This is a digital copy of a book that was preserved for générations on library shelves before it was carefully scanned by Google as part of a project to make the world's books discoverable online.

It has survived long enough for the copyright to expire and the book to enter the public domain. A public domain book is one that was never subject to copyright or whose légal copyright term has expired. Whether a book is in the public domain may vary country to country. Public domain books are our gateways to the past, representing a wealth of history, culture and knowledge that 's often difficult to discover.

Marks, notations and other marginalia présent in the original volume will appear in this file - a reminder of this book' s long journey from the publisher to a library and finally to y ou.

Usage guidelines

Google is proud to partner with libraries to digitize public domain materials and make them widely accessible. Public domain books belong to the public and we are merely their custodians. Nevertheless, this work is expensive, so in order to keep providing this resource, we hâve taken steps to prevent abuse by commercial parties, including placing technical restrictions on automated querying.

We also ask that y ou:

+ Make non-commercial use of the files We designed Google Book Search for use by individuals, and we request that you use thèse files for Personal, non-commercial purposes.

+ Refrain from automated querying Do not send automated queries of any sort to Google's System: If you are conducting research on machine translation, optical character récognition or other areas where access to a large amount of text is helpful, please contact us. We encourage the use of public domain materials for thèse purposes and may be able to help.

+ Maintain attribution The Google "watermark" you see on each file is essential for informing people about this project and helping them find additional materials through Google Book Search. Please do not remove it.

+ Keep it légal Whatever your use, remember that you are responsible for ensuring that what you are doing is légal. Do not assume that just because we believe a book is in the public domain for users in the United States, that the work is also in the public domain for users in other countries. Whether a book is still in copyright varies from country to country, and we can't offer guidance on whether any spécifie use of any spécifie book is allowed. Please do not assume that a book's appearance in Google Book Search means it can be used in any manner any where in the world. Copyright infringement liability can be quite severe.

About Google Book Search

Google's mission is to organize the world's information and to make it universally accessible and useful. Google Book Search helps readers discover the world's books while helping authors and publishers reach new audiences. You can search through the full text of this book on the web

at|http : //books . google . corn/

ALVMNVS BOOK FVND

p m

igitized by VjOOQIC

Digitized by VjOOQ IC

Digitized by VjOOQ IC

REVVE t^V/V.

DES DOCVMENTS

HISTORIQVES

SVITE DE PIÈCES CVRIEVSES ET INÉDITES

PVBUésS AVEC

DES NOTES ET DES COMMENTAIRES

PAR

ETIENNE CHARAVAY

ARCHIYI «TE-PALÉOCRAPHE TROISIÈME ANNÉE

PARIS A. LEMERRE ÉDITEVR C MOTTEROZ IMPRIMEVR

37 Passage Choiseul Rne da Dragon 3|

1875-1876

Digitized by VjOOQ IC

•• •. •• .•.

Brucl

Coiiecl'-o:i

Digitized by VjOOQ IC

REVUE

DES

, DOCUMENTS HISTORIQUES

PIERRE MIGNARD

Oiarles Le Bnin étant mort aux Gobelins le la février 1690, Pierre Mignard, son rival de gloire, lui succéda, le i«' mars, comme premier peintre du Roi. Mignard avait refusé de feire partie de rAcadémie,% alors que Le Brun en était directeur; Louis XIV exigea que son pre- mier peintre fût admis, le 4 mars, à cette même Académie, qui, le même jour, éleva son nouveau membre à la dignité de chancelier. Mignard, en conséquence de sa charge, examinait les tableaux envoyés de Rome par les élèves que le Roi entretenait à l'Académie de France. Il faisait des rapports à Golbert de Villarcerf : en voici un dont Toriginal est dans la collection de notre ami M. Alfred Bovet. Cest la critique d'un tableau représentant le changement d'Io en vache, et peint par Daniel Sarabat, jeune homme à l'imagination vive, au travail facile, mais ami du plaisir et enclin à la paresse, qui était à Rome depuis le 7 juin 1691 (i).

Le aa"' décembre 1693. J'ay veuë, Monsieur, le tableau que l'on vous a envoyé de

(1) La Tealière dit» dans sa lettre du 4 août 1693 : « Le k Sarabat a fini son tableau ^Jphigénie ; mais Q y a quelque cbose à réformer, qn*fl prétend faire à son loisir. Coomie il l'appiiqae fortement quand il travaille, ayant Timaginatioa assez y/ire, il a plus de peine à rectifier ou effacer ce qu'il fait, aymant son {Saisir et craignant le travail un peu plus qu*un autre... Depuis son tableau d^Iphigénie, il en a fût un petit de la Mort de Méduse et un tninème du CkangewieHt d'Io en vache; ils sont l*un et Tantre de quatre à dnq fifurca et de meîDcor ^ust que le premier... t (VAcadémi€ de France d Rome par Leooy de La

s ; Paris, Didier, 1874, in-8, p. 94.)

TOMB III. I

Digitized by VjOOQ IC

r\i\enY^jk A.

2 REVUE DES DOCUMENTS HISTORIQUES

Roine..Geluy qui Ta fait ne colore pas mal; le desseing en est \f()H-^à?flIe, la situation du lieu, qui est propement le font ...de-sop tabïéçu, est pressé. Il ne comprend rien de Tespasse. Pour 'c&tfe clans le peis Ton voit des palmiés, il en a fait un qui semble un panache que Ton met sur la teste d^un mulet. Il faut sur tout qui ne s'acoutume pas affaire cest drapperies de practique, voir le naturel et mesme si ce peut varié les estofFes, prendre bien garde au testes. Il y a qattre famme dans son tableau; une est veuc par derire et trois de profil. Cest les endrois qui faut varié, la décoration ni est pas obeservée; Ton ne met jamais un fleuve em pied que qand il cour après Are- tuzze. Le chois de sont subjet est obesqure; qui s'acous- tume à fini davantage. Il onts de si beaux tableaux qui ni a qu*à suivre et imité, qui voye une fois la semainne le tableau de la S^* Cecille d'après Rafaël, ou celuy de S* Pietro in mon- torio. L'on voy qui na dans son esperit que les peintres du temps qui sont à Rome, ce qui fait cognoitre qui néglige les ensiens. Il trouve aparament trop de peines à les vouloir imi- ter, et il est très sertaîn que si Ton ne marche sur leurs pas Ton s^écartera toujours du bien et de la perfection. Il est bon, Monsieur, que vous soyés informé, puisque vous voulé prendre la peine d'en escrire à M' de La Tullière (i), de luy marqué que lors qu'il auronts la liberté de faire un tableau qui facent tou- jours le chois d'un beau subjet, il y aura hommes, faoïmes et enfants, paisage et quelque morceau d'architecture. Alors le tableau viendra riche et plaisant. S'il y veulents peu d'ouvrages, un homme, une fanmie et un enfant. La variété est toujours agréable; sur tout qui s'acoutume à fini. Les magnières brois- sés ne sont jamais de grand prix et ne sont pas dessirée. Lors- que je parle de la décoration, celuy de Carb Marato que nous avonts dans nostre garde meuble, il est si plaint de nudittés que le Roy ne l'a pas voulu dans son cabinet. Il faut en vérité que la teste tourne à un peintre de faire un fleuve auprès de sa fille

(I) La TeuKèrt, directenr de rAcadémie de France à Rome depuis 1687.

Digitized by VjOOQ IC

PIERRE MIGNARD ^

Dafphné qui montre des parties qui doivent estre toujours ca- chée. C'est outré la décoration, que le peintre sage doit tou- jours garder. L'on peu dire icy que je me contredit, puisque il y a eu de nos ensiens qui onts fait la mesme chose. Je dit qui faut marché sur leurs pas et les suivres, mais il ne faut pas laissé que de regarder quelque fois à cest pieds, et tout ce qu'il ont fait de beau et de bien limité autant que Ton peut.

//fîtwr

Dès ce que je sauray que vous serés à Paris je vous envoye- ray le tableau que j'ay déjà fait voir à de nos officiei-s.

En tête de la lettre on lit ces mots :

Si Sarabat par son tableau est plus fort que le peintre qui a eu le 1* prix cette année.

Les observations de Mignard sont d'autant plus curieuses qu'elles ex- posent les doctrines artistiques du maître. Colbert de Villacerf trans- mit, le 27 décembre lôgS, à La Teulière le jugement du premier pein- tre de Louis XIV dans les termes suivants : « Il a de la couleur, il est peint fecilemcnt; la composition n'est pas bonne et le dessin est dé- bile. 1(1)

Mignard mourut peu après, le 3o mai lôgS, à Paris, rue Richelieu ; ilfot inhumé dans l'église Saint-Roch.

ti) L'Académie de France à Rome, p. 95.

Digitized by VjOOQ IC

VOLTAIRE

Cession du privilège de sa tragédie de Tancrède au libraire Prault. Cette pièce est curieuse surtout par Téaumération des titres du seigneur de Femey.

Nous gentilhomme ordinaire de la chambre du Roy, Tun des quarante de PAcadémie, seigneur de Femey, Caille, Tourney, Chambési, Prégni, donnons et transportons au s' Louis Praut, libraire à Paris, le privilège à nous accordé par le Roy pendant six années pour l'impression d^une tragédie intitulée Tancrède, signé Le Bègue, scellé et. registre à la chambre sindicale des libraires, consentant que le dit Louis Praut, petit-fils, jouisse de ce privilège aux termes d'icelui, et m'en dessaisissant en sa faveur.

Fait au château de Femey, pays de Gex en Bourgogne, 6 juin 1761.

Voltaire.

Digitized by VjOOQ IC

\^

i -^

c^

I

J

Digitized by VjOOQ IC

Digitized by VjOOQ IC

NICCOLO PICCINNI

Le 1 3 juillet 1787 Piccinni quitta Paris pour se rendre a Naplesoù il arriva le 5 septembre, après avoir reçu des ovations à Lyon et dans les principales villes de Tltalie. Bien accueilli du Roi, qui lui donna une pension, il devint, vers la fin de 1792, suspect de libéralisme (i). Tou- jours mal traité de la fortune, il fut réduit presque à la misère, et c^est alors qu'il adressa à son ami Ginguené la lettre suivante il raconte ses malheurs (a). Ginguené, qui a été le biographe de Piccinni (3), s'est servi de cette lettre, mais il a omis beaucoup de détails intimes qui ne sont pas indififérents pour la par&ite intelligence de la triste situation de l'illustre musicien.

L'original de cette pièce est dans la collection de M. Benjamin Fillon, qui nous a autorisé à la publier.

Naples, 19 octobre 1797.

Mon bon ami, jamais de la vie j'aurois cru de me trouver j'en suis. Je parts de Paris sans bien, et rempli de dettes de mes deux jolis garçons, que j'ai été forcéd'endosser jusques à dix mille livres, et six mille, qui en ajoute le perfide Morellet, caissier des domaines, me faisant paroître son débiteur (aprè avoir joui, ce Tartufe, 1 1 ans de mon fond de musique, dont la vente

(i) Cf. pour let deuils Gluck et Piccinni ptr G. Desnoiresterres; Paris, Didier, 1873, 10-8, p. 399 et snîT.

(1) M. Desnoiresterres a donné on passage de cette lettre d'après ta Décade p/alotO' pkique, an VII, i* trimestre, p. 559, du 3o frimaire.

(3) Notice sur la vie et ta ouvrages de Nicolas Piccinni par Ginguené ; Paris, an nr. in-8.

Digitized by VjOOQ IC

6 REVUE DES DOCUMENTS HISTORIQUES

de la seule Didon avoit surpassé les 2000 exemplaires, qui avoit remboursé à ce coquin toutes les dépenses de gravure, etain, papié, impression, et c* et c* que lui avoit faites) je me trovai donc débiteur d'environ 18000 "•, quoique, ce Tartufe, avec sa douceur, son zèle, et sa modestie, avoit dit à M' et M^ Laborde 3 ans auparavant le 89, qu'il avoit mis, de coté, en- viron dize mille livres, et que dans quelque tems il en auroit placé au moins 16000 "•, mais qu'il les prioit de garder le secret, parce que il vouloit me surprendre agréablement; mais j'ai été surpris par le mouvement contraire, et cela devoit être ainsi, étant dans les mains d'un banqueroutier. Un autre article, avant de passer à Naples. Je laisse Josephîn, châtré ita- lien, que vous devez connoître, mon procureur, pour ma rente viagère de 2000 cents livres, pour la pension de l'opéra, et pour cent louis sur la liste civile, on m'avoit inscrit quelque jour après mon départ -, en lui laissant aussi mon fond de musique, qui, par parentèse, ce demi homme, demie femme, et enfin neutre, soi disant, m'a vendu pour 6000 ^ en assignats. Ce neutre crue, avec un de ses amis, appelle Gauton clerc de no- taire, et mon cher fils l'ainé, ce triumvirat a manié la tourte, et l'a mangé, parceque depuis 5 ans je nage dans la pauvreté sans en recevoir un obole ; mais ne manquant pas cependant de m'écrire, que mon fils mangé tout ; et ce fils dénaturé, que c'étoit le châtré avec Gauton, desquels j'aurois me défaire, attendu ces deux, si j e n'allois pas réparer, ils alloient me réduire sur la paille. En vue de cela, j'écris à mon gendre, Graslreau, à Gêne, marié à ma fille, Claire, et dans le même tems, sachant, qu'il devoit se randre à Paris, je lui remets sur. le papier une information du chatrè, à qui malheureusement j'avois laissé ma procuration, avec une instruction bien det- taillée de tout ; une nouvelle procuration à lui, avec laquelle je détruisois celle du chatrè ; et nos certificats de vîe, de ma femme, et de moi, le tout légalisé, et approuvé par 4 notaires, témoins, juges, et c"^, et c^. Cet homme arrive à Paris ; fait

Digitized by VjOOQ IC

NICCOLO PICaNNI 7

mander le chatrè, qui se rend sur le champ avec son ami Gauton pour rendre les comptes de son administration. 3 Jours de suite ils y vont Tengouer, et lui présenter des tableaux à leur manière; ce pauvre esprit se rend, se per- suade, les ambrasse, et leur promet, qu'ils seront toujours chargé de ma procuration. Dans le fait, il retourne à Gêne, et de Gêne à Naples avec les mains vuides, et voulant par force me faire 'accroire, que mon fils a tout mangé, et que ces deux, sont deux parfaits et honnêtes hommes ; en me remettant les comptes, et toutes les pièces dont je Pavois pré- muni avant son départ, qui m'avoient coûté beaucoup d'argent. Figurez- vous, mon ami, Tétat dans lequel je suis resté après la connoissance de cette opération. Je ne veux pas vous en dire d'avantage ; étant plus aisé à vous de pénétrer dans mon cœur, que à moi de vous en faire la description. Dans ces comptes j'y ai trouvé un petit papier, il est dit, Pic- ciftni ni touche pas sa pension de l'opéra parceque il est émigré, mais parceque on veut qu'il vient la manger en France selon la loi. Permettez-moi, mon bon ami, que je vous en parle dessus. La pension de l'opéra dans sa cons- titution je l'ai toujours jugé une rente viagère, et non pas une pension. Si un pauvre auteur est obligé de la gagner après six opéra, qu'il est obligé de donner à un prix modique, selon ^ Farrêt du conseil du 76, vous voyez bien, que l'auteur en fait les fonds ; qu'il l'achète avec son argent, et à la sueur de son front. C'est une rente libre donc, sur la quelle, personne ne peut y avoir le moindre droit, que l'auteur peut la manger bon lui semble, et toutes les lois qui si opposoient, seroient injustes, comme c'est injuste de gagner eux, en donnant mes ouvrages, et de faire mourir de faim l'auteur, avec Texcuse de la loi (quand cette loi ne peut exister).

Mon ami, je me jette dans vos bras ; plaidez pour votre pauvre ami, qui est réduit à la mendicité avec sa pauvre âunille; si M"" Marmontel peut y contribuer, priez-le de ma

Digitized by VjOOQ IC

8 REVUE DES DOCUMENTS HISTORIQUES

part, donnez lui le souvenir du pauvre Piccinni, et dites lui, que ma pension de Topera est libre, et que je dois en jouir comme en jouissent tous les auteurs, quoique absent ; il le sait, et j^espere qu'il se joindra à vous, pour la justice, pour Tamitié, et pour Teloquence, qui lui est si naturelle ; saluez-le de ma part, et uniment à M' et ses chers enfants, de la part aussi de ma femme et filles. Mon ami, je vous fais des empres- sements aussi pour la mise de ma Qytemnestre. Si vous voulez, vous pouvez y parvenir. Cet ouvrage, je Tai remis en trois actes sur la partition de Topera : ces bonnes gens préten- dent, que cette partition, à mon départ, je Tai emporté avec moi; non, mon ami, ils en mentent, tout est resté chez eux; je n'emportai à mon départ, que mon original, mais, si vous pouvez parvenir à le faire donner, et ils persistent à demander mon original, il est à Gêne dans les mains de M' Eynard negotiant établi dans ce pay là, auquel j'ecrirois de vous le faire parvenir à Paris, restant toujours en votre pouvoir; comme, pour le payement, je vous laisse carte blanche pour le prix; sous la condition qu'ils payent la somme convenue sur le champ, et la remettra ici à M"" Trouvé, qui me la fera passer.

A mon arrivée à Naples tout alla à seconde de mes désirs. La i'* année on redonneront mon Alexandre aux Indes ^ au quel j'y ajoutai 3 airs, et un trio. Le quarême je composai Gionata oratoire qui eut un plein succès. Le printems un opéra bouffon, et le carnaval Ercule au Termondonte à S* Charles. Jusques à Tépoque de Topera bouffon, tout se passa le mieux du monde. Passé cett'epoque, un jeune negotiant de Lunel appelle Pierre Pradez Prestreau établi à Naples depuis 9 ans, vint me demander en mariage ma fille Claire, la dotant de Boooo ^''•, et lui offrant un trousseau de 5ooo ducats en linge, habits, joiaux, et quantité de bijoux précieux. Après avoir exploré la volonté de ma fille, je n'esitai un instant pour la lui accorder. Le mariage se fit, et le jour de la noce fut célébré

Digitized by VjOOQ IC

NICCOLO PICCINNI 9

chez son futur, avec tous les négociants francois, M' de la Tour et tous les officiers, et M"" Mahon ministre de la Republique qui furent tous invités. Ce beau jour passé, qui avoit été tel pour moi, je fus calomnié à la Cour, et à la ville, et je fus accusé pour jacobin. C'est de cette époque, mon ami, qu'en m'ensevelisant vivant; personne m'a plus appelle pour com- poser; toute la cohue de musiciens m'a jette la pierre, m'a méprisé, et a espéré de me voir exilé, et dépouillé de la pen- sion que notre bon Roi m'avoit accordé.

Ce magnanime prince très éclairé, me l'a laissé, et c'est avec cette modique pension que moi, ma femme, 4 fille, et deux sœurs nous traînons notre pauvre vie; mais moi et mon talent, quoique vivants, nous sommes descendu au tombeau; et, ce qui est terrible ! choisir pour prison ma maison, sans plus voir qui que ce soit. Voilà la raison, mon ami, qu'en recevant votre charmante lettre par M*" Trouvât, je n'ai pas pu vous donner une réponse, ni me charger de la liaison dont vous m'honoriez. Il commence paroître un peu de beau tems ; Dieu fasse qu'enfin cela augmente. Voilà 5 ans que je souffre, et je ne sais pas comment j'en ai eu la constance. Ah ! mon ami ! je ne me croiois pas réservé à tant de malheurs, dont je vous en épargne le récit. Si vous voudriez accepter ma procuration, 6 Dieu, combien je serois heureux ! je pourrois commencer voir le jour dans mes affaires, et recevoir quelque soulagement. Faites moi savoir dessus, quels sont vos intentions. Donnez moi, je vous prie, des nouvelles de ce fils dénaturé, de qui je n'en ai pas eu depuis un an. L'autre, qui est à Stockolm suit à la piste les traces de celui ci ; le castrate, il en fait autant. Tout est enseveli dans l'obscurité. Je vous y joins ci une lettre pour la citoyenne Natalie la Borde de Nantiles mon ecolière, que, je vous prie, mon bon ami, de remettre en ses propres mains, et d'entrer en matière. Vous lui pouvez peindre mon affreuse situation, et feire en sorte, que son frère, qui vient de rentrer dans les biens de la famille, veuille me donner les fonds de la

TOME III. 2

Digitized by VjOOQ IC

10 REVUE DES DOCUMENTS HISTORIQUES

rente, que feu son père me donna pour me mettre à l'abri de la misère. J^ai su, que cette rente s'en va en fumée, qu'on va payer le tiers en numéraire, cet à dire, 700 ^^ et le reste du capital en bons, qu'ils seront presque rien. J'aurai donc, au lieu de 2000 cent livres, 700 pour tout. Moi âgé de 69 ans, comment pourrai-je donner un état à mes pauvres 4 filles, et quelque subsistance à ma femme à mon decés? Vous voyez, mon ami, que si le citoyen Laborde voudroit avoir pitié de moi et d'une famille accablée par la misère, il seroit un homme bienfaisant, est vrai, mais il seroit cent fois au dessus, satisfai- sant la volonté de feu son père, que c'étoit de nous donner du pain. Je vous charge de beaucoup des choses à la foi. Je me suis tu 6 ans, la bonde est lâchée tout d'un coup. Mon ami, ayez pitié de moi. Je me jette dans vos bras. Oui : Dieu vous aidera; vous réussirez en tout; vous aurez la gloire de relever votre ami, et une famille, qui vous a toujours aimé, toujours chéri. Je vous embrasse du fond de mon cœur uniment à votre très digne, et très chère moitié ; ma femme et mes filles en font autant, et pour la vie je suis

Peu après Piccinni quitta Naples, passa par Rome et vint à Paris, il se logea, c au haut du faubourg Saint-Honoré, près de la rue Verte, dans un appartement plus qu'exigu, sans meubles autres que les plus indispensables, et manquant de tout. 1(1) Plus tard il obtint un appartement dans Pancien hôtel d'Angivilliers, mais il dut encore ré- clamer des secours, c Piccinni, s'écria-t-il, meurt de feim à côté du gouvernement françois; Piccinni meurt de faim à côté des théâtres qui ne sont riches que par ses talens. 1 (2) Enfin, épuisé, il mourut à Passy le 7 mai 1 800, à Page de soixante-douze ans.

(1) Gluck et Piccinni, p. 404.

(2) Id.» p. 407.

Digitized by VjOOQ IC

LES CARROSSES AU XVII" SIÈCLE

RÉVOCATION DU PRIVILÈGE POUR LES CARROSSES A UN CHEVAL CIRCULANT DANS PARIS. FERME DES VOITURES POUR LA SUITE DE LA COUR. GAGES DES COCHERS ET MENEURS DE LITIERE AUX XVI* ET XVII* SIECLES.

L'usage des chars et voitures de toute espèce, si répandu dans l'anti- quité, était considéré au moyen-âge comme un signe de faiblesse et de lâcheté. Les malades et les infirmes seuls avaient droit de se faire transporter; Thomme ne connaissait que son cheval; les femmes et les moines montaient des mules ou des ânesses (i). Au xiii* siècle cependant Tusage des voitures devint plus fréquent : Philippe le Bel défendit par une ordonnance de 1294 que les bourgeoises eussent des chars [2). Les rois possédaient des chars richement ornés dont ib ne se servaient qu^en de rares circonstances. Jusqu'au xvi* siècle les chariots n'étaient guère employés que pour porter les bagages. Sous François I*' la mode des carrosses, déjà fort goûtée en Italie, s'introduisit en France. Henri III se promena en coche avec sa femme dans les rues de sa bonne ville de Paris (3). Cétait un exemple que ne pouvaient manquer de suivre les mignons et les gentilshommes, mais ce nouvel usage était considéré comme im indice de la corruption des mœurs, et les magistrats refu- sèrent de s'y conformer et continuèrent à aller au Palais sur des mules (4). Les voitures devinrent plus nombreuses sous Henri IV : ce prince s'opposa vainement à ce que les hommes employassent ce mode de locomotion ; lui-même périt assassiné dans un carrosse. Toutefois les particuliers .seuls et encore ne s'agit-il que des nobles avaient alors des voitures. Mais bientôt il y eut des coches de voyage et enfin des carrosses de louage. Nicolas Sauvage, dans les premières années du règne de Louis XIV, établit à Paris rue Saint-Martin, vis-à-vis la rue Montmorency, dans une maison qui avait pour enseigne l'effigie de Saint-Fiacre, un entrepôt de voitures qu'il louait à l'heure ou à la journée (5). De le nom de fiacres qui s'est perpétué jusqu'à nous. En i65o Charles Villerme avait le privilège exclusif des voitures de louage dans Paris moyennant quinze mille livres. Au mois de mai 1657

(i) Histoire des chars, carrosses, etc., par D. Rtmée; Paris, Amyot, i856, in-12, p. 5i et

(a) Traité de la police par DeUmarre, 1. 1, p. 418.

(3) Journal de rEstoille, coU. Michaad, t. XIV, p. 63.

(4) Histoire des chars, par Ramie, p. 76. ~ (3) Id„ p. 133.

Digitized by VjOOQ IC

12 REVUE DES DOCUMENTS HISTORIQUES

M. de Givry obtenait un privilège pour des carrosses, calèches et cha- riots attelés de deux chevaux, qui devaient rester dans les carrefours et lieux publics de Paris a pour y être exposés depuis les sept heures du matin jusqu'à sept heures du soir, et être loués à ceux qui en auront besoin, soit par heure, demi-heure, journée ou autrement (i). » Enfin Lx)uis XIV accorda, le 3 avril lôSg, à un de ses mousquetaires, le sieur Nicolas Picquet de Sautour, un privilège pour établir dans Paris des calèches, carrioles ou petits carrosses à deux roues tirés par un seul cheval. Mais la dame de Cavoy et le sieur de Montbrun, chargés de l'entreprise des chaises portatives^ réclamèrent si vivement contre la concurrence que leur faisaient les voitures à un cheval qu'ils obtinrent que le Roi retirât au sieur de Sautour le privilège qu'il lui avait octroyé. C'est ce qui ressort des lettres-patentes de Lx>uis XIV données à Paris le 8 janvier i66i : voici le texte de ce document dont nul historien, à notre connaissance, n'a fait encore mention.

Louis, par la grâce de Dieu Roy de France et de Navarre, à tous présents et advenir salut. Sçavoir faisons que le sieur Nicollas Picquet de Sautour, Tun de nos mousquetaires, et la damoi^elle sa sœur, ayants, sur le renvoy par nous faia en nostre Conseil du plaçet qu'ils nous ont cy devant présenté, à ce qu'il nous pleust leur faire don et accorder la permission à l'exclusion de tous autres d'establir dans nostre bonne ville, faulxbourg et banlieues de Paris, des galeches, carioUes ou petits carosses à deux roues tirées par un seul cheval, obtenu arrest en nostre conseil le troisiesme a\Til mil six cens cinquante neuf, portant advis que nous leur pourrions accorder le don pour ledit establissement. Et ayant depuis esté informé du notable préjudice que la dame de Cavoy et le sieur de Montbrun recevroient au don que nous leur avons faict des chaises portatives qu'ils ont estably pour la commoditté pu- blique dans ladite ville et faulxbourg de Paris, si celluy des galeches, carioUes ou petits carosses à un seul cheval si faisoit, lequel mesme ne fairoit qu'acroistre les embarras qui ne sont desja que trop fréquentz par le grand nombre des carosses, charettes et harnois qui rouUent incessamment dans les rues

(i) Histoire des chars, par Ramée, p. 134.

