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THE JOURNAL OF

AMERICAN FOLK-LORE

VOLUME XXX

EDITED BY

FRANZ BOAS

ASSOCIATE EDITORS

GEORGE LYMAN KITTREDGE C.-MARIUS BARBEAU

AURELIO M. ESPINOSA ELSIE CLEWS PARSONS

LANCASTER, PA., and NEW YORK

gu&Ugtyeti &p tf)e American jFoIfeflore M ocietp

G. E. STECHERT & CO., Agents

NEW YORK : 151-155 West 25TH Street PARIS : 16 rue de Conde

LONDON: DAVID NUTT, 57, 59 Long Acre

LEIPZIG: OTTO HARRASSOWITZ, Querstrasse, 14

MDCCCCXVII

Copyright, 1017.

By THE AMERICAN FOLK-LORE SOCIETY

All rights reserved

I

3G c°b.Z

PRESS OF

THE NEW ERA PRINTING COMPANY

LANCASTER. hA.

CONTENTS OF VOLUME XXX.

ARTICLES.

PAGE

Contes Populaires Canadiens (Seconde serie) C.-Marius Barbeau i

Faceties et Contes Canadiens Victor Morin 141

Oral Tradition and History Robert H. Lowie 161

Tales from Guilford County, North Carolina Elsie Clews Parsons 168 Notes on Folk-Lore of Guilford County,

North Carolina Elsie Clews Parsons 201

Tales from Maryland and Pennsylvania . . Elsie Clews Parsons 209

Ring-Games from Georgia Loraine Darby 218

Folk-Tales collected at Miami, Fla. . . . Elsie Clews Parsons 222 Four Folk-Tales from Fortune Island, Baha- mas W. T. Cleare 228

Ten Folk-Tales from the Cape Verde Islands Elsie Clews Parsons 230

Surinam Folk-Tales A. P. and T. E. Penard 239

Popular Notions pertaining to Primitive Stone

Artifacts in Surinam A. P. and T. E. Penard 251

Bantu Tales R. H. Nassau 262

Twenty-Eighth Annual Meeting of the Amer- ican Folk-Lore Society 269

Ballads and Songs Edited by G. L. Kittredge 283

Notes on the "Shirburn Ballads" .... Hyder E. Rollins 370

The Three Dreams or "Dream-Bread" Story Paull Franklin Baum 378

Totemic Traces among the Indo-Chinese . Berthold Laufer 415

Kaska Tales James A. Teit 427

Some Chitimacha Myths and Beliefs . . . John R. Swanton 474

Malecite Tales Frank G. Speck 479

LOCAL MEETINGS.

Missouri Branch 272

Kentucky Folk-Lore Society D. L. Thomas 272

The Virginia Folk-Lore Society 272

The Folk-Lore Society of Texas .... Stith Thompson 411

Mexican Branch 411

Ontario Branch 411

NOTES AND QUERIES.

Proverbs from Abaco, Bahamas .... Hilda Armbrister 274

Riddles from Andros Island, Bahamas . . Elsie Clews Parsons 275

Priscilla Alden A Suggested Antecedent . G. B. Franklin 412

The John G. White Collection 413

Alabama Folk-Lore 414

iv Contents of Volume XXX.

PAGE

The Origin of Death . Franz Boas 486

Ojibwa Fairs Wm. Carson 491

Notes on Peoria Folk-Lore and Mythology . Truman Michelson 493

A!l-Souls Day at Zuhi, Acoma, and Laguna. Elsie Clews Parsons 495

A Zufii Folk-Tale II. F. C. ten Kate 496

Canadian Branches of the American Folk-Lore

Society 499

REVIEWS.

H. E. Krehbiel's Afro-American Folk-Songs. Helen H. Roberts 278

Mabel Cook Cole's Philippine Folk Tales . D. S. F. 280

MISCELLANEOUS.

List of Abbreviations used in this Volume v

List of Officers and Members of the American Folk-Lore Society . 500

Index to Volume XXX 505

LIST OF ABBREVIATIONS USED IN THIS VOLUME.

AA American Anthropologist, New Series.

BAM Bulletin of the American Museum of Natural

History.

BArchS Baessler-Archiv, Supplement.

BAAS British Association for the Advancement of

Science, Reports.

BBAE Bulletin of the Bureau of American Ethnology.

Bell H. J. Bell, Obeah.

Bolte u. Polivka .... Bolte und Polivka, Anmerkungen zu den Kin- der- und Hausmarchen der Briider Grimm.

CI Publications of the Carnegie Institution.

CNAE Contributions to North American Ethnology.

CR The Contemporary Review.

CU Columbia University Contributions to Anthro- pology.

FL Folklore (London).

FM Field Museum of Natural History, Anthropo- logical Series.

FSSJ Folk-Song Society Journal (London).

GSCan Geological Survey of Canada, Anthropological

Series.

Harris I J. C. Harris, Uncle Remus, His Songs and His

Sayings.

Harris 2 Nights with Uncle Remus.

Harris 3 Uncle Remus and his Friends.

Hiawatha H. R. Schoolcraft, The Myth of Hiawatha.

Jacobs Jacobs, English Fairy Tales.

Jacottet E. Jacottet, The Treasury of Ba-Suto Lore.

JAFL Journal of American Folk-Lore.

JAI Journal of the Anthropological Institute of

Great Britain and Ireland.

JE Publications of the Jesup North Pacific Expe- dition.

Jones C. C. Jones, Negro Myths from the Georgia

Coast.

MAFLS Memoirs of the American Folk-Lore Society.

PaAM Anthropological Papers of the American Mu- seum of Natural History.

PAES Publications of the American Ethnological So- ciety.

Parsons E. C. Parsons, Folk-Tales of Andros Island,

Bahamas.

Petitot E. Petitot, Traditions du Canada Nord-ouest.

v

vi List of Abbreviations.

Pub. Folk-Lore Soc. 55 . . VV. Jekyll, Jamaica Song and Story.

Rand S. T. Rand, Legends of the Micmac.

RBAE Report of the Bureau of American Ehtnology.

Russell Frank Russell, Explorations in the Far North

(University of Iowa, 1898).

Sagen Franz Boas, Indianische Sagen von der Nord-

Pacifischen Kiiste Amerikas.

Smith P. C. Smith, Annancy Stories.

TCI Transactions of the Canadian Institute.

UCal University of California Publications in Amer- ican Archaeology and Ethnology.

UPenn University of Pennsylvania, The University

Museum Anthropological Publications.

VAEU Verhandlungen der Berliner Gesellschaft fur

Anthropologic, Ethnologie und Urgeschichte.

VKAWA Verhandelingen der Koninklijke Akademie van

Wetenschappen te Amsterdam.

THE JOURNAL OF

AMERICAN FOLK-LORE.

Vol. XXX. JANUARY MARCH, 1917. No. CXV

CONTES POPULAIRES CANADIENS. » Seconde serie. 2

PAR C.-MARIUS BARBEAU.

PREFACE.

■i

Cette nouvelle serie de contes populaires canadiens se rattache a celle que la revue de la Societe de Folklore Americain publiait Tan dernier, a pareille date. Nous renvoyons done le lecteur aux remarques preliminaires de la premiere serie, qui s'appliquent egalement ici.

Les contes qui suivent viennent des memes conteurs, et ils furent recueillis en juillet et en aout, 1914 et 1915. Les seuls noms nouveaux qui s'ajoutent a la liste de nos sources sont ceux de Georges-Seraphin Pelletier, artisan age de 53 ans, ne au Cap Saint-Ignace, et residant a Sainte-Anne de la Pocatiere, Kamouraska, de M. Louvigny de Monti- gny et de Mme Alphonse Perrault, d'Ottawa. Ces derniers nous communiquerent les deux randonnees chantees (nos 73, 74).

Le texte de ces contes, repetons-le, est, a peu de chose pres, celui des paysans de qui nous les avons recueillis fidelement a la steno- graphie. Nous avons evite d'y aj outer ou d'y retrancher. Notre expurgation se rapporte aux fautes grammaticales purement acci- dentelles et aux repetitions de neologismes, de formes ou termes archai'ques, marins ou provinciaux, que nous indiquons ici et la a titre d'exemple seulement. Les mots deformes, incorrects ou etrangers a la litterature frangaise sont, autant que possible, indiques en italique. Ces mots se retrouvent toutefois presque tous, avec a peu pres le meme sens chez les paysans du nord, du centre et de Touest de la France, d'ou vinrent la majorite des premiers colons canadiens. Des locutions a nuance canadienne ou "canadianismes" sont signages par

1 Copyright, 1917, by C.-Marius Barbeau, Ottawa, Can., in Canada and the United States.

2 Voir The Journal of American Folk-Lore, vol. xxix, No. cxi. 1

2 Journal of American Folk-Lore.

des 'guillemots anglais.' La oil le sens 6tait incompletement exprime, nous avons comble" les lacunes en introcluisant les mots n£cessaires entre parentheses.

Ces textes recueillis tels qu'ils tombaient spontanement des levres (les paysans canadiens suffiront a dissiper une erreur a peu pres univer- Belle but l'6tat de la langue frangaise au Canada. La corruption du Langage que Ton remarque dans les villes et dans les bourgs limitro- phes des centres de langue anglaise, a fait croire a des observateurs Buperficiels et aux Canadiens eux-memes que l'ancien parler frangais s'rtait profondement modifie* chez les paysans du Canada. Le style qu'ont quclquefois adopts Frechette, Sir James LeMoine, Beaugrand et de Montigny, dans certains tableaux de moeurs forestieres ou cham- petres et dans des anecdotes comiques, ont d'ailleurs contribue a r£- pandre cette opinion au dehors. Ne s'appliquant d'ailleurs qu'a faire ceuvre littdraire, ces ecrivains n'avaient guere souci de l'exactitude scientifique. Nous n'en sommes pas moins venus a la conclusion que, a peu pres partout, la population rurale canadienne-frangaise a conserve le parler frangais ancestral pur et intact. L'anglicisme meme, prompt a s'introduire dans les villes, y est le plus souvent inconnu. Les contes que nous presentons textuellement serviront a demontrer ce ph^nom^ne de stability linguistique. On aurait d'ailleurs pu s'attendre a moins de purete de langage chez deux conteurs tels que Fournier et Pelletier qui, ouvriers, ont passe une partie de leur vie parmi des gens de langue anglaise, dans les chantiers de la Nouvelle-Angleterre ou a l'emploi des compagnies de chemin de fer. Pelletier, en particulier, parle l'anglais et a souvent dit ses contes en anglais, dans les chantiers du Wisconsin ou de la Gatineau. Nous n'avons nulle part entendu ce langage arti- ficiel et farci, mais comique et original, que Frechette, LeMoine et leurs disciples mettent dans la bouche de leurs habitants. C'est la une creation d'ecrivain et une imitation elaboree du jargon excep- tional d'individus a parents ou a education mixtes, qui m£lent in- consciemment leurs deux langues maternelles. Certains termes que Frechette emploie couramment, comme "yavions," "j'awws" et "yetions" (pour "j'avais," "j'ai," et j'6tais") ne s'entendent jamais dans la bouche des paysans du Quebec, quoiqu'ils appartiennent a, certains dialectes de France, tel celui de la Savoie, et ne se retrouvent au Canada que parmi les Acadiens.

En terminant ces remarques, nous desirons remercier le Dr Franz Boas et M. Louvigny de Montigny des services qu'ils nous ont rendus dans la publication de ces deux series de contes populaires canadiens, qui ont 6te prepares sous les auspices de la Section d'Anthropologie de la Commission Geologique du Canada.

Contes Populaires Canadiens. 3

LE STYLE ET LES THEMES MYTHOLOGIQUES.

Personnages.

120. 1 Noms des personnages. Petit- Jean (51, 53, 57, 58, 61 2), qui, dans le dernier cas, se nomme aussi "le petit teigneux" (61); Petit-Pierre (53); Prince-Joseph (53); Georges (52); Bon-eveque et Beau-prince (49); Vent-du-nord, Vent-de-1'ouest, Vent-d'est et Vent-du-su (50) ; "Bete f£roce en jour et prince en nuit" (48) ; la Belle- jarretiere-verte (49); Fesse-ben (59); Thomas-bon-chasseur (54); Jean-Cuit (66); Frederico (69); LeVeque (71). Personnages dont le nom n'est pas mentionne : les trois freres sosies (58) ; la marraine (49) ; la mariee (72) ; les deux 'cavaliers' (72) ; le grand voleur de France et le grand voleur de Paris (68).

121. Roi, prince et princesses. Un roi et ses trois fils (49, 58); un roi et son fils (48, 66); un roi (52, 57, 59, 61, 68); un roi, sa femme, et leur fils (56) ; un roi, sa femme, et leur fille (64) ; un roi et sa fille (52, 63, 70); trois princes (58); un fils de roi (52, 62); prince et princes- se (67). 3

122. Paysans. Un vieux et une vieille qui vivent dans le bois (61, 62); un vieux, une vieille et leur fils (69); un vieux et ses trois filles (50); un vieux bucheron (54); un vieux bucheron, sa vieille et leurs trois enfants (60, 62) ; une veuve et son fils (55, 63) ; une veuve et sa fille (66); un pecheur, sa femme et leur fils (52); un vinaigrier et son fils (70) ; un f orgeron (48) ; un habitant et ses trois filles (48) .

123. Les cadets habiles. Prince- Joseph, le plus jeune de trois freres, obeit a la vieille sorciere qui a metamorphose1 ses deux freres ain£s, et reussit ainsi a delivrer ses freres et a rapporter l'eau de la rajeunie pour son pere (53) ; un fils cadet evite le piege que lui tend une vieille sorciere et d£livre ses deux freres ain6s (58) ; la cadette de trois princesses devine les feintes du petit teigneux et, par son silence sympathique, gagne son cceur (61). 4

124. Les cadets favoris. Moins fiere que ses sceurs ainees, la cadette ne demande a son pere, comme cadeau, qu'un bouquet; et, pour lui sauver la vie, elle consent a epouser un prince metamorphose" (48); le prince metamorphose* en lievre demande au vieillard de lui amener la

1 Ces numeros commencent la ou finissent ceux (1-119) de la premiere serie de contes populaires canadiens (The Journal of American Folk-Lore, vol. xxix, No. cxi,p.25). Nous indiquons ici les nume>os qui, dans la premiere liste, contiennent des traits paralleles.

2 Ces chiffres entre parentheses d6signent les contes de la presente serie.

3 Voir 48 a la liste des traits caracteristiques, Contes Populaires Canadiens, pre- miere serie.

4 Voir 55 (Ibid.).

4 Journal of American Folk-Lore.

plus jeune de ses troia filles (50); le heros demande la main de la plus jeune dee trois princesses du chateau rond de la mer Rouge (56); quand un roi lui demande laquelle de ses princesses il veut epouser, Petit-Jean r6*pond: "C'est la plus jeune que j'epouse" (57); Petit- Jea n donne un beau bouquet, chaquesoir, a la plus jeune des princesses, qu'il Unit par epouser (61); moins oublieuse que ses deux soeurs ain£es, unc petite fille accomplit sa promesse, et elle delivre un beau prince, ainsi que ses deux sceurs (60); la plus jeune des servantes surveille Thomas-bon-chasseur et ddcouvre son secret (54). *

125. Personnages ruses on habiles. Petit-Jean exploite la cr6dulite des grants (61) ; Prince-Joseph est si habile qu'il confond son precepteur et devient l'homme de confiance de son maitre (53); chez le marchand son maitre, Jean-Cuit a, lui seul vend plus que six commis (66); les grands voleurs de France et de Paris pillent le tresor du roi de France et eehappent aux embuches qu'on leur tend (68).

126. Les solitaires. (a) La femme vivant seule avec son petit garcon au milieu des bois, dans une cabane de branches. Une biche les nourrit (51) ; le pere meurt, laissant seuls dans les bois sa femme et son enfant (54). (6) A 1'age de sept ans, Fesse-ben n'a pas encore sorti de la maison de son pere (59) ; le fils du vinaigrier reste enferme chez son pere jusqu'a 1'age de vingt-et-un ans (70). 2

127. Sosies. Trois freres se ressemblent tellement que la femme de Tun d'eux ne sait reconnaitre son mari (58).

128. Notre-Seigneur et ses apotres. Notre-Seigneur marchait sur la terre avec ses apotres (69).

129. Le diable. (a) Les sept diables en possession d'un moulin a farine, que Fesse-ben attelle a sa charrette (59). (6) Le diable vient chercher la mariee (72). 3

130. Giants. Les geants qui gardent la fontaine d'eau de la rajeunie, sur File ou Ton n'arrive que par un pont de rasoirs (53) ; le nain qui se transforme en geant en se trempant les pieds dans un ruisseau, et qui detruit les troupeaux et les armees du roi (57); les geants qui vivent dans le monde inferieur, ou se trouve la fontaine d'or (61); les vents grants (50) .4

131. Ogres. Chez les geants, Petit-Jean se cache sous une cuve. Quand les geants arrivent, ils disent: "Q& sent la viande fraiche!"

lincesses rSpondent: " Vous voyez bien que vous etesfous, puisqu'il n'v a pas de viande fraiche ici." (57); la mere des quatre vents cache la princesse dans sa maison. Quand les fils, le Vent-du-su et le Vent-d'est, arrivent,ils s'Scrient: "De la viande fraiche, je vas en avoir

1 Voir 54 (Ibid.). * Voir 51 et 52 (Ibid).

* Voir 56 (Ibul.u * Voir 46 (Ibid.).

Contes Populaires Canadiens. 5

a manger!" Leur mere re pond: "Touchez-y, pour voir, a la prin- cesse!" (50.) J

132. Fees, sorciers et magiciens. (a) Les trois sceurs fees, vivant s^parement, dans la foret, sous des maisons couvertes de mousse. La troisieme est plus laide et plus maligne que ses deux sceurs (48) ; trois fees semblables, a. qui le feu sort par la bouche (56) ; une fee, qui n'est vetue que de ses grands cheveux blancs, vit dans une petite maison couverte de jonc, au bord de la mer (55) ; la vieille femme (magicienne) qui garde les moutons du roi, et qui metamorphose les deux freres (53). (6) Vieilles fees malfaisantes (56, 57, 62, 64). (c) Fees bienfaisantes, qui donnent des talismans (61, 63). (d) Les vieux bienfaiteurs doues de vertus surnaturelles, qui protegent des jeunes voyageurs (54, 55, 62). (e) La sorciere que consulte le roi de France (68). 2

133. Ceux qui sont metamorphoses. ''Prince en nuit et bete feroce en jour" (48); un petit lapin n'est autre qu'un beau prince metamor- phose (50); plusieurs princes sont metamorphoses en buttes de sel (53, 58); un roi, sa fille et leur fille sont metamorphoses, au fond de la mer (52); princesse metamorphosee en petite jument (54); un prince metamorphose en vieillard (60) ; la salade et les pommes d'or causent maintes metamorphoses (62).

134. Les vierges-cygnes.3 Des sceurs arrivent en volant dans les airs. Aussitot qu'elles mettent pied a terre, pres d'un lac, elles enlevent leurs habits, se changent en canard et nagent dans le lac. Beau-prince cache la jarretiere verte de Tune d'elle et se fait transporter par elle chez Bon-eveque, a cent lieues de l'autre cote du soleil (49).

135. Monstres. Le grand serpent de la savane rouge, qui a soixante pieds de longueur (52) ; la sirene ou 'serene' qui avale Georges, le fils du pecheur (52); Tours blanc qui, seul, peut traverser le pont de rasoirs conduisant a Tile des geants, ou se trouve la fontaine d'eau de la rajeunie (53); les quatre vents dont le souffle ebranle la cabane de leur mere (50); la Bete-a-sept-tetes (58); la Bete-a-renifler qui, de son reniflement, ebranle le chateau du roi, situe a sept lieues (59) .4

136. Animaux parlants. (a) Le lion, l'aigle et la chenille qui se battent pour la carcasse d'un cheval mort, ont recours aux services d'un jeune homme (52) ; les rats qui, dans leur ile, par lent et agissent comme des hommes (63, 64) ; le coq, la poule et la vache qui jettent dans les basses-fosses les deux petit es filles egarees (60). (b) Le renard et Tours, qui conversent ensemble (63). 5

137. Rois des animaux. (a) Le roi des aigles et le roi des fourmis ferment la route a Petit-Jean, sur la mer (51). (b) A Tile aux rats, les

1 Voir 47 (Ibid.). 2 Voir 50 (Ibid.).

3 Ce trait mxthologique est connu en anglais sous le nom caracteristique de "swan maiden."

4 Voir 45 (Ibid.). * Voir 49 (Ibid.).

6 Journal of American Folk-Lore.

rats sunt babilles en soldats et paradent devant leur roi, qui leur fait une harangue (63, G4) ; lc roi des rats attelle deux mulots a son carrosse et, conduit par une souris, il se rend au pays de la reine des souris (64); la reine des grenouilles (64). (c) Vivant dans un petit chateau couvert de paille et de jonc de mer, le vieillards aux cheveux blancs comme la neige dit: "Voila mille ans que je suis ici, et vous etes le premier homme que je vois." Ce vieillard est le maitre de tous les oiseaux vivant sur la terre (55); une vieille de mille ans, sa voisine, est la maitresse de tous les poissons (55).

138. Anthropomorphisme. Les quatre vents, le Vent-d'est, le Vent- de-nord, le Vent-de-1'ouest, le Vent-du-su (50). l

Pouvoirs et attributs de ces personnages.

139. Pouvoir de se metamorphoser. La Belle-jarretiere-verte et ses soeurs se m6tamorphosenten canards (49);lenain se transformeengeant en se baignant les pieds dans le ruisseau (57) ; la Belle-jarretiere-verte et le diable apparaissent sous la forme d'une souris (49, 69). 2

140. Pouvoirs miraculeux. Bon-e>eque change un chateau et des batiments tout en or et en argent, et les suspend sur quatre chaines d'or (49); Petit-Pierre suspend un pont sur quatre chaines d'or(53); Beau-prince abat tout un vol d'oiseau avec une branche d'6pines; la Belle-jarretiere-verte vide en un instant un lac de mille pieds de prof ondeur, et elle construit un pont de mille pieds de longueur (49) ; la petite jument une princesse m6tamorphosee saute par- dessus une riviere et cause la mort d'un lion terrible ; elle galope dans les airs et, avec ses deux prot£g£s, echappe aux geants qui les poursui- vent avec leurs bottes de sept lieues (54).

141. Force herculeenne. (a) A l'age de sept ans, Fesse-ben arrache six erables qu'il apporte sur son dos; a, quatorze ans, il en arrache et en porte douze; quand il les jette par terre, la maison de son pere s'£croule (59); engage chez le roi, Fesse-ben se fait faire une pelle de cinq cents livres, avec laquelle il creuse un puits dans le roc; au moulin du diable, il defonce la porte et attelle les sept diables a sa charrette; parti pour la guerre, il tue les ennemis avec un cheval, dont il se sert comme d'une massue; il rapporte la Bete-a-renifler sur son dos; des cailloux et des balles qu'on lui lance lui paraissent comme des grains de sable. II frappe un mendiant et l'envoie si loin dans les airs qu'on ne l'a jamais revu depuis (59). (b) En coupant les tetes de la Bete-a- sept-tetes, Petit-Jean les envoie a cent pieds dans les airs; il coupe des arbres avec son sabre, tranche la tete a un g6ant tout-puissant, et il dit au roi que la peur ne le connait point (57, 58). Beau-prince envoie sauter a cent pieds en l'air un madrier qu'on a mis sur la trappe de la

1 Voir 53 {Ibid.). 2 Voir 75 (Ibid.).

Conies Populaires Canadiens. 7

cave (49) . (c) La Bete-a-sept-tetes 6crase les arbres de la f oret, sur son passage (58); en reniflant, la Bete-a-renifler fait trembler tout a sept lieues a la ronde; il en est ainsi des quatre fr&res vents (59, 50). 1

142. Vue prodigieuse. Tandis que le roi ne peut voir le gibier qu'avec sa longue-vue, Thomas-bon-chasseur le d£couvre a rceil nu et d'une grande distance, vise et le tue (54).

143. Personnages vomissant le feu. Le dragon de feu et la Bete-a- sept-tetes (3, 47); une fee effrayante, a qui le feu sort par la bouche, long comme le bras (56).

Talismans, charmes, formules et objets merveilleux.

144. Formules magiques. (a) En disant: "Adieux, aigle!" ou "Adieu, lion!" ou en pensant a la vertu de sa chenille, Georges se transforme en aigle, en lion ou en chenille (52). (b) Aussitot que Ti- Jean crie: "Roi des aigles!" ou "Roi des fourmis!" tous les aigles et toutes les fourmis, avec leur roi, viennent a son secours (51); Beau- prince dit: "A moi, la Belle-jarretiere-verte!" et la princesse accourt a son aide (49). (c) Une formule d6nuee de sens, dans la bouche de la vieille magicienne qui poursuit sa fille, a un eff et soudain (49) ; le don de "Reste colle!" (69.) (d) Irrit^e du choix de ses parents, une fille dit: "Si je me marie a ce garcon-la, je veux bien que le diable m'em- porte en corps et en ame, et en vie!" Comme ce souhait est 6nonce de bon coeur, il s'accomplit a la lettre, le jour de ses noces (72).

145. Talismans. Le jeune homme ouvre son medaillon; une voix demande: "Que desires-tu?" Et tout ce qu'il demande s'accom- plit. Se faisant transporter a bord de son batiment, il souhaite tout son equipage rendu chez le roi, son pere. Mourant de faim, il ordonne a son medaillon de servir une table couverte de mets, pour lui et les matelots. Lui ayant vole* son medaillon, une magicienne fait transpor- ter au fond de la mer son chateau merveilleux. Retrouvant plus tard son medaillon, il souhaite son chateau restaure; et tout s'accomplit a l'instant (55); une bague magique produit des merveilles semblables, et, de plus, cause la mort ou rend la vie (63) ; Petit-Jean se fait cons- truire, avec sa bague magique, un chateau suspendu sur quatre chaines d'or. On lui vole sa bague et on fait an^antir son chateau enchante, qu'il ne recouvre qu'avec la possession de son charme (64); le petit teigneux obtient de semblables merveilles de sa canne de souhaite- vertu (61); ayant mange le cceur de l'oiseau enchants, sur l'aile duquel on lit: "Celui qui mangera mon cceur sera 'recu' roi," Petit-Pierre souleve un pont sur quatre chaines d'or, et Spouse la fille du roi (62*). 2

1 Voir 100 (Ibid.). * Voir 21 (Ibid.).

8 J o ur ltd I of American Folk-Lore.

146. Charmes dont Vcffet est dejini. (a) Le poil blanc de la patte gauche du lion, la plume de l'aile gauche de l'aigle, la patte gauche din arriere de la chenille permettent aleur possesseur de se transformer en lion, en aigle ou en chenille (52). (6) En jetant sur la table les joyaux du prince nu'tamorphosd, son epouse peut se transporter instantan&nent a de grandes distances (48); en tirant les poign£es sus- penduea au-dessus de sa tete, le jeune liberateur du chateau de la mer Rouge esl transports avec le chateau chez son pere (56). On lit sur l'aile dun oiseau: "Celui qui mangera mon cceur aura, tous les matins, sous son oreiller, cent ecus." Petit-Jean mange le cceur enchante et trouve chaque matin de Tor sous la tete (62). (c) Des petits oiseaux magiques font de rien des robes merveilleuses (48); un vieux fusil enchants tue une quantite extraordinaire de gibier, dans une seule journee (62); canif magique (52). (d) Petit violon qui fait danser sepl lieues a la ronde, bon gre, mal gre (48, 69). '

147. Durandal. Petit-Jean se fait forger un sabre coupant sept lieues a la ronde, avec lequel il tue les trois geants et decapite plusieurs monstres. II en coupe des arbres, dont il se fait des ponts sur les rivieres. Quand il le plante dans le mur d'un chateau, tout le chateau en tremble (57, 58). 2

148. Vetuste artificieuse. Pour l'aider a accomplir ses taches, Bon-eveque offre a Beau-prince une vieille et une nouvelle hache, une chaudiere neuve et un vieux panier perce. Beau-prince choisit les vieux objets qui sont dou6s de propri^tes surnaturelles (49); la petite jument protectrice conseille a Thomas-bon-chasseur de prendre le vieux sabre pour combattre le Hon et le d^truire (54).

