a;l!
liii.
ii^iigfjiiHjl
il
. r
♦ i
'|||;
if'
jSiiMJi
ESSiiil
^^Jl
c^^
^^
^i X\\t (Si:ftoiagitul
PRINCETON. N. J.
^^fj
^*
Sr
T:''-
's^*^
PER BR 140 .R42 v.lO
Revue de l'Orient chr etien
--^..^
REVUE
DR!
UORIENT CHRÉTIEN
f t
10^ volume. — 1905
REVUE . ^"WmScs
D£
L'ORIENT CHRÉTIEN
RECUEIL TRIMESTRIEL
DIXIEME ANNÉE
PARIS
LIBRAIRIE A. PICARD ET FILS 82, Rue Bonaparte, 82
1905
TABLE DES MATIERES
CONTENUES DANS CE VOLUME
Pages.
I. - QUELQUES MANUSCRITS DE MUSIQUE BYZANTINE, par J. B. Re- bours I
II. — HISTOIRE POLITIQUE ET RELIGIEUSE DE L'ARMÉNIE, par Fr. Tournebize, S. J 15, 135, 365
III. - VIES ET RÉCITS D'ANACHORÈTES, par Léon Clugnet 30
IV. — LE DOGME DE L'IMMACULÉE CONCEI'TION ET LA DOCTRINE
DE L'ÉGLISE GRECQUE, par D. Placide de Meester, O. S. B. . . 57, 154
V. — SIVAS, HUIT SIÈCLES D'HISTOIRE, par D. M. Girard, S. J. 79, 169,
283, 337
VI. — DANS QUELLE MESURE LES JACOBITES SONT-ILS MONOPHY- SITES? par F. Nau 113
VIL — LES CONSTRUCTIONS PALESTINIENNES DUES A SAINTE HÉ- LÈNE, D'APRÈS UNE RÉDACTION DU X» SIÈCLE 162
VIII. — DOCUMENTS DE SOURCE COPTE SUR LA SAINTE VIERGE, par
A. Mallon, S. J 182, 251
IX. — TRADUCTION DES LETTRES XII ET XIII DE .JACQUES d'ÉDESSE (EXÉGÈSE BIBLIQUE), par F. Nau 197, 258
X. — L'ORIENT LATIN CENSITAIRE DU SAINT-SIÈGE, par C. Daux. . . 225
XI. - TRAITÉS LITURGIQUES DE SAINT MAXIME ET DE SAINT GER- .MAIN TRADUITS PAR ANASTASE LE BIBLIOTHÉCAIRE, par S. Pétri- dès, A. A 289, 350
XII. — LE CHAPITRE IIEPI ANAXOPHTQN AriQN ET LES SOURCES DE LA VIE DE SAINT PAUL DE THÉBES, par F. Nau 387
XIII. — LES VERSIONS ARABES DU « TESTAMENTUM DOMINI NOSTRI •JESU CHRISTI », par P. Dib 418
VI TABLE DES MATIERES.
Pages.
XIV. — LE PASTEUR D'HERJMAS, FRAGMENTS DE LA VERSION COPTE SAHIDIQUE,. par L. Delaporte 424
MELANGES
I. — CIIRYSIPPE PRÊTRE DE JÉRUSALEM, par S. Vailhé, A. A m
II. — LE CONGRÈS INTERNATIONAL DES ORIENTALISTES (I9-2G avril 1905), par F. Nau lÔU
III. — CÂRION ET ZACHARIE, MOINES DE SCÉTÉ (COMMENCEMENT DU
IV^ SIÈCLE), par F. Nau 209
IV. - RABBAN DANIEL DE MARDIN, AUTEUR SYRO-ARABE DU XIV' SIÈ- CLE, par F. Nau 314
V. — LES BIENS DE L'ÉGLISE ARMÉNIENNE, LE DIVORCE ET LE REPOS DOMINICAL EN RUSSIE, LES MASSACRES DU CAUCASE, par N. Lon- gueville 319
VI. — XPrSANeOS O SIBHPIQTHS = CHRYSANTHE LOPAREV, parX. . 434
VII. — LETTRE REL.\TIVE A LA CHRONIQUE DE MICHEL LE SYRIEN. PAR SA BÉATITUDE M^^ RAHMANI, PATRIARCHE DES SYRIENS CA- THOLIQUES 435
BIBLIOGRAPHIE
A. Audollent, Carlhage romaine (Louis Bréhier) 105
René Basset, Le synaxaire nrahe jacobile (V. ^a.u) 108
C. Fouard, Les origines de V Église. SctinlJean et la fin de l'âge aposlolir/uo
(F. Nau) IIO
Le Père Camille Bcccari, S. J., iXolizia esaggi di opère e documenli inedili
riguardanti la storia di Eliopia (René Bas.sct) 213
E. W. Crum et N. Riedel, The canons of Alhanasius of Alexandrin (F. Nau). 215
P. Pautigny, Justin, apologies (F. Nau) 216
Gaston le Hardy, Histoire de Nazareth (F. Nau) 220
Le Père H. Lammcns, S. J., Le Pèlerinage de la Mecque en VX)2. (P. Dauby). .326
A. Dufourcq, Saint Irénée (P. Dauby) 326
C. Terlindcn, Le pape Clément IX et la guerre de Candie (F. Nau). .... 327
G- Maspero, Histoire ancienne des peuples de l'Orient (F. Nau) 328
TABLE DES MATIERES. VII
Pages.
M»' Ralimani, Chronicon civile et ecclesiasticum (F. Nau) 439
Dom C. Butter, The Lausiac Hislory of Palladius {F . Nau). 440
A. Mallon, Grammaire copte (F. Nau) 441
Le P. Constantin Baclia, Traités de saint Jean Chrysostome et de Théodore Abou-Kurra (F. Nau) 442
Livres nouveaux 221 à 223; 330 à 336; 442 à 448
Sommaire des revues 112, 223, 336, 4'18
Tables de la première série.
I. Table des matières de cliaquo fascicule 451
II. Table des matières par ordre alphabétique • 461
III. Table alphabétique des auteurs 466
QUELQUES MANUSCRITS DE MUSIQUE
BYZANTINE
(Suite) (1).
Dans cette seconde partie du premier traité (ms. 332. Jéru- salem), on s'occupe surtout des tons. Malheureusement, la clarté fait absolument défaut. On ne s'en étonnera pas; c'est ciiose habituelle dans tous les traités similaires, mais on le regrettera, car, il faut bien l'avouer, la question des r;/zi est de beaucoup la plus importante dans la musique byzantine.
Les gammes, c'est du moins notre humble avis, n'ont pas été aussi altérées qu'on a bien voulu le penser. Elles n'ont pas subi à tel point l'influence turque, qu'elles ne soient plus en îHen identiques aux gammes des -^'/cr, byzantins. D'ailleurs, ici, nous ne pouvons que répéter ce que nous avons écrit déjà : on confond la pratique et la théorie. Lorsqu'on écrit sur la musique grecque, on ne distingue pas assez, ce nous semble, entre population hellène, c'est-à-dire, actuelleuient hors de toute influence musulmane, et population arabe de rite grec, habitant les États du Sultan, Turquie, Syrie, et Egypte. Toute réserve faite sur la question d'origine de ces populations, il est certain qu'actuellement leur musique est identiquement celle des Turcs qui les dominent, ou des Arabes, à côté desquels elles vivent. Or, qu'est-il arrivé? On sait que les Grecs de Syrie font usage indifféremment dans les offices liturgiques, de l'arabe ou du grec. Ils chantent également dans les deux langues, et alors, à moins d'études spéciales de la psaltique (elles sont rares!) les chantres, et cela naturellement, hai)illent les mélo-
(1) Voy. 1!;MJ4. |>. -m.
ORIENT CHRÉTIEN. 1
2 REVUE DE L ORIEXT CHRETIEN.
dies grecques à l'arabe, d'où jugement porté par les musiciens européens de passage : « rintluence turque a été néfaste à la musique grecque ».
Nous ne voulons pas nier qu'il y ait eu quelque altération dans les gammes; toutefois, et nous ne sommes pas seul de cet avis, l'histoire de ces altérations successives, n'est pas facile à écrire Nous ne nous en chargerons pas.
Quant à la question du rythme, une longue discussion s'est élevée ces temps derniers sur ce sujet; discussion intéressante, mais pas pleinement satisfaisante comme résultat; car ici en- core la question est difficile. Nous ne pensons pas cependant que Ton puisse prouver que le chronos (ne pas confondre avec le rythme) ait existé de tout temps dans le chant ecclésiastique grec. Nous devons cette malheureuse innovation aux réforma- teurs du commencement du siècle dernier (1819).
Assurément, s'il eût- existé quelque chose de précis pour la mesure, les traités très détaillés que nous avons entre les mains, en eussent parlé; or, nulle part il n'est fait allusion à ce fameux clironos. On parle de longues et de brèves, de certains retai'ds ou au contraire d'allure plus rapide sur certaines notes ou sur les neumes : c'est tout. Point de temps divisé ou subdivisé; point de dlgorgon ou de trigorgon, point de tripii ou ietrapli. Le Klasma lui-même n'a aucune valeur déterminée. Villo- teau (1), nous le savons, se sert de nos notes européennes pour assigner aux sept signes rythmiques, une valeur déterminée; mais il a soin aussi de nous avertir que ce n'est qu'une com- paraison, et que ces valeurs ne sont qu'approximatives. Nous pensons donc qu'avant le xix® siècle, la musique ecclésiastique grecque, était purement rythmique; nous ne saurions mieux la comparer qu'à notre plain-chant actuel, avec lequel, d'ail- leurs, elle a beaucoup de parenté.
La même objection reviendra toujours : comment a-t-il pu se faire qu'une telle réforme ait été accomplie en si peu de temps, et ait été admise plus vite encore par toutes les églises du rite'? Assurément il y a là quelque chose qui peut surprendre; mais, outre que la réforme n'a pas été admise sans conteste, on peut cependant expliquer sa prompte admission en constatant
(Ij État actuel de l'art musical en Egypte. ■
QUELQUES MANUSCRITS DE MUSIQUE BYZANTINE. 3
qu'effectivement, la nouvelle méthode, en simplifiant l'an- cienne, offrait aux chantres une plus grande facilité pour arriver à la pratique de leur art.
Et serait-il téméraire de penser qu'il en était, il y a cent ans, comme il- en est maintenant, c'est-à-dire, que le nombre do ceux qui savaient réellement la musique grecque, surtout en Palestine et en Egypte, était plus qu'insignifiant? On peut même dire qu'il devait être beaucoup plus restreint autrefois, étant donné la plus grande difficulté des traités. A preuve, ce bon moine Gebraïl, le grand mélode pourtant, et qui laisse. Vil- loteau, devenu son élève, ignorant sur une foule de points, qu'il s'avoue impuissant à expliquer. Donc, on peut dire qu'il y a cent ans, comme aujourd'hui, on ne tenait pas grand compte du véritable chant ecclésiastique que l'on ignorait, pour se livrer au contraire aux inspirations du moment, propres aux Arabes et, en général, aux peuples de l'Orient. Mais, ne l'oublions pas, ces improvisations arabes (ce mot a son expli- cation dans ce qui a été dit plus haut) ont leur mesure régu- lière, correspondant parfaitement au chronos. Et alors, de là à faire passer dans le vrai chant ecclésiastique, cette mesure régulière, il n'y avait qu'un pas, les chantres y étant si bien préparés.
Et qu'on ne dise pas : « Nulle part dans leurs ouvrages, les maîtres susnommés ne parlent du chronos comme d'une in- vention récente, ignorée encore d'un grand nombre de chan- teurs ils en parlent, au contraire, le plus simplement du
monde, comme on parle d'une chose connue, pratiquée de tout temps et dans toutes les églises du rite grec (1). » — C'est très vrai, mais que de points dans leurs ouvrages en sont là; et cependant, on ne peut nier qu'ils soient absolument nou- veaux. Prenons un exemple. Les réformateurs nous parlent, le plus naturellement du monde, des trois genres : diatonique, cliromatique et enharmonique. Or, il faut pourtant bien admet- tre que tout ceci, si ce n'est pas une création, c'est au moins une résurrection; car dans toute la période byzantine, il n'est pas question de ces genres; et si dans l'antiquité on les trouve, il faut avouer aussi qu'on ne les trouve pas tels qu'ils sont actuel-
(1) R. P. Dechevrens, Le rythme grégorien.
4 REVUE DE L ORIENT CHRETIEN.
lement; tellement bien, qu'on a pu dire avec raison, que ce que Ton nomme chromatique ou enharmonique, n'a de chro- matique ou d'enharmonique que le nom (1).
De même, les réformateurs nous présentent certains signes dont il est impossible de se rendre compte de la signification si on n'est pas au courant des traités anciens. Nous dirons, après le R. P. Thibaut, que l'sTspov actuel, par exemple, est un non-sens. Les réformateurs nous expliquent-ils d'où il vient? pas du tout, et le plus naturellement du monde ils ont sup- primé le signe chironomique r.y.pxAÔCkza\>.oL, pour ne laisser que l'i-spov ■Trapay.iAsGiJi.a, OU mieux ÏTEpov tout court. Nous disent- ils aussi qu'ils sont les inventeurs de l'âvSâîwvcv? toujours non, etc. etc. On peut donc conclure a pari pour leur silence sur l'introduction du chronos.
On a trouvé très étrange aussi que le chronos qui se rencon- tre partout dans les mélodies populaires, qui est pour ainsi dire naturel aux peuples de l'Orient, ne se soit introduit qu'au commencement du xix' siècle dans le chant ecclésiastique.
Ici encore, il y a, ce nous semble, confusion. Il faut bien distinguer en effet, entre le chant mondain, à'cr;j.a. et le cliant ecclésiastique, àv'.o-sXir/;;. L'un pouvait avoir le chronos, s'en- suit-il que l'autre l'avait"? Si un jour, par impossible, on arrive à donner au plain-chant les mesures usitées dans la musique, sera-t-on plus tard en droit de conclure que toujours le plain- chant a été mesuré? Or il est certain, et le traité qui suit en fait foi, qu'il y a une différence entre rà'c7s^.a et l'àYior.oAt--/;?, quant au nombre des gammes, et, jusqu'à preuve certaine du contraire, quant au rythme.
Le mot rythme, il est vrai, peut prêter à discussion; c'est une expression suffisamment vague, pour signifier tantôt une chose, tantôt une autre, en un mot, pour permettre à chacun de s'en servir pour le besoin de sa cause. Pour nous, quand nous disons que la musique byzantine était essentiellement rythmique, nous entendons parler du rythme tonique, c'est-à-dire basé sur l'accent.
Et si l'on nous demande sur quoi nous nous fondons pour incliner plutôt vers la non-existence du chronos dans la mu-
(1) Boui'gault-Diicoudray, Études sur la mus.eccl. grecque.
QUELQUES MANUSCRITS DE MUSIQUE BYZANTINE. 5
sique byzantine, nous répondrons qu'outre les raisons déjà données, nous nous appuyons encore sur les signes de chiro- noniie. En elïet, ces signes qui n'ont aucune valeur tonique, sont destinés à marquer les différentes expressions particulières à chaque neume. Et comme nous en avertit le Hiéromoinc Gabriel dans un des traités du manuscrit 332 de Jérusalem (811 du Métochion-Phanar), « chacun de ces signes tire son nom de sa propre énergie ». C'est-à-dire que pour savoir ce qu'il produit dans la mélodie, il suffit de recourir à sa signi- fication. Or, il est certains neumes qui semblent bien exclure tout temps régulier. Ce rythme des neumes était indiqué, comme nous l'enseigne encore Gabriel, par le doiiiesticos : « En voyant tous la main du domesticos, nous caantons avec en- semble, c'est pour cela que la chironomie est très utile, » t.ç>V-> "^(xp xv)V Toû oo,y.£crTizou X^^P^ axavTcç aTCo8X=TCov7îç a-j[X90)vsu;j.£V; y.7.1 Stà xauTa yp'qtjiifM'àxr^ èai'tv rnxXv ■'(] '/zipovc[JÂx.
Outre cela, comme nous l'avons déjà dit, certains signes marquent un retard; mais nulle part nous ne trouvons indiquée la valeur de ce retard. Par exemple, au sujet des oûs à-6cr-pc^:i,
on lit dans un traité : « oî es oùo à-ba-pcooi, el 7.21 [xis. 6-ia":ac7',ç k-(évzxo, àXX ïyonai vrxl cpojvr,v 7.:zc àpYî'':zv, y.y). yzipovz\uœ) . — Du même pour la onCkf^. « Kal -Jj oi-'kt^ r.yXv/ où -:y;v àp'(v.xv èYÉVcTC 7:a-J]v oà ^wvrjv gjz, è''/£i, cûo y^P i^îisti G'jrq^([j.ivoi'. è'AaSov ocp^^iixv, y.xI TYjv àpYîiav à-coXsffav ty]V -lirrjv xal xy;v o'Jva[xtv ». Il serait facile
de multiplier les citations, et toujours on trouverait ce terme àpyziy., sans plus de précision; On embrasse donc volontiers l'opinion de Villoteau, qui d'ailleurs écrivait avant la réforme, à savoir que les signes, marquant retard ou accélération, non pas dans la mesure, mais sur une note, avaient une valeur indéterminée. Ce qui permettait, à l'aide de la chironomie, de donner au chant une expression autrement belle que celle qu'eût produit le martellement du chronos.
La question n'est pas tranchée; nous n'avons pas cette pré- tention. Nous avons simplement montré qu'il n'y avait jusqu'ici, aucune donnée positive permettant de conclure à l'existence du chronos dans la musique byzantine. Que si de nouvelles découvertes nous apportent le document désiré, nous ne ferons aucune difficulté pour changer notre opinion.
Disons un simple mot de la question de notation : « Le chant
6 R-EVUE DE l'orient CHRÉTIEN.
grec, a-t-on écrit, n'a rien à perdre à être transcrit suivant
notre notation moderne L'unité de notation facilitant aux
artistes de tous pays l'accès des différents genres de musique, serait, pour l'art musical lui-même, le principe de nouveaux et utiles progrès (1). »
Nous sommes loin de méconnaître les difficultés réelles de la notation actuelle; nous ne pensons pas cependant que l'on puisse la remplacer par notre système de portée.
Outre l'inconvénient de n'être pas accessible aux musiciens de tous les pays, la difficulté principale est peut-être celle-ci : un même signe peut indifféremment représenter une note quel- conque de l'échelle ; tantôt un ré, tantôt un soi ou un la, etc. Avec notre notation, la difficulté disparaît assurément; mais aussi, surgissent des inconvénients, selon nous beaucoup plus graves, et dès maintenant, nous disons que si l'on veut conserver au chant grec son véritable caractère, il faut, avant tout, lui con- server sa notation. En effet, on sait que plusieurs signes ont à la fois une valeur tonique et un caractère distinct comme signes de modulation de la voix. Or, ces modulations, tout cet ensem- ble de coups de gosier que l'on peut appeler la glose en psal- tique, tout cela disparaît. Quel mal dira-t-on? Le mal, nous le savons, sera plutôt un bien pour nous, qui sommes si étrangers au génie musical des Orientaux, et qui nous accoutumons si difficilement à ces ritournelles nasillardes si pleines de charme pour eux! Mais ici, question de goût, et ce n'est pas à nous à nous imposer.
Passe encore, si nos gamines européennes étaient identiques aux gammes grecques; ce que nous appelions ci-dessus la glose, pourrait à la rigueur être suppléé par une quantité pro- digieuse de notes d'agrément. Ajoutons toutefois, que ces notes d'agrément ne rendront jamais parfaitement le laisser aller produit par ces enjolivures si naturelles.
Mais comment rendre exactement sur notre portée soit le deuxième authentique, soit son plagal le sixième? Il suffit d'avoir essayé pour être convaincu de la difficulté, ou plus exactement, de l'impossibilité. Oui, il y a certains intervalles impossibles à rendre. Soit par exemple, dans le deuxième
(1) Thibaut, Les nulaliuns byzantines, mars, 1901.
QUELQUKS MANUSCRITS DK MUSIQI.K HY/.AXTINi:. 7
authentique, rintervalle v.z-Zo). Ce n'est pas un ton, mais un Ion ' forcé; or pour rendre ce ton forcé, on a trouvé le moyen, assez ingénieux assurément, de mettre le signe f devant la note. Très bien; mais un Européen qui chantera cette note forcée, la for- cera tellement, qu'il vous servira, ni plus ni moins, un ton et demi. Or, l'intervalle est dénaturé, ce n'est i»lus du second ton.
Voilà, selon nous, un des inconvénients (il y en a d'autres) qu'offrirait aux Européens, qui voudraient s'occuper de musique grecque, cette notation sur portée. D'ailleurs, qu'on nous per- mette cette remarque : Si un Européen veut étudier la musique orientale, il ne le fera utilement qu'en Orient. A ce compte, il aura vite fait d'apprendre la notation telle qu'elle est, il aura de plus ce que nous jugeons indispensable : Véducalion de l'oreille. Si au contraire, il ne veut s'en occuper qu'en passant, ou, comme on dit, s'il veut en avoir une simple idée, alors, qu'il se contente des essais de traduction qu'on a faits de quel- ques morceaux grecs, arabes, etc.. Mais alors, qu'il se per- suade qu'en eflét, il n'en a qu'une idée. Le morceau qu'on lui présente ainsi, n'est, si l'on veut, que l'ossature d'un morceau; c'est un tableau sans les ombres.
Nous ne pensons pas être contredit, du moins par ceux qui, en Orient, s'occupent de musique. Qu'ils se souviennent des difficultés de leurs débuts, et du temps qu'il leur a fallu pour entendre avec plaisir ce qu'au principe, ils qualifiaient peut- être de faux, ou au moins, de très drôle. Ces préventions ne sont tombées, qu'après ce que nous nommions plus haut, l'é- ducation de l'oreille. Donc, pour en revenir à notre notation, et à cause de ce qui vient d'être dit, ce serait en somme ren- dre un mauvais service aux musiciens de tous les pays, que de leur présenter la musique grecque sur une portée. Quant aux Grecs, nous ne pensons pas qu'ils en éprouvent le moindre désir.
Un exemple pour finir. Supposons qu'on ait à traduire trois ou quatre àxicj-potpoi consécutifs portant y.Xâaij.a (notons que c'est un des groupements les plus traduisibles), nous écrirons ainsi :
îi
01 .K\) • ùi
8 REVUE DE l'orient CHRKITIEX.
C'est là, à notre avis, et de Tavis d'un maître en musique grecque (1), l'interprétation la plus proche de la réalité; et cependant, il faut bien l'avouer, ce n'est pas l'effet réel. Chanté avec Tcxactitude que demande notre notation, ce groupement ne serait certainemont pas admis par nos Grecs.
II serait facile de multiplier les exemples. Nous nous arrê- tons là, en faisant toutefois une dernière remarque : c'est que les Russes n'ont admis la portée, que parce que leur chant est essentiellement diatonique à l'heure actuelle, et a pris com- plètement le caractère européen, même quant à l'harmonie.
Suite du 1" traité (Ms. 332. Jérusalem). 'Ep(ÔT. T{ ïg-i v/cç ; 7:apà TroXÀcov, */^yc'jv r, £/,/.po'Js;j.évrj, •/,y.l vuawxoO ipY^vou r.zp\ tou
Ofôpxy.sç '/.7.1 TtOV p'-VWV.
EpwT. Kal 7:i(7a do-q xwv r()^(i)v C^?) ;
W.-by.p. OxTà), TjYOUV zpwTcç, os'JXcpiç, -piTor, -i-xp-zq, y.al zi kz aùxwv 'Khiyizi.
Epii)-. Tî IcTTi y£'.pcvc|j,{a ;
'xV-6y.p. Xzipzvz[jJ.x kij-l vi;j.c^ -apaccoo;/sv:ç twv ôc^[uùv TraXipwv, Tou 5' «Yicj Kc7[j.x -si -cr^TOîj, y.a'. tcj aYiou Itoàvvou toîj oaixaay.r^- voD' r,vr'/.a y^? k'^ipyt'x'. r, ocovy; tcj [j.i'kz'j-zq 'bi'hKziv -i, zapau- TÎy.a /,y.l r, y£'.p:vc;j.{a, w^ ïva -apaoîr/.vj-/; r, ysipovoixia xb [/.éXoç* 'Kh^t-y.i zï y.y). aAMoç, ysip t:j ('ôy.iu to i^ov, Btà ~o èxvsXsTaOai "V' yî'~pa Î7CV TCJ (ôj^.c'j s'.; 7Y;;;,ic',a ;j.£piy.â' ypîr, zk Y'-^'^^ijXstv (3), ';■:'. ; -p(oTc; V/-^?- ^'jxto hi^'t-xi -pwT^ç, où xb -ptoosûsiv. r,TOi xpyz'./ TO)v à'AAojv r,yM'^- Tb os ;vo;j.a tojt;u \i^^'e-y.i zltôptor, tcjx'
(]) Nous voulons nommer le R. P. Couturier, professeur de liturgie et de chant au séminaire grec de Sainte-Anne à Jérusalem. Nous sommes heureux de lui témoigner ici toute notre reconnaissance, poui' les services qu'il nous rend au cours de nos études.
(■2) La définition précédente du mot Ion (-^/o;) ne saurait convenir ici. Il est clair, en ellét, que précédemment l'auteur parle de ton. dans le sens de voix (çwvri). Jlaintenant, au contraire, il va parler des ri^oi, c'est-à-dire des huit modes.
(3) Ce ypr, oï yivwffXEiv devrait logiquement l'aire suite à la réponse précé- dente, et ne pas être rangé sous la rubi'ique ■< x£'povo(iîa ». Ce manque d'ordre, si l'on n'j' était habitué, tendrait à prouver que nous sommes en présence de plusieurs traités dont les morceaux sont mal cousus.
QUELQUES MANUSCRITS DE MUSIQUE BYZANTINE. 9
ia~\ è/. Twv oojptéwV Aojptîî; yàp XsYovxai o'. Mov£[j.5a(jtwxat, où
Tvîi-o YOJV /viY^"^^ oo)pioç' y.ai kv. toD toicjtcj Tzvsûixaxcç sûpsô-r] s UTCiGtôp',!?, f^T^t S u'.bç TOU TUpwTCU, tout" saTiv 5 TïXâY'.s;. Kaf, £•/. -:•?;; Auoaç s Xûouç;, TiYO'JV 6 $E'jT£po;' Austa yàp ASY^xat X(ov NîCv,a7Tpo)V ô T2-SÇ, o; ôvc[Ji,â^îTai /.ai l^-r/pi xou viiv, -•?;; xVucta; 6 7.a[/T:;-;* y.aî. è; ajTOu o UTroAÙoioç, v/'^'-''' = -Xà^^icq. Kai è/. r^; <I>p'JY''5;ç, ti)piHr, b ^pù^ioq, Vi'C'JV 6 xpiTSç. 'I>puY''a Y^? Asy^"»^ ^ x-^ç Aacor/.ciaç t6t:3;" où xouTO -(ou'i \é-[Z^.M cppÛY^oç, wç £•/. ■:f,q ^l'pu-^^iaq' 7,a\ s; aùxoD c ÛTïscpp'JY^^?) f/Y^uv o TxXaYioç tou ipixcu' tsjt' èaxlv o ^ap'j^. Kal èy, T^ç MiX'/iToa 6 \).CK-qGioq' rfp'JV 6 TxXaYtoç toD TStapTOu (1) £7. Twv TotoÙTwv Y^P "^^^^^'^ £Ûp£Orj(jav xà ij.fkTt x(ov r,yMy. Olov IXeyov cî owpi£îç xà [J!,£Xy; xoD a' 'O/ou, o'. Auoioi xûîj aucicj, ci <I»pÛYiot xoîj (jppuYiou, 7.(xl 0'. [j,iÀr|Xioi xou MiX-/)xiou. 'EXOcov oè nxoA£[j,aïo; 6 l^ajiAEÙ; xat 0 [j.ouffixcç àXXà y.ai ipaviirôelç, -îrpoaÉOrjy.E y,axà xoùç xÔtcouç xar, xà ov6[J-axa xauxa xwv y^/wv (2). 'Ep(î)x. Kai 7:6701 'fiyoi;
(1) Nous ne serions pas éloigné de penser qu'il y a ici faute de copiste, car dans le texte il n'est pas parlé du quatrième authentique, et l'auteur nous donne le milésien comme plagal, ce qui semble une anomalie, les plagaux étant tous précédés du préfixe \jko. D'ailleurs Villoteau corrige cette lacune en disant : « Le Milésien est venu de Milet; de celui-ci s'est formé l'hypomilésien ».
Autre difficulté. Pourquoi ce quatrième mode s'appelle-t-il milésien? « Kat iv. xrj; MiXt^tou ô (itXriaioç >•■, répond notre traité. Milet, on le sait, fut, bien avani Athènes, le foyer le plus brillant de là civilisation hellénique; rien ne s'oppose donc à ce que la grande ville ait tenu à honneur d'avoir un système musical à elle, comme la Phrygie, la Lydie, etc., ses voisines. On serait presque forcé de se rendre à cette hypothèse, si dans quelques autres traités on trouvait men- tionné ce ton milésien. Malheureusement, le seul passage cité, fait mention de cette dénomination. C'est un témoignage trop seul, pour entraîner une complète adhésion.
Villoteau veut voir dans le mot milésien une corruption de mixolydien. « Au lieu de mixolydien, dit-il, on aura pu prononcer d'abord, par syncope, milydien; et comme les Grecs modernes adoucissent beaucoup la prononciation de leur ô, on aura dit, sans doute, milysien; de là le ton milésien et son origine supposée de Milet. » L'explication peut s'admettre; ce qui est certain, nous le répétons, c'est qu'on ne trouve nulle part ailleurs ce ton milésien. — Le ms. 11389,91 de la bibliothèque royale de Bruxelles, cité par Dom Gaïsser, donne les modes comme il suit : ô TrpwTo; ),£Y£Tai ôwpio;, ô Sôûispo; X-jôtoç, ô tptTo; çp-jyto:, ô TÉTapToç (ai^oaû- cioç, ô irXây'O'î * ÛTroSupio:, ô irXàyio; [i ' ùttoX-jôioç, 6 :t),àYto; y' "/îyo'J^ à ^apù; Oifo^pv;- yioç xai 6 Tt^âytoi; S ' ÛTro|xt?OAiJSio;.
D'ailleurs notre traité nous parlera plus loin, lui aussi, du mixolydien.
(2) L'auteur ne confondrait-il pas ici Ptoléniée Aulètes (80-52) avec Claude Pto- lémée (u^ siècle apr. J.-C.)? Voici d'après ce dernier les dénominations des tons : Dorien, Hypolydien, Hypophrygien, Hypodorien, Mixolydien, Lydien, Phrygien (Clément, Uisl. de la mus., p. 170).
10 REVUE DE l'orient CHRÉTIEN.
Xzbv.p. 'H)^c( zIgi v.'jpÎM^ -iarjy.pzz y.y.l Tiîjapîç -'hx^iizi' 7.7.1 oùz à-rj'/Tjij.a^a (1) , -q-ci çpOipai, xb vsvavo) /.al -o vavvi' o'. tcicjtci 'r,'/^i 'hcn'iXzv'.OLi î'.ç xbv àYiO':roXiT'/)v Trcpia-aô-uspcv (2).
'Epon. nio-;i v/oi 'bi'ù.zv'y.'. tl: -Iv âYi^TrsAiTr^v, /.ai -i 'i.i'it-y.'. àyior.o'/J.vr,q (3) ;
'A-ixp. II^oi ;j-Èv 'liXXcvTa', oxid'»' Cf^'.OTZo'/.ivr,: o ÏTUiJ.z'/.c^'ii-y.i. cià -b Tiov àvtwv p.apTÛpojv, S7(tov T£ y.a'i t(ov 'AOf::())v -EptÉysiv -;"/,i- Tciav, -i^ où TO èv t'^ aYÎa tïÔAîi à-b t(ov «Yicov TiaTÉptov tôv Tioir^- TO)v, Tsy 03 aYiou 'Iwâvvou toj oajj.aay.rjvoj, v.al STÉpojv ttoaXwv ^y^ov s'/.TîOîTvai.
EpcoT. riocrct •^)^oi y.jpioi;
'ATcoy.p. Téatjapsç" -ponoç, osJTcpoç, xp'lTCç, iftapTOç. 'A7:b oè à-oppo'^ç To)v Tsuffaptov toij-o)v iy-''^''''^^ ^'- '-'fîpof, TÉaaapsç ziXâYioi, y.xl (oijTïîp àzb TO)v Tî(jjâp(.)v tojv Tïpco-oxj-ojv £Yîvvr,0rj7av o'. tî'a- capîç zX^Yioi, Tov ajTOv or, -poTïCv, xa; à^b twv Tîaaâpojv T:XaY''wv £Y-VVYj6*^aav oî Tsaaapsç [xe^ci, (ôaaijxtoç /.at à^b twv iscj^âpcov p.suojv èYsvvrjOvjaav oct Teaaapsç «fOopal, y.al àvî6i6a<70-/)!jav -^^joi iç ' outoi
(1) Villoloaii fait dcM'iver ce mot du verbe èTnxEuw, je verse sur. Dans le ma- nuscrit qu'il avait entre les mains, on lisait, parait-il, kmyyit.'xxaL. Le mot n'existe pas; il est avantageusement remplacé par à7riîx''l[Jiaj écho.
Ci) Il faut entendre ici par HagiupoUle,\o chant ecclésiasti(iue, par opposition •au chant mondain, àTtAa. Ce dernier comprend 14 ou 15 tons (on ne s'entend pas sur le nombre), alors (lue le chant d'église n'en a que 8.
Dans son Hymnographie de V Église grecque (Rome, 18(57, p. 61) le cardinal Pitra fait naître ràYioTto).ÎTyi; entre le xr^ et le xiu" siècle. « En même temps que le typicon de Jérusalem, un système musical qui porte le même nom (c'est-à- dire Hagiopolite), arrive jusqu'au mont Athos. » Ailleurs, dans les Analecla sacra, I, p. lxix, l'éminent cardinal insinue la même chose. « Vereor ut apud Graecos et gravior et frequentior sit melodiarum tumultus. Vereor ut in priscis quoque eorum codicihus sœc. X et XI (vix enim prœler leclionaria raro apice nulala anliquiores sunt) occurrant alla hieroglyphica tironiana, quœ lyn- ceis ociilis impervia sint. Vereor ut velustis 'mclodiis maie perceperint scolx musicœ sseculi XIII, quorum (ji.£)oupYot jam se mulla novasse glorianlur, qui ausi sunt. ut aiunt, Cosmam et Damascenum et priscos pulchiores efficere (£)ca),>w- 7t(ff0yi Ttoî-ojJ-a TtaXaiov x t. i.), ut alibi fusius exposai. >• Remarquons d'abord qu'il ne i^eut être question d'un système absolument nouveau, car les 8 tons de rilagiopolite existaient dès longtemps. Ensuite, on a voulu voir dans ce « nou- veau système musical » une corruption de l'ancien; corruption due à l'influence de la tonalité arabe. Pour nous, nous préférons voir dans les paroles du Cardi- nal, une allusion à la réforme, ou mieux, aux nombreuses additions de Kou- kouzélès qui vivait au mont Athos vers le xn° siècle. Rien n'empêche en effet qu'un disciple du mélode ait apporté ses théories à Jérusalem.
(3) Certains traités ajoutent ici,: xal ti È(tti ^x°'> — L'auteur a supprimé cette question à laquelle il a répondu plus haut.
QUELQUES MANUSCRITS DE .MUSIQUE BYZANTINE. 11
ouv y. iq' ihà'k'hcvxoLi zlç 'b Oia\j.x Y.y.l z'r/l i\q tbv â^iiz-Kz^irr^v.
Epo')T. riwç à'px'f/ iv TO) [JÂKtvf fj£ 'biX'kziv r^ oioâ^at. ti ;
'Azôy.p. Mt-'oi hr,'/rt'iJ.ix-oz.
'Ko('i)z. Tr' ècTTiv vrr^'/riiJ.x',
Xr.ôy.p. 'ErqyriiJ.i ÈaT'-v y; toj V/;'j i7:i5cA-r;, ol^v àvTt toJ '/.i^'iv/, à'vx vè à'vîç, r,Y;'jv av:zç 3cv£ç(l).
'Epo'jT. 0 osuTîpo; TCwç sv^yiLî-ai;
'A^^ôxp. Ne i'vsç.
Ep(i')T. Tl SŒTl vè àvîçj,
'A7î6/,p. "Hyouv K'jpr.; açsç.
EpwT. 0 §£ -piTOç tim; vrr,yi'C,ZTy.i',
ÀTT^xp. Navvi, r,YOUv T^apT/Xr,it ajYy^ojprjaov.
