ hyperdynamie du cœur à l’augmentation des mouvémèns de cet organe; celui adynamie à la diminution de ces mouvemens ; et enfin celui àé alaxodynainie à l’irrégülarilé de ces mêmes mouvemens. N’oublionspas de faire remarquer, avant d’entrer en ma- tière, que les divers phénomènes que nous allons étudièr à l’état simple, se rencontrent dans quelques-unes des maladies organiques qui ont été décrites dans les précédens chapitres , et nous les avons, par conséquent, placés parmi leurs symptômes. Il s’agit maintenant de faire connaître les cas où les troubles de l’innervation du cœur existent en quelque sorte par eux-mêmes, c’est-à-dire isolés de toute lésion appréciable des divers tissus de cet organe, et sous l’empire de conditions purement dynamiques. 3i. 484 MALADIES DD CŒUR EN PARTICULIER. ARTICLE PREMIER. DES PÀLPITATIOHS NEBVEOSES DO CQEDB. § I. Idée générale. On donne le nom de palpitations nerveuses à ces mouve- mens tumultueux, forts etfréquens, dont le cœur est quel- quefois agité, chez des sujets qui ne sont atteints d’aucune lé- sion matérielle appréciable de cet organe. Ces mouvemens peu- vent ne durer que quelques inslans, ou bien , au contraire, persister pendant long-temps. Ils sont sentis par les per- sonnes chez lesquelles ilsexistent, tandis que les battemens ordinaires du cœur ne le sont pas, au moins chez l’immense majorité des hommes. Les bruits du cœur augmentent de force pendant les palpitations, et c’est particulièrement alors que le médecin les entend à distance, et que les malades les entendent eux- mêmes , surtout lorsqu’ils restent couchés sur lecôté gauche. Les palpitations sont quelquefois accompagnées d’un léger bruit de souffle , qui disparaît aussitôt que le cœur est revenu à son état de calme. Ces palpitations sont quelque- fois accompagnées d’un sentiment de malaise et d’anxiété difficile à caractériser, et dont on rapporte le siège à la région précordiale; quelquefois même il y a une ten- dance très marquée aux défaillances et à la syncope. § II. Causes des palpitations nerveuses. Les palpitations dites nerveuses se rencontrent dans une foule de cas très différens les uns des autres et qu’il nous importe de faire brièvement connaître. Commençonspar établir d’abord que le tempérament ner- veux constitue une prédisposition très réelleaux palpitations dont il s’agit , comme en généralà toute autre maladie ner- veuse.Cette prédisposition étant donnée, voyons maintenant quelles sont les diverses conditions propres à déterminer les palpitations de l’espèce qui nous occupe ici. DES NÉVROSES. /|85 i” Les affections vives de lame, la joie, la frayeur, la colère, provoquent souvent des palpitations. Il est des affec- tions moins vives, qui, par la continuité de leur action , amènent également à leur suite des palpitations : telles sont la tristesse, la mélancolie, la nostalgie. C’est à cette catégorie qu’il faut rapporter ces palpitations si communes chez les étudians, qu’elles,ontreçu à Edimbourgia dénomi- nation de maladie du cœur des étudians. Les excès d’étude et les veilles, etc., favorisent singulièrement le développe- ment de ce genre de palpitations. 2° L’abus des boissons spiritueuses, du régime excitant en général, suffît quelquefois pour donner naissance aux palpitations. Il en est de même de l’excès des plaisirs véné- riens, et de l’onanisme en particulier. 3° Des palpitations qui n’ont pas encore été suffisamment étudiées et qui rentrent vraiment dans la classe des palpita- tions nerveuses, sont celles qui apparaissent chez les in- dividus et On sait, d’ailleurs, com- bien sont nombreuses les causes de l’anémie et de la chlorose; mais que ces états morbides soient le résultat d’abondantes hémorrhagies ou de quelque lésion viscérale qui porte une atteinte profonde à l’hématose et à la nutrition , il est dé- montré par l’expérience qu’il suffit de la plus légère- cause pour faire éclater alors des palpitations. Les palpitations chlorotiques ont été de notre part l’objet d’une étude d’autant plus attentive, qu’elles sont journelle- ment confondues avec celles qui accompagnent certaines maladies organiques du cœur. L’erreur est très facile à commettre par les médecins qui ne se sont pas assez fami- liarisés avec le sujet dont il s’agit ; car les personnes chlorotiques, comme les personnes affectées de certaines lésions organiques du cœur, éprouvent de la dyspnée et de l’étouffement au moindre exercice , après avoir monté un escalier , etc. 11 fut une époque où nous manquions nous- même, dans quelques cas, des éléraens propres à nous 486 MALADIES DU CŒUR EN PARTICULIER, faire bien distinguer ces deux genres de cas les uns des autres. 11 n en est plus de même aujourd’hui, et quiconque aura lu attentivement cet ouvrage et aura observé pendant quelque temps les maladies dont il traite , saura se pré- server d’une erreur de diagnostic d’autant plus grave, que le traitement de la chlorose pure et simple est diamétrale- ment opposé à celui que réclament les maladies organiques du cœur avec lesquelles on pourrait la confondre. Les palpitations chlorotiques ne sont pas le plus souvent accompagnées d’un bruit de soufflet du cœur bien caractérisé; mais constamment, dans l’état chlorotique bien décidé, les artères d’un grand calibre , et spécialement les carotides et les crurales, font entendre ces bruits variés qui tantôt imitent le ronflement d’un diable, le sifflement ou le gémissement du vent qui traverse une serrure ou une fente étroite, le bour- donnement de certains insectes, le roucoulement plaintif de quelques oiseaux , etc. Depuis trois ans, j’ai rencontré une centaine de fois au moins le phénomène dont il s’agit chez les chlorotiques. C’est inconstestablement un des caractères les plus constans à la fois et les plus curieux de la chlorose confirmée (i). 4® Il est des palpitations d’une autre espèce que les auteurs paraissent avoir aussi un peu trop négligées : je veux parler de celles qui apparaissent sous les mêmes influences que ces douleurs vagues ou ambulantes, que l’on connaît sous le nom de r/t?^ma?w//2a/e5.Lespalpitations en quelque sorte rhumatis- males coexistent assez souvent avec une douleur dans la ré- (i) Nous avons rapporté plusieurs cas de palpitations chlorotiques dans nos Prolégomènes, à l'occasion des bruits anormaux des artères. Il serait superflu d’en consigner ici de nouveaux. Je dirai seulement que tout récemment ( mars et avril iH35 ), nous avons eu successivement , au n® 4 de la salle Sainte-Made- leine , deux chloroti ques et celles qui, en étant indépendantes, ont été appe- » lées nerveuses, peuvent être souvent distinguées fa- ï cilement les unes des autres. Mais lorsque les palpitations » dites nerveuses se répètent ou se prolongent, lorsqu’el- » les ont une grande intensité , le diagnostic devient par- \ n/ois très difficile. Cherchera-t-on à l'établir d’après la * nature des symptômes qui existent pendant la durée ^ des palpitations? on pourra n’arriver à rien de satis- ; > faisant. En effet , les palpitations nerveuses peuvent ' y> produire les mêmes phénomènes locaux et généraux » qui accompagnent les palpitations liées à une affection » organique du cœur. Hors même le temps des palpita- ï tions, il y a plus d’un cas où le diagnostic restera encore » obscur. En effet, dira-t-on que les palpitations étaient » nerveuses, par cela seul qu’après qu’elles se sont dissipées > les individus sont revenus à la santé ? Mais il est démon- » tré maintenant que , dans les premiers temps d’une af- » fection organique du cœur, les symptômes qui l’avaient » annoncée peuvent s’effacer à peu près complètement pen- » dant un certain intervalle. D’uneautre part, dans beau- » coup de simples palpitations nerveuses , les battemens » du cœur, hors le temps de ces palpitations, peuvent » continuer à présenter quelque anomalie; ils peuvent être » irréguliers ou accompagnés d’un bruit de soufflet , lequel » est bien souvent indépendant de toute lésion organique. » De plus , les malades peuvent conserver une dyspnée » plus ou moins considérable; nul doute que, chez les » adolescens surtout , cette dyspnée , jointe ou non à des » palpitations, ne soit aussi souvent un phénomène pure- » ment nerveux, ou lié à une congestion pulmonaire. On » voit combien cet ensemble de symptômes est semblable DES NÉVROSES. 4^9 ) à ceux qui marquent le début de plusieurs affections or- » ganiques du cœur... Il ne faut pas d’ailleurs perdre de » vue que , par cela seul que l’action du cœur est accrue , > sa nutrition tend à se modifier ; d’où il suit que les palpi- » talions qui existent d’abord sans lésion organique , peu- j vent être le point de départ de celle-ci. î Une longue persévérance dans l’étude du sujet qui nous occupe , pouvait seule fournir toutes les données nécessai- res à la solution de l’important problème dont il s’agit en ce moment. Il est certain que , au moyen de la percussion, de l’auscultation, de la vue et du toucher, on peut me- surer exactement, géométriquement, le cœur; déterminer si les valvules fonctionnent bien ou mal; si les orifices sont libres ou rétrécis; si les parois sont hypertrophiées, épaissies ou amincies, etc., etc. Or, dans les palpitations indépendantes d’une lésion dite organique du cœur, il est facile , pendant leur durée, mais surtout pendant les mo- mens de calme, de s’assurer, par une exploration attentive, que le volume du cœur n’est point notablement augmen- té ; que le sang coule librement à travers les orifices et les cavités de cet organe. D’un autre côté, les congestions vei- neuses , la teinte violacée du visage, les hydropisics , qui , à une période avancée des lésions des valvules et de quelques autres affections du cœur, ne manquent jamais de se manifester, ne se rencontrent point ordinairement dans les cas de palpitations TjiiAT cause purement nerveuse. En résumé, je crois que , grâceaux progrès de la science, on peut aujourd’hui distinguer les unes des autres les di- verses palpitations désignées sous le nom de palpitations nerveuses et celles qui accompagnent les grandes lésions organiques du cœur. Les cas dans lesquels il serait le plus facile de se tromper sont ceux où il existe à la fois des palpitations dépendantes d’une lésion organique du cœur, et des palpitations de na- ture nerveuse. Ces cas se présentent plus souvent dans la 49® MALADIES DU CŒUR EN PARTICULIER. pratique qu'on ne serait peut-être tenté de le croire au pre- i mier abord. Voici un exemple fort remarquable de ce genre de com- i binaison morbide. Une jeune femme, d’une constitution i nerveuse des plus prononcées, non réglée depuis plusieurs j mois , éprouve de fortes palpitations pour la plus légère i cause. La sensitive est pour ainsi dire moins mobile et moins irritable qu’elle ; il suffit de la toucher, le matin à la visite, ' i pour la faire rougir, lui causer de violens batlemens du li cœur, et même des mouvemens spasmodiques, qui dégé- î nèrent facilement en des attaques d’hystérie. Hé bien! cette d même personne est atteinte d’une énorme hypertrophie du | cœur, avec induration des valvules du côté gauche de ij cet organe , maladie qui a pris naissance pendant le cours ji d’un rhumatisme articulaire très aigu. ! § IV. Traitement des palpitations nerveuses. | I Il résulte de tout ce qui précède que les palpitations il peuvent coïncider avec un certain nombre d’états morbi- |i des généraux ou locaux , différons les uns des autres sous i plusieurs rapports. Par conséquent, il importe beaucoup j de déterminer rigoureusement le point de départ ou la G véritable cause des palpitations, si l’on veut leur opposer X un traitement rationnel. Cette détermination , dis-je , est i; de la dernière rigueur ; car les moyens qui conviennent t aux palpitations chlorotiques , par exemple , sont tout-à- ■ fait opposés à ceux par lesquels il faut combattre les pal- pitations dues à une hypertrophie ou à une sur-nutrition du i cœur^ soit primitive, soit consécutive, ainsi que celles qui i proviendraient d’un état pléthorique. Dans le premier cas, en effet, les toniques, lesferruginéux, les bains frais, un bon régime, un exercice modéré, forment la base du traitement. Les émissions sanguines sont formelle- ment contre-indiquées, à moins de complications qu’il n’est pas de mon sujet de faire connaître. Dans l’autre cas, au con- DES NÉVROSES. 4o I traire, ces mêmes émissions sanguines, combinées ou non avec les sédatifs, doivent être mises en usage. Je erois devoir relever à cette occasion une erreur que commettent souvent un assez bon nombre de médecins : ils appliquent à diffé- rentes reprises des sangsues à la vulve, pratiquent même de petites saignées du pied, chez de jeunes personnes chloro- tiques, dont les règles sont arrêtées. Ils s’imaginent que la chlorose tient à l’aménorrhée , tandis que, dans l’immense majorité des cas, l’aménorrhée reconnaît pour cause l’état chlorotique , lequel n’est bien souvent qu’une variété de \'a- nèmie. Cela est si vrai, que si l’on parvient, par le système de traitement indiqué plus haut, à faire disparaître la chlo- rose, les règles ne tardent pas à reparaître comme d’elles- mêmes. Dans les palpitations entretenues par une vive affection de l’âme, il faut imiter, quand on le peut, la conduite des Erasistrate, des Boerrhaave et des Bouvart. C’est surtout par les remèdes moraux qu’il faut combattre ces palpita- tions morales elles-mêmes. Je ferai une remarque, en terminant, c’est que, dans les cas très communs où les malades rapportent à une grave maladie du cœur les palpitations nerveuses qu’ils éprou- vent , cette idée entretient et accroît même les palpita- tions. Si le médecin qu’ils consultent est assez habile à la fois et assez heureux pour les convaincre de leur er- reur, de tels malades sont déjà à moitié guéris. ARTICLE DEUXIEME. NEVRALGIES DC COEÜH. Il est assez commun, dit avec raison M. Laënnec, de rencontrer des personnes qui éprouvent constamment ou par in- tervalle des douleurs analogues à celles du rhumatisme et des MALADIES DU CŒUR EN PARTICULIER. névralgies , dont elles rapportent le siège au cœur et qui sont : prises à tort par les malades, et quelquefois même par les mé- ' decins, pour des signes d'une affection organique. » M. Laënnec t rattache ces douleurs aux névralgies du cœur. J’avoue } qu’il ne me paraît pas démontré que les douleurs dont il j s’agit siègent bien réellement dans le cœur lui-même, or- gane qui, à l’état normal, ne paraît jouir d’aucune; sensibilité animale (Bichat). Mais je n’en partage pas moins l’opinion de M. Laënnec sur la nature névralgique de ces i douleurs, qui me semblent résider dans les nerfs phréni- li ques et intercostaux. Je ne prétends pas, d’ailleurs, que les > nerfs du cœur eux-mêmes ne puissent participer à la lésion [i des nerfs respirateurs; je pense seulement que cette lésion se i révèle alors par des troubles dans les mouvemens du cœur, ji accompagnés de ce malaise intérieur indéfinissable qui pré- f cède souvent les défaillances ou les lipothymies. L’affection névralgique peut se propager aux nerfs qui s’anastomosent avec le nerf phrénique et les intercostaux , tels que le pneu- mogastrique, les plexus brachial et cervical , etc. Ilestextrê- mement probable que certains cas à' asthme nerveux et de la maladie désignée sous le nom d’angine de poitrine, appar- tiennent à l’affection névralgique qui nous occupe ici. Pour distinguer entre eux les cas où ces affections sont | simples de ceux où elles coïncident avec des lésions organi- ques du cœur , il suffit de bien connaître les signes positifs [ de ces dernières , tels que nous les avons longuement ex- i: posés dans le cours de cet ouvrage. En effet, les signes ■ dont il s’agit manquent dans les cas où les troubles de la I circulation et de la respiration dépendent d’une affection purement nerveuse des organes de ces fonctions. DES NÉVEOSES. 4g3 ARTICLE TROISIEME. 5PASUB DO COBÜR, AVEC BBUiT DB SOUFFLET EX FRÉMISSEMENT CATAIRE. M. Laënnec est le seul auteur qui ait parlé de la maladie , ci-dessus désignée , à laquelle il n’a guère consacré qu’une ] page de son ouvrage. Cette nouvelle maladie du cœur me ] paraît, quant à présent du moins ^ lout-à-fait imaginaire. ] Dans la courte description qu’en trace M. Laënnec , on ne 1 trouve absolument rien qui démontre ou fasse même soup- çonner un -vrai spasme du cœur, si tant est d’ailleurs ( qu’un tel spasme pût être compatible avec la vie. Selon M. Laënnec , le bruit de soufflet du cœur qui a lieu I dans cette maladie existe presque toujours en même temps ( dans quelque artère. Cette remarque nous porte à penser I que l’affection décrite par M. Laennec ne diffère point au fond de celle dont nous avons parlé à l’occasion des palpi- tations des individus chlorotiques ou anémiques. M. Laën- nec, il est vrai, dit que« c’est en général chez les hypochon- » driaques, et particulièrement chez ceux qui sont d’une con- » stitution sanguine et pléthorique, que l’on remarque le plus » souvent le bruit de soufflet du cœur , existant presque » toujours en même temps dans quelque artère; » mais, ainsi que nous avons eu déjà occasion de le faire remarquer, la mort prématurée de ce célèbre observateur ne lui a pas permis d’étudier complètement les différentes conditions des diverses espèces de bruit et de ronflement des artè- res (i). Quoi qu’il ne soit, nous croyons que, dans l’état ac- (i) Il n’est aucun endroit de son ouvrage où M. Laënnec ait signalé l’état chlorotique comme constituant une des maladies dans lesquelles se manifestent les ronflcmens artériels; et c’est là néanmoins l’affection que ces ronfle- mens accompagnent d’une manière toute spéciale, et avec une telle constance, que la première existant à un haut degré , on en peut conclure à l’existence des seconds, 4q4 maladies du coeur en I'ARTICULIER. tuel de la science , le spasme proprement dit du cœur est une i j maladie dont aucun fait positif n’atteste l’existence. ARTICLE QUATRIEME. DBS tlPOTHYMIES Et DE LA SYECOPE KEEVEDSES, ! § I. Idée générale de la syncope. j Les défaillances, la lipothymie et la syncope ne sont 1 que trois degres d’une seule et même affection nerveuse du | cœur, savoir, la diminution de l’innervation de cet organe. Le plus haut degré, qui constitue la syncope , est réelle- | ment la paralysie momentanée du cœur. j Les phénomènes de la syncope complète sont ceux de la mort subite, dont elle ne diffère qu’en ce que, dans le plus grand nombre des cas, les malades peuvent encore être rap- pelés à la vie : nous disons dans le plus grand nombre des cas, car il en est quelques uns où la syncope est suivie d’une mort réelle. L’individu qui éprouve une syncope com- mence par ressentir un malaise inexprimable, ses yeux s’obscurcissent, se couvrent comme d’un nuage , des tinte- mens d’oreille se manifestent, le visage pâlit, les lèvres se décolorent , la pensée s’évanouit , le sentiment s’éteint, ! tout le corps se refroidit, se couvre de sueur ; les membres i tombent comme des masses inertes , les genoux se dérobent i sous le poids du tronc , toutes les articulations se fléchis- s sent , le pouls et la respiration disparaissent ... il ne reste f plus aucun signe de vie extérieure ; elle est , pour ainsi dire, f momentanément éclipsée. Cependant on revient à soi, les sensations et le mouvement se raniment , la chaleur repa- taît, et l’on se sent, pour ainsi dire, renaître. Le plus souvent la syncope ne dure que quelques secondes; d’autres fois elle persiste pendant quelques minutes. DES NÉVROSES. 4g5 Il ne faut pas confondre avec la syncope proprement dite ces pertes de connaissance qui peuvent se prolonger plu- sieurs heures ou même des jours entiers. L’absencecomplète des battemens du cœur ne saurait durer aussi long-temps sans entraîner la mort. Le sentiment de malaise et d’anxiété, que nous avons donné comme le signe avant-coureur de la syncope , ne se présente pas toujours ; bien plus , quelques personnes, avant de se trouver éprouvent un sentiment plein de charmes, de douceur et presquevde ravissement. Montai- gne , revenu d’une syncope, regrette amèrement l'espèce de bien-être voluptueux que lui avait procuré cet anéantis- sement passager de la vie. § II. Causes de la syncope. Les causes de la syncope sont très variées , et souvent opposées; c’est ainsi que l’on se pâme, suivant l’expression du vulgaire, de joie et de douleur, d’amour et de haine, etc. La syncope peut être l’effet des douleurs physiques violentes, telles que celles qui accompagnent la péritonite, par exemple, de vives émotions, de sensations produites par la vue de certains objets, par certains sons, par certaines odeurs, etc (i). Divers agens toxiques jouissent de la propriété d’affaiblir ou même de suspendre complètement ' les battemens du (i) On rapporte que les dames romaines tombaient en syncope lorsqu’elles respiraient l’odeur des fleurs, en sorte qu’il ne leur était pas permis d’en avoir dans leurs apparlemens. Tous les jours nous voyons chez nous des femmes se trouver mal à la vue d’une araignée, d’ude chauve-souris: il en est dont les nerfs sont tellement susceptibles, quelles éprouvent, dit-on, le même accident par le toucher du velouté delà pêche, de la framboise, du satin, etc. Quelques unes font encore mieux, elles tombent en défaillance sans aucune raison sensible, et pour ainsi dire à volonté; sans doute que la syncope produit sur elles le même effet voluptueux que sur Montaigne. 4g6 MALADIES DD CŒUR EN PARTICULIER. cœur : tels sont l’acide hydrocyanique , par exemple , cer- s ; tains miasmes septiques, etc. Une cause plus directe de cette maladie consiste dans la brusque soustraction d’une quantité considérable de sang; ji de là les syncopes que déterminent les hémorrhagies, et i même une simple saignée. Les grands obstacles à la circula- i tion suspendent également l’action du cœur et amènent la i défaillance. Telles' sont les principales causes qni peuvent, directement ou indirectement , éteindre momentanément la puissance nerveuse du cœur, et produire par conséquent la syncope. § III. Traitement de la syncope. La syncope purement nerveuse, telle que celle qui arrive aux femmes vaporeuses, aux convalescens , etc. , n’est nullement dangereuse ; la plus légère excitation, l'im- pression de l’air frais , les aspersions d’eau froide, l’applica- tion de quelques émanations odorantes plus ou moins fortes sur lamembrane pituitaire , telles que celles que fournissent l’éther, l’eau de Cologne, l’ammoniaque, etc. , et mille moyens connus du simple vulgaire , suffisent pour la faire disparaître. ARTICLE CINQUIEME. DE8 IRKÉGOLARITÉS BT UES IHTERMITTENCES DBS BATTEMBKS Dü COEOR. Que les lésions qui peuvent survenir dans le rhythme des battemens du cœur soient purement nerveuses, comme nousle supposons ici , ou qu elles accompagnent des lésions matérielles de cet organe, leur description reste toujours la même. Or, comme nous avons décrit les irrégularités et les intermittences des battemens du cœur, dans la partie de nos prolégomènes où nous avons étudié ces batte- mens à état anormal, nous y renvoyons les lecteurs. DES NÉVROSES. 497 Les irrégularités et les intermittences des battemens du cœur surviennent le plus souvent, en même temps que les palpitations et sous l’influence des mêmes causes. Les mêmes moyens conviennent , en général , aux unes et aux autres. C’est ainsi, par exemple, que la digitale régularise les battemens du cœur comme elle en modère la force et la fréquence. Ce médicament, modérateur à la fois et ré- gulateur àes, battemens du cœur, est, sans contredit, celui qu’il convient surtout d’opposer à l’affection qui fait l’objet de cet article. (Voy. Palpitations.) a. 3a ■1 CLASSK TROISIÈME. DES »14P^I}IBS QHI CplOISTEUT BS8BHTIBLLBMENT BT PniMITIVEMERT El» DES J,^SIO(«S rpY^IQUES E?C lilÉC^inQUBS pO ÇC^DÇ. CHAPITRE I. * . t DES SOLUTIONS DE CONTINUITÉ DU CŒUR PAR CAUSES MÉCANIQUES. Je diviserai ce genre de solutions de continuité du cœur | en celles qui sont produites par l’action des causes vulné- i rantes ou trciumatiques , et en celles qui s’opèrent sponta- ; nément, suivant le langage de certains auteurs, ou, ce qui : est la même chose , sans l’intervention des instrumens vul- nérans proprement dits, et qui portent le nom de ruptures. ARTICLE PREMIER. PLAIES OD BLE5SCRBS DO COEDB. I. Les plaies du cœur, comme toutes les autres, peuvent i| être produites par des instrumens tranchans, piquans ou contondans (on jilace parmi ces derniers les projectiles | mis en mouvement par la poudre à canon). Elles peuvent J être pénétrantes ou non pénétrantes. Nous ne parlerons que j de ces dernières , et ce que nous en dirons sera très j court (i). N ^ • f ï (i) Ceux qui Toudront avoir plus de détails sur celte matière n’auront qu'à i BLESSURES DU CŒUR. II. Les plaies du cœur peuvent être compliquées de la présence du corps ou de l’instrument dont elles sont l’effet, et cette circonstance prévient quelquefois, dumoins pour le moment , une hémorrhagie mortelle. Tout le monde connaît l’histoire d’Épaminondas (i). Toutes les parties du cœur ne sont pas également ex- posées à l’atteinte des corps vulnérans. Sur 64 cas de plaies du cœur rassemblés par M. Ollivier (fi’ Angers), vingt- neuf fois la lésion occupait le ventricule droit , lequel forme la pa rtie la plus découverte de la syrfape antérieure du cœur ; douze fois , le ventricule gauche ; netif fois , Jes deux ventricules ; trois fois , l’oreillette droite; une fpis , l’oreillette gauche ; sept fois , la pointe pu la basp du çpeur; et dans trois cas , le siège de la blessure n’ét^it pa§ in- diqué. Ce n’est pas toujours par des agens vulnéraps vepus du dehors que sont produites les plaies du pœur. Voipi, pap exemple , un cas de déchirure du cœur par un fragment de côte. Un charretier, âgé dea3 ans, eut le malheur de se troit- ver pris entre les moyeux de deux voitures, le 3 mai |i83p. 11 perdit tout-à-coup connaissance. Transporté immédiate- ment à l’Hôtel-Dieu , il ne donna plus aucun signe dp vie. Autopsie çadavèricpie , vingt-sçpt heures après la mort. De légères ecchymoses existant de chaque côté de la poitrine , indiquent assez que cette cavité a été comprimée transversalement. Les huitième et neuvième côtes spnt consulter l’excellent article de M. le docteur Ollivier (d’Angprs) sur les plaies du cœur, publié dans le tome VIII* du Dictionnaire de médecine, en a5 volumes. Paris, 1854. (1) Si l’histoire d’EpaminoneJas paraît un peu fabuleuse au leçfeur, en vpipi une plus positive, publiée par M. le docteur Ferrus. Un aliéné s’enfonça à demeure entre les cinquième et sixième côtes gauches un stylet de fer, qui traversa obliquement de bas en haut le ventricule gauche et la cloison interventriculaire. Le blessé vé- cut vingt joufs. 3:2, 600 MALADIES DU CCEUR EN PARTICULIER, fracturées à la réunion des deux tiers postérieurs avec le tiers antérieur. Une dépression s’observe à l’endroit de la fracture. La plèvre gauche est remplie par une grande quantité d’un sang noir, liquide, avec d’énormes caillots. Le péricarde, vu à l’extérieur, présente une légère teinte bleuâtre; il contient un peu de sang noir coagulé: à son côté gauche existe une ouverture de deux pouces , dirigée de haut en bas et de gauche adroite. A sa face postérieure, le cœur offre une plaie transversale , longue d’un pouce et demi, pénétrant dans la cavité des deux ventricules. Cette plaie correspond parfaitement à l’ouverture du péricarde. Les fragmens de la 8® côte, fracturée comme il a été dit, sont portés en dedans. Le fragment antérieur fait une saillie considérable dans la cavité de la plèvre : il est aigu , piquant, taillé en bec de flûte , et c’est évidemment lui qui a déterminé la blessure du péricarde et du cœur. [Cette observa- tion a été recueillie par M. Clioisy , qui l’a publiée dans sa Dissertation inaugurale.) III. La plupart des plaies du cœur entraînent une mort subite. Dans quelques cas seulement, le blessé peut ne succomber qu’après un temps plus ou moins long. Dans les grandes plaies du cœur, le blessé tombe comme s’il eût été frappé d’un coup de foudre : quasi fulmine ictus , con- cidit, dit Diemerbroëk , en parlant d’un combattant qui, dans un duel , reçut un coup d’épée qui traversa le ven- tricule gauche. Les deux enfans assassinés par Papavoine moururent sur le coup. Or , il résulte du rapport de M. le docteur Denis que le ventricule gauche fut traversé chez ces deux infortunés. Voici trois cas de plaies du cœur non suivies d’une mort subite , rapportéspar IM. Ollivier (d’Angers). Un men- diant de Milan, dont Morgagni nous a transmis l’histoire, reçut un coup de couteau qui traversa le ventricule gauche à sa partie antérieure. Il s’écoula peu de sang à l’instant BLESSURES DU CœUR. 5oi meme. Après avoir fait environ soixante-dix pas , le blessé s’assit , et mourut au bout d’une demi-heure en vomissant son dîner. — Un soldat tombe sur une baïonnette, qui pénètre entre la 6“ et la 7® côtes gauches. Le blessé ne suc- combe que 49 heures après la blessure, au moment où il était allé à la garde-robe. Une plaie large de 9 lignes péné- trait dans le ventricule gauche , où l’instrument avait di- visé une des colonnes charnues qui se fixent à la valvule mitrale. — Un jeune homme reçoit un coup de couteau au- dessous de la mamelle gauche et éprouve plusieurs syncopes. Peu à peuple blessé se rétablit, puis meurt tout-à-coup le dixième jour. On trouva une plaie pénétrante du ventricule gauche. Suivant M. Ollivier, ce seraient les plaies du ventricule gauche qui détermineraient le plus souvent la mort subite. Il établit que les blessures des oreillettes ne sont pas aussi rapidement mortelles qu’on le pense communément. En comparant les divers exemples de plaies du cœur, dit-il , on voit que celles du ventricule droit sont à la fois les plus communes et les moins promptement mortelles. D’après le relevé que nous avons mentionné plus haut, tous les blessés appartenant à cette dernière catégorie (plaies du •ventricule droit) , à l’exception de deux , n’ont pas vécu moins de deux jours. D’où proviennent les différences dans la durée de la vie après une blessure pénétrante du cœur? Morgagni attribue la subitanéité de la mort à l’obstacle que le sang trouve à s’écouler au dehors du péricarde , et par suite à la compres- sion du cœur. M. Ollivier trouvecette explication très ration- nelle. J’avoue que je n’en suis pas aussi satisfait pour mon propre compte. Il est bien plus simple, lorsqu’il existe un épanchement considérable de sang dans le péricarde , d’admettre que le sang, qui devait arriver dans tous les organes, et spécialement dans les centres nerveux, pour y entretenir la vie , s’écoulant en presque totalité à travers A ■ 00‘2 MALADIES bÜ CCæUR EN PAIITICULIEII. ia blessure, la syncope et la mort sont par cela même for- cées. Ëartliolin pense que l’étroitesse et l’obliquité de la bles- sure peuvent contribuer puissamment à retarder la mort, et il est des faits Favorables à cette explication , dont l’esprit sai- sit facilement la justesse. Toutefois, considérant qu’il est des cas dans lesquels la largeur de la plaie du cœur u’a pas em- pêché la vie de continuer encore assez long-temps, M. Ollivier ne pense pas que t étroitesse et V obliquité de la plaie constituent à elles seules les conditions qui empêchent celle-ci d’être immédiatement mortelle. La cause des différences qui noüs occupent, suivant cet auteur « réside tout entière » dans la direction du trajet de la blessure relativement à » celle des fibres de chacun des plans musculeux du cœur; • ainsi, une plaie du ventricule gauche, par exemple, » peut , pour ainsi dire , ne faire qu’écarter les fibres des » plans Superficiels, et diviser en travers celles du plan pro- » fond , et 'vice versâ. Est-elle , au contraire , à peu près » transversale à la direction de ces différens plans , la plaie » réstera béante, et donnera lieu à une hémorrhagie promp- » tement Funeste. Ici, Ton conçoit toute l’influence que » peut avoir la forme particulière de l’instrument vulnérant » qui traverse l’épaisseur des parois ventriculaires. M. Alph. » Sanson a très bien fait remarquer que le défaut de pa- » rallélisme des plans charnus du cœur est la condition qui » favorise le plus la Formation d’un caillot sanguin capable > d’obturer là plaie. » La nouvelle condition signalée très ingènieusëment ici par M. Ollivier est assurément d’une grande importance pour empêcher une blessure du cœur d’être sulaitement mortelle; mais les deux autres conditions indiquées par Bartholin n’en doivent pas moins être prises en considération , et en les réunissant à Pautre , on a véri- iabiement les données nécessaires à la solution du problème dont il vient d’être question. IV. Plusieurs faits rapportés dans l’article de M. Ollivier ne laissent aucun doute sur la possibilité de la guérison • BLfisèuhÈ^ btj côÈuîi. 