149. Objets merveilleux. Des sabots retournent seuls chez leur propri£taire, dans la foret (48); le pois et la feve qui jouent au hotreu dehaha (49). 3

150. Bottes de sept lieues. Les bottes de trois lieues de la Belle- jarretiere-verte (49); les bottes de sept lieues de Bon-eveque et des grants (49, 54). 4

151. Eau de Jouvence. (a) L'eau de la rajeunie, a la fontaine des geants, ou on ne peut arriver qu'en traversant le pont de rasoirs sur le dos de Tours blanc, et a midi juste, quand les geants dorment (53). (6) L'eau d'enmiance, gardee par toutes les betes feroces de la terre, rend invulne>ables ceux qui s'en lavent (54). 5

152. Eau de sommeil. Pour empecher qu'on reVele un secret a son dpoux, la princesse lui donne de l'eau d'endormitoir (48) .6

1 Voir 25 {Ibid.). * Voir 24 {Ibid.).

3 Voir 26 (Ibid.). * Voir 29 (Ibid.).

' Voir 31 (Ibid.). « Voir 32 (Ibid.).

Contes Populaires Canadiens. 9

153. Fontaine d'or. Au monde inferieur les geants gardent une fontaine d'or secrete. Tout ce qui plonge dans le dalot ou coule du bel or devient dore pour toujours (61). 1

154. Depositaire secret de la vie. Les trois lumieres que le jeune e'poux voit, le soir, pres de la chambre nuptiale, sont des cierges allum^s qui r£celent la vie d'une vieille magicienne et des deux sceurs ainees de l'£pouse. Pressee de questions, celle-ci finit par en avouer le secret, disant: "Si tu les eteignais, mes sceurs et la magicienne tomberaient raide mortes." C'est ce qui se produit plus tard (56). 2

155. Baiser d'oubli. Avant de quitter Beau-Prince, la Belle- jarretiere-verte dit: 'Trends bien garde de te laisser embrasser par personne. Car, si tu le fais, tu oublieras tout ... Et si personne ne t'embrasse, dans un an et un jour nous nous marierons." Sa marraine l'embrasse pendant qu'il dort; et il ne se souvient plus de rien, a son reveil (49).

156. Tache indelebile. Avec la peinture qu'elle prend dans un petit pot, la fille du roi de France fait une tache, apparemment indelebile, au front du grand voleur de Paris (68). 3

157. Baume magique. (a) Le baume ou graisse qu'on trouve dans un petit pot que poss&de la magicienne suffit a detruire l'enchan- tement et a ramener a la vie des personnes metamorphosees en masses de sel (10, 53, 58). (b) La petite jument dit a Thomas-bon-chasseur: "Dans mon poitrail, je perds tout mon sang. Prends une pincee de graisse dans mon oreille gauche et mets-la a mon poitrail, qui guerira. Et la blessure est ainsi guerie (54).

158. Sifflet qui ressuscite. (a) Avec un petit sifflet qu'elle a fait, la princesse siffle; Petit-Jean se met a remuer. Elle le lui met dans la bouche. Le voila vivant. (6) Ce theme est parodie dans le conte de Pois- verts (21).

159. Repas miraculeux. (a) Une serviette donne a boire et a manger aussitot qu'on la deploie (48). 4 (6) Avec une bague ou un medaillon magiques, on obtient a souhait toutes sortes de mets (55, 63, 64). (c) En piquant la patte gauche de sa petite jument, Thomas- bon-chasseur obtient du pain et du vin (54).

160. Nourriture des geants. Le Vent-de-1'ouest dit a sa mere: "Si je dois mener cette femme a la montagne Vitree, il me faut, ce soir, manger de la bouillie au sucre" (50). 5

161. La Toison d'or. La chevelure de Petit-Jean se change en or aussitot qu'elle tombe dans la fontaine d'or des geants (61); le long du chemin, Thomas-bon-chasseur ramasse la chevelure lumineuse et

1 Voir 44 (Ibid.). 2 Voir 33 (Ibid.). 3 Voir 36 (Ibid.).

4 Voir 23 (Ibid.). 5 Voir 37 (Ibid.).

10 Journal of American Folk-Lore.

enchantee d'une princesse, a la recherche de laquelle il part (54); les troia poils d'or (07). '

162. Chdteau d'or </ d'argcnt. (a) Des chateaux, des batiments et dee animaux Bont changes en or et en argent (49, 61, 64). (b) Une belle frigate d'or et d'argent (66).

L63. Suspendu par quatre chaines d'or. Le chateau et les bati- ments du roi sont suspendus dans les airs par quatre chaines d'or (49, 64); un pont est suspendu par quatre chaines d'or (62). 2

16-1. Chdteau de cristal. Le chateau de la montagne Vitrei (50); une petite ville toute de cristal (53).

165. Obstacles magiques. Les fuyards voient approcher un nuage noir; quand il est tout pres, ceux-ci jettent en arriere d'eux une brosse, une Seattle ou une 6trille; ces objets se transforment en montagnes de pain, d'ecailles ou d'£trilles qui barrent la route a ceux qui pour- suivent. Dans un cas, les fuyards font ainsi paraitre un lac infran- chissable (49, 54). 3

166. Tempete magique. Une tempete violente precede la venue d'une magicienne, d'un sorcier, d'etres metamorphoses, de la sirene ou des geants (4, 11, 48, 49, 52).

167. Fleur pdlissante. Donnant sa rose a ses freres, Petit- Jean dit: "Si ma fleur vient a p&lir, accourez a mon secours." Et quand la sorciere le metamorphose, la rose en palissant avertit ses freres de son malheur (58).

168. Bouquet fatal. Aussitot que le voyageur cueille les fleurs enchanters, la bete fe>oce arrive et lui dit: "Ce bouquet va vous couter cher." Pour sauver la vie de son pere, sa fille cadette consent a £pouser le monstre, qui est un prince metamorphose' (48). Un trait semblable se trouve au conte de "Le chateau de Felicite" (50).

169. Peche merveilleuse. Apres avoir rempli sa goelette des pois- sons, le pecheur doit promettre a la sirene de lui remettre son fils Georges (52) ; sans s'en douter, un pecheur promet son fils au diable, qui lui fait faire une peche miraculeuse (25).

170. Objets sacres. Le livre que les geants adorent (54); le jonc beni qui empeche la mariee de souffrir, en enfer (72).

171. Yeux replaces. Le fils remet a sa mere les yeux que la Borciere lui a arraches et qu'elle gardait, dans un plat, chez elle. La mere recouvre la vue des que ses yeux sont remis dans leurs orbites (56).

Evenements doniestiques.

172. Quittent le toit paternel. (a) Des fils partent de chez leur pere pour gagner leur vie ou pour chercher fortune (54, 55, 63, 71); Petit-'

« Voir 12 {Ibid.). - Voir 43 {Ibid.). 8 Voir 35 (Ibid.).

Contes Populaires Canadiens. 11

Jean et Petit-Pierre quittent pour toujours la maison paternelle, en disant: "Nous marcherons tant que la terre nous portera" (62). (6) Le roi envoie ses trois fils en leur disant de lui rapporter l'eau de la rajeunie (53) . *

173. Enfants perdus. Trois petites filles s'egarent en allant porter un diner a leur pere, dans les bois (60). 2

174. Pauvrete et misere. Des gens, dans la foret, ne vivent que de racines et d'herbages (61). Un pays est si pauvre qu'on n'y peut rien gagner (55). Par son impre>oyance, une femme cause la ruine de son mari (52).

175. Metiers. Les soi-disant "metiers" de franc-voleur, de joueur aux des et de cultivateur (49). "Voleur de son metier" (68).

176. Au service d'un maitre. Fesse-ben s'engage pour un an chez le roi. Son salaire consiste a donner une tape au roi, au bout de l'annee (59); "Monsieur le roi, avez-vous besoin d'un engage?" "Oui, et c'est pour. . ." soigner les volailles, pour garder le chateau, pour travailler au jardin ou a la cuisine (54, 55, 59, 61); Prince-Joseph et Jean-Cuit, deux princes infortunes s'engagent comme commis (53, 66) ; trois voleurs engagent un mendiant pour toujours dire " Oui " (71). 3

177. Protection ou adoption. Le roi baptise 1'enfant de la veuve so- litaire et lui ordonne de le lui envoyer quand il aura atteint l'age de sept ans. Son dessein est de l'adopter et d'en faire un prince (51) ; la veuve aveugle envoie son fils au roi son pere, qui l'accueille a son chateau (56); le roi fait vivre la mere pauvre de son cuisinier en voyage (55) ; une seigneuresse adopte Prince-Joseph et le fait instruire, a l'ecole (53); Jean-Cuit protege la veuve dont il veut epouser la fille (66). 4

178. Amour filial. Deux filles cadettes se sacrifient pour sauver la vie a leur pere (48, 50) ; deux freres consentent a s'exiler pour que le fils du roi epouse leur soeur (62).

179. Ban de mariage. Le roi fait battre un ban, annoncant le mariage de ses trois filles a ceux qui, dans un tournoi, seront touches par les boules d'or que les princesses doivent lancer. Apres le premier tournoi, le roi fait de nouveau battre un ban pour sa fille cadette, qui n'a pas encore fait son choix (61).

180. Demande en mariage. Le fils d'un roi demande en mariage la fille d'un bucheron (62); a force d'injures, un jeune homme finit par contraindre le roi a lui accorder sa fille en mariage (63) ; le roi marie sa fille a Jean, son cuisinier, qui, grace a un talisman, se fait construire un

1 Voir 60 (Ibid.). 2 Voir 58 (Ibid.).

a Voir 62 {Ibid.). i Voir 63 (Ibid.).

12 Journal of American Folk-Lore.

chateau magnifique (64); un prince obtient une princesse pour Spouse (57); Jean-Out se fiance a la fille d'une pauvre veuve, qu'il Spouse an bout de trois aus et trois jours (66); un vinaigrier va demander au roi sa fille en mariage pour son fils (70); deux pr6tendants, l'un pauvre, el I'autre a, l'aise, aspirent a la main d'une fille qui, contre son un.4, accepts le choix de ses parents (72). '

181. Ordalies des pretendants. A Thomas-bon-chasseur qui lui demande d'e'pouser la princesse, le roi impose diffdrentes taches, tel que celles de faire la chasse au lion, d'aller chez les geants chercher un livre sacre", de rapporter de l'eau d'enmiance, et de faire fondre ensem- ble du plomb et de retain (54); avant de consentir au depart de sa princesse, Bon-eveque renferme le pr6tendant dans sa cave et lui ordonnc de batir en une seule journee des ecuries de plumes d'oiseaux, de vider un lac de mille pieds de profondeur et de construire un pont de mille lieues de longueur (49) ; les ordalies que le roi impose a Petit- JeaD consistent a, enlever une montagne de terre et une montagne de pierre (51); la main d'une princesse est accordee a celui qui, grace a un <• liar me, peut soulever un pont cent pieds en l'air, sur quatre chaines d'or (62). Par ses prouesses, le grand voleur de Paris gagne la main de la fille du roi de France (68).

182. Belle-mere. La seconde epouse du roi expose le petit prince a un grand danger, esperant causer ainsi sa perte (56). 2

183. Fidelite conjugate. Avant de partir pour voyage, un prince parie avec son voisin que sa femme lui restera fidele, durant son absen- ce. Des aventures romanesques se basent sur cette intrigue (66, 07). 3

184. Trahison d'epoux. (a) Une princesse trahit son mari, qu'elle n'aime pas, en lui enlevant le talisman dont il vient de lui r6v£ler le secret (63). (6) Sans s'en rendre compte, une femme trahit son epoux, qui est oblige de partir pour un pays eloigne" (48, 50, 64).

185. Epouse repudiee. (a) Une magicienne force le roi a repudier son <'pouse, dont elle envie le sort (3, 56). (6) Croyant a tort son epouse coupable d'un crime, un prince la fait jeter dans les basses- fosses, ou la condamne a mort (27, 66, 67).

186. Heritages. (a) Le roi donne un sabre coupant sept lieues a la ronde a son fils Jean, qui part et s'en va chercher fortune (58) ; a chacun de ses trois fils qui s'en vont, le roi donne un chien, un poncy, un lion et une fleur merveilleuse (58); comme il part, Georges recoit de son pere un canif (magique) (52). (b) Le roi donne a son fils sa couronne, son fhateau et son royaume (49, 50, 51, 52, 53, 57, 62, 68); Jean-Cuit herite <!»• la couronne de son pere le roi, mort durant son absence (66);

» Voir 63 (Ibid.). > Voir 59 (Ibid.). 3 Voir 64 (Ibid.).

Conies Populaires Canadiens. 13

Thomas-bon-chasseur devient roi, a la mort de celui dont il a cause" la perte (54). 1

Protection surnaturelle.

187. Dons de fees. (a) En reconnaissance du cadeau que lui fait un orphelin, une f£e lui donne un lingot d'argent, avec lequel on lui fait une bague magique (63). (b) Une fee donne a sa protegee des sabots, un rouet, une quenouille et des ciseaux enchantes (50); Petit-Jean recoit de la fee une canne de souhaite-vertu (61) ; un cuisinier condamne a mort trouve chez un vieillard endormi un medaillon qui accomplit tous les souhaits qu'on lui adresse (55). 2 (c) Un vieillard, qui connait le nom de tout le monde, echange de chevaux avec Thomas-bon-chas- seur, et lui donne une petite jument dont les pouvoirs merveilleux se revelent bientot (54); le vieux fusil, qu'un inconnu donne en retour d'une paire de chevaux, tue tout ce qu'on vise (62).

188. Fees conseilleres. (a) Trois fees vivent de plus en plus loin dans la foret, et dont la derniere est la plus puissante, ne laissent jamais passer personne. Mais quand on se presente a elles, elles ecoutent le recit des tribulations qu'on leur fait, et elles finissent par accorder leurs f aveurs (7, 48, 56) ; un vieillard a qui on demande conseil renvoie a sa sceur, une tee, qui reste de l'autre cote" de la mer bleue (55). (6) Une fee bienveillante accorde son aide et ses conseils a un voyageur (49, 53, 56, 61). (c) Un roi consulte une sorciere qui le guide de ses con- seils (68) .3

189. Qui Va vu? (a) La princesse demande au forgeron s'il a vu passer le prince en fuite; elle s'en informe ensuite, chez les trois fees (48). (6) Qui a vu le chateau que l'on cherche, ou qui a disparu mys- terieusement ? (50, 55, 56.)

190. Les animaux que Von consulte. On demande au maitre des oiseaux, a la maitresse des poissons, au roi des poissons, s'ils ont vu le chateau disparu (55, 56).

191. Chevaux protecteurs. Avec 1'aide et les conseils de sa petite jument, une princesse metamorphosee, Thomas-bon-chasseur reussit dans toutes ses entreprises aventureuses (54) .4

192. Le rock. (a) La princesse qui cherche son mari se fait transporter a la montagne Vitree par un gros corbeau. Quand elle n'a plus de bceuf a, lui donner a manger, il la laisse tomber (48) ; le maitre des oiseaux envoie un vieux corbeau porter son protege chez la fee, sa sceur. A chaque fois que l'oiseau crie, il recoit un morceau de caribou (55); quand la sorciere lance Petit-Jean dans les airs, il rencontre un aigle qui le prend sur son dos et le rapporte au chateau. A trente pieds

1 Voir 92 (Ibid.). 2 Voir 67 (Ibid.).

3 Voir 65 (Ibid.). * Voir 68 (Ibid.).

14 Journal of American Folk-Lore.

de terre, I'aigle le Laisse tomber, ct il choit dans un jardin enchants (62), ' Ed un instant, le \'<nt-de-l'ouest transporte la jcune fille a la montagne Vitree (50); transformed en canard, la Belle-jarretiere-verte transporte but son dos Beau-prince, qui se rend chez Bon-eveque, a ceni licucs dc 1'autre c6te* du soleil (49).

193. Animaux protecteurs. Pour un batiment rempli de bceuf et un batiment rempli de riz que leur donne Petit-Jean, les aigles et les fourmis le protegent contre le magicien qui le poursuit. II n'a qu'a crier: "Roi des fourmis!" et les fourmis accourent et dctruisent la chaloupe du magicien. Quand, plus tard, le magicien est sur le point de le rejoindre, Petit-Jean crie: "Roi des aigles!" Les aigles arrivent et deVorent le magicien (51); a Georges qui leur a rendu service, le lion, I'aigle et la chenille donnent chacun un charme, en disant: "Tu n'auras qu'a penser a moi et tu. deviendras . . . le plus fort de tous les lions" (de tous les aigles, ou la plus petite de toutes les chenilles). Quand il lui plait de se transformer en l'un de ces animaux protecteurs, il n'a qu'a penser a lui (52); un lion, un chien et un poney protegent les trois fils d'un roi (58) ; le pigeon en d£tresse a qui Georges rend secours lui indique ou se trouve le serpent de la savane rouge, et lui revele le secret qu'il cherche (52). 2

194. Protection d'un Ure metamorphose. Un prince ou une prin- cesse metamorphoses en chevaux ou en chattes guident et protegent ceux qui deviennent ensuite leurs lib6rateurs (4, 6, 54).

195. Reconnaissance du Christ. En reconnaissance de l'hospitalite de Fr6denco, Notre-Seigneur lui fait trois dons: le violon qui fait danser bon gr£, mal gre, le sac magique et "Reste-colle!" (69.) 3

196. Le quart d'heure de grace. Avant de mourir, Javotte demande un quart d'heure pour prier; ce que Jean-Parle lui accorde (28); condamne a etre mis a mort et mange par l'equipage, le cuisinier demande qu'on lui laisse le temps de faire un acte de contrition. Le

" capitaine lui accorde cette faveur (55); en disant: "Tu es toujours pour mourir!" le roi permet a Petit-Jean d'apporter son chat a l'ile aux rats (64) ; on accorde au roi prisonnier la grace qu'il demande de soumettre Thomas-bon-chasseur aux ordalies, a sa place (54).

Enchantements, possessions et metamorphoses.

197. 'Princesses gardees.' Des grants gardent des princesses endormies, qu'ils ont ravies a leurs parents (53, 54); trois princesses 'gardens' par trois grants, a leur chateau (57); fille enlev6e par le vieux magicien, il y a sept ans (51) ; trois princesses emprisonn£es par une magicienne, au chateau rond de la mer Rouge (56). 4

' Voir 71 {Ibid.). * Voir 70 (Ibid.).

» Voir 72 (Ibid.). « Voir 78 (Ibid.).

Contes Populaires Canadiens. 15

198. Princes ou princesses metamorphosees. (a) Le fils d'un roi est metamorphose" en b6te f£roce? mais, la nuit, il redevient un beau prince (48) ; le plus beau des princes est metamorphose" pour tous les jours de sa vie en petit li&vre. Ces deux princes epousent chacun une fille cadette qui, en se sacrifiant, sauve la vie a son pere (50). (b) Un roi, sa fille, leur chateau et leur ville sont soi-disant "m6tamorphoseV a cinq cents brasses sous la mer (52). (c) Une magicienne metamor- phose les deux freres ain£s en masses de sel, "dont ils ne peuvent sortir" (53, 58). (d) On soigne au pain et au vin une princesse m6tamorpho- see en petite jument (54); un beau prince est transform^ en vieillard dont la barbe blanche traine presque a terre (60). (e) Les feuilles de salade cueillies dans un jardin enchants transforment tous ceux qui en mangent en poulains et en juments; mais aussitot qu'ils mangent d'une certaine pomme d'or, ils reprennent leur nature premiere et deviennent princes ou princesses (62). 1

199. Les prisonniers. (a) La seconde femme du prince fait jeter la princesse, sa premiere epouse, dans les basses-fosses, afin de la faire perir (48); deux petites filles egarees sont jetees dans les basses-fosses; et c'est, plus tard, leur sceur cadette qui les delivre (60). (6) Un roi emprisonne son voisin qu'il a invite" a lui rendre visite (54); sur la porte d'un hotel, dans la petite ville de cristal, on lit: "Ici, on se di- vertit!" Les deux princes qui y entrent sont faits prisonniers, pour etre pendus si on ne paie leur rancon (53).

200. Les victimes du dragon. La ville est toute en deuil. Petit- Jean s'informe de la raison de ce deuil. On lui r6pond : "Une princesse doit etre devoree par la Bete-a-sept-tetes, demain matin, sur la haute montagne (58). 2

201. L' enfant rachete le pere. Quand le paysan casse un bouquet ou des rameaux dans les parterres de la bete feroce ou du petit lapin, ceux-ci lui disent: "Ce bouquet... va vous couter cher!" Et ce n'est qu'en leur sacrifiant sa fille cadette qu'il peut sauver sa vie (48, 50) ; apres une peche merveilleuse, un pecheur voit apparaitre une sirene, qui lui dit: "Cette fois-ci, ta charge de poisson va te couter cher. Tu vas p6rir si tu ne promets de me donner ton fils Georges, a ton prochain voyage." Plus tard, la sirene avale Georges (52).

202. SortiUges. (a) Comme un roi ramasse une serviette le long de son chemin, il en sort une Ue galeuse, qui arrache les yeux a la reine et se marie au roi, a sa place (56). (6) Ayant ramasse" la belle chevelure d'or qu'il voit sur le chemin, Thomas-bon-chasseur est pris du d6sir funeste de trouver la princesse a qui elle appartient (54). (c) Ceux qui font le tour de la grosse montagne, ou ceux qui s'appro- chent des lumieres de la f£e n'en reviennent jamais. Une magicienne

1 Voir 76 (Ibid.). 2 Voir 79 (Ibid.).

10 Journal of American Folk-Lore.

lea metamorphose on les fail penr (58, 62). (d) Aussitot qu'atteints dii Bortil&ge, Beau-prince el Thomas-bon-chasseur s'en vont s'enfermer dans icur ohambre, ou ils restent sans boire m manger (49, 54).

203. La proic du d/'able. Le diable emporte en enfer la mariee qui, de depit, en a exprime* le souhait fatal (72). l

Delivrance, liberation.

204. Liberateur par ordre du roi. Le roi somme Thomas-bon- chasseur de venir le delivrer. Un autre maitre, plus tard, lui envoie chercher la princesse a la belle chevelure d'or, que gardent les geants (54). Au roi qui lui demande de delivrer sa princesse, Petit-Jean r£pond qu'il ne le fera que si le roi se rend a ses conditions (51).

205. La tdche du liberateur. (a) Avant de remettre sa prisonniere, le magicien impose trois taches au liberateur, en lui disant: "Tu as encore bien de quoi a faire avant de remmener!" (51). (b) Afin de delivrer les princes transformed en bete feroce cu en petit lievre, il faut les dpouser et vivre avec eux pendant une periode d£terminee (48, 50).

206. Condition secrete de la delivrance. (a) Celui qui cherche a deli- vrer la victime arrive a d^couvrir le moyen secret d'y arriver (2, 11, 48, 50, 51, 52, 53, 54, 58). (b) "Pour me delivrer de cette peau de bete, dit le prince metamorphose, il faudrait faire un feu pour la bruler tout entiere et pour que pas un poil ne reste" (48, 50); pour delivrer le roi, la princesse et leur chateau, qui sont a cinq cents brasses sous l'eau, il faut tuer le serpent de la savane rouge, prendre les trois oeufs dans son corps, et les casser un a un a differents endroits indiqu£s (52, voir aussi le conte 2). (c) Des revers accompagnent l'accomplisse- ment premature de ces conditions, et le personnage delivre se voit sou- daincment entraine a un pays lointain ou il est difficile de le rejoindre (48, 50).

207. Delivrance. (a) On delivre des princesses 'gardees' ou pri- sonnieres (51, 53, 54, 56, 57, 62). (6) La princesse demande a la sirene d'ouvrir la bouche pour que Georges, qu'elle vient d'avaler, puisse lui dire un dernier mot. Aussitot que la sirene ouvre la bouche, Georges se transforme en aigle et, libre, il s'envole (52). 2

208. Victimes rachetees. Prince-Joseph rachete ses deux freres metamorphoses par la vieille magicienne; il paie de nouveau leur rancon et les delivre, quand ils sont faits prisonniers a la ville de cristal (53) ; Thomas-bon-chasseur rachete son maitre en se substituant a lui, dans les ordalies (54).

209. Delivrance de ceux qui sont metamorphoses. (a) On brule la peau de bete enchanted que met et enleve le personnage m^tamor-

' Voir 80 {Ibid.). 2 Voir 83 (Ibid.).

Contes Populaires Canadiens. 17

phose (48, 50). (6) Decapitee, la petite jument redevient une belle princesse (54). (c) Au moyen d'un baume magique on ramene a la vie des personnes transformers en masse de sel (51, 53, 58). (d) En donnant a manger a trois animaux renfermes dans le chateau, une petite fille delivre un prince metamorphose en vieillard. Un bruit effrayant accompagne ce phenomene (60). (e) En mangeant une pomme d'or, deux pouliches redeviennent femmes (62). (/) Aussitot que Georges casse les trois oeufs pris dans le corps du serpent de la savane rouge, le chateau enchante et ses habitants sont delivres (52). l

210. Le protecteur metamorphose qu'on oublie. Quand l'epouse de la bete feroce revient apres trois jours d'absence, elle trouve son prince metamorphose gisant, presque mort (54) ; pendant trois jours, Thomas- bon-chasseur oublie sa protectrice, une princesse transformed en petite jument, qui est mourante, a terre, lorsqu'il la retrouve (54).

211. A la poursuite du liberateur. Bon-eveque et sa femme donnent la chasse a B^au-prince et a la Belle-jarretiere-verte, qui s'enfuient (48); Petit-Jean s'enfuit, emmenant avec lui la princesse, sur son navire; le magicien essaie en vain de les rattraper (51) ; a cheval sur la petite jument, Thomas-bon-chasseur et la princesse fuient a toute vitesse, poursuivis par les geants, qui ont leurs bottes de sept lieues (54).

212. Le liberateur se cache. Apres avoir pris comme gage les lan- gues de la Bete-a-sept-tetes qu'il a detruite, Petit- Jean quitte la princesse delivree et se cache dans la cabane d'un vieillard. Pendant ce temps, un charbonnier ramene la princesse au roi, et se disant le liberateur, il va l'epouser quand Petit-Jean demasque sa fourberie (58). 2

213. Epreuves du liberateur. Quoiqu'il ait delivre" la princesse 'gar- dee' par les geants, Thomas-bon-chasseur ne peut obtenir sa main qu'apres maintes epreuves (54) ; un delai d'un an et un jour doit s'ecouler avant que Beau-prince epouse la Belle-jarretiere-verte (49); avant l'expiration d'un an et un jour, la liberatrice doit se rendre a un pays eloigne, ou demeure le prince delivre (48, 50).

214. Le liberateur se fait reconnailre. Oubliee par celui qu'elle a delivre, la liberatrice arrive enfin aupres de lui et, par ruse, elle reussit a se faire reconnaitre. Comme le prince vient de se remarier, il faut d'abord acheter de sa femme la permission de le voir et de lui parler; ce qu'elle fait au moyen d'objets magiques qu'on lui envie (7, 48, 50); dans un autre cas, la princesse oubliee est invitee, comme tous les autres, aux noces du prince. Elle se fait reconnaitre par l'entremise d'une petite poule et d'un petit coq parlants.