'Ep(.')T. '0 TÉrapTO? TCO)Ç £V/]yiC-'^3'-'' )'
A';ri/,p. "Ayia, r,Y;uv Ta 7.sp2'j5t;j., xal Ta aspas'i;;-, tsjt" kaxh r, «YU Tpià; -r) 7:ap" aÙTWv !jp.vou[j.£vr/ /.al 3oçaÇo[j.£VY], à'vsç, acp£ç, G\jyyMpr,(30'i xà[j.ci, TCîi oo^âi^siv y.ai ' àv'j[;-v£Ïv ij[xvov àç',iyp£Ci)v, ty;v aï;v àota''p£TOv ©siTYjTa.
'Ep(.')T. nitra 7:v£'J[j,aTa, y.al oià ti Xiyovzai 7CV£J;xaTa;
ATîi/.p. Atà Tb çwvà^ à7iOT£X£Tv. Xtopi^ oè y.a'- cT£po)v Tovtov ;xr,
<jUVt(7TâiJ,£Va.
"Epo)T. Tl âsTi 90)vr, ;
'Att6/.p. 'Ï>ojvy) A£Y£Tat ctà to çwç sîvai voo; (vcOç), a y^P ^ ^^^^ vc£t, Taî)Ta •/; ©(ovï) ô'.ç «poiç è^XY^^" '^ ^'-^ '^ô èv xaîç ço)vaï;; 'Z-'-'' TO thaC obyrq yV 3:-iT£X£(7[j,a toj èv r^ixïv T£GYja-aupia[J,£VO'j 'iuv£tj[;.a- Toç otâ Tivoç àpT'^pia^ '::pca-0£0[;,svcv.
'Ep(.')T. T{ èaTi -jra-aor.y.r^ ;
'ATîoy.p. M;u(7',xY] T£'/vr,. Ep(t')T. IIo);; £7:svo;xâLCVTai o'. v/ci;
'ATlixp. llpCOTO.;, Sî'JTcpOÇ, TpÎTÎÇ, T£TapTSC, Y.y). Z\ Ï\\Z' O'jy. V.'3\
y.'jpû.)ç 5vo[;,d£T(iiv sxtÔ) "(/'/(ov, to y^P sI'kSÎv, a, (3, y, 5, |jaS[/c( £'.jt, y.al O'jyi 2vii;-aTa' £Ï7:o) aci f,YO'JV 5 -JTpwTCi; ocopic^, 6 0£'jT£poç Xûcicç, 6 tp'Ito? çpÛYio^, 0 Téxapto^ [j.uoAijîtoç, ô TrXaYt^ç toî) •ÂiptoTiu û-octopi:;;, 5 TCAaYts? tou o£'JT£pcu Û7:oA'jO'-2ç, 6 TiXaYioç toj TpÎTCu,
(1) Ces îvyiyiô(i.aTa ont rloiiin^ liou déjà à bion des discussions. Pour nous, il nous semble i^ue c'est remonter un peu loin, que d'en rechercher l'origine jusque dans rassyrioIogie..Les efforts qu'on a faits pour les expliquer, sont assurément très sérieux, mais, il faut l'avouer, jusqu'ici sans résultat ; aussi, jusqu'à preuve nouvelle, on peut continuer à y voir de simples syllabes de vocalise diversifiées selon les tons. ■< 'Evr.yvjjj. à èanv f, toO •/î/oy èjitêoXr). »
12 REVUE DE l'orient CHRÉTIEN.
Tf^OM^/ b ^xpbq, \)-KO'fpù\'io:. '/S.'. 5 iCtA^[\.zz, toj -t-.xp-y^ 'J-cija^caûoioç* Tau-â cîo-i xà y.jpia ivs[j-3:-a twv ôy.xo) v/ojv, y.al à/.p'.6îA:Yr(;j,£va
'A7:iy.p. Asy.a-ÉVTS.
'Epcox. llc(jx TTVî'jiJ.aTa;
'Airôxp. TsGffapa. Ep(.')T. Ilcffa Tji/iTiva;
'A7:i>:p. név-s.
'EpwT. Ti iîTt. -ivoi, y.a'. ti Y);j,{':sva, y.al tî -vs^ixaTa;
'A-iy.p. Tivo'. [j.£v ûrjV) C'j-ci(l), to ïaov, to cai'ycv, •/; i;£ta, y; ZExaa-TY), TÔ à::i3sp[Aa (5), 5 àzôîTpOiyGç, r; jiapsïa, xb àvxr,y.£V(i)[xa, xb y.pax'/;[j,a, y; Bi-a-^ (3), xb àvâ7xa;j.a, xb 7î(aa[j.a, xb /.axâ5a7[j-a, xb xpiTTAbv rjXOt xb a£f!7[J.a y.al xb 7:apay.â"A£-;j.a" xà oà è'x£pa, cicv xb çr,'ff,7xbv, wç ^^y;9t(jxcy.axâ5a(j[Ji.a, ày.axpe-xbv, [^-sAr^ s'icrt, y.ai ojyî. xivoi. 'Htj.ixcva (4) ce î'.ff'- xauxa, xb èXaœpbv, xb y.Xaap-a, xb y.côçpiJ[J.a, y; 7:apay.XY]xiy."J;, xb ^•''•/jcpiaxoy.axaôaafAa, xb è^axpsxxoy.axdcSaafxa" Aeyovxai 03 y.a'. [j.iX-/;. IlvîûîJ.axa oi v.zi xajxa, xb û'VfjXbv, xb -/aiJ.TjAbv, xb sAacppbv, xb àTcbospiJ.a, xb y.£vx"/;[j.a. ('::£pl 7:v£'j;j.axwv) 7:v£Ù[j,axa cà \b'^zv-oi\^ Zib-i çwvàc à7:;x£A:jï'., /jwpW °- ^-^ci k'.ipiù-^f xbvojv [;,r, 3"jvijxa[j.£va, y.aî yàp )(ojpî; à-c^xpiçcu cj jjvtaxaxai xb yy.^.rj.i^i^ C'joè auvx(0£xa'.. IIàX'.v '/toplç ôXi'yo'j r^ c^£i'a^ r^ 7:i~(XQ-riq c'jc£[j,iav £'jpo[j.£V ùdir^Ar^v, b[j.o(wç TraXiv cvx;; x:îj à-co-xpiçcu ex/ £'jpcjj.£V iXaçipbv, r^ ya[j.'/;Abv, £'.C£ y.al £Jps;j.£/ xgjxiv, 6£y,xbv r,YCÛ[j.£Oa ctvat, xb y.£vxr,;j.a, y.al '/wp'.ç âxspwv xivwv cj 7'Jvi7Taxa'., çwvàç ;a£v à-o-
(1) Il est clair qu'il y a ici confusion. — Confusion qui vient, connue le re- marque Villoteau, de ce que les Grecs n'ont pas idée de la méthode. Do là, ex- plications vagues ou fausses qu'ils donnent souvent! — La plupart des signes appartiennent à la chironomie et sont par conséquent muets.
(•2) L'apodorma ne saurait être rangé parmi les <j7i{j.âota Ifjiïw-a tels que à),iYov, TiETaoT/i, etc., ni même, comme on le trouve dans un autre traité, parmi les es- prits; c'est un pur signe rythmique, équivalant à 5t7t),ri ou à xpâxYKJia.
(3) Le xpàr/ijxa et la ôiTrXfj ne diffèrent (jue par la chironomie; l'un et l'autre marquent le relard.
(4) Il ne serait pas exact de donner au mot T|(jLÎTova le sons de deaii-ton, mais bien de demi-voix. Nous avons vu, en effet, que le mot xévoç est pris souvent dans le sens de (pwvii, voix. Et cette acception, dans le cas présent, se conçoit aisément, étant donné que la mélodie grecque est essentiellement basée sur l'accent. Or, ces divers Yii^tTova se rencontrent précisément sur les syllabes brè\es, s'il s'agit de signes toniques comme xoOçiafxa et iXa?p6v, ou dans les passages qui ont une chironomie indiquant l'abaissement de la voix, comme t]>ï)çi(TToxaT(ji- êadfjia, etc.
QUELQUES MANUSCRITS DE MUSIQUE BYZANTINE. 13
TsXst, [j.ôvov oà CL) (TUvfoTa-:ai(l). Ta âè sxspa rfj'O'Jv otà ::vsu[j.xt(.)v, a xat slat xaDta, to ;j.èv yàp û'^^TjXbv ïyzi ©wvàc; (2) xéffaapaç, tc> [j.èv y.ÉVTY;;j.a ey^si çxovxç àvicjjaç oùo. c;j-oio); xat xo èXâçpbv y.ai ib )^at;//;Xov, to ;j,£v ^ip ya;j.r]Xbv lysi stç èXà-Ttoaiv owva-; -sj^apaç, Tb ce èXacppbv stç èXaTtoiuiv çojvàç ojo* è[j-Ciojç oè y.al cl etspci tovoi (3), cTcv TO y.pâTY;;j,a, i^ BittX^, to ^-^povAAàaixa, ib àvjc-p{yia[m, ib Tziy.Gim, y.aî xà STspx oo-a staî xotaijTa, toç 7:ps£cpr,|j,£v, Xé^fz^xai gùvOcTOi tsvci, ffûvOîTOt oè Xs'YOVTai, oià tb auviGTao-Oai otà oùo xai xpiôv tÔvojv (4), r,Y0uv •/] o'-X^, Bià cûo ôçsiwv, ib èXaopbv, xb -(aa[j.a, oià 5uo pa- pîiwv, Tb àvâa-:a;/a oià oittay;?, y.ai TîSTacTvjç, v.al '.ooit Xo'.Trbv w- £ç-/;;j.£v 07a sîcjr, , TC.auTa, (jôvOsto', tovoi À£Y0V-ai(5). Kai tocù l'iJ.aOsç, (I) ày.poaTa, -zi ia-:'. tivot y.a'i ti -rjiJ.i-rova, y.ai t'. TTVSÛy-aTa y.ai oia xoiov Tpô'ïrov Xi'YSxa'. xb y.aOsv. Tôacr, y,a'. xôos y-at èy. twv Ttpo- XsyôÉvxwv ctai Tps^s Tovot, riY^'-*'^ "^'^ oaiy^v, r, o^sfa, y.ai ■/] K^xac-c-J;, à'xiva xai statv îaoçcova (6)' xb oè bcv ©wvJjv eux 'éyj.i, àXX' saxr. xwv •:iâvxojv xaTrsivcuiJ.îVcV otïou sùpsOYj xb îasv, y.avxs eiq o^stav <j?a)VY;ç, y.avxc elq yoi.\).r^\bvrt-j., ày.îî oéyz-a'. xy;v çiovyjv, xwv oè xso- (japtov xivwv xwv cpojvoûvxwv, f^YOUv Tïsxaax^ç, c>a'YOU, o^siaç, y.a'. à'ïrojxpoçpou, xal xwv xstJtrâpwv Travxwv ■jrpoX£y6£vxo)v, r^Ycuv xoj >lir/jiiaxou , xou yay//)ÀO!j, xoj y.svxTjp.axoç, xai xcj àXaç'poj, oia-cpw;j,£v, ~z\jq ôy.xw iv xoîç èxèpoiç xovo'.ç, è;j-ç(ovou^ aùxcù;; aTCOOî'.xvjovxE^ y.a'.
(1) Il eût été plus simple et plus clair de résumer tout ce qui précède en cette simple phrase : Les signes de la catégorie des esprits ne se rencontrent jamais seuls, mais sont toujours joints à un des signes de la catégorie des corps.
(2) Le mot qpwv^ a ici évidemment le sens d'intervalle ou degré. Nous avons dit ailleurs pourquoi le mot ton ne serait pas exact.
(o) Tout ceci ferait naître une réelle confusion, si nous ne savions par d'au- tres traités, et même par quelques passtiges de celui-ci, que le xpâTyifjia, la ùm'/.r,, le îripovxÀaajAa, etc., sont simplement des signes aphones, employés, les uns pour le rythme, les autres pour la chironomie.
(4) Le mot tôvo; prend ici le sens de signe.
(5) Ce passage a trait, non plus à la seule chironomie, mais au.x neumes, ou réunion de pUisieurs signes toniques. Ces groupes reçoivent une dénomination spéciale, telle que : àvâdtafia, àvarpixiffi^a, y^ctiçexi'ju.Ô!;, etc. En étudiant l'exercice chironomique de Koukouzélès, on peut remarquer que certains de ces neumes n'ont aucune chironomie spéciale; le -/aipsxiajxôç est dans ce cas. C'est ce qui a conduit le R.P.Thibaut à diviser les neumes byzantins en deux classes : 1° Ceux qui ont une chironomie spéciale. 2° Ceux qui ont seulement une dénomination spéciale.
(G) Ces trois signes sont appelé isophones, parce (pie chacun d'eux indiqui' que la voix s'élève d'un degré. On peut y joindre les x£vx%aTa, ce que fait d'ail- leurs notre auteur dans la première partie du traité « îffoçwvst tô o),iYov, rj oÇsîa, ■^1 mxoLavri, v.oi là. Suo xîVTT^iAaia ».
14 REVUE DE l'orient CHRETIEN.
evçpvoDvTaç' "/ojpiç y^P ~2'Jt(i)v r.hny. à7.iVY;Ta y.y.1 àvzvépyqxà staiv, Cl Y^p 'V' ^^yy^C* "^V' -x-aor/.'Jjv à7:i.7Tâ;xîvi', ày.piêwç, cïBaai y.at ty;v IvepYsiav tcutwv. Téojç oùv [j.'.y.pbv ozs;o);XiV ti [j.sp'//,w;;. •ttwç oçpsi- A0'J7iv IvspYïïv 0'. Tîvci ;x;-:3: twv -veu'j.xtwv sic -àç àvappoi; y.al t"^^ 0-;ppoY;^, y.x9(oc /.a', 6 ép'x-^vs'j-/;^ ajTà; à/.piSwç èoioaSî -sp'; tîov IvaAAaYwv twv f^yj.<y>. à'va vè â'vcç, à-âvw Bè toD a°" v/-'J? -'■ -t'^î'/Î^Ti? [j.iav ç-ojvjjv, ^[bn-3.\ ^. c'jtw oà , ava v£ avs; vs avsç, 5[x:»o; ■;:âX'.v àvwôsv TOJ i3°"' oîliTOj; rf/ou, £'. à^'/;-/iJY;; ;j,tav cpo)vr;v, -(v/z-xi y"^ C'jto) ce, àvE; àv£ avsç aYia' c;j.c{a)ç à'vcoOsv tcj A"" r,x-'-' ^'^^XOs ;j.{av ço)v/;v Y^'''-''3ci a°^
"EptoT. Iltoç es' 'fVitTy.1 oCt. -0 àva6i6à^civ iwç tcj TîTapTCU V/c'j ;
'A-iy.p. KaOo)ç i -cv^^a-; tcjç V/^'J? Ts'o'japa^, -ia^xpo^z V/^"'' lo£(7;j-£U3-ôv, f(YC'Jv TÉo-o-apa; scovàç, cjtwç oà l'vi 5 d"^ '^X^?? àYtit-
Bien que le traité continue encore pendant quelques pages, nous le terminons ici, à cause des difficultés graphiques; tout ce qui reste consistant surtout en exemples. Nous aurons d'ailleurs occasion d'y revenir dans la suite de nos études.
jL'i'iisalein, 10 octobi'O l'.tUt.
J.-B. Rebours,
des Pères Blancs.
HISTOIRE POLITIQUE ET RELIGIEUSE
DE UÂRMÉNIE
{Suiie) (1).
I II. — Ambassade de Grégoire Dgha au pape; sa foi re- connue intègre; prescriptions disciplinaires. — Pendant que les liens incomplètement renoues par Nersès avec les Grecs se relâchaient un peu sous son successeur, les relations avec la papauté, qui crailleurs n'avaient jamais été positivement rom- pues depuis Grégoire III, devenaient plus actives. A partir des Croisades surtout, les Arméniens se sentaient beaucoup plus en communion de sentiments et d'idées avec les Latins qu'avec les Grecs. Quelques-uns de ces derniers, plus jaloux peut-être de séparer les fdsde Haïg des Francs, que de corriger les tendances schismatiques de leur propre Église, avaient profité de quelques rapprochements passagers entre Byzance et Rome pour repré- senter aux Occidentaux les Arméniens comme des monopliy- sites avérés. Des paroles agressives, on passait facilement aux voies de fait. Vartan le Grand raconte que, dans trois diocèses 1600 prêtres furent maltraités, parce qu'ils ne voulaient point se conformer à certains usages religieux des Grecs.
Pour détruire l'effet de ces rapports malveillants, autant que pour exprimer ses propres sentiments et ceux d'une grande partie de son Église, Grégoire Dgha, ajoute le contemporain Vartan, « se tourna vers le pape, et, comme le faisaient les an- ciens, sollicita son secours et sa bénédiction ». Il envoya Gré- goire, évêque dePhilippopolis vers, Lucius III. Le messager rejoi- gnit le pape à Vérone (II84); il était porteur d'une lettre qui expliquait le but et l'objet de l'ambassade : Le catiiolicos pro-
(1) Voy. vol. VII, VMyi, p. 26, 2:7, ôUS; vol. VIII, l'JUiJ, p. 206, 577; vol. IX, 1VJU4, p. 1U7, 212,393,537.
16 REVUE DE l'orient CHRÉTIEN.
testait de sa filiale soumission envers le pontife romain; il priait celui-ci d'intercéder auprès de l'empereur en faveur des Arméniens persécutés, lui démasquait l'injustice de quelques- unes des récriminations des Grecs contre la Foi arménienne et lui demandait enfin un exposé de la discipline de l'Église ro- maine. — La réponse du pape nous a été conservée; elle est pénétrée d'une onction toute paternelle.
Lucius reconnut que la foi du catholicos était intègre; il lui conseilla seulement d'améliorer ce qu'il y avait d'imparfait dans sa liturgie, de mélanger un peu d'eau avec le vin à l'autel, de bénir, à son exemple, les saintes huiles le jeudi saint, et de célébrer la Nativité le 25 décembre.
En signe de sa particulière bienveillance, il fit remettre au catholicos un anneau, le pallium et la mitre qu'il avait lui- même portée (1). (Quatre ans plus tard, cette importante corres- pondance de Lucius était rappelée par Clément III écrivant à Grégoire Dgha et au baron Léon. Les lettres de ce dernier pape sont animées du souffle qui suscita les Croisades; elles respirent aussi une bienveillance vraiment paternelle pour « son bien- aimé fils, l'illustre prince montagnard » et pour le catholicos. Ce surnom de montagnard est celui que donne Clément III au grand politique qui ceindra dix ans plus tard la couronne en Cilicie (2).
§ 12. — Déposition et fin tragique de Grégoire V Qaravêj. — Le catholicat, illustré depuis un siècle par des hommes de grand mérite, déchut un peu sous le successeur de Grégoire
(1) Le pallium est une bande de laine blanche, qui se place sur les épaules et dont les extrémités sont retenues en avant et en arrière par deux plaques de plomb recouvertes de soie noire. La veille de la fête des saints Piei-re et Paul, le pape bénit les palliums, qu'on dépose dans une urne sous le maîti-e-autel, au- dessus de la tombe de saint Pierre. — Grégoire Dgha, par sa science et son zèle pour l'union, était digne de cet honneur. Outre plusieurs lettres sur l'union reli- gieuse, il a laissé une élégie sur la prise de Jérusalem par Saladin. Voir Vartan, cil. xi.ix, dont le récit contient de manifestes exagéi-ations; Sarbanalian, Mémoires, p. 500.
La lettre de Lucius 111 datée du 3 décembi'e 1184 est reproduite par Asgian {Bessarione, septembre-octobi'e 1902, p. I!t0-191): voir aussi Alishan (Léon le Magnifique, pp. 161-1G5); Balgy, 54-55; Tchamitch, 111, 142, où est reproduite la version de la Lettre par Nei'.sès de Lampron. Recours de Grégoire Dgha au pape Lucius d'après Vartan, dans Dulaui'ier, Docurn. armén.. 438.
(2) Alishan, p. 163-165, d'après la Version arménienne de Nersès de Lampron.
HISTOIRE POLITIQUE ET, RELIGIEUSE DE l'aRMÉNIE. 17
Dglia. Grégoire V (1193-1191) était le fils de Vahram, frère de Grégoire IV. Il fut surnommé Manough (jeune homme) à cause de son extrême jeunesse; après sa mort, on l'appela aussi Qa- ravêj (précipité d'un rocher). Il dut, dit-on, ce dernier sur- nom à une tentative imprudente dont il fut la victime. Soit qu'il eût contre lui de justes sujets de plainte, soit qu'il fût circon- venu par les rivaux du Patriarche et un parti de mécontents à la tête desquels était Grégoire Toutévordi, abbé de Sanaliin, le prince Léon fit enfermer Grégoire Manough dans la forteresse de Gobidara, près de Sis, et convoqua les évoques pour le déposer : c'est encore l'un de ces innombrables faits qui mettent en évidence les inconvénients de la mainmise du pouvoir civil sur l'autorité religieuse. A défaut de vices entachant son élec- tion, les évêques, d'après Nersès de Lampron, trouvèrent dans la jeunesse d'âge et de caractère de Grégoire V, un prétexte pour le déposer. Cependant, le jeune captif céda, semble-t-il, aux instances de quelques-uns de ses partisans qui lui conseil- laient de s'échapper. 11 descendit le long des murs de sa prison, au moyen de draps attachés l'un à l'autre; mais les nœuds s'étant défaits, il se brisa la tête sur les rochers.
§ 13. Grégoire VI Abirad et V union religieuse : elle est favorisée par le Roi et surtout par Nersès de Lampron. — Peu de temps après, sur la recommandation du prince Léon, Grégoire VI Abirad (le Méchant) fut élu catholicos (1195-1202). Il était fils de Schahan, frère de Nersès IV Schnorhali et de Grégoire III. Le surnom injurieux d'Abirad lui fut probablement donné par les tenants du schisme; car il imita la conduite con- ciliante de ses illustres oncles. Si l'union religieuse, surtout avec les Latins, devint officiellement plus complète que sous ses devanciers, ce résultat fut dû en partie à ses efforts. Deux autres personnages, il est vrai, y contribuèrent plus encore que lui : ce furent le prince Léon II et l'évêque Nersès de Lampron. Nous connaissons le premier, dont nous avons essayé d'analyser le génie politique et raconté le règne brillant. Le second, tout aussi remarquable par les dons naturels et les qualités acquises, offrait avec Léon un vif contraste qui ^— nous le verrons plus loin — n'était pas à l'avantage du roi. C'était, dans toute l'acception du mot, l'homme de l'Église, dont les principes larges et élevés, inspirés surtout par l'amour du Christ et du
ORIENT CHRÉTIEN. 2
18 • REVUE DE l'orient CHRÉTIEN.
prochain, vinrent se heurter plus d'une fois aux plans du pru- dent politiquo, qui envisageait toute chose du point de vue de l'intérêt temporel de son royaume et de sa dNiiastie.
Nersès de Lampron (Lampronatsi) appartenait à la famille des princes Héthoumiens de Lampron. Il était le second fds d'Oschïn II, seigneur de Lampron et, par sa mère, le neveu de Nersès Schnorhali. Apparenté au catholicos Grégoire VI et au futur roi Léon II, il réunissait toutes les distinctions de la nais- sance, du cœur et de l'esprit.
Il naquit en II53, étudia au couvent de Sguévra sous le doc- teur Jean, puis reçut le sacerdoce des mains du catholicos, son oncle. Celui-ci, à cette occasion, lui donna le nom de Nersès, au lieu du nom de Sempad qu'il avait porté jusque-là. Il l'en- voya ensuite compléter ses études dans un couvent de la Mon- tagne Noire sous la direction du docteur Etienne Diratsou ou Le Clerc. En peu de temps, le jeune prêtre acquit la connaissance du grec, du latin et du syriaque. Ses qualités se révélèrent avec tant d'éclat que Grégoire Dgha, le successeur de Nersès Schnor- hali, le consacra évêque de Tarse, à l'âge de vingt-trois ans. Peu de temps après, les moines de Sguévra le choisissaient pour leur supérieur. C'était, en effet, au témoignage du connétable Sempad, un prélat orné de toutes les perfections et également admiré des Arméniens, des Grecs, des Syriens et des Latins, pour sa science et sa vertu (1). Poète, comme son gracieux homonyme, il composa les hymnes sur le Saint-Esprit que les Arméniens chantent le jour de Pâques, le dimanche in Albis et le jour de l'Ascension. Orateur surtout à la parole véhémente, imagée et nourrie de doctrine, il sera, pour ainsi dire, Fàme du concile de Tarse.
(1) Sempad (ad ann. 646 =: 31 janv. 111I7-30 janv. 11!>8).
Nersès composa à vingt-quatre ans. au monastère de Saglirou, son livre : Ré- flexions sur les InsLitiUions de VÉylise et mystère de la Messe (Venise, 1817) en extraits dans Hist. arm. des crois. (I, 569-578). L'année suivante, il composait un Comment, sur les Ps. et explic. du livide de Salomon et des douze petits prophètes. Ses Lettres et panégj-riques ont été publiés avec les Lettres Dogmatiques de Grégoire Dgha (in-24, Venise, 1838). Dulaurier a publié, loco cit., p. 579-603, sa fameuse lettre à Léon II que nous analj'serons plus loin. On lui attribue aussi la traduction des Dialogues de saint Grégoire le Grand, celle de la Vie de ce pontife et des Vies des Pères du Désert. Mais il est bien douteux que la traduct. armén. du texte latin de la Règle de S. Benoît, et des lettres de Lucius III et de Clé- ment III à Grégoire Dgha soit de Nersès.
HISTOIRE POLITIQUE ET RELIGIEUSE DE l' ARMÉNIE. 19
Tel était, à la fin du douzième siècle, le plus brillant cham- pion de l'union religieuse. Les circonstances voulurent qu'il déployât d'abord son zèle et son éloquence pour sceller l'accord depuis longtemps projeté des Arméniens avec les Grecs. Mais la portée de ses paroles, dépassant de beaucoup la sphère étroite d'une Église particulière, élèvera et dirigera naturellement l'esprit de ses auditeurs vers l'Église catholique et son centre de gravité, qui est la Chaire de Pierre.
§ 14. Concile de Tarse ; Discours de Nersès : unité néces- saire, la formule chalcédoîiienne sur Vlncarnation est con- ciliée avec le latigage des Arméniens les plus éminents. — La mort de Manuel Comnèiie (1180) avait ralenti, sinon arrêté, les négociations de Grégoire Abirad avec le haut clergé grec. Elles furent reprises avec plus d'activité sous son troisième suc- cesseur Isaac II Angeles (1185-1195), qui écrivit une lettre au catholicos arménien (1). Bientôt, l'intelligente politique de Léon II vint donner un nouveau stimulant à ces tentatives de rapprochement. Alexis III Angeles (1195-1203), sachant que le prince arménien sollicitait la couronne des mains du pape Célestin III et de l'empereur Henri IV d'Allemagne, se hâta de les prévenir. Il offrit à Léon une couronne avec un titre dont il ne pouvait le frustrer (119G). Léon, de son côté, favorisa de tout son pouvoir la convocation longtemps différée des évêques grecs et arméniens au concile de Tarse. Avec l'historien armé- nien contemporain déjà cité, nous pensons que ce concile s'ou- vrit le dimanche des Rameaux de l'an 1196, et non l'an 1179, comme on l'a cru communément.
Quoi qu'il en soit de sa date exacte, il marque l'un des der- niers et des plus vigoureux efforts pour renouer les anciens rapports de l'Église arménienne avec l'Église greque. Cet effort est représenté surtout par le grand nom de Nersès de Lampron. 11 fut l'âme du concile, et, s'il se trompa, en cherchant un remède au schisme dans une Église travaillée elle-même de ce mal, il eut, du moins, le singulier mérite de montrer la nécessité de l'unité dans l'Église fondée par le Christ et d'en indiquer les conditions. — S'adressant particulièrement aux
(1) Ed. pr. A. Papadopulos Korameus, MaypoYopSâTsto? P(6^., 'Ave'xSoTa i\\t\\ Constant., 1884, p. 59-63.
20 REVUE DE l'orient CHRÉTIEN.
évêques arméniens, dont plusieurs avaient assisté au synode de Hromgla : « Pères et pasteurs des âmes dispersés dans toute l'Arménie, leur dit-il, vous êtes arrivés avec le Christ versSion, la cité de l'éternel salut; vous voilà à même de réédifier le tem- ple spirituel qui fut fondé sur Pierre (1). » Il félicite en parti- culier le catholicos Grégoire IV et le nouveau Zorobabel (Léon) de s'être mis à l'œuvre; il fait appel à « la charité, fruit de l'Es- prit-Saint » ; il flétrit les principes des partisans obstinés du schisme; il en dénonce les funestes conséquences pour sa re- ligion et sa patrie : « Loin de nous, dit-il, l'envie et les préjugés qui engendrent l'aveuglement d'esprit et la discorde et nous séparent de la communion avec les autres nations chré- tiennes. »
Abordant ensuite les questions en litige, il montre « que re- connaître Jésus-Christ comme Dieu et homme et confesser qu'il existe en lui deux natures, ce sont deux formules équi- valentes, également éloignées du monophysisme et du nesto- rianisme ». « Quant à la fameuse locution : inie nature du Verbe incarnée, ajoute-t-il, elle a été employée par les docteurs ar- méniens, entre autres par le patriarche Jean le Philosophe (Jean Odznetsi?), par Ezr (Ezdras), par Grégoire de Nareg, cet ange revêtu d'un corps mortel, et par Nersès Schnorhali qui nous a formé; mais, par ces termes, ils voulaient exprimer l'étroite vuiion des deux natures en une seule hypostase, et non point faire entendre que l'une de ces natures est anéantie ou confon- due avec l'autre. » 11 maintient d'ailleurs la doctrine de Nersès comme étant à l'abri de tout reprociie : avec cet éminent catho- licos, il admet que les deux natures gardent après l'union leurs différences et leurs propriétés; bref, comme les catholiques, il défend l'union des natures, non la confusion des Eutychiens; et la distinction de ces natures unies, non la séparation des Nestoriens. Il justifie ainsi la foi des Grecs touchant l'Incarna-
(1) Ouor hymnetsa^^■ i wierah Bedrossi {np i^fiifhhifujL f> i/fibptàjj
^Iiuipnu^), Discours synocl. (Venise, 1812), p. 71... I>An%fiQii Considérations surla Hiérarchie ecclésiastique, Nersès do Lampron déclare que l'Église de Rome, bien que la troisième seulement dans l'ordre chronologique des fondations faites l)ar saint Pierre, est la première quant à la puissance, zorouthiamp aradschin q^opnLpbiuifp lun.ujÇfiii . voir Balg}', Le siè(/e de Pierre (en armén.), p. 241; Bessarione, t. III, p. 148.
HISTOIRE POLITIQUE ET RELIGIEUSE DE l'ARMÉNIE. 21
tion et fait observer que les évêques arméniens réunis en synode à Tovin, à Manazgherd, aussi bien que les docteurs Etienne de Siounie, Ananias de Schirag et Paul de Daron ont eu tort de ranger parmi les nestoriens ceux qui ont souscrit aux dé- cisions dogmatiques de Chalcédoine. — 11 conclut enfin que l'union est tellement nécessaire, que, s'il en était besoin, il fau- drait, pour la réaliser, modifier les usages disciplinaires et changer la date fixée pour la célébration des fêtes (1).
§ 15. Suite du concile de Tarse : conditions imposées par les Grecs. — Les représentants de l'Église grecque admirèrent ce sage libéralisme, mais l'imitèrent peu. Ils formulèrent à nouveau les conditions d'union que Théorianos avait déjà pro- posées à Nersès. Nous demandons, dirent-ils aux Arméniens, 1" que vous anathématisiez ceux qui ne reconnaissent en Jésus- Christ qu'une seule nature : Eutychès, Dioscore, Timothée Aelure et tous leurs partisans; 2° que vous reconnaissiez en N.-S. une seule personne, à la fois Dieu et homme, ayant, par conséquent, deux natures, deux sortes d'opérations, deux vo- lontés, Tune humaine, l'autre divine, parfaitement concor- dantes; 3" que vous retranchiez du Trisagion l'addition : « qui as été crucifié pour nous ». Ils exigèrent de plus des Arméniens l'acceptation des sept conciles reconnus par les Grecs; la célé- bration des fêtes de N.-S., de la sainte Vierge, de saint Jean- Baptiste et des Apôtres aux jours fixés dans l'Église catholique; l'Annonciation, par exemple, à la date du 25 mars, la Nativité au 25 décembre, la Circoncision au 1*"" janvier, TÉpiphanie au G janvier. Ils exigeaient enfin que le saint chrême fût préparé avec le fruit de l'olivier, non avec le sésame; que le pain em- ployé pour le saint sacrifice fût fermenté et non azyme ; qu'on mêlât quelques gouttes d'eau chaude au précieux sang, immé- diatement après la consécration ; que tous les clercs et les fi- dèles, sauf les pénitents qui en étaient exclus temporairement par les saints canons, fussent astreints à rester dans l'église pendant toute la durée du saint sacrifice. — Enfin, une dernière clause, plus onéreuse pour les Arméniens que toutes les
(1) Orazione sinodale (éd. Aucher, armén. et ital., Venise, 1812), pp. 84, 88-94; ot Venise, 1865; importants extraits dans Balgy, op. cit., p. 48 et siiiv.; Tclia- mitch, II, 2-28.
22 REVUE DE l'orient CHRÉTIEN.
autres réservait à l'empereur la nomination du catliolicos (1).
§ 16. Suite du concile de Tarse. Les Arméniens condam- nent les monopliy sites, expliquent ou corrigent quelques formules et usages suspects. — Des conditions précédentes imposées par les Grecs, les unes étaient lég-itimes, les autres mal fondées, ou, du moins, excessives. En tout cas, l'Église grecque schismatique était mal venue d'exiger l'abolition de certaines pratiques aussi anciennes et aussi vénérables que les siennes. — Néanmoins, les Arméniens firent, presque sur tous les points, les concessions qui semblaient raisonnables : « Nous condamnons, dirent-ils, Eutychès et Sévère. » Quant à Dioscore, ils déclarèrent ne point savoir qu'il eût été disciple d'Eutychès; mais ils s'engagèrent à le condamner, dès qu'on leur montrerait son accord avec cet hérésiarque. Ils expliquè- rent ensuite qu'ils employaient la formule une nature du Verbe Incarnée smYâni le sens admis par Athanase, les Gré- goires, et surtout Cyrille d'Alexandrie. A leur suite, ils pro- clamaient Jésus-Christ Dieu et homme et répudiaient énergi- quement l'absorption de l'une de ces natures dans l'autre après l'union, ou leur anéantissement. Comme les Grecs ne parais- saient point entièrement satisfaits de cette explication, les Arméniens ajoutèrent que, par amour de la paix, ils n'emploie- raient plus désormais les termes ambigus de la nature une du Verbe Incarné et les remplaceraient par ceux de deux natures, deux volontés, deux opérations.
L'addition « qui as été crucifié pour nous », continuèrent-ils, n'a point, dans notre bouche, un sens hérétique : nous ne nous adressons, en effet, ni au Père ni au Saint-Esprit, ni au Fils en tant qu'il est Dieu, mais au Verbe fait homme, au Christ souf- frant. Et, ici encore, pour dissiper, conformément à votre désir, toute équivoque, nous modifierons ainsi les paroles du Trisagion : « Dieu saint, saint et fort, saint et immortel, qui vous êtes incarné et avez été crucifié pour nous, ayez pitié de
(1) Concile de Tarse: Mansi, Collecl. Concil, t. XXII, p. 197-206: Héfélé, Concll. gesch-il"" éd., Fribourg-en-Brisgau, 1863), p. 629-631; — cd. franc, (trad. Delarc, Paris, 1872), t. VII, p. 498-199. — Galan., pars I, p . 326 et scqq. — A défaut des actes du Concile, qui n'ont pas été conserves, on trouve aussi dans Balgy (appendix VI) les conditions posées par les Grecs pour l'union ainsi que les réponses des Armé- niens et leurs réclamations.
HISTOIRE POLITIQUE ET RELIGIEUSE DE l'ARMÉNIE. 23
nous ». — Tout en observant qu'ils ne se croyaient point tenus à de telles concessions, ils consentirent, toujours par amour de la paix, à célébrer la Nativité de N.-S., l'Annonciation et la Puri- fication, aux jours demandés par les Grecs. C'étaient, d'ailleurs, les seules fêtes dont la date ne coïncidait pas avec celle adoptée par l'Église grecque. Ils promirent, avec plus de bonne grâce encore, de préparer l'huile sainte avec des olives et de mêler un peu d'eau pure avec le vin du sacrifice; mais ils refusèrent de substituer au pain azyme le pain fermenté, alléguant pour se justifier, l'usage suivi « par la chaire apos- tolique de Pierre ».