6o3 de certaines plaies pénétrantes du cœur. Voici les conseils qu’il donne pour le traitement des blessures de cet organe en général. « La première indication à remplir, dit-il , est » d’affaiblir la circulation par des saignées abondantes et » répétées, et de modérer en même temps la fréquence des ï mouvemens du cœur. L’administration de la digitale peut » être ici un auxiliaire puissant.... Il importe beaucoup, » ainsi que l’a proposé M. Alph.^Sanson , de tenir le blessé » dans une atmosphèreaussi froide que possible. DëS&pplica- » tiens de glace sur la poitrine seront alors très utiles. » Il faut maintenir le plus long-temps possible le blessé » dans un repos absolu. Le séjour prolongé au lit, l’im- » mobilité du corps, l’éloignement de toute cause d’émotion, » un régime débilitant, sont surtout nécessaires ici... .) Quant au traitement local de la plaie, il faut en rap- » procher immédiatement les bords. En s’opposant ainsi à ï l’écoulement du sang au dehors, on favorise la formation » d’un caillot qui pourrait obturer la plaie du cœur. Lue » conduite opposée enlèverait toute chance de sâlut au » blessé. » 5o4 MALADIES DU COEUR EN PARTICULIER. ARTICLE DEUXIEME. BOPT0RES DO COEUR. SECTION PREMIÈRE. OBSERVATIONS PARTICULIERES DE RUPTURE SIMPLE OU MULTIPLE DE 'DIFFÉRENTES PARTIES DU COEUR. 1° Observations de rupture des parois du cœur. OBSERVATIONS 137e 138e, 139e, lAO*. Jeune homme de i3 à i4 ans. — Ecrasement par la roue d’une voiture. — Rupture du ventricule gauche, de la base au sommet, le long du bord par lequel il se réunit au ventricule droit. Le a3 octobre i8i3, M. Worbe fut appelé pour consta- ter la mort d’un jeune homme de i3 à i4 ans, écrasé par la roue d’une voiture. . Les côtes , leurs cartilages et le sternum étaient dans leur état naturel. Le péricarde était rempli de sang , et le ventricule gauche du cœur rompu antérieurement, depuis sa base jusqu’à son sommet , le long du bord par lequel il se réunit au ventricule droit (i). RÉFLEXIONS. La rupture des parois du cœur par suite de violences analogues à celle dont il est question dans le cas précédent, ne constitue pas un accident très rare. Nous avons vu une (i) Cette observation a été recueillie par M. Worbe, et publiée, en i8i4, dans les Bulletins de la Faculté de médecine. RUPTURES DU CCŒUR. 5o5 rupture de l’oreillette droite chez un homme qui s’était jeté par une croisée, pendant les angoisses d’une dyspnée des plus violentes. Verbrugge a rapporté deux cas de rupture du cœur pro- duite par des violences extérieures. Dans le premier cas , cité d’après Mumersen, un jeune homme robuste eut une rupture de l’oreillette droite, par suite d’un coup de pied de cheval sur le sternum. Dans le second cas , raconté d’a- près Nébélius , il s’agit d’un cavalier qui expira après avoir été traîné par son cheval. On ne trouva aucune contusion extérieure , aucune fracture aux côtes, et cependant l’o- reillette droite et la veine-cave étaient déchirées. Les faits précédens ne dil’fèrent pas beaucoup de ceux- relatifs aux plaies du cœur proprement dites; mais les ob- servations suivantes prouvent que ce n’est pas toujours sous l’influence de violences extérieures que se développent les ruptures des parois du cœur. OBSERVATION 141, (i). Nausées et vomissemens. — Perte subite de connaissance , refroidissement, — Mort. — Epanchement de sang dans le péricarde. — Rupture de l’oreillette droite dans la longueur d'iin pouce. Un curé de Bordeaux , d’une constitution pléthorique et forte, ayant soupé comme à son ordinaire, le 5 novem- bre 1821, éprouva, au moment de se coucher, un refroi- dissement considérable des mains et des pieds. A peine est- il dans son lit , qu’il est pris de nausées et de vomissemens. Il appelle quelqu’un , puis perd la parole, tombe sans con- naissance dans les bras de son domestique , accouru à sa voix; pâlit, devient froid, et expire avant l’arrivée de M. le docteur Grateloup, qu’on avait fait appeler. (i) Observation recueillie par M. le docteur Grateloup, de Bordeau^t. ëô6 MALADIES DU COÉtll ÈN PARTIGÜLIEII. A l’buterturB du càdavrB , on trouva da?ii le pèritardé un epanchemétit considérable de sérosité rouge ^ mêlée de gros caillots de sang. Le cœur était volumineux et prodigieuse- ment gras. Soit oreillette droite offrait une déchirure d’envi- ron un pouce de longueur. OBSERVATION lA2e (i). Vieillard de 8o ans. — Depuis quelques jours^ oppression, faiblesse. — Mort Subite. — Èpanchemeiit de sang dans le péricarde. — Crevasse du ventricule gauche, longue de lo à 12 lig. , dirigée selon Taxe de ce ventricule. — Ossifica- tion des valvules aortiques, ainsi que de l’aorte et de plusieurs autres artères. Un vieillard de 80 ans environ , s’étant rendu à l’hôpital de Clermont, pour une oppression et une faiblesse qu’il éprouvait depuis quelques jours , fut frappé d’une mort subite , sans aucun signe , à l’extérieur, de lésion orga- nique. A l’ouverture du cadavre, M. Fleury trouva le péricarde très distendu , rempli d’un sang rouge et coagulé. Il aper- çut ensuite une crevasse du ventricule gauche , longue de ib à 12 lig. , et dirigée selon l’axe de ce ventricule. Elle était à peine sensible du côté de la cavité de ce dernier, à cause du caillot qui en bouchait presque toute l’éten- due (â). Les valvules aortiques et le tronc de l’aorte présentaient (1) Observation recueillie par M. Fleury, chirurgien eh chef de rHôtel-Ditu de Clermont, el publiée dans le t. l*'' des Bulletins de la Faculté de médecine de Paris. (2) Suivant M. Fleury, Vépancbeulrnt dâns le péricarde se serait fait graduel- lement, elté vieillëtd n’oürait succombé que lorsque le t-entricide , par la pres- sion constante et progressive qu’il éprouvait de la part du sang épanché , n’en pouvait plus admettre lui-même dans sa cavité. Celte hypothèse n’est guère pro- bable , et il est bien plus naturel de penser que répanchement aura été subit , comme la mort l*a été èlle-mcmfc. RUPTURES DU C(®UR. ^0^ dans leur épaisseur plusieurs points d’ossification. Les ar- tères sous-clavières, les carotides, les crurales et leurs principales branches , étaient presque totalement ossi- fiées (i). OBSERVATION 143«. M. le docteur Bignardi , de Milan, à consigné le fait sui- vant dans le n° de janvier 1829 des Annal, univ. di med. Une jeune demoiselle de Modène mourut tout-à-cbup lorsqu’elle s’occupait de préparatifs de toilette pour se ren- dre à un bal. En examinant soigneusement le cOeürj oh trouva, vers là base du ventricule gauche> près de l’insertion de l’aorte, ühé petite tunieur, de la grosseur d’une fève, dont les parois étaient constituées uniquement par l’adossenient de la membrane interne du ventricule aü feüillet sérèux qui re- vêt le cœur. Vette tutneur, qui forinait ùn retiêf sensible à la, ^rfàce de cet organe, Ûail le siégé d'wte déchirure pàr la- quelle un épanchement de sang s’était op 'été daii's le péricarde, et de là , la moH subite. 2° Observations de rupture des valvides du cœur, des tendons 'valvulaires et des colonnes charnues t J’ai déjà rapporté quelques cas de cette espèce de rup- ture à l’occasion des ulcères du cœur. A ces cas , je join- drai les trois suivans. OBSÈRVATIÔN li4e. M. Nicod a publié , dans le n® 4i du Journal hebdotna- dmre de médecine ( i i octobre i834 ) , un cas de rupture de (i) M. Fleury pense que cette ossification a déterminé la rupture du Teütricule U cœur, en forçant celui-ci à redoubler d^efforts pour faire arrive^ le sang dans les dernières ramifications artérielles. ôoo maladies du coeur en particulier. deux colonnes charnues du ventricule gauche, chez une dame qui avait éprouvé deux accès de suffocations extraor- dinaires. Il existait en outre une ossification des valvules du cœur. OBSERVATION 145e (i). Femme de 78 ans. — Chute d'un troisième étage. — Fracture de plusieurs os, rupture du foie, de la rate et du cœur (épanchement de sang dans le péri- carde; rupture de la base du cœur, à l’insertion de l'aorte; déchirure d’une des valvules aortiques ). Deluzenne (Marie-Madeleine), âgée de 78 ans , était d’un caractère fort irascible , et se querellait avec ses voisines : pour les causes les plus minimes. Le i" septembre, à la suite d’une de ces querelles, elle ! assura que, pour se venger de sa voisine , elle se jetterait i par la fenêtre. Avertie par les autres femmes du dortoir, i la fille de service vint s’opposer à l’exécution de cette ven- : geance d’une nouvelle espèce.^ en menaçant à son tour de I prévenir la surveillante de l’emploi. Cependant Deluzenne, 1 le lendemain, à 4 heures du matin, approcha une chaise de la fenêtre, et se précipita d’un troisième étage, élevé d’environ quarante pieds de hauteur. Après avoir porté les jambes en dehors de la fenêtre, cette malheureuse s’est tenue quelques secondes accrochée par les mains , puis s’est abandonnée à son propre poids , < en sorte qu’elle est tombée sur les jambes et a expiré sur- i le-champ. Autopsie cadavérique^ vingt heures après la mort. 1° Crâne. — Fêlure décrivant une courbe à convexité E antérieure, et partant du sommet de l’occipital pour se t rendre sur le pariétal , la portion écailleuse du temporal , (1) Celle observation a été recueillie par M. Bergeon. J’en ai retranché quel- 1= ques détails, inutiles à notre objet. RUPTURES DU COEUR. 609 et finir sur le côté externe du corps du sphénoïde, sans in- téresser le rocher. Thorax. — Le côté droit du thorax présente sept fractures de côtes dans un point assez rapproché de leur angle. L’un des fragmens a déchiré une des artères inter- costales, et l’on voit dans ce côté de la poitrine un épan- chement sanguin médiocre. Le péricarde, énormément distendu , contient des caillots de sang, dont la quantité peut être évaluée à une livre. En soulevant le cœur, on aperçoit une séparation de V aorte dans son point d’insertion avec cet organe , lésion qui a été cer- tainement l’effet d’un contre-coup. Cette déchirure est située a la partie postérieure de l’aorte ; autour d’elle se trouve une ec- chymose de la largeur d’une pièce de trente sous; en ouvrant ce 'vaisseau par sa partie antérieure, on 'voit une déchirure assez régulière, transversale , s’étendant au tiers de sa circorférence, et ayant séparé en deux l’une des 'valvules sigmoïdes. 3° Abdomen. — Le foie présente une rupture de deux lignes de profondeur sur deux pouces de largeur. La rate offre à sa face externe une lésion tout-à-fait semblable à celle du foie RÉFLEXIONS. Dans le cas précédent, la rupture de la base du cœur ou de l’aorte à son insertion , la déchirure transversale d’une des valvules aortiques , ont été évidement l’effet de la vio- lente secousse produite par une chute de 4o pieds de haut. Mais les valvules du cœur peuvent , comme les parois elles- mêmes, comme les tendons valvulaires et les colonnes charnues , éprouver des solutions de continuité par l’effet de causes non extérieures , et se rompre, par exemple, sous l’effort des contractions du cœur ou d’une réaction violente et brusque de la colonne sanguine contre elles. Dans le cas suivant, recueilli par MM. Laënnec et 5 10 MALADIES DD COEÜR EN PARTICULIER. Fizeau , ces observateurs ont attribué à un effort de ce genre une dilatation partielle et une double rupture de ; la valvule mitrale. Toutefois, nous n’oserions affirmer que i tel ait été réellement le mécanisme de la rupture. Il se pourrait du moins que cette rupture eût été précédée d’une ulcération de la valvule. OBSERVATION 146e (i). Homme de moyen âge.,-^ Palpitations, dyspnée. — A la face supérieure de la > valvule mitrale, aorte de petite poche , percée à ses extrémités de deux ouvertu- i res, dont l’inférieure, plus large, avait des bords comme frangés, de sorte quev la valvule paraissait avoir été rompue en cet endroit. I « Un homme de moyen âge éprouvant des palpitations , » de la gêne dans la respiration, etc., succomba à l’hospice | » de la Charité. , » Ouverture du cadavre. — Le cœur était beaucoup plus gros i » que dans l’état naturel, ce qui dépendait presque entière- f » ment deTépaisseur des parois du ventricule gauche, dontk » la cavité elle-même ne paraissait guère plus ample que » r état naturel. » Les vafvules offraient en divers points des concrétions n yt osséo -pierreuses , de manière à rester continuellement' » tendues , sans pouvoir se relever sur les parois de l’aorte, l » ce qui rétrécissait considérablement l’orifice de cette 1 » artère. » La valvule mitrale présentait aussi deux petites con- ( » crétions de même espèce, mais qui n’en gênaient en rien> » le mouvement. ^ la face supérieure de cette 'valvule, s’éle-' » vait une sorte de petite poche dhin demi-pouce de longueur, > » de plus de quatre lignes de diamètre , et percée cl ses extré-\ (i) Ce fait a été consigné dans le tome H'’ des Bulteiins de la Faculté de mé-\ decine , sous le titre suivant : jE.rtrait d’une noie iur une dilatation partielle de i ta valvule vdlralcf par MM, Laëuuec et Fiieau. RUPTURES DU CŒUR. 5ll » mités dçi{X ouyejiures , dont V inférieure était la plus » large. Cette dernière avait des hords assez irréguliers et » comme frangés ., de sorte que la lame inférieure de la valmle P mitrale paraissait avoir été j'ojnpue en cet endroit, et le petit » sac anéorismal formé par la dilatation de la lame supérieure : » seulement Couverture supérieure était évidemment C effet d'une » rupture déjà ancienne de ce sac, çar elle était fort lissé (ï). DEUXIÈME SECTION. HISTOIRE OENPRALE DES RUPTURES DU COEUR* § I. Cargclcpes apalpmicjues. Jl est des lésions dont le nom seul indique sqffisamment et clairement le caractère anatomique fondapiental , et la rupture est de ce genre de lésions, Nous n’avons donc à nous occuper ici que du siège , de l’étendue, de la direction , du nombre des ruptures du cœur. Nous nous bornerons à quelques remarques sur cette matière , renvoyant le lecteur pour plus de détails aux observations particulières. Quant à leur siège ,il en est des ruptures du cœur comme des ulcérations et des tumeurs anévrismales du mêine or- gane, c’est-à-dire qu’elles paraissent affecter plus fré- queniment les cavités gauches que les droites, Dans les dix cas que renferrtie la première section de de chapi- (i) « Celte dilatation paraît avoir été l’effet de l’obstacle que }e rétrécissement «de l’orifice de l’aprle opposait au cours du sapg. On conçoit, en effet, cjue la «lame inférieure de la valvule a pu se rompre par l’effort du sang, qui, poussé «par le ventricule gauche, avec une force nécessairement plus grande que dans «l’étal naturel , vu l’épaississement des fibres de ce ventricule , ne pouvait cepen- ? 4ant passer avgg facijiité 4sbs l’aofte ^réfleipion des autpfm de l’pbserpfitioTf)f ^ 5ia MALADIES DU CœUR EN PARTICULIER, tre, six fois la rupture occupait le cœur, gauche (observ. 187, ,■ 142% i43", i44% i45“> i4h“), et quatre fois le cœur droit, p Dans ces quatre derniers cas , c'’est toujours l’oreillette 1 qui a été le siège de la rupture. Dans quatre des six premiers ; cas, la rupture existait sur les parois du ventricule gauche; dans un cas, elle affectait la valvule mitrale et dans un autre, les colonnes du ventricule (dans l’observation i45®, il exis- tait à la fois une rupture de la base du ventricule gauche p et une rupture d’une des valvules aortiques). Dans aucune 1 de nos dix observations, lescloisonsinterventriculaireouin- terauriculairen’étaientle siège delarupture ; maisonconçoit 1 qu’elles n’en sont pas exemptes, et parmi les cas de per- foration du cœur que nous avons rapportés à l’article Car- ■ dite, i] en est dans lesquels il sera jDrobablement survenu une rupture des cloisons indiquées , préliminairement amincies par une ulcération plus ou moins profonde. L’étendue, la direction , la forme de la rupture offrent des différences nombreuses : dans l’observation i37®, le ! ventricule gauche était rupture de la base au sommet, le I long du bord par lequel il se réunit avec le ventricule droit; I dans l’observation 142®, il existait une crevasse de 10 à 12 i lignes , parallèle à l’axe du ventricule ; dans l’observation ‘ 145®, la base du ventricule gauche était séparée de l’aorte | en arrière, et une déchirure, dirigée transversalement, avait ! partagé une des valvules aortiques en deux parties ; dans l’observation i46®, la valvule mitrale , soulevée en manière de poche, offrait deux ouvertures dont l’une avait des bords irréguliers et comme franges , etc. Les ruptures du cœur offrent aussi des différences de nombre. Tantôt on n’en rencontre qu’une seule , tantôt deux, trois, et même plus. Sur 49 cas de rupture du cœur, rassemblés par M. Ollivier (d’Angers), 8 étaient relatifs à la rupture multiple. Dans deux cas recueillis par M. Rostan , deux déchirures exis- taient vers la pointe du ventricule gauche. Dans un exem- hUPTÜllES DU COEUR. 5l3 pie rapporté par Mor^a^i [Epist. lxiv), le ventricule gau- che éiaii rompu en trois points. Dans une des observations de I\I. Portai , le venlriculegauche , pour ainsi dire crevassé, offrait trois déchirures. En avril i824> 11b le professeur An- dral lut, à l’Academie royale de médecine, une observation de rupture multiple du cœur. Cinq perforations oblongue.s occupaient la paroi postérieure du ventricule gauche (i). I^I. Blaud a également trouvé cinq déchirures sur le même cœur (toutefois, deux de ces déchirures seulement péné- traient dans chaque ventricule, et les trois autres n’intéres- saient que les couches superficiellesdes ventricules). Datisun cas publié par M. Ashburner [Londoiiy Med. and phjs. journ., décemh. 1822) , deux ruptures existaient sur le ventricule gauche et une troisième sur le ventricule droit. § II. Causes des ruptures du cœur. Les causes des ruptures du cœur sont prédisposantes ou déterminantes. Les causes prédisposantes sont un ramollis- sement du cœur , l’amincissement de ses différentes parties, un abcès , une ulcération. Les causes déterminantes sont 1° des violences extérieures avec ébranlement, secousse, commotion de tous les organes en général ou de la région du cœur seulement; 2“ des efforts considérables et brus- ques; 3° dans quelques cas, les simples mouvemens de la circulation (dans les cas de ce genre surtout, interviennent les causes prédisposantes signalées plus haut). Le sujet de l’observation avait été écrasé par une roue; les sujets des observations i38® et i45® s’étaient précipités du haut d’une croisée; le sujet de l’observation iSp® avait reçu un coup de pied de cheval sur le sternum ; le sujet de l’observa- (1; D.ins la 'éance de T Académie du 6 avpll iSaf, M. Huilier avait présenté, à celle société un cœur dont les parois éloierit le siège d'une double perforation. Oc observai! en même temps dans les cavités de cet organe des concrétions fibrineuses formées long-temps avant la mort. 2. 33 5l4 MALADIES DU CCÇUR EN PARTICULIER, lion i4o" avait été traîné par so|ÿ cheval ; le sujçt’de l’oh- servalion 141*^ avait éprouvé c|cs nausées et des efforts de vomissement ; le sujet de l’observation 144*^ avait eu des accès de suffocation extraordinaives. Le mécanisme des ruptures du cœur est essentiellement le même que celui des ruptures de divers autres organes, tant externes qu’internes, tels que les tendons de certains nuiscles, les mucles eux-mêmes, l’esloinac, l’œsophage, ■ rutérus, etc. (i). Dans les chutes , c’est vraiment quelque- 1 fois par une sorte de contre-coup que l,e cœur se rompt. Cela devient surtout évident lorsque, comme dans le, cas [ rapporte par M. Bergeon , k chute n’a pas lieu sur la région ; du cœur. I , j 5 IIL Signes et diagnostic des ruptures du cœur. I Le siège des ruptures du cœur doit être pris en grande j; considération , quand il s’agit de leurs signes et de leur ji diagnostic. Lorsque les parois du cœur sont largement rupturées , un épanchement de sang s’opère dans le j péricarde, et le malade tombe mort comme s’il eût été ji l'rappé de la foud,re. Un seul fait publié par !\1. Restant porterait à croire qu’une rupture peu étendue de> parois du lj cœur peut n’être pas mqrielle. Dans le cas (lont il s’agit, |ij une concrétion sanguine avait oblitéré la solution de cou- tinuité, et cette sorte île Ipouchon ou d'obturateur organique ij avait mis obstacle à toute hémorrhagie uliérieuie. Si la rupture occupe ia cloisdn des ventricules ou desu oreillettes, il peut en résulter un mélange du .-ang noir et * du sang rouge, et par suite, selon quelques auteurs, la ma-a ladie contiue sous le nom de cyanose. (I) Bm ns me paraît ^tre le premier qui ail dit que le cœur, pendant les efforts ■' espulsifs auxquels il se livre, peut se rompre, eoinme on voit rutérus se déobireritr pendant les contractions expulsives trop violeules dont il est parfois le siégé dansl) l’acte de Taccoudicmenl. nUPTÜRrS DU COEUR. 5l5 Nous manquons encore de fails pour exposer les divers signes et les accidens dos ruptures des colonnes charnues , des tendons valvulaires et des valvules. Tout ce quon peut dire, c’est que la rupture d’une valvule ou des colonnes charnues destinées à ses inônveinens, doit nécessairement entraîner quelque désordre dans la circulation. La perforation d une valvule, soit par rupture primitive^ soit par érosion suivie de rupture, constitue une des con- ditions dans lesquelles nous avons dit que se produisait un bruit de soufflet simple ou sibilant (I). ür , un observateur des plus distingués , M. le docteur 'J'arral, m’a récemment communiqué un cas de bruit desoufflet sibilant ou musical chez un individu dont les valvules aortiijues offraient une lésion de ce genre (ce malade était placé dans le service de M. Lerminier, à la Charité). Toutefois, il ne faudrait pas croire que le bruit de soufflet musical ou sibilant de la ré- gion précordiale soit un signe assuré d’une perforation val- vulaire; en elfei, nous l’avons rencontré dans des cas où celle lésion n’existait point. § IV. Pronostic et traitement. Le pronostic des ruptures du cœur diffère beaucoup sui- vant lesirgequ’elles occupent. Ainsi les ruptures des parois du cœur avec épanchcuient de sang dans le ])éricarde sont nécessairement mortedies. il ii’en cs't pas de même de celles de la cloison intc ventriculaire ou interaiiriculaire , des colonnes çharnueû,des valvules et de leurs tendons; mais, comme l’ai déjà dit plus haut, nous n’avons pas assez de faits bien observés pour exposer, d’une manière un peu précise , les accidens qui peuvent en résulter. (0 Le du sang des cavités droites dans les cavités gauches, et rédpro- quenienl, par suite d'un ouverture plus ou muins étroite de la cloison interven- triculaire ou inlerauriculuire , pourrait aussi donner lieu à un bruit de soufilet. 33, ‘ 5l6 MALADIES DU COEUR EN PARTICULIER. Il n est point de traitement pour les ruptures des parois du cœur. Quant aux ruptures des colonnes, des valvu- les, etc. , comme nous n avons pas eiieore les signes néces- saires à leur diagnostic , que pourrions-nous due de leur traitement? CHÂPITRE IL DES CHANGEMENS DE DIMENSIONS DES CAVITÉS ET DES ORIFICES DU CŒUR. CONSIDÉRATIONS PRÉLIMINAIRES. Jusqu’ici les auteurs n’avaient point étudié, d’une m nière particulière, la d datation oui élargissement des orifices du cœur. Ils s’étaient exclusivement occupés des dilata- tions des cavités de cet organe, dilatations vulgairement con- nues sous le nom d’anévrismes du cœur, l’un actif, qm n’est autre chose que la combinaison d’une dilatation avec un épaisissement hypertrophique des parois de cet organe; l’autre passif, consistant en une dilatation avec amincis- sement de ces mêmes parois. Le rétrécissement des orifices du cœur a été étudié par les auteurs de traités sur les maladies du cœur, et notam- ment par Corvisart; mais le rétrécissement des cavités de cetorgane avait été entièrement négligé , jusqu’à I\I. Bertin, qui démontra par des hiits positifs, qu il peut se rencontrer dans une espece particulière d’hypertrophie, savoir l’hyper- trophie interne, concentmjue ou centripète. Dans un organe tel que le cœur , qui fonctionne en quel- que sorte conformément aux lois rigoureuses de la mécani- DILATATION DES CAVITES ET DES OÏÏIFICES. 617 qne, on ne saurait apporter trop de soin à faire connaître par d’exactes descriptions les. moindres changemens sur- venus dans les conditions de la structure physique de cette machine vivante. Aussi avons-nous jugé convenable de nous occuper encore ici de la dilatation et du rétrécissement des cavités et des orifices du cœur, considérés en eux-mêmes, bien que nous ayons déjà été obligé d’en parler précédem- ment, en traitant des maladies complexes dont ils consti- tuent un des élémens. ARTICLE PREMIER. SI LA DILATATIOIY DBS CAVITÉS ET DES OBIflCBS DÜ COBOI* ’ SECTION première: X OBSERVATIONS PARTICULIÈRES. Comme celle desartères, la dilatation du cœur est tantôt generale et tantôt partielle. Nous avons vu précédemment qu’elle pouvait coïncider avec un épais.si.ssement ou avec un amincissement desparois. La dilatation avec épaississement constitue l'hypertrophie anévrismale ou excentrique (ané- vrisme actif ou hypertrophique), maladie à laquelle se rap- portent une cinqu.anlaine des observations contenues dans cet ouvrage. La dilatation avec amincissement des parois , ou l’anévrisme passif, est beaucoup plus rare que la précé- dente.Corvisart en a rapportéquelquesexemples. M. Fleury, de Clermont,a consigné le suivant dans les Bulletins de la Fa- culté de médecine pour l’an xiii : chez un homme de 27 ans, dont le péricarde renfermait trois pinteset demie desérosi té jaunâtre , les cavités droites du cœur étaient orodi gieusenient I 5l8 MALADIES DU CŒUR EN PARTICULIER. dilatées et amincies ^ à tel point (jne P oreillette était convertie i en une espèce de mejnhrane transparente , et que le a/entricule i avait tout ait plus V épaisseur qu 'ont ordinairement hs oreillettes. Je vais rapporiei’ un nouveau cas de celte espèce de dila- tation. Je le ferai suivre d’une observation de dilatation partielle de la portion pulmonaire du ventricule droit , i genre tie dilatation dont l’observation 121*' nous a déjà offert un exemple. Je ne consignerai point ici de nouveaux cas de dilatation I des orifices ; je renvoie à ceux que contient la catégorie des 1. observations d’hypertrophie aiiévrismale. j 1 OBSERVATION I/i7e. Homme de 5i ans. — Signes de tuberculisation pulmonaire. — Ballemens du cœur faibles, presque sans impulsion, étendu'; ; bruits <-lairs. — Dilatation des vffntiicules et surtout du gauche, dont les parois out une épaisseur qui n’excède guère celle des parois du ventricule droit. Mougenot ( Jean-Nicolas) , âgé de 3i ans, garçon tail- 1 leur, e.v -grenadier de la garde impériale, d’une constilu-l lion lymphaticiue , poitrine longue et étroite, peau blan-ji che et fine , poils rouges , d’un caractère très doux , enlraï à l’hôpîlal Cociiin, le 3o juillet 1822. Il disait avoiri éprouvé plusieurs rhumes très forts, accompagnés de cra-i chemens de sang; il avait heauçoup maigri , surtout depuisi six mois, et présentait d’ailleurs les phénomènes suivans: toux, crachats épais, abondans, muqueux, verdâtres, noni mêlés de sang depuis six semaines , perle d’haleine, essouf-i flemeOt au moindre exercice; on entend un râle avec gars gouillement, et une pecloriloquie très forte dans presquq tout le coté droit de la poitrine : dans plusieurs autres points le râle. ressemble à un léger claquement. Les hattemens du cœur sont étendus et ne présentent qji une impulsion très faible ; leè bruits de cet organe sont clairs, et la premier he dijjère guère du second , qu en pe qu il est un peu dilatation dus cavités et des orifices. 5ig plus prolongé - les deux bruits s'entendent même à la partie postérieure de la poitrine (i). Langue scihe, rosée; soif, inappelcnCe, riausees et quelquefois vomissement après les quintes de toux, dévoie- ment sans coliques ; ctialeur à la peau , sueurs nocturnes ; poids petit ^ fréquent et faible', lièvre hectique, simulant un peu une fièvre intermittente quotidienne , insomnie. Prescription. — Gomme éduTc.; look; qhart. 12 août. Cn point pleurétique se manifeste dans la ré- gion du téton droit; pectorilocjuie dans les deux côtés de la poitrine; gargouillement ou respiration soulflante. Les battemens du cœur sont faibles et sans impulsion , tou- jours accompagnés d’un bruit clair. Prostration, pâleur et décoloration de la peau, menace de sulfv cation. ij. Défaillances, obscurcissement delà vue fréquent ; agonie. Mort tranquille dans la nuit du ly. yiutopsie cadavérique , i8 heures après la mort. 1° Org. circulât, et resp. — Dans le côté droit de la poi- trine, existent des fausses membranes de consistance varia- ble : à la base et au milieu , elles sont molles, pulpeuses et injectées; elles s’épaississent considérablement vers le Som- met, où leur présence semble destinée à prévenir l’épan- chement de la matière tuberculeuse dans le sac de la plèvre. En effet, tout le poumon droit forme uné grosse masse de consistance hépatique, creusée, dans sa moitié su- périeure , d’un trcjs grand nombre d’excavations. Incisée en plusieurs points différens , la substance présente un aspect grenu, et nullement spongieux; à la surface des in- cisions se voient les ouvertures de plusieurs tuyaux bron- chiques. Cette substance est d’un gris noirâtre; elle est ■ « .1. (i) Ces signes nous firent annoncer dès le premier abord une dilatation avec amincissement des ventricules. 