1 Voir 77 (Ibid.). 2 Voir 84 (Ibid.).

18 Journal of American Folk-Lore.

215. Banquet nuptial. Le roi invite tout lc monde aux noces du prince on de la princesse; le liberateur y vient comme les autres et c'esl la qu'il Be fait reconnaitre (49, 58). l

216. Rivaux confronted. Durant le banquet nuptial, le roi fait condamner les portes et les fen£tres, afin que personne ne sorte. L'imposteur fait d'abord lc r£cit de ses aventures. Vient ensuite le vrai liberateur, qui se fait reconnaitre (51, 53, 58). 2

'JIT. Gages ou preuves d'identite. (a) La princesse montre le mouchoir et le jonc que lui a laisses le prince avant son depart; sur le mouchoir est £crit le nom du prince (48, 50). 3 (&) Pour prouver qu'il a d<f'truit la Bete-a-sept-tetes, Petit-Jean en montre les sept langues, qu'il a conserves dans le mouchoir de la princesse delivr^e (58). 4

218. Recti symbolique de I 'intrigue. (a) Le prince dit: "J'avais une vieille clef, que j'ai perdue. Je l'ai remplacee par une neuve. Main- tenant je retrouve la vieille, qui est meilleure que la neuve. Laquelle dois-je choisir?" L'assemblee repond: "La vieille!" Le prince fait alors reconnaitre la princesse qu'il avait perdue, et il la choisit au lieu de celle qu'il allait justement 6pouser (7, 48). (b) La Belle-jarretiere- verte met sur la table un petit coq et une petite poule qui, en se parlant, repr6sentent symboliquement les aventures oubli£es de Beau-prince, pour les lui remettre en memoire (49).

219. Manage du liberateur. Le heros Spouse celle qu'il a delivree (51, 52, 53, 54); il choisit la plus jeune des trois princesses (56); Petit- Jean (Spouse la princesse qu'on lui a promise avant qu'il aille la d61ivrer (57, 58) ; le prince dit a la petite fille qui l'a d61ivr6 sans le savoir : "C'est toi qui m'as d£livre; il faut done se marier" (60).

220. Chdtiment de l'imposteur. (a) Le roi demande au heros: "A quoi le condamnes-tu!" Et celui-ci le condamne, soit a etre 6cartele ou jete" dans les basses-fosses, soit a errer sans but par le monde (51, 53, 58). (b) Quelquefois, l'imposteur p£rit par le sabre ou par le feu (54, 58) .5

221. Nouvelle epouse repudiee. Ay ant retrouve* sa premiere Spouse, le prince renonce a son second mariage ou r£pudie sa nouvelle Spouse (48, 49, 50).

Luttes, rivaliUs et tournois.

222. Destruction des geants. Le roi dit: "J'ai d6ja essay 6 de faire detruire les grants par mes armies, mais sans jamais reussir." Pen- dant leur sommeil Petit- Jean les d^truit avec son sabre magique (57). 6

i Voir 90 (Ibid.). * Voir Sd'.(Ibid.). 3 Voir 86 (Ibid.).

* Voir 87 (Ibid.). * Voir 93 (Ibid.). 6 Voir 94 (Ibid.).

Contes Populaires Canadiens. 19

223. Lutte contre les monstres. Metamorphose en lion, Georges se bat avec le serpent de la savane rouge et le detruit (52) ; de son sabre Petit-Jean detruit la Bete-a-sept-tetes (58). l

224. Quartier. La Bete-a-sept-tetes demande quartier pour un quart d'heure; ce qui lui est accorde* (58).

225. Paris et jeux de hasard. (a) Bon-eVeque et Beau-prince jouent trois fois aux des; le perdant doit aceomplir ce qu'exige son rival (49); Pipette et ses voisins jouent aux cartes et parient place contre place (23); dans le pari du prince et de son voisin Penjeu est bien contre bien (66, 67).

226. Champ aride et champ fertile. Petit-Jean mene le troupeau de vaches maigres du roi dans le champ fertile des geants. Les vaches s'y saoulent en un instant (57). 2

227. Crainte et duplicite. Craignant Fesse-ben a cause de sa force extraordinaire, le roi cherche, mais en vain, a causer sa perte en lui faisant lancer des pierres sur la tete, dans un puits, en Penvoyant aux moulins du diable et de la Bete-a-renifler, et en faisant tirer sur lui du canon (59). 3

228. On accuse le heros de se vanter. On dit au roi : "Un tel se vante de pouvoir faire ceci ou cela." Le roi repond: "S'il s'en est vante, il va y aller." Et quand le roi lui en parle, il repond ordinairement : "Sire le roi, je ne m'en suis pas vante; mais, s'il le faut, je vas y aller" (51, 56, 57). 4

229. La visite du roi. Le roi envoie ses valets inviter Petit-Jean ou un autre. Celui-ci repond: "Si le roi a affaire a moi, qu'il vienne ici me voir" (58, 61); au lieu d'accepter l'invitation du roi, Petit-Jean le prie de venir diner chez lui avec la reine (64).

230. Jalousie ou rivalite. Jaloux de Petit-Jean, le vacher du roi le trahit et le fait tuer par un boucher (51) ; le charbonnier, rival de Petit- Jean, reclame la main de la princesse qu'il pretend avoir delivree (58) ; une vieille rate se bat avec une petite rate ou avec une souris, dont elle veut usurper la gloire et la recompense (63, 64). 5

231. On cede a la force. (a) Se voyant la victime impuissante des prouesses d'un pretendant ou d'un voleur, le roi finit par c£der et par lui accorder la main de sa fille (63, 68). (b) Le roi des rats achete le salut de son peuple en se mettant au service du jeune homme qui cher- che le talisman qu'on lui a vole (63, 64). (c) La magicienne contraint le roi a l'epouser sur-le-champ (3, 51). (d) Pour se degager d'un mau- vais pas, le diable renonce a ses droits sur quelqu'un ou sur quelque objet (13, 22, 23, 59, 69).

1 Voir 96 (Ibid.). 2 Voir 99 (Ibid.). 3 Voir 102 (Ibid.).

* Voir 105 (Ibid.). 5 Voir 101 (Ibid.).

20 Journal of American Folk-Lore.

232. Lea tournois. Sans se faire reconnaitre, le heros apparait plusieuis fois et remporte les honneurs du tournoi (3, 5).

Tromperies, crimes et chdtiments.

233. CrHuliU exploiUe. Sortant de sous la chaise du geant, Petit-Jean lui fait croire qu'il est ne" de lui; le g6ant lui accorde done sa protection (61); Fre"derico joue trois tours au diable qui, pour se d6- prendre, doit renoncer a ses droits sur lui (69) ; Tours croit nai'vement tout ce que le petit renard lui dit pendant qu'il lui vole ses provisions (65). >

234. Fraude. Ayant parie bien contre bien avec le prince qu'il gagnerait les faveurs de la princesse durant son absence, un bourgeois a recours a, la fraude. II subtilise des objets destines a demontrer son succes; et, cache dans un coffre qu'on apporte au chateau, et, fermant a clef dedans et dehors, il fait durant la nuit des observations qui per- suaderont le prince de l'infid£lite de sa princesse (66, 67).

235. Vols habiles. (a) Deguise en vieux pecheur, Thomas-bon- chasseur pdnetre dans le chateau des geants et vole le livre qu'ils adorent (54); pendant que Petit-Jean dort, ses freres lui volent la bouteille d'eau rajeunissante qu'ils remplacent par une bouteille de saumure (53); un stranger subtilise le medaillon magique de son rival (55); durant la nuit, la princesse vole la bague magique de son cpoux, qu'elle veut perdre (63); des vieilles sorcieres obtiennent de la princesse une bague dont elle ignore la vertu, et qu'elle echange pour une lampe d'argent (64). (6) Les vols habiles des grands voleurs de France et de Paris, qui penetrent, en enlevant une pierre mobile, dans la tour ou le roi garde ses tremors (68). (c) Se disant a Temploi de 1'eVeque, trois jeunes brigands volent les soieries d'un marchand, qui se laisse tromper (71). 2

236. Deguisement. (a) Changeant d'habits avec un charbonnier, Prince-Joseph entre au service d'un bourgeois, dont il devient 1'homme de confiance (53). (6) Condamnee a mort, une femme s'enfuit, se deguise en soldat ou en avocat, et, au cours d'une brillante carriere, retrouve son mari dont elle retablit la fortune avant de se faire recon- aaitre (66, 67). (c) Trois jeunes gens deguisent un mendiant en eve- que, et s'en servent pour perpetrer des vols audacieux (71). (d) De- guis6 en homme ou en souris, le diable vient sur la terre remplir sa mission neTaste (69, 72). 3

237. Substitution de personnes. (a) Au lieu de mettre a mort la personne condamnde, les valets du prince tuent une petite chienne et en rapportent le cceur, la langue et le foie a leur maitre (53, 66).

1 Voir 105 {Ibid.). 2 Voir 110 (Ibid.). 3 Voir 108 (Ibid.).

Conies Populaires Canadiens. 21

(b) Le roi paie un mendiant et Pinduit ainsi a. recevoir a sa place le chatiment que Fesse-ben, son serviteur, lui reserve (59). 1 (c) Le petit vacher du roi ecarte le filleul encore inconnu du roi, et se substitue a lui (51) ; le charbonnier se pr£sente au roi comme le liberateur de la princesse, tandis que Petit-Jean, le heros, se cache chez un autre charbonnier (58).

238. Porte defendue. Les geants dependent a Petit-Jean d'ouvrir une certaine porte, dans leur chateau. Malgre sa promesse, Petit-Jean 1'ouvre, baigne sa chevelure dans la fontaine d'or, se fait une perruque de brai dans laquelle il cache sa chevelure d'or, et se fait ensuite passer pour un teigneux (61). 2

239. Talismans voles et reconquis. (a) Un prince vole le medaillon magique de son rival et se souhaite au fond de la mer la plus creuse avec le chateau et la princesse (55) ; profitant de 1'absence du prince, trois fees obtiennent sa bague magique, et souhaitent que son chateau fonde et disparaisse (64); la princesse vole la bague magique de son epoux qu'elle hait (63) ; la magicienne fait boire une potion a Petit-Jean, qui vomit et perd le cceur d'oiseau dont lui vient un don merveilleux (62). (6) Une rate d'eau, une petite souris ou une grenouille retrouvent le talisman qui, remis au heros, restaure sa puissance et lui permet de se venger (55, 63, 64) ; apres avoir metamorphose la magicienne en vieille jument, Petit-Jean la bat jusqu'a mort et recouvre son cceur enchante d'oiseau (62).

240. Banquet ou la verite se decouvre. (a) Au banquet ou Jean-Cuit et le general du roi sont invites, le bourgeois raconte lui-meme l'histoire de sa fourberie. Le general dit: "Fermez toutes les portes; je veux que personne ne sorte; on va jouer du sabre ici" (66) ; voulant decouvrir qui est le grand voleur de Paris, le roi invite les gens de la ville a souper, esperant trouver le voleur parmi ses invites (68). (6) Chacun raconte son histoire, durant le diner. Voyant sa fourberie decouverte, le traitre, la fee ou la magicienne se plaignent d'un grand mal pour qu'on les laisse sortir. Mais le roi dit: "Parole de roi, personne n'ira dehors ici, ce soir" (51, 53, 56, 58).

241. Chdtiments. On condamne le traitre a courir les chemins tout le reste de sa vie, en jouant de l'orgue de Barbarie (55), pour sa punition, le traitre est condamne a marcher "tant que la terre le portera" (67); Petit- Jean est condamne a, mort par les grants a qui il a desobel (61); le heros fait bruler, noyer ou jeter sur File aux rats ceux qui lui avaient souhaite un pareil sort (64) ; on fait bruler sur une grille la servante infidele, et on met sa graisse aux roues des voitures; le bourgeois fourbe est condamne a etre emmuraille et a vivre au pain et a Feau (66); la fee galeuse perit par le glaive de celui dont elle a

1 Voir 103 (Ibid.). 2 Voir 106 (Ibid.).

22 Journal of American Folk-Lore.

persecute1 la mere (50); Pet it -Jean prend sa revanche contre la sorctere bd La me'tamorphosant en vieille jument et en la tuant a force de coups (G2). l

Pays et chdteaux fabuleux.

242. Le chateau de Felicity, suspendu par quatre chaines d'or, sur la montagne Vitree, dont on dit: "C'est une montagne toute en verre, et couple a, pic tout autour" (50); la montagne vitreuse, dont il est impossible d'approcher (48); un pont vitreux (54); le petite ville de cristal, ou se trouve un hotel avec l'enseigne: "Messieurs, entrez ici! II y a de quoi vous divertir" (53); File des grants qui possedent la fontaine d'eau rajeunissante, et ou on n'arrive que par un pont de rasoirs (53); le chateau enchante de Prince-en-nuit (48); le chateau rond de la mer Rouge, a cent mille brasses sous Feau (56) ; la demeure de Bon-eVeque, a cent lieues de Fautre cote du soleil (49) ; la mer bleue (55); le chateau des grants, sur une colline, dans le monde inferieur, ou Fon entre par une caverne (61); le pays eloigne ou Jean-Cuit trouve des richesses f abuleuses (66, 67) ; la forteresse entouree de renforts, ou Fon garde des tresors (59); le tresor sans fenetres du roi de France (68); File aux rats, ou le pays des rats, des souris et des grenouilles (63, 64); les parterres du roi, dans la foret (51, 56); le moulin du diable (59); le moulin a carder de la Bete-a-renifler (59).

Voyages et transports.

243. Longs voyages. (a) Voyages sur mer: Petit-Jean part avec trois navires et se rend au pays du magicien qui a enleve la princesse du roi (51); le batiment de Prince-Joseph, au cours de longs voyages, s'arrete a la ville de cristal (53) ; un batiment est perdu sur mer, et les marins aff ames tirent a la courte paille pour savoir qui sera mange (55) ; Jean-Cuit fait un voyage de trois ans et trois jours sur mer (66); un prince va dans un pays lointain chercher des richesses, dont il remplit ses batiments (66, 67). (6) Parti pour la guerre, Jean est longtemps absent (64). 2

244. A la recherche d'un epoux disparu. Mar chant sur les traces de son 6poux disparu, une femme le retrouve au bout d'un an et un jour, apres avoir use des sabots d'acier de six pouces d'£paisseur (48, 50) ; en cherchant son Spouse, un prince fait deux fois le tour de la terre, et defense la charge d'or de quatre chevaux (55) ; la g^nerale du roi part a la recherche de son mari, qu'elle finit par retrouver (66).

245. "Prince en jour et bete fdroce en nuit" permet a son Spouse de quitter le chateau enchante" et d'aller rendre une visite de trois jours a ses parents (48).

Voir 93 (Ibid.). 2 Voir 114 (Ibid.).

Contes Populaires Canadiens. 23

246. Attendant V absent, au bord de la mer. La vieille femme attend Jean-Cuit avec impatience, et elle va souvent au bord de la mer. Un jour, une frigate apparait et hisse le pavilion de Jean-Cuit (66); Ti- Jean met dans le haut des mats le pavilion et le drapeau de la princesse. Le roi, qui passe son temps a regarder la mer avec sa longue-vue, voit arriver le batiment (51) ; le roi du pays lointain voit arriver le batiment du prince de l'Epee-verte, mais avec le pavilion de deuil (11).

247. Le tapis magique. En jetant sur la table les joyaux du prince metamorphose^ son Spouse est instantan£ment transported la ou elle se desire rendue, a une grande distance (48) ; une baguette, un m£daillon et des poignees magiques transportent leur possesseur et des chateaux la ou on les souhaite (55, 56, 61, 63).

248. Le sac de Pois-verts. Le roi fait her dans un sac son gendre qu'on va jeter a, File aux rats. On Fattache a une voiture; et, en chemin, ceux qui Fescortent s'arretent a une auberge, et laissent le sac a la porte. Pendant leur absence, le captif saisit un chat qu'il cache dans son sac, et qui doit lui sauver la vie (63).

249. Voyage au monde inferieur. Le long de sa route, Petit- Jean apercoit un trou sans fond. Avec Faide de son talisman, il se souhaite au fond du trou. La, il se trouve dans un beau chemin, conduisant au chateau des geants, sur une montagne .... Plus tard, arrivant au trou par ou il est descendu, il regarde en Fair, et il apercoit une etoile; il se souhaite rendu sur la terre, et son desir s'accomplit (61).

250. Voyage a I'enfer et au del. Fredenco se rend a la porte de Fenfer, ou il se fait remettre douze damnes; de la il se rend au ciel, ou on finit par le recevoir (69). 1

Forme et style.

251. Formules initiates. (a) Une fois, il est bon de vous dire, c'6tait. . . (51, 53, 54, 56, 61, 65, 69, 71); une fois, il est bon de vous dire que c'6tait . . . (67) ; une fois, il est bon de vous dire, il y avait (58) ; c'est bon de vous dire, c'etait un roi . . . (49) ; (6) Une fois, c'6tait. . . (48, 50, 52, 59, 63, 64, 70); une fois, il y avait. . . (68); c'etait un roi qui. . . (66); une fille avait. . . (72). 2

252. Formules finales. (a) Et moi, ils m'ont renvoye ici vous le raconter (49, 53, 56, 58, 60, 61, 66, 69); moi, ils m'ont renvoye ici, a Sainte-Anne de la Pocatiere, vous le conter (62); et moi, ils m'ont renvoye ici vous dire que le petit renard est bien plus fin que Fours (65); moi, ils m'ont renvoye ici; mais, ils ne me donnent jamais un sou (68); c'est tout! Moi, ils m'ont renvoye" ici vous conter ca (51, 71). (6) Ils ont fait des grosses noces. Moi, ils m'ont invito, et j'y

1 Voir 118 (Ibid.). 2 yoir x (/^.).

24 J on rnal of American Folk-Lore.

Buia allr. Je leur ai route' quelquea petites histoires 'comme ci comme pa;' el enauite, ila m'onl renvoye' ici pour vous les conter, a vous autrea (70); ila ont fail dea grosses noces (70). (c) Et aujourd'hui, ils Bon1 be* ben, la (50); l«i petit prince vecut toujours heureux avec sa petite prince88e du chateau rond de la mer Rouge. . . (50); . . .cha- teau, ou Ila <>iil (ou jours v£cu heureux depuis (67); ils se sont done mam's et ils ont toujours vecu heureux (60); ils vecurent heureux avec tons lours biens et ceux du bourgeoia... (66). (d) Depuis ce jour, Jean-Cuit n'a plus voyage1 (66); . . .qui, depuis, s'est trouv£ a. toujours bien vivre (68); go, fait que Frederico est toujours reste1 au paradis depuis (69); qui les a toujours bien servis, le reste de ses jours (62). (e) Quant au seigneur, il s'est mis a marcher "tant que la terre le portera;" et il marche encore (67). (/) Je ne sais pas ce qui leur est arrive depuis ce temps-la. Ils sont peut-etre encore la, badame! Moi, je n'y suis pas all£ depuis; et ca fait bien des annees, vous savez . . . C'est un peu plus vieux que moi! (55); tout en finit par la. Le roi, lui, a continue jusqu'a aujourd'hui a, vivre avec Jean, son gendre. Depuis ce temps-la, j'ai eu de la misere en demon ici (64); moi, je suis reste ici. Je ne l'ai pas rencontre depuis (59); je n'en ai plus entendu parler (63) ; est-il revenu ? Je ne le sais pas. L'avez-vous revu, vous autres? (59;) Les jeunesses? ce qu'ils ont fait? Je ne le sais pas. Ils ont du. . . (71). (g) C'est tout (57). 54 et 72 n'ont pas de formule finale. '

253. Maximes, proverbes, reflexions. (a) Le danger donne des idees (55); des fois, on trouve plus dans deux tetes que dans une (66). (6) Les princes se marient toujours entre eux-autres (67). (c) II etait fort cet animal, ben plus fort que moi (59) ; il etait aussi pire que les Allemands, ce petit gueux! (51;) il ne faut pas ramasser ce qu'on trouve dans le chemin (56). (d) C'est qu'on grandit vite dans les contes (51) ; c'6tait le 'temps passe;' ils s'amusaient (62); etc.

254. Marche, marche! II part, marche, marche (53, 55, 59, 63, 66) ; il prend le chemin, marche, marche (50, 61); embarque, marche, marche (53, 66) ; part a pied, marche, marche, marche et arrive (55) ; elle marche, marche (48); ils marchent, marchent, marchent pendant ...(51); ils continuent leur route, marchent, marchent... (66); il s'en va a, la ville, marche, marche (63) ; elle part, marche, marche et arrive (55); le prince marche et il marche "tant que la terre le portera"

").2

255. Parole de roi. "Parole de roi, personne n'ira dehors" (51, 53) ; "Parole de roi, tu seras pendu" (62); "Pour une parole de roi, je ne trouve pas que vous teniez beaucoup a votre honneur" (59); "Foi de roi, prenda-le" (58). 3

1 V..ir 2 {Ibid.). 2 Voir 5 {Ibid.). 3 Voir 7 (Ibid.).

Contes Populaires Canadiens. 25

256. Epithetes. En parlant a Petit-Jean ou a Prince-Joseph, les grants disent: "Ah, mon petit ver de terre!. . . " (53); la vieille fee dit a Petit-Jean: "Petit ver de terre!" (61;) la mere des vents dit a son fils, le Vent-du-su: "Comment, mon ver de terre!" (50.) l

257. Beaute ou splendeur. "Belle, comme il ne s'en est jamais vu sur la terre" (66); "Belle, ce qu'une creature peut etre belle!" (66); "la plus belle des fiHes" (70); "ma princesse va etre cent fois plus belle que la tienne" (62); "Maman, j'ai rencontre le plus bel homme!" (66) . . . " physionomie d'homme acheve" (53); "la plus belle chevelure d'or qui se soit jamais vue sur la terre" (61); "la plus belle chevelure d'or du monde" (61); "le plus beau bouquet qui se soit jamais vu sur la terre" (61); "c'est le plus beau poisson qui se soit jamais pris" (52); "le plus beau poisson qu'on ait jamais vu" (52); "il se fait construire un chateau, rien de plus beau" (55) ; "pas un roi n'en (chateau) a de si beau" (49); "le plus beau des chateaux, tout greye en or et en argent" (60) ; "il se souhaite le plus beau chateau de la terre, brillant comme des £tincelles et suspendu par quatre chames d'or" (64); etc.

258. A la ronde. Sabres coupant sept lieues a la ronde (57, 58) ; petit violon jouant sept lieues a, la ronde (48).

259. A la fourche des chemins. Trois freres, partant pour voyage se separent a la fourche des chemins (6, 58); rendu a la fourche des deux chemins, le heros h6site (57) ; Prince-Joseph s'assied a la fourche des chemins, attendant qu'on vienne l'engager (53).

260. La petite lumiere. Apercevant une petite lumiere dans la foret, Antoine et Josephine s'y dirigent et arrivent chez les geants (12, 14); "il apercoit une petite lumiere (durant la tempete), pique apres la petite lumiere, arrive a un chateau" (48).

261. Le petit sac de provisions. Petit- Jean part avec un petit sac de provisions, qu'il se met en bretelle sur le dos (51) ; on lui greye un sac de provisions, et il part (49) ; il part avec un petit sac de provi- sions sur son dos (56) ; la princesse prepare un petit sac de provisions pour les parents pauvres de son mari, qu'elle va visiter (52).

262. Mouchoir enveloppe. Petit-Jean met les sept langues de la Bete-a-sept-tetes dans le mouchoir de la princesse (58) .2

263. Signe de deuil ou de joie. Quand Petit- Jean arrive chez le roi, tout est en deuil: la fille du roi va etre devoree par la Bete-a-sept- tetes; le lendemain, tout est en rejouissance: la princesse avait ete* delivree (3) ; une fois le prince de l'Epee-verte metamorphose, on hisse le pavilion de deuil au mat de son batiment (11); tout est en deuil dans la ville de cristal, ou deux princes vont etre pendus (53) ; la bague magique perdue, on hisse le pavilion de deuil; c'est le pavilion de joie, quand la bague est retrouvee (64).

1 Voir 6 (Ibid.). 2 Voir 10 (Ibid.).

26 Journal of American Folk-Lore.

264. Autrement, tu scras pendu. 'Trends garde de me faire mar- cher pour rienj autrement, parole de roi, tu seras pendu a la porte de mon dial can" (G2); si tu ne vas pas chercher la princesse, demain matin tu scras pendu a nia porte (54); si tu ne vas pas chercher le livre des grants, tu seras pendu a ma porte (54); si, demain, il ne m'a pas rangz trente cordes de bois a ma porte, il sera pendu (63); si vous ne payed pas votre rancon, "vous serez pendu a la porte" de mon hotel (53).

265. Fait battre un ban. La princesse d61ivree fait battre un ban que si Prince-Joseph n'est pas trouve dans deux fois vingt-quatre heures, le roi sera mis a mort (53) ; le roi fait battre un ban annoncant le manage de ses trois filles a ceux qui seraient ddsignds dans un tournoi (61) ; le roi des rats fait battre un ban pour savoir ou se trouve le chateau disparu du gendre du roi (63).

266. Le cote gauche. Le poil, la plume et la patte magiques de trois animaux sont tous pris du cote" gauche (2, 52) ; la petite jument dit a Thomas-bon-chasseur de prendre dans son oreille gauche de la graisse dont sa blessure sera guerie (54).

267. Vert. Les Sept-montagnes-vertes (7); le prince de 1'EpeV verte (11); Pois-verts et son cure (21); la Belle-jarretiere-verte (49).

268. Randonnees et leurs personnages. (a) "Minette m'a vole* mes roulettes:" Minette, pere, loups, veau, vache, faux, truie, chenes, mere des vents (38). (6) Randonnee berceuse: bebe, loup, chien, baton, feu, eau, bceuf, boucher, b6be* (73). (c) Randonnee du petit bouquin: bouquin, chien, baton, feu, eau, boeuf, boucher, chou (74).

Nombres mystiques et autres.

269. Trois et ses multiples. (a) Trois jours sans manger; a trois jours de distance (9 exemples); x trois princesses, princes, freres, sceurs, f6es, etc. (17 exemples); trois objets (6 exemples); bottes de trois lieues (conte 49) ; trois quarts de trois minots d'argent (conte 70) ; trois souhaits accordes (conte 69) ; trois fois (54, 65) ; en trois bonds (48); trois voyages (69); trois ans (66); trois ans et trois jours (66); trois semaines (51, 53). 2 (6) Trente hommes, trente pieds, trente cordes de bois (59, 62, 63). (c) Trois cents piastres (66). Total, 54 exemples.

270. Sept et ses multiples. (a) A sept ans, dans sept ans, tous les sept ans (7 exemples); sept personnes (53, 54, 59, 66); sept lieues (6 exemples); a sept heures (53, 54); sept cents piastres (52); sept fois (48, 55) ; sept chaises (61) ; sept sons de musique (55). 3 (6) A 1'age

1 Les exemples de cette liste n'ont 6t6 pris que dans cette nouvolle seiie de contes.

2 Voir 16 (Ibid.). » Voir 17 (Ibid.).

Contes Populaires Canadiens. 27

de quatorze ans (52). (c) A vingt-et-un ans (52, 64, 69). Total, 33 exemples.

271. Quatre1 et ses multiples. (a) Quatre personnes (50, 55, 64); suspendu par quatre chaines d'or (49, 50, 62, 64) ; quatre jours (49, 54) ; quatre sous de salaire (53, 55); quatre chevaux (51); fendu en quatre (58). (b) Quarante hommes, quarante paires de chevaux (53, 62).

(c) Quatre cents piastres, quatre millions (3 exemples dans le conte 53). Total, 20 exemples.

272. Cent.— Cent pieds en l'air (58, 62) ; cent ecus (62) ; cent lieues (49) ; cent f ois plus instruit que . . . (53) ; depuis cent ans (2 exemples dans 51).

273. Mille. Mille lieues (51, 55); mille pieds (49); mille ans (55); mille piastres (2 exemples dans 52); cent mille brasses d'eau (56).

274. Un an et un jour. "II a passe* ici il y a un an et un jour" (48) ; il demande un an et un jour de son temps (48) ; ils se marieront dans un an et un jour (49); la metamorphose doit finir dans un an et un jour (50) ; etc. Total, 8 exemples. 2

275. Un an. Un an d'attente, un an de voyage; au bout d'un an; etc. (48, 50, 53, 66).

276. Midi ou minuit. A midi juste, les betes ou les grants qui gardent la fontaine magique dorment (53, 54); a minuit, le voleur entre (68).

