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P E N s E* E s

DE MONSIEUR

PASCAL

SUR LA RELIGION

& fur quelques autres fujets

fuient ejîé trouvées après fa mort 'parntyfes papiers.

' Reveuës & corrigées de nouveau.

m A LY O N,

/•pR.Roux^ruë Bslle.Coriier. vCl. Chiz e, rue C

Avec Approbation Qc Pcrrnj

prefac ea^^-

Conten^.nt de qu elle mmiere ces Penjées ont ejié écrites ^ re^ cueillies > ce qui en f^fait Ye^ tarder fimprejjîon ; quel efloit le dejfein de Monfiem P^fcal d^ns cet Oi4vr^ge,ér de quelle forte il a pa^ffé les der nieres années de fa vie^,

Onsieur Pascal ayant quitcé fort jeu- ne i'eftude àz^ Ma- thématiques 5 de la Phifi- que , 6c des autres Sciences profanes > dans lefquelles î( avoit fait un fi grand pro-» grés , qu'il y a eu affeurernsnc peu de perfonnes qui ayens

PREF AC E.

pénétré plus avant que luy dans les madères particulières qu il en a traitées , il com* mença vers la trcntierme an- née de (on âge à s'appliquer à des chofes plus fciieufcs 6c plus relevées, & a s'addonncr uniquerïient , autant que la famé le pût permettre , à Tétu- de de l'Écriture, des Pères ^Sc de la Morale Chreflienne.

Mais quoy qu'il n'ait pas moins cxcçllé dans cesïones de Sciences qu'il avoit fait daiBs les autres ^ comme il Ta bien fait paroîftre par des ouvrages qu! pa{ii.nt pour aflTcz achevez en leur genre , on peut dire néanmoins que fi Dieu eût permis qu'il cuft travaillé quel- «^ue ternes à celuy qu'il avoît dcffein de faire fur la Religion & auquel il vouloit empl oyer

PREFACE, tout le reftede fa vie , cet ou- vrage eût beaucoup furpalTé tous les autres qu'on a vus de lui j parce qu'en effet les vues qu'il avoit fur ce fujet cftoient infiniment au deilus de celles qu'il avoit fur toutes les autres chofes.

Je croîs qu'il ny aura perfon- ne qui n'en Toit facilement perfuadé en voyant feulement le peu que l'on en donne à prefent quelque imparfait qu'il paroiffe , & principale- ment fçachant la manière dont il a travaillé , èc toute J'hifloJre du recueil qu'on en a fait. Voicy comment tout cela c'eft pafiTé.

Monfieur PafcaV conccut le deffein de cet ouvrage plu- fieurs années avant fa mort .* mais il ne faut pas néanmoins

a itj

PREFACE

s'eflonner s'ii fut fi longt cemps fans en rien mettre par écrie, car il avoit toujours accoutu- mé de fongcr beaucoup aux chof"cs , & de les dilpofer dans fon efprît avant que de les pro- duire au dehors^pourbien con- iîderer Se examiner avec foin celles qui falloic metrre les premières ou les dernières 5 Sc Tordre qu'il leur dévoie don- ner à toutes^afîa qu elles pûf- fenc faire leffet qu'il dcfiroit. Et comme il avoir une mémoi- re excellence &c qu'on peut di- re même prodigieufe , en forte qu'il afouvent afTuré qu'il n a- voit jamais rien oublié de ce qu il avoit une fois bien impri- mé dans fon efprit; lors qu'il s'efloit ainfi quelque temps appliqué à un fujet,il ne crai- gnoit pas que les penfces qui

PA EF A CE.

îay étoienc venuiës luy puffent jamais échnper , &: ceft pour- quoy il differoit affez fouvenc de les écrire , foie qu'il n en eût pas le loifir , foie que fa fanté $ qui a prefque toujours eflé languiiTantc & împarfaite , ne fût pas aficz forte pour luy permettre de travailler avec ap« plication.

Ceilcequi aefté caufequc Ton a perdu à fa mort la plus grande partie de ce qu'il avoit déjà conçu touchant fon àcf-^ fcin. Car il n'a prefque rien ef^ crit des principales raifons dont il vouloir le fervir , des fondement fur lefqucls il pre- tendoit appuyer fon ouvrage & de l'ordre qu'il vouloit y garder j ce qui eftoic aflcure- ment très- confiderable. Touc cela eftoic tellement gravé

a m]

PREF'ACE.

dans fon efprit & dans fa œc- nîoire,qu'ay^nt négligé de l'é- crire lors qu'il l'auroit peut- eftre pu faire , il fe trouva , lors qu'il l'auroit bien voulu» horsd'cftaE d'y pouvoir du tout travailler»

Il fe rencontra néanmoins une occa{îon ily aenviron dix ou douze ans , en laquelle on l'obligea non pas d'écrire ce qu'il avoir dans l'cfprit fur ce fujet U,raâis d'en dire quelque chofe de vive [voix. Il le fie donc en prefence 8c à la prie- ra de piufieurs perfonnes ires- confiderables de fes amis. U leur développa en peu de mots ie plan de tout fon ouvrage , il leur reprefent a ce qui en de- voit faire le fujet & la matière: il leur en rapporta en abregp les raifons êc les principes U

r PREFACE. il leu ^expliqua Tordre & Iz fuite des cho fes qivii y vou- loîc iraiter. Ec ces perfonnes , qui font auffi capables qu'on le puiiTe eftre déjuger de ces fortes de choies , avouenc qu'elles n'ont jamais rien en- tendu de plus beau , de plus fore ) de plus touchant , ny de plus convaincant > qu elles en furent charmées j & que ce qu elles virent de ce projet 6C de ce deflein dans un ;difcours de deux ou trois heures fait ainfi fur le champ & fans avoir efté prémédité n y travaillé ,. leur fie juger ce quecejpour- roiteftre un jour ,s'il eftoît ja- mais exécuté &: conduit à fa pçrfeâion !par une perfonne dont elles connoiffoient la for- "^jôc la capacité, qu'il avoic accoutumé de tant travailler

a- 1^

PREFACE.

tous fes ouvrages , qui ne fe contencoit prelque jamais de fes premières penfées quel- ques bonnes qu'elles parulTens aux autres , & qui a refait fou- vent jufqu'à huit ou dix fois des pièces que tout autre que luy trouvoic admirables dés la première.

Après qu'il leur eut fait voir quelles font les preuves qui font le plus d'imprefïion fur l'efprit des hommes , 6c qui font les plus propres à les per- fuader , il entreprit de montrer que la Religion Chreftiennc avoit autant de marques de certitude & d'évidence que les chofcs qui font reçeu es dans le monde; pour les plus indubi- tables.

Pour entrer dans ce defleJ* y. comiDença d'abord par une

PREFACE.^ peinturede.l homme,oiiil nW- blÏÀ ricD de tout ce qai ie pou- voit faire connoiftre & au de- dans ô€ au dehors de luv mé- me jafqu'aux plus fecrets mou- vcniensde Ton cœur, llfupofa cnfuice un homme qui ayant toujours vécu dans une igno- rance générale, dansune in- différence à l'égard déroutes chofes , & fur tout à l'égard de foy- même , vient enfin à fe confidererdans ce tableau, êC àjexaminer ce qu'il eft. Il cfi: furpris d'y découvrir une infi- nicédechofes aurquellcsil n'a jamais penfé , ôc il ne [çauroic remarquer fans éconnemenc & fans admiration tout ce que Monficur Pafcal lui fait fen- tirdè fa grandeur & defabaf- fe{re,de fes avantages & de fes foibieflcs , du peu de luœierç

t vj

PREFACE, qui lui refte - & àcs ténèbres qui l'environnent prefque de toutes parts , U enfin de tou- tes les contrarietez étonnan- tes qui fe trouvent dans fa na- ture. Il ne peut plus après cela demeurer dans l'indifférence > s'il a tant foit peu de raifon, 6c quelque infenfibie qu'Hait été jufqualorsl, ildoit ïouhaitter , après avoir ainfi connu ce qu'il eft , de connoiftre aufli d'©ù il vient , & ce qu'il doit devenir.

Monfieur Pafcal l'ayant mis dans cette dsfpoficion de cher- cher à s'inftruire fur un doute û important, il l'addre (Te pre- mièrement aux Philofophesf^ &c'eft qu'après luy avoir devclopé tout ce que les plus grands Philofophes de [toutes; ks fedes ont dit fur le fujet de

PREFACE, l'homme il lui fait obferver tant de dé^auts.tant de foibief- fes , tant de comradiclions, ô£ tant de faulTetez dans tout ce qu'ils en ont ava ncé, qu'il n'eft pas -difficile à cet homme de juger que ce n'eft pas il s en doit tenir.

Il lui fait cnfuite parcourir tout l'Univers & tout les âges , pour lui faire remarquer une infinité de Religions qui s y rencontrent : mais il lui faic voir en même temps' par des raifonsfi fortes & Ci convain» cames que toutes ces Reli- gions ne font remplies que de vanité ^ que de folies.que d'er- reurs , que d'cgaremens , d'extravagances , qu'il n'y trouve rien cncoîe qui le puif- fe fatisfaire-^

Enftn il luy fait jeiteï les

PREFACE.

yeux fur le peuple ]uif,&il luy en fair obfereef des circonftan- ces Cl exiraordinaires, qu'il at- tire facilement fon attention. Apres luy avoir reprefenté tout ce que ce peuple a de fin- gulier , il s'arrede particulière- ment à luy faire remarquer un livre unique par lequel il fe gouverne , 6c qui comprend tout enfemble fon hiftoire , fa loy , & fa Religion. A peine a-t'il ouvert ce livre qu'il y apprend que le Monde efi l'ou- vrage d'un Dieu } & que c'eft ce même Dieu qui a 'créé l'homme à fon image , & qui Tadoiàéde tous les avantages du corps êc de Tefprit qui eon'. venoicnt à cet eftat- Quoy- qu'il, n'ait rien encore qui le convainque de cette ^vérité » elle ne lailie pas de luy plaire »

PREFACE. & la raifon feule fuffic pour lui faire trouver plusde vray fem- blance daHs cette fupoficion qu'un Dieu eft l'Auteur des hommes de tout ce qu'il y a dans l'Univers , que dans tout ce que ces mêmes hommes fe font imaginez par leurs pro- pres lumières. Ce qui l'arrefte en cet endroit eft de voir par la peinture qu'on luy a faite de l'homme , qail eft bien éloi- gné de polTeder tous ces avan- tages qu'il a avoir lors qu'il eft forti des mains de fon Au- teur : mais il ne demeure pas long - temps dans ce doute $ car dés qu'il pourfuit la Icdu- rede ce même Livre , il y trou, re, qu'après que l'homme eût eftc ciéé de Dieu dans Teftat d'innocence te avec toutes fortes de gerfi;dions , la prc-

PREFACE.

miere adion qu'il fii fut de ce révolter contre fon createor , & d'employer tous les avanta- ges qu'il en avoit reçus, pour l'ofFenfcr.

MonHeur Pafcal lui fait alors comprendre que ce crime ayant été le plus grand de tous les crimes en toutes fes circon- ftances, il avoit été puny non feulement dans ce premier homme , qui eftant déchu par de fon état , tomba tout d'un coup dans la Terreur , & dans l'aveuglement j mais encore dans tous fes defcendansà qui ce même homme a communi- qué & communiquera encore fa corruption dans toute la fuite des temps.

Il lui fait enfuitc parcourir divers endroits d€ €e livre

PREFACE, il a découvert cette vérité, il lui fait prendre garde qu'il ny eftplus parlé de Thomme que par rapport à cet eftat de ^i- blcffe & de dcfotdre j qu'il y eftoit fouvent , que toute chair cft: corrompue , que les hom- mes font abandonnez à leur fcns,& qu'ils ont une pente au mal dés Icnr naiffance. Il luy fait voir encore que cette pre- mière chute c(k la fource non feulement de tout ce qu'il y a de plusincompiehenfibîe dans la nature de Thcmmc , mais aufli d'une ^infinité d'effets qui font hors de luy,& dont la cau- felui eftinconnuë.Enfîn il luy reprefente l'homme fi bien dé- peint dans tout eellivre , qu'il ne lui paroît plus différent 'de la première image qu'il luy en a tracée.

PREFACE. ^ Ce n'eft: pas affez d'avoir fait connoiftre à cet homme fon eftat plcfnde miferc.Mon- fiear Pafcal lui aprend encore re : qu'il trouvera dans ce mê- me Livre dequoy le confoler Et en effet , il lui fiit remar- quer qu'il y efl: dit , que le re- mède eft encre les mains de Dieu;que c'ell; à lui que nous de vons recourir pour avoir les forces qui nous manquent > qu'il fe lailTera fléchir, 6c qu'il envo'ra même un Libérateur aux hommes ,quifatisfera pour eux , & qui reparera leur im^ puiifance.

Après qu'il luya expliqué on grand .nombre de rcmar. ques très - particuliers fur le Livre de ce peuple , il luy fait encore confiderer que c'eft le feul qui ait parlé dignement de

PREFACE. l'Edre fouverain , & qui aïe donné l'idée d'une véritable Religion. Il luy en fait conce- voir les marques les plus fen- fibles qu'il applique à celles que ce Livre a enfeignéesjôc i 1 lui fait faire une attention pat. ticulierefut ce qu'elle fait con- fîftec l'efTence de fon culte dans l'amour du Dieu qu'elle adore , ce qui eft un carradcre tout ficgulieriôc qui la diftin- gue vifiblement de toutes les autres ReIigions,dont la faufle- paroit par le défaut de cette marque Ci cflentielle.

Quoyque Monfieur Pafcal. après avoir conduit fi avant cet homme qu'il s'eftoit pro- pofc de perfuader infenfiblei ment , ne lui ait encore rien dit qui le puifle côvaincre des veritez qu'il lui a fait dccou-

PREFACE. vrir,ill'a mis néanmoins dans la difpofition de les recevoir avec plaifir , pourveu qu'on puifle lui faire voir qu'il doic syrendre,&de (ouhaiter mê- me de tou'- (on cœjr qu'elles fuient folides 5c bien fondées puis qu'il y trouve de fi grands avantages pour (on repos 6c pour IVclairciiTcrrent de (es doutes. C'eft audi l'état oii devroît eftrc tout homme rai- fonnsble, s'il edoit une fois bien entré dans la fuitte de toutes les chofes que Mon^ ficuT Pafcal vient de reprg. fen ter : & il y a fujet de croira qu'après cela il fe rendroit f^. cilemcnt à toutes les preuv^^ qu'il apporta enfuite pourxg. fîrmer la certitude Se l'évidcj,, ce de toutes ces veritez impor- tantes dont ilavoit parlé, ^

PREFACE.

qui font le fonde œenc de la Religion Chrétienne qu'il a- voitdeiTein de perfuadcr.

Pour dire en peu de mot^ quelque chofe de ces preuvesi après qu'il eut mon flrc enge- ndrai quelesveriiez dont il s'a- giffoit eftoicnt connues dans un Livre de la certitude duquel tout homme de bon fens ne pouvoit douter ,il s*arrêta prin- cipalement au livre de Moyfe ces veritez font particuliè- rement répanduësiôc il fit voir par un très grand nombre de circonftances indubiiables qu'il eftoit égalemêt impofîîble que jVîoyrecût laiffé par écrit des chofes faulleàj ou que le peu- ple à qui il les avoit laifléf s s'y iût lailTé tromper , quand mê- me Moyfe auroit été capable d'être fourbe.

PREFACE.

Il |>aria auffi de tous les gv^nds miracles qui font rap- portez dans ce livre jôC com- me ils font d'une grande con- fequence pour la Religion qui y eftenfeignée.il prouva qu'il jl'eftoit pas poffiblc qu'ils ne fuflent vrais , non feulement par l'autorité du Livre ils font contenus , mais encore par toutes les circonftances qui les accompagnent , & qui les rendent indubitables .

// fît voir encore de quelle manière toute la loy de Moyfe cftoit figurative j que tout ce qui eftoit arrivé aux Juifs n'a- voit eflé que la figure des veri- tez accomplies à la venue du Meffie , & que le voile qui couvroit ces figures ayant efté levé il eftoit aifé d'en voir raccompliffement Se la con-

PREFACE, fomniition parfaite en faveur de ceux qui ont reçu Jésus- Christ-

Monfieur Pafcal entreprit enfuite de prouver la vérité delà Religion parles prophé- ties , & ce fat fur ce fujet qu'il s'étendit beaucoup plus que fur les autres. Comme ii avoit beaucoup travaillé deffus , & qu'il y avoit des vues qui luy cftoieat toute paniculie- les , il les expliqua d'une ma- nière fort intelligible , il en 'fit voir le fens & la fuite avec une facilité merveilieufe , 6c il lesjpit dans tout leur jounôi: dans toute leut force.

Enfin aprcs avoir- parcouru les livres de l'ancien Tefta- ment , & fait encor plufieurs, obfefvations convaincantes pour fervir de fondemcns ôc

PREFACE, de preuves à la vérité de la Re- ligion , il entreprit encore de parler du nouveau Teftaroent éc de tirer fes preuves de la vé- rité même de i'Evangile.

Il commença par J e s u s- C H R I s T$ & quoy qu'il l'eue déjà preuve invinciblement par les prophéties , 6c par tou- tes les figures de la loy doDton voyoit en luy l'accomplifTe- ment parfait, il apporta enco- re beaucoup de preuves tirées de fa perfonne même , de fes miracles , de fa dodrine,& des circonftances de fa vie.

Il s arrefta cnfuice furjes Apoftresj & pour faire- voir la vérité de la foy qu'ils ont publiée hautement par tout , après avoir eftably qaon ne pouvoit les accu fer de faKffe- té, qu'en fuppofant, ou qu'ls

avoicnc

PREFACE.

avoiem efté des fourbes , ou qu'ils avoient e^é trompez eux mcÇmes j il fie voir clairement que l'un & l'autre de ces fup- poricionseftoic également im- pcffible.

Enfin il n'oublia rien de tout ce qui pcuvoic fervir à la véri- té de riiiftoire Evangcliquc fai, fant de très- belles remarques fur l'Evangile mefme, fur le fti. les des Evang£liftes,& fur leurs perfonnes > lue les Apoftres en patticulier , & fur leurs écrits} fur le nombre prodigieux de miracles j fur les Martyrs; fut les Saints ; en un mot lur tou- tes Ici voyes par lesquelles la Religion Chreftienne s'cft en- lieretrent établie» Et quoy- qu'il n'eût pas le loifir dans un Cmple difcours de traiter au long une fi vafte matière, corn-

c

PREFACE. meîlavoitdciTein defairedans. fon ouvrage, il en die néan- moins aflcz pour convaincre que tout cela ne pouvait eftte l'ouvrage, des hommes, & qu'il n'y avoit que Dieu feul > qui eût pu conduire l'événement de tant d'effets difFerens qui concourent tous également* à prouver d'une manière invin- cible la Religion qu'il eft venu luy-mcrme établir parmy les hommes.

--Voilà en fubftance les prin- cipales chofes dont il entreprit de parler dans tous ces difcours, qu'il ne propofa à ceux qui l'entendirent que comme l'a- bregé diï grand ouvrage qu'il jnéditoit : &c c'eft par le moyen d'un de ceux qui y furent pre- fens qu'en a feu dépuis le peu que je viens d'en raportcr.

PREFACE.

On verra' parmy les frag- mens que l'on donne au public quelque chofe de ce grand deiTcin de Monficur Pafcal: Maison y en verra bien peu^Sc les chofes mefme que Ton y trouvera font imparfaites, fi peu étendues ,6C fi peu digcrées- quelles ne peuvent donner qu'une idée très-- grofïiere de la manière donc il avoïc envie de les traiter^

Au refte il ne faut pas se- tonner fi dans le peu qu'on en donne ^on n*a pas gardé foa odrc& fa fuite pour la diftrî- bution des matières.

Comme on n*avoit prefque rien qui fuîvit > il euft eAc inutile de s'attacher à cet or- dre y ôc l'on s'eft contenté de les difpofer à peu prés en la manière qu'on a ju£;é eftrc

PREFACE.

plus propre & plus convena- ble à ce que l'on en avoic. On efpcre mcfrne qu il y aura peu de perfonnes qui après avoir bien corçû une fois le defTein de Monfieur Pafcal , ne Suppléent d'eux-mêmes au dé- faut de cet ordre , & qui en confiderant avec attention les diverses matières répandues dans ces fragmens , ne jugent facilement oii elles doivent être rapportées fuivant l'idée de celuy qui les avoit écrites-

Si l'on avoit feulement ce difcours par écrit tour au Iong,& en la manière qu'il fut prononcé > l'on auroit quelque fujet de fe confoler de la perte de cet ouvrage, & l'on pour- roit dire qu'on en auroit au moins un petit échantii/on quoy que fort imparfait. Mais

PREF ACE^ Dieu n'a pas permis qu'il vous aie laiiTé ny l'un nyl'auire.Car peu de temps après il tomba malade d'uue maladie de l'an- gaeur 6c de foibleflfe , qui dura les quatre dernières annies de- fa vie , &c nai,quoy qu'elle pa- rûr fort peu au dehors , ôc qu'elle ï»e l'obligeât *pas de gar. der le lit ny la chambre , ne laifToic pas de l'incommoder beaucoup, & de le rendre pref- que incapable ds s'apliquer k quoy que ce foit : de forte que le plus grand foin & la princi- pale occupation de ceux qui eftoient auprès de luy eftoic de le détourner d'écrire , & m^'me de parler de tout ce qui demandoii quelque applica- tion ÔC quelque contention d'efpritjêc de ne l'entretenir que de chofes indifférentes 5C

c iij

PREFACE, incapables de failquer.

C'efl néanmoins pendant ces quatre années de langueur & de maladie qu'il a faic & écrit tout ce que l'on a de iuy de cet ouvrage qu'il meditoit , & tout ce que l'on en donne au public Car , quoy qu'il attendit que fa fanté fût entièrement réta- blie pour y travailler tout de bon , & pour écrire les chofes qu'il avoit déjà digérées & di- fpoféesdans fon efpritj cepen- dant loîfqu'il iuy furvenois quelques nouvelles penfées , quelques revues ^quelquesidés, ou mefme quelque tour , & quelques cxpreffions qu'il prc- voyoit iuy pouvoir un jour fervir pour Ton defTsin , corn- nie il n'eftoit pas alors en eQat de s'y appliquer auHl forte- ment qu'il fiifoit quand il fc

PREFACE.

portoic bien ,ny de les impri- mer dans fon efprit& dans fa mémoire , il aimoit mieux en. meitie quelque chofe par écrit pour ne le pas oublier 5 & pour cela ilprenoitle premier mor- ceau de papier qui! trou voit fous fa main, fur lequel il met- toit fa penféeen peu de mots, & fort fou vent mefme feule- ment à demy mot 5 car il ne j'écrivoit que pourluy j& c'efc pourquoy il fe contentoit de le faire fort légèrement pour ne fe pas fatiguer l'efpritjôc d'y mettre feulement les chofcs qui étaient ncccffaires pour le fai- re refl'ouvenir des veiiesScdes idées qu'il avoir.

C'eft ainfi qu'il a fait la pluf- part des fragmens qu'on trou- vera dans ce recueil j -de for- te qu'il ne faut pas s'éfton-

e IV

PREFACE, ner s'il y en a quelques-uns qui ferablenc allez imparfaits, trop courts , trop peu €xpli«- qutz , Se dans lefquels on peu même trouver des termes & dès exprcffions moins pro- pres & moins élégantes. ïl ar- rivoit néanmoins quelquefois qu ayant la plume à la main il ncpouvoit s'empefcher en (uu vant fon inclination de pouf- fer fes penfées, 8c de les eften- dreLun peu daviinrag? -, quoy- que ce ne fut jamais avec la force & l'application d'efprît qu'il auroit pu faire en 'parfaite fanté. Et ced: pourquoy Ton en trouvera aiiiffi quelques unes plus eftenducs ôc mieux écrites ,& des Chapitres plus fuivis & plus parfaits que les autres.

Voilà de quelle manière ont

PREF A CE. eAé écrues ce penfées. Et je croy qu'il n'y aura perfunne qui ne juge facilement par ces légers commenctraens & par CCS foibles eilais d'une perfon- ne malade , qui navoic écrit que pout luy fcul & pour fe re- meure dans i'efpric des pen- ices qu'il craîgnoit de perdre & qu'il n'a jamais revus ny re- touchez quel eût efléjlouvra^ ge entier fi Monfieur Pafeal eue pu recouvrer fa parfaite fanté^êc y mettre la dernière main, luy qui fçavoi!; difpofer les chofes dans un (\ be^u jour & um fi bel ordre , qui donnoit un tour fi particulier 5 û noble & fi relevé a tout ce qu'il vou- loitdire > qui avoit dcflfein de travailler cet ouvrage plus que tous ceux qu'il avoit jamais faits , qui y vouloit employer

ë y

PREF A CE; toute la forez defpric & tous les talens q-je Dieu lay avoic donnez , & duquel 11 a dîr fou- venc quM nloic dix ans de fan- pour Tachever.

ComrTieion fçivoic le def- feîn qu'avoir xMonfieur Pafcal de travailler fur la Religion , Ion eut un très-grand foîn après fa mort de recueillir tous les écrits qu'il avoir fait fur cette iTiatiere- Oi^ les trouva tous enfemble enfi'ez en diver- (es liafTes , mais fans aucun or- dre & fans aucune fuite , parce que 5 comme je Tay dcja re- marqué 5 ce n'dlioîc qus«Jes premières expreffions de fes penfées qu'il écrivoic fur de petits morceaux de papier à mefure qu'elles luy venn:)ient danslefprlc. Et tout cd^ eftoîc fi imparfait & fi mal cfcrh

PR^FACE^

qu*on a eu toutes les peines du monde à le déchiffrer.

La première chofeque l'on fît, fui de les faire copier tels qu'ils cftoient & dans la mef- me confufion qu'on les avait trouvez. Mais lors qu'on les \itencct eftat.& qu'on eut plus de facilité de les lire & de ies examiner que dans les ori- ginaux , ils parurent d'abord (i informes 5 fi peu fuivis,ôc la plufpart , fi peu expliquez » qu'on fut fort long temps fans penfer du tout à les faire im- primer,quoy que plufieursper- ïonnes de très- grande confide- ration le demandaffent fou* venta^ec des inftances ^ des foilickatîons fort preffantes ^ , parceque l'on jugcoit bien qns ion ncL pouvoit pas remplir l'auçntç Ss.ridée qwc tout ^

PREFACE.

monde avoîc de cet ouvrage, dont Ion avoit déjà enccndu parler, en donnant cesecriis en l'eftac qu'ils eftoienr.

Mais enfin on fut obligé de céder à rimpatience & au grand defir que tout le monde lémoignoïc de les voir impri- mez-Et ion s y porta dautanc plus aifément que lonc crût que ceux qui les liroient fe- roient alTcz équitables pour faire le difcernement d un dc[-^ fein ébauché d'avec une pièce achevée, & pour juger de l'ou- vrage par l'échantillon quel- que imparfait qu il fut. Et ain(î l'on refolut de les donner au public. Mais comme il y avoîc plufieurs manières de lexecu- ter, Ton aefté quelque temps i fe determi nei fur celle que Ton devoit prendre.