020 MALADIES DD CCEDR EN PARTICULIER, parcourue par des lames demi-transparentes , comme lar- m dacees , appartenant à la plèvre épaissie qui tapisse n les scissures pulmonaires. Le poumon gauche, moins volu- mineux que le précédent, est crépitant à son bord anté- . rieur, tandis que son bord postérieur est gorgé de sérosité , et contient des tubercules granuleux. On trouve çà et là ;ij dans ce poumon plusieurs foyers tuberculeux de médiocre li étendue. Les ganglions bronchiques, volumineux et noirs, sont transformés, dans leur centre, en une substance blan- i; che et pullacée; les bronches sont rouges, tapissées de ■ mucosités, et d’une matière grumeleuse provenant des cavernes pulmonaires. — Le côté gauche de la poitrine con- tient une médiocre quantité de sérosité citrine ; on y trouve peu d’adhérences. Le cœur est volumineux pour un phthisique : ses parois | sont molles, flasques et affaissées. Le 'ventricule droit est un peu plus ample que dans V état naturel^ le 'ventricule gauche est plus grand que le droit. Celte dilatation anéorismale a lieu aux dépens de V épaisseur des parois y qui n'excède guère celle des parois du 'ventricule droit. — Les oreillettes ne présen- tent pas de changemens considérables , soit dans leur éten- due , soit dans leur épaisseur; leurs valvules offrent une rougeur violette. Org. dig. et annexes. — Le foie, volumineux, est moins compacte que le poumon droit du sujet, un peu ramolli et très facile à déchirer. — L’estomac, très ample, offre à sa sur- face interne une rougeur violacée et comme anéurismati- que ; la membrane muqueuse, ramollie, s’enlève très l^acilement, laissant au-tlessous d’elle des réseaux vascu- laires injectés. — Le jéjunum et le duodénum offrent une rougeur et une injection semblables à celle de l’es- tomac : cette rougeur est continue, tandis que dans l’iléon elle est interrompue par des espaces plus ou moins con- sidérables d’une pâleur notable. Les parois intestinales sont molles et infiltrées. — Le gros intestin, très long, DILATATION DES CAVITÉS ET DES ORIFICES. 5*2 l contient des malicres demi-üquides , et est généralement injecté; on y rencontre des ulcérations très nombreuses, surtout dans le cæcum , où elles sont fort étendues et d’une forme alongée. OBSERVATION (ï)., Homme de 4g ans. — Affection scorbutique. — Teinte livide et bleuâtre du visage et surtout des lèvres. — Dilatation de la portion pulmonaire du ventricule droit. — Communication entre les deux oreillettes au müjen du irou de Botal non oblitéré, etc. Lexmelin, âgé de 49 ans, d’un tempérament bilieux, perdit, il y a environ un an, une place qui était son seul moyen d’existence. Depuis lors, il fut en proie à un violent cliagrin, et obligé de faire usage d’une mauvaise nourriture. Une tristesse profonde, une langueur générale de toutes les fonctions, suivie bientôt de tous les symptômes cjui carac- térisent le scorbut, obligèrent le malade à entrer dans un hôpital : il fut placé à Saint-Louis , le 2i juin 1819^ — On observait alors les symptômes sulvans : air triste, visage pâle, blême; bouche ihauvaise, exhalant une odeur des plus fétides et que le malade ne pouvait supporter lui- même ; gencives ramollies , saignant facilement. Vaste in- filtration sanguine à la jambe et au pied droit, taches sur diverses-autres parties du corps, mais moins étendues, cir- conscrites, et pour la plupart analogues à des piqûres de puce; engorgement considérable du genou ; pouls petit , misérable, mais régulier; langueur et sorte d’apathie générale, impossibilité de marcher ou de se tenir debout : d’ailleurs, nulle douleur locale. Le malade tousse de temps en temps. (1) J'ai recueilli celle observation en iSip; lorsque j’étais interne à l'hôpital Saint-Louis. Elle fut pul)liee dans le Joiirnnl de médecine , rédigé par MM. üé- clard, Jules Cloquet, elc. Je ne crois pas qu'à celle époque on eût encore gnalé la dilatation partielle du ventricule droit. Ô2Î2 MALADIES DU CŒUn EN rAETlCULIEE. On applique sur le pied et la jamhe des compresses imbibées ! d' àlcdol camphi'é ; on prescrit au malade de la tisane de I houblon, du vin anti-scorbutiipie, et un gargarisme avec F esprit | de cochléaria , et la décoction de quinquina acidulée. - Ces moyens conlinués pendanl un mois n’opèrenl pres- queaucun changemeiil dans 1 état général dumalade ; seule- meiiL les symptômes locaux s’alTaiblissent. 20 et 2* juillet — Hémorrliagie buccale très considérable. i (Le malade évalue la pei-le de sang à deux verres.) — Jus- | qu’ici l affection scorbutiqueavait e.xclusivcmentatiirénotre attention, mais alors la louxlégèië que le malade éprou- J \ait à son entrée étant devenue presque continuelle et | très fatigante , les lèpres ayant pris \ine couleur livide et | bleuâire, la face s’étant pour ainsi dire bouffie, on ne pou- \ xait plus méconnaître l’existence d’unelésion organique du j poumon et du cœui\ La dyspnée se prononça de jour en jour j davantage, et en meme temps les taches scorbutiques et l’en- | gorgement du genou se dissipèrent, ^ 4 et 5 août — Oppression plus forte, étouffemens, i inquiétude ; visage légèrement livide, altéré et pour ainsi dire mourant. — Mort, le 5 août à trois heures après niidi, dans une sorte d’asphyxie. ; .Autopsie cadavérique. \ I® Org. circulât, et respirât. — Epanchement d’une sé- rosité jaunâtre dans le péricarde. — Dilatation des cavités i droites du cœur : la cavité du ventricule droit était double de \ V état normal. C’était surtout à gauche, du côté de l’ai'tère pulmonaire, que ce ventricule s'était dilaté ; la il formait en quelque sorte un troisième ventricule intermédiaire aux deux autres. — Les parois ventriculaires n’étaient pas sensible- ment amincies. Les colonnes charnues étaient très multi- pliées. Le tissu musculaire du cœur était pâle , flasque. \d artère pulmonaire, dilatée, offrait un calibre double de celui de laorte. Les cavités droites et les veines-caves étaient gor- i i 1 DILATATION DES CAVITES ET DES OEÎFICES. 023 gées d’un sang noir et coagulé ( le foie lui-nièine était pour ainsi tWve inondé de ce liquide.) Les deux oreillettes cominuuiquent entre ellesau moyen du trou de Butai largement ouvert. L’ouveriure/le comm- unication est arruiulie , sans déchirure, et offre le dia- mètre d’une pièce de 20 sous. Les poumons, et surtout le gauche , étaient parsemés d’une innombrable quantité de granulations. La plèvre qui les recouvrait adhérait de toutes parts à la plèvre costale, au moyen d’une couche celluleuse, plus dense et plus épaisse à gauche qu’à droite. 2® Org. dig. — L’estomac offrait çà et là des points où la membrane muqueuse éiaitB’un rouge brun; elle était blan- che ailleurs, cequi lui donnait comme un aspect marbré. 3^ Habit, extét. — Le tissu cellulaire du genou gauche était épaissi ; il n’y avait épanchement d'une matière al- bumineuse ni dans l’articulation, ni dans les muscles, etc. , etc. 4° Sfst. nerv. — Lé cerveau nous parut tout-à-faitsaini' I SECTION DEUXIÈME. % HISTOIRE GÉNÉRALE DE LA DILATATION DES .CAVIlÉS ET DES ORIFICES DU CCEUR. S I. Caractères anatomiques. I. — La dilatation des cavités du ccéur peut élTQ géfiérâle ou partielle. ' i' De la dilatation générale ou suivant toute la circonférence. Bâillon et Lancisi sont les preiniers qui aiènt appliqué aux dilatations du cœur la dénomination d’anévrisme, dé- nomination qui, long-Éenips avant eui, avait été donnée 024 MALADIES DU CŒUR EN PARTICULIER, exclusivement aux tumeurs formées par les dilatations ar- i terielles. Morgagni employa indifféremment le terme de dilatation et celui d’anévrisme pour désigner l’augmenta- tion de capacité des diverses cavités du cœur. Toutelbis, cet illustre médecin , imité en cela par notre Corvisart, avait cru devoir ajouter que la dénomination d’anévrisme du cœ,ur était loin d’être parfaitement exacte, si l'on voulait désigner par elle une maladie du cœur absolument sem- i Llable à l’anévrisme artériel. Quant à moi, malgré le res- ’i pect que je professe pour l’autorité de ces grands maîtres, je ne reconnais aucune différence essentielle, entre la di- latation des artères et celle du cœur. Il est, d’ailleurs, évident que si la maladie n’était pas essentiellement la 4 même , soit qu’elle occupe le cœur, soit qu’elle affecte les artères, Morgagni et Corvisart n’auraient pas dû lui donner 1 un seul et même nom. Le premier de ces deux célèbres observateurs , comme ( aussi ceux qui l’avaient précédé, confondirent sous le nom ( commun d’anévrisme du cœur plusieurs formes morbides ( qui méritaient d’être distinguées, telles que la dilatation 1 simple ou sans épaississement ni amincissement notable 1 des parois, la dilatation avec épaississement ou hyper- trophie des parois, et la dilatation avec amincissemelit de ces mêmes parois. Ajoutons, avec M. Berlin, qu’en parlant de l’augmentation d’é[>aisseur des parois du cœur, les anciens auteurs ne séparèrent pas assez nettement les cas où l’épais- sissement était le simple résultat d’un accroissement de la nutrition de ceux où il coïncidait avec une altération de celle même nutrition , comme cela arrive dans leramoliis- sement, l’induration, etc. Corvisart est le premier qui ait classé les anevrismes du cœur. Il en admet deux espèces, savoir, les anévris- mes actifs et les anévrismes passifs. Dans la première es- pèce , les parois du cœur sont en même temps dilatées et épaissies, affection qui coïncide avec l’augmentation de la DTLA.TATION DES CAVITÉS ET DES ORIFICES. 525 force du cœur ( de là le nom ^'actifs que Corvisart a im- posé aux anévrismes de celle espece). La seconde espèce est caractérisée par la dilalalion avec amincissement des pa- rois, et par l’affaiblissement des fonctions de l’organe ( de là l’expression de passifs sous laquelle Corvisart a désigné les anévrismes de celte seconde espèce ). La dilatation peut affecter une, plusieurs ou la totalité des cavités du cœur, soit qu’elle existe avec ou sans épais- sissement , avec ou sans amincissement des parois dilatées. Suivant que la dilalalion des cavités du cœur est plus ou moins étendue , ou qu’elle se trouve compliquée ou non d’hyperlrophie, le cœur offre un volume variable. La dila- tation est-elle énorme et combinée avec l’hypexlrophie , le cœur peut présenter un, volume double et même tri- ple de l’état normal. En même temps que le cœur ac- quiert ainsi un volume extraordinaire, il change souvent de forme et de position. Quelquefois, par exemple, il re- présenie, comme nous l’avons dit ailleurs (voy. hypertro- phie), une sorte de gibecière, et il se trouve placé lout- à-fait transversalement, au lieu d’avoir sa pointe simple- ment dirigée un peu à gauche, comme dans l’étal normal. 2® De la dilatation partielle et de V anévrisme faux-consécutif du cœur. Il y a long-temps déjà que des cas de cette espèce d’ané- vrisme avaient été recueillis par les observateurs; mais ce n’est que tout récemment qu’elle a été étudiée avec détail. La dilatation partielle précède quelquefois, sans doute, la rupture des couches internes des parois du cœur avec for- mation d’un kyste dit anévrismal (i). Celle qui s’est le plus (i) C'est à tort qu’on a décrit sous le nom d’anévrisme vrai du cœur les tu- meurs aiiévrismales de cet organe proprement dites. Elles méritent bien mieux le nom à'anévrisme faux consécuUf. La rupture des couches intérieures des pa- 626 MALADIES DU COEUR EN PARTICULIER, fréquemment présentée à notre obscrvaiioii , c’est la dila- tation de la portion pulmonaire du ventricule droit. Comme nous avons parlé ailleurs de \ anévrisme faux-consécutif >\\x cœur (-voy. cardile terminée par ulcération) , nous n’y revien- drons point ici. II. — La dilatation des orifices du cœur n’est pas moins commune que celle des cavités elles-mêmes, ainsi qu’on peut s’en assurer eu lisant un grand nombre des observations con- tenues dans cet ouvrage. Elle est susceptible de plusieurs de- grés qu’il était impossible de bien apprécier avant d’avoir déterminé, d’une manière au moins approxima tive, comme 1 nous l’avons fait dans nos prolégomènes, les dimensions nor- r males des divers orifices du cœur. Rappelons ici quelques i exemples de dilatation ou d’élargissement des orifices. D ins J l’observation 1 19*^, l’orifice auriculo - ventriculaire droit |t avait 5 pouc. de circonférence. Il en était de même chez le 1 sujet de l’observai ion i3o®. La circonférence de cet orifice b n’est pas indiquée, d’une manière précise dans l’obœrvaiion k laS® , mais il y est dit qu’il était dilaté au point ( jue la val- ■yulve triçuspide ne pouvait pas le fermer. Chez Je sujet de 1 l’observation iig*", déjà citée, l’orifice auriculo-ventricu- b laire gauche avait une circonférence de 4 pouc. 3 l ig., etc. \ Nous ne saurions trop répéter aux amis de l’ob'-er- i vation exacte de ne pas négliger l’examen des c.'imcn- [ sions des orifices du cœur dans les maladies dites organi- I ques dont il peut être atteint, car si ces dimensions sont l telles que les valvules ne puissent pas suffire à l’occlusion ! de leurs orifices, il en résulte nécessairement un trouble plus 1 ou moins fâcheux de la circulation du sang à travers le cœur. rois fin cœur conslilue, en effet, l'un des caractères fondamentaux.de la maladie, ! une fois quelle est bien établie. DILATATION DE5 CAVITJfS ET DES ORIFICES. 627 ç II. Mécanisme et principales causes de la dilatation des cavités et des orifices du cœur. La dilalation des cavités et des orifices du cœur s’opère ordinairement sousl’influence d’un obstacle à la libre circula- tion du sang. Sous ce point de; vue , la dilatation du cœur ne diffère pas de',la dilatation d^es autres organes creux. Eit effe^, l’observation démontre que ce.s derniers, quels qu’ils soient, ne tardent pas à se dilater d,’une manière plus ou moins notable, lorsque , en vertu d’un obstacle quelconque, les matières qu’ils sont destinés à contenir pendant un certain temps, ne trouvant plus une libre issue, s'accumuleiit dans leur cavité, réagissent cqnire leurs parois, et les dis- tendent outre mesure. L’organe se laissera d’autant plus facilement dilater, que ses parois seront douées d’une moindre épaisseur, et que les causes de dilalation agi- ront avec plus de force et t!e vitesse. Si ces causes ne sont pas permanentes, si elles ne s’exercent que pendant un temps assez court, ordinairement l’organe dont la résis^tance a été momentanément vaincue ne tarde pas à revenir sur lui-même, et à se rétafilir dans son état normal. Que si, au contraire , les causes agissent d'une manière continue, ou qu’elles s’exercent du moins très fré(]uemment , la dilata- tion de l’organe devient constante, permanente, et par-là se transforme en un véritable état pathologique. C'est par ce mécanisme que surviennent la dilatation de l estomac dans les cas de cancer avec rétrécissement du pylore, celle de la vessie, par suite d’un rétrécissemenE du col, de cet organe ou du canal de lurèlre, etc. C’est aussi par la même raison -que l’on voit s’opé.rcr une dila- tation du cœur chez les individus atteints de rétrécisse- ment de quelqu’un des orifrees de cet organe cerrtral de 1^ circulation. vain la structure du cœur est plus ro- buste que celle des autres viscères creux, l,e mécanisme de sa dilatation n’en est pas moins essentiellement le même,ij 628 MALADIES DU COEUR EN rARTICULTER. Le sang qui s’accumule clans ses cavités, toutes les fois | quil ne peut pas en être expulsé librement, est une i véritable lorce dilatante, (|ui tend nécessairement à éloi- i gner les parois de l’axe de la cavité qu elles constituent , et i qui finit, à la longue, par triompher de leur résistance. Je dis a la longue, car il est démontré que si la cause qui i détermine l’engorgeménl des cavités du cœur d sparaît au bout d’un certain temps, pour ne plus se renouveler, les 1 parois distendues ne lardent pas à revenir à leurs ])remiè- M res dimensions. C est ce qui a lieu, par exemple, dans les ^ cas où une maladie aiguë des poumons, telle qu’une hépa- tisation , empêchant le sang de traverser librement leurs 1, vaisseaux , ce liquide s’accumule dans les cavités droi- i( tes du cœur. 11 est impossible de fixer positivement 1 l'espace de temps pendant lequel la force contractile de cet \ organe peut lutter efficacement contre la puissance qui i tend à la surmonter. On sait seulement que le cœur résis- ! tera d’autant plus long-temps que son tissu musculeux sera plus épais. C’est pour cela que, toutes choses égales d'ailleurs, les oreillettes se dilatent plus facilement que les ventricules, et que le ventricule droit, comparativement au ventricule gauche, est, en quelque sorte, prédisposé à la dilatation. Nous venons de voir comment le sang, accumulé dans l'intérieur du cœur, devient la véritable force sous l’impul- sion de laquelle les cavités et les orifices de cet organe se développent, s’agrandissent, se dilatent. Nous avons éta- bli que, pour mettre en jeu cette force dilatante, il fallait qu’il existât un obstacle au-devant du point où elle s’exerce, i Il y a, entre le siège de cet obstacle et celui de la dilatation du cœur, un rapport nécessaire et trop évident pour qu’on puisse le mettre en doute. Cette sorte de loi est que les cavités du cœur, situées imméLliatement derrière l’obs- ! tacle , se dilatent les premières. C’est ainsi que les obs- tacles à la circulation dans le système pulmonaire délcr- dilatation des cavités et des ôeieicés. 62g minent la dilatation du cœur à sang noir, tandis que la dila'ation du cœur à sang rouge est produite par les obsta- cles au cours du sang dans le système aortique. Si nous voulions préciser encore davantage cette idee , nous dirions que chaque oreillette se dilate particulièrement par lelfet d’un obstacle à l’orificc auriculo - ventriculaire ‘'qui lui correspond, comme chacun des ventricules se dilate a l’occasion d’un obstacle à l’orifice artériel avec lequel sa cavité communique. Cependant, il est Éon d ajouter qu’en raison de l’inégale résistance des diverses cavités du cœur, il arrive assez fréquemment que ce n’est pas toujours la cavité la plus voisine de l’obstacle qui se dilate la première. C’est ainsi, par exemple, que, sous l’iiifluen ce d’une induration des ^valvules aortiques, avec rétrécis- sement de l’orifice qu’elles bordent, l’oreillette gauche pourra êlrele siège d’une dilatation plus ou moins sen- sible avant que le ventricule g'auche ne se soit lui-même di- laté. Enfin, on conçoit également qu’en vertu des con- nexions et des communications qui existent entre les di- verses cavités du cœur, comme entre toutes les parties du système vasculaire, un grand obstacle au cours du sang, quel qu’en soit le siège, peut, au bout d’un certain temps, déterminer une dilatation générale de toutes les cavités du cœur, et même de la plupart des gros canaux vascu- laires. Jusqu’ici, nous n’avons considéré notre sujet que sous un point de vue purement mécanique. Mais ce n’est pas seulement sous ce rapport que nous devons l’étudier. Le sang qui s’accumule dans les cavités du cœur ne joue pas uni- quement le rôle d’une force mécanique; il exerce aussi une action excitante, stimulante ou irritante. En vertu de cette excitation , la nutrition de l’organe tend à devenir plus active, et le devient effectivement dans beaucoup de cas : d’où il résulte que la même cause, savoir, un obstacle à la circulation, est à la fois suivie de dilatation et d’hyper- 2. 34 53o MALADIES DD COEUR EN PARTICULIER, trophie. C’est à la production de ce double effet qu’est due l’espèce d’anévrisme que Corvisart appelle Si le cœur ne s’hypertrophiait pas ainsi dans les mêmes circon- i stances où il se dilate, sa contracliliié serait bien plus fréquemment vaincue par les puissances de dilatation aux- quelles il peut être soumis, et la circulation deviendrait tout-à-fait impossible. Malheureusement, en même temps que cette hypertrophie' du cœur augmente sa résistance, : elle devient elle-même une source de nouveaux accidens dont nous avons tracé l’histoire ailleurs. ( Voyez Hypertro- phie. ) Néanmoins, par des raisons qui ne sont pas toujours i bien connues, l’hypertrophie ne se combine pas constam- \. ment avec la dilatation du cœur. Dans certains cas, au con- I traire, les parois dilatées du cœur sont amincies au lieu b d’être épaissies. Alors le sang ne joue plus que le rôle de p puissance dilatante, et, comme les parois perdent en ï épaisseur et en force ce qu’elles gagnent en étendue , il en résulte la forme d’anévrisme que Corvisart désigne sous le nom de passif. Lorsque, par suite d’une maladie capable d’altérer sa nu- trition, le tissu du cœur aura perdu plus ou moins com- plètement sa cohésion et sa contractilité dans un point de son étendue seulement, il est évident que la force avec la- quelle le sang presse contre les parois de l’organe pen- dant les contractions de celui-ci, doit, à la longue , di- 3 later le point devenu le moins résistant. Il en sera de même, a lorsque la puissance dilatante s exercera spécialement sur l (i) Burns a donné de la dilatation hypertrophique, ou de l’anévrisme actif du II ctBur, une explication qui nous sem|3le aussi exacte qu'ingénieuse : selon cet au- a leur, le mécanisme de la dilatation du cœur avec hypertrophie est comparable à ! celui par lequel l’utérus . pendant la grossesse , se dilate , se développe et s’épais- ü siten tous sens. Toutefois, cette théorie n’est applicable qu’à un certain ordre « de cas d’hypertrophie anévrismale. dilatation des cavités et des orifices. 53 1 une région des cavités du cœur. C’est par ce mécanisme que s’opèrent les dilatations partielles de cet organe. Au nombre des causes capables de donner lieu aux anévrismes du cœur , se placent naturellement les efforts , les exercices violens, lesprofessions qui exigent habituelle- ment le déploiement de forces musculaires très considéra- bles. Aussi les charretiers , les portefaix , les charrons, les paveurs, etc. , sont-ils souvent affectés de la maladie qui nous occupe. Ces diverses causes agissent en déterminant un refoulement et une accumulation de sang, dans le cœur. Les grandes passions, telles que la colère, la haine, la jalousie, etc., surtout quand elles sont concentrées, peu- Tcnt également produire la dilatation du cœur ; on doit en dire autant des professions qui ont particulièrement pour objet l’expression des passions , celle d’acteur tragique , par exemple. Les déviations de la colonne vertébrale, et tous les au- tres vices de conformation qui diminuent la capacité de la poitrine, constituent autant de causes productrices ou du moins prédisposantes de l’anévrisme du cœur. 11 en est ainsi de tous les vétemens qui compriment avec trop de force la poitrine et l’abdomen (i). § III. Diagnostic et traitement de la dilatation des cavités et des orifices du cœur. Tout ce qui concerne ce diagnostic ayant été exposé, avec les détails nécessaires, aux îHYÛcles hypertrophie et atrophie du cœur, nous ne nous en occuperons point ici. Nous rappellerons seulement que chaque jour on voit (i) Qu on n oublie pas que nous indiquons seulement ici les causes pulsées dans les choses qui sont du ressort de l’hygiène. Mais il est une condition patbo- logique, déjà indiquée plus haut, qui joue le rôle principal dans le plus grand nombre des dilatations du cœur, savoir, un obstacle mécanique au cours du sang , situé en deçà des cavités ou des orifices dilatés. 34. i 632 MALADIES DU COEUR EN PARTICULIER, des médecins , d’ailleurs très habiles, attribuer aux dilatâ* lions, ou, comme ils le disent, à V anévrisme <\vl cœur, une foule d’accidens qui n’ont souvent avec celui-ci que des rap- ports de coïncidence ; tels sont particulièrement les con- gestions sanguines passives, les collections séreuses du même nom, et l’étouffement qui les accompagne ordinal- rement. En effet , dans l’immense majorité des cas, lés acci- dens ci-dessus tiennent à un obstacle mécanique au cours du i sang, lequel est en même temps la cause de la dilatation i du cœur. Ce n’est pas que la dilatation considérée en elle- ■ même ne joue quelquefois un certain rôle dans la produc- tion des accidens dont il s’agit : carj les, fibres muscu- - laires, quand elles ne s’hypertrophient pas en même temps t qu’elles se dilatent, perdent réellement de leur ressort, et || leur distension s’opère en quelque sorte aux dépens de leur il force. Mais , encore une fois , on a exagéré ce genre d’in- | fluence , et dans beaucoup de cas, l’hypertrophie fait plus que compenser l’affaiblissement qui pourrait résulter de la dilatation. Quant à la dilatation des orifices, si elle est portée assez loin pour que les valvules ne puissent pas les fermer , il en résulte un reflux du sang qui nuit évidemment au jeu régulier de la circulation. Ce reflux est, comme nous l’avons dit, une des causes du bruit de soufflet, du frémissement cataire, [et quand il s’opère à travers l’orifice aurico-ventri- culaire droit, il donne lieu au pouls veineux, à la fluctua- tion des veines jugulaires. Pour le traitement de la dilatation du cœur, on se con- formera aux préceptes que nous avons donnés en étudiant l’hypertrophie et l’atrophie avec dilatation. EÉTRÉCISS. DES CAVITES ET DES ORIFICES. 533 ARTICLE SECOND. t BéiaKCISSEMBItT BBS CAVITÉS BT DES OBIFICES DO CCEDB. Nous avons vu , en traitant de l’hypertrophie du cœur, que l’épaississement de sa membrane interne , et surtout celui de ses colonnes charnues ou de ses couches musculai- res profondes , constituait une cause de rétrécissement des cavités de cet organe. Nous avons vu également que l’atro- phie pure et simple du cœur comptait au nombre de ses caractères anatomiques une diminution de la capacité des cavités , et nous avons indiqué quels étaient les effets de ce rétrécissement , que nous devons nous borner à signaler ici. •• Les autres causes qui peuvent donner lieu au rétrécisse- ment des cavités du cœur sont une compression exercée par une tumeur, un épanchement, etc. , sur cet organe, la présence de concrétions sanguines , soit récentes encore, soit anciennes et organisées. Or, dans ces cas , comme dans l’atrophie et l’hypertrophie concentrique, le rétrécissement n’est pour ainsi dire qu’un accident , un effet d’une autre maladie. Considéré en lui-même, et abstraction faite de sa cause , le rétrécissement des cavités du cœur, quand il est porté assez loin, constitue un obstacle mécanique à la circulation, et peut déterminer les divers accidens qui accompagnent tout obstacle de ce genre , tels que des congestions veineu- ses, des collections séreuses , etc. Si le rétrécissement oc- cupe le ventricule gauche, il en résulte une petitesse du pouls, comme dans le cas de rétrécissement de l’orifice aortique. > Le rétrécissement des cavités du cœur n’est par lui- , même la source d’aucune indication de quelque impor- tance. Il faut combattre la maladie dont il est l’effet, et laisser ensuite à la nature le soin de faire le reste , car s’il 634 maladies du coeur en particulier. est donne à l’art de dilater mécaniquement une foule d’au- tres organes , il n’en est pas de même quand il s’agit du cœur. Le rétrécissement des orifices du cœur se produit dans i des conditions essentiellement les mêmes que celles dont i nous avons parlé à l’occasion du rétrécissement des cavités de cet organe. L’espèce de rétrécissement des orifices du cœur la plus commune.et la plus importante à connaître est celle qui accompagne l’induration des valvules. INous ne reviendrons pas sur ce que nous en avons dit , en traitant | de cette induration , considérée comme une terminaison de l’endocardite valvulaire chronique. ’ CHAPITRE III. DES LÉSIONS DE RAPPORTS^ OU DES DÉPLACEMENS ET DES HERNIES DU CŒUR (l). » * . \ " , ARTICLE PREMIER. DBS SIMPLES DEPLACEMENS DU COEUH. On peut distinguer deux espèces de déplacement du cœur : l’une dans laquelle cet organe occupe , comme à l’ordinaire, la région précordiale, mais ayant sa pointe tournée touL-à-fait à gauche ( voy. les observ. d hypertro- phie considérable du cœur ) , 1 autre dans laquelle le cœur (i) M. Breschet désigne sous le nom à'eclopies les divers changemens de si- tuation et de position du cœur, lésions sur lesquelles il a publié, en i8a6, un méoioire important. DÉrLACEMElVS DU COEUR. 535 ne siège plus clans la région précorcliale , et se trouve , par exemple, refoulé dans le côié droit de la poitrine. Les cas de véri table déplacement du cœur ne sont pas extrê- mement rares. Lancisi et Morgagni ont désigné sous le litre de prolapsus les déplacemens en bas, seul vice de position dont il soit fait mention dans l’ouvrage de Corvisart. Dans UM des observations de Morgagni , la cause qui avait ainsi repoussé le cœur de haut en bàs j consistait en une tumeur anévrlsmale de l’aorte. Dans un cas rapporté par Sénac, le cœur avait enfoncé le diaphragme qui lui formait une espèce de capuchon. Le déplacement en haut du cœur se rencontre dans les cas où cet organe est soumis à une pression , à un refoule- ment exercé sur lui de bas en haut, soit par une tumeur développée dans l’hypochondre gauche, soit par un vaste épanchement dans le péritoine, etc. Divers auteurs ont eu occasion de rencontrer le refoule- ment du coeur dans le côté droit de la poitrine. Sennert trouva le cœur d’un étudiant caché dans la cavité droite du thorax, à la suite d’une maladie qui avait entraîné la con- somption du poumon ( c’est-à-dire , selon toute apparence, un épanchement considérable dans la plèvre gauche ). Dans un cas rapporté par M. Larrey , les battemens du coeur se faisaient sentir à la région du sein droit. L’autopsie cadavé- rique montra que le cœur avait été rejeté à droite par une hydropisie enkystée. Une tumeur pourrait, comme les épanchemens libres ou enkystés, produire le déplacement du cœur à droite. C’est ainsi qu’à l’ouverture du côrpS du marquis de Saint-Auban, Boerrhaave trouva le cœur re- poussé dans la cavité droite de la poitrine, par l’effet de la compression qu’avait exercée sur lui une énorme tùmeur développée dans le coté gauche du thorax. Quoi qu’il en soit , de toutes les causes qui peuvent opérer l’espèèe de dé- placement qui nous occupe, la plus commuiie est un Vaste épanchement dans le côté gauche de la poitrine. 