277. Autres nombres. (a) Douze (59, 66, 69). (b) Cinq et multiples: cinq (64, 66); dix (42, 57); quinze (48, 50, 51, 52, 56, 59, 63); vingt (59, 59); cinquante (53, 55, 57, etc.); cinq cents (51, 52); cinq mille (71). (c) Deux et multiples: deux (5 exemples); deux cents (59).

(d) Autres nombres: six (48, 59); un mois (51); quatre ou cinq, cinq ou six, sept ou huit, huit ou neuf (48, 52, 68); une demi-heure (50); les trois quarts de plus (52); soixante pieds de long (52).

LES CONTES. 48.3 "prince en nuit et bete feroce kn jour."4

Une fois, c'etait un habitant qui avait trois filles. Comme ils vivaient ensemble dans les prairies, loin de tout le monde, il ne leur arrivait pas souvent d'aller a la ville.

Le pere, un bon jour, se decide de partir pour la ville. "Que voulez-vous que je vous apporte?" demande-t-il a ses filles. Les

1 Voir 18 (Ibid.) . 2 Cent et un (voir 19, (Ibid.).

3 Les numeros de la premiere et de la seconde s6rie de contes canadiens sont con- s^cutifs.

4 Recueilli a Sainte-Anne, Kamouraska, en juillet, 1915, de Georges-S. Pelletier, cui dit l'avoir appris, il y a plus de trente-cinq ans, dans les chantiers (des forets ou se fait la coupe du bois) du Wisconsin, d'un Canadien de langue francaise.

28 Journal of American Folk-Lore.

deux plus a gees repondcnt: "Apportez-nous chacune une belle robe." Mais la cadette ne parle pas. "Et toi, ma chere! Que veux-tu que je t'apporte? Tu n'as pas encore parleV' Elle r^pond: "Mes sceurs ont demands des belles robes. Quant a moi, vous m'appor- terez un bouquet, si vous y pensez; si vous n'y pensez pas, ca sera en- core bon une robe, 9a coute si cher!" Le pere part et file vers la villi. La, il se promenc un petit brin, achete deux robes a ses lilies liens, mais oublie le bouquet de sa cadette.

I n grand vent se leve et la tempete se prepare, quand il est en eheinin pour revenir chez lui. Dans la poussiere et la noirceur, il perd son chemin et s'ecarte. "Seigneur! c'que j'vas done faire?" Apercoit une petite lumiere, pique apres 1 la petite lumiere. En approchant, il apercoit un beau chateau, dont la porte est entre- baillec. II entre, et il trouve 9a ben de son gout. Mais, il ne sait pas 011 mettre ses chevaux. "S'U y avait ici une place pour les che- vaux, il se dit, ca serait ben commode." Une porte s'ouvre aussitot. Du 'grain,'2 du foin, il y en a en masse.3 II soigne ses chevaux; et de la, s'en retourne a la grande salle d'entr^e. II s'assit et se met a jongler. 4

Tout a coup, devant une porte qui s'ouvre, il apercoit une table ben greyee avec de quoi 5 manger; mais personne, nulle part. II s'as- sied a table et, commc il a faim, il mange une bouchee, je vous le garantis! Apres souper, il se dit: "C'est bien curieux; il n'y a personne ici!" Et il ne comprend pas ce que 9a veut dire. Jongle encore de son ecartage et se demande comment faire pour retrouver son chemin. En s'asseyant, il tate dans ses poches. mais il ne trouve rien a fumer, pas meme le coton6 d'une feuille.7 Une autre porte s'ouvre devant une table bien greyee de tabac, de pipes et d'allumet- tes tout a son gout.

Quand il a fume comJi\jaut, il sent le pesant* venir, et il dit: "Sacre! je me coucherais bien, s'il y avait une place." Aussitot, tout pres, il y a un beau lit, ou il se couche et dort.

En se reveillant, le lendemain matin, il s'en va voir a ses chevaux, rien de plus presse! Ses chevaux ont tant mange qu'ils sont saouls. Revenu dans la salle, il trouve la table mise, et il ddjeune sans voir l'ombre d'une personne. Quand ses chevaux sont atteles pour partir. une porte s'ouvre devant le plus beau jardin qui se soit jamais vu. Ca le surpasse! II n'y comprend rien. II entre dans le jardin et en

1 Va droit vers. . .

2 Parmi les paysans canadions, le mot "grain" est ordinairement pris dans le sens de '.-ivoine.'

3 En quantity. * I.e., a songor, a rSver. 6 Pelletier dit "de quoi o manger."

8 La tige ou les fibres. ^ D'une feuille de tabac.

8 Le pommeil.

Contes Populaires Canadiens. 29

fait le tour. Comme il va pour sortir, il apercoit un bouquet sans pareil. "Ah! il dit, la plus jeune de mes filles m'a demande de lui apporter un bouquet; je ne pourrais pas lui en trouver de plus beau que celui-ci." Casse le bouquet, et c'qui ressoud1 a lui? Une bete f£roce: "Eh, eh, mon ami! dit la bete, qui vous a dit de casser ce bou- quet?" — "Personne ne me l'a dit." "Quelqu'un vous Pa deman- de; sans ca, vous ne Pauriez pas casse." "Je ne pensais pas voler en cassant ce bouquet, vu qu'il y en a tant." La bete dit: "Ce bou- quet va vous couter cher." "Comment 9a?" "Ce bouquet, dans un an et un jour, va vous couter la vie ou la vie de la fille qui vous Pa demande. A'cfheure, je vas vous enseigner le chemin qui conduit chez vous." A la porte du chateau, la bete ajoute: "Si, dans un an et un jour, vous et votre fille n'etes pas tous deux ici, votre vie sera au boute." 2 Rendu a la maison, Phabitant donne les robes a ses filles, et le bouquet, a la cadette.

Au bout d'un an et un jour Panned s'gtait vite ^coulee! il dit a sa fille cadette: "Greye-toi ! Nous allons en ville, aujourd'hui."

Le m3me soir, en arrivant au chateau de la b6te feroce, Yhabitant met ses chevaux dedans, 3 les soigne au foin et a Pavoine, et il s'en vient trouver sa fille. On ne voit encore personne, au chateau. Une porte s'ouvre, et sur une table bien grfyee, il y a deux couverts de servis, au lieu d'un. Apres souper, quand vient Pheure de se coucher, au lieu d'un lit, comme la premiere fois, il y en a deux. lis se cou- chent et dorment.

Le lendemain matin, le pere va faire son train 4 comme d'habitude, et quand il vient dejeuner, il y a deux couverts de servis. Quand ils vont pour repartir, une porte s'ouvre sur le jardin, et ils entrent tous les deux faire un tour. Arrives la ou se trouve le beau bouquet, qu'est-ce qui ressoud f 5 La bete feroce. La fille commence a reculer, recule. 6 "Ah, ah! mon amie, dit la bete, je ne veux faire ici de mal a personne. Mais, il faut que vous m'epousiez. Autrement, la vie de votre pere va y passer, parce que, il y a un an et un jour, il a casse ce bouquet pour vous." "Depuis que 7 c'est moi qui en suis la cause, elle dit, j'aime mieux vous epouser que de laisser perir mon pere." L' habitant prend la foret et s'en retourne chez lui en braillant, 8 pen- dant que sa fille reste au chateau, avec la bete feroce un homme amorphcfie, qui, le jour, est en bete feroce et, la nuit, en beau prince.

Au bout d'un an, la fille commence a trouver le temps long. Qa fait bien longtemps qu'elle est partie de chez elle! La nuit, elle ne s'ennuie pas avec le beau prince, son mari; mais, le jour, pendant

1 Ce qui arrive ... 2 Finie.

3 Pour "dans 1'ecurie." * Sa besogae; i.e., soigner ses animaux.

5 Arrive. Pelletier dit: "tirer de Varriere, tire."

7 Puisque. 8 Pleurant.

30 Journal of American Folk-Lore.

qu'il est parti, en bete fdroce, elle pense a ses parents et s'ennuie. Le soir, elle demande au prince: "Y a-t-il un moyen pour que j'aille chez nous, les voir ?" "Oui, il y a un moyen; et il ne faut pas perdre grand temps. Je vas te l'enseigner; mais prends bien garde de me tromper." "Je t'en donne ma parole! je ne te tromperai point." "A'ct'heure, il faut que tu jettcs tous mes joyaux sur la table. Quand tu 1'auras fait, tu pourras partir, et dans un ' rien de temps,' tu seras rendue. Pour revenir, tu feras la meme chose. Mais 6coute! II ne faut pas que tu restes chez vous plus que trois jours." En jetant les joyaux sur la table, dans un 'rien de temps/ la voila rendue chez son pere. Ses gens sont bien contents de la voir revenue.

Le temps ne parait pas long; ca jase tant! Le troisieme jour passe, et le quatri^me arrive. Elle jette vitement ses joyaux sur la table. D'un coup elle est rendue dans le jardin de son chateau, Elle fait le tour du jardin, mais sans trouver la bete fe>oce. Entendant une plainte qui vient du ruisseau, elle apercoit la bete qui acheve de se mourir. "Ah! tu es arrived a temps. Un peu plus tard, tu m'aurais trouve* mort." Prenant sur ses genoux le prince metamorphose, elle reussit a le ramener a la vie, petit a petit.

II y avait bien deux ans que la fille vivait dans le chateau avec son prince, quand, un jour, une vieille f6e vient lui rendre visite. Le len- demain et les jours suivants, la f6e revient encore jaser. A la fin, elle demande: "Comment se fait-il que, le jour, il est en bete feroce, et, la nuit, en beau prince ? Tache done d'apprendre de lui comment il faut s'y prendre pour le 'd&ivrer.'" Et elle sort du chateau sans que personne ne la voie.

Le soir, le prince ne veut rien dire a sa femme qui cherche a tout savoir:1 "J'ai peur, ma chere, que tu me trahisses; et je n'ose te le dire."

Quand la fee revient, le lendemain, chercher des nouvelles, elle est desappoint£e de ne pas apprendre le secret.

Le soir, comme sa femme lui demande encore son secret, il se dit: "C'est pourtant pas mal sur. Personne ne vient ici a qui elle peut le dire." II se decide alors a c6der: "Pour me delivrer de cette peau de bete, il faudrait faire un feu pour la bruler tout entiere et pour que pas un poil ne reste. Sans 9a, tu ne me reverrais jamais de ta vie."

Une fois le secret r£v£le a la vieille sorciere, le lendemain, elle se frappc dans les mains en disant: "Dis2 done rien! Ce soir, j'arran- gerai bien ca."

Se pr£parant a se coucher comme d'habitude, le soir, le prince jette sa peau de bite au pied de la couchette, 3 se couche et s'endort. La

1 Pelletier dit: "qui se met apres lui pour tout savoir."

2 Xe dis. . . 3 Lit; ce mot n'est pas ici un diminutif.

Contes Populaires Canadiens. 31

fee, de son cote\ prepare un bon feu dans la cour, et quand elle le voit bien chaud, elle vient sur le bout des pieds dans la chambre du prince, pogne la peau et la jette dans le feu. "Eh! eh! tu m'as trahi! " crie le prince, en faisant un saut de quatre pieds de haut, dans le lit. En trois bonds, il saute dans la forSt, ou il disparait, sa femme courant derriere, mais sans pouvoir le rejoindre. Avant de disparaitre, il lache un cri: "Ma femme, tu m'as trahi! Pour me retrouver, il fau- dra que tu uses une paire de sabots d'acier de six pouces d'6paisseur. l Autrement, jamais tu ne me reverras." Voyant ca, elle revient au chateau, se greye de quoi manger, part derriere la bete feroce dans la foret. et file, file. Apres une escousse, 2 se sentant fatiguee, elle s'as- sied et, seule dans la foret, elle se met a pleurer. Puis, se relevant, elle marche encore, marche. Quatre ou cinq jours apres, elle arrive chez un forgeron. "Bonjour, monsieur le forgeron!" "Bonjour, ma chere dame!" "Vous n'avez pas vu un beau prince passer ici?"

"Oui, quelqu'un a passe" ici il y a sept ou huit jours." "Mon- sieur le forgeron, c'6tait mon mari!... Comment me demandez- vous pour me faire une paire de sabots en acier, de six pouces d'epais- seur?" "Ma chere dame, je demanderais un an et un jour de votre temps." II s'agissait done pour elle de rester chez le forgeron, a son service, pendant un an et un jour. Comme c'6tait la le seul moyen d'obtenir des sabots d'acier, elle donne un an et un jour de son temps. Pendant ce temps, elle jongle a3 un moyen de rejoindre son mari.

Au bout d'un an et un jour, le forgeron lui remet sa paire de sabots d'acier de six pouces d'6paisseur. Avec ses sabots, elle prend la foret et file, file. Apres une quinzaine de jours, elle rencontre une vieille fee. "Bonjour, vieille f6e!" "Bonjour, ma fille! Dis-moi done ou tu vas? Je n'ai pas coutume de laisser passer les gens ici."

"Vous n'avez pas vu un prince passer ici, il y a a peu pres un an et un jour?" "Non, il m'est d^fendu de laisser passer personne ici. Mais peut-etre a-t-il passe durant la nuit." "Bonne fee! laissez-moi done passer, moi qui suis a la recherche de mon mari. Vous voyez mes sabots d'acier? Je ne le retrouverai que quand ils seront us£s." La fee r£pond: "Passe done et va ton chemin!" Mais elle la rappelle et lui dit: "Embarque dans les sabots que voici, et traine apres toi tes souliers d'acier. Comme ca, ils s'useront, et tu seras bien plus vite rendue. Mais je ne sais pas si mes deux sceurs vont te laisser passer. Elles sont bien plus malignes que moi; elle le sont comme sept fois le diable. Je me demande comment elles vont pren- dre ca. . ." En lui donnant une petite paire de ciseaux, la fee dit: "En pointant ces petits ciseaux vers quelque chose, tout ce que tu vou- dras faire sera fait dans le 'temps de rien,' et de soi." "Merci, bonne

1 Pelletier disait: "de six pouces d'epais." 2 I.e., un laps de temps.

3 Reflechit, songe a. . .

32 Journal of American Folk-Lore.

vieille f£e!" dit la femme, en mettant lcs ciseaux dans sa poche. Puis, embarguarU dans ses nouvcaux sabots, elle traine les siens en arriere d'elle, avec une petite corde, et file, file.

Rendu a la porte dc la deuxieme vieille fee, elle reconnait sa maison, parce qu'il y a cinq ou six pouces de mousse, sur le toit. Comme la premiere fee lui avait dit: "Une fois rendue chez ma sceur, tu revireras mes sabots de bord, etils reviendront me trouver," elle revire les sabots, qui s'cn retournent seuls dans la foret. La vieille fee sort de sa maison et se met apres la voyageuse: "Dis-moi d'ou c'que tu pars et d'ou c'que tu viens?" "Je cherche mon mari." "J'ai bien envie de t'e'trangler! II n'y a pas moyen que je te laisse passer ici." "Ne faites pas <ja, bonne vieille fe'e! II faut que je retrouve mon mari, que j'ai perdu il y a plus d'un an et un jour." A la fin, la vieille se r£soud a, la laisser passer, et lui enseigne le chemin et l'endroit ou est la troisi&me fee. "Merci, bonne vieille fee, merci bien!" Elle est a peine partie que la vieille la rappelle: "Viens ici, j'ai un petit present a te faire. Peut-etre te causera-t-il plus tard du bonheur." Et elle lui donne un petit violon qui, aussitot qu'on hale sur Varchette, joue d sept lieues a la ronde. 1

Avant qu'elle reparte, elle lui dit: "Prends bien garde a toi! Mon autre sceur, que tu vas voir, est bien plus maligne que moi. C'est d'elle que tu apprendras si ton mari s'est rendu a la montagne Vi- treuse, tout pres de la." Comme sa sceur, elle lui donne une paire de sabots, en disant: "Mets-les et traine les tiens en arriere de toi, pour qu'ils s'usent plus vite; et, arrivee chez ma sceur, revire les miens de bord, pour qu'ils reviennent." En disant "Merci!" la voyageuse repart et file dans la foret.

Une fois rendue a la maison couverte de mousse de la troisieme f£e; elle revire les sabots de bord, met ses sabots d'acier de six pouces d'£paisseur, et s'en va frapper a la porte. En fureur, la vieille sor- ciere2 ouvre la porte, Elle a Fair d'une bete feroce qui, avec ses grandes dents dans une gueule d'un pied de large, veut deVorer sa visiteuse. 3 "Bonne vieille fee, ne me devorez pas! Je suis a la re- cherche de mon mari, qu'il me faut retrouver." En achevant de lui raconter son histoire, elle dit: "Votre sceur m'a parle de vous, et elle croit que mon mari a du passer ici, il y a un an et un jour." La f£e rdpond: "Oui; quelqu'un a passe ici, il y a un an et un jour." "Voulez-vous m'aider a, le retrouver, bonne fee?" "A'ct'heure, dit la fee, je ne vois pas d'autre moyen que mes sabots. Mets mes sabots et traine les tiens apres toi, pour qu'ils s'usent plus vite. Et

1 I.e., se fait entendre a. . .

2 Au lieu du mot "fee," Pelletier emploie ici le mot "sorciere," indiquant ainsi que les deux sont synonymes.

3 Pelletier dit: "sa visite."

Contes Populaires Canadiens. 33

quand tu seras rendue pres de la montagne Vitreuse, tu les revireras de bord, pour qu'ils reviennent ici. Avant que tu partes, j'ai un petit present a te faire: voici une serviette qui te donnera tout ce que tu souhaiteras a boire et a manger, aussitot que tu l'6tendras sur tes genoux." La voyageuse est a peine repartie que la fee la rappelle et dit: "En arrivant pres de la montagne Vitreuse, tu verras qu'il est impossible d'en approcher. Au bas de la cote, il y aura des cor- beaux mangeant les betes mortes que le roi y fait jeter. Quand les corbeaux viendront manger, tu sauteras sur le plus gros, et tu ne le lacheras pas tant qu'il ne t'aura pas promis de te porter a la mon- tagne Vitreuse." "Merci, bonne fee!" dit la femme, en partant.

Rendue a la montagne Vitreuse, elle revive les sabots de bord, et s'en va s'asseoir pres des betes mortes, en attendant l'arrivee des corbeaux. Tout a coup un nuage approche; ce sont les corbeaux qui arrivent et se mettent a, devorer la charogne. La femme pogne le plus gros des corbeaux. "Largue-moil" dit le corbeau. "P'en'- toute!1 II faut que tu me portes au haut de la montagne Vitreuse." Avant de partir, elle greye de quoi manger pour le corbeau, dans un panier, et elle monte sur son dos. Le corbeau prend sa vol£e, et en montant vers la montagne, chaque fois qu'il ouvre le bee en se retour- nant, elle lui jette un quartier de boeuf pour lui donner la force de monter. Le corbeau se retourne si souvent que la viande commence beto 2 a manquer. II faut done la manager. Juste a temps, en arri- vant au bord de la montagne Vitreuse, le corbeau se retourne en ou- vrant le bee. Mais comme il n'y a plus de viande, le corbeau la laisse tomber a terre, vire de bord et s'en va.

La voyageuse prend le chemin du chateau et elle apprend, le long de la route, que son prince s'etait remane" en secondes noces. En arrivant au chateau, elle le rencontre bien, mais elle a de la misere a le reconnaitre, et lui ne se souvient de rien. N'osant pas lui parler, ni dire qui elle est, elle s'engage servante pour mettre la table et servir le roi. II y a la des servantes partout, d'un bord et de l'autre. Elle s'assied, prend ses petits ciseaux et commence a, tailler quelque chose. Les servantes la regardent faire, et s'en vont trouver la prin- cesse: "Princesse, votre nouvelle servante a des petits ciseaux sans pareils. Aussitot qu'elle taille quelque chose ca se fait dans un 'rien de temps.' II faut le voir!" La faisant appeler, la princesse demande: "Veux-tu me vendre tes petits ciseaux?" "Non, ils ne sont pas a vendre, mais a gagner." "Que faut-il faire pour les gagner?" "II faudra que vous me laissiez passer la nuit avec le prince. J'ai a lui parler." "Vous voyez bien qu'il n'y a pas de bon sens a ca, et seulement pour une paire de ciseaux." "C'est

1 Pour pas en tout, pas du tout. 2 Bientot.

34 Journal of American Folk-Lore.

comme vous dites." Les servantcs s'approchent en arriere de la princesse et elles lui disent: "Vous avez de l'eau d'endormitoir; vous en donnerez un verre a votre prince avant qu'il s'endorme, et la ser- vante ne pourra pas jaser avec lui." Tou jours que le marche" est fait, et la servantc donne ses ciseaux.

Le soir, on fait boire un verre d'eau d'endormitoir au prince; et quand la servante vient pour lui parler, il dort et il dort. Elle com- mence a le pousser; mais il dort. Pas moyen! "Jamais je ne pourrai croire que c'est impossible de le reveiller!" En le secouant, elle dit: "Je suis ta femme, la fille d'habitant qui t'a Spouse pour l'amour d'un bouquet. Reconnais-moi done!" Malgr6 qu'il reste sans connais- sance, elle continue: "Tu vois bien, j'ai ton jonc et le mouchoir ou ton nom est marque\ Ah! je vois bien que tu ne peux pas me recon- naitre et que je vas perir ici. Pour que tu te souviennes de moi, je laisserai un mot derriere un cadre."

Le lendemain matin, pour se venger, la princesse fait jeter 1 sa nouvelle servante dans les basses-fosses, pour qu'elle y perisse.

Quand le prince s'en va faire son train2 et son ouvrage, un valet, qui couchait pres de sa chambre et qui avait eu connaissance de ce qui s'etait passe, la nuit, lui dit: "Sire le roi! allez done voir derriere un cadre, dans votre chambre. Vous y trouverez un mouchoir, un jonc et une lettre. Si vous allez les chercher, celle qui les y a mis trouvera bien moyen de continuer a vous parler de la meme maniere." Bien content, le prince s'en va voir a sa chambre, trouve les objets et la lettre. Mais, il ne comprend pas grand'ehose a tout ga.

La servante, dans sa prison, prend sa petite serviette, I'escoue, 3 la met sur ses genoux. Voila qu'il s'y trouve tout ce qu'il faut pour manger et pour boire. Celles qui la guettent s'en vont rapporter ga a la princesse, qui s'empresse de venir. "Veux-tu me vendre cette serviette?" demande-t-elle. "Non! elle n'est pas a vendre, mais a gagner." "Que faut-il faire pour la gagner?" "II faut que je passe la nuit avec le prince. Autrement, je garde ma petite serviette." La princesse pense: "Dis-moi done! moi qui voulais la faire perir dans les basses-fosses, il va falloir que je la laisse sortir." Mais elle tient tant a la serviette qu'elle accepte, et le marche passe.

Le valet vient trouver le prince et lui dit: "Tachez done, mon mat- tre, de vous tenir reveille, ce soir. Celle qui vous a parle n'a plus que deux fois a revenir. Apres ga, sa vie sera au boute." Le roi, qui commence a se souvenir du temps pass£, mais sans en etre sur et certain, se promet bien de ne pas dormir. Mais quand sa prin- cesse revient, le soir, lui donner de l'eau d'endormitoir, comme un fou il la prend et s'endort. Quand la servante arrive pour jaser avec

1 Pellctier dit: "saprer sa. . . servante dans. . ."

2 Soigner ses animaux. 3 I.e., la secoue.

Contes Populaires Canadiens. 35

lui, il est la qui dort et dort. Elle a beau vouloir le r£veiller, il dort. La, derriere la porte, la princesse ecoute tout ce qu'elle dit, et se doute bien de sa trahison. x Voyant que rien ne peut rSussir, la servante se dit: "Si nous ne pouvons pas nous parler demain soir, ici, je serai mise a mort. Je n'ai plus qu'un article qui m'aidera a te voir." Vers le matin, elle sort, emportant le jonc qu'elle a laiss£, la veille.

La princesse la fait encore jeter dans les basses-fosses, pour qu'elle y perisse. A la servante il ne reste plus que le petit violon que lui a donne la vieille f£e. En y pensant, le violon se met a jouer, rien de plus beau, d sept lieues a la ronde. La princesse commence a danser, danse, et rien ne peut l'arreter. Tout le monde danse aussi, que la poussiere en revole. "Bonne servante! arretez done votre violon!" Mais la servante n'ecoute point, et tout le monde continue a danser de plus belle. La princesse, en dansant, vient lui demander: "Arretez done votre violon!" "Je ne l'arreterai rien que si vous me promettez de me laisser passer la nuit avec le prince." "Qa n'a pas de bon sens, ma servante," repond la princesse. Mais on vient lui dire a l'oreille: "Acceptez done! Si vous donnez au prince de l'eau d'ew- dormitoir, ca sera comme les autres nuits." La princesse dit a la servante: "Arrete ton violon! J'accepte." Tout le monde est trempe en navette, 2 a force de danser.

Le soir arrive^ la princesse verse encore de l'eau d'endormitoir. Mais, se doutant du tour qu'elle veut lui jouer, le prince se met a jaser et, faisant semblant de rien, il renverse son verre, et s'en va se coucher. La princesse vient voir s'il dort bien; et comme il ronfle, elle decide d'envoyer la servante a sa chambre. En arrivant, la servante s'as- sied sans dire un mot et attend que tout le monde dorme, dans le chateau. Quand le temps est venu, elle parle: "Cou'don, mon mari! ne m'as-tu pas dit, une fois, que je te retrouverais apres avoir use" une paire de sabots d'acier de six pouces d'6paisseur ? Eh ben! mes sabots sont uses et je t'ai aujourd'hui retrouve." Le voyant reveille, elle continue: "Te souviens-tu de Yhabitant qui a casse* un bouquet dans le jardin de ton chateau, quand tu 6tais amorphose en bete feroce, le jour, et en beau prince, la nuit? C'est moi, ta femme, qui viens te reconnaitre aujourd'hui, apres avoir use une paire de sabots en acier de six pouces d'6paisseur. Une vieille sorciere etait venue au cha- teau et nous avait trahis, tous les deux. Mais je t'ai retrouve\ Re- connais-tu ton mouchoir brode, que voici? Ton nom 'Prince en nuit et bete feroce en jour' y est ecrit." Le prince repond: "Demain, il y aura une decision, vu que je suis marie en secondes noces."

Le prince, de bon matin, fait venir tous ses valets et ses servantes a table, pour dejeuner. Quand ils ont mange\ il dit: "Ecoutez! une

1 Voici le texte de Pelletier: "Elle voit bien que c'est quelque Iraki qu'elle veut lui faire."

' Mouill^ comme une lavette.

36 Journal of American Folk-Lore.

fois, j'avais une valiso ct unc clef qui l'ouvrait bien. l Ayant perdu cette clef, un jour, j'en ai rachete" une autre. Mais, aujourd'hui, j'ai retrouve- la vieille clef qui fait mieux que la neuve. Laquelle des deux clefs dois-je garder?" Les servantes et les valets disent tous: "Depuis que2 vous avez trouve* la vieille clef, la meilleure des deux, jetez de cote" la neuve." "Bien! j'ai 6t6 trahi, il y a [plus d']un an et un jour; mais je viens de retrouver ma femme, qui a use" une padre de sabots d'acier de six polices d'6paisseur pour venir a moi. C'est elle, ma femme!" A la deuxieme femme, Ton dit: "Puisque ce n'est pas vous, la princesse, venez a la cuisine, ou vous resterez comme servante." Mais elle repond: "Jamais je ne m'engagerai ici comme servante. Avec les petits ciseaux, la serviette et le violon que j'ai eus, je devrais etre capable de gagner ma vie. Bonsoir, la compa- gnie! Et toi, la princesse! bonne chance avec ton mari, que j'ai epouse* comme toi!"

49. LA BELLE-JARRETIERE-VERTE. 3

Une fois, c'est bon de vous dire, c'etait un roi, qui avait trois gar- cons.

II leur demande un jour quel metier ils veulent choisir. II y en a un qui dit: "Papa, moi, j'apprends le 'metier' de franc voleur." L'autre dit: "Moi, j'apprends le 'metier' de cultiver la terre." Le troisieme, dont le nom est Beau-prince, dit: "Je prends le 'metier' de jouer aux des." Le roi repond: "Mon garcon, c[e n]'est pas un beau 'metier' [que celui de] jouer aux des. Tu devrais faire un autre choix." "Papa, moi, je fais a mon idee."