Quant à la coutume des fidèles de rester hors des églises pendant le saint sacrifice, les évêques arméniens la blâmèrent comme les Grecs. Elle s'était introduite peu à peu, dirent-ils, parce que les églises étaient trop petites et trop peu nombreuses pour contenir le peuple et que, d'autre part, les églises grec- ques lui restaient fermées.
§ 17. Suite du concile. Les Arméniens acceptent le concile de Chalcédoine et, sous condition, les trois suivants; nomi- nation et juridiction du catholicos. — Les Pères arméniens réunis à Tarse ayant constaté que les décisions de Chalcédoine étaient d'accord avec celles des trois conciles précédents, y souscrivirent de bon gré. Ils se déclarèrent aussi prêts à recon- naître les trois conciles suivants (V% VF et VIP), dès qu'on leur en aurait montré les décrets, les définitions et l'harmonie avec les trois premiers conciles œcuméniques.
Quand vint l'examen de la condition la plus importante imposée par les Grecs, la nomination du catholicos par l'em- pereur, les Arméniens ne la rejetèrent pas; ils considérèrent même cette clause comme la meilleure garantie d'une récon- ciliation durable. Mais, en retour, ils exigèrent des Grecs une grave concession. Il faut, dirent-ils, que l'autorité du catholi- cos arménien s'étende sur le siège d'Antioche et les églises de son ressort; il deviendra ainsi l'intermédiaire autorisé entre tous les Arméniens et l'empereur, et sera plus à même de ré- concilier leur Église avec l'Église grecque.
I 18. Réformes disciplinaires exigées par les Arméniens ; protestataires arméniens; exagérations des Grecs: ils rebu- tent Nersès. — Outre le siège d'Antioche pour leur catholicos,
24 REVUE DE l'orient CHRÉTIEN.
les Arméniens demandèrent aux Grecs la correction de plu- sieurs usages disciplinaires, dont quelques-uns étaient, en effet, abusifs. Ils voulaient que tout sujet grec coupable fût jugé selon la rigueur des saints canons; que nul ne fût admis aux Ordres sans un sérieux examen; que les honneurs de la clé- ricature fussent interdits aux manchots et aux mutilés; que tout sujet promu aux Ordres fût, s'il était convaincu de quelque crime, déposé après un jugement public. — De plus, les évê- ques Grecs devaient s'engager à ne plus laisser garder sous terre les restes du saint sacrihce; à ne plus permettre aux religieux et aux clercs de rompre le jeûne, en faisant usage de vin et de poissons; à défendre aux prêtres de mêler de l'eau chaude au précieux sang, après la consécration. Enfin, on de- mandait aux Grecs de préparer la sainte hostie avec du pain azyme, « suivant la vraie tradition » suivie par l'Église armé- nienne et « la grande Église des Romains ».
On voit qu'à des exigences outrées les Arméniens répon- daient par des demandes également excessives (1). Au reste, l'unité de discipline n'était point nécessaire pour arriver à l'union dans la foi et la charité. Les bases d'un accord présen- tées par Nersès de Lampron dans un esprit extrêmement libéral furent adoptées par l'assemblée des Pères. Néanmoins, une certaine confusion, faite par les historiens entre le concile de Tarse et le synode de Hromgla, laisse planer des doutes sur la nature des conditions ratifiées de part et d'autre. Ce qui est certain, c'est que l'accord, bien que signé par les principaux représentants des deux Éghses, ne devint jamais effectif. Dans les deux camps, les partisans de l'union se heurtèrent à des résistances opiniâtres, acharnées. Du côté des Arméniens, les opposants se recrutaient surtout parmi les moines de Zorogt, d'Ani, de Sanahin, d'Aghpad(2); ces monastères, situés sur la rive gauche de l'Araxe, étaient, nous l'avons dit, hors du cercle d'influence des princes chrétiens; et, favorisés parles princes infidèles intéressés à la désunion entre chrétiens, ils combat- taient de parti pris tout projet de réconciliation. Ils étaient restés sourds aux exhortations de Nersès Schnorhali, comme
(1) Balgy, appendix YI.
(2) Le monastère d'Aghpad était voisin de Sanaliin , près de la vallée des Sé- vortieris (aujourd'hui rivière Bortchalo), sur les limites de la Géorgie.
HISTOIRE POLITIQUE ET RELIGIEUSE DE l'aRMÉNIE. 25
plus tard à celles de Nersès de Lampron. Ils avaient même rompu avec le catholicos Grégoire Dgha et lui avaient opposé un anticatholicos, Basile » d'Ani (1195-120G), fils de Grégoire, né lui-même d'un frère de Basile V. Peu après surgissaient deux autres anticatholicos, Anania Sebastatzi (1205-1209) et David III Arkaghnétzi (1107-1210).
Tandis que ces esprits travaillaient à détruire l'accord bien
incomplet, si péniblement élaboré par les derniers synodes,
certains Grecs ne montraient pas moins d'étroitesse d'esprit.
Ils poussaient la prévention jusqu'à soumettre à un second
baptême les Arméniens qui passaient au rite grec. A de telles
animosités, Nersès de Lampron lui-même ne pouvait porter
remède, bien que son esprit fût enclin à juger avec la même
bienveillance toutes les divergences purement rituelles. L'an
1197, Léon II l'envoya avec trois princes arméniens à la cour
d'Alexis l'Ange, afin de conclure l'union religieuse tant de fois
projetée. Mais ses pourparlers avec les prélats grecs n'aboutirent
pas. Ceux-ci maintinrent les conditions posées à Tarse et
exigèrent que le catholicos arménien fût désormais sacré
par le patriarche grec de Constantinople. Nersès répondit en
réclamant quelques-unes des concessions déjà formulées par
les évoques arméniens, notamment la cession du siège d'An-
tioche au catholicos. Les Grecs refusèrent, et la conférence fut
rompue. Nersès, n'ayant pu atteindre au but si passionnément
poursuivi, jugea sévèrement ses interlocuteurs grecs : « Dans
les discussions que nous avons eues avec eux, raconte-t-il, ils
se sont montrés ignorants, grossiers, matériels, obstinés comme
des juifs, fermés à l'Esprit de vie et esclaves de la lettre. »
Est-il surprenant que, se voyant impuissant à rapprocher et
à vivifier Tune par l'autre les deux Églises, il ait tourné les
regards de ceux qui l'entouraient vers le tronc d'où ces deux
puissantes branches avaient été détachées, et qu'il ait invité à
nouveau ses antagonistes « à se conformer eux-mêmes à la
discipline du Siège apostolique de Pierre et à se' soumettre aux
lois delà grande Église romaine » (1) ?
(I) Cr. la dispute avoc les Grecs altribuco à Nersès de Lampron (Constantiiioijle, 1757); Léon Alishan, Léon le Magnifique, p. 159; Balgy, le S-iège de saint Pierre, p. 241; voir aussi le livre des Conc. Armén., les Lettres de Nersès et Grégoire IV; citations dans Azarian, op. laud.
26 ' REVUE DE l'orient CHRÉTIEN.
% 10. Union religieuse avec l'Église Romaine. Léon II, en recevant la couronne, souscrit aux conditions du pape, avec les évêques présents. — L'union vainement tentée avec Byzance devait, en effet, pleinement aboutir avec Rome. Le pape qui, sous le catholicat de Grégoire Manough, avait continué d'être pour le peuple arménien un allié et un protecteur, allait être reconnu avec tous ses droits et tous ses privilèges, sous le patriarcat de Grégoire Abirad. Le couronnement de Léon II en fournit naturellement l'occasion. Le baron d'Arménie, comme on l'appelait alors, avait demandé à Célestin III de l'admettre expressément dans le giron de l'Église catholique et de lui octroyer la couronne royale (I). Le pape fut heureux d'obtem- pérer à sa double requête, moyennant certaines conditions, qui sont racontées avec quelques variantes par les anciens his- toriens.
Avant la cérémonie, et sur le désir du pape, le délégué apostolique exigea du catholicos Grégoire VI Abirad (1194- 1203) la réforme de quelques points disciplinaires. Il désirait que le jeûne fût observé par les Arméniens, la veille de Pâques et de Noël; que cette dernière fête fût célébrée le 25 décembre comme dans l'Église latine; qu'il fût interdit aux fidèles de sortir de l'église avant la fin du saint sacrifice; que le catholi- cos fût tenu d'envoyer à Rome, à époque fixe, un légat pour rendre en son nom hommage au pape. Enfin, au dire de Vin- cent de Beauvais, le légat pontifical aurait, en outre, exigé que l'étude de la langue latine fût introduite dans les écoles ar- méniennes. Comment ces demandes furent-elles accueillies? D'après un récit, dont un contemporain, Guiragos, s'est fait l'écho, Léon II, s'aperce vant que les observations du légat étaient écoutées très froidement de la majorité des évêques, se serait tourné vers ceux-ci et leur aurait dit : « Ne vous inquiétez pas de ses réclamations, je vais le satisfaire, pour le moment, par une soumission apparente. » Et puis, s'adressant à l'ar- chevêque latin, il aurait ajouté : « Nous nous conformerons sans
(I) Langlois a publié le premier une monnaie en argent représentant, d'un côté le roi couronné, à genoux devant le Christ qui lui donne la croix; au revers, deux lions adossés, ^vec une croix entre eux, avec la légende ordinaire : « Lévon, roi d'Arménie, par la puissance de Dieu ». Num. de l'Arm. au Moyen Age, p. 38, pi. I, n. 1. , '
HISTOIRE POLITIQUE ET RELIGIEUSE DE l'aRMÉNIE. 27
restriction et sans délai aux ordres du grand empereur et du souverain pontife. » Conrad a3"ant exif^'é que douze évêques scel- lassent rengagement par un serment, Léon persuada à douze prélats arméniens de prêter ce serment, et ils en jurèrent la formule (1).
Telle est la version de Guiragos. Elle nous semble suspecte; car il n'est guère vraisemblable que les évêques présents aient souscrit par serment à des engagements que le roi, au vu et au su des prélats assemblés, aurait eu l'intention de ne point tenir. Bien que les règles disciplinaires proposées par le pape ne fussent point des conditions indispensables pour l'union reli- gieuse, nous croyons que la plupart des signataires les acceptè- rent sincèrement. En retour de ces concessions, ils demandè- rent seulement que nul concile ne fût célébré en Orient sans la participation du catholicos arménien, et que le pouvoir d'ex- communier les Arméniens fût réservé au pape.
§ 20. Léon II et Grégoire Abirad confirment par leurs lettres leur foi en la suprématie réelle du pape sur V Église universelle. — Au reste, peu après le couronnement, Léon II et Grégoire VI Abirad adressèrent au nouveau pape Innocent III plusieurs lettres, où ils confessaient nettement la primauté de juridiction et la suprématie réelle du pontife romain (2). Dans sa première lettre, Grégoire appelait Innocent III « le chef, après le Christ, de l'Église catholique romaine, mère de toutes les Églises » et « fondement de toute la chrétienté ». Je suis, ajou- tait-il, « le fils de votre Église »; avec nos archevêques, nos évêques, nos prêtres et tous nos clercs, je vous sais gré de nous avoir rendu la couronne royale dont nous étions privés depuis longtemps; et « bien volontiers nous avons écouté et voulons observer les prescriptions (vestra pra;cepta) ei la loi (legem) de la sublime Église romaine, mère de toutes les Églises ». Un peu plus tard, le catholicos Grégoire Abirad renouvelait cet hommage de soumission filiale envers celui qu'il nommait « le
(1) Guiragos (éd. Osgan, Moscou, 1858), p. 92; p. 78 de la traduction Brossot : Bibl. des Crois.; Doc. Arm.; I, 423: Alishan, Vie de Léon, p. 1G5; Vincent de Beau- vais, Spccul. hisl., xxxr, 29; Vartan, ch. 82: voir aussi Ilayton, IMicliel le Syri(Mi et Samuel d'Ani.
(2) Rer/. Innoc. 111, lib. Il, ep. 217-2-20; dans .Migne, CCXIV, 775, etc., Baiuze. AcUi Innoc. III, cxiv; Baronius, ann. 1197, n. 10; ann. 1198, n. 65-70 (éd. Thei- ner}; Rer/., 1. V, ep. 15.
28 rf:vue de l'orient chrétien.
chef suprême de toute l'Église », « le successeur du Bienheureux Pierre, prince des apôtres », « le pape universel assis sur le siège suprême de la Ville romaine » : Parce que vous êtes le père de la chrétienté, répétait-il, nous avons tous reçu avec amour votre prescription (mandatum). En témoignage de notre gratitude, <^ tant que nous conserverons notre charge de catho- licos, nous maintiendrons sous votre autorité le roi, les barons et tous ses fidèles ». Une autre fois, après avoir assuré Inno- cent III de sa prompte obéissance aux décisions du S. Siège, il priait le pape de lui envoyer l'anneau, la mitre et le pallium en signe de son affection pour le siège de Pierre et de l'autoriser, en même temps, à faire bénéficier des avantages spirituels accordés aux croisés les soldats de Léon en lutte avec les infi- dèles.
Le 23 mai de l'an 1199, le roi Léon II témoignait la même gratitude et .le même dévouement à l'égard d'Innocent JII, auquel il donnait le titre de pape universel. Il affirmait « son désir de ramener à l'union avec la sainte Église Romaine tous les Arméniens, quelque dispersés qu'ils fussent » ; et il implorait le secours du pontife pour l'aider dans cette tâche et le soutenir contre les ennemis du nom chrétien.
^ 21. Le pape envoie le pallium au catholicos, un éten- dard de S. Pierre au roi. Celui-ci ne pourra être excommunié que par le pontife romain. — Ces hommages qui nous sem- blent sincères affermirent encore les bonnes dispositions du pape envers Grégoire Abirad et Léon IL Au premier il témoi- gnait sa vive satisfaction de lui entendre dire que le pape était le chef de tous les fidèles et que le catholicos avec les évèques étaient les fils de cette Église romaine, mère de toutes les Églises. Il loua son humilité, la pureté de sa foi, le proclama un organe important (magnum membrum) de l'Église de Dieu; et par l'intermédiaire de ses deux nonces les cardinaux Sof- fred (Geoffroy) du titre de Sainte-Praxède, et Pierre du titre de Saint-Marcel, il envoya au catholicos le pallium, cet insigne, disait-il, de la plénitude du pouvoir épiscopal.
Innocent III, dans une lettre datée du 24 novembre, félicita également le roi de reconnaître chez le pontife romain cette « primauté de juridiction que Dieu avait fait passer de Pierre à ses successeurs » ; il lui annonça qu'à la voix du père de la
HISTOIRE POLITIQUE ET RELIGIEUSE UE l'aRMÉNIE. 29
chrétienté de nombreux soldats avaient pris la croix et allaient lui prêter main forte contre les Sarrasins. Peu de temps après, un officier du roi, Robert de Margat, envoyé en ambassade au pape, l'assurait de nouveau que son maître s'était fidèlement conformé aux prescriptions du Siège apostolique, et qu'il for- mait le projet d'arracher la Terre Sainte aux Sarrasins (1). Aussitôt, le pape chargea Robert de Margat de remettre un éten- dard de saint Pierre au prince arménien (2). Ce fut pour celui- ci une nouvelle occasion de protester de « son immuable atta- chement au Saint-Siège, dont il désirait ne jamais se départir ». A preuve de sa sincérité, il rappela que, dans toutes les affaires importantes, il avait recours au pontife romain. Aussi, chaque fois qu'il marchera contre les ennemis de la Croix, il veut que l'étendard de saint Pierre soit porté devant lui, en témoignage de son respect et de son affection pour la chaire apostolique.
Cependant, à travers toutes ces protestations réitérées d'obéis- sance, le fin politique poursuivait son but, qui était de se rendre indépendant, au point de vue politique et religieux, dé ses plus proches voisins. Les liens qui l'unissent à la chaire de Pierre, ajoute-t-il, sont si étroits qu'il ne veut ni ne doit être placé sous la juridiction d'aucune église latine particulière. En con- séquence, il supplie le pape de le soustraire à l'autorité de tout autre pontife, en sorte que nul, hormis le chef de l'Église uni- verselle, n'ait le pouvoir de lancer l'excommunication, soit sur lui, soit sur le^ Latins de son royaume. Cette requête de Léon, présentée par son ambassadeur le chevalier teutonique Garner, qu'il appelle son cher et fidèle soldat, fut agréée du pape; par l'ordre d'Innocent III, tout pouvoir d'excommunier le roi d'Ar- ménie ou quelqu'un de ses sujets fut réservé au pape seul ou au nonce du pape (I20I).
A moins de vouloir taxer de pure hypocrisie la ligne de con- duite suivie par le roi à l'égard du pape, il faut en conclure que sa profession de foi catholique fut sincère. Si la reconnais-
(1) Reg., ep. 1., II, ep. 252-255, 259; Migne, pp. 775-819.
(2) La bannière de saint Pierre était un drapeau, sur lequel étaient représen- tées deux clefs surmontées de l'image de saint Pierre ou d'une croix. — La for- teresse de Margat (aujourd'hui Markab) est sur les côtes de la Syi-ie, à mi-che- rnin entre Antioche et Tripoli. Après qu'elle eut été cédée aux Hospitaliers (le 1" février), Robert de Margat s'était mis au service de Léon (Rej-, ouv. cité, p. 32).
30 REVUE DE l'orient CHRÉTIEN.
sance publique et réitérée de la suprématie réelle du pape sur l'Église universelle n'empêcha pas certains lieurts entre le prince arménien et le pontife romain, il est juste d'observer que ces conflits, dont nous parlerons plus loin, eurent pour causes, non point quelque difl'érend d'ordre doctrinal ou même disci- plinaire, mais seulement des querelles politiques entre le roi d'Arménie d'une part, le prince d'Antioche et les Templiers de l'autre; querelles c^ue, par la force des choses, les légats du pape furent amenés à juger, et pas toujours dans un sens agréable à Léon.
§ 22. Mo7H de Nersès de Lampron. Ses dernières luttes pour runion contre les dissidents. Sa défense présentée au roi prévenu coidre lui. — L'illustre Nersès de Lampron avait vu poindre le conflit entre le roi et le chef de l'Église. Il n'en con- nut pas ici-bas la période aiguë. Il venait de mourir le 14 juillet 111)8, à l'âge de quarante-huit ans. Il avait disparu au moment où la cause de l'union religieuse pouvait le plus espérer de sa vertu, du prestige de son nom et de son éloquence (1). Il est vrai que, s'il avait gagné la sympathie et l'admiration des La- tins, de beaucoup de Grecs et de la plupart des Arméniens, il avait aussi rencontré dans les rangs de ces derniers un parti absolument rebelle à ses principes de conciliation. La lutte de l'éloquent et saint évêque contre ces fougueux séparatistes est trop honorable pour lui; elle jette un trop vif jour sur l'état politico-religieux de l'Arménie, pour ne point fixer un moment notre attention. Le plus souvent, nous laisserons parler celui qui en fut le héros, soit qu'il se justifie auprès de Léon II, indisposé contre lui par les accusations de ses adversaires, soit qu'il accable ces derniers et atteigne le roi lui-même des traits de sa parole tour à tour familière, ironique, véhémente et indignée.
Léon II estimait sans doute et admirait Nersès. Informé de l'approche de Frédéric Barberousse, il avait désigné l'évêque de Tarse pour aller, avec Grégoire Dgha, au-devant de l'empe- reur. Nersès avait d'abord été arrêté au delà de Marasch par les Turkomans et avait vu massacrer une vingtaine de moines
(1) + 647 = 31 janvier 1198 à 30 janvier 1199. Le ménologe arménien ct'lèbre sa fête au 9 août et au 17 juillet. — Vies des saints Arméniens, t. V. p. 344 et suiv. La lettre de Nersès à Léon, que nous résumons plus loin, a été publiée à Venise, 1865; elle est clans Dulaurier, t. 1 des Duc. Armén., pp. 579-603.
HISTOIRE POLITIQUE ET RELIGIEUSE DE l'ARMÉNIE. 31 '
et de laïques qui raccompagnaient. Un peu plus tard, au mo- ment où il se mettait en route avec le roi, on avait appris la mort du prince allemand. Les années suivantes, Nersès semble avoir été, tantôt approuvé, tantôt désapprouvé par le roi. Après l'élévation de Grégoire Manougli aucatholicat, il fut écarté de son siège de Tarse; puis il rentra en faveur auprès de Léon et prit part à la déposition du patriarche, dont il regardait l'é- lection comme irrégulière et funeste à son Église. Néanmoins sa bienveillance envers les Grecs et surtout les Latins, la faveur dont il jouissait auprès d'Amaury de Lusignan, roi de Chypre, et de Henri de Champagne, roi de Jérusalem, son zèle à ré- former quelques points de la foi et même de la liturgie armé- nienne avaient excité contre lui de violentes hostilités. Les prin- cipaux opposants étaient surtout groupés sur la gauche du moyen Araxe, autour d'Ani. L'ancien évêque d'Ani avait, pen- sons-nous, comme les évêques de Tovin, d'Édesse, de Kars, etc., signé les décrets du concile de Tarse. Mais les réfractaires avaient opposé au catholicos qui siégeait à Sis Tanticatholicos Basile et l'avaient intronisé à Ani. Autour de lui s'étaient rangés des auxiliaires aussi entêtés que remuants. C'étaient Grégoire Doudêorti, du couvent de Sanahin et plus tard de Haghpad, Jean de Sanahin, David de Kopaïr (dans le Daschir), les vartabeds Ignace, VartanetMékhitar de Khoraguerd; enfin les religieux de Tzoroked, voisins d'Ani et placés sous la juri- diction de l'archevêque de cette ville. Ces hommes, retenus sous l'étroite dépendance de princes infidèles, loin du cercle d'influence des puissances chrétiennes, pouvaient moins faci- lement que Nersès connaître et surtout approuver les raisons et la nécessité d'une union religieuse. N'écoutant que leurs préjugés, ils écrivirent à Nersès trois lettres, où il était violem- ment attaqué; ils dénoncèrent, en outre, à Léon II l'évêque de Tarse comme un dangereux novateur. Le roi craignit de s'a- liéner un parti influent, en ne tenant pas compte de ces griefs. D'ailleurs, il était trop enclin à subordonner les choses reli- gieuses à ses vues politiques pour applaudir au zèle brûlant du grand évêque. Il lui dit nettement que son ardeur excessive à poursuivre, coûte que coûte, l'union des Églises était le seul mais grave obstacle qui avait écarté de sa tête la dignité de patriarche. Il lui manifesta plusieurs fois son mécontentement
32 REVUE DE l'orient CHRÉTIEN.
de le voir faire céder les barrières d'un nationalisme étroit, exclusif, devant les intérêts supérieurs de l'unité religieuse. Un jour, Nersès célébrant devant des Grecs le service divin voulut lire l'évangile en leur langue; le roi qui était présent le lui interdit.
Léon II était donc un peu prévenu contre l'évêque de Tarse, quand lui parvinrent de nouvelles et plus violentes accusations de la part des moines de l'Arménie orientale. Aussitôt, il en- joignit au frère de Nersès, Héthoum, seigneur de Lampron, d'aller le trouver et de lui interdire, sous peine de déposition, toute réforme disciplinaire dans l'Église arménienne.
Mais le saint évêque, qui avait puisé dans la prière et l'étude les principes inspirateurs de sa conduite, était inaccessible à la peur aussi bien qu'à l'ambition. Il adressa au roi, qui était son parent, une réplique à la fois ferme et respectueuse. Cet écrit, composé vraisemblablement vers le printemps de 1198, fut le testament religieux du grand évêque.
§ 23. Hauteur de vues, caractère de V apologie de Nersès; tout mérite, où qu'Use trouve, provoque sa sympathie ; paral- lèle entre sa tenue ecclésiastique, sa conduite et celles de ses détracteurs. Ce qui importe, c'est l'unité dans les dogmes, non dans la discipline; autorités en faveur de Nersès; il rétorque les objections du roi: — La marque caractéristique de sa lettre est une largeur et une élévation de vues qui con- trastent avec l'étroitesse d'idées de ses adversaires. Il n'est pas choqué de voir les prêtres occidentaux se raser la barbe. Il apprécie les hauts motifs qui leur ont fait imposer le célibat, grâce auquel ils peuvent se dévouer corps et âme aux fonctions sacerdotales. Ce n'est pas, certes, que les Francs soient à ses yeux sans défauts. Mais, ajoute-t-il, ce qu'on imite d'eux, c'est leur manque de retenue, non leur foi active, non leur générosité et leur zèle à élever des églises, à fonder des paroisses dans tous les lieux où l'on peut réunir des fidèles. Eux seuls, pour- suit-il, ont érigé un évêché et une église à Marasch et à Kessoun, bien que les Arméniens y fussent établis longtemps avant eux; ces mêmes hommes, à mesure qu'ils se sont installés autour de ces deux villes, ont élevé des églises dans tous les bourgs qui en dépendent. Peut-être Nersès pousse-t-il un peu trop loin le contraste au détriment des Arméniens, quand il représente
HISTOIRE POLITIQUE ET RELIGIEUSE DE l'aRMÉNIE. 3o
leurs évêques retirés dans des monastères, et ne s'occupant que d'ordinations, tandis que Sis est sans évêque et sans évèché, Anazarbe dépourvu de zélés pasteurs, et qu'Édesse, Samosate, bref toute la Mésopotamie manque d'églises et de prêtres dé- voués.
Il s'excuse ensuite de prendre à partie ceux qui prétendent le juger. Excommunié par eux, il ne les excommunie pas. Cepen- dant, il a été blessé au vif de leurs violentes injures, de leurs graves accusations. Déjà, sur les plaintes du roi, il avait fait parvenir à celui-ci une première défense; mais Léon semble n'en avoir guère tenu compte; et il paraît toujours ému par les mêmes allégations. Aussi, le ton du prélat indigné monte par degrés et il s'anime jusqu'à éclater. Il adjure Léon II de com- parer sa vie et ses actes à ceux de ses adversaires. S'il trace un tel parallèle, ce n'est pas, sans doute, pour avoir la triste et stérile satisfaction de décrier des rivaux, mais pour justifier sa doctrine; cette doctrine qu'il ne veut pas laisser avilir et pour laquelle il est prêt à mourir comme saint Jean-Baptiste, décapité par Hérode; comme saint Houssig, assommé par le roi Diran; comme saintNersès I", empoisonné par le roi Bab. Vient ensuite le tableau de sa vie sacerdotale : 11 offre tous les jours et publi- quement le Cbrist en sacrifice à son Père. Pendant la céré- monie, il se tient tète nue, revêtu des habits sacerdotaux, con- formément aux prescriptions de saint Paul et des saints Pères. L'évêque d'Aghpad, au contraire, célèbre la messe, revêtu de la pelisse, la tête couverte du capuchon long de deux empans. Ses adhérents offrent le saint Sacrifice, vêtus de la saccoula grégorienne et d'un manteau noir ou violet (philon), séparés des fidèles par un rideau, n'observant pas plus les anciennes règles de la liturgie que les lois de la hiérarchie.
Mais on ne lui reproche pas seulement d'avoir changé, pour la célébration de la messe, le vêtement des anciens. On lui fait, de plus, un crime d'être en communion avec tous les chrétiens. Loin de s'en excuser, il s'en glorifie. Peu lui importe, dit-il, les divergencespurementdisciplinaires, les usages et les observances diverses qui ne sont pas d'institution divine. Ce qu'il cherche chez les Égyptiens, les Syriens, les Grecs et les Latins, c'est l'accord dans l'unité de foi. Il maintient contre ses détracteurs que sa ligne de conduite est bien conforme à celle des plus illus-
ORIENT CIIHÉTIEN. Q
34 REVUE DE l'orient CHRETIEN.
très catholicos de T Arménie ; et il se réclame de la profession de foi, des exemples et des institutions de Grégoire Vgaïacer et de son neveu Grégoire, que le premier, en quittant l'Egypte (1076), avait établi, sous le titre d'Aradchnort, directeur spirituel de ses compatriotes. C'est d'eux qu'il emprunte l'ordre et la forme de la liturgie et les règles essentielles qui conviennent aux religieux : consécration à Dieu, pratique de la pauvreté et de la vie commune; à leur exemple, il veut que les prêtres séculiers soient soumis à une direction vigilante, à des examens et des confessions fréquentes, et s'occupent avec zèle à décorer les églises et à célébrer solennellement les fêtes. Sans doute, ces règles austères ne peuvent trouver grâce devant Basile d'Ani et ce « ventru de Doudêorti qui aiment à faire bombance, en compagnie de séculiers ou même de chanteuses » ; le dernier néglige de remplir les fonctions sacrées, ne forme aucun dis- ciple, se révolte contre son supérieur ; et si grande est son indif- férence religieuse, qu'il traite plus volontiers avec les Turcs qu'avec des chrétiens de rite différent.
A ces adversaires qui sont, d'après lui, aussi bavards qu'i- gnorants, Nersès oppose l'autorité des graves personnages qui approuvent sa conduite, en Cilicie, dans la Montagne Noire, dans le Vasbouragan et, en particulier, au couvent de Varak. Les évêques et les prêtres de Daron, d'Éghéghiatz, son maître Etienne Diratsou sont ses défenseurs; le catholicos Grégoire Abirad, comme jadis Grégoire Dgha, pense comme lui. Il compte, enfin, de nombreux partisans de ses idées jusque dans l'Artsakh et l'Albanie, au nord-est de la Grande Arménie; et il s'attend même à voir bientôt son fidèle disciple, Joseph, devenir catholicos des Aghouans.
Pour tous ces motifs, le roi, poursuit-il, doit s'attacher à con- sidérer, au milieu des divergences disciplinaires, l'unité dans les dogmes et reconnaître, comme le proclame l'une de leurs hymnes, que l'Église arménienne a été bâtie sur le fondement posé à Rome. Et puis, Léon II, par son exemple, ne l'auto- rise-t-il pas à garder quelques usages latins, qui d'ailleurs n'in- téressent pas la foi? Que le roi, en effet, abandonne, le premier, lui dit-il, les coutumes féodales empruntées aux Franks : « Ne tenez point la tête nue, à l'instar des princes et des rois franks; mais coiffez plutôt le charpouche (turban) de vos aïeux; laissez,
HISTOIRE POLITIQUE ET RELKUEUSE DE l'aRMÉNIE. 30
comme eux, croître les cheveux et la barbe; revêtez le large et épais toura (manteau en poils de chèvres) et non le pilon (manteau de pourpre) et les habits serrés autour du corps. Montez des coursiers couverts du caparaçon (djouschan) et non des chevaux couverts de la housse franque (lehl). Prenez les titres d'émir, de hadjeb (gouverneur de ville ou chambel- lan), de marzban (gouverneur des provinces frontières), de Espalassar (commandant), et non pas les titres usités chez les Latins : Sire, Proximus (assesseur^, lieutenant, intendant), con- nétable, maréchal, chevalier. — Rétablissez l'ancienne éti- quette des Perses et des Arméniens, et nous célébrerons la messe, comme les gens de Tzoroked, avec la saccoula, le ve- larium (capuchon noir de forme conique placé sur la saccoula) , nous revêtirons la pelisse grossière au lieu de la longue tunique de lin prescrite à Aaron par le Seigneur. A l'imitation de ces moines et de leur ami Basile, nous boirons dans des coupes ornées de petites sonnettes et nous nous plairons à banqueter au milieu des Turks. Mais, puisque Votre Majesté ne veut pas abandonner ces habitudes raffinées des Franks, pourquoi re- jetterions-nous les règles admirables que nous leur avons em- pruntées, pour la gloire de la sainte Église? Tel l'usage de chanter sept fois le jour, à l'église, le divin office; tel encore, l'usage de distribuer, le mercredi et le vendredi, du pain et des fèves à des centaines de pauvres. — Quant aux pratiques disciplinaires qu'il accepte, comme la séparation de la Nativité et de l'Epiphanie de N.-S. et la licéité des troisièmes noces, il est prêt à en montrer l'accord avec les livres arméniens.
Léon II fut persuadé, semble-t-il, par ces raisons; et il im- posa silence aux détracteurs de Nersès. Mais les opposants ne furent désarmés ni par l'ordre du roi, ni par la mort de l'évêque de Tarse. Ils continuèrent une agitation qui, en relâ- chant les liens des diverses parties de l'Arménie, soit entre elles, soit surtout avec le centre indestructible de la catholi- cité, contribueront puissamment à entraîner la. ruine du petit royaume.
§ 24. Le catholicos Jean le Magniftr/ue, son caractère; son opposition contre Léon II, (jui fait mettre à sa place David; autre anticatholicos à Sébaste; Jean fortifie Hromgla et finit par se réconcilier avec le roi. — Cinq ans après Nersès de
3G REVUE DE l'orient CHRÉTIEN.
Lampron, mourut le vieux patriarche Grégoire Abirad. Avec lui s'éteignit la familledes Pahlavounis (4 mars 1203). Sur l'avis du roi, la dignité de catholicos fut conférée à l'archevêque de Sis, Jean VII. Ce personnage présente un singulier mélange de grandeur mondaine, de faste, d'humeur belliqueuse, avec des aspirations élevées, un sens droit, religieux et même catholique; assez semblable, au demeurant, à certains évêques, à ces batailleurs du moyen âge que leur allure de grand seigneur, d'homme de guerre ou d'homme de cour n'empêchait pas, le cas échéant, de se prononcer énergiquement pour l'union re- ligieuse contre toute sorte de schisme. Les Arméniens, accou- tumés à caractériser par un surnom la qualité ou le défaut do- minant de leurs catholicos, appelèrent celui-ci Medzabaro, le Magnifique. Il était de la famille des seigneurs de Lampron, et cousin de Nersès et de Héthoum-Élie, auquel, nous l'avons vu, le roi avait déloyalement enlevé sa principauté. Comme tous les princes de sa famille, Jean était un linguiste et un lettré. Actif, entreprenant, il tenait par ses talents le premier rang après Nersès. Son savoir l'avait fait désigner par Léon comme chancelier du royaume et juge des différends entre les Occidentaux établis à Sis. Le roi, si habile à s'entourer d'utiles auxiliaires, s'était jadis servi de lui pour enlever Grégoire le Qaravêj de Ilromgla et le remettre entre ses mains.
Cependant, l'accord entre Léon et Jean devenu catholicos ne se maintint pas longtemps. Nous l'avons dit: Jean Medzaparo avait l'allure d'un prince séculier plus encore que d'un prince ecclésiastique. Fastueux, libéral jusqu'à la prodigalité, tenant une table qui pouvait rivaliser avec celle du roi, il ne craignait pas, non plus, quand ses intérêts ou sa conscience l'exigeaient, d'entrer en conflit avec l'autorité royale. L'an 1207, on ne sait pour quels motifs, Léon fit saisir et tenir en prison pendant un an le sébaste Henri, seigneur des châteaux de Camardias et de Nor-pert (dans la vallée de Séleucie), avec ses trois fils Constance, Josselin et Baudoin. Or, le sébaste Henri était le beau-frère du catholicos. Celui-ci intercéda pour ses parents; puis se voyant rebuté, il se détourna du roi et laissa paraître, en maintes circonstances, son vif ressentiment. Léon irrité outrepassa les limites de son pouvoir. « Il déposa le catholicos, avec le consentement des prélats et des barons de la Cilicie »,
HISTOIRE POLITIQUE ET RELIflIEUSE DE l'auMÉME. 37
et fit élire à sa place David, archevêque de JMissis et abbé d'Arkagahni, le prélat qui tenait le premier rang, après le catholicos Grégoire, au sacre de Léon. David établit s-a rési- dence à Sis (1207-1210).
Tous les Arméniens, néanmoins, n'acceptèrent point comme légitime le nouveau catholicos. La division, ce mal endémique de l'Arménie, en fut accrue. Déjà, après Basile d'Ani, Ananie, évêque de Sébaste, s'était déclaré indépendant. S'appuyant sur la protection du sultan et s'autorisant d'une prétendue parenté avec Pierre Kedatardz, il érigea son siège épiscopal en un patriarcat, qui devait subsister quatre ans. — Quanta Jean VII, il se retira à Hromgla; et, toujours défiant à l'égard de Léon, il acheva de faire de cette forteresse une place formidable. Malheureusement, pour subvenir aux frais de ces fortifications, il dépouilla l'église de ses objets les plus précieux, or, perles et diamants; et, au scandale des contemporains, comme en témoigne le connétable Sempad, il fit disparaître jusqu'aux plus magnifiques souvenirs laissés par les catholicos Pahlavounis, notamment le reliquaire en or et argent, monté de pierres pré- cieuses, légué par Nersès Schnorhali, etc. — Comme s'il n'était pas encore suffisamment protégé par les épaisses murailles de Hromgla, il excita contre le roi le sultan d'ikonium, Keï- Khosrow, qui, à son instigation, s'empara du fort de Pertous (1208). — Pourtant, deux ans plus tard, le catholicos David étant mort, Héthoum-Élie, abbé de Trazargh, parvint à réconcilier Léon avec Jean VII et à faire rendre à celui-ci son ancienne dignité (1209-1210).