536 BIAtADIES DU CCEÜR EN rARTICÜEIER. J ai, tout récemment encore ( 16 avril 1835^, observé, ' conjointement avec M. le professeur Velpeau, un cas de ce genre. Le passage accidentel de l’estomac et des intestins dans i un des côtés de la poitrine, peut être la cause d’un déplace- i ment du cœur. M. Chaussier avait observé cette espèce de déplacement. En voici un exemple : chez un enfant, qui i expira quelques heures après sa naissance, l’autopsie dïfea- I vérique fit reconnaître ce qui suit: l’estomac, une grande \ partie des intestins, la rate et le pancréas, étaient contenus i dans la cavité gauche de la poilmne. La cavité droite renfer- mait le cœur, le thymus et les deux poumons. (Gust. Th. Wey- ' land; Diss. inaug. méd. — léna. 1831. ) , Quelquefois, le déplacement du cœur à droite est moins f considérable, en sorte que cet organe se trouve situé per- | pendiculairement à la région moyenne de la partie infé- w vieure de la poitrine , comme cela est arrivé dans le casque i! voici : Un enfant de sept ans succombe à des vomissemens dont il était atteint depuis les premiers temps de sa nais- sance, et qui se compliquèrent d’accidens cérébraux. A l’ouverture de son corps, on vit que la cavité gauche de la poitrine, jusqu’au niveau de la seconde cote , était remplie par les circonvolutions des intestins. Le cœur était situé sur la ligne médiane Le poumon gauche, atrophié, offrait à peine la sixième partie de son volume norntal. Le poumon droit était bien conformé, et ne présentait rien d’extraor- dinaire. ( Gust. Th. Weyland ; Oper. cit. ) Rien n’est plus facile que le diagnostic des divers dépla- cemens du cœur. La percussion, l’auscultation, la palpa- tion et l’inspection, permettent, en effet, comme nous l’avons déjà dit tant de fois, de déterminer, de la manière la plus certaine , le lieu précis qu’occupe cet organe. On pourrait confondre le simple déplacement du cœur à droite avec la transposition congénitale du même organe, si l’on n’avait égard qu’aux signes physiques; mais les renseigne- HERNIES DU COEUR. 537 mens sur l’état antérieur du malade, la transposition des autres viscères qui accompagne celle du cœur, etc., voilà qui suffit pour distinguer ces deux cas l'un de l’autre (1). ARTICLE DEUXIÈME. HERNIE DU CCeUH (2). Les cas de hernie du cœur ont été observés par divers auteurs. Chez un fœtus humain, né au huitième mois de la grossesse, dont Vaubonais nous a donné la description, le (1) Je crois devoir rapporter ici un cas singulier de lésion de rapport du cœur ( par suite de l’absence de l’extrémité inférieure du sternum, le cœur était immé- diatement placé sous la peau). Celle curieuse observation a été publiée par Cliaus- sier dans les Bullclins de la Facullé de médecine de Paris, pour l’année i8i4. oj'ai vu, dit-il, à rhôiàlal militaire de Dijon ujj soldat de 27 ans, d’une con- st lotion robuste, dont le cceur, situé à la partie antérieure et moyenne du thorax, n’élail recouvert que par la (leau, qui était mince, unie, et ne présentait aucun vestige de cicatrice. Dans ce sujet, que j'exaininai avec beaucoup d’attention, le creurctonservailà peu près tia situation naturelle, et ne sortait point hors du thorax. Il n’existait du sternum que son extrémité supérieure, à laquelle s’articulaient de chaque côté la clavicule et la première côte. Les autres côtes, jusqu’à la septième, paraissaient manquer en totalité, ou au moins en partie , de ce cartilage de pro- longement qui , dans l’état ordinaire, lesallache au sternum. Elles se terminaient en avant par un tubercule com|iacte, épais, arrondi, qui paraissait s’étendre de l’une à l’autre, les réuniret leur servirde point fixe. La septième côte conser- vait sa forme et son étendue naturelles. Elle se prolongeait jusqu’à la ligne mé- diane , y était fixée et réunie à celle du côté opposé par un tubercule épais, com- pacte. Les autres parties du thorax étaient bien conformées. » L’absence du sternum et d’une portion de certaines côtes laissait ainsi un grand espace oblong , dans lequel on voyait, de la manière la plus frappante , tous les mouvemens du cœur. ■> Malgré celle singulière conformation congéniale, cet homme jouissait d’une bonne santé ; il était ilepuis plusieurs années attaché au service militaire, en avait supporté toutes les fatigues, sans éprouver aucun accident, et il n’était entré à l’hôpital que pour une légère indisposition, qui lui permit bientôt de con- tinuer sa roule. » (2) Nous aurions pu rattacher la hernie du cœur aux vices congénitaux dont il sera question dans notre quatrième classer des malarlies du cœur. Cependant , 538 MALADIES DU COEUR EN PARTICULIER. cœuT', sorti du thorax par une ouverture située à la partie supé~ i' i rieiire de cette cavité ^ était à nu et pendu au cou comme une i i MEDAILLE, ( Méju. de V Acad, des sciences. — 1712. ) Martin Martinez a rapporté un cas analogue au précédent i; dans une dissertation imprimée à Madrid, en 1723, Tourlelle dit avoir vu, à Besançon, un enfant qui avait fi à la partie inférieure du thorax une ouverture par laquelle le 1 cœur sortait et se portait jusqu'à un pouce au-dessus de l’om- h hilic. Parmi les espèces les plus extraordinaires de hernie du ! cœur, il faut placer les deux cassuivans, dont Is premier i était en même temps un exemple de hicardie: Chez un en- fant, qui mourut peu de temps après sa naissance, Baudé"- locque assure avoir trouvé deux cœurs distincts, Vun situé dans ï abdomen, l'autre dans le thorax, et communiquant ensemble par diverses ramifications 'vasculaires. Chez un énfant singulièrement difforme dans plusieurs de ses parties, né à l’hospice de la Maternité, en 1812, Chaussier a vu une tumeur herniaire qui , située à la base du cordon ombilical, contenait 7ion seulement la plupart des viscè- res abdominaux , mais encore le cœur. Cet organe , dont la base se trouvait tournée dû côté de l'ombilic, était attaché par sa pointe à la partie antérieure du palais. Le centre du dia- phragme présentait une ouverture par laquelle le cœur avait fait hetnie dans l'abdofnen. Ajoutons que le fœtus, ainsi mal conformé, vécut quelques heures après sa naissance. La note suivante sur une hernie congénitale du cœur mérite de trouver place ici (elle fut lue par Chaussier, a la Société de la Faculté de médecine de Paris , en 1814 ). « Le 3o juin i8i3 , on a déposé à l’hospice de la Mater- comme celle hernie paraît s'opérer sous l’influence de conditions morbides acci- clcntcllcmcnt survenues chez le fœlus, nous avons cru devoir ne pa^s séparer son histoire de celle des simples déplacemens du cœur, dont il vient d être question dans le précédent article. t HERNIES DU COEUR. 53g » nité un enfant femelle nouveau-né, qui présente , à la » partie supérieure et antérieure de l’abdomen , une tu- » ineur molle, hémisphérique, élevée d’à-peu-près un - » pouce (So millimètres), large d’environ deux pouces un » quart (6o millimètres) , et dans laquelle on distingue, à » la simple inspection et d’une manière très évidente , la I » forme et les mouvemens alternatifs d’élévation etd’abais- • ü sement du cœur, de dilatation et de contraction de ses » ventricules. » L’apparence, le volume de cette tumeur, qui dé la » partie antérieure et inférieure du thorax s’étend presqué J à la hauteur de l’ombilic, change à chaque instànt^sui- » vaut l’état de la respiration. Quand l’enfant inspire, le » cœur se relève, il remonte et paraît rentrer en partie » dans le thorax; quand il expire, le cœur se porte en > avant et en bas , et les mouvemens de Ses ventricules » sont plus apparens. La tumeur augmente sensiblement » de volume et est plus tendue lorsque l’enfant crie , et B surtout lorsqu’on le tient debout; elle diminue et de- » vient plus molle lorsqu’il est tranquille et couché sur le » dos, un peu sur le côté , les membres à demi fléchis. Une î pression graduée fait disparaître la tumeur ; le cœur, » dont on sent très bien les battemens, s’enfonce et paraît » rentrer dans le thorax ; mais la respiration de l’enfant » est alors moins facile, et dès que Lon cesse la pression , ï la tumeur reprend sa forme première , et le cœur s’é- » chappe avec une sorte de bruissement. » En examinant plus particulièrement le contour de » cette tumeur, on reconnaît, à la partie antérieure et la- » térale gauche du thorax , une large ouverture ou échan- ï crure qui, autant que l’on peut en juger à travers l’épais- » seur des chairs, commence au-dessous du bord de la » quatrième côte sternale , est formée au-dedans par une » jiartie du sternum , et en dehors par l’extrémité des côtes » qui ont été détruites , ou n’ont pas pris Lacer oisseraeiit 54o MALADIES DU COEUR EN PARTICULIER. ‘ » et l’étendue qu’elles ont ordinairement. L’extrémité su- i » périeure des muscles droits ( sterno-pubiens ) parait r: » manquer, au moins du côté gauche , ou bien ces muscles j » sont fort écartés l’un de l’autre, car les parties déplacées I » ne paraissent recouvertes que par la peau qui, en devant I » et en haut, est d’une grande ténuité et semi-diaphane, j » mais qui paraît plus épaisse en bas et du côté de l’om- , » bilic, et présente dans cet endroit une large tache bru- » nâtre et d’une forme irrégulière. Il paraît aussi , d’après il » le volume de la tumeur , qu’elle contient une portion du } » foie , et que le cœur est appuyé sur la face convexe de II » cet organe , et y exécute ses mouvemens (i). » D’autres cas de hernie du cœur ont été publiés par i M. Breschet, dans son mémoire sur Yectopie de cet organe. | Ce savant anatomiste réduit à trois genres les hernies ou I ectopies du cœur : GENRE. — Ectopie thoracique du cœur. I 2* * GENRE. — Ectopie abdominale. 3® GENRE. — Ectopie céphalique. • Les cas que nous venons de rapporter fournissent des exemples de ce triple genre de hernie du cœur. Il est très commun de voir coïncider les différentes espèces de hernie du cœur avec des vices de conformation de cet organe, dbnt plusieurs sont incompatibles avec la vie. Au reste, ces hernies supposent elles-mêmes l’existence d’autres lésions dans les parties voisines, telles que des (i)« Ainsi, ajoute M. Chaussier, par la nature, la disposition, les pliéno- > mènes qui l’accompagnent, cette affection con^én/n/e peut être rapportée à la • classe des hernies, et distinguée des prolapsus, de l'extrophie ou autres ahé- » rations accidentel les de cet organe. » I.’enfanl observé par M. Chaussier était d'ailleurs bien conformé. Il tétait, exé- cutait bien ses fonctions, et semblait promettre de vivre (*) On conserTiil cet enfant à la Maternité. Je ne racbe pai qu'il en ait été qurition dtpuii la publication de la note qu'on vient de lire. HERNIES DU COEUR. 54 1 solutions de continuité, des adhérences anormales, etc.; et ces lésions peuvent entraîner de graves accidens ou même une mort inévitable, soit immédiatement après la inaissance , soit très peu de temps après. Il n’est pas de notre objet d’approfondir ici les lois et le imécanisme de la production des ouvertures anormales à travers lesquelles le cœur s’échappe. Quant à certains vices Ide conformation qui peuvent coexister avec les hernies du cœur, nous en traiterons plus loin. Chez les sujets qui ne succombent pas immédiatement après leur naissance, le diagnostic des hernies du cœur se fonde sur les mêmes données que celui des simples dépla- cemens dont nous avons déjà parlé. i CLASSE QLATRIÈ5IE. t. DES VICES PBlMORDlAüX DK SITUATION ET DE CONFORMATION BO COBDR. V , CONSIDÉRATIONS PRÉLIMINAIRES. , L’étude des états anormaux dont l’ensemble consti-i tue la classe des monstruosités s’est enfin complètement: dégagée de la forme fabuleuse et mystique dont elle fut enveloppée jusqu’au commencement du xviii* * siècle (i). L’observation et l’esprit philosophique ont fait justice des idées superstitieuses dont les monstruosités avaient été le sujet, et là où l’on ne voyait que des effets de la colère céleste pu des opérations du démon, les observateurs ont aujourd’hui reconnu les conséquences de grandes lois d’a- natomie et de physiologie anormales, telles que celles de Varrêt, du retardement ou de l’excès de développement, etc. Toutefois, malgré ses immenses progrès, il s’en faut bien que la tératologie soit une science achevée. Combien de ses parties sont encore couvertes d’une profonde obscurité ! La définition de la monstruosité n’est pas aussi facile que (i) Dans son traité des monstres, publié pour la première fois en i6i6, Lice- tus professe que quelques monstres sont dus à l’opération du démon. Jean Riolan, l'un des hommes les plus éclairés du 17® siècle , a pu écrire que: «quant aux monstres faits à l'image du diable, il faut, si on les laisse vivre, • les tenir constamment enfermés et cachés dans une chambre. Enfin, il en est • d’autres qui , moitié hommes et moitié animaux , font injure à la nature et au • genre humain : ceux-ci doivent être au plus tôt mis tous les viscères de la poitrine et du bas-ventre (i). » J’ai eu occasion d’observer, en 1824, à l’hôpital Cochin, une transposition du cœur et des autres viscères. Je vais consigner ici ce cas tel qu’il a été publié par M, le docteur Dubled , dans le tome VI des Archives générales de médecine ( 1824 ). OBSERVATION 151e, ' Un charpentier , âgé de 20 ans , d’une assez belle stature , entra à l’hôpital Cochin , le 28 août 1824, disant n’être malade que depuis quatre jours , ce qui ne s’accordait guère avec la teinte jaune-pâle de tout le corps et un amaigrisse- ment déjà assez prononcé. Quoi qu’il en soit , il ne se plai- (1) Dan» son Trailé des maladies des enfans nouveau-nés , Billiard dit que ta transposition du cœur à droite est une déviation moins rare qu'on ne pourrait le croire, et que M. Baron en a présenté plusieurs exemples à C Académie royale de médecine. Dans son savant Mémoire sur Yectopie du cœur, ÎI. Breschet dit avoir re- cueilli quaire cas dans lesquels cet organe était placé dans la moitié droite du thorax. Mais comme les autres viscères avaient généralement conservé leur po- sition normale, il est plus que douteux que les cas dont il s’agit soient relatifs 5 une véritable transposition du cœur; aussi M. Isid. Geoffroy-Sainl-IIilaire n’a- t-il pas cru devoir placer ces quatre cas parmi les cinquante on soixante observa- tions qui , d’après son calcul , ont été rapportées jusqu'ici par les au eurs sur la transposition des viscères , déviation organique à laquelle il a donné le nom d’/«ê- térotaxie. transposition du CœUR. 549 gnaitcfue de céphalalgie, d’étourdissemens , d'oppression, et de baltemens dans la télé. Le pouls était plein et fré- quent; les carotides battaient avec une force extraordi- naire. Les battemena du cœur , examinés au stéthoscope , étaient forts, vifs, fréquens , étendus , surtout dans la cavité pecto- rale droite , ou il semblait quil existât un second cœur. La langue était blanchâtre , humide, la soif modérée, le ventre souple et indolent , bien que le malade accusât de la constipation. Prescription : Saignée du bras; boiss. émoll. ; lau. émoll.; sinap. Peu d’amélioration : les battemens dans la tête conti- •> nuent. En somme , tout reste dans le même état pendant trois ou quatre jours. Tout-à-coup, dans la nuit du 3 au 4 septembre le malade est pris de vomissemens de sang. — Les dérivatifs , les répercussifs , les tisanes acidulées-gom- mées sont mis en usage , sans pouvoir arrêter les vomisse- mens ; bien plus, les boissons les plus douces sont rejetées elles -mêmes, et parmi les matières vomies on reconnaît des fragmens de fibrine qui aurait été comme lavée. Prescription : Sangsues à V épigastre ; potion anti-émét. de Rivière. Au bout de quelques jours, le ventre se ballonne, la diarrhée survient; l’amaigrissement fait des progrès; les forces baissent de plus en plus, la sensibilité s’émousse; cependant les battemens du cœur, des carotides et de l’aorte ventrale sont toujours très forts. ( Les battemens de cette dernière artère devinrent surtout très sensibles, vers la fin de la maladie, par suite de la cessation du bal- lonnement du ventre, et de l’extrême rétraction des pa- rois abdominales. ) Prescription : Décoct. blanche; riz gom., sir. de coing; demi lav, avec aniid. et laudan.; pot. avec teint, éth. de 55o MALADIES DU COEUR EN PARTICULIER. Le malade s’éteignit le 3i septembre. Autop$ie cadavérique^ heures après la mort. —La poi- trine et le ventre ouverts, la première chose qui frappe les regards , c est une transposition des organes renfermés dans ces deux cavités (i). Le cœur occupait dans le çôté droit de la poitrine la place qu'il occupe ordinairement dans la cavité gauche : il se dirigeait de gauche a droite, de, niardère que sa hase regardait la par- tie gauche de la poitrine , tandis que sa pointe répondait à l'intervalle des sixième et septième côtes droites. Le ventricule droit était à gauche et réciproquement. La partie interne du ventricule droit, ainsi situé à gauche, recev ait li oreillette droite, dans laquelle 'venaient s ouvrir les deux veines-caves , situées l'une à cote de l autre sur le cote gauche de la ligne médiane. De la base de ce même ventricule naissait l'artère pulmonaire , dont la branche qui va ordinairement aiipoumon gauche se ren- dait au poumon droit , tandis que la branche affectée norma- lernent à ce dernier poumon se distribuait au poumon gauche. A la base du ventricule gauche , placé à droite , on voyait en dehors, V oreillette gauche , regardant comme lui à droite, en dedans l'aorte cpd , dirigée obliquement de bas en haut et de gauche à droite , venait se courber au-dessous de l'extrémité sternale de la clavicule droite. Elle formait ainsi une courbure dont la convexité , tournée en haut et à gauche, donnait nais- sance successivement h un seul tronc , d'oîi partaient un peu plus loin l'artère carotide primitive gauche et la sous-clavière du même côtéj 2° l' altère carotide droite j 3° la sous-clavière droite. Après avoir fourni ces trois troncs , l'aorte se courbait (1) Tous ces viscères étaient d’ailleurs parfaitement sains, à l’exception de la portion descendante du colon et de la moitié de sa portion transverse , qi^ , noi- râtres à l’extérieur, présentaient à l’intérieur un grand nombre de petites ul- cérations jaunâtres, et de végétations fougeâtres , de la grosseur d’un grain dQ seigle ou de millet. Le cerveau était sain. TRA.NSPOSITION DU CCEUR. 55 1 de haut en bas, et descendait jusqu'à la troisième vertèbre lom- baire, en suivant le côté droit de la colonne vertébrale. Le poumon droit n offrait qu'une scissure et conséquemment que deux lobes , tandis cpie le gauche présentait trois lobes et deux scissures. ■ La veine azygos, placée dans le côté gauche de la poitrine, venait s'ouvrir dans l'oreillette droite, transposée à gauche. Transposé également , le diaphragme présentait à gauche l'anneau Jibreux qui donne passage à la veine cave ascendante, tandis qu'à droite, il livrait passage en avant à l'œsophage et en arrière à l'aorte. L' œsophage se rendait à l'estomac , en se dirigeant ohlique- ment de haut en bas et à droite. La grande courbure de l'estomac regardait en bas, en avant et à droite', tandis que la petite courbure de cet organe était tournée en arrière- à gauche et en haut. La grosse tubérosité ou le grand cul-de-sac de V estomac occupait V hypochondrc droit ou se trouvait également la rate , qui en occupait la partie la plus profonde. La petite extrémité de l’estomac, tournée à gauche , donnait naissance au duodénum qui, d'abord dirigé oblique- ment de bas en haut, et de droite à gauche, se recourbait au- dessous de la 'vésicule du fiel, descendait jusqu' au-dessus du rein gauche, puis eifiin se recourbait de nouveau pour marcher trans- versalement, et venir se terminer sur la partie latérale droite de la seconde vertèbre lombaire, en donnant là naissance au jéjiL- num. Ce dernier et l'iléon étaient renfermés dans la duplicature du mésentère, lequel , partant de la partie latérale droite de la seconde 'vertèbre lombaire, 'venait se terminer dans la fosse ilia- que gauche a oie l'iléon, en se dilatant, donnait naissance au cæcum. De V extrémité supérieure de ce dernier intestin ainsi > situé dans la fosse iliaque gauche , partait le colon ascendant. L' app'ë^ice cœcal était jeté sur le côté gauche de b excavation pelvienne. Le colon ascendant montait dans la région lombaire gauche , jusqu' au-dessous du bas-fond de la 'vésicule du fiel, et là se courbait de haut en bas, pour marcher transversalement 552 MALADIES DU C(EUR EN PARTICULIER. de gauche à droite , en formant Varc du colon\ enfn, ce dernier arri\>è dans V hjpochondre droite au-dessous de la rate, se cour- bait de haut en bas pour descendre dans la région lombaire droite et former le colon descendant. Cette troisième portion du colon, parvenue au-devant de la symphyse sacro-iliacpie droite, se plongeait daiis le petit bassin obliquement de droite à gauche, pour former le rectum qui offrait une direction inverse de celle quil présente ordinairement. Le pancréas était placé transversalement au-devant de la colonne vertébrale , de telle sorte que sa tête ou grosse extrémité était tournée a gauche, tandis que sa queue ou petite extrémité regardait h droite. Enfin, le foie occupait Vhypochondre gauche ,• son grand lobe était tourné à gauche , tandis que son lobe moyeu, situé a droite, recouvrait un peu le grand cul-de-sac de C estomac. § III. Quelques considérations sur les causes et le diagnostic de la transposition du cœur. Dire que la situation du cœur à droite est une débauche de la nature peu sage [ Leibnitz), un jeu extraordinaire de la nature (StoU\ c’est reconnaître implicitement son ignorance sur la véritable cause de cette anomalie. Ce qui me paraît certain, c’est que s’il existe une anomalie dont on puisse difficilement contester la primordialité , si j’ose me servir de ce mot, c’est celle dont il s’agit ici. La diagnostic de la transposition du cœur est une chose très simple. L’inspection, le toucher, la percussion et l’aus> cultation nous apprendront à la fois l’existence de cette anomalie. Pour distinguer la véritable transposition du cœur, du simple déplacement du même organe à droite, il suffit de réfléchir que dans la première, le foie occupe l’hypochondre gauche , l’estomac l’hypochondre d#feit, et que l’aorte longe le côté droit de la colonne vertébrale, etc, 553 PERSISTANCE DU TROU DE BOTAL^ETC. CHAPITRE IL DE LA COMMUNICATION ENTRE LES CAVITES DROITES ET LES CAVITÉS GAUCHES DU COEUR, SOIT A LA FAVEUR DE LA NON-OBLITÉRATION DU TROU DE BPTAL, SOIT AU MOYEN DE PERFORATIONS ANORMALES DE LA CLOISON INTER- AURICULAIRE ET INTERVENTRICULAIRE. § I. Cas particuliers, \ t Parmi les observations précédemment rapportées dans cet ouvrage, il en est neuf dont les sujets ont présenté l’anomalie dont nous nous occupons ici. (Voir les observa- tions yZ, 76, 78, 79, 80, loi, 102 et i48.) Nous allons en* consigner ici six nouveaux cas. OBSERVATION 152-= (1). ( Enfant de 4 ans. — Dyspnée et coloration livide du visage depuis la nais- sance; étouffement au moindre mouvement; battemens du cœur violens, tumul- tueux. — Cœur très volumineux. — Ventricules paraissant avoir les mêmes di- mensions; oreillette droite excessivement distendue. — Fosse ovale, très large et très profonde , percée de plusieurs trous. — A la base du ventricule droit , ou- verture considérable, conduisant dans l’aorte-, un peu au-dessus et à gauche de celte ouverture, il en existe une autre qui s’abouche dans l’artère pulmonaire. — Valvule tricuspide épaissie et comme calleuse. — : Echancrure et interruption du septum des ventricules , établissant une libre communication entr.e les deux ventricules. Un enfant de quatre ans , affecté d’une hydrocèle congé- nitale, toussait beaucoup et était très oppressé , lorsque M. Palois, de Nantes, fut appelé pour lui donner des soins. (0 Cette observation a été recueillie par M. Palois, de Nantes, et publiée dans les Bulletins de la Faculté de médecine , pour l'année 1809. 664 ÏIAIADIES DU COEUR EN PARTICULIER.' Sa face , colorée en rouge foncé, était bouffie ; ses lèvres ■ injectées , livides. — Peu de jours après sa naissance, on i s’était aperça qu’il respirait avec beaucoup de peine, sur- tout en tétant, que sa face se gonflait alors et devenait très i rouge, mais reprenait, par le repos, sa teinte naturelle. En avançant en âge, le petit malade est devenu de plus i; en plus oppressé; les pieds et les mains sont toujours livides ' et froids; les ongles violets et presque noirs. Au moindre ; mouvçmerit, la respiration, courte et bruyante, semblait i, prête à s’arrêter, ce qui l’empêchait de partager les jeux des enfans de son âge. Les battemens du cœur , violens et ;i tumultueux, étaient facilement visibles. Pour peu qu’il fit il froid, il ne pouvait quitter le coin du feu. L’oppression ;i| était beaucoup plus fatigante, et la coloration de la peau \i plus foncée et plus livide dans les temps très chauds et très || froids. I Six mois avant la mort de cet enfant, le ventre commença j à grossir, et M. Palois y reconnut bientôt de la fluctuation, i Autopsie cadavérique. Cadavre émacié ; taches livides sur le» épaules et les | fesses ( il avait coulé par le nez beaucoup de sang noir et très fluide). L’abdomen'' contenait une grande quantité de fluide sé- reux. — Injection de l’estomac et des intestins. — Foie très volumineux et de couleur bleue d’ardoise. Le péricarde distendu contenait de la sérosité. Le coeur, d’un volume considérable , était placé presque transversalement; l’oreillette droite était excessivement distendue; la gauche, petite et contractée ; les veines qui aboutissent à l’une et à l’autre, dans l’état naturel. Les ven- tricules paraissaient d’égale dimension. L’aorte, d’un ca- libre extraordinaire à son origine, sortait de la base] du cœur plus en devant et a droite cjuoji ne 1 observe ordinai- rement. L’artère pulmonaire, au contraire, beaucoup plus petite qu’elle n’aurait dù être, naissait directement an- PERSISTANCE DU TROU DE BOTAt, ETC. I J devant de l’origine de l’aorte , vis-à-vis et un peu à droite! ; J de la cloison des ventricules. La fosse ovale, très large, ;t très profonde, était garnie d’un tissu mernbraneux joerce de plusieurs trous , établissant une communication directe avee \i L'oreillette gauche, laquelle n’offrait rien de remarquable. Le ventricule droit présenta à sa base une ouverture c considérable conduisant dans l’aorte. Un peu au-dessus et à à gauche de cette ouverture, on en voyait une autre beau-; ccoup plus petite et garnie de deux lèvres calleuses dirigées L obliquement d’avant en arrière, s’abouchant dans l’artère |p pulmonaire. La valvule tricuspide était épaissie et comme If. calleuse à son bord libre. . A quelques duretés près, la valvule mitrale était dans sson état naturel. L’orifice aortique, très considérable, êétait placée près du septum des ventricules , lequel était i interrompu et comme échancré à sa partie supérieure, ce cqui établissait une libre communication entre les deux ^ventricules. Les valvules aortiques étaient saines. L’artère jpulmonaire n’avait que deux 'vals’iües placées tramversale-s irnent, une antérieure et l'autre postérieure, très larges, formant t entre elles et le calibre de l'ai'tère , deux culs-de-sac très prot t fonds. OBSERVATION 153* (i). Femme de 25 ans , n’ayant point présenté de coloration bleue de la peau , si c ce n’est dans les derniers temps de sa vie , et ayant joui jusque là d’une bonne s santé. — A 25 ans, dyspnée, palpitations, coloration bleuâtre du visage. — Trou ovale, ouvert comme chez le fœtus \ rétrécissement des orifices auriculo- ’ ventriculaire droit et pulmonaire; trou rond, faisant communiquer Car~ i tire pulmonaire avec le ventricule gauche; hypertrophie considérable du ventri- < cule droit, avec un peu de rétrécissement de sa cavité ;*ventricule gauche peu développé. ! Une malade, d’une complexion robuste , avait joui jus- (i) Publiée par M. le prof. Tommasini ( Clinlca medica di Bologna) , sout^ Cf titre ; Sopra un caso di mofbo cerulep. 1 556 MALADIES DU CŒUR EN PARTICULIER, qu’à sa aS* année d’une très bonne santé , et n’avait point présente de coloration bleue de la peau. A cette époque, elle commença à éprouver, à la suite de chagrins et d’un accouchement laborieux, de la dyspnée et des palpitations, t Plus tard, à ces symptômes, se joignit une coloration bleuâ-: | tre des lèvres, du visage et des extrémités. Malgré les moyens employés, les saignées en particulier, | les symptômes augmentèrent et la malade succomba. L’ab- I sence de couenne sur le sang tiré de la veine, l’inégalité j et la faiblesse du pouls ( i polsi erano inegùali, ma manca- 1 pano di quella 'vibrazione od arteriosita, che d'ordinario | carattérizza i ‘vizi del cuore e del sistema arteriosd) , la cou-d leur violette des lèvres firent soupçonner à M. Tommasim}\ que la maladie affectait principalement les oreillettes dui» cœur et les gros troncs veineux. 1 Autopsie cadavérique. Le cœur était d’un tiers environ plus volumineux qu’ài j l’ordinaire. L’oreillette droite était assez dilatée ; la gauche * avait son volume normal. Les parois du ventricule droit;! avaient à peu près doublé d’épaisseur, en même temps que g la cavité de ce ventricule était assez étroite. ( Le pareti del\\ 'ventricolo destro del cuore di crassezza quasi doppia délia natu- !l raie, e la cavita del medesimo assai ristretta.) Le trou ovale était jli ouvert comme chez le fœtus, et faisait librement communiquerai, V oreillette droite avec la gauche. L’orifice ventriculo-auricu-:if laire était presque obturé par une concrétion polypeuse , et j rendu très étroit par l’adhésion réciproque des valvules. !»( L’artère pulmonaire était assez ample et ses parois amin- cies ; mais son orifice était notablenent rétréci , par suite de i l’union étroite et réciproque des valvules semi-lunaires, i lesquelles formaient une espèce de tapis membraneux aui centre duquel on observait un petit trou rond qui établissait ^ une communication entre l'artère pulmonaire et le ventricule ■ gauche. Les parois de ce dernier étaient peu développées ^ PERSISTANCE DU TROU DE BOTAL, ETC. ÔÔ^ en comparaison du volume général du cœur ; sa cavité était J a assez ample, et ses orifices libres. OBSERVATION 154« (i). Enfant de u ans, offrant, dès sa plus tendre enfance, une teinte bleuâtre ^iii«de la face. — Mouvemens convulsifs revenant par intervalles, avec syncopes ir et teinte violette foncée du visage. Vive sensibilité au froid; oppression au moin- 1 ^ dre mouvement. — Cœur plus volumineux qu’à l’état normal. Trou ovale con- î .serve, ayant 4. lignes environ de diamètre. Ouverture delà clq^n intervenlri- . I culaire pouvant adrUettre le doigt , faisant communiquer le ventricule droit I ..avec le gauche et avec l’origine de l'aorte: rétrécissement de l’artère pulmo- Inaire et de son orifice, lequel ne présente que deux valvules. Un enfant, âgé de ii ans, offrait depuis sa plus tendre eenfance une teinte bleuâtre de la face, sans altération rnotable dans l’exercice des fonctions. A 16 mois, pour la ^première fois , mouvemens convulsifs, perte de connais- ssance; visage entièrement violet. Depuis cette époque, re- ttour assez fréquent de syncopes, déterminées surtout par ides efforts, ou de violens emportemens auxquels cet en- ffant, extrêmement irascible, se livrait, à la moindre con- ttradiclion. 11 devenait alors tout-à-fait livide, et paraissait (comme asphyxié. En appliquant la main sur la région du (cœur, à peine y pouvait-on sentir un léger frérhissement. A ;5 ans, épistaxis qu’on eut beaucoup de peine à arrêter. 