Beau-prince part done et il s'en va se chercher des des. Le long du chemin, c'qu'il rencontre? Monsieur Bon-eVeque. "Bonjour, monsieur Bon-eveque!" "Bonjour, monsieur Beau-prince! voulez- vous jouer une partie de des?" "C'est bon! on jouera ben." Les voila qui se mettent a jouer aux des. C'est Beau-prince qui gagne. Bon-eveque dit: "Que me demandez-vous, Beau-prince ?" "Je vous demande que le chateau de poupa soit tout en or et en argent et soit souleve sur quatre chaines d'or." Bon-eveque repond: "Allez- vous-en! tel que vous demandez 9a sera fait." Beau-prince part, et tel qu'il l'a demande, c'est fait. S'en allant trouver son pere et sa mere, il dit: "Vous ne pensiez pas que jouer aux des etait un bon 'me- tier.' Eh ben! voila votre chateau vire 4 en or et en argent. Pas un roi n'en a de si beau."

1 Pelletier dit: "qui faisait ben dessus." - Puisque.

3 Recite" par Achille Fournier, a Sainte-Anne, Kamouraska, en juillet, 1915. Fournier dit avoir appris ce conte d'un Canadien-frangais, dans les chantiers du New- Hampshire, il y a a peu pres trente ans. "Quand j'etais jeune, dit Fournier, j'appre- nais ces contes-la en les entendant une seule fois. Je pouvais les retenir mot a mot."

4 Change.

Contes Populaires Canadiens. 37

Le lendemain matin, Beau-prince repart encore. C'gw'il rencontre ? Monsieur Bon-eveque. "Bonjour, monsieur Bon-eveque!" "Bon- jour, monsieur Beau-prince!" "Voulez-vous jouer une partie de des avec moi, monsieur Bon-eveque ?" "C'est bon, on jouera ben!" Jousent1 aux des. Voila Beau-prince qui gagne encore. "Qu'est-ce que vous me demandez, Beau-prince?" "Je vous demande que les batiments2 de mon pere soient souleves sur quatre chaines d'or, et que les ecuries et les animaux soient tous en or et en argent." "Tel que vous le demandez, ga le sera." Beau-prince revient chez son pere. En arrivant, il voit que tel qu'il Pa demande ga Vest. "Vous voyez papa! il dit, vous pretendiez que jouer aux des n'etait pas un bon 'metier.' Mais voila votre chateau et vos ecuries en or et en argent. II n'y a rien de plus beau pour un roi." "Mon garcon, tu as eu de la chance, ce coup-ici, 3 mais peut-etre pas un autre coup." "Papa, on peut toujours avoir de la chance, aux des."

II repart encore, le lendemain matin. C qu'il rencontre? Mon- sieur Bon-eveque. "Bonjour, monsieur Bon-eveque!" "Bonjour, monsieur Beau-prince! Voulez-vous jouer une partie de des?" "C'est bon! on jouera ben." lis se mettent a jouer aux des. Voila Beau-prince qui perd. "Que me demandez-vous, monsieur Bon- eveque ?" "Je te demande de venir me trouver, dans un an et un jour, a cent lieues Pautre bord du soleil? Beau-prince s'en revient chez eux, monte a sa chambre, ou il reste trois jours sans boire ni manger-. Son pere dit: "Je ne sais pas ce qu'a Beau-prince. II ne sort pas de sa chambre; et il y a trois jours qu'il n'a bu ni mange." A sa femme, la reine, il dit: "Va done voir ce qu'il a. Peut-etre lui est-il arrive quelque malheur."

Sa mere s'en va le trouver. Elle demande: "Qu'as-tu done, Beau- prince ? II y a ben trois jours que tu es dans ta chambre sans boire ni manger." II repond: "Dans un an et un jour, il faudra que j'aille trouver monsieur Bon-eveque a cent lieues de Pautre bord du soleil." La reine dit: "Mon garcon, il est bien temps que tu partes." Ses pa- rents lui greyent un sac de provisions; et il part en voyage.

Parti, il rencontre une vieille magicienne, qui lui demande: "Ou vas-tu done, Beau-prince?" "Je m'en vas trouver monsieur Bon- eveque a cent lieues de Pautre bord du soleil, dans un an et un jour.' "Ben! Beau-prince, il va betd* venir ici trois filles. Une d'elles s'appelle la Belle-jarretiere-verte. En arrivant ici, sur la greve, elles mettront leur butin 5 sur une roche, et elles se changeront en ca- nard [pour nager dans la mer]. Tu prendras la belle jarretiere verte, tu la mettras dans ta poche, et tu te cacheras un peu plus loin. Quand

1 Pour "ils jouent."

2 Ici dans le sens d'ecuries, hangars et autres dependances.

3 Cette fois-ci. 4 Bientot. 5 Habits.

38 Journal of American Folk-Lore .

la Bclle-jarreti6re-verte reviendra chercher sa jarretiere, elle ne la trouvera point." De fait, la Belle-jarretiere-verte revient chercher sa jarretiere; trouve1 pas de jarretiere. Elle dit a ses sceurs: "II est venu un jeune homme ici, beto. 2 C'est peut-etre lui qui a pris ma jarretiere verte? Je vas aller le trouver." Elle s'approche du jeune homme et demande: "Est-ce3 toi, Beau-prince, qui a pris ma belle jarretiere verte?" "Non, ce n'est pas moi." "C'est toi qui Fas pris." "Ben! ma Belle-jarretiere-verte, je ne te la donnerai pas tant que tu ne ra'auras pas passe cette riviere." "Es-tu fou? Je vas te passer la riviere sur mon dos, d'ct'heure !" "Belle prin- cesse! faites-en votre resolution." Elle se change en canard, et lui passe la riviere sur son dos.

Un coup de l'autre bord de la riviere, elle dit: "Beau-prince, tu vas trouver la mon p&re, qui est Bon-eveque. 4 Pour commencer, il va te faire coucher dans la cave, sur les petaques. 5 Ensuite il va te donner a, faire, dans la journee, un batiment couvert en plume, pour y marcher jusqu'd la cheville du pied. 6 Et puis, il t'offrira une vieille ou une nouvelle hache. Prends la vieille! II te dira (T'es pas encore trop fou.' Apres ca, il va te faire vider un lac mille lieues de long sur mille pieds de creux,7 dans ta journee. Pour ca, il t'offrira une chaudiere neuve ou un panier tout perce. Prends le panier perce ! II te fera ensuite construire sur ce lac un pont de mille lieues de long, dans ta journee." Elle ajoute: "A'ct'heure, tu vas coucher ici; et, demain matin, tu iras cogner a la porte du chateau de Bon-eveque."

II cogne a la porte, le lendemain matin, pan, pan, pan! "C'qu'il y a la?" "Je suis Beau-prince." "Rentrez, monsieur Beau- prince!"

Quand le soir arrive, Bon-eveque l'envoie coucher a la cave, sur les patates. C[e nj'etait pas bien drole pour un prince, de coucher sur un tas de patates, lui qui avait toujours eu un bon lit.

Le lendemain matin, il y avait un gros madrier sur la trappe, pour empecher Beau-prince de sortir. Mais Beau-prince l'envoie revoler mille pieds en 1'air. Bon-ev6que dit: "T'es ben malin, Beau-prince. Tu sors ben rudement de la cave!. . . Aujourd'hui, je vas te donner une bonne journee a faire. Tu auras a faire, dans ta journee, un batiment couvert en plumes pour y marcher jusqu'd la cheville du pied. Quelle hache prends-tu, la vieille ou la neuve ?" "Je prends la vieille." "T'es pas trop bete, Beau-prince."

1 Elle ne trouve pas sa jarretiere.

2 II y a quelques instants.

3 Comme toujours, Fournier disait: "C'est-i toi. . ."

* Beau-prince 6tait 6videmment rendu a cent lieues au-dela du soleil, comme il le d£sirait.

5 Pour "patates" ou "pommes de terre."

8 Couvert d'assez de plumes pour qu'il y en ait jusqu'a la cheville de son pied.

7 De profondeur.

Contes Populaires Canadiens. 39

Beau-prince prend sa vieille hache et s'en va batir sa grange. Un volier l d'oiseaux passe. II les abat tous sur la grange avec sa branche d'epines. La Belle-jarretiere-verte vient lui dire: "Tu garderas une plume dans ta poche." Le soir, Beau-prince va demander a Bon- eveque de venir 'recevoir' son ouvrage. Bon-eveque vient, grimpe sur la grange, et se met a y marcher dans la plume jusqu'a la cheville du pied. "L'ouvrage est-f benfaitef" demande Beau-prince. "Mais, repond Bon-eveque, ily manque une plume, Beau-prince?" "La voila, Bon-eveque, la plume."

Le soir arrive, on envoie encore Beau-prince coucher sur les patates, dans la cave. Le lendemain matin, il fait revoler mille pieds en Fair le madrier qui, en retombant, casse une jambe a la femme de2 Bon- eveque. "Mais, Beau-prince, tu me d^montes! Te voila ben malin; tu vas tous nous tuer! Je te donne encore une tache3 a accomplir dans ta journee. C'est un lac de mille lieues de long et de mille pieds de creux que tu vas avoir a vider. Voila une chaudiere neuve et un panier tout perce. Lequel prends-tu?"4 "Je prends le panier tout perce." "T'es toujours pas trop fou!"

Beau-prince s'en va sur le rebord du lac, et il se met a en vider l'eau avec son panier. Mais l'eau coule a mesure et revient dans le lac. II n'etait pas capable de rien faire. La Belle-jarretiere-verte dit: "Beau-prince, quand tu voudras faire ton ouvrage, t[u n] 'auras rien qu'a dire 'A moi, la Belle-jarretiere-verte!' et je le ferai pour toi. Poupa dira 'C'est la Belle-jarretiere-verte qui t'a aide?' Mais tu repondras M[e n]'en ai pas connu, de Belle- jarrtiere-verte.' " Vers la fin de la journee, il appelle: "A moi, la Belle-jarretiere-verte!" Et la Belle-jarretiere-verte vide le lac. "Venez voir votre lac! "dit Beau- prince a Bon-eveque. Bon-eveque repond: "C'est la Belle-jarretiere- verte qui a fait ton ouvrage?" "J[e n]'en ai jamais connu, de Belle- j ar retiere- verte. ' '

Le lendemain matin, Bon-eveque l'envoie construire un pont de mille lieues de long, sur le lac. La princesse lui dit: "Aujourd'hui, j[e n]'irai pas en crieture,h mais en souris; et je t'enseignerai. Ton ouvrage se fera pareil." En arrivant au bord du lac, Beau-prince commence a jeter des cailloux dans l'eau, jette des cailloux. Mais il n'est pas capable de rien faire de bien. Voyant ca, il se couche en disant: "Je penserai a ma Belle-jarretiere-verte, et mon pont sera fait." II s'endort et commence a ronfler. Vers le soir, il se reVeille, et dit: "Ma Belle-jarretiere-verte, a moi!" Elle arrive en souris,

1 Un vol.

2 Fournier disait: "la bonne-femme d Bon-eveque. . ."

3 Fournier employa ici le mot anglais "vmejob."

4 Fournier dit "lequel tu prends ?" L'in version interrogative des pronoms ne se retrouve que rarement dans la bouche des paysans canadiens.

5 Crieture ou creature, i.e., femme, n'est pas pris dans un sens pejoratif.

40 Journal of American Folk-Lore.

disant: "Si tu avais pense* a moi plus vite, ton pont serait fini." D'un tour de main,voila le pont fait, que la poussiere en revole a sept lieues a la ronde." Beau-prince s'en va dire a Bon-eveque: "Venez voir votre pont!" Bon-6veque, le soir, s'en vient avec sa vieille, dans son carrosse [auquel sont] atteles deux beaux chevaux noirs, avec un harnois1 blanc. En partant, il dit: "Beau-prince, embarque et viens 'recevoir' ton ouvrage avec moi." "Non, repond Beau-prince; quand j'ai eu de l'ouvrage a 'recevoir,' j'y suis alle" tout seul. Je n'ai pas eu besoin de vous." Bon-eveque en carrosse commence a traverser le pont. La poussiere 1'abime, et il a de la misere a register.

Le soir, Bon-eveque dit: "Beau-prince, tu vas 'aller veiller,'2 a soir, avec ma Belle-jarretiere-verte, dans sa chambre d'en haut." Beau- prince part, et s'en va 'veiller' en haut avec la Belle-jarretiere-verte. Elle dit: "Papa est apres affiler son couteau pour te tuer. J'ai des bottes de trois lieues du pas. Sauvons-nous, 3 tous les deux! Je mets ici un pois et une feve qui volent au plancher d,hauti et de haut en bas, et ca va faire ho treu dehaha, ho treu dehaha! et poupa croira que nous sommes encore dans ma chambre a jouer aux cartes. Durant ce temps-la, on va filer notre chemin."

Apres une escousse,5 Bon-eveque crie d'en bas: "Viens-t'en done, Beau-prince! C'est le temps de cesser de jouer au ho treu dehaha et de t'en revenir." Mais ca continue a jouer ho treu dehaha, ho treu dehaha. A dix heures, Bon-eveque crie: "Beau-prince, viens-t'en ! Si je monte a la chambre de ma Belle-jarretiere-verte, je vas te des- cendre." Mais le ho treu de haha continue toujours. Bon-eveque monte, et trouve le pois et la feve qui sautent au plancher d'haut en faisant ho treu de haha. "Ben, il dit, quand on pense,6 ma vieille! Ma Belle-jarretiere-verte est partie avec lui. Vite, ma bonne-femme, prends tes bottes de sept lieues le pas." Et Bon-eveque donne apres7 Beau-prince. La Belle-jarretiere-verte dit: "Papa s'en vient pour nous pogner. 8 Tu me le diras, quand il sera tout pres." Une minute apres, il dit: "Tiens! voila ton pere qui arrive." Elle prend une brosse et la jette derriere elle. A Bon-eveque cette brosse parait comme une grosse montagne de pains. "Mais, il dit, qui aurait ce beau pain-la par chez nous, serait ben content!" II s'en retourne done chez lui, le dire a sa vieille. Elle repond: "Bougre de fou! c'est une brosse qu'elle a jetee derriere elle. Je vas y aller." Mettant ses bottes de sept lieues, elle adenne 9 apres. La Belle-jarretiere- verte dit: "Mouman s'en vient, sa caline10 drete a pic sur la tete."

1 Harnais. 2 Aller passer la soiree.

3 Foumier dit: "Saprons le camp. . ." 4 Plafond.

6 Apres un certain temps. 6 Dans le sens de "qui l'aurait cru ?"

7 I.e., donne la chasse, poursuit. 8 Saisir.

9 Pour "Elle donne apres. . .," i.e., elle part a leur poursuite. 1 ° Coiffure de femme.

Conies Populaires Canadiens. 41

La voyant approcher, elle fait paraitre comme un lac devant elle, et elle se change avec Beau-prince en canards, tous les deux. Ayant un petit sac d'avoine, la vieille appelle les canards: "Mes petits, mes petits! venez done manger de l'avoine." Le canard Beau-prince cherche tout le temps a y aller. Mais la Belle-jarretiere-verte le picoche toujours sur le bee pour le faire revirer. La vieille dit: "Ben, ma bougrese! tu [ne] t'en souviendras pas plus jeune." La Belle- jarretiere-verte demande a Beau-prince: "Tu ne sais pas ce que ma- man vient de dire?" "Non." "Eh ben! tu vas t'en aller seul au chateau de ton pere. Mais prends bien garde de te laisser em- brasser par personne. Car, si tu le fais, tu oublieras tout ce qui s'est passe1 durant ton long voyage. Et si personne ne t'embrasse, dans un an et un jour, nous nous marierons." La-dessus, ils se s£pa- rent, la Belle-jarretiere-verte s'en allant a la ville, et lui sus eux. l Comme il arrive, on vient lui demander des nouvelles du long voyage qu'il a fait. Mais il ne leur en dit rien. Fatigue comme il est, il va se coucher dans son bon lit.

Apprenant l'arrivee de Beau-prince, la voisine, sa marraine, s'en vient 'a la course' le voir. On lui dit: "II est coucheV' Mais ca [ne] fait rien; elle passe dans sa chambre, et elle l'embrasse bien des fois, pendant qu'il dort.

Quand Beau-prince se reveille, il ne se souvient plus de rien en'toute. II a oublie son long voyage. On lui demande de raconter ses aven- tures; mais il n'en peut rien dire. C'est comme si rien ne s'£tait passe.

Apres quelque temps, ne se souvenant plus de la Belle-jarretiere- verte. le voila en frais de se marier a une autre. Le roi, son pere, invite tout le monde de la ville a venir aux noces, et aussi, sans la con- naitre, la Belle-jarretiere-verte.

Pendant la noce, les invites se mettent a conter des histoires et a chanter des chansons. La Belle-jarretiere-verte, elle, est tran- quille, et ne parle point. On lui dit: "Mademoiselle, vous n'avez pas une petite chanson a nous envoy erf" Elle repond: "Non! je n'ai qu'une petite curieusite a vous montrer." On aimait bien les curieu- sites. Montre. C'est un petit coq et une petite poule qu'elle met sur la table. La petite poule fait le tour de la table pit pit pit pit! Et elle dit: "T'en souviens-tu, mon petit coq, quand tu voulais ma Belle-jarretiere-verte? Te souviens-tu que je t'ai passe la riviere sur mon dos?" "Non!" repond le petit coq. La petite poule continue : "Tu as le cceur dur, mon petit coq. Te souviens-tu quand je t'ai fait coucher de l'autre cote de la riviere, et quand je t'ai dit d'aller au chateau de Bon-eveque, le lendemain matin?" "Non!" "Tu as le cceur dur, mon petit coq. T'en souviens-tu, t'en sou- viens-tu?" Et elle fait le tour de la table pit pit pit pit! "T'en

1 Chez eux.

42 Journal of American Folk-Lore.

souviens-tu, mon petit coq, quand je t'ai fait construire, dans ta jour- nee, un batiment eouvert en plumes, pour y marcher jusqu'a la che- ville du pied." "Non!" La petite poule fait encore le tour de la table pit pit pit pit! "T'en souviens-tu, mon petit coq, quand je t'ai aid6 a vider le lac de mille lieues de long, et mille pieds de creux, dans ta journ£e?" "Non!" "Tu as le cceur dur, mon petit coq; tu as tout oublie\ T'en souviens-tu, mon petit coq, quand je t'ai fait batir un pont de mille lieues de long, dans ta journee; et que, pour t'aider, je ne me suis pas montree en crieture, mais en souris?"

"Non! repond le petit coq, je ne m'en souviens point." "T'en souviens-tu, mon petit coq, quand mon pere t'a envoye" 'veiller' avec moi, dans ma chambre, et quand j'ai dit a un pois et a une feve de sauter au plancher d'haut, ho treu dehaha, ho treu dehaha t" "Non!"

"Tu as le cceur dur, mon petit coq. T'en souviens-tu quand mon pere a 'donne apres' nous, avec ses bottes de sept lieues du pas ? J'ai jete" une grosse brosse derriere moi, et ga lui a paru une grosse mon- tagne?" "Non!" "Tu as le cceur dur, mon petit coq. T'en souviens-tu, mon petit coq, quand ma mere a 'donne- apres' nous, sa cdline drete a pic sur la tete, et 'les oreilles dans le crin ?" ' ] "Non! "

"Tu as le cceur dur, mon petit coq. T'en souviens-tu, mon petit coq, quand ma mere a dit 'Tu [ne] t'en souviendras pas plus jeune' ?"

"Oui, je m'en souviens!" dit le petit coq. Tout a coup la m6- moire revient a Beau-prince. II se souvient de tout. La petite poule fait encore le tour de la table pit pit pit pit! et elle dit: "S'ai-t-i gagne mon petit coq?" Tout le monde autour de la table se met a se frapper dans les mains, en disant: "Oui! la petite poule a gagne" le petit coq." Beau-prince s'ecrie: "C'est moi, le petit coq!" Et la Belle-jarretiere-verte dit: "C'est moi, la petite poule!" Le roi continue: "Puisque c'est comme 9a, Beau-prince, tu vas epouser la Belle-jarretiere-verte." Rien ne l'empechait, car dans ce pays-la on faisait les noces quatre jours avant le mariage. Beau-prince s'est done enfin marie a sa Belle-jarretiere-verte, dont le pere, Bon- eveque, restait a cent lieues Y autre bord du soleil. Le roi dit : "A'ct'heu- re, mon garcon, je vas te donner mon chateau et mon royaume." C'est ce qu'il a fait.

Et moi, ils m'ont renvoye ici vous le raconter.

50. LE CHATEAU DE F^LICIT^. 2

Une fois, c'6tait un vieux qui vivait au bord 3 d'une foret, avec ses trois filles.

1 M6taphore, pour "en colere."

2 Recueilli k Saintc-Anne, Kamouraska, en aout, 1915. Le conteur, Narcisse Thiboutot, dit avoir appris ce conte de son oncle, feu Charles Francoeur, il y a plu- sieurs amides.

3 Thiboutot disait: "dans le bord."

Conies Populaires Canadiens. 43

Le vieux, un bon matin, part et gagne dans la foret, pour se casser une brassee de petites branches avec quoi ses filles cuiraient le dejeu- ner. Une fois sa brassee de branches cassee et ramassee, qu'est-ce qui ressoud a lui? Un petit lievre. "Grand-pere, dit le lievre, pour avoir casse cette brassee de petites branches, il faut me donner la plus jeune de tes filles. Autrement, c'est ta mort." Voyant ca, le bonhomme dit: "Je vas t'abandonner ma brassee de branches." "Non, tu ne peux pas le faire. Moi, je suis le plus beau des prin- ces, amorphose pour tous les jours de ma vie. Quand meme tu me laisserais ta brassee de branches, ta vie est au boute si tu ne veux pas me donner la plus jeune de tes filles; je Vamorphoserais pour le reste de ta vie." Le vieux repond: "Je vas aller trouver ma fille, et si elle consent, je te l'amenerai. Si elle ne consent pas, je reviendrai mourir."

Rendu a la maison, il dit a sa cadette: "Ma fille, un de nous toi ou moi doit sacrifier aujourd'hui sa vie a cause de la malheureuse brassee de petites branches que je viens de casser dans la foret. Le maitre de la foret est un prince amorphose sous la forme d'un petit lievre. Si tu consentais a devenir sa femme, dans un an et un jour il serait demarphose." l La fille repond: "Ah! s'il n'y a que ca a faire, je vas y aller, poupa." Le pere s'en va done mener sa fille a l'endroit ou il avait casse la brassee de petites branches. Qu'est-ce qui arrive a lui? Le petit lievre, qui dit: "Tu vas me suivre, toi qui es la meil- leure des filles. Je t'emmene a mon chateau, ou tu seras la plus belle de toutes les princesses." Partis, ils se rendent ensemble au chateau, dans la foret.

Au chateau, le soir venu, le petit lievre se change en un beau prince, et dit: "Ma belle, ga durera pendant un an et un jour; car, j'ai trois cent soixante-six peaux de lievre, que j'aurai a mettre, une chaque jour. Une fois toutes ces peaux repassees, je redeviendrai le plus beau prince de la terre." "S'il n'y a que ca a faire, repond la jeune fille, tache de tenir bon, 2 et je t'aiderai."

Apres une quinzaine de jours, la jeune fille commence a s'ennuyer. Une idee lui venant, elle se dit: "Si je prenais toutes ces peaux de lievre et les faisais bruler a petit feu dans la cheminee, ca lui prendrait bien moins de temps a redevenir prince, d'dmeure. 3 Qa serait bien plus desennuyant de rester au chateau, ailleurs que* de passer les jour- nees dans la foret." Dans la cheminee elle allume le feu, prend les peaux de lievre et les fait bruler a petit feu. Quand la derniere peau acheve de bruler, le petit lievre entre. "Ah, il dit, ma femme! qu'est-

1 De-metamorphose.

2 Thiboutot disait: "tache de toffer" (de l'adjectif anglais "tough")-

3 I.e., a demeure, definitivement.

4 4.u lieu de. . .

44 Journal of American Folk-Lore.

ce que tu es a faire, la ? C'est pour lc coup que tu me perds, jusqu'a la fin do ta vie; car, je suis le fils du roi, dans un pays bien eloigne d'ici. A'ct'heure, il me faut partir et retourner chez mon pere. Si tu n'es pas capable de me retrouver d'ici a un an et un jour, tu ne seras plus ma femme." Partant, il lui donne son mouchoir, ou se trouve son portrait et ou son nom est ecrit aux quatre coins. Le voila qui part, pendant que sa femme guette, pour voir sur quel bord il s'en va.

Quelques jours apres, elle aussi prend le chemin, et elle marche, marche bien longtemps, a la recherche de celui qu'elle a perdu. Un jour, elle arrive a une petite habitation, au milieu d'un bois; cogne a la porte. Une grosse voix repond: "Entrez!" Elle entre: "Bon- jour, grand'mere!" "Bonjour, princesse!" La vieille femme ajoute: "Que cherchez-vous ?" 1 "Grand'mere, je suis a la recherche d'un prince qui 6tait, le jour, sous la forme d'un lievre. Apres l'avoir trahi en faisant bruler ses peaux de lievre au feu de la cheminee, je l'ai perdu; il m'a quitted en disant: 'Si tu ne m'as pas retrouve dans un an et un jour, tu ne seras plus ma femme.' " La vieille femme demande: "Savez-vous quel est son pays?"2 La princesse repond: "Tout ce qu'il m'a dit, avant de partir, c'est qu'il restait au chateau de Felicite, suspendu par quatre chaines d'or, sur la montagne Vitree." La vieille dit: "Vous n'avez qu'a attendre ici jusqu'a ce soir. Mes garcons sont les quatre Vents, soite:3 le Vent-du-sw, le Vent-d'est, le Vent-de-nord et le Vent-de-1'ouest. Chaque jour, ils vont bien loin, dans leur course. S'ils ont vu le chateau de Felicity sur la montagne Vitree, ils pourront vous y conduire."

Sur le soir, voila le Vent-du-sw qui arrive a toute vitesse. La mere lui lache un cri: "Toi, n'arrive pas si vite, d soir; la cabane en craque effrayant." En entrant, le Vent-du-sw dit: "De la viande fraiche, m'a* en avoir a manger, a soir!" "Comment, mon ver de terre! dit sa mere, manger de la viande fraiche? Qu'est-ce que tu veux dire?" "Oui, la princesse que vous logez, m'a la manger." "Touches-y, pour voir, a la princesse!" Une fois qu'il est calme, sa mere lui demande: "Es-tu alle loin, aujourd'hui?" "Ah! il re- pond, je suis alle bien loin, bien plus loin qu'hier." "Si tu es alle si loin, as-tu vu le chateau de Felicite, suspendu par quatre chaines d'or, sur la montagne Vitree?" "Non, je ne l'ai pas vu. Mais le Vent- d'est, qui est alle' bien plus loin que moi, l'a peut-etre vu, lui."

Le Vent-d'est ressoud d'une telle vitesse qu'il jette quasiment la cabane a terre. Sortant avec sa canne, la vieille crie: "Toi, n'arrive pas si vite, d soir. Je ne veux pas que tu brises la cabane et nous

1 Thiboutot dit: "De quoi'ce que vous etes en recherche?"

2 Le texte de Thiboutot est: "Savez-vous de quel pays qu'il est?"

3 Soit, a savoir.

4 Pour "je m'en vas. . ." •*,

Conies Populaires Canadiens. 45

obliges a coucher dehors." II repond: "Ah, ah, grand'mere! vous avez de la visite, d soir? M'a toujou ben la manger, pour mon sou- per." "Touches-y, pour voir, toi!" Quand il s'est un peu calme, elle lui demande: "As-tu 6te" bien loin, aujourd'hui ?" "Oui, j'ai 6te bien loin." "Si tu es alle si loin, as-tu vu le chateau de Felicite, sur la montagne Vitree ?" "Non, je n'ai pas vu le chateau de Feli- cite, sur la montagne Vitree." Au bout d'une petite escousse, voila le Vent-de-nord qui ressoud, ventant d'une force 6pouvantable et gelant tout. Sortant a la porte, la vieille dit: "Si tu ne peux pas arri- ver plus doucement que ga, tu vas voir que je vas te tranquilliser, moi!" Quand il s'est apais<§, elle demande: "Es-tu alle loin, aujourd'hui?"