Digitized by VjOOQ IC

LES CARROSSES AD XVII* SIECLE l3

de nostre dite ville, faulxbourgs et banlieue de Paris; à ces causes et pour autres bonnes considérations à ce nous mou- vans, après nous estre faia représenter ledit brevet et arrest de nostre Conseil, nous avons de nostre plaine puissance et aucthoritté royalle dit et déclaré par ces présentes signées de nostre main, disons et déclarons que nostre intention est que Festablissement desdites galeches, carioUes ou petits carosses à deux roues tirés par un seul cheval, n'ayt point de lieu et ne soit effectué dans nostre bonne ville, faulxbourgs et banlieue de Paris, à cet effect avons révocqué et révocquons par ces mesmes présentes tous brevetz, lettres de don et arrest que lesdits de Saucour, sa sœur et tous autres pourroient avoir obtenu ou pourroient cy après obtenir pour raison dudit esta- blissement desdites galeches ou carioUes^ voulant que le tout demeure nul et comme non advenu, faisons très expresses inhi- bitioDs et deffances ausdits de Sautour, sa sœur et tous autres de s'aider en aucune manière dudit don ny autre chose quel- conque en conséquence d'icelluy pour Testablissement desdites galeches, carioUes ou petits carosses à deux roues tirés par un seul cheval dans nostre dite bonne ville de Paris, à peine de confiscation et de trois mil livres d'amande. Si donnons en mandement à nostre prevost de Paris et tous autres nos jus- ticiers et oflSciers qu'il appartiendra que nos présentes lettres pattentes de déclaration ils ayent à enregistrer, faire garder et observer en sorte qu'il n'y soit contreveneu, et en cas de con- travention a«x deffences portées par icelles faire contraindre les contrevenans au payement de l'amande et choses y contenues, car tel est nostre plaisir. Et aflfin que ce soit chose ferme et stable nous avons faict mettre nostre sceel à ces dites présentes données à Paris le viii* jour du mois de janvier Tan de grâce mil six cens soixante ung et de nostre règne le dix-huitiesme.

Louis. Par le Roy :

De Lomenie.

Digitized by VjOOQ IC

14 REVUE DES DOCUMENTS HISTORIQUES

Cette même année on établit des voitures i quatre chevaux destinées à conduire ceux qui désiraient aller aux châteaux se trouvait la G)ur; on les nommait voitures pour la suite de la Cour. Le sieur de Beauvais qui avait le privilège desdites voitures éprouva le même sort que Le mousquetaire de Louis XIV (i) : ce fut un certain Jean Paumier qui lui succéda, comme le prouve la pièce suivante qui concerne les voyages faits par les comédiens français et italiens à Fontainebleau en Tannée 1687.

En la présence des conseillers du Roy, notaires gardenottes

de Sa Majesté au chastelet de Paris, soubzsignez^ sieur Jean

Paumier, officier de la maison du Roy et fermier général de

touttes les voitures pour la suitte de la Cour, demeurant à

Paris rue Saina Nicaise, parroisse Sainct Germain T Auxerois,

a confessé avoir eu et receu de messire Philippes Lefebvrc^

conseiller du Roy, trésorier général de la maison de Sa Majesté

et conunis à Texercice de la charge de trésorier des memis

plaisirs et affaires de la chambre de sa dicte Majesté, la somme

de quinze cens quarante huict livres pour louage de charetes

qui ont voiture les coffres et meubles des comédiens françois

et italiens et des musiciens tant pour Tallée que pour le retour à

Fontainebleau en mil six cens quatre vingt sept, dont quit«

tance, promettant, obligeant, renonceant, etc. Faict et passé à

Paris en la demeure du dict sieur Paumier sus désignée Tan

mil six cens quatre vingt huict neuâesme jour de décembre

avant midy, et a signé.

Jean Paumier. Beaufort. Ogier.

Pour terminer voici quelques quittances qui nous fixent sur les gages des cochers de la Cour depuis i55i jusqu'à i633. Elles nous font connaître aussi les divei^ titres que portaient ces serviteurs.

i55i, 10 octobre. André Tuyard, meneur de litière de Madame Elisabeth, reçoit 45 livres tournois a pour la despence de deux mul- letz de lictiere de madite dame » pendant un trimestre.

(i) Lettre de Sdfodio^ au procureur-général de Harlty, datée de Versailles le 34 juillet i685. On y lit : « Monsieur, je vo«s envoyé les lettres pattentes portant revocation du pri- vilège des carosses et coches de la Cour accordé au s^- de Beauvais, afin qw vous les fusiez s'il vous plaist registrer. » {Dictionnaire de Jal, art. Carrostet, p. 3 18.)

Digitized by VjOOQ IC

LES CARROSSES AU XVIl' SIECLE l5

i553, 2 juillet Par devant le tabellion royal juré en la prévôté de Saint-Germain-en-Laye, Silvain Pichot, conducteur de la litière du corps de la Reine (i), reçoit 36 livres 5 sous tournois i;)Our un voyage qu'il a fedt avec quatre mulets pour le service du Dauphin de Saint- Germain à Fontainebleau, et pour la nourriture des dits mulets.

i56o, 5 juin. Guillaume Ruelle, capitaine de six chevaux de char- roi de la Reine mère du Roi, reçoit 55 livres i6 sous tournois pour la nourriture et dépense de six chevaux de trait qui ont servi ordinaire- ment pendant le mois de mai a mener et conduire les garde- robes de l'écurie de la dite dame, à raison de 6 sous tournois par cheval chaque jour.

i577, 21 janvier. François Mezelier et Ambroise Coudray, cochers de la Reine mère du Roi, reçoivent 120 livres tournois pour la dépense de deux cochers et de deux hommes a pour servir à mener es pals le chariot du lict de poste et des femmes de chambre de ladite dame » pendant le mois de novembre 1576.

1577, 12 février. Guillaume BouUard, conducteur de l'un des cha- riots branlants de la Reine douairière, reçoit 7 livres 16 sous 4 deniers tournois pour un quartier de rente.

1578, 4 novembre. Par devant le notaire royal de Toulouse, Jean Mesnier, cocher du Roi (2), reçoit 112 écus soleil et un tiers pour la dépense et nourriture de quatre chevaux de coche à raison de 1 5 sous par jour pour chaque cheval et de 10 sous par jour pour la dépense du cocher.

1579, ' * octobre. René Bruneau, conducteur de la litière du corps de la Reine mère du Roi, reçoit 8 écus un tiers pour un quartier de ««gages.

1 584, 5 janvier. Guillaume Regnault, cocher de la Reine mère du Roi, reçoit 1 5 écus soleil pour un quartier de ses gages.

1629, 3o novembre. Y von Moysan, postillon du grand carrosse du Roi (3), reçoit 180 livrés tournois pour ses gages durant Tannée 1629.

1634, 2 décembre. Antoine Belin, postillon du second carrosse delà Reine (4), reçoit 326 livres tournois pour ses gages durant l'an- née 1634.

(I) Catiierine de Médids (a) Heori UL

(3) Unis XIII.

(4) Marie de Médcis.

Digitized by VjOOQ IC

PROCÈS CRIMINEL A GRENOBLE

EN 1769

M. Léon Dewez nous communique des lettres-patentes de I-ouisXV concernant un procès criminel qui se déroula devant la cour du Dauphiné en Tannée 1 769. Les parties étaient Joseph Suel Lambert, bourgeois de la ville de "Romans, demandeur, et Jacques-François-Raymond Merlin Du Cheylas, conseiller en la cour du Dauphiné, et Jean-Jacques I>evaux, domestique du dit Du Cheylas , défendeurs. Du Cheylas était accusé d'avoir assassiné en duel Jacques-Thomas Suel Lambert Béguin, capi- taine dans la légion de Flandre, fils du demandeur. Le duel avait eu lieu en dehors de la ville de Romans : les faits sont relatés dans l'acte. Le conseiller était contumace, mais le domestique était détenu à la conciergerie du palais. Le jugement reconnut l'accusé coupable et le condamna au supplice de la roue, mais en même temps il ordonna que le procès serait fait à la mémoire de la victime, coupable aussi d'avoir

contrevenu aux lois sur le duel.

Louis par la grâce de Dieu Roy de France et de Navarre, Dauphin de Viennois, comte de Valantinois et Dyois, à tous ceux qui ces présentes lettres verront salut. Sçavoir faisons que procès criminel auroit été et intenté par devant notre cour de Parlement, aides et finances de Dauphiné, entre Joseph Suel Lambert, bourgeois, habitant de la ville de Romans, demandeur, en requette de plainte du dix neuf juillet mille sept cent soixante neuf, et en réparation du crime d'assassinat commis en la personne de Jacques Thomas Suel Lambert Béguin, son fils, capitaine dans la légion de Flandres, et en

Digitized by VjOOQ IC

PROCÈS CRIMINEL A GRENOBLE I7

domages intérests, suivant les fins de la requette du vingt-huit aoust suivant, et notre amé et féal procureur général, accusa- teur en crime de duel et d^assassinat, demandeur en exécution de Tarret de la cour du vingt du dit mois de juillet, d'une part, Jacques François Reymond Merlin Du Cheylas, conseiller en la cour, accusé contumax, Jean Jacques Devaux, domestique du dit Du Cheylas, détenu dans les prisons de la conciergerie du palais, accusés, d'autre, et entre notre amé et féal procureur général, accusatair en crime de duel, et demandeur en exécu- tion de Tarrêt de la cour du dix-sept du dit mois d'aoust, d'une part, M^ André Suel Lambert, avocat en notre ditte cour, curateur nommé à la mémoire du dit Jacques Thomas Suel Lambert Béguin, son fi*ère, deffendeur, d'autre. Vu le procès verbal du lieutenant de juge par l'ordonnance en la judicature du mandement de Pe3rrins du dix-huit juillet mil sept cent soixante neuf contenant l'état et la reconnoissancc du cadavre du dit Béguin, la description de ses habits et de l'endroit il a été trouvé, le rapport de Joannis et Entelme, chirurgiens, assistés de Monfort, médecin, lieutenant du premier chirur- pen du Roy au département de Saint Marcellin, portant que Béguin a reçu quatre coups d'épée mortels et un cinquième coup qui perce de part en part le carpe de la main gauche, la requette de plainte de l'ancien procureur aux juridictions de Romans faisant fonction du procureur juridictionnel de la terre de Peyrins contenant qu'il résulte du rapport des chirurgiens que Béguin est mort de plusieurs coups d'épée, répondue le dix-neuf du dit mois de juillet d'un décret de per- mission d'informer, la requette de plainte de Suel Lambert B%rin père par laquelle il demande qu'il soit informé de l'as- sassinat commis en la personne de son fils hors les murs de Romans, entre la porte de Jaquemart et celle de Sainct-Nicolas, répondue le dit jour d'un décret conforme, l'information faite le dit jour par k lieutenant par l'ordonnance contenant Taudi- tioQ des onze témoins^ la requette de plainte de notre amé et

TOME m. 3

Digitized by VjOOQ IC

l8 REVUE DES DOCUMENTS H1STX>RIQUES

féal procureur général tendante à ce qu'il soit informé du dit duel et de la mort du dit Béguin tant à charge qu'à décharge, circonstances, et dépendances, l'extrait de rarrêt qui ordonne qu'il sera informé du dit duel et de la mort du dit Béguin, cir- constances et dépendances, et porté décret de prise de corps contre le dit Du Cheylas et un quidam habillé de jaune, du vingt du dit mois de juillet, les exploits d'assignation aux témoins pour déposer et être recollés dans leurs dépositions des vingt- deux, vingt-trois, vingt-quatre, vingt-cinq, vingt-six, vingt-sept, vingt-huit, vingt-neuf, trente et trente et un du dit mois de juillet; premier, second, trois, quatre, cinq, huit, neuf et douze, vingt-un, vingt-quatre aoust suivant, et quatre et cinq sep- tembre, après l'information faite par nos amés et féaux de Revol père et de Galbert, conseillers en notre ditte cour, commissaires en cette partie députés, commencée le vingt-deux du dit mois de juillet, contenant cinquante-six dépositions, la continuation d'informations faites par les dits commissaires, les huit, neuf, douze, treize, vingt et vingt-deux aoust suivant, con- tenant l'audition de six témoins, la continuation d'information faite les quatre et cinq septembre de la ditte année par nos amés et féaux de Garnier et de Chalcon, conseillers en notre ditte cour, commissaires députés par l'arrêt de notre ditte cour du trente-un août précédent, contenant l'audition de six témoins, la procédure de recollement des témoins et leurs dépo- sitions, commencée le vingt-six du dit mois de juillet, faite par nos dits amés et féaux de Revol et de Galbert, la continuation du dit recollement faite par nos dits amés et féaux de Gamier et de Chalcon, des quatre et cinq septembre suivant, l'ordon- nance rendue sur le réquisitoire du substitut de notre amé et féal procureur général le vingt-six juillet dernier portant injonc- tion à Bon et Colomb de remettre entre les mains du greffier de la procédure les parties de l'épée du dit Béguin qu'ils ont en leur pouvoir, le procès-verbal de la ditte remission faite le dit jour par le dit Bon de trois morceaux de lames d'épée, l'or-

Digitized by VjOOQ IC

PROCES CRIMINEL A GRENOBLE I9

donnance contenant nomination d'oflSce de deux experts pour procéder à la vérification des trois morceaux de la lame d'épée et donner leur rapport par forme de déposition de Tétat, lon- gueur et grosseur des morceaux d'épée, le procès verbal de perquisition du dit Du Cheylas et devant son domestique con- tenant assignation à quinzaine pour le remettre dans les pri- sons de la conciergerie du palais du vingt-deux du mois de juillet, rexploit d'assignation à cris publics au dit Du Cheylas et Deveau du sept aoust suivant, la requette de notre amé et féal procureur général et l'arrêt de notre ditte cour qui commet nos amés et féaux Depina et Deplan de Sieyes/conseillers en notre ditte cour, pour prendre les réponses personnelles de Joseph Renchon dit Revol et de Pierre Lambert, domestiques du dit Du Cheylas, qui avoient étés constitués prisonniers, du trois aoust suivant, les réponses personnelles du dit Joseph Renchon dit Revol et Pierre Lambert du dit jour, la requette de notre amé et féal procureur général et l'arrêt qui met en Kberté les dits Ruchon dit Revol et Lambert et ordonne qu'ils seront assignés pour déposer en l'information du douze du dit nQois d'aoust, les conclusions de notre amé et féal pro- cureur général tendantes à ce que le procès soit réglé à l'extra- ordinaire et que le procès soit fait à la mémoire de Béguin, l'extrait de l'arrêt qui règle le procès à l'extraordinaire et ordonne que le recollement vaudra confrontation au dit Du Cheylas et que le procès sera fait à la mémoire du dit Bé- guin et nomme pour curateur André Suel Béguin son frère, l'exploit d'assignation au curateur pour prêter serment et donner ses réponses, la procédure de prestation de serment du dit André Suel Béguin, les réponses personnelles du dix-sept du dit mois d'aoust, les conclusions de notre dit amé et féal procureur tendantes à ce que le procès soit réglé à l'extraordi- naire et les témoins confrontés, si besoin est, au curateur, l'extrait de l'arrêt qui règle le procès à l'extraordinaire et ordonne que les témoins seront confrontés, si besoin est, au dit Suel curateur.

Digitized by VjOOQ IC

20 REVUE DES DOCUMENTS HISTORIQUES

du dix-huit du dit mois d^aoust, la requette de notre dit amé et féal procureur général et l'ordonnance de notre ditte cour sur icelle qui subroge nos amés et féaux de Chalcon ou de Revol père, conseillers en notre ditte cour, la procédure contenant la confrontation de douze témoins au dit curateur, des vingt- deux et vingt-trois aoust, l'exploit d'intimation au dit Deveau de Tarrêt portant décret de prise de corps contre luy sous la dénomination d'un quidam habillé de jaune du vingt-neuf aoust^ contenant le procès verbal d'écrou du dit Deveau dans Içs prisons de la Conciergerie du palais il s'est remis, la requette de notre dit amé et féal procureur général tendante à ce que De- veau soit interrogé, l'extrait de l'arrêt portant que le dit Deveau sera interrogé par les commissahres rapporteurs du procès, les réponses personnelles du dit Deveau du vingt neuf août, les conclusions de notre dit amé et féal procureur général tendante à ce que le procès soit réglé à l'extraordinaire vis à vis le dit Deveau et que les sieurs conseillers commissaires soient au- thorisés à recevoir la déposition des témoins qui pourront être produits, à recoller, confronter, interroger et decretter s'il y échet, et ordonner qu'ils se transporteront à Romans, l'arrêt de notre cour conforme aux dittes conclusions du trente du dit mois d'août, les exploits d'assignations aux témoins pour être confrontés au dit Deveau des premier, second, trois et quatre septembre suivant, la procédure contenant cinquante-deux confrontations des témoins au dit Deveau commencé le pre- mier septembre et finie le neuf du dit mois, les réponses per- sonnelles du dit Deveau du quatre du dit mois de septembre, les exploits d'assignation à Jean Pierre Migouret pour compa- raître pour être confronté au dit Deveau du deux du dit mois de septembre, la requette du substitut de notre amé ^ féad procureur général et ordonnance sur icelle des sieurs conseil- lers commissaires portant injonction au dit Migouret de satis- faire aux dittes assignations à peine d'amende et d'y être con- traint par corps, l'exploit d'intimation au dit Migouret de la

Digitized by VjOOQ IC

PROCES CRIMINEL A GRENOBLE 21

dittc requette et de Tordomiance du quatre du dit mois, autre requette de plainte du dit substitut de notre amé et féal procu- reur général contre ceux qui ont pratiqué, intimidé et fait ab- senter les témoins, l'ordonnance des dits sieurs commissaires portant qu'il sera informé des faits y contenus tant à la charge qu^à décharge, circonstances et dépendances du cinq du dit mois de septembre, l'exploit d'assignation aux témoins du dit jour, l'information aussy faite le dit jour contenant l'audition de quatre témoins, les réponses personnelles du dit Deveau du neuf du dit mois de septembre, la requette de notre amé et féal procureur général et l'arrêt sur icelle qui ordonne que le dit Deveau sera recollé en ses interrogatoires et confronté au dit B^uin Suel curateur et que le recollement vaudra confron- tation vis à vis le dit Du Cheylas, du treize du dit mois de sep- tembre, le recollement du dit Deveau en ses interrogatoires et sa confrontation au dit Suel Béguin curateur, du dit jour, les rq)onses derrière le barreau du dit Suel Béguin curateur, les réponses sur la selette et par atténuation du dit Deveau du treize du dit mois. Vu de la part du dit Suel Lambert père la procu- ration qu'il a passé le vingt cinq août dernier à Dubois, son procureur, pour poursuivre le procès et demander des domages intérests, la cédulle de présentation faite le vingt huit du dit mois d'août par le dit Dubois, la requette remonstrative et Textrait de la rémission du procès au greffe de la cour signifié le dit jour ; Vu les conclusions et additions des conclusions de notre amé et féal procureur général des onze et treize sep- tembre mil sept cent soixante neuf au rapport de M' Chanet, substitut, et oui le rapport de nos amés et féaux Françob Sé- bastien DefHna et Jean Deplan de Sieyes, conseillers en notre ditre cour, commissaires en cette partie députés, le tout vu et examiné, notre ditte Cour, les chambres assemblées ou étoit le s'œmte de Clermont Tonnerre, lieutenant général pour le Roy en Dauphiné, dit la contumace bien instruite contre le dit Du Cbeylas, et adjugeant le proffit d'icelle. Ta déclaré atteint et

Digitized by VjOOQ IC

22 REVUE DES DOCUMENTS HISTORIQUES

convaincu des crimes de duel, de s'estre rendu au lieu du com- bat avec des précautions defifensives, d'avoir traîtreusement assassiné de plusieurs coups d^épée le dit Béguin à terre et hors de deffenses, pour réparation de quoi a déclaré le dit Du Cheylas privé et déchu de son état et office de conseiller en notre ditte cour et le dit office vaccant par forfaiture, duquel office le dit Seigneur Roy est supplié d'éteindre le titre, conunc aussi a dégradé le dit Du Cheylas de noblesse et Ta déclaré infâme, a condamné le dit Du Cheylas à être livré entre les mains de l'exécuteur de la haute justice pour être par lui tra- duit en la ville de Romans, et en chemise, teste nue, la corde au col, ayant au poing une torche ardente de cire jaune du poid de deux livres, être conduit devant la porte de la prin- cipalle égKse de Romans, à genoux il déclarera que mé- chamment et traîtreusement il a assassiné le dit Béguin de plusieurs coups d'épée à terre et étant hors de deffenses et qu*il en demande pardon à Dieu, au Roy et à la justice, et de suite il sera conduit à la place principale de la ditte ville de Romans pour y avoir les bras, jambes, cuisses et reins rompues sur un echaffeau qui sera dressé à cet effet et ensuite mis sur une rôtie la face tournée vers le Ciel pour y rester jusqu'à ce que mort naturelle s'en suive, ses armes préalablement noircies et brisées en sa présence au bas du dit echaffeau par le dit exécuteur, a déclaré le dit Seigneur Roy quitte et déchargé envers le dit Du Cheylas de la finance et gages du dit office et de quelqu'au- tres choses que ce puisse être dont le dit Seigneur Roy pour- roit être redevable envers le dit Du Cheylas, comme aussi a condamné le dit Du Cheylas en l'amende fixée aux deux tiers de ses biens appliquables sous le bon plaisir du dit Sei- gneur Roy par égale part et portion à l'hôpital général de Gre- noble, à celuy de la Providence de la même ville, et à l'hôpital général du dit Romans, attendu l'extrême besoin des dits hô- pitaux, a condamné le dit Du Cheylas en l'amende de dix livres envers le dit Seigneur Roy, et, attendu la contumace du dit Du

Digitized by VjOOQ IC

PROCES CRIMINEL A GRENOBLE 23

Cheylas, ordonne que le présent arrêt sera exécuté par effigie sur la place du dit Romans, au surplus pour les causes résul- tantes des procédures, a condamné le dit Du Cheylas en la somme de douze mil livres envers le dit Suel Lambert père pour luy tenir lieu de domages intérests ; et en ce qui concerne le dit Béguin Ta déclaré mort coupable du crime de duel; pour réparation de quoi ordonne que sa mémoire sera et demeurera éteinte et suprimée à perpuité, a pareillement déclaré le dit Seigneur Roy quitte et déchargé envers le dit Béguin de tous arrérages d'appointements, pensions et de toutes autres choses que ce puisse être, dont le dit Seigneur Roy pourroit être re- devable envers le dit Béguin, ordonne que sur les biens du dit Béguin il sera prélevé une amende fixée aux deux tiers des dits biens, laquelle cédera au proffit du dit Suel Lambert père, et en ce qui concerne le dit Deveau Ta condamné pour les causes résultantes des procédures à tenir prison pendant une année et ensuite à servir le dit Seigneur Roy sur ses galères en qualité de forçat pendant l'espace de quatre ans, étant préalablement flétry par le dit exécuteur à la place du Breuil de cette ville sur Té- paule droite d'un fer ardent portant l'empreinte des trois lettres G A L, lui fait inhibitions et defFenses de rompre son ban sous peme de la hart et l'a condamné en l'amende de dix livres en- vers le dit Seigneur Roy et aux dépens le concernant, a con- damné le dit Du Cheylas aux dépens envers le s' Lambert père, ensemble en tous ceux des procédures et frais de justice, même solidairement en ceux cy dessus prononcés contre le dit Deveau, au surplus faisant droit sur le réquisitoire de notre amé et féal procureur général, ordonne que Constalin, ouvrier en fer blanc, demeurant au dit Romans, et la Moret mère, dé- signée et mentionnée dans les procédures, seront adjoumés en personne aux délays et à la forme de l'ordonnance pour ré- pondre de leur bouche aux interrogats qui leur seront faits par les commissaires rapporteurs du présent arrêt pour, les dittes réponses et les conclusions de notre amé et féal procureur

Digitized by VjOOQ IC

24 REVUE DES DOCUMENTS HISTORIQUES

général vues, être pourvu ainsy qu'il appartiendra, ordonne que le présent arrêt sera imprimé et affiché dans les villes de Ro- mans et de Grenoble et par tout ailleurs besoin sera. Sy don- nons en mandement au premier notre huissier dans cette ville et son territoire et hors la ditte ville et son territoire à Tun des huissiers ou sergents requis à la requette de Joseph Suel Lambert mettre le présent arrêt à due et entière exécution de point en en point selon sa forme et teneur à rencontre de tous qu'il appartiendra, en contreignant réellement et d'eflFet par toutes sortes de voyes de justice dues et raisonnables tous ceux qui pour ce seront à contraindre, et pour ce faire toy dit huissier faira tous actes et exploits de justice requis et nécessaires de ce faire te donnons pouvoir ; en témoin de quoy nous avons fait mettre et apposer le scel de notre chancellerie à ces dittes présentes. Donné à Grenoble en Parlement, les chambres ex- traordinairement assemblées, le seize septembre Tan de grâce mil sept cent soixante neuf et de notre règne le cinquante cin- quième. Par la cour : Laporte (?).

A la suite du document on lit la note des droits qui s'élève à i SaS livres 9 sous 6 deniers.

Le conseiller Du Cheylas méritait, selon la juridiction du xvin* siècle, doublement la mort, d'abord comme duelliste, puis comme homicide avec guet-apens. Aussi lui appliqua-t-on le supplice de la roue édicté par une ordonnance de Henri II, de iSSy, contre les meurtres et homicides de guet-apens (i).

Citons, pour bien montrer la différence des peines, deux condamna* tions prononcées à la même époque contre un duelliste et un meur- trier.

En 1763 Vive PAmour, cavalier au régiment de Çonti, est pendu pour avoir tué en duel un cavalier en garnison à Gray.

En 1778 Pierre Labrouille est condamné, pour assassinat avec pré- méditation, <c à avoir les bras, jambes, cuisses et reins rompus vife, puis à être exposé sur une roue, la £aice tournée vers le ciel, jusqu'à ce que mort s'ensuive (2J. »

(i) Les pénalités anciennes^ par Charles Desmtze; Paris, Pion, 1866, in-8, p. 78. (2) Curiosités des anciennes justices d*après leurs registres, par Charles Desmaie ; Paris, Pion, 1867, in-8, p. 340.

Digitized by VjOOQ IC

>

^^

«0 r^£tnna"TGî'^H"^*9C'Vta^pAi-f?^

tttmMOTirà ^rijïtï^t^ c^^tsrtK âaâcu.fv^'^ •ôi^t*^ ^CrniiHna^ Î5Spti|$$ p flm^e^u*^i»raÊP

Awt^^T^ inertie^

Digitized by VjOOQIC

Digitized by VjOOQ IC

VENTE D^UNE PIÈCE DE PRÉ

SITUÉE PRÈS SAINT-JEAN DE LOSNE 1274

Acte de janvier 1278 (1274, n. s.) par lequel Gniet de Saint-Jean de Losne vend, par devant le curé et les échevins du dit Saint-Jean de Losne, à Laurent, fils de feu Gautier, une pièce de pré sise en la prairie de Saint-Jean et de Saint-Eusèbe, moyennant vingt-sept sous forts de Dijon.

Voici le texte et la traduction de ce document ; nous appelons Tatten- tioD des linguistes sur certaines formes de noms propres contenues dans cette charte.