1 L’enfant était extrêmement sensible au froid, et ne pou- ' vait faire le moindre exercice sans se sentir très oppressé. ' Il mourut en faisant des efforts pour aller à la garde- I robe. Autopsie cadavérique. Le cœur, plus volumineux que dans l’état naturel , et gorgé de sang , offrit les lésions suivantes : le trou ovale (1) Recueillie par M. Cailliot, professeur à la faculté de médecine de Stras- bourg, et publiée'dans le t. I'’des Bulletins de la faculté de médecine de Paris (anXlll). j. 558 MALADIES DU CŒUR EN PARTICULTER. j conservé établissait une communication entre les deux oreillettes . \ Cette ouverture avait environ quatre lignes de diamètre. La cloi-' ! son qui sépare les 'ventricules , présentait une ouverture assez\‘. grande pour admettre le doigt ÿ et dont le contour était parfaU\ • tement lisse. U aorte ayant été ensuite fendue au-dessus des' , 'valvules sigmoïdes , on 'vit que V orifice de cette artère embras- \ i sait L’ouverture qui établissait communication entre les ventri- | cilles. L’orifice 3e l’artère pülraonaire, très étroit, ne présentait' que deux /valvules sigmoïdes. Cette artère, plus rétrécie encore au-dessus de son origine, augmentait ensuite dei diamètre en s’éloignant du cœur; ses membranes étaient i: plus minces que dans l’état naturel. Le canal artériel , complètement oblitéré , se rendait 1 dans la sous-clavière gauche, laquelle donnait naissance à t* la carotide gauche , tandis que la sous-clavière et la caro- |i tide droites naissaient par deux troncs séparés. | OBSERVATION 155« (i). Enfant de 3 ans. — Visage d’un rouge violet ; lividité du bout des doigts. — Dyspnée , syncopes fréquentes. — Mort à la suite d’une hémorrhagie buccale. — trou ohale cànsèrvé. — A la base de là cloison ventriculaire, ouverture large , établissant une communication entre les deux ventricules. — Hypertrophie con- centrique du ventricule droit ; dilatation énorme de l’oreillette droite. — Rétré- cissement extrême de l’oriüce pulnttonaire. Un enfant de trois ans, faible , d’une maigreur extrême, avait le visage d’ün rouge violet. Il restait habituellement couché. Ses gencives tuméfiées saignaient avec la plus grande facilité. La peau du bout des doigts était plus livide encore que celle du Visage. A deux mois , cet enfant avait été attaqué de la coque- luche. A cette époque, le visage avait pi’is une teinte rouge, (i) Recueillie également par M. Cailliot. persistance DÜ TROÜ DÊ BOTAt, ETC. Ô5g qui avait toujours été depuis en augmentant d’intensité, même après la disparition de la toux. Comme le précédent sujét, cet enfant éprouvait fré- quemment des syncopes, qui s’ànnonçaient par une dys- pnée très forte, et étaient accompagnées le plus souvent d’une lividité générale de la peau, et quelquefois, au con- traire, d’une pâleur très marquée. Après avoir éprouvé une hémorrhagie buccale effrayante, il tomba dans un assoupissement qui fut suivi de la mort , après s’être prolongé pendant deux jours. Autopsie cadavérique. Le cœur, situé transversalement dans la poitrine , avait sa base directement tournée du eôté droit. L’oreillette droite^ distendue par un sang noir, en partie fluide, en partie coagulé, était seule aussi volumineuse que tout lé reste du cœur. Le trou ovale conservé pouvait admettre une sonde de femmei Les parois du uentricule droit étaient d’une épaisseur considérable, et sa cavité rétrécie nerenfermait qu’une petite quantité de sang. Après avoir incisé Ce ventricule , on essaya de faire pénétrer la sonde dans l’artère pulmonaire, mais cet instrument s’engagea aussitôt dans l’aorte. On ouvrit alors le ventricule gauche, et l’on aperçut, vers la hase de la cloison , une ouverture large qui établissait une corn- munication entre les deux ventricules . Pour pénétrer ensuite dans l’artèTe pulmonaire, il fallut recourir à un stylet , tant son oiifice était rétrécie Le canal artériel oblitéré allait se terminer à la sous-elavièrë gauche, laquelle fournissait la carotide primitive f tandis que les artères correspondantes du côté opposé formaient, dès leur origine, deux troncs séparés (1). Enfin, la position du cœur avait tellement changé les (i)Ce nouveau point de ressemblance entre ce cas et le précédent, mérite d’être signalé. 66o MALADIES DD CŒUR EN PARTICULIER. i| rapports de 1 aorte, que celle-ci, au lieu de se contourner 4 autour de la bronche gauche , embrassait dans sa courbure [ la bronche droite , et passait derrière l’extrémité infé- '? ricure de la trachée artère , pour aller gagner le côté gauche de la colonne vertébrale. > OBSERVATION 156e (i). j i Femme de 28 ans. — Dyspnée, palpitations; matité très étendue et bruit de soufflet dans la région précordiale ; point de cyanose proprement dite. | Épanchement séro-albumineux dans le péricarde. Dilatation de l'oreillette droite, ^ du ventricule correspondant, des orifices droits et de l’artère pulmonaire. — \ Trou bolal conservé. j Une couturière, âgée de vingt-huit ans , était malade \ depuis plus de sept ans , quand elle vint à l’hôpital de la | Charité , le 24 juillet 182D. Elle attribuait sa maladie à une || ■ frayeur violente , suivie d’une dyspnée subite avec une di- | minution considérable des forces. A l’oppression qui fit des progrès continuels , se joignirent des palpitations, puis des rêves pénibles avec réveils en sursaut, l’infiltration des membres inférieurs et l’ascile. Hémoptysies légères; figure il : pâle, un peu jaunâtre. — Gonflement des jugulaires à y, chaque pulsation artérielle ; percussion mate dans la moi- i ; tié antérieure et inférieure du côté gauche de la poitrine; impulsion molle et étendue à la région précordiale ; bruit 1 î de soufflet , dans le mêin’e point , à chaquç battement du cœur; j; * pouls calme et régulier. I La dyspnée ayant augmenté et le pouls étant devenu ir- ' régulier , la malade expira, le i4 août, vingt jours après j I son entrée. ’ i Autopsie cadavérique , vingt-quatre heures après la mort. ! OEdème des membres inférieurs ; point de vergetures. | i ’ I I (1) Recueillie parM. Louis, et publiée dans le mémoire de cet auteur sur la j communication des cavités droites et gauches du cœur. i 1 i PERSISTANCE BU TROU DE BOTALj ETC. Ô6 l Le péricarde occupait la plus grande partie de la poi- trine, contenait environ huit onces d’une sérosité claire , dans laquelle flottaient quelques filamens albumineux, et n’offrait pas d’autres traces d’inflammation. Le cœur avait sept pouces et demi dans le sens horizontal (de la pointe de cet organe au sommet de l’oreillette droite), et cinq pouces huit lignes dans le sens vertical. L’oreillette droite avait cinq pouces de haut sur trois et demi de large, et contenait un gros caillot de sang noir. Le ventricule correspondant était triplé ou quadruplé de volume; sa pointe dépassait d’un pouce celle du ventricule gauche, dont la capacité était bien peu augmentée. L’oreillette gau- che n’éiaitpas plus ample que dans l’état naturel; ses parois étaient saines; celles du ventricule correspondant, un peu mollasses et épaisses de trois lignes et demie seulement. Les parois de l’oreillette droite avaient une fermeté et une épaisseur au moins doubles de celles qui lui appar- tiennent dans l’état naturel ; le ventricule correspon- dant était épais d’un peu plus de deux lignes, et, comme l’oreillette , plus ferme que de coutume. — Le troubotal était conservé , lisse, poli , rneinhr-aneux en arrière , foi'mait un cercle imparfait antéiieur'ement et (Tun pouce de diamètre en- viron. Les orifices auriculo-ventriculaire et venlriculo-pul- monaire avaient quarante-huit lignes de développement , tandis que ceux du côté opposé n’avaient que vingt-quatre lignes (i). La dilatation de l’artère pulmonaire était géné- rale , se prolongeait jusque dans ses ramifications , qui avaient encore , à une petite distance des plèvres, deux lignes de diamètre. L’aorte était parfaitement saine. Les poumons étaient un peu plus lourds, que dans l’état ordinaire , et légèrement engoués à leur base ; le droit était parfaitement libre ; le gauche offrait des adhérences celiu- (i) On doit regretter que l’état des valvules n’ait pas été décrit par M. Louis. a. 36 66q maladies du cceur en particulier. leuses dans toute l’étendue de son lobe inférieur : on n’y observait aucune espèce de lésion. OBSERVATION 157« (i). Homme de 67 ans. — A la suite de contusion de la région épigastrique et précordiale , symptômes d’un obstacle à la circulation à travers le cœur. — Une pinte desérosité dans le péricarde. — Hypertrophie et dilatation considérable des i cavités droites. — Dilatation avec amincissement de l’oreillette gauche ; épaississe- ment léger des parois du ventricule gauche avec rétrécissement dé la cavité. •^Trott ovale conserve, ayant plus d’un pouce de diamètre; rétrécissement de l'o- rifice auriculo-ventriculaire gauche avec induration de la valvule mitrale. Un postillon, âgé de cinquante-sept ans, reçut de violens coups de poing à l’épigastre, et, pendant les trois semaines qui suivirent, eut de la dyspnée, des défaillances, de vives douleurs à l’endroit frappé. Ces symptômes avaient cessé en grande partie , lorsqu’une nouvelle contusion à l’épi- gastre eut lieu. Dès lors, palpitations, visage violacé , pouls irrégulier, étouffement au moindre mouvement; œdème, ascite , etc. A l’ouverture du corps , on trouva ce qui suit : le péri- carde, très développé , occupait la plus grande partie de la cavité gauche de la poitrine et refoulait le poumon corres- pondant (celui-ci adhérait avec la plèvre costale). Une pinte de sérosité claire et citrine dans la cavité du péricarde. — Cœur beaucoup plus volumineux qu’il n’aurait dîi l’être , malgré la forte stature de l’individu. Oreillette droite très dilatée, à parois plus épaisses, plus dures qu’à l’état normal ; munie de colonnes charnues aussi fortes que celles qui , dans l’état naturel, se voient à l’intérmur du ventricule i gauche. Dilatation de l’orifice auriculo-ventriculaire droit, avec agrandissement proportionnel de la valvule tricuspide. Cavité du ventricule droit énorme ( il y avait une dispro- j (1) Observation de Corvisort. PERSISTANCE DU TROU DE ROTAI, ETC. 663 portion étonnante entre elle et celle du ventricule gauche) ; parois du ventricule droit très épaissies et garnies intérieu- rement de colonnes charnues , plus saillantes et plus fermes que dans l’état ordinaire. L’oreillette gauche paraissait avoir beaucoup plus d’ara- pleur qu’elle n’en a communément ; mais ses parois avaient l’épaisseur d’une simple membrane ; la cloison qui sépare les deux oreillettes avait, en raison de l’agrandissement de leurs cavités, acquis beaucoup d’étendue. La fosse ovalaire avait bien deux pouces de diamètre , et était percée d’un trou de forme ovale , ou plutôt inégalement circulaire , du diamètre de plus d’un pouce ^ les bords de cette ouverture étaient minces^ lisses , blanchâtres et comme tendineux. L’orifice auriculo-ventriculaii"te gauche était rétréci (on pouvait cependant encore y introduire l'extrémité de l’un des doigts). La valvule mitrale était un peu épaissie et ru- gueuse vers ses bords ainsi qu’à sa base. La cavité du ventricule gauche était extrêmement petite (on aurait à peine pu y loger un corps du volume d’une noix ). L’epaisseur des parois musculaires était peu augmen- tée ; elles étaient un peu plus dures que dans l’état naturel , sans doute à cause de leur rétraction sur elles-mêmes. L artère aorte avait , à sa naissance , très peu de diamètre, et n’offrait aucune autre particularité. L artère pulmonaire était très dilatée à son embouchure et meme vers sa division. Les valvule;s de cette artère avaient acquis beaucoup d’étendue, sans ét;re autrement altérées. 36j 564 MALAÏ)ÏI:S DU COEUR EN PARTICULIER. HISTOIRE GENERALE DE EA COMMUNICATION ANORMALE DES 1 t I CAVITÉS DROITES ET GAUCHES DU COEUR LES UNES AVEC LES j AUTRES. I S I*r. Description des ouvertures de communication , indication des diverses i lésions anatomiques du cœur coïncidant ordinairement avec ces ouvertures | anormales. | I. Les cavités opposées du cœur peuvent communiquer j entre elles , tantôt par une ouverture unique, tantôt pari plusieurs ouvertures. Ces ouvertures siègent sur la cloison i interauriculaire, ou sur la cloison interventriculaire seule- ment, ou bien sur l’une et l’autre en même temps. Dans beau- coup de cas, l’ouverture .que l’on rencontre sur la cloison interauriculaire, n’est, sans doute, autre chose que le trou ovale lui-même , dont l’oblitération ne s’esl pas accomplie ; mais, dans d’autres cas, l’ouverture peut être le résultat d’un véritable état morbide accidentel; et cela devient sur- tout évident, lorsque cette ouverture n’occupe pas le point de la cloison où se ti’ouve normalement le trou de Bolal , ou lorsqu’il existe plusieurs ouvertures sur cette cloison , ii comme dans le septième cas, rapporté plus haut. Quel que soit, au reste , le mécanisme qui ait présidé à la formation d’une ouverture anormale entre l’oreillette droite et l’oreillette gauche, cette ouverture est ordinai- rement arrondie, à bords lisses , quelquefois épais, comme tendineux, et son diamètre, le plus souvent de 4 à5 lig. , peut cependant avoir lo à 12 lig. et même plus (i). (i) De ce que, dans aucun cas, on n’a trouvé au\ environs de l’ouverlnre interauriculaire nulle trace de ramollissement, ou de quelque lé.-ion récente , M. Louis est porté à croire que dans tous les cas qu’il a rapportés , elle était congénitale et non acquise. Je ne veux pas agiter eu ce moment la question desavoir si l’ouverture de la cloison interauriculaire est toujours congénitale, mais il me semble que la preuve anatomique invoquée par M. Louis à l’appui de l’afûrmaliven’cst pas assez concluante. En effet , une ouverture non congénitale, ter- PERSISTANCÆ DU TROU DE ROTAE^ ETC. 565 La perforation de la cloison interventriculaire peut en occuper les diffërens points ; toutefois , elle paraît affecter une sorte de préférence pour la jonction de cette cloison avec celle des oreillettes, vers l’insertion de l’artère pul- monaire et de l’aorte. La forme des perforations de la cloi- son interventriculaire est variable ; cependant elle est le plus ordinairement arrondie ( de là le nom de trou^ sous lequel ces perforations sont désignées par la plupart des observateurs ), et leur diamètre est, en général, le même que celui des perforations de la cloison interauriculaire (de 2 lig. à I pouc. environ, d’après un relevé de M. Louis); ainsi que le pourtour de ces dernières , celui des perfo- rations de la cloison interventriculaire est, en général, lisse, poli , comme fibreux (i). II. — L’état où se trouvent les valvules du cœur et les orifices auxquels elles sont adaptées, dans les cas de commu- nication anormale entre les cavités opposées du cœur, mérite de fixer toute notre attention. Sur quinze cas de ce vice de conformation rapportés dans cet ouvrage , il en est douze où les valvules du cœur étaient altérées, épaissies, indurées, cor- rodées, perforées (dans les trois autres cas, il n’est pas fait mention de l’état des valvules ). minée par la cicatrisation de ses bords, ne pourrait-elle pas offrir, au bout d'un certain temps, tous les caractères assignés par M. Louis à une ouver- ture congénitale? (i) De l’analogie qui existe entre la disposition delà perforation de la cloison interventriculaire et le ervateurs les plus distingués d’ailleurs, et que l’on ne peut faire triompher la vérité qu’eu la défendant avec une persévérance in* fatigable. 674 MALADIES DÜ COEUH EN PARTICULIER. Les Teflexions de M. .Tul. Cloqiiet sur le cas que je publiai, en 181^, dans un journal dont il était alors l’un des rédac- * leurs, contiennent une explication ingénieuse deTinfluence ) variable delà communication des cavités droites et gauches du cœur sur la production de la cyanose : « Si les deux » oreillettes ou les deux ventricules du cœur, dit-il, se » contractent avec une égale énergie, les deux colonnes » formées par le sang rouge et le sang noir qui se touchent, » s’adossent au niveau de l’ouverture de communication , , » se font équilibre, et le liquide n’a pas plus de tendance à t » passer dans l’une que dans l’autre de ces cavités, le mé- » lange des deux sangs n’a pas lieu. Mais que cet équilibre ij » soit rompu , que l’une des cavités du cœur se contracte 1 » avec plus de force que l’autre ; eh bien ! le liquide qu’elle ( » renferme , comprimé avec plus d’énergie , en sort pour | » passer en partie dans la cavité qui est plus faible, pour se » mélanger avec l’autre colonne de sang. Si le ventricule ou «conséquent, leur réunion, alors même qu’ils se présentent avec une certaine ■ énergie , ne peut fournir que des probabilités , tandis que leur absence ou leur ■ peu de développement ne prouve pas qu’il y ait absence de perfor.'ilion. » En définitive, nous cro)'ons que, sauf de légères restrictions, on peut admet- tre avec M. Louis que 0 si la couleur livide du visage, les syncopes plus ou moins ■ fréquentes , la sensibilité au froid , ou une diminution de la chaleur vitale, ■ l’étouffement- plus marqué que dans les autres maladies du cœur, ne suffisent ■ pas pour assurer le diagnostic, cependant une suffocation très marquée qui re- » vient par accès plus ou moins exactement périodiques, ou du moins très fré- ■ quens, accompagnée ou suivie de lipothymies, avec ou sans coloration bleue ■ de la peau, et provoquée par les moindres causes , forme en quelque sorte un ■ signe pathognomonique de la perforation qui nous occupe. » J’ai dit qu’on ne peut admettre qu’avec quelques restrictions l’assertion de M. Louis , parce que jusqu’ici je ne sache pas qu’aucun observateur ail encore diagnostiqué celle perforation à l’aide du seul signe pailwsncnwniquc ci-dessus indiqué. La coexistence d’un frémissement cataire et d’un bruit de soufflet dans la région précordiale, ajouterait beaucoup de valeur au signe précédent, si surtout le bruit de soufflet et le frémissement cataire étaient permanens , et non accom- pagnés de collections séreuses passives. On peut voir d .i'.s l’ouvrage de M. Gin- trac sur la cyanose quelques exemples de diagnostic de celle maladie ( voy. entre autres les observations 45* et do cet auteur ). PERSISTANCE DU TROU DE BOTAL, ETC. 6'] 6 n roreillette du côté droit agit avec plus de force, le sang » veineux passe dansles cavités c|ui recèlent le sang artériel, » le colore en noir , et le liquide ainsi mélangé est envoyé » par l’aorte dans tous les tissus qu’il teint en bleu violacé » plus ou moins intense, l’individu est affecté de cyanose. » Mais si le ventricule gauche a plus de force (i), si l’aorte » est resserrée, comme cela se remarquait pour le cœur du » malade dont M. Bouillaud a rapporté l’observation, le » sang artériel passe facilement dans les cavités droites et se » mêle avec le sang veineux r dans ce cas , le sang artériel » continue d’être envoyé pur, rutilant, bien qu’en moindre » quantité, vers tous les organps ; de plus, il est porté en » partie vers les poumons avec le sang veineux ; il n’y a » pas de raison pour que l’individu soit affecté de maladie B bleue » Quoi qu’il en soit de l’explication ci-dessus, il me semble que les auteurs auraient dû, en effet, ne pas négliger les cas dans lesquels lesangrouge peut passer dans les cavités droi- tes. Ce mélange du sang rouge avec le sang noir, du sang gauche Si\ec lesangt/roif, sil’on peut ainsi parler, surtout s’il s’opère en proportion considérable, doit réellement exercer à la longue une influence notable sur l’excitation normale et la nutrition des cavités droites. Nous avons essayé de faire voir ailleurs comment ce passage du sang rouge dans les cavités droites pouvait , jusqu’à un certain point, en produire l’hypertrophie. Je n’attache pas une grande im- portance à cette théorie ; mais il me paraît cependant fort digne de remarque que dans la presque totalité des cas de communication entre les cavités droites et gauches, ce sont les premières qui s’hypertrophient. Ce^te hypertrophie existe souvent à un très haut degré, et ce qui ne mérite pas («) Il n’est pas nécessaire de rappeler que tel est effectivement l'état des choses dans un cœur bien conformé. ! 676 MALADIES DU CŒUR EN PARTICULIERi moins de fixer notre attention , c’est que, dans le ventri- cule , elle affecte ordinairement la forme concentrique , . | comme si l’augmentation de nutrition s’opérait principa- j lement dans les faisceaux charnus sur lesquels la cause d’excitation agit le plus directement, puisqu’ils se trouvent 1 1 à son point de contact même. I L’hypertrophie de l’oreillette droite, au contraire, est - toujours accompagnée de dilatation, et quelquefois cette J. dilatation est vraiment énorme, comme le démontrent r plusieurs des observations que nous avons rapportées. La ..1 cause principale de cette dilatation consiste dans l’obstacle au cours du sang , soit à travers l’orifice auriculo-ventricu- r; laire droit , soit à travers l’orifice ventriculo-pulmonaire , ; dont les valvules réunies par leurs bords voisins forment n une sorte de diaphragme ou d’hymen, percé à son centre n d’une ouverture étroite. Le rétrécissement de l’artère pul- \ monaire, signalé dans quelques uns des cas que nous avons |i cités , peut être la conséquence de la difficulté du passage ( du sang à travers l’embouchure de ce vaisseau dans le ven- tricule droit. § III. Mode de développement et traitement. La persistance du trou de Botal après la naissance est au nombre de ces vices de conformation qu’on a rapportés à un arï'St de développement : mais quelle est la cause de cet arrêt de développement ? voilà une question dont on cher- cherait vainement une solution satisfaisante dans les ouvra- ges des tératologistes. On conçoit qu’un obstacle au passage du sang à travers les orifices droits du cœur, développé pendant le coursde la vie intra-utérine, peut, en raison de la distension qifl en résulte pour l’oreillette et de la diffi- culté qu’éprouve le sang à pénétrer dans le ventricule droit ou dans l’artère pulmonaire, s’opposer à l’oblitération du trou de Botal. M. Louis professe lui-même cette opinion. Mais les ouvertures que présentent les cloisons inter- persistance du trou de botal.’ auriculaire et intervenlrieulaire du cœur chez des indivi- dus plus ou moins avancés en âge , sont-elles tou jours con- génitales? nous ne le pensons pas. A l’article des ulcéra- tions du cœur , nous avons rapporté deux cas dans lesquels il nous a semblé qu’une communication anormale entre les cavités droites et les cavités gauches du cœur s’était opérée par l’effet d’une inflammation ulcéra tive des cloisons in- diquées. Il se peut également que des causes analogues à celles qui déterminent la rupture des parois du cœur , des colonnes charnues ou des tendons valvulaires , amènent quelquefois aussi la rupture des cloisons interauriculaire et interventriculaire. Il est bien difficile de ne pas admettre que tel a été le mécanisme des perforations dans quelques uns des cas que nous avons rapportés plus haut , si l’on considère que plusieurs individus, après avoir long-temps vécu sans offrir aucun signe de maladie , ont été pris tout- à-coup ou graduellement des symptômes d’une lésion or- ganique du cœur (i). Dans le cas où l’on parviendrait à diagnostiquer la<:om- munication réciproque établie entreles cavités droites et les cavités gauches du cœur, à la faveur d’une ou de plusieurs ouvertures des cloisons interauriculaire et interventricu- laire, quel serait le traitement qu’on devrait lui opposer? Il est évident que s’il est une maladie contre laquelle les ressources de la hiédecine soient impuissantes, c’est assuré- ment celle que nous étudions. En effet , pour remédier à une affection de ce genre, il faudrait recourir à des moyens chirurgicaux. Or, l’application de ces moyens est imprati- cable dans le cas qui nous occupe. (i) Cette réflexion s’applique aux faits rapportés dans le mémoire de M. Louis, puisqu’ils sont pour la plupart les mêmes que ceux qui ont été consignés ici. Pa conséquent, nous croyons que cet observateur s’est un peu écarté de la vérité en disant que « la communlcalion des cavités droites et gauches du cœur éta congénitale chez tous les sujets dont il a donné l’bisloire, et qu’elle parait avo presque constamment la même origine, » 678 MALADIES DU CœUR EN PARTICULIER. Quant aux diverses lésions du cœur qui coïncident avec i les perforations congénitales ou acquises des cloisons inter- i auriculaire et interventriculaire, elles réclament des se- 1 cours dont nous avons parlé ailleurs. (Voy. Hypertrophié^ 1 Induration des Valvules , rétrécissement des orifices du cœur, etc.) Au reste, tous les faits prouvent que dans les cas où la communication des cavités droites et gauches du cœurnese trouve pas compliquée d’une grave lésion des valvules [1 et d’un rétrécissement des orifices du cœur, elle nest , 1 ainsi que l’a dit M. Louis, incompatible ni avec uné existence 1 assez prolongée, ni avec le développement des facultés intellec- i tuelles (i). ' CHAPITRE III. ANOMALIES DE NOMBRE ( ABSENCE DU COEUR *, DIMINUTION ( DIJ NOMBRE DES PARTIES CONSTITUANTES DE CET ORGANE , ' PLURALITÉ DU CQEURj AUGMENTATION DU NOMBRE DE ( SES parties). ARTICLE; PREMIER. ; 1 ACABDIB ; — DlMlMDTIOn Dü KOMBBtf DES rAKTIES COKSTITOASTES Dü COKBR. j I. Dans son savant mémoire sur les acéphales (-2), Béclard -it^: if - P (i) Par opposflion à la persistance du trou Bolal après la naissance, nous di- rons ici un mot de son occlusiôn chez le Fœtus. Yieussens n rapporte un exemple t de cette anomalie [traite de la strucl urc du cœur S, jia;;. 55'. Üd tel vice | de conTorination du cœur semblerait devoir être plus fatal au fœtus que ne l’est la , persistance du trou Botal à l’eiifant qui a vu la. lumière. Il assimile la circulation i du fœtus à celle de l’enfant et de rmliilte, tandis que la non-oblitération du trou | ovale constitue un trait de ressemblance entre la circulation de renfant ou de l’a- f dulte et celle'du fœtus. (a) yoy. ce méirioire dans les tomes ^ Bulletins de la Faculté de mé- decine. ACÂRDIE. Ô79 & Y'QpportG plusicui*s CAS cl 9C£irdi0» Lgs olDScrvûtioiis xi^ xii^ XIV XV , XVI , XVII, par exemple , appartiennent à cette ca- tégorie des monstruosités. Nous ne rapporterons ici que l’observation xvi% dans laquelle on trouve une particula- rité tout-à-fait singulière; la voici : OBSERVATION 158«. En 1720 , il naquit a Bologne une fille acéphale qui exé- cuta quelques moiweniens : elle avait pour jumelle une autré fille bien conformée ; elles avaient un placenta commun , et chacune d’elles avait un cordon ombilical. Elle était dé- pourvue de tête et de bras; ses orteils offraient quelques difformités. A l’intérieur, elle n’avait ni cœur^ ni poumons, ni diaphragme , ni foie , ni rate , ni capsules surrénales . Elle avait une moelle épinière, des reins, une vessie, un estomac, des intestins , un utérus avec ses annexes. Elle avait aussi des muscles et de la graisse. Ce fait, observé par Vogli , fut adressé à Valisnieri , qui en douta long-temps, quoiqu’il en connût un semblable dans Gérard Blasius, et qui ne fut convaincu que par le té> mcignage de Bianchi et de Valsalva, témoins oculaires (i). Suivant Béclard , le cœur manquant dans tous les acé- phales (2), quoique , dans un assez grand nombre, les parois de la poitrine persistent en grande partie ou en totalité même, cela exclut Vidée d'une destruction consécutive a son déplace- ment. Quelques observations, ajoute Béclard, semblent in- diquer positivement qu’il se détruit par atrophie. En der- nière analyse , tout en admettant comme probable que dans une destruction très étendue de la moelle qui entraîne à sa (1) Malgré le. témoignage respectable d’hommes tels que Valsalva et Bianchi , n’esl-il pas permis de douter qu’un monstre sans cœur, sans poumons, sans dia- phragme, ait réellement exécuté des rnouvemens après sa naissance? (a) Quelques uns des acéphales dont Béclard a rapporté les observations fraient cependant des vestiges ou des rudimens du cœur, 37. [ 58o MALADIES DU C(ŒÜR EN PARTICULIER, suite celle des parois du thorax, la destruction du cœur ;i puisse dépendre de son déplacement, ViécXd^rd pense qu’en i général l'absence du cœur doit être considérée comme une con- i séquence de la destmction du centre d’oit part son nerf (i). | Il faut placer au rang des contes les plus absurdes ce qu’on a écrit sur l’absence du cœur chez les adultes. Le i temps n’est plus où l’on oserait dire qu’on ne trouva pas r de cœur chez les victimes sacrifiées par César le jour où il revêtit la pourpre, qu’un soldat romain n’offrit aucun jü vestige de cœur, etc. II. Au lieu de l’absence complète du cœur, il est des cas j où l’on ne rencontre que l’absence d’une des deux moitiés | dont il est composé. Kreisig a indiqué ce vice de conforma- i tion dans son Traité des maladies du cœur. M. Breschet en i a recueilli untexemple (2). (1) Béclard généralisant ce rapport, termine ainsi son mémoire sur Vaccpha- lle : «Les acéphales ont éprouvé au commencement de la vie intra-utérine une «maladie accidentelle qui a produit l’atrophie ou la destruction delà moelle » alongée et de la partie supérieure de la moelle épinière, et toutes les irrêgularitcs ^apparentes qu'ils présentent sont la conséquence naturelle et plus ou moins di~ »recte de cet accident. » (2) On ne saurait trop répéter que beaucoup de faits relatifs au\ monstruosités en général, et à celles du cœur en particulier , ne doivent être admis qu’avec une grande, défiance , ou devraient même être considérés comme faux on ma! ob- servé.s. Ces réflexions s’appliquent au fait suivant, qui a été publié par IM. Mau- j an ( the american Journal of tlic Médical Sciences). « Le jg mars 1827, je fus appelé, dit M. Mauran, pour examiner un enfant » nouveau-né, qui, quoique petit, paraissait sain. Il respirait assez bien, mais ► aussitôt qu’on le changeait de position , il éprouvait la plus grande difficulté à >• nier et à respirer, etc. Une dizaine de jours après, la mort eut lieu dans un » accès de suCfocation. • » L’ouverture fut faite quinze heures après la mort. Le cœur n’offrait que deux • divisions, dont l'une était formée par l'oreillette très développée', située à gauche • et remplie d’un sang noirâtre et fluide... Le ventricule étant ouvert par unesee- • liun verticale dirigée du sommet de l’organe vers l’insertion de l'aorte , on s a- • perçut qu’il n’y avait évidemment qu’ une oreillette et un ventricule communi- • quant par une large ouverture au pourtour de laquelle e.tisiait une valvule Iri- T-cfspide, L’artère pulmonaire naissant du ventricule par un tronc commun avec ABSIÎNCE DE CERTAINES PARTIES DU COEUR. 