"Oui, mouman, j'ai £te bien loin." "As-tu vu le chateau de Feli- cite, sur la montagne Vitree?" "Ah, par exemple! je ne suis pas encore alle assez loin pour voir ga." "Le Vent-de-1'ouest, lui, m'a Fair a etre alle bien plus loin que vous autres. II n'est pas encore arrive. Peut-etre a-t-il vu le chateau de Felicite ?"

A peu pres une demi-heure plus tard, voila un petit vent chaud qui ressoud le Vent-de-1'ouest. "Tiens! dit la mere, en sortant, il a vu quelque chose, lui; il arrive tranquillement et tout joyeux. Vent- de-1'ouest, qu'as-tu vu, aujourd'hui?" "Mouman, j'ai vu une chose que je n'avais jamais encore vue." "Qu'est-ce que c'est done ?"

"J'ai vu un chateau suspendu par quatre chaines d'or, le chateau de Felicite, sur la montagne Vitree." Sa mere demande: "La mon- tagne Vitree, est-elle bien haute ?" 1 "Ah! si c'est haut? Je pense ben que c'est haut! C'est une montagne toute en verre et coupee a pic tout autour." "Demain, dit la vieille femme, tu vas avoir a y conduire cette jeune crieture."2 Le Vent-de-1'ouest repond: "Mou- man, si je suis pour y mener cette crieture, demain, il me faut, a soir, manger de la bouillie au sucre." La bonne-femme greye le chaudron, prepare une chaudronnee de bouillie, et fait manger le Vent-de-1'ouest com'i'faut. Quand il a bien mange, elle dit: "A'ct'heure, mes gar- cons, allez vous coucher, et, demain matin, toi, le Vent-de-1'ouest, tu iras mener cette crieture a la montagne Vitree."

Le lendemain matin, avant le depart, la vieille donne a la prin- cesse un petit roueV, une paire de ciseaux et une quenouille, disant: "Tiens! ga te servira." Comme il y a d6ja un an moins deux jours que le prince metamorphose" en lievre est parti, il faut se d£pecher. Le Vent-de-1'ouest part done, et dans un 'rien de temps' il arrive avec la princesse pres de la montagne Vitrei. Comme le chateau de Felicite 6tait bien haut, il prend de Verre 3 et arrive sur la^montagne, ou il laisse. la voyageuse.

1 Le texte ici est: "C'est-i ben haut?"

8 "Creature;" ici, il n'est pas employe" dans un sens pgjoratif.

3 Terme de marine, dont le sens est ici "prendre son elan."

46 Journal of American Folk-Lore.

Rendue au chateau, celle-ci demande la place de cuisiniere. Les noces du prince qui se remarie ayant lieu dans deux jours, on a bien besoin de cuisinieres. Le roi dit:"Es-tu bonne pour faire roth- la viande?" "Certainement, monsieur le roi."

Le jour de la noce, la nouvelle cuisiniere prend le mouchoir brode" que lui avait donne* le prince sous la forme d'un lievre, et elle s'en sert, a la cuisine. Apercevant le mouchoir, le prince reste tout surpris.

Quand 'ga vient au soir,' le roi dit a sa nouvelle femme, avant de se coucher: "II faut que j'aille parler a la servante." Comme de raison, il se doute bien que sa premiere femme est venue le rejoindre avant [la fin de l']an et un jour. x Mais il ne peut pas voir ni parler a la servante.

A la cuisine, le lendemain, la servante du roi prend son petit roueV et se met a filer toutes sortes de cotonnages; et quand elle les devide sur la tournette, ca devient la plus belle soie qu'il y ait au monde. Voyant ces choses, la nouvelle femme du roi veut les avoir. Mais la servante repond: "Si vous voulez avoir mon roueV, ma quenouille et mes ciseaux, il faut que vous me laissiez prendre votre place, ce soir, aupres du prince." "Puisqu'il le faut, repond la princesse, j'y consens."

La nuit venue, la premiere femme du prince vient le trouver et se met a lui raconter l'histoire du prince amorphose en lievre, dans la foret, de son depart precipite* et de sa promesse 'que si sa princesse le retrouvait avant un an et un jour, elle serait encore sa femme.' Com- me tu le vois, il y a eu un an et un jour hier que tu es parti, et tu t'es marie malgre* que je sois revenue. As-tu raconte ta promesse a ton pere, le vieux roi?" "Non, j'avais tout oublie." "II faut que tu lui en paries, pour que je sache si je suis encore ta femme, oui ou non."

Le jeune prince, le lendemain matin, va tout raconter a son pere, qui repond: "Mon garcon, si c'est elle qui t'a delivre quand tu etais dans la foret, amorphose en lievre, et si tu lui as promis que jusqu'[au bout d']un an et un jour elle resterait ta femme si elle pouvait te re- trouver, c'est decide, c'est a toi d'y passer. Quant a l'autre, tu es mieux de la ramener a son pere au plus vite, avant qu'elle s'accoutume a ta maison." C'est ce qui est arrive au cours de la journ^e.

Le prince, depuis ce jour, a2 toujours reste* au chateau de Feli- city, sur la montagne Vitrei, avec celle qui l'avait deUivre* de ses peaux de lievre, dans la foret. Vieux comme il est, son pere le roi est bien content de tout leur donner, son chateau et sa couronne.

Et aujourd'hui ils sont ben ben, 3 la.

1 Thiboutot disait incorrectement: "Avant un an et un jour."

2 Le conteur eut mieux dit "e3t toujours restee" comme, dans son idee, Taction est sensee se continuer jusqu'aujourd'hui.

3 I.e., tres heureux.

Contes Populaires Canadiens. 47

51. TI-JEAN ET LE PETIT VACHER. *

Une fois, il est bon de vous dire, c'etait un roi.

Apres s'etre promene" dans ses parterres, un jour, il s'en va dans sa foret. Apercevant une petite cabane de branches, il y entre, et il trouve une pauvre femme, toute seule avec son petit gargon, le plus bel enfant 'du jour.' 2 "Mais, madame, il dit, par quelle aven- ture etes-vous ici, 3 dans cette casane?"* Elle repond: "Monsieur, j'ai eu les yeux arrach^s par une vieille magicienne, qui m'a envoyee dans cette foret." Le roi demande: "Est-ce dans les bois, seule, que vous avez eu cet enfant?" "Oui," et elle ajoute: "C'qui lui donne sa nourriture, c'est une biche qui vient tous les jours se faire traire. 5 Nous vivons tous les deux de ce lait." "Madame, votre petit gargon a-t-il et6 baptise ?" "Non, il n'a pas 6te baptise." "S'il ne Fa pas ete, m'a6 le baptiser, moi." II le baptise done, et l'ap- pelle Ti-Jean. Avant de repartir, il dit a la mere: "Dans sept ans, vous me l'enverrez."

Au bout de sept ans, le petit gargon etait joliment grand c'est qu'on grandit vite dans un conte! Sa mere l'envoie chez le roi. En arrivant pres du chateau, il rencontre le petit vacher du roi, qui lui demande: "Dis-moi done, mon petit gargon, ou7 tu vas?" "Je m'en vas trouver le roi, mon parrain. C'est le roi qui m'a baptist, dans une casane, il y a sept ans; et il a dit a mouman de m'envoyer a lui, au bout de sept ans." Le petit vacher dit: "Ben, mon petit gar- gon, on va changer d'habillement, 'tous les deux.' Tu vas prendre ma place ici, et moi, la tienne. Si tu ne veux pas, je te tue, et je te mets en charpie." Ce n'est pas tout! II lui fait faire serment sur i'alumelle de son couteau de ne jamais 'le declarer.'8 Croyant que c'etait la un vrai serment, Ti-Jean garde les vaches pendant que le petit vacher prend sa place, s'en va au chateau du roi, et cogne a la porte. "C'qu'il y a, la?" "Sire le roi, c'est l'enfant que vous avez baptise dans les bois, il y a sept ans." "Mais, dit le roi, tu promettais de faire un plus bel enfant que ga. T'es laite 9 comme le

1 Recueilli . a Sainte-Anne, Kamouraska, en juillet, 1915, d'Achille Founder, qui dit l'avoir appris d'un Canadien-francais, dans les chantiers du New-Hampshire, il y a bon nombre d'annees.

2 Dans le sens de "qui soit au monde."

3 Fournier disait: "par quelle aventure que vous ites ici ?"

4 Du mot latin "casa," maison, et peut-etre derive directement de "caserne." Le sens en est ici "petite maison."

6 Fournier, comme tout autre paysan, disait ici "tirer."

6 Pour "je m'en vas. . ."

7 Fournier dit: "Oil c'que tu vas?"

8 I.e., 'declarer' le vacher, e'est-a-dire, reveler sa perfidie.

9 I.e., tu es laid.

48 Journal of American Folk-Lore.

diable!" II l'envoie jouer avec les petites princesses, dans leur cham- bre. Qa ne prend pas de temps, les petites princesses ne veulent pas le voir p'en'toute. l Le soir, quand Ti-Jean arrive, elles s'en vont le rencontrer; et toutes autour de lui, elles lui font une petite niche icite, une petite niche la. L'autre en est jaloux, et dit au roi: "Votre petit vacher se vante de pouvoir aller chercher votre princesse, qui a £te* enlevee par le vieux magicien." Le roi clemande a Ti-Jean: "C'est-?' vrai que tu t'es vante* de pouvoir aller chercher ma princesse, que le vieux magicien a enlevSe ?" "Sire le roi, repond-il, je ne m'en suis pas vant6; mais s'il le faut, je vas y aller."

Voila Ti-Jean parti, avec un petit sac de provisions qu'il se met en bretelle sur le dos. II arrive au bord de la mer, a un quai ou pas un navire n'a accosts depuis cent ans. Tout a, coup, c'est un gros bati- ment qu'il voit venir. En haut, se tenant en avant du mat de la misaine, un matelot, en l'apercevant a ras le quai, lui crie: "Mon petit gargon, c'que tu fais, la?" II repond: "II me faut aller cher- cher la princesse que le vieux magicien a enlevee, il y a sept ans." Le matelot dit: "Va demander au roi ce qu'il te faut. Fais-toi don- ner un batiment charge de bceuf, un batiment charge de riz, et un stimeur 2 comme il n'y en a pas de plus rapide sur mer, 3 et une armee a bord, pour faire la guerre au vieux magicien." Ti-Jean retourne done voir le roi, et lui dit: "Sire le roi, si vous voulez que j'aille chercher votre princesse, il faut que vous me donniez ce que je vas vous deman- der."— "C'que c'est?" demande le roi. "II me faut un batiment charge* de bceuf, un batiment charge de riz, et un stimeur comme il n'y en a pas de plus rapide sur mer, et une armee a bord." Le roi repond: "Tu vas avoir de ce qu'il te faut, un batiment charge de bceuf, un bati- ment charge* de riz, et un stimeur qu'il y a Hen qui aille plus loin sur mer."

Voila mon garcon qui greye ses batiments et son stimeur. II part avec son armee, ses marins, et le matelot du mat de la misaine, qu'il emmene avec lui pour le piloter c'6tait son pilot. 4

Une fois sur mer, ils marchent, marchent, marchent pendant trois mois. Tout a coup, c'gu'ils voient ? Un tapon 5 noir. C'est le roi des aigles qui arrive. Ti-Jean lui dit: "Roi des aigles! si je te don- nais ce batiment charge* de bceuf, me laisserais-tu passer, 'aller et revenir'?"6 "Oui, je te laisserais passer, 'aller et revenir.' " II ajoute: "Si tu viens a avoir besoin de nous autres, les aigles, tu n'auras qu'a dire 'Roi des aigles!' et je serai 7 a toi." Et se jetant sur le bati-

1 Pas en tout, i.e., paa du tout.

2 De l'anglais 'steamer.'

3 Fournier dit: "un stimeur, comme ily a Hen qui aille plus vite que ca sur mer. . . "

4 Prononce" "pilo."

6 I.e., une tache noire (dans le firmament).

8 En allant et en revenant. 7 Viendrai.

Contes Populaires Canadiens. 49

ment de boeuf, tous les aigles se battent pour avoir de la viande; mais il y en a la moitie qui n'en eurent point.

Ti-Jean et son batiment marchent encore un mois. II y avait loin a aller pour trouver le vieux magicien! Un bon matin, c'qu'ih voient? Encore un tapon noir. C'que c'etait? Le roi des fre- milles.1 "Ah, roi des fremilles, il dit, arrete done un peu! Si je te donnais ce batiment charge de riz, me laisserais-tu passer, 'aller et revenir?'" Le roi des fremilles dit: "Je te laisserai passer, 'aller et revenir;' et si tu viens a avoir besoin de moi, tu n'auras qu'a dire 'Roi des fremilles!' et je serai a toi." Toutes les fremilles s'abattent sur le batiment de riz, et prennent chacune un brin de riz. Mais il y a tant de fremilles qu'elles se battent pour savoir qui aura le riz. Et il y en a la moitie qui n'en eurent point.

Toujours que, a la fin, ils arrivent au pays du magicien, et ils accos- tent a un vieux quai. Ti-Jean part et s'en va chez le voisin du vieux magicien qui garde la princesse, et il fait demander a la princesse de venir le trouver. En arrivant, la princesse demande: "Tu es venu me chercher? Le magicien, lui, ne voudra pas me laisser partir. II va commencer par te faire enlever la montagne de terre devant son chateau; il te fera ensuite transporter la montagne de pierre qui se trouve en arriere de son chateau. Apres ca, il te demandera de lui remettre la vue comme a l'age de quinze ans." Ti-Jean dit: "Que faire?" Elle repond: "Invite-le a aller voir ton batiment; et nous trouverons un moyen de nous sauver, sans qu'il puisse nous rejoindre."

Ti-Jean, le lendemain matin, s'en va voir le vieux magicien: "Bon- jour, vieux magicien!" "Bonjour! qu'est-ce que tu viens faire ici?" "Je viens chercher la princesse." "Tu as bien des choses a faire avant d'emmener la belle princesse. II faut que tu otes la montagne de terre de devant mon chateau." Ti-Jean se retourne et dit: "Roi des fremilles, a moi!" Voila toutes les fremilles qui viennent, et prennent chacune un brin 2 de sable. II y a tant de fremilles qu'elles se battent a qui aurait du sable; et la moitie n'en eurent point. S'ap- prochant du magicien, Ti-Jean dit: "Votre montagne de terre est partie, vieux magicien. Je peux-t-z* 3 emmener la belle princesse ?" Le magicien repond: "Tu as encore bien de quoi a faire avant de l'em- mener. II faut que tu otes ma montagne de pierre, en arriere du cha- teau." Se retournant, Ti-Jean dit: "Roi des aigles, a moi!" Tous les aigles arrivent, prennent chacun une roche. II y a tant d'aigles que la moitie [d'entre eux] n'ont point de roche, et se battent d qui* en aura. Voila la montagne qui disparait. Ti-Jean dit: "Vieux ma-

1 Pour "founnis." 2 Grain.

3 Pour "peut-il;" la forme interrogative de la troisieme personne du singulier passe ici a la premiere en y ajoutant le pronom "je."

4 Fournier dit "se battent a gui-c'qui en aurait."

50 Journal of American Folk-Lore.

gicien, jc pcux-t-i emmcner la belle princesse, a'ct'heure? Votre montagne de pierre est partie." Le magicien repond: "II faut d'abord que tu me remettes la vue comme a l'age de quinze ans." Ti-Jean trouve un petit pot de graisse l dans son armoire, frotte les yeux du magicien, qui voit clair comme a l'age de quinze ans. "A'ct'heure, vieux magicien, je pourrais-£-i emmener la princesse?" II repond: "Non, la princesse est trop belle pour que je te la donne, a'ct'heure que je vois clair comme a l'age de quinze ans." "Si vous ne voulez pas me la laisser emmener, gardez-la! Mais venez tou jours faire un tour a mon batiment." Le vieux magicien s'y rend avec sa prin- cesse. La princesse saute a bord, Ti-Jean ensuite. Pendant qu'on retient le magicien sur le quai, Ti-Jean coupe les cordages. Le bati- ment part; et le magicien reste a terre. Voila le batiment rendu a cinq cents lieues dans le large. Le magicien s'arrache les cheveux de voir la belle princesse partie. Sur la greve2 il y avait une vieille chaloupe qui n'avait pas servi depuis cent ans. Prend 3 la chaloupe, la coltore, 4 la calfeutre com'i'faut, et part. Le voila rendu a cinq cents lieues dans le large. Q& marche! Ti-Jean arrive chez le roi des fremilles. "Roi des fremilles, a moi! Si vous le laissez passer, on5 est fini." "II ne passera pas ici, le bonhomme!" r6pond leroi des fremilles. Quand le magicien arrive, il dit a ses fremilles: "Per- sons sa chaloupe!" Les voila qui se mettent a sa chaloupe, percent sa chaloupe. II faut bien qu'il prenne terre, sa chaloupe faisant6 eau comme un panier. Une fois a terre, il arrange sa chaloupe, la cheville, la calfeutre, et la coltore. II envoie encore un elan dans le large, et le voila rendu a mille lieues. Ti-Jean regarde 'dans' sa lon- gue-vue. Apercevant le magicien qui arrive, il dit: "Roi des aigles, a moi! Si vous le laissez passer, on est fini." Les aigles se jettent sur la chaloupe, et devorent le bonhomme. Les quartiers revolent sur tous les bords.7 Ti-Jean dit: "Victoire, la princesse!"

Vers la fin du voyage, Ti-Jean met dans le haut des mats le pavilion et le portrait de la princesse. Le roi, qui passe son temps a regarder la mer avec sa longue-vue, voit arriver le batiment. Remarquant le portrait dans le haut du mat, il dit: "Ah! le petit vacher ramene la princesse." Quand le batiment accoste, il est au quai qui attend. Sa princesse d6barque et embrasse son p&re. Le petit prince le traitre va lui tendre la main, mais elle lui donne 'une claque sur

1 A maints endroits, dans les contes de Founder, le 'petit pot de graisse' sert a delivrer d'une metamorphose.

2 Founder dit: "Sur le bord de la greve."

3 Le magicien prend . . .

4 De l'anglais "coal-tar," goudron de houille; ce nom devient verbe, ici.

6 Pour "nous sommes finis (perdus)."

8 Founder disait: "Sa chaloupe prenait l'eau. . ."

7 I.e., les morceaux volent de tous cot6s.

Contes Populaires Canadiens. 51

la gueule,' en disant: "Tiens, tu merites ga!" Le roi, lui, ne sait pas ce que 5a veut dire. II lui demande: "Mes petites princesses ont Fair de te hair 'a plein.' C'que ca veut dire, done ?" Mais lui s'en va chez le boucher, et dit: "Ti-Jean, le petit vacher du roi, va venir ici. Je veux qu'il soit tue, par parole de roi!"

Le boucher a tue Ti-Jean.

La princesse delivr£e sort du chateau en passant par son chassis et venant trouver le boucher, elle dit: "Boucher! vous avez tue" Ti- Jean. Je vas le faire revenir. *■ Et si vous pouvez le retuer 2 e'est a moi que vous aurez affaire." Ayant fait un petit sifflet, elle siffle, et voila Ti-Jean qui se met a grouiller. Elle le lui met dans la bouche. Ti-Jean fait des grimaces, se met a rever et a gigoter. 3 Le revoild vivant.

En partant de chez le boucher, Ti-Jean achete du bceuf et va en porter a ses matelots pour qu'ils en mangent. "Mais, Ti-Jean, disent les matelots, tu as etc" bien longtemps a ton voyage! Qu'est-ce qui t'est arrive?" II repond: "J'ai attendu apres le boucher qui n'avait pas de bceuf de tue."

Partant de de'ld, Ti-Jean s'en va chez le roi. II entre au chateau, et dit au roi: "A votre grand fricot,* a 5 soir, je 'pretends' que 6 toutes les portes et les chassis soient fermes. J'ai une grande histoire a vous conter. Mais faites d'abord conter celle de votre petit prince, pour voir si elle a Pair a avoir de 'Failure.' " 7

Le soir, a son fricot, le roi fait conclamner les portes et les chassis, et il dit a son petit gargon: "Conte-nous done ton histoire!" "Sire le roi, e'est moi que vous avez baptise* dans les bois, il y a sept ans,8 et vous m'avez appele Ti-Jean." Se retournant vers le petit vacher, le roi dit: "Et toi, mon petit vacher, conte-nous done ton histoire." "Sire le roi, mon histoire va etre plus longue a conter. C'est moi que vous avez baptise dans un bois, pres de vos parterres, il y a sept ans; et vous m'avez appele Ti-Jean. En voyant ma mere aveugle, dans sa casane, vous lui avez demande si j'avais £te baptise. Ma mere repondit: 'Non!' et vous avez dit: 'Je vas le baptiser; et au bout de sept ans vous me l'enverrez.' Quand je venais a votre chateau, j'ai rencontre votre petit vacher. II m'a demanded 'Ou vas-tu?' Je lui ai repondu: 'Je m'en vas chez le roi qui m'a baptist, dans un bois, il y a sept ans.' Mais le petit vacher m'a pris mes habits en me don- nant les siens. II m'a dit: 'Si tu me declares, je te tue.' Et sur l'alu-

1 Revenir a la vie.

2 I.e., s'il vous arrive de le tuer encore.

3 Le conteur faisait ici des gestes comiques.

4 Souper de gala. 6 Ce soir.

6 Je desire que ... 7 Du bon sens.

8 Ici le conteur emploie inconsciemment le chiffre mystique "sept," sans remar- quer qu'il a du se passer des annees depuis que l'enfant s'est presente au roi.

52 Journal of American Folk-Lore.

melle d'un couteau il m'a fait faire serment de ne rien dire." "Ah, mon Gieu! l que j'ai mal 'dans le' ventre! dit le petit vacher. Je vou- drais sortir." 2 Le roi dit: "Parole de roi! personne n'ira dehors icite, a soir. Tu vas passer 3 ton mal de ventre ici, dans le chateau." Et se retournant vers Ti-Jean, il dit: "C'est done toi que j'ai baptise" dans un bois, il y a sept ans?" "Oui, sire le roi, c'est moi." Le roi de- mande: "Qu'est-ce que tu lui ordonnes,4 au petit vacher?" "Je lui ordonne d'etre ecartele" 5 par quatre chevaux" II 6tait aussi pire que les Allemands, ce petit gueux! On fait 6carteler le petit vacher par quatre chevaux.

Comme Ti-Jean avait bien gagne la princesse en la delivrant, au chateau du vieux magicien, il Fa 6pousee. Le roi lui a donne son cha- teau et son royaume, en disant: "Voila ce qui te revient."

C'est tout. Et moi, ils m'ont renvoye ici vous le raconter.

52. la sirene. 6

Une fois, c'C'tait un homme et une femme, et leur petit garcon, Georges.

Cet homme, un habitant du long 7 d'un fleuve, avait une goelette dont il se servait par escousses 8 pour charrier les effets des marchands de la place.9 Sa femme lui disait souvent: "Mais, abandonne done ces voyages-la!" "Ma pauvre femme, repondait-il, tu vois toujours ben que si j' 'abandonne de voyager avec ma goelette, nous allons crever de faim. Je voyage, et on n'a pas encore assez d'argent pour ren- contrer10 nos affaires. On serait bien certain de manger notreterreen deux ans, si on n'avait rien autre chose pour vivre."

L'habitant, un bon jour, part pour la ville avec sa goelette remplie des plus beaux poissons qu'on ait jamais vus. II vend sa charge de poisson, et revient chez lui avec sept cent piastres. Donne l'argent a, sa femme. Au bout de quinze jours, tout l'argent est depense. II dit: "Mais, ma pauvre femme, je ne peux pas m'imaginer ce que tu as fait de tout cet argent." "Ah bien! elle r6pond, il me faut suivre la mode comme les autres" la mode 6tait aux grandes plumes sur les chapeaux, et aux robes a, cinq ou six stages! Le mari r6pond: "Tu serais bien mieux de n'avoir qu'une plume a ton chapeau et qu'un

1 Dieu. 2 Le petit vacher cherche, par une feinte, a s'6vader.

3 Dans le sens de "guerir."

4 Dans le sens de "a quoi condamnes-tu . . ." 6 Fournier disait icartiller.

6 Conte r6cit6 en juillet, 1915, a Sainte-Anne, Kamouraska, par Narcisse Thiboutot, qui l'apprit de son oncle, feu Charles Francceur, de qui il ne l'entendit reciter peut- etre qu'une fois.

7 Vivant au bord d'un fleuve. 8 A intervalles. 9 De l'endroit, du village. l ° Anglicisme

Conies Populaires Canadiens. 53

etage a, ta robe." "Ah! plutot que de t'amuser icite a, l'histoire des modes, tu ferais bien mieux d'aller a la peche encore une fois."

II repart done avec sa goelette pour la peche. Rendu a Fendroit ou il avait pris tous ses beaux poissons, voila une tempete qui s'eleve. II ne sait pas s'il doit perir ou resister a la tempete. Plus la tempete approche, plus la mer est grosse, et plus sa goelette veut verser. Tout a coup, c'qui sort de l'eau ? Une serev£. x "Tu as eu peur, elle dit, hein?" "Oui! j'ai eu peur." "Tu es venu pecher ici, F autre fois, et tu as pris toutes sortes de beaux poissons. Mais, cette fois-ci ta charge de poisson va te couter cher; ou bien, tu vas perir." "Que faut-il que je te donne pour ma charge de poisson?" "II faut que tu me donnes ton fils Georges, a ton prochain voyage. Si tu ne le fais pas, tu es bien certain de perir." L'homme reste un moment songeur, pensant en lui-meme: "Pour avoir ma charge de beaux pois- sons, je vas le lui promettre, mais je ne reviendrai plus ici, jamais." II promet done a la sirene de lui emmener son fils, a, son prochain voya- ge. La sirene dit: "Jette ton filet a, Feau, et tu vas hdler les plus beaux poissons qui se soient jamais pris." Quand sa goelette est bien rem- plie, elle ajoute: "Prends bien garde a toi de m'oublier!" "Crains pas! la sirene, je ne t'oublierai pas, certain"

II s'en va a. la ville vendre son poisson. En ville, qu'est-ce qui vient le trouver ? Le roi de la place. Le roi lui demande: "Comment veux-tu pour ta charge de poisson?" "Ma charge de poisson n'est pas a vendre si je ne vends pas ma goelette avec." Le roi dit: "Je veux hen acheter le poisson, mais pas la goelette." "Si tu ne veux pas acheter ma goelette, donne-moi mille piastres pour ma charge de poisson." Le roi lui paye mille piastres. Le pecheur prend sa course vers chez eux. Comme il arrive, sa femme lui demande: "As-tu fait un bon voyage ?" "Oui, mais pour en faire un autre, ca me coutera cher." "Comment, pour en faire un autre, ca te coutera cher?" II ne veut pas, d'abord, lui raconter l'histoire; mais il finit par dire: "Si je retourne a, la peche, je serai oblige d'emmener avec moi Georges, mon petit gargon, qui a Fage de sept ans; et tu ne le reverras plus, jamais."