In nomme Domini amen^ anno incaraationis ejusdem M* ce* Lxx* tertio mense januarii , ego Groetus de Sancto Johanne juxta Laudonam notum £ado omnibus presentibus et fiituris quod ^o, pro utilitate et neccessitate mea, laude et con- sensu Gualie,uxoris mee, Arguae et Mariete, fiiiarum mearum, vendidi, tradidi, concessi et quitavi in hereditatem perpetuam Larentio, filio quondam Valterii, et ejus heredibus, vendidi, tra- didi, cocKessi et quitavi in hereditatem perpetuam unam pedam prati continentem drdter mediam secturam prati sitam in preeria de Sanao Johanne et de Sancto Eusebio ubi dicimr en pré Borjon juxu pratum Terrid dicti Paquer ex una parte, et

TOME III. 4

Digitized by VjOOQ IC

26 REVUE DES DOCUBIENTS HISTORIQUES

juxta pratum Vionis dicti Noire de Sancto Johanne, ex altéra^ scilicet pro predo vinginti septem solidorum fcntium Dsrvio- nensium de quibus ego recepi et habui a diao Laureniio per- fectum et legitimum pagamentum in pecunia numerata« Et propter hoc ego de dicta pecia prati omnino devestiens predic- tum Larentium et ejus heredes corporaiiter investivi. Insuper ego predictus Groetus, Gualie, uxor sua, Arguae et Marieta, fiiie ejusdem, tenemur et promittimus per juramentum nostnim prestitum corporale super sancta Deî evangelia, pro nobis et nostris heredibus, quos nos ad hoc obiigamus, dictam pedam prati dicto Larentio et ejus heredibus semper et ubique garan- tire et nos opponere pro eis in omni curia et respundere propter hoc contra omnes personas, quodenscunque super hoc fiierimus requisiti, et conservare indempnes si qui calumpniatores appa- rerent, quod absit, et in nuUo contraire de cetero per nos vel per alios, verbo, faao vel consensu seu ratione qualibet quae jure canonico et civili contra predicta posset obid seu did. In cujus rd memoriam et testimonium ego Haymo, curatus ec- desie Sancti Johannis, et nos Henricus, filius Acon, clericus, Bisundus Oylerius, Andréas Borrelerius et Petrus li Ayvrous, tune ville Sancti Johannis juxta Laudonam scabini et jurati, ad requisitionem parcium litteris istis sigilla nostra apposuimus, scilicet nos predicti scabini apposuimus sigillum 'communie dicte ville Sancti Johannis. Actum anno et mense predictis.

Au nom du Seigneur amen. L'an de l'incarnation dudit Seigneur M ce Lxx trois, au mois de janvier, je Gruet de St-Jean de Losne, savoir fais à tous présents et à venir que je, pour mon utilité et nécessité, avec l'approbation et le consentement de Gualie, ma femme, d'Argué et de Mariete, mes filles, j'ai vendu, délivré, concédé et quitté en toute propriété, à Laurent, fils de feu Gautier, et à ses héritiers, une pièce de pré, contenant environ une demi-£auchée de pré (i), sise en la prairie de S^-Jean et de St-Eusèbc, au lieu dit en pré Borjon près le pré de

(t) Sectura prati est Téquivalent âefalcata pratijun^ fauchée de pré désignait l'étendue de terrain qu*uo homme pouvait faucher dans la journée.

Digitized by VjOOQ IC

VENTE d'une pièce DE PRÉ 27

Thierry, dit Paquer, d'une part, et près le pré de Guyon, dit Noire de St-Jean, d'autre part; à savoir pour le prix de vingt-sept sous forts de Di)on, dont j'ai reçu et eu dudit Laurent partit et légitime paiement en argent comptant. Et à cause de ce, je de ladite pièce de pré (me) dévé- tissant entièrement ai investi corporellement le susdit Laurent et ses héritiers. En outre, je susdit Gruet, Gualie, ma femme. Argue et Manete, mes filles, nous sommes tenus et promettons par notre ser- ment corporel prêté sur les S^ Evangiles de Dieu, pour nous et nos hé- ritiers, que nous obligeons à ce, de garantir toujours et partout cette pièce de pré audit Laurent et à ses héritiers, et de nous porter garant pour eux en toute G>ur, et de répondre à cause de ce contre toutes personnes, autant de fois que sur ce en aurons été requis, et de les maintenir in- demnes si quelqu^un leur intentait une action, ce qu'à Dieu ne plaise, et, du reste, n'aller en rien à rencontre par nous ou par d'autres, en parole, en action, ou par consentement^ ou par quelque cause que ce soit, qui par droit canonique et civil pÛt être objectée ou dite contre les choses susdites. En mémoire et témoignage de quoi, je, Haymon, curé de Féglise de St-Jean, et nous, Henri, fils d'Acon, clerc, Bisunce Lhuil- lier, André Lebourrelier, et Pierre le Ayvrous, à présent échevins et jurés de la ville de S^-Jean de Losne, à la requête des parties, avons à ces lettres apposé nos sceaux, à savoir, nous échevins susdits, avons apposé le sceau de la commune de ladite ville de SWean. Fait Tan et le mois susdits.

La charte est munie des sceaux du curé et de la commune de Salnt- Jean-de-Losne avec les légendes suivantes :

/ ^ CVRATI SCI mus LAVDVNE -♦- S CONMVNIE SCI lOHANIS

Digitized by VjOOQ IC

SOULÈVEMENT DE LA VENDÉE

Mars 1793

Le 10 mars 1793, à la nouvelle de la levée extraordinaire décrétée par la Convention, une insurrection éclata dans TAnjou. Le même jour, les paysans du Marais se soulevèrent et s'emparèrent de Machecoul. Le directoire du département de la Vendée prit aussitôt des mesures pour réprimer les troubles. A Fontenay-le-Comte le mouvement fut étou£Eë, mais l'insurrection gagna les campagnes de Clisson, de Châtillon, de Bressuire (i). Une bande conduite par le perruquier Gaston occupa, le i5 mars,Challans dont les administrateurs s'étaient réfugiés aux Sables^ puis Chantonnay. Le général Marcé marcha contre les insurgés, mais ses troupes, surprises au milieu des marais par les paysans, furent mises en déroute le 19 mars. Cest dans ces graves circonstances que les admi» nistrateurs des districts de Challans et des Sables, alarmés du récent triomphe des rebelles qui les menaçaient de si près, écrivirent au mi- nistre de la guerre la lettre suivante pour exposer la situation de la Vendée et demander un prompt secours :

Les Sables, le 23 mars 1793 Tan 2* de la République.

Les adniinistrateurs des districts de Qiallans et des Sables, réunis au conseil général de la commune de la dite ville et au conunissaire du département de la Vendée,

Au citoyen ministre de la guerre.

Les administrateurs du département de la Vendée ne sont pas maintenant à vous prévenir de Tinsurrection qui s^est ma- nifestée les premiers Jours de ce mois dans un coin de notre ressort, suite de celle de Machecoul. Certe nos supérieurs n'ont pas oublié de vous en instruire et nous sommes convaincus que

(i) Cf. Histoire de la Révolution française par Louis BItnc, t. VIII, p. 191 et sut. Le récit du soulèvement de U Vendée a été fait d'après les docomeats originaux que possède M. Benjamin Fillon.

Digitized by VjOOQ IC

SOULEVEMENT DE LA VENDÉE 2g

ces ravages ont fait le principal objet de la correspondance des commissaires de la Convention départis dans ce département.

Le feu de cette insurrection allumé sur les limites du dé- partement de la Loire inférieure a percé dans celui de la Ven- dée. Nous avons fait tous nos efforts pour Téteindre, mais en vain. L^incendie en fort peu de temps a fait des progrès rapides et désastreux, elle embrase maintenant tout le département. Nos malheurs sont incalculables ; nous avons à regreter et en grand nombre des hommes utiles devenus les victimes des poignards éguisés par le fanatisme religieux et nobilier : k souvenir nous déchire le cœur.

Vous peindre notre position présente est pour le salut de la République un tableau indispensable. Vingt cinq lieues de côtes sont occupés par plusieurs hordes de brigands. Dans cette étendue sont pluzieurs petits ports intéressants, tels que ceux de Fromantine et Saint-Gilles sur Vie, soit pour se préparer une fuite ou donner l'entrée aux émigrés ou tout autre ennemi de la patrie. Nous ne doutons nullement que la ville des Sables ne soit l'objet de convoitise des insurgés; sa position favorise- rait on ne peut mieux leurs projets ; son port une fois à leur possession deviendrait à l'instar des isles de Jersey et Gueme- sey Tassemblage des corsaires qui seroient dans le cas d^inter- cepter tout le commerce du golfe de Gascc^e ; cette place, avec des fortifications, est un azile à se maintenu- long temps, il n'y a que le bombardement qui pourait aisément débusquer Ten- nemi.

Qtoyen ministre, depuis vingt jours nous sommes en guerre; abandonné à nous-même, sans armes, sans munitions et pres- que sans forces, à la rézerve de cinq cents hommes de Tisle de Rhé qui ont eu la générosité de voler à notre secours et qui font notre prindpalle défense, il est difficile de sortir de Tétat d'esclavage nous nous trouvons ; touttes communications avec Nantes, Challans, Machecoul et Fontenay, nous sont couppées^ et sans espoir de pouvoir les ouvrir, si nous ne

Digitized by VjOOQ IC

30 REVUE DES DOCUMENTS HISTORIQUES

sommes promptement secourus. Enveloppés de dnq i six armées de ces scélérats composées d'émigrés, de prêtres dé- portés, d'aristocrates du pays et des paysans égarés, présentent une force formidable tant par le nombre que par des retran- chements; Timpossibilité nous sommes de pouvoir les attar quer nous fait craindre que la famine n'augmente le poid de nos malheurs.

Nous nous dispenserons de vous fatiguer les oreilles du rédt des atrocités et des actes de brigandages qu'ont exercés ces monstres sur les patriotes des contrées qu'ils ont conquises. La vie des femmes et des enfants en bas âge n'a pas été respectée.

Qtoyen ministre, nous avons juré de vivre libre ou mourir. Cette devise est bien gravée dans nos cœurs, mais avec le peu de forces que nous avons dans nos murs, nous voyons avec la plus vive douleur ne pouvoir résister long temps.

Nous vous le répétons, la conquête entière de ce riche dé- partement dépend presque dans la ville que nous défendons. Venés promptement à notre secours ; le péril est imminent.

Gourdon. Benoist, Robert, administrateur des Sables. Miourain, vice-président du district de Challans. Merlet, administrateur de Challans. Bermond, administrateur des Sables. Merland, premier S3nidic de Challans. Merle- reau (?), administrateur des Sables. Biret, premier syndic des Sables. P. Gaudin jeune, maire des Sables. ChevaJ- lereau, officier municipal. -^ Gillet (?), commissaire du dépar- tement.

Le 29 mars, vendredi de la semaine sainte, dix mille paysans vendéens vinrent attaquer les Sables et bombardèrent la ville à boulets rouges. Les Sablais se défendirent vigoureusement, et, profitant du désordre causé parmi les assi^eants par Texplosion de deux barils de poudre, sortirent de la place et mirent en fuite les paysans, après en avoir mas- sacré un grand nombre (i).

(i) Cf. Louis Blanc, qui a raconté ces faits d'après tes Mémoires manuscrits de Mercier du Rocher, qoi sont entre les mains de M. Benjamin Fillon.

Digitized by VjOOQ IC

ENTRÉE DE CHARLES V A SAINT-DENIS

Mai i364

Les obsèques du roi Jean ayant eu lieu à Saint-Denis le 7 mai 1 364^ Charles V se rendit à Reims il fut couronné le 19 mai avec sa femme ; puis il revint à Paris, en s'arrêtant à Saint-Denis. La quittance suivante (i) témoigne de la somme payée pour élargir et mettre en état la porte principale de Féglise de Saint- Denis par le Roi fit son entrée.

Mathieu Brunen, maçon, demeurant à Saint Denis en France, confesse avoir eu et receu de honorable homme et sage maistre Edouart Tadelin, paieur des euvres de l'entrée de l'église Saint Denis par le Roy est entrez, sezc frans d'or du coing du roy Jehan nostre sire que Dieux absoille, pour despecier Pentrée de la maistre porte de la dicte église par le Roy est entrez au venir de son sacre et pour le reflFaire et mectre à point. De la quele sonmie ledit Mahieu se tient pour content et à bien paiez, etc., quîcte de ce le Roy nostre sire et le dit maistre Edouart et tous autres, etc., et promet non venir contre, etc., tous, etc., obligeant, etc. Fait Tan mil ccc lxhii le samedi premier jour de juing.

Ph. Duvivier.

(t) BibJ. nat., quittances, t. XV, pièce 18*

Digitized by VjOOQ IC

LE CARDINAL DE RICHEUEU

Acte par lequel Georges de Brancas, marquis de Villars, vend au Roi, représenté par le cardinal de Richelieu, surintendant-général de la navigation, un vaisseau appelé le Bon Secours, moyennant 6000 livres tournois. Voici le texte de ce document :

Fut présent en sa personne messire Georges de Brancàs^ chevalier, marquis de Villars, lieutenant-général pour sa Majesté au gouvernement de Normandie, estant de présent à Paris logé es faulxbourgs Saint-Honoré parroisse Saint-Roch, lequel a recongneu et confessé volontairement avoir vendu^ quicté et délaissé, vend, quicte et délaisse par ces présentes au Roy nostre souverain seigneur^ le acceptant par Monseigneur Tillustrissime et révérendissime Cardinal de Richelieu, grand maistre, chef et surintendant général de la navigation et com- merce de France, gouverneur pour Sa Majesté de la ville du Havre de Grâce, en vertu du pouvoir à luy donné par sa dicte

Majesté en date de (i), à ce présent et acceptant,

ung vaisseau appelle le bon secours, du port de deux cens ton- neaux ou environ, garny de ses cables, voilles, ancres et autres apparaux, mousquets, picques, avec six canons de fer couUé, servans au dict vaisseau, que le dict seigneur de Villars pro- mea fournir et livrer es mains de Monsieur le G>mmandeur de La Porte en la présence du contrôleur général de la marine ou son commis dans six sepmaines prochaines, dont sera faict inventaire lors de la dicte délivrance pour en faire et disposer

(i) La date est restée en blanc.

Digitized by VjOOQ IC

LE CARDINAL DE KICHELIEU

33

F

1

4

•^

II

TOME m.

Digitized by VjOOQ IC

34 REVUE DES DOCUMENTS HISTORIQUES

par sa dicte Majesté ainsy que bon luy semblera. Geste vente faicte moyennant la somme de six mil livres tournois que mon dict seigneur Cardinal en promect faire payer comptant au dict seigneur de Villars par le trésorier de la marine de Ponant de présent en exercice, promettant, obligeant^ remettant, etc. Faia et passé par mon dict seigneur Cardinal avant midy Tan mil six cent vingt sept le vingt neufviesme jour d'avril en son hostel et par le dict seigneur de Villars en son hostel le vingt ung* may ensuivant au dit an.

Armand Card. de Richelieu. George de Branquas. Ogier. De Beauvais.

Par quictance passée par devant Ogier &t De Beauvais, Tun des notaires soubzsignez, le vingt neufiesme juillet uvi^ vingt sept, apert noble homme André Patelé, cy devant trésorier de la marine de Ponant, avoir payé à M'* Georges de Branquas, marquis de Villars, les six mil livres tournois que monseigneur le cardinal de Richelieu luy avoit promis faire payer par le trésorier de la marine pour le vaisseau du bon secours men- tionné au marché cy dessus et délivré par escript, laquelle quiaance aux fins du présent escript a esté représentée aux notaires soubzsignez par le dia s' Patelé ce jourdhuy premier mars mil six cens trente trois et à luy à Tinstant rendue.

Patelé. Morel. De Beauvais,

Nous reproduisons en fec-simile les signatures du cardinal de Riche- lieu et du marquis de Villars, ainsi que deux renvois paraphés par le cardinal.

Cette pièce m'est communiquée par Monsieur le Marquis de Ju- milhac.

Digitized by VjOOQ IC

CONCESSION DE PLACE DU BANC D 'ŒUVRE

DANS l'ÉGUSE saint- PAUL A PARIS 1706

Nous Marguillicrs de Tœuvre et fabrique de l'église Saint- Paul à Paris, ayant égard à ce qui nous a été représenté par Monsieur Delpéche, conseiller secrétaire du Roy, receveur générai des finances d'Auvergne et fermier général de Sa Ma- jesté, que Monsieur le Marquis de CaiUy luy a le dix-huit juillet dernier ceddé et délaissé la jouissance d'un ban à quatre places du costé de l'œuvre numéroté 2, 3, 4 et 5, et qui avoit esté conceddé audit sieur de Cailly par nos prédécesseurs mar- guilliers, veu la concession dudit sieur marquis de Cailly, avons conceddé et accordé, conceddons et accordons par ces présentes à mondit sieur Delpech ledit banc pour en jouir pour luy et Messieurs ses enfans tant et si longuement qu'ils demeureront sur laditte parroisse, tout ainsy que ledit sieur marquis de Cailly en a jouy ou deub jouir, en considération de quoy Monsieur Delpesche a fait présent à l'oeuvre de la somme de deux cents livres, laquelle a esté mise ès-mains de M. Geoffroy faisant la recepte, et outre à la charge de payer six livres de re- devance par chacun an audit œuvre, dont le premier payement échera au dernier décembre prochain. En foy de quoy nous avons signé ces présentes et fait mètre et apposer le scel des armes de laditte église. Fait au bureau dudit œuvre le quatorzième jour de septembre mil sept cent six.

Suaire.

Le Mar^ de Boufflers. Noblet.

Geoftoy.

Digitized by VjOOQ IC

JEAN LEMAIRE DE BELGES

Jean Lemaire (ij naquit à Bavai, dans le Hainaut, vers 1473 (a). Il était neveu de Jean Molinet (3), qui fut à la fois son précepteur et son protecteur (4]. En 1498 il habiuit Villefranche en Beaujolais comme « clerc des finances au service du Roi et de Monseigneur le bon duc Pierre de Bourbon (5) ». Cest à la louange de ce prince, mort le 8 octobre i5o3, qu'il composa, Tannée suivante, son premier livre. Le Temple d'Honneur et de Vertus (6). Lemaire fut quelque temps précepteur des enjoints d*un gentilhomme bourguignon, M. de Balleurre, puis devint secrétaire de Louis de Luxembourg, comte de Ligny; ce seigneur mourut le 3i décembre i5o3, et Lemaire entra au service de Marguerite d'Autriche, fille de l'empereur Maximilien I**", par la protection de son oncle, alors bibliothécaire de cette princesse (7]. 11 portait le titre d'indiciaire et historiographe; Molinet étant mort en i5o7, Lemaire lui succéda dans la charge de bibliothécaire. Cest en

(i) Cest rortbographe adoptée par Lemaire dans ses lettres. Dans Its ouvrages imprimés 800 nom est écrit Le Maire oa le Maire.

(a) Daos la dédicace de ses Illustrations de Gaule Lemaire dit qvH a commencé ce Uvre en i5oo, à l'âge de 37 ans environ.

(3) Les prénoms de Molinet et ^ Lemaire étant semblables, il est probable que Lemaire était le filleul de son oncle.

(4) Lemaire prend le titre de disciple de Molinet dans son premier ouvrage, Le TempU d'Honneur et de Vertus,

(5) Pierre de Beanjeu, mari d*Anne de France, fille de Louis XL II était duc de Bourboo depuis la mort de son frire Jean 11 (i«r avril 1488).

(6) Cf. la description de ce volume dans le Manuel du Libraire de Brunet

(7) Cf., pour les deuils biographiques, Recherches sur la pie et les ouvrages de Jean Le Maire par l'abbé Sallier {Mémoires de l^ Académie des Inscriptions, t. XIII, p. 593), et Mémoires pour servir à l'histoire littéraire des dix-sept provinces des Pays-Bas, de la principauté de Liège, et de quelques contrées voisines (par Paquot); Lonviin. 1765» 3 toI. in-fol., 1. 1, p. 331.

Digitized by VjOOQ IC

JEAN LEMAIRE DE BELGES ij

cette qualité qu'il écrivit (i) la lettre suivante à Marguerite d'Autriche avec cette suscription : « A Madame, ma très redoubtée dame » (2).

Madame, depuis peu de jours en ça Mons"" m" Loys Baran- gier vous fit requeste pour moy que vostre bon plaisir fiist me donner doresenavant mon séjour ordinaire, provision et rési- dence en vostre conté de Bourgoigne et mesmement en vostre ville de Dole, à cause de Testude et université, laquelle re- queste il vous a pieu me ottroyer, comme ledit s' m'a dit, dont Je vous mercije le plus humblement que faire puis, vous sup- pliant, Madame,^ que vostre bon plaisir soit le confermer et ratiflBjer par ordonnance expresse, estât et appoinctement sur ce, tel qu'il vous plaira et par voz lettres patentes.

Mais afiSn, Madame, que vostre excellence entende plus à plain les causes motifves de madicte requeste, lesquelles par aventure pourroient estre interprétées sinistrement et souspe- çonnées d'inconstance, plaise vous les entendre benignement par ceste escripture, laquelle m'est plus ydoine (3) que le parler.

Madame, feu monseigneur de Ligny, mon maistre, que Dieu par sa grâce absoille, de son propre mouvement avoit assigné mon lieu, avec estât compétent et prommesse de la première prébende vacante, en sa ville de Ligny, disant que le repos m'estoit nécessaire pour mieubc labourer (4), et le bruit conti- nuel de court contraire.

A l'exemple de quoy. Madame, tantost après que je fuz venu en vostre service, pour la première supplication que je vous feiz, ce fut d'avoir mon séjour en quelque lieu solitaire, et vous le m'accordastes en la ville d' Annessy en Savoie. Pareillement au premier voyaige d'AUemaigne je le demanday à Besen- son, et depuis que fustes de retour par deçà je vous fiz requeste de mesmes pour me tenir à Louvain, à cause de l'université.

(i) La lettre est sans date, mais elle doit être de peu antérieure i la première édition des Rhtstrations de Gaule qui fut imprimée à Lyon en iSog. (3) Je possède actoeilement l'original de cette pièce. PI Du ktin idaueus, coorenable. M TwvMOcr, de tabarare.

Digitized by VjOOQ IC

38 REVUE DES DOCUMENTS HISTORIQUES

Mais puis que ces choses n'ont point sorty leur efifect, se je re- quiers présentement ma résidence finalle en vostre pays de Bourgoigne, plaise vous non le imputa à la légiéreté maïs i vraye raison fondée en expérience.

Car, Madame, j'ay expérimenté que la manière de vivre de par deçà me seroit trop reculant mon estude et tn^ plus cous- tengeuse (i) que mon estât ne le sçauroit porter.

Oultre plus, Madame, j'ay trouvé pour certain que nul n'est prophète en son pays, car, comme il appert, j'ay receu par deçà trop de malheurs, oultraiges, envies et scandales, i la grand dampnation de ceulx qui les ont faulsement controuvez, lesquelz sont si très lasches que ce qu'ilz disent en mon absence, oncques n'en osèrent sonner mot en ma présence, combien que je me soye offert à toute espreuve et aye procédé contre eulz par voye juridicque, et néantmoins j*ay bien cogneu que par longue et fréquente détraction de mesc^sans on peut bien estre esloigné de benivolence.

au contraire, es marches drconvoisines de Boui^oigne, c'est assavoir Lyonnois et Bourbonnois, ma petitesse s'est premièrement eslevée (2), j'ay toujours trouvé amisdé, crédit, faveur, recueil et humanité, autant ou plus que nul autre jeune estrangier, conme scevent pluiseurs gens de bien de vostre maison, voire et telle renommée et estimation, ce que sans van- tise je puis dire, que de toutes choses venans de ma main, mesmes faisans à vostre louenge et à leur désavantaige, ilz en font sans comparaison plus grand feste que ceulx de par deçà, excepté ceulx de vostre maison, et en ont ou désirent avoir les doubles, ou par escript, ou par impression, tant es cours de leurs princes comme ailleurs; laquelle chose me donne tous- jours couraige de mieulx faire, car, comme on dit en proverbe latin : Honneur nourrit les sciences, et sont les hommes espris de bien faire pour avoir renommée.

(I) Coûteuse.

(3) Lemaire tTait été clerc da dac de Boorboo à ViUefrancbe en Benfctais.

Digitized by VjOOQ IC

JBAN LEMÂIRE DE BELGES Sg

Parquoy, Madame, ce n'est pas merveille se j'ay plus grand apparence de demander ma retraicte en vostre pays de Bour- goigne que ailleurs. Joinct à ce que, oultre toutes les chose dessus diaes, vous ferez euvre méritoire envers Dieu, car du bien que vous me faictes. Madame, j^en fay pardcipans deux petiz nepveux de bon esperit que j'ay recueilliz et que je tiens à TescoUe à mes despens, délaissez comme orphenins de mon frère aisné, leur oncle, lequel est derrenièrement mort bon gentdarme en vostre service en la guerre de Gheldres, soubz la charge deMons' d'Aymeries (i), lesquelz deux jeunes enfans et leurs povres parentz prieront Dieu tousjours pour vostre bonne santé et prospérité.

Et afiBn, Madame, que vostre bénignité entende quelz eu- vres j'ay en main commencées mais imparfaiaes par faulte de séjour, toutes intitulées à vostre haultesse, et dont vous avez veu les aucunes mais les autres non, j'en ay icy noté les tiltres :

Le deuxiesme livre de la couronne margariticque, lequel est tout minuté; ne reste que le mettre au net

Les trois livres des singularitez de Troye, qui sont à corriger et parfaire, lesquelz j'espère de brief, s'il vous plet, faire im- primer à Lyon, car tout le monde les demande.

La forte haye du vergier, qui sera la première expédiée, se Dieu plet.

L'abrégé de voz cronicques et continuation d'icelles, qui ne se peut faire synon par temps.

Ce sont les choses prindpalles qui désirent la première expé- dition.

Et oultre plus autres choses qui s'ensuivent si comme :

Le commencement du palaix d'honneur, lequel est de vostre propre invention et primitive ordonnance et que premier me commandastes à Thurin, lequel je feray venir cy après au pro- pos de la couronne margariticque.

{i) Louis de RoUin, seigneur d'Aymeries. (Cf. Correspondance de l'empereur Maximi- lienh* et de Marguerite d'Autriche, publ. par Le Glay, 1. 1, p. a.)

Digitized by VjOOQ IC

Digitized by VjOOQIC

JEAN LEMAIRE DE BELGES 4I

Ua bc mondain.

Le navigaige des Indes nouvellement trouvé, que j'ay na- guières recueilly par plusieurs pièces en Ytalie, sans perdre temps.

La généalogie de vostre maison depuis le temps du déluge jusques aux princes modernes, que j'ay cueilly des meilleurs lîbraries de chrestienté.

Toutes lesquelles choses, se Dieu me donne la grâce de les mettre en lumière soubz Tauctorité du très heureux tiltre de vostre nom auguste, ceulx qui viendront aprez nous vous en rendront grâces et louenges.

A tant, ma très redoublée dame et princesse, ordonnez de mon petit estât ce qu'il vous plaira, et vous plaise vous sou- venir de ces quatre vers adressans à ma petitesse, lesquelz il vous pleust une fois escripre de vostre main et dicter de vostre noble esperit, en approuvant ma rude et simple industrie, dont je me tins et tiendray toute ma vie pour bienheureux :

Ton escriptoire a si bonne practicque Que si la crois sera bien estimée; Parquoy concluz : ensuyz sa rhétoricque, Car tu scez bien que par moy est aymée.

La première partie des Illustrations de Gaule et Singularité^ de Troye fut imprimée à Lyon par Etienne Baland (i) : le privilège du Roi est daté de Lyon, le 20 juillet 1 5o9 (2). A la suite se trouve le Triumphe de V Amant ver/, en deux épîtres dans lesquelles Lemaire célèbre un perroquet de Marguerite d'Autriche, qui mourut de chagrin d*être sé- paré de sa maîtresse (3). C'est à l'occasion de ces épîtres que la noble

(i) Xai vainemeot cherché à U Bibliothèqae nationale la première édition décrite par Brunet, mab fai consulté on exemplaire conservé sons le numéro La ^ 4 et qui contient les trais livres des ttlmstrations de Gaule, imprimés par Geofiiroi de Mamef, à Paris, en i5i2 et i5i3.

(2) Bmmt dit, par erreur, 30 août. Cest à cette dernière date que forent délivrées les lettres d'entérinement.