PREFACE, La premicrc qui vint dins refpric Se ceile 4111 eftoii fans douce la plus facile ,cftoit de les faires imprimer tout de (une dans le me me cPtar qu'on les avoit trouvez. Mais Ton jug^a bien-[ofl: que de le foire de cet- te force> c eue efté perdre pief. que tout le fruit qu'on en pou- voîc efpererjparceque les pen- fées plus parfaites, plus fuivies, plus claires , & plus étendues, eftant méfiées , 6c comme ab- forbécs parmy tant d'auires imparfaites , obicures , à demy digérées , & quelques-unes mefrae prefque intelligibies à tour autres qu'à celuy qui les avoît écrites,]! y avoit tout fu- jet de croire que les unes fe- roienc rebuter les TiUrres y Sc que Ton ne confidereroit ce yolumegrofli inuaicm^nt de

PREFACE- tant de penfées imparfaites, que coairTie un amas confus fans ordre, fans fuice, & qui ns . peuvent fervir à rien-

Il y avoit une autre maniè- re de donner cet efcrics au pu- blic , qui cftoit d'y travail- ler auparavant , d'éclairer les penfées obfcures , d'achever elles qui cftoient imparfaites^ & en prenant dans tous ces fragmens le dclîein de Mon- sieur Pafcal , de fupléer en quelque forte louvrage qu'il vouloit faire* Cette voye eût eflé affuremeni la plus parfai- te 5 mais il eftoit ^ufTi très dif- ficile de la bien exfcuter. UcHî s'y eft néanmoins artcfté af- fez long temps ^ Se Ion ayoi& : en effet comiTrancé è y travail- ~ ler. Maïs enfin ion ^'^ft rcfo-'^ lu dei^ icjette; âufll feieû qaa^

PREFA CE.

la première ; par ce que l'on a confidere quil eflioit prefque impollible de bien entrer dans. la penfée & dans le deiTein d'un Autheur , & fur tout d'un Autheur mort, & que ce n'euî pas efté donner l'ouvrage dq Monfieur Pafcal , mais un ou- vrage tout différent.,

Ainll pour évKcr lesîncotî- veniens qui le trouvoient dans l'une & l'autre de ces manières de faire paroiire ces efcrits, l'on en a choifi une entre deux, qui eft celle qnc Ton a fuivie dans ce recueil L'on a pris feulement parmy . ce grand nombre de penfées celles qui oot paru les plus claires & les plus achevées, & on les donne telles qu'on les a irouvéesfans y rien ajouter ny changer. fi,.ce n'çft qu'au lieu quel le a

P R E F A C E

ciie de lareconiioiflrc dans un€ expreffionfi confufc & em- brouillée. Voicy à peu prés en quoy elle confifle.

Il Avoic fait plufiears remar=- qaestrcs - particuiieres fnr le ftile de rEfcritiire5& princi- palement de l'Evangile , & il y trouvoit des beauccz que peut* cftre perfonne n'avoic remar- quées ava.nc luy. Il admiroit cntr'aucres cbofes la naïveté 5 la fmiplicité ,& Jf^our le dire ainfi 5 la froideur avec laquelle il femble que] E 5us Christ y parle des cbofes les plus grandes & les plus rclev-'es, comme font , par exemple , îe Royaume de Dieu , la gloire que poiTederont les Saints dans leCiel ,lcs peines de l'Enfer 5 fans s'y étendre , comme ont fait les Pcres . Se tous ceux qui

PREFACE, ©nt écrit fur ces l'n'itîer es j Et il difojcquelà véritable canfe de cela eftoit que ces chofes qui à la vérité font infiniment grandes & relevées à nôtre égard ne le font pas de mefmc à legardde J'E su S'Christ , &qu'ainfi il ne fiuc pas trou- vercftrangc qu'il en parle de cette forte fans étonnement 65 fans admiration i comme Ton voie fans comparaifon qu\in General d'armée parle tout fîmplcrocnt & fans s'émouvois; du ficge d'une place importât^- te5& du gain d'une grande ba- taille 5 de qu'un Roy p?.rle f oî- dément d'une fomme de quin- 2e ou vinet milHons ;dont un particulier & un artifan ne par- leroknc qu'avec de grandes exagérations -

Voilà quelle cfl la penféçi

PREF AGE, qui efl: continue & renfermée fous le peu de paroles qui corn pofenc ce fragment 5 & cette confîieracion jointe à quanti- té d'autres femblablesi pouvoir fervir affarénnenc dans refpric des peribnnes raifonnables, & qui agiiTent d bonne foy ,de quelque preuve de la divinité de Iesus Christ.

lecroy que ce feul exemple peut fuffire non feulement pour faire juger quels font à peu près les autres fragmens qu on a retranchez j mais auflî pour faire voir le peu d'appli- cation , & la négligence , pour ainfi dire ; avec laquelle iis ont prefque tous efté écrit 5 ce qui doit bien convaincre de cequej'ay dit , que MonHeur Pafcal ne les avoit écrits en cfFec que pour luy feul 5 & fans

PREFACE. aucune pcnfée qu'ils duffent jamais paroiftre en cet eftat. Et c'eft auflî ce qui fait efperer que Ton fera affez porté à ex- cufer les défauts qui t'y pour- ront renconirer.

Que s'il /e trouve encore dans ce recueil quelques pen- {é^s un peu obfcures , je penfe que pour peu qu'on s'y vtiiillc appliquer on les comprendra néanmoins très- facilement , & qu'on demeurera d'accord que ce ne font pas les moins bel- les 5 & qu' on a mieux fait de lesdonner telles qu'elles font ^ que de les éclaircir par un grand nombre de paroles qui n auroitnt fcrvi qu'à les ren- dre traînantes & languilîan- tes,à qui en auroiént ofté une^ des principales beautez qui confifte à dire beaucoup de

PREFACE.

chofes en peu de mocs.

L'on en peut voir un exem- ple dans un d^s fiagmsns du chapitre des Preuves de ïesus-^ C H KisT par les prophéties ^2l-- ge 125. qui eftconceuen ces termes : Les Prophètes font mê- lez, de prophéties particulières , ^ de celle du MeJJie ; afn of ue les prophéties du Mejjie ne fuf^ fent p^s fans preuves ^(^ que les prophéties particulières ne fnf^ fent pas fans fruit. Il rapporte dans ce fragment la raifon pour laquelle les Prophètes qui n'avoient en veuc que le Mef- fie , & qui fembloient ne de- voir prcphetifer que de luy & de ce quile regardoit 5 ont néanmoins fouvent prédit des choies particulières qui paroif- foîenc affez indifférentes & inutiles à leur dciFein. Il dit

. P R E F A CE. qucc'eftoit afin que ces éve-' neQiens particuliers s'acom- pliflant de jour en jour aux yeux de tout le monde en la manière qu'ils les avoient pre^ dits, ils fuflent incontcftable- menc reconnus pour Prophè- tes , ôc qu'ainfi l'on ne pue douter de la vérité & de la certitude de toutes les chofes qu'ils prophecifoient du Mef- fie. De forte que par ce moyen les prophéties du Meffic ti- roient en quelque façon leurs preuves & leur authorité de ces prophéties particulières vérifiées 6c accomplies , & ces prophéties particulières fer- vantainfià prouver & à au- thorifcr celles du Meffie , elles n'eftoient pas inutiles ôc infru- clucufes. Voilà le fens de ce fragment cftendu 6c dévelop-

PREFACE.

pe y Mais il n'y a fans doute perfonne qui ne prit bien plus deplaifir de le découvrir foy- melme dans ces paroles obfcu- res,quede le voir ainfi éclairci & explique.

Il efi: encore, ce me femble, aiTez à propos pour décroni- par quelques pcrfonnes qui pourroienc peui-eftre s'atten- dre de trouver icy des preuve* & desdcinonftrations gcome- .ttiquesdelexiftence de Dieu, de rimiTiortalité de Tamejôc de pîufieurs autres articles de ia foy Chrcfl ienne,de les aver- tir que ce n'eftoit pas le def- feinde Monfieur Pafcal. Il ne pretendoit point prouver tou- tes (es veriiez de la Religion par des telles dcmonftrations fondées fur des principes cvi- dens capables de convaincre

lobfti

PREFACE, robftination des plus endur- cis , ny par des raifonncmsns metaphyfiqucs qui fou vent égarent plus refprit qu'ils ne le perfuadent , n! par des lieux communs lirez de divers ef- f fcts de la nature 5 mais par des i preuves morales qui vont plus au cœur qu'à refprit. C'eft à dire qu'il voiiloit plus travail- ler à touchei Se à difpofer le cœur,qu'àcvonvaincreÔt àper- fuadèr l'efprit } parce qu'il fça- voit que les paffions & les at- tachemens vicieux qui cor- rompent kcœur & la volonté font les plus grands cbftacles 2c les principaux empêche- mens que nous ayons à la foy > 6t que pourveu qu'on pue le- ver cesobftacies, il n'étoii pas difficile de faire recevoir à l'ef- prit les lumières U les raifons

1

PREFACE.

quîponvoient le convaincre.

L'on fera facilement pcrfua- de tout cela en lifant ces écrîtS' Mais Monfieur Pafcal s'en eft encore expliqué luy- mémedansun de fes fragmcns qui a efté trouvé parmi les au- très 5 & que Ton n a point mis dan5 ce recueil. Voicy ce qu'il dît dans ce fragment , le nentrefrendr^y pastcy de prou^ ^erpar des T'^tfons naturelles oh Vexijlente de Dieu , ou la TrU nité , ou l\mmortaliîé de Came^ ny aucune des ckofes de cette nf^* ture\ non feulement par cf^ cj^ue je neme fentiroispas affez. fort pour trouver dans la nature de quoy convaincre des athées endurcis . Tf^ais encore parce que cette con-^ noijf^nce fans Jesus - CnarsT eft inutHe (^ jlertle. ^tand un homt fcrott perfuadé que les pro-

PREFACE.

fort tons des nombres font des ve- ritez,immaterielles^eternelles,^ depe.iates d'une première vérité en qui elles fubfiflent & que» appelle Dieu ,;> ne le trouver ois fasbeaucoup avacépour sofaluf L'on s'étonnera peut eftrc auffi de trouver dans ce re* cuëil une fi grande diverfité de penfées. donc il y en a mê- me plufieurs qui femblent af- fez éloignées du fujec que Alonfieur Pafchalavoic entre- pris de traitter. Mais il fmt confiderer que fon dtfTs^in étoit bien plus ample & plus eftendu que l'on ne fe l'imagi- ne , & qu'il ne fe bornoit pas feulement à réfuter les railon- cemens des athées , 6c de ceux qui combatent quelques unes desveritez delà foy Chrétien- ne. Le grand amour & l'efti-

1 n

PREFACE.

me fîngiiliere qu'il avoît pour la Religion , faifoit que non feulement il ne pouvoic foufrir qu'on la voulût détruire & an- neantir tout à- fait, mais même 'qu on la bleflfâc & qu'on la corrompit en la moindre cho- fe. De forte quH vouloit dé- clarer la guerre à tous ceux qui attaquent ou la veriré , ou la fainteté } ceft a dire non feulement aux Athées , aux Infideiles , & aux Héréti- ques qui rcfafent de foûmet- tre les faufles lumières de leur raifon à la foy , & de re- connoiftre les veritcz qu'elle nous enfeigne ; mais même aux Chrétiens & aux Catho- liques,qui eftans dans !e Corps de la vcrîtable Eglife ne vivent pas néanmoins félon la pureté des maximes deTEvangile qui

PREFACE.

nous y font propofées comme le modèle fur lequel nous de- vons régler & conformer tou- tes nos avions.

Voilà quel écoîtfon deffeinj & fon dciTein étoit aflTv.z vafte & aiïez grand pour pouvoir comprendre la plupart des chofes qui font répandue^ dans ce recueil. Il s'y en pour- ra néanmoins trouver quel- ques unes qui n'y ont nul rap- port)& qui en effet n'y étoieot pas deftînées , comme , par exemple , la pjûpart de celles qui-font dans le Chapitre des Fenfées diverfes , lefquelles on a auffi trouvées parray les papiers de Monfieur Pafcal, 8c que Ton a jugé à propos de joindre aux autres j parce que Ton ne donne pas ce livre cy amplement comme un ouvra*

P REFÂCE. ge faîc contre les athées ou fur Ta Religion , mais comme un vcfûc'û de Penfees de Monjieur i

ffifcal fur /a Religion , & fur quelques autres fujets.

Je penfe qu'il ne refte plus pour achever cette Préface que de dire quelque chofe de r A utheur après avoir parlé de fon Ouvrage. Je crois que non feulement cela fera affez à pro- pos, mais que ce que j'ay def- fein d'en écrire pourra même eftre très-utile pour faire con- noiflre comment Monfieur Pafcal eft entré dans l'eftime & dans les fentimens qu'il avoit pour la Religion, qui luy firent concevoir le deHein d'entreprendre cet ouvrage-

L'on a déjà rapporté en abrégé dans la Préface des Traittez de lequilibre d^s li-

PREFACE.

quenrs , & de la pefanteur de i'air-de quelle manière il a paf- fa jcunefTe, & le grand pro- grés qu'il y fit en peu de temps dans toutes les fciences humai- nes & prophanes>aurquelles il voulut s'appliquer , & particu- lièrement en la Géométrie êc aux Mathématiques 5 la ma- nière étrange èc furprenante dont il les apprit à l'âge d'on- ze ou douze anj, les petits ou- vrages qu'il faifoit quelque- fois & qiâi furpafToiëc toujours beaucoup la force & la portée dune perfonne de fon âge j l'cfort étonnant & prodigieux de fon imagination 6c de fon efprit qui parut dans la machine d'Arithmétique qu'il inventa âgé feulement dedix- neuxà vingt ans, & enfin les belles expériences du vuide

»•

1 nij

PREFACE.

qu'il fit en prefence des per* fonnes les plus confide râbles de la ville de Rouen il de- meura quelque teraps , pen- dant que Monfieur le Prefi- dent Pafcal fon père yeftoit employé pour le fervice du Roy d:.ns la fonclion dln- tendant de luftice. Ainfi je ne repeteiay rien icy de tout cela , ôc je me contenteray feulement de reprefentcr en peu de mots comment il a niëprifé toutes ces cliofes , ÔC dans quel efprit il a pafTé les dernières années de fa vie, en quoy il n'a pas moins fait pa- roi (Ire la grandeur , èc la foli- diîé de fa vertu, Si de (a pieté, qu'il avoit montré auparavant la force , récenduè* , 6c la pé- nétration admirable de fon efprit.

PREFACE. Il avoit efté prefervé pen- dant fa jeuneiïcpar une protec- tion particulière de Dieu des vices tombent la Répart des jeunes gens » ce qui efl: aflfcz extraordinaire à un efpric auflî curieux que le fien , il ne s'eftoic jamais porté au 11- bertmage pour ce qui regarde la Religion , ayant toujours borné la curîoficé aux chofcs naturelles. Et il a dit pluficurs fois qu'il joignoît cette obli- gation à toutes les autres qu'il avoit à Monfieur Ton pcre , quî ayant lui même un très-grand refptdlpour la Religion, le lui avoit infpiré dés Tenfance , Juy donnant pour maxime que tout ce qui eft Tobjet de la foy ne fç^uroit rêtrede laraiiTon , & beaucoup moins y eftrc fournis.

PREFACE.

Ces inftriKftions qui luy ëtoicnc fouvent réitérées par un Père pour qui il avoit une très grar de eltime, & en qui il voyoit une grande fcicnce ac- compagnée d'un raironnemëc fort éc pùifTaot, faifoient tanc d'imprcinon fur Ton erprit,que quelque' iîfcours qu'il enten- dii faire anx libertins , il n'en eftoic nulicmenc ému, Siquoy qu'il fût fore jeune, illesre- gardoic comme des gens qui efloientdansce faux principe, que la raiion humaine efl au- deflus de toutes chofes, & qui ne connoilTent pas la nature de la foy.

Mais enfin après avoir ainfî paffé fa jeu neflfe dans des oc- cupations €c des divertifle- niens.qui paroilToient affez in- nocent aux yeux du monde»

PREFACE. Dieu le coucha de telle forte » qu'il luy fit comprendre par- faitement que la Religioti Chreftienne nous oblige â ne vivre que pour luy,& à n avoir pointd'autreobjet que luy. Et cette vérité lui parut fi eviden- te,fi uti)e,& Cl neceflaire.qu eL le le fit refoudre de fe retirer , & de fe -dégager peu à peu de tous les attachcmens qu'il avoicau monde pour pouvoir s'y appliquer uniquement.

Ce defir delà retraite Bc de mener une vie plus Chrétien- ne ôc plus réglée lui vint lors qu'il cftoit encore fort jeuneî & il le porta délors li quiter entièrement l'étude des fcien- cesprophanes, pour ne s'ap- pliquer Plus qu'à celles qui pouvoient contribuer à fon fa- lut ôc à celuy des autres. Mais

PREFACE.

de continuelles maladies qui lui fui vinrent le detourneienc quelque temps defondeffein éc rempêcherent de le pou- voir exccutew plutôt qu'à l'ag^ de trente ans.

Ce fut alors qu il commen- ça à y travailler tout de bon ^ & pour y parvenir plus facile- ment 3 & rompre tout d'un coup toutes ces habitudes . il changea de quartier , & en- fuite fe retira à la campagne , il demeura quelque temps, d'où étant de retour il témoi- gna fi bien qu'il vouloit quit- ter le monde qu'enfin le mon- de le quitta. H établit ie règle- ment de fa vie dans fa retraite fur deux maximes principales, qui font de renoncer à tout plaifir,Sc à toute fupcrfluité-

lllesavoit fans ceflfe devant

PREFACE.

les yeux, & il tâchoîc de s'y avancer U de s'y peifcdion- ner toujours de plus en plus.

C*eft Tapplicationcontinuel- le qu'ilavoïc à ces deux gran- des maximes qui luifaifoic té- moigner une Cl grande patien- ce dans (es maux & dans (es maladies 5 qui ne leut pvefque jamais laiffé fans douleur pen- dant toute fa vie : qui luy faî- foîc pratiquer des mortifica- tions trcs-rudesôc tres-feveres envers luy même : qui faifoic que non feulement il refuioit à fcs fenstout ce qui pouvoic leur eftre agréable , mais en- core qu'il prcnoit fansprine, fans degouft , & même avec joye, lorsqu'il le £ulloit, tout ce qui leurpouvost déplaire, foit pour la nourriture , folt pour les remèdes : qui le porxoii; à

PREFACE, retrancher tous les jours de plus en plus tout ce qu'il ne ju- goit pas luy eftre abiolument neceffaire , foit pour le vête- ment , foit pour la nourriture , pour les meubles, & pour tou- tes les autres choies : qui luy donnoit un amour fi grand èC fi ardent pour la pauvreté , qu'elle luy eftoic toûiours prc- fente , de que lorfqu'il vouloic entreprendre quelque chofe , la première penfée qui luy ve- lîoit en l'efpriceftoit devoir fi la pauvreté y pouvoic être pratiquée > & qui luy faîfoic avoir en même temps tant de tendrefie & tant d'affedion pour les pauvres qu'il ne leur a jamais pu refufcr l'aumône , ÔC qu'il en a fait même fcrt fou- vent d'alTcz confidetiibîes , quoy qu'il n'en ficqucdefon

PREFACE. ^ necefTaîrc : qui faifoic qu'il ne pouvoir fouffrir qu'on cher- châc avec foin toutes fes com- moditeziS: qu'il blàmoit tant cette recherche curîcufe 6c cette faniaîfie de vouloir ex- celler en tour, comme de fe fervir en toutes chofes àcs meilleurs ouvriers, d*avo!t tou- jours du meilleur & du mieux faic,& mille autres chofes fem^ blables qu'on fait fans fcrupu- le , parce qu'on ne croit pas qu'il y ait du mal, mais dont il Jiejugeoit pas de même . & eîifin qui luy a fait faire plu* fîeurs aéllons tres-remsrqua- bles & tres-Chreftiennc, que jc ne rapporte pas icy de peur deftre trop long, & parce qpe mon delTein n'eft pas de faire une vie , mais feulement de donner quelque idée de la pic-

PREFACE.

& de la vertu de Monfileur Pafcal à ceux qui nelont pas connu, car pour ceux qui lont vu , &C qui Tonc un peu fré- quenté pendant les dernières années de fa vie , je ne pretens pas leur rien apprendre parla , & ie crois qu'ils jugeront bien au contraire , que i'aurois pu dire encore beaucoup d autres chofcs queie paflefousfilencç.

JlPPR03i

Approbation de Nos Seigneurs les Prélats. j^pprobatîon de Monseigneur de Comenge.

CEs Pcnfées de M. PaTcal font voir la beauté de fon genie,fa folide pieré , Sc fa profonde éruditioa : Llles donnent une fi cxcelienrc idée de la Religion > que Ton acquiesce fans pcme a ce quelle ccniient de plus impénétrable. Elles touchent fi bien les priacipaux point de la Morale , qu'elles découvrent d'abord la fouice & le progrez âc nos defordres %c les moyens de nous en délivrer, & elles effleurent les autres fciences avec tant de fuftiiance.que Ton s'apperçoit aifeiTîenî: qu? M. Pafcal ignoroic peu de choie de ce que les hommes fçavcnc.Quoi que ces Penfées ne foient que les commen. Cvratns des raifonnemens qu'il meditoic , elles ne lailTent pas d'inlltuire profondé- ment. Ce ne font que les femenccs > mais elles produileni leurs fruits en même temps qu*elles^ font répandues L'on achevé natu- lellement ce que ce fçavant homme avoit cudcffein de Compofer , & les lecteurs de- viçQnent eux-mêmes authcurs en un mo- ment pour peu d'application qu'ils ayenr. Rien n'eft donc plus capable de nonuir uti- lement & agréablement Pefptit que la le. ûurc de ces effiis , quelques infi' mc5 qa*ila paroiffenc^ê: il n'y a gueres eu de proaudioa parfaite dépuis loDg tennps qui ait mieux n3ç-

A

ïîté, félon mon jugement d être împrîmJc que ce livre imparfait. A Paris , le 4. Sep- tembre 166^.

G LBEKT E. de Comenee.

De Monfelgneur iBvêjue d\iuknney Suf^ fr^g^nt de CUrmont.

APRSSTo^rîû fore exaclement & avec beaucoup de confolstion les Penfces de M. Pafcal roachanr la Religion Chrétien- ne 5 il me femble que les vcritez qu'elles co- tiennent peuvent être f>rt bim comparées aux cflenccs dont on n'a poiu accoutumé de donner beaucoup à ia fois p.3ur les ren- dre plus utiles aux corps malades : parce qu étans toutes remplies j d'cfprirs , on n'en fçâuroit f rendre fi peu que toutes les partks du corpi ne iVa rcflentent. Ce font ic> ima- ges despcnrécs :)c c:recaeiL Unv feule peuc iuffiic à aa homme pour en r-ourrir (on ame tout un jour , s'il les Ht a cc.te irftcntionitac elles fon'. remplies de lumière j & i^c chaleur. Et bien loin qu'il y aie rien dans ce recueil <5ui foit contraire à la foy de rEg'ile Ca- tholique 5 Apofio!iqae& Romaine^rouc y cft entièrement conforme a fa dotlrinc Se à fcs maxirxs dans les mœurs. Car l'Auchcur écoit tîrp bien infoimc de la dcftrinc de$ Pères & des Conciles pour pcnfcr ou parler aa sutr- hnga^c que le leuriaiofi que tous les Icdcurs le pourront facllcroenr recon^ i;oître par la leduie de rcut cet ouviûg* , 5c

paru

particulièrement par ctvt excellente pe^fée de la page i4i.doftc voicy les propres ter- mes '. I.f corps neft non flH6 invant fans U chcfyque le chef s As le cûrpi .§lufco jne fe fe^ pare de Vun ou de l'autre neft pUi^ du corps (^ napparttetpUi^ a Icfus-Ghrift Toutes Us ruerrHiylc martyre les au[lerttez.\(^ toutes les bonnes œuvres y fcnt inutiles hors de rEgtfe ér de la communion du Ch£fde l*Eglife qui eft le Pape. Fait en T Abbaye de S. André dc Clcier.ont le 14. Novembre i^^^,

Jean 5 E. d*Aa^onac , Suffragant de Clcrnicnr.

Morifeigi^ur l*Evijue (V Amiens.

NOu5 avons !c livre pcfth^mc dc M. Paical , qui aaroic eu bcfoin des derniers foias de fon Auhcur. Quoy qu'il ne contienne que d^s fc3gm:ns & des fe- ïBcnces dc«difcours on ne iaiffc pas d'y re- marquer des lumières crcs lublimes & des ielicacrfles très agréables. La force & la hardieffo des pcntées farprtnn^at quelque- fois l'dpric : Mais p'us on y fa.:t d*actention ?lus on Içs trouve faioes êc tirées de la hilofophîe & de la Tcologie ^es p^r^s . Un ouvrage fi peu achevé nous remplie d'aimirarion ôc de doukar,dc ce q^'ii ^'v a point a'aacr-î main qui pulffe donner la pcrfedion à ces prenaiers traic»,quc celle qui çn a fçù graver une idée vive & fi remar- quabh , ny nous confoler de b grande p-rtc 91e noujavoas faites par fa mQit. Le public

eft obligée aux jperromcs quiluy ^nrcon- ferVé dts picces fi precieafes , quoy qu'elles De loieiir point limées : celles qu'elles font , nous ae douconf pas qu'elles ne 'o'ert très utiles à'ceux qui aiir^eiont la vérité. & leur lalut. Donné a Paris , nous nous femmes trouvez pour les affaires de rôcre Eglifs ,1e prenner jour de Novembre ]6é^.

Ikançois > E. d'Amiens

Approhfttlon des Doreurs.

NOus fous <Tgntx Dofteurs en Theo- •ogie cle la Faculté de Paris , certi- fions avoir le JR.ecueil des Pcnfées de M. Fal'cal trouvées dans fon Cabinet après fa mort que nous avons jugées Catholi- ques & pleines de pieté. Le public a beau- coup perdu àç.cç. que rAurheurn*a pas eu le temps ie donucr à cet ouvrage toute fa prrfcûion. Les Athées en cullcnt encore été plus pleincm'-nt convaincus, la Religion Catholique plus paifl^mment confirmée ,& la pieté dts fidèles plus vivement excitée : C'cft ce que nous croyons 6c acrcrtoDS, A Pans le 5 Septembre ^669.

D^BKEDAjCuré de S. André des Arts. Le Vaillant ,Ciiré de S. Chiiftoâe. GRENET , Curé de S. B:roîr. Marlin , Curé de S. Euilache.