58 1 OBSERVATION 159» et 160'. Le docleur Turner a publié un cas dans lequel les deux oreiüel'es manquaient. ( /£>«D’/2a/ de Médecine, t. XCVI, p. 55. ) M. Desli'és a communiqué a l’Académie royale de méde- cine un exemple d’imperfection du cœur, que je vais rap- porter. Chez un fœtus monstrueux, né à cinq mois et demi , on trouva ce qui suit : Le cœur, très volumineux , était situé à droite, la pointe sous les fausses côtes de ce côté, la base répondant aux vertèbres. Il n’y avait qu’une oreillette communiquant avec les deux ventricules. Les veines pulmonaires s’ouvraient di- rectement dans le ventricule gauche. Le ventricule droit n’avait pas de valvule triglochine; le gauche , pas de valvule mitrale. Les artères aorte et pulmonaire étaient sans val- vules sigmoïdes. La première de ces deux artères, après avoir donné le tronc brachio - céphalique, la carotide gau- che et le canal artériel , se terminait par la sous - clavière gauche. C’était l’artère pulmonaire, qui, après avoir donné [ de gros rameaux aux poumons, et reçu le canal artériel, montait devant l’aorte au sommet de la cavité gauche du • l’uorlc au côté gauche , passait en arrière , fournissait ses branches accoulamées, ( tel le canal artériel s'ouvrait dans l’aorte descendante , tandis qu’il était oblitéré • ’iàson insertion au ventricule , oit il formait un véritable cul-de-sac. Le ventri- j ttcule avait la forme d'un triangle dont l’angle supérieur donnait naissance à j f l’aorte, qui, du reste, présentait ses divisions ordinaires, » M. Mauran ne dit rien du mode de disposition et d’insertion des veines caves et I des veines pulmonaires. Dans les réflexions jointes à son observation, il dit que 1 l'artère pulmonaire était oblitérée près du coeur. Qu'un enfant dont l’artère pulmonaire était oblitérée, dont le cœur n’avait j qu’une oreillette et un ventncule, ait vécu pendant une quinzaine de jours, res- pirant assez bien , paraissant sain , voilà certainement un de ce» prodiges dont i est permis au moins de s’étonner un peu 1 582 MALADIES DU CŒUR EN PARTICULIER, thorax, puis, se recourbant le long du rachis, fournissait les mésentériques, la splénique, l’hépatique, les rénales, les crurales, et se terminait par les artères ombilicales. Le côté gauche de la poitrine était occupé par l’estomac et les intestins grêles (l). La moitié gauche du diaphragme n’existait pas, etc. (2). A l’occasion des cœurs pourvus d’une simple oreillette et d’un seul ventricule, M. Isid. Geoffroy-Saint-Hilaire dit que , dans tous les faits de ce dernier genre , il existe, h par- ler rigoureusement, une large communication entre les deux oreillettes et les deux ventricules, et qu’il ne manque aucune partie, la cloison exceptée ; « peut-être, ajoute-t-il, 1) en est-i] de même du cas de Turner, d’ailleurs trop mal » décrit et trop peu authentique pour mériter aucune con- )) fiance (3). » III. Dans un cas rapporté ci-avant (observation 160'), toutes les valvules du cœur manquaient. Deux autres de nos observations ( lo2' et 154®) sont relatives à l’absence d’une des valvules de l’artère pulmo- naire. Dans un cas (obs. 152'), les deux valvules restantes étaient placées transversalement , une antérieure , une pos- (i) Là se trouve, sans doute, la cause véritable du déplacement du coeur à droite. (a Dans les cas à' imperfection du cœur que nous venons de rapporter, cet or- gane offre chez l'homme la plus grande analogie avec celui d’animaux des classes inférieures. De- là, cette loi fameusè que chez l'homme, le cœur, dans le cours de son évolution, offre successivement et transitoirement diverses dispositions qui sont permanentes dans les animaux vertébrés inféiieurs. S'il en était réellement ainsi, ce qui no parait pas encore rigoureusement démontré, on aurait reproduit, sous une nouvelle forme, il est vrai, l’idée de la ressemblance des monstres hu- mains avec les hôtes. (j) Suivant quelques observateurs tels que Rilliard , par exemple, <■ au lieu de «rencontrer une alisenee complète d’une des moitiés latérales du coeur, on ne • trouve quelquefois qu’une scissure profonde entre les deux ventricules, dont • l’un, beaucoup plus petit que l’autre, semble avoir été arrtUé dans son dévelop-. • pément, » ABSKNCE DE CERTAINES PARTIES DU COEUR. 583 térieure ; elles étaient très larges , et formaient entre elles et le calibre de l’artère deux culs-de-sac très profonds. IV. Dans quelques cas de hernie du cœur, cet organe est dépourvu de péricarde. M. Breschet a déposé dans les cabi- nets de la Faculté une pièce représentant ce dernier vice d’organisation. Des faits semblables ont été observés par divers auteurs. Fvegis rapporte qu’il a disséqué deux petits chiens qui , en naissant, offraient le genre de lésion qui nous occupe. {^Joiirn. des sai>., 1681. ) devais rapporter dans la note ci-dessous un cas d’absence du péricarde, dans lequel on trouvera des circonstances tellement incroyables, qu’on sera véritablement étonné qu’un pareil fait, d’abord publié dans un journal améri- cain [The american journal ofthe medical sciences , fév. 1S33) , ait pu être reproduit dans plusieurs journaux (rançais , sans un seul mot de critique (1). (i) En 1828, M. Robinson, de Pétersburg (Virginie), fut appelé aviprès d’une femme qui venait d’accoucher. On kii présenta un fcelus à tfirmc , né de- puis vingt minute.s. Les assislans affirmèrent que ect enfant avait fait beaucoup d’efforts quelques minutes après sa Jiaissance, et avait respiré plusieurs fois • Les deux '•clavicules , le sternum et les cartilages costaux manquaient; tout l'inté- rieur de la cavité llioracique était à découvert., l’abdomen était aussi ouvert jus- qu’à i’ombilic... le foie et la rate manquaient... le diaphragrpe fendu ne se reconnaissait qu’à la présence des deux bandes étroites situées de chaque côté.... les poumons manquaient.... La trachée se terminait dans que nodosité de sub- stance celluleuse et parenchymateuse de la grosseur d’une nojx. Au ç.ôlé gauchp du rachis , et un peu plus haut qu’à l'ordinakç , on voyait le cœur saifs. péricarde, et situé si obliquement que sa, pointe n’aurait pas pu frapper, ait-des.sous de. ta troisième côte. Il battait avee une force et une t'égul^rité surprenantes , de 60 à 70 fois par minute , et semblait eommuniquer fon impulsion à toute la c(rcula- lion , car l’aorte offrait des pulsations très distinctes. Ici M. Robinson décrit avec complaisance les mouvemens du cœur, tels qu’il les a observés chez un fœtuSQui respirait sans poumons, sans trachée, pa^SQDjt SANS niAPHRACMB ET SANS CLAVICULES, .NI STERNUM, NI CARTILAGES COSTAUX. ApPèS avoir observé le cœur dans sa pbsilion pendant «.5 à 20 minutes, et l’avoir palpé fréquemment, pour s’assurer de sa force de dilatation ^ M, HobipsçH 584 ilALADIES DU COEUR EN PARTICULIER. .ARTICLE DELXIÈME. BieARDIB; — AOGMBHTATIOW DD HOMBRE DBS PABTIBS COMSTITDAKTE5 DD CŒÜB. I. La pluralité du cœur, dit Meckel, est excessivemeut rare dans les cas où il n’y a pas duplicité fœtale. Cette ano- n)alie suppose une si profonde aberration dans les lois de révolution en général, qu’au premier abord on doit la considérer comme incompatible avec une Certaine durée de la vie extra-utérine. Que penser donc des faits de Plazzoni, de Baudelocque et de Collomb, relatifs à des adultes, d’ail- leurs bien conformés, chez lesquels il existait deux cœurs? Que penser, à plus forte raison, de ces histoires d’indi- vidus à trois cœurs, dont les Ephéniérides des curieux de la nature contiennent deux exemples? INous pensons avec M. Isid. Geoffroy-Saint-Hilaire que de tels faits sont inad- missibles, et qu’ils seraient plus dignes de figurer dans les contes merveilleux des Mille et une Nuits que dans des recueils consacrés aux sciences. Quant aux histoires de fœtus, chez lesquels l’anomalie qui nous occupe a été observée, il en est dont on ne sau- 1 siiPARA DD corps; SCS mouvcmcns n'en furent allcrès, ni dans leur fréquence, ni dans leur énergie!! ! Les valvules et la cloison furent trouvées à l’état normal ; le trou ovale était béant; les veixbs bt t’ARTèRE pdlmowairks , la veine-cave et l’aorte avaient leur calibre ordinaire (i). Dans cet état, les oreillettes et les ventricules étant ou- verts, le cœur, après avoir été manié par plusieurs personnes, fut jeté dans un bassin d'eau froide. Après avoir examiné les autres viscères pendant quelque temps, le docteur Robinson fut ktonné dk lui retrodver brcobe des mocvk- mkn8, faibles il est vrai , MAIS parfaitbmknt réguliers (3). (1) L’arlcre pulmonaire cl le* reines de même nom aTaiciil leur calibre ordinaire cl l'auteur nous dit qu'il ii'y arail pas de poumons IM ('2)Qnoil c'e»l un médecin qui oje dire qu'il a enlerè un cœur encore palpilant clic* nn fœlus bu nain , et que cet organe , âpre» avoir été ^ourert cl jeté dans un bassin d'eau Troide, a montré encore de* ballcmens parraitement rcguliersllt Est-il permis de se jouer à^un tel point de la crédulité d*a lecteurs } BICARDIE. 585 rait nier l’aiilhenticilé : telles sont celles que nous allons consigner ici. OBSERVATION 161e. On Ht dans les Bulletins de la Faculté, pour l’an xiii , l’exlrait suivant d’un rapport fait par MM. Baudelocque et Dupuytren , sur un fœtus monstrueux, présenté par M. Lavialle. « Il paraît que le fœtus était mort en venant au monde. » ( L’accouchement fut très laborieux : il dura plusieurs » heures. ) » Ce fœtus était formé par la réunion de deux individus. » Presque toutes les parties supérieures sont doubles , tan- » dis que les inférieures sont simples. Il existe deux têtes et «deux cols, parfaitement séparés, et de volume ordi- « naire. Ces deux cols se rendent à une seule poitrine très «large, et du sommet de laquelle s’élève verticalement, « entre les deux tètes, un bras terminé par huit doigts... « tandis que sur les cotés de cette poitrine, pendent deux « autres bras bien conformés... « Il y a quatre poumons... Ces quatre poumons ont cha- » cun une plèvre; mais il n’y a qu’un seul diaphragme. « Il existe deux cœurs et deux péricardes renfermés » dans la poitrine : chacun de ces cœurs reçoit deux veines- » caves, et donne naissance à une artère pulmonaire ; cha- » cun d’eux reçoit quatre veines pulmonaires et donne » naissance à une artère aorte. Les deux artères aortes se » réunissent au bas de la région dorsale des colonnes ver- « tébrales, pour ne former qu’un seul tronc d’où partent « les artères des viscères abdominaux, celles du bassin et » des membres inférieurs. « Toutes les veines qui reviennent des deux membres » inférieurs, du bassin et des parois de l’abdomen se réunis- » sent pour former une. veine-cave inférieure droite , la- » quelle s’ouvre avec les veines hépatiques dans le cœur 586 MALADIES DU CŒUR EN PARTICULIER. » tlu même côté. L’oreillette droite du second çœur ne re- » çoit point de sang des membres inferieurs ; elle reçoit » seulement celui qui est rapporté du foie par les veines » sur-hépatiques, et celui des parties supérieures du corps, » ramené par la veine cave supérieure (i)... '> OBSERVATION 162e. Dans ses recherches anatomiques sur deux monstres dou- bles monocéphales , M. Gintrac rapporte l’observation sui- vante : Après un travail long et difficile , une femme mit au monde deux foetus réunis ensemble , qui vécurent pen- dant une heure environ , mais ne poussèrent aucun cri. Autopsie cadavérique! 11 y a deux cœurs , dont l’un (A) est un peu plus déve- loppé que l’autre (B). Ce dernier a le septum des ventri- cules perforé. Son oreillette droite ne reçoit point de veine ombilicale', mais une veine-cave supérieure à laquelle aboutit une veine azygos. Du ventricule droit part un vaisseau qui se recourbe à la manière de l’aorte, reçoit une sorte de canal artériel par un vaisseau voisin , donne une branche pulmonaire, puis l’artère sous-clavière gauche d’un des fœtus, dont il côtoie le rachis pour s’unir ensuite à un autre gros tronc c[ui provient du cœur (A). Le ventricule gauche fournit une artère qui, après avoir donné, et la carotide gauche d’un des fœtus, et la carotide droite de l’autre, se termine par l’espèce de canal artériel indiqué plus haut. Le second cœur ou le cœur (A), plus volumineux que (i) Delà dissection de ces fœlus, réunis en quelques points de manière à ne ormer qu'iin seul individu, Bandelocque et M. Dupuytren conclurent que ch.i- ciin d’eus possédait en propre presque tous les organes essenlielsà la vie, tandis qu'ib avaient en conjtnun un certain nombre d’organe» moins iinporlani, AUGMENT. DU NOMB. DES l’ABT. CONST. DU COEUR. 687 le précédent (B), a sa cloison interventriculaire lai'ge- nient perforée : ce cœur reçoit à son oreillette droite la veine cave supérieure et l’inférieure , à laquelle se rend la veine ombilicale. Du ventricule droit naît un vaisseau qui fournit, par un tronc commun , mais bientôt divisé , la caro- tide gauchede l’iin des fœtus, et la carotide droite de l’autre, donne ensuite l’artère sous-clavière droite de ce clernier, puis s’incline à droite en se recourbant , gagne le rachis du même individu , et là s’unit avec l’espèce d’aorte prove- nant du ventricule droit du cœur (B). Le cqnal résultant de cette anastomose suit le rachis, donne les artères ombi- ' licales et celles des membres pelviens. Du ventricule gauche émane un vaisseau plus petit, qui, après avoir donné une branche aux poumons, et. les sous-clavières gauche et droite d’un des fœtus, parvient au-devant de la colonne vertébrale du même sujet, ne fournit point d’ar- tère ombilicale , et paraît exclusivement affecté à la nutri- tion du cercle inférieur de ce fœtus (i). II. L’augmentation du nombre des parties dont se com- pose le cœur est une anomalie sur laquelle on ne possède encore que peu de faits. Chemineau [Hist. de V Acad, des Sc. pour 1699 , pag. 3y ) a fait connaître un cas dans lequel il existait trois ventri- cules (2). Kerckring cite un enfant de trois mois chez lequel le ventricule droit était bifide. (1) On voit par celte description combien la nature s’est en quelque sorte jouée de 1 ordre normal dans l’origine, la position et la division des principaux vaisseaux de ce double fœtus. La raisou de cette exception aux lois normales de 1 évolution organique, n est-elle pas un de ces mystères qui se perdent dans l’obscurité des causes premières? Vouloir expliquer ces infractions à l’ordre normal , serait fatiguer son esprit en pure perle. (2) M. Isid. Geoffroy Sl-Ililaire pense que le cas de Chemineau peut s’expli- quer par le développement d’une cloison surnuméraire, d'ailleurs restée très it(tcçm> ptetc, et par une modification de la forme du cœur, 588 MALAblES DÜ COEUR EN PARTICULIER. De Haen ( Rat. mécL, part. IX ) mentionne un appendice surnuméraire à roreilleite gauche. M. BilliarJ a vu, chez une petite fille, morte quel- ques jours après sa naissance , un prolongement en pointe de l’oreillette droite long d’un pouce environ ; elle tom- bait flottante dans le péricarde au-devant du cœur. Ce prolongement constituait une sorte d’appendice auri- culaire surnuméraire. CHAPITRE IV. DES ANOMALIES PAR VICES DE CONNEXION ET d’iNSERTION RÉCIPROQUE DU CCEUR ET DES VAISSEAUX. Parmi les cas précédemment rapportés , il en est qui nous offrent des exemples de l’espèce d’anomalie dont il est actuellement question. - Il ne pouvait pas en être autrement dans les cas de cœur à un seul ventricule et à une seule oreillette, ou à deux ventricules et à une seule oreillette , etc. Il est, en effet, des vices de conformation qui en gouvernent et en com- mandent d’autres. •• 1. L’aorte peut naître des deux ventricules à la fois, ainsi que Nevins , en Angleterre , Sandifort, Stander et Tiede- mann , en Allemagne, en ont rapporté des exemples. 11 en est de même de l’artère pulmonaire (i). D’autres fois, ces deux artères s’insèrent l’une et l’autre sur le même ventri- (i) Chez deux sujets observés et disséqués par Cooper, l’aorte, .njuès s être courbée et avc.ir fourni les carotides et sous-clavières, ii’élait |>lus qu un petit rameau , oblitéré môme en partie dans un cas, jusqu à sa réunion arec une branche considérable de l'artère pulmonaire , qui semblait fournir l aorte des- cendante. ..,.,1 VICES DE CONNEXION. 689 cule. D’autres fois encore , l’aorte s’insère sur le ventricule droit et l’artère pulmonaire sur le gauche, et dans cette transposition des deux grandes artères , les veines conser- vent plus ou moins exactement leur disposition normale. La plupart des sujets chez lesquels se rencontre l’insertion de l’aorte sur les deux ventricules à la fois, n’ont vécu que quelques jours, quelques semaines, ou quelques mois. 11 est pourtant des cas dans lesquels la vie paraît s’être pro- longée hien au-delà de ce laps de temps. C’est ainsi que Farre en a rapporté un dans lequel la vie s’est prolongée au-delà de quarante ans. II. On a vu assez fréquemment, soit chez deS', fœtus monstrueux, soit chez des individus d’ailleurs bien con- formés , la veine azygos s’insérer immédiatement dans l’oreillette droite (i). On a vu aussi (M. Breschet en rapporte un exemple dans son mémoire sur les ectopies du cœur) les veines hépatiques s’ouvrir directement par un tronc commun dans l’oreillette droite. Il est un certain nombre de cas où le canal artériel s’ou- vre directement dans le ventricule droit. Quelques anatomistes ont signalé l’existence de deux veines caves supérieures s’ouvrant dans l’oreillette droite. Mais, suivant M. Isidore Geoffroy Saint-Hilaire , cette dis- position résulterait essentiellement de la non-réunion des deux veines sous-clavières, et de leur embouchure immé- diate dans l’oreillette. Dans certains cas, très rares à la vérité, l’oreillette droite donne insertion à une ou plusieurs veines pulmonaires , et par contre, l’oreillette gauche reçoit tantôt la veine (i) Dans un nas fort curieux, rapporté par Lecat, la veine azygos se divisait, près du cœur, en deux branches, dont une allait s’ouvrir dans l'oreilleUe droite , et l’autre dans l’oreillette gagche. ÔgO MALADIES DÜ COEUR EN PARTICULIER. | cave inférieure , tantôt une veine cave supérieure ( et dans n ce cas , l’oreillette droite reçoit aussi l’insertion d’un tronc analogue à cette dernière, en sorte qu’alors il existerait :: bien réellement deux veines caves supérieures). Meckel dit avoir vu la grande veine coronaire du cœur ^ s’ouvrir dans le ventricule gauche ( Man. tVanat. génér.'). Dans les cas d’embouchure de veines autres que les pul- h monaires dans les cavités gauches, il y avait mélange du li sang noir et du sang rouge. Ces anomalies à'insej'tion et de I connexion des veines coïncidaient , d’ailleurs, avec d’autres j vices de conformation du cœur. Elles ont été présentées par i des enfans âgés d’un an environ, de quelques mois , de quelques jours , ou même morts presque aussitôt après leur naissance (Isidore Geoffroy-Saint-Hilaire \ APPENDICE. DE IA. COAGULATION DU SANG DANS LES CAVITES DU COÈUR , OU DES CONCRÉTIONS POLYPIFORMES DE CIT ORGANE DÉVELOPPÉES PENDANT LA VIE (l). SECTION PEEMIÈRE. OBSERVATIONS PARTICULIERES SUR LES CONCRETIONS POLYPIFORMES DU COEUR. Parmi les concrétions que Ton rencontre dans les cavités du cœur, les unes sont récentes et amorphes, les autres anciennes et dans un état d’organisation plus ou moins avancée. Il n’est presque aucune des observations bien dé- taillées que nous avons précédemment rapportées, qui ne soit un exemple de l’une ou l’autre de ces deux grandes .es- pèces de concrétions sanguines du cœur. A la première espèce se rapportent les observations lo®, 22®, 23c, 24®, 5i% 52®, 53®, 58®, 59e, 62®, 63®, 64% 65”, 66®, 6jc^ 68®, 69®, 77®, 117®, 121®, 124", 125®, i3o®, i3i®, i32®, (2). A la se- conde espèce appartiennent les observations i"^®, 2®, 5®, 8®, 12®, i3®, i4e, 21®, 38®, 4i”> 42®, 43% 44% 45*’, 4^®, 55®, 56®, (1) Je ne dois m’occuper ici que des concrétions polypiformes siégeant dans les cavités du cœur. Je traiterai des concrétions sanguines des vai.sseaux, ainsi que des autres altérations du sang, dans l'ouvrage que je me propose de publier sur les maladies des principaux vaisseaux, y compris ceux du cœur lui- même. (2) Toutefois, parmi les concrétions polypiformes dont ces observations nous offrent des exemples , il en est un certain nombre qui ne s'étaient formées qu'aH près la mort. bg‘1 MALADIES DU COEUR EN PARTICULIER. 5y", io3% 122*, (i). Les observations Co®, 71* et 81' sont des cas dans lesquels il existait simultanément les deux : espèces de .concrétions ci-dessus indiquées. Nous pourrions , à la rigueur, nous dispenser d’ajouter de nouveaux cas aux 49 ci^e nous venons de^ rappeler. f;j Toutefois , comme cette matière est très importante et assez généralement peu connue , nous allons rapporter encore ij seize observations de concrétions polypi formes du cœur. Nous les diviserons en trois séries : dans la première série, nous placerons les concrétions récentes et amorphes, dé- |: veloppées pendant l’agonie ou très peu de temps avant la 1 mort (2) ; la seconde série comprendra les concrétions qui ont déjà subi un premier degré d’organisation; la troi- sième série enfin sera consacrée aux concrétions parfaite- ment organisées. PREMIÈRE SÉRIE D’OBSERY AXIONS. 0 COWCKÉTIONS RÉCENTES, AMORPHES, OD SANS TRACE ÉVIDENTE d’oRG ANISATION. Parmi celles de nos précédentes observations qui se rap- portent à cette catégorie de concrétions, 'nous citerons spécia- lement les observations 117' et i32', dont les sujets éprou- vèrent des accès de suffocation, des accidens ortliopnéiques périodiques. Nous avons, dans un assez bon nombre de cas, annoncé la formation de ces concrétions, d'après un. ap- (1) A la page 5i6, j’ai rapporté un cas de complète organisation d’une concrétion polypiforme de l’oreillette droite cl de la veine cave supérieure. ("aj Ces concrétions ne diffèrent guère de celles qui se développent après la mort . et que l'on rencontre chez presque tous les cadavres. Nous n avons pas cru devoir affecter une série particulière à ces concrétions posthumes, dont nos précédentes observations fournissent, d'ailleurs, un nombre suffis.nnt d’e\empli*s. Nous ne devons réellement nous occiqier ici que des concrélions lüimées pendant la vie. CONCRÉTIONS PORYPIFORMES DU CœUR. 5g3 pareil symplomatique sur lequel nous reviemlrons clans la seconde section de cet appendice. Nous emprunterons à l’excellente dissertation de Ri. le docteur Legroux (i) les deux observations suivantes dans lesquelles la maladie fut diagnostiquée par cet habile observateur. OBSERVATION 163e. Homme de 5y ans. Maladie du cœur avec accès ortliopnèiques. — Mort presque siiblle. —Concrélions sanguines rccenles dans les cavités du cœur, et spéciale- ment dans l'oreillette droite. Un sculpteur en bois, âgé de 5y ans , affecté d’une mala- die du cœur , éprouvait fréquemment , pendant plusieurs jours de suite, des paroxysmes ortliopnèiques très aigus. Durant ces paroxysmes , les battemens du cœur étaient forts , irréguliers et mats , tandis que, dans les momens de calme, ils étaient très sonores. — Les saignées abondantes soula- geaient presque sur-le-champ (a). La mort arriva pendant un paroxysme, au milieu des an- goisses de la suffocation. Autopsie cadavérique. Les cavités du cœur contenaient des caillots énormes, noirs et fibrineux dans quelques points (le plus volumi- neux était dans l’oreillette droite). OBSERVATION 164*. Bronchite aiguë chez un enfant. — Obse^urité, matité des bruits du cœur, sur tout vers les cavités droites. — Mort rapide. — Cencrétions potypiformes dans les cavités du cœur et surtout dans tes droites. Un enfant était traité, depuis quelques jours, d'une bronchite aiguë, sans autre phénomène morbide, lorsqu’il (1) Jiecherches sur les concrétions sanguines, dites potypiformes , développées pendant la vie; parC.-J. Legroux. Paris, 1827. (2) Ces symptômes firent soupçonnera M. Legroux une réplélion sanguine du cœur. 2. 38 5g4 MALADIES DU CœUE EN rARTICULIEIl. fut pris tout-à-coup d’une dyspnée extrême ( orthopnée ^ teinte violette des lèvres et des pommettes, jactitation, an- goisse inexprimable, effrayé). Les battemens du cœur étaient précipités, irréguliers, peu sonores, surtout derrière le sternum, où V oreille percevait un choc mat; pouls faible. Mort quelques heures après cés accidens. u4utopsie cadavéricpie. Coeur dilaté par des caillots sanguins; quelques uns peu yoluipiqeux existent dans les cavités gauches; les cavités droi- tes étaient remplies par un caillot jïbrineux de couleur cilrine, \ semi-transparent, enrielacé avec les colon\ies charnues du cœur 'j et les tendons 'valvulaires , et se prolongeant dans T artère pul- 1 monaù'e ainsi que dans les veines-caves supérieure et infè- >1 rieure. Ce caillot paraissait formé d’un tissu aréolaire assez « • vu -f • • sernblable à celui des polypes dits muqueux (i). ' DEUXIÈME SÉRIE D’OBSERVATIONS. f II COKCRBTIONS SANGÜIHES OFFRANT DES RDDIMBNS D ORÇANISAIIO;!, fVBC 00 SANS PRÜSEKCE DE PDS. Parmi les observations précédemment rapportées qui rentrent dans cette catégorie de concrétions , nous rap- i| pellerons particulièrement les 43% 44® et 55®, dans les- 'i quelles il s’agit de concrétions disposées en pelotons ou en M nijjssp^ aplaties J et offrant uiie grande ressemblance ayec :i la matière pseudo-membraneuse des inflammations, à l'état h d’organisation naissante. (i) La nature de celle conerélion indique assez , a élé séparée d'un sang enflamme. ajoute M. Legroux, qu’elle CONCRÉTIONS POLYPIFORMES DU COEUR. 696 OBSERVATION l(î5e. Homme de 67 ans. — Double pneumonie. — Mort presque immédiatement après l’entrée à l'hôpital, dans un état de suffocation. Le i4 avril i834 , on reçut dans le service clinique de la Charité un homme de 67 ans, atteint d’une double pneumonie , ét dans un état de suffocation tel , qu’il était à chaque instant menacé de perdre la respiration. Le malade mourut quelques heures après son entrée. Autopsie cadavérique. Cœur énormément distendu par des concrétions san- guines contenues dans toutes ses cavités, sans en excepter le ventricule gauche lui-même. concrétions sont blanches , semblables à celles des sacs anèvrismaux , ou bien encore a la couenne inflammatoire du sang ; elles sont comme enchevêtrées dans les colonnes charnues et les tendons 'valvulaires , et leur adhèrent à V instar de fausses membranes fibrineuses commen- çant à s’organiser.. La 8® observation de la dissertation de M. Legroux est aussi un exemple de concrétion chez un sujet mort de pneumonie. La voici : OBSERVATION 166e. Une femme, âgée de 86 ans, est conduite à l’hôpital de la Charité dans un état adynamique , le ii août 1826, et meurt deux jours après. Engouement des poumons, et hépatisation du lobe supé- rieur droit. Le ventricule droit contient des concrétions à moitié fibrineuses. A. l’incision de ce ventricule, il jaillit de sa cavité un liquide jaunâtre, épais, semblable à du pus. De deux cavités d’inégale grandeur, mises à nu par l’incision , l’une, qui pourrait loger une noix, contient encore du pus et quelques grumeaux blanchâtres et flottans : cette 38. 696 MAr-ADTES nu COEUR EN PARTICULIER, cavité est évidemment formée par un caillot sanguin , ra- molli à son centre , et dont les parois sont d'un blanc rosé • d'autres petits caillots contiennent aussi du pus ; un seul ne contient qu’une sanie non encore diffluente. Ces caillots adhèrent à la surface ventriculaire au moyen de leurs em- branchemens dans les colonnes charnues. OBSERVATION 167<-. Jeune homme de 20 ans. — Rougeole avec engouement Inflammaloira des poumons. — Mort dans un état de dyspnée considérable. — Concrétions fibri- neuses, adhérentes, dans tes cavités droites du cœur. Un maçon, âgé de 20 ans, était entré dans le service clinique de la Charité, le 27 mai i834 , pour y être traité d’une rougeole très grave , datant déjà de six jours. ( Il exis- tait cette fausse pneumonie des anciens, qui ne se rencon- tre que trop fréquemment dans les maladies dites fièvres éruptives. ) Les inspirations étaient à 48 par minute, le pouls à 182 ; la chaleur et la sécheresse de la peau extrême. Il succomba le troisième jour après son entrée. Autopsie cadavérique , 28 heures après la mort. Les eavitès du cœur, les droites surtout, contiennent (ü abon- dantes concrétions sanguines , décolorées , embarrassées dans les colonnes charnues et leurs tendons , analogues à des masses de matière pseudo- membraneuse. — Dans plusieurs des ramifications 'vasculaires des poumons , on trouvait des concré- tions alongées et récentes. Les deux poumons étaient d’ail- leurs engoués, parsemés de granulations d’un rouge tirant sur le gris, miliaires. La pression faisait sortir des ramus- cules bronchiques un mucus puriforme. Au sommet du poumon gauche, on trouvait un ramollissement très mar- qué et du pus infiltré, etc. CONCRÉTIONS POLYPIFORMES DU CŒUR. 5q7 OBSERVATION 168e. Homme de ans, — Symptômes de maladie dite organique du cœur \ puis, symptômes d’une inflammation ai g uô de lu plèvre, suivis d’une mort prompte. — Concrétions fibrineuses, blanches, adhérentes, dans les cavités droites du cœur et dans l’ artère pulmonaire. Un paveur, âgé de 6i ans, couché au n° 4 la salle Saint-Jean de Dieu, offrait les symptômes d’un obstacle à la circulation à travers le cœur ou les gros vaisseaux , lors- qu’il succomba, le ii mai 1 833 , à la suite d’une pleurésie , accompagnée d’une fièvre ardente. Les bruits du cœur étaient âpres, un peu étouffés , obscurs. Il existait une infil- tration générale; les veines jugulaires étaient fortement dilatées. Autopsie cadavérique. — Cœur flasque, pesant 3i8 gram- mes. Les cavités droites sont distendues par du sang coagulé , dont une partie , évidemment ancienne., décolorée, est entor tillée autour des colonnes charnues auxquelles elle adhère légè- rement. L’artère pulmonaire est dilatée à son origine (son orifice a 3 pouc. 8 lig. de circonférence); ses principales divisions sont remplies de concrétions fibrineuses , friables , grumeleuses, de couleur lie-de-vin, adhérentes dans quel- ques points aux parois artérielles. Dans les divisions se- condaires, la matière fibrineuse est moins altérée, et se présente sous fiorme de petits caillots. Le ventricule droit et surtout l’oreillette correspondante étaient dilatés; l’ori fice qui les sépare avait 5 pouc. de circonférence; les val- vules du cœur offraient quelques incrustations, mais n’étaient pas déformées. — Des fausses membranes ré- centes tapissaient la plèvre droite. MALADIES DU COEUR EN PARTICULIER. 