(3) Dans sa lettre à Jean Perréal, imprimée en tête de ses épttres, Lemaire dit : > Dont comme je fensse proochain de mettre lin à l'impression du premier livre des Illustrations et Singularité^, |e me suis ndvisé que ce ne serait point chose malséant ne désagréable aux lecteurs de aussi fiûre imprimer ladicte epistre.....

TOME ni. 6

Digitized by VjOOQ IC

42 REVUE DES DOCUMENTS HISTORIQUES

dame adressa au po€te le quatrain qui termine la lettre publiée d-dessos, et qui a été imprimé après la première épitre avec cette légende : Ma dame à l'acteur (i).

Quoique Jean Lemaire eût, en i5o7, écrit Les chansons de Namur pour la victoire eue contre les François à Saint-Hubert d^Ardetme^ il s'était depuis singulièrement concilié la ûiveur de la cour de France par la première partie de ses Illustrations de Gaule, Les conseils de Jean Perréal, premier peintre de Louis XII (2), durent agir fortement sur Lemaire qui, pauvre, ne pouvait se passer d'un protecteur puissant et généreux. De même qu'il avait publié, en 1 509, la Légende des Véni- tiens^ pour célébrer la ligue de Cambrai conclue par Marguerite d'Au- triche, il fit, en 1 5 1 1 , à l'instigation de Louis XII, un traité de la diffé- rence des schismes et des conciles de VÉglise dirigé contre le pape Jules II, alors en guerre avec le Roi de France. En même temps, sa très-redoutée dame lui faisait surveiller, â Bourg, la construction de l'église de Brou (3). Chargé de choisir V albâtre destiné à cet édifice, Lemaire le fit tirer de la perrière de Saint-Louthain, qui avait fourni les marbres employés à la sépulture des ducs de Bourgogne à Dijon (4) ; mais il essuya, à ce propos, d'acerbes critiques et eut à se plaindre des religieux du prieuré voisin. Ces ennuis, non moins que la considération dont il jouissait à la cour de France, déterminèrent Lemaire à accepter

(i) Bibliothèqae nttiooale possède une édition originale dn Triumpke de rmmant wert (La ^ 1) qui n>st pas mentionnée par Bronet. C'est un in-4 de is ff. non chiffrés, sîg. d.-^. ; il conunence par une lettre de l'auteur Jan Le Maire de Belges^ tresbumble disciple et Içingtain imitateur des meilleurs Indiciaires et historiographes an sien tressingulier patron et protecteur Maistre Jehan* Perreal de Paris, Painctre et varlet de chambre ordinaire dn Roy treschrestien >, datée de Lyon, i*' mars iSio. Puis vient le titre : Seosait la piemfcic epistre de l'amant vert A Madame Marguerite Auguste •. On lit au feuillet quatrain <le Marguerite d'Autriche ; au verso commence la seconde épttre. Au ia« feuillet (recto) est la marque de l'imprimeur avec cette mention :

I Imprime a Lyon | par Estienne Baland Imprimeur de ladicte cite demonrant on lien dit Paradis | entre la grand Rue du pont de Rbone et de Nostre Dame de Confort.

« Et se vendent andit Heu.

« Et chez maistre Jehan Richier de Paris Rhetoriciicn En la Grad Rne de saint Jehan Près de Porte Froc douant le Faulcon. Et en Rue Mercière près du maillet Dargent.

(3) Dans la lettre imprimée en tfte du Triumphe de Vamant vert Lemaire dit à Jean Perréal : t Tout ce peu et tant que j'ay de bien procède de ton amistié, benivolence et avan- oement. » Il recommanda son protecteur à Marguerite d'Autriche pour la décoratioo de l'église de Brou (lettre du 30 novembre i5io citée pins loin).

(3) Marguerite d'Autriche, veuve dès 1 504 de Philibert le Beau, duc de Savme, fit élever cette admirable église pour accomplir un voeu de sa beUe-mère Marguerite de Bourbon.

(4) Lettre de Lemaire de Belges i Marguerite d'Autriche, écrite de Bourg le so novembce i5io (vente du 36 avril 1S75).

Digitized by VjOOQ IC

JEAN LEMAIRE DE BELGES 43

la charge d'indiciaire et d'historiographe de la reine Anne de Bretagne. Dès novembre 1 5 1 1 il était à Tours, correspondant toutefois encore avec son ancienne maîtresse ( i ). Mais si le premier livre des Illustrations de Gaule avait paru sous les auspices de Marguerite d'Autriche, le se- cond livre, imprimé à Paris en août i5ia sur les presses de Geoffroi de Marnef, fut dédié à Madame Claude, fille de sa nouvelle souveraine. Le troisième livre parut en juillet 1 5 1 3 sous ce titre : « Le tiers livre des Illustrations de Gaule et Singularitez de Troye intitulé nouvellement de France Orientale et Occidentale. » C'était un titre plus conforme à la condition présente de Tauteur qui mettait cette fois son œuvre sous la protection de la reine Anne.

Il semble qu'après cet ouvrage Lemaire se reposa. De tous les autres livres qu'il avait projetés et que mentionne sa lettre publiée plus haut, la Couronne Margaritique seule, retrouvée en manuscrit, après la mort de l'écrivain, par un de ses élèves, Claude de Saint-Julien, seigneur de Balleurre, fut publiée en 1 549 (2) sous ce titre : « La Couronne Marga- ritique, composée par Jean le Maire, Indiciaire et Historiographe de Madame Marguerite d^Austriche et de Bourgongne, Duchesse de Savoye, Dame de Bresse, etc. » Cest un recueil en vers et en prose qui se ter- mine par ce quatrain :

Et quant à moy qui, certes bien confesse Que mes escrits, sont trop mal compassez Pour illustrer si hautaine noblesse, Pardonnez moy, car i'ay de pev assez.

De peu assej, teUe était la devise de Jean Lemaire qui avait inscrit sur le blason placé en tête de ses Illustrations de Gaule : « Si non utile est quod/acimus stulta est gloria. »

Sous François I»', Lemaire tomba dans une obscurité telle qu'on ignore la date de sa mort

(1) Œ trois lettres de Lemtire de Belges adressées en i5ii et i5i3 à Marguerite d*Aa- trkbe et à Loais Btrangier (Le Gliy, AnaUcUs historiques; Paris, Téchener, i838, in-8. p. 9 et %xàw.},

{3) Les Illustrations de Gaule et Singularité^ de Troye par maistre Jean le Maire de Belges. Avec la Couronne Margaritique, et plusieurs autres œuvres de luy^ non jamais encore imprimées. Le tout reveu et fidèlement restitué par maistre Antoine du Moulin MasconnaiSf Valet de chambre de la Royne de Navarre ; Lyon, Jeao de Tournes,

Digitized by VjOOQ IC

CHARLES SECONDAT DE MONTESQUIEU

M. Louis Dangeau, auteur de la Bibliographie de Montesquieu^ vient de trouver dans les registres de la paroisse de Saint-Michel, à Bordeaux, Tacte de mariage du grand écrivain. Je dois à son obligeance de ûdre part aux lettrés de cette découverte, en publiant le texte de ce docu- ment qu'avaient vainement cherché les biographes de Montesquieu.

Le 3o avril 171 5, après la cérémonie des fiançailles et la publication de 2 bans faite par deux diversions de dinian- ches ou fêtes commandées, sans avoir découvert aucun en^)ê- chement civil ou canonique reconnu, vu la dispense du 3*, en date du 3o' avril, signée Bensemens, vicaire général, ont reçu la bénédiction nuptiale messire Charies Secondât de Mon- tesquieu, chevalier, seigneur baron de La Brède, conseiller au pariement, habitant de la paroisse de Saint-Mexant, d^une part; et demoiselle Jeanne Lartigue, de cette paroisse, de l'autre.

Ledit mariage fait en présence du sieur Antoine Brocad, écuyer, colonel général des Costes, M^*^ Estienne Brossier, m^ tailleur, habitant de la paroisse S^* Eulalie, témoins à ce requis qui ont signé, excepté le dit Brossié :

Secondât de Montesquieu, époux ;

Janne Lartigue, etpouse ;

Moreau ;

A. Brocad et Grimaud curé de Seause.

Digitized by VjOOQ IC

Digitized by VjOOQ IC

Digitized by '

Google

PRIEURÉ DE SAINT-GILLES DE DUN

1243

Charte réglant le débat qui s'est élevé, devant Tofficial de Tarchidiacre de l'église de Reims, entre le prieur de Saint-Gilles de Dun et un prêtre deDun (i}. Le prêtre est condamné à une redevance annuelle de dix sous forts envers le dit prieur.

L'acte est passé la veille de Saint-Gilles, c'est-à-dire le 3i août (a).

Jacobùs, decanus Christianitatis de Landres (3), et Thomas, clericus, patronus de Montigneio(4), universis présentes litteras visuris salutem in domino. Noverint universi quod cum dis- cordia moveretur coram magistro Ade, officiali magistri H., Remencis ecclesie archidiaconi, inter G., priorem Sancti Egidii de Duno, ex una parte, et Johannem, presbiterum de Duno, ex altéra, super eo quoddictus prior petebat a diao J.,presbitero, decem solidos yeterum Cathalaunensium pro capella de Duno, et super eo quod dictus J., presbiter, a memoratopriore petebat duos solidos veterum Cathalaunensium in precipuis festivita- tibus anni, videlicet Natali domini^ Pasca, Penthecoste. Cum non redderet dictus prior eîdempresbitero nisi duos solidos Pa- risiensium veterum, tandem de bonorum virorum cuncilio et licentia Curie in nos duos cumpromiserunt. Nos autem, veri-

(1) Don-flor-Meose^ dans le duché de Bar. (Cf. Dict. géogr, de Bnuen de La Martioière )

(2) L'original de cette pièce fait partie de ma collection de chartes.

(3) n 7 a on village de ce nom dans le pays Messin. (4) Montigny, près de Don.

Digitized by VjOOQ IC

46 REVUE DES DOCUMENTS HISTORIQUES

tate diligentius inquisita, ita pronuntiavimus quod dictus pres- biter tenetur reddere annuatim, octo diebus ante Nadvitatem domini, domui bead Egidii de Duno, decem solidos fordum» cum istud idem prior cuntra prefatum presbitenim per legi- timos testes probaverit, et in hoc dictum J., presbitenim, cum- dampnavimus. Pronunciavimus insuper quod dictus presbiter débet habere duos solidos dictos de eadem moneta dequa cum- muniter obladones in altari persolvuntur, maxime in prellbatis fesdvitadbus. In eu jus rei tesdmonium sigilla nostra presendbus litteris apposuimus. Datum anno domini M^ CC^ quadragesimo terdo mense augusto, in vigilia bead Egidii.

Jacques, doyen de la Chrétienté de Landres, et Thomas, clerc, patron de Mondgny, à tous ceux qui ces présentes lettres verront salut dans le Seigneur. Sachent tous que comme débat était par devant maître Ade, officiai de maître H., archidiacre de l'église de Reims, entre G. , prieur de Saint-Gilles de Dun, d*une part, et Jean, prêtre de Dun, d'autre, sur ce que le dit prieur réclamait du dit Jean, prêtre, dix sous vieux de Chalons pour la chapelle de Dun, et sur ce que le dit Jean, prêtre, réclamait du dit prieur deux sous vieux de Chalons aux fêtes principales, à savoir Noël, Pâques, Pentecôte. Comme le dit prieur ne payait au dit prêtre que deux sous vieux Parisis, enfin sur le conseil de prud'hommes et la permission de la Cour, ils firent devant nous deux un compromis. Mais nous, ayant recherché plus diligemment la vérité, nous avons ainsi prononcé que le dit prêtre est tenu de rendre annuel- lement, huit jours avant la nativité du Seigneur, à Téglise de Saint- Gilles de Dun, dix sous forts, comme le dit prieur contre le dit prêtre par légitimes témoins Ta prouvé, et en ce avons condamné le dit Jean, prêtre. De plus nous avons prononcé que le dit prêtre doit recevoir les deux sous dits de la même monnaie dont communément les offrandes sur l'autel sont payées, surtout dans les susdites fêtes. En témoin de quoi nous avons apposé nos sceaux aux présentes lettres. Donné Tan du Sei- gneur 1243, au mois d'août, la veille de Saint-Gilles.

Digitized by VjOOQ IC

LA GUILLOTINE

CORRESPONDANCE ET INSTRUCTIONS DU DOCTEUR LOUIS.

GUILLOTIN. ARTICLE DE POTION.

TABATIÈRE A LA GUILLOTINE.

L'Assemblée constituante, héritière des principes philosophiques et humanitaires des Encyclopédistes, prit à tâche de réformer l'ancienne l^islation criminelle et ses pénalités horribles qui avaient si souvent soulevé rindignation publique. Un député de Paris, le docteur Ignace Guillotin, proposa, dans la séance du lo octobre 1789, de réduire les divers supplices à un seul, la décapitation qui, jusqu'alors réservée aux nobles, n'entraînait pas Tinfamie. Il exprima aussi le vœu qu'on substituât à la décapitation par la hache une machine à décoller qui, rendant le supplice plus sûr et plus rapide, abrégerait les souflfrances du condamné. Cette motion essentiellement humanitaire fut renvoyée à la discussion du Code criminel, mais l'Assemblée décréta, dès le ■«'dé- cembre suivant, l'égalité des peines, premier résultat obtenu par Guillotin. En 1791, conformément à la proposition de ce dernier, on inscrivit dans Tarticle 3 du titre I*' du Code pénal que tout condamné à la peine de mort aurait la tête tranchée : puis on s'occupa de la construction d'une machine; le docteur Antoine Louis (i), secrétaire perpétuel de l'Académie de chirurgie, consulté par le conûté de législation, fit son rapport le 7 mars 1792 et indiqua les moyens usités en Angleterre (2). Une correspondance active fut échangée à ce sujet entre Louis, Roede- rer, procureur-syndic du directoire du département de Paris, et le mi-

(1) Antoine Loois, à Metz le i3 février 1733, était partisan de la décapitation, parce qu'il la considérait comme le mode le plus prompt de supprimer la rie. Il avait, en 1747, publié one Lettre sur la certitude des signes de la morty dont une nouvelle édition fat donnée an moment même l'anteur s'occupait de la machine à décoller.

(3) Voici le texte de ce rapport d'après une copie faite par ViUenave : Les difScoltés concemaat l'exécution de l'article 3 du Code pénal sont bien fondées ; Texpérience et la raison démontrent également que le mode en usage par le passé pour tran- dier la tête i an criminel, l'expose à un supplice plus afireux que la simple privation de la vie suivant le vœa de la loi. L'exécution doit être faite en un instant et d'an seul coup. Les exemples prouvent combien il est diflBdle d'y parvenir.

« Le souvenir de la décapitation de M. de Lally est récent. Il était à genoux, les yeoz bandés : rexécuteur l'a frappé à la nuque, le coup n'a pas séparé la tête et ne pouvait le faire. Le corps, à la chute duquel rien ne s'opposait, a été renversé en devant, et c'est par trois

Digitized by VjOOQ IC

48 REVUE DES DOCUMENTS HISTORIQUES

nistre des contributions publiques, Qavière (i). Un Allemand, nommé Schmidt, focteur de pianos, vint proposer un plan de machine à dé- coller à Louis qui recommanda Tinventeur à Roederer par la lettre suivante (2) :

Monsieur,

Un allemand, facteur de clavecins, a cru pouvoir exercer son

ou quatre coups de tâbre que la tête a été séparée da tronc : oa a tq arec borreor cette hacherie^ s'il est permis de se servir de ce terme.

« En Allemagne, les exécuteurs sont plus expérimentés, par la fréquence de ces aortes d'exécutions, principalement parce que les personnes du sexe féminin, de quelque coDditioo qu'elles soient, ne subissent pas d'autre supplice, cependant la parfaite exécution manque souvent, malgré l'attention de fixer le coupable assis dans un fauteuil.

En Dannemarck, il y a deux positions et deux instrumens. L'exécution, qu*on poorrait appeler honorifique, se fait avec sabre on coutelas. Le criminel a on bandeau sur les yeux, il est à genoux et a les mains libres.

Si le supplice doit porter infiimie, le coupable est cooché rar k rentre, et on lui coape la tête avec une hache.

Personne n'ignore que les instrumens tranchants n'ont que peu ou point d'effet lorsqullt frappent perpendiculairement ; et, en les examinant au microscope, on voit qu'ils ne sont que des scies plus ou moins fines, qu'il fiiut faire agir en glissant sur les parties à diviser. On ne réussirait pas à décapiter, d'un seul coup, avec une hache on couperet dont le tranchant serait en ligne droite; mais, avec un tranchant convexe, comme aux anciennes haches d'armes, le coup assené n'agirait perpendiculairement qu'au milieu de la portion du cercle : mais llna- trument en pénétrant dans la continuité des parties qu'il divise, a une action oblique en glissant, et atteint sûrement son but.

La structure du col dont la colonne vertébrale est le centre, composée de plusieurs oa dont la connexion forme les enchevauchures de manière qu'il n'y a point de joint à chercher, montre qu'il n'est pas possible d'être assuré d'une parfaite séparation en la confiant à un agent susceptible de varier en force et en adresse par des causes morales et physiques. 11 faut nécessairement, pour la certitude du procédé, qu'il dépende de moyens mécaniques invariablea dont on puiise également déterminer la force et l'effet. Cest le parti qu'on a pris en Angle- terre : le corps du criminel, fixé entre deux poteaux, est couché sur le ventre. Du haut d'une traverse qui unit les deux poteaux on fait, au moyen d'une déclique (ou lâcher la corde passée dans une poulie, rien de plus simple), tomber la hAche convexe dont le dos doit être assez fort et assez lourd pour agir efficacement, comme le mouton pour enfoncer des pilotis ; on sait que sa force augmente suivant la hauteur d'où il tombe.

L'effet d'une pareille machine, d'une très-facile construction, est immanquable : la décapi- tation sera faite en un Instant, suivant l'esprit et le voeu de la loi sur la peine de mort. »

(1) La correspondance de Rosicrcr et de Clavière a été publiée par Tasclwreau dans sa Revue rétrospective (janvier i835, p. 5 et suiv.). Le» lettres du docteur Louis étaient dans la collection de Villenave, qui les a indiquées, sans le* publier, dans l'article Guillotine de l'Encyclopédie des gens du monde. Ces pièces et les notes de Villenave pour Varticle susdit sont en ma possession : je publie les lettres de Louis qui sont le complément du travail de Taschereau.

(a) Cette pièce n'est qu'en copie au dossier Villenave.

Digitized by VjOOQ IC

LA GUILLOTINE 49

génie pour la machine à décoller. Je ne le connais pas, mab je loue son industrie. Le patient ne sera ni lié, ni couché. Sa tête, au pilori, sera tranchée d'une manière sure par une coupe oblique. Je me &is un devoir de vous adresser ce machiniste et un plaisir de vous assurer des sentiments respectueux dont je suis pénétré pour vous. Monsieur. Ce 24 mars 1 792 . Louis.

Sur Tordre du directoire Louis donna ses instructions au charpentier ordinaire du domaine; il informa ensuite Rœderer de ses démarches tt loi envoya le double de ses instructions (1).

A Paris, le 3o mars 1792. Monsieur,

J'ai rempli sans perte de temps la mission que le Directoire m'a donnée, et le jour même j'ai été m'informer de la demeure du s' Guidon, charpentier ordinaire du domaine, et je lui ai écrit à son domicile fauxbourg du Temple, au coin de la rue Fontaine aux rois. Il est venu ce matin : je lui ai lu et laissé Pinstruction que j'avois préparée et dont je joins icy copie. Il a très bien conçu la construction de la machine. Il s'étoit fait ac- compagner, par précaution, d'un de ses confrères, expert dans l'art de charpenterie. Nous nous sommes parfaitement expliqués et entendus. Le s' Guidon ira recevoir vos ordres ultérieurs et sera porteur de mon paquet.

Je suis avec respea. Monsieur,

(I) Lcsorigiiiaaxdi Cil plèoMfMit parti* do dotticriniltiittt. TOME m.

Digitized by VjOOQ IC

5o REVUE DES DOCUMENTS HISTORIQUES

Instruction donnée au s' Guidon, charpentier du Domaine pour la construction de la machine à décoller.

Cette machine doit être composée de plusieurs pièc» : I* Deux montans parallèles en bois de chêne de la haut»ir de 10 pieds, joints en haut par une traverse et montés solide- ment sur une sole, avec des contrefiches de côté et par derrière.

Ces deux montans seront, dans oeuvre, à un pied de dis- tance, et auront six pouces d^épaissenr ; à la face interne de ces montans sera une cannelure longitudinale, quarrée d^un pouce de profondeur, pour recevoir les oreillons d'un tranchoir. A la partie supérieure de chacun de ces montans, au-dessous de la traverse et dans leur épaisseur^ sera placée une poulie de cuivre.

7,^ Le tranchoir de bonne trempe, de la solidité des meilleurs couperets, fait par un habile taillandier, coupera par sa convexité. Cette lame tranchante aura huit pouces d'étendue transversale et six de hauteur. Le dos de cette lame coupante sera épais comme celui d'un^ hache ; sous ce dos seront par le forgeronr pratiquées des ouvertures pour pouvoir, avec des cerceaux de fer, fixer sur ce dos un poids de trente livres ou plus; si dans les essais on trouvoit convenable de rendre plus lourde la masse de cette espèce de mouton, ce poids sera garni d'un an- neau de fer dans son milieu.

Le tranchoir devant glisser de haut dans les rainures des deux montans, son dos aura un pied en travers, plus deux oreillons quarrés d'un pouce de saillie, pour entrer dans ces rainures.

3** Une corde assès fone et d'une longueur suffisante, passera

Digitized by VjOOQ IC

LA GUILLOTINE 5l

dans Tanneau et soutiendra le tranchoir sous la traverse su- périeure : chaque bout de cette corde sera engagé de dedans en dehors sur la poulie correspondante, et sera arrêté extérieu- rement vers le bas de chaque montant.

4* Le billot de bois sur lequel doit être posé le col du patient, aura huit pouces de haut et quatre pouces d'épaisseur. Sa base aura un pied de largeur, mesure de la distance des deux mon- tans; une cheville amovible traversera chaque montant et fixera de chaque côté le dit billot par sa base. La partie supé- rieure de ce billot n'aura que huit pouces de largeur. Elle sera creusée supérieurement d'une gouttière, pour recevoir le bord tranchant du couperet convexe. Ainsi les rainures latérales in- ternes des deux montans ne doivent pas s'étendre plus bas que cette gouttière, afin que le billot ne soit pas coupé par le tran- choir. La partie supérieure du billot sera légèrement échan- crée pour loger à l'aise le col du patient.

Mais pour assujettir la tête et qu'il ne puisse la relever au moment de l'exécution, il faut qu'un croissant de fer, en ma* nière de fer à cheval, bien arrondi par ses bords, embrasse le col du patient, au haut de la nuque, au niveau de la base du crâne, finit le cuir chevelu, et que les extrémités de ce crois- sant assez prolongées soient percées pour être assujetti par un boulon qui traversera la base de la partie supérieure du billot dont l'épaisseur est de quatre pouces.

Le patient, couché sur le ventre, aura la poitrine soulevée par ses coudes, et son col sera placé sans gêne dans l'échancrure du billot. Toutes choses bien disposées, l'exécuteur placé derrière ta machine pourra réunir les deux bouts de la corde qui sou-? tient le tranchoir, et, les lâchant en même temps, cet instru- ment tombant de haut, par son poids et l'accélération de la vi- tesse séparera la tête du tronc, en un clin d'œil.

S'il y avait quelques erreurs dans ces détails, elles seraient faciles à vérifier par le constructeur le moins intelligent.

Guidon demanda 5, 660 livres pour la construction de la première

Digitized by VjOOQ IC

S2 REVUE DES DOCUMENTS HISTORIQUES

machine, se fondant sur la difficulté de trouYer des ouvriers pour on pareil travail réputé infiunant. Louis adressa le devis â Rœderer (t) :

A PariS) le i*' avril 1792. Monsieur,

J'ai vu ce matin le s' Guidon, charpentier, chargé de la fourniture des bois de justice, titre que portent ses provisions, qui m'a donné connoissance du devb de la machine pour déca* piter. Vous serés peut-être effrayé du prix qu'il demande pour sa construction : il estime qu'elle pourra durer 5o ans et que, d'après son modèle, la construction des autres pourra ne coûter que de 12 à iSoo^- Il m'a démontré que les ouvriers qu'il em- ployé étoient, par un absurde préjugé mais difficile i détruire, des espèces de proscrits, qu il lui falloit payer exorbitamment et qui ne trouveroient pas d'ouvrage dans un autre attellier de charpeqterie, qu'il étoit obligé à entretenir chevaux, voitures et manœuvres, pour dresser et enlever à chaque exécution les échaffauds. Dans ce prix il comprend les escaliers, enceinte, etc. Il croit que les coulisses doivent être garnies en cuivre; enfin il a bien saisi le plan et senti les avantages de la con* struction la plus soignée.

Je suis avec respect. Monsieur, Votre très humble et très obéissant serviteur,

Louis.

Rœderer transmit la lettre de Louis et le devis au ministre des con- tributions publiques qui n'accepta pas le prix fixé par Guidon (2). Schmidt fut chargé de la construction de la machine, moyennant 824 livres^ et Louis prépara les expériences, ainsi qu'il le fit savoir par la lettre suivante (3) : "*

A Paris, le 12 avril 1792. Monsieur,

Pendant que le s' Schmitts, faaeur d^instrumens de musique,

{i) Original dn dottier Villenave.

(i) Cf. lettres de Roederer du 5 lyril 179a et de Clt?i4K du 9 tvril 1799 {Repue réfrot- pective,p. 11), (3) Origiotl du dowier VilltntTe.

Digitized by VjOOQ IC

LA GUILLOTINE 53

s'occupp<»t SOUS VOS (ordres de la construction de cehiiqui a une toute autre destination, je ne perdois pas de vue le voeu général pour la plus prompte fabrication de cette madiine. J'aip^révenu le chirurgien de Bicetre dont je vous envoyé la réponse qui prouve son zèle pour la chose publique. Le mécanicien vient de me dire que l'expérience peut avoir lieu mardi prochain. Elle doit avoir un témoin nécessaire, celui qui doit opérer pu- bliquement et en réalité. Ainsi, Monsieur, il faut enjoindre par un ordre précis à l'exécuteur de se transporter mardi prochain àdix heuresdu matin au château de Bicetre je me trouverai pour dresser procès-verbal de l'expérience. Il demandera H' CuUerier, chirurgien principal de cette maison. Je suis avec respect, Monsiwr, Votre très-humble et très-obéissant serviteur

Louis.

L'expérience eut lieu â Bicetre devant l'exécuteur des hautes-œuvres Sanson; elle réussit parfiiitement, ainsi que Louis s'empressa de l'an- noncer a Rœderer par sa lettre du 19 avril (1).

A Paris» le 19 avril 1790. Monsieur,

Les expériences de la machine du s' Schmitt ont été faites, mardi, à Bioètre sur trois cadavres qu^elle a décapités si net* temeot, qu'on a été étonné de la force et de la célérité de son action. Les fonctions de l'exécuteur se borneront i pousser la bascule qui permet la chute du mouton portant le trang^v^ après que ses valets auront lié le criminel et l'auront mis en situation. C'est de la boime trempe de l'instrument coiqpant que dépendra, la sûreté de l'opération.

Je pense qu'il serdt utile qu'il fut construit, pour tous les dé- partemens, sous la direction du s' Schmitt, son ingénieux in« venteur : car on trouvera partout des charpentiers pour le

(I) Copie du àoêiier VaieotTt.

Digitized by VjOOQ IC

54 REVUE DES DOCUMENTS HISTORIQUES

reste, d'après les dessins et les proportions qu'ils indique- ront.