I. i,*ABBE'PEîITPUD

L. Makis T. Roullan.d Ph. Le Feron.

De

JDe Ai, Tortm , DoSfeur en Théologie de Faculté àc taris , Provtfeur dti Collège d'Harcourts

L'ETRoiiEliaifon que j*ay eu avec M, Pafcal durant fa vie m'a fait prendre un iingulitr plailir à lire c^s pc^ufécs , que j'avois autrefois entendues de fa propre bouche. Ge font les entretiens qu '1 avoic d*oriinairc avec fes am^s. )1 leur parlcit des chofesde Dîcu& de la Religion avec tAiiC de fcicnce & de foûmiffion , qu'il cft diffici- le de trouver un efpiit plus élevé & plus humble tout enfemble. Ceux qui liront ce recueil, qui contien: des diicours tout di- vins jugeront aifémtnt de la grandé^ur de fon ame & de la force de la graC2 qui Tâni- moic. ils ne trouveront rien qui ne foit dans les règles de U Religion , & qui n'inf- pirc des fentimens d'une ?/critable & fmcc- re pieté. C*eft le témoignage que je nve fens obligé d*cn rendre au public. A Paris ce ^, Aouft 166$^

Tr lORTlN.

De Ai. le Camus Bocteur eu Théologie de Ifê^ Faculté de Parts yConfeiller é^ Aumô- nier Ordinaire du Roy^

IL m'eft arrive en examinant cet ouvragé enrétaïquil cft ce qui arrivera prefquc à tous cenxquile liront, qui cft de regrette^ plus que jamais la perte de TAuteur . qui étolt feul capable d'achever ce qu il avoic fi heureurcmti\t commencé. En effet ^ fi cc

A iij

livre tout imparfait qu'il cft > ne la'ffc pas d'emcuvoir puiiîainent ics pcrfonnes lai- fonnabics i 6c de faire 'couQoîtrc la renié âc la Religion Chrécicrnc a ceux qui chercheront fiûcercment , que n'eût il pas fait 11 l'Authcur y eut mis la detnicrc main } Et fi ces Diamans brutes cparsça 3c jettent tSLùK a' éclat & de lumière , quel efpti: n*aarôit il pas cbiouï , fi ce fçatant ouvrier avoit eu le loifir^de les polir & de les mettre en ocavrc j Au teftc , s il eût vécu pus long'tcmps les fécondes pcnfccs anroicGt été fao» doute dans un mcillcuï ordre que ne font les premières qu'on a dorinc au public dans cet éciit , mais & elles ne pouv<jictir érrc plus figes elxs auroicnt été plas polies & plus lices, mais elles ne pouToicnî c:rc ny pUs folidcsny plus lu- mixieulcs. C'cft le témeignagc qne noui en renions , -X que rtous n'y atoas rica remarqué ^ui ne toit conforme à la créan- ce & s la Doâcine de l'Egluc A Paris U 1 1 . de Septembre if ^^ .

Le Cauus Dcéiccir de la Faculté de Théologie de Paris. Confcill^ 6c AmiiQ&icr du Roj .

TABLE

TABLE

DES TITRES.

Contre l'indifférence des Athées pag. !•

II. Marques de U véritable Religion.

19. III VtrltahU KeUcîon prouvée par les contrarletez^quifom dans Yhomrne ^ & p.tr le p.' d^ originel: 30

IV. Ilnejî pJl^yWde que Diens'u' nijfe a nms. 45

V. Scumt(Jion,& ^(A^^ ^^ ^^ Raifon,.^^

V I. Foyfans R^ifonnejntnt^^^^ j o VU, Qird tfi plus^SS^^Sm de croire

cjue ae ne p/u croire ce qu en feigne la, Rillgicn Chrétienne» $ 5

V I 1 1. Image d'un homme qui s*eji lajfé de chercher Pim par le feul raifonnemînt 3 & qni commence h lire V Ecriture. 65

I X. Injîijlice , dr corrapncn de i'Uom^

me. 72.

X. Imfs. 76

Table destitues. X 1. Moyfe. 90

XII. Figures. 93

XIIL ^ue la Loy étoit figurmve. 95 XiV. hfiS-Cbrîjl. 107

X y. Preuves dt lefas Chrijl parles prophéties. 1 1 4

XVI, Dlvtrfès preuves de lefus* Chrifi. 116

XVII. Contre Mahomet. 135 XVlIL Dejfetn de Dieu de fe cachet

aux uns ^ ^ de fe découvrir aux ' autres. 13e

XIX. ^ie les vrai^jÊthyé tiens & les vrati luîfs nom qtCune rtiême Religion, 14^

XX On ne connoU Dieu utilement cjlÊifm^fy^tu^éHprlJî. 150

X X I. Contr^fmez étonnantes qui Je

trouvent dans la nature de l'horn-'

me à l'égard d^. la verltéydu hon^

heur 5 & df plujleurs autres cho^

ps. I j 8

XXII. Connotjfance générale de l'hom* me. 171

XXIÎI. Granâeuer de l'homme, 178

XX l V. Vanité de l'homme. 1 8 5

XXV, Foible(fe de l'homme. 189

Table des titrer. XXVI. Aliferede l'homme 200

XX Vil. Penfeesfnr les Miracles. 1.^9

XXVIII. Penfees Chrétiennes. 258

XXIX, Penfees Morales. 274 ^XXX. Penfees fur la Adort qnlont été

extraites d'une lettre écrite par JM. Pafcal fur le fijet de la mort de Monjîem fon Peye. 295

XXXI. Penfées diverfes. '318

XXXII. Prière popir demander À Dîepû le bon ufage des maladies. 345

•w^- ^m «^ &^5#i&^- '^a^ «âw- •&?» «s^^ CONSENTEMENT.

SUr la rcquifition de îra.içois Roux & Clauie Chix^ , à ce qu'iPleur fpit per- mis d'imprmui: le Lj||ie intîcaié Les Pen^ fées de Ai. Pafcal . attendu que le Privilè- ge cft expiré , Tc coeftns pour le ^oy à la Permiflion reqUiTc par lefdits françois Roux &: Claude Chize , ÔC que les deffciv ces oriimaires leur Ibient accordées, A Lyon ce i^, May 1685.

V A G 1 N A Y.

PERMISSION.

p

Ermi» d'itnprimei ce 19. May i6t^'

D£SEY£f

AVERTISSE M E NT.

LES p^ fée S qui font cotennes dds ce Livre Ay^nt été écrites (^ compofées par M, fi%fc(Hl en U manière quo l'a raporté dftns U PrefticeyCeji h dlr^ à mefure ^u elles lutve--* noiet dans ref{rit^t^ fa^is aucune fuite ^ il ne fam pas s'attèdre d'en trouver beaucoup dds les chapitres de ce recùùUquifot Id plu^^rt copofés de (fuâtité de pefées toutes détachées les unes des autres^^ qui nent été mifes en^ sèble f0us les mêmes titres quê p/$rce qu elles traitent à peu prés des mime matières. Mais- fuoi qu'il foit affex facile eth Itidt chaque ar* ticle de jujer s'il eji unef^ite de ce qui le fre^ cede^ eu s'il côtlent une i9èuvelle psnfée^neÂ" moins on a cru que pour les dlftinguer davâ- tagt , il étoit hcn d'y faire quelque marqua particulière, Ainfi lors que l'on verra au ^t- mencementje quelque article cette marquée (§) cela veut dire qu il y adam cet article une nouvelle penfée qui neji point une furttf ^ de IfZ précédente ^ qui en tftntiertmemfe'^ parée, Sri* en conuoitrapar même moyen que les articles qui n auront point cette mafqus ne cempcfent qu*un m'me difcours^,(^ ju'ils ^nt été sr9uveXé dans cet ordre ^ cette faitt dans les 9^iglniux de tdoufteur Fifcai,

Von a a^ffi ].igé a proùos d^a'^â^jd à la f^ éle ces \i\éci t&ne prière me àdPafcal copofa éiam eï>ore jûUKe dâ> une maUdie qu'il eut ép qui A dé].^^ été Imprimés t.(j'4 3 fus fur des copies/^ffé'speu <or e^ef^pnrap^e ces impref , JicS ont été f ai": es rSti. U participatif de c£^x fui donnent a prefint c4 U.ec^$UaH Vublk^

PEN SEES

DE MONSIEUR

PASCAL

SUK LA RELIGION

ôc fut quelques autres fujets.

•^i Wi- 4^ £^'{^ i* •£#» -£4»- «^

I.

Contre l'in^iference des Athits.

U î cfux qui combattcut ia Religion apprennent au moins quelle élit- efhavaar que de la combattic. Si cette Reiigio» fc vcntpic d'avoir Uiic

A vj

2. PENSPES DE

vue claire de Dieu , &: de le vofïhàcr à découvert fans voile , & ce feroic la combatrc que de dire.qu'on ne voie rien dans le monde qui fe ir.ontre avec cette évidence. Mais puis qu'el- le dit au contraire que les hommes font dans des ténèbres, & dâs l'éloi- gnement de Dieu , qu'il s'eft caché à leur connoiilance ôc que c'elt même le nom qu'il fe donne dans les Ecri, tures 5 Veus abfcGndîtPiJ &c enfin fi elle travaille également à établir ces deux chofes ; que Dieu a^mis des mar. ques lenfibles dana TEglile pour fe faire reconnoure à ceux qui le cher- choient finccrement *,& qu'il lésa couvertes néanmoins de. telle forte qu'il ne fera aperccu que de ceux qui le cherchent de tout leur cœur;, quel avantage peuvent-ils tirer, lors que dans la négligence ils font profcijion d'être de chercher la veri- téjils crient que rien ne la leur mon- tre 5 puifque cette obfcuritc ils font, vSc qu'ils objcdent à l'Eglifc ne fait qu'ét.qbh'r une des choies qu'elle foûtientfans toucher à i'auire,&:

M. PASCAL f

confirme fa dodrine bien loin de la ruiner ?

Il faudroit pour lacombatre qu'ils- criatrenc qu'ils ont fait tous leurs ef. forts poiir chercher par tout^Sc mê- me dâs ce que TEglife propoic pour s'en inftruire^mais fans aucune fatis- faction. S'ils parloient de la forte^ils combatroient àla vérité une de fes prétentions. Mais j'efpere montrer icy qu'il n'y a point de perfonne rai- fonnable qui puiiïe parler de la fortei &c j'ofc même dire que jamais per- fonne ne l'a faic» On fçait allez de quelle manière agilTent ceux qui sôc dans cet efpric. ils croyent avoir fait de grâds efforts pour s'inftruire lors qu'ils ont employé quelques heures à la ledlure de l'Ecriture,& qu'ils ont intetrogé que^ue Ecclcfiaftique fur les verict^z de la foy. Apres cela ils fe vantent d'avoir cherché fans fuccez dâs les livres & paroiy les hommes. Mais en vérité je ne pui^ m*empc- cher de leur dire ce que j'ay dit ioa^ vent ; que cette négligence n'eft pas fupportâble. Il ne s'agit pas icy de

4 PENSFESDE

l'intérêt îcgcr de quelque pcrfonne ëtrangcre ; Il s'agrit de nous mêmes & de notre tout.

L'imiTiOrtalitc de l'amc eft une chofe qui nous importe tort,(Si qui nous jouehe Ci profondcmenr 5 qu'il faut avoir perdu tout ientiment pour être dans l'indifférence de fcavoir qui en eft. Toutes nos actions & tou- tes nos peni^ces doivent prendre des routes 11 diîïerentÊS félon qu'il y au- ra (ies biens éternels à efpercr eu non,qu'il eft impoffiblc de faire uhc démarche avec fcns & jugement qu'en la réglant par la vue de ce point o^uî doit erre nôtre dernier ob- jet. Ainii nôtre premier imcrêt & nôtre premier devoir eft de nous éclaircir iar ce fujct d'où dépend toute nôtre conduite. Et c*eft pour- quoi p^rmi ceux qui n'en font pts perfuâdcz, je fais une extrême diftc- îence entre ceux qui travaillent de toutes leurs forces à s*cn inftruirc^fic ceux qui vivent fans- s'en mettre en peine & fans y penfer. Je ne puis avoir que de la çpmpaC*

M PASCAL, X

iîoii pour ceux qui gemillcnt fincerc. ment dans ce doute, qui le regardent comme le dernier des malheurs ^ & qui n'épargnant rien pour en forcir. f©nt de cette recherche leur princi-. pale & leur plus fcricufc occupation. Mais pour ceux qui paffenc leur vie fans pcnfcr à cette dernière fin de la viCj&qui par cette feule raifon^qu'ils ne trouvent pas en eux mêmes des lumières qui les perfuadent , négli- gent d'en chercher ailleurs^ôc d'exa- miner à fond fi cette opinion cft do, celles que le peuple reçoit par une lîmplicitc crédule > ou de celles qui quoi qu'obfcures d'elles mêmes ont néanmoins un fondeu^ét tres-folidc^. je les confidere d'une manière toute différente. Cette négligence en une affaire il s'agit d'eux-mêmes , de leur etcrnitc > de leur tcut , m'irrite plus qu'elle ne m'atte idrit; elle m'c- tonne & m'époav<mte^c'cft un mon- ûre pour moy. Je ne dis pas cecjr par le z,::le pieux d'une dévotion fpiri- tuelle. je prétends au contraire que l'amour propre p que TiAterêt hu-

6 PENSE' ES DE

iiiain, que la plus fimple lumière de la raifon nous doit donner des Un^ timens:Ii ne faut voir pour cela que ce que voycnc les perfonnes les moins éclairées.

Il ne faut pas avoir l'amc fort éle- vée pour côprendre qu'il n'y a point icy de lacisfaction véritable & foli- de^que tous nos plailirsne font que vanité , que nos maux font finis, & qu'enfin la mort qui' nous menace à chaque inftant^nous doit mètre dâs peu dannées,& peut- être en peu de jours dans un état éternel de bon- heur , ou de mal-hear, ou d'ane^ntif- fement. Entre nous & le Geljl'enfer ou le ncwaut il n'y a donc que la vie qui cft la chofe du monde la plus fragilej& le Ciel n*étant pas cercai- nement pour ceux qui doutent leur ame clt immortelle , ils n ont à attendre que l'enfer ou le néant.

Il n'y a rien de plus réel que cela ny de pHis terrible. Faiions tant que nous voudrôs les braves ^voi la fin qui attêd la plus belle vie du mond^. Ceften vain qu'ils detoutiient leurs

M. PAS CAL. 7

penfées de cette crerniré qui les at- tend comme s'ils la pouvoient ancâ- tir en n'y pfnfanc point Elle lubfî- fte malgré eux 5 elle s'avance 5 & la mort qui la doit ouvrir les metra in- failliblement dans peu de temps dâs rhorvible necefïîté d'être éternelle- ment ou anéantis , ou maUheareux. Voilà un doute d'une terrible con- fequence> & c'eft déjà airurément un très grand mal que d'être dans ce doute jmais e'eft au moins un devoir indifpenfable de chercher quand on y eft.Ainfi celuy qui doute & qui ne cherche pas , eft tout enfemblc &C bien injufte 5 & bien mal-heureux. Q}ie s'il eft avec cela tranquille & fatisfaitj qu'il en falfe profc{rion,& enfin qu'il en faite vanité , & que ce foitdecct état même qu'il fallè le fujet de fa joye & de fa vanité , je n'ay point de termes pour qualifier , une extravagante créature.

peut.on prendre ces fentimens? Quel iiijet de joye trouve t'on à n'a. tendre plus que des miiercs fans re- fourccjQ^icl lu jet de vanité de le voir

8 PËNSE^ES DE

dans des obfcuriiez impcnctrablcs ? Q^icllc confolacion de n'attendre jainais de confolaceur ?

Ce repos dans cette ignorance eft une chofe monftriicuic , &c dont il faiu faire Icncir l'extravagance & la flupiditéà ceux qui y p^rséc leur vie, en leur rcprefcntant ce qui fe palîè en eux mêmes , pour les confondre par la vue de Itur fbiblc. Car voicy comment raiibnncnt les hommes quand ils choifuîènt de vivre dans cette ignorance de ce qu'ils font, Sc fans^ en rechercher l'écîalrcilïcment.

Je ne Içay qui m^a mis au monde, ni ce quec'eft que le monde^ny que moy-mcme. Je fuis dans une igno- rance terrible de routes chofcsje ne fcay ce que c'cft que mon corps^quc mes fensjquemon amc ; Se cette partie mime de moy qui penfe ce que je dis , Se qui fait réflexion fur tout & fur elle-même, ne fe connoît non plus que le rcfle. Je voy ces effroyables efpaces de TUnivers qui m'enferment &c je me trouve atta- ché à un coin de cette vaftc eten-

M. PASCAL. 9

due , fans fcavoir pourquoy )c fuis plutôt placé en ce lieu qu'en un au- tre 5 ny pourqaoy ce peu de temps qui nVcft donné à vivre m'cft affignë à ce point plutôt qu'à un autre de toute l'éternité qui nVa précède 3 & de toute celle qui me luit Je ne voii que des infinicez de toutes parts qui m'encrloutiirent comme une atome, & comme une ombre qui ne dure qu'un inftant ians retour. Tout ce que je connois,c'cft que je dois bien- tôt mourir ; mais ce que j'ignore U plus^c'cft cette mottmemc que je fcaurois éviter.

Comme je ne fcay d'où je viens au (Il je ne fcay je vais; & je fcay feulement qu'en fortant de ce mon- de 5 je tombe pour jamais ou dans It néant y on dans les mains d'un Dieu irrité ^ fans fcavoir à laquelle àc ces deux conditions je dois être etcrneU lement en partage.

Voilà mon état plein de mifere^ de foiblcdc , d'obfcurité £t de tout cela je conclus que je dois doc paiîer toas les J0UC3 de nu vie fans fongcr à

lo PENS^EES DE

ce qui me doit arriver,& que je n*ay qu'^à fuivre mes inclinations fans re- flexion & fans inquietude^en failanc tout ce qu*ii faut pour toiT)b:r dcuis le malheur ercrnel au cas que ce qu'on en dit foit véritable. Peut être que je pourois trouver quelque éclairciflcment dâs mes doutes^mais je n'en veux pas prendre la peinejny faire un pas pour la chercher^Si en traitant avec inépris ceux qui fe tra- vailleroient de ce foin^je veux aller fans prévoyance & fans crainte ten- ter un grand événement Se me iaifîèr mollement conduire à la mort dans Tincertitude de i'etcrnitë de ma condition future.

En vérité il cft glorieux \ la Relî^ gion d'avoir pour ennemis des hom- mes il déraifonnables y &C leuroppo- fîtiu lui eft fi peu dangereufe qu'elle fert au côtraire à l'établi Ifemcnt des principales veritez qu'elle nous cn- fcigne. Car la foy Chrétienne ne va principalement qu'à établir ces deux chofesj.a corruption de la nature, & la rcc!ei:nptiô de Jefus Chrlft.Or s'ils

M. P ASC AL.

ne fervent pas à montrer la vérité de la rcdcm ption par la fainceté de leurs mœurs, ils fervent au moins admira- blement à montrer la conuptiô de la nature par des fentimês dénaturez. Rien n'cd (i important à l'homme que fon écatîticn ne lui eft h redou- table que l'éternité. Ainfi qu^ii Ce trouve des hommes indifFercns à la perte de leur être , & au péril d'une éternité de mifere , cela n'eft point naturel. Ils font tout autres àTegard de toutes les autres choies : Us crai- gnent jufqu'aux plus petites , ils les prévoyent , ils les fentent, ôc ce mê- mc homme qui paffe les jours &c les nuits dans la rage &C dâs le defefpoir pour la perte d^une charge ou pour quelqu'ofFence imaginaire à fon hon^ neur , eft ccluy mcme qni fçait qu'il va tout perdre par la moit , Se qui demeure néanmoins fans inquîc* tude 3 C^ins trouble, & fans émotion. Cette étrange infenfibilité pour les chofcs les plus terribles dâs un cœur fcnfible aux plus légères ^ eft une chofe monftrueufc j c'eft urv enchan-

I

Il PENSE'ES DE

tcmcnt incotnprchenfiblc y & un ai- foupiircmcnc furnaturcl.

Un hoinmc dans un cachot ne fça- chanc h Ton arrêt eft donnéjn* ayant plus qu'une heure pour Tapprendre, & cette heure fuffifant s'il Içait qu'il eft donne, pour le faire révoquer» il eft contre la nacutc qu'il employé cette heure non à s'informer h cet arreft eft donné^mais à jou'cr5& à fc divertir. C'eft l'état fe trouvent ces per Tonnes 5 avec cette différence que les maux dont ils font menacez font bien autres que la fimplc perce de la vie & un fupplice palîàger que ce prifonnier apprchcnderoit. Ce- pendant ils courent fans loucy dans le précipice après avoir mis quelque chofe devant leurs yeux pour s'era- pêchcr de les voir , &ils fe moquent de ceux qui les en avertiiient.

Ainiî non feulement le zèle de ceux qui cherchent Dieu prouve U véritable Rcligionjm.ais auffi Tavcu- gumcnt de ceux qui ne le cherchent pas5&: qui vivent dans cette horrible négligence JI faut qu'il y ait un c:râ,

M.PASCAL ij

gcrcnycrfcmentdans la nature de l'homme pour vivre dans cet crat^&r encore plus pour en /aire vanitc. Car quâdils auroient une certitude entière qu'ils n'auroiént rien à crain- dre après la mort que de tomber dâs le ncanr,ne fcroit-ce pas uu tujci de deferpoir plutôt que de vanircrN'eft. ce donc pas une folie inconcevable n'en étant pas aînuez ^ de faire gloi- re d'être dans ce doute ?

Et néanmoins il eil certain que Thoiiome ert denaturé^qu'il y a dâs fen cœur une femcnce de joye en cela. Ce repos brutal entre la crainte de l'enfer & du ncât (cmble beiu, que non feulement ceux qui font vé- ritablement dans ce doute malheu- reux s'en glorifient ; mais que ceux même qui n'y font pas croycnc qu'il leur eft glorieux de feindre d'y eftrc. Car l'expérience nous fait voir, que la plupart de ceux qui l'ea mcflent font de ce dernier ^enre;qae ce font des gens qui le contrefont, ôc qui ne font pas tels qu'fii veulent paroît^e. Ce font desperfonaics qui vint ouy di.

14 PENSSE-'E DE

rc que ics bslles manières du iTiOnde confiftent à faire ainfî remporté, C*eft ce qu'ils ^appellent avoir le« coué le jougi &c la plupart ne le font que pour imiter les autres g

Mais s'ils ont encore tant foit peu de l^ens commun^il n'eft pas difïicils de leur faire entendrc^conhicnils s'a* b.ifenc en cherchant par de Tefti- me.Ce n'ell: pas le moyen d'en acqué- rir , je dis même parmi les perionnes du monde qui jugent fainement des chofesj&qui Içavent que la feule voye d'y réiiiïîr c'eft c^e paroître hon- nête,fidelle^judicieux, & capable de fervir utilement fes amis, parce que les hommes n'aiment naturellement que ce qui leur peut être utile* Or quel avâcage y a-t'ii pour nous à ouïr dire a un homme qu'il a fecoiié le joug^qu'il ne croit pas qu'il y ait un Dieu qui vtille fur Ces adions^qu'il fe confîJere comme feul maître de fa conduite^ qu'il ne penfe à en rendre compte qu*à foy-même ? penfe t'il nous avoir porté par à avoir defor. mais bien de la confiance en lui & à

en

M. P AS CAL. is

en attendre des confolacions , des

conreils,& des fecours dans tous les

befoins de la vie ? Penfe-t'il nous

avoir bien réjouis de nous dire qu'il

doute nôtre ame eft autre chofe

qu'un peu de vent 6c de fumée , &c

encore de nous le dire d'un ton de

voix fier & content? Eft- ce donc une

chofe à dire gayeiTient?& n'eft ce pas

une chofe à dire au contraire triftc-

iTjcnt 5 comme la choie du monde la

plus trifte ?

S'ils y penfoient ferîeufement ils verroient que cela eft fi mal pris , fi contraire au bons fens , fi opposé à rhonnêteté 5 &: fi éloigné en coûte manière de ce bon air qu'ils cher- chent, que rien n"'eft plus capable de leur attirer le mépris ôc Taveifion des hommes y Se de les faire palîèr pour des perfônes fans efprit & fans jugement Et en effet fi on leur fait rendre compte de leurs fentimens & des raifons qu'ils ont de douter de la Religion^ils diront des chofes Ci foi- bles & fi balTcs qu'ils pcrfaaderoiêt plûtoû du contraire» Cétoit ce que

B

PEN SE^ES DE

leur dîfolt un jour fort à propos une perfonne : Si vous continuez à dif- courir de la forte 5 leur difoic il , en vérité vous me convertirez, tt il avoùraifon ; car qui n'auroit hor- reur de fe voir dans des fentimens l'on a pour compagnons des per- fbnnes fi méprihbles.

Ain fi ceux qui ne font que feindre ces fentimens font bien malheureux de contraindre leur naturel pour fe rendre les pkis impertinês des hom- mes. S'ils font fafchez dans le fond de leur cœur de n'avoir pas pkis de lumière ^ qu'ils ne le diffinuilcnc point. Cette déclaration ne fera pas honteufe. il n*y a de honte qu'à n'en point avoir. Rien ne découvre davantage une étrancre foibletfe d'ef- prit que de ne pas connoître quel eft le malheur d'un homme fans Dieu. Rien ne marque davantage une ex- trême baircfie de cœur que de ne pas fouhaiter la vcri^ê des prcmefles cterFelles. Rien n'eft plus iâche que de faire le brave contre Dieu. Qu'ils laiiîent donc ces impictez à ceux qui

M. P ASC AL. 17

font alîez mal nez poar en ctrc verL tablement capables: qu'ils foient au moins honnêtes gens , s'ils ne peu- vent encore être Chétiens : ÔC qu'ils reconnoiirent enfin qu'il n'y a que deux fortes de perfonnes qu'on puilfe appeller raifonnablesjou ceux qui fervent Dieu de tout leur cœur , parce qu'ils le connoilTcnt; ou ceux qui le cherchent de tout leur cœur ; parce qu'ils ne le connoiirent pas encore.

C'cft donc pour les pe rfonnesquî cherchent Dieu fincereinent & qui reconnoilfant leur mifere défirent véritablement d'en {ortir> qu'il efl: jufte de travailler afin de leur aider à trouver la lumière qu'ils n'ont pas.

Mais pour ceux qui vivent fans le connoître , & fans le chercher 3 ils fe jugent eux mêmes peu dignes de leur foin^qu'ils ne font pas dignes du foin des autres: & il faut avoir toute la charité de la Religion qu'ils mé- prifent^pour ne les pas méprifer juf- qu'a les abandonner dans leur folie. Mais parce que cette Religion nous

B îj

ï8 PENSE'ES DE

oblige de les regarder toujours tant qu'ils feroicnt en cette vie comme capables de la grâce qui peut les éclairer , &c de croire qu'ils peuvent être dans peu de tems plus remplis de foy que nous ne fommes ^ & que nous pouvons au contraire tomber dans TaveugUment ils font ni faut faire pour eux ce que nous vou- drions qu'on fit pour nous U nous étions en leur place, & les appel- 1er à avoir pitié d'eux même , ôc à faire au moins quelques pas pour tenter s'ils ne trouveront point de lumière . Qu'ils donnent à la lecture de cet ouvrage quelques unes de ces heures qu'ils employem fi inutile- ment ailleurs. Peut-être y rencon- treront - ils quelque chofe , ou du xnoins ils n'y perdront pas beau- coup^ Mais pour ceux qui y appor- retont une fîncerité parfaite à: un véritable defir de connoître la véri- té 5 jefpere qu'ils y auront fatis- facliou y & qu'ils feront convaîncus- dc$ preuves d'une Religion Ci divine- que l'on y a lamalïèes.

M. P A se AL. 19

1 I.

Marques de la verltalle Religion,.

LA vrayc Religion doit avoir pour marque d'obliger à aimer Dicu. Cela eft bien jufte. Et ccpen^ dant auGunt autre que la noftre ne Ta ordonné. Elle doit cncoie avoir connu la conçu pi! cence de l*hom- me , & Timpuillance il eft par luy même d'acquérir la vertu. Elle doit y avoir apporté les remèdes dont U prière eft le principal. Noftre Reli- gion a fait tout cela j & nulle autre n'a jamais denundé à Dieu del'ay- mer & de le fuivre,

(§)11 faut pour faire qu\me Religion foit vray qu'elle ait connu noftre nature. Car la vray e nature de Thom' me , fon vray bien , la vraye vercu,& la vraye Religion font chofes donc la connoilfance eft inleparable. Elle doit avoir connu la grandeur & la badclTè de l'homme, ^ la raifon de

1 un &: de l'autre. Q^ielle autre Rc-

B iij

lo PENSE'ES DE ligion que la Chrétienne a connu ces clîofcs 1

(§) Les autres Religions comme les Payennes , font plus populaires^ car cHcs confiftenc toute en extérieur i mais elles ne font pas pour les gens habiles. Une Religion purement in. tclleduelle feroit plus proportiônée aux habilesiraais elle neferviroir pas au peuple. La feule Religion Chré- tiêne eft proportionnée à tous^étanc mclée d'extérieur &c d'interieur.Ellc cleve le peuple à l'intérieur 3 & ab. bai(Ie les fuperbes à l'extérieur 5 & n'eft pas parfaite fans les deux. Car il faut que le peuple entende l'efprit de la lettre 3 & que les habiles fou- metent leur efprit à la lettre en pra- tiquant ce qu'il y a d'extérieur.

(§) Nous fommes haillablesila rai- fon nous en convainc.Or nulle autre Religion que U Chrétienne ne pro- pofe de hair. Nulle autre Religion ne peut donc erre receuë de ceux qui fçavent qu'i/s ne font dignes que de haine.

(§) Nulle autre Religion que U

M.PASCAL. 21

Chrétienne n'a connu que Thommc cft la plus excellence créature 5 & en même temps la plus miferable Les uns qui ont bien connu la réalité de fon excellence ont prit pour lâcheté & pour ingratitude qv::s lenrimés bas que les hommes ont natureilemcnc d eux mêmes. Et les autres qui ont bien connu combien cette baflelTe eft ePredive^ont traité d'une iuperbe ri- dicule ces ientimcns de grandeur qui font auffi naturels à Thomme.

(§) Nulle Religion que la nôtre n*a en feigne que i'homine naift en pè- che. Nulle (ècle de Philofophes ne l'a dit. Nulle n'a donc dit vray.

(§) Dieu étant caché^touteReligiô qui ne dit pas que Dieu eft caché n'eft pas véritable y ik H5ute Religion qui n'en rend pas rai fon n'eft pas inftrui- fante! La nôtre fait tout cela.

(§) Cette Religion qui confifte à croire que l'homme eft tombé d\m état de gloire & de communicâtioa avec Dieu en un état de triftelle , de p:nitence>& d'éloigncment de Dieu, mais qu'enfin il feroit rétabiy pac ua

B iiij

XI PENSFE5 DE

Mcfïîe qui dévoie venir , a toujours éié tnr la terre. Toutes chofes ont paifé y Se celle a fubfifté pour la- quelle font routes'chofes. Car Dieu voulant fe former un peuple faint qu'il fepareroit de toutes les autres nations 3 qu'il delîvrcrolc de fe enne- mis, qu'il mettrait dans un lieu de repos, a promis de le faire^ôc de ve- nir au inonde pour cela 5 & il a pré- dit par fes Prophètes le temps & la manière de fa venue» Et cependans pour affermir l'efperance de fes élus dans tous les temps , il leur en a toujours fait voir dês images & des figure», & il ne les a jamais lailTez fans des affurances de fa pui (Tance & de fa volonté pour leur falut. Car dans la création JU'hommc , Adam en etoit le témoin , & le depofitairc de la promelTe du Sauveur qui dévoie naître de la femme. Et quoy que les hommes étant encore fi proches de la création, & leur chute , & la promelïe que Dieu lenr avoic faite d'un rédempteur ^ néanmoins cam..

M.PASCAL. ij

iTic danse e premier âge du inonde ils fe laillcrcnt enipoittr à routes forces de defordresjil y avoit cependant des Saints comme Enoch , Lamech , & d'autres qui attendoient en patience le Chrift promis dés le commence- ment du monde. Enfuite Dieu à en- voyé Noé> qui a veu la malice des hommes au plus haut degré ; & il l'a fauve en noyant toute la terre par un m.iracle qui marquoit alTez ,& le pouvoir qu'il avoit de fauvcr le mon- de5&: la volonté qu'il avoit de le fai- re,& de faire naicre de la femme ce- luy qu'il avoit promis. Ce miracle fuffifoit pour affermir l'efperanee des hommes y&c la mémoire en étant en- core affez fraiclic parmy eux 3 Dieu fit fes promeilès à Abraham qui étoit tout environné d Idolâtres , &c il luy fit conoître le myftcre du Meflîe qu'il devoir envoyer. Au tems d*Ifaac & de Jacob- l'abomina- rion ctoit répandue fur toute la ter- re mais ces Saints vivoict en la foyj & Jacob mourant, & benilBuit fes cnfans s'écrie par un tranfport qui

B V

X4 IPENSFES DE luy fait interrompre fon difcours: J/attcnSjô mon Dieu, le faavcur que vous avez promis y Salutare tHum ex- tcBabo Domine,

Les Egyptiens étoient infcdez &c d'idolâtrie & de magie*, le peuple de Dieu même étoit entraîné par leurs exemples. Mais cependant Moy Ce & d'autres voyoient celuy qu'ils ne voyoient pas , & Tadoroient en re- gardant les^biens éternels qu^il leur preparoit.

Les Grecs 3 & les Latins enfuittc ont fait régner les faulTes divinitez y les Poètes ont fait diverfes Theolo- gicsjles Philofophes fe font feparcz en m.ille feâ:es difFcrentes:^ cepen- dant il y avoit toujours au cœur de ia Judée des homi-acs choifis qui prédifoientla venue de ce Meffie qui n'étoit connu que d*eux.

Il cft venu enfin en la confomma- tion des tempsî& dépuis^quoy qu'on ait veu naître tant de fchifmes & d^herefies , tant renvcrfer d'Êftats > tant de changemens à toutes cho- fes ; cette Eglifc qui adore ccluy qui

M. p AS CAL. if

a toujours été adoré a fubfifté fans interrupiion.Ec ce qui[cft admirable, incomparable & tout à fait divin , c'eft que cette Religion qui a tou- jours duré a toujours été combattue. Mille fois elle a été à la veille d'une dcftrudlicn univerfelle > &c toutes les fois qu*elle aété en cet état ^ Dieu Ta relevée par du coups exCraord> naires de fa puillknce. C'ell ce qui ell étonnant & qu'elle s'eft mainte- nue fans fléchir & plier fous la vo- lonté des tirans.

(§) Les Ettars periroient fi on ne faifoit plier fouvent les loix àlane- ceffité Mais jamais la Religion n'a fouffert cela , & n'en a ui^é. Aufll il faut ces accommodemensjou des mi. racles, il n'efl: pas étrange qu'on fe côferve en pliant^Sc ce n'eft pas pro- prement fe maintenir , & encore pc- riifêc ils enfin entieremêr. Il n'y en a poin.t qui ait duré* 1500. Mais que cette Religion fe foit toujours main, tenue & ii^flexible ^celaed divin.

(§)Ainfi le Meffie a toujours été crû. La tradition d'Adam étoit en^

%6 P ENS^ES DE

cor^ nouvelle en Noé & en Moyfe. Les prophètes Tont preditt depuis^eiï piediianc toujours d'autres chofes, donc les évenemens qui arrivoient de tems en tems à la veuë des hoirs- nies marquaient la vérité de leur million, & par confequenc celle ds leurs promelFes touchant le Mef- fîc.

Ils ont tous dit que la loy qu'ils avoient n*étoit qu'en attendant celle du Meffie ; que jufques elle feroit perpetuelle^mais que l'autre durerok cternellement ? qu'ainli leur loy ou celle du Meffie dont elle ecoit la promelîc fcroient toujours fur la ter- re En effet elle a toujours duré ; & Jesus-C h r î st eft venu dans toutes les circonftances prédites. Il a fak des mîraclesy3^ les Apôtres auffî qu^i ont converti les Payens;& par les Prophéties éiant accomplies le Mel>- fic eft prouve pour jamais.

(§) La feule Religion contraire \ la nature en Tétat qu elle eft , qui com.bat tous nos plaifîrs, & qui pa- roi t d'abord contraire au feus con> mua eft k feule qui ait toujours ccéc»

M. PASCAL. %7

(§) ToiUe la conduite deschofcs doit avoir pour objet l'ctabliiremcnt & la grandeur -cî^krRcligion : les homes doivent avoir en eux mêmes des fentiitiens conformes à ce qu'elle nous enfeigne^ & enfin elle doit être tellement l'objet & le centre tou- tes choies tendent,q\ie qui en fçaa- ra les principes puille rendre raifon & de toute la nature de Thommeen particulier , &: de toute la conduits d u monde en gênerai.

Sur ce fondement les impies pren- nent lieu de blafphemer la Religion Chrétienne> parce qu'ils la connoiU fent mal. Us s'im.iginent qu'elle coa- Cfte iîmpleaicnr enTadoration duii Dieu confideré comm.e grand , puiC fant > & éternel \ ce qui eft propre- ment le Deiimc prefque ^au(fi éloi- gné de la Religion Chrétienne que i'Athcifme qui y eft tout à fait con- traire.Et de U ils concluent que cette Religion n'eft pas véritable \ parce que (i elle rétoit^il faudroit que Diea fc manifeftâc aux hommes par des preuves fi fenfiblcs qu'il fut impoG» jûblc que perfonne le méconnue,.

z8 PENSEES DE

Mais qu'ils en concluent ce qu'ils voudront contre le Deïfme , ils n*en concluront rien contre la Relieion chrétienne, qui reconnoit que de- puis le péché Dieu ne fe montre point aux hommes avec toute l^'evi- dencc qu'il pourroitfaire^Sv: qui con- fîfte proprement au myi^ere du Ré- dempteur y qui unilîànt en luy les deux natures divine & huinaine^are. tire les hommes de la corruption du péché pour les réconcilier à Dieu en la perlonne divine.

Elle enfeigne donc aux homes ces deux veritez , & qu'il y a un Dieu dont ils font capables , & qu'il y a une corruptio dans ta nature qui les en rend indignes. Il importe égale- ment aux hommes de connoître l'un & l'autre de ces points:& il eft éga- lement dangereux à l'home de con- noître Dieu fans connoître fa mife- re 5 & de connoître la miiere ians connoître le Rédempteur qui l^en peut guérir Une feule de ces con- noilTances fait ou l'orgueil des Phi- ^ lofophes qui ont connu Dieu^ Ôc non

M.PASCAL. 19

leur mifere , ou le defefpoîr des Athées qui connoilfenc leur milere fans Rédempteur.

Ec ainii comine il eft également de la neceffité de l'homme de connoitre ces deux poincs^il eft aufïî également de la mifericorde de Dieu de nous les avoir fait conncître- La Religion Chrétienne le fait ^ ceft en cela quelle confifte.

Qii'on examine Pordre du monde fur cela5& qu*on voye fi toutes cho- fes ne tendent pas à l'établi tremaict des deux chefs de cette Religion.

(§) Si l'on ne fe connoît plein d'or- gueil,d'ambition 3 de concupifcencC;, de foiblelle 3 de mifere , & d'injufti- ce 3 on eft bien aveuglé. Et fi en le connoilïant on ne defire d'en eftre délivré , que peut on dire d'un hom- me fi peu railonnable ? Qiie peut on donc avoir que de l'eftime pour une Religion qui connoît fi bien les dé- fauts de l'homme ; 6c que du defir pour la venté d'une Religion qui y promet des remèdes fi fouhai tables ?

L

3o PENSE' ES DE

IIL

Véritable Religion prouvée par les con* trarietez qui font dans l'homme^ & par le péché originel.

ES^grandeuL'S & les iniferes ds l'hoaime font tellemêt vi(ibles:> qu'il faut neceflairement que laveri- tablc Religion nous enfeigne quil y a en tsy quelque grand principe grandeur , & en même temps quel- que grand principe de mifere. Car il faut que la véritable Religion con^ noiile à fond nôtre nature >c'eft à dire^qu'elle connoiffe tout ce qu'elle adç grand , & tout ce qu'elle a de miferable ;,& la raifon de Tun &de rautre* Il faut encore qu elle nous rende r-aifon des étonnantes contra^ rietcz qui s'y rencontrent. S'il y a un fcul principe de toutjUnc feule fin de tout 5 il faut que la vraye Religion nous enfeigne à iVadorer que luy, & à n aymer que lui.Mais comme nous

M. PASCAL, 51

nous trouvons dans l'impuîiïance d'adorer ce que nous ne connoilToni pas,& d'aimer autre chofe que nous, il faut que la Religion qtvi inftruit de ces devoirs nous inftïuiCe auffi de cette impuillance , & qu'elle nous en apprenne les remèdes.

Il faut pour rendre l'homme heu- reux qu'elle luy montre qu'ilyaun Dieu qu'on eft obligé de i'aimer^que nôtre véritable félicite eft d'être à luy , & nôtrj2 unique mal d*être fe- paré de luy -, qu'elle nous apprenne que nous fommes pleins de tcnebres qui nous empêchent de le connoîtrc & de Taimer ^ôc qu'ainfi nos devoirs nous obligeant d'aimer Dieu , & no- ire concupifcence nous en détour- nantjnous fommes pleins d'injuftice. Il faut qu'elle nous rende raifon de Toppofition que nous avons à ^Dieu & à nôtre propre blen.llfaut qu'elle nous en enfeigne les remèdes , &c les moyés d'obtenir ces remèdes. C^a'on examine fur cela toutes les Reli- gions du monde 5 & qu'on voye s*il y en a une anire que la Chréiienac qui y fatisfalfe.

51 PENSEES DE

Sera-ce celle qu'enieigiioienc iç% Philofophes qui nous propofent pourtour bien un bien qui eft en nous ? Eft- ce le vray bien rOnc-ils trouvé le remède à nos maux ? Eft- cc avoit guery la prefomption de Thomme que de l'avoir égalé à Dieu Et ceux qui nous ont égalé aux bê- tes y Se qui nous ont donné les plai- firs de la terre pour tout bien,ont ils aporcé le remède à no s concupilcen- CCS ? Levez vos yeux vers Dieu ^ di- fent les uns y voyez celuy auquel vous rcilemblez & qui vous a fait pour Tadorer. Vous pouvez vous rendre femblabîe à luy j la fagefîe vous y égalera vous voulez la fui- vre. Et les autres difent : baillez vos yeux vers la terre chétif ver que vous êtes yScregardez les bètes dont vous êtes le compp.gnon. ÇKie deviendra donc l'homme ? Sera t'il éeal à Dieu ou aux bétes ? (^aelle effroyable ftance ! Qjne ferons nous donc?C^îel- le Relicrion nous enfeienera a çaeric rorgueil,& laconcupiicence? C^^el- le Religion nous enfeignera nuire

M.P A s C AL. 5j

bien nos devoirs j les foibleiTès qui nous en détournent > les remèdes qui les peuvent guérir 5 & le moyen d'obtenir ces remèdes 1 Voyons ce que nous dit fur tout cela la fagetre de Dieu qui nous parle dans la Re- ligion Chétienne.

C'eften vain ^ 6 homme^ que vous cherchez dans vous mémç le remè- de à vos miferes. Toutes vos lumiè- res ne peuvent arriver qu'à connoî- trc que ce n'eft point en vous que vous trouverez ny la vérité ny le bien. Les Philofophes vous l'ont promis j ils n'ont pu le faire. Ils ne fçavent ny quel eft vôtre véritable bien , ny quel eft vôtre véritable état. Comment auroient ils donné des remèdes à vos maux , puis qu'ils ne les ont pas feulement connuslVos maladies principales font l'orgueil qui vous louftrait à Dieu^Sc la con- cupifcence qui vous attache à la ter- re >& ils n'ont fait autre chofe qu'en, trerenir au moins une de ces maladies S'il vous ont donné Dieu pour ob- jetjco^n'a été que pour exercer vôtre

34 PENSE'ES DE

orgueil. Ils vous ont fait penfer que vous luy êtes fcmblable par vôtre nature. Et ceux qui ont vu la vanité de cetce pretentian vous ont jette dans l'autre précipice en vous faifant entendre que vôtre nature étoit pa- reille à celle des belles. & vous ont porté à chercher vôtre bien dans les concupifcences qui font le partage des animaux. Ce n*eft pas le moyé de vous inftruire de vos injuftices. N attendez danc ni vérité ni conlo- larion des hommes. Je fuis celle qui vous ay (oïméySc qui puis feule vous apprendre qui vous êtes Mais vous n'êtes plus maintenant en l'état je vous ay formé. ]'ay créé riiom- me faint , innocent & parfait. Je Vay remplydc lumière & d'intelligence- Jelui ay communiqué ma gloire & mes merveilles. L' œil de l'homme voyoit alors la Majefté de Dieu. Il n'étoit pas dans les ténèbres qui l'aveuglent ^ny dans la mortalité 5 & dans les miferes qui l'affligent Mais il n'a pas pu toutenir tant de gloire fans tomber dans la prcfcmptiô. Il a

M. PASCAL. ?5

voulu fe rendre centre de lui mêmes &: indépendant de mon fecours. il s'eft foudrait à ma domination: &C s^égalant à moi par le defir de trou- ver la félicite en lui même , je IVy abandonné à iuy ; &c révoltant tou^ tes les créatures qui lui étoient fou- mifes je les lui ay rendu ennemies ; en forte qu'aujourd'huy l'homme cil devenu femblable aux bêtes & dans un tel eloignemcnt de moy5qu'à pei- ne luyrefte t'il quelque lumière con* fufe de fonautheur , tant toutes fcs connoilTances ont été éteintes ou troublées. Les iens independons de la raifon lont fcuvent maures de las raifon & l'emporte à la recherche des plaifiis. Toutes les crratures ou l'affligent Ou Je tentent ôc dominent fur Iuy ou en le foumettant par leur force 5 ou en le charmant par leurs douceurs 3 ce qui eft encore une do- mination plus terrible & plus im- perieufe.

(§( Voilà l'état les hommes font anjourdhui. Il leur refte quel- que iaftind iaipulifant du bon- heur

5^ PENSEES DE

de leur première nature j & ils font: plongé dans les miieres de leur aveu- glement ôi de leur concupilcencc qui cft devenue leur féconde nature,

( § ) De ces principes que je vous ouvre vous pouvez reconnoître la caufe de tant de contrarietez qui ont étonné tous les hommes 3 Se qui les ont partagez*

( § ) Ob'ervez maintenant tous les mouvcmens de grandeur & de gloi- re que ce fentiment de tant de mife- rcs ne peut étoufer 5 & voyez s'il ne faut pas que la caufe en foit une au- tre nature.

(§) Connoiffcz donc^fupcrbe^ quel paradoxe vous êtes à vous même , Humiliez -vous 3 raifon impuiifantc taifez-vous nature imbecil e ; appre- nez que l'homme palTe infiniment Thomme 3 & entendez de vôtre Maî- tre vôtre condition véritable que vous ignorez.

(§) Car enfin h l'homme n'avoît jamais efté corrompu il joiiiroit de la vérité & de la félicité avec aiTurancc. Et Cl rhomme n'a voit jamais été que

M. PASCAL. 37

corrompuil nauroit aucune idée ny de la vérité ny de la bcaticude. Mais malheureux que nous fommes , & plus que s'il y ^'avoic aucune gran- deur dans nôtre condition , nous avons une idée de bon heur, & ne pouvons y arriver;nous Tentons une image de la vérité & ne po(îedons que le menfongc, incapables d*igno rer abrolument5& de fcavoir certai- nement j tant il eft manifefte que nous avons été dans un degré de pcrfc(Sion dont nous Tommes mal- heirreuiement tombés.

(§) Qu'eft ce donc que nous crie cette avidité , & cette impui (Tance , iinô qu'il y a eu autrefois en l'hom- me un véritable bonheur dont il ne *' luy refte maintenant que la marque & la trace toute vuide ^ qu'il eflaye inutilemct de remplir de tout ce qui Tenvironne 5 en cherchant dans les chofes abfcntes le fecours qu'il n'ob- tiet pas des prcrentes,& que les unes & les autres font incapables de luy donner , parce que ce gcvfFre infiny ne peut être remply que par un ob-

38 PENSFES DE jec infiny Se' immuable }

(§) Chofe éconnanre , cependant que le myftere le plus éloigné de nô- tre connoilîance qui eft celuy de la tranTmiffion du péché originel foie une chofe fans laquelle nous ne pou. 4 vous avoir aucune connoi(îance de nous inêmes. Car il eft fans doute qu'il n'y a rien qui choque plus nô- tre raifon que dire que le péché da premier homme ait rendu coupables ceux qui étant fi éloignez de cette fource femb!ent incapables d'y par- ticiper. Cet écoulement ne nous pa» roît pas feulemêt impoITible^il nous femble même très injufte. Car qu'y a-t'il de plus contraire aux règles ^ de nôtre miferablc juftice que de damner éternellement un enfant in- capable de volonté pour un péché il paraît avoir eu fi peu de part qu'i! eft commis fix mille ans avant qu*il fut en être 3 certainement rien ne nous heurte plus rudement que cette dodrine. Et cependant fans ce myftere le plus incomprehenfiblc de tous^nous fommcs incomprehen-

fible

M. P ASCA L. 59

fibles à nous mêmes. Le nœud de nôtre condirion prend Ces retours &: fes plis dans cet abyfme. De force que l'homme cft plus inconcevable fans ce myftere^que ce myftere n^'eft inconcevable à l'homme.

(§} Le péché originel eft une folie devant les hommes ; maison le don- ne pour tel. On ne doit donc pas re- procher le défaut de raifon en cette doctrine j puis qu'on ne prétend pas que la raifon y puiiïe arteindre.Mais cette folie cft plus iage que toute la fagelfe des hommes y ^4od ftultum eji Del , favlentïfM ejl homtnthm. Car faus cela que dirat'on qu'eft Thom- me ? Tout fon état dépend de ce point imperceptible. Et comment s^en fuft il appercea par fa raifon , puifque c*eft une chofe contre fa ' raifon ^ & que fa raifon bien loin de l'inventer par les voycs, s'en éloi^^ne quand on le lay pre lente ;

(§) Ces deux états d'innocence ,& de corruption étant ouverts , il eft impoffible que nous ne les recon- noiffions pas.

G

40 P EN S EVE S DE

C§) Suivons nos mouvcmens, ob- fervons nous nous mêmes, & voyôs fi nous n'y trouvetons pas les cara- â:eres vivans de ces deux natures.

(§) Tant de contradidions fe trou- veroient elles dans, un fujet fimple ?

(§) Cette duplicité de Thomme eft fi viiîble -^u'il y en a qui ont penfc qvie nous avions deux amesj^un fujcc fimple leur paroillant incapable de telles & roudaines varietez , d'une prefomption demefurceàun horri- ble abbarcment de cœur,

(§) Ainfi toutes ces contrarictez qni fembloient devoir le plus éloi- gner les hommes de la connoiflance d'une Religion , font ce qui le doit plutôt conduire à la verira^e

Pour moy j'avoue qu'auffi tôt quc^ la Religion Chrétiei^ne découvre ce principe , qae la nature des hommes eft corrompue & déchlie de Dieu» cela ouvre les vcux'à voir par tout Ici caradere de cette vérité. Car la na- ture eft telle qu'elle mart^ue par tout, un Dieu perdu ,& dansThomme^S: hors de rhomiiie.

M PASCAL 41

Sans ces divines connoiOTanccs qu'ont pu faire les hommes, finon ou s'élever dans les fencimeus intérieurs qui leur rcftenc de leur grandeur pafleejou s'abacre dans la vue de leur foiblefle prefeate? Car ne voyât pas la vérité entière ilsi^nt pu ar- river à une parfaite vertu j les uns confîderant la nature comme incor- rompuë , les autres comme irrépara- ble. Ils n ont pu fuir ou rorgueil,oa la parelïe 3 qui font les deux fources de tous les vices , puifqu'ils ne pou* voient fînon ou s'y abandonner par lâcheté 5 ou |cn fortir par l'orgueil. Car s'il connoiiToient l'excellence de rhomme 3 ils en ignoroient la corruption j de force qu'ils évitoîent bien la parefïtjmais ils fe pcrdoient dans lorgueil. Et s'ils reconnoif- foient l'infirmité de la nature, ils en ignoroient la dignîté,de forte qu'ils pouvoient bien éviter la vanité , mais c'étoît en fc précipitant dans le defefpoir.

De viennéc les dîverfcs fedes des Stoïciens & des Epicuricns,des Dog-

C ij

41 PENSE'ES DE

matiftes & des Acadciniciens^&c La feule Religion Chrétienne a pu gué- rir ces deux vices^nô pas en châtiant Tun par l'autre par la fagclle de la terre^mais chailant l'un & l'autre par la fîinplicité de TEvangile Car elle apprend aux juftes qu'elle élève jufqu'à la ^ecit^non de la Divinité mênic, qu'en ce fublime état ils por* tent encore la fource de toute la cor» ruprion qui les rend durant toute la vie fujets à l'erreur , à lamilere, à la niort 5 au péché; elle crie aux plus impies qu*iis font capables de la grâ- ce de leur Rédempteur. Ainfi don- nant à trembler à ceux qu'elle jufti. fie 5 & confolant ceux qu'elle con- damnCj elle tempère avec tant de ju. ftciie la crainte avec l'eiperance par cette double capacicë qui eft cornu, ne à tous &c de la grâce & du péché ^ qu'elle abbaiilè infiniment plus que la feule raifon ne peut faire, mais fans defcfpereri&r qu'elle élevé infi*^ nlment plus que l'orgueil de la na-î ture , mais fans enfler i fai/ànt bkn voir par qu*étant fcuJe exçmp c

M. PASCAL. 4f

d'erreur & de vice ,il n^'apparrftnt qu'à elle & d'inft ruire Se de corriger les homires.

($) Le Chriftianifine eO: érrange. Il ordonne à l'homme de rcconnoî' tre qu'il cft vil & xnèmc r.bQir.inabie, & il lui ordonne en mcirc temps de vouloir être ieinblable à Dieu. Sans un tel concrepcids cectc élévation le rendroit horriblement vain , eu cet abbaidement le rendroic horrible, ment abjec,

(§) La mifete porte au dcCerpoir ; la grandeur infpire la prefomprion,

(§) L'Incarnation montre à Thom- me la grandeur de fa mifcre par la grandeur du remiedc qu il a fallu.

(§) On ne trouve pas dans la Re- ligion Chrétienne un abbaifîèment qui nous rende incapable du bicn^ni une fainteré exempte du mal.

(§) Il n'y a point de doctrine plus propre à l'homme que celle jqui l'inflruit de fa double capacité de re* cevoir & de perdre la grâce , à caufc du double péril il eft toujours exposé de defefpoir ou d'orgueil

C iij

44 PENSE'ES DEr

(§) Les Philofophes ne prcfcri- voient point des fentimens propor- tionnez aux deux Eftats. Ils infpû roient des moavcmens de grandeur pure, & ce n'eft pas l'état de l'hom- me. Ils infpiroient des mouvemens debalTeire pure, & c'eft aufli peu l'état de l'homme. Il faut des mou- vemens de bairefïc j non d'une baf- fe (fe de nature » mais de pénitence; non pour y demeurer, *mais pour aL 1er à la grandeur 11 faut des mouve- mens de grandeur > mais d'une gran- deur qui vienne de la grâce & non du mérité > & après avoir paifé par la balfeire.

(§) Nul n'eft heureux comme un vray Chrétien , ny raifonnable , ny vertueuxi'ny aimable. Avec combien peu d^orgueil un Chréiien fe croit- il uny à Dieu ? Avec combien peu d'abj^ûion s'égale-t'il anx vers de la terre ?

r§) ^^^ P^'-^^ donc refufer à ces ce- Icftes lumières de les croire^Sc de les adorer ? Car il n'eft pas plus clair que le jour que nous fentôs en nous

M. PASCAL. 45

mêmes des caraderes inefEiçables d'excellence ? Et n'eft-til pas aufli véritable que nous éprouvons à toute heure les effets de nôtre déplorable condition ? Qiie nous crie donc ce cahos &c cette confufion ftionftrueu- fe 3 fînon la vérité de ces deuxécats , avec une voix d pniffante , qu*il eft impoffible d'y reiîfter ?

// n'ejl pas Incroyable c^ue Vien s'unljfa a mus.

CR qui détourne les hon^mcs de croire ^ju^iis foient capables d'ê^ trc unis D eu a eft autre chofe que laveuë de leur baffeffe. Mais s'ils l'ont bien fincere , qu'ils 1 a fuivenc auffi loin que moy , & qu'ils rccon. noilfent que cette baffeife eft telle en cffwC , que nous formes par nous mêmes incapables de connoître (i la mifericorde ne peut pas nous ren- dre capables de luy. Car je voudrois bien fçavoir d*où cette créature qui

C iiij

46 PENSrES DE

fe reconnoîc foible a le droit de mefurer la mifericordc de Dieu > & d^y mettre les bornes que fa fantai- fic luy fuggere. L'homme fçait fi peu ce que c'ert que Dieu , qu*il ne fçait pas ce qu'il eft luy même : & tout troublé de la v ûë de fcn propre état , il ofe dire que Dieu ne le peut pas rendre capable de fa communi- cation. Mais je voudrois lui deman- der fi Dieu demande autre choie de luy ^ finon qu^iî Tàirac Se le con- noifîe, & pourquoy il croit que Dieu ne peut fe rendre connoiiîable & aimable à lui , puifqu il eft naturel- lement capable d'amour &c de con- noilfance. Car il eft fans doute qu'il connoît au moins qa1l eft > & qu'il ayme quelque choie. Donc s'il avoît quelque chofe dans les ténèbres ou il cft^iSc s'il trouve quelque fujet d'à* inour parmy les chofes de la terre > pourquoy , fi Dieu luy donne quel- ques rayons de fon elTence , ne fera- ^'il pas capable de le connoîcre > & de l'aymer en la manière qu'il luy plaira de fe comuniquer à lui i* il y

M. PASCAL. 47

a donc fans doute une prefoinption in fupportable dans cçs lurtcs de rai- fonnemens , qucy qu'ils paroilient fondez fur une humilité apparente qui n'cft ny {luccre ny railonnable , fi elle ne nous fait confeilcr que ne fçachant de nous mêmes qui nous fommes , nous ne pouvons l'appren- dre que de Dieu.

*a» «^^ «Ê^î- ^#3 + '^m «^ «S&3' '1*3' E#î

SoPitnlfJion , & ftf^ge de la

raifon.

LA dernière démarche de la rai- fon.c'eft de connoître qu'il y a une infinité de chofcs qui la furpaG- fenr. Elle eft bien foibie elle ne va jufques là-

[§] Il faut fçavoîr douter faut 3 aiTiirer il faut > fe foûmetre il faut, Qiii ne fait aînfi n'en- tend pas la force de la raifon. Ily en a qui pèchent contre ces trois principes Qu en alTurant tout coin-

G y

4S P E N S E' E S D E

me demonftracif 3 manque de fe con- noître en demonftracionjoii en dou- tant de tout , manque de fçavoir il faut fe foumetre; ou en fe foumcc- tant en touc , manque de fçavoir il faut juger .

(§) Si on foumet tout à la raifon, noftre Religion n'aura rien de mifte. ricux & de furnatureL Si on choque^ les principes de la raifon^nôtre reli- gion fera abfurde & ridicule.

(§) La raifon^ dit S. Auguliin^ne fe foumetcroit jamais fi elle ne jugeoic qu^ y a des occafions^où elle fe doit foumettre. Il eft donc jufte qu'elle fe foumette quand elle juge qu'elle fe doit foumettre , & qu'elle ne fc foumette pas quand elle juge qu'cllc^ ne le doit pas faire : mais il faut prendre garde à ne le pas tromper, (§) La pieté eft différente de la fu- pcrftitlon. Pouffer la pieté jufqu'à la mperftition c eft la detruire.Les hé- rétiques nous reprochent cette fou- miffion fuperftitieufc. Ceft faire ce qu'ils nous reprochent que d'exiger cette founaiffion dans les choies

M. PAS CA L. 49

qui ne font pas matière de foumif- iîon.

Il n'y a rien de fi conforme à la raifon que le defavcu de la railon dans les chofcs qui font de foy. Et rien de fi contraire à la raifon que le delaveu de la raifon dans les cho- fes qui ne font pas de foy. Ce font deux excès également dangereux, d'exclure, la raifon>ôc de n^admettre que la raifon.

^§) La foy dit bien ce que les fens ne difent pas , mais jamais le con- traire. Elle eft au dellùs ^ & non pa^s contre.

V)

50 P E N S F E S D E 1

^^^^^^^^:^^«*<;|^:^

VI.

Toyfans ratfonnement.

SI j'avois veu un miracle y cîifcnt quelques gens , je me converti- rois. Ils ne parleroient pasainfi s'ils. fçavoient ce que c'eft que conver- fîon- Ils s^imaginent qu'il ne faut pour cela que reconnoître qu'il y a un Dieu , &: que l'adoration confîfte a luy tenir de certains difcours tels à peu presque les Payens en faifoient à leurs idoles. La convcrfion vérita- ble connfte à s'anéantir devant cet ^,itre fouverain qu'on irrité tant de fois"^ qui peut nous perdre legiti- î memeiS'^ toute heure ;ii reconnoître , qu'on ne ^^^^ ^^^^ ^^^^^ l^y> ^ q^i'on n'a rien mei '^^^ ^^ luy que la difgra- ce. Elleconfiii"'^ à connoîrre qu'il y ' a une oppcfirio.^ invincible entre Dîeu.ôc nous , & qu^ ^^^^ un média- teur il ne peut y avoir .^^^ commerce. [§] Ne vous étonnez P^^^v^^^

M. p AS CAL. ji

des pcrfonnes iimples croire fans raifonnement. Dieu leur donne Ta- mour de fa jufticc & la haine d'eux mêmes. Il incline leur cœur à croire! On ne croira jamais d'une créance urile & de foy , fi Dieu n'incline le coeur y & on croira dés qu'il l'incli- nera. Et c'eft ce que David con^ noiiroic bien lors qu'il difoit : In-^ clir?a cor meum ^ Veus ^ în tejiimonÎA tua.

(Ç) Ceux qui croycnt fans avair examine les preuves de la Religion c'eft parce qu^'ils ont une difpofîcion intérieure toute fainte , & quçce qu'ils entendent dire de nôcreReli^ gion y cft côfbrmejls Tentent qu'un Dieu les a faits.lls ne veulent aymer que luy. Us ne veulent haïr qu'eux- mêmes Ils Tentent qu'ils n'en ont pas la force j qu'ils Tont incapables d'aller à Dieu; & que (i Dieu ne vient à cuxjiisne peuvent avoir au- cune communicacion avec luy.Et il- cntcndcnt dire dans nôtre Religion qu'il ne faut aimer que Dieu , & ne hair que foy- même j niais qu'ccant

54 PENSFESDE 1

rous corrompus & incapables de Dieu 3 Dieu s'eft fait homme pour s'unii'à nous. Il n'en faut davan- tage pour perfuader des hommes qui ont cetre difpofition dans le cœur y & cette connoilTance de leur devoir &: de leur incapacité. ; 1

[§[ Ceux que nous voyons Chré- tiens fans la connoilTance des pro» - pheties & des preuves,ne lai lient pas dnot juger aulli bien que de ceux qui ont cette connoilïancc. Ils en jugent pcn le cœaracomme les autres en ju- gent par TeTprir. Ceft Dieu fuy mê- mcqtû les incline à croire ,& âinfî ils font efficacement pcrfuadez.

J'avoiie bien qu'un de ces Chré;, tiens qui croyent fans preuves n^aura oeut erre pas dequoy convaincre un infidelle qui en dira autant de foy. Mais ceux qui fçavent les preuves de la Religion prouveront fans dif- ficulté que ce fidellc cft véritable- ment infpiré de Dieu, quoy qu'il ne pût le prouver luy-même»

M P ASGAL. s^

•E#3 -8^ «9» «® 4«*&ï»B -6⻫^ *e^ «&!• Vïl.

jQ^i*il efl plus avantageux de croire que de ne pas croire ce qu'enfeigm la Religion Chrétienne.

AVIS.

PRtfque tout ce qui eji contenu dans ce chapitre ne regarde que certaï'^ nés fortes de perfinnes qui n'étant pas" convaincues des preuves de la Religion:, & encore moins des raifon des Athées ^ demeurent en un état de fuif en/ion entre lafoy dr Vinfideliti.VAutheur prétend feulement leur montrer par leurs pro" près principes^ & par les fimpleHumle^ rcs de la raifon^quils doivent juger^n'il leur efl avantageux de croir€^& que ce ferolt le parti quils devroient prendre fi ce choix dependott de leur volontés jyou il s'enfnit qnau moins en atten^ dam qu'ils ayent trouvé la lumière ne^ cejfaîre pour fe convaificre de la vert* tt ils doivent faire teut ce qui les y peut difpofer y & fe dégager de tius les empéchem^ns qui Us àétountnt àt

SA PENSE" ES DE

cette foy , cjui fo?ît prlncipalemant Les pajjîyns ^ les vains amiifemens

L'Unicé jointe à l'infini ne l'aiig- aienccde rien , non plus qu'un pica a une mefure inhiiie. Le finy s'ancantic en prefence de Tinfiny , ôc devient un par neanc. Ainfi nôcre efpric devant Dieu; ainti nôtre jufti* ce devant la juil:ice divine.

Il n'y a pas Ci grande difpropor- tion enti'e l'unité Ôc Tin finy, qu'en- tre nôrre juftice & celle de Diea.^

[§] Nous connoitlbns qu'il y a un inriay , & ignorons fa nature. Coiu. me par exemple nous (çavons qu'il eft faux que les nombres ioient finis* Donc il ci\ vrai qu'il y a un infini en nombre. Mais nous ne Içavons ce qu^il eft, 11 eft faux qu'il ioit pair, il eft faux qu'il foit impair ; car en ajoiicant l'unité il ne change point de nature. Ainiî on p:ut bien con- noître qu'il y a un Dieu ians favoir ce qu'il eft: & vous ne devez pas conclure qu*il n'y a point de Dieu de ce que nous neconnoilTons pas pa2> faitcment fa nature.

M. PASCAL- 55

Je ne me| ferviray pas , pour vous '■ côvâincre de fon exiftence> de la foy l; par laquelle nous la connai lions cer- ' tainement > n'y de toutes les autres ( preuves que nous en avons, puifque vous ne les voulez pat recevoir. Je ' ne veux agir avec vous que par vos principes mêmes i & je prétends vous faire voir par la manière dont vous raifonnez tous les jours fur les chofes de la moindre confequence, de quelle forte vous devez raifonner en celle cy^Ôc quel party vous devez prendre dans ladecifîon de cette im- portante queftion de l'exiftence de Dieu. Vous dites dôc que nous fom- mes incapables de connoître s'il y a un Dicu.Ccpandant il eft certain que Dieu eft , ou qu'il n*eft pas , il n'y a point de milieu. Mais de quel côté pancherons nous ? La raifon, dites vous>n'y peut rien determiner.il y a un cahos infini qui nous fçpare. Il fe joue un jeu à cette diftance infi* niejoù il arrivera croix ou pile Qiie gagnerez vous? Par rai fon vous ne pouvez allurcr ni l'un ni l^au.trc >

PENSPES DE par raifon vous ne pouvez nier au- cun des deux.

Ne blâmez donc pas de fauflTetc ceux qui ont fait un choix ; car vous ne fçavez pas s*ils ont tort , & s'ils ont mal choîfî. Non , direz vous; mais je les blameray d'avoir fait non ce choix^rnais un choix: &c celuy qui prend croix, & celuy qui prend pile ont tous deux tort : le jufte eft de ne point parier.

Ouyjmais il faut parier; cela n'eft pas volontaire; vous êtes embarqué; & ne parier point que Dieu eft , c'eft parler qu'il n'eft pas. Lequel pren- drez vous donc? Pefons le g;ain & la perte en prenant le party de croire que Dieu eft. Si vous gagiez , vous gagnez tout;(i vous perdezjvous ne perdez rien. Pariez dôc qu'il eft, fans he/îicr. Ouy ;, il faut gagner. Mais je 'gage peut êcre trop. Voyons puis qu^il y a pareil hazard de gain & de perte, quand vous n'auriez que deux vies à gagner pour une , vous 'pour- riez encore gager. Et s'il y en avoir dix à g^^'gner^ vous feriez imprudent

M. P A s C A L 57

de ne pas hazarder vôtre vie pour en gagner dix à un jeu il y a pa» reil hazard de perte & de gain. Mais ' il y a icy une infinité de vies infini- ment heureufe s à gagner avec pareil hazard de 'perte & de gain;&: ce que vous jouez eft peu de chofe 5 ^ ^^ fi peu de durée, qu'il y a de la folie à le ménager en cette occafion.

Car il ne fert de rien de dire qu'il cft jnceitain fi on gagnera > & qu'il cft certain qu'on hazardc;& que Tio- finie diftance qui eft entre la certitu* de de ce qu'on expofe ôc l'incertitu- de de ce que l'on gagnera égale le bien fini qu'on expofe certainement à Tinfini qui eft incertain. Cela n'eft pas ainfi : tout joueur hazarde ave certitude pour gagner avec incerti. tude; &: neâmoins il hazarde 'certai- nement le finv pour gagner incettai- nement le finy/ans pécher cotre la raifon. Il n'y a pas infinité de diftâ ce entre cette certitude de ce qu'on expore^Ôç l'incertitude du gain*, cela cft faox. Il y a à la vérité infinité en- tre la certitude de gagner de la cer-

j8 PENSEES DE

titude de perdre- Mais l'incertitude

dz gagner eft proportionée à la cer-

titud:: de ce qu*on hazarde félon la

propor îion des hazards de gain & de

perrcr&delà vient que s'il y a aurât

de hazards d'un côté que de Taucre,

le parci cfi: à juger égal cotre égal^ &

aiors îa certitude de cc qu'on expofe

cfî égale à 1 incertitude du ^ain, tant

s'en fmc qu'elle en folt innnimcnt

diiraatc. E: ninfi nôtre propoiltioa

cftvlansune force infinie , quand il

n'y a que le fini à hazardcr à un jeu

il y a pra'cil hazard de gain que

di: perte >ôc l'infini à gagner. Cela

cft demonflratif^ & fi les hommes

font capables de quelques veritcz y

ils le doivent être de celle là.

Je le confeire-je l'avoiie. Mais en- _core n^'y auroit-il point de mcien de voir un peu plus clair ? Oui 5 par le moien de l'tcriturc 5 & par toutes les autres preuves de la Religion qui font infinies.

Ceux gui deieperêt leur falut.dircz vousjfont heureux en cela. Mais ils ont pour contrepoids la crainte de l'enfer.

M P ASC AL. j9

Mais qui a plus fujec de craindre VcnÇcVj, ou celuy qui eft d.^ns Tigno- irance s'il y a un enfer^Sc dans la cer- titude de damnation s'il y en a ; ou ! celuy qui ell; d ms une certaine per- fuafion qu'il y a un enfer , &c dans Tcfperance d'être fauve s'il eft.

QLiiconquen*auroir plus que huit jours à vivre ne jugcroit pas que le party de croire que tout cela n*eft pas un coup de hazard, auroit entiè- rement perdu l'efprit. Or fi les par- iions ne nous tenoient point y huit jours & cent ans font une même chofe,

Qiiel mal vous arrivera- t*il en prenant ce party : Vous ferez fidelle, honnête , humble , reconnoilfant. bien faifant , fincere, véritable. A la vérité vous ne ferez point dans les plaifirs.empeftcz dans la gloire^dang les délices. Mais n'en aurez vou^ poient d'autres; Je vous dis que vos

que pas que vous ferez dans ce che min vous verrez tant de certitude du gain , & tant de néant dans ce que

éo PENSE'ES DE ^ ^

vous hâzardez,quc vous connoîtrez à la fin que vous avez parié pour une chofe & certaine & infinie que Vous n'avez rien donné pour l'obtenir.

Vous dites que vous êtes fait de telle forte que vous ne fanriez croi- re. Apprenez au moins vôtre impuif* fance à croire puifque la raifon vous y porte , & que néanmoins vous ne le pouvez» Travaillez donc à vous convaincre, non pas par Taugmenta- tîon des preuves de Dieu , mais par la diminution de vos palTicns. Vous voulez aller à la foy , & vous n'en fçavez pas le chemin : vous voulez vous guérir de rinfidelité,& vous en demandez les remèdes : apprenez les de ceux qui ont été tels que vous , & qui n'ont prefentement aucua doute. Ils fçavent ce chemin que vous voulez fuivre , ils font gué- ris d'un mal dont vous voulez guc^ rir. Suivez la^maniere pai ils ont cômencé , imitez leurs adions exté- rieures, fi vous ne pouvez encor en- trer dans leurs difpofitions intérieu- res i quittez ces vains amufemcns

M. P A SCAL^ 6i

qui vous occupent tout entier.

J'aurois bien-côt quitte ces plai- fîrs y ditcs.vous , fi j'ayois la foy. Et moy je vous dis que vous aurez bien toft la foy h vous aviez quitté ces plaifîrs. Or c'eft à vous à com- iTiencer. Si je pouvois je vous don. nerois la foy : je ne le puis , ni par confequent éprouver la vérité de ce que vous dires : mais vous pouvez bien quitter ces plaifirs , éprouver ce que je dis eft vray.

(§) Il ne faut pas fe méconnoître ; nous fommes corps autant qu^'efprit; &delà>ient que l'ii^ftrament par lequel la pcrfuafion fe fait n'cft pas la feule xiemonftration. Combien y a t'il peu de chofes demontrérsl Les preuves ne convainquent que l'ef- prit.Lâ coutume fait nos preuves les plus fortes. Elle incline les fens qui cnrraînent Tefprit fans qu'il y pcnfe. Qiii.ademonftré qu'il fera demain jour , & que nous mourrons? & qu*y ^•t'il de plus univerfellement crû ? Ceft donc la coutume qiû nous en perfuade ; c'eft elle qui fait tant de

tfr PENSE^ES DE

Turc 3 & de Paycns , c^cft elle qui fait les métiers , les foldats , &c. Il cft vray qu'il Ke faut pas commencer pai eile pour trouver laverite^mais il faut avoir recours à eile 3 quand. une fois l'efprit a vu eft )a vérités afin de nous abbrever & de nous teindre de cette créance qui nou échappe à toute heure, car d'en avoir toujours les preuves prefentes c'cfl: trop d'affaire. Il faut acquérir une créance plus facile qui eft celle de l'habitude qui fans violence 3 fan art y (ans argument nous fait croir les chores5&: incline toutes nos puifc fances à cette créance 3 ^n forte qu- noire amc y tombe naturelicmente Ce n'eft pas allez de "^ne croire que* par la force de la convidion , fi les icns nous portent à croire le con- traire Il faut donc faire marcher nos deux pièces enfemblejl'cfpritjpar les raifons qu'il fiiffît d'avoir vcuifs .une foîssn fa vicjSc les fens par la cou- tume , & en ne leur permettant pas de s'incliner au contraire,

VIIL

M PASCAL 65

V 1 1 L

tmagS' d'un homme {jui s'eft lafs^ de chercher Dieu par le feul raU fonnement > & qui commence k lire l'EfcritPtre.

EN voyant l^'aveuglcmcnt & la mifcrc de rhomme5& ces con- trarierez étonnantes qui fe décou- yrent dans fa nature , & regardant , toui^ rUnivers niucc^iSc l'homme fâs lumière, abandonné à lui mcfme 5 ôC comme égaré dâs ce recoin de TUni- vers., tans {çavoir qui l'y a mis , ce qu il y eft venu faircjce qu'il devien- dra en mourant j j^entre en effroy comme un homme qu'on auroir por- té endormy dans une \Qc deferte & effroyable ,& qui s^eveilleroit f^nS' connoiftre il erT3& Tans avoir au- eu moyen d'en fortir Et fur cela j'ad- mire comme on n'entre pas en de- fefpoir a uju Ti miferablc eftat Je vois

D

64 PENSEES DE

d'aiitrespcrfones auprès de moy de femblable nature. le leur demande s'ils font mieux inftruits que moys&r ils me difeni que non. Et fur cela ces niiferabies égarez ayant regardé au. tour d'eux & ayant vu quelques ob- jets plaifants s'y font donne z,&. s'y font attachez. Pour moy je n*ay pu m'y arjréter^ny me repofer dans Ja fo- ciete de ces perfonnes femblables à moy , miferables comme moy , im- puilîantes comme miOy.Ie vois qu'ils ne m'aideroient pas à mourir : je mourray feulril faut donc faire com^ me j'eftois feul : or j'eftois feiil, je ne bàtirois pas des maifons , je ne m'embarralferoi s point dans des oc cupations tumuîtuaires , ie ne cher- çherois l'eftime de perfonne^mais je tâcherois feulement à découvrir vérité

AinCi confîderant combien il y a d'apparence qu il y a autre chofe que ce que je vois5J'ay recherché fi ce Dieu dont tout le monde parle n'au- roit point laiile quelques marques de luy ie regarde de toutes parts > & je

M. P A s C A L 6 s

îic vois par tout qu^obfcurité. La na- ture ne m'offre rien qui ne foit matic. re de doute & d'inquiétude. Si je n'y vcyois rien qui marquât une divinité, je me decermincrois à n en rie croire. Si je voyois par coût les marques d'û Créateur^ je repoferois en paix dâs la foy: Mais voyant trop , pour nier,&: trop peu^pour m'alîurer, je fuis dans un eftat à plaindre,^ j'ay fouhai- cent fois que un Dieu foûtient la nature, elle le marquât fans equi- voquej>& que les marques qu'elle en dône font trompeu(es5elle les fup, primât tout à fait y qu'elle dît tou^t ou rienjafin que je vifle quel party je dois fuivre. Au lieu qu'en l'eftat je fuis, ignorant ce^ue je fuis,& ce que je dois faire , je ne connois ny ma condition , ny mon devoir. Mon cœur tfnd tout entier kconnoître cft le vray bien pour le fuivre.Rien. ne me feroit trop cher pour cela.

le vois des multitudes de Religions en pkifieurs endroits du monde > ôc dans tous les temps. Mais elles n'ont ny morale qui me puilfe plaire , ny

D ij

é6 PENSE^BS DE preuves capables de m'arrétcr. Ec ainfi j*aarois refufé également la Re- ligion de Mahomet: . & celle de la Chine , & celle des anciens Ro- iT*ains, & celle des Egyptiens , par cctrê feule raifon , que l'une n'ayant pas plus de marques de vérité que TautrejUv rien qui détermine, la rai- son ne peut pancher plutoft vers l'u- ne que vers l'autre.

Mais en coiifiderant ainfi cette in- côftance & bizarre variété de mœurs & de créances dans les divers temps , je trouve en une petite partie du mon. de un peuple particulier fcparé de tous les autres peuples de la terre, Sd dont les hiftoires précèdent de plu- fîeurs ficelés plu^ anciennes que nous ayons. Je trouve ce peuple grand Ôc jnom.brcux 5 qui adore un feul Dieu, & qui Ce conduit par une loy qu'ils diient tenir de fa main. Us foûtiennent qu'iis font les leuls du mode aufquels Dieu a révélé ics myftercs , que tous les hommes font corrompus ôc dans la difgrace de Dieu ; qu'ils font tous abandonnez à leur fens & à leur pro.

M.. PASCAL. 67

pre efptit •, &c que àz viennent les érr anges égare mens ^ &c les change- mes continaels qui arrivent encr'eux, ôc de Religion , sS^ de coûiume 5 au lieu qu'eux demeurent inébranlables dans leur conduite : mais que Dieu ne iaiilèra pas eterneliemét les aurrcs peuple dms ces ténèbres^ qu'il vien- dra un Libérateur pour tous ; qu'ils ioat au monde pour i'annonccr>qu ils font tormez exprés pour élire les hs» rauts de ce grand evc:neniwnt5& pour appelle r tous les peuples à s'unir à eux dans l'attemc de ce Libérateur.

La recontre de ce peuple m'econ- ne 3 & me iemble di2;ne d'une extre- me P^tcention par quantité de choies admirables de fingulieres qui y pa- roiifent.

G\iï un peuple tout compofé de frères , & au lieu que tous les autrci font formez de lailemblage d'une in- finité de familles ^ celui-ci, quoique fi étrangement abondant^çft loue for^ ti d'un feul homme j Se eftânt ainfi une même chair Se membres les uns des autres 5 ils comporent une puif*

D iij

éS PENSE^ES DE

iance cxcréme d'une feule fauilile, Celacft unique.

Ce peuple efc le plus ancien qui foit dans la connoillance des hom- mes 5 ce qui me femble luy dsvoir atrirer une vénération p..rticulicre5& principalement dâs la recherche que nous faifonsi puifque Dieu s'eft ds tout temps communique aux hom- mes^c'eft à ceux- cy qu'il faut recou- rir pour en Tçâvoir la tradition.

Ge peuple n'eft pas feulement con- fiderable par fon antiquité ^ mais il cft encore iingulier en fa durée 5 qui a toujours continué depuis fon on* gine julqu'à maintenant, car au lieu que les peuples de Grèce 3 d'Italie, de Lacedemone, d'AtheneSjde Ro- me 5 & les autres qui font venus fi long tems aprés;, ont tîny \\\y a long- temps y ceux ci fublTiftéc toujours, &c malgré les entrcprifcs de tac de puif- fans Rois qui ont cent fois ellayé de les faire perir^ comme les Hiftoricns le témoignent, & comme il eft ailé de le juger par l'ordre naturel des chofes 5 pendant un fi long efpace

M. P A s C A L. ^

d'années. ils fe font toujours confer- V€z; & s'etendât depuis les premiers temps jufqu'aux derniers, leur hif- toire enferme dans fa durée celle de toutes nos hiftoires.

La loy par laquelle ce peuple cft gouverné ert tout eulemble la plos ancienne loy du monde^ la plus par* faitej & la feule qui ait toujours cfté gardée fans interruption dans un Hftat. Ceft ce que Pbilon juif môtre en divers lieux & jolephc admira- blement contre Appion 3 il fait voir qu'elle eft ancienne ^que le nom mefme de loy n'a été connu des plus anciens que plus de mille ans aprcs^en force qu'Homère qui a parlé de tant de peuples ne s'en eft jamais fervy.Et il eft aifé de juger de la per- fedion de cette loy par fa fîmple le- ^ure^où Pon voit qu'on y a pourvu à toutes chofes avec tant de fagellc, tant d* équité, tant de jugemcnt^que les plus anciês Legiftateurs Grecs & Romains en ayant quelque lumière, en ont emprunté leurs principales loix ^ ce qui paroift par celle qu'ils-

D iiiî

yo PENSFES DE 1

appellent des douze tables3& par les

autres preuves que Joieph en donne. Mais cette loy eft en mcfliie temps

la plus fevcre 5 la plus rigoureufe de toutes 3 obligeant ce peuple pour le

retenir dans (on devoir à mille obfer- vacions particulières & pénibles fur peine de la vie^De force que c'eii une chofe étonnante qu*elie Te Toit toa- joarîconfervée durant tant de fîecles parmi un peuple rebelle & impaticc comme celui-ci, pendant que tous les autres Eftats ont change de tems en temps leurs Loix , quoi que tout autrement faciles à obierver.

(§) Ce peuple eft encore admira- ble, en ilncerité. Ils gardent avec amour & fidélité le livre Moïfe dcclare qu'ils ont toujours été ingrats envers Dicu^Sc qu'il fçait qu'ils le fe- ront encore plus après fa mortjmciis qu'il appelle le ciel & la tene à té- moins contr'eux^qu il le leur a allez ditrqu'enfin Dieu s'irritant contr'eux les difperfcra par tous les peuples de la terre:que comme ils l'oat irrité en iâdorant des Dieux qui n'eftoiem

M. PASCAL- 71

point leurs Dieux , il les irritera en appellant un pewple qui n'ctoit point fon peuple.

{§) Au refte je ne trouve aucun fujcc de clouter de la veriié du livre qui concienc toutes ces chofes. Gar il y a bien de la différence entre un li- vre que fait un particulier , ôc qull jecce parmy le peaple,& un livre que fait luy même un peuple. On ne peut douter que le livre ne foit auffi ancien que le peuple,

[§) Ceft un livre fait par des au- theurs contemporains. Toute hiftoire qui n'eft pas contemporaine cft fuC- pede, comme les livres des Sybillcs, Se de Trilmegifte , 6c tant d'autres qui ont eu crédit au monde ,& fe. ttouvent faux dans la fuite des temps. Mais il n'en eft pa^de incme ^des authcurs contemporvuns.

/'

V r

7i PENSrES DE

4^2 «3* *&3- £4^' 'S^- ^^ -S^- -E*^ 'S^ '^^H- 1 X.

Jnj Hélice y & corruption de l'homme.

L'H o M M E eft vifiblement £iîr ^pour penfer^c'eft couie fa d igni- Se tout ion meriteTout Ton devoir cft de pcnfer comme il fautj ôc Tor- dre de la penfée eft de commencer par foy , par fon Au t heur , & fa fin. Cependant à quoy pcnfe t*on dans le monde ? lamais à cela y mais à [c di- vertir^à devenir riche>à aqaerir de la réputation 5 a fe faire Roy, fans pen- fer à ce que c'eft que d'eftic Roy >& d'eftre homme.

(§) La penfée de Thomme eft une cho'c admirable par fa naturc.ll fal- loir qu'elle euft d'ctranges defaatç pour eftre mcprifable. Mais elle en a de tels que rien n'eft plus ridicule^ QicUe eft grande par fa naturel Q\ielle eft balfe pat les défauts!

(§) S'il y a un Dku,U ne faut aimex

m; p a sg al 7^

que luy >& non les creatares.Le rai. fonnemenc des impies dâs le livre de la Sagellè^n'cftfondé que lur ce qu'ils fc perruadenc qu'il n'y a point de Dieu. Cela posé> difent ils, joiiiiïbns donc des créatures. Mais s'ils eullènt fceu qu'il y avoit un Dieu, ils euilenc conclu touc le contraire. Et c'eft U conclu on des fages: Il y a un Dieu, Ne joui lions donc pas des créatures* Donc tout ce qui nous incite à nous» attacher à la créature eft mauvais; puiique cela nous empêche ou de fervir Dieu nous le connoiirons^ou de le chercher fi nous Tignorons.Or nous fommes pleins de concupifcen- ce.Donc nous femmes pleins demain Donc nous devons nous hair nous- niefmes, & toat ce qui nous attache à antre chofe qu'à Dieu feul.

(§) Quand nons voulonsjpenfer à Dieujcombien Tentons nous de cho- fes qui nous en détournent , & qui nous tentent de penfer ailcurs. Tout cela eft mauvais , & même avec nous.

(^) H eft faux ^le nous foyons diU

47 PENSE' ES DE

ânes que les autres vous aiment. Il cil injulle que nous le voulions. Si nous naiilîons raiionnables y &c avec quelque connoiflance de -nous mef- mes 8c des autres, nous n'aurions point cette inclination Nous naillbns pourtant avec elle, n3us n'aiilbns donc injufies.Cat chacun tend à ioy. Cclaeft contre tout ordre. Il faut ten- dre au général Et la pente vers foyeft le com.Bencemenr de tout defordre en guerre^en police, en œconomie^&c*

[§] Si les membres des commu* na.itez naturelles, & civiles tendent au bien du corps, les communautez elles mcfmes doivent tendre à un autre corps plus gênerai.

[§] Quiconque ne hait point en foi cec amour propre, 5c cet inftind qui le porte à fe mètre au dellus de tou?, cft bien aveugle, puifque rien n'eft Ci oppofé à la juiiice & à la vérité. Car il efl: faux que nous méritions celaj&r il eft injufle & impoflible d'arriver^ puifque tous demandent la melmc chofe.C'eft donc une manifefte inji^- fticc nous iomnies nez>dont aous.

M. P A s C A L 75

ne pouvons nous dcfFaire > &c dont il faut nous dcftaire.

Cependant nulle autre Religion, que la Chrcftienne n'a remarqué que ce fût un péché , ou que nous Ru- iîons nez , ni que nous fuiïions obli- gez d*y refilter , ni n*a penfé à nous en donner les remèdes.

(§) Il y i- une guerre inteftine dans Thomme entre la railon &c les paf- fîons. Il pourroit jouir de quelque paix s'il n avoit que la raifon fans paiFions 3 ou s'il n'avoit que les paf- lions fans raifon Mais ayantl%m &C l'autre, il ne peuteftte fans guer- re ne pouvant avoir la paix avec l'un qu'il ne foit en guerre avec l'autre. Ain fi il eft toujours divifé & con- traire à luy même.

(§) Si c'eft un aveuglement qui n'eit pas narurel^de vivre fans cher- cher ce qu'on elt,c'en eftjUn rncore bien plus terrible de vivre mal en croyant Dieu Tcjs les hommes prcfque,iont dans l'un ou dans l'au- tre de ces deux aveugleineaso.

i

7 ^ P EN S E^ ES DE

•£<S^ €*3 '|*3- g^ * H'^î- .6^ ^^ sr^l .g^^

X.

Juifs

DI E u voulant faire paroifirc qu''il pouvoit former un peu- ple iainc d'une fointeté invifible ^ de Je remplir d'une gloire éternelle y a fait dans les biens de la nature ce qu'il devoir faire dans ceux d^ la grâce , ahn qu'on jugcaft qu'il pou- voit faire les chofes invilibles , puiC qu'il faifoic bien les vifibîes.

Il a donc lauvé Ton peuple du de- luge en la perfonne de Noé,il l*a fait naiitre d'Abraham ^ il Ta racheter d'entre Tes ennemis ^ 5c l'a mis dans le repos.

L'objet de Dieu n'eftoit pas de fauver du dekme^ Se de faire naiftre tout un peuple d'Abraham fimple- mcnt potu* l'introduire dâs une ter- re abondante. Mais comme la na» ture cft une image de la çrace , aufiî ces miracles vifibles font les images des invifible s qu'il vouloir faire*

M. PAS C AL. 77

f§)^Uoe autre raifon pour laquelle il a formé le peuple Juif , c*efl: qu'a- yant detlèin de priver les fiens des biens charnels bc periflfables, il vou. loit montrer par tant de miracles, que ce n'eftoit pas par impuiffance» [§]Ce peuple étoit plongé dans ces peniées terreftres v que Dieu aimoit leur père Abraham^fa chair^Ô^ ce qui en fortiroit & que c'eftoic pour cela qu'il les avoir multipliez Se diftin- guez de tous les autres peuples/ans loufFrir qu'ils s'y melalTent i qu'il les avoit retirez de l'Egypte avec tous €es grands fignes qu'il fit en leur fa- veurjqu'il les avoic nourris de fa man* ne dans le defert , qu'il les avoit me. nez dans une terre heureufe & abon, dâte,qu'il leur avoit donné des Roi^j>. & un temple bien bafti,pour y offrir des beftes , & pour y eftie purifiez par refFufiô de leur fang5& qu'il leur devoir enfin envoyer le Meifie pour les rendre maîtres de tout le monde, (§) Les Juifs eftoient accoutumez aux grands 8c éclatons miracles y Ôc n'ayant garde les grands coups de h.

78 PENSE'E5 DE

mer rougc & la terre de Chanaan que comme un abrégé des grandes choies de leur Meffie,ils awendoienc de luy encore des choies phis éclat- tantes , ôc donc loiir ce qu'avoit fait McyTc ne fût que réchantillon.

(§) Ayant donc vieilli dans ces er- reurs charnelles y Iesus Chr i st cil venu dans le temps prédit^mais non pas dans l'éclat attendu y &c ainfi ils a'onc pas penfe que ce fait lui. Après fa mort Saint Paul ell venu appren- dre aux hommes que toutes ces cho- fcs eftoient arrivées en figure ; que le Royaume de Dieu n'eftoit pas dans la chair , mais dans l'efprit; que les ennemis des hommes n'eftoicnt pas les Babilonicns , mais leurs paf- iionsique Dieu ne fe plaifoit pas aux temples faits de la main des hom- mes 3 mais en un cœur pur j5c humi- lie ; que la circonciiion du corps eftoit inutile^mais qu'il falloit celle du cœur 5 &c.

{§) Dieu n'ayant pas voulu décou- vrir ces chofes à ce peuple qui ea eftoit. indigne; &; ayant voulu néants

M. PASCAL. 79

moins les prédire afin qu^elles fullenc crues en avoir prédit le temps clai- rement, &: les avoit même quelque fois exprimées clairement>mais ordL nairement en figures \ afin que ceux qui aimoient les chofes a figurantes a c'efi s'y arreftaflent , &c que ceux qui ai- ^^^ moienc les b figurées , les y viilcnt» ckofes C'cft ce qui a fait qu'au temps du ^^^^flJ^ Mcffie les peuples fe font partagez : qui fer- les fpirituels Tonr rcceuv & l^s chan ^^^^^^ nels qui Tont rejettc^font demeurez res. pour lui^ fervir de témoins. àd'^^

(§) Les Juifs charnels n'cntcn- les w doient ni la grandeur ni rabaillc- y^f^ ment du Meffie prédit dms \cuvs f/fes fi^ prophéties. Ils l'ont méconnu dans«^«''^^^^ fa grandeur , comme quand il eft dit, chofes que le MeiTie fera Scieneur de David ^^!*/- quoi que ion nls5quil eu devant Abraham , dc qu'il l'a vu. Ils ne le cro'ioient pas fi grand qu'il fut dc toute etcnrité. Et ils i'olit méconnu de mcmc dans fon abaillarient & dans fa mort. Le Meffie, difoient-ils^ demeure éternellement ^ & celui-ci dit qu'il mourra, ils ue le croioierx

8o PENSFES DE

donc ny mortel ny éternel : ils ne cherchoient en luy c^u'une grandeur charnelle.

(§) Ils ont tant aime les chofes fi- gurantes 5 & les ont fi uniquenicnt attcndul's qu'ils ont méconnu la rea- lité:» quand elle eft venue dans le temps &c en la manière prédite. |

(§.) Ceux qui ont peine à croire ^ en cherchent un fujct en ce que les Juifs ne crcycnt pas. Si cela éftoit il clair 5 dit on pourqucy ne croyenc?- ils pas ? Mais c'eft leur refus mefmc qui cfl le fondement de nôtre créan- ce-Nous y ferions bien moins dif- pofez s'ils efloicnt des notlres.Ncus aurions a' ors un bî^n plus ample prétexte d'incrédulité & de dcx^ance. Cela eft admirable de voit Us Juifs grands amateurs des chofe predîces &: grands ennemis de raccomplillè- iVicnt y ôc que cette averllon mefme aie été prédite.

(§) Il falloir que pour donner foy auMeilîc.il y eût eu des prophéties précédentes 5 & qu'elles fuiTent por- tées par des gens non fufpccfts j, &,

M. PASCAL. 8i

#une diligence , d'une iidel.ué , ëc d'un zèle extraordinaire >& connu de tourela terre. Pour faire reuffir tout cclti>Dicu a \ choifî ce peuple charnel auquel il a . mis en dépôt les prophéties qui pré- difent le Mefïie comme libérateur & dirpenfateur des biens charnels que ce peuple aimoit ; 5c ainli il a en une ardeur extraordinaire pour fes Pro- phètes y ôc a porté à la veuë de tout le monde ces livres le Meflîe cfl prédit , alTurant toutes les nations qu'il devoit venirj& en la manière prédite dans leurs livres qu' ils te- noient ouvers à tout le monde. Mais cftant déceus par l'avènement igno- minieux &c pauvre du Meffie, ils ont efté les plus grands ennemis De for- te que voilà le peuple du monde le moins fufpeâ: de nous favorifer,quî fait pour nous & qui par le zèle qu'il a pour fa loy & pour fes Pro][hetes , porte & confcrve avec une exadîtu- de incorruptible &c fa condamna- tion, & nos preuves. . (§) Ceux qui ont rejette ôc cruci-

£z PENSEES DE

fié ÎESiis Christ qui leur a efté en fcandale , font ceux qui porcenc les livres qui témoignent de lui , & qui diknt qu'il fera rejette ôc en fcan- dale.Ainli ils ont marqué que c écoic ; luy en le refufanr : & il a efté égale^ man prouvé & par les Juifs jaftes qui l'ont receu & par les icjuUes qui Pont rcjelte^l un & l'antre ayant efté prédit.

(§) C'efl nour cela que les proplic, tics ont un icns caché ^ le fpirituel dont ce peuple êtoit ennemi fous le charnel qu'il aimoit.Si lefens fpiri- tuel eût êié découvert, ils n'étoient pa's capables de l'aimer? & ne pou- vant le porterjiis n^'euircnt pas eu le zelepour la confervarion de leurs livres & de leurs cérémonies. Et s'ils avoient aimé c^s promeilès fpîritueL les Se qu'ils les euîTent confervces incorrompues jufques au Meffic > leur témoignage n'euft pas eu de force, puis qu'ils en cuirentêté amis. Voilà pourquoy ilcftoitbon que le fens fpirituei fut converti Mais d'un autre codé ii ce fens eût efté telle-

M. PAS C AL. 8j

ment caché qu'il n'eût point du tout .pirLr,il n'eufl' pu fervir de preuve au iMeffie. Qii'a t'il donc çftc fait ? Ce feus a elle couvert fous le teniporel fdans la foule des palTages , &c a efté découvert clairement en quelques- uns. Outre que le temps & l'cftat du monde ont eftc prédits clairement Ique le Soleil n'eftj)as plus clair. Et *ct fens fpiricuel eft fi clairement ex- pliqué en quelques endroits, qu'il falloit un aveuglement pareil à celui I que la chair jette dans l'cfprit quand I il lui efl: aHujetty pour ne le pas re- î connoiftre,

! Voilà donc quelle a eftc la con- duite de Dieu. Ce fens fpirituel eft couvert d'un autre en une infinité d'endroits Se d/couvert en quelques- I uns , rarement à la vérité. Mais en telle forte néanmoins que les lieux il eft caché font équivoques , & peuvetit convenir aux deux , au lieix l que les lieux il eft découvert font \ univoques y &c ne peuvent convenir qu'au fens Ipiritucî.

De forte que cela ne pouvgit i>i-

§4 PENSEES DE duire en erreur , de quil n'y avcît jqu'un peuple auOB charnel que celuy qui s'y peut méprendre.

<^ar quand les biens font promis en abondance , qui les empéchoit d'entendre les véritables biens^finon leur cupidité qui determinoit ces [es aux biens de j,a terreîMais ceux qui n'avoient de biens qu'en Dieu , les raportoient uniquement à Dieu. Car il y a deux principes qui parta- gent les volontés des hommesjla ca- ^pidité, & la charité. Ce n'eft pas que la cupidité ne puilfe demeurer avec la foy 5 &: que la charité ne fubfifte avec les biens de la terre. Mais la cupidité ufe de Dieu ^ de joliit da monde,& la chaiité au contraire ule du monde & joiiit de Dieu.

Or la dernière fin efl: ce qui donne le nom aux chofes» Tout ce qui nous empelche d'y arriver eft appelle en- nemy. Ainfi les créatures quoy que bonnes font ennemies des juftes quand elles les détournent de Dieu, ôc Dieu mefme eft l'ennemy de ceajc dont il trouble la convoitife.

M- PASCAL. 8;

Aînfi le mot d'cnnemy dépendant de la dernière fin , des jiiftes enten- doient par leurs pallions » & les charnels entcndoient les Babilo- nicns ; de forte que ces termes n'ê- roienC obfcars que pour les injuftes. Et c'eft ce que dit ïHaic.Signa legem in ^ ^ . dlfcipull^ meisSc que Iesus Christ fera pierre àefcanâde ; mais bien bon* 8.14^ reux ceux qm ne feront point fcandali- ^^^^' fezenlny. Ozée ledit auffi parfai- tement ; On efl le f âge , & il entendra 24.10* ce quê je y car les voyes de Dieu font droites j les jujies y marcheront^ mais les méchansy trt^hucheront.

Et cependant ce Teftament fait de telle lorte qu'en éclairant les uns il aveugloit les autres , & marquoit en ceux mêmes qu*il aveugloit,la vérité qui devoit eftre connue des autres. Car les biens vifibles qu'ils rece- voient de Dieueftoient il grands & fi divins , qu'il paroiffoit bien qu'il avoit le pouvoir de leur donner les invihbies , & un M;:(rie.

(§) Le temps du premier avène- ment ds Icfus-Chrift efl prédit ^ le

£6 P ENS^ES D E

temps du fécond ne Teft poxnr;parcc que le premier devoir eftre caché.aa lieu que le fecôd doit être éclatant » & tellement manifefte que Tes enne- mis mefroe le reconnoilh'ont. Mais comme il ne devok venir qu^obfcu- rément ^ & pour eftre connu feule- ment de ceux qui fonderoient les Efcritures. Dieu avoit tellement dif- pofé Iss choies que tout fervoit à le faire reconnoiflre. Les Juifs le prou- voient eu le recevant;car ils eftoient ks depofitaires des prophéties : & ils le prcuvoient aulîi en ne le rece- vant point 3 parce qu^en cela ils;^ac- compliffoient les prophéties.

(§) Les Juifs avoient des miracles^ des prophéties qu'ils vcyoient ac- complir 3 & la Doctrine de leur loy eiloic de n'adorer &c de n'aimer qu'un Dieu ; elle cftoit auflî perpe- tuclle.Ainiî elle avoit toutes les mar. ques de la vrayc Religion 3 aufli Teftoit elle. Mais il faut diftinguer In doctrine des juifs d*avcc la dodri- i^e de la loy des Juifs. Or la doctrine des Juifs n'eftoit pas vraye,quoy

qu'elle

M. PASCAL. 87

qu'elle eût les miracles , les prophé- ties y Se la perpétuité ; parce quelle n'avoir [pas cet autre point de n'a- dorer & n'aimer que Dieu.

La Religion Juive doit donc être regardée différemment dans la tradi- tion de leurs Saints,5<: dans la tradi- tion du peuplc.La morale & la féli- cité en font ridicules dans la tradi- tion du peuple ; mais elle eft incom- parable dans celle de leurs Saints. Le fondement en eft admirablc.Ceft le plus authentique. Et au lieu que Ma- homet pour faire fublîfter le ficn a deffendu de le lire , Moyfc pour fai- re fubfifter le fîen a ordonné à tout le monde de le lire.

[§] La Religion Juive eft toute divine dans fon âmhorité , dans fa durée j dans fa perpétuité , dans fa raorale , dans fa conduite , dans fa dodrine , dans fes effets , &c.

Elle aaté formée fur larelfemblâ- ce de la vérité du MeiFic; & la vérité du Meflîe a été reconnue par la Re- ligio des Juifs qui en étoit la figure^

88 PENSE'ES DE

Parmy les Juifs la veriré n'ccoîc qu'en figure. Dans le ciel elle eft découverte. Dans rEgliie elle eft couverte, & recoonuë par le rapport à la figure, La figure a été faite iur la vérité 5 & la vérité a été recon nuë fur la figure.

(§) Qi^î jugera de la Religion des Juifs par les groffiers, on la connoîrra mal. Elle eft vifible dans les Caims livres , & dans la tradition des Prophètes , qui ont allez fiiit voir qu'ils fi'entendoient pas la loy à la lettre. Ainfi nôtre Religion eft ^divine dans H'evangile , les Apô- tres, & la tradition 5 mais elle eft toute défigurée dans eeux qui la trait tent mal.

(§) Les Juifs étoîent de deux for- tes. Les uns n'avoient que les affe- âîons payennes ; les autres avoienc les afteclions Ch" ccienncs.

(§) Le Meflie félon les Juifs char- nels doit ctre un grand Prince tem- porel Selon les Chrétiens charnels, il eft venu nous dlfpenfer rl'aimer DieU;&: nou« donner des Sacrcmens

M. P A s C A L. 89

qui opèrent tous fans nous. Ny l'un ni l'autre n'eft la Religion Chré- tienne ni Juifve.

(§) Les vrays Juifs & les vrais Chrétiens ont reconnu un Meffic qui les fcroit aimer Dieu , & par cet amour triompher de .leurs ennemis. (§) Le voile qui eft fur les livres de TEcriture pour les Juifs , y eft auffi pour les mauvais Chrctiens5& pour tous ceux qui ne fe haï (lent pas eux- mêmes. Mais qu'on eft bien difpofc à les entendrejôc à connoitrc Jesus- Christ quand on fe hait vérita- blement foy^méme !

(§) Les Juifs charnels tiennent le mih'eu encre les Chrétiens & les Payens. Les Payens ne connoillcnt point Dieu , & n'aiment que la terre I<es Juifs connoitrent le vrai Dieu , & n^'aiment que la terre. Les Chré- tiens connoitrent le vray Dieu, & n*aiment point la terre. Les Juifs & les Payens aiment les mêmes biens. Les Juifs & les Chrétiens connoif- fent le même Dieu. {§) C'cft vifiblcmet un peuple fait

E il

S)o ^ P E N S F E S De exprés pour fervir de témoins au Meflîe. Il porte leslivres,& les aime, & ne les entend point. Et tout cela eft prédit; car il eft dit que les juge- mens de Dieu leur font confiezjmais comme un li^'Te feellé,

(§) Tandis que les Prophètes ont été pour maintenir la loy y le peuple a été négligent. Mais dépuis qu'il n'y a plus eu de Prophète , le zelc a fuccedé : ce qui eft une providence admirable.

«» «^^^-a^-g^î. + -5*^ -8^ '&^ -fâ* ^&ï>3-

XI.

Moyfe.

LA création du monde comman- çant às'éioigner^Dieu pourveut d'un Hiftorîen contemporain ^ &'a commis tout un peuple pour la garde de ce livre afin que cette hiftoir« fût la plus authentique du m6de,& qvc tous les hommes pu (lent apprendre une chofe C\ neceiîàire à fçavoir ^ & qu'on ne peut fçavoir que par là, (I) Moyfc ctoic habile hommeeCc-

M. PASCAL. 9I

la eft clair: Donc s'il eue en delfei^ de tromper^il l'tûc fait en Tprccqu'o^ ne l'eût pu convaincre de ti-oinpe"" rie. Il a fait tout le coiitraire^car s'il eût débité des fables jil n'y eût point eu de Juif qui ncneûc pu rcconnoî- tre ttmpofture.

Pourqaoy , par exemple ,a-t11 fait la vie des premiers hommes il longue, &: il peu de générations? 11 eût pu (e cacher dans une multitude de géné- rations 5 m.ais i! ne le pouvoit en Ci peujcatceneft pas le nombre des an- nées y mais la multitude des généra- tions qui rend les chofcs obicures.

La vérité ne s'alrcre que par le changement des hommes. Et cepen- dant il met deux chofes les plus mé- morables qui fe foient jamais imagi- nées5fçi\x)ir la création & le déluge, fi proches qu'on y touche:,par le peu qu'il fait de générations. De forte qu'au téps il écrivoit ces chofes>la mémoire en devoir encor être toute récente dâs TeTprit de tous les Juifs [§] Sem qui a vu Lamech , qui a vu Adam , a vu au moins Abraham j

E ii)

9t PENSE' ES DE , Se Abraham a vcu Jacob , qui a vea ceux qui ont veu Moyrc.Donc le dé- luge &4a création font vrays. Cela conclud entre de certaines gens qui l'entendent bien,

jLa lôgneur de la vie des patriar- ches au lieu de faire que les hiftoires palïees fe perdilîcnt^ fervoic au con- traire à les confcrver. Car ce qui fait que Ton n'^cft pas quelquefois alTez inftruit dans l'hiftoire de fes ancêtres c*eft qu'on n'a jamais gutres vécu avec CUX3& qu'ils font morts fouvent devant que l'or eût atteint l'âge de raifon.Mais lors que les hommes vi- voient long-têps,avec leurs peresôc ainfî ils les entretenoient lôg-temps. Ordequoy les eulfent ils entretenus iînon de l'hiftoire de leurs ancêtres puifque toute l'hiftoire étoit réduite à celle là> & qu'ils n'avoient ni les fciences^ni les arts qui occupent une grande partie des diicours de la vie? Auffi l'on voit qu'en ce tems là^lcs peuples avoient un loin particulier de confcrver leurs généalogies*

M. P A s C A L. 9i

XII.

Figures

ÏL y a des figures claires & de- monftratives y mais il y en a d'au* très qui lemblcnt moins naturelles, & qui ne prouvent: qu^'à ceux qui font perfuadez d'ailleurs. Ces figu- res là feroient femblables à celles de ceux qui fondent des prophéties fur l'Apocalyplc qu'ils expliquent à leur fantaifîe. Mais la difrerencc qu'il y a , c'eft qu'ils ncn ont point d'indubitable qui les appuyent. Tel- lement qu'il n'y a rien de injufte que quand ils prétendent que les leurs lont audî bien fondées que quelques unes des nôtres 3 car ils n'en ont pas de demonftracives com- me nous en avons. La partie n'eft donc pas égale. Il ne faut pas égaler ôc confondre ces chofes , parce qii 'elles fcmblent être femblables

E iiij

54 PENSE^BS DE

par un bout ^ étant différentes par Tautrc.

[§] Jésus- Christ figuré par Jo- ftph bien aimé de fon pere^ envoyé du pcre pour voir Tes freres^eft l'in- nocéc vendu par fes frères vingt de- nicrs3& par devenu leur Seigneur, leur Sauveur, & le Sauveur des éirâ- gers^ôc le Sauveur du Monde^ce qui n'eût point été fans le deilcin de le perdre , fans vente & la réproba- tions qu'ils en firent.

[§] Dans la prifon Jofeph inno- cent entre deux criminels 3 Jisus en la croix entre deux larrons. Jofeph prédit le falut à Tun & la mort à Tau- tre fur lés mêmes apparences; Jesus- Christ fauve l'un , &c lailTe l'autre après les mêmes crimes, Jofeph ne fait que predirejJefus-Chrift fait.Jo- feph demande à celuy qui fera fau- ve qu'il fe fcuvienne de lui quand il fera venu en fa gloire yôc celuy que Jelus - Chrifl: l:.uve , lui demande qu'il fe fouvienne de luy quand il fera en fon Royaume.

[§] La Sinr;gogue ne periffoic

M' PASCAL. 9s

point 5 parce qu'elle écoit la figure de l'Eglife 3 mais parce qu'elle n'é- toit que la figure , elle cfl tombée dais îa fervirude. La figure a fub* fiftc jurqu'à la vérité \ afin que i'E# gliie h.it toujours vifible , ou dans la peinture qui la promcttoit , ou dans caet.

'î^' é*3«» 8^^ -E^ +'S^- -S® «M -e^î- XI IL

-Qî^ /^ Zd?^ étQit figurative^

POur prouver tout d*un coup Icj deux Tcftamcns, il re faut que- voir fi les Prophéties de Tan tonc accomplies en raiitre.-

[§] Pour examiner le15 prophéties il faut les entendre. Car fi l'on croit qu'elles n*onr qu\ni fens , il oit ieur que le Meiîîe ne fera point venu. Mais C\ elles ont deux fcns>il eft feur qu'il fera venu en lefus-Chrift.

Toute la quellion eft donc de fça- voir il elles ont deux fens^fi elles 3Ôt figures ou réalité iceft àdire^s'ily

E V

96 PENSEES DE

faut chercher quelque autre chofe que ce qui paroit d'abord^ou s'il faut s'arrêter uniquement à ce p rentier fens quelles prefentent.

"Si la loy & les facrifîces font la vérité > il faut qu'ils plailent aDieu^ & qu'ils ne lui déplaifent poînuS'ils font figures ; il faut qu'ils plaifent y ôc déplaifent.

Or dans toute l'Ecriture ils plai- fent 3 & déplaifent. Donc ils font- figures.

(§) Il cft dit que la loy fera chan- gée , que le facrifice fera changée» qu'ils feront fans Rois, fans Princes^ éc iansfacrifices j qu'il fera fa't une nouvelle alliance •, que la loy ferare. nouveilce , que les préceptes qu'ils ent reçus ne font pas bonsjqucileurs^ facrifieas font abominables y que^ Dxeu Ti^n a point demandé.

il eft dit au contraire que la loy dure a éternellement 5 que cette al- liance ferae:crnelle, que le acrificC fera éternel, que le fcepcre ne fortira taiTiai s d'avec eux > puis qu*il r^cn cQ;t point fortir^quc^k Roy éternel

U. PASCAL. 97

n'arrive. Tous ces partages inar, quenc-ils que ce Toit réalité ] ? Non.^ Marquent ils aufli que ce fo't figure? Nonrmais que c'eft realité ou figure. Mais hs premiers excluans la reaîi*- Uvnarquclit que ce n'eft que figure.

Tous ces partages enfemble ne peuvent être dits de la réalité : tous peuvent êcve dits de la figure : donc ils ne font pas dits de la realité^mais de la fiaure,

(§j Pour içavoirh la loy & les facnhccs font réalité ou figures, ii faut voir fi les Prophètes en parlant de ces chofes y ar écoient leur vue" & leur pcnfée , en forte qu^ils ne vif. fcnt que cette ancien ne alliance ,- ou s'ils y voyoicni quelque autte ohofc dont ell'cs fuifent la peinture; car dans un portrait on voit la chofe fi- gurée.Il ne faut pour -cela qu'exami- ner ce cp*il difent.

Quand ils difent qu'elle fera éter- nelle , entendent ils parler de l'aU Uance de laquelle ils difent qu^elIe fera changée ? & de même des facri- ficts > §cc.

E y|.

^g PENSFESDE

C§) Les Prophètes ont dit claire- ment qu'irraël fcroit toujours aimé de Dieu & que la loy Teroit eterncl- le;& ils ont dit que l'on n'entédroit point leur fens^& qu'il étoit voilc-

[§) Le chifreadeux fefts. Quand on furprend une lettre importâte Ton trouve un fens clair, &: il eft dit néanmoins que le fens eft voilé &c obfurci ; qu'il eft caché en forte qu'on verra cette lettre fans la voit, & qu'on l'entendra fms l'entendre: que doit on peni^cr iinon qne c'eft un chifrc à double fens j Ôc d'antant plus qu'on y trouve des contrarietez manifeftes dans le fens littéral ? Combien doit ou donc eftimer ceux qui nous découvrent le chifre , &c no«rs apprennent à connoître le fens caché, & principalement quand les principes qu'ils en prennent font tout à fait naturels & clairs ! C'eft ce qu'a fait Jefus-Chrift & les Apt- ères. Us ont levé le fccau , ils ont rompu le voile,&: découvert l'efprit. Ils ont appris pour cela que les en- nemis de l'hoinmc fonr fcs pallions 5,

M. PASCAL. ^s

que le Rédempteur fcroit fpirituely qu'il y auroit deux avenennens, \\\n de mifere 3 pour abaifer Thomme fuperbe, l'autre ck gloire , pour éle- ver l'homnie humilié , cjue Jésus- •Christ fera Dieu & homme.

[§] Jesus-Christ na fait autre chofe qu'apprendre aux hommes qu'ils s'aimoient eux - mêmes ', &c qu'ils croient efclaves^aveuglés^ma- lades5malheureux^& ^pecheursj qu'il falloir qu'il les délivrât , éclairât ^ béatifiât , &C gu:rît \ que cela fe fe- roit en s'abaitrant Iby-même; &: en le fuivant par la mifere ôc la mort de la croix.

Les lettre tu'é : tout arrivoit en iigures:il falloir que le Chrift fouf. fiît : un Dieu humilié : circoncifioa du cceurivray jeûne : vray facrifice vray temple i doub!e loy:double ta- ble de I^-loyidouble temple: double captivité : voilà le chifre qu'il nous a donné.

Il nous a apris enfin que toutes cts chofes n'étoient que figures, & ce cjue c'eft que vrayement" libre ^ vraj^-

ïoo P E N s E^ E E s D E

ifraëlite^vraie circoncifion > vrai pain daCie^ &c.

(§) Dans ces promelTes chacun trouve ce qu'il a dans le fond de f n cœur 5 les biens temporels , ou es biens fpirituels, Dieu ou les creatu* rcs y mais avec cette différence, que ceux qui y cherchent les créatures, les y trouvent , mais avec pluiieurs contradictions ^avec deftence de les aimer , avec ordre de n'adorer que Dieu , Se de n'aimer que luy:aa lieu que ceux qui y Cherchent Dieu, le trouvent > &c ians aucune contra- didion , &c avec commandement de n'aimer que lui,

(§) Les fources de contrarierez de rÈcriture font un Dieu humilié juf- qu'à la mort de la croix , unlvleffie triomphant de la mort par fa mort, deux natures en JefusXhrift , deux avenemens 5 deux états delà nature de Phomme.

(§) Comme on ne peut bien faire le caradere d'une perionne qu'en ac- cordant toutes les conirarietez ,& qu'il ne fufiit pas de fuivre une fuite

M PASCAL lof

dcqtialitez accordances fans recôci- lier les contraires, aaffi pour enten- dre le fens d'un Autheur , il faut ac- corder tous les partages contraires.

Aind pour entendre l'Ecriture , il- faut avoir un fens dâs lequel tous les paiTages contraires s'accordent.ll ne fuffit pas d'en avoir un qui convien- ne à plufieurs partages accordants y mais il faut en avoir un qui concilie* les paiTages même contraires.

Tout Autheur a un Cens auquel tous les paflTages contraires s'accor- dentjOu il n^'a. point de fens du tout. On ne peut pas dire cela de l'Ecris ture^ni des Prophètes. Us avoient ef- fedtivement trop bon fens- Il faur donc en chercher un qui accorde toutes les concrarietez.

Le_veritablc fens n'eft donc pas celuy des Juifs Mais en Jefus-Chrift tontes les contradidions font ac- cordées.

Les Juifs ne fçauroient accorder la caflâtion de la Royauté & princi- pauté prédite par Oaee aveciapro gUetie de Jacob.

lOi: PENS^EES DE

Si on prend la loyales facriiices^S^ le Royaume pour realitez , on ne peut accorder tous les paiîages d'un même Autheur^ni d'un même livre> ni quelquefois d'un même chapicre. Ce qui marque affcz quel ccoic le fcns de T Auteur.

[§] Il n'écoit point permis de fa- criher hors èc lerufalem , qui étoic le lieu que le Seigneur uvoit choill^ ni même de nungcr ailleurs les de* cimes,

[§] Ozce a prédit qu'ils feroient fans Roy, faBS prince, fans facritice, & fans Idoles Ce qui eft accomply aujour^'huy, ne pouvant faire de ia- orifice legitiine hors de lerulalem.

[§] Q^-ahd la parole de Dieu qui eft vencable^eft f-milc littéralement^ elle eft vraye fpiâtuellemcnr. 5^^^^ àextrls mets. Cela eft faux literale- mcnt die y cela eft vray rpîrlruele- ment. En ces expr^iïions il elt parlé de Dieu à la manière des hommes,5c cela ne lignifie autre chofe finon qiijc Pintention que les hommes ont en faifant affeoir à leur droite Diea^

M PASCAL. îO|

Dieu l'aura aulîî.Ceft donc une mar^ que de l'intention de Dieu^& non de fa manière de Texccuter.

Aînfi quand il eft dit:Dieu a reccu Todeur de vos parfums^Sc vous don- nera en reconipenfe une terre fertile & abondante, c'cft à dire que la mê- me intention qu'auroit un homme qui agréât vos parfums vous donne- roit en recompenfe une terre abon- dante. Dieu l'aura pour vous , parce que vous avez eu pour lui la même intention qu'un homme a peur celui à qui il donne des parfums.

[§] L'unique objet de l'Ecriture eft: la charité. Tout ce qui ne va point à J'unique butcn eft la figure',car puis qu'il n'y a qu un but.tout ce qui n'y va point,en mots propres eft figure. Dieu diverfîfîe tinCi cet unique précepte de charité , pour fatisfaite nôtre foiblelîe qui recherche la di- verficé^ par cette diverfité qui nous mené toujours à nôtre unique necef- faire. Car une feule chofe eft necef- faire , & nous aimans la diverfité,v& Dieu fatisfait à l'un Se à l'autre par

IC4 PENSE^E5 DE

ces diverluez qui mènent à ce feul necelkfre.

(§) Les Rabbins prennent pour fi- gures les mammc lies de TEpouPej & tout ce qui n'expiinie pas Tunique but qui ont des bien temporels.

(§) Il y en a qui voyent bien qu'il n'y ^ pas d'autre cnnemy de Thom- me que la concupiicence qui le dé- tourne de Dieu , ni d'autre bien que Dieu 5 &; non pas une terre fertile. Ceux qui cioyent que le bien de l'homme cft en la chair>ôc le mal en ce qui le détourne des plaifus des iens 5 qu^^ils s'en foulent, &c qu ils y meurent. Mais ceux qui cherchent Dieu de tout leur cceur^qui n'^ont de déplailîr que d'être privez de fa veuc, qui n'ont de dellr que peur le poiTeder , & d'ennemis que ceux qui les en détournent, qui s'afiligeni de fe voir environnez & dominez de tels ennemisiqu'ils fe confolent, il y a un libérateur pour eux 5 il y a un Dieu pour eux. "Un Meilie a été pro- mis pour délivrer dc6 ennemisj & il en eft venu uii pour délivrer des ini-

M. P ASC AL, 10 f

quiccz , mais non pas des cnnemisv C§J Quand David prédit que le Mellie délivrera fon peuple de fes cnnemi$3 on peut croire charnelle- iTicntque ce fera des Egyptiens, & alors je ne fçaurois montrer que la prophétie foie accomplie. Mais on peut bien croire aufli que ce fera des iniquitez» Cardans la vérité les Egyptiens ne font pas des ennemis > mais les iniquitez le font. Ce mot d'ennemis eft donc équivoque.

Mais s*il dit à l'humiTne comme il fait 5 qu'il délivrera fon peuple de fes péchez auffii bien qulfaie 6c les au- tres^ l'équivoque eft ôtéc , & le fcns double des ennemis réduit au fens lîmple d*Iniquitezj car s'iLavoic dans refprit les péchez , il les pouvoic bien dénoter par ennemis \ mais s'il penfoit aux ennemis , il ne les pou- voit pasdefigner par iniquitez.

Or Moyfe,David,i5^ iQxic ufoient des mêmes termes. Qai dira donc qu'ils n'avoient pas même fens , & que le fens de David qui eft manifc- met d'iniquit ez lors qu'il pacloit

io6 PENSE^ES DE

d'ennemis , ne fur pas le même que celui de Moyfe en parlât d'ennemis i Daniel chap. 9. prie pour la déli- vrance du peuple de la captivité de leurs ennemis ; mais il pcnioit aux péchez j &pour le montrerjil dit que Gabiiel luy vint dire qu'il et oit exaucé , & qu'ail n y avoit que 7o.fe- maines à attendix , après quoy le peuple feroit délivré dlniquiic , le péché prendroii finj&^le libérateur y le Saines des Saints ameneroit la ju- ftice éternelle ^ non la légale ^ mais l'eternelie.

Dés qu'une fois on a ouvert ce fe- cret xl eft impoSible de ne le pas voir, Qii'on life l'ancien Teftamenc en cet- te veiie , & qu'on voye (1 les facri fi- ées étoien': vrays , h la parenté d'A- braham étoit la vraye caufe de l'a- iiiitié de Dieu 3 fi la terre promifc étoit le véritable lieu du repos.Non, Donc c'étoient des figures. Qu'on voye de même toutes les cérémonies ordonnées ^ & tous les commande- mens qui ne font pas de la charité j on verra que c en font les figures.

M. P A s C A L. 107

XIV. JESFS ^C HRiSr.

LA diftance infinie des corps aux efprits figure ladiftancc infini- ment plus infinie des efprics à Ja charité, car elle eft furnaturelle»

Tout réclac des grandeurs n*a point de luftre pour des gens qui font dans les recherches de refpric.

La grandeur des gens d'efprit cft înviiible aux riches, aux Roys , aux Conqueransjôc à tous ces grands de chair.

La grandeur de la fagelîe qui vient de Dieu eft invifibie aux charnels; & aux gens d'efprit. Ce font trois ordres de difFerens genres.

Xes grands génies ont leur empî- re,leur éclat, leur grandeur, leurs vi- doire$,& n ont nul befoin de gran- deurs charnelles qui n'ont nul rap- port avec celle qu'ils cherchent. Ils font veusdes efprits , non des yeux ^ mm c'eft allez.

io8 PENS E'ES DE

Les Saines ont leur empire , leur éclar^lear grandeur 5 leurs vidoires, & n'ont nul befoin des grandeurs charnelles ou fpirituelles.qui ne font pas de leur ordre y &c qui n'ajoutent ni n'ôcent à la grandeur qu'ils défi- rent. Ils font veus de Dieu & des Anges , & non de corps ni des cf- prirs curieux iDieu leurfuftit.

Archimede fans aucun éclat de îiaidànce feroit en même vcneratjô. Il n*a pas donné des batailles , mais il a lailfé à tout l'Univers des inven- tions admirables. O qu'il eft grand &: éclatant aux yeux de l'efprit !

Jesus' Christ fans bien ôc fans aucune production de fcience au de- hors , eft dans fon ordre de fainteté* Il n'a point donné d'inventions, il n'a point régné , mais il a été hum- ble j patient 5 faint devant Dieu ter- rible aux démons , fans aucun pecbc. O qu'il eft venu en grande pompe , & en une prodigieufc magnificence aux yeux du coeur ^ & qui voyenc la fagede.

Il eût été inutile ï Archîmedc de

M.P ASC AL. Î09

faireJe Prince dans Tes livres de Gcomctrie , c^aoy qu'il le fur.

Il eue écé iiuuile à notre Seigneur Jefus Chrîft pour éclater dans Ton rcgnede faintcté de venir en Roy. Mais qu'il bien venu avec réclat de Ton ordre i

îl eft ridicule de fe fcandalifer de la balleilè de jefus-Chuift y com- me fi cette baflèlle ctoic du mcmc ordre que la grandeur qu^il venoit de faire paroîtrc.Qii^on confidere cette 'grandeur dans fa vie , dans Hi paf- iîon , dans Ton obfcuriré , dans fa more 5 dans Péledion des fîens , dans leur fuite , dans fa fecrette rcîurre- dion , & dans le refte ;on la verra Ci grande , qu^on n'aura pas dijer de le: fcandalifer d'une ballèfiè qui n*y efl: pas.

Mais il y en a qui ne peuven: ad- mirer que les grandeurs charnelles y comme s'il n'y en avoir pas de fpiri- ruelles ; & d'autres qui n'admirenit que les fpirituelles , comme s'il n'y en avoit pas d*in animent plus hau- tes dans la fagelle.

i!o P E N S E^ E S DE

Tous les corps, le firmament, les étoiles , la terre ,& les Royaumes ne valent pas le moindre des cTprits; car il connoit tout cela^ôc foy-mê- iTic;& le corps rien. Et tous les corps & tous les efprits cnfemble, & tou- tes leurs productions ne valent pas le moindre mouvement de charitcj car elle eft d'un ordre infiniment plus élevé.

De tous les corps enfemble on ne fbauroit tirer la moindre penféercela crt impcffible ^ ôc d'un auire ordre. Tous les corps & les efprits enfem- ble ne fçauroient produire un mou- vement de vraye charitétccla eft im- podible^ôc d'un autre ordre tout iurnaturel.

[§] Jefut-Chrill a été dans une cbicurité (félon ce que le monde ap. pelle obfcurité [telle que les hifto. riens qui n'écrivent que les choies importantes l'ont à peine apperca {§) Quel homme eut jamais .plus, iî'éclat que Jefus-Ckrift ? Le peu» pie Juif tout entier le prédit avant la venue. Le peuple Gentil Tadorc

après

M, PASCAL Ml

après qu'il cft venu Les deux peu- ples Gentil & Juif le regardent comme leur centre Et cependant quel homme joiiit jamais moins de tout cet cclat ? De trente trois ans il en vit trente fans paroître. Dans les trois autres il pafla pour impofteur; les Prêtres &c les principaux de la nation le rejettent \ fes amis & fes proches le mcprifent. Enfin il meurt d'une mort honteufe 5 trahy par un des fiens , renié par l'aurre^ & aban- donné de tous.

Quelle part a t'il donc cet éclat. Jamais homme n'a eii tant d'éclat , jamais homme n*a eu plus d'ignomi- nie ; Tout cet éclat n'a fervi qu'à nous pour nous le rendre reconnoiG- fablcjSc il n'en a rien eu pour luy.

(§) Jefus-Chrift parle des plus grandes chofes fi fimplement , qu'il iemble qu'il n'y a pas penfc;& fi net- tement néanmoins , qu'on voit bien ce qu'il en pcnfoit. Cette clarté join- te à cette naïveté eft admirable.

(§) Qvii a appris aux Evangclifies les qualitcz d'une ame veritablémét hc-

F

tu PENSEES DE

roïque pour la peindre parrake-- inent en le fus Chrift ? Pourquoy le font- ils foible dans fon agonie ; Ne içavent-ils pas peindre une iT^ort confiante ? Oiii fans doute i car le même Saint Luc peint celle de Saint Etienne plus forte que celle de le- ius Chrift. Ils le font donc capable de crainte avant que la neceffité de mourir foît arrivée y & enfuitc tout fott. Mais quand ils le font troublc;^ c*eft.quandil fe troubje lily-niême , &c quand les homv^es le troublent^ il eft tout fort.

(§)L''EvangiIe Rt parle de la vir- ginité de la Vierge que jufqu'à U .nailîànce de lefus-Chrift : tout pax rapport à lefus- Chrift..

(.§) Les deux Tcftamens regardent lefus-Chrift , l'ancien comme foii attente^ le nouvi:au comux Ton mo- delle ? Cous deux aomme leur cen- tre.

(§) Les Prophètes ont prédit , & n^ont pas été prédits. Les Saints en- fuitc font prédic$,mais non prcdisâs. leius Chrift çft prédit & predifaiit

M. PASCAL. T15'

C§) Jefiis-Chrift pour toits , Moyfc :pour un peuple.

Les Juifs beuis en Abraham y Te bemrayceux qnl te béniront. Mais tou^ tes nattons bénites en fa femence.

Lumen ad revelationem gentlum^

Nonfecit taliter omni nationîy dî- foit David en parlant de la loy.Maîs en parlant de Jefus-Chriftjil faut <li- 'Xt :fecit taliter omni nationi.

Auffi c^cft à JefusXhrift , d^érrc nniverfel. L'Eglife même n'offre le Sacrifice que pour les Fidclles, Jefus. Chrift a offert cduy de la Croix pour tous.

(§) Tendons donc les bras à nôtre Jiberateur , qui,ayanc été promis du- rant quatre mille ans, eft enfin venu fouffrir & mourir pour nous fur la rcrre dâs le temps & dans toutes les circonftances qui en ont été prédi- tes. Et attendant par fa grâce la mort en paix dans Tefperance de luy être cternellement uni y vivons cepen- dant avec joye , foît dans les biens qu'il luy plaît de nous donner , foie 4âs les maux qu^ilnous envoyé pouy

F i)

iî4 PENS E^E S DE nôtre bien & qu'il nous a appris 1 fbuffrir par fcn exemple,

•6«^' 1^ 4^ .S*3 + &$^ -fr^ ^i>î' -S^ -HH* X V.

Preuves de Jésus Christ par les prophéties»

^

LA plus grande des preuves jefus Chrift ce font les prophe tics.Ceft auffi à quoi Dieu aie plus pourveu ; car l^cvenemenc qui les a remplies eit un miracle fubfirtanc dépuis la naiffance de PEglile juf» qu'à la fin. Ainli Dieu a fulcité dzs Prophètes durant feize cens ans ; ôc pendant quatre cens ans après il a âirperfc tOLues ces prophéties avec tous les Juifs qui les portoient dans tous les lieux du monde, Voilà quel le a été la préparation à la nai (lance de ]f fus Chriil , dont TEvangile de vaut erre crû par tout le monde. Il afaiiu non (Vulemcnt qu'il y ait eu des propherîeç pour le faire croire y m^is encore que ces- prophéties fuf-

M. PASC A L. ÏT5

fent répâduës par tout le mode pour le faire embralièr par icuc le monde,

(§) Q^and un icul homme auroic fait un iirre des prcdiclions de Jefus^ Chrill pour le temps ; £< pour la manière , & que leius Chrilt feroit venu conformément à c^s prophé- ties ce feroit unerlorce infinie. Mais il y a bien plus icy, C'elt une luitc d'hommes durant quatre mille ans j qui conftamment &c l'ans variation viennent l'un en fuite de l'autre pré- dire ce même avènement Ccft un peuple tout entier qui l'annonce, ÔC qui fubfifte pendant quatre mille années pour rendre en corps témoi- gnage des a^leurances qu'ils en ont &dont ils ne peuvent être détournez par quelques menaces & quelque perfccution qu'on leur failè: cecy eft tout autrement ccnlîderab^e.

(§) Le temps eft prédit par l'état du peuple luif , par l'état du peuple Payen , par Técat du temple , par le nombre des années.

(§) Les Proplietes ayant donné di. veries marques qui dévoient toutes

i^;

lié PENS FES Œ arriver à ravcnemcnc du Meffie , il faloît que toutes ces marques arri- vatrent en même temps \ & ainfi it faloit que la quatrième Monarchie- fut venue lors que les feptanre fe- maincs de Daniel feroicnt accom- plies 5 que le fceptrc fut alors ôté de juda:<5c qu'alors le Meffie arrivât. Et Jefus Chrift eft arrive alors qu'il s^eftdit le MelTie.

Jleft prédit qot dans la quatriè- me Monarchie , avant la dclVrudion du fécond temple , avant que la do- mina tion des luifs fût ôtce , & en la feptanticme fetBaine de Daniel les Faycns (croient inftruits ,& amenez \ la connoiilàncc du Dieu adoré par \^s luifs : que ceux qui raimeiu fe- roient délivrez de leurs ennemis ^ & têpjis de fa crainte & de fon amour.

Et il eft arxivé qu'en la quatrième Monarchie , avant la deftru6lion du fécond temple > &c. les Payens en foule adorent Dieu , & mènent une vie Angélique ; les filles confacrent à Dieu leur virginité & leur vie ; les hommes renoncent à tout plaifir : ce

M.PASCAL. ^ U7 que Platon n'a pu perfuader à quel- que peu d'hommes choi fi s &c fi in- ftruits^une force fecrette lepcrfuade à cent' milliers d'hommes ignorans par la vertu da peu de paroles.