§ 25. Hommages de Jean le Magm'fit/ue à la primauté du pape; il reçoit le pallium; visite ad limina; présence aux conciles cis-marins. — Il est assez piquant de constater que l'accord de Jean VII avec le pape Innocent III (1198-1216) et son successeur Honorius III (1196-1227) fut, en dépit de quelques malentendus, plus intime et plus constant. Dès le mois d'octobre 1201, étant archevêque de Sis et chancelier du roi, il écrivait à Innocent III qu'il « reconnaissait la primauté et le magistère du Siège apostolique » ; il s'engageait à pousser de tous ses efforts le roi, les barons et le peuple d'Arménie à l'union avec TÉglise romaine. Enfin, il sollicitait instamment deux faveurs, en témoignage de l'affection qui l'unissait au
38 REVUE DE l'orient CHRÉTIEN.
Saint-Siège apostolique. C'était de lui accorder l'anneau, la mitre et le pallium, avec l'autorisation de confirmer, en faveur (le soldats de Léon, les indulgences concédées par le pape à tous ceux qui passaient la mer pour aller combattre les musul- mans. Innocent III félicita le catholicos de « son ferme atta- chement au magistère et à la primauté du Siège apostolique », « de la pureté de ses croyances » et de « sa résolution de ramener à la foi catholique tous les Arméniens ». Il lui annonça, en même temps, que ses deux nonces, les cardinaux Geoffroy, du titre de Sainte-Praxède, et Pierre, du titre de Saint-Marcel, lui porteraient le pallium, « cet insigne de la plénitude de la charge pontificale (1) ».
La remise tlu pallium au catholicos Jean eut lieu en 1205. La cérémoni'e fut précédée de longues délibérations entre les nonces apostoliques et les évêques arméniens, pour amener le plein accord de l'Église arménienne avec l'Église romaine. Grâce aux efforts du roi et du catholicos, les Arméniens ac- ceptèrent enfin tous les points essentiels qui leur étaient proposés. En leur nom, le catholicos, comme on le voit par la lettre de Léon et celle de Jean VII au pape, prêta le serment « d'obéissance à la sainte Église romaine, en présence du car- dinal Pierre ». Puis, ayant reçu le pallium des mains du nonce, il promit de visiter tous les cinq ans, en personne, ou par dé- légués, le centre de l'Église romaine, comme étant la mère et la maîtresse de toutes les Églises. Jean VII promit aussi d'as- sister, ou en personne, ou par ses délégués, aux conciles qui se tiendraient en deçà de la mer; et l'on convint de part et d'autre que ces conciles n'auraient point lieu , sans que le catholicos fût invité à y prendre part, en personne ou par ses envoyés.
{A suivre.)
Fr. TOURNEBIZE.
(1) Rer/., 1. V. 47 et 48; VIII, 119, liO. Raynaldi, ann. 1205, n. 30-40. aligne, t. CCXVI, p. 692; Baluze, Gesla Innoc, cxvii; Balgy, p. 64-65. Il est regrettable que le livre de Ter-Mikélian, bien documenté au point de vue exclusivement gré- gorien, le soit si peu, à un point de vue plus large. Il ignore les nombreuses lettres écrites au pape par les rois et les catholicos arméniens; cf. Die Arme- nische Kirche..., p. 115 et 116.
VIES ET RÉCITS D'ANACHORÈTES
(IV^-VIP SIÈCLES)
I. — ANALYSE DU MS. GREC DE PARIS 1596 PAR
F NAU
II. — TEXTES GRECS INEDITS
EXTRAITS DU IIÉIIE MS. ET PUBLIÉS
PAR Léon CLUGNET
{Suite) (1)
Le scholaslique d'Ascalon, dont les œuvres de charité sont miraculeusement encouragées par Dieu.
1 . — * <ï>t>.oy picToç Tiç cyo'ko'.aTiy.hq yayovsv iv A'j/.a'Xcovt l'y wv * p. 370
^è Yjv aÙTOu r. cu^y^TrocGeia, ojcxe tov olx,ov aÙToO ^£vor^oy_£Tov x.aTa-
(j/teuaGoci, )tal Ù7ve^£)(_£T0 xxvTaç, £^aip£TOj^ ^à Toù^ [7/jvay_o'Jç. ï'/^wv 5 c)è x,Tri(7i.v 'KoXk'/iv, TaoTviv ^izanci^i zlq t'/iv (pi,'Xa()£7v^iav àv7i'Xi.<7'/£, /,ai
où p,rJV0V ToTç £7ri071[XOU(7lV £VT0TT101Ç TTjV fiÙaTClayy Viav £7Tr£0£flx.VUTO,
àXXà xal Tolç £tcI Ç£VOt.? [7/jva<7T-/ipiotç 7C£7rovri[/,£votç.
2, — 'Ev olq ï'vxiyv^ aùrov Trorè tw y.aipoî £V w £[J.£'X'X£ toI^ i-\ ^iv'r\q TC£[j.iV£i,v 'XsiipÔviva!. x.y.xa'XÉTTTtov, xal io P^^ (~) ^'^"^ to-jtw ïva
10 po sjxtto^igG-^ Tviç 0 ia^O'7£tO(; . xal Iv to) /.aOé^^ecBa'. aùrov £v tw o'txw (j'jvvouv, àvÉpyexai ô p£(JTiy.pcoç T-Eyo^v 7rp£'jé'ÙTViv Tivà ()£7;£iv aÙTOv
(1) Voy. vol. VII, 1902, p. GOl et vol. YIII, 1903, p. 91.
(2) Sans doute èôuacpopeu
40 REVUE DE l'orient CHRÉTIEN.
C'jvTuyEÎv, x.y.1 èx£Tp8(];£v àvsT^Oeîv aÙTo'v. '/iv 8ï UporpeTC'/i; rw sï^ei. •/.ai cîiç £/.à6i(7£v 7;£y£i 7:poç aOrov « ti 'X'j7:7i«7ai, xûpi G^rAacxi/.s ; » 6 Se (pTiGf (C dix Ta; «[xapriaç jaou ». oÛTcoç yàp si/^sv à'Ooç ").al£lv. ./.al T^zT-iv £X. ^£UT£pou 7.£y£i aÙTÛ* « val, val, yXkx alV/iv X'jxyjV £y__£i(; ». à 8e tzvXw tov aùrov àTTExpiO'/i VJyov. -/.al 'X£y£i aÙTw to 5 TpiTOV « x,al T;^-/] eI-ov (701 OTt oXkri'i £)(_£i.ç 7.'JTCYiv t( O'Jv [;-£pt[xvaç /.al GTuyvz'C^'? j Q'^"''- oi(^a<; oti ô Osdç Ittiv ô [X£pt.[;.vcov /.al (ppovTi{^iov TixT'/iç TTvovi'ç; » /.al £|£V£y/.aç £x, Tou /.o7>7vou aÙTOu àivo/.oy-êiov <^£'- ^(o/.£v aÙTco }iycov « tàoù £y£i; Tpiax,o<7iwv vo{X[G{ji,aTcov /.aTxXexTa, xoiviTov O'Jv Tr,v xarà Guv/îO£iav Sia/.oviav ». ei^jeIÔwv oè ô cj^^o'XaGTt/.oç lo £0-/;/.£ TO à7:o/.o[xét,ov £iç TO àp[;.àpiov, xal è^eT^Gwv où^Éva sOpe, /.al vîp^aTO àyava/.T£Îv /.aTa twv sv tû oi/.w Tcapaytop'/jçàvTcov xaT£>.6£'.v
TOV 77p£G&JT71V TTplv '/) TCOl'/l'(j£l EUJÇ^rlv. ol §£ ^l£ê£é'atOllVTO [/.eQ' Op/.WV
j7//l^£va £(opa/.éva!, to C'jvoVjv. /.al /.a'XETaç tov ocTiapiov rîpçaTo /.à/.cîvov È-iTï^./iTTciv (î)ç TraoaywprjCavTa àx£7.0£Îv tov ayiov. ôixoitoç 15 o£ /.al oÛTOc Ta aÙTa toîç xpÔTOiç à7r£l£'y£T0. t6t£ guvieIç £/. Ofiiaç ouva[7,£toç y£vov£vai tyjV ot/.ovojxiav, -£(7cov £-1 rpoGtoxov [/.£Ta oa- p. 371 /.p'Jtov ToiaoTaç* vpui «piovaç* « tiç £t[;.i 6 oi/.Tpo; /.al à[J.apTC'Ao;, xup'.£, OTI ToiauTa ot/.ovo[X£i; £iç £[7.£ TOV ava<;iov; »
3. — Kal yàp alT^OTe y^v.oLç aùxw tic, t-/iv TOia'JT-/iv 0'!/-ovo[i.iav 20 y£Vojx£vr,; Sûo y.ovayo'jç £(pr,G£V £'G£7v0ovTa; à£àco/.£vai aÙTw )(^pi)Gtou /.avviv TCo<7oV/;Ta. to? ^£ y.à/.£ivou; 7uap£/.àl£i TroiTjGai soyviv /.al àyâuviv [A£t'' aÙToO ^iyo'jGiv aÙToj" « £i; toÙç âytou; AtyuTTTiouç /.aT£7vû(7a|/.£v, àWy. TVi copa 8r,\oi<jov ». 77£'[7.t];a; oùv t'^ wpa ev tù [xapTupuo oùy £'jp£. /.ai £;coTr,'7avT£; to'jç £v toj [/.apTupuo ei, £ioov touç o'jo [7,ova- 2» )(^où;, àx£/.ptOr,Gav |j//]^ajxwc toutouç £wpa/.£vat,, /.al £v t^ xo"X£i ô|/,otw; 'Çvir/i''javT£ç où(^c'va £ijpov. tot£ o'jv cuv/îxev £/, ToO 0eoo 6au[J!.aT0'jpyiav y£yov£va: /.al £f^o^a(7£ tov Osov.
i. — "\7^>,ot£ ^3 TO'j TC160U £V w TO È'T^aiov Tviç Sairzvviç >,£i']^avTOç OEwp'/iTa; ô ■AcXky.o'.r-rç Ig/.suteto eÎ'TteIv tw [7.axapÎT-/i ilatou çpovTîSx 30 7:oi-/,c7a(70ai /.al £7:i"Xa06'J.$vo; Tcpo; /.aipov, to'j Oeoù ôoviyoOvTOç, tWn'yJiz §t,à yp£Îav Tivà £v tw /.E'XT.apûo x,al eûpiV/.Ei tov xpô oXiyo'j /.£vùv 77tGov x£77'X'/ip(0[7.£vov /.al 0" £p£/./£ovTa TO l'iaiov. TO'JTO o£, oùy aTTa^, à)Jà /.al 77oX7.axi; D.£y£ yivza^ai. /.al èXOcov à-*/}yy£iX£ tw £v âyioiç. /.al y.aTav'jy£lç £i^a/.pu(7£v, ÈT^u-riBvi ô£ oti àv/{yy£'.l£ tivI, Xéyoiw 35 (( èvcTvdoïicra; Tvi oiXiOVO[j,ou[7.£VY| £Ù).oyta ».
VIES ET RÉCITS d'ANACHORÈTES. 41
. 5. — TaOra ne ôiriyYi<7z[X'/iv, àosX^pol, 6au[/.îc(^cov tt/V to'j Oeo'j àya6oT'/)Ta, ^toç [a.i/.pà(; à^poppiàç \ai]j£'ki()iv Û7i:èp [xsxpov iia^éyei xà yapif7[7.aTa. xa'Xov oùv s>c tcjccviç rWa[j,sojç eTCiSsixvuaOai, ttjV sic à>.- V/l7>ouç (jufATVicOeiav.. . toû' Geoû ^'â^^-ov £7i:i)(_opyiyo0vTOç tîoÔç tviv £x.a(7Tou TCpo'Geaiv.
Le moine jaloux d'un de ses confrères.
1. — * 'Hv TTOxè [j.Qvayoq àvaj(^(op-/lTviç tuzvi» (^laxpiTixoç. xal * P- 371
TiÔele [/.sivai etç xà xs'X'Xia, x.al où/C £upt.c7/.£ Tupôç xo Trapov xax' îr^tav. r.v ^£ l/CEt ys'pojv £X.wv xzXkiov Tvapà [/-spoç xoù 7vap£/.zl£'7£V aùxov "kéycov (( d£'jpo [j-£Îvov £Ïç xo X£7^>.iov )) , y.cà à7v/i'X0£V. •/îpyovxo oùv 10 xivèç àf^£'X(pol xpoç aùxôv wç icpoç ^évov, (pÉpovxsç aùxw xo xax£uo- oo'j[X£vov ïva toçp£7v-/i6coat. /.al aùxoç £<pt.7^o^£V£i, aùxooç.
2. — Kal •/ipçc.xo 6 ysptov <pGov£Îv xal x.axo7^oy£Î'v aùxov "Xfiycov a £yto TToca â'xv) £yw £/,£i £v à(7/.7i(7£i 'TCo'XT^yi, x.al oùrnlç £py£xat.
Trpo'; [/■£, * xal oûxoç ô ÈTriOsxyi; oliyaç /i[X£pa.; ^y^^i ^•''-'' togoùxoi â'p- * 1'- 372
15 X.°vxai TTpô; aùxdv; » x.al 'X£y£i xcp [AaOvix'^ aùxoO* « uT^ays, £t7V£
aùxw* àvaj(_(opri«70v £vG£v ô'xi /_p£iav sjfoj xoD /.e'X'Xiou ». xal à7V£"XG(îjv
0 [xaOvix-/iç 'XÉyEt, aùxû* a ilTzzv o âêêaç [/.ou* Tcôiç £/£^; » ô ^è
£l7i£V (( ïva £Ù'y*/i ÙTTsp £[a.ùO' ». xal £7.6è)v ô à^£*X<po£; Tcpo; xov àêê'av
>,£y£i' « £Î7:£, TTzxep, ô'xi "^'XéTCw y.e'X'Xiov x,al ù— ayto ». iza.'kiv [X£xà
20 oùo •/i[/.£paç "kéjtv « y7vay£, £ITC£ aùxw Ôxi iàv ir/i à^ccyio^'/iri-fiq,
£yà> ï^yo[j.a\ Y.cn rz-êoclco c£ £v pxêow ». à7ï'^^^G£ r^£ xpo; aùxov x,al
>.£y£i aùxcV « TiXOU'jfiv 6 àêêaç [j.ou ô'xi àa6£V£Îç /,ai tczvu IutteT-
xai, /.al àTC£(7X£i'X£ \j.z £7i:ir7y.£'|acOai ae ». /.al \iyzi aùx(o" « £ix£
aùxw" oià xwv cùyCi'^ cou /aAw; syw ». /al àTV£pj(^£xat. /al "kéyu
25 aùxw 7r£pl aùxoù' « £t7r£V â'ojç xvji; /upia/Tiç, /al £/êaivco G£V/i'[j.axt,
xoO ()£0Ù ».
3. — Clq oùv •/i'XG£v VI /upia/T; /al où/ £Qrj'X6£, 'ka.^jio'j x'/jv pa'- ê^ov ô yÉpcov àiT'^'XQs xoù (^vipai aùxov. /al 7;£y£i aùxài ô y.y.^r,Tr,ç aùxo'j' a [7-£Îvov, TTpo'Xaêco £yô>j T^xxsp, [J//;77W.; £Ùp£6cO<7tV £/£Î XtVÈç
30 /al c/av^aXiOwn!, ». /al TrpoXaê^ojv X£y£i xoi yspovxi' « ùWj, o àêêà; [J.OU £py£xai 7rapa/a7^£(jai a£ /al }^aê£Îv £t; xr^v /£*A};av au-
42 REVUE DE l'orient CHRÉTIEN.
Tou ». wç ol vix.ou(7£ Tvjv àyx-*/iv ToG yépovTOç, ■fî\bev ai; à7ravTr,(jiv aÙToO, j^yA'Xwv aÙTÔi [i.cTavotaç aTiro [/,ax.po6£v xal "Xsycov « p//i T/CuV V/îç (1), xupi à^Sa, eyco £p-^o[J.ai. Tcpôç ttiv àyicoTuvYiV cou, x.al auy- ycopTiCrov p-oi ^tà tov x.upwv ». xoçl sl^ev ô Geo; tyîv èpyaGtav toO V£{o-£pou /.al x,aT£Vu^£ Tov àêêav aÙTOû. xal pivj^aç t-/iv paé^ov £to£- ^ y£v £tç TOV aTTTaGaôv tou y£povToç, >tal xpocpOsccaç aÙTov -/iTTCzcraTO, xai T.'K'/iya.yev elq to x£>>7.îov aÙTOù wç [j,r,^£v àx,ou(javTa.
i. — Asyei oùv ô yspwv tw [AaGviT-^ aÙTOO" « où^lv £l7V£ç aÙToJ wv EtTTov (Tot, ; )) 0 o£ eiTTev « o'jyi ». xai eyapvi 7:avu. iiaccycc- ytbv oùv TOV yÉpovTa àv£7rau(7£v aÙTov, y.al k'yvco ôti tou «^laêoXou 10
YIV 6 ^GoVOÇ, Xxl 7VpOCXt7UT£l TW [7.aG*/lT'?î aUTOU 'XÉyOJV « (TU [XOU £Î
TraTYip (XTiàpTi,, xàyco aou [xaGv;Tyi!;, ô'ti ^iz t^'ç èpyaaia; cou a[ ij^uy^al Twv à[^(poT£p(ov ècciÔvicav ».
Vie abrégée d'Euphrosynus, le cuisinier.
p. 400 i- — * Bîo; cuvTOjv-oç Eùcppocùvou [/.ayaipou. oûtoç ô £v àyioiç iza-
T-/ip •/îawv Eùcppo'cuvoç £v x(oj7//i Tivl ysvvviGelç xapà. tcictwv yo'vecov 15 x.al àypoiVaoi; àvaTpa^elç, ypa[x[xaTa [7.vi [;-£[AaG"/iy.wç, ào'xvwi; Taç ev-
TOlzÇ TOU GsOU £7rOt£l. SIC T£"X£iav ^£ (pGxCaÇ ■ffklY.ioiV TOV )to'(7{/.OV
à7:coc7.[X£V0(; Tïpôç xoivo'êiov £Spa[X£, to ^£ àyy£>tx.ôv y.al àytov ayri^xa. àu.(Lia.a^t\ç, T/jV tou ypicTou Ta7r£tvcoct,v £V£/,o7.7rw(jaTO wç oùS£lç à*X- >;o;, /caGwç TO xÉpa; £^£t^£. >caTa(ppovr,G£lç yàp wç iouotyi; à£l ttiv 20 TOU [j,ay£ipiou cppovTiSa [xovo; évEiricTeuETo, xal TzoXkki; [7-àv /cpuuTaç Èpyactaç y.aG' éauTov £'I7£t-/i<'ΣU£v, olov vvicTeiav, àypuiirvixv, irpoceu- y/iv, yajAauoiTia.v, Tvpo ^i toutcov xal [j.£T5C toutcov àya-rtviv xpo^ xzvTaç y.otl ijTCay.or,v xal capy.o; y.aGapoT*/îTa, àaxpuov oè àoizTvau- I7T0V, àfl yàp Tviv tou TCupô; àvGpay.i5cv pX£7ro)v val £tç to aùoviov 25 p. 401 TTÛp cuyy.pivwv y.al àvaTUTrtov où oU'kzi'KS, xocç 7ra p£i.àç tt'Xuvwv toïç r^ay.ouciv. •/icêo'Xwvivoç èï côv s/, Tviç tou [/.ayeipiou ^laxoviaç T'/i'v Te czpy.a x.al tov yiTiova £Ùy.aTacppovviTOç toi; Traciv iTuyyoï.'iZ'^ .
(1) Cod. (Txu).£t;, avec un deuxième X ajouté au-dessus du mot.
VIES ET RÉCITS d'aNACHORÈTES. 43
ovraç TOÛTOv [xei,ovw>; £ooi;aa£v. '/iv oà £v tw aÙTw xotvoêuo tcqe- cê'jTepoç eù'ka.ëéaxxTOç xal iixn-/]^ àpsTYi; à7ïpor70£r,ç, x>al T,7/J£v aùxw TTOxè â'vvoio. waT£ TrpoGOsîvai si^ 'kS.gccv Tr,v y.G7.riGi^ aÙTOû £v tciti. 5 ypovot^ Ô(jr,ç ouvzjJ-Ewç £ly£v È/AixapEÎv t£ to 6£rov -/.xl 7.£y£t,V* « x.upi£, ofiî'^ov [j-oi à "kéyzi ô Oeioç àTTOGToT.o; àyaGà à ■}\xoi]j.riGy,ç TOtç àyaTTcoGi ce ».
3. — Toutou ^à [j//] |7-ovov £vGu{/.yi9£VT0ç TauT-/iv ttiV è'vvoiav àT,!'
•/l'oYl /.xl TeXo^ XaêoUGYlÇ Tviç TOiaUTTlÇ SÙy^Ç X.a6£UO0VT0Ç aÙTOU £^
^^ TÔi /,);ivi^uo aÙTOu, ■ôpTCxy/i ô vouç aùxoO xal £Ûp£'6-/i' £V 77apao£ic7co olov oij^£7t:ot£ out£ aÙToç etS£V 0'jT£ oiXkoq Tiq ^eoiaccG^cci vi^uv/i^-/). £lj(_£ yàp oe'v^pa n:o).là /.al iroixiT^a xai TCa[;-(X£y£Or] x-xi -jvaaviç o^|;£wç TrappïiTvT^ayjxsva. "£y£[j.ov ^à xitavra tov xapuôv uxèp tviv twv cpul- Itov x'Xvic[xov/i'v. TOiouTOv ^£ xxpTTOv dyov £'j^pouv /.al £Ù[X£y£6yi xal
15 suoTi^ov côç [;!,7i^£'7roT£ ppoToî'ç ôexG-flvai ToiauTa. ùttoxxtco c^£ twv ToiouTtov ^sv^pojv uf^xTa TCoT^là 'l'uypx xxl ^lEt^ÉcTara xai irav £t(^oç
[AUpifTTl/CWV £X,eîC£ TC£(pUT£U[X£VOV "/IV. TCXCa 0£ £ÙOJ^ta £K£iO£V £^£- x[£[x]7r£T0 ô)q ho'AS.l'^ TûV écTTCOTa £V XOlTÔivi {7.Up£(|^t/-W OcGpOCOÇ eiCTC'/l- •
orlcavTX. £V toutoiç tôv ^ievoeTto X£ycov « àpx xivoç ô tvi'Xdcoùtoç 20 Tîapx'èo^oç y.ai (poêepoç xxpa^e'.TOç xxl ti; o toutov cpu'Xxcfjtov ; » y.al wç Taûra xxO' éauxôv è'T^eye, ^léizei £V to) [7.£(jcp écTWTa tov Eùçpocuvov £X£Î'vov 7C£pl OU vi[xtiv Ô T-Oyoç, xxl coç eio£v xÙtov è^£- TïXzyvi x,al cpïiGl xpôç aùxo'v « ti xoietç wo£; » ô ^l (7->cy£t.poç Tupoç aÙTOv £l';r£v (( £1 Ti Tuoulç, 0 TraTTjp [xou, xàyoS ». o t£p£Ù^ d-Ke'
25 C( TIVOÇ ô 77apaO£l'70.; OÛTOÇ; )) ô EÙ<pp0C7UV0.; HTÏB' (( TOU 0£OU ».
■/.xl TTz'Xi.v 0 îepeuç* « xxl xi; as vîyxysv IvxxuOa ; » ô oè àxsxpt- vxxo" (( ô'cxtç Tcavxwç xr.v àyiav ^j^uy^TiV aou y.à[7.£ ». xal ttx'Xiv ô i£- p£Ùç xpô>; xùxo'v * (( syco [jiv, àc)£}^(p£, ôiç y'.v(orr/,£t(;, £i xxl àvx^uoç, * p. 402 'xkV oùv xal Σp£uç £Î[7,i /.xl où xwv TCoT^lôiv àX>.à xwv Èxicpavcôv, /.xl
30 où xouxo [j.o'vov y.W TiO'/] crr,[X£pov xpixov ypovov TrexT^Tipcoxa [x-/] /.opé- Gx? XTiV /.oi>.{av [7.0U [j//i'x£ xpxou [;//ixe ù^xxoç, [7//{x£ xoïç {i^Eipapo!,; [7,ou vuaxxyi^-ôv f^ûùç [7//i^£ scvaTCauTiv xoTç /.poxa(pot(; {/.ou /.xxx xov [;-a/.apiov TrpocpvfxTiv , cù-V xsl vu/cxoç xxl •/ip.spx; £àed[j(,7iv xou OcoO OsxcracGxi [J-époç X'. £Q (Ôv •/Îxoi[7,xg£v 6 Geoç xol^; àyaTTÛciv aùxov, /.al
^-"^ ùîoù [j,o)^i.; TilGov ÈvxxOOa /.al r,9£>.ov [7.a6£îv xapa xivoç £l oùxo^ £(7Tiv ô £xoi{/,acGet(; xo'xoç xolç x^/axcoçi xov Gsov ». o r^s Eùcppocuvd^
11 REVUE DE l'orient CHRÉTIEN.
•"pyici Tipoç Tov îspea" (( h,'i'i piv, tîixie TTOCTep, w^ yivcôa/ctr, à[7jj-/iToç
Xe'yei o aTrocTù^o;* « z o o'^ÔxXjj/j; o'j/. eii^e /,xl ô o-jç où/. Y,y.o'jc£ « xal £7rl /.apr^iav àv6pw7ro'j oùx, àvéêr, y. •/Îtoi[xx'7£v o Oeôç toîç àya- « TTcorjiv aÙTo'v ». eTTSif^/j ^è vî[xeîç [xt,x.pov ti Tzy.^t^iy.noL^tv éauToùç, 5 £vex.£v Tviç TO'.auT'/iç ÛT:o6érjzoiç i^^oiayj^j.ihix [i,£poç ti £^ otv ô (izhq -/ÎTor (7.a(7£ Totç àyaTCwciv aÙTov y.al */îjxaç Tiavraç (3£êauov xal tov àxo'- CToXov àV/;6-^ çpu>.àTTcov. où yàp (^uvaxai tiç £v Gapx.i wv tt'Xeîov ti GEctcaTOai ». y.al ô TrpEGêuxepo; waliv irpoç aÙTov « xo zTra^ pjvov '/jT^Oeç ÈvraOÔx -^i xai alAoxc ; » ô Eù(ppo'ai»vo? elTvev' « èyw yzptxi Ôeou lo àsl àvTaOÔa (^izyw ». y.al ô Σp£'J;* « x.al Tt ipya'C*/) woe £pydp.£- voç; » EùcppoGovoç £t7r£' (( (pu>.a^ £Ï[;.l twv évTaOôoc ». ô Σp£Ùç eIt^e* « y.cà 0 sàv xïWtw aoi £/£i; È^ouctxv ^o'jva( [j.oi; » ô Se a7rey.p1- V£TO' (( il ri Os'Xeiç aiTTiTOV, y.al otocoiy.i goi ». y.xt «pYi^i rpoç aù- To'v (( 00; [xot, Tpia ey. toutwv [XTiltov ÙTro^Ei^aç aùxà. t*?) /£ipt' »• 15 ô oÈ EÙGstoç y.o'-j'scç Slocoxev aÙTw rpia i/,-^la, Osiç aura eîç àv pipo; ToO ';ra"X}a'oi» aùxou. Ti^av yàp [X£yz7^a aço'r^pot xal eùsi^-^ xal ^ev/jv • eùwotav £>tTC£y7rovTa, y.al T£0£iy.coç Tr,v y.£cpa.'Xy;v aÙToO Itu/.vw tojv [;//i},cov (bcrçpaivETO ày.opÉGTcoç.
i. — Rai w- Tauxa ojcçpaiveTO '£(p6a'7e tÔ (;'J'Xov t'^ç àypurviaç, 20 y.al (jUGTzy.abd^ £^oy.£i ovap P'Xétueiv ô 7rp£(jouT£po;, y.al à7r7.w'7aç t'/jv p. 403 eùwvu[7.ov* Y£Îpa aùxou £c;(o tou Tra'X^^iou éy.pzTVj'jc xà [AYi7.a a'!GGr;Xt6ç, y.al £^£(7xr,Gav ai çp£V£ç aùxoij. OeIç r^k aùxà £U xo y.T^ivif^tov EÙ^p-jok Èay.ETïaGE, y.al yj.zico!.^ x'/iv Ôupav £Çr,'XO£, y.al aTTfiT^Ôojv £i; xô GxaGioiov xoù [xayEipoi» £Ùp£v aùxôv écxioxa y.al xviv «py/jv xr;? ào^o"Xoyia^ 25 7:poG[7-£Vovxa. y-al TrpoGiwcCwv aùxio 7^£y£i' « xov Ôsov gÙ, avGp(077£ xo'j Geou ov àel f^ou7.£'J£tç, ô £pwxô) COI à-nroy-piGïixt p.01 ». 0 oè 7:poç aùxov
£Î7U£V « £'l7w£, TTaXSp, £1 XI y.£l£'J£i; ». 0 UpE'JÇ "X£y£l- (( XO'J VIÇ XaÛXV)
x-Ig vuy.xl, r^tà xov x'jpiov àvzyy£i7^ov p-oi ». 6 ^s àTC£y.pivaxo* « iy,zi •/î|7//iv, Trzxep, oTTOu [X£ £up£ç ». xal — x7.iv 0 Σp£u;* «. y.al -oO g£ 30 £Ùpov, SoO'Xe XO'J Gsoij, àvayyElVjv [7.0'. ». ô Eùippoauvoç eIttev « £v xô) xapa^£iG{o w zlèz: ». y.al ô [£p£Ùç TuaAiv xpôç a'jxov « y.al d 7.\r,bri "kéyeiç, zi [j.oi 6i8viy,y.ç] » ô Eù(ppoGuvoç £It:£* « xavxfoç £l' xi -/iXTiGaç ». 0 8ï Σp£Ù; TïpocTTEGwv "xapEy.yAEi aùxov lÉycov (( ôpy.ii^w g£ xov OeÔv, XI <70i */îx'/iGa; » ô ^£ à77£y.3ivaxo* (( xpia [7/ô7^a T,x-/iGa? y.al oi^orAx 35 çoi ». y.al 6 p.àv UpEÙç (ialôiv (/.sxxvoiav à7;Yi>.6£V eî^ xov xo'ttov aùxo'j
VIES ET RÉCITS d'aNACIIORÈTES. 45
£Ùco(^Lotv SX ToO xa'XT.iou atc6o[7,£vo; aXko; tc, aXko'j syivsxo.
5. 'O EÙCppOCUVOÇ r^2 ï(JTaTO ^xXkiùv coc, "/_0è^, /.al TpÎTnv
•Â[J.£pav T6>.er76eii7y;; ^è t"!^'^ àypuTrv-aç TCpos^sT^Owv ô Tûpedêurepoç l'iaês
5 Ta Tpia [jS/Çka y.ai £ir;ri7.Ô£V £v Tto vato I'ti T(Ôv ào£Vp(iv £/.cra£ (HJvyiy[j,£vcov, /.ai «pviGi xpo; aùro'jç* « E'j^aaÔE /.al cuyycopvî'caTE [j.ot, 7raT£p£ç àyiot, [7.apyaptT-/iv 7roA'JTt,|i.ov £yovT£ç £v tco {j-ovaiTTyiouo •^[xôv Tov /.'jfpiv Eijcppo'cruvov /.aTaiçpovo'j[/.£v aÙTOv 7ravT£; (oç àypziy,- [j.aTov, /.ày.£Îvoç X,^-?'"^'- ^^^^'^ vJTC£p£/£!. Tcàvraç •/î[7-àç ». tcov ^è £77t[X£'Xw;
10 £7vax,poto[X£vcov £^viy/i<7aT0 xavxa /.aOà).; £Ïp*/i'Tai. ÛTTO^ei^aç ^à aÙToTç xà jj.rfka. ■7:'kiiov va toutcov siziaTVJGxv aùrov. Ticav yàp, w; TrpostpY)- Tai, £^ct) T^^ <p'j(j£Wi; TravTo; ijM'Ko'j tou /.axa tov /.ogixov (p7.ivo[7.£Vou èv [XEylGfii /.al /poiz /.al £Ùcooia. £[7/pop7iO£VT£(; r^è Travxsç t'^; fiùoK^ia; TCOV ToiouTtov [7//i7.(j)V aivov os'^w/.av tw 0£S). xoîj/avTE.; Sk ic, aÙTwv
15 <^£^tf)/.av TOK àcO£voij(Ji, /.al E'jOs'coç * ttxvtsç lc/.br,GX'i. ru §£ Xotuà * p. 404 7v£77TOfX£ptcavT£ç /.al £v àyûo 8iay,oi iijfjx^rjvxi; ^là '/ji^o; to'j 7:pop'/i-
ÔSVTOÇ 7wp£<7êuT£pOU TÙU Ta'JTa â'TTOX.Of/.tGaVTOÇ T'^ 7Tapay.'X-/i'G£l TTZVTCOV
{j.£T£"Xaêov a7TavT£(; ttlgtsco; £V£/.a, wç '/l^vi SC aÙTÔÎv {)yta"!^o[X£voi f^tz
TO, ôiÇ £tp-/iTai, £/. TOU ^cTTCOTl/.oij Tû0l.0y.Szif70U chÙtcx. £^£V/i'XuG£vat,.
20 6. — o o£ Eù<pp6(Juvoç £>c£Î'vo<; {;.zy£ipoç, tou 7up£<7ê'uT£po'j àpça-
t7-£V0U TaÛTTlÇ TT,; <'HViyr,G£{OJ, TTZVTCOV S" t[J-£};Û(; £/.£ÎG£ TTpOCrîpajy/jVTtOV
/.XI (ô; à7;"Xa j^piGTOu EÙayyalia £TCaxpo(«>{/.£'vwv, àv'jt^a; t-/iv rrlaysiav O'jpav T7ÎÇ è/.>cV/)(7iaç è^-^IÔe, [7.vi cpavelç xojtcote [-«.éj^pt Triç T'/iyspov
Ç£'jytOV TVjV TWV àvOpCOTCOJV «^O^aV. 7ip.£tÇ Sa TaUTO. à/.OUG'a.VT£Ç £V [X£-
25 yà>.Yi £/.77l-^Ç£i y£y6va[i.£v, ^o^à'ÇovTSç xal £Ù};oyoijvT£; TCaT£pa, uiov xal àyiov irvE'jjj.a, vjv xal à£l xal £t; toÙ; aiwvaç twv aù-jvtov. à|r/iv.
Nicon, père du Sinaï, accusé à tort de fornication.
1 . * '4à£*X'p0Ç '/ipcÔT'/li7£ Tivà TCOV ITaTc'pCOV "kéyOi^ OTl « 77Co; 0 * p- 437
fJiaéoVj? <p£p£t, Toù; 7r£ipa'j[j,0'j; £7ïxvco tûv àylo)V » ; xal 'X?y£i aÙTw d yépcov oTi r,v Tiç Toiv 7waT£pcov ov6p.aTi. Nlxcov £iç to opo; to S-.va.