Monsieur Moreau, juge du second tribunal criminel^ m'avok dépêché à Bicétre un de ses greffiers, pour savoir de nioi quand la machine pourroit servir en réalité. Le charpentier ordinaire du Domaine étoit présent aux expériences avec Texécuteur, ses deux frères et son fils. Ils n'ont trouvé aucune difficulté à prêter leur triste ministère dès le lendemain. Mais k charpen- tier a observé que Téchafaud devoît avoir une construction plus solide qu'à Tordinaire, et que la première exécution ne pour« roit être faite avant lundi. .

Le greffier du tribunal a porté ma réponse à Monsieur Mo- reau, et j'avois pensé que vous seriez infcumé par lui de ce qui s'étoit passé.

Je suis avec respect, Monsieur,

Votre très humble et très obéissant serviteur,

Louis.

Le 23 avhl, en effet, la machine de Schmidt fonctionna pour la première fois en place de Grève pour trancher la tête d^un voleur de grands chemins, nommé Pelletier. Ce jour même Rooderer, prévoyant que cette exécution attirerait une foule de curieux, pria Laiayette d'or- donner aux gendarmes de veiller à ce qu'on ne fît aucune dégradation à la machine (i).

Dès longtemps, à vrai dire, le mode de décapitation adopté par l'As- semblée nationale était connu et employé. On voit une machine à dé- coller représentée sur une gravure au xy« siècle, et c'est une doloire glissant entre deux poteaux de bois qui décapita, dans la cour du Capi- tôle de Toulouse, le maréchal Henri II de Montmorency (2). Cepen- diEmt ce mode d'exécution était rarement appliqué, tandis que la ma- chine inventée par Schmidt, mieux construite et pl^s pratique que les anciennes, remplaça désormais tous les autres supplices. Un dessin du temps (3) donne le plap du nouvel (instrument. Il a été publié en 1843

' (i) Revue rétrospective, p. ao.

(s) a. Guillotin et la guillotine par le D' Cbereau; Paris, 1870, in-8. (3) Ce desaia était resté inédit jusqu*à la publicatioD de M. Du Bois.

Digitized by VjOOQ IC

LA GUILLOTINE

55

A. Poteaux. B. Traverse. C. Hache convexe du poids d'un quintal, attachée par deux anneaux, et qui tombe en glissant entre deux rainures. D. Les deux rainures. E. Planche immobile qui couvre la hache convexe avant Pexécution. F. Corde qui roule sur une pouHe et qui ti«nt à une dédique. G. Hache concave à demeure sur laquelle se réunit la convexe lorsqu'elle tombe. H. Planche à laquelle il ÙLUt donner la même concavité qu'à la hache. Cette planche s'échappe par le bas au moment la hache convexe se réunit à la concave, ce qui a lieu par un rappel mécanique. I. Ediafiiud auquel on donnera rétendue convenable afin que le patient puisse se coucher sur le ventre, de manière i ce qu'il soit décollé conformément à la Consultation ou Avis du docteur Louis.

Digitized by VjOOQ IC

56 REVUE DES DOCUMENTS HISTORIQUES

par M. Louis Du Bois (i ), mais la brochure qui le contient est si rare que je juge utile de reproduire ici ce plan qui senrira à Tintelligence des in- structions du docteur Lx>uis (2).

La machine de Schmidt fut appelée d'abord Lauisette et petite Lùui^ lofiy mais le docteur Louis, n'ayant pas de situation politique, était peu connu du public, et sa mort arrivée peu après (20 mai 1792] le fit oublier tout à fait. Guillotin au contraire, membre de l'Assemblée constituante, était exposé aux colères et aux railleries de ses adversaires politiques. Sa motion fut chansonnée dans les Actes des Apôtres (3) ; le nom de guillotine fut plaisamment proposé; il prévalut, d'où In croyance populaire que Guillotin était l'inventeur de la nouvelle ma- chine. Le pauvre docteur, devenu si célèbre malgré lui, mourut ft Paris k 26 mars 1814, Je publie k fiic-simile d'une ordonnance de Guillotin , délivrée le 1 1 fructidor an X (29 août 1802).

Cependant la nouveUe machine fidsait merveille : elle avait rendu les exécutions plus rapides et c'était besoin, car si les membres de l'Assem- blée constituante avaient proposé l'abolition de la peine de mort, leurs successeurs au contraire érigèrent cette même peine en principe fonda- menul de gouvernement. D'abord des royalistes, comme Arnaud de Laporte, intendant de la liste civile, et de Roxoi, rédacteur de VAmi du Roif montèrent sur l'échaâiud (24 août 1792), puis ce fîit k tour de Louis XVI. Ensuite, la discorde ayant éclaté au sein de la Convention, divisée en montagne et en plaine^ k parti k plus avancé renversa le plus modéré (3i mai-2 juin 1793). Les Girondins furent proscrits; les uns, arrêtés, périrent; les autres purent s'enfuir. Parmi ces derniers était Jérôme Pétion, qui avait été maire de Paris après Bailly. Partisan des idées nouvelles, instigateur de la chute de la royauté, il âdsait partie du groupe de députés philosophes qui, si révolutionnaires en 1789, se révoltèrent contre les excès de 1793 et furent vaincus dans une lutte que kur conduite antérieure devait leur rendre fiitale. Ami de Ver- gniaud, il partagea sa disgrftce, mais, plus heureux (si toutefois, dans de telles circonstances, on peut considérer comme un bonheur U lente agonie qui k sépara de U mort), il parvint à gagner Saint-Émilion avec Buxot et Barbaroux. U, les trois proscrits trouvèrent asUe dans U maison du pauvre perruquier Trocart k i*^ pluviôse an II (ao jan- vier 1794). Petion ne quitu cette retraite que k 3o prairial suivant

{i)Reek€r€keikiiioHpi£$ €t pkytUlogiqmes imr ki gmiihiine et déisiU sur Sém$m •nvTûgt rédigé tut pièctif^fkUlUê par M. Lomis Dm BoU; P«rb, Frinec, 1845, in-S. (3) 4qU k coaunankatkui 4t cent brodiiire à foblifctiice de M. lUtlMry. (3) a k brtdnn de M. Look Du BoU oft cettt ditotoa tM rtpii»^

Digitized by VjOOQ IC

GUILLOTINE 5j

Fac-similé d'une ordonnance du docteur Guillotin

I ï firucridor an X

TOME ni.

8

Digitized by VjOOQ IC

58 REVUE DES DOCUMENTS HISfTOMQUES

(20 juin], alors que, dénoncé, il allait être arrêté (t). Buiot et Petion avaient rédigé ensemble une déclaration dans laqudle ils exprimaient la résolution de se donner la mort. Petion, sûr désormais d'édiapper â réchafiud, exprima son horreur pour les excès sanglants des Monta- gnards dans un article qu^il rédigea sur la guillotine. Dans cette pièce, dont l'original appartient & M. Alfred Sensier, Petion qui, jadis, avait demandé l'abolition de la peine de mort (2), raille impitoyablement ces gouvernants qui, à tous les arguments, répondent par la guillotine, et, devant cet échaâiud qu'il brave, devant la mort certaine qui le guette, il déplore les maux innombrables qui pèsent sur la France.

Guillotine, article absolument neuf adressé aux nouveaux éditeurs de TEncyclopédie.

Le mot de guillotine vient de Guiilotin, médecin de la fitculté de Paris et membre de rassemblée constituante^ qui inventeur de cette machine lui a donné son nom. Son mécanisme est si connu de tout le monde qu^il est inutile d'en faire la descrip*» tion. Nous nous contenterons de dire qu'il est extrêmement simple et que son exécution est très rapide.

La guillotine a remplacé la décoladon avec le damas pour les nobles; la potence, les échafauds, la roue et le feu pour les roturiers. Il n'est plus qu'un genre de suplice en France pour donner la mort; il est uniforme pour les citoyens, et toute distincdon injurieuse à cet égard est effacée.

Le but principal de cette ihvention a été d'éviter dans les suplices ces recherches atroces qui outragent la nature et deshonorent l'humanité. Elle a aussi l'avantagemoral d'abréger les souffrances de l'honmie condanmé à mort

L'application de ce supplice étoit extrememem rare. L'as* semblée constituante avoit porté l'œil de la philosophie et de la raison dans la réforme de nos loix criminelles. Elle avoit laissé subsister avec r^ret la peine de mort; mais au moins avoit* elle limité cette peine à l'incendiaire et à l'assassin.

Sous le régime soi-disant républicam cette peme s'est telle-

(t) et roavragt M. Chartes Vattl, Charlotte Corday §t les Ginmdint.

(a) auprès de Jér4me Petion f Paris» Gamcry, an 1 (1793^ 3 vol. iii-8^ t m, p. 58c.

Digitized by VjOOQ IC

LA GUILLOTINE $9

ment étendue que les l^islateurs actuels en ont fait le principal ressort de leur gouvernement.

Un particulier a-t-il mis en réserve une portion de grain qu'on juge excedder celle qui est neccessaire à sa consom- mation? la guillotine.

Un marchand a-t-il £dt une déclaration inexacte des marchan* dises qu'il a dans son magasin? la guillotine.

Un cocher de fiacre, une servante se sont-ils permis de parler de la royauté? la guillotine.

Un citoyen murmure-t-il contre les maux a£fireux qui dévo- rent la France ? la guillotine.

Un général éprouve^t-il un échec? ou ne veut-il pas être le vil instrument de la facdon dominante? .... la guillotine.

Le peuple est-il mécontent, pour Tappaiser lui faut-il des victimes? la guillotine.

Quelle est maintenant la bannière sous laquelle on rallie les armées dites révolutionnaires et qu'on porte à leur tête? la guillotine.

Il n'y a pas une seule grande ville en Çrance on n'ait planté des guillotines dans les places publiques pour convertir les énemis du maratisme et de la sainte montagne.

Les effets que cette machine produit sur les écrits sont surprenans. Elle les frape de stupeur et les pétrifie au lieu de les indigner, de les soulever. Les commissaires de la Conven- tion nationale sont dans l'usage d'en traîner plusieurs à leur suittepour les exposer dans les lieux ils passent Si l'aspect momentané de ces machines n'opère pas le bien qu'ils en atten- dent ils les mettent (suivant leurs expressions) en permanence. Alors le remède est souverain (et suivant encore leurs expres- sions) ça va.

Pour insjfMrer de bonne hpure aux enfans des principes de morslt et d'htmiimité on leur remet de bonne heure entre les mains de petites guillotines en bois ou en ivoire très artisteùient

Digitized by VjOOQ IC

6o REVUE DES DOCUMENTS HISTORIQUES

travaillées. Ce sont des joujoux avec lesquels en s'amusant on leur apprend rhistoire de la révolution.

De prétendus hommes à principes, des pédans soutiennent que le supplice d'un homme est un spectacle affreux dont la société ne devroit pas donner l'exemple, mais les philosophes révolutionnaires ont démontré jqsqu'à Tévidence que ces rado- teurs n'étoient pas à la hauteur des circonstances; que c'est . sur le sang qu'on fonde les gouyememens libres; que la guillo- tine devoit êtrç un divertissement public, et, pour dissiper les sombres idées que l'image de la guillotine pourroit faire naître, ils appellent le jeu de cette machine le jeu de la main chaude, attendu que le patient a les mains attachées derrière le dos* lorsqu'on place sa tête sous le fer qfuidoit la trancher.

Aussi le peuple a-t-il bien profité des leçons de ses vrais^ amis les fervens apôtres du sans clilotisme. Autrefois il avoit.la foiblesse de s'attendrir à la vue du coupable qu'on alloit mettre à mort; il détoumoit ses regards au moment on lui portoit les coups. Aujourd'hui plein d'une énergie républicaine il regarde avec une joie avide la guillotine, et quand il a vu la tête séparée de son tronc, qu'on lui présente cette tête toute sanglante en signe de triomphe, il fait retentir l'air de ses cris d'allégresse et de Vive la république.

O législateurs barbares ! jusqu'à quel point vous avez dépravé

la morale du peuple; jusqu'à quel point vous avez dénaturé le

caractère d'une nation sensible et généreuse. Non, jamais vous

ne pourrez expier les inombrables maux que vous avez fait à

la France.

PrnoN.

J'ai communiqué cette pièce à Thistorien de Charlotte Corday et des Girondins, à M. Charles Vatel, qui en a déterminé la date. La déclara- tion de Buzot et de Petion, que j'ai citée plus haut, est postérieure au 12 floréal (i2 mai 1794). c Après Pavoir écrite et recopiée deux fois, m'écrit M. Charles Vatel, Petion, deliheratâ morte ferocioTy a composé l'article ironique il se raille de la guillotine. La preuve se trouve dans renoncé même de la lettre. Petion parle d'un cocher de fiacre,

Digitized by VjOOQ IC

LA GUILLOTINE 6l

d'une servante envoya à l'échaÊiud. Or, il n'y a, parmi les vicdmes du Tribunal Révolutionnaire, qu'un cocher, F.-A. Mangiû, condamnera mort le|7 floréal (26 avril) et une domestique, M.-F. Rolland, femme de chambre de M"<> Dutillet, condamnée et exécutée en même temps que sa maîtresse, le 20 mai ( i^^ prairial). Les Girondins, réfugiés à Saint-Émilion, recevaient quelques journaux : ils pouvaient lire les listes des guillotinés, leurs qualités^ leurs professions. En tenant compte du temps nécessaire pour que ces journaux parvinssent de Paris à Saint-Émilioa, on peut admettre que la lettre de Petion aura été écrite dans les premiers jours de prairial (dernier de mai), bien peu de temps avant qu'il ne fût contraint de mettre sa funeste résolution à exécution. >

M. Charles Vatel ajoute encore ces renseignements : « La pièce est intacte, très-bien conservée, avec ses quatre plis et sa marge, suivant Thabitude invai^abie. de Petion. Pour savoir comment elle nous est parvenue , suivons Fit^Aéraire des autres papiers des Girondins. Saisis par Marc -Antoine JuUien, le proconsul de Bordeaux, ils ont été expédiés, par estafette, au Comité de Salut public et remis à Robes- pierre. De là, ils sont passés entre les mains de René Vatar, l'imprimeur particulier du Comité et du Journal des hommes libres. Puis après le 9 thermidor, ils ont été communiqués p^ Vatar à ses coreligionnaires politiques, Laurent Lecointre, Bassal, son àmi, et le conventionnel Charles Du val, l'un des rédacteurs du journal de Vatar. Ses succes- seurs ont été successivement sa fille; Caroline Duval, M. Raveau, mari de cette dernière, un sieur Rozier, son neveu, un sieur Chauliac et, finalement, M. France, qui a vendu l'ensemble de ces manuscrits en 1864. Telle est la route qu'a suivre la lettre de Petion. Il serait inté- ressant de savoir comment elle est parvenue à son dernier possesseur. »

Le 20 juin 1794, Buzot et Petion, traqués par Marc-Antoine JuUien, envoyé du Comité de Salut public à Bordeaux, quittèrent leur retraite et s'enfuirent dans les bois de Cafol, près de Castillon sur Dordogne. Là, ib se donnèrent la mort et on trouva leurs cadavres à demi dévorés par ks chiens.

Un point curieux de Tartiicle de Petion est celui qui concerne les petites guillotines données aux enfants comme joujoux. Ce feit bizarre, qu'on pourrait imputer à la haine de Petion contre ses adversaires po- litiqueSy paraît confirmé par les détails suivants : Le représentant Le- jeune, dit le Moniteur du 18 prairial an III (6 juin 1795), est accusé d'avoir h\t périr sur Téchafaud un grand nombre de patriotes, c Lejeune, pour repaître son imagination sanguinaire, avait £ût construire une

Digitized by VjOOQ IC

6a

REVUE DES DOCUMENTS HISTORIQUES

petite Ettillotine avec laquelle il coupait le cou i toutes les volailles des- tinées pour sa table ; il s'en servait mime pour couper les firuits. Sou^ vent, au milieu des repas, il se fidsait apporter cet instrument de mort et en fusait admirer le jeu 4 tous les convives. Cette guillotine est dé* posée au Comité de législation. (i) D'ailleurs, la guillotine servait d'emblème : le cachet ft la guillotine a été reproduit par M. Charles Vatel; l'assiette i la guillotine, si discutée, a £ût l'objet d'un travail de M. Gustave Gouellatn (s). Enfin, M. Vatel' possède une tabatière qui porte sous le verre du couvercle une image coloriée de la guillotine. J'en reproduis ici la figuratidn :

il) Ce Mt m coaMl§BénMûiMnÊ In Mémoiret de MémmBiel,)iw, 11. (3) VassieUe dite à la guillotime ptr Gasuvt GoaeUaia, avM unt plaacbt ea cookur ; Ptrii, Jotttatt, 187s, io-8.

Digitized by VjOOQ IC

ÉTABLISSEMENT DE CARROSSES DE PLACE

A VERSAILLES EN 1768

M. F. Pouy me communique la copie d'une denumde de priril^ au roi Louis XV pour l'établissement des carrosses de place, dits fiacres, ft Versailles, en 1768.

Le S. de la Borde, huis^er, du cfibinet de la Reine, suplk sa Majesté de Touloir bkn lui accorder le privilège exclusif d'établir dans la ville de Versailles des Çiarpsses de place dits Fiacres, avec la faculté de suivre la cour dans les grands voyages de sa Majesté et de conduire dans tous les environs de cette ville, i Texception des endroits les voitures de la cour ont bureau étabU.

AL le comte de Noailles, qui protège le s' de la Borde et qui a connaissance de sa demande, Ta recommandé au secrétaire d'état chargé de rendre compte de ces objets à sa Majesté.

On propose i sa Majesté de fixer ce privilège à i5 années par des lettres patentes qui seront expédiées aux conditions qu'il ne dérogera en rien au privilège des voitures de la cour et de plus qu'il payera à la caisse des écoles vétérinaires 2 ^ par jour pour chaque carosse pour la i^ aimée, 3 ' pour la seconde et 4 ^ pour les années subséquentes.

Digitized by VjOOQ IC

LOUIS XIII

J'ai réuni trois lettres du roi Louis XIII ; je vais les publier successi- vement. La première est datée de Laleu, le 4 octobre 1628 ; Louis XIII rend compte à sa mère d'une attaque des Anglais pour secourir La Ro- cheUe (i):

Madame

Les Anglois sont venus rataquer ce matin nostre année navalle et nous ont anvoyié onze bnileaux, lesquels ont esté tous arestés par nos chaloupes qui ont très bien fait leur devoir. Jjt conbat a duré 2 heures, et a esté tiré du costé des enemis douze ou quinze sans coups de canon un peu de loin. Ils n'osent plus aprochér de nous à cause des bateries de terre. De nostre costé il a esté tiré des vesseaux quelque 460 coups de canon et des bateries de Chef de bois 60. Nous n'avons pas voulu tirer davantage parce que ils estoint trop loin. J'ay dé- fandu à nos vesseaux que une autre fois de ne plus tirer que à trois cens pas et de laisér tirer les enemis sans leur faire réponce, si ils tirent de loin comme ils ont fait aujourduy. J'oubliois à vous dire que le feu a pris à un vesseau des leurs et avons veu sottér tout ce qui estoit dedans. Nous croyions que ils nous attaquerons encore toutes les marées, tant qu'ils auront de bru- leaux, et que, quand ils auront jette tous leurs dits bruleaux, ils s'en iront sans oser attaquer ta digue. Le vesseau de Sou-

(t) L'original de cette pièce est actuell'ïment entre mes mains.

Digitized by VjOOQ IC

LOUIS XIII 65

bise (i) n'a pas aproché d'une lieue et demie de nostre année et

tiroit force coups de canon qui ne venoient pas à moitié chemin.

Il n'a esté tué aujourduy ny blesé aucun des nostres (2). Tout le

monde a veu donner dans leurs vesseaux sinq ou six coups de

canon des nostres sans ceux que nous ne pouvons pas avoir

veux. Le conbat a commancé entre six et sept et finy à neuf

heure. Si ils font toujours comme ils ont fait aujourduy ils ne

couront pas grand hazart, car ils tirent de bien loin. Je ne

manqueray à vous donner avis de tout ce qui se passera. Je

vous suplîe de m'aimer toujours en vos bones grâces et de

croire que je suis

Madame

Vostre très humble et très obéisant fils

LOUIS.

A Laleu ce 4™* octobre 1628, à dix heures du matin.

J'ettoîs à la baterie une heure devant que le conbat eut com- mancé.

La flotte anglaise, forte de cent quarante navires montés par six mille hommes, était arrivée en vue de La Rochelle le 29 septembre. Elle n'attaqua Tarmée royale que le 3 octobre et tira contre elle cinq mille coups de canon qui ne tuèrent que 28 hommes. Le lende- main elle renouvela son attaque avec Ain égal succès , ainsi que Louis XIII, présent au combat, s'empressa de le mander à sa mère par la lettre précédente. Les Anglais bornèrent leurs efforts pour délivrer La Rochelle qui se rendit le 28 octobre.

La seconde lettre de Louis XIII, datée de Sainte-Geneviève-des- Bob, près Corbeil, le 23 novembre i638, est relative à la campagne de ]638. Le duc Bernard de Saxe-Weimar assiégeait Brisach, tandis que le duc de Longueville tenait tête en Franche-Comté au duc de Lorraine. Ce dernier, après de vains efiforts pour secourir Brisach, s'empara de Lunéville ; le duc de Longueville vint assiéger cette place venlafindu mois d'octobre; il la prit dans les premiers jours de novembre et fit environ 600 prisonniers, parmi lesquels le sieur De Ville,

(1) Benjamia de Rohan, deuxième fils de Catherine de Parthenay. (3) Bazin {JRisUHre de France sous Louis XIII, t. II, p. 109) dit que Tannée rojftle perdit six hommes.

TOBIE 111. 9

Digitized by VjOOQ IC

66 REVUE DES DOCUMENTS HISTORIQUES

principal ministre du duc de Lorraine (i). Lx>uis XIII se réjouit de cette nouvelle dans la lettre suivante, qui m'est communiquée par M. Delau- nay, de Corbeil :

De S^« Geneviève des Bois ce 23* novambre i638.

J'ay esté bien aise d'aprandre la prise de Lunéville. Je vou- drois que Deville fut vous le souhétés. Si la nouvelle de M' de Vilarceaux est vraye de la défaite de M' de Loraine, je tiens Brisac pris dans peu de temps. Je trouve bon que on face revenir d'Italie les rég^s de Freseliere et Canisi.

Il est très à propos d'envoyier le régt de La Tour à Casai. Je le voudrois envoyiér par mer jusque à Nice de peur qui se débande par les chemins.

Je trouve aussi bon que on envoyé les rég^s que vous me mandés à Pignerol et dans les valées de Dauphiné.

J'aprouve le choix de la religieuse du lis pour renplir la place de i'abesse à qui j'ay doné Tabaye de Jouare.

LOUIS. La troisième lettre, datée de Saint-Germain-en-Laye le ii dé> cembre 1640, est adressée â Claude de Bullion, surintendant des finances et garde des sceaux, serviteur dévoué du cardinal de Richelieu. Louis Xlll défend qu'on expédie aucune affaire au sieur de Cinq-Mars sans son exprès commandement. Â la fin de Tannée 1640 cependant, le roi semblait ne pouvoir se passer de son favori qu'il comblait de faveurs. Cette lettre, qui m'est communiquée par mon ami M. Alfred Bovet, prouve que dès cette époque Louis XIII, prévenu par Richelieu et mécontent de Tarrogance du grand écuyer, prenait des mesures contre Cinq-Mars qui ne fut arrêté que le 1 1 juin 1642.

De S^ Germain en Laye ce 1 décembre 1640. Mons' de Bulion, je vous escris cette lettre pour vous faire savoir que mon intantion est que vous n'expediyés aucune afaire ny aucun don au s' de Cinc Mars, mon grand Ecuier, sans mon exprès comandement, et ce sur peine d'ancourir mon in- dignation, à quoy croyiant que vous ne ferés faute, je finiray en priant Dieu, M' de Bulion, qu'il vous tienne en sa s^e garde.

LOUIS. (1) Mémoires de Richelieu, coll. Micbaud, t XXIII. p. 366.

Digitized by VjOOQ IC

Digitized by VjOOQ IC

Digitized by VjOOQ IC

HENRI III

LES RÉFORMÉS DANS LE VIVARAIS

en 1677

M. Firmin Boissin me communique la copie d'une lettre du roi Henri III, écrite le 3o juin iSyy à t M. de La Barge, chevalier du- dii seigneur, conseiller en son conseil privé , capitaine de 5o lances de SCS ordonnances et son lieutenant -général en Vivarais, et en son absence au sieur de Peloux, commandant audit gouvernement. »

Henri III avait, au mois de mai 1 576, accordé aux Huguenots, par un édit de pacification, l'exercice public de leur religion. Les catho- liques indignés se soulevèrent et formèrent la Sainte Ligue ; les États de Blois arrêtèrent le 26 décembre 1 576 que le roi serait supplié de réunir tous ses sujets à la religion catholique c par les meilleures et plus saintes voies et moyens que faire se pourroit » et d'expuber de Fiance tous les ministres de la religion prétendue réformée. Le i*' jan- vier 1577, Henri III déclara aux députés des États que, suivant leur advis et requeste, il n'entendoit et ne vouloit qu'en tout son roiausme il y eust exercice de religion autre que de la catholique , apostolique et rommaine ; et qu'il revoquoit ce qu'au contraire il auroit accordé

Digitized by VjOOQ IC

68 REVUE DES DOCUMENTS HISTORIQUES

par le dernier édit de pacification, comme par force et contrainte » (i). Cette déclaration ralluma la guerre civile : le roi de Navarre, le prince de Condé et le maréchal Damville se soulevèrent, et le duc d'Alençon marcha contre les rebelles. Cepedlant Henri III Élisait connaître aux commandants des provinces ses intentions à Fégard des Réformés ; il les leur rappela au mois de juin par la lettre suivante, adressée, comme je Tai dit, à son lieutenant-général en Vivarais.

Monsieur de la Barge, je ne doubte pas que, suivant le mé- moire que je vous ay cy devant envoyé contenant la déclaration de mon intention à Tendroict de ceulx de la nouvelle opinion et aultres leurs adhérans, vous n'ayez faict appeler devant vous ceulx de votre charge pour leur faire entendre ma dicte intention quant à fere fere les promesses et submissions y contenues à ceulx qui se seront présentez. Mais comme j'ay esté adverty qu'il y en a encore plusieurs de ceulx qui sont demeurez paisi- blement en leurs maisons, lesquels ne se sont mis en aucun devoir de fere les diaes submissions y contenues, ce qui faict toujours doubter et craindre qu'il leur demeure quelque mau- vaise volunté pour Texécuter quand ils verront l'occasion. Et pour ce, je désire que s'il y en a en l'estendue de votre dicte charge qui n'ayent faia les dictes submissions, vous et les bailliz de l'estendue d'icelle, les faciez appeler et venir devant vous, leur fète fère les dictes submissions et en retirez d'eulx ung acte signé de leurs mains, conune il est déclaré par les dicts articles et lettres par nous à vous et à nos bailliz et sénéchaux envoyez. Et d'autant que j'ay aussi entendu que quelques-ungs de ceulx qui se sont eslevez en armes contre mon service et auaorité reviennent aprez en leurs maisons, ce qui n'est pas comme il est à croire, sinon pour se remonter d'argent et de chevaux pour avoir moyen de continuer leurs mauvaises délibérations, vous enquerrez et sçaurez s'il y en aura aucuns qui se soient retirez en votre dicte charge, et les ferez prendre et mettre pri- sonniers, et incontinent m'advertirez de leurs noms et demeu-

(t) Journal de t^Estoille, coll. Michaad. t. XIV, p. 8o.

Digitized by VjOOQ IC

HENRI ni 69

rances, en quoy m'assurant que vous n'obmettez rien de ce qui sera requis pour Texécution de ma dicte intention.

Je prieray Dieu qu'il vous ayt, monsieur de la Barge, en sa saincte garde.