Au bout d'une couple de mois, tout l'argent est defense. La femme se met encore apres son mari: "Va done faire une autre peche!" A la fin, il se decide de partir. En appareillant sa goelette, il songe toujours a, ce que la sirene lui a dit. II pense: "Si je n'emmene pas mon petit garcon, e'est certain que je vas perir." II retourne a la maison et dit a Fenfant: "Viens done a la goelette avec moi." Se doutant de Faf- faire, la femme les suit a, bord, fait entrer le petit garcon dans la cham- bre, et pendant que son mari detache les cordages, le fait debarquer en cachette. '

1 Thiboutot pronongait "serene," ce qui vient sans doute de "sirene."

54 Journal of American Folk-Lore.

Parti, le pecheur file en pleine mer, vers l'endroit ou il 6tait d6ja alle\ Pendant qu'il jongle, l qu'est-ce qu'il voit? La sirene. "Com- ment, malheureux, tu viens encore chercher du poisson, et tu ne m'as pas amene" ton enfant!" "Pardon, la sirene! mon enfant est dans la chambre de la goelette. Je l'ai fait embarquer avant mon depart, et je dois te le livrer comme je l'ai promis." "Oui, tu dois me le livrer! Mais tu ne l'as pas avec toi; ta femme l'a fait debarquer pen- dant que tu d^tachais la goelette. Tu vas te charger de poisson pareil, cette fois-ci. Mais il faut que tu me Pamenes, a ton prochain voyage. Le poisson que tu vas prendre de ce coup-icite, c'est le plus beau poisson qui s'est jamais pris." Le pecheur emplit sa goelette du plus beau poisson de la mer, et s'en va a la ville, le vendre.

En ville, le fils du roi vient et lui demande: "Comment demandes-tu pour ton poisson et ta goelette?" "Je demande mille piastres, et je ne veux plus toucher aux cordages de la goelette." Ayant recu son prix du fils roi, il prend les chars 2 et s'en retourne chez lui.

En voyant sa femme, il dit: "J'ai vendu ma goelette avec la plus belle charge de poisson au fils du roi." Elle r£pond: "Pourquoi c'que t'as ete vendre ta goelette ? Nous n'avions que ca pour vivre, et tu faisais de si bonnes peches." "J'aime mieux vivre sur ma terre avec mon enfant que de le perdre en allant pecher."

Apres avoir travaille dur pendant une couple d'annees sur sa terre, il est oblige de la vendre avec tout ce qui lui reste.

Deux ans plus tard, il travaille a la journee, faisant de Tabatis pour les autres.

A Page de quatorze ans, son fils Georges va le trouver, et lui de- mande son canif pour se faire un sifnet. A son pere qui lui donne son canif, il dit: "Merci, poupa! je pars en voyage." Le pere repond: "Fais pas ca, mon garcon; reste ici!" "Bonjour, poupa!" II ajoute: "Mouman vous a fait vendre ma vie, et je ne veux pas qu'il vous arrive malheur a cause de moi. J'aime autant partir de moi- meme, aujourd'hui, que de me faire livrer." 3

Une fois parti, il prend un petit chemin le long d'un bois, et marche pendant trois jours. Le long du chemin, il passe pres de la carcasse d'un vieux cheval, et il entend un train epouvantable. Un lion, un aigle et une chenille se battent ensemble. 4 Bien en peine, Georges se dit: "Si ces betes m'ont vu, c'est bien fini de moi." Tout a coup Paigle arrive derriere lui et dit: "Venez icite, jeune homme. II y a trois jours que nous, un lion, un aigle et une chenille nous battons

1 I.e., est songeur.

2 "Prendre le train," curieuse anomalie dans un conte de fee.

3 Livrer a la sirene.

* Ici est introduit un episode semblable a un de ceux du "Corps-sans-ame" du meme conteur (voir The Journal of American Folk-Lore, vol. xxix, No. cxi, p. 27).

Contes Populaires Canadiens. 55

pour manger le vieux cheval, et nous n'avons pas encore fini de nous battre. Venez done nous le separer." "Mon aigle, je pense bien que vous avez fini de manger le vieux cheval, et que e'est d'et'heuve mon tour." L'aigle crie: "Ne craignez pas, monsieur! Je reponds de votre vie." Le jeune homme revive et comme il arrive a l'endroit ou est la carcasse, le lion et la chenille lui disent: "Separe-nous ca, et ce que tu feras sera ben faite." II prend le canif qu'il avait regu de son pere, * coupe le cou du cheval, et donne la tete a la chenille, disant: "Toi, la chenille, tu n'es pas grosse, voici ta part. Mange toute la viande apres ca, suce toute la moelle dans les os, et le crane te servira d'abri dans le mauvais temps." "Merci, monsieur, repond la che- nille, e'etait justement pour ce morceau que je me battais." De son canif le jeune homme eventre le cheval, donne la fovsuve 2 a l'aigle, et dit: "Toi, l'aigle, on te voit souvent sur la greve, mangeant toutes sortes de restes. T'es bon pouv manger 9a." "Merci, monsieur e'est pour la forsure que je me battais." "Toi, le lion, dit le jeune homme, tu as des bonnes dents pour les gros os; tu vas manger le res- tant." Le lion dit: "Merci, monsieur, e'est justement pour ca que, moi, je me battais depuis trois jours." Toutes bien contentes, les betes disent: "II faut vous recompenses " "Dites-nous done, demande le lion, ou vous allez de ce pas-la ?" "Ou je vas de ce pas-la ? Je ne le sais quasiment pas plus que vous. Quand j'avais Page de sept ans, mon pere, pour sauver sa propre vie, m'a promis a une sirene pour une charge de poisson qu'elle lui avait donnee. A'ct'heure, pour me rechapper, je cherche une place ou je pourrai rester jusqu'a la fin de ma vie." Le lion dit: "Mon jeune homme, je vas t'indiquer ou se trouve un roi 3 dont le pays est amovphose, et dont le chateau est au fond de la mer, sous cinq cents brasses d'eau. Pour descendre a ce chateau, ou tu pourras demavphosev le roi et epouser sa princesse, souviens-toi d'une chose: sur le chateau, au niveau de Peau, il y a une croix plantee sur une colonne surmontant la cheminee. Si tu trouves la croix, tu es bon pour le reste." "Merci, le lion! Je vas essayer de gagner la." L'aigle dit: "Monsieur, servez-vous de nous pour faire tout ce chemin. Quant a moi, je vous donne cette plume. Vous n'aurez qu'a dire: 'Adieux, aigle!' et vous deviendrez aigle, le plus beau de tous les aigles, volant les trois quarts plus vite que tous les autres." Le Hon ajoute: "Prends le poil blanc qui se trouve sous ma patte gauche d'en arriere. Si tu veux te mettre en lion, 4 tu n'auras qu'a penser a moi, et tu seras le plus fort de tous les lions." La che-

1 Apparemment un canif magique.

2 Corruption de "fressure;" ici, le sens accoutume de ce mot semble etre unique- ment "le foie."

3 Thiboutot dit: "M'en va t'enseigner ou c 'qu'il y aun roi que son pays est amorpho- se."

4 I.e., te changer en lion.

56 Journal of American Folk-Lore.

nille dit: "Moi, jc ne suis pas grosse; mais ca ne fait rien. Arrache ma patte gauche d'en arriere, et quand tu voudras devenir chenille, tu n'auras qu'a penser a la vertu 'de ma chenille,' et tu seras la plus petite de toutes les chenilles." Les remerciant bien, Georges con- tinue son chemin.

Arrive" au bord d'un fleuvc, il s'assied. Qu'est-ce qu'il voit venir, au loin ? Un pigeon si fatigue" de voler qu'il est pret a tomber a l'eau. Comme il pense a son aigle, le jeune homme devient aigle, prend sa volee vers le pigeon, et le rapporte a terre, sous son aile. Le pigeon lui dit: "Pour commencer, si je ne t'avais pas eu, je me serais noye. Ensuite, j 'arrive d'une place dont j'avais longtemps entendu parler: c'est de la ville d'un roi amorphose. J'y ai vu une croix a fleur d'eau, en pleine mer. Toi, l'aigle, qui voles vite, tu pourrais la voir si tu voulais." Toutes informations prises du pigeon, l'aigle prend sa volee vers la croix sous l'eau. En y arrivant, il l'examine com'i'faut, et il y voit tout le long une petite craque. 1 II se change en chenille, descend dans la petite craque le long de la croix, jusqu'a ce qu'il arrive a la cheminee. Rendu au pied de la cheminee, il apercoit la princesse qui fait a diner. Toujours sous forme de chenille il se glisse dans le 'rempli' 2 de sa robe.

Sitot la nuit venue, il se change en homme, s'assied a la tete du lit de la princesse et demande: "Comment peut-il se faire que ce beau chateau soit ainsi a cinq cents brasses sous l'eau?3" "Je ne le sais pas, moi, repond la princesse; pendant le temps que vous resterez ici, je vas prendre information de mon pere." "Princesse, prenez bien garde de 'me declarer' a votre pere. Mais vous saurez que je peux me changer4 en lion, en aigle et en chenille; et s'il y a quelque moyen de delivrer votre ville, j'essaierai a le faire. Autrement, vous ne trouverez jamais a vous marier." La princesse repond: "Qa fait quelques annees que poupa a fait mettre un ban dans tout le pays que celui qui delivrerait la ville m'aurait en mariage." "Puisque c'est comme ca, repond le jeune homme, informe-toi de ton pere pour savoir ce qu'il faut faire."

En 'etendant' la table 5 pour le dejeuner, le lendemain, la princesse dit a son pere: "Mais, poupa, je ne pourrai jamais me marier, icite, a cinq cents brasses sous l'eau; jamais qu'on vous connait personnel6 C'est bien pour le coup que je vas restervieille fille." "Toi, ma fille, re- pond le roi, sais-tu ce qu'il faudrait faire pour te marier ? II faudrait

1 I.e., fissure, crevasse.

2 Ici dans le sens de "pli."

a Thiboutot disait: "a cinq cents brasses en-dessous de l'eau." 4 Thiboutot disait toujours "me mettre en lion."

6 Ce terme est une survivance, ou signifie simplement "d6ployer la nappe et y mettre ce qu'il faut pour dejeuner."

6 Pour "jamais on ne connait qui que ce soit."

Conies Populaires Canadiens. 57

tuer le serpent qui se trouve dans la savane rouge, fendre le serpent, prendre le pigeon dans son corps, fendre le pigeon1 prendre les troisceufs dans son corps, et venir en casser un sur le bois de la croix. L'eau baisserait jusqu'a la cheminee. Prendre 2 le deuxieme ceuf, le casser sur le bord de la cheminee. L'eau baisserait jusqu'au de la porte. Prendre le troisieme ceuf, le casser sur le seuil de la porte; et les chemins seraient partout aussi sees qu'ils l'6taient auparavant. Tu peux etre certaine, ma fille, que tu as le temps de mourir avant que tout ca soit fait." "Ah, mon pere, e'est plus que certain! Je mourrai vieille fille." Le roi en est bien decourage.

Le soir, la princesse raconte tout a petit Georges, qui dit: "Prin- cesse, je vas essayer." Georges, le lendemain matin, se transforme en chenille, grimpe dans la cheminee jusqu'au pilier, ou il prend la craque; et, a, la fin, il arrive a la croix. Sur la croix, il regarde de tous cotes, cherchant ou est la savane rouge. Se changeant en aigle, il vole vers le soleil levant, arrive a la grande savane, et apercoit l'ani- mal de serpent, de soixante pieds de long, dormant au soleil. Se mettant en lion, il saute sur le serpent. Ce sont des cris, des siffles 3 et des hurlements. Le lion dit: "Siffle, crie, hurle! Tu vas mourir quand meme." Contre la force du lion le serpent ne peut register, et voila que des morceaux de serpent revolent idle et la. Le serpent mort, le lion redevient homme; et homme, Georges prend son canif, eventre le serpent. Apres le pigeon qui s'envole vite, Georges, change" en aigle, donne a plein vol. Pogne le pigeon, l'eventre, prend les trois ceufs dans son corps, les place bien soigneusement dans son mouchoir, et reprend son vol vers la croix sous l'eau. Se jouquant 4 sur la croix, il prend un ceuf et le casse sur le bois. L'eau baisse jusqu'a la cheminee. Descendu sur la cheminee, il casse un autre ceuf. L'eau descend jusqu'au seuil de la porte. Tout le monde dans la ville est epouvante. Arrive sur le seuil de la porte, il y casse le dernier ceuf. Voila toute l'eau partie.

Le roi et sa ville 6tant demarphoses, Georges, quelque temps apres, epouse la princesse.

Peu de temps apres, Georges dit a sa femme: "Allons faire un tour, pour voir mon pere et ma mere." Sachant que ces gens n'6taient pas bien riches, la princesse se greye un sac de provisions, et dit: "Appor- tons-nous des vivres pour une quinzaine de jours."

Comme ils s'en allaient en voiture, le long du fleuve, Georges dit a sa femme: "J'ai bien soif; je debarque et je bois ici." "Ah, elle dit, attends done! Tu boiras plus loin." II repond: "Dans ce petit

1 Ce theme se retrouve aussi dans le conte du 'Corps-sans-ame' (The Journal of American Folk-Lore, vol. xxrx, p. 27.)

2 Pour "il faudrait prendre."

3 Des sifflements. * Se juchant sur.

58 Journal of American Folk-Lore.

russeau1 tombant au fleuve, l'eau doit etre bonne." II debarque de la voiture et commence a boire, au bord du fleuve. La sirene, qui 6tait la a l'attendre, Yenvale.2 "La sirene! crie la princesse, que viens-tu de faire, la ?" "Je viens de prendre ce qui m'appartient. Son pere me Fa promis quand il avait sept ans; et il est rendu a vingt- et-un ans. J'avais a le prendre ou je pouvais l'attraper." "La sirene, si tu voulais etre raisonnable, tu ouvrirais la bouche pour qu'il se passe la tete. Je veux lui dire un dernier mot, puisque c'est la der- nidre fois que je dois le voir." "Je ne peux pas," repond la sirene. Bien sur que s'il pouvait seulement sortir la tete, il ne serait pas long a se dependre ; la princesse tourmente done la sirene. A la fin, celle-ci consent a s'ouvrir la bouche, pour qu'il se sorte la tete et regoive le dernier mot. Georges en se sortant la tete pousse un cri: "Adieux, aigle!" Et il sort de la aussi vite qu'il y est entre. Sautant en voiture avec sa femme, il dit: "Jamais de ma sacree vie je n'irai boire au bord du fleuve."

Georges trouve son pere et sa mere vivant encore a la meme place. Bien pauvres, le pere travaillait a la journee, et la mere ne suivait pas tant la mode. Apres quelques jours, Georges et sa femme revinrent chez le roi, qui leur a donne tous ses biens et son royaume. Aujour- d'hui, c'est Georges qui a la couronne du roi.

En m'en allant, l'autre jour, a la Riviere-Ouelle, 3 je l'ai bien ren- contre qui faisait un tour de voiture. J'ai voulu l'emmener pecher la loche, au fleuve; mais il n'a pas voulu. "Tu ne me feras pas pren- dre de meme, toi! il m'a repondu: la sirene est peut-etre la." Quand j'ai vu ca, je me suis en revenu ici a pied. II 6tait en voiture,4 mais il n'a pas seulement eu le cceur de me faire embarquer. Et je suis arrive ici sans un sou.

53. PRINCE-JOSEPH.5

Une fois, il est bon de vous dire que c'est un roi et Prince-Joseph.6

Le roi demande, un jour, a ses trois gargons lequel d'entre eux est

capable d'aller lui chercher de l'eau de la rajeunie a la fontaine des

geants.7 Ti-Jean dit: " Poupa, m'a y aller." Ti-Jean part done

1 Pour "ruisseau." 2 I.e., l'avale.

3 Le village voisin de celui du conteur.

4 Thiboutot emploie ici le mot anglais "buggy."

5 Raconte' par Achille Fournier, a Sainte-Anne, Kamouraska, en juillet, 1915. Fournier apprit ce conte, il y a plus de vingt ans, d'un vieillard illettre, nomme Miville, de Saint-Roch-des-Aulnaies.

6 "Prince- Joseph" est le nom qu'employait a, peu pres invariablement Fournier. Dans sa premiere phrase, toutefois, il dit "le prince Joseph."

7 Fournier prononcait "gian."

Contes Populaires Canadiens. 59

sur son batiment, niarche, marche, et arrive a une lie, ou il debarque. II marche sur le beau chemin bien grave1 et arrive la ou une vieille femme garde les moutons du roi. II 'bande' 2 son fusil pour tirer sur les moutons. "Prenez garde, dit la vieille, de tuer de ces moutons, que je garde pour un roi." Ne l'£coutant pas, Ti-Jean tue un mou- ton. La vieille dit: "Je vous amorphose en masse de sel, dont vous ne pourrez plus sortir." 3

Voila un an 6coul<§, et le roi attend toujours son garcon, qui ne ressoud point. Ti-Pierre dit: "Papa, je vas y aller, moi." Sur son batiment, Ti-Pierre part, marche, et arrive a Tile ou avait debarque* son frere. La ou la vieille femme garde les moutons du roi, il 'bande' son fusil pour tirer sur un mouton. La vieille dit: "Prenez garde de tuer un des moutons du roi, que je garde. Si vous le faites, ca ne sera pas bien." II tue un mouton; et la vieille ajoute: "Vous avez tue" un mouton du roi; je vas vous amorphoser en masse de sel, avec votre frere."

Apres un an, Prince-Joseph dit: "Papa, je vas y aller." Parti sur son batiment, il arrive a la meme ile que ses freres. Marche, marche sur le beau chemin grave, et arrive au troupeau de moutons. Bande son fusil pour tirer sur les moutons, lui aussi. "Prenez garde! dit la vieille; si vous tuez les moutons que je garde pour le roi, ca sera pas ben." "Bonne vieille, ca sera comme vous dites. Je ne tuerai pas de vos moutons. . . Je gagerais ben que mes freres ont tue un mou- ton ?" "Oui, et je les ai amorphoses en masses de sel." "Comment ca cotiteraiW pour les racheter?" "Pour les racheter 9a couterait quatre cents piastres." Prince-Joseph donne les quatre cents pias- tres a la vieille, qui dit: "Prenez ce petit pot de graisse et frottez ces deux petites buttes de sel. Ce sont vos deux freres amorphoses" II frotte les buttes de sel, et voila ses deux freres redevenus hommes.

lis s'embarquent tous les trois sur le batiment de Prince-Joseph, marchent, marchent et arrivent a une petite ville toute en cristal, rien de plus beau! Au haut de la porte d'un hotel, c'est ecrit: "Mes- sieurs, entrez ici! II y a de quoi4 vous divertir." A Ti-Jean et Ti- Pierre qui entrent le maitre5 dit: "Je ne crois pas que vous ayez assez de biens pour sortir d'ici. Si au bout d'un an et un jour vous n'avez pas paye" ce qu'il me faut, vous serez pendus a la porte de mon hotel." Prince-Joseph, lui, avait continue son chemin, comme il ne voulait pas s'arreter a la ville de cristal. Le long de sa route, il ren- contre une vieille magicienne qui lui dit: "Vous avez un pont tout en

1 Pour "macadamise ;" le mot "grave" vient peut-etre de "gravel<§"?

2 Archaisme.

3 II semble ici que Ti-Jean est emprisonne dans une masse de sel.

4 Fournier dit: "de quoi d vous divertir."

5 Fournier dit: "le maitre d'hotel," pour "le proprietaire."

60 Journal of American Folk-Lore.

rasoirs a traverser. A midi juste, vous embarquerez sur le dos du vieil ours blanc, le seul qui traverse sur ce pont-la." A midi juste, Prince-Joseph traverse le pont de rasoirs a cheval sur Tours blanc, entre au chateau des grants, ou il prend de l'eau de la rajeunie a la fon- taine. II ouvre une porte et apercoit une belle princesse endormie. Regardant a sa montre, il voit qu'il n'y a plus que cinq minutes avant que les grants se reveillient. J Se depechant, il prend la princesse, la met a cheval sur son ours blanc, et traverse le pont de rasoirs. Les grants se reVeillent et, s'apercevant de ce qui vient d'arriver, ils crient: "Ah, mon petit ver de terre, qui aurait pu te pogner t'aurait croque la croque au sel."

En arrivant a bord du batiment, la princesse dit a Prince-Joseph: 'Trends bien garde d'acheter de la viande fraiche. Si tu en achetais, ca serait ton malheur."

En passant a la petite ville de cristal, Prince- Joseph voit que tout y est en deuil. II s'approche et voit ecrit au-dessus de la porte de l'hotel: "Les deux fils de [tel] prince seront pendus demain matin s'ils n'ont pas paye ce que ca leur couterait pour sortir d'ici." Entre dans l'hotel, Prince-Joseph demande au maitre: "Avez-vous ici des princes qui doivent etre pendus?" "Oui, ils le seront demain ma- tin, a sept heures." Prince-Joseph reprend: "Ce sont mes freres. Comment ca couterait, pour les racheter ?" "Qa couterait quatre milhons, pour les racheter." Payant les quatre millions, Prince- Joseph ramene ses freres, avec lui, sur son batiment.

Le voyant fatigue, ses freres lui disent: "Va te coucher! Nous allons mener le batiment." Pendant que Prince-Joseph, couche, dort, ses freres lui volent l'eau de la rajeunie et lui mettent dans sa poche, a la place, une bouteille de saumure.

Comme ils arrivent ensemble chez leur p&re le roi, celui-ci est bien presse de leur demander qui a rapporte de l'eau de la rajeunie. Prince- Joseph repond: "Poupa, c'est moi qui ai rapporte de l'eau de la rajeu- nie." II frotte les yeux de son vieux pere avec la saumure. "Mal- heureux enfant! crie le roi, tu veux m'oter la vie." Et il ordonne a ses valets d'aller le mener dans la foret, de lui arracher le cceur, la forsure 2 et la langue, et de les lui rapporter. Les valets se disent entre eux: "C'est de valeur3 de tuer Prince-Joseph, lui qui est si bon pour nous; il a toujours du bon tabac et des allumettes pour nous, quand il nous en faut. Nous avons une petite chienne; tuons-la, et appor- tons-en le cceur, la forsure, et la langue au roi." Quand ses valets lui rapportent 9a, il s'ecrie: "Ah, le malheureux enfant, qui voulait tuer son pere!" Et de rage il mord 4 le cceur, la forsure et la langue de la petite chienne, les prenant pour ceux de Prince-Joseph.

1 Pour "se reVeillent." 2 Fressure.

3 C'est regrettable. < Fournier dit: "mord sur la. . . "

Contes Populaires Canadiens. 61

Dans la foret, Prince-Joseph s'en va chez un petit charbonnier qui faisait du charbon a, quatre sous par jour. II demande a loger a la femme du charbonnier. "On n'est pas ben riche, elle repond, mais si vous voulez loger ici, restez." Quand le charbonnier, son mari, arrive, il dit: "Ma femme, tu n'aurais pas du loger un bel stranger comme lui, en beau drap fin; tu vois ben qu'on n'est pas assez riche pour lui." Prince-Joseph repond: "J'aime autant loger su1 les pau- vres que su les riches." Le lendemain matin, il donne quatre cents piastres a la vieille pour aller en ville chercher des provisions. En ville, la vieille se promene et fait sa dame avec cet argent. Le monde se met a se demander ce que ca veut dire; elle a tant d'argent, et son mari ne gagne que quatre sous par jour!

Au petit charbonnier Prince-Joseph demande: "Voulez-vous chan- ger d'habillement2 avec moi?" Prince- Joseph change son bel habit en drap fin pour celui que le charbonnier a sur le dos depuis cinquante ans et qui est noir comme le poele.

Un coup3 change d'habit, Prince-Joseph s'en va a la fourche des chemins, ou il se met dans une cage de planches. II est si mal habille qu'il a quasiment honte. C'qui passe par la? Un seigneur avec sa femme. "Si tu veux, dit la femme a son mari, nous allons engager ce petit homme. Qa, m'a l'air d'une physionomie d'homme acheveV' 4 Le seigneur repond: "Ma femme! si tu ne cherches qu'a engager tous les courailleux de chemins, je m'en irai par derriere la voiture et tu t'en iras avec lui." La dame fait embarquer Prince- Joseph, s'en va seule avec lui. En passant chez un tailleur, elle lui fait faire un bel habillement. Le voyant bien habilte, elle dit: "A'ct'heure, mon jeune homme, tu vas aller a l'6cole."

A l'Scole, la premiere semaine, Prince- Joseph n'apprend rien enHoute. 5 La deuxieme semaine, il apprend quelque chose ; 9a va mieux. La troisieme semaine, il 'fait des regies' 6 au maitre d'ecole, qui, n'y comprenant plus rien, ecrit au seigneur: "Si ce n'est que pour rire de moi [que vous me l'avez confie] vous pouvez garder chez vous ce jeu- ne homme: il est cent fois plus instruit que moi."

Le seigneur met Prince-Joseph a ses livres de compte, et trouve bientot qu'il fait seul la besogne de quarante hommes. II renvoie done tous ses commis excepte sept. Un jour, il dit a Prince-Joseph: "Aujourd'hui, je te donne quatre heures pour regler les livres de compte." Dans quatre heures de temps, tous les comptes sont

1 Su pour "chez."

2 Habillement, parmi les paysans canadiens, a le sens de "habit."

3 Une fois... 4 I.e., parfait.

5 Du tout.

6 On emploie aussi dans le meme sens l'expression "faire de la loi a quelqu'un, ou "en remontrer a. . ."

62 Journal of American Folk-Lore.

regies; et le seigneur voit que Prince- Joseph a du talent epouvan table. x

Qa fait que 2 je reviens a la princesse que Prince-Joseph avait <Mi- vr6e au chateau des grants. Elle fait battre un ban 3 que si Prince- Joseph n'etait pas trouve" dans deux fois vingt-quatre heures, le roi lui-meme serait mis a mort. Voila le roi bien en peine. II dit a ses valets: "Je vous ai envoy e* tuer Prince- Joseph dans la for6t, et il faut que je le trouve dans deux fois vingt-quatre heures!" Le voyant si abattu, les valets lui disent: "Ce n'est pas Prince-Joseph que nous avons tu6, mais une petite chienne qui nous suivait dans la for6t. C'est son cceur, sa langue et sa forsure que nous avons apportes."

Le roi fait atteler deux beaux chevaux noirs a sa voiture, part, et arrive tout droit a la porte du seigneur. C'qu'il voit? Le nom de Prince-Joseph ecrit sur le haut de la porte du seigneur. Le roi entre et demande: "N'avez-vous pas ici Prince- Joseph ?" "Oui, Prince- Joseph est ici. Vous pouvez le voir dans sa chambre." Arrivant a Prince-Joseph, le roi dit: "Je te demande pardon, mon fils, de t'avoir envoye* garrocher4 dans la foret." Prince-Joseph repond: "Papa, vous n'avez pas besoin de me demander pardon. J'ai ete trahi, et vous aussi avez ete trahi."

Voila Prince-Joseph qui embarque dans la voiture de son pere, et s'en va avec lui au chateau. Arrive, le roi dit a ses valets: "Con- damnez les portes et les chassis, pour que personne ne sorte d'ici d5 soir."

Le soir, au souper, le roi dit: "Mes garcons, vous allez conter votre histoire, d'ct'heure. Toi, Ti-Pierre, et toi, Ti-Jean, contez votre his- toire!" Tous deux, ils disent: "Papa, c'est moi qui es alle chercher de l'eau de la rajeunie a la fontaine des geants, pour vous ramener la vue comme a l'age de quinze ans." Le roi dit: "Toi, Prince-Joseph, conte ton histoire, d'ct'heure." "Powpa, mon histoire va etre plus longue que la leusse. 6 C'est moi qui es alle chercher de l'eau de la rajeunie a la fontaine des geants, pour vous remettre la vue comme a l'age de quinze ans. Quand je suis arrive sur l'ile de la vieille gardant les moutons pour un roi, j'ai 'bande' mon fusil pour tirer sur les moutons. Elle me dit: 'N'en tue pas; je les garde pour un roi; et Qa serait ton malheur si tu en tuais.' Je n'en ai pas tu6, comme l'avaient fait mes freres, mais j'ai ecoute* la bonne vieille, a qui j'ai paye quatre cents piastres pour mes freres qui avaient 6te changes en buttes de sel." "Mon Gieu!7 que j'ai mal au ventre! Faudrait que j'aille dehors, poupal" disent Ti-Pierre et Ti-Jean, en se serrant le ventre a deux mains. "Parole de roi, personne n'ira dehors, icite, a soir!"

1 Extraordinairement. 2 Pour "voila que. . ."

s Fournier disait: "mettre un ban." 4 Pour "lapider."