46 REVUE DE l'orient CHRÉTIEN.
y.aî Tiç aTTslGcov zlq Gy,riV/]^ xivo; çapîcvtTou vtal sùpwv x'/jv Oûy-arepa aÙTou [xov7(V ETTSTs [j,£t' aÙT"^;. x,al 'Xsysi, aùrr,* « zItzI on 6 àva.- ■ . y(_cop-/iT-/içô àé'êa; Nr/,wv £7ror/iG£ [xot touto ». -/.ai vîvixa rj7.0£v à uarvip aÙTviç /-al £[/.aB£ to 7:pây[i.a, Xaêcov to ^i<po; HGÎrfkbiy £7rzvco toù yÉpovToç. xai /.poucavro^ aùxoG £^rAÔ£V o yÉpwv. £>cx£iv7.vxo; oè aùxoû 5 xô ^t(|>o; l'va cpov£U(j-/i aùxov, àTTE^u'XojGvi vî j(_£lp aùxou. xal cctteXOcov ô (pxpavtXTiÇ £Î; X71V £)t"/clvicriav £t7ïe xot; Tcps'jêuxepoi;, y.al £77£[7-i|;av It: aOxov, /.al r;l6£v o yÉpwv. /.al £77i6£vx£ç aiixw 770*XXàç xV/iyà; rI6£'Xov ^wô^ai. /.al 77ap£/.a"X£'7£V aùxoùç )v£ycov « acp£X£ [X£ w࣠[j-exavo'^aai ». /.al sycopwav aùxôv xpîa â'x'/i, x.al âowxav £Vx67;yiv iva [xr;0£lç aùxw lo xapaê/A'/). xal £770r/iG£ xà xpia â'xrj £p/oy.£vo; /.axà /.upia^c-^v xal tjLexavoûv, 7rap£/.a''X£i 'XÉywv « e'jçacOE ÛTirèp laoù oià xov xupiov ». 2. — "Ycx£pov ^£ £^aip.ovtaO-/i o 770i'/fç7a; x'/jv âjj.apxlav /.al pa7iov xov 77£'.par7[xàv £7^avoi xoO àvay(op'/ixoO, /.al co[j.oXoy*/i(j£v stç xr,v s/.- 15 xV/iclav dxi* (( £yio £TTOiviGa x'/iv à[jt.apxiav, /.al eiTra t'va G'j/.ocpavxriCrv) xov ^0'j"Xov xou Ôeo'j ». /.al ztûeIÔwv 7rà^ 6 ^^aoç [xexevovias xco y£- povxi 7^£yovx£ç' « <7tjyy(^wpyi(70v 7Î[J!,î'v, àêÇâ ». xal 'Xéy£i aùxoi"?' « xo piv Guy^iù^-riCOLi cruvx-sjç^wpvixai u[xTv xo ^è [xeîvai, où/, â'xi [j.£vw ^eO' Ojxwv, oxi oùy lùùib'ri elç £^ ûfJLtôv â'ywv oia/.piTiv xoij (jUfJ-TraOxaai 20 |xoi ». /.3(l oOxwç àv£ycGp7j(7£V ô yÉptov ÈxsTÔfiv. /.al eîtte- « OîwpsTç w; d ^laéoVjc ^£p£i xo'jç X£t,paa[;.0'jc £77y'vo) xcov àyuov » .
Le moine, ancien préfet du prétoire, qui se faisait passer pour un ancien esclave, p. 504 1. — ^EiTTEV ô àêê'aç 'ItoG-/i(p 0 xoO fl'/i'Xo'jcto'j ôxi /.aO'/',|X£vo'j p. 505 u.oO *£iç XO opo; xo S'.va, r,v à6£'X(poç £/.£t /caT^oç àc/.y]X7iç, àXkx xal
£Ù£i'^'Oç xw Gwy.axi, /.al -nr/^zzo £1; xr,v Guva^iv çopwv iroTv'jpacpov yi- 25 xcova xal y.ixpov f7-a<poûi.ov Tra^.aio'v. xal buooù aùxov xaGa—a^ o'jxwç £pyo'a£Vov £i; xtiv iAy.\'riGiy.v, xal "Xfiyw aùxw" « ào£l<:p£j où p,£7r£tr xo'j;, -Traxssaç — coç à'yyiVji £igIv elç x-/;v auva^iv xtiç :/.x')//iGia;; ttcoç c'j TcavxoxE O'jxwç sp/."/;; » 0 o£ £<prj* « cuyywp-ziGOv [xoi, abba, 0x1, oùx â'yco a'X'Xo » . xal 'Aaêov aùxov £v xû x£a7;Uo aoi», xal è'owxa 3o aùxô T^fiê-^'xova xal il xi alT^o ïy^pri^Ev, xal r,py£xo £iç xr,v cuva^iv oopwv, xal -/iv ù!)£Îv aùxov w; ayyET^ov.
VIES ET RÉCITS d'aNACIIORÈTES. 47
23. — 'EyévsTO 8ï X.^s.iix xoiq ■Kaz^y.Gi'^ oinek(foùq àxoGTsî'Xai xpoç Tov ^aaïKécc y.cà e<|yi<pi,(7X|X£Ôa y.cà aÙTOv. ô oï ôiç rlxoijcs, rapeKa'Xscs TO'jç xaTÉpa; 'Xsywv « c)tà tov xuptov cuyytopvfGaTe [j-oi, oxi bou")>.o^ £Î[xi Tivoç [j.sya'Xou èxst, xal sàv yvwpiVi^ [A£, à7ro(j^vi[/,aTt^£i [X£ y.al
5 <p£3£l [J-£ IzéXlV sic TO O0u'X£U£lV aÙTÔJ )) . [J.£Tà OÙV TO 77£lG6viva'. TOÙ^
TZXTépcc; x.al (7uy/wr^'(7a'. aÙTco, uuT£pov xocpa Ttvo; àx,piêcô^ Itzi/ïtol- f/,£vou a'jTov £|7,aOo[7-£v OTi 0T£ 7]^ £v T(o y-0(j[x:o, fixap^oç 7rpa!.Tcopuov ÛTC^py^E. /cal ïva [7/Ài yvcopiaO-^, x.al ô^V/iTiv s-jp'/i £/, tcov àv9pfo-6Jv, TOuTo TrpoEfûxatTaTO. ToaauT'/i yjV cr-O'ji-V/i tûv TvaTspwv (pE'jysiv t'/iv 10 oo^av x,ai t-/iv àvxxauGtv tO'j /.ogiaou to'jto'j ^tz rriv xooç 0;ov ày /.TC-/1V .
15
L'anachorète Paul qui, s'étant laissé tromper par le démon, va faire pénitence dans un monastère de la Thébaïde.
1. — *r£yov£ Tt; ITauloç £v ©viêaiSt (piloirovot;, ôç 7i>to>.oijO£i t-^ * p. 505 àyi'a £;cx,>/icia -/ly^epaç x,al vuxtoç, xai t'/jv }^oi7V'/}V aùx-^ç à/.oXouOiav C7rouoz(^ojv éiTcTsXsi. îoovTSÇ o£ aiiTOV 0'. crùv aÙTW cpiloTTovoi };£you- civ a'jTw* (( yjjpt naOXe, o'jt£ yaveî"!? £)(_£i;, out£ yuvxTx.a ÔeXeiç ^aêfiîv, f^iaxî où y'v/i y,ova^o'ç; » ô ^ï Xs'yei aÙToîç* « xalôç axaTS, ûxzyto xal yîvo|7-oci i^j.ovoLyéç » . ocTZS.'kBiùV oùv -riOvy^oLGev dq -/.eXkiov [xovoç Tïi ài7X.'/,G£t /.al ToTç XoiTuoî; ttovoiç cyykx^tov . -/jv <^£ tti yvwy.Yi à/.£pat6T£poç.
2, — ToÛTOv ïocov 0 Trovvipo; à'a,;;j.tov toioûîtov scpàvra^Ev aùrov
(j)ç oiyyzloç Tirpolsycov Tivà zaï j(^l£uz(^cov aùxo'v. * wç ^è â'yvw o 8x1- * P- 506 jj,wv ÔTi e^£i a'jTÔv {)7r-/]'/.oov Isysi aÙTCc « 6 yoKjzoç ioxaHv.q cou Tf,<; 7ro}^t.T£''aç £py^£-:ai Tupo; crà a-jpiov Soyvaî coi. yxpicax '7ro)aT£taç. cù oùv £Q£>.Ocbv £■/, Toù /«eaKou xpoc/.ùv/icov aùrÇ) xyà 'ka.ij.^oivziq tô 25 y apicy.a, -xal xxT^iv £ÎC£p^*/i £cç to )C£X>^iov cou » . tTi k^rii; oùv é^vilBsv £)c TOÙ /.£XXtou y.otl pX£TC£i TCapxTa^iv côç àyysXoJV >.a|j,TCa^-/l(popcov -/.al TOOy^ôv irùptvov, xy.l Iv ;/,£C(;) toù xpoyoù cyviy.aTOÙy.svo'v Tiva, ov ÛTCsvovicsv Eîvai TOV ypiCTo'v. tô; as sy.sl'Xs yjj.vy.i tov aùys'va sï; to 7vpocx,uvYicai, £ÙO£œ; àcTpayaAoç /stpôç (>{^tociv aÙTÛ ozxtcaa xat
20
48 REVUE DE l'orient CHRETIEN.
(orôvicrsv auTov dç Ta àiziao) ha y-Yi TirpoG/tuv/ifT'/i, xa.1 tcscwv etç Tr,v Y'flv Tioocéaj^e xal oÙ/,£Ti toÙ^ );a;j-7ua.oriCp6pou; iy,v.wo'j; siàsv oùos tov TDoyôv Tou TCuodç. TOTE siriyvoùç T'/]V y^^^EUTiV TOu ôaîy.ovoç S;X£tV£V èv TÛ aÙToJ TOTTTco Y.XyJxov ÈttI ouo vuyG"/i|X£pa >,£ytov ÈvwTirtov Toij ôeoû" (( 017.01 TÔ) àaapToAw, ■riiJ.y.^T'ny.x y,al àTrwAeTX Tuacrav ttiv {^to/iV aou, 5 x,al Ti TiroiTiVio où/w, oio X » .
3. — 'Hv f^è à)40uà)v £v T'^ àvwTspco 0-/iêai6i, yépovTa àvajç^wp'/i- T'/iv àxo ypovcov ttoT^Iûv y.o'vov iv àypcp (^tzyovra. x.ai sêou^^sucaTO aTTï'XBEÎv TTOo; a'jTOv xal àva^IscÔai aÙTw toc GuaêzvTa a'jTÔi. w; oè s— V/icia<7£ Tw TOTTo) Too àyîou ptTCTEi a'jTOV £xl 'Mikiav ilç tÔ â'oaooç lo y.Aaûov xal T^éycoV « ■ri[J-y.^x-f\y.cL , (7uyj(^t<')p-/l(7ov |7.oi xai Eu^at ÛTvèp £'j,o'j ». ô ^£ y£piov £xpa"(ev a'jTÇ)* « oùx àiz^iyri w^£ /)^£uvi tojv ^ai'xovwv; vz/i Èrvicviç w^£ », iu.^ovjxoij.t'^oc (li aÙTw. ô oè £TC£a£V£v £Îç TO £^a(po; /.£t[j,£voç xXaîcov. cu^-TraO-ziGaç oùv aÙTco ô àyioç "Xs'yEi. a.ÙTÇ)' (( £t àTTvilGsç [j.aGîî'v T£yv/iv TTiv oiav oyi'ttote, oÙx £i/£; 7:po; 15 T£^viT7]v àTC£)vG£ïv xal jj.aGEîv Ta T'^ç T£yv/iç; cù Se à';r^).G£ç éauTÔ xaTa v.ovaç ot/.(ov y.al ;x-/;o£vl Ta xaTà cEauTov àvaOÉjxEVo; ; xal £'! 7//; 6 Gsoç ifjO-ri^riCi cot xal vî ^E^ià tou àyiou àyy£7.ou, xpo(7£Xtj- VA^aç àv Tw ^aiy-ovt xal tov voûv cou àTutoAEcaç, xal £tX_EÇ TTEpiz- p. 507 ysiv Txq Tzô'ktiq * wç Et; Ttov ^at|xovi{^o;j-E'va)V. àXT^à to'j Aoitïo'j eu- 20 yapicTviGOV tôî Geô tco poviGr^cavTÎ <>£, xal oEÛpo eI'ge'XGe eîç to xoivoêiov ». •
A. — Rai >,aêà)v aÙTOv ô yÉptov Etç ev tcov xoivoêtcuv 07i€at()oç, xapÉGETO aÙTOV tw àêêa 'XÉytov « ^o; aÙTÔ to y,ay£ip{ov IV/î (^ ,
ïva rîoDls'JCri TYi' EVToXvI TOG ypiCTOλ xal GEpaTTEUCYl TOÙÇ àoEl^ouç ». 25
eItiï ^e tco TTa'jAto o^r « y.sTà ÉXTa IV/; Ep^ojj-ai xal Aa)vto goi ». 7rA-/ipt6(7avTO!; os aÙToG tx ÉTiTa et?) yAOev ô yÉpwv xal Is'yEi toj àéêa' « ^o; auTÙ x£l)>iov È'^to toO xoivoêîou ». (l'yo-jci yàp Ta xoivoota Tïiç ©'/i^aiSoç [j.ixpà, àvaycop'/iTixà XE^Xta, iva ÔTav yvipicdWTÎ tiveç TV) à(7X7j(jEi £v aÙTOîç ^làycodi Txç TTEVTE '/îaspa^ TTi'ç sê^ojj.ai^oç' tÇ) 30 ^è caêêicTW xal t*^ xupiaxY, EÎcEpyovTat £t; to xoivoCiov |j.ETà twv
à^£l(p(Ov). xal ELTTEV ai»T(p 0 yEptov « 7rOt-/l<j0V ÉTTTà ET'/l O'.XÛV £V TÔ
àvaycopviTixco '/.û.V.io xal ïpy o'xai xal ^va'Xw coi ». ox; ^^è xal TauTr,v T*/iv EVTO^/jV E—AripcocEV , TiXGev ô yEotov xal lÉyEi aÙTÔi ô àééa; llaO-
(1) Cod. È(ji.êpi(Aoû(iEvo;.
VIKS ET RÉCITS d'aNACIIORÈTES. 10
Irjc,' (( TixeT^eusiç -oi'/;'i7<«) ; » to'ts Xéyii y.ÙTw ô yspcov « où-/. Iti ;j.o'j /osiav £Y£'-?" TO àyiov xvEuaa t6 ot/.ouv sv toI c^i-ox^ei cre xavra », 3. — OoT^V^ç oùv Tiy/?iç. YSVO[/,£'v/iç aÙTÔJ SX Toû Vjyou TOUTO'j scpuysv £iç cY.Yixry. è);6ovTsç (^s oï to'j /.oivoGwu TCpo- aÙTov tzck.^xy.cjIgxvtî: ■^ aÙTOv slaêov aÙTo'v, ocTrs'XSovTo; f^s aùroO y.y.! Tr,ç T'-aYiç irXsovai^O'JcrT,;: aÙTco Tuapà T'?i; àrîe7.<poTr,Toç, -zXtv l'fpuysv eiq Gv/fix-riv. [j.eivavro: (iï
aÙTOÛ £V TW £p*/f[i,W Tviç 'j/,"/i't£(0^, CUVi^yt] £[X£ )cxl a*X7.oi»^ TosTç TÔiv
xaTî'pcov xapxê'aT^fiîv aÙTw, £v o'i; '/iv o àêêa? f7/j'j 7:p£'j€ijT£po; àvvfp.
ouT£ àpTOv o'jT£ /'jTpav o"jT£ aX//. Ti TCûo^ T'/iv TO'J 'Twy.aTo; £l-/_£ yoeiav,
10 à^^V ojç £'7i£'.(j£v '/îi^.a- 6 y£iTcov ocÙTOU ("Tirpô^ aÙTOv yicp iizoïTiaaij.i^ tt,v
V'Jxxav £X,£IV71V £X, ToO /.OTCOU T"^(; ÔOOO) , OTl 6 àêêx^ OaùXoç ÔTTOU à7rT,pj(_£T0 OÙr^èv £ly£ TOU X.0'717.01) TOUTOU, OUTt £pyo'yf£ipOV £/.paT£t. OUT£
(ji.ê>.iov, ouT£ Tivoç £y£U£TO ikç "Khit •/î'j-£paç, * Y^v oï x,ai [J.iyy.; tw
TWJXaTl, £t,'-770|;,£V (^£ TCO àosXfpÇ»' (( TU oùv i^XOTùC^O^ £•/. TOÙ '/.ÛCkiou TOU
^"'' ^i.à TYjv àyy.77"/iv wv y^ziav £yo[7-£v, ïva £up(of/,£v [i.£Ta'Xaê£Tv Tupôç tov x.a7.oy/ipov ' ». i^jxaxxÇs.'J oùv Ta; y^Z'.y.ç, y.yj. •?iXG£ [jleÔ' vîaoJv T^poç
aÙTOV. ÏX£y£ Ô£ •/ip.l'v ÔTl (( oÙT£ ÙoO)p £ijy£ 770T£ £V TW ■/.zWioi xSj-r/j.
Trapaêa'Xo'vTwv i^è aÙTwv tcot£ tivcov èv tco xaipôJ toO x.xù[i,xToç rUà T'^ç 77xv£p-/ifxou Y.cà T^âvu àn|;covTCov, (/.'/i s/_wv ù<^wp G T:\xyyy iG^^ûç àvx- 2^ GTîcç Tiu^aTO /.ai £•/. TOÙ xapxooi^ou £tco'//)(7£v ù ()£o- ùôwp ïvhx ry sùyo'- [j.svo; 7.7.1 TTiovTsç /,aT£^|;uç,av ». à77£'X06vT£; oùv /.al àTTTacrajJLJVot. aÙTov xal £Ù<ppavO£VT£? £771 T'?i xpoTpo—Y,' auTOÙ /.a!. £-1 TOÏç /.aropOojjxaTiv,
£Ù7.0y/lÔ£VTeÇ ij77£'7Tp£'i^a[7.SV EÙyap'.GTOÙVTô; TCO 0£W TOJ fJO^ZTaVT'. TOÙç
£iliy.pivcoç laTp£ÙovTaç aÙToJ. oç /.al '/iiv-aç ài;itÔT'/] ' toîç ïyyzai twv 25 sùaoETT'/TjavTojv aÙToi à/.o"XouOoùvTaç xuyvlv Tr(<; a-lcoviou (^covic.
Miracle opéré par l'abbé Marcien ou par l'abbé Théodore, et qiio clianin (les deux refuse de se laisser allribuer.
1 . — ■ * E'.Tûi Tiç TWV TraTï'pwv TC£pl TO'J ào€a Mao/.tavoù toù sv Tr, âyia B7,0'X££[7, Ôti TT/.VTaç èçe'^ohoyii EiTîpyoy.svou; £;ç aÙTOv, aa'- );>.(7Ta £v Toî; Èy/taivioiç, £V ol; G'j^ièr, tov àooâv ©soootiov tov /.otvo- fiiy.yyry tov [Asyav Trapaé'aAeî'v aÙTw, £Trav£pyoy.îv(;j à~Q ttÏ; xyiy.ç
1. Cof/. y.a>,ôyr(pav. Un grattage a changé l'a en o. — 2. Corf. à;iu)'îît.
ORIENT CHRÉTIEN. 4
'.08
p. 508
50 REVUE DE l'orient CHRÉTIEN.
Tro>.£(D^ [Jt-srà twv i^ûov [xaO-/îTùv, /.al iGrr/.s TpzTTs'Cav /.arà to eOoç, €oikm £^|/r,fi.a <paxoO xal Tp(i)^i[j.a\ xai Ta (/,'jia/.ia. coç 8ï l'jJLEivav fjMxpôv, x.al oùoa[/.oG apTOi, 'Xéyei toï; [j,a6viTaî'ç aOroO ô àêêaç 0£Od6- CT'.o;- (( où ^xkv. ^j;to[x{a; » ol ^à sîTrov (( àpa £i £''"/£V, où/, àv ïêaXs.; » xal >.£Y£f (( £p£UV7Î(7aT£ Ta SiGpcîtia, /.al Ô(jOu; apTOu; eG^ete, TvapâOETE ^ £Îç Ta; TpaTTs'Ca;, y,cà [J-z-ol to yEucacrOai, TTOiyifjavTEÇ £Ù/r,v avto £Ç£l-
2. — RaT' or/.ovo[7.{av Gsou ^^oaéjjôi ô âêêaç ©EO^oTtoç tov Trwywva TO'j àêêà Maû/.'.avo'j, xal )^£Y£t. aÙTw' (( xou 7^sy£iç oùx, £5(_0ij gîtov, i(^où w^£ Giroç xpuTTTo; ». [j-£Tà oùv T'^ç Tip 0 cr) /COU G VI ç aÙTw y.yix.~r,; t:i- lo GTEUGaç, oi8v. tÔv x.Ôx/.ov Tto /.ElT^apiT"/) T^Éyœv « xve'XOe pî<];ov aÙTOV p. 509 Eïç T-,ov GiToêolôJva * xal -/.T^Efcov ». 6 ^è •AzXkoi^iT'/i<; ûtuo OsoO /.'.vr,G£lç (XTr-fl'XOE y.STa r^ixEca; T7îpr,<7ai £Î; tov ciroêo'Xàivx tov -/.o/.y.ov, /.al Oî'lcov àvoi^ai TOV ciToÇoXùva, £'jp£V aÙTOv [aecttov ctîtou, wtte y.vi S'JvacÔai àvoiyvîvat Tr.v Bupav £Î [xyi jj-etz Pta;, xat opa[;-cov àuvi'lOE irpoç tov 15 àêêav Map/.iavûv, /.al 'XÉyEt aÙToi to cujatcxv. o oè [X£TE77£[A<I/aTO xpo; TÔv àêêàv ©îooo'jtov T^s'ywv « r^ià tov Osôv r;y,'j'kbr~i ew.; t(ov ev- TaOÔa » . /al wç tiXGev eI; to [xovacT"4piov, "kéyei aÙTw ô àêêaç Map/ia- vo';* (( i8o\j Ti ETCOÎYiGav al £Ùj(_a( cou, xijp'. àêêa. 6 yàp ciToêolojv lys- [j-icÔvi £)c Too /o'//ou o'j E^toxa-; ei; t/jv /^EÏpâ (xou ». /al àxE/Jwv ô 20 àêêàç 0£o5o'ccoç /al ol cùv auTw, eIoov to "K^rfioç toO citou /al è^d^acav tov Oeov, /al l£y£i Trx'Xtv 0 àêêaç Map/iavo'ç" « îiîoù ti ETTOiTiGav ai EÙ^ai <jou /al vi eùloylv. Tfjç yEipd; cou ». /at lÉyEt aÙTw 0 âêêxç ©EO^dcio;;' « Èyw xpày^y-a où/ e/co, è/ tou xioywvôç cou ilaêov auTo'v ». /al 7rx)av T^syEi aÙTO) b à€êà; Map/iavoç- « /al {7//1 ri ttote 25
STTQl'viCEV ÔTE '/JV EIÇ TOV Ttwywva {/.OU ; » To'tE 01 loÔVTEÇ /al à/oucavTEÇ
TO yEyovoç Gaù[Aa, l^o^acav tov Geov tov âvEpyouvTa ev toi; àyîoi; aÙTOu /aTà to yEypa[j!,p,£'vov* « GauaacTOç ô 6eÔ; ev toi; âyioiç aÙTOÙ » . OL^uoG'ri' oï /al vîjJLa; ô /upioç /aT' ïyvo; aÙTOu à/oT^ouOvicai, yzp'.Ti TOU OECTCOTOU y(^ptCTOu TOU Geoj rjji.cuv. a[j//;v. •*"
1. Corf. Tpw^Ti(xa. — 2. Cod. 'A$iwff£t.
VIES ET RÉCITS d'ANACHORÈTES. 51
10
Le sophiste Sophronios qui, ayant marié sa fille, au lieu de la consacrer à Dieu, est effrayé par un songe horrible et se retire dans le désert pour expier sa faute.
\. — *n7.psêxXoy-£v syw /,al ô GOCpidTVjç Swcppovio; £v 'A-Xsçav- p. 511 ops-a TÔi àêéôc flauXco s^ovTt [y-ovacrx'/fpiov ilç xo >>t6a(^6[7-evov, y.cà wcpslviOsvTsç TTxp' aùxoij xavu Isyoasv aùrû* « etTwà "/îi^-Tv, xaTsp, TTÙiç ysyovaç p.ovay^oç ». ô oà yspcov GTSva^aç ixsya Isysi* « tckttju-
TTIGTIV -/.al TCoGoV sly^OV EÎÇ TOÙ? [JLOVa^O'J^* /.al OTÏOU o' àv £Upi(7/.0V
[j.ova^ôv xwlouvTa to Ipyo/stpov aOxou £X3C[7.êavov aùxov /.al 0 xt. o'~àv ïyj^'f\C,t xapEîy^ov aùx(o. cuvÉêv; ^à sv [xta xûiv Tjjxspûv (XGÔcvviGai xyjv Ô'jyax£pa |xoij /.al ûtco xcov taxpwv àxoyvwfïGriVai /.al iravxcùv vîjxcov, xoiv x£ 'juyy£vôv xcov x£ çîXwv /.al ystxovojv ctfjp£u6rivai. xpoç 'iîaaç, /.al /.latovxEi; 7îap£[j.u6ouvxo •/îy-âç.
2. — Aa'ysi oùv xpoç [7.è ô yJn'kc^ôç, [xou" (( aTrslôs, (s^doYrinw xov cxa!jpo(pula/.a OTrojç uor/{(j"/i aùx'^ llacjj.ov, iva lot-yio"^ eoyY) vi 4'^}(^ri aùx'^; /.al [xy] /.p^vr/xat, ' £xi )> . £^£X96vto; ai [7-ou cuv4vxv](7£ [xoi ô
15 àêé^àç Za/.^aîoç /.al ÔEojpvfcyaç xoùç o(pOa}.|7,ou; j;-oo àiro ^a/.puojv >v£y£t aoi" « xî /,lai£t; ; xt £)<£i; ; » )^£yoj aùxco* « x£/,vov p.ovoyevèç l'j^w /.al à-TToGvfl'G/.Ei, /.al 7:op£uo|j,ai xpôç xov cxaupo'^uXajca ô'xw; s>.Oojv TTOf/fc"/) IXaG^-ôv ixxvct) aùxviç, iva xayiov TrapaSû' où yàp <p£poa£v dpav aùx"/iv /.t,vouv£uoucav ». )tal X£y£t jjloi 0 yÉpwv* (( i>TCd(jxp£(|^ov Ôtucoç
20 aùx'/iv ï^w /.àyco ». /.al uTC0(Jxp£^|>a; >iy£t [j,oi' « làv eîc' xiv£ç ïaia icé^eyy,z aùxouç ». /,al eiceXôwv éxoi'/iGa xoù.; 7rapa/.a6r,[X£vouç ottwç aTO'XOcoct.v £iç xo aXlo 6gtc7ixi.ov. £tc;£lOtûv * 0£ 0 y£pwv /.al à<|/a;x£- 'p. 512 vo.; X7ÎÇ X^'P^-*^ aùxTiÇ 'kéysi |7.o'.* « eIç Geoç, îooù xOp /.aîov /coplç ^'jltov /.al "XaaTTTpôv ». /.al è.^(fMVjr:ci.q ô y£'pwv )^£y£i [v-oi* « ^ulaxxEiç a Ifiyw
25 /.al ^api^Exat coi ô Osôi; x'/iv (^coviv aùxvj;; » lyw ^è T^poGSTrsGa xoT; TTOGiv aùxoj Guv6£|X£voç aùxw . /.al laé^wv ûotop /.al £Ù^a[/.£Vo; /.al GcppaytGaç aOxo, l'ppavEV dq xo TrpoGwuov x-^ç /.opviç, /.al cbç ItcI x.u- piou x-^; So'i^r.ç àv£xaGiG£V yj Tuaîç w; y//) ëyouGcc Xyyoç ocaOi'iiictç. /.al >iy£t j7,oi' « i^où ô Geoç ^i' eùjç^wv xwv xax£pa)v xojv cpilo^£V'/iÔ£v-
1. C'od. xpiv... i. Deux ou trois lettres ont disparu.
52 REVUE DE l'orient CHRÉTIEN.
Tcov £v T(p oï/.a) cou lyoL^'.fjOL'ù G(ji y.Ù7ri^. y.WÎk u/h 'ù6çr; aÙTV]V àv- opl, cùXoc V'jy.cps'JcaTî aùrÀv tco àA-/i8ivo') vuacpuo ypicrroj tw Oeto T^y.ôiv ». xal £^j)vGcov 6 yspwv STïops'JS-/]. iyw Ss xal •/) [7.r;T-/ip aùx'^ç x.ai xzvTs; ol à/.o'JcavTsç è^o^y.caasv tov 6sov sttI tco Tuapar^ocw Ga'Jy.aTt.
3. — 'JIv ol TO zopaciov (o; otcov o)ctol). sV.TOTe oOv riV(oy louv ty; 5 yuvar/.'! [xou ô~(oç àxîvsyy.coy.sv aù-'ôv eiç — aoOsvwva. aùrr, ^è sXeys [j.of « ai^s; aÙT'/iv ewç àv ysv/ixai vojxîaou 7Î>.i-/.{aç ». ysvov.evvi; fîs aÙT7;ç £T(ov '^EX.aTSCcxpcov, Isyw t'7| yz/iTpi a'jTTi'ç' « î^où ysyovs vo- p.îy.o'j •/ÎAi/.taç* Ti oùv x,paTO'ja£v a'jT'/iv ; » y.al ).£y£t, [xot '/î TÛjAêioç y/j'j oO't(');- « £y(o où/, àcpico aÙT/jV [xovacai, à^Aà Csuyvjto aÙTViv 10 àvopi ». y.7.\ ïjy.civîc iviauTOV oylwv y.al /toXaxs'jwv, xa-! ttotî [viv eruxTOV aÙTTiv tocxe sIOeÎv '/i[Aàç eiç c£xp£TOV. è/.piOyijxev Sa otio tou C'jy)C£llo'j xoil ToO (7Taupo(pu>.a/.o; hx spcorviOvi vi iralç -/.al èv ÏKloyri TÛv O'jo yi^rr-ai. -ri rJè [r/irrjp kùttiç •7,£0' Éxipojv yuvaiy.wv ^n^àc/.O'jcra a'jTr,v ïva eIV/i ôti « à'vopx ôiAco » , oTTEp xal ysyovs. tot£ l£y£i ixoi 15 6 cTaupocpÙAa^* « [x-/i }oj77'/iO'^ç àlli aTr£AO£ xai àyopacov x.opviv irap- Osvov x,al [iz).£ aÙT'/jv àvx' au—?,; £!ç p.ovaTT'/iptov, -/.al ô Oeo; ISs- çaTO ». £y(o bh y.Erà xpoOj7,'!a; r^£^a[j,£voç tov AÔyov y.77£A0tov r/yo- parra -y.rba — apO£vov stojv ïv^zy.x £iç vo|xtc;[xaTa £t/.oc;t, /.-/l £!CV]'v£yx.a aÙTTiv £iç jv.ovacr^'piov, £'.t:(ov ttî àêêx rJpo/.oxia- « <'^££ai ttjV Trxl^a 20 I'. 513 Tau— /iv x,xl * Tûap' iaou ê/_£Î; ttiv Tpocpviv xal t'/jv svi^ucrtv aùr^ç TTxcraç Ta; 7Îtj-£paç t-^; Cwvi? |v,ou, xal £i; tov OzvaTov [j.O'j "kzya.zv'jci'i aiiTr,v voj/.iTiy-XTx oybo'/f/.ovTa ». -/.y.i £'C£u^aa£v Tr,v GuyxTspa •/itj.àjv. •4. — Kal [XETa 7rV/ip(o(77.i TTjV oyf)or,v 7;[j,£pav ToO yzaou £tàov )taT' ôvap oTt à~£^/iv ' [X£tz tivo; Aaii,7rpo<pdpou zl: "I^.p-sTav, y.al £v 25 Tw à-TUtEvai */ijxac rilOoy.Ev £1; 77£f)t7.r^a Tivz T| Tt 6£cop£i ôi^Oxlaoç. y.ai 'X£y£!, 0 [7.£t' £aoO* « £icr£7v6cofX£v £Î: to Tvavviyupiv toOto otvco^ ti y.£pori(j£i; r, ç<up7.'7£iç ». (pOy.<7avT£r Sï £ia7,A()o[X£v y.al Oswiw tzç y.a- luêaç y.al tz; à77o6r;y.ai; y.al xàç pup.aç Tvi'ç 7vo'};£coç £y.£iv/iç ysp-oucra; AtOiOTua;. Ticav 03 oî 7r).£Î(7T0i twv AiGiottcov £y.£tvcov T£'y.TOV£; TTayu^a^ 30 7i7;£y.ovT£ç. y.ai £()£(6pouv Toù; [j.àv aÙT(ov (jpoyour y.aT£'yovTa; xal àvGpwTtOu; ppo/f^ovrar, alloi f^£ [iôOpou; wpucTOv " y.al àvOpcoTTouç £Go6puov, àXAour Ty.sAi'^ovTy.ç àvOpwTTOuç y.al TiTpwcy.ovTaç aÙTOÙç, «aIou; Tïa'liv Ç/opêeaç {jzAAovTa;'' y.al Gu:ov7a: aÙToù; £iç }.''avr,v
1." Pour àitr]£tv. — 2. CofZ. opucrsov. — 3. Cof/. pâXovraç.
VIES ET ilÉCITS d'anachorètes. 53
popêopou, eTSfouçoè àvaioyuvTgTv [/.Exà yuvaTy.ofç o<pOa7^[7.o<pavo); £TC£iOov. •/;'7av f^è TuzvTSç éx.ou'ïia tv; yvcoy//! /.y.i yaiGO[X£voi à/.o'Xo'jOo'jvTeç tjÎ; AïOio'^t, x-al aTvltoç sittsîv, oj rVjvaTat, ylvOpwTvoç àp'/Jjv-xTa!, xà; jxafjo- àgiaç /.ai TTiV aT/'/if^OTUv/iv /,v j/csiv;!!, £f^{r^a'>/.ov. riOyovTO f)3 tivc; tcov
^ AiOiOTTOiV £X,£iv('j>v xocl •/i'7ra^''^vT0 as, /.àyco aÙTOoç riTTra^oy-riV -/îr^sojç. •/.al â'T^eyov [j.of « ttots tvo'.'si;; tov yy.[7/jv îva r,[xzç y apo— or/far,;; » y.al >.£yfo aùroît;* « ir^où 0£(op£ÎT£ 071 àycovi^O[xat, ». /.'/l 7r£pi,r77r(6[X£vo; y.al wç T'jVTiOpoirrG-/] 0 7.ao; xal oî Tvapa'vujxcpoi £yovT£; tov f){'ppov £[7,- 7ïpof70£v ToO rr'Aôivoç, ÈityiXOov iyco /.ai -/i g'j[7.?!.o; [7-ou /.al £^yiv£'y/,a|7-cv
10 xviv OuyaT£'fa r,[xwv /.al r.v to TCpo(7(07rov a'jTïii; /.al 0 Tpx/'/îVjç zal TO CTTiGoç /.al ol [ipayiov£; aÙTViç xai al TraXxfj.at. tcov yzi^ôi'^ £{o; t-^^ (^(6<j£co; aÙT'^ç ocpi^ia [y.i/pà [7,£yzla £VT£Tu'Xiy[7.îva /.al /.£/-o>.'Xy.z apTi aycojxsv l'va [xovarrco[j.sv xai jt^.auTWj^.ev Ta;; àjj.aoTiaç r;[xtov ». xai 'Xsyei [xov « èyco t) aÔXta /.al xaT^aiTTCopoi; eêoÔptaa ttjV OuyaTe'pa [j.ou, -/.ai apTi ttwç Èxgw a'jTTjv, ovtcoç toûto où ytvexat » .