Escrit à Chastellerauit le dernier jour de juin 1 577.

HENRY.

La guerre ne se prolongea pas longtemps ; catholiques et huguenots étaient las de tant de désordres ; les subsides manquaient. Le 17 sep- tembre 1577, un traité fut signé à Bergerac; l'édit de pacification fut publié à son de trompe dans les carrefours de Paris le samedi 5 octobre. L'Estoille assure qu'il fut fort mal accueilli et il rapporte à ce sujet Tanecdote suivante : « Decest édit, frère Maurice Poncet, docteur fort renommé, curé de Saint- Pierre des Arsis et ung des bons et renommés prédicateurs de Paris , preschant dans Téglise Saint-Supplice à Paris, j'estois, dit ces mots : « J'oy tousjours crier par ces rues Tédit du Roy Élit avec ceux de la nouvelle opinion pour la pacification des troubles et leurs fiebvres quartaines. Devant que jamais il fust fait on m'en demanda mon advis ; monsieur nostre maistre (me dit Ton) : que vous en semble? Il me semble, leur dy-je lors tout hautement et franchement (comme je feray toujours en telles matières, y allast-il de ma teste et de ma vie), que Tédit et ceux qui Font fait et les conseillers d'icelui, que tout n'envault rien. Taisés-vous! taisés-vous! monsieur nostre maistre fme respondirent-ils) ; ce n'est que pour les attraper. De ma part, je vous déclare, si j*estois huguenot, que je ne m'y fierois pas. Ils ont autant d'ame trestous comme des mulets. »

Digitized by VjOOQ IC

NAPOLEON I"

SÉJOUR A L'ILE D'AIX ET A ROCHEFORT EN JUILLET i8i5

M. Garnier, imprimeur à Chartres, a bien voulu me transmettre les copies de trois pièces qui concernent le séjour de Napoléon à Hle d'Aix et à Rochefort en i8i5. Napoléon, après son abdication (22 juin 181 5), fut envoyé par le gouvernement provisoire a Rochefort, sous la conduite du général Beker. Parti de la Malmaison le 29 juin, il n'arri\'a que le 4 juillet à Rochefort il trouva les frégates la Saale et la Méduse mises à sa disposition. Mais Napoléon, qui n'avait pu se décider à accepter les moyens de fuite qui lui étaient proposés, résolut de se confier à ses ennemis, et le i3 juillet il écrivit au prince régent d'An- gleterre qu'il venait, comme Thémistocle, s'asseoir au foyer du peuple britannique. Ce même jour, le comte de Jaucourt, ministre de la ma- rine, ignorant encore la décision de Napoléon , dépêcha à Rochefort le capitaine de frégate Henri de Rigny (i), accompagné du lieutenant de vaisseau Fleuriau, afin de s'assurer de la pen^onne de Tex-cmpereur. Il lui donna les instructions suivantes que je n'ai pas trouvées men- tionnées par les historiens.

Paris, le 1 3 juillet 181 5.

Monsieur, vous ferés à Tinstant toutes vos dispositions pour vous rendre à Rochefort et vous scrés accompagné par M. Fleu- riau, lieutenant de vaisseau, qui, s'il y a lieu, vous secondera dans la mission que vous avés à remplir et exécutera les ordres quMl recevra de vous.

Voici l'objet de votre mission :

Napoléon Buonapartc doit être actuellement embarqué sur la frégate la Saale, commandée par M. Philibert, cap*" de

(i) Henri Gauthier, com c de Rigny, à Toul le 2 février 178a, était capitaine de frégate depui<« 181 1. I^ victoire de Navann en 1827 lui valut le grade de vice-amiral. Il mourut à Paris le 7 novembre i835.

Digitized by VjOOQ IC

NAPOLÉON 1*' 71

vaisseau, et si M. le B^ Bonnefoux, préfet maritime, s'est conformé aux ordres que je luf ai adressés le 1 o de ce mois, une seconde frégate et un aviso qui avaient été mis sous le commandement de M. Philibert ont quitter la rade de Tlsle d'Aix et remonter la Charente.

Vous vérifierez quel est Tétat des choses à cet égard; quelles sont les dispositions des esprits à Rochefort; quelle sensation y a produite l'arrivée de Napoléon Buonaparte, quelle conduite il y a tenue; vous vous assurerés de la manière la plus positive auprès de M. le B^ Bonnefoux si Napoléon Buonaparte est ou non à bord de la frégate la Saale; si, depuis qu'il est embar- qué, il a fait des tentatives pour se faire mettre à terre. Dans ce dernier cas, vous demanderés sur quel point de la côte il voulait se faire conduire. Vous vérifierez si, dans la supposition de son débarquement, des mesures ont déjà été prises pour s'assurer de sa personne.

2* Napoléon Buonaparte embarqué comme passager d'après les ordres du Gouvernement provisoire qui a cessé d'exister dès le moment le Roi est rentré dans sa capitale n'est plus au- jourd'huy qu'un prisonnier placé sur une frégate c^u Roi et dont le commandant est responsable à Sa Majesté et aux Souverains ses alliés. Conséquamment cette frégate ne doit plus sortir de la rade de l'Isle d'Aix jusqu'à nouvel ordre du Roi.

Napoléon Buonaparte n'est pas même prisonnier du seul Roi de France, il est celui de tous les Souverains garants des Traités de Paris et tous les princes envers lesquels il a violé ses propres engagements en portant la guerre et la révolte en France, ont un droit égal sur sa personne.

4** Dans de telles circonstances, il est donc d'une consé- quence naturelle que les moyens (quelque soit le Souverain qui peut en faire un prompt usage) propres à s'assurer de Napoléon Buonaparte soyent déployés immédiatement; et ce serait en vain que le Roi de France tenterait de faire prévaloir la géné-

Digitized by VjOOQ IC

72 REVUE DES DOCUMENTS HISTORIQUES

rosité si naturelle à son cœur; il ne s'agit pas aujourd'huy de sa cause personnelle seulement, il s'agit de celle de toute l'Eu- rope que Napoléon a contraint de s'armer.

5* Je vous préviens, en conséquence, que le Commandant des forces anglaises qui bloquent les rades de l'Isle d'Aix est chargé par son gouvernement de sommer le commandant du Bâtiment sur lequel se trouve Napoléon Buonaparte de le lui remettre immédiatement.

6* Je vous charge en conséquence d'une lettre adressée par M, Crocker, secrétaire de l'amirauté d'Angleterre, au comman- dant de cette station. J'y joins un ordre de moi à M. Philibert et un ordre du ministre de la guerre au commandant de l'Isk d'Aix.

J'enjoins à M. Philibert de remettre son prisonnier au com- mandant anglais-, le Ministre de la guerre prescrit au com- mandant de l'Isle d'Aix de n'apporter aucune opposition à l'exécution de cet ordre et tous deux sont prévenus que s'ils y résistaient, ils seraient responsables du sang qui coulerait et qu'ils s'établiraient en rébellion ouverte contre le Roi leur légitime Souverain et qu'ils compromettraient eux-mêmes l'existence du prisonnier, s'ils étaient assés coupables ou assés aveuglés pour s'exposer sans succès à un combat inégal dans la seule intention de désobéir aux ordres qu'ils auront reçus. Ceux dont vous êtes porteur sont donc diaés par le sentiment de l'humanité ; ce sentiment a seul déterminé dans cette cir- constance l'intervention des Ministres du Roi, puisque les Sou- verains alliés pourraient agir sans le concours de la France.

7** Lorsque vous aurés eu avec M. de Bonnefoux des con- férences suffisantes, lorsque vous aurés recueilli des notions bien positives sur la situation des Bâtiments et sur la présence de Napoléon Buonaparte, vous vous rendrés à bord du com- mandant de la station anglaise, vous lui remettrés les pièces dont vous êtes chargé, vous lui ferés part dans les plus grands détails de tout ce que vous aurés recueilli à Rochefort et je

Digitized by VjOOQ IC

NAPOLÉON I*' 73

VOUS autorise même à lui communiquer la présente dépêche dont les dispositions ont été concertées avec le Ministre de S. M. B. afin de conserver tous les égards, tous les ména- gements que la circonstance comportait et surtout de prévenir des malheurs qui affligeraient profondément Sa Majesté.

8" Dès que vous croirés pouvoir le faire d'une manière par- faitement sure, vous me rendrés compte de votre arrivée à Rochefort, de ce que vous aurés appris et fait, mais si votre correspondance pouvait être compromise, vous vous abstien- driés de m'écrire et vous reviendriés en toute diligence à Paris, aussitôt que le commandant de la station anglaise aurait exé- cuté les ordres de son gouvernement : vous lui offirirés de vous charger des dépêches qu'il désirerait faire parvenir à Paris.

Je compte entièrement, Monsieur, sur votre zèle, sur votre dévoûment au Roi et sur votre discrétion.

J'annonce à M. le B°° Bonnefoux par la lettre ci-jointe que vous vous rendes à Rochefort ainsi que M. Fleuriau pour remplir une mission particulière et je le prie de satisfaire aux demandes que vous lui adresserés pour tout ce qui pourra assurer le succès de votre mission.

J'ai l'honneur de vous saluer.

Le Ministre Secrétaire d'Etat au dép^ de la Marine et des Colonies

LE d*^ DE JAUCOURT.

p. s. Il est bien entendu qu'il ne peut y avoir aucune espèce de doute sur l'existence de Napoléon Buonaparte à bord d'un bâtiment de Sa Majesté, en rade de l'Isle d'Aix, ou sur son évasion.

Vous êtes donc autorisé à communiquer sous le secret cette dépêche à M. le Baron Bonnefoux qui devra envoyer un offi- cier sûr à bord du bâtiment sur lequel Napoléon Buonaparte a s'embarquer afin de s'assurer de sa présence, ou de son départ. Cet officier vous rapportera ce qu'il aura vérifié et il signera sa déclaration sur le fait.

TOME III. ÏO

Digitized by VjOOQ IC

74 REVUE DES DOCUMENTS HISTORIQUES

Vous devés aussi prévoir le cas Napoléon Buonaparte se voyant menacé par la station anglaise chercherait à s'enfermer dans le fort de Tlsle d'Aix. Alors M. le Baron Bonnefoux devra interdire toute communication avec cette Isle et la faire cerner par des embarcations qui s'empareront de Napoléon Buonaparte s'il tentait de s'évader et le remettront au com- mandant de la station anglaise.

La seconde pièce que me communique M. Garnier est un rapport du sous-commissairc de la marine Pickôme qui relate les détails du séjour de Napoléon à Rochefort et de son embarquement sur le Bellérophon,

DÉTAILS DEPUIS l'aRRIVÉE DE l' EMPEREUR EN RADE

Le 8 Napoléon est arrivé à bord de la frégate la Saal^ il est resté avec la majeure partie de sa suite, l'autre ayant été embarquée sur la Méduse,

Le 9, il est descendu pour visiter les fortifications de l'Ile d'Aix.

Le 10, les vents étant favorables pour partir, mais voyant qu'il était de toute impossibilité d'éluder la vigilance active des croiseurs anglais dont le nombre avait considérablement aug- menté depuis quelques jours et ayant perdu tout espoir d'ob- tenir les saufs-conduits qu'il attendait, et qu'il était tromj^é par la commission du gouvernement, et ne voulant pas exposer la vie de 700 marins et 2 frégates, pour lui, qui ne se consi- dérait plus que comme un homme ordinaire, la vie de ces marins étant plus utile pour la défense de la patrie qui la réclamait, il se décida à envoyer, dans la nuit du 10 au 1 1 , le duc de Rovigo et le Conseiller Las Cases en parlementaire sur la mouche n** 24, qui fut à bord du Bellérophon, monté par l'amiral Hotham, qu'elle rencontra à 6 lieues dans l'ouest de la tour de Chassiron, ainsi que 5 frégates, 2 corvettes, plu- sieurs cutters et autres bâtiments légers.

Le 1 1 au matin, le parlementaire fut de retour sur la rade

Digitized by VjOOQ IC

NAPOLÉON l" 75

de l'Ile d'Aix, et les messagers rendirent compte à Napoléon que Tamiral était prêt à le laisser passer, s'il était porteur de saufs-conduits; que dans le cas contraire, si sa personne courait quelque danger, en restant plus longtemps en France, il pour- rait se réfugier à bord avec sûreté, mais, sans cependant lui donner aucune garantie, au nom de son gouvernement. Le Bellérophon et 2 frégates anglaises vinrent accompagner le parlementaire jusqu'à 2 portées de canon de l'Ile, ils jet- tèrent l'ancre, car ils ignoraient, jusqu'alors, que Napoléon fut réellement sur la rade, croyant que l'on avait répandu cette nouvelle, à l'Ile de et à Oleron, pour détourner leur sur- veillance d'un autre point il aurait pu s'embarquer et se sauver avec plus de facilité.

La nuit du 11 au 12, le prince Joseph vint visiter Napo- léon : il lui annonça la dissolution du gouvernement et l'entrée du Roi à Paris.

Le lendemain il est descendu avec toute sa suite composée de (A personnes, ses bagages et ses voitures, qu'il a fait dé- barquer de l'Ile d'Aix ; il a été constamment avec son frère, les généraux Bertrand, Rovigo et L'Allemand.

Le 12, dans la nuit, il est arrivé à l'Ile d'Aix, 2 chaloupes demie-pontées de la Rochelle, qu'il avait fait acheter par le Préfet. Il les a fait armer et installer de suite et on y a em- barqué des provisions et, dans la nuit du 1 3 au 14, il a quitté l'Ile avec les généraux Bertrand, L'Allemand et M. de Las- Cases ainsi que quelques personnes de sa suite.

Les embarcations se dirigeant au large, on présumait qu'elles allaient prendre la mer, malgré que la clarté de la lune ne leur était pas favorable, mais on apprit le lendemain qu'il s'était rendu à bord du brick français VEpervier^ stationné à Boyard, près d'Oleron, l'autre côté de la rade.

Le général Becker fut constamment en parlementaire toute la journée du 14, à bord de l'amiral anglais et le soir, à son retour auprès de Napoléon, celui-ci envoya chercher toute sa

Digitized by VjOOQ IC

76 REVUE DES DOCUMENTS HISTORIQUES

suite et ses bagages à Tlle d'Aix, qu'il fit embarquer à bord du brick. Dans la nuit du 14 au i5 il mit sous voile, en parle- mentaire, et se fit transporter à bord du Bellérophon, que Tamiral anglais mit à sa disposition; d'où il a écrit au Prince Régent, que nouveau Thémistocle, il se livrait avec confiance à lui, comptant sur sa générosité comme le plus grand et le plus loyal de ses ennemis. L'amiral a fait partir immédiate- ment sa lettre pour le prince par une frégate de sa croisière à bord de laquelle le général Gourgaud et le conseiller Las Cases étaient embarqués, et le vaisseau a pris en même tems le large.

On ignore qui a pu le déterminer à prendre une résolution aussi désespérée, car il y avait encore quelques chances favo- rables à tenter avant de se livrer, surtout d'après les disposi- tions que l'on avait prises pour faciliter son départ sur les deux chaloupes de la Rochelle; puisque celui des frégates devenait presqu'impossible, il est probable qu'il aurait passé, puisque ces embarcations devaient le transporter à 40 ou 5o lieues au large, par une hauteur donnée, à bord d'un smack danois, sorti depuis 24 heures de la Charente, chargé d'eau-de-vie, pour un port de la Hollande il était supposé devoir se rendre après la visite qui fut faite à son bord par la croisière anglaise devant l'Ile d'Aix, qui lui permit de continuer son voyage d'après la vérification de ses expéditions. Ce smack devait re- cevoir 200,000 firancs s'il parvenait à le débarquer à la Nou- velle-Orléans où sa suite devait aller le rejoindre, mais au mo- ment d'exécuter ce projet dont le succès paraissait certain. Napoléon changea de résolution disant qu'il ne voulait pas se noyer.

Il a été très-bien reçu du commandant du Bellérophon que l'amiral Hotham montant le Superbe, avait mis à sa disposi- tion, il se présenta à bord en uniforme de colonel général de chasseurs, ainsi que les généraux et autres officiers qui l'accom- pagnaient et qui jusqu'à ce jour étaient restés comme lui en

Digitized by VjOOQ IC

NAPOLEON l*'' 77

boorgeoissur la Saal et dans Tlleoù d'après ses ordres aucuns honneurs militaires ne lui ont été rendus.

A son arrivée à bord du Bellérophon il a témoigné au capitaine le désir de voir son état-major et son équipage et de visiter l'intérieur du vaisseau, ce qui lui a été accordé.

De toute sa suite, c'est le général Bertrand qui% semble être le plus affeaé et le plus absorbé par les réflexions.

Pour extrait conforme au journal tenu à bord de la Saal, par le soussigné S. Com'* de marine emp* aux armements du port de Rochefort, pendant son séjour en rade il avait été envoyé par M. le Préfet maritime pour constater l'embarque- ment de Bonaparte et de sa suite.

PiCKÔME.

La troisième pièce est une lettre du vice-amiral anglais Henry Hotham adressée au capitaine de frégate Henri de Rigny. L'amiral accuse réception de la dépêche du comte de Jaucourt, qui devient sans objet par suite de l'embarquement de Napoléon sur le Bellérophon.

H. M. Ship Superb, Basques roads, July i9^h ,81 5. Sir, Monsieur le Lieutenant Fleuriau bas delivered the lettcr you hâve donc me the honor to address to me and the dispatch you was charged with from M*" Croker, the secretary of the admiralty of Great Britain; the object of which has been rendered unnecessary, as you observe, by the embarkation of Napoléon on board one of H. B. M. Ships, in which he sailed for England on the 16**», and as M' Croker informs me he has communicated to the British Government the purpost of the letter you took charge of, there will be no occasion to send another ship to England on that account.

Under other circumstances I should hâve bcen happy to

hâve had the honor of concerting with you measures for the

accompJishment of the wishes of our respective Governments;

and under those which exist I beg leave to express my opinion

Digitized by VjOOQ IC

78 REVUE DES DOCUMENTS HISTORIQUES

that you hâve done right to Keep the dispatches you was equally entrusted with, for the Captain of the Amphitrite, and the Commandant of Isle d'Aix.

I shall deliver this înto the hands of the Lieutenant Fleu- riau, together with my dispatches for M' Croker, which I beg leave to recommend to your care. I request you will accept the assurances of my high considération, and

I hâve the honor to be,

Sir, your very obedient servant

Henry Hotham rear-Admiral.

A bord du vaisseau de S. M. le Superbe Baie de Biscaîe, 19 juillet 181 5.

Monsieur,

M. le lieutenant Fleuriau a remis la lettre que vous m'avez fait Thon- neur de m'adresser et la dépêche dont vous avez chargé M. Croker, secrétaire de TAmirauté de la Grande Bretagne, dont le but a été rendu inutile, comme vous le faites observer, par rembarquement de Napoléon à bord d'un des vaisseaux de S. M. sur lequel il a fait voile pour l'An- gleterre, le 16, et comme M. Croker m'apprend qu'il a communiqué au gouvernement anglais le contenu de la lettre dont vous vous étiez chargé, il n'y aura pas lieu d'envoyer un autre vaisseau en Angleterre, à ce sujet.

Dans d'autres circonstances, j'aurais été heureux de m'entendre avec vous sur les mesures à prendre pour Taccomplissement des désirs de nos gouvernements respectifs; et, dans les circonstances présentes, je demande la permission d'exprimer mon sentiment pour déclarer que vous avez bien agi en gardant les dépêches qui vous avaient également été confiées pour le capitaine de VAmphitrite et le commandant de l'île d'Aix.

Je remettrai la présente missive entre les mains du lieutenant Fleu- riau, avec mes dépêches pour M. Croker que je prends la liberté de recommander a vos bons soins.

Digitized by VjOOQ IC

NAPOLEON I^' 79

Je VOUS prie de vouloir bien recevoir les assurances de ma haute considération, et

J'ai rhonneur d'être, Monsieur, Votre très-obéissant serviteur,

Henry Hotham,

contre-amiral.

L'étonnement fiit grand en Europe quand on apprit que Napoléon s'était volontairement livré aux Anglais. Le gouvernement britannique délibéra aussitôt sur les mesures à prendre à Tégard de son prisonnier. « Les plus savants jurisconsultes de l'Angleterre, consultés à cette occasion, éprouvèrent un assez grand embarras. Pourtant, en présence du repos universel toujours menacé par Napoléon, cet embarras ne pouvait pas être de longue durée. Notre qualité de Français conservant une sympathie toute naturelle pour le vieux compagnon de notre gloire, ne doit pas nous faire méconnaître une vérité évidente, c'est que l'Eu- rope, bouleversée pendant vingt ans, tout récemment encore arrachée à son repos et réduite à verser des torrents de sang, ne pouvait renoncer â se garantir contre les nouvelles entreprises, toujours à redouter, du plus audacieux génie (i). v Aussi arrêta-t-il de désigner pour prison à l'ex-empereur l'île Sainte-Hélène, située au milieu de l'Atlantique. Napoléon, instruit de cette décision, protesta le 4 août 181 5 contre la conduite de l'Angleterre ; puis il choisit pour compagnons de captivité les généraux Bertrand, Montholon et Gourgaud. Il dut se séparer de ses fidèles serviteurs Savary, duc de Rovigo, et Lallemand, car les ordres du gouvernement britannique défendaient à ces deux généraux de suivre leur maître. Savary, inquiet de cette exclusion, écrivit à Jacques Laffitte la lettre qui suit :

A bord du Bellérophon le 2 août 181 5.

Conformément à ce que vous m'avez dit, mon cher La Fitte, je fais passer à M" Boering les lettres que je suis dans le cas d'écrire à Paris. J'ai même pris la liberté de réclamer leur assistance et celle de leurs amis dans la position je me trouve. Faites-moi le plaisir de me recomander à leur intérêt. On me persuade icy que je dois être transféré en France. Je

(i) Histoire du Consulat et de l'Empire par Ad. Thîcrs, t. XX, p. 562.

Digitized by VjOOQ IC

8o REVUE DES DOCUMENTS HISTORIQUES

me refuse à le croire, parce que ce seroit m'assassiner sans motif ni de justice, ni d'utilité, vous le sçavez bien.

Dites mille choses ma part à Perregaux et croyez que quoi qu'il m'arrive je serai toute ma vie reconnaissant de vos bons procédés.

Savary et Lallemand furent conduits à Malte pendant que le Nor- thumberland emportait a Sainte-Hélène Napoléon et ses compagnons. Pendant sept mois ils furent enfermés dans le fort Emmanuel. Dans la nuit du 7 au 8 avril i8i6, Savary s'évada et parvint, sur une chaloupe, à Smyrne. En 1819 il rentra à Paris pour purger le jugement qui Tavait, le 25 décembre 18 16, condamné à mort. Il fut acquitte et rétabli dans son grade. Il s'occupa dès lors de l'achèvement de ses Mémoires com- mencés dans la prison de Malte. Il vivait à Rome lors de la révolution de i83o. Il rentra alors à Paris, et devint, le 16 décembre i83i, com- mandant en chef de Tarmée d'Afrique, et mourut à Paris le 2 juin i833, à l'âge de cinquante-neuf ans.

Digitized by VjOOQ IC

FRANÇOIS-SÉVERIN DESGRAVIERS MARCEAU

Pièce par laquelle Marceau, alors capitaine dans la légion germanique* et son camarade Richer demandent à être employés dans Fétat-major général de Tarmée des côtes de La Rochelle.

ÉTAT BES SERVICES DES CÎTOYENS MARCEAU ET RICHER, ACTUEL- LEMENT CAPITAINES DANS LA LEGION GERMANIQUE.

Marceau a servi quatre ans en qualité de sergent dans les troupes de ligne, puis au mois de juillet 1789 est entré dans la garde nationale parisienne en qualité d^oflScier jusqu'au mois de janvier 1790; a servi depuis en qualité de capitaine dans la garde nationale de Chartres jusqu'au mois d'octobre 1791, q>oque à laquelle il s'est enrôlé comme volontaire dans le i*' bataillon d'Eure et Loir il a été nommé par le suffrage de ses concitoyens capitaine, puis adjudant-major par le gé- néral de division, puis enfin lieutenant-colonel, il a fait la guerre jusqu'au sept novembre, époque à laquelle il a été nommé par le ministre de la guerre Pache lieutenant en i*' dans les cuirassiers de la légion germanique il sert en qualité de capitaine, place que lui a mérité son ancienneté daos le corps.

Richer a servi sept ans dans les troupes de ligne puis a été, à la formation de la garde nationale de Chartres, nommé lieu- tenant, et a servi en cette ditte qualité dans les grenadiers de la ditte garde nationale jusqu'à l'époque du mois d'octo- bre 1791 il s'est enrôlé comme volontaire et a été élu par le suffrage de ses concitoyens à la place de capitaine au i*' ba- taillon d'Eure et Loir, grade dans lequel il a fait la guerre jusqu'au mois de novembre qu'il a été nommé avec son cam- marade Marceau à une lieutenance dans les cuirassiers de la légion germanique il sert en qualité de capitaine, place que lui a valu son ancienneté dans le corps.

TOME m. Il

Digitized by VjOOQ IC

82 REVUE DES DOCUMENTS HISTORIQUES

Demandent l'un et Tautre à être employés dans Fctat-major de Tannée.

Nous représentans de la nation députés par la Convention nationale près Tarmée des Cotes de La Rochelle renvoyons la présente pétition au citoyen chef de Tétat major avec invi- tation d'y faire droit s'il est possible.

A Tours ce ig juin ijgS, Tan deux de la République une et indivisible.

Digitized by VjOOQ IC

PROCÈS CONTRE UNE SORCIÈRE

Mai i655

De tout temps on crut aux puissances occultes et on y croit encore, le peuple attribuant volontiers à une influence surnaturelle tout effet qui frappe son imagination ou qui étonne son ignorance. Au moyen âge, la magie dominait les esprits inexperts à reconnaître les causes naturelles des choses (i). Ceux qui cultivaient les sciences étaient suspects de rapports avec le démon ; savant et médecin étaient synonymes de sorcier et de magicien. Il semble que cette croyance à l'intervention de la sorcellerie dans la médecine soit innée chez l'homme, car on la retrouve chez les sauvages, qui ne reconnaissent qu'à leurs sorciers le don de guérir.

S'il y eut des sorciers, plus grand fut encore le nombre des sor- cières. L'esprit malin s'attaque plus volontiers aux femmes, et ce sont elles qui dansent aux grands sabbats. La femme a en elle le don de soigner, et elle s'est toujours occupée de l'étude des simples. Si l'homme, seul apte à coordonner des ^lotions systématiques, s'est attribué la prérogative d'exercer l'art merveilleux de la médecine, la femme a d'instinct appris à guérir, et elle a arraché aux plantes le

(i) Ci, La Magie et l'Astrologie dans l'antiquité et au moyen»Sge par M. Alfred Mtwy; Ptrif, Didier, 1860, in-8.

Digitized by VjOOQ IC

84 REVUE DES DOCUMENTS HISTORIQUES

secret de leurs vertus. Yseult la Blonde est, du viii* au xv siècle, le type par excellence des vierges guérisseuses.

La recherche des propriétés curatives des simples conduisit à la découverte de leurs principes vénéneux. L'emploi de ces plantes, leurs mystérieux effets, inspirèrent une terreur superstitieuse. On attribua aux femmes qui composèrent leurs remèdes avec ces plantes une influence maligne, et de naquirent les accusations de magie. Quel- ques-unes de ces créatures firent servir leur science à des actes crimi- nels; on les poursuivit comme possédées du Démon. Mis à la torture, sorciers et sorcières confessaient leurs prétendus crimes et étaient punis par le supplice du feu.