6 Ce soir. « Pour "la leur." 7 Mon Dieu!

Contes Populaires Canadiens. 63

Qafait que le roi dit a Prince-Joseph: "Quoi'c' que tu leur ordonnes l a tes freres?" "J'ordonne qu'on les mette dans les basses-fosses, pour qu'ils ne revoient jamais le jour." C'est ce qui est fait, sans que personne repete.

Le roi dit a Prince-Joseph: "A'ct'heure, tu vas heriter de mon cha- teau et de mon royaume." Pour son mariage a la belle princesse qu'il a delivrSe au chateau des geants, on a fait des belles noces. On a danse et on a fete!

Et moi, ils m'ont renvoye ici vous le raconter.

54. THOMAS-BON-CHASSEUR. 2

Une fois, il est bon de vous dire, c'etait un vieux bucheron, sa femme et leur enfant, qui vivaient au milieu des bois.

Le pere, un jour, meurt. Sa vieille reste seule avec son petit garcon, dont le nom est Thomas-bon-chasseur.

Devenu pas mal grand, Thomas-bon-chasseur dit a sa mere: "II n'y a pas grand'chose a, faire ici, et c'est mal'ise, seul au milieu des bois, de gagner sa vie. II me faut partir et chercher du monde." Quittant sa pauvre mere, il prend la foret, file, arrive a un chateau, et entre chez le roi: "Bonjour, monsieur roi! je suis venu m'engager. Avez-vous besoin d'un jeune homme?" "Oui, certainement ! je vous engage." Voila Thomas-bon-chasseur engage\

Plusieurs jours apres, en arrivant de la chasse, le roi dit: "Qa fait d6ja quelque temps que tu es ici, et tu ne m'as pas encore dit ton nom. Cou'don, comment t'appelles-tu ?" "Mon nom est Thomas-bon- chasseur." "Sacreye! tu as un bon nom; et je me demande si tu es aussi bon chasseur que ton nom porte." Ce nom-la fait bien plaisir au roi, lui qui passe tout son temps a chasser, dans la foret. "Je ne le sais pas, r^pond Thomas-bon-chasseur; je n'ai jamais chasse."

Le roi, un matin, prend sa longue-vue, regarde vers la foret, et dit : "Thomas-bon-chasseur, apercois-tu le gibier, la-bas, dans les bois?" Prenant la longue-vue, le jeune homme regarde, regarde, mais ne voit rien, moins que rien. Jette la longue-vue et regarde avec ses yeux vers la foret. "Mais oui, je vois le gibier." "Essaie done de le tuer," dit le roi, en lui donnant son fusil. Thomas-bon-chasseur vise, pan! tue le gibier. Le roi n'en revient pas, lui qui ne peut voir le gibier qu'avec sa longue-vue. Et le roi aime bien son 'engageV

Le lendemain, le roi dit a sa femme: "A'ct'heure, ma vieille, je vas rendre visite au roi mon voisin, qui m'invite depuis longtemps.

1 Quel est le chatiment que tu leur infliges ?

2 Racont6 en juillet, 1915, a Sainte-Anne. Kamouraska, par G.-Seraphin Pelletier, qui dit l'avoir appris, il y a plus de trente ans, d'un Canadien-francais qui le racontait, dans les chantiers du Wisconsin.

64 Journal of American Folk-Lore.

Rien ne m'empeche, vu que Thomas-bon-chasseur pourra avoir bien soin de toi, lui qui est un chasseur clepareille." Fait seller le meilleur cheval de son dcurie, prend un sac d'argent et part. Voila le roi parti, filant a travers la foret. A peine arrive chez le roi qui 1'a invito, on le fait prisonnier, et le roi lui dit: "Tu vas aller faire la chasse a mon lion. Autrement, demain matin, tu seras pendu a la porte de mon chateau." Le prisonnier repond: "Bien! ca me fait de la peine, monsieur le roi. 'Depuis le temps' x que vous m'invitez a venir vous rendre visite! Et c'e'tait seulement pour m'emprisonner et me faire chasser votre lion. Vous savez bien que je ne peux pas le faire. Mais, je vous demande une grace. Mon 'engage' Thomas-bon- chasseur est un chasseur depareille. II fera la chasse a votre lion pour moi, et pan! il le tuera votre lion." Le roi r£pond: "C'est bon! je vous accorde cette grace." Le prisonnier envoie un mot a sa fem- me: "Dis a Thomas-bon-chasseur de venir au plus vite, et donne-lui un sac d'or et un sac d'argent. Au plus vite!"

Thomas-bon-chasseur se greye, prend un sac d'or et un sac d'ar- gent, selle le meilleur cheval de l'ecurie, et file au plus vite. Dans la foret, c'qu'il rencontre? Un vieillard sur une petite jument. "Bonjour, bonjour, Thomas-bon-chasseur!" "Comment se fait-il que vous savez mon nom?" "Moi, je sais le nom de tout le mon- de. Tu ne changeras pas de cheval avec moi ? " "II n'y a pas moyen de changer de cheval avec vous, repond Thomas-bon-chasseur. Vous me dites que j'ai encore pas mal loin a aller; et il faut pour ca un bon cheval. Au chateau du roi, il y a peut-etre de belles princesses et, avec cette petite jument, je ne pourrais pas sortir de la foret." Le vieux re- pond: "Tu peux parler du tien! Avec lui tu mourras avant d'arriver chez le roi." Passant tout droit, Thomas-bon-chasseur marche encore, un petit boute. "Mais, je suis bien bete! se met-il a penser. Si je suis pour mourir dans les bois avec le mien, pourquoi [ne] pas chan- ger? Le vieux! il crie, bon vieux! je suis pret a changer." lis chan- gent de chevaux, 'change pour change.'

Avec sa petite jument Thomas-bon-chasseur part dans la foret et file. Pique la petite jument, et ca mene, 9a mene! Comme il n'a pas bu ni mange" depuis trois ou quatre jours, il a bien faim; c'est pourquoi il pique sa monture encore plus fort. "Ho done, Thomas- bon-chasseur! dit la petite jument, tu me m&nes bien vite!" "Com- ment, tu paries, toi ?" "Oui, je suis bien forcee de parler. Tu me menes plus vite que mes forces [ne le permettent]." "Oui, mais il me faut bien arriver; je creve de faim." La petite jument dit: "Pique ma patte gauche, et tu auras du pain et du vin a boire et a manger." Thomas-bon-chasseur arrete, pique la patte gauche de la jument, trouve a boire et a manger, rien de mieux! La jument

1 Dans le sens de "il y a bien longtemps que. . ."

Conies Populaires Canadiens. 65

dit: "Sais-tu, d'ct'heure ce que tu vas avoir a faire chez le roi ou tu vas?" "Non?" "Eh bien! c'est pour le d&ivrer que ton roi te fait demander. Quand tu arriveras au chateau, on viendra avec du foin et de l'avoine pour me soigner; mais r^ponds: 'Remportez-le! Mon cheval ne mange que du pain et du vin, comme moi.' Le roi qui a emprisonne" ton maitre te menera ici et la, dans son chateau, et te fera tout voir. II te demandera de faire la chasse a son Hon. Tu diras: Tas aujourd'hui; c'est impossible! II me faut une couple de jours de repos.' "

Tout ca arrive comme la petite jument l'a dit. Apres une couple de jours de repos, Thomas-bon-chasseur va trouver la jument, pour avoir des conseils. Elle lui dit: "Si tu fais tou jours ce que je te dirai, tout ira bien. Demain matin, nous irons a la chasse au lion. Avant ton depart, le roi t'offrira un des trois sabres qui sont au bas de l'esca- lier, en te rew/ jimandant de prendre le neuf. Prends bien garde a toi! Prends le plus vieux des trois, qui fera bien ton affaire."

Le lendemain matin, a neuf heures, Thomas-bon-chasseur se pre- pare pour la chasse au lion. Ne reussissant pas a lui faire choisir le sabre neuf, le roi part pour ouvrir la barriere du pre" ou se trouve le lion. "Aye, aye! dit Thomas-bon-chasseur. Monsieur le roi, qu'allez-vous faire la ? Si ma jument n'est pas capable de sauter cette petite barriere en partant, c'est inutile d'aller a la chasse au lion." D'un bond la petite jument saute dans le pre" au Hon. La peur prend le lion, qui se sauve, passe la barriere, gagne la riviere et saute par-dessus la riviere. Le poursuivant, Thomas-bon-chasseur, sur sa petite jument, saute un peu plus fort, depasse le lion en Pair,et lui tranche le cou au-dessus de l'eau.

L'autre bord de la riviere, la petite jument dit: "Thomas-bon-chas- seur, ca me forcerait un peu de sauter la riviere deux fois coup su coup. II y a ici un bon chemin 'du roi' 1 et, un peu plus bas, un beau pont; si tu veux dire comme moi, nous allons y passer." "Je con- sens," dit Thomas-bon-chasseur. "Mais ecoute bien! dit la jument, prends garde a toi de bar alter, 2 le long du chemin. Qa te causerait malheur." Marche un petit bout sur le chemin du roi. Ce qu'il apercoit? Quelque chose qui reluit, rien de plus beau, le long du chemin. S'en approchant, c'qu'il voit? Une belle chevelure d'or. Debarque, prend la chevelure d'or, la met dans sa chemise, et repart.

En chemin, il pense: "Si j'avais la princesse a qui appartient cette belle chevelure d'or je serais l'homme le plus heureux au monde." La petite jument, elle, ne dit rien en'toute. En arrivant au chateau, Thomas-bon-chasseur met sa [monture] dedans et la soigne comme

1 Nom qu'on donne encore aux grandes voies publiques, dans la province de Quebec.

2 Folatrer, s'amuser. 3

66 Journal of American F oik-Lore.

de coutume, au pain et au vin. Dans le ch&teau, ce jour-la, Thomas- bon-chasseur est roi et maitre, comme le roi lui-meme.

Montant a sa chambre, le soir, il se met a jongler. l Pendant plusieurs jours il reste renferm6, sans boire ni manger. Les ser- vantes viennent le trouver et, se mettant apres lui, lui demandent: "Qu'avez-vous ? Vous etes le roi et maitre ici; s'il y a quelque chose qui ne va pas, dites-le-nous." Mais il ne r6pond pas. La plus jeune des servantes se doute de quelque chose. Montant a sa chambre, elle regarde par la serrure et apercoit la belle chevelure d'or qui reluit et 6claire toute la chambre plus qu'aucune lampe [ne le ferait]. Elle descend a la course et va parler au roi, disant: "II y a de quoi, dans sa chambre." Le roi repond: "Va lui dire de venir ici me voir." A Thomas-bon-chasseur qui descend, le roi demande: "Qu'as-tu done a jongler dans ta chambre, en face de ce qui reluit tant?" "Mon- sieur le roi, je n'ai rien." "Tu as quelque chose, je le sais." Tho- mas-bon-chasseur est done oblige d 'aller chercher la belle chevelure d'or et de la montrer au roi: "Ah, ah! tu avais bien de quoi jongler! A'ct'heure que tu as fait la chasse au lion, Thomas-bon-chasseur, il faut que tu ailles chercher la princesse a qui appartient cette belle chevelure d'or. Si tu ne le fais pas, demain matin, a neuf heures, tu seras pendu a la porte de mon chateau."

Thomas-bon-chasseur s'en va trouver sa petite jument en braillant. "Ah! repond la jument, qu'est-ce que je t'ai dit? Que si tu barattais en chemin, il t'arriverait malheur. . . Va dire au roi que, demain, tu vas aller chercher la princesse, qui est gard6e par sept geants."

Le lendemain matin, Thomas-bon-chasseur part sur sa petite ju- ment et s'en va tout droit chez les sept geants. En arrivant a leur chateau, il offre de leur vendre sa jument pour qu'elle promene la prin- cesse autour de leur beau rond. 2 Les grants sont bien consentants. Le plus gros d'entre eux s'en va pour monter a cheval en disant: "M'a faire le tour du rond, pour voir." "Ah non, par exemple! dit Thomas-bon-chasseur; cette petite jument n'est pas faite pour des gros animaux comme vous autres. Qa l'£craserait! Elle n'est que pour les princesses." Les geants commencent a bougonner. Thomas-bon-chasseur leur dit: "Quand la princesse aura fait trois tours, si la petite jument est consentante, vous pourrez aller a che- val." Voyant 5a, les grants consentent et font venir la princesse [aux cheveux d'or]. Lui aidant a monter a cheval, Thomas-bon- chasseur sort de sa poche le ruban que la petite jument lui a conseille d'apporter, et il entoure les jambes de la princesse en les attachant a sa [monture], pour qu'elle ne tombe pas. La jument part comme la poudre, fait le tour du rond et revient. Les grants se frappent

1 I.e., ii songer, k rSver. ' Hippodrome.

Contes Populaires Canadiens. 67

dons les mains en riant, et la princesse rit aussi. Un g6ant dit: "Moi aussi, je suis content, Qa me desennuiera de faire le tour du rond a cheval." Thomas-bon-chasseur dit: "Au troisieme tour, la jument sera a vous." II monte a cheval derri^re la princesse et fait le tour du rond au galop. En repassant pres des geants, il crie: "C'est le troisieme tour. Apres ca, la jument est a vous autres." Filant a l'e'pouvante, la jument, a l'autre bout du rond, saute par-dessus le mur de pierre et file a l'6pouvante, en galopant dans les airs. Les grants sont la, embete*s, regardant Tun d'un cote, l'autre, de l'autre. A la fin, un g6ant met ses bottes de sept lieues [au pas1], et il part a leur poursuite.

La petite jument dit: "Thomas-bon-chasseur, regarde en arriere, et tu me le diras, si un nuage noir approche." Peu apr6s, Thomas- bon-chasseur dit: "Un nuage noir approche vite effrayant." La jument dit: "Jette une 6caille en arriere." Plus tard, comme le nuage approche encore, elle dit: "Jette une Scaille en arriere." Plus tard, comme le nuage approche encore, elle dit: "Jette une 6trille en arrie- re." L'Scaille et l'e'trille se changent en montagnes d'Scailles et d'6trilles, empechant le g6ant de passer. 2

En arrivant au chateau, Thomas-bon-chasseur demande au roi d'6pouser la princesse qu'il vient de delivrer. Le roi r£pond: "II n'y a pas moyen que tu l'epouses d'ct'heure. Tu n'auras ma princesse que si tu vas chercher son livre que les grants adorent et gardent dans leur chateau." "Vous savez bien, monsieur le roi, que c'est impossible!" "Impossible ou non, tu vas aller chercher ce livre. Sinon tu seras pendu demain matin a sept heures, a la porte de mon chateau." Thomas-bon-chasseur en braillant s'en va voir sa petite jument. "Ah, ah! je t'avais bien dit qu'il t'arriverait malheur si tu t'arretais a baratter le long du chemin. Va dire au roi que tu iras demain, qu'aujourd'hui, c'est impossible- Demain, voici ce qu'il te faudra faire: habille en vieux, tu te rendras pres du chateau des grants; avec le panier que tu apporteras, tu sasseras de l'eau au russeau3 jusqu'a ce que le panier en ressorte rempli de poisson. Prends ton poisson et va demander aux geants, pendant qu'ils 'font boucherie4 de' betes a cornes, de changer du poisson pour du bceuf. Moi, je resterai a la barri&re, a t'attendre."

Le surlendemain, Thomas-bon-chasseur, habille en vieux, s'en va au chateau des sept geants. Comme le vieux bonhomme a fret 5 et tremble, les grants lui disent: "Va done te chauffer a ras 6 le feu, dans le chateau." Ne demandant pas mieux, le vieux entre en regardant

1 Pelletier dit ici "sept lieues a la ronde."

2 II est Evident que les episodes des 'obstacles magiques' et des 'epreuves de prl- tendants' sont tres abr£g6s ici.

3 Ruisseau. * Abattent. BFroid. 6Presdu...

68 Journal of American Folk-Lore.

partout, a la recherche du livre de la princesse. Apercoit le livre sur une co-rniche; prend le livre, le met dans sa poche, et sort vitement. II dit aux geants: "Mes petits enfants sont tous seux,1 a la maison, et il faut que je m'en aille au plus vite, pour pas qu'il leur arrive malheur. Donnez-moi du boeuf pour mon poisson." Un g£ant prend un mor- ceau de bceuf et le jette dans le panier du vieux, d'ou le poisson revole. A la barri&re, Thomas-bon-chasseur saute sur sa jument, prend la foret et file.

S'apercevant que le livre de la princesse est parti, un g£ant dit: "C'£tait encore Thomas-bon-chasseur." Saute encore dans ses bottes de sept lieues [au pas2], et part; mais, c'est impossible de re- joindre la petite jument, [qui galope dans les airs].

Au chateau du roi, Thomas-bon-chasseur va presenter le livre a la princesse. "Monsieur le roi, me donnez-vous la princesse d'ct'heu- re?" "Non! pas encore. J'ai une chose de plus a te demander: il me faut 1'eau d'enmiance, 3 qui est gard^e par toutes les betes feroces de la terre." La petite jument dit a Thomas-bon-chasseur, qui vient la trouver en braillant: "Si tu n'es pas trop gauche, tu rappor- teras une bouteille d'eau d'enmiance pour la princesse, et une pour toi."

Thoma3-bon-chasseur embarque sur sa petite jument, prend la foret et file a Fepouvante. A l'autre bout d'une for6t, c'qu'il apercoit? Un gros pont vitreux. "C'est la, il faut crere!"* pense-t-il. "Attends ici jusqu'a midi juste," dit la petite jument, en s'arretant net. "A midi juste, les betes feroces seront toutes endormies, comme de coutume." Sur sa petite jument, Thomas-bon-chasseur, a midi juste, traverse le pont vitreux. Une fontaine se trouve au bout du pont. "C'est ici!" dit la jument. Thomas-bon-chasseur y remplit deux bouteilles d'eau d'enmiance, une pour la princesse et une pour lui. Comme il va pour partir, il remarque la porte entre-baill6e du chateau; regarde, et apercoit la plus belle princesse du jour. "Ah, ah! il faut toujours que j 'aille embrasser la princesse, avant de partir." Embrasse la princesse, embarque sur sa petite jument et prend le pont vitreux. Monte" au milieu du pont, il entend un hurlement epouvan- table. Reveillees, toutes les betes les entourent pour les devorer. La petite jument dit: "Dans mon poitrail, je perds tout mon sang. Prends une pinc6e de graisse dans mon oreille gauche et mets-la a mon poitrail, qui gue>ira." Thomas-bon-chasseur met de la graisse au poitrail de la petite jument qui, guerie, reprend sa course vers la foret et file chez le roi.

1 Seuls.

2 Pelletier dit encore ici, ". . .de sept lieues a la ronde."

3 Peut-etre une corruption des mots "eau de jouvence."

4 Croire.

Contes Populaires Canadiens. 69

En presentant l'eau d'enmiance a la princesse, Thomas-bon-chasseur dit au roi: "Y a-t-il moyen a'ct'heure que j'epouse votre princesse?" "Non, il n'y a pas encore moyen. Par exemple, je n'ai plus qu'une chose a te demander: c'est de faire bouillir du plomb et de l'etain ensemble. 'Depuis ce temps/1 j'en ai tant entendu parler! Mais jamais je ne l'ai vu faire."

Pendant que, rien de plus presse, le roi fait greyer un feu, mettre un chaudron rempli detain et de plomb dessus, la princesse et Tho- mas-bon-chasseur montent chacun a leur chambre. La princesse se lave 2 d'un bout a l'autre dans l'eau d'enmiance, jusqu'a ce qu'il n'en reste plus la grosseur d'une tete d'epingle. Thomas-bon- chasseur, dans sa chambre, en fait autant. Tous deux ils viennent se promener autour du chaudron en attendant que bouillent le plomb et Tetain. Quand les bouillons commencent a crever, la princesse se laisse tomber dans le chaudron. Le roi s'approche et lui tend la main. Mais elle le hale dans le chaudron ; et, dans 'un rien de temps/ le roi est fondu. Comme elle tend la main a Thomas-bon-chasseur, il se laisse tomber dans le chaudron, ou tous deux ils plongent comme des canards. Voila a quoi servait l'eau d'enmiance.

En sortant du chaudron, Thomas-bon-chasseur demande a la prin- cesse: "Je peux-t'i vous 6pouser au lieu du roi?"3 "Oui, le roi est fondu!" On fait done des noces, et pendant trois jours Thomas-bon- chasseur s'amuse sans penser a la petite jument qui lui a rendu tant de services. Le troisieme jour, il dit: "II faut que j'aille voir a ma petite jument, qui m'a tant rendu service." Va voir. C'qu'il trouve ? Sa petite jument eouchee sur le cote, mourante. "Ah, ah! Thomas- bon-chasseur, je ne pensais pas que tu m'oublierais de meme, moi qui t'ai tant rendu service." "Ah, pauvre petite jument, que me faut-il faire?" "A'ct'heure, prends le vieux sabre avec quoi tu as tranche* la tete du lion, et coupe-moi le cou; c'est tout ce que tu as a faire." "Ah non, ma pauvre petite bete! je ne suis pas pour le faire; tu m'as trop rendu service." "Thomas-bon-chasseur, fais ce que je te dis, si tu veux etre heureux dans le monde. Te souviens- tu de la belle chevelure d'or 4 que tu as trouvee, un jour, sur ton che- min? Eh bien! tranche-moi la tete. Si tu ne le fais pas, ma vie est au boute." Thomas-bon-chasseur ramasse le vieux sabre et, en d£- tournant la tete, tranche le cou de la petite jument. II part sans regarder, mais encore curieux, avant de sortir, il jette un regard. C'qu'il apercoit? Une princesse encore plus belle que celle qu'il Spouse justement. "Quoi faire, a'ct'heure?" se demande-t-il. Comme

1 Depuis si longtemps . . .

2 Pelletier disait: ". . . se graisse d'un bout a l'autre de l'eau dUenmiance."

3 Cette phrase indique que le roi lui-m£me etait le rival de Thomas-bon-chasseur.

4 Ce passage semble imptiquer que la petite jument elle-m&me est la princesse aux cheveux d'or; ce qui n'est, toutefois, pas probable, a en juger par le contexte.

70 Journal of American Folk-Lore.

il h£site, voila une autre princesse qui ressoud de lamontagne vitreuse, avec un petit gargon. x "Voyons, Seigneur! j'en ai trois au lieu d'une, d'ct'heure. Me voila bien en peine! Je voudrais bien en pas- ser une couple a un autre." La princesse qui avait 6t6 la petite ju- ment dit: "Tu n'en as delivre" qu'une, et c'est moi qui ai delivre les deux autres. Vivons tous les quatre ensemble au chateau, et ta- chons de nous accorder. Toi, Thomas-bon-chasseur, tu es devenu roi et maitre ici, a la place de celui qui a pe>i dans le chaudron de plomb et d'6tain fondu." 2

55. LE MlSDAILLON. 3

C'est bon de vous dire qu'une fois il y avait une veuve et son petit garcon.

La veuve travaillait chez le roi pour gagner sa vie, vu qu'elle etait pauvre 'a plein.' Le garcon 6tant devenu joliment grand et capable de travailler, le roi dit: "La mere! amenez done votre petit garcon ici, avec vous." Elle demande: "Pour quoi faire ?" "Q& lui appren- dra a travailler, et ga vous sauvera de le faire vivre." La veuve emmene done son garcon chez le roi avec elle. Donnant une brouette 4 et une pelle au gargon, le roi lui fait sarcler les allees de son jardin. Chaque jour, a midi, il vient lui donner une beurr£e, et, le soir, il lui paie un sou. Mon gargon aime ga, rien de mieux; rien de plus beau!

Le voila homme fait, et sa mere vieille. Un jour, il dit a sa mere: "Vous etes assez vieille, et je suis capable de gagner votre vie et la mienne." "Pauvre enfant! je pourrais bien encore t'aider." uP,en'toute!b vous avez assez travailld, dans votre vie." Pendant bien des annees, il travaille chez le roi.

Un soir, il dit a sa mere: "'Depuis le temps que'6 je travaille chez le roi, je devrais avoir gagne* quelque chose." La mere dit: "Va done le voir." La journee faite, il demande au roi de tirer les comptes pour savoir ce qui en est. Le roi regarde dans son livre, compte, compte et compte. A son serviteur il revient quatre sous. Le serviteur dit a sa mere: "Qa n'est pas assez; je m'en vas ailleurs." "Prends garde! r£pond sa mere; notre ville est si pauvre qu'il n'y a pas de gages." "II faut que je voie; j'avais gagne* plus que ga, chez le roi."

1 II s'agit ici de la princesse qu'il a 'embrasseV au chateau ou se trouvait la fontaine d'enmiance.

2 On neglige assez curieusement ici de reparler du roi fait prisonnier et dont Thomas- bon-chasseur n'dtait que le valet. Ces inconsequences sont d'ailleurs fr£quentes dans les contes populaires.

3 Recite1 par Paul Patry, a Saint- Victor, Beauce, en aout 1914.

4 Ici pronone6e barouette.

6 Pour pas en tout, i.e., "pas du tout."

8 Dans le sens de "il y a si longtemps que. . ."

Contes Populaires Canadiens. 71

II marche toute la journee, le lendemain, cherchant partout; mais il ne trouve pas un pouce d'ouvrage. "Je te le disais bien, repete sa mere; il n'y a ici rien a gagner." Repart le lendemain, et remarche toute la journee, mais pour rien. Comme il n'a pas d'avances1 et comme il faut toujours manger, il retourne chez le roi, et dit: "II n'y a pas de quoi! 2 il faut bien que je gagne quelque chose." Le roi repond: "Qa me fait bien de la peine, mais j'en ai pris un autre a ta place." II cherche encore de l'ouvrage pendant une journee, et il ne lui reste rien a manger. Retourne encore chez le roi: "II me faut de quoi gagner, 'sans ceremonie;'3 nous n'avons plus rien a manger." Le roi dit: "Je n'ai qu'une chose a t'offrir; si tu refuses, c'est la fin." "Qu'est-ce que c'est?" "Un de mes batiments part pour un long voyage sur mer; veux-tu t'engager cuisinier?" II accepte et va dire a sa mere: "Le roi m'a engage!" "Tant mieux! ca nous sauvera toujours de la mort." S'en allant trouver le roi : "Qui fera vivre ma mere ?" Le roi repond: "Je la ferai vivre com'i'faut." En le voyant partir, la mere dit: "Bon voyage, pauvre enfant!"

Le batiment part avec le jeune homme, et disparait sur la mer.

Apres plusieurs annees de voyages, les marins 's'ecartent' 4 sur la mer. Affam6s, ils ne savent plus ou aller. lis tirent a la courte paille pour savoir qui d'entre eux se fera manger. Le sort tombe sur le cuisinier, qui va etre tu6 et mange\ Une idee lui vient le danger donne des idees! Demande au capitaine de le laisser monter dans le plus haut mat pour voir s'il ne trouverait pas une terrasse quelque part. Le capitaine consent. Mon gars monte dans le plus haut mat, et il regarde partout avec la longue-vue. "Je vois de l'atterrage!" Le batiment s'en va frapper la, tout dret. Ce n'est qu'une ile. Comme ils y descendent tous pour chercher de quoi manger, des fruitages, mon petit jeune homme est bien decourage. Sans chercher a manger, il marche sur l'ile. II arrive devant une porte ouverte, dans un rocher; entre, et apercoit un vieillard aux cheveux blancs comme la neige, assis dans un fauteuil. Sur une table devant lui se trouve un m£dail- lon.5 "Bonhomme, tu dors, et tu n'as pas besoin de ce medaillon." II prend le medaillon, le met dans sa poche, et il sort.

Pendant ce temps, dans un siffle,6 l'ile devient garnie de serpents. Effrayes, les matelots se sauvent a bord de leur batiment, qui prend le large. Trouvant le batiment parti, le jeune homme pense: "Je suis pour mourir; mais ils ne me tueront toujours pas." II ouvre son me-

1 I.e., d'economies.

2 Patry dit: "II n'y a pas de galagne!"

3 Moquerie dont le sens est "a tout prix."

4 Se perdent.

5 Patry dit "une