6. — 'Ava^xàr oùv syw to rpcoi àirvil^iov xpoç tov àêêâv Zaxyatov 5 /.al oùx. 'h^iX-nni jj.£ hic^'XG^rj.v àXkcf. ypa/psi [xot sic Trtvax.i^iov oGtox;-
« r)'jyywpr,cov [ao-, àoeX^s, 6 yàp Oeoç àTTcTTpzcp'/î gs, /.àyt) où (^ùva- p. 515 [xaî TS * ^sEariOai ». -o'ts àTïTJlOov sic tV/V [xov/;v toO otyîou EùO'j[A'>j'j, /.al ^tV)yrj(7z[7.riV tw à^oa naij7.(o tw èvapsTC;) xà G'jp.êocvxa [xoi, /.al >.£y£i [xot 0 yî'pwv « ovxtoç èx^xav/fOriÇ oo'jç Tr,v /.«-.'p'/jv àv^pl, /.al ô lo cujj.Ço'j'Xeùcra-; coi où/. -/lOsls T7)v c(OTr;p'!av aou. •/î'-^uvaTO yàp ô 'Aê'paàji. ors si— £v aÙTw ô Qsoç g'|)x£^-!' '^o'' '-'l^-'"^ aÙTOû oouvai àvx' a'jTO'j rîi/.a ^où"Xouç" /.al 'leoOzE, ei y^si oti touto T^poG^sysTai ô Oeoç, £ty£ (jcpa'^ai àvTi TYJç Ouya-po; aÙTOU £ix,ocrt, èoû"Xoitç* /.al o 'la/.wê T-flç Pa"/-/]^ ÈpacOslç, /.al àvx' aùxxç t'/jv Aiav ev tw Oa'Xzfxw £'jpti)v où/, i^
YlvÉGyexo, à);Aà /.a.l xv' Aiav où/. £ ' xal xrjv Payvi>. oùx àç{-/i-
ctv. 6 yàp 6£0ç x'/iv Traloa i/. goù "...^axo /.al x-/iv Ouyaxlpa gou àxatx£u /.al [X£l>.£X£ /.al g'j /.al -/; GÙy.êto- rjou xco alcovuo ttudI ra- pa^oG'^vai (o; -Kapaêâxai. £TC''Gxac6£ yàp oxi 6 Oso; où [xu/.x*/)p('(£xai. ysypaxxat, yàp* « xà £/.';rop£uo[X£va hix xàiv yiikéoiv [xou où {/,•/) à6e- 20 xvi'gco ». àXka a77£>.0£, x£/.vov, yj.auay.i xx^ â(;.apxîaç gou ». xox£ Gxpa''p£lç £v xcjj o'î/.co [j.o'j »x£xà xpslç -^[XEpaç cupov [^.ovayoùç ilq xo opoç xo Sivà, /.al Gi»vwo£i)Ga aùxoiç /.al ysyova yzpixt. ypiGxo'j p.ovayo'ç* /.al t^où syw 7v6 £xyi vùy,xav xal r,(Xî'pav 'TCapay.a>.oiv xôv Ofôv si' -wç Guyywp-/;G£i. [7,ot xàç TColT^â; [xou à[j!,apxtaç ». 25
7. — TaOxa à/.ouGavx£ç 7Î[J.£Ï(; àr^o^âGajxsv xov Ofiov. £ypx'];a[X£v oà aùxà xooç x-/)v xcov xuyyavovxcov oj(pO.£iav.
Le moine orthodoxe qui, pour prouver à des moines hérétiques qu'il possède la vraie loi, se tient pieds nus sur des charbons ardents, sans être brrtié.
p. 541 * 'Hv xi; /.lovixr,; £iç xà p'.£pvi xviç AGiaç ttzvj èvzpsxoç /.al 6au-
1. Deux syllabes ont été efï'acées. — 2. Le commencement de ce mot, une seule syllabe, semble-t-il, est illisible.
VIES ET RÉCITS d'ANACHORÈTES. 55
[/.acTo;- riv Se £/_wv -/.zto) [i,ovar>T7fpiov. j^petaç oOv yavofAsV/^ç tivôç TlvaY/Cocjav aÙTov oî àosXcpol àvs'XGsîv sv KwvGTavTivouTcoT^st, /«al aiTTÎTa-. Tov paaiXsa. x,al «^'•^ àvsXOcov ■/.axs'Xucsv e^ to ^svoôoyeî'ov toO op(pa.vo- Tpo^psio'j. TiV fîs XoiTTOV yeiij.oiv, y.y.\ sV.siTO à'pou'XXx tcXyiP'Iç ' àvBpxxoiv.
5 S/caOïivTO ^£ Tive; aïpsx'./.ol y.ovxyol 9ep;7-7-iv6[X£Vùr ivAHint h\ -/.al aùxôç TOG Ôepjj-avO-ôvai. x,at -/ip^avTO xxraGTrgtpsiv aÙTO) r/. tvÎç oI'av.Uç cc'.çéaeoiç. y.7.1 "kéysi aÙTOÎç" « iyvi opOio; tci'jTEuoj, eî oà ûjj.'dç •/.psî'TTOv [/.ou xkjTS'jste, TTOir'TaTS oiç 7i:oiw ». /,al àvac-àç ïct/] àvj-oôSToç sî; TO TC'jp â-Tvl TzoXkTiV (opav, y.al où/, s^ployiaOy). ïôovtsç oà sx-eivoi
10 ■/.aTri'jyuvO-/iaav èxTrXayévTsç s-l tw Trapa^oEo) Oau[7.ocTi. xal oî à/.ou- cavTsç sào^acav tov Qeov.
10
L'anachorète qui, ayant édifié des chrétiens par l'abnégation avec laquelle il accep- tait ce qu'on lui ofl'rait pour le produit de son travail, meurt bientôt après et dont la mort est suivie de celle d'un autre anachorète, son voisin.
1. — • ^ 'Ev Als^av^psia Ty;; AiyjTCTOu èv tw ol'xw -viç àyiaç Mapîa; * p. 6o4 ipiXoTïovoi xivîç y.al oikôy^iGxoi à'vdpsç £Î(7cpy6[J!.£vot £t; T'/jv £-/./.};ri'7''av x.al £^cpyo[X£voi k'ê'XsTrov Tiva yspovTa [xovaj^ov xaO'/ijxsvov s^w toîÏ 15 Tïultovoç xal 7ït7rpa(7/'.ovTa CTTupiSaç. sItcov r^à T^pô; àlV/ilouç* « eç où
p>.£-OJJLcV TOV yî'pOVTO. TO'JTOV TTwlo'JVTX TZÇ (77;:'jp'!àa; O'JX, 7i/.0U'7ay,£V
aÙToO 'pi'Xovcr/.o'jvTo; £v ou;> f^/]7V0Tc 'Xo'yo- ^£0t£ hoy,iijJ.GOi^j.ev a'jTÔv ».
"/.xl £yy{'7avT£ç 'XsyouTiv aÙTtV « eiTCs, y£'fcov, Tzoi'kzTq TauTx » ; ô os
''^viTi' (( voc' ». 01 8é' « 7r6(70D » ^•/iciv. 6 ^s XéyEi aÙToTç* « à~o 20 ^£)cx voufx'xuov ». 7;£You<7iv aÙTÔ)' (f T:oXkou Ei'jlv, àXlà. 'Xxê'e àxo
— £VT£ vo'jij-y.icov ». /.al 7;£y£t aÙTOÎç" « w^ 6£"X£T£ 'Xy.bsTc ». /.ai
77x>.tv Ac'youaiv aÙTw* « à"XXà tcoI'Xou eiatv iàv ^ùcnç xtzo voujj.- * p. 605
[tJ.ou >;aj;.êxvop.£v aÙTz ». y.xl "Xiysi aÙTOïç" « wç ôiXaTc "XaêsTS »• /.al
^sSw/.oTEç a'jToJ Ta vo'jt7.[X''a Daêov ô'Xa Ta cxupif^ia. ô os yspcov ■J5 Aaêtov T'/-,v {îa/.Tïio(av a-jTovi £— opi=u£TO £t^ to /.sXliov aùroO.
•2. — Q.Ç, §£ Eyvwaav t'^v àpsT'/iv aÙTO'j y.oLTT.Xy.u.oy.vouGiv aÙTOv
/.al Xî'you'7'.v a'jTor « à€êa, t*' sTror/iTaç ; » /.al Isyei aù-olç* ce ti
1. C'orf. TilriÇiSiç.
p. ma
10
15
56 REVUE DE l'orient CHRÉTIEN.
£77'ji.7,'77. ; » ÀôYour*!. "/.ai aoTO'." « OTi ciiraç r,[xi.v a7;o oa/.a vou[jL[xtwv £iç Ta GTT'jc'^^ia* -/.a!, $Ï770[7,£v COI oTt ûoT^Xoû eîciv, xXkk T^zêe xtco 7:£VT£ voup-»7-''cov x,7.l £Ï'7U£ç* (oç 0£')'>£T£ 'Xa^ETe* xal TiàT^iv £Ï7ïO[7,£v Gor àuo vouujjj.rju iy.v OîXr.ç >vàé^£ /,al vivacyoo '^[mv /.al slaêeç àTCO voup-[/,iou )>. xal P7.A7.01JGIV aÙTio fA£Tavo!,av X£yovT£;" « o'.z tov y/joiov zi-KÏ vîjv.î'v Ti toOto ÏT:oi-/]fjy.ç )K ':ot£ 7^£y£i a'jTOlç* « o'jtwç è'^co ïOoç Xc'yEiv Tr,v T'.u'/iv, -/.al el Ti (^oOvi ' [JOi Aa[;-Çav(o ». /.al 7rap£/.y.>.£<7av aùrov àrfiA- (Jeîv [X£t' aÙToO Etç to y-tWiov a^ToO. /.al à7:£};(ldvT£; £'jpî'j/.ouG'.v £/.£l xi'Xt/.'/l'ciov u()aToç /.al yJTpav, /.al }.£yo'j'7iv aùxôr « /.£X£'j£'.ç TroioOfxev p.i/.ûzv à8'/i|Cav Iva y£'jr7a)[i,£0a |7.£tz goO /.al £''jloy'.';0(ot7,£v 5 » /.al £iTr£v « TCoi7,(7aTc ». cl Si iTTOircav. r,v r^è TO v.tX}.w) aÙTOu £i; tô (j-f'ya TEToz'jru'Xov. (oç àï liîfr'.rtGav , "kiyei aÙTolç 6 y£pwv « y.izé'khcf.zî cl:
Xry {Ùtrjr^Qaiw, /.al £()pi'7/.£T£ £/.£Î y£povTa TToAo'JVTy. CTïfiipo/.uOpia,
/.al cl7ïaT£ aÙTw" lsy£i ô cuvy£piov cou* f^£Opo ïva çzyr.ç tviv àOvipav acTa Twv ào£7.'pc7)v ».
3. — 01 (^ï à77£7.0ovT£Ç £{>ptax.ouci TÔv yepovTa /.aOcoç sItïev aÙTOl; 0 /.a}.oyTipo;, /.ai À£yo'j'7'.v auTco' « £ipri/.£v 0 c7uvy£poiV cou* o£upo iva ozyr.ç T'/jv àO'/ipav y.cTa twv ào£'X<pcov » . /.al };£y£i a'jTo'i;* « ov/, £1— cv ïva (pay(0[7-£v ; où'/.ouv £T£7.£'JTr;C£v, » oî oè iTapzyÔr/Tav ettI tco T^oyco. £Aaé'ov o'jv tov xr^ikoov /.al Ta cTT'jpif^ia, /.al £>,Oovt£i; £Ùpov tov ''£oovTa Tc7.£UT'/;GavTa. /.al Gyr,iJ.x~ir;y.v-i^ aÙTOv /.al /."Xau'7avT£; èxl ~o7;'j £Oa^|;av aÙTo'v. /.al -77ap£/.z7.f.Gav tov jî^rmy. 7^£yovT£ç* « ^iz
TOV /.'JOIOV /.zOoU £i; TO /.£7;7v'.'0V GOU, /.7.1 'fl[J'i^Ç d^ZOO^UV GOl TOV £(p7[;.£-
pov zpTOv, * l'va vjyr, Û7r£p r,[xcov ». 0 ^s 7>c'y£i aÙTOï;- « ^iùn tt, éê^oy-T; 'h^A^a. /.al iàv £{>p£T£ [X£ (wvTa, ':Tot£iT£ /.aGwç £i7raT£. 7vo'yov ^-^ yào £7 0) {i-eTà toO' Ma/.apiou yfpovToç, /.à/.£Î'vo; [^.£t' £[/.où, ïva ô •rcpo- T£A£'JTÙv 7:apa/.aX £Gr, tov Oeov /.al tov a7.7;Ov -apa7;aê£îv t-!^ £€§o'|j./i r,|X!'ca » .
4. — Kal 770i'/;GavT3; o-jtw; 01 f^iXoypiGTOi r/.îïvoi avt^pôç TiIOov
TTi dér^oari ryp.£pa /.al £'jpov aÙTOv x,oi[r/iO£VTa. /.al è'Oa'j/av aùxov 30 ■::7v7iGiov ToO a7v7.ou yspovTo;, 7roir,GavT£ç /.otïstov p.s'yav /.al ooupp.ôv ^là Taç T£A£ia; toutwv àp£Tâ;. /.al àv£ywpr,Gav tùyapiGToOvTs; tco 6£w, TOI <pav£pcoGavTi aÙTOî; T-/]7.i/.a'JT-/iv àpsT^/jv /.E/.pup.pivviv.
1. Cor/. orMX.
20
LE DOGiME DE L'IMMACULEE CONCEPTION
ET
LA DOCTRINE DE L'EGLISE GRECQUE
{Suite) (1)
IV
L IMMACULEE CONCEPTION CONSIDEREE DANS LA SYNTHESE DU DOGME CATHOLIQUE.
Les vérités de Ja théologie catliolique sont toutes intime- ment liées les unes aux autres. Si ce jugement est vrai, pris dans son ensemble, à plus forte raison trouvera-t-il son application dans le dogme de l'Immaculée Conception, dans ce dogme qui par sa nature touche tout à la fois à Dieu et à la créature et qui, tout en étant implicitement contenu dans la tradition, est la déduction logique et nécessaire d'autres vérités incontestablement établies et reconnues.
C'est cet aspect de notre dogme que nous nous proposons d'exposer ici, après avoir parlé des principaux éléments de la tradition. A la différence des trois chapitres précédents, celui-ci présente un côté plus spéculatif; mais, puisqu'il s'agit de démontrer la doctrine de l'Église grecque, nous n'avons pas pu nous départir de la méthode adoptée, c'est-à-dire de citer les passages des Pères grecs qui témoignent de leur enseigne- ment.
Il résultera plus d'un avantage à mettre le dogme de l'Im- maculée Conception en contact avec les autres vérités de notre fui.
(1) Voy. 1901, p. 1, 1«(), 51:.'.
58 REVUE DE l'orient CHRETIEN.
Et d'abord, la doctrine que nous étudions en acquerra une confirmation éclatante. De même, en effet, que la solidité d'un édifice dépend de l'union étroite de tous les matériaux qui le composent, ainsi cette doctrine, mise en relation avec toute l'économie de la théologie catholique, sera puissamment étayée et corroborée.
En outre, il se dissipera aussi bien des objections et des difficultés qui proviennent de ces mêmes vérités. Nous aurons aussi l'occasion de voir que les arguments de convenance de nos traités théologiques, parfois peu convaincants au premier aspect, non seulement se retrouvent dans la tradition, mais encore sont mis davantage en relief et reçoivent une force plus grande, s'ils sont entourés des vérités dont ils dérivent. Enfin, la tradition de l'Église grecque, objet principal de ce travail, dont nous avons montré seulement quelques côtés, se mon- ' trera sous un jour nouveau, et sera exposée d'une façon plus complète.
Ces observations faites, en quoi consiste le cadre synthé- tique dont nous parlons ?
Si nous considérons la personnalité de Marie dans la théo- logie catholique et au point de vue de sa conception immaculée, elle se présente sous un triple aspect. En premier lieu, on peut examiner la place lui ressortissant dans la hiérarchie des êtres raisonnables : l'homme, l'ange, Dieu. Ces trois différentes natures devront tour à tour servir de point de comparaison. La place de Marie une fois déterminée, il reste à examiner sa personnalité en elle-même et à se rendre compte de ses diffé- rents privilèges et prérogatives depuis sa prédestination jus- qu'à son titre de Reine et de Dominatrice de l'univers. Enfin, comme ceux-ci, en définitive, gravitent autour de son élection à la maternité divine, il faut mettre son incomparable figure en regard avec le mystère de l'Incarnation. Ces trois points de vue s'enchaînent si étroitement que, s'il fallait les exprimer par une figure géométrique, ils formeraient comme trois cercles concentriques dont le dernier, celui de Marie rappro- chée du mystère de l'Incarnation, aurait pour centre Jésus- Christ lui-môme.
Examinons à présent dans l'ordre mentionné ces trois as- pects, qui serviront aussi de divisions à ce chapitre.
LE DOGME DE l'iMMACULÉE CONCEPTION. 59
1. Marie dans la hier are hie des êtres.
Les êtres raisonnables forment trois catégories distinctes : l'iiomme, l'ange, Dieu.
Le premier élément de cette trilogie présente une histoire des plus mouvementées, car Thomme peut être considéré avant sa chute et après sa chute. Dans ce dernier stade encore, il passe par plu-sieurs états successifs, celui de l'infection du péché d'origine, celui de sa réhabilitation dans la justice ini- tiale, dans lequel il demeure comme pèlerin errant ici-bas pour y être confirmé au ciel.
Voyons la place que la tradition grecque a donnée à Marie dans ces différentes étapes de riiumanité.
De nul mortel il n'est écrit qu'après la chute d'Adam il ait réalisé complètement la perfection reçue au jour de sa créa- tion. Cette perfection consiste dans l'état de justice originelle et dans la parfaite conformité du composé humain avec l'arché- type divin. Marie, au dire des Pères, non seulement réalise cet idéal dans sa perfection, mais elle y est constituée, elle appa- raît au monde avec cette beauté naturellement complète, sans être astreinte à l'atteindre au moyen de pénibles et continuels efforts. On voudrait peut-être trouver des textes explicites où il est dit que la Vierge bénie est juste et sainte de cette justice première. Mais cette sainteté originelle n'est-elle pas rappelée par les saints Pères, quand ils donnent à Marie, comme nous l'avons vu (1), les épithètes de paradis terrestre, de terre non encore frappée de la malédiction divine, etc.? N'est-ce pas exprimer l'état d'innocence en termes assez explicites, quand ils rapprochent constamment Marie de la première femme ?
Ce rapprochement a deux aspects ; il est positif ou négatif, selon que dans leurs écrits ils font ressortir les traits de res- semblance ou les motifs d'opposition entre les deux créatures. Pour le moment il suffit de parler du premier point de vue. Marie est souvent par les Pères de l'Église mise sur le même rang qu'Eve, au moment oii elle sortit des mains du Créa- il) Revue de l'Orient cbrélien, aiinéo 1904. p. 196 et suiv.
60 REVUE DE l'orient CHRÉTIEN.
teur, comme elle commence à s'en éloigner après son péché. Citons seulement ce texte de Théodote d'Ancyre, dont le sens est assez explicite pour suffire à prouver notre assertion. Sup- posant dans la bouclie de Nestorius l'objection qu'Eve ne fut pas créée à l'état d'innocence -(1), le docte évêque lui oppose ce langage : Il Bè -rb va't (j'j;;,9'//;ç, ii kvzr^ii>)z Baçpîp-/; irpoç ty;v àAr/)c',av, ■/.a', à'i-r;viâçciç y.y\ àrcava'Iv/; "'J^v sùooy.îav toj Bsou, rrjv £V •îïavaYÎa Ilap- Ofv(|) £7:1 y,:iv/;v a(OT'/;p{av c'.7.vVC[rr/iîÏ7av ; i y^P 5'';[j.t;upY'''/7a? t-zjv tJxk'jx Ti^tpOévov àvucpto-Twç, a'jTs; y.aî. tv' c'.ç oe'jTsp^v £":îy,rf/vaTO àva[j,(oixojç ' y.ai 5 r.zir^7xq to £ço)0£v wpaîojç, ajTs; y,at xo è'irojOîv y.aTîy.ôay.'/;-
c£v c'.ç y.aTciy.'Of/^p'. ov 'l>j'//i]: ili7.';C<)ç (2). « Quod si affirma- veris, quid stulte a veritate dissentis, Deique placitum in sanc- tissima virgine ad communem salutem provide dispositum detrectas atque renuis? Qui enim antiquam illam virginem (Evam) sine probro condidit, ipse et secundam sine nota et crintine fabricatus est ; quique quod est deforis pulchre fecit, etiam quod intus est, ad domicitium sanctc perornavit. »
Nous pourrions citer encore d'autres textes, de saint André de Crète (3), par exemple, et de saint Isidore de Salonique (4); mais continuons notre enquête.
Si d'un côté Marie rappelle nos premiers parents encore à l'état d'innocence, elle les rappelle aussi après leur prévarica- tion, mais pour bien d'autres raisons. C'est le second point de vue auquel se placent les écrivains de l'Église grecque : il nous fait entrer aussi dans la seconde phase du genre humain.
Rapprochée d'Eve après sa chute, Marie ne participe pas à ses misères ni à ses châtiments. Telle est la pensée constante (les Pères. En effet, l'on y rencontre à chaque instant des
(1) L'hcri'siarque recourait à ce subtorfufje, précisément parce que les défen- seurs de la vérité catholique objectaient à ses erreurs la comparaison de Marie avec la première femme. Cette circonstance ajoute donc plus de poids au tcnioi- gnagc de Tliéodote.
(2) Sermon sur la Mère de Dieu et saint Siméon. Galland., t. IX.
(3) Sermon pour la Dormition de Marie. Galland., t. XIII.
(4) Sermon pour l'Annonciation. Maraccius, vp. cit., p. 83.
LE DOfiME DE l'iMMACULÉE CONCEPTION. 61
expressions comme celles-ci : Marie n'a pas été séduite, elle ïi^pas été trompée par le serpent (1).
Théodote d'Ancyre, traçant le portrait de Marie, relève entre autres ces traits : « Virgo muliebri comprehensa sexu, at liiulicribus exors nequitiae..., oinni culpa vacans... sancta animo et corpore... non docta Evae mala, non muliebri vanitate foedata... Spiritu sancto mala delibuta, divina gratia ut palliolo ariiicta... Deo corde nupta... (2) »
Enfin, et toujours dans le même ordre d'idées, qu'il nous suffise de rappeler ce qui a été dit au <hapitre précédent sur l'opposition qui règne dans les rôles d'Eve et de Marie : Tune est cause de la corruption du genre humain, l'autre le relève et le réhabilite.
Tout cela regarde le péché d'origine dans sa cause et à ses débuts. Mais il y a plus encore. Tandis que les autres hommes, même après leur justification, ressentent les effets du péciié originel, la Mère de Dieu en est complètement libérée. Chez elle, rien des souillures du monde, rien des misères naturelles aux humains; nulle trace du péché quel qu'il soit. Ojoè vàpscst, dit Georges de Nicomédie, -oi; pj-ciç -cD -/isij.cu to y.aOapojta-cov
axivZiyx- 3.1^3.1 c"/.'/]V(j)[xa ■ sosi à[/r;£>; twv àv0ptO7:ivo)v '^Owv -o àv.'qkiHM-ov 5uXa/G"^vai G'^aaupio'iJ.a ' 'éozi à/.otv(ov^TOV t'^ç àixccpxiaq to otau-j'à^ rr;p'^0-^-
vai àYtacr[j.a (3). « Neque enim decebat ut tabernaculum illud mundissimum in mundi sordibus versaretur... Decebat ut in- contaminatus thésaurus ab humanarum consuetudinuni con- tagio immunis custodiretur. Par erat ut pellucidum illud sanc- tuarium ab omni peccati communione liberum servaretur. » La concupiscence n'a pas de prise sur elle; et il existe une parfaite harmonie entre la nature inférieure et supérieure de son être.
\•^^ky.l■q vw -/.y). ']^uy?i y.yX Gypvj. i)7:i.pyti^ wpaia, COmme s'exprime à son tour PselluS, -/.ai sap-zà ;x£v. wç Twv -/.y-' vnp';iiy.y y.ydypfizX^y zavTOiwv xaftwv 7.a\ -oXq -pbzzi^ 7.oa-[r^6£Ïca twv àpsTwv ' 'Au'/^ es, dyq T.y.ar,^ cpajX'rjç oma'kKy^rzXGy. k-if}'j[j.iaq -/.yJ. -cT^ Xô'(oiq wpaïa-Oîïo-a -wv
(1) Cf. entre autres saint Jean Dainascène (sermon pour la Nativité de Marie); Théodote d'Ancj-re (sermon pour la Nativité du Christ) ; les deux Cyrille, etc. (Catéchèse XIP et 'Eyxwfjita £Îç tiqv ©eoto'xov).
(2) Sermon sur Marie. Migne, P. G., t. LXXVII, col. 1 127.
(3) Quatrième Sermon pour la Présentation. Combel". Auct. I.
62 REVUE DE l'orient CHRÉTIEN.
IvToAojv' vo) oè, û)q v.y.1 -wv (juXwv èvvoiœv èXeuôepwOsTaa v.oà \ai).7:p\>vo\jÀY(]
£v aol-îri £YYUç [j.ou ycVO[;.cv/; cià TSAsiÔT'/jTa (1).
« Mente nimirum et anima et carne pulchra es : carne qui- dem, ut per actionem a vaniis perturbatiotiibus pur gâta et virtutum moribus excellens : anima autem ut ab omni ini- proba ciipiditate sejuncta et sermonibus decorata manda- torum : inente vero ut ab exilibusetiam cogitationibus liberata ac splendida et per gratiam in Spiritu sancto divina effecta. Et propterea macula non est in te, quae milii ob perfectionem pro- pinqua es. »
De son côté, l'âme est toujours portée vers le bien et sent la plus grande horreur pour le péché. 'Q ôeîov 'é\v]^\jyQv (X'(a\]j.a, èç' (0 b o-/)[;Ac;'jpYGç îjçpavO-r; ©sb?, yoX>'^ p.èv îyo^ 6£03t'j6£pvr]-cv v,xl jj.ovw 0£w nzpocoLviyov-y.' è.~i 0'j;x(av à'zaa-av x£-:a[j.;x£vr,v 7:pbç to ;;.2viv sçeTÔv -£ y.ai à^iépaaxcv ■ Tiv 0'j;j.bv "/.aTa ;x2v^ç t-^ç «[xapTia^ zal tcj Taj-C'^v
7.uY;ffavTc>;(2). « 0 divinum vivumque simulacrum,cuius conditor Deus pulchritudine delectatusest, quod mentem quidem divinitus gubernatam habet, Deoque soli addictam; cupiditatem vero oninem ad id quod sotuni expetenduni est et amore dignum intentam; iram autem erga peccatum dumtaxat eiusque pa- rentein. »
Je ne parle pas des autres effets du péché originel qui regar- dent plutôt le corps, comme la mort, les douleurs d'enfante- ment, les maladies; les auteurs ecclésiastiques n'ont pas manqué d'en parler.
Il vaut mieux les citer pour répondre à l'objection déjà mise en avant plus d'une fois.
Nul ne conteste que Marie ait été remplie de la grâce divine qui a effacé en elle le péché originel et anéanti ses effets per- nicieux, bien qu'ils continuent à subsister chez les autres mor- tels; la question est de savoir si elle a été saisie de ce privilège dès sa conception.
On peut répondre à cette difficulté de différentes façons :
Plus haut, nous avons fait observer que les saints Pères, comparant Marie à Eve au moment même de sa création (donc
(1) Comm. trium pati'uni in Cant. GalL, t. YI. CIV. aussi saint Germain, Sermon pour la Dormition de Marie. {;l) Saint Jean Dam., 1" sermon pour la Nativité.
LE DOGME DE l'iMMACULÉE CONCEPTION. 63
avant sa chute), insinuent clairement que cet état malheureu- sement transitoire pour la première femme, est Tétat propre de la Mère de Dieu. Or, sans les mettre en contradiction, serait-il possible d'affirmer encore que celle-ci fut créée avec la faute originelle?
Ensuite, il ne manque pas de textes où est proclamée l'im- munité de Marie à l'endroit de la prévarication et de ses effets dès l'instant même de sa conception. Témoin ces paroles de Georges de Nicomédie, dans son homélie sur l'annonce de la conception de Marie (1) :
r.Ç)0\):qvùzi jbXaaTr([J(.a":a.
oc Hodierna praedlcatione radicis bonorum in sterili utero nasciturae, fore praenunciatur ut hominum natura quae vitio exaruerat, virentia pietatis germina producat. »
En troisième lieu, un examen plus approfondi du langage des Pères conduit à la même conclusion. Fréquemment, en effet, ils insistent sur cette idée, que Marie possède la même nature que toute la race d'Adam, que sa chair est la chair com- mune à tous les hommes. Mais si malgré fout cela cette nature n'est pas viciée, si sa chair est immaculée, n'est-ce pas dire que, dans sa conception même où elle reçut cette nature et cette chair, elle n'a pas éprouvé les atteintes du vice orginel?
'Q (J^JKk■^^<blc, %(x<. tôxoç 'ml Pps'çoç, dit l'empereur Léon, oi wv 5 t-^ç
àjj-apTiaç oXsôptoç Molq àTC-/^[;.6X(j!), xal -f^c, acoTT^piaç -^ tzoXw^ovioc lyvo)- piifi-q' oj (ip£ço>;, u -qç r^ 7,aT:ixyrtp^^'^'^'^ ^^l^ aiV/ei tyjç •Aocvlaç Ç^^crt;;, xatvbv àAAa^a[j.év^ xaAÂoç èçwpafcra-rc {'2).
« 0 conceptionem partumque ac infantem, quibus exitiosus peccati partus elanguit salutisque multa proies innotuit. 0 infantem, per quam natura quae malitiae ac vitiositatis turpi- tudine consenuerat, novum induta decorem praeclare exorna- tur! »
Et le moine Épiphane n'est pas moins explicite, quand il dit:
Où Y^P ^'^y,^ '^■'iv TcapOîvtav xairà k^cz-pâxtiav /.ai àycova, wazsp twv yjyoci-
(1) Combef. Auct. I. Sur la légende qui a trait à l'annouce delà conception de Jlarie, voyez notre article : La festa délia Concezione di ÎMaria SSma nella Chiesa greca, dans le BesscnHone, fasc. 80, sept.-oct. 1904, p. 98-99.
(•2) W sermon pour la Nativité. Combef. I.
64 REVUE DE l'orient CHRÉTIEN.
7.WV al ■AOG[xu>)xépy.i y.xl 'f^q GMopocùvr^q k7:i[J.z\où[J.zvy.i, àXX iv. (^ùgzm:, OTTsp saxiv èîar'psTiv 7:a7(ov twv yjvy.i:/.(<yj v.y.l çsvov t-^ç àv6po)7:ivr;ç
çjaewç (1). « Nec enim habebat virginitatem cum abstinentia et tentatione, ut mulieres modestiores ac de temperantia solli- citae; sed e.v natura illam habebat quodeximiuin est ac singu- lare supra omnes leminas, et ab liumana natura alienum. »
Enfin, ceci est encore confirmé par le fait que, dans les écrits des Pères de l'Église grecque, la personne de Marie tranche sur tout le genre humain à tel point d'être mise comme en opposi- tion avec celui-ci. Sévère, patriarche d'Antioche dit ces paroles remarquables : « Quamquam enim Maria de terra est, et huma- nam naturam nobisque consubstantialem sortita, attamen intemerata est omnique macula carens (2) ».
En résumé, si Ton consulte la tradition de l'Eglise grecque, on verra que la nature de Marie constitue comme une nature à part, qui n'avait peut-être son égale qu'avant la chute des premiers parents. Aussi bien y est-elle représentée comme étant la seule créature qui soit sans péché; sa sainteté, y est-il dit, est absolument parfaile, son âme a toujours brillé de l'éclat de la justice.
A la considération de l'homme avant sa chute fait suite celle de l'homme réconcilié avec Dieu par la justification.
Au chapitre précédent (3), nous avons déjà vu que Marie est exaltée au-dessus des justes de l'Ancien Testament. Nous ne voulons pas parler des saints de la nouvelle alliance, qu'elle surpasse de loin, au dire de Basile de Séleucie : Ti; luv or/, ht Oau-
[j.iasis Tr,v [j-sy^Ar^v -f^q ©scTiy.cJ 2jva;j.',V y.at dj^v b~zpy.vi'/ti tojç 'susur
Ti[J.w;j.3v aYtouçJ zl \'yp toï^ oojXciç s Xpiaxoç xzixJ~r,y oÉoojy.s '/apiv,
Tiva ypr, vop/'i^etv ty] M'/)-pi t-Jjv 'ia-)^'JV ; 'Apy cl>y\ tSÙm [j-si'ucva twv bizr^-
yitov; r.y^râ xcu ov;Xov (4). « Quis non miretur magnam Dei geni- tricis virtutem : et quantopere superemineat quotquot hono- ramus sanctos? Nam si Christus servis suis tantum impertitus est gratiae...... qualem matri virtutem inesse cogitabimus?
(1) De vita Deiparae, C. x,p. -^"i. Ed. Dresselii.
(•2) Homélie sur la Mère de Dieu. Mai. Spicil. Rom., t. X.
(3) ROC. 1904, p. 521 et 522.
(4) XXXIX" sermon, pour TAnnouciation de .^larie.
LE DOGME DE l'iMMACULÉE CÛXGEPTION. G5
An non maiorem multo quam ei subjectis? Cuivis notum id est. »
Mais, si la justification de Marie dilïere de celle du reste des hommes par son intensité, s'en éloigne-t-clle aussi quant au temps? En d'autres termes, regarde-t-elle déjà l'instant de sa conception, au dire des saints Pères? Ici une difficulté même que l'on objecte souvent servira de réponse.
Nul n'ignore que l'Église grecque, comme d'ailleurs la tradi- tion latine aussi (1), vénère dans saint Jèrémie et saint Jean- Baptiste deux justes sanctifiés dès le sein de leur mère. Les livres liturgiques sont explicites pour le premier d'entre eux (2). Quant à saint Jean-Baptiste, ce qui est plus fort, sa conception est appelée sa/^^e, illustre, divine même (3).
Comme raison de ce privilège, l'on avance leur relation spéciale avec le Messie, puisqu'ils ont eu la mission de le prédire et de préparer ses voies. Or, dit-on, Marie aussi, en sa qualité de Mère, est unie à son fils; rien d'étonnant donc qu'elle ait été justifiée de bonne heure, sans qu'il soit pourtant nécessaire qu'elle ait été immaculée dans sa conception.
Fort bien, mais si Jérémie et le Précurseur ont été justifiés dès le sein de leur mère en prévision de leur haute destinée d'annoncer le Messie, qu'en sera-t-il de la Mère de Dieu dont la sainte mission de donner le jour au Messie est infiniment plus sublime? La loi de proportion exige que sajustification, reposant sur un titre plus noble et plus élevé, soit plus radicale encore. C'est bien, semble-t-il, le sentiment implicite des Pères affir- mant que la justification de Marie dépasse en sainteté tout ce qui existe dans la nature. "Eoîr. vàp ty;v j-sp Tràaav T-r^v oJaiv àYiacOîTcjav ty) /.aOapÔT-^jTi, 7,al oixaLWÔstaav £7. [XYjTpaç, [j.y) vi[.>.o'j SouA£U£r,v ^apùr/)!'. (4). « Decebat enim eam, quae supra omnem
(1) Saint Thomas, .S. Theol.lU, qu.xxvii, ad l.Nous prenons lo fait on soi, sans vouloir discuter si oui ou non il est conforme à la saine exégèse biblique.
("2) llpà Tcù (TE 7t),aT6v)vai itpOYvwo'Ttxwç \Lf\xpbz iy. xoiXta; rjYiâaOvic; (T' trojiaire di' la 1'* ode du canon, à l'office de l'aui'ore au l" mai).
lù TrpoxaOYiyiaia; tèv \moYr,zr\y aou, AliaoTa, Ttpô toxîtoîj (!''' tropairi^ de la 'A'' ode, ibid.).
(3) Dans les tropaires du 24 juin (Nativité de saint .J(\in-Haptiste) : "2* stichaire aux vêpres; Menées. Ed. romaine, p. oi:î.
3'^ stichaire aux laudes; ibid., p. 349; et de même, dans roffice du 2 1 sept. (Con- ception de saint Jean-Baptiste).
(4) Théophylacte de Bulgarifi, l. c.
ORir.JJT CIIUÉTIE-N. 5
GG REVUE DE l'orient CHRÉTIEN.
naturam sanda erat et pura atque ex ipso utero justificata, liaudqiiaquam subdi oneri legis. »
Ces considérations du reste seront confirmées, si nous exa- minons plus intimement la nature de la justification de Marie. La doctrine des Pères de l'Église grecque nous amène à faire les conclusions suivantes :
1. Marie nous est représentée comme \di premièi^e des créa- tures justifiées, comme les prémices du genre humain trouvées vraiment dignes d'être offertes à Dieu depuis la prévarication.
T-?;c Tct» yivo'jq -rjiJ.wv xzxpyr;:; oi àp-apTiav 7.axay.piQsiV/)ç, dit en effet Basile de Séleucie, osuiépaç £-/p7^Ço[ji.£V àizapyj^ç àvapiapr/^-su y.al Traaav "TLK'qpoÙGr^ç otxaicauvr^v " oi ■?;: x-xv -o GW[j.a (7Uvap;j,oA070'j;-;.sviv, 7:pci7V,'îT0 zih.v ■ïzXq àv6po)7:ciç (1).
« Quum generis nostri primitiae per peccatum fuissent con- demnatae, primitias alias innoxias et quae justitiam omnem implerent, necessarias habebamus, per quas totum corpus capiti coaptatum commissumque hominibus iterum redde- retur. »
2. Comme l'indiquent les paroles mêmes « prémices du genre humain », il s'agit bien de la nature limnaine justifiée, c'est-à-dire lavée de la tache originelle qui contamine la nature de l'homme.