598 OBSERVATION 169e (i). Femme de^o ans, — Rhumatisme articulaire aigu guéri. — Un mois apres, symptômes d’ inflammation aiguë du cœur prise pour une gastro-péritonite. — Traces de péricardite, vaste coscriétion polypiforme sûppdeéE, dans le ventricule droit, l’oreillette et les gros vaisseaux qui s'y rendent. Üti'e doniêstiquè , âgée de 4o ans , après avoir éprouvé pen- dant cinq semaines un rhumatisme aigü , sort de l’hopilal en assez bonne santé. Un mois après, elle rentèa, offrant J les symptômes suivans : douleur à l’épigastre, vomis- semens’, pouls petit, serré , fréquent, régulier, respiration courte ét fréquenté, pas de douleur dans là poitrine (^2). Elle succombe. Autopsie cadeivèriquè. La face antérieure du ventricule adhère intimement au péricarde et au sternum par un tfssü fibreux analogue à célui des artères. — Adhérence celluleuse des ponraons a la! plèvre. • Le ventricule droit, l’oreillette, les veinés cavés supé- rieure et inférieure, sous-clavières, jugulafres internes, fé- morales, l’artère pulrtionaire jusque dans ses ramifications les plus ténues , contenaient une 'vaste concrétion polypi- Jbrme, qui les remplissait à peu près aux trois quarts. , La couenne qui forihaii sbn enveloppe, -de deux à trois lignes d'é- (1) Cette observation est la première de celles rapportées par’ M. Leroux, dans sa dissertation sur les eoncrètions polypi formes. Nous n’en donnons ici qu’un extrait. (2) La maladie est prise pour une gastrite. A cette époque (1825), le diagnos- ti'c de fa péricardite et de rendocardile. était encore peu avancé. Si 1 on eût connu les signes que nous avons exposés dans cet ouvrage, assurément on n’aurait pas méconnu complètement la maladie qui existait dans le cas actuel. Al. Le- groux dit que, dans le cours du rhumatisme dont celle femme avail élé ÿocr/c, les muscles de la poilrinc , el penl-ètre les organes inlérieurs, étaient deve- nus le siège de l’inllammalion rliumalismale. N’esl-il pas très probable, pour ne jias dire certain, que le péricarde ou l’endocarde, et non les muscles de la poitrine, devinrent le siège de l’inflammation rhumatismale? CONCRETIONS POLYPIFOIIMES DU COEUR. 699 paisseur, s'enlevait comme V épiderme d'une peaii macérée ; le coa^idùm noir^ situe aii~dessous de la couenne^ était assez Jci me dans toute son étendue j une matière d un blanc jauhnire, gru- meleuse , analogue aux pseudo-membranes des phlegmdsies séreuses , disposée en Joyers miliaires , lenticulaires , existait entre ta couenne et le caillot sanguifi^ et dans les 'Vâissedux^ se- condaires jformait ^ en certains points , toute l épaisseur de la concrétion; enfin ^ au centre du caillot du mehtriculé droit, existait un noyau d'une substancé grenile , rougeâtre , molle , assez analogue à un magma fait avec du son de frôment, pé- nétré, ainài que les couches r 'oisines , de gruineaiixjpunJvHnès . La tunique interne du système 'vasculaire à sang noir était d'un rouge brlin assez foncé, lisse dans toute son etendüé(^i). OBSERVATION l7Ôe (ï). Phibtslé pülthonairé chet Une jeune ferrinie. — Sîort rapidè au mitièii de symptômes orlhopnéiq lies. — Conùrétions sanguines suppurées, transformées en kystes, à surface pointiilêe de rouge. Une jeune femme pthisique meurt assez brusquement, après avoir éprouvé des symtômes orthopnéiques. — Les cavités gauches du cœur contiennent des concrétions fibrineu- ses jaunâtres, homogènes. Les cavités droites en contiennent (i) Il est fâcheux que l’état de la membrane interne du cœur et des valvules n'ait pas été exactement décrit. M, Legroux fait remonter l’origine de la concrétion sanguine au début de la maladie, lequel datait de quinze jours. Il attribue cette concrétion, d’une part à l’obstacle qu’apportait à la circulation l’adhérence des cavités droites au péri- carde, et d’autre part, à la tendance du sang à se coaguler dans les affections rhu- matismales. La première de ces causes ne nous paraît pas avoir contribué à la pro- duciion de concrétion dont il est question dans le cas actuel. Quant à la seconde, nous l’admettrions bien volontiers, si lè rhumatisme n’eût disparu quinze jours au moins avant l’éporjue. à laquelle M. Legroux rapporté la formation dé la concré- tion. En définitive, il noüs parait probable qiiè,dans ce cas, la concrétion a été la suite d’une endocardite et d’une phlébite prises pour une gastro-péritonite, (a) Extrait de l’observation VII de la dissertation de M. Legroux, GOO MALADIES DU COEUR EN PAimCULIER. d’autres dont voici les caractères : Elles occupent les inter- valles des colonnes charnues ; les unes^ d'un jaune blanc^ ne sont autre chose que des morbeaux de fibrine décolorés et fermes; hs autres , plus nombreuses, mariables en forme et en molume , paraissent fasques et affaissées sur elles-mêmes, et la pointe du bistouri, appliquée sur quelques unes , y démontre une f actuation évidente. Leur surface externe a une teinte d'un blanc jaunâ- tre , ponctuée de rouge , comme les séreuses enf aminées , ou d'un bleu miolet très faible ; quelques unes sont simplement en- chatonnées entre les colonnes charnues du mentricule , sans adhérences organiques , tandis cpie d'autres adhèrent par de pe- tits filamens. Ces concrétions sont autant de kystes, dont la ca- vité est mide dans quelques uns , et dans d'autres remplie d'un \liquide sanieux , ou d'un liquide offrant tous les caractères du pus louable. La face interne de ces foyers paraît injectée [i). Rapprochons de cette observation la suivante (2) , dans laquelle nous retrouverons un nouvel exemple de kyste provenant d’une concrétion en voie d’organisation. Ici le kyste était multiloculaire. OBSERVATION 171®. Une femme de 28 ans offrait les des maladies (1) Suivant M. Lpgroux , on a clans le cas préréilent tous les degrés de trans- formation que les concrétions sanguines peuvent éprouver. « En y ajoutant le ra- » motlissement grantdé, nous aurons, dit-il, la marche qu’e’les suivent lorsqu elles »sVn)lamment. D’abord la concrétion se forme, elle acquiert de la ilensilé, » puis se ramollit vers le centre, devient un foyer rempli d’un liquide sanieux; • ce liquide passe à l’état purulent, le pus se résorbé; le kçsle contracte des • adhérences organiques, se pénètre de vaisseaux : que devieul-il ensuite? L’ob- • servation ne nous l’apjjrend pas.o Nous reviendrons plus loin sur la question de savoir, si le pus que l’on rencontre au sein des concrétions Gbiincuses, est bien réellement le produit de leur propre inflammation. (a) Observation de ftl. Hricheteau , publiée dans le n* * 4* Journal hebdomadaire de médecine CONCRÉTIONS POLYriFOEMES DU COEUR. 6ol organiques du cœur, lorsqu’elle succomba dans le service de M. Bricheleau. L’oreillette gauche , très dilatée , contenait du sang noir , et de plus une espèce de champignon, d’une couleur rouge éclalante et d’une forme qu’on ne pouvait mieux comparer qu’à celle du lycoperdum (vesse de loup) un peu flétri et non pédiculé. Dans le point où il adhérait à la paroi de l’oreillette, on voyait quelques petites inégalités d’incrus- tations. Ce champignon avait plus d’un pouce de diamètre, et était creusé d’une grandecavité centrale, communiquant avec d'autres petites, remplies d’un liquide purulent, de cou- leur feuille-morte. — Valvule mitrale dure, cartilagineuse. De l’adossement de ses lames résultent deux petites ouver- tures , chacune du diamètre d’une plume à écrire , séparées l’une de l’autre par le tendon de la valvule antérieure. OBSERVATION 172e (i). Femme de\oans. — Affection vénérienne entée sur une ancienne maladie du coeur. — Concrétion sanguine suppurée dans le ventricule droit. — Traces de pé- ricardite. Une femme de quaranle-im ans entre à l’hôpital des vénériens (i5 octobre 1824), pour y être traitée de pustules sèches. Quelques jours après son entrée, augmentation de palpitations et de dyspnée existant depuis long-temps. L’in- filtration suivient et la malade succombe. Un peu de sérosité, mêlée de quelques flocons albumi- neux, dans le péricarde, qui est rouge et enflammé en plusieurs points. On trouve dans les ventricules des caillots fbnueux, adhérant aux colonnes charnues. Un des caillots du 'ventricule droit , du 'volume d’une petite noix , ramolli à son centre , contient un liquide épais et puriforme. (1) Extrait de l’observation ;• de la dissertation de M, Legroux. 6oi kAtkmEè DU coeur en particulier. OBSERVATION 173e (i). Femme de 45 ans. — Mort par suite d’un rétrécissement de plusieurs orifices du cœur. — Concrétions sanguines , adhérentes, anciennes, oblitérant Corifice de füppèndicé auricülàtré gauche. Uriè femme, âgée cle qüarânte-lrois ans, offrait depuis deux âns les symptômes d’uni rétrécissement des orifices du cœur, lorsqu’elle succomba au milieu d’accidens orthop- rieiquèé des plus horribles. j4iittipéiè' tadavëriqiie . — Rétrécissement de tous les orifices du Ccéùr , eAcépié èelui dfe l’ârtèrè pulmonaire. — Concré- tîbïis sâûguîhés ; oblitération de l’orificé de l’appendice àuficülàifé gaucliè. — Liés concrétions fibrineuses jaunâtres cidhêràleni iiiiiineinent ciiix faces de l'oreillette et ii en pouvaient être sêp'dreès qii'e par une déchirure , et en laissant une couche sur la membrane de cette cavité. Il n'y avait point de 'vaisseaux organisés ; mais , dans les poUits bit éxistaient les adhérences , la tunique était inégale y rugueuse , piquetée de rouge. L'orifice de l'appendice auriculaire était bouché par une écaille calcaire.^ au-devant de laquelle la membrane interne de l'oreilleûé pd- raissait se continuer en formant une légère dépression. L'ap- p'ehdibè eidit rédùit au 'volume d'une jdume à écrire. Sa cavité logèdit lin cbrd'dn fhréiik , doiit îê sommet était dibisé^ en plu- Siéui’è pétilsfldmëns , qui s'épanouissaient èn forme de pattes d’oib', et b'iihpldntdierii èritré les colonnes charnues, tandis que sa base, en s'éldrgissdht , embrassait la face correspondante dé Vécdille qui bouchait V6uv 'erture de l'appendice, et paraissait èé cS'tifonclré avec Id membrane interne de V oreillette ^ ce cordon fbi'éüd: fl avait d' adhérences qu’à ses extrémités i il avait une téiilï'é Pàhgèdire. (i) Extrait de l'observation 4” de la dissertation de M. Legroux. CONCRÉTIONS POLYPIFORMES DU CŒUR. observation l74e. 663 (Publiée par M. Legroux.) , Femme de ans. — Symptômes cérébraux . — Mort subite. — Concrétion an- cienne , offrant des traces d’organisation, adhérenté a là vatviile mitrale ul- cérée. Une femme âgée de trente ans, tourmentée par une vive céphalalgie, ayant la parole embarrassée, éprouvant des four- mi llemens et des crampes, des vomissèmens , fut admise à l’Hôtel-Dieu. Le pouls battait jusqu’à i4o fois par mi- nute. La maladie semblait, depuis quelques jours , tendre à une heureuse terminaison, lorsque cette femme expira subitement. Autopsie cadat>érique. — ^La valvule mitrale gauche, dans sa moitié postérieure et externe, est opalinë et dttre ainsi que ses tendons; mais, dans son autre moitié^ elle est épaissie, raccourcie, redressée et surmontée du côté dé l’oreillette par une tumeur qui paraît au premier abdrd, une sorte de 'végétation du ''volume d'une amande. Cette tunieur adhérait au bord de la moitié droite de la 'valoule , tandis qüè ^on extréfj^té gauche était relevée au-dessus de l’orificè ciuricülo- 'ventricidaire , qid elle bouchait à peu près comme une soupape , excepté cépéndant en dehors; oit elle he pouvait atteindre pde àdHè que le cours du sang n ’ était point encore complètement interrom- pu. Cette tumeur était évidemment composée de couches défibriné^ irrégulièrement disposées. Dans Vendrdit oit le bord de la val- vule adhère à la tumeur , il offre une ulcération brunâtre. L’oreillette contient, en onlre , une concrétion récente ; moitié formée défibriné et moitié de sang noir (i). (i) C’est à celle dernière concrétion que M. Legroux attribue la mort subite. Quant à la concrétion plus^ancienne, il lui parait indubitable que sa formation a été sollicitée par la maladie je la valvule rnflrale. 6o4 maladies du cœur en particulier. OBSERVATION 175*^ (i). Homme de 64 ans, — Abcès urineux, gangrène, symptômes alaxo-adynaml- qncs, — Mort. — Concrétions sanguines suppurccs à leur centre. Un homme de soi.vanle-quatfe, ans fut reçu à l’Hétcl- Dieu pour y être traité d’une rupture de l’urèthre, avec in- filtration urineuse et gangrène. Le malade mourut avec des symptômes ataxo-adynamiques. Autopsie cadavérique. — Entre les colonnes du ventricule gauche , deux caillots fibrineux , du xolume d’un pois chacun, et rougeâtres à l’extérieur. De l'un d’ eux pressé entre les doigts, sortit une gouttelette de pus , et le caillot incisé sembla réduit à un kyste , dont la surface interne était blanchâtre et lisse, tandis que celle de l’autre, qui ne contenait qu’une sanie brunâtre, ékiU granulée. — Le système vasculaire était le siège d’ossi- fications nombreuses. L’observation suivante , qui m’a été communiquée par M. Fournet, nous fournira un remarquable exemple de concrétions sanguines développées sur les valvules, avec organisation celluleuse de la couche plastique immédiate- ment en contact avec ces soupapes vivantes. Dans cette observation , on peut .saisir l’un des procédés selon lesquels se forment les végétations valvulaires ainsi que l’épaississement des valvules, et prendre en quelque sorte la nature sur le fait de cette opération. , OBSERVATION 176«. Jeune homme affecté d’entérite typhoïde. — Mort dans un étht semi-asphyxique. — Concrétions fibrineuses sur les valvules gauches du cœur, avec adhérences ccl- tuloases. \ Un jeune homme était traité, à l’HotelDieu , pour une (i) Extrait de l’obserTation 6* de la dissertation de M. Legroux. concriîtïons POLYPiFoiisiEs DU cœüîi. 6o5 entérite typhoïde, lorsqu’il succomba au milieu d’une agi- tation considérable avec phénomènes d’embarras à la respi- ration et à la circulation^ tels qu’on ne les rencontre pas ordinairement dans cette maladie. Autopsie cadavérique. M. Fournet, ayant pensé que les lésions trouvées dans le cœur dece malade pourraient m’intéresser, a bien voulu me montrer cet organe où l’on a constaté ce qui suit : Les 'val~ vides aortiques sont recouvertes et comme tapissées d'une véri- table membrane mince, séreuse, hérissée a sa surface libre de petites masses grenues, un peu rougeâtres , friables , et évidem- ment de nature fibrineuse. Par une traction modérée avec la pince a disséquer, on enlève cette production pseudo-membra- neuse à V instar de celles qui tapissent le péricfirde ou la plèvre enflammée. La couche en contact immédiat avec les valvules est cependant déjà organisée en tissu cellulaire ou séreux , et, quelques jours plus tard, elle eût été, sans doute, adhérente aux valvules , et en aurait produit V épaississement. Quelques points rouges se voyaient à la surface des valvules mises à nu , ainsi qu’au commencement de l’aorte. Une teinte opa- line, laiteuse, existait dans l’espèce de sinus qui sépare le bord adhérent des valvules de la cavité ventriculaire. On observait sur la face auriculaire de la valvule bicus- pide des concrétions fibrineuses, analogues à celles des valvules aortiques. On ne distinguait pas de vaisseaux dans les productions accidentelles indiquées, mais on voyait sur la face auriculaire de l’oreillette une foule de points rouges, formés par du sang, tels que ceux qui, dans les fausses membranes des séreuses , précèdent la formation des vais- seaux. La portion d’endocarde qui recouvre l’oreillette gauche offrait aussi des traces évidentes d’inflammation. 6p.6 MA^piES DU pœUR EN PARTICULIER. TRQISIÈME SERIE D’OBSERVATIONS. COKCHKTIOKS FTBR1NEOSES KKTIÈBEMBHT OBGANISKE8 (l). OBSERVATION ITÿe (2). Fille de 18 ans. — Tumeurs à l'épaule et sous l’aisselle. — Hémorrhagie, — Mort. — Dans l’oreillette droite, concrétion organisée , pourvue de vaisseaum et se confondant avec les parois des veines dans lesquelles elle se prolonge. Une fille de dix-huit ans portait à l’épaule et sous l’aisselle droites deux énormes tumeurs, pour lesquelles elle entra à l’Hôtel-Dieu, le 26 octobre 1822. Le membre supérieur droit était engourdi, infiltré, ainsi que le côté droit du vi- sage. La malade cracha une grande quantité de sang, dont on voyait la source au fond d'une alvéole. Vainement les soins les plps éclairés furent prodigués à cette malheu- reuse; elle succomba trois semaines environ après son entrée. s ufiitop^iç cadavérique. f’ oreillet^fi droite du cœur était, en grande partie , remplie pqy une cpjicrçtion , au centre dç laquelle on 'voyait des vési- çples pleines d’un liquide à demi concret. Cette concrétion poly- pyhrnie était parcounie par une infinité de vaisseaux injectés en rouge 'vif ou noir. Elle remontait dans les 'veines caves su- périeures , sons-clapièire et jugulaire droites , avec les parois desquçllçs elle se confondait en quelque sorte , comme par con- tinuité de tissa. Elle se prolongeait aussi dans le 'ventricule droit. (1) ^ cellp 5Cr|c d'ojDseçA’alions se rapporte celle que j'ai consignée dans cet ouvrage, à la page 3i6 du présent volume. 11 s’agit, dans cette observation, d'une concrétion vraiment organisée dans la cavité de l'oreillette droite et de la veine cave supérieure. (2) Observation communiquée par M. Senn, et publiée dans mon mémoire sur l’oblitération des veines, considérée comme cause d’hydropisie passive. C0NCRÉTIQ5IS POpyPI?QR^IEÇ DW GÛpWR. 607 OBSERVATION 178e (1). Hominf d( 56 ant, — Symptômes d'obstacle à la eîrcutalion centrale. — Mort. — Concritiqp fibrinq-all)Ufiiin6US6 pfgpnispe dqps Fçreilletle droite. » Un commissionnaire , âgjé de 36 ans, entra à l’hèpital de la Charité, au mpjs de mars 1817^ et y mourut au milieu des syniptômes d’étouffement et d’anxiété que les auteurs ont jusqu’ici attrjjmés à \çtv,éi>rmn& du cçeur. Autopsiç: cadau.ériquei. Les cavités droites du cœur contenaient, outre du sang ep caillots, des gâteaux d§ matière Jihrino-alhumineuse orga- qdhérent^ ausp parois de cps eçLfité^ par. des filamens , qyüon était obligé de rompre pQur Ven séparer., et se prolongeant dan^ la peine çaue supérieure, dans la peine caoe inférieure, ainsi que dans V artère pulmonaire, dont elle obstruait presque çomplètement Votif ce. DEUXIÈME SECTION. HISTOIRE GÉnÉrXÇE »E% CONCRETIONS SANGUINES DU COEUR . dÉVEUOPPÉES PENDANT LA VIE. I ][. Sipgç et caraclèrps anatomiques dçg copcrcfiops pplypiformes çèrement adhérentes aux parois des cavités du cœur et surtout aux colonnes charnues ainsi qu’aux tendons valvu- laires , autour desquels elles s’entortillent. A celte période d’organisation rudimentaire , on peut les comparer à la couenne qui s'organise en quelque sorte à la surface du caillot du sang retiré des veines d’un individu affecté d’une inflammation franche , ou bien aux fausses membranes des tissus séreux commençant elles-mêmes à s’organiser. Au reste, comme l’a très bien dilM. Legroux, < depuis l’état CONCRÉTIONS POLYPIPORMES PU C(®UR. 609 '» gélatlniforme jusqu’à l’état fibreux qui paraît être le » dernier terme de la densité des concrétions , il y a diffé- » rens degrés intermédiaires. » 3® Lorsque les concrétions sont dans un état plus avancé d’organisation , elles adhèrent par de véritable tissu cellu- laire aux parties sur lesquelles elles se sont formées ; greffées ainsi sur des parties vivantes , elles se pénètrent de vaisseaux, se durcissent , et c’est alors qu’elles ressemblent réellement à certains polypes fibreux,^ des tumeurs ou à des végétations fongueuses (i). Ainsi que plusieurs de nos observations en font foi, il n’est pas rare de rencontrer une certaine quantité de pus au centre des concrétions sanguines , lesquelles ressemblent quelquefois alors à de véritables kystes uniloculaires ou m ultilocula ires. Il est digne de remarque que, dans les cas où les concré- tions ne sont encore qu’.en partie organisées , c’est à la sur- face qu’existent les masses membraniformes , blanchâtres , élastiques, glutineuses , qui sont réellement les premiers linéamens de l’organisation , tandis que la matière puru- (1) Nous avons fait voir ailleurs les rapports qui existent entre certaines lé- sions des valvules du cœur et les concrétions fibrineuses; l’opinion deM. Legroiix est loul-à-fait conforme à la nôtre. « 11 nous est fréquemment arrivé, dit-il, de • voir des concrétions sanguines entrelacées avec les tendons des valvules, de telle • sorte que celles-ci ne semblaient plus former qu’une simple toile ( la division en » tendons n’avait lieu que près des colonnes charnues ). Je ne doute nuHenient que • ces sortes de concrétions ne soient le moyen principal de réunion des tendons , • dans les cas où les valvules prolongées ne forment plus une simple ouverture • mais un canal plus ou moins large. » Pour que les concrétions sanguines adhèrent fermement aux valvules sur les- quelles elles sont déposées, il est, en général, nécessaire qu'elles se forment sous 1 l’influence d’une inflammation; et dans ce cas, il est difficile de déterminer si • ces concrétions se sont développées aux dépens du sang contenu dans le cœur , I ou par l'effet de la sécrétion du tissu enflammé. M. Legroux pense avec nous que les concrétions fortement adhérentes et susceptibles de se transformer en ■ végétations, sont le résultat d’une sécrétion inflammatoire qui adhère d la wem • ■ brune ù l’instant même de sa formation {Diss, cit., pa". nS). 'l9 2. 6lÔ MALADIES Dü COEUR EN PARTICULIER, lente ou le püs proprement dit se trouve à leur centre. I)ivers «tuteurs J et M. Legroux en pîirliculicr , considè- rent ce pus comme un produit de l’inflammation de la concrétion qui le contient. Quant à moi, je pense que telle n’est pas l’origine ordinaire du pus que présentent les concrétions : ce pus me parait avoir été sécrété dans la cavité du cœur ou y avoir été transporté par l’absorp- tion et avoir déterminé ensuite la formation d’un caillot qui l’a enveloppé de toutes parts. A l’époque où l’on trouve le plus souvent du pus au centre d’une concrétion , celle-ci offre à peine quelques rudimens d’organisation , et l’on ne conçoit guère comment dans cet état elle pourrait subir une inflammation caractérisée par une sécrétion pu- rulente. .le ne prétends pas, au reste, qu’une fois bien organisées, les concrétions sanguines ne puissent s’enflammer et sup- purer. Toutefois, ce n’est pas la, si je ne me trompe un accident commun. Mais ces concrétions, véritables organes parasites , peuvent , comme les productions fibri- neuses dont nous avons parlé ailleurs (voy. leschapit. con- sacrés à l’endocardite et à la péricardite), éprouver diverses modifications ou transformations , dont le mécanisme ne doit pas nous occuper ici. On trouvera dans les observations particulières de plus amples détails sur la disposition, le volume, la configuration et la consistance des concrétions polypiformes. Nousajoute- rons seulement ici qu’elles rétrécissent soit les cavités du cœur, soit les orifices qui font communiquer ces cavités entre elles, à un degré proportionnel à leur volume. Cette circonstance est importante à noter , car c’est à elle que se rattachent les principaux symptômes des concrétions san- guines du cœur (i). ^i) Dam le cœur comme dans les vaisscQuv, on peut rencontrer des concré- CONCRÉTIONS POLYPIFORMES OU CŒUR. 6 U JII. Des causes et des divers modes de formation des concrétions polypiforme* * du cœur- I Dans le cœur comme dansles artères, ef surtout clans les vei- nes, les concrétions sanguines se développent sous rhiflüènce de conditions purement physiques ou mécaniques, qüi s’op- posent au cours du sang, ou bien par l’effet dé causés qüi agis- sent chimiquement sur cette chair coulante. Dans le premier cas, les concrétions se forment par un mécanisme qui ne dif- fère pas essentiellement de celui qui préside à la coagulation du sang, après sa sortie des vaisseaux, lequel mécanisme, pour le dire en passant, n’est pas encore exactement connu.* Aux approches de l’agonie, ou dans les maladies des valvules et des lions qui ont subi une altération telle , qu’elles offrent quelque ressemblance avec la matière encéphaloïde de certaines tumeurs dites carcinomateuses. J’ai pu- blié, en iSàS ( Journal complémentaire du Dict, des Scienc. Médic.) , un cas de ce genre ; et depuis, M. Velpeau et d'autres observateurs en ont rapporté de sem- blables. I.’illustre chirurgien , dont la science déplore en ce moment et déplorera long- temps la mort prématurée, M. Dupuytren avait déjà rencontré l’altération dont il s’agit. " Des recherches attentives lui avaient prouvé que cette altération est le • résultat d’un travail analogue à celui qui produit la suppuration, et qu’elle n’a • aucun rapport avec la dégénération carcinomateuse. 11 conclut de ces recherches • que le prétendu carcinome du sang n’est qu’une matière puriforme, développée • par la chaleur vitale daps des concrétions qui, n'étant pas soumises ou contact • de l’air, et de toutes parts environnées par la vie, n’ont pu se décomposer au- • trement. ■> (Legroux, Dissert, cit., pag. 37). M. Legroux considère l’inflammation des concrétions comme l’une des princi- pales causes de leurs métamorphoses. «Dans d’autres cas, dit-il, un mouvement » inflammatoire se manifeste dans lu concrétion , soit qu’il ait été puisé dans le • sang liquide, ce qui est probable, ou qu’il se soit établi consécutivement ; et alors • ou une exsudation grumeleuse a lieu entre les deux substances dont un caillot «peut être formé, et même dans son épaisseur ; ou , ce qui est le plus ordinaire, • le caillot se ramollit au centre, devient granulé, passe à l’état sanieux, puis pu- • rulent; plus lard, le pus est résorbé et il ne reste plus que les couches excenlri- • ques du caillot, qui ont résisté au ramollissement et forment les parois du foyer «ou du kyste.» (Diss., cit.; p. 55). Je répéterai ici que l’inflammation dont M. Legroux place le siège dans le sang lui-même réside très probablement dan* le* tissus environnans et réagit, il est vrai^ sur le sang. 6i2 maladies du coiur en particulier. orifices du cœur, qui opposent un très grand obstacle à la circulation, si Ton pratique une saignée, le sang sort de la veine épais et à demi concret. C’est alors que des concré- tions vont se former dans les cavités du cœur, et e’est à leur formation qu’il faut rapporter plusieurs cas de ces morts soudaines, inattendues, qu’on observe dans certaines mala- dies de cet organe. Quant aux causes chimiques el vitales des concrétions sanguines, cette sorte de cristallisation du sang, les principales sont l’inflammation primitive ou consé- cutive de la membrane interne du cœur, l’introduction de diverses substances étrangères dans le torrent circula- toire, le pus, par exemple (1). Notre intention n’est pas d’insister longuement ici sur le rôle que joue l’inflamma- tion dans le développement des conerétions sanguines, attendu que nous avons exposé ailleurs ( voy. pag. lyS, 1^6 et i8i ) les hypothèses qu’on peut proposer à cet égard. Nous ajouterons seulement que toutes les inflammations franches, accompagnées d’une violente réaction fébrile, et dans lesquelles le sang fourni par les saignées présente une belle couenne blanche, ferme, élastique, résistante, constituent une véritable prédisposition à certaines con- crétions fibrineuses du cœur , lesquelles , comme nous l’avons vu , ont alors une grande ressemblance avec la couenne inflammatoire. Aussi , consujtez les observations que nous avons consignées dans cet ouvt^ge , et vous verrez que, dans la plupart des cas où les concrétions fibrineuses ne provenaient pas d’un simple embarras dans la circula- tion, elles coïncidaient, soit avec une inflammation idio- pathique du cœur, soit avec une inflammation d’un autre organe , qui réagissait vivement sur le cœur ainsi que (i) On sait que les acides injectés dans le système vasculaire des animaux coa- gulent le sang qu’il contient, comme il arrive lorsqu'on les fait réagir sur le sang retiré de ce système. Il est dans le sang des élémens dont on détermine la coagulation par la chaleur ou l'électricité. Quel rap[)ort peut exister entre cette • coagulation artificielle et celle qui s’opère sous l’influence de certains états patho- ogiquesC Celte question réclame de nouvelles recherches. CONCRÉTIONS POLYPIFORMES DU CŒUR. 6l3 sur tout l’ensemble du système circulatoire et sur la masse sanguine (i). § III. Des signes et des fflels des concrétions pülypiformes du cœur. Vers le milieu du dernier siècle , on attribuait aux polypes du cœur une foule de lésions de la circulation et de la respi- ration dues à d’autres maladies de cet orgtlne, comme on rapporte vaguement de nos jours aux anévrismes du cœur des lésions fonctionnelles qui reconnaissent pour véritable cause des altérations des valvules, altérations dont les ané- vrismes eux-mêmes sont souvent des effets. Qui ne sait que .1. - .J. Rousseau se rendit à Montpellier pour s’y faire traiter d’un polype au cœur, voyage que cet illustre mélan- colique n’eût point fait à pied, s’il eût été réellement atteint de la maladie dont l’idée tourmentait si profondément son ardente imagination ? Un des effets évidens et nécessaires des concrétions poly- piformes du cœur, c’est d’apporter un obstacle plus ou moins considérable à la circulation du sang à travers cet organe. Quand elles occupent les cavités droites, ce qui est le cas le plus commun , le sang ne pénétrant qu’en très pe- tite quantité dans les poumons, reflue en quelque sorte dans les vaisseaux situés derrière l’obstacle, engorge toutes (i) Une de nos observations est relative à des concrétions développées chez un individu affecté de gangrène de l'un des membres inférieurs. Deux des observa- tions conlenties dans la dissertation de M. Legroux (observations 2 et 3 ) sont également relatives à des concrétions coïncidant avec une gangrène dite sponta- née. Quelques auteurs ont admis que dans celle formedo gangrène, le sang avait une tendance particulière à ta coagulation dans toute l’étendue de l’organisme {Gaz, Mèd.; mardi 25 décembre iSôa). Nous n’affirmons pas qu’il ne puisse jamais en être ainsi. Cependant ^o'^servation démontre que dans les affections gangré- neuses, septiques, le sang est frappé d’une sorte de dissolution. Dans les cas de gangrène et de coagulation du sang, il faut bien se garder de prendre l’effet pour la cause. La concrétion du sang dans les artères est , comme, on sait , une des Causes de la gangrène , et l’on se tromperait beaucoup si l’on attribuait alors à celle-ci les concrétions dont elle est l’effet. 6l4 MAUDIES DU CŒUR EN P ARTICULER. parties et spécialement le cerveau, le l’oie, etc. De là des congestions apoplectiformes , des collections séreuses , etc. D’un autre côte, comme les organes ne reçoivent qu’une très petite quantité de sang qui ait subi le contact de l’air an sein des poumons, on observe jusqu’à un certain point des phénqinèiïes de véritable asphyxie. Les accidens sont ençQre à peu près les mêmes , lorsque les concrétions gê- nent le passage du sang à travers les cavités gauches. Mais de plus, dans ce cas , il survient une congestion dans les vemes pulmonaires qui ne peuvent plus se dégorger libre- ment dans l’oreillette gauche , et c’est là une condition de dyspnée qui n’appartient pas aux concrétions des cavités droites. Pour reconnaître ou diagnostiquer les concrétions san- guines du cœur , il faut qu’elles aient un volume tel qu’elles opposent un très notable obstacle à la circula- tion. D’ailleurs, elles ne gênent pas également le cours du sang dans toutes les positions qu’elles peuvent affecter. Les concrétions qui se forment sur les valvules, et qui, en s’entortillant autour des lames dont elles sont composées, et autour des tendons qui se rendent à leur bord libre, enchaînent pour ainsi dire les mouvemens de ces soupapes vivantes, sont, sans contredit, celles qui, à volume égal , apportent le plus grand obstacle au cours du sang. Suivant M. Laennec, « lorsque chez un malade qui jus- » que là avait présenté des battemens du cœur réguliers , » ceux-ci deviennent tout-à-coup tellement anormaux , » obscurs et confus , qu’on ne peut les analyser , on peut » soupçonner la formation d’une concrétion polypiforme ; » si ce trouble n’a lieu que d’un seul côté, la chose est à » peu près certaine (i). » Nous avons exposé , en temps et lieu , quels étaient les (i) M. Laennec suppose icIunecircQDSlancçà-peu-pr^ jinpossible. En cffelj |pi CONCiUîTlONS POLYPirOlUlES BU COEUR. 