Avec le moyen âge ne disparut pas la croyance à la magie : les légistes des temps modernes ne se montrèrent pas moins impitoyables que leurs devanciers, et au xvii* siècle plusieurs procès de sorcellerie firent grand bruit. Ceux de Louis Gaufifridi, prêtre de Marseille, brûlé à Aix en 1610 (i), et de la maréchale d'Ancre, sont restés fameux. Le premier fut l'occasion d'une dissertation sur les marques des sor- ciers due à un médecin d'Aix, nommé Jacques Fontaine, qui dédia son œuvre à Marie de Médicis (2). Fontaine raconta que Gaufifridi était marqué en plusieurs endroits, entre autres sur les reins, et qu'on pou- vait fourrer une aiguille avant dans la chair sans produire aucune sen- sation. En effet, les marques que Satan imprime à ceux qui se livrent à lui donnent à la chair une complète insensibilité ; les parties atteintes sont comme mortes, « rendues telles par la malice du Diable, lequel ne prétend qu'à la mort de nostre ame et de nostrc corps, du tout opposé à son créateur. » De une certitude entière pour distinguer les marques sataniques des autres signes qu'on trouve sur le corps des hommes.

La dissertation de Fontaine est d'autant plus singulière qu'elle a une prétention scientifique. C'est comme médecin qu'il donne son opinion sur les marques des sorciers. Les théologiens, de leur côté, ne manquaient pas d'étudier et de

(i) Ce procès est longuement raconté par Michelet dans La Sorcière, p. 313 et tuir.

(2) Discovrs des marqves des sorciers et de la réelle possession que le diable prend sur le corps des hommes. Sur le subiect du proce^ de l'abominable et détestable Sor- cier Louys Gau/ridy, Prestre bénéficié en VEgiise Parrochiale des Accoules de Mar- seille^ qui n'aguieres a esté exécuté à Aix par Arrest de la Cour de Parlement de Prouence. Dédie a la Reine Régente de France. Par lacqves Fontaine Conseiller et Médecin ordinaire du Roy, et premier professeur en son Vniuersité de Bourbon en. a ville d'Aix. A Paris, chez Denis Langlois, rué S. lacques près les lacobins. M.D.CXT. Aucc permission. In- 12 de 45 page';.

Digitized by VjOOQ IC

PROCES CONTRE UNE SORCIERE 85

dévoiler les artifices de l'esprit malin. Vers Ta fin du xvii® siècle, le Père Louis Sinistrari d'Ameno composa un traité De Dœmonialitate^ il examina les rapports de Thomme avec Satan (i). Il exposa que le Démon ne s'accole aux sorciers et aux sorcières qu'après une profes- sion solennelle en onze cérémonies : !<> conclusion d'un pacte exprès avec le Démon en présence de témoins; 2*> abjuration de la foi catholique ; rejet de toute marque de Tordre religieux auquel on appartient; serment d'obéissance et de soumission, c les doigts posés sur un certain volume très-noir »; 5o promesse d'enrôler dans leur secte d'autres créatures mâles et femelles; 60 administration par le Démon d'une sorte de baptême sacrilège, qui leur confère un autre parrain et une autre marraine et un nom nouveau, qui le plus souvent est un sobriquet bouffon ; offrande au Diable d'une partie de leurs propres vêtements; confirmation, dans un cercle tracé sur la terre par le Démon, des serments faits précédemment; 90 demande au Diable d'être rayés du livre du Christ et d'être immatriculés dans le sien, et enregistrement dans le livre très-noir sur lequel le serment a été prêté; 10** promesse d'offrir au Diable, à des époques détermi- nées, des sacrifices, comme le meurtre d'un enÊmt; 11 <> enfin, après ces épreuves, le Démon marque ses fidèles d'un signe qui a diverses formes. « Tantôt c'est l'image d'un lièvre, tantôt une patte de crapaud, tantôt une araignée, un petit chien, un loir. Il s'imprime dans les endroits du corps les plus cachés : chez les hommes, sous les pau- pières, ou sous l'aisselle, ou sur les lèvres, sur l'épaule, au fondement ou ailleurs; quant aux femmes, c'est généralement aux seins ou aux parties sexuelles (2). »

A tous les documents connus sur la sorcellerie au xvii« siècle, j'a- joute un procès criminel intenté en mai i655 à une femme nommée Barbille, convaincue de sorcellerie. L'affaire fut jugée à Moudon, petite ville de Suisse, située dans le canton de Vaud. La malheureuse, qui portait sous sa langue la marque satanique, confessa, après la troisième torture, son crime, et raconta comment elle s'était livrée au

<ij Ce curieux traité a été récemment découvert par M. Isidore Liseux qui l'a publié sous ce titre : De la Démoniaîité et des animaux Incubes et Succubes fon prouve qu'il existe sur terre des créatures raisonnables autres que l'homme, ayant comme lui un corps et une âme, naissant et mourant comme lui, rachetées par N. S. Jésus-Christ et capables de salut et de damnation, par le R. P. Louis- Marie Sinistrari d'Ameno, de tordre des Mineurs Réformés de l'étroite observance de S^-Franfois, ouvrage inéiit publié d'après le manuscrit original et traduit du latin par Isidore Liseux ; Paris, Liseux, 1875, în-8.

h) Le Père Sinistrari, p. 19.

Digitized by VjOOQ IC

86 REVUE DBS DOCUMENTS HISTORIQUES

Démon. On verra dans ce récit des détails analogues à ceux que men- tionnent la dissertation du médecin Fontaine et le traité du Père Sinis- trari. Je publie la relation de ce procès d'après l'onginal, qui porte le sceau du châtelain de Moudon.

S'ensuit le proceds criminel de Barbille, femme de Pierre Vesin, de Mouldon, détenue prisonnière audit lieu pour avoir esté accusée de cas de sorcellerie en grandes realitez et soustenuë par confrontation par Genon, fenune d'Anthoyne Ansonnet^du- dit lieu, dernièrement suppliciée, d'estre autant sorcière qu'elle. Dont leurs Excellences ayants esté adverdes, comme aussi des déportements de ladite Vesin, on Tauroit en suite de leur or- donnance sérieusement examinée sur ladite accusation, et à confesser ses fautes et péchez, après avoir esté visitée au préa- lable quant à la marque satanique, laquelle luy ayant esté treuvée sammedi 29 du dernier mois d'apvril, elle en auroit faict négative et n'auroit rien voulu confesser, tellement qu'on Tauroit remise au lundi suivant à penser à sa conscience et à s'adviser, sur quel jour l'honorable Justice l'ayant derechef exhortée amiablement, elle a esté obstinée comme auparavaat et à nier ladite marque, laquelle ayant esté revisitée, elle f'est treuvée disparue (1), laquelle estoit en sa langue.

De sorte qu'on auroit pris examen de sa vie et ses desporte- ments, et pariceluy s'estants descouvertzde grandscrimes de sor- celleries, on auroit eu plus ample occasion de la suivre. Et partant comme convaincue de ladite marque par l'attestation sermen- taie de l'exécuteur, laquelle toutesfois il n'avoit peu espreuver, d'autant que bien avant en la langue, on Tauroit adjugée à la simple torture, sécutivement à la seconde avec la petite pierre, et tiercement à la troisième avec Ut pierre de 5o livres, de jour à autre et par les formalitez usitées, elle seroit tous) ours de- meurée en son obstination et n'auroit voulu confesser aucun

(i) Jacques FootaiM, dans rouvrafe dté plut haut, p. i8, examine si les marques dee sorciers se peuvent eflacer ou non. Il raconte que Madeleine de La Palud, une des héroïnes du procès Gauffiridi, Tit ses marques disparaître après de grandes douleurs. Les théologieas difièrent d*opinion sur le point de savoir si c'est Dien ou le Démon qui effiMe ces marques.

Digitized by VjOOQ IC

PROCÈS CONTEE UNE SORCIERE 87

poinct de son examen. En après comme on auroit faict semblant de.rattacher à la dernière géhenne avec la pierre du quintal en laquelle cependant elle n^a esté eslevée, icelle, après encor sérieuse exhortation que luy a esté faicte, a confessé ce que s'ensuit :

Premièrement, qu'il y a environ 24 ans que s'en venant de certain essert Satan s'apparut i elle au grand chemin, habillé de noir (i), au lieu dit vers S^-Theodeloz, qui la solicita à se bailler à lui, lequel s'estant dédairé à elle qu'il estoit le diable, dk invoqua Dieu et il se disparut. Et deux jours après il se rappanit à elle en son curtil vers le portail de la ville dia de Mauborget, habillé comme devant de noir, qui avoit les pieds fendus comme un boeuf, qui la persuada de plus fort à le prendre 'pour son maistre, qu'elle estoit desjà sienne pour avoir fakt des faux jurements et devoit renoncer Dieu son créateur pour s'abandonner i luy, ce qu^dle fit sans autre résistance, et incontinent il la marqua avec la main (2) en la langue au lieu la marque avoit esté treuvée, puis luy bailla de la graisse dans une boitte avec commandement d'en faire mourir gens et bestes, et luy dit qu'elle devoit souffler contre des personnes pour les faire mourir, lequel s'içpelloit Pierrasset Laquelle graisse peu de temps après elle jeaa en la Broyé (3), et une autre fois il luy en re- bailla et du pusset, luy ayant recommandé d'en semer par des-

(I) Le D^Doa eroprantait toutes sortts de ferme*. Le Père Sinistrari riconu {p. 33) |1iistoire d'une femme nariée, d'excellentes mœurs, nommée Hierooyma, qui fût poorsoiTie peodant de longneA années par le Démon. L'esprit malin, dit notre théologies, c apparut 4 sa bcfle soos la forme d'un jeane garçon ou petit homme de la plus grande beauté, 4 la chevchire dorée et frisée, à la barbe blonde et resplendissante comme Tor, aux yeux glauques partBs i la fleur du lin, et, pour ajouter au charme, élégamment vitu à l'espagnole. > Pour toMcr un «fiacre (p. i33) il prit les formet d'un squelette, d'an cochoo, d'un oiseau, et même il ei^uuta la figure du prieur du courent.

{i) Fontaine (p. 17) croit que Satan marque les sorciers avec le fer chaud et un ceruin oigacat quH applique sur les parties touchées. D'autres prétendent qu'U feit cette opération avec le doigt, « quand il a'eat revestu d'un corps humain on d'un aérien. 1

(3) La Broyé, ririère de Suisse qui a sa source près de Semsales, dans le canton de Fribovfi et qaif aprèt avoir passé à Oitm, Rue^ Moudon, Payeme, traTerse le lao de Morat, «I aort à Sogics, et va a* f«t«r dans le rive droH* du lae de Nenchàtal, près da La Sauge.

Digitized by VjOOQ IC

88 REVUE DES DOCUMENTS HISTORIQUES

SUS les herbes des jardins, et le jecta aussi à bas Teau sans s'en estre servie, et une fois il la voulut battre pour ce qu'elle ne voiî- loit employer la graisse qu'il luy bailloit, tellement que crainte d'estre battue elle en essaya en une sienne beste porcine et en une chèvre qui en moururent, et luy avoit persuadé de faire mourir son mari et ses enfantz. Et luy a eu baillé de l'argent, s'il luy sembloit qui ne fut que feuilles de chesnes, fors une vieille batz (i) qui ne valloit rien.

Item a confessé avoir faia mourir un petit enfant masle au Curial dudit Mouldon soubsigné, il y a environ 1 8 ans, ayant soufflé contre en le baisant.

Item un autre enfant masle à feu le s' Isaac Buttet, il y a environ dix ans, ayant aussi soufflé contre en le baisant.

Item un autre à Pierre Frarin, meusnier dudit Mouldon, de mesmes ayant soufflé contre en le tenant, lequel peu de temps après devint tout galleux, les ongles luy tombèrent de la vioUence du mal et devint comme sec, et, ayant langui long temps, il en mourut il y a environ six ans.

Item a confessé que le diable se faisoit toucher la main par icelle et luy commandoit de toucher quelque personne le mesme jour qu'il la toucheroit, et celuy qu'elle toucheroit en mouroit sans user d'autres inventions.

Item a confessé avoir baillé mal en touchant avec sa main gauche sur Tespaule à la femme d'Anthoni Vayre dudit Mouldon, il a environ trois ans, aux dernières monstres géné- rales, estant sur le pont dudit lieu, qui en devint subitement grandement incommodée, cependant n'en est pas morte, et encor à présent elle en est grandement incommodée et ne peut qu'à peine travailler la vie d'elle et de sa pauvre famille.

Item a confessé avoir esté à la secte diabolique vers la ma- ladière de Mouldon et au grand pré rière ladite ville, en laquelle elle y a veu et cogneu réellement les ci-devant suppliciées, item Catherine Argaud qui s'est sauvée de la prison on l'avoit

(i) Monntie de Suisse qui T«ot 144 iScentiines de France.

Digitized by VjOOQ IC

PROCES CONTRE UNE SORCIERE 89

mise après avoir subi la moyenne torture sans avoir rien voulu eoûfésaer.

Item^ Eve^ femme de François Canin, tisseran, habitant audit Mouldon, desjà précédemment accusée de réalité par Genon Ansonnet, laquelle Eve est à présent détenue, et dont la procédure est aussi envoyée à leurs Excellences avec la pré- sente.

Item elle y a veu et cogneu et y est allée souvent avec la vefve de Jacques Ribet qu'estoit charpentier dudit Mouldon, et se sont fréquentées dans leurs maisons, parlants souventz des fadcts de sorcelleries, laquelle Ribet luy a eu confessé d'avoir faict mourir une moge ou génisse à honnorable Jean Dutoict, et sousdent que c^est ladite Ribet qui a eu faict perdre à diverses fois le laia aux vaches dudit Dutoict, lequel les tient en une grange près; item que c^est elle qui a eu faict mourir un cheval à Pierre Bochard, et il y a 4 ans qu'elle scait qu'elle est sorcière, lequel bestail par effea a esté mort et le laict s'est perdu auxdites vaches, et il y a apparence que Tune ou l'autre comme voisines les ayent faiaes mourir et ayent faia perdre le laia auxdites vaches, laquelle Ribet a eu tenu un mauvais et mal« heureux train à son mari et est soupçonnée de l'avoir faict mourir, est coustumière à des maudissons, jurementz et exécra- tions, et a esté veuë toute noire de coups par le visage sans qu'on ait sceu qui l'avoit battue.

Item y a veu et cogneu formellement Jaques Vuagnierres dict Simon, favre de Mouldon, qui ont eu parlez ensemble de jour vers ledit S* Theodeloz au grand chemin, et elle luy ayant dit qu'il avoit baillé les malins esprits à la femme d'Esdraz Viret dudit lieu, il s'en rioit et respondit que si mesmes il les luy avoit baillez il ne s'en repentiroit pas et que ladite Viret estoir comme une nommée Connette. Surquoy ladite détenue luy répartit qu'il avoit fairt grand péché de les avoir baillez à une femme si jeune. Item a déclairé que ledit Vuagnierres estoit le capitaine de la bande et tant sorcier qu'il n'en pouvoit TOME III. 12

Digitized by VjOOQ IC

90 REVUE DES DOCUMENTS HISTORIQUES

plus et que totalement il ne vaut rien, lequel a desjà esté accusé par d'autres et est de très mauvaise réputation et a esté desjà exilé pour avoir commis à diverses fois acte d'adultère. . N'ayant ladite détenue voulu confesser autre chose et ayant requis fin de proceds, voire soustenu toutes ses confessions et accusations estre bien véritables et jouxte icelles vouloir vivre et mourir, et comme y ayant apparence de repentance en elle on ne Ta suivie plus outre.

Et a esté cogneu et jugé par Thonnorable justice que d*autant ladite détenue a esté si malheureusement oubliée d'avoir renié et délaissé Dieu son créateur pour s'abandonner à Satan en- nemi du genre humain et le prendre pour son maistre, duquel elle a receu sa marque et de la graisse pour en faire mourir gens et bestes et exécuter sa meurtrière et exécrable volonté, comme elle a faict, icelle devoir estre remise entre les mains de Texécuteur de la haute justice pour estre menée au lieu accous- tumé de supplicier semblables abominables et détestables mal- faiaeurs et criminels et estre mise sur un eschaffaut de bois pour estre bruslée toute vive et son corps réduict en cendres pour fin de sa vie, punition de ses crimes et forfaicts et pour servir d'exemple à d'autres, et ses biens escheuz à qui de droict, sauf la grâce de nos souverains seigneurs et supérieurs.

Daté soubz le sceau de noble et vertueux Philippe de Sta- vaye, seigneur de Bussi et chastelain de Mouldon, et signa- ture duCurial dudit lieu soubsigné le onzième may i655.

GiRAUDET.

Digitized by VjOOQIC

Digitized by VjOOQ IC

••• :

••

.

%•-•••

Digitized by VjOOQ IC

PHILIPPE-AUGUSTE

II93

Charte par laquelle le roi Philippe-Auguste confirma, en 11 93, le don que Pierre, comte de Ne vers, avait fait de Saint-Cyr à Guillaume de Garlande. M. Léopold Delisle mentionne cette pièce dans son Cata- logue des actes de Philippe- Auguste. J'en donne ici le texte, la traduc- tion et le fac-similé d'après l'original qui m'a été gracieusement com- muniqué par M. Eugène Minoret.

In nomine sancte et individue Trinitatîs. Amen. Philippus, Dei gratia Franconim rex. Noverint universi, présentes pariter et fiituri, quod dilectus consanguineus fidelis noster Petrus, comes Nivemensis, Sanctum'Qricum, cum omnibus perti- nentiis suis, dédit in perpetuum, in feodum et hommagium, Willelmo de Garlanda, militi nostro, et heredibus suis, prop- ter servitium quod idem Willelmus sepius et fideliter eidem comiti eribuit. Predictus autem comes nos rogavit ut id confir- maremus. Nos igitur, ad petitionem ipsius comitis, id confir- mâmus. Quod ut perpetuam obtineat stabilitatem, sigilli nostri autoritate et r^ nominis karaaere inferius annotato presentem

Digitized by VjOOQ IC

92 . REVUE DES DOCUMENTS HISTORIQUES

paginam precepimus communiri. Actum Parisius, anno incar- nati verbi O XO tercio, regni nostri anno quarto dedmo^ astantibus in palatio nostro quorum nomina supposita sunt et signa. Dapifero nullo. Signum Guidonis, buticularii. Signum Mathei, camerarii. Signum Droconis, omstabularii. Data, vacante cancellaria.

Au nom de la sainte et individuelle Trinité. Amen. Philippe, par la grftce de Dieu, Roi de France. Sachent tous, présents et à venir, que notre cher fidèle parent Pierre, comte de Nevers, a donné à toujours, en fief et hommage, Saint-Cyr, avec toutes ses dépendances, à Guil* laume de Garlande, notre chevalier, et à ses héritiers, à cause du ser- vice que le dit Guillaume a souvent et fidèlement rendu au dit comte. Le susdit comte nous a prié de confirmer ce don. Nous donc, à la demande du dit comte, nous le confirmons. Afin que cela obtienne une perpétuelle force nous avons ordonné de munir la présente chane de l'autorité de notre sceau et du caractère du nom royal apposé cis dessous. Fait à Paris, Tan de Tincamation M. G. XC trois, la quatorzième année de notre règne, étant présents en notre palais, ceux dont les noms et les signatures sont apposés ci-dessous. L'écuyer n'étant pa- présent. Signature de Gui, boutellier. Signature de Mathieu, camérier. Signature de Drocon, connétable.

Donné, la chancellerie étant vacante.

Digitized by VjOOQ IC

ANTOINE DESGODETZ

Antoine Desgodetz, architecte du Roi et professeur à TAcadémie royale d'architecture (i), rend compte du jugement que vient de rendre VAcadémie de peinture dans le concours des prix. Le premier prix de sculpture est décerné au s' Calliot (2), et le second au s' Coustou (3) ; ceux de peinture sont mérités par les s^ Cornicai (4) et Dulin (5). Seu- lement ces deux derniers, soupçonnés d'avoir été aidés dans leur travail, seront soumis par le directeur de l'Académie, NoCl CoTpel, â une nouvelle épreuve.

A Paris le i*' aoust 1696

Monsieur,

Il y a eu aujourdhuy assemblée à rAcadémie de peinture pour juga: les prix. Le s' Calliot a eu les voix pour le premier prix de la seculpture et le s' Coustou pour le second ; et les s" Conicart, élève de M' Boulogne Tesné (6), et Dulin, élève de M' Boulogne le jeune (7) ont eu les voix esgalles tant pour le premier que pour le second prix de la peinture, à la réserve

(1) en i653, mort cp* 1738, Desgodeu a laissé deaz oarrages célèbres : Les édifices OMtiqnet de Romedessin0 et mesurés très -exactement, et Les lois des bâtiments suipont la coutume de Paris.

(2) Je n'ai pat troQTé de renseignements sur ce sculpteur.

p) GnillauDe i*^ Constoii, fils de François et frère de Nicolas, en 1677, mort en 1746.

(4) Michel Comicat, appelé par Desgodetz Conicart, était en 1668. Il aniva à l'Aca- démie de Rome en 1699, devint peintre ordinaire da Roi et mourut à Paris le 3i mars 1705 à Vàgt de trente- sept ans. (Cf. Dictionnaire de Jal.)

(5) Pierre Dnlin on d*Ulin, en 1670, arriva à Rome la 22 mars 1700. {CI. lettre de Hooassc da 3o mars 1700 dans l'Académie de France à Rome par A. Lecoy de la Marche» p. 1 17.) n devint peintre ordinaire du Roi, et mourut à Paria le s8 janvier 1748. Laocret fut au KMDbrc de ses élèves. (Cf. Dictionnaire de Jal J

(6) Bon Boologne, en 1649, mort en 1719.

(7J Louia n Booloffoc, en 1654, mort en 1733.

Digitized by VjOOQ IC

94 REVUE DES DOCUMENTS HISTORIQUES

que le s' Conicart a eu une voix de plus pour le second prix. Il sembloit que naturellement les s" Conicart et Dulin auroient deub tirer au sort pour le premier prix et Tautre auroient eu le second prix, mais ils ont esté tous deux soubçonnez d'avoir esté aydez de leurs protecteurs, ce qui a fait que Ton a jugé à propos de leur faire peindre quelque chose dans Tacadémie devant les officiers pour voir si ce qu'ils feront sera de la même force que leurs tableaux, et on a pris jour pour cela à mardy prochain. M*Coypel leur donnera un sujet le matin qu'ils pou- ront faire pendant la journée sans sortir, et le soir on enfermera ce qu'ils auront fait pour estre examiné en la prochaine as- semblé.

Je suis avec un profond respect

Monsieur

Digitized by VjOOQ IC

HENRI IV

14 février 1604

Pennis de chasse accordé par le roi Henn IV, le 14 février 1604, au sieur La Fontaine le Duc.

Henry, par la grâce de Dieu roy de France et de Navarre, à tous ceulx qui ces présentes lettres verront salut. Sçavoir faisons que nous, désirant gratifier et favorablement traicter le s' de La Fontaine le Duc, nous luy avons permis et per- mettons par ces présentes signées de nostre main de chasser et tirer de Pharquebuz et faire chasser et tirer par Tung des siens, en sa présence et non aultrement, à toute sorte de gibier non deffendu par noz ordonnances, tant en ses boys, sur ses terres et domaynes, que sur nos estangs, marais et rivières, sans qu^au moyen des deffenses par nous faictes de chasser et tirer de rharquebuz ny en user, ledit s"" de La Fontayne le Duc y puisse estre troublé ou empesché par qui ny en quelque sorte et manière que ce soit, de la rigueur desquelles noz dépenses nous l'avons dispensé et dispensons et à icelles dérogé et

Digitized by VjOOQ IC

96 REVUE DES DOCUMENTS HISTORIQUES

dérogeons pour ce regard seuUement, à la charge touteffob de n'aprocher avecq ladite harquebuz de demye lieue près de nos foretz, bois et buissons, sur les peines portées par nos dites deffenses. Si donnons en mandement à noz amez et féaubi conseillers les gens tenans noz Cours de parlement, grandz maistres anquesteurs et généraubc réformateurs de nos eaues et forestz, maistres particuliers d'icelles, cappitaines de noz chasses, prévostz de noz très chers et féaulx cousins les Connes- table et Mareschaulx de France et à tous nos aultres justiciers et officiers qu'il appartiendra, que de cette nostre permission et contenu cy dessus ilz facent, souffrent et laissent ledit s' de La Fontayne le Duc jouir et user plainement et paisiblement, cessans et taisant cesser tous troubles et empeschemens au contraire, car tel est nostre plaisir. En tesmoin de quoy nous avons faict mettre nostre scel à ces dites présentes, données à Paris le XIIII* jour de febvrier Tan de grâce mil six cens quatre et de nostre règne le quinziesme.

Digitized by VjOOQ IC

LOUIS DE LUXEMBOURG

COMTE DE SAINT-POL

Lettre de Louis de Luxembourg, comte de Saint-Pol, connétable de France, écrite de Noyon le 7 septembre (1471)1 au Roy mon souverain sdgneur » ( i ). Elle est relative aux négociations qui précédèrent le traité du Crotoy, conclu, le 3 octobre 1471, entre Louis XI et Charles ^c Téméraire (a). Louis XI se servait en cette occurrence du conné- table de Saint-Pol, que cependant il soupçonnait déjà de complicité avec le roi d'Angleterre et le comte d'Armagnac (3).

Mon souverain seigneur, je me recommande à vostre bonne grâce si très humblement que puis. Et vous plaise savoir, Sire, qae, pour le dangier de la peste (4) qu'on dit estre à Roye, les gens de Monseigneur de Bourgoigne et moy avons conclut de besongner en ceste vostre ville de Noyon, sommez.

{1) L'origiiia], que j'ai actneltement entre les malos, ne porte que la signature du connétable deSaÎQt-Pol. La souscription qui existe au fac-similé a été écrite par le secrétaire.

{2} Us Chroniques de Jean de Troyes disent : « Depuis ledit mois de juillet jusques ao iocr de Noél, ne fat rien fiait audit Royaume de France, sinon que les Ambassadeurs du Koy et de mondit Sei^çneur de Bourgogne firent plusieurs allés et venues et les uns arec les autres, pour pacifier et trouver moyen de paix et accord entre eux. »

13) Cest ce qui ressort de la présente lettre le connétable déclare ignorer ce que ligBtfient des lettres suspectes que le Roi loi a fait tenir.

(4) En 1471 il y eut en eâiet plusieurs épidémies qui occasionnèrent une grande mortalité àxoi leroyanme. (Cf. Chroniques de Jean de Troyes, édition Godefroy, t. II, p. 144.) TOME III. l3

Digitized by VjOOQ IC

gS REVUE DES DOCUMENTS HISTORIQUES

Sire, nous avons receu le povoir avec ung mémoire des en- treprinsez et excès commis par mondia seigneur de Boui^oi- gne et ses gens, en enfraignant les traictiez d'Arras (i), de Conflans (2) et de Péronne (3), ensamble i'informadon faicte touchant la guerre par luy encommancée en Normandie (4), que maistre Guillaume de Cerisay a envoyée, mais Ton ne nous a point envoyé de instructions, mémoires ne adverdssemens des matierez que deverons mettre avant, ne des ouvertures et fins à quoy deverons tendre, et sy est, mons' de Craon (5) retourne devers Monseigneur de Bourgoigne. Jehan de Bouzey m'a bien dit que ly avez parlé touchant Rethest(?). Si vous plaise, Sire, moy mander sur tout.vostre bon plaisir, et pour ce que n'avons point de secrétaire vous plaise nous en envoyer ung.

Sire, je vous remercye des bonnes paroUes que avez dictez de moy au dict Jehan de Bouzey. Et touchant le brevet que m'avez envoyé, faisant mencion d'Armignac (6) et de connes- table, sur mon âme je n'y entendz riens et ne sçay que s'est ne que ce peut ou veult estre, et n'ayme ne vouldroyc aymer personne ne faire chose qui fust en vostre préjudice.

Au regart de la lettre escripte en anglais je n'y entens aussy riens et n'ay personne qui les sceust lyre, mais si tost que pourray trouver homme qui les sache lyre les feray lire, et s'il y a chose que bonne ne soit, soit contre aucuns de mes servi-

(I) Conclu, le 22 septembre 1435, entre Charles VII et le duc de Bourgogne Philippe le ^ Bon, pour détacher ce dernier de l'alliance anglaise- (3) Ce traité, signé le 5 octobre 1465, termina la guerre du Bien public.

(3) Traité imposé par Charles le Téméraire 4 Louis XI le 14 octobre 1468.

(4) 11 s'agit des tentatives faites par les Bourguignons sur les côtes de Normandie.

(5) Antoine de Craon était le principal envoyé de Charles le Téméraire. (Cf. Histoire des ducs de Bourgogne par Barante, t. VI, p. 244. ;

(6) Jean V, comte d'Armagnac, prince fameux par la dépravation de ses mœurs, banoi, co 1460, pour avoir osé contracter mariage avec sa propre sœur, gracié par Louis XI, entra dans la ligue du Bien public, puis se réconcilia avec son souverain pour le trahir bientôt de nouveau. En septembre 1470 le Parlement de Paris prononça contre Armagnac la coq- iîscation de corps et de biens; celui-ci s'attacha dès lors au duc de Guyennd qu'il excita contre son fièrc. Après la mort du duc le comte d'Annagnac résista, dans Lectoure, aux armes royales, mais il dut se rendre, et fut tué peu après par ordre de l^uis XI (5 mars 1473).

Digitized by VjOOQ IC

LOUIS DE LUXEMBOURG 99

teurs OU aultrez, j'en feray tellement que ce sera exemple à tous et que en serés bien contant.

Sire, touchant le fait de Eu (i), vous en avez très bien ap- pointé de vostre grâce avec Monseigneur de Nevers, et vous supplie qu'il vous plaise tousjours continuer en la matière qui sera pour vostre seur et vostre filleul.

Sire, j'ay receu par Loyset l'argent que vous avoye preste à Saint- Walery, et vous fait bon prester, car vous rendez très bien, et quant vostre plaisir sera y mettre soixante hommes de pied, ce qui est de neccessité faire, ce sera la seureté de la ville, et sans icelle Je ne voy pas qu'elle se puisse bien garder, car les gens de cheval n'y peullent guères demourer.

Sire, j'ay sceu que Mons'' le mareschal Joachin (2) a prins par vostre commandement, comme il dit, Nicolas aux Coulombz, commis de par moy pour vous bailli de Eu. Se le dict Nico- las a fait chose crimineuse, et j'en eusse esté adverti, je l'eusse prins le premier, et en ce cas n'en parle pas, mais. Sire, se aul- tre chose y a, plaise vous le faire délivrer à caucion de ester à droit et respondre à tout ce qu'on luy vouldra demander.

Mon souTerain seigneur, je prye Dieu nostre créateur qu'il vous doint l'entier acomplissement de voz très haulx et très nobles désirs. Escript en vostre dicte ville de Noyon le sep- tyesme jour de septembre.

(i) Charies d'Artois, comte d*Eu, étant mort au mois de juillet 147 1, « fut mise saditte Conté (TEq en la aiain du Roy, et mise et baillée ès-mains de Mgr le G>anestable, à la grand desplaisance de Mgr le Comte de Nerers, frère de mondit Seigneur d'Eu, et qui après bditie mort cuidoit bien joOyr de laditte Comté d'Eu et des autres terres dudit deffunct cooune ion vray héritier. » (Chroniques de Jean de Troyes^ P- 144» )

(3) Jooctrim Ronanlt, maréchal de France.

Digitized by VjOOQ IC

NOÉL COYPEL

Lettre de Noël Goypel, alors directeur de TAcadémie de peinture, adressée à Coibert de Villacerf. Elle donne d'intéressants détails sur TAcadémie, et montre que Coypel était en butte à l'inimitié de quel- ques-uns de ses collègues, qui le traitaient avec un mépris dont il se plaint amèrement.

Monsieur

Je n'ay sceu que lundy au soir que vous étiez à Paris. Je fus mardy au matin pour avoir Thonneur de vous rendre mes très humbles respects, mais vous étiez déjà party. J'ay receu la let- tre que vous m'avez fait Phonneur de m'écrire, Monsieur, par laquelle vous me marquez être satisfait de la délibération de l'Académie au sujet des places. Je suis bien aise que vous y ayez donné votre approbation, Monsieur, à cause de la trans- position du Recteur et du Proffesseur qui se treuve différente des status, et que vous m'avez marqué, Monsieur, que vous ne prétendiez pas que Ton fit rien au contraire sans votre permis- sion. Je soumets mon jugement. Monsieur, sur l'article des

Digitized by VjOOQ IC

NOËL COYPEL •..• : •: ; V lOî *

status qui dit que nul ne peut être Chancelier .qujl àjaîr'ççç: Recteur (aflfin qu'il soit coneu capable de la ditte charge)', aihs'y * que dans la conduitte que j'ay tenue jusqu'à aujourd*huy dans TAccadémie, j'ay creu avoir contribué tout ce que j'ay peu pour y maintenir la paix et l'union que vous m'ordonnez.

Je m'apperçoy. Monsieur, que des gens que je sçay qui ont eu rhonneur de vous voir ce voyage, dont les manières, com- posées de miel et d'absinte, m'ont attribué auprès de vous les choses qu'ils font et dont ils se lavent les mains. Je suis au déseq>oir. Monsieur, que l'on me fasse passer auprès de vous pour ce que je ne suis pas, et, si j'ay quelque qualité désagréa- ble à ceux qui m'en imposent, c'est d'être trop droit et trop intègre. Je scay que c'est le vice des honnestes gens et que la fourberie et l'imposture sont plus à la mode et plus utille pour parvenir à ces fins, mais je croy, Monsieur, que sy ces qualitez d'honneste homme me sont préjudiciables, elles méritent d'au- tant plus votre protection.

Je vous ay déjà dit, Monsieur, que quelque officier, contre rhonnesteté et ce qui c'est toujours pratiqué envers Mess'" le Brun et Mignard, a aflfeaé dans son quartier de ne me pas faire la moindre honnesteté, qui consiste à venir prendre les ordres du directeur au commencement du quartier, mais qui encore ces derniers jours m'a envoyé inviter de me treuver à l'Académie pour me communiquer quelque chose concernant la compagnie. Je ne sçay. Monsieur, sy je me trompe, mais ces manières me semblent fort méprisantes, et que personne de l'Académie n'est en droit d'en user de la sorte, eu égard à mon caractère, la même personne me faisant en touttes occa- sions des malhonnestetez grossières, dont jusques à présent je n'ay rien voulu témoygner, ainsy que vous me l'aviez ordonné. Vous voyez. Monsieur, qu'il est difficille de vivre en union avec un homme de ce carractère, qui voudroit dominer partout et me mettre le pied sur le ventre. Comme je ne suis pas d'hu- meur à le souffrir, cela fait depuis long temps contre moy le

Digitized by VjOOQ IC

102 .' ' REVUE DBS DOCUMENTS HISTORIQUES

:'sQiçl25t'*c^son.V^ me regardant comme un obstacle à son

ambition et à ces fins. Vous m'ordonnez cependant, Monsieur, de soutenir mon carraaère. Je tacheray de le faire toujours avec honneur, mais j'ay besoingpour cela de toutte votre protection. J'espère que vous voudrez bien me faire cette grâce, Monsieur, ne croyant pas faire rien qui m'en rende indigne et que soute* nant l'honneur que vous m'avez procuré vous soutiendrez vo- tre ouvrage, puisque je suis avec tout le respec que je vous dois

Monsieur,

A Paris, ce 2 1 aoust 1696.

Cette lettre fait partie d'une collection qui sera vendue au mois de décembre 1875.

Digitized by VjOOQ IC

Digitized by VjOOQ IC

^.Av

Digitized by VjOOQ IC

PIERRE DES BARRES

1269

Pierre des Barres, chevalier, seigneur de Chautnont-sur- Yonne, atteste qae Colin, gendre de G>nstant Rouce, de Villeneuve-la-Guyard, Changea avec les moines de PruUy une pièce de terre sise en la vallée d'Escorche-cu pour un arpent et demi de terre près Bois-le-Comte (1).

Je Pierres des Barres, chevaliers, sires de Qiaumont, fais asavoir à touz ceus qui ces lestres verront que Colins, li gendres Coûtant Rouce, de Villenœve la Guiard, am ma présance dona et otreia â toujorz au moines de Proilli une arpant et demi de terre qui siet au Bois le Conte delez la vigne au devandiz moines, por une arpant et demi de terre qui siet an la valée d'Escorchecu, que li ont donée cil moine devandit an tel me- nière que cil Colins sera tenuz à moi randre chacun an sis de- niers de cens de celé terre que li frère de Prulli li ont baillié, ansim cum il les me randoit de la devandite terre dou Bois le Conte, et li frère de PruUi tenront toujorz celé devandite pièce de terre dou Bois le Conte ausim franchemant con il faisoit celui d'Escorchecu. Ces lestres furent donoées an Tan nostres Seignor mil et deus cenz et cinquante VIII, ou mois demarz (2).

iij Cette pièce est actuellement eotre mes mains.

(a) 1359, n. a. L'année ia58 allait du 34 mars ta58 au i3 a?ril 1359.

Digitized by VjOOQ IC

ETIENNE-ALEXANDRE BERNIER

PACIFICATION DE LA VENDEE

Étienne-Alezandre Bernier (i), curé de Saint-Laud en 1789, refusa de prêter serment à la Constitution et devint un des chefs influents du parti royaliste. Il se jeta dans le mouvement de la Vendée, commanda, pour ainsi dire, avec Tévêque d'Agra, Tarmée d'Anjou, exaltant par ses prédications les paysans bretons, qui l'appelaient Vapôtre de la Vendée. Forcé de se cacher après la grande défaite de Tarmée royaliste, il alla offrir ses services à Charette, qui les refusa, puis à Stofflet, qui Tac- cueillit avec faveur et le chargea de négocier la paix avec le gouver- nement républicain. La paix fut en effet conclue le 20 avril 1795, mais avec une certaine défiance de part et d'autre, comme le témoigne la lettre suivante écrite par Bernier le 2 juillet suivant (2) :

Neri, 2 juillet 1795. Monsieur

J'ai reçu avec toute la satisfaction qu^elle devoit m'inspîrer la lettre que vous m'avez adressée conjointement avec Monsieur Blin. Il n'a manqué, pour la rendre complene, que votre pré- sence. N'est-il donc pas possible que l'un de vous reste à son

[i) i Daon (Ma}cnne) le 3i octobre 1762.

(2) C«tte pièce fait partie d'une collection qui sera vendue tn décembre 1875.

Digitized by VjOOQ IC

ETIENNE-ALEXANDRE DERNIER Io5

poste pour dissiper les nuages et que Tautre accompagne à Paris nos envoyés ? Les trames ourdies par la perfidie de quel- ques individus ne sont-elles pas aussi à craindre à Paris qu^à Nantes? Ne doit-on pas de préférence porter les premiers coups à la malveillance auprès du Comité de salut public, plu- tôt que de lui donner la facilité d'employer ses moyens insi- dieux à Paris, tandis qu'on s'appliquera à en détourner les ef- fets à Nantes. Rarement on est écouté quand on plaide sa cause à une distance éloignée. Les écrits, sans les explications verbales, font ou une légère impression par la multitude des affaires qui absorbent l'attention, ou sont sujets à des interpré- tations qu'un cœur droit n'a »pu prévoir.

Nous espérons quelque succès de nos démarches. Nous vou- lons le bonheur du peuple, même au dépens du nôtre. Nos intentions sont pures. Mais nous avons trois grands obstacles à vaincre : la malveillance et les insinuations perfides de quel- ques Terroristes réfugiés, le préjugé d'une guerre antérieure longtems soutenue, et l'obscurcissement de la paix dans les con- trées qui nous avoisinent.

Quand on ne voit des députés qu'avec l'œil du soupçon, n'ont-ils pas besoin d'être étayés de la voix, des talens, du cré- dit d'un ami, contre lequel on n'a ni les mêmes prétextes à alléguer, ni les mêmes défiances à élever. Vous m'entendez. Pesez ces raisons avec Monsieur Blin, auquel j'offre mon res- pect, et prenez telle détermination que les circonstances, le bien public, le salut de votre enfant (r) et l'amour de la paix vous dicteront.

(i) Je ne sais à qui cette pièce est adressée, mais dans une aatrc lettre de Beruier, éga- lement sans adresse, et écrite du château du Lavoir, le 9 messidor an m (27 juin 1793), on retrouve à peu près les mêmes termes : « Charmé, Monsicar, de la confiance que vou> m'avez témoignée à la dernière entrevue de la Jaunay, je me joins à M. Leveneur pour preadre en considération l'état de votre enflant chéri. Il est plus en danger que jamais. Je vou> invite à venir, s'il vous est possible, conférer avec nous sur les moyens de par\'cnir à nos fins, qui sont ceHes du bien public. Au nom de cet enfant chéri, du salut public et de l'amitié, car fose employer ce mot, venez... Stofflet, Fleuriot, Scépeaux et autres vous disent mille choses. {L'Amateur d'Autographes, n* 23, p. 363.)

TOME III. H

Digitized by VjOOQ IC

106 REVUE DES DOCUMENTS HISTORIQUES

J'ai l'honneur d'être avec un sincère et respectueux attache- ment

La paix fut rompue peu après, et la guerre civile désola de nouveau la Vendée. Hoche triompha cette fois de Charette et de Stofflet; ce dernier fut pris et fusillé à Angers le 23 février 1796, le jour même Bonaparte était nommé général en chef de Tarmée d'Italie. Bemier parvint à s'échapper et il reparut à l'armée du comte d'Autichamp; mais, fotigué de cette vie errante, voyant tout espoir perdu .'pour la cause qu'il avait défendue jusqu'ici, il prit le rôle de médiateur. Il s'a- boucha avec Bonaparte, et eut une grande part à la pacification de la Vendée. L'ancien chef de l'armée d'Anjou, le compagnon de Stofflet , prodigua les flatteries au premier consul. Le 5 thermidor an vm (24 juillet 1800), il lui écrivit en termes emphatiques (i) pour le féliciter de la victoire de Marengo et de la paix qui allait en résulter (2 . Il l'assura en même temps de la fidélité des provinces de l'Ouest.

Au premier consul

Général

Si au milieu de vos triomphes vous pouviez attacher quelque prix aux félicitations d'un particulier, je vous adresserois les miennes, mais que pourroient-elles ajouter aux témoignages éclattans de la satisfaction et de l'admiration des Français au

(1) Bernier, en efTet, était prodigue de louanges. Cf. dans r Amateur ^Autographtt, 23, p. 262, une lettre de lai à Louis Bonaparte, il exalte le héros sauveur de la France qui vient de ceindre la couronne impériale.

(2) L'original de cette lettre est actuellement en mes mains.

Digitized by VjOOQ IC

ÉTlENNE-ALEXANDRE BERNIER IO7

14 juillet (i) ? Ce jour, Général, a du être pour vous le plus déli- cieux de votre vie. Cest à ce moment que vous avez senti, plus que jamais, le prix des services glorieux rendus par vous i la patrie.

Les échos des rives de la Loire ont r^>été i Tenvi les ac- cens de Paris. Le cœur les dictoii id, comme vous êtes. Ces contrées devenues vraiment libres, puisqu'elles tiennent de vous tout ce qu^elles désiroient, forment pour vous les mêmes vœux que le reste de la France. La paix y produit les plus heureux fruits. Le commerce renait, Tagriculture voit ses tra- vaux récompensés par la perspective de la plus abondante moisson. Tout prend un aspect riant et flatteur.

C'est en vain que l'Angleterre a fait paroitre sur nos côtes une partie de ses flottes. Cette apparition subitte eut pu dans d'autres tems exciter des troubles. Elle n'a produit danscelui-cy que le mépris et l'indignation. Le peuple mieux instruit a senti le pi^ et a scu l'éviter. Ses malheurs lui ont appris i connoitrelegénie de cette nation qui necherche, dans nos troubles, qu'une diversion utile à ses projets et qui voudroit, en armant, par de fausses promesses, les Français contre les Français, se former, au milieu de ses ennemis même, une armée d'auxiliaires. Ces tcms ne sont plus. A peine a-t-elle trouvé deux hommes qui voulussent courir les chances cruelles d'une nouvelle in- surrection, et ces deux hommes ont fait de vains e£forts pour acquérir des partisans. Partout repoussés par le peuple, ils ont pris le parti de se dérober à la poursuite qu' en ont faite les habitans de nos campagnes. La paix est plus ra£fermie que jamais parmi nous. Puisse-t-elle bientôt étendre ses bienfaits sur tout le continent. La France l'attend de vos efforts. C'est au vainqueur de Maringo qu'il appartient de la donner i l'Europe. Elle sera le fruit de ses triomphes et la plus douce

(i) La fSte da 14 joillet 1800 fot célébrée avec one grande pompe. Le Premier CoqsqI se rendit ao Cbamp-de-Mars pour recevoir la garde consulaire, qui était arrivée d'Italie le mazia et apportait les drapeaux pris dans la dernière campagne. (Cf. Histoire du Consulat et de l'Empire, par M. Ad. Thiers, 1. 1, p. 48S.)

Digitized by VjOOQ IC

I08 REVUE DES DOCUMENTS HISTORIQUES

récompense qu'il puisse espérer après tant de travaux, de combats et de victoires.

Recevez, Général, Tassurance inviolable des sentimens qui m'attachent à vous et du profond respea que je vous ai voué.

Bbrnier. Angers, 5 thermidor an 8.

En tête de cette lettre se trouve l'apostille suivantâ, écrite par Bour- nenne et signée par Bonaparte :

Je prie le c*" Talleyrand de faire connaître à Bernier que j'ai reçu sa lettre et que je le remercie.

Bonaparte.

^Ç-.^'^tt'.

.jiA~^

Une note marque que la réponse de Talleyrand fut faite le 19 ther- midor suivant.

La paix avec Tempcreur d'Allemagne fut signée à Lunéville le 9 février 1801. Bernier travailla à la conclusion du Concordat avec Pie VII et obtint Tévêché d'Orléans (11 avril 1802). Il mourut le i**" octobre 1806.

Digitized by VjOOQ IC

JEAN PERREAL

PEINTRE DE LOUIS XII

Jean Perreal, dit Jean de Paris, valet de chambre et peintre du Roi dès 1498 ;i\ reçut, en i5o4 ;2), de Marguerite d'Autriche, petite-fille de Charles le Téméraire, une pension de vingt écus d*or au soleil. Cette princesse, veuve, cette même année, de Philibert le Beau, duc de Savoie (3), résolut d'accomplir le vœu qu'avait fait, en 1480, sa belle- mère, Marguerite de Bourbon, d'élever à Brou, près de Bourg-en- Bresse, une église et un monastère de Tordre de Saint-Benoît (4). Elle

(i) Cf. Jean Perreal par M. Charvet; Lyon, Clairon- Mondet, 1874, in-8.

(2) Dans une lettre écrite à Marguerite le i5 novembre (iSog), publi«îe par M. Dufay {Essai biographique sur Jean Perreal, 186 +, in-8), citée et commentée par M. Charvet, Perreal rédama le paiement de la pension que Marguerite lui avait accordée. Voici les termes de cette lettre : « Madame, depuis le temps que je receu une lettre de vous contenant en somme que vouliez que fusse paie d'une pension que de piessa vous pieu me donner et de bon cœur octFoier, de laquelle ay }oy deux ans, et sont passés troys que je n'en ai rien receu, j'ay esté co cour tousjours, en ceste dernière guerre contre les Vénitiens, ay eu plus de dangier que de mal. >

(3) Philibert le Beau, duc de Savoie, mourut au château de Pont d'Ain le 10 septembre 1 504, à rage de 2 ( ans.

(4) Marguerite de Bourbon avait fait ce vœu pour obtenir du ciel la guérison de sen époux Philippe II qui s'était cassé le bras. Elle mourut en 1483, laissant à son mari le soin d'ac- complir ce vœu. Ce prince mourut en 1497, confiant cette tâche à son fils Phi libert II, qui Itti-mcme mourut en i5o4 avant d'avoir pu la remplir.

Digitized by VjOOQ IC

I 10 REVUE DES DOCUMENTS HISTORIQUES

obtint d'abord du pape Jules II de modifier les termes de ce vœu, en mettant ladite église sous le vocable de saint Nicolas de Tolentin (i), qu'elle honorait d'une dévotion particulière, et en plaçant dans le cou- vent des Augustins et non*des Bénédictins. Le 3 septembre suivant, les religieux prirent possession de l'emplacement qui leur était destiné (2). La construction du couvent se poursuivit assez rapidement , malgré Téloignement de Marguerite d'Autriche, appelée, en i507, P^^ ^^^ P^^^ l'empereur Maximilien à gouverner les Pays-Bas. Cette princesse, qui avait confié à son indiciaire et historiographe Jean Ltmaire la direction des travaux de Brou (3), ne manqua pas de s'assurer le concours des artistes en renom. Perreal, peintre du Roi de France, collaborateur du célèbre sculpteur Michel Colombe dans le tombeau des ducs de Bre- tagne à Nantes (4), ne fut pas oublié. Il était à Lyon, revenant d'Italie, il avait accompagné son souverain dan$ la guerre contre les Véni- tiens, terminée par la victoire d'Agnadel (14 mai 1 509I, lorsque Lemaire, son protégé, vint lui demander de faire les dessins des tombeaux que Marguerite voulait faire ériger à la mémoire de son mari et de sa belle-mère. Perreal répondit, le i5 novembre iSog, a Marguerite (5) : « Sy me suis mis après tant comme mon devoir envers Vostre Ma- jesté que pour l'amour que je vous doy, etay revysé mes pourtraictures, au moins des choses antiques que j'ay eu es parties d'Italie, pour faire de touttes belles fleurs ung trossé bouquet dont j'ay monstre le jet au dict Le Maire, et maintenant fais les patrons que j'espère arez en bref.

II manda aussi qu'il avait trouvé à bon compte de l'albâtre c la plus blanche du monde », et un bon ouvrier, disciple du nommé Michel Coulombe». Il ajouta : « Combien que je seroye.voulontiers près de luy, car vous entendez assez que rien n'en empireroit, et mesmement pour le visaige de feu Monseigneur et autres choses. » Ces offres de service furent agréées : Perreal devint peintre et valet de chambre de Marguerite d'Autriche (6), qui lui fit payer par un mandement, véri-

(1) RtUgieaz Auguttia, dans It Marcbe d'Anodoe, renommé par ses vertus et pu son talent pour la prédication, mort le 10 septembre i3o9, canonisé par le pape Eogène IV en 1446.

(2) Cf. Histoire et description de Véglise de Brou par le P. Rousselet, et Histoire de fégiise de Brou par Jules Baux.

(3) Fait déjà consigné dans mon travail sur Jean Lemaire de Belges.

(4) Ce travail fat exécuté de i5os à i5o6. (CL Notice sur Michel Colombe par M. Benjamin Fillon; Fontenay-le-Comte, i865, in-8.)

(5) Lettre reproduite en partie par M Charvet, p. 5i.

(6) Cest sans doute en i5io que Perreal fut nommé peintre de Marguerite d'Autriche.. Dans sa lettre du i5 novembre iSog il prend la qualité de peintre du Roi^ tandis que, le 3 janvier 1 3 1 1 , il signe peintre de Madame, ^

Digitized by VjOOQ IC

JEAN PERREAL III

fié le 1 5 juillet i3io, soixante écus d'or au soleil pour trois ans de ses gages et pour les c pourtraiz par luy faiz et qu'il nous a derrenièrement envoyez par Jehan Le Maire, nostre indiciaire, pour dresser les sépul- tares que £ûsons fère en nostre couvent de Saint-Nicolas-de-Tolentin- lès-Bourg, en Bresse (i] ».

Si le couvent de Brou s'édifiait vite, l'église n'était même pas com- mencée. Les projets ne manquaient pas sans doute, mais aucun n'était définitivement adopté. Jean Lemaire était desservi auprès de sa souve- raine par les artistes ou ouvriers qu'il dirigeait; on lui reprochait d'à* voir choisi de l'albâtre de mauvaise qualité. Le 20 novembre iSio, il écrivit de Bourg à Marguerite d'Autriche pour se disculper, et il recommanda, pour la construction de l'église, Perreal, de Paris, peintre et valet de chambre de la princesse, « riche de science, d'enten- dement, d'ingéniosité, d'audace, d'honneur, d'avoir et d'auctorité». Perreal, en effet, était tout â la fois peintre, sculpteur et architecte, n avait bonne envie de se rendre utile et même indispensable. Agréé de nouveau par Marguerite d'Autriche, il écrivit le 4 janvier 1 3 1 1 â cette princesse et à Louis Barangier, son premier secrétaire et maître des requêtes, c Madame, ditrii à Marguerite, touchant Êdre une plate forme pour l'esglise, je suis très joyeux m'y emploier, et me aideray de tout ce que je ay veu en Italie touchant couvens, sont les plus beaux du monde, et feray sans excéder vostre voulenté, combien que le logis ja fait est sy grant et sy magnifique que je ne sçay que l'on dira, sinon que religieux sont plus dignes que Dieu d'estre sump- toeusement logez (2) ». A Barangier, il parla de la même af&ire, mais en termes plus précis. « Aussy bien l'esglise n'est pas fiiite, qui est le principal, de laquelle esglise madite Dame m'a rescript fidre ung patron ou plate-forme ; mais c'est chose qui ne se fait pas sans y penser, tant au lieu que à la convenance et selon ce qu'elle me demande » (3).

L'Oise donc n'était pas commencée au mois de janvier iSii, et Jean Perreal en faisait le plan. Le 3o mars iSii, il écrivit â Louis Barangier : f Mons'', vous voiez la payne que je prends et de bon cuer, tant en invencions que patrons. Et sur ma foy les derniers pour- traiz ou patrons que j'ay faiz, tant celuy de l'esglise que des trois aul-

(1) PuW. par M. Chtrvct, p. 45. M. Charvet pense que Perreal a fourni en i5o5 les plans dn couvent de Brou. Les termes de cette lettre du i5 novembre iSoç, du mandement du 27 juillet 1 3 10 et d'une lettre de Jean I^maire du 20 novembre i5io (citée dans mon travaO sur Lemaire), ne semblent pas favorables à cette hypothèse.

(a) Oiarvet, p. 69. Lettre appartenant à M. B. Fillon.

(3) Charvet, p. 66. Pièce publiée par M. B. Fillon dans son travail sur Michel Colombe.

Digitized by VjOOQ IC

112 REVUE DES DOCUMENTS HISTORIQUES

très, m'ont donné baucoup de payne ; et joujours y va du mien, tant aux alées que venues et aultres despences » (i).

Perreal se plaignait, non seulement de ses dépenses, mais aussi de ses collaborateurs. Un sculpteur de Salins, nommé maître Thibault, lui était particulièrement hostile, ce qui retardait les travaux. Per- real se rendit cependant à Bourg le 9 septembre 1 5 1 1 avec Jean Lemaire et les maîtres maçons M* Henriet et f^^ Jehan de Lorraine pour besoigner aux pourtraictz de Téglise » {2). Il rendit compte de sa visite, le 9 octobre suivant, a Louis Barangier, dans une lettre restée jusqu'ici inédite (3).

Mon très honoré seigneur, très humblement à vostre bonne grâce me recommande, vous avisent que ung peu devant Tasumpcion de nostre Dame en aoust j'ay receu les très gra- cieuses lettres de Madame et ay veu ce qu'elle escript à messei- gneurs de Bourg et aux aultres, maiz quant aux lettres miennes je suis tant joieux qu'il plest à Madame se servir de moy et qu'elle estime mon très petit sçavoir et. s'en veult de tel servi- teur servir.

Mons% je