3. Cette justification de la nature humaine, dont Marie est les prémices, est due à la vertu du Verbe incarné, car par ses forces la créature ne peut être constituée dans cet état. Saint Germain appelle Marie : 'II -pwr/; tcu TrpwTou Tu-iwiJ.a-oç xôîv zpoYÔ-
vo)v àvay.A-/;(ji,ç, •/) Tipoç àzâOs'.av toj ttîtîovOÔtoç yavouç è-âvcooç (2).
« Prima primi 'lapsus primorum parentum revocatio, lapsi generis in rectum statum restitutio. »
4. Le résultat final de cette justification est de faire de Marie les a prémices des fonmes », comme Jésus-Christ est « les prémices des hommes (3) ».
5. Cette justification donc affecte la nature humaine de Marie, ou directement et radicalement ou bien seulement d'une façon accidentelle, c'est-à-dire comme celle des autres
(1) Sermon sur la Mère de Dieu.
(2) Sermon pour la Nativité de Marie. Combef. I.
(3) OI[Aat )>ÔYOv i"/îiv àvôpwv (aèv xaOapôraxov xi;; èv àYVEta aTrap/î)? y-YOVÉvai tov 'Ir- aoùv -yuvaixwv oivfi'i Mapiâa. (Origène. In Mattli., t. X.)
LE DOGME DE l'iM.MACULÉE CONCEPTION. 67
justes, après avoir été un certain temps atteinte du vice originel. Le second terme de cette alternative n'est pas compatible avec le langage des Pères, car Marie est appelée simplement et pu- rement prémices, comme Jésus-Christ lui-même, dont la na- ture n'a pu passer d'un état à l'autre; et du reste comment constituerait-elle les prémices du genre humain, si elle ne se distinguait pas du genre humain, dont tous les membres sans distinction sont sujets à la souillure d'origine? Il faut donc que sa nature soit justifiée radicalement, dès l'origine de son existence même, c'est-à-dire que Marie soit justifiée dès sa con- ception.
De la nature humaine passons au monde angélique.
Nous avons vu plus haut (1) que Marie est proclamée par les Pères plus sublime que les anges, plus élevée en dignité que les ordres angéliques les plus parfaits , et nous avons même tiré cette conclusion que, puisque les anges doivent leur si grande pureté à l'intégrité de leur nature, il faut que l'àme de Marie n'ait jamais pu être un seul instant atteinte de la faute originelle (2). Mais la doctrine des écrivains ecclésiastiques est plus expressive encore; notons-en ces deux traits caracté- ristiques.
1. La nature de Marie, selon Isidore de Salonique (3), est supérieure à celle de l'homme; elle est en quelque sorte une
nouvelle créature, TO/.aivbv OT^^.izùç)^('q\}.x -/.y), h 6-èp voùç avOpoj-
zoç, ûTTcpçusuTaToç %oa ôeoupYtxw-caxoç av0po)7:oç; elle doit doiic trou- ver sa place entre l'homme et l'ange, étant créée d'après le type
de celui-ci, xa-:' àv^sAcu:; o-(]\xiouç)'frf^zXijy..
2. Tout en participant à la nature de l'ange, elle en diffère cependant. Il faut distinguer deux choses, dit avec grande jus- tesse Sophrone l'Ancien, la nature et la grâce. La nature angé-
{\)ROC. 1004, p. 14 et 15.
(2) Un rapprochement semblable se retrouve dans un sermon attribué à saint Grégoire de Nazianzo. 'ATrsffxâXvi ôoùXo; àawfxaxo; upô; uapOÉvov à(x<^),uvTQv, à7ie(TTâ),y) ôâ[AapT£ai; IXeiiÔepoî Tïpôç tv); (p6opà; àvETt to jxtov. (3'" sermon pour l'An- nonciation. Inler opp. Grég. Naz., t. II.)
(3) Sermon pour la Pi-ésentation de Jlarie.
68 REVUE DE l'orient CHRÉTIEN.
lique, dit-il, est plus élevée en dignité que celle de Marie, mais la grâce de celle-ci est plus grande. Elle possède toute la grâce propre aux anges, et plus encore. C'est pourquoi elle est d'au- tant plus élevée au-dessus des anges que les grâces lui ont été données plus abondamment. « Nam angelorum quamvis celsior natura sit, non tamen gratia major, quiaetipsi gratuita gratia ne corruerent sunt salvati. Credendum est ipsam ampliora promeruisse virtutum privilégia, et percepisse gratiam ab an- gelis etiam collaudatam. Hinc et Maria cunctis tanto venerabi- lior, quanto gratiosior » (I).
Mais, pour être si considérable, la grâce de Marie ne doit-elle pas nécessairement comprendre la justice originelle?
Dans le cours de ce ti-avail, plus d'une fois nous avons déjà relevé le langage des Pères attribuant à Marie des épitliètes et des expressions qui ne se retrouvent appliquées qu'à Dieu ou à son Fils. Nous pourrions encore citer nombre de textes où Marie est appelée divine, amie, fille, épouse de Dieu, où un la déclare l'image parfaite de la divinité, retraçant les traits de la similitude divine d'une manière plus complète qu'Adam au moment de sa création. Mais nous prèli'rons nous en tenir à l'idée (lui dominera t(.>ut ce paragraphe, c^st-à-dire à la consi- dération de sa nature proprement dite, considération qui entre plus directement dans les conclusions de notre thèse, puisque, s'agissant d'un péché qui souille notre nature, il est clair que prouver l'existence en Marie d'une nature incompa- tible avec cette souillure, c'est prouver l'immunité même du péché originel.
Nous avons vu jusqu'ici que la nature humaine de Marie est au fond la même, mais plus parfaite que celle d'Adam et d'Eve avant leur chute; qu'en tout cas cette nature n'a aucun des ca- ractères de la nature déchue. Elle a été justifiée, mais cette jus- tification s'écarte eSîentiellement de la justification propre aux saints et aux justes. La nature sanctifiée de Marie, selon le sens et avec les réserves faites au paragraphe précédent, dé-
(1) Sur rAssomptioa dft Marie. Œuvres de saint Jérôme t. XI.
LE DOGME DE l'IMMACULÉE CONCEPTION. 09
passe en grandeur et en éclat la nature angélique. Bref, elle est sui generis. Que sera-t-elle en comparaison de la nature di-
vnie
La conclusion est claire : la nature de Marie vient immédia- tement après celle de Dieu, elle est inférieure à Dieu seul.
'Kizsic-q lajTYjV Scuxipav [v.èv ©ôou, où ypcnvMq 'hi^(ii),-fi ob^lr^ os, 7:p('<)--qv Tôâvxwv àopix-ii)^ TE /,izi cpaxwv y.ir.ai^.âxwv ctvai TCiaT£uo;x£v (1).
« Etenim hanc secundcwi quidem post Deum, et priiiiain, non tempore dico, sed gloria, inter invisibiles omnes visibi- lesqite creaturas credimus ». Plus loin il dit encore : « sed uni Deo inferior, omni autem creaturae superior ».
Isidore de Salonique (2), avec sa précision dogmatique ha- bituelle, prévient toute objection : Aéyo) oà a-Kzpub-qxa. i^.sv -ml
zvOpoWoiç ayzZo^ a(fpaGT:a,, Bto\jp\'v/.ot. v.al -aùir, Trpoffîîvai T:'Kî.cys.'/,z-f][J.y.-:y.. 0c(o o' £Ç ïffYjç cùo£7uct£, àXXâ yz TTpb:; [J.àv iiiJ.xq, Seov av cÏtcoiç" t-J^v ■TïâvaYVOV, XYj xaô' ÙTïspSoXr^v aùi-^ç àp£r?i, Tpoç oè ©sbv, toDt' aùxô oTCEp £ffT!.v, à'vBpo^xoç -rj izapOévoç. « Contendo sane mente incom- prehensas et hominibus propemodum ineffabiles ac deificas ipsi {Mariae) dotes inesse; absit tamen ut eam Deo parem tan- quam habueris. Sed purissimam illam DeUm dixeris propter virtutis ejus eminentiam, si nobiscum ipsam compara\eris; sin vero eam cum Deo contuleris, lioc quod reipsa est, Virgo apparuerit, scilicet homo. »
Après cela, supposons qu'aux Pères grecs réunis en conseil l'on eût posé cette question : Marie a-t-elle été un seul instant de son existence entachée de la faute originelle? Qui pourrait douter que leur réponse eût été négative?
2. La personnalité de Marie considérée en elle-niênie.
Nous entrons dans un autre ordre d'idées.
Après avoir considéré Marie dans la synthèse des êtres, il convient de reporter son esprit uniquement sur elle-même et de voir comment les prérogatives, qui forment l'apanage de sa sublime personnalité, ne trouvent leur raison suffisante et
(1) Pierre de Sicile, 2' Sermon contre les Manichéens. Jlai, Xova Pabum Bibl., t. V, p. m.
(2) L. c.
70 REVUE DE l'orient CHRÉTIEN.
leur plein <''panouissement que dans son immaculée conception. Commençons par connaître de plus près sa prédestination.
1. La prédestination de Marie, au dire des Pères grecs, con- siste dans la pvéélection que Dieu en fit de toute l'étei-nité, pour devenir la Mère de son Fils incarné. De fait, l'on rencontre sou- vent des expressions semblables à celles-ci, tirées d'une homélie de saint Jean Damascène : Xaipiic r, T.pcMpi7'^.iTQ [vtr-'Cip Ws^D* yaipoiq -^ 7:psc7.ÀîAS7;x£vT, -f, r,pl a-.wvwv [iouAr^ 'Ou ©scj, vyjç OsiOTaTCV |3Xâc7T-/; [j.a (1). « Ave qui\e prae destina ta es Dei mater. Ave quae consilio Dei ante saeculâ praeelecta es, ut divinissimum terrae germen ».
2. Cette préélection suppose différents actes de la part de la divinité : la prescience divine, son amour pour l'objet pré- connu, enfin le décret de prédestination. Le succession logique de ces différents moments est admirablement résumée dans les paroles suivantes du grand Docteur de Damas : 'Q àxa-raX-r^Tr-oiv 7.01.1 àTroàpTjTwv Oaujxâtoiv" aè TcpcYvoiJ? b twv cawv Qibç «Hav T^YâT:"/]ac 7.7}. x';7.-rt(y(xq Tupctopiae, xal è::' ia'/aTœv twv ypôvwv s'.ç to sîvai Traprj- vays, y.al 0scT6y,:v [j:r,~époc 7.~jX TiOr,vbv tcj o'.y.sîcj 'j'.cu y.ai /.ôyca àvé- G£i;£ (2). « 0 miracula mentis captum et sermonem excedentia! Dignitatem tuain /)rrtecop'nosce?<s universorum Deus, teproinde dilexit, ([\\ecXdin\q\iQ 2waedestinavit atque extremis temporibus ad esse perdiixit, ac Deiparam matrem suique Filii et Verbi nutritiam effecit. »
3. Pour être l'objet de la singulière prescience et de l'amour divins, il fallait que la nature de Marie en fût tout spécialement digne. Cette dignité particulière forme la raison dernière de sa prédestination, et n'est nulle autre que celle de sa future ma- ternité. Or, le contenant doit être en rapport avec le contenu ; et, si le contenu est ici la pureté même, le contenant, la per- sonne de Marie, doit donc être d'une absolue pureté. En vertu de ce principe, peut-on concevoir en elle, ne fût-ce qu'un seul instant la tache originelle qui ternirait cette intégrité néces- saire?
4. Aussi bien le décret de prédestination renferme-t-il deux actes concomitants que les Pères grecs çà et là nous décrivent
(1) 3" Sermon pour la Dorinition de 31aric.
(2) I" Sermon pour la Nativité.
LE DOCiME DE L'iiMiMACULÉE CONCEPTION. 71
minutieusement, et qui sont de la plus haute importance à noter pour la conclusion de cette enquête.
Tout d'abord, il faut relever la sélection par laquelle cette sublime créature a été comme distraite de ses semblables et choisie parmi elles, comme l'on sépare une pierre précieuse des scories où elle est enfouie. Cette idée nous est répétée sous les formes les plus variées, telles les appellations suivantes : ax7.\j- ^oq... Y) TiavTbç à-(-(ouq £;wx,ia[;iv/). « Vas ab omni vase secre- ium (1) ». « Eledum vas quod Deus sibi se posiiii (2). »
Ainsi choisie, cette créature privilégiée reçoit encore une préparation toute spéciale en harmonie avec sa destination. L'acte du Créateur la distingue, si l'on peut ainsi parler, du reste des hommes; il lui façonne du moins une nature humaine exceptionnelle, tranchant sur celle de toutes les générations par je ne sais quoi de spécial qui la met, vis-à-vis d'elles, pres- que dans l'isolement. Ces paroles de Tarasius sont remarqua- bles à cet égard : Ai' aù-cbv oè Tbv 7ïpoarjAr,cp6xa y.ai t^ç iv/^zÙQr^q coq zavayvou tç/ z.ly.bv2 'lxÙ. -b Trpcarjy.cv a£6s[J.s6a" b.'^fiy. ^{h.^ cvto); ajT-/;, ù)q -bv p.ovcv «Yiov àpprjTt))ç àKCV.u-^^aaaa" v. yàp h ©sbç -w ASpaà;/ èvîvy.çfv 7:pot7£-a^£ oà[j.aA',v xpiETiucua-av xal a'.ya Tpi£':tî^ouaav T:^''''^q /.a6xpi(7[j.bv Twv di'J'/wv , T.^q -q 'îzxpOiyoq -f] TrpoopiaOcîaa à-rzo 'AxiGZMq y.6a[J,0'j xal £X TyaGÎôv ^(zvzM^ 7:poe.y.\v/JitX(j(x zlq y,aTcr/,-/;x7]piov «[j.oXuvtov, v.cà -Kpoaivey^^ilGa elq vabv àviov Tw riavToy.pàtopi, obyl zi\jÂoc r.od xaôapà y,al à\J.bh'jvzcq y.y.Ma-r^'A.t^ xal zpoaçopà a[j.oi[;.cç if^q à^Opiù^irriq o'jff£0)ç (3);
« Propter ipsum autem qui carnem adsumpsit, etiam geni- tricis ut omnino immaculatae effigiem eo quo deeet cultu vene- ramur. Ipsa enim vere sancta quae eum qui unice sanctus est arcana ratione concepit. Si enim Deus Abraham um jussit afferre vitulam triniam et capellam trimam in animarum pur- gationem, quomodo Virgo a creatione mundi praedestinata et ex omnibus générât ionib us praeelecta in impoUutum domi- cilium et omnipotenti oblata in templo sancto, non honore digna et pura et impolluta exstet, et oblatio immaculata hu- manae naturae ? »
5. Arrêtons-nous un moment à considérer la nature de Marie telle qu'elle doit être dans les archétypes divins, selon la doc-
(1) Saint Jean Dam. 2" Sermon pour la Nativité de Marie.
(2) Saint Germain, Sermon pour la Présentation. Marucciiis, ujj. c.
(3) Sermon pour la Présentation de la Mère de Dieu.
72 REVUE DE l'orient CHRÉTIEN.
trinr des Pères de l'Église grecque. De tout ce qui précède il ressort à résidence que Marie, étant dans sa prédestination choisie comme Mère de Dieu, et, pour le devenir, y étant spécialement préparée, doit posséder une nature digne des complaisances de la sainte Trinité. Ce caractère d'ex- ceptionnelle sainteté écarte donc toute idée de souillure ou de péché.
0. Nous en venons maintenant à la prédestination dans y ordre cVc:vêcution. Quand intervient l'acte du Créateur, cette nature ainsi conçue, ainsi constituée dans le décret de prédesti- nation, reçoit l'existence. Mais, si elle est créée telle qu'elle est dans les archétypes divins et que dans ces archétypes- elle est absolument pure et sans tache pour les raisons développées plus haut, elle sera telle dès sa conception, qui est le moment pré- cis où elle reçoit l'existence.
Que cette doctrine soit bien celle des Pères grecs, le passage suivant emprunté à Photius le démonti'c clairement. En effet, le fameux Patriarche, en i)arlant de la virginité de Marie, con- servée intacte durant toute sa vie, ajoute aussitôt que sa pré- élertion, autre insigne privilège, est restée de la même façon absolument indemne. Or, la préélection embrasse et l'éternité et le temps. Donc, peut-(»n inférer, Marie dès sa conception possédait sa sainteté et sa pureté incomparables. Et l'ab- sence du péché originel y est certes comprise, puisque Photius relève spécialement son immuable horreur pour le mal et sa constante inclination vers le bien pai'fait. « "O-ct zl [xivcv tt^v 7:ap-
Osvuv à'ypavTOV ot£-f,p'r;(jsv, àXXâ ye /.al T-rjv TrpcaipîJiy à[j,6Xuv-GV auvs- r(^p-/;c7sv * Ôti ïy. ^pé<^z\jq y,oi-r,\'i(X'7()r, Qsm, Aabç ï[)jboyoq xal àXâcsu'Oç t(o
T7;ç TtapOîvîaç ùrspXaiA-pcv , cià 10 r^ç hpizioLC àixiXuviov , oià xb ■z■f^q T.pc7.ipi(JHùq •/.aOap(.')TaTCV , cià 10 tïjç <i'J*/^ç Trpbç rr;v à[J.ap-(av àppuzàç
7,r. TcD y.pz'—ovzç c(ixz-y--M-zv (1). « Neque enim solam virgini- tatem servavit intemeratam, sed et praeelectionem custodivit il/aesam, quoniam ab infantia consecrata Deo, lapis animatus et non incisus extitit régi gloriae propter corpus illibatum, propter supersplendidam virginitatem, propter innocentiam inviolatam, propter purissimam praeelectionem, propter ani-
(1) Conini. in Luc, I, 30. Mai, Scrij)!. vett. I, L\.
LE DOGME DE l'fMMACULÉE CONCEPTION. 73
mam adversus peccatum immutabilem et erga id quod optimum est constantissimam. »
Nous avons déjà anticipé sur les considérations suivantes qui regardent la conception et la naissance de Marie. Et d'a- bord il faut observer que, dans le langage des saints Pères, ces deux stades, que nous sommes habitués maintenant à distin- guer avec tant de soin, sont très souvent confondus; et l'un est pris pour l'autre, ou même l'un est signifié par l'autre (1). Néanmoins il y a dans la conception de Marie tout un ensemble de circonstances qui indiquent quelque chose d'extraordinaire en la comparant à celle des autres mortels.
Marie naît de parents stériles, elle est le fruit de leurs prières et de leurs jeûnes, le germe de la grâce plutôt que de la nature (2). Eux-mêmes se font remarquer par une sainteté supérieure à celle des autres justes (3).
On parle de sa conception à venir, de sa conception même, comme de celle d'une créature dans la facture de laquelle Dieu seul est intervenu, et elle est dépeinte dans ce stade de son existence, absolument comme dans sa prédestination et dans le reste de sa vie.
'Q, \):(]Tpa vqq "Avv/;ç àotoi[xs, dit saint Jean Damascène, iv fi -o
xatà [xv/.p'ov è; ot.'JvriÇ ■KpOG^TiV.aiç rfjçrfi-q y.a\ or,a[xcpço)Osv k^éybr, [ipé<fzq Tzâvoc'^^to^r M ^(ao-r^p ojpavbv èv aùt?) y.'JosopTjaaaa £[;.(|iU)(ov, vr^q o'jpavwv c'jpu)(O)p{aç7:Xa-JT£poV{ï)0au[j.â-ro)v 0aû[;.aTa,y.aÎ7îapa8i^wv TzapâZoza (4). « 0 praeclarum Annae sinum, in quo tacitis incrément i s auctus ex.ipso atqueformatus fuit foetus sanctissimus ! 0 uterum in quo animatum coelum coelorum latitudine latius concep-
(1) Voyez par exemple Théodote d'Ancyre, dans son sermon sur la Mère de Dieu. Galland, t. IX ou Migne, l. c.
(2) Tô Tïj; yâpixoç pXâ<îTyi|xa, expression de saint Jean Damascène dans son 1" ser- mon pour la Nativité de Marie.
(3) ... Kai ôv] Tï)(; àfrexrjç ôjaoti'ijlwç xat ô[j,o'|iû-/(o; àfiçôxcpot i^oi.av.ria(x.'Jtti oO-^ :^ixov Oàxepo; ôaxépou itâvxa; xoù; y.oct' èxeîvou -/.aipoO h/ xaùxi;), ôitôdov oOx r^v sîixsïv, pa&tw; OTtepyjxôvTiTav. ■< Ibi sane virtutem aequo concordique animo utrique exercentes, aeque unusac altéra omnes illius aelalis homines, quantum vix dicti potest, facile excesserunt ■<. Pierre d'Argos. Sermon pour la conception de sainte Anne.
(4) Premier sermon pour la Nativité de Marie.
74 REVUE DE l'orient CHRÉTIEN.
tum fuit ! 0 niirarulorum miracula, et reruin niirabilium res maxime mirabiles ! »
C'est pourquoi enfin Georges de Nicoméclie n'hésite pas à dire que la conception de Marie dépasse les limites de l'intel- ligence humaine (1).
Il en est de même de la virginité perpétuelle de Marie. Dans le langage des Pères, elle indique plus que ce qui est compris ordinairement par ce mot, plus même que l'insigne privilège d'être devenue Mère en dehors des voies ordinaires de la nature. A ce langage, il faut trouver une raison suffisante et il n'y en a pas d'autre que celle de supposer en elle Timmaculée conception.
Celte proposition, forcée au premier aspect, est appuyée sur l'analyse du concept de la virginité de Marie, tel que se le sont formé les saints Pères.
Remarquons au préalable que l'idée de virginité impliquant (sans réciprocité toutefois) l'idée de pureté, il ne faut pas les séparer en étudiant la doctrine patristique.
1. Or bien, pour la décrire, les auteurs ecclésiastiques s'in- p'nient à nmltiplier les synonymes et à trouver les épithètes les plus expressi\"es, comme si rien ne pouvait donner une idée exacte de la grande chasteté de Marie.
2. C'est que cette pureté est telle qu'il n'en a jamais existé de semblable. Ojoà vàp r.ûir.o-é Ttr, dit saint Germain de Constanti-
nople, YÉycvsv •?, -;z^rr,'7Z~xi -oixjTç, vSKLovfi oiyj.y.iJ.T.o'j'jX (2) . « Nulla
sane cjusmodi fulgens pulchritudine inventa unquam est aut invenietur. »
3. Elle est même au-dessus des forces de la nature humaine, au dire du moine Jacques : '0 to ûr.epaukq t^; èv aùx^ xaivoTC[j,oj- lj.£v/;ç èvopwv y.apTsptaç [Qtôq]... (3). « Novam illam naturaque potiorem aiiimi virtutem in ea spectans (Deus)... »
4. Elle dépasse la pw^eté angélique, comme s'exprime Pierre
(1) li^|jisç.ov Y) àotôSciyXo; toO pacriXe'wç èpetôofiéwi TtùXvi, aCiToû [làv tïj ÛTiÈp ëvvoiav TtposxiiJii^etai ôcôoco. Sermon sur l'annonce de la Conception de Marie. (i) Sermon pour la Présentation. (3) Sermon pour la Présentation.
LE DOGME DE l'IMMACULÉE CONCEPTION. 75
de Sicile : Il T^oi^iy.'(ici. IlapOevoc, y; 'I'U/TiV /.al aM[icf. û-kp tàç olpy^iv.^ c'jvaij.si; /.Ey.aOapijivYj (1). « Sanctissima Virgo, cujus anima et caro plus quam coelestes virtutes fuerat purificala. »
5. Cette pureté extraordinaire n'est pas le résultat d'efforts personnels. Dieu en est l'auteur ; il l'a voulue môme dans pré- destination. Elle est le fruit de la grâce divine qui était en Marie avant de recevoir la vie et «près elle ne l'a jamais quittée, dit saint Isidore de Salonique.
'0 zupio? \}.t-7. aoj, oç aot T^apïjv z,al -rpo -oj j^tou, y,y.l Ysvv/]Oîf'o'"f;, y.a', ■rrpô •'£ TOÛ àaxa(7[^.oO, y,al vca-:' exstvov oy), xai j;.£t' ly.sTvov xpozov
« Dominus tecum qui tibi adfuit et ante vitam, et quum ge- nita es, et ante salutationem et cum illa, alioque modo post illam. »
6. La virginité, dit Théophylacte, comprend non seulement le corps, mais encore et surtout la partie spirituelle (3). Mais Marie seule a toujours été vierge et d'esprit et d'âme et de
corps... T-^v [jivrjv v.ai vw y.jci '!/uyfj /.xi (7w;xa-'. àîf.-^ipOîVsuoucrav (4).
7. Sa pureté résulte encore delà parfaite harmonie subsistant entre la chair et son esprit. L'esprit immobilement fixé dans le bien, attirait la chair dans la même direction.
'H yàp o-àp^, dit saint Germain de Constantinople, oux £[;.TCoo(C£t
-r, G'jvâ[;.£i y,al svapysia loXi TîVS'JiJ.a'ôç ffcu ' OTiTrep OkSU OTasi tcvsT acu xo 7:vsD[Aa, è7:cio-/) xaôapbv touto xal auAov, àçOap-ov xal àxr^Xicoj-cov, xal Tcu -VEÛiJ.axo;; Tou «Yicu a'jvoiaTiy.bv -v£U[xa /,at tv;ç [xov^yîvsu; OîÔtTj-oi; Èy.y.Asy.TOv (5).
K Nihil enim caro virtuti atque efficaciae tuispiritus obest, quippe tuus ille spiritus ubi vult spirat, quum mundus sit et vacans materia, incorruptus et incontaminatus, sanctique spi- ritus sodalis, et Unigeniti deitoti delectus. »
8. Aussi bien, la chair de Marie mérita-t-elle de devenir la
(1) Adv. Manich. Cette expn^ssioii yexaÔapjjLÉvYi signifie certes que Mario a été purifiée, car Dieu seul est pur par lui-niènie ; mais comme elle n'assigne aucune limite de temps, on ne peut a p»7ori mettre cette purilication après sa conception.
(2) Sermon pour la Nativité de Marie. Ces paroles pourraient être ajoutées aux textes des saints Pères citées plus haut à propos de la prédestination de Marie.
(3) Oùx àpxïï (Ta)|j.aTa elvai àfîav, àXXà Seî xal irveûfiaTa... i-Kti itoXXat tô (Twjxa àyvai xat àjJiôXyvTot oôaai xax£<JirtXa)[A£vac da\ 'zr^-i 'l'y/^v. Comm. ad I Cor., vu, 31.
(4) Saint Jean Damascène, premier sermon pour la Dormition de Marie, (b) Sermon pour la Dormition de Marie.
76 REVUE DE l'orient CHRÉTIEN.
■chair du Qlirist. Si on ne peut concevoir celle-ci le moins du monde souillée, pourquoi n'en serait-il pas de même de celle de la Vierge?
Ncîiv -/S.'. 'ii'jyrjV "/.ai ay.Çi-/J:,q 10 iji'jpajAa T:poffîiÂr,9(Oi;, Bsstiy.e, iv. œyjç [xr^tpaç à'/pâvTCu z Oeb; A6yoç y-xx' aArjôsiav à'vOpioTcoç ov^Or, (1).
« Mcntcm etanimam carnisqueinassam, o Deipara, eximma- culato tuo sinu Deus Verbum accipiens verus homo visus est. »
En résumé, il faut conclure que la virginité de Marie est un fait exceptionnel, absolument inouï. Mais en quoi consisterait cette exception, si le péché originel avait troublé la limpidité virginale de son âme?
Nous avons déjà fait allusion au privilège de Vassomplion corporelle de Marie en parlant des effets du péché originel. Ce sujet comporterait d'amples développements à cause de son actualité et de l'intérêt qui s'y rattache. Nous ne parlerons pas donc du témoignage de la tradition en faveur du fait, que nous tenons pour indéniable (2); mais seulement de ce qui peut jeter (juelque lumière sur le dogme dont nous nous occupons présentement.
L'assomption corporelle de Marie suppose une question préa- lable : Marie a-t-elle subi la mort? En consultant la tradition, il semble qu'on puisse y répondre par cette distinction : Si, par mort, l'on entend la disjonction de l'àme et du corps par voie de dissolution, non ; si, au contraire, l'on n'y voit que leur simple séparation, rien ne s'y oppose, parce que, sans répu- gnance aucune, les deux éléments du composé humain, tout en restant intacts, peuvent à un moment donné se réunir. Que tel soit bien le sentiment des Pères grecs, on peut l'affirmer d'une façon générale.
1. Ils ne peuvent admettre que le corps de Marie puisse être sujet à la corruption. Tv;v zâvayvcv se, dit saint Siméon de Salo- nifjue, £'. xal [;//jC£vl Twv --(vniihiw ty]V xoiaûr/jv à^â.yy.T,Y (l'orateur parle ici de la corruption du corps) oiasuYsïv èv^v, -iOcv â'v ~i; TOÛTO) '[S uTiOTTiK-siv T(T) TTCtôci BoiY) ciy.ai'wv, "^ç Y£vo[j,£V/]i;, à.'hrfir^q 7:aatv
(1) 'Oy.Twr5)(04, t^d. cit., p. 42, col. 2.
("2) Consulter à ce proi)os le R. P. Renaudin, De la Définition dogmatique de l'Assomption de la T. S. Vierge, Angers, 1900,
LK DOliME DI-: l'i.MMACULÉE CONCEPTION. 77
àvaTrXatjiç èzvivO-^as y.al 'Cmt, (1). « Vei'um etiamsi iiulla e creatis rcbus liuic se necessitali {corruptionis) subduceret; quis uii- quam concesserit huic malo innocentissimaiii quoque illam fuisse obno.viam, qim exoriente vera reformatio ac vita omnibus eflloruit...?
2. Cette incorruptibilité constitue la partie surnaturelle de sa mort ; tandis que, par le fait de son trépas en lui-même, elle est soumise aux lois générales de la nature.
C'est ridée exprimée en ces termes par saint Côme Thymno-
graphe : Nt7.r,Tty.à [j,sv [3pa6sîa -i^po) xaO' à -i-qq '^ùczMq, àyvq ©sbv y-'j-qaxaoL, 0[J.a)ç \).i.\).ou\).évr, oï tcv '::oi-r;Tr,v gou xal ultiv ùizkp çuaiv, û-o- y.Û7:-£iç Toïç TYjç çjuswç v6[j.otç' 010 fh'fiGy,o\>GX (j'jv TO) uto), sy-'-PT/ ^''^''~
oiaiwvi^ouaa (2). « Victricia tropaeade natura oxtulisti, puraDeum enixa, simulque factorem et filium imitata tuum supra natii- ram naturae succumbis legibus. Idcirco aeque ac filius mor- tua, excitaris simul semper victura. »
3. Ces derniers mots donnent un nouvel aperçu sur la mort de Marie. La Mère meurt comme le Fils; comme celle du Fils, la mort de la Mère est suivie d'une victoire : victoire par ce que la mort ne peut achever son œuvre qui est de réduire le corps en poussière.
4. Et puisque sa mort est le signal de Tincorruptibilité de son être, il n y a plus rien qui la distingue de la nature angé- lique de ce côté. Elle possède l'immortalité au même degré que les chœurs célestes.
Saint Isidore de Salonique s'exprime ainsi:... îozi... vévîaiv
[J.5VCV àci TO /,«"' 0£'JTr,v /.ai sivai xal ôvcf^.a^scOat y.xxk y.yX x^('[t'Koi, wv 'j-£pT£pa /.aôio-TaTai, y^TOVotsç, àOcévaioi [ji.evoua-1 xal çôopaç àvwTspoi (3). « ... ipsidebebatur... ut sicipsa semper quamviscreataexisteret, non secus ac angeli quibus ipsa praecellit, postquam seniel facti sunt, immortales permanent et supra corruptionem evecti. »
5. Tel est donc, d'après les Pères, le caractère de la mort de Marie : mort sans dissolution du corps, suivie de l'assomption de celui-ci. Pour trouver la raison suffisante de l'assomption corporelle de Marie, il faut évidemment tenir compte de sa
(1) Sermon pour la Nativité de Marie. Cf. saint Germain, premier sermon pour la Présentation.
(2) Cité par Glycas dans sa lettre à Alypius.
(3) Luc. cit.
78 REVUE DE l'orient CHRÉTIEN.
divine maternité, parce que, comme dit saint Germain, il con- venait que celle qui donna la vie au monde la reçût pleine- ment en partage (1).
Mais ce ne serait pas s'appuyer suffisamment sur la doctrine des Pères, que de ne pas invoquer un autre motif. D'après eux, en effet, l'assumption corporelle est en relation directe avec le péché originel. Saint Isidore de Salonique a écrit encore sur ce sujet avec toute la clarté dogmatique désirable : wç y^p oùSsvbç Ttov ojy. £7:aivc'j|j.£vo)v àvOpoWct^ ososiy.Tai xsivwvbç, àXXà xat «yy^^^wv aYtwTspa [J.Wq, v.ai [j.zvr,'j è"/p*^v \i-q toïç aX)vOtç t^ç xoivwveïv ouaxXr,- pîaç (2). « Sicut enim exsors apparuit eorum prorsus omnium quae in liominibus non censentur laude digna, immo etiam sola apparuit ipsa angelis sanctior; ita oportebat ut sola a commun! reliquorum omnium miseria eximeretur. »
Grâce à tout le contexte dont nous avons [irécédemment déjà cité différentes parties, Ton parvient à établir ce raisonnement. Le péché est la cause de toutes les misères humaines, dont la mort est la principale. Marie, non seulement n'a contracté aucune souillure conunune aux autres hommes, mais sa sain- teté est supérieure à celle des anges. Donc à fortiori a-t-elle droit à leur immortalité.
Mais la mort est l'effet direct du péché originel. Donc son absolue sainteté est incompatible avec lui. Donc son assomption corporelle est la conséquence de son immunité à l'égard de la faute d'origine.
D'ailleurs, en quoi consisterait le triomplie obtenu par Marie à sa mort, dont nous parlait Côme l'hymnographe, s'il ne s'a- gissait pas de la cause (le péché originel) aussi bien que de son efïet ■? Finalement, comme couronnement de son assomption corporelle, Marie est constituée Reine et Dominatrice des anges et des hommes. Les écrits des saints Pères abondent en témoi- gnages de ce genre. Or, comment serait-il possible que Dieu déclarât souveraine de l'univers une créature qui eût été, même un instant, sous le joug du démon, perturbateur de l'ordre et de l'harmonie par lui créés ? [A suivre).
D. Placide de Meester, 0. S. B.
(1) Pi-cniier sorinoa pour la Dormition de Marie. Conibef. Auctar.. I. (-2) Loc. cil.
SIVAS
HUIT SIECLES D'HISTOIRE
1021-1820
Lorsque j'étais à Sivas, il y a quelques années, j'eus entre les mains un manuscrit qui me parut intéressant. C éi'AitV Histoire du monastère de Sainte-Croix écrite par S. G. M*-'' Jean, qui y résidait avecle titre d'archevêque. Ce prélat, mort vers 1827, a en 1801 entrepris ce travail, qu'il a conduit jusqu'en 1820.
A cause des documents relatifs surtout au xvii" siècle et au xviii% qui s'y trouvent assez nombreux et proviennent des ar- chives du monastère, je regrette de ne pas en avoir fait prendre une copie. Je ne croyais pas en avoir le temps et me suis con- tenté d'employer tout celui dont je pouvais disposer à écrire à la dictée la traduction que m'en faisait un de nos professeurs. J'espère néanmoins intéresser les lecteurs de la Revue par le travail que j'entreprends à l'aide de ces notes.
Je n'ai pas la prétention de dissiper tous les doutes, ni de trancher toutes les questions qui se présenteront; j'aurai plu- sieurs fois cependant l'occasion d'éclaircir des points obscurs, de rectifier un certain nombre de dates et d^identifications locales, voire même de corriger quelques erreurs. Si j'ai pu le faire, je le dois tant à un séjour de dix-huit ans dans le pays dont je parle, qu'au bienveillant concours de plusieurs amis. Ils ont cru, eux aussi, que huit siècles de l'histoire d'une ville située, comme l'est Sivas, tout à fait au centre de l'AnaloIie, est un morceau assez rare pour être publié.
PREMIERE PARTIE
Sènèkorim s'établit à Sébaste. — Expédition do Basile II. — Le successeur de Sènè- kèt"im. — Ruine du rojaume d'Ani. — Dernières années de Pierre Kédatartz. — Ruine de Sébaste. — Les deux Kakig. — Expéditions passant par Sébaste.
CHAPITRE PREMIER
sÈNÈKÈRiM s'Établit a sébaste.
1° Origine de Séljaste. — 'i" État de l'Arménie à la tin du x» siècle. — 3° Causes de ri'niigration. — 4" Ambassade du prince David. — .^" La Sainto-Croix à Sébaste.