6 10 acciclens d’apres lesquels on pouvait soupçonner, sinon annoncer positivement , la formation de concrétions san- guines chez les individus atteints d’endocardite ou de péri7 cardile aiguës. Ces accidenssont essentiellement les mêmes, quelles que soient les causes déterminantes de ces concré- tions. Nous allons les rappeler : battemens tumultueux du cœur , avec obscurité et pour ainsi dire matité àe?, bruits qui les accompagnent, ou bruit dç soufflet, tantôt simple , tantôt, peut-être, sibilant (I) ; étouffement, orthopnée^ bruits du cœur peuvent bien différer sensiblement selon qu’on les écoule dans la région des cavités droites ou dans la région des cavités gauches; mais comment les battemens du cœur seraient-ils tellement anormaux, obscurs et confus dans une moitié du cœur qu'on ne pût les analyser, sans que l'autre niqiliédu cœur prît quelque part à un trouble de ce genre? (i) Une femme ofTipit les symptômes combinés d’une maladie du cœur et des poumons, lorsqu’elle fut admise à l’Hôtel-Dieu: elle était alors généralement in- Sltrée et on entendait dans la région précordiale un si/Jlement aigu, La malade succomba le lendemain de son entrée. Plaques organisées à la surface du péricarde. On trouva dans l'oreillette droite une concrétion polypeuse, déco'orée , adhérente a la valvule Iricuspide , aux co- lonnes charnues du ventricule droit et se prolongeant dans la veine cave supé- rieure où elle flottait sous forme d'un cylindre blanchâtre, élastique (la membrane interne de celle veine était rougeâtre). Une concrétion analogue, mais moins an- cienne, occupait l’oreillette gauche. (Observation publiée par M.le docteur Brouc, dans lé Journal hebdomadaire de Médecine.) Ce fait est assez curieux pour avoir dû trouver place ici. 'Toutefois, il faut bien se garder d’admettre que lès concrétions sanguines soient l’unique cause du ronfle» menton du sifflement du cœur. J’ai entendu, en eCfet, un bruit de soufflet rou.- coulant ou sibilant du cœur dans des cas où il n’existait point de concrétion» polypiformes dans les cavités de cet organe. J’en ai parlé dans un autre endroit de cet ouvrage. Tout récemment (avril i855) nous avons rencontré un nouvel exem- ple de cette espèce de bruit chez une femme couchée n° g de la salle Sainte- Madeleine (’‘). Bans le cas de M. Brouc, les plaques organisées du péricarde n’étaient peut» être pas complètement étrangères à la production du sifflement observé chez la malade. ( ) Don» 1 excellente dissertation inaugurale qu’il vient de soutenir à la Faculté sur la périèardita aiguii. M. le docteur Desclaux, |’un des élércs les plus distingués qui aient suivi notre olinique, a r«P' perlé un car pù I ejistenpo d un ttriiji dp piaalrnisnl dans la région dp ctanr, ej )ej jinpes )>'gup» men- Itoflnéi plni Itanti fflf fhsgnofiiqnp;» dti ppnc|é(iopi polvpiformps (t'auippiia pâdivérîgsia j>ronTp|afuet«i|c 4a ca diognoslip), ' r rr 1 . 6lÜ MALADIES DD COEUR EN PARTICULIER, anxiété , congestions veineuses suivies, chez quelques incli- AÛdus, de perte de connaissance avec état comateux; ron- flement sterloreux préceLlé ou non de mouvemens convul- sifs ; petitesse du pouls; refroidissement des extrémités. Lorsque les phénomènes ci-dessus exposés se manifestent dans le cours d’une maladie aiguë du cœur, telle qu’une péricardite ou une endocardite, qui jusque là n’avait pas été accompagnée d’un trouble très considérable dans les fonctions de la respiration et de la circulation , il est ex- trêmement probable qu’il s’est formé des concrétions san- guines dans les cavités du cœur. Dans les anciennesmaladies de cet organe, qui donnent lieu à une dyspnée habituelle , mais supportable, surtout à l’état de repos, s'il survient par intervalles, et comme par paroxysmes, des accidens orlhop- néiques d’une intensité vraiment formidable , comme chez les sujets des observations 117' et 182', il est également presque certain que c’est à la présence de concrétions san- guines, formées dans les cavités du cœur, que sont dus de pareils accidens (i<). (1) M. le docteur Legroux attribue la diminution de soiioréité, l’esjjèce de ma- tité des bruits du cœur, dans le cas qui nous occupe, à l’accumulation du sang dans les cavités de cet organe , et en donne pour raison qu’un vase sonore perd de celte propriété à mesure qu’il se templit d’un liquide (Diss. cit., pag. 4o)- Pour que cette raison fût valable, il faudrait que les bruits du cœur dépendissent de la percussion de cet organe contre les parois du thorax , ce qui n’est pas. D’un autre côté, la comparaison du cœur avec un vase qui résonne ou ne ré- sonne pas selon qu’il est vide ou plein , est bien loin d’être rigoureusement exacte. Quoi qu’il en soit de celte explication la diminution ou la perte du son dans • une ou plusieurs cavités du cœur est, selon M. Legroux, un signe certain des • concrétions sanguines... La cavité dont le son est diminué indique le siège de la • concrétion. » (Diss. cit., page 4i.) Nos observutiqns sont, jusqu’à un certain point, conformes à celles de M. Le- groux. Mais comme ce judicieux observateur n’avait point encore une idée précise sur la cause du tic-tac ou du double bruit du coeur, à l’époque où il fit ses re- cherches , il n’a pu Je rendre un compte clair et précis de la matité de ce double COiNCKÉTIONS POLYPIFORMUS DU GÜKUR. 617 S IV. Du pconoslic et du traitement des concrétions polypiformes du cœur. - I. Le pronostic des concrétions sanguines du cœur, quand 1^ elles sont assez volumineuses pour gêner notablement le cours du sang, est des plus graves; presque toujours elles sont suivies, tôt ou tard, d’une terminaison funeste. Au reste, dans le pronostic auquel ces concrétions peu- vent donner lieu , il faut prendre en sérieuse considéra- tion la maladie dont elles ne sont qu'un accident. En effet, plus cette maladie sera dangereuse en elle-même , plus I aussi les concrétions polypiformes qui en auront été la suite devront faire porter un pronostic fâcheux. * IL On ne peut opposer que des moyens bien précaires à une lésion telle que celle dont nous nous occupons, une fois quelle est complètement développée. Pour prévenir la for- mation de concrétions sanguines dans les maladies du cœur, dontlepropreest d’entraver le cours du sang, il est utile de pratiquer de temps en temps des émissions sanguines , et de délayer en quelque sorte le sang au moyen des boissons aqueuses. Dans les maladies inflammatoires à la suite des- quelles , en raison de la plasticité du sang , des concrétions tendent à se former et se forment effectivement quelque- fois dans le cœur ou dans les vaisseaux, c’est par les mêmes moyens, employés avec beaucoup plus d’énergie , que l’on parviendra, dans la grande majorité des cas, à prévenir cet accident. La potasse et la soude exerçant une sorte d’action dissolvante sur le sang , M. Legroux pense que les sels de ces deux bases pourront être administrés avec avan- tage. Mais il ne cite aucune observation à l’appui de cette opinion, d’ailleurs, en apparence, très rationnelle. bruit dans le cas de concrétions sanguines. 11 est évident que ces concrétions s’opposent au libre jeu des valvules. Quand elles entourent ces valvules, leurs tendons et leurs muscles moteurs , elles ont pour effet physique d’amortir le claquement valvulaire ( les valvules sont alors trop molles pour pouvoir bien résonner par le brusque rapprochement de leurslames). 6l8 MALADIES DU CŒUll EN PAUTICULIER. Les çoncrélions du cœur une fois formées, peuvent-elles se dissoudre? Tl me paraît indubitable que des concrétions récentes et peu volumineuses sont susceptibles de ce mode de terminaison. Dans quelques cas aussi, il est probable que des concrétions du cœur sont expulsées dans le sys- tème vasculaire. Mais c’est trop s’arrêter sur une question pour la solution de laquelle nous manquons d’un nombre suffisant d’observations exactes (r). Quant aux concrétions organisées, identifiées en quel- que sorte et confondues avec les parois des cavités qui les contiennent , elles sont évidemment au-dessus de nos res- sources. La tâche du médecin qui serait assez habile pour en diagnostiquer ou plutôt en présumer l’existence, consis- terait uniquement à combattre par des moyens appropriés les accidens pfincipaux qu’elles entraînent à leur suite. (i) Les émissions s^^I)guines sont encore le meilleur moyen qu’on puisse em- ployer contre les concrétions sanguines du coeur une fois formées. Elles nous ont réussi au-delà de nos espérances chez une femme qui a été admise dans notre ser- vice ( salle Ste-Madeleine , n“ 3 ), le 7 de ce mois f mai i855 ). En proie à U plus imminente suEFocation, et offrant, d’ailleurs, les signes physiques des concré- tions sanguines tels qu’jls ont été exposés plus haut , elle a été saignée trois fois, et se trouve en ce moment ( s5 qiai) dans un état satisfaisant. a œ EXPLICATION DES PLANCHES DU TOME SECOND. PLANCHE III. FIG. I. D, D, D, D. Cavité de l’origine' de l’aorte dilatée. A, A, A. Orifice aortique considérablement rétréci par suite de l’induration et de la défor-' mation des valvules de l’aorte, vu du côté de cette artère. FIG. 2. A, A, A. Orifice aortique, vu du côté du ventricule. j 'FIG. 3. P, P, P. Partie postérieure de la crosse de l’aorte, C, C. Canal artériel ossifié. I " FIG. 4' 0, O, O, O. Orifice du canal artériel , dans l’intérieur de l’aorte. PLANCHE IV. FIG. I. i , A. Face antérieure du cœur. . Cavité de l’artère pulmonaire ouverte par sa face antérieure, C. C, C. Aorte. D. Tronc brachio-céplialique, E. Artère ca,rotide droite. F. Artère sous-clavière droite, G. Artère carotide gauche. y H. Artère sous-clavière gauche, 1. Appendice auriculaire droit. K, Cloison mepiliraneuse çonvpfç en haoti) 620 M. N. O. A. A. B. C. D. E. F. G. H. I. I. R. L. M, M. M. A. B. C. D. E. F. G. G. H. H. I. R. EXPLICATION de r arlère pulmonaire, concave en bas, percée à son centre d’une ouverture de deux lignes et demi de diamètre, et fermant en grande partie l’orifice de l’artère pulmonaire : cette cloison offre trois brides en haut. Orifice de la branche droite de l’artère pulmo- naire. Canal artériel oblitéré. Stylet engagé dans le commencement de ce canal. FIG. 2. Face antérieure du cœur. Cavité du ventricule droit. Aorte. Trohc brachio-céphalique. Artère carotide droite. Artère sous-clavière droite. Artère carotide gauche. Artère sous-clavière gauche. Appendice auriculaire droit. Cloison membraneuse de l’artère pulmonaire. Orifice de l’artère pulmonaire dans le ventricule. Epaississement très considérable des parois du ven- tricule droit, avec diminution proportionnée de sa cavité. FIG, 3. Face postérieure du cœur. Cavité de l’oreillette droite dilatée. Appendice de cette oreillette. Cavité de cet appendice. Colonnes charnues du même appendice. Orifice auriculo-ventriculaire droit. Vestiges de la valvule d’Eustache. Veine-cave supérieure et son orifice dans l’orcillctte droite. Veine-cave inférieure. Fosse ovale. Trou de Botal, [H tij r Cl Tl w DES rLANCIIES. 621 X, L. Stylet passant par le trou de Botal et allant de To- reillette droite dans la gauche. FlG. 4* M. A. B. C. D, D, D. , F, F. Face postérieure du cœur. Cavité de l’oreillette gauche. Appendice de cette oreillette. Orifice de la cavité de cet appendice. Colonnes charnues de la cavité du même appen- dice. , Orifice auriculo-ventriculaire gauche. Veines pulmonaires et leur orifice dans l’oreil- lette. Veine-cave supérieure. Orifice du trou de Botal dans l’oreillette gauche. Veine-cave inférieure. Contour semi-lunaire du trou de Botal. Stylet traversant le trou de Botal , et indiquant la communication contre nature des oreil- lettes. PLANCHE V. A, A, A, A. Cavité de la crosse de l’aorte dilatée. O^ O, O. Communication de la cavité de l’aorte avec le kyste anévrismal rempli de caillots. B, B, B. Cavité du ventricule gauche dilatée, ainsi que l’orifice aortique. C, C, C. Colonnes charnues du ventricule gauche. PLANCHE VI. FIG. I. O, O, 0,0. Orifice auriculo-ventriculaire dro't dilaté ( le cœur est ici représenté par sa face posté- rieure et dans une position renversée.) FIG . 2. V, G. Parois du ventricule gauche, ayant un pouce d épaisseur à leur partie moyenne. EXPLICATION DES PLANCHES. A) A, A, A. Intérieur de l’origine de l’aorte , parsemé de plaques jaunâtres, etc. P, P, P. Artère pulmonaire. PLANCHE VIL FIG. I. C, C, C, C. Cœur vu par sa face antérieüré; FlG. 2. , V, V, V. Cavité du ventricule gauche rétrécie. H, H, H, Ht Parois du ventricule gauche épaissies ( hy- pertrophie concentrique). 4 PLANCHE VIII. Cœur et aorte ascendante du sujet de l’observation 182», dans leurs dimensions naturelles, et vus par leur face an- térieure. A. Anévrisme de l’aorte. B. Tronc brachio-céobalique. C. Artère carotide gauche. D. Artère sous-clavière gauche. E. Ventricule gauche hypertrophié et dilaté. F. Ventricule droit agrandi. K. Portion de l’oreilleUe di oite. I. Portion de l’oreillette gauche. L. Artère pulmonaire cachée en grande partie par l’ané- vrisme. H. Poumon droit. G. Poumon gauche. . fin UE L^EXPLICAXlON DES PLANtHKS. TABLE DU SECOND VOLUME. SUITE DU LIVRE PREMIER. Chap. II. — De l'endocardite, ou inflamtralion de la membrane interne du cœur et du tissu fibreux des valvules. 1 Considérations préliminaires. • id. PitBMiÈnR sECTion. — Observations particulières sut l’endocardite. 9 Première catégorie. — Observations d’endocardite, pendant la période de congestion san^juine, de suppuration et d’ulcération comméaçante. id. Observation SS-. id. — 39e. 12 — 4o'. i4 — 16 21 — 45®. 25 — 44®. ^ 29 — 45e. 35 — 46®. 4i — 47% 48.. 43 — 4 g®' 44 ' — 5oc. . 48 Dèoxièue catégorie. — Observations d’endocardite pendant la période d’épaississement hypertrophique des tissus enflammés, et de dévelop- pement d’adhérences, de platjues membraneuses cellulo-fibreuses ou fi- breuses , et de végétations ou de granulations. 4g Observation 5i®»* 5o — 5ae. . 58 — 55®. 6a — .54®. ' 70 — 55^. — 56e, 5j®, 58®. j6 — 59®. -g — 6o®. 84 — 6i«. TaoisiÈM» CATÉGORIE. — ObservatioTis d’endocardite suivie d’épaississe- ment et d’endurcissement fibro-carlilagineux , cartilagineux , osseux 6q4 TABtE. ou calcaire des valvules du cœur, avec ou sans rélrécissemenl des ori- fices de cet organe. § I. Observations d’épaississement et d’induration des valvules, sans ré- trécissement ou avec très médiocre rétrécissement des orifices. . g5 Observation 62». id. - — 65*. io4 — 64®. 110 — 65®. ii5 — 66®. ng — 67®, ia5 § II Observations d'épaiss’sscment et d’induration des valvules du cœur, avec rétrécissement considérable des oriGces. 1 28 1“ Rélrécissemenl de l’orifice auriculo-venlriculaire gauche par indu- ration et épaississement de la valvule bicuspide. id. — • 68®. id. — 6g®. i5o — 70®. IÔ7 a® Rétrécissement de l'orifice aortique par induration et épaississement des valvules sigmoïdes de l’aorte. i4o Observation 71c. id. — 72®. 143 3« Rétrécissement de l’orifice auriculo-ventriculaire droit par indura- tion et épaississement de la valvule tricuspide. i47 Observations 73®, 74®. id. 4* Rétrécissement de l’orifice pulmonaire par induration et épaississe- ment des valvules sigmoïdes de l’artère pulmonaire. Observation' 7 5e. id. — 76®. i5i ‘ — 77®. i55 — 78®, 7g®. 160 — 80®. 1 6 1 5” Rétrécissement simultané de plusieurs des orifices du cœur par épaississement et induration de leurs valvules. 162 Observation 81®. ' id. — 82®. ^ 166 — 83®. 167 Sectiou dedxième. — Histoire générale de l’endocardite. 170 Article pbbmibr. — Exposition et appréciation des caractères anatomi- ques de l’endocardite. id. § 1. Description des altérations anatomiques. >7* I. Première période de l’endocardite (période de congestion sanguine, de ramollissement, d’ulcération et de suppuration). id. II. Seconde période de l’endocardite (période d’organisation des pro- duits sécrétés , ou d’une portion des concrétions fibrineuses). 1 79 III. Troisième période (période d’induration carlilagineuîe, osseuse TAfeLE. ( 'dà calcaire de l’endocarde en général , et des valvules en particu- lier, avec ou sans rélrécîssemenl des orifices du cœur). § II. Appréciation des altérations anatomiques de la deuxième et de la troisième périodes de l'endocardite. Article DKrxiÈME. — Exposition et appréciation des symptômes de l’en- docardite générale et partielle. § I. Exposition des symptômes. I. Symptômes de la période d’acuité. II. Symptômes et diagnostic des diverses lésions dites organiques qui surviennent dans les seconde et troisième périodes de l’endocardite. A. Symptômes et diagnostic de l’induration des valvules , avec ré- trécissement des orifices du cœur. B. Symptômes et diagnostic de l’épaississement et de l’induration de la membrane interne du cœur ou des valvules, sans rétrécisse- ment , soit des orifices , soit des cavités du cœur. C. Symptômes et diagnostic de l’adhérence des valvules auriculo- ventriculaires aux parois du cœur. D. Symptômes et diagnostic des végétations de la membrane in- terne du cœur, et spécialement des valvules. § II. Appréciation rapide de quelques uns des symptômes de l'endo- cardite. Article troisième. — Du mode de développement et des causes de l’en- docardite. Article quatrième. — Marche, durée, complication et pronostic de l’en- docardite. Article cinquième. — Traitement de l’endocardite. § I. Préceptes généraux. § II. Observations d’endocardite aiguë terminée par la guérison. Observation 84'. t ■ — 85«. ~ — 86«. '' — 8-® — SS®. ^9'» 9®®» 9**» 9^®’ CiiAP. IIT. — De la cardiie, ou inllammaliou du tissu musculaire et du tissu cellulaire intermusculaire du cœur. Première section. — Observations particulières sur la cardite, ou inflam- mation du tissu musculaire et du tissu cellulaire intermusculaire du cœur. PREMIERE CATÉGORIE. — Observalfoos de cardite terminée par ramoUisse- sement et suppuration. Observation pS'. — 94'. — gS®. — 96®, 96® bis. „ •, • 40 )2Ô i85 ig3 3o4 id. id. aia ai3 aa3 aai aa6 aaS 229 a3a a34 id. a36 337 a4i 345 aSo a5a aS3 aS4 aS8 id. id. 361 a6a a66 G26 TABLE, *“ 97®' fîSj, gge. Dbdxièmb catégobib. — Observations de cardite terminée par ulcération, perforation et rupture des parois du cœur, de la cloison interventricu- laire ou inleraiiriculaire, des valvules, des tendons et des colonnes charnues. _ ^gg Observation ioo«. agg — 101e. 270 102e. io3®. a-^ Tboisièmï catégobie. — Observations de cardite ulcérative, avec forma- tion d'un kyste anévrismal (tumeur anévrismale du cœur). 275 Observation io4«. 277 — io5e. a-3 — 106®. a8i — 107e. a8a — 108®. ■ 285 Quatbièue cATéGOBiE. — Observatioüs de cardite terminée par indu- ration. _ 2S8 Observation 10g®. 289 — 110®, 111®. 290 “112®. 291 Deuxième section. — Histoire générale de la cardite, ou de l’inflamma- tion du tissu musculaire et du tissu cellulaire intermusculaire du cœur. 292 Abticle pREMiBB. — Caractères anatomiques de la cardite. id. § I. Ramollissement, suppuration diffuse et abcès, id. § II. Ulcérations du cœur, avec ou sans formation de kyste anévrismal; perforations. 298 § III. Induration du cœur. 5oo Abticlb deuxième. — Des symptômes et du diagnostic de la cardite. Soi § 1. Diagnostic de la cardite générale, aiguë ou chronique. id. § II. Diagnostic des lésions consécutives à une cardite partielle. SoS 1® Abcès, ulcérations et perforations du cœur. id. 2® Anévrisme faux consécutif du cœur. id. Abticlb troisième, — Causes et traitement de la cardite. 3o4 Cjiap. IV. — De l’inflammation du tissu adipeux ou cellulo-graisseux du cœur. 5o5 Chap, additionnel au livre premier. 5o6 l^EBMiBR PROBLÈME. — Les ppoductions cartilagineuses, osseuses ou cal- caires du cœur peuvent-elles se développer sans inflammation préa- lable ? 3o7 Deuxième pdoblèmb. — Les tubercules et le cancer du cœur constituent-ils des productions essentiellement différentes de celles que l’inflamma- tion chronique de cet organe peut entraîner à sa suite? 3io Article fremibb. — Cancer du cœur. id. tablï:. G27 A»ticlb bBifiièliE. TubErcüVés'dü coeur. 322 Àrticlk tboisième. — Kystes séreux. ' 325 Litrb deüxièmk. — De l’augmentation et de la dîihinution de sécrétion des tissus séreux et cellulaires du cœur. Considérations préliminaires. ' ‘ 3a8 Gaaf. omqdb, — De l'hydropéricarde actif, ou de l’irritàllon secrétoire du péricarde. 53 1 Article premier. — Considérations générales. id. Article decxième. — Histoire générale de l'hydropéricarde actif. 334 § I. Caractères anaibttiitjues. : Id. § II. Signes et symptômes de l’hydropéricarde actif. 336 § III. Traitement de l’hydropéricarde. 54o Livre troisième. — De l’augmentation et de la diminution dè nutrition, ou de l’hypeMroJihie et de. l’atrophié du cœur. Id. Chap. I'». — De l’hypertrophie du coeur. • 344 Considérations préliminaires. id. Rapport de Pinel à l’Institut de France, sul" les travaux de Berlin. • 2I7 Première section. — Observations particulières sur l’hypertrophié dii tis- su musculaire du cœur. 35 1 Première série d’ob.servations. — Hypertrophie partielle. 354 § I. Observations d’hypertrophie du ventricule gauche. id, 1® Hypertrophie simpl^ ou avec capacité normale de la cavité ven- triculaire. id. Observation iiS®. id. 2® Hypertrophie excentrique ou avec dilatation de la cavité ventri- culaire. 358 Observation ii4«- id. — ii5e. 365 — I16®. 368 — 117®.^ _ 570 3® Hypertrophie concentrique où avec rétrécissement de la cavité ventriculaire. 373 Observation J 18®. id. — 119®. 378 S II. Hypertrophie du ventricule droit. 38i 1® Hypertrophie simple ou avec capacité normale delà cavité ventri- culaire. id. Observation 1 20®. id. 2® Hypertrophie excentrique ou avec dilatation *de la cavité ven- triculaire. 584 Observation 121®, jj, 3® Hypertrophié concentriqué ou avec rétrécissèment delà cavité ventriculaire. Observation 122®. ij, 123e, 628 TABLE. DbuxiÈub sÉaiE d’observ Allons. — Hypertrophie multiple ou générale. ôgS Observation 1 a4®* Sgt — laSe. 399 — 126e, 127e. 4o5 — 128®, 129e, i3o', 4o6 Observation i5ie. 4ix — iSse. • 4*7 — l33e. 421 — l34e. 427 DEOXiiMB SBCTion. — Histoire générale de l’bypertrophie du tissu muscu- laire du cœur. 45 1 Article premier. — Caractères anatomiques de l’hypertrophie du tissu musculaire du cœur. id. Article decxieub. — Des signes de l’hypertrophie du cœur, de son in- fluence sur lej hémorrliagies en général , et sur celles du cerveau et des poumons en particulier. 44o § I. Signes de l’hypertrophie du cœur. id. I. Signes de l’hypertrophie du cœur en général. id. Signes idiopathiques de l'hypertrophie du cœur. id. Signes réactionnels de l’hypertrophie du cœur. 444 II. Signes propres à l’hypertrophie de chacune des cavités du cœur en particulier. 447 § II. De l’influence de l'hypertrophie des ventricules du cœur sur les hémorrhagies en général , et sur celles du cœur et des poumons en particulier. 449 1® De l'influence de l'hypertrophie du ventricule gauche du cœur sur les hémorrhagies en général, et sur celles du cerveau en parti- culier. id. a® De l’influence de l’hypertrophie du ventricule droit du cœur sur l’hémorrhagie ou apoplexie pulmonaire. 455 Article troisième. — Des causes, du mode de développement et de la marche de l’hypertrophie du cœur. 454 Art. quatrième. — Traitement de l’hypertrophie du cœur. 4Co CnAF. II. — Histoire générale de l’atrophie, ou de la diminution de nu- trition du cœur. 4^5 Article premier. — Caractères anatomiques de l’atrophie du cœur. id. Observation i35®. 4^4 Article deuxième. — Signes de l’atrophie du cœur. 47*^ Article tboisième. — Des causes et du traitement de l’atrophie du cœur. 4/i Livre quatrième. — De l’augmentation et de la diminution d’absorption des tissus séreux et cellulaire du cœur. 4?^ CnAp. I®''. — De l’hydropéricarde passif, et de l’œdème passif du tissu cel- lulaire du cœur. 4"5 § I. Caractères anatomiques. i*^* § II. Diagnostic. TABLE. 629 § III. Causes. 4 76 §1'^. Traitement. ^ id. Chap. II. — Articlb premier. — De l’hydropéricarde produit par la rup- ture d’un kyste séreux ou hydatique dans le péricarde. 4?7 Observation i56“. id. Article deoxième. — De l’hémopéricarde , ou de l’épanchement de sang dans la cavité du péricarde. 479 Article troisième. — Du pneumopéricarde et de l’hydro-pneumopéri- carde. 480 CLASSE DEUXIÈME. DES MALADIES QDI CONSISTENT EN DNE LÉSION SIMPLE ET PRIMITIVE DE l’iNNERVATION DD COEUR, OD DES NÉVROSES DE CET ORGANE. 482 Considérations préliminaires. id. Article premier. — Des palpitations nerveuses du cœur. 484 § I. Idée générale. id. § II. Causes des palpitations nerveuses. id. § III. Marche, durée et diagnostic des palpitations nerveuses. 487 .§ IV. Traitement des palpitations nerveuses. 490 Article deuxième. — Névralgies du cœur. , 49» Article troisième. — Spasme du cœur, avec bruit de soufflet et frémisse- ment cataire. 4g3 Article quatrième. — Des lipothymies et de la syncope nerveuse. 4fl4 § I. Idée générale de la syncope. id. § II. Causes de la syncope. 49^ § III. Traitement de la syncope. 4g6 Article cinquième. — Des irrégularités et des intermittences des batte- mens du cœur. id. CLASSE TROISIEME. — des maladies qui consistent essentielle- ment ET PRIMITIVEMENT EN DES LÉSIONS PHYSIQUES ET MÉCANIQUES DU COEUR. Chap. I'^ — Des solutions de continuité du cœur par causes mécaniques, id. Article premier. — Plaies ou blessures du cœur. id. Article deuxième. — Ruptures du cœur. 5o4 Section première. — Observations particulières de rupture simple ou mul- tiple de différentes parties du cœur. 1® Observations de ruptures des parois du cœur. id. Observations iS;#, i58®, i5ge, i4o«. id. — >4i®. 5o5 — 142“. 5ü6 143®. 507 ~ i44«- id. — i45'=. . • 5o8 i48®- 5 lo Deuxième section. — Histoire générale des ruptures du coeur. 5ii § I. Caractères anatomiques. id. U 63o TA8LË. § II. Causes des ruptures du cœur. , 5iS § III. Signes et diagnostic des ruptures du cœur. 5i4 § IV. Pronbilic ët traitement. CsAP. II. — Des changemèns de dîihèhsibiis des câvifés èt des orifices <îu Considérations préliminàirès. ÎJ. AàTicLE PBBMiER. — De la dilatation des cavités et des orificés du cœur. 5 17 Section pbemibrb. — Observâliôhs partiëülîêrës. id. Observation i4/«> 5 18 — l4fie. i'ji Section deuxieukI — ÈiSloifé générale dè là dilatation dès cavités el des orifices du cœur. 5aô § I. Caractères anatomiques. id. § II. Mécanisme et princlpàlés caüsëî dé la dilatation des cavités et des orifices du cœur. S27 § III. Diagnostic et traitement de là dilatation des cavités et des orifi- ces du cœtir. S3i Abticlb deuxième. — Rétrécissement des cavités et des orifices du cœur. 533 Ch AP. III. — Des lésions de rappôrt, ou des déplacemens et des hernies du cœur. 534 ÀhTiciE PBEMiEB. — Des simples déplacemens du cœur. id. Article deuxième. — tiernies du ccëur. 537 CLASSE QÜ.ATRIÊME.— Des VICES FBIUÔBDliuX DE SITUATION ET DB CONFORMATION DD CŒUR. 54 2 Considérations préliminaires. ^ i Chap. Î. — Delà dexiôcardié, du ^e la transposition congénitale et pri- mordiale du cœur à droite. 546 § I. Idée générale de cette anomalie. id. § il. Cas particuliers de transposition ou de renversement du cœur et des autres viscères du thorax et de l’abdomen. 547 Observations 148*» i49®* id. — i5oe, i5i®. 548 § III. Quelques considérations sur les causes et le diagnostic de la trans- position du cœur. ^ 55a Chap. II. — De la communication entre les cavités droites et les cavités gauches du cœur. 553 Observation i5a«. id. - — i5oe. 555 — i54'. 557 i55®. 558 — . i56«. — i57*. 56a Histoire générale de la communication anormale des cavités droites et gau- ches du cœur les unes avec les autres. 564 § I. Description des ouvertures de communication , indication des di- ÏABLE. 63 1 verses lésions analomi cjues du cœur coïncidant ordinairement avec ces ouvertures anormales. 564 § II. Des symptômes et des effets de la communication anormale entre les cavités droites et gauches du cœur. Syo § III. Mode de développement et traitement. 676 Chap. III. — Anomalies de nombre. 578 ÂaTicLE PBBMiBO. — Acardie; diminution du nombre des parties consti- tuantes du cœur. id. Observation i58e. 679 — iSg®, i6o«. 58i Ahticle deuxième. — Bicardie; •— augmentation du nombre des parties constituantes du cœur. 584 Observation 161e. 585 — i6ao, 586 Chap. IV. — Des anomalies par vices de connexion et d’insertion récipro- que du cœur et des vaisseaux. 583 APPENDICE. De la coagulation du sang dans les cavités du cœur, ou des concrétions po- ly pi formes de cet organe développées pendant la vie. Sgv SncTioH PBEMiÈRK. — Obscrvalions particulières sur les concrétions poly- piformes du cœur. id. Phemièbe série d’obsebvatiors. — Concrétions récentes, amorphes ou sans trace évidente d’organisation. 5ga Observations i63e, i64'- SgS Deuxième série d’observations. — Concrétions sanguines offrant des ru- dimens d’organisation, avec ou sans présence de pus. 5g4 Observations i65«, 366*. 5g5 — 167e. 5g6 168e. 5yy — 169*. 598 — I/O'* 399 — »7>®- 6uo — I7*e* 6ox — 173». 602 — »/4'- 6o5 — 175», 176e. 604 Tboisièub série d'observations. — Concrétions fibrineuses enlièi’ement organisées. 606 Observation 177®. 178®. 607 Deuxième section. — Histoire générale des concrétions sanguines du cœur développées pendant la vie. id. 632 tablïT. , § !• Siège et caractères anatomiques des concrétions poljpiformes du cœur. 607 § 1 1, Des causes et des divers modés de formation des concrétions poly- pi formes du cœur. 611 § III. Dés signes et des effets des concrétions polypiformes du cœur. 6i5 § IV. Du pronostic et du traitement des concrétions polypiformes du cœur. 617 Explication des planches du tome second. 619 . . ' r FIN DB lA TABLE, FAUTES A CORRIGER. TOME PREMIER. . . , Page 75, ligne 7, i pouce. Usez 10 pouces. Page 127, ligne 02, celles, Usez celle. , . Page i52, ligne 20, observateur et à la fois philosophique , lisez observateur à la fois et philosophique. Page 200, ligne 25, traitant , Usez en traitant. y.i ,i page 256, ligne 2 de la note, faculés, Usez facultés. Page 285, ligne 7, semblable. Usez méthodique. , Page 4o3, note (i), planche I , Usez planche II. TOME SECOND. Page 143, rote (3), planche III (bvs). Usez planche III. Page i5o, note (1), planches 3, 4, 5 et 6. Usez planche IV, Cg. 1, 2, 5 et4- Page 419, ligne 17, planche VII , Usez planche VHI. . C' /V r . ■ ÿ ' ' ■ "'-t' ■ ? 'V '-1 . ■■■ ^ Vfi ■ - 1 ■■' ■■- ;-.v> ..• ■,,7' w ..• y . ^V-*-V4V . ' ■■ 'r ■A- V A! î8t.S ■f *. • ' , ■ L-fy ? -K ,►0» 4“?- f'i9 4- ïnM c/mi\ive JfMteJ (/u Cœtcr , T. JI. n. /K. . I ( \ ,1 I i * t i ! / i M A ''>•1 • ^ n? * J t r \ A T/viffê t'ii/u'ipic tie^ Malatfico- du f rt/r, T. // . Fî,/. - , I ?l. VU • > vf, ■! ^ t C -t i ^ . » V* ^ V. •■^ - 4 ( • J‘ . t X .N ’ >f' ^ ^»Sf - î u! v7t V K ‘■c- ■V - -, O . VJ «f «jiUlf > I k r - * * * . r VV. -V *» f‘ /r ... .. 't:^% j:::/ ! nst n nî»^u n 1 K^ta, i // » ]K-â ■.' I .“ï n (t ."i '. f* * »■> . ' ' ^ ^ - ■ ' - ?..■ » si’ * S«tï..