Q^i*efl: ce que tout ccia ? C'eCt ac qui acte predic fi long-temps aupa- j^.^^ T'à\zx\i.EffHnâamfpirîtî4m mcnmfiîper ^%^ cmnem carnem. Tous les peuples ctoient dans Tlnfidelitc & dans la concupifccnce;toute la terre devient ardente de charité : les Princes re- noncent à leur grandeuïs:lcs riches quittent leur biens , les filles fouf- frent le marcyre^les enfans abandon, nent la maifon de leurs pères , pour aller vivre dans les deferts. D'oà vient cette force^Ceft que le Meffie €ft arrivé.Voilà TefFct & les. mar- ques de (a venue.

Dépais deux mille ans le Dieu des Juifs étoit demeuré inconnu parmy Pinfinie multitude des natiôs payen- T^tSi^ dâs le temps prédit les Payens adorent en foule cet unique Dieu:lcs Temples font décruits > les Rois mê- mes fc foûmettent à laCfoix.Qu'cft-

F iiii

u8 PENSE^ES DE "

ce que tour cela ? Ceft l'cfprit de Dieu qui eft répandu fur la terre.

(§) 11 eft prédit que le Meffîe vicn- droit écablir une nouvelle alliance

hr, 15. q^'^i fetoit oublier la fortie d'Egypte,

7. i/^/. qu'il aie t toi c fa loy non dansl'cxte-

5^-7. ticur , mais dans les cœursjqu'il met- Tii ^^^^^ ^^ crainte^qui n^avoir écé qu*au

3i. 40! dehors,dans le milieu du cœur.

J/.5.1.3. Que les Juifs repiouveroicnt Jefus.

4. &c. Chrift j & qu'ils feroitnt reprouvez de Dieu ^ parce que la vigne elcuë lae donneroit que du verjus. Que le peuple choifî leroit infidelle,ingrat, & incrédule , poppilum non creden* um y é* côntradicentem.Qi\z Dieu ,les

Ife^. 1. frapperoit d'aveuglement , &c [qu'ils taconneroient en plein midy comme des aveugles.

Que TEglife fcroît petite en fon commencement , &c ctoicroit eu

f;;*;^^;fuitte.

\^^^ ^n\ Il eft pcedic qu'alors l'idolâtrie fe-

roit rcnverfce, que ce Metîîe abbat-

22:^^.3.trGit toute les idoles ,& feroit eu-

2-3- trer les hommes dans le culte du

vrai Dieu,

M. PASCAL. 119

Que lesremples des idoles feioiciu Mplac abbatus ,& que parmi toutes les^-^^* nations & en tous les lieux du moiï, de on lui ofFriroic une boilie pure , & non pas des animaux.

Q^i'il enfeioncïoic aux hommes la voye parfaite.

Qii'il feroit Roy de$ luifs & des Gentils

Et jamais il n'eft venu ni devant ni après aucun homme qui ait rien cnfeigné approchant de cela.

(§) Apres liant de gens qui ont pré. dit cet avènement ieîus Chrift eft enfin venu dire : Me voicy, & voicy le temps. Il cft venu dire aux hom- mes 5 qu'ils H ont point d'autres en- . ncmis qu'eux-mêmes-, que ce font leurs paffions qui les feparent de '" Dieu^qu'il vient pour 1rs en délivrer^ &c pour leur donner fa gr?.ce>afin de former de tous les hômss une Egli- re fainte y qu'il vient ramiener dans cette Eglife les Paycus & les luîfs ; qu'il vient détruire les idoles des ^^ne 3 & la fu perdition des autres. Ce que les Prophètes , leur ai^il.

F y

5io PENSEURS De

ditjOnt prédit devoir arriver , je vous dis que mes Apôtres le vont faire. Les Juifs vont être rebutez y Jcrufa- lem fera bien-tôt détruite^lcs Paycns vont entrer dans la çonnoiffance de Dieu , & mes Apôtres les y vont fai- re entrer , après que vous aurez tué rh:ritier de la vigne.

Enfuiteles Apôtres ont dit aux Juifs : vous allez être maudits y 6c aux Payens:vous allez entrer dans la eonnoilfance de Dieu.

A cela s'oppofcnt tous les hommes par l'opporitiô naturelle de leur con- çu pi fcen ce Ce Roy des Juifs &des Gentils eft opprimé par les uns & par les autres qui confpirent fa mort. Tout ce qu'il y a de grand dans le monde s*unit contre cette Religion naiflante ^les fçavans , les fages, les Roys. Les uns écrivent ^ les autres condamnent , les autres tuent. Et malgré toutes ces opofitions ? voilà Jefus Chrift , en peu de temps , ré- gnant far les uns & les autres; & dé- truifant le culte Judaïque dans Je- îufalcm qui en çtoit le centre p &

. M. PASCAL. ni

dont il fait fa préiiiierc Eglife > Se le culte des idoles dans Rome qui en ëtoit le cemre3&: dont il fait fa prin- cipale Eglife.

Des gens fimples & fans force , comme les Apôtres & les premiers Chrétiens refiftent à toutes les puif- fances de la terre y fe foûmettent ks Roys^les fçavans , & les fages 5 & détruifent Tidolatrie établie. Et tout cela fc fait par la feule force de cette parole qui Tavoit prédit.

(§) Les luifs en tuant Ie sus- Christ pour ne le pas recevoir pour Meflie , luy ont donné la der. niere marque de Meffie. En conti- nuant à le méconnoiftrc ,î1s fe font rendus témoins irreprochables.Et en le tuant, 2<c continuant à le renier , ils ont accoirply les prophéties.

(§) Q^û ne ireconnoi droit Icfus-^^^>*^^ Chrift à tant de circonftances par- ]'/' . ticulieres qui ont ete prédites l Car ^^ s v. il eft dit.

QLi'il aura un Prccurfeur.

Qj'il naiftra enfant.

-(^l'il naiftra dans, la ville de Bq*

F vj

iii PENS FES DE

thléem ; qu'il fortira de la famille de luda & de David -, qu'il paroîtra principalement dans lerufalcm. Qii'il doit aveugler les Sages & les

1/ ^. 8. Sçavans y & anix)ncer TEvangile aux

^9^ pauvres & aux petics^ouvrir les yeux des aveugles, &: rendre la faute aux intinnes, mener à la lumière ceiax qui languilfent dans les ténèbres,

'(/"4i'S5 Qja'il doit enfeigner la voye par* f^ite 5 & êire le précepteur des Gentils.

^* ^^ * Qu'il doit être la vidime pour les

^P g péchez du monde.

%6. ' Q;yil doit ctrc la pierre fonda- mentale & precicufe.

i/^S^rf. Q^i'il doit être la pierre d*aclio- pement & de fcandale,

lhid,i^. Qiie lerufalem doit heurter contre cette pierre.

^/* 5-7' Qne les édifians doivent rejetter cette piere.

Que Dieu doit faire de cette pier-

T^an 1 ^^ ^^ chef du coin.

15. Et quê cette pierre doitctoîtrc en

une. montagne immenfe, 6c rempHr toute la terre*.

M. P A se AL. iij

Qa*ainfi il doit être ïcjçiié y mé-Zachat connu, trahy , vendu , fouftleté^mo- ^^' i^* que 3 affligé en une infinité de ma- nières, abbreuvé de hiel, qu'il auroit ^j ' ^^' les pieds & les mains percccs,quon ^^ j luy crachcroic au vifage, qu'ail Teroic is! 19, tuéy&c fes habits jettez au forr. Q^i'il reirufciteroit le troidéme jour.

C^i'il monteroit au Ciel pour s'aC^/ M* feoir à la droite de Dieu. ^^- ^^•

Que les Rois s'armcroient con- xo^. li tre lui. py.i', 2*

Qu'étant à la droite du Pere^il fera victorieux de Tes ennemis. P/.ic^.

Que les Roys de la terre, & tous^* les peuples Tadorcroicnt.

Quclesluifs fubdfteront en na-P^-'"'

Qu'ils feront errans > fans Roys, fans facrifice y faBS autel , tcc. fans o«,/^ 5. Prophètes , attendant le falut , 5i ne 4- le trouvant point. -^^' ^f^

(§) Le Meiîîe devoit luy fcul pro- ^' duire un grand peuple , faint , & cboifi y le conduire, le nourir , l'in- troduire dans le lieu de repos & de ûintecç i le rendre famt à Dieu 5 en

ÎZ4 PENSE'ES DE

faire le temple de Dieu ^ le réconci- lier à Dieu, le fauver de la colère de Dieu ,ie délivrer de la fervitude du péché qui règne vifiblement dans rhomnae donner des loix à ce peu- J pie , graver ces loix dans leur cœur, | s'offrir à Dieu pour eux > fc facrificr pour eux jêtreune boftie fans tache, & luy même facrificatcur ? îl devoir s'offrir luy mcmc, & offrir fon corps & fon iang,& néanmoins offrir pain & vin à Dieu, lefus-Chrift a faic tout cela-

(§) Il eft prédit qu'il devoir venir un libérateur,, qui ccraferoit la têcc au démon , qui devoit délivrer fon-^ peuple de fcs pecliez, ex ommbus înl* cjuitatthMS : qu'il devoit y avoir un nouveau Teltamét qui fetoit éternel, qu'il devoit y avoir une autre Pretri» fc félon Tordre de Melchifedechi que celle-là feroit éternelle ; qu€ le Chrift devoit être glorieux , puif- fanc 5 fort , 6c néanmoins mifera- ble qu'il ne feroit pas rccônu, qu'on ne le prcndroit pas pour ce qu'il eft^ qu'on 1ère je tteroit^qu'on le tuëroit^

M. P ASC AL. lij

que ion peuple qui l*auroic reniéi ne feroic plus Ton peuple^ que les idolâ- tres recevroienc Ôc auroiét recours^ à lui ; qu'il quitteroic Sion pour ré- gner au centre dl l'idolâtrie j que néanmoins les Juifs fubfifteroient toûjours>qu*il devoir forcir de luda^ & quand il n'y auroic plus de Roys. f §} Les Prophètes font mêlez de prophéties particulières, & de celles dn Meiïîe , afin que les prophéties du Mefîîe ne fullcnt pas fans preuves & que les prophéties particulières ne fulïènr pas fans fruit.

f ^ Non habemns V<egem nlfi CéL- farem difoient les luifs. Donc Icfiis- Chvift étoit le Meffie ^ puifqu'ils n'avoienc plus de Roy qu'un étran- ger ; &. qu ils n'en vouloient point d'au tre.

(§) Les feptaivtc femainesde Da- niel font équivoques pour le terme du commencement , à caufe des ter- mes de la prophétie , & pour le ter- me de la fin , à caufe des diverfitcz des ChronolocTiftes.Mais toute cette ditFcrencc ne va qu'à deux cens ans>

17.6 P E N s E' E s D E

>. j Les prophéties qui reprefcn-

* ;' tenc lefus-Chrift pauvre jlercpreren» ^^ tent auiîi maître des nations.

Les prophéties qui prcdifent le tcmps^ ne le predil'enc que maiftre des Gentils Se foufFrant,^ non dans les nuës,ni juge. Et celles qui le re, prefentent ainfi jugeant les nations &c glorieux , ne marquent point le temps.

Qjand il cft parlé du Meflîe v* l/.^î.iî«comme grand & glorieux^il ell viiî- ^^' ble que c'eft pour juger le monde y & non pour le racheter.

é% I

M. PASCAL- U7

^^^^^^^^^^'^^^'^ XVI,

Dlverfes preuves <^^ J e s u s- Christ

POur ne pas croire les Apôtres, il faut dire qu'ils ont éic trom, pés 5 ou trompeurs. L'un & l'autre cft difficile. Car, pour le premier, il n'eft pas poflîble de s'abulcr à pren- dre un homme pour êire reirufcitc.Et pour l'autre l'hypothezc,qu'ils aycnt ctc fourbes,eft étrangement abfurdc. Qu'on la fui ve tout aulong.Q^'on s'imagine ces douze hommes allèm- blez après la mort de lefus-Chrift, fajfaiîs le complot de dire qu'il eft reirufcicé. Ils actaquent par toutes les puiifances. Le cœur des hommes eft étrangement panchant à la Icge- rcté>aii changement, aux promellcs , aux bleus. Si peu qu'un d'eux fe fût dementy par tous ces attraits & qui plus ell par les pri(onS;par les tortu-

uS P EN S F/ ES DE

res5& par lamorc Jls ccoicnt per- dus. Qii'on fuive cela.

(§). Tandis qae Jésus Christ etoitavcc eux ^ il les poiivoit foûcc- nir . Mais après cela s'il ne leur eft apparu^ qui les a feit agir ?

(§) Le ftile de TEvangile eft admi- rable en un infinité Ac manières ^ & enrr'autres en ce qu'il n^y a aucune invevflive de la parc des Hiftoriens contre Judas 3 ou Pilate , ny contre aucun des ennemis ou des bourreaux de Jefus-Chriit

Si cette modeftie des Hiftoriens Evangeiiques avoir été àtfedécaufïï' bien que tant d'auttes traits d'an beau caractère >,& qu'ils ne TeufTent aftecléc que pour les faire remar- quer ; s'ils navoientofé la remar- quer eux-mêmes ils nauroient pas manqué de fe procurer des amis,qui cuirent fait ces remarques à leur avantage. Mais comme ils ont agy de la forte fans affectation , & par un mouvement tout dcfmtereiré 5 ils ne nont fait remarquer par perfonnerjc le fçay même Ci cela a cié remarqué

M. P A se AL. 129

jurqucs icy : &c c'cft ce qui témoigne la naïveté avec laquelle la choie a- cfté faite*

(§J lefus Chrifl a fait des miracles ôc les Apôtres entuite^ & les pre- inîers Ssints en. ont fait aiiiTi beau- coup y parce qae les prophéties n'é- tant pas encore ac€omplieSi& s'ac- compiiflant par eux, rien ne rendoit témoignage que les miracles. Il écoie prédit que le Meaic convertiroit les nations. Comment cette-prophetic fe fut elle accomplie fans la converfion des iiationsrEt comment les nations fc fadènt elles converties au Meffic ne voyant pas ce dernier effet des prophéties qui le prouvent : Avant donc qu'il fût mort , qu'il fût ref- fucité 5 & que les nations fulfenc converties , tout n'étoit pas accom- ply. Et ainfî il a falu des miracles pen<{ant tout ce temps-là. Mainte- nant il n^en faut plus pour prouver la vérité de la Religion Chrétienne} car les prophéties accomplies font un miracle T^Jd fi flan t.

(§) L'ctat Ton voit les Juifs

î5ô PENSE'ES DE

eft encore une grande preuve de la Rwligicn, Car c^tlT une chofe écon- liante de vcii: ce peuple lubhfter de- puis tant d'années , & de le voir toujours miferable ; étant necelfairc pour la preuve de Jclus-Chrift , & qu'ils fubfirtent pour le prouver ^ ôc qu'ils foient miferablcs puifqu'iU l'ont crucifié-Et quoi qu'il foit con- traire d'être miferable 6c de fublx- fter i il fubfifte néanmoins toujours malgré fa milere.

(§) Mais n'ont- ils pas crc pref- qu'au même état au temps de la ca- ptivitcfNon. Le fccptre ne fut point interrompu par la captivité de Ba» bylone , à caufe que le retour étoîc promisse prédit. Quand Nabucho- donofor emmena le peuple , de peur qu'on ne crût que le fccptre fut ôté de Juda 3 il leur fat dit auparavant , qu'ils y ieroient peu >& qu'ils ic- roicnt rétablis Ils furenr toujours confolcz par les Prophe-tcs y & leurs Ruys concinuerent. Mais la iecondc deftiuclion ell: lans promelle de ré- t^bUlIi:menc , fans PrOuKetcs :>fans

M. PASCAL. ni

Roys , Gns conloLition , fans efpe- rance -, parce que le fceptce eft ôté pour jamais.

Cen'cft pas avoir ccé captif que de l'avoir été avec adèurance d'être ilelivré des (oixanre & dix ans. Mais maintenant ils le font fans aucun cfpoir,

(§) Dieu leur a promis qu'encore qu'il les difperfàt aux cxtremitez du monde 5 néanmoins s'ils ctoiewt fi- delles à fa ioy,il les ralîembleroit* lîs y font tres-fidelles y &c demeurent opprimez. Il faut donc que le Meffie foit venu & que la loy qui conte- Ooit ces promedes foit ^pfinie par letabliirement d'une loy nouvelle,

{§) Si les Juifs eulfent çxé tous convertis par Jcftii^Cpftl^A nous n'aurions plus que dc^gl^^^iP^ &f^ pe6tsj5<: s'ils avoiét cr#^|^^mînez , nous n'en n'aurions poinè du tout.

(§) Les Juifs le reflifent^mais non pas tous. Les Saints le reçoivent , &c non les charnels. Et tant s'en faut r|ue cela loir contre fa gloire , que c'efl; le dernier trait qui l'ackeve. La

î^i PEM SE^ES DE

raifon qu'ils en ont,^ la feule qui Te trouve dans tous leurs écrits^ dans le Tamuld^ & dans les Rabins, n'eft que parce que Jefus-Chrift n'a pas domié les nations en main armée. Jefus-Chrift a été tué, dilent-ils? il afuccombé; il n'a pas dompté les Payens parla force -,11 ne nous a pas donné leurs dépouilles-, il ne donne point de richefles. N'ont -ils pas cela à dire ; C'efl: en cela qu'il m'efi: aymablc. Je ne voudrois point cela y qu'ils fe figurent.

(§) Qii'ileft beaAi de voir par ks yeux de la^foy Darius , Cirus, Ale-_ xandrc , IcT Romains , Pompée ^ & Herode agir fans le fçavoit pour k gloire de l'Evangile !

M. PASCAL. 135

XVII.

Contre A^Ahome f.

LA Religion Mahomctane a pour fondement PAlchoran & Maho- met. Mais ce Prophète qui devoit ctre la dernière attente du monde a-t'il e'té prédît ? Et quelle marqiie a-t'il^quc n'ait aulîi tout homme qui fe voudra dire Prophète ? Quels mi- racles dic-il luy même avoit faits ? quel n^yftere a-t'il enfeigné félon fa tradition mêmcîQuelle morale , & quelle félicité >

(§) Mahomet eft fans autorité. Il faudroit donc que fes raifons fuf- fent bien puillàntcs 3 n'ayant que Icin* propre force.

(§) Si deux hommes di'ent des chofcs qui paroiffct batres^mais que les difcorts de l'un ayent un double fens entendu par ceux qui le fui- vent , t\^quc les difcours de l'autre ifayent qu'un feuljfens fi quelqu'un

154 PENSE'ES De

nV Ciint pas da fecret entend dlfcou- rir les deux en cette forte , il en fera un même jugement. Mais ii enfuitc dans le reftc du difcours Tun dit des chofes angeliques , & Tautre tou- jours des ciioies balfcs & commu- nes 5 & même des lotifes , il jugera que l'un parloit avec myftete,& non pas l'autre , Tun ayant alfez montre qu'il eft incapable de telles fctifes , ôc capable d'écre myûerieux ; & l'au- tre qu'il eft incapable de myfteres, 8c capable de fottiles,

(§) Ce n'eft pas parce qu'il y a d'obicur dans Mahomet ^ & qu'on peut faire palfer pour avoir un fcns myfterieuxjque je veux qu'on en ja« ge ; mais parce qu'il y a de clair^par ion Paradis 3 & par le refte. Ceft en cela qu'il cfl: ridicule. Il n'en eft pas \ de même de l'Ecriture. Je veux qu'il j y ait des obfcuritez ^ mais il y a dc^ clarcez admirables ,& des prophé- ties manifeftes accomplies. La partie | n'eftdonc pas égale. Il ne faut pas j confondre & ^égaler les chofes , qui ne fe rellcmblent que par l'obfcu-

ricé

M. PASCAL. 155

rite & non pas par les clartez^ qui mcrîtent , quand elles font divines , qu*on révère les obfcuritex.

L'Alcoran dit que S. Matthieu etoit homme de bien* Donc Maho- met étoit faux Prophète j ou en ap- pellant gens de bien des méchans , ou en ne les croyant fur ce qu'ils ont dit de JefusChrift.

(§) Tout homme peut faire ce qu*a fait Mahomet j car il n*a point fait de miracles > il n'a point été prédit, &c-Nul homme ne peut faire ce qu'a fait Jefus Chrift.

(§) Mahomet s'efl écably en tuant ', Jefus Chrift en fdfant tuer les fiens. Mahomet en deffendant de lire : Jefus Chrift en ordonnant de lire. Enfin cela eft fi contraire , qjue fi Mahomet a pris la voye de reiiffir humainement , lefus Chrift à pris celle de périr humainement. Et au lieu de conclure , que puifquc- Mahomet a reufli , lefus Chrift a bien pu reiiffir: il faut dire,quc puif- que Mahomet a reuffi , le Chriftia- nifme devoir périr , s'il n'eût été

G

îjg PENSE'ESDE

foûtenu par une force toute divine

*M^- •S'ï^- -6*2- «^ + -63» •èSS' "6^' *€^- XVIII.

Dejfein de Dieu àe fe cacher aux uns y & de fe décovrvrir aux au- tres.

DTeu a voulu racheter les hom- mes > & ouvrir le i^lut à ceux qui le cherchoicnc. Mais les hom- mes s'en rendent fi indignes:qu*ii eft jufte qu'il refiife à quelques-uns à caufe de leur endnrciirement ^ce qu'il accorde aux autres par une miferi- corde quine leur eft pas dcuë. S. il eue voulu fnrmonter l'obftination des plus endurcis , il Teûc pu > en fe découvrant fi maniferrement à eux , Cju'ils n'euflèiit pu douter Je !a véri- té de Ton exiftencc;& c'eft ainfi qu'il paroîtra au dernier jour, avec un tel cciat de foudres &: un tel renveiTe- ment de la nature^quc les plus aveu, gles le verront.

M PASCAL. iî7 Ce n'eft pas en cette forte qu'il a voulu paroîcre dans Ton avènement de douceurs ; parce quêtant d'hom- mes fc rendant indignes de fa clé- mence , il a voulu les laidcr dans la .^privation j^du bien qu'ils ne veulent pas.ll n'étoit donc pas jufte qu'il pa- rut d'une manière manifeftement di- vine Se abfolument capable de con- vaincre tous les hommes ; mais il n'é- roir pasjufte auiïi qu'il vint d'une manière ii cachée qu'il ne pût être reconnu de ceux qui le chercheroiêt lîncerement.ll a voulu le rendre par. faitement connoilïable à ceux-là : & ainiî voulant paroîcre à découvert à ceux qui le cbeichoient de tout leur coeur , Se caché à ceux qui le fuyent de tout leur coear^ il tcmperefa con- noidance , en lorte qu'il a donné des marques de foy vifibles à ceux qui le cherchent & obfcures à ceux qui ne le cherchent pas.

(§) Il y a allez de lumière pour ceux qui ne défirent que de voir ; & aflTez d'obfcurité pour ceux qui ont une difpofition contraire*

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PENSEES DE

il y a afTez de clarté pour éclairer les élus 5 (Se allez d'obfcurité pour les humilier.

Il y a allez d'obrcurité pour aveu, gicr les reprouvez, & alîèz de clarcé pour les condamner & les rendre inexcuf;ib!es.

(§) Si le monde t^ibiîftoir pour in" ftruire l'homme de Texiftence de Dieu, fa divinité y reluiroit de toutes p.irts d'une manière inconccflablc. Mais comme il ne iubfille que par Je lu s ChriftjiSc pour Jefus-Chrift, Se pour inftruire les hommes & de leu^ corruption5& de la redcmptlon^touç y ccîatre des preuves de ces deux vc^ ritez: Ce qui paroît ne marque ny une exclu lion totale 3 ny imz preten^ ce mnnifeftc de Divinité y mais 1^ prefencc d'un Dieu qui fe cachcitou^ porte ce caractère.

(§) S'il n'avoit jamais rien paru de Dieu ycette privation éternelle i^eroit équivoque & pourroit auin bien fe rapporter à l'abicncc d: toute Divi- nité ^qu'à Pindigîiité eu feroienc les hommes de le connoitre.Mais de ce

M, p A s C A L, I y9

cp'il paroir quelque fois Se non pas louûjours, cela oie Téquivoque. S'il pareil une fois ^ il eft toujours. Et ^linCi on n'en peut conclure autre chofcjfinon qu'il y a un Dieu5& que les hommes en font indignes.

(§) Le defîèin de Di^u ell plus de pcrfedioncr la volonté que i'efprir. Or la clarté parfaite neferviroit qu'à TeTprit y & nuiroit à la volonté.

(§J S'il n'y avoit point d'obfcurité, riiommc ne fentircit pas la corru- ption , S'il n'y avoit point de lumiè- re, l'homme n'elpercroit point dz remède. Ainfi il e(t non feulement jufte, mais utile pour nous, que Dieu foit caché en partie^Sc découvert en partie ^ pu i (qu'il eft également dan- gereux à l'homme de connaître Dieu fans connoître fa mifcre , 8c de cornoîcre fa mifere fans connoître Dieu.

{§) Tout inftruit l'homme de condition, rnaisil le fliut bien enten- dre ; car il n'eft pas vray que Dieu fc découvre en toutj& il n eft pas vray qu'il fe cache en tout.Mais il eft vrây

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Î40 PENSFES DE

tout enfcmb'e qu'il Te cache à ceux qui le ccntent , & qu'il le découvre à ceux qui It cherchent ; parce que les hommes font tout cniemble indi- gnes de Dieu , & capables de Dieu ; indignes par leur corruption ; capa- bles par leur première nature, j (§) Il n'y a rien fur la terre qui ne montre ou la mifere de Thomme . ou la mifericorde de Dieu ou rimpuiT- fance de Thomme ians Dieu , ou la puifîance de l'homme avec Dieu. {§) Tout l'Univers apprend à l'hom- me , ou qu'il eft corrompu ^ ou qu'il cft racheté Tout lui apprend ia grandeur 3 ou fa mifere. L'abandon de Dieu paroîtdans les Payens , la proiedion de Dieu paroic dans les Juifs.

I (§) Tout tourne en bien pour les élus jufqu'aux obfcuritez de TEcri- ture j car ils les honorent ^ à caufe des clartez divines qu'ils y voyent : & tout tourne en mal aux reprouve z jufqu'aux clartez ; car ils les blaf- phêment , à caufe des obfcuritez quMs n'entendçnt pas.

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M. PASCAL. 141

(f) Si Jésus Christ n ctoit venu que: pour landtiiier toute rEcriture, touces chofes y tendroient , Sc il fcroit bien aifé de convaincre les la. fiielles. Mais comme il eft venu in fknB:ifçatlonem & in fcanâdnm ^ com- me die iCiie , nous ne pouvons con- vaincre l'obftinârion des InfiJeîles; mais ceia ne faic rien contre nous , puifque nous difons^qu i] n'y a point de convidlion dans toute la condui- te de Dieu , pour les efprits opiniâ- \ très 5 & qui ne recherchent pas iîn- cerement