§ P''. — Origine de SébasteJ
On ne connaît pas le nom primitif de Sivas (Sébaste) ; car, malgré l'assertion de quelques écrivains, il est certain qu'elle ne fut jamais Cabyra-Diospolis. Lorsque Rome, presque au début de l'ère chrétienne, réduisit laCappadoce en province romaine, un camp militaire dut occuper le sommet de la colline isolée qui se trouve à l'ouest de la ville, et le nom de Sébaste qu'elle reçut dans la suite semble autoriser la conjecture que le camp lui- même fut désigné sous celui de Castrum Sebasteum.
Sans doute, à proximité de cette colline et probablement à l'est de la ville actuelle , sur la rive gauche du cours d'eau au- jourd'hui appelé Mismil, devait exister une localité dont le nom est resté complètement inconnu. Deux choses le persuadent : d'abord l'établissement d'un camp permanent, — ce que les Romains ne faisaient pas dans les lieux déserts; — puis la situation de Sivas au carrefour des routes d'Erzeroum, de Diarbékir, de Malatia, de Césarée, d'Angora, d'Amasia et de Niksar.
Elle dut à cette position l'établissement de son camp et plus tard la présence d'un gouverneur. Dès lors et tout naturellement la localité prit de Timportance et se développa, une ville se
SI VAS. 81
forma et du Castrum Sebastou prit le nom de Sebasteia. Comme le reste de la Cappadoce, cette ville reçut la foi chrétienne de fort bonne heure : elle a des évêques connus depuis le second siècle; au v^ siècle, son siège est métropolitain, il devient exar- chat au xiii'" siècle.
§ 2. — État de l'Arménie à la fui du X'' siècle.
Pour comprendre l'histoire des Arméniens à cette époque, il y a deux choses surtout qu'il ne faut pas perdre de vue : le mor- cellement de leur pays et son état de dépendance vis-à-vis de l'empire grec.
Les auteurs arméniens semblent dissimuler, et les étrangers ignorer qu'au xi" siècle, il y avait longtemps que les pays chré- tiens du Caucase étaient vassaux de l'empire. Les généraux et les troupes qu'il y entretenait n'étaient fort probablement pas envoyés à titre purement gracieux pour défendre ces minus- cules royaumes contre leurs agresseurs. D'ailleurs, pour deviner cet état de vassalité, il suffit de lire d'une manière attentive les historiens de l'époque et de noter au passage tous les titres dont les rois et les grands se glorifiaient d'avoir été honorés par les empereurs.
Dès le IX' siècle, on trouve un roi d'Arménie, Achod le Grand, revêtu de la dignité de Curopalate, titre qui, à la cour de Byzance, venait immédiatement après ceux de César et de Nobilissime. Il y eut aussi des Patrices, des maîtres de la milice et des Vestes ou Chambellans.
Je ne prétends pas toutefois que les rapports de ces vassaux avec l'empire grec aient été identiques à ceux que la féodalité avait éta^blis en Europe. Leur éloignement et la difficulté d'aller dans leurs pays contraindre leur mauvais vouloir, devaient sou- vent leur permettre d'affecter des airs d'indépendance. Il n'en est pas moins vrai que l'attraction, le prestige, la fascination que la dignité impériale exerçait sur eux, était grande. A leurs yeux, elle miroitait de toutes les splendeurs du passé et de l'éclat de l'autorité suprême rendue sacrée par un caractère religieux.
Depuis, les haines accumulées en ont fait disparaître le sou- venir; mais, au xi^ siècle, il n'en était pas encore ainsi, nous le
OKUÎNT CHRÉTIEN. 6
82 REVUE DE l'orient CHRÉTIEN.
verrons bien dans Thomas Ardzrouni. Déjà Matthieu d'Édesse, dans sa chronique, tout en traitant les Grecs de « nation cruelle et perfide » et de « race perverse d'hérétiques ■> (n°' 65, 67), parle couramment du saint empereur Basile... enterré à côté des saints monarques ses prédécesseurs {n° 38). Si Samuel d'Ani est moins lyrique, on remarque facilement néanmoins la place prépondé- rante que, dans sa chronique, il donne à l'empire.
Quant au morcellement du pays, c'est un fait constant : à partir du ix" siècle, la nation arménienne s'était à peu près com- plètement désagrégée. Les grands vassaux briguaient les pré- rogatives royales et souvent, pour les obtenir, ils avaient recours à l'infidèle et par le fait se mettaient sous sa dépendance. Cette conduite était imitée par les fils des souverains eux-mêmes qui, au lieu de s'entr'aider fraternellement dans l'intérêt commun de la patrie et de la dynastie, ne songeaient qu'à ceindre des cou- ronnes et à partager les États de leurs pères.
%3. — Causes de V émigration.
Je ne discuterai pas ici l'assertion de ceux qui prétendent que le pays de Sivas est occupé par les Arméniens, depuis les temps antérieurs à Sémiramis. Au reste, je ne prétends pas qu'avant le xi'' siècle il n'y avait pas des émigrés arméniens, en plus ou moins grand nombre, dans les villes du Pont et de la Cappadoce. Ce que j'affirme avec Fliistoire et le manuscrit de l'archevêque Jean, c'est qu'à cette époque il y eut une grande immigration arménienne dans le territoire de Sébaste où l'em- pereur Basile le Macédonien, qui se prétendait Arsacide d'ori- gine, leur constitua sous sa suzeraineté un petit royaume qui subsista cinquante ans ou un peu plus.
Cet établissement fut dû à la terreur inspirée par les premières incursions des Seldjoucides dans le royaume arménien du Vas- pouragan. Samuel d'Ani parle de vingt-deux ans de luttes, après lesquelles, au dire de Thomas Ardzrouni, Jean Sènèkèrim, der- nier roi de ce pays, se rappelant cette parole divine : « Si l'on vous chasse d'une ville, fuyez dans une autre », se résigna à ce parti extrême.
Matthieu d'Édesse, lui, met en avant une prophétie de saint
sivAs. 83
Nersès, catholicos d'Arménie (370-404), prophétie qui n'eut sans doute pas plus d'influence que le conseil évangélique sur la détermination royale. Aussi je n'y ferais même pas allusion, si cela ne me paraissait dépeindre au vif la mentalité de nombreux auteurs arméniens, bien moins préoccupés de raconter les faits que d'arranger et d'expliquer tout ce qui, dans la conduite de leurs héros, peut paraîtremoins glorieux. Ici l'explication choisie est l'accomplissement des oracles.
L'auteur s'exprime ainsi (n° 38) : « La description de l'équi- pement des infidèles affligea tellement le roi Jean Sènèkèrim, qu'il cessa de prendre de la nourriture et s'abandonna tout pensif à la plus profonde tristesse. Il passait les nuits entières sans sommeil, occupé sans cesse à l'examen des temps et des paroles des Voyants, oracles de Dieu, ainsi que des saints doc- teurs. Il trouva consigné dans les livres l'époque marquée pour l'irruption des Turks (Seldjoucides) et sut que la destruction et la fin du monde étaient imminentes (?). »
Les paroles qui suivent et sont mises dans la bouche du saint patriarche du iv' siècle, renferment une violente diatribe contre le clergé arménien. Ce n'est peut-être qu'une imitation des prophéties de l'Ancien Testament; mais ce pourrait tout aussi bien être une attaque de Matthieu d'Édesse contre les catholicos de son temps qui étaient catholiques, et contre Pierre Kèdatartz, sous qui la prophétie est censée avoir commencé à s'accomplir. 'Voici le texte : « En ce temps-là ils s'enfuiront de l'Orient à l'Occident, du Nord au Midi, et ils ne trouveront pas de repos sur la terre ; car les plaines et les montagnes seront inondées de sang ». Suit un texte d'Isaïe relatif au peuple d'Israël et aux Assyriens, puis l'auteur continue : « Le catholicos et les évê- ques, les prêtres et les religieux préféreront l'argent à Dieu. 0 mes chers enfants, désormais la volonté de Satan sera accomplie parmi les fils des hommes plutôt que celle de Dieu par ceux-là mêmes qui embrassent le service des autels. Aussi le Seigneur fera éclater sa colère contre ses créatures, mais surtout contre ceux qui l'offrent en sacrifice ; car le corps et le sang de Jésus- Christ, consacrés à la messe par des ministres indignes, seront distribués à des chrétiens indignes et Jésus-Christ sera blessé bien plus cruellement par ces prêtres sacrilèges que lorsqu'il fut torturé et sacrifié par les Juifs. Satan a été délivré de ses
84 REVLE DE l'orient CHRETIEN.
liens au bout de mille ans depuis que le Christ l'avait enchaîné. » — Cette date montre que cette prophétie ne saurait être de saint Nersès. — Elle continue : « 0 mes enfants, voilà ce que je viens vous annoncer, le cœur oppressé, versant des larmes et gémissant à la pensée qu'un grand nombre de chrétiens renon- ceront à leur foi et renieront avec ostentation le nom du Sauveur. C'est à cause de ces impiétés que les ténèbres ont enveloppé le monde. » Dix-huit ans plus tard, quelques années avant la destruction du royaume arménien d'Ani, le même auteur usera du même procédé.
Thomas Ardzerouni montre le roi Sènèkèriin réunissant les principaux de son royaume et leur représentant qu'il n'y a plus pour eux de salut et d'espoir qu'en Dieu qui se sert de l'empereur des Grecs pour ministre de sa volonté protectrice; mais que toutefois le pieux empereur Basile, régnant dans la ville impériale de Constantinople, protégée de Dieu, était dans l'impossibilité de venir défendre leur pays, et qu'enfin les prin- ces arméniens, indépendants chacun dans ses États, étaient im- puissants à résister aux infidèles. En conséquence il fut décidé que la nation recourrait à l'empereur, comme un fils à son père.
%4. — Ambassade du prince David.
Le roi Jean Sènèkèrim envoya donc David, son fils aîné, avec Elisée, évêque des Rechdouniens, suivis d'une escorte et de 300 chevaux cliargés de présents destinés à l'empereur Basile. Ce souverain, dit Thomas Ardzerouni, animé de l'amour divin, se laissa toucher par ces supplications, -^ il eût même adopté le prince David en pleine église de Sainte-Sophie. — Du fond de leur pays, il appela auprès de lui les princes du Vaspouragan, leur donna des présents, les établit à sa cour, leur accorda en apanage des villes considérables en compensation de celles qu'ils avaient quittées, et les dédommagea des forteresses qu'ils avaient aban- données par la cession d'autres forteresses imprenables, de districts, de villageg, de campagnes et de saints monastères.
Le manuscrit, comme nombre d'auteurs, affirme que dans l'acte de donation du roi de \'aspouragan se trouvaient 4.000 vil-
sivAs.- 85
lages considérables et productifs, 72 forteresses et 10 villes, que le roi ne se sernit réservé que les iii<»nastères, — au nombre de 105 d'après Samuel d'Ani, — ainsi que les terres et les villages qui en dépendaient. Le même Samuel d'Ani ne fait céder que 8 villes au lieu de 10; d'autres enfin ramènent à 1.000 le nombre des villages.
Cèdrénus, historien grec contemporain, dont la chronique s'arrête en 1057, dit que Sènèkèrim, en échange de ses États, reçut les villes de Séhaste, Larissa et Abara, ainsi que d'autres possessions. Je ne trouve nulle trace de la ville d'Abara : quant à celle de Larissa en Cappadoce, les Tables de Peutinger la pla- cent à mi-chemin sur la route de Césarée à Comane. Le Traité de l'administration de l'empire composé par Constantin Porphyro- génète (ch. 50) en parle connne du siège d'un petit gouverne- ment militaire dépendant de Sébaste.
Le manuscrit, comme les histoires arméniennes, ne parle que de Sébaste et des districts (thèmes) qui en dépendent. C'est dans cette contrée que se relira Jean-Sènèkèrim : Samuel d'Ani ne l'y fait suivre que de sa famille et de 14.000 liommes sans compter les femmes et les enfants. Le manuscrit et l'en- semble des écrivains sont bien plus larges : le roi s'y rend suivi de ses fils, de ses neveux, de toute sa parenté, d'un grand nom- bre de seigneurs, de beaucoup de moines et d'une population de 100.000 âmes. Les immigrés auraient bâti à proximité de l'Euphrate Agn (Egin) et Arabkir.
%b. — La sainte Croix à Sébaste.
Les immigrés apportèrent de leur pays ce qu'ils avaient de plus précieux. Le roi Jean Sènèkèrim avait parmi ses trésors la relique insigne de la sainte Croix du mont Varag, qui a toujours été très célèbre chez les Arméniens. Aujourd'hui encore ils en font la fête, chaque année, le 3" dimanche de la cinquantaine ecclésiastique qui précède celle de l'Avent, et leur ménologe donne, à la date du 26 tV'vrier, la légende qui s'y rapporte. Voici les faits :
En 653, le catholicos s'appelait Nersès et le pays des Rech- douni était administré par le patrice Vartan. C'est alors qu'un
86 REVUE DE l'orient CHRETIEN.
saint moine nommé Tdtig fut averti en songe d aller cliercher sur le mont Varag une croix qui y était cachée et qui avaitappar- tenu à sainte Ripsimé (viei'ge et martyre dont le Martyrologe Romain fait mention le 29 septembre). D'après une fort ancienne tradition, c'était un fragment de la vraie Croix que la sainte aurait apporté de Rome. <Jn ne voit pas comment cette opinion a pn s'accréditer et se maintenir, puisque la sainte a été martyri- sée à la fin du m'' siècle et par conséquent bien avant que sainte Hélène n'ait découvert la vraie Croix.
A son réveil, le moine très intrigué se demandait comment il s'y prendrait pour exécuter l'ordre du ciel, lorsque levant les yeux vers la montagne il aperçoit des rayons lumineux qui semblent partir de h\ cime d'une roche. Ce fnit a permis aux au- teurs arméniens, souvent amis du merveilleux comme les poè- tes, de comparer cette croix à relie qui apparut à Jérusalem du temps de l'empereur Constantin et du patriache saint Cyrille. Ce miracle ayant eu lieu en 351, il s'agit de Constance, fils de Constantin le Grand.
Le moine Totig avertit son Supérieur et Ton se rendit proces- sionnellementà l'endroit que le miracle avait indiqué; la relique y fut trou^■ée et rapportée en grande pompe au monastère. Plus tard, en 012, le roi Kakig l'aurait fait réparer; la phrase de Thomas Ardzrouni est amphibologique, et l'on peut à bon droit se demander s'il ne s'agit pas plutôt du monastère que de la Croix , puisqu'il en est question à propos des constructions et embellissements que fit faire ce prince. Cet auteur est assez peu précis : quelque S( axante pages plus loin, il assure que « le pieux roi Jean Sènèkèriin construisit des églises sur le lieu de la dé- couverte et, au pied de la montagne, le beau et célèbre couvent métropolitain (?) de Varag. Il y établit de fidèles serviteurs de Dieu, un grand nombre de moines et de prêtres, milice céleste. »
Ce fut, dit le manuscrit de Sivas, pour conserver cette relique si vénérée que Sènèkèrim fit construire à proximité de Sébaste le monastère de Sainte-Croix. — Cette phrase ne doit probable- ment pas être prise au pied de la lettre, car ailleurs on prétend que ce même monastère existait dès les premières années du iv" siècle. Quoi qu'il en soit, c'est aujourd'hui un des plus fameux que les Arméniens possèdent en Asie Mineure.
sivAs. 87
Sa célébrité, il la doit surtout au séjour qu y firent plusieurs calliolicos. Pierre Kédatartz entre autres y demeura si long- temps et si fréquemment que plusieurs auteurs vont jusqu'à dire qu'il y transféra le catholicat arménien. Galanus semble partager cette opinion : quant au manuscrit, il considère le pré- lat comme tellement identifié avec le monastère de Sainte-Croix qu'il donne presque toute sa biographie depuis son arrivée à Sébaste, en 1021.
CHAPITRE II.
EXPÉDITION DE BASILE II.
]" Dati^ de re.xpédition : — T raïujiayiic de lOJI; — o» Évpneinents de l'inver; 1" iMiraclc de Pierre Kédatatz.
^ 1". — A quelle claie eut lieu cette expédition?
Après la conquête de la Bulgarie, achevée en 1019, Basile le Macédonien intermiupt jusqu'en I02I ses entreprises militaires. Malgré son âge a^ancé, il reprend alors les nrmes pour aller, à l'autre extrémité du Pont Euxin, châtier Georges, roi dlbérie et d'Abasie, qui faisait de fréquentes incursions sur les terres de l'Empire.
Cédi'énus, historien grec contemporain, usant d'un procédé fort ordinaire aux historiens, raconte la guerre comme si elle se fui terminée en une seule campagne. Il la place à la 13' indic- tion, ce qui nuus reporte à IOI.j-1016. La chronique géorgienne indique aussi cette date, admise également par la traduction de Samuel d'Ani publiée à Venise 1818, par Zohrab et Mai. Il paraît cependant que ce n'est là qu'une concession faite par les éditeurs à l'autorité deCédrénus; car M. Ed. Dalaurier, dans ses recherches sur la chronologie arménienne (p. 28 1,) cite le texte de cet auteur, qui donne exactement, comme le continua- teur de Thrimns Ardzrouni, l'an 470 de l'ère arménienne.
Ramener les dates de Cédrénus à celle des auteurs arméniens, n'est pas impossible : il ne s'agit que d'un iota à supprimer dans la date des indictions. Alors elles ne seraient plus la 13" et la 14"; mais la 3' et la 4\ qui correspondent précisément à 1021 et 1022 de l'ère chrétienne. Quant aux dates 6.523 et 6521 de l'ère mondiale, outre que l'on pourrait supposer qu'elles ont été corrigées après coup par un copiste soucieux de les faire cadrer avec les indictions , on peut encore remarquer qu'il n'y aurait qu'un gamma à transformer, en élha et un delta, en thêla, —
sivAs. »y
lettres qui ont une grande analogie de forme dans l'écriture coui-ante, — pour ramener ces dates de 6528 et 6529, qui elles aussi correspondent aux années 1021 et 1022"de l'ère chrétienne, et par conséquent pour mettre tout le monde «l'accnrd. Mais il y a plus et mieux que cela, Cédrénus lui-même donne ailleurs cette date. Lebeau (t. XIV, p. 331) à propos de la campagne d'Arménie, en 1015, dont il parle sur l'autorité de Cédrénus, commence ainsi son récit : « Vingt-quatre ans auparavant, etc. ». Or 1045 — 24 = 1021, qui est la date des auteurs arméniens.
Le procédé de Cédrénus et son erreur ont produit une assez grande confusion dans le récit de cette expédition de l'empereur Basile. Ellesemble pouvoir se résumer ainsi. Après unepremière victoire sur les bords du lac Balagatsis, au N. E. de Kars, l'em- pereur, le 11 septembre 1022, en remporta une seconde qui fut décisive et amena la conclusion de la paix.
Le docte J. Saint-Martin raconte ces faits d'une manière bien plus précise. PYmr lui il y eut deux campagnes successives : celle de 1022 (?), terminée par la victoire du Balagatsis, la fuite du roi Georges et la cession que le roi .Jean d'Ani promet de faire après sa mort de tous ses États à l'empire ; puis la cam- pagne de 1023 (?) terminée par la soumission définitive du roi d'Ibérie. Car, dit cet auteur, ce prince après sa fuite était rentré dans son royaume, y avait levé de nouvelles troupes, et, profi- tant de quelque révolte survenue en Asie Mineure, avait porté le ravage jusqu'aux portes de Trébizonde. Cette audace força l'empereur à revenir sur ses pas; il remporta la victoire, con- traignit le roi Georges à reconnaître sa suzeraineté et rentra à Constantinople.
Sauf les dates, trop fortes d'un an, ce récit doit être beaucoup plus conforme à la vérité que le précédent. En effet Brosset (dans Lebeau, t. XIV, p. 222), parlant de la révolte des deux Nicéphore, en Cappadoce, en indique ainsi la date : « Cela se passait au printemps de l'année 1022, après la défaite de- George ». Cequi ne l'empêche pas —moins d'une pageplusloin, — de respecter le texte de Lebeau qui ne fait entrer l'empereur en campagne qu'APRÈs s'eYre asseye n'avoir plus rien à craindre du côté de la Cappadoce. Ce qui se concilie fort bien dans l'hy- pothèse d'une double campagne.
Le manuscrit de Sivas est évidemment de date trop récente
90 REVUE DE l'orient CHRÉTIEN.
pour faire autorité dans la question. Son récit est conforme à Fopinion de la double campagne; car c'est sous la date unique de 470 qu'il place l'immigration à Sébaste de la famille royale et d'une partie de la population du Vaspouragan, la fondation du Monastère de Sainte-Croix et l'ambassade du catholicos Pierre auprès de l'empereur Basile. Il ne faut pas perdre de vue que l'année 470 de l'ère arménienne commence le 16 mars 1021 et finit le 15 mars 1022.
% 2. — La campagne de 1021.
L'ambassade de David, fils aîné du roi de Vaspouragan, partit de Van tout au moins dès le printemps 1021. Avec ses 300 .chevaux chargés de présents et sa suite, elle dut prendre la voie de terre et mettre six semaines environ pour arriver à CoUvS- tantinople. La réponse favorable de l'empereur, expédiée par exprès, put arriver au roi avant le commencement de juillet et dès la fin des récoltes commença l'exode de la population. Elle eut le temps de s'établir dans le pays de Sébaste avant l'hiver, qui d'ordinaire y commence assez tard.
Cela avait tourné l'attention du monarque guerrier qu'était Basile le Macédonien, vers les parties orientales de son empire. Depuis longtemps déjà la domination grecque s'étendait sur toute l'étendue des provinces actuelles de Trébizonde et d'Erze- roum, et ses frontières, sur le haut Araxe devaient approximati- vement correspondre à celles qui séparent aujourd'liui l'empire Ottoman de la Russie. Le but de l'empereur n'était pas seule- ment de châtier le roi des Ibères et des Abazes; mais surtout de s'assurer la possession du royaume d'Ani. Le texte par lequel Cédrénus commence son récit l'annonce assez clairement, le voici : « '0 xaTà -to'ù 'Avîcj àp'/ïiv £Àâtji,6av£ TcôXsfxoç. La guerre sur- vint à propos du royaume d'Ani ».
L'histoire ne dit rien des motifs qui déterminèrent l'empereur à exclure de cette expédition Nicéphore Phocas et surtout Nicé- phore Xiphias qui s'était illustré dans les guerres contre les Bulgares. Ces deux officiers mécontents se retirèrent ensemble en Cappadoce, y levèrent des troupes et finalement se révol- tèrent.
SI VAS. 91
Quant à l'empereur qui avait peut-être fait une partie du .voyage par mer, il avait rejoint sur la frontière les troupes qu'il avait dii y convoquer des thèmes les plus proches. Ge fut par Kars qu'il en^"ahit le pays de \'anant où se fit la première cam- pagne termin(''e par la victoire du lac Balagatsis.
C'avait été une campagne d'aulomnc et l'armée devait se dis- poser à prendre ses quartiers d'hiver, lorsque l'empereur apprit les mouvements des deux Nicéphore en Cappadoce. Celte nou- velle et les appréhensions qu'elle fit naître décidèrent l'empereur à venir prendre ses cantonnements en Chaldée et probahlement dans la chaude et fertile (cf. V. Cuinet, La Turquie d'Asie, 1. 1, p. 142,) vallée du Tchuruk Sou. De cette position, tout en se ménageant au besoin une retraite sur les villes du littoral, il continuait à menacer l'ibérie et l'Arménie au N.-E. et au S.- 0. la Cappadoce et Sébaste, où le nouveau roi à peine installé se trouvait pour ainsi dire aux prises avec les deux mécontents qui organisaient leur révolte.
D'après les auteurs arméniens, Phocas, qu'ils surnomment Dzraviz (peut-èti'e « au cou tordu ») aurait d'abord été soutenu par Sènèkèrim ; mais finalement ce roi ennuyé de cette guerre inutile, le fit tuer par trahison et porter sa tête à l'empereur. Les historiens grecs n'imputent pas cet assassinat à Sènèkèrim, et racontent que pour se tirer d'embarras Basile eut recours à la ruse. Ils disent qu'il eût écrit séparément aux deux capitaines, promettant à chacun d'eux sa clémence, s'il parvenait à le dé- barrasser de l'autre. Selon la recommandation impériale, ces lettres leur furent remises à l'insu l'un de l'autre. Phocas communiqua la sienne à son complice, mais ce dernier qui se repentait déjà de s'être lancé dans cette révolte, le fit assassiner dans un lieu écarté où il lui avait donné rendez-vons.
De ces deux versions quelle est la vraie? Il sera probable- ment à jamais impossible de le savoir. En tous les cas ces événements du printemps 1022 avaient un instant alarmé l'em- pereur, qui craignait avec raison qu'agissant de concer tavec les ennemis, les révoltés ne le prisent à revers.
^3. — Événements de l'hiver. Après son élection en 1019, le catholicos Pierre Kédatartz
02 REVUE DE l'orient CHRÉTIEN.
avait résidé à Ani, capitale des Bagratides; mais dès qu'il eut appris que Jean Sènèkèrim, roi du Vaspouragan, s'établissait à Sébaste, il se rendit auprès de lui. Toutefois ce premier séjour y aurait été de fort courte durée, comme nous allons le voir.
Le roi d'Ani, et non sans raison, redoutait que la campagne de 1022 ne fût tout spécialement dirigée contre lui. Il se résolut donc à tout tenter pour apaiser l'empereur, et se décida en con- séquence à lui envoyer une ambassade et à lui faire les plus belles promesses, espérant peut-être que les circonstances ulté- rieures les rendraient illusoires. Ce qu'il lui fait dire par ses ambassadeurs, il le confirme par un document écrit où il met son royaume aux pieds du monarque, protestant qu'il ne veut le tenir que de ses mains. Il ne lui en demande que l'usufruit jus- qu'à sa mort; après quoi Ani, sa capitale, et tout le reste de ses États feront partie intégrante de l'empire. Tchamitch cite un auteur arménien anonyme d'après lequel l'empereur Basile eût exigé cette cession, ajoutant que le roi Jean alors malade n'au- rait pu s'y refuser.
Il faut remarquer que ce prince était brouillé avec son frère Achod qui l'avait contraint à lui céder une partie de ses États et qu'il n'avait pas d'entant. Il avait pourtant été marié deux fois et sa set:onde femme qu'il épousa en 1030 aurait été, d'a- près Samuel d'Ani, la propre fille de l'empereur Romain Ar- gyre; en réalité c'était sa nièce, fille de son frère Basile.
Cédrénus raconte cette cession d'une manière assez diffé- rente. « Lorsque, dit-il (ii°557), Georges, archègc des Abases, prit les armes contre les Grecs, lovliannèsik, qui comman- dait au pays d'Ani fut son auxiliaire. Le roi Basile, comme on vient de le dire, étant monté en Ibérie, livra bataille à Geor- ges, le mit en fuite et l'écrasa. Alors lovhannèsik, redoutant que le roi pour se venger de son alliance avec son adversaire ne lui porte un coup fatal, prend les clés de sa capitale, passe en transfuge auprès du roi, se livre lui-même dans la plénitude de sa liberté et lui remet les clés qu'il apportait. Quant au roi [Basile], agréant cet acte de prudence, il le crée ad honores maître de la milice et l'établit sa vie durant ar- chonte d'Ani et du pays appelé « Grande Arménie »; mais il exigea de lui un acte constatant qu'à sa mort tout son royaume
sivAs. 93
deviendra possession de l'empire et fern partie du pays des Grecs. »
Cédréniis fait donc faire par le roi d'Ani en personne, ci- que les auteurs arméniens lui font faire par ambassade. C'eût été pour lui donner plus d'éclat et d'importance que le roi Jean d'Ani voulut mettre à sa tête le catholicos Pierre, qui alors se trouvait à Sébaste. Le nouveau roi de cette ville, qui lui aussi redoutait le courroux impérial, ne manqua pas de faire de son côté des instances auprès du prélat pour le décider à accepter cette mission. Pierre Kédatartz l'accepte et avec l'ambassade se rend auprès de l'empereur.
% 4. — Ambassade du catholicos.
Le manuscrit de Sivas est seul, je crois, à le faire aller à Constantinople, aussi est-il obligé de reculer la date du mira- cle du 6 janvier, à l'année 471 de l'ère arménienne et par conséquent en 1023. De plus il lui fait prendre sa route par la Chaldée Pontique, ce qui, dans son li3^pothèse, est presque un non-sens, Mékhitar d'Aïrivank, auteur du xiii" siècle, le fait aller à Trébizonde. Dans ses notes sur cet auteur, M. Brosset conjecture qu'il s'agit d'une vieille Trébizonde (?) indiquée près d'Atina, par une carte annexée à la « Description du Pont », par le P. Minas Pjecld^ian. Ce document ne suffit pas à fonder une pareille conjecture; car Mékhitar prétendait bien parler de la capitale des Comnênes. Il est plus probable que son assertion, comme celle du manuscrit de Sivas, étaient, pour leurs auteurs, synonymes de « en présence de l'empereur » que l'un croyait à Constantinople et l'autre à Trébizonde.
Où était l'empereur durant l'hiver 1021-22? J'ai déjà donné des raisons de stratégie qui ont dû lui faire choisir ses canton- nements dans la Chaldée du Pont. L'histoire établit qu'il n'é- tait pas dans le Lazistan; car le roi d'Ibérie l'aurait rencontré lorsqu'il ravagea toute cette côte jusqu'à Trébizonde. Ceux qui lui font prendre ses quartiers d'hiver « à Marmand, sur le Pont- Euxin » semblent traduire un passage de Tchamtchian (t. H, p. 907, fin du I 3, édition de Venise, 1785) qui ne dit pas cela.
Son texte h tP LuntF uAin^u u^ohtfioub II- hp 'A uuiLUjnil /utuiiipjiuu
94 REVUE DE l'orient CHRÉTIEN.
qu'on peut transcrire : « I marmant's bondos'i yév ètch i qavar'n khaghdia'tz » pourrait se traduire : « A Marmand, ville du Pont, et descente au pays des Chakléens ». Mais ce Marmand, est-ce bien une ville? Un arrnénisant à qui j'ai montré le texte m'assure que ce ne doit pas être un nom propre; un Arménien versé dans sa langue m'affirme que ce mot qui signifie « en- droits fertiles et cultivés », n'est pas ici employé comme nom de ville. Il s'agirait des lieux fertiles du Pont.
C'est donc dans le thème de Chaldée et peut-être à Baïbourt que l'empereur passa l'hiver. C'est là aussi que M*"' Sukias So- mal, abbé général des Méchitaristes de Venise, affirme que le catholicos Pierre opéra le miracle auquel il devrait son surnom. « Venue egli sopranominato délia nazione Kiedatartz per avère arrestato il corso del fiume Giorok mentre benedicevale nel di solenne délia Epifania ». (Quadro délia storia letteraria di Ar- menia, p. 72.) Il fut surnommé Kédatartz par la nation [armé- nienne] pour avoir arrêté le cours du Tchuruksou pendant qu'il le bénissait au jour solennel de l'Epiphanie (6 janvier 1022).
■ Voici le miracle tel qu'on le raconte : « Le catholicos Pierre s'acquit un renom immortel par l'éclatant miracle qu'il opéra en présence de l'empereur, de sa cour et de tout le peuple. Le souverain lui ayant fait demander de vouloir bien, le jour de l'Epiphanie, bénir l'eau du fleuve selon le rit arménien, le pré- lat y consentit. Tout à coup, au milieu des prières et des chants liturgiques, au moment où il traçait sur les eaux le signe de notre Rédemption, le fleuve s'arrêta et lorsqu'il y versa le saint chrême, des rayons de lumière en jaillirent dans toutes les di- rections. Ce miracle excita à tel point l'admiration de l'empe- reur qu'il ne renvoya le thaumaturge qu'après l'avoir comblé d'honneurs ».
On rapporte ce miracle sur l'autorité d'Arisdaghès de Ladzi- vert, auteur contemporain, et de Matthieu d'Édesse, mort en 1144. Cependant il n'y est même pas fait allusion dans la tra- duction de Matthieu d'Édesse par Dulaurier, et dans une note (4, p. 442) à Samuel d'Ani, M. Brosset s'exprime ainsi : « Mi- racle qui lui est attribué, notamment dans certains manuscrits de Matthieu d'Édesse ».
Le docteur Vartau, dans sa géographie, dit qu'il y a au mo- nastère de Varag, outre la sainte croix de Ripsimé, la sainte
sivAs. 95
croix Kédatartz. Il semble qu'il veuille parler de celle dont le catholicos se servit pour la bénédiction du fleuve. Ce miracle pourrait donc passer pour constant, s'il n'était avéré que les manuscrits arméniens sont fort peu nombreux, de dates relati- sement bien récentes et que leurs transcripteurs ne se sont ja- mais fait aucun scrupule de les remanier et de les interpoler tout à leur fantaisie.
Girard, S. J. {A suivre.)
MÉLANGES
I
CHRYSIPPE, PRETRE DE JÉRUSALEM
Parmi les premiers disciples que reçut saint Euthyme dans sa laure nouvellement fondée, entre les années 425 et 430, se distinguaient ti'ois frères, originaires de la Cappadoce, mais qui tenaient toute leur éducation de la terre de Syrie. Cosmas, l'aîné des trois, après avoir exercé des charges importantes dans la laure de Saint-Euthyme et dans l'Église de Jérusalem, devait remplacer Olympios sur le siège métropolitain de Scyllio- polis, en 467, et mourir après trente années d'un fructueux épiscopat (1). Gabriel, le plus jeune, enfant prédestiné, se vit un jour à la tète du monastère et de la basilique Saint-Etienne, construits par l'impératrice Eudocie, et mourut le front ceint du nimbe des bienheureux (2).
Chrysippe, le cadet de la famille, remplit des fonctions plus modestes, bien que son nom mérite de sortir de l'obscurité (3). 11 fut d'abord économe de la laure Saint-Euthyme (4), puis ordonné prêtre vers l'année 455 avec son frère Gabriel (5); il succéda ensuite, en 467, à son frère Cosmas dans sa charge de stavrôphylax, c'est-à-dire de gardien de la sainte croix, et mou- rut douze ans après, en 479 par conséquent (6).
(1) \"da S. Eulhi//nii dans les Ecclesiae graecae inuauiiienla de Cotelier, t. IV, p. :JU, 11, 4-2, liO, (J7 et '7(5.
(i) Op. cil., j). 30, 61, G7, 72, 73 et 76.
(3) Oj>. cit., p. 30 et Cl.
(4) Op. cit., p. 4o.
(5) Op. cit., p. ()7.
(6) Op. cit., p. 76.
CHRYSIPPE, PRÊTRE DE JÉRUSALEM. 97
A deux reprises différentes, lors de son ordination sacerdotale et de sa mort (1), Cyrille de Scytliopolis dit que Chrysippe laissa de nombreux écrits, dignes de passer à la postérité. Aussi n'est-on pas peu surpris de ne voir figurer son nom ni dans la Patrologie grecque de Migne, ni dans aucun des ouvrages récents et fondamentaux, qui traitent soit de la littérature patristique, soit de la littérature byzantine. Les anciens toute- fois ne se sont pas montrés aussi oublieux à l'égard de cet écrivain. Photius rapporte déjà dans sa Bibliothèque (2) qu'il avait lu un ouvrage d'Eustrate, prêtre de Constantinople au vi° siècle, dans lequel se trouvait un fragment du panégyrique de saint Théodore par Chrysippe, prêtre de Jérusalem. Cette citation d'Eustrate qu'a relevée Photius, prouve que Chrysippe de Jérusalem vivait au plus tard au vi'' siècle. Comme nous ne connaissons aucun auteur de ce nom au vi° siècle, comme Cyrille de Scytliopolis nous avertit, en outre, que le disciple de saint Euthyme laissa de nombreux écrits et qu'il était prêtre de l'Église de Jérusalem, il n'y a aucune témérité à voir en lui l'auteur du panégyrique de saint Théodore.
Photius ajoute malheureusement que le fragment de ce panégyrique contenait encore l'histoire de l'invention des reli- ques de saint Etienne par le prêtre Lucien, et ce renseignement inexact demande que nous nous y arrêtions quelques instants.
L'ouvrage d'Eustrate, qu'avait lu Photius et qui expose l'état des âmes après la mort, a été édité, au moins pour la partie qui nous occupe, par Allatius (3), et la traduction latine de cette édition a été reproduite par Migne dans son Theolo- giae cursus completus (4). Le fragment de Chrysippe sur le martyr saint Théodore s'y trouve (5) et une simple lecture suffit à convaincre que le grand liseur qu'était le fameux pa-
(1)
Op